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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral L’ethnologie, kaléidoscope des identités Les ambiguïtés de l’ethnologie allemande Les rapports de l’ethnologie et de la construction nationale allemande L’unification allemande et l’émergence d’une nation unifiée Le dédoublement de l’ethnologie allemande L’ethnologie autrichienne au contact de la pluralité ethnique De l’identité philologique idéelle à la rupture territoriale La rupture de la Première Guerre mondiale L’impossible dialogue de la Volkskunde avec les ethnologies occidentales Aparté sur les années de crise La Volkskunde, science appliquée au service du Lebensraum La lente confrontation de la discipline avec son passé La Volkskunde et le scalpel de l’École de Tübingen Notes de bas de page Auteur

    Saisir le terrain ou l’invention des sciences empiriques en France et en Allemagne

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Du terrain régional au terreau idéologique : la construction d’une science de l’Allemagne

    Jean-Louis Georget

    p. 31-48

    Résumés

    L’ethnologie germanique, qui connaît son essor à la fin du XIXe siècle et trouve son ancrage universitaire dans les années 1920, se voit d’emblée confrontée à une partition disciplinaire bien connue entre Volkskunde d’une part et Völkerkunde d’autre part, la première ethnographie concernant l’aire germanophone dans son ensemble tandis que la seconde s’était développée suite à la colonisation tardive de territoires lointains par l’Empire wilhelminien. Pourtant, cette fracture connue occulte sans doute une autre différenciation qui la préfigure à l’intérieur même du champ de la discipline sur son terrain européen : celle d’une ethnologie endogène, au service de l’Empire allemand en construction, et celle d’une ethnologie hétérogène, tentant de maintenir les liens territoriaux de l’Empire autro-hongrois malmenés par la lourde défaite de Sadowa.

    Vom regionalen Terrain zur ideologischen Grundlage: Der Aufbau einer deutschen Wissenschaft
    Die deutsche Ethnologie nahm ihren Aufschwung am Ende des XIX. Jahrhunderts und fand in den 1920er Jahren Eingang in die Universitäten. Sie unterteilte sich bekanntlich in die Volkskunde einerseits, die sich mit dem deutschsprachigen Raum insgesamt beschäftigte, und die Völkerkunde andererseits, die sich nach der spät erfolgten Kolonialisierung entfernter Territorien durch das Wilhelminische Kaiserreich entwickelte. Dieser allgemein bekannte Bruch verdeckte jedoch zweifellos eine andere Differenzierung, die ihr im Feld selbst der Fachrichtung auf seinem europäischen Terrain vorausgeht: Differenzierung zwischen einer endogenen Ethnologie im Dienste des sich im Aufbau befindenden deutschen Kaiserreichs und einer heterogenen Ethnologie, die versucht, die territorialen Verbindungen der durch die Niederlage von Sadowa schwer getroffenen österreichisch-ungarischen Monarchie zu erhalten.

    Texte intégral L’ethnologie, kaléidoscope des identités Les ambiguïtés de l’ethnologie allemande Les rapports de l’ethnologie et de la construction nationale allemande L’unification allemande et l’émergence d’une nation unifiée Le dédoublement de l’ethnologie allemande L’ethnologie autrichienne au contact de la pluralité ethnique De l’identité philologique idéelle à la rupture territoriale La rupture de la Première Guerre mondiale L’impossible dialogue de la Volkskunde avec les ethnologies occidentales Aparté sur les années de crise La Volkskunde, science appliquée au service du Lebensraum La lente confrontation de la discipline avec son passé La Volkskunde et le scalpel de l’École de Tübingen Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Contrairement aux ethnologies anglo-saxonnes, bien connues et diffusées en France, l’ethnologie allemande reste un territoire méconnu et délaissé des épistémologues français. Cela tient vraisemblablement, au-delà de sa difficile accessibilité linguistique, à son objet, essentiellement national, et à la portée éminemment politique qu’elle n’a cessé d’occuper. La courte période coloniale allemande n’a pas donné à la discipline la visibilité qu’elle a pu gagner ailleurs.

    2Mais s’ajoute pour l’amateur intéressé une difficulté supplémentaire, celle de sa dualité polysémique qu’induisent les termes de Volkskunde et Völkerkunde ; ils sont autant d’obstacles à sa lisibilité et à ses contenus et signifient une coupure entre deux zones géographiques bien délimitées, l’Allemagne et les continents extra-européens. Les méthodes des deux ethnologies ont d’ailleurs été différentes, la Völkerkunde partant plutôt des acquis du terrain pour consolider, modifier ou construire ses théories propres, la Volkskunde cherchant sur le terrain la confirmation de ses intuitions théoriques. Les deux ethnologies sont liées : si l’ethnologie extracontinentale se déploya dans le sillage de la colonisation allemande, elle le fit sur fond d’unité nationale tardive et fragile, excluant de fait l’Autriche de sa construction finale. Si elles ne sont pas antagoniques, les problématiques sont interdépendantes, celle de l’identité allemande conditionnant largement celle de la rencontre, soit en se surimposant sur l’authenticité postulée, soit en en obérant la possibilité même. C’est de l’ethnologie allemande appliquée à l’Allemagne qu’il s’agira ici.

    3Dire que la Volkskunde en tant que discipline aux contours flous a toujours été absente du paysage français serait inexact, le terme étant apparu sporadiquement dans des comptes rendus de lecture de revues ethnologiques des années 1920, puis plus récemment dans des revues spécialisées comme Ethnologie française ou Allemagne d’aujourd’hui1. Cette ethnologie germanophone est devenue après la Deuxième Guerre ethnologie européenne, anthropologie sociale ou science empirique de la culture selon la terminologie, unique en Allemagne, imposée par Hermann Bausinger, ce qui ne fut pas sans susciter d’interrogation sur son terrain propre. De quelle ethnologie s’agissait-il, quel terrain occupait-elle et pourquoi ce changement d’onomastique, qui était aussi un glissement de terrain ?

    L’ethnologie, kaléidoscope des identités

    4Sans doute faut-il revenir à des questions fondamentales pour aborder la question du terrain de l’ethnologie allemande, qui se situe à un niveau conceptuel avant d’investir le champ de la pratique. Comme l’affirmait Louis Dumont, indologue et connaisseur subtil de la culture germanique, l’Allemagne concentre sur son territoire l’ensemble des problématiques européennes et leur expression opposée, l’universalisme kantien d’un côté, le particularisme communautariste de l’autre. Ce débat se résout dans la question allemande de l’accession à la nation à partir de la territorialité, qui avait constitué l’objet du premier cours d’Utz Jeggle en 1988 à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris2, seul Volkskundler à avoir dispensé un séminaire sur sa discipline en France. Les mots de Louis Dumont résonnent particulièrement lorsqu’il écrit :

    L’auteur allemand est donc conscient de la présence dans la culture allemande de deux composantes, une composante qu’il sent comme autochtone et qu’il appelle germanique, et une autre composante qu’il analyse comme essentiellement étrangère et que nous pouvons rapporter à l’environnement culturel, à la culture européenne ou universelle. À partir de là, nous pouvons comprendre plus précisément ce que l’on nous a déjà dit sur l’intensité des antagonismes spirituels à l’intérieur de l’Allemagne et ce que nous lisons encore à ce sujet : l’Allemagne n’est pas une nation, elle est le terrain des antagonismes européens, la quintessence de l’Europe (Hamilton, 1978, page 176). L’Allemagne, et l’âme de chaque Allemand, est le champ de bataille de l’Europe. La germanité est un abîme3.

    5Sans doute l’ethnologie allemande est-elle l’un des indicateurs et l’un des marqueurs les plus notables de cet antagonisme évoqué. Elle met en exergue la complexité de la déclinaison de l’identité allemande, dont elle restitue la dégradation des teintes : son terrain identitaire allait des zones les plus intégrées de l’Empire allemand aux marges de l’Empire des Habsbourg, mondes hétérogènes qui n’avaient pour trait d’union qu’une communauté de langue et un passé commun dans l’Empire romain germanique. Les terrains de l’ethnologie allemande, à l’intérieur de ces territoires aux dynamiques diverses, sont multiples. Leur diversité, dans les limites culturelles et géographiques qui leur sont imparties, représentent l’objet de ses études : la Bavière centralisée, le Pays de Bade ou le Tyrol au contact des latinités, l’Autriche multiculturelle au miroir slave. Elle permet de mettre en relief les stratifications de la construction territoriale allemande, notamment celle des marges.

    Les ambiguïtés de l’ethnologie allemande

    6La Volkskunde a ceci d’intéressant et de symptomatique qu’elle n’a pas été pendant longtemps considérée comme une science, ni même comme une sous-discipline universitaire, et ce avant les années 1920.

    7Pour l’appréhender, il faut la comprendre dans le cadre de l’histoire allemande et la question de la continuité territoriale4. L’Allemagne, au terme de la Guerre de Trente Ans, était saisie dans une tension entre d’une part l’Empire romain germanique, vidé d’une grande partie de sa substance, et les États qui le constituaient. Ces derniers, épuisés par des années de crise, voulaient mesurer leur viabilité. C’est dans ce cadre que vit le jour le caméralisme, mélange de géographie, d’ethnographie et de statistique descriptive, promu par de hauts fonctionnaires au service des principautés. L’idée était d’améliorer la gouvernance des États sans jamais toutefois remettre en cause la superstructure que représente l’Empire romain germanique. C’est là que résida le fondement et le terrain empirique de la Volkskunde, héritière d’un appareil théorique lié à l’administration. L’enjeu philologique, qui devint pressant au début du XIXe siècle, vint s’y surajouter et lui donner une dimension nationale. Justus Möser fut l’un des auteurs du XVIIIe siècle choisi pour incarner la discipline. Son ancrage dans l’époque des Lumières, même s’il en représentait l’aspect le plus conservateur, fut un recours au moment où elle faisait l’introspection de son passé et répondait à l’accusation de ses dérives pour cause de romantisme. Il redonnait à la discipline un tour plus historique et politique :

    L’histoire de l’Allemagne doit, à mon avis, espérer prendre une toute nouvelle orientation si nous suivons les simples territoires, à travers tous leurs changements, comme les véritables parties de la nation, qui en constituent le corps ;… L’influence que les lois, les habitudes, les vertus et défauts des souverains, les mauvaises et bonnes mesures de régulation, le commerce, l’argent, les villes, le service, la noblesse, les langues, les opinions, les guerres et les alliances ont eue sur ce corps, sur son honneur et ses possessions5.

    8La variation sur le thème du territoire régional, composé d’autant d’éléments et de terrains que constituaient les populations et leurs modes de vie, était liée à la possibilité même d’écrire l’histoire, puisqu’en Allemagne, cette même territorialité était le cadre de référence de l’État.

    Les rapports de l’ethnologie et de la construction nationale allemande

    9La question des origines de la Volkskunde conduisit inévitablement de la transition de l’époque moderne vers la contemporanéité allemande et du rôle de l’ethnologie allemande dans la question de la construction nationale. Dans le premier dix-neuvième siècle en effet, sous le double-choc de la restructuration territoriale napoléonienne, qui fit disparaître nombre de petites entités indépendantes, et de la valorisation de la langue comme vecteur identitaire majeur, se cristallisèrent les leitmotivs qui furent à l’origine de la naissance de l’ethnologie allemande appliquée aux Allemands.

    10En réalité, la première génération des précurseurs de la discipline, intégrés en tant que tels dans les histoires des premiers épistémologues, comportait avant tout des défenseurs de l’Allemagne par la médiation du vecteur linguistique, des polémistes et des publicistes, inclus en tant que tels dans la généalogie tardive de l’ethnologie allemande. On peut penser à Felix Dahn (1834-1912), Ernst Moritz Arndt (1785-1860), voire Wilhelm Heinrich Riehl (1823-1897) ou Wilhelm Mannhardt (1831-1880). Ceci ne doit toutefois pas tromper sur l’importance de ces auteurs. Désirant puis encensant l’Allemagne, ils en retracèrent l’identité complexe après Sadowa. S’opposaient dans la démarche à la fois une recherche philologique à visée universaliste et une approche plus matérielle, qui relevait, tant pour les objets que pour les chants, d’un élan romantique, qui se recentrait sur la nation organique qui n’était pas encore la nation organiciste. Mais en universalisant la nation à travers la langue, la Volkskunde dénotait la faiblesse politique de la construction qui s’avéra fatale pour maintenir l’unité de l’ensemble qu’avait constitué un temps le grand Empire germanophone au centre de l’Europe. La Révolution de 1848 souligna d’ailleurs les failles béantes du projet en mettant en lumière la question des parties de l’Empire austro-hongrois et de l’impossibilité de résoudre cette question de l’universalisme allemand par une solution politique négociée. L’ethnologie allemande investissait le terrain politique. Les objets qu’elle investissait étaient mis au service d’une dimension politique.

    L’unification allemande et l’émergence d’une nation unifiée

    11L’unification allemande par le fer et le sang engendra le creusement de ce fossé, vite recouvert, notamment dans l’historiographie prussienne, par le discours sur la réussite de l’unité bismarckienne et du modèle imposé grâce à l’expansion qui en résulta aux plans intellectuel, économique et politique. Très vite, c’est-à-dire en l’espace d’une dizaine d’années, les Allemands abandonnèrent progressivement leur sentiment d’appartenance régionale ou du moins y surajoutèrent celui de leur réunion dans une même nation allemande. Le phénomène, magnifié par l’histoire prussienne, devint le mode de narration le plus univoque de l’historiographie classique. Cette évolution singulière eut un prix, qui devait se révéler funeste entre le dernier tiers du dix-neuvième siècle et le milieu du vingtième siècle. De facto, la question de la liberté, qui avait été ajournée par la manière autocratique dont s’était déroulée l’unification allemande, devint un élément déstabilisant pour l’évolution postérieure de la société après la proclamation de l’empire wilhelminien à Versailles. Les révolutions des autres grandes nations occidentales, qui avaient marqué une cassure symbolique entre deux états de la société, avaient été inexistantes et par conséquent inopérantes dans l’espace germanophone. Sous couvert d’une homogénéisation nationale, les structures anciennes furent préservées6. Les rapports de force internes aux régions furent protégés, les réseaux locaux continuèrent de régir les microcosmes selon leurs règles propres, les hiérarchies séculaires furent respectées. Les faits régionaux devinrent autant de motifs de recherche et d’investigations tant au plan spirituel que matériel, qui se traduisirent par une floraison de revues : les Bayerische Hefte für Volkskunde, les Beiträge zur deutsch-böhmischen Volkskunde ou les Hessische Blätter für Volkskunde n’en furent que quelques exemples.

    12Cependant, ces cultures régionales entraient dans un cadre national où la langue et les cultures de l’oralité jouaient un rôle de trait d’union essentiel pour relier les différentes entités entre elles. Les premières apparitions de la Volkskunde dans sa forme universitaire étaient liées à la philologie allemande, à l’instar de la première chaire obtenue par Otto Lauffer en 1919. La nouvelle culture nationale fut adoptée par les anciennes institutions, piliers de la société et contemptrices de toute évolution sociale remettant en cause la pérennité d’une identité forgée dans la douleur depuis le seizième siècle. Cette superstructure assez consensuelle devint une valeur sous-jacente pour l’ensemble de la société dans les années 1890. Saxons, Badois ou Rhénans se retrouvaient dans une même communion patriotique devenue pour beaucoup un cadre naturel de réflexion. Cette invention de la nation devait se cristalliser dans une forme de nationalisme souvent exacerbé comme partout ailleurs en Europe7. Il est nécessaire d’ajouter que ce sentiment fut nourri par un exceptionnel développement économique sur fond de forte croissance, effaçant progressivement dans les esprits bavarois, wurtembergeois ou hessois les stigmates de Sadowa. Le nationalisme créait pour ainsi dire la nation, pour reprendre la réflexion du philosophe anglais Ernest Gellner qui dépasse largement le simple cadre allemand8.

    Le dédoublement de l’ethnologie allemande

    13Pourtant, le tournant pris constitua une étape décisive, refoulant sans doute ce qui peut apparaître comme l’un des grands tabous de l’historiographie allemande, celui des frontières intérieures et du ressentiment suscité par la victoire de la Prusse dans les États vaincus, que ce fussent les entités étatiques méridionales comme la Bavière ou plus encore le cœur germanophone de l’Empire austro-hongrois. Car Sadowa ne représenta pas simplement un événement anodin, une date historique marquant l’avènement de l’Empire bismarckien, mais plus généralement la fin de la conception de l’unité de la germanité dont l’Empire disloqué avait constitué pendant longtemps le creuset bancal. La date marque la montée en pertinence de la question, qui se posa de manière extrêmement récurrente jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, de la place de la germanité des marges, celle de l’Autriche et plus largement des vaincus de l’unité allemande.

    14Sans doute sommes-nous ici au cœur de ce que les contemporains de l’ethnologie allemande évoquée étaient incapables de thématiser et dont l’historiographie ultérieure, tout à d’autres tâches, ne s’est qu’occasionnellement emparée. Le texte fondateur de Karl Weinhold est symptomatique de ce qu’occupe la Volkskunde : l’étude du peuple dans ses frontières. La question est dès lors de savoir quelles sont précisément les frontières dont parlait ici le penseur berlinois une vingtaine d’années après la création de l’Empire bismarckien. Il est d’ailleurs un indice intéressant de cette interrogation fondamentale : il convient de s’arrêter sur l’adjectif « allemand » très souvent accolé au terme Volkskunde. L’ethnologie allemande n’est pas, contrairement à l’histoire, le pur produit de la brillante université allemande. En effet, le sens de « deutsch » est à comprendre au sens de germanophone puisque l’ethnologie est une discipline propre aux trois pays que sont l’Allemagne, l’Autriche, et, dans une moindre mesure, la Suisse germanophone, dont l’importance s’avéra surtout décisive après la Seconde Guerre mondiale pour générer un discours dépourvu de contenu idéologique, Richard Weiss apportant sa pierre à l’édifice avec sa Volkskunde der Schweiz en 1946. L’ethnologie allemande se développa et s’institutionnalisa dans le double cadre de la constitution réussie d’une nation, l’Allemagne, mais aussi dans celui d’une défaite et d’un délitement progressif : celui de l’Empire autrichien.

    L’ethnologie autrichienne au contact de la pluralité ethnique

    15Si la Volkskunde allemande cherchait avant tout son salut dans une émancipation nette de la philologie dont nombre de ses membres étaient issus, son pendant autrichien était soumis à d’autres contraintes, de nature politique. Outre l’anéantissement de Sadowa, l’opinion publique autrichienne avait été durablement marquée par le revers de l’unité italienne, alliée de l’Allemagne, dont l’ethnologie germanophone d’Autriche s’était fait l’écho et dont elle fit un cheval de bataille dans les années 1930. L’ethnologie autrichienne devait déployer ses efforts dans deux directions, les deux pôles de l’alternative à laquelle elle devait se mesurer. Elle était confrontée à des ethnologies hétérogènes naissantes à l’intérieur de l’entité danubienne, qui la conduisirent à s’éloigner d’une approche purement anthropologique, mais devait également garantir la place de la minorité germanophone, qui constituait désormais un quart de la population de l’ensemble habsbourgeois. Or l’ethnologie autrichienne se retrouvait dans ce cadre face à un second dilemme : était-elle une partie intégrante de la Volkskunde allemande ou une ethnologie autonome, la plupart de ses membres ayant été des partisans enthousiastes de la grande Allemagne ? Les archives et les correspondances n’ont été que peu exploitées pour montrer comment les questions territoriales ont été au cœur des enjeux de la Volkskunde à partir de la guerre de succession des duchés du Schleswig et du Holstein jusqu’à la question de l’intégration de l’Alsace dans l’Empire allemand, à laquelle W. H. Riehl accordera tout son intérêt9. À Graz et Vienne se développèrent les thématiques qui firent ultérieurement florès dans les milieux scientifiques avec l’arrivée en 1899 de Rudolf Meringer à la chaire de sanskrit et de linguistique comparée, ou l’inscription comme étudiant de Viktor von Geramb à l’université de Vienne en 1902/03, qui mena une carrière universitaire couronnée de succès10. La première réunion des Sociétés d’anthropologie allemande et viennoise en avril 1894 devait d’ailleurs souligner l’importance de l’Autriche pour l’histoire ultérieure de la discipline. Elle se tint à Innsbruck, « limite méridionale du territoire allemand ». Rudolf Virschow, secrétaire de la société d’anthropologie allemande, porta un toast au travail commun en soulignant l’importance du Tyrol du Sud pour la germanité dans son ensemble.

    16Le Tyrol était devenu région frontalière suite aux guerres de 1859 et 1866 et aux pertes de la Lombardie et de la Vénétie et était menacé par les revendications irrédentistes des Italiens. Se considérant en position défensive, les habitants germanophones avaient appelé à l’unité régionale et avaient tenté de la fonder scientifiquement. Le mythe tyrolien tirait ses éléments du passé régional et s’était resserré autour de la figure mythique du paysan, elle-même au cœur de l’ethnologie allemande : sa situation juridique, sa pratique de l’autogestion politique (les libertés tyroliennes), sa capacité à se défendre et sa religiosité en faisaient un objet d’étude singulier. Cependant, nombre de ces caractères autochtones homogènes avaient été tout simplement inventés. Région relique menacée pour certains Volkskundler et source de jouvence pour la plupart, la région frontière entre deux aires linguistiques, deux sociétés et deux mondes était devenue un cas paradigmatique, qui allait revenir de façon récurrente dans les préoccupations disciplinaires, avant d’en devenir une question centrale sous le Troisième Reich.

    17La Volkskunde prospérait de façon inquiète sur le terrain virtuel de la continuité de la nation allemande, inféodée à la question de l’espace et à la discontinuité de l’État allemand qu’induisait la solution choisie de la petite Allemagne. Sans doute la Volkskunde n’est-elle pas, comme l’a souligné Thomas Nipperdey, une « étrange science purement allemande11 », mais l’un des revers et l’un des résultats encore trop méconnus par l’historiographie des conséquences de Sadowa sur l’Allemagne des vaincus.

    De l’identité philologique idéelle à la rupture territoriale

    18Cependant, comme le soulignent bien un certain nombre d’auteurs de la recherche contemporaine en ethnologie ces dernières années, la construction malaisée de la Volkskunde au début de l’Empire wilhelminien était aussi le symptôme d’une crise plus profonde et plus grave, celle de l’espace germanophone laissé pour compte par l’intégration politique initiée par l’Empire allemand. Quel était dès lors le rôle de l’ethnologie autrichienne dans un empire multiculturel alors que l’on avait exclu pour l’Autriche la possibilité de se faire valoir en tant que nation reconnue d’un espace culturel partagé ? Ce qui avait fait partie d’un ensemble commun à géographie variable où la répartition de la souveraineté politique entre un niveau impérial encore vivace, en particulier dans le domaine juridique, un niveau territorial dominant assimilé aux principautés et villes libres et un niveau local renforcé par la faible puissance et le morcellement des territoires, avait ouvert aux distinctions identitaires tout le jeu de ses échelles. L’omniprésence des frontières, qui incitait à leur constante transgression, obligea les autorités et les acteurs sociaux à mettre en pratique les contours et les limites des appartenances. La Volkskunde prolongeait, dans un espace désuni, l’interrogation sur les mécanismes de distinction et d’identification, sur leur inscription dans l’espace, et sur leur insertion dans un modèle politique et juridique, qui allait désormais au-delà de la question confessionnelle pour se situer désormais du côté de l’appartenance à la germanité (Deutschtum).

    19La Volkskunde connut une mutation forte, dont la carrière de la famille Haberlandt, père et fils, fut un bon exemple, et devint un marqueur essentiel de l’histoire germanophone dans la perspective de la longue durée12. Si d’aucuns avancent la raison de la couleur religieuse des éminents savants qui passèrent de l’ethnologie à la Volkskunde pour donner de la profondeur à la motivation qui les poussa à changer d’orientation, il serait sans doute pertinent de relier le cadre de la question de la confession comme carrefour identitaire avec la question nationale dont elle ne peut être dissociée à partir de ce moment décisif. Il est d’ailleurs à noter que l’on a longtemps omis la question des appartenances politiques dans le long chemin qui conduisit dans les années 1920 la Volkskunde à devenir discipline académique. L’histoire de la Volkskunde omet les réactions de ses différents représentants à la réponse faite de la nouvelle organisation territoriale engendrée par la naissance de la nation allemande. Pourtant, on sait combien W. H. Riehl ou Karl Weinhold ont pu s’y intéresser, que ce soit en ce qui concerne l’affaire des duchés danois en 1864, dont l’historiographie française a largement oublié l’histoire, ou bien encore la question autrichienne de 1866 ou celle de l’Alsace et de la Lorraine après la victoire de 1870.

    La rupture de la Première Guerre mondiale

    20Or la rupture territoriale explique en grande partie le sort dévolu à la discipline dans les années qui suivirent. En effet, la Première Guerre mondiale constitua à la fois une fatalité et une extraordinaire opportunité d’expansion pour la Volkskunde : une fatalité, car elle promut les principes wilsoniens à partir desquels se dérouleront sans discontinuer les tragédies successives sur le sol européen. Par une volonté d’idéalisme farouche, ils allaient à l’encontre du rétablissement du territoire dans son sens et dans sa continuité en le morcelant selon des principes étrangers aux empires austro-hongrois, ottoman et allemand. Mais elle fut également une chance d’expansion pour une science qui cherchait son unité et va la trouver dans la situation de confusion régnant dans la recomposition territoriale en cours.

    21La question du territoire occupa dès lors une position centrale. Un peuple sans territoire pouvait difficilement être considéré comme une nation. La politique wilsonienne du Traité de Versailles, qui eut pour objectif louable mais naïf de substituer une logique nationale à une logique impériale, fut l’une des causes identifiables de la catastrophe du début du vingtième siècle. Le terrain devint celui du repli de la discipline sur une identité organique enserrée dans de nouvelles frontières.

    22Mais ce qui a longtemps séparé les nations d’Europe avait été sans doute une coupure forte entre ce que l’historien allemand Friedrich Meinecke avait identifié comme la différence entre l’État-nation et la nation fondée sur la culture13. La première, liée à l’idée de l’autodétermination choisie à la fois individuellement et collectivement, permettait de concevoir la nation comme une idée basée sur le libre consentement et la reconnaissance subjective. À l’instar de ce que disait Ernest Renan en 188214, l’existence d’une nation était un plébiscite quotidien. La nation n’existait que parce que les individus le voulaient. À l’opposé de cette acception, la nation culturelle ne procurait pas à ses membres un sentiment d’appartenance géographique, territorial ou politique, mais un sentiment commun de parler la même la langue, de pratiquer la même religion, d’avoir la même origine présumée, la même histoire ou les mêmes coutumes. Cette seconde forme de sentiment national se développa indépendamment de l’État, même si le groupe identifié pouvait habiter un territoire homogène. La nation fondée sur la culture se superposait à des particularismes selon le modèle allemand ou italien du début du dix-neuvième siècle et contribuait à faire virtuellement exister une nation, comme le montra l’exemple polonais entre 1772 et 1918. Elle ne laissait que peu de latitude à l’individu pour choisir sa nationalité.

    L’impossible dialogue de la Volkskunde avec les ethnologies occidentales

    23Ainsi la Volkskunde recouvrait-elle ce curieux paradoxe d’être d’un côté une science qui voulait obtenir sa reconnaissance en se coulant dans un moule universaliste, à l’instar des quelques influences étrangères auxquelles elle fit appel, et de l’autre d’être avant tout l’expression d’un mouvement essentiellement allemand, qui était le reflet des soubresauts plus largement partagés par l’ensemble des Européens. Les années 1920 furent à cet endroit exemplaires, qui virent la tentative de rapprochement de l’ethnologie allemande avec les autres ethnologies européennes être brusquement stoppée par ses membres les plus éminents. Quand Hans Naumann, influencé par Lucien Lévy-Bruhl, lança sa fameuse conception de la communauté primitive15 qui visait à englober tous les domaines investis jusqu’alors par l’ethnologie allemande, il provoqua une querelle d’experts qui allait durer plus d’une vingtaine d’années. Son système put apparaître a posteriori comme extrêmement critiquable, mais il permit au moins pour un temps de procurer à la Volkskunde l’assise théorique qu’elle s’était toujours cherchée.

    24L’idée même que les classes inférieures imitent les traits culturels des couches supérieures de sorte que leur exclusivité disparaissait pour devenir un bien commun à l’ensemble de la société et poussaient les premières à trouver d’autres terrains d’investigation, put être considérée comme extrêmement élitiste, mais reflétait assez fidèlement les fractures sociétales de l’Allemagne des années 1920 sur fond de crise politique, morale, puis économique sans précédent. On peut surtout penser que cette tentative pour internationaliser la Volkskunde avait une charge transgressive relativement forte. En effet, une théorie qui remettait en cause le programme édicté par Karl Weinhold autour de l’idée d’une discipline nationale pour la faire entrer dans le paysage plus vaste des sciences anthropologiques et ethnologiques européennes devait sembler presque incongrue dans la période de la République de Weimar. Elle semblait manquer son objectif, qui se situait dans le domaine très différent d’une convergence de plus en plus forte, parce que de plus en plus nécessaire, entre les deux versants de la germanité proposés par les chercheurs allemands d’une part et les chercheurs autrichiens de l’autre. Cette convergence devait être alimentée et facilitée par les circonstances historiques qui permirent peu à peu aux différentes entités germanophones de converger et de se retrouver autour d’une identité sublimée. En devenant de plus en plus locale et de plus en plus idéelle dans le même temps quant à ses objets de recherche, l’ethnologie allemande devenait une auxiliaire précieuse au service des théories les plus extravagantes. Elle permettait de dépasser le niveau national, qui avait été pour l’Allemagne et sans doute plus encore pour l’Autriche la cause des désillusions politiques déjà évoquées. Dès lors étaient renforcés non pas les concepts comme ceux de nation ou de peuple à forte charge politique et a fortiori démocratique, mais bien les idées bien plus vagues de Volkstum ou de Deutschtum, qui s’inscrivaient dans un espace plus indéterminé et par conséquent plus décalé par rapport à ce qui était monnaie courante dans la plupart des grandes démocraties occidentales.

    Aparté sur les années de crise

    25La tentative pour fédérer l’ethnologie germanophone autour du terrain de la communauté primitive échoua. Les véritables causes de l’échec de Hans Naumann à établir un socle théorique crédible pour la Volkskunde étaient bien plus liées au contexte politique qu’à des difficultés internes à la discipline. C’est précisément cette interaction entre l’œuvre et l’environnement dans lequel elle fut conçue qui constitue tout l’intérêt de la recherche, en surmontant l’écueil de la pariousologie pourtant inévitable.

    26Ce débat met en évidence les liens étroits qui existent entre l’émergence non anodine d’une science nouvelle et le renouveau du paysage universitaire sur fond de contestation sociale, de ressentiment national et de retour à des théories conservatrices subsumées par Stephan Breuer sous le terme de révolution conservatrice, même si l’expression est aujourd’hui contestée16.

    27Une chose est certaine : les ethnologies autrichienne et allemande furent influencées par ce large débat, notamment en la personne de Viktor von Geramb, l’un des plus éminents représentants viennois de la discipline dans les années 20, qui en profita pour s’attacher, à ce qui existait de plus ethnique dans le concept même de peuple. Dans le même temps, la crise que subissait la Volkskunde autrichienne lui donna l’occasion de faire fusionner dans un même creuset des concepts fort différents, de rapprocher l’ethnologie de l’histoire et de les lier par la notion de Heimat, à la manière dont la confession avait fait le lien entre les différents échelons régionaux à l’époque de l’Empire romain germanique.

    La Volkskunde, science appliquée au service du Lebensraum

    28Cette fonctionnalisation de la discipline permit peu à peu de mettre en relief la question du territoire qui en était l’aspérité saillante : la question des racines germaniques de la population tyrolienne redevint récurrente et centrale, alors que l’histoire régionale et l’ethnologie historique devenaient les fers de lance et les prétextes d’une aspiration du peuple autrichien à être rattaché à la Bavière toute proche. À ce propos, la terminologie bien connue ultérieurement des tribus, des territoires « ethniques » (les Gaue) dans la langue du Troisième Reich et du mythe du peuple lié par une continuité organiciste, déjà esquissé à la fin de l’époque du caméralisme, se généralisa. Il apparut surtout à travers les atlas où la discipline tentait de mettre en ordre la diversité régionale pour essayer de les ordonner visuellement et d’en tirer des conclusions générales quant au contenu de la germanité : l’incarnation d’une idée, déclinée sous des formes multiples de la culture idéelle et matérielle, sous la forme de cartes à partir de 192817.

    29Il semblerait précisément que la période trouble ait été très faste pour mettre en place l’appareil conceptuel qui s’imposera peu à peu et deviendra sans conteste l’une des disciplines phares du régime totalitaire. Si l’on ne peut pas à proprement parler de préparation des esprits par la génération de Weimar pour les événements qui allaient suivre, puisque beaucoup de ses représentants furent finalement écartés pour des raisons de modération trop ostentatoire de leurs positions pendant la période national-socialiste, on peut néanmoins y voir une indéniable transition vers un futur peu amène. Avec le recul que permet une distanciation déjà suffisante par rapport aux événements, elle semble porter en elle autant l’absence d’avancées fondamentales en termes de recherche scientifique que d’opportunisme généralisé en termes de carrières.

    30Il est d’ailleurs à noter que cette confusion généralisée fit émerger pour la première fois une colonne vertébrale en la personne de W. H. Riehl comme père putatif de l’ethnologie allemande. La discipline, qui s’était institutionnalisée en créant un certain nombre de chaires autonomes à partir des années 1920, essayait de se structurer tant bien que mal au plan théorique et fit, dans le sillage des revendications de plus en plus pressantes du rattachement à l’Allemagne de l’Autriche. Très vite après la prise du pouvoir par les nationaux-socialistes, la question de la territorialité se posa en deux termes : la première question était bien évidemment celle de l’unité de la germanité sur l’ensemble du Reich et à ses marges ; pour y répondre, les ministères de Himmler avec le Ahnenerbe d’une part, et Rosenberg et son ministère d’autre part, qui étaient entrés dans une féroce rivalité afin d’exercer leur magistère sur une science devenue vitale, investirent le terrain de la germanité en favorisant les rapprochements entre l’Autriche et l’Allemagne, notamment par le truchement de l’École de Vienne. L’acmé en fut l’expédition tyrolienne, financée par des budgets de millions de Reichsmark presque jusqu’à l’effondrement du régime. Mais la Volkskunde s’investit également dans la planification urbaine, créant un modèle type de village pour l’ensemble du territoire germanique et essayant ainsi d’imposer une exemplarité artificielle qui n’était sans doute pas compatible avec la diversité qui avait toujours existé dans l’ensemble des régions allemandes.

    31La Volkskunde détenait une fonction essentielle dans le dispositif idéologique du Troisième Reich, puisque la question de la germanité, problématique organiciste devenue raciale, y était centrale. Elle prit une dimension encore plus stratégique lorsqu’elle fit office de nouvelle mythologie pour contrer la religion catholique notamment en Autriche. L’école mythologique, c’est-à-dire la part la plus littéraire de l’ethnologie allemande, permit de fournir le corpus d’où venait l’essentiel du contenu de la nouvelle religion païenne.

    32L’ensemble du nouveau dispositif disciplinaire vit le jour autour d’hommes jeunes, ambitieux et dénués de scrupules, à l’instar de Matthes Ziegler, qui fut la cheville ouvrière de la mutation radicale de la discipline. Des germanistes comme Hans Naumann ou Adolf Spamer avaient été évincés de tout poste d’importance, malgré les espoirs qu’ils avaient mis dans le régime et les compromissions auxquelles ils avaient consenti.

    La lente confrontation de la discipline avec son passé

    33Après de tels excès, les années d’après-guerre furent, jusqu’en 1965, celles du silence le plus absolu sur ce qui s’était passé. Les ethnologues qui s’étaient élevés contre le régime avaient été peu nombreux et ne pouvaient pas influer sur le débat de l’après-guerre18. Il n’y eut que des tentatives discrètes pour essayer d’animer un débat, qui se révéla impossible avant le milieu des années 1960. L’Allemagne refusait toute confrontation claire avec son passé le plus récent.

    34Certes, quelques esprits revinrent sur la question même de la possibilité de la continuation de l’existence d’une science comme la Volkskunde. Dans un article de la revue internationale Umschau, en date de décembre 1946, le sociologue Heinz Maus, professeur de sociologie à l’université de Marburg, dénonçait l’« imprégnation idéologique » de la Volkskunde et appelait à sa disparition pure et simple. Selon lui, la dérive idéologique était consubstantielle de la discipline et son terrain, idéologique avant d’être matériel : il tenta d’en apporter la preuve en démontant les mécanismes fonctionnels qui avaient instrumentalisé la Volkskunde. Ces mécanismes portaient sur trois points : tout d’abord, il existait un rapport dialectique entre l’idéologie économique du grand capitalisme, le développement de l’État moderne et le fascisme. Ensuite, la malléabilité du concept de Volk introduit par les romantiques avait permis son surinvestissement par l’éthique et la religion à travers Herder notamment. L’axiome völkisch avait enfin réduit progressivement le domaine d’investigation de la Volkskunde à la paysannerie et au paysan comme idéaltype et incarnation du peuple allemand. Par conséquent, la composante conservatrice originelle de la Volkskunde telle qu’elle apparaissait dans la définition donnée par Wilhelm-Heinrich Riehl d’une théorie naturelle et organique de la société avait abouti à l’abandon des domaines du muséal et de l’idéel au profit unique du social et du politique. Ce processus de politisation lente, à la manière dont l’avait formulé W.H. Riehl, avait signé le glas de la discipline, « devenue véritable usine de propagande ».

    35Face à ce constat d’une Volkskunde pervertie à l’intérieur des sciences humaines et sociales minées elles-mêmes par l’idéologie national-socialiste, Heinz Maus proposait une critique déconstructive des différentes disciplines retenues désormais sous le terme plus englobant de sciences historiques de la culture, indexées à la fois sur l’histoire sociale et l’histoire du présent. L’avenir de la Volkskunde reposait donc sur la perte de son autonomie : au regard des autres disciplines, il devenait impératif qu’elle réexaminât sa terminologie usuelle et s’inspirât de nouvelles méthodologies, en se laissant conduire par une philosophie sociale. Car, au contraire de la Völkerkunde, qui avait développé, malgré les dérives connues sous le Troisième Reich, une méthode prenant en compte le déterminisme d’un ordre social inhérent à chaque peuple et à sa culture, la Volkskunde n’avait jamais opéré avec un concept clairement défini.

    36Face au réquisitoire dressé par Heinz Maus, le Volkskundler Will-Erich Peuckert développa une plaidoirie qu’il fit paraître en 1948, sous forme d’article contradictoire et programmatique, dans le premier numéro de la revue comparative qu’il dirigeait, Nachbarn, Jahrbuch für vergleichende Volkskunde. W-E. Peuckert, qui avait été l’un des rares universitaires à avoir refusé tout compromis avec le régime nazi, récusait l’argumentaire développé par le sociologue, en le taxant de partialité et de subjectivité. Ainsi, l’accusation de science de propagande national-socialiste s’appuyait sur la prise en compte unilatérale d’auteurs de la même obédience.

    37La ligne défensive adoptée par W-E. Peuckert inscrivit durablement la discipline dans la mouvance conservatrice et fut concrétisée par la publication, en 1951, de l’ouvrage Volkskunde, Quellen und Forschungen seit 1930, écrit conjointement avec Otto Lauffer, titulaire de 1919 à 1947 de la chaire de Volks- und Altertumskunde à l’université de Hambourg, qui s’était écarté lui aussi de toute dérive funeste. La table des matières offrait un panorama exhaustif de l’inféodation de la discipline aux thématiques développées dans les années 20 et à l’honneur sous le IIIe Reich : les us, les coutumes, les chants et les contes populaires. Il fallut attendre le Congrès d’ethnologie régionale d’Arnhem, en 1956, pour que fût engagé un premier débat épistémologique sur les objets de la discipline tels qu’ils avaient été définis par W-E. Peuckert et ses prédécesseurs. Toutefois, reconnaissant le mérite de W-E. Peuckert d’avoir réinscrit la discipline dans le paysage des sciences sociales en RFA, la génération des années 1960 prit un tournant plus radical pour l’histoire de la discipline : elle se focalisa plus sur la culture matérielle et engagea un processus de renouvellement terminologique.

    38Si les débats des années 1960 marquèrent une volonté de remise en question des objets de recherche traditionnels de la Volkskunde, il fallut attendre la synthèse proposée par Hermann Bausinger, professeur à Tübingen, pour démontrer leur caractère tendancieux et proposer une déconstruction salvatrice.

    La Volkskunde et le scalpel de l’École de Tübingen

    39La question posée par le débat des années 1970 résida dans la question de savoir ce qu’il pouvait rester de l’ethnologie allemande entrée dans la tourmente pour être auscultée de la façon la plus sévère afin d’en comprendre les dérives. Les années 1970 signèrent le renouveau de la discipline : la Volkskunde fut la première discipline à entreprendre l’introspection de son passé. Il fallut presque dix ans de plus à l’histoire et vingt ans à la médecine, malgré les procès de Nuremberg. Le premier acte en fut un article de Hermann Bausinger, qui était la version écrite d’une conférence tenue le 7 janvier 1965 à l’attention d’un large public sur le thème de « l’idéologie populaire et la recherche sur le peuple ». L’article s’intitulait « À propos de la Volkskunde national-socialiste ».

    40S’attaquer au postulat de la continuité historique de la Volkskunde n’était pas une mince affaire. En effet, la discipline, depuis la fin du dix-neuvième siècle, procédait davantage d’une autolégitimation par sa propre autogenèse que d’une définition concrète de son objet, qui n’était autre que la définition de la germanité dans toutes les formes idéelles et matérielles.

    41En demandant un réexamen de l’histoire de la discipline, H. Bausinger et son élève Wolfgang Emmerich, qui avait rédigé en 1968 une thèse intitulée Idéologie germanique de la nationalité. Genèse et critique de la recherche sur le peuple pendant le Troisième Reich, s’en prenaient aux fondements mêmes de son assise institutionnelle. Ces travaux eurent un fort impact dans le petit monde de la Volkskunde. Pendant presque vingt ans, deux clans s’affrontèrent, celui des anciens et celui des modernes. La querelle tournait autour de plusieurs points fondamentaux : le premier portait sur le maintien au sein des universités allemandes de Volkskundler compromis par leur passé proche. L’un des cas les plus célèbres est celui du directeur de l’institut Ludwig Uhland de Tübingen Gustav Bebermeyer : nommé professeur en 1933 après son adhésion au parti national-socialiste, il fut le principal organisateur de la mise au pas de l’université. Après avoir été emprisonné par le pouvoir d’occupation français, il fut reconnu comme suiveur en 1949 et mis à la retraite en 1958. Toutefois il continua d’enseigner dans son établissement d’origine de 1955 à sa mort en 197519.

    42Au dossier de la défense figurait l’argument précédemment retenu par W-E. Peuckert d’une contamination de la discipline par les autorités nationales-socialistes durant la Seconde Guerre mondiale. Par conséquent, le camp des anciens, à l’instar de Wolfgang Brückner, professeur à Francfort puis à Würzburg, dédouanait la Volkskunde de tout reproche et critique qui lui étaient adressés. À l’inverse, les modernes, dont l’épicentre se trouvait à Tübingen, arguaient du fait que le mal était intrinsèque à la discipline, contrairement à la thèse officielle en vigueur. Le second point découlait directement du premier : si la Volkskunde en tant que discipline avait été pervertie par l’idéologie du Troisième Reich, il fallait alors la considérer sous un autre angle et la renommer selon une logique qui l’éloignait des connotations raciales auxquelles les termes de Volk et völkisch ne cessaient de la renvoyer. Les défenseurs d’une mutation de la discipline et d’un rapprochement avec d’autres sciences sociales souhaitaient que l’on adopte des appellations telles qu’ethnologie européenne, anthropologie culturelle ou encore science empirique de la culture. Les conservateurs proposaient au contraire de maintenir la même dénomination (deutsche Volkskunde) et de la ramener au contexte étroit des ethnographies régionales. Le troisième point de discorde portait sur le refus de tout éclairage venant d’autres disciplines telles que la philosophie, puisque se référer aux représentants de l’École de Francfort revenait, selon les conservateurs, à idéologiser dans un autre sens la discipline : Leopold Schmidt, qui dirigeait le Musée national de la Volkskunde à Vienne, reprochait précisément à Wolfgang Emmerich ses allusions à Max Horkheimer ou Theodor Adorno, Ernst Bloch ou Karl Mannheim. Ce dernier argument était l’un des plus intéressants ; en effet, l’École de Francfort, en tant que mode de questionnement, avait considérablement influencé le mode de pensée politique et social de l’Allemagne de l’immédiat après-guerre, jusque dans certaines clauses de la Loi fondamentale. La Volkskunde conservatrice voulait naturellement s’extraire de ce contexte général, qui sonnait le renouveau partiel de la République fédérale.

    43Malgré les différences d’approche dans les diverses aires culturelles de l’espace germanophone, la communauté tout entière des Volkskundler participa aux débats. Parmi les représentants éminents du camp conservateur, on trouvait aussi bien Leopold Schmidt déjà évoqué que Hans Trümpy, professeur à l’université de Bâle ou encore Walter Hävernik, professeur à l’université de Hambourg ; du côté des modernes se trouvaient les élèves de Hermann Bausinger, notamment Utz Jeggle, qui, grâce à sa plume vive et son style acéré, joua un rôle central dans toute cette polémique.

    44L’affrontement connut plusieurs prolongements. Les différents colloques furent l’objet de diverses controverses et le chemin fut long et pavé d’embûches avant que la Volkskunde ne consentît à se confronter publiquement à la période national-socialiste. Au 16e Congrès de la Volkskunde qui se tint à Würzburg le 5 octobre 1967, le débat dépassa le cadre strict du corps professoral pour atteindre un large public estudiantin. Dans le sillage de refondation impulsée par l’École de Tübingen, les étudiants firent circuler une pétition exigeant une réflexion de la Volkskunde sur sa propre histoire, mais également un rapprochement avec les autres disciplines telles que la sociologie, l’anthropologie culturelle et sociale ou encore la psychologie. La fin des années 1960 marquait une progression forte de l’engagement politique de la société allemande et de son adhésion à la démocratie, pour lesquels le milieu estudiantin constituait une avant-garde vigilante. Une grande partie des Volkskundler, dont les structures de pensée n’étaient plus en phase avec les aspirations de la nouvelle génération d’étudiants, et qui avaient été parfois, dans les années 1930, les spectateurs tacites et consentants du refus avéré de la République de Weimar, furent les victimes expiatoires du long silence dans lequel s’était enveloppée leur discipline depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il y eut plusieurs ajustements progressifs qui ne restèrent pas sans écho dans les médias et aboutirent au congrès de Munich de 1986, où l’on traita enfin du thème de la Volkskunde sous le Troisième Reich.

    45L’ensemble des débats de l’après-guerre remit en cause l’existence même de la Volkskunde, et ce d’autant plus qu’elle n’avait jamais précisément défini ses contours et son terrain. En élargissant son espace à l’Europe et en se rapprochant des méthodes anglo-saxonnes, la Volkskunde contribua à diluer les spécificités d’une ethnologie germanophone. Mais n’avait-elle pas perdu en cela toute possibilité d’avenir et d’autonomie comme le montrait la réduction drastique du nombre de chaires qui lui sont consacrées dans le paysage universitaire allemand ? Par ailleurs, la nouvelle génération des Volkskundler inscrivit au cœur de sa réflexion le rapprochement avec les autres sciences sociales. Elle dut donc préciser ses méthodes et se définir par rapport à l’histoire et la sociologie, notamment celles de Bielefeld. Récusant par avance toute approche quantitative et statistique, les Volkskundler considéraient sur le plan théorique que la différence se faisait dans les questions d’approche de l’objet, les historiens privilégiant les macrostructures comme facteur explicatif, les Volkskundler au contraire les microstructures. Ils fondaient leur programme sur quatre concepts essentiels : le quotidien (Alltag), l’anhistoricité (Geschichtslosigkeit), l’identité (Identität) et la culture (Kultur).

    46Le changement de paradigme ne fut naturellement pas fortuit, l’histoire de la Volkskunde et des sciences de la culture en général montrant un entrelacement étroit entre un concept évolutif de culture, la société qui le portait et l’histoire qui la déterminait. Le choix de nouveaux modèles ne rompait naturellement pas avec la longue tradition de la Volkskunde, désormais connue à l’étranger sous le vocable d’ethnologie allemande, mais elle la contraignait et l’obligeait. Elle marquait la césure avec la conception d’une science écrite dans un cadre national et la déstabilisait quelque peu. Si l’Europe n’était pas absente en tant qu’objet de la Volkskunde et dans les échanges scientifiques qu’elle pouvait avoir avec ses voisins proches dans les années 20, elle prenait désormais la dimension du nouvel horizon et du terrain privilégié de la discipline.

    Notes de bas de page

    1 Hermann Bausinger, Bénédicte Savoy (Trad.), « La Volkskunde en Allemagne depuis 1945 », in : Ethnologie Française, vol. 27, n° 4, 1997, p. 457-464 ; Jean-Louis Georget, Dominique Lassaigne, « Quel avenir pour la Volkskunde ? Entre nostalgie allemande et ouverture européenne », in : Allemagne d’aujourd’hui, n° 170, octobre-décembre 2004, p. 128-139.

    2 Utz Jeggle (1941-2009) était professeur à l’Institut Ludwig Uhland de l’université de Tübingen. Il était venu à Paris sur l’invitation d’Isaac Chiva (1925-2012), assistant de Claude Lévi-Strauss.

    3 Louis Dumont, L’idéologie allemande. France – Allemagne et retour, Paris : Gallimard (Bibliothèque des Sciences humaines), 1991.

    4 Jean-Louis Georget, Dominique Lassaigne, « L’Allemagne à l’épreuve de la Volkskunde », Cadmos, L’histoire, n° 1, 2002, p. 29-48 ; Jean-Louis Georget, « Du caméralisme à la Volkskunde : Justus Möser à la croisée des disciplines », dossier thématique « L’Allemagne à l’épreuve de la Volkskunde », n° 125, 2007, p. 64-76.

    5 Justus Möser, « Osnabrückische Geschichte. Vorrede », in : Karl H. Welker (dir.), Politische und juristische Schriften, München : Beck, 2001, p. 22.

    6 Stefan Breuer, Anatomie de la révolution conservatrice, Paris : Maison des Sciences de l’Homme, 1996.

    7 Michael Jeismann, Dominique Lassaigne (Trad.), La patrie de l’ennemi, la notion d’ennemi national et la représentation de la nation en Allemagne et en France de 1792 à 1918, Paris : CNRS Éditions, 1997.

    8 Ernest Gellner, Nations and nationalism, Oxford : Blackwell, 1983.

    9 Andrea Zinnecker, Romantik, Rock und Kamisol, Volkskunde auf dem Weg ins Dritte Reich - Die Riehl Rezeption, Münster/New York : Waxmann, 1996, p. 245-252.

    10 On peut se référer à deux excellents articles de Reinhard Johler : Reinhard Johler, « Innsbruck : Zur Entstehung von Volkskunde an der Sprachgrenze », in : Wolfgang Jacobeit, Olaf Bockhorn, Hannjost Lixfeld (dir.), Völkische Wissenschaft. Gestalten und Tendenzen der Volkskunde in Deutschland und Österreich in der ersten Hälfte des 20. Jahrhunderts, Wien/Köln/Weimar : Böhlau, 1994, p. 407-415 et Reinhard Johler, « Geschichte und Landeskunde: Innsbruck », in : Wolfgang Jacobeit, Hannjost Lixfeld, Olaf Bockhorn (dir.), Völkische Wissenschaft. Gestalten und Tendenzen der Volkskunde in Deutschland und Österreich in der ersten Hälfte des 20. Jahrhunderts, Wien/Köln/Weimar : Böhlau, 1994, p. 449-462.

    11 Thomas Nipperdey, « Die anthropologische Dimension der Geschichtswissenschaft », in : Gerhard Schultz (dir.), Geschichte heute. Positionen und Tendenzen, Probleme, Göttingen : Vandenhoeck & Ruprecht, 1973, p. 247-250.

    12 http://frobenius2014.sciencesconf.org/.

    13 Friedrich Meinecke, Die deutsche Katastrophe. Betrachtungen und Erinnerungen, Wiesbaden : Brockhaus, 2e édition, 1946.

    14 Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ? Conférence faite en Sorbonne le 11 mars 1882, Paris : Calmann Lévy, 1882.

    15 Hans Naumann, Primitive Gemeinschaftskultur. Beiträge zur Volkskunde und Mythologie, Jena : E. Diederichs, 1921.

    16 Stefan Breuer, Anatomie de la révolution conservatrice, Paris : Maison des Sciences de l’Homme, 1996.

    17 Matthias Zender (dir.), Atlas der deutschen Volkskunde: Neue Folge. Auf Grund der von 1929 bis 1935 durchgeführten Sammlungen im Auftrage der Deutschen Forschungsgemeinschaft, Marburg : N. G. Elwert, 1958.

    18 Jean-Louis Georget, Dominique Lassaigne, « L’Allemagne à l’épreuve de la Volkskunde », Cadmos, L’histoire, n° 1, 2002, p. 29-48.

    19 Sabine Besenfelder, Staatsnotwendige Wissenschaft. Die Tübinger Volkskunde in den 1930er und 1940er Jahren, Tübingen : Tübinger Vereinigung für Volkskunde e. V. (Untersuchungen des Ludwig-Uhland-Instituts der Universität Tübingen) 94, 2002.

    Auteur

    • Jean-Louis Georget

      Institut franco-allemand de sciences historiques et sociales/ Centre Georg Simmel (UMR 8131 CNRS/EHESS)

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    Table des matières

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    Jean-Louis Georget

    Introduction

    Jean-Louis Georget et Gaëlle Hallair

    L’ethnologie allemande comme paradigme de la transformation profonde des études de civilisation allemande en France

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    1 Hermann Bausinger, Bénédicte Savoy (Trad.), « La Volkskunde en Allemagne depuis 1945 », in : Ethnologie Française, vol. 27, n° 4, 1997, p. 457-464 ; Jean-Louis Georget, Dominique Lassaigne, « Quel avenir pour la Volkskunde ? Entre nostalgie allemande et ouverture européenne », in : Allemagne d’aujourd’hui, n° 170, octobre-décembre 2004, p. 128-139.

    2 Utz Jeggle (1941-2009) était professeur à l’Institut Ludwig Uhland de l’université de Tübingen. Il était venu à Paris sur l’invitation d’Isaac Chiva (1925-2012), assistant de Claude Lévi-Strauss.

    3 Louis Dumont, L’idéologie allemande. France – Allemagne et retour, Paris : Gallimard (Bibliothèque des Sciences humaines), 1991.

    4 Jean-Louis Georget, Dominique Lassaigne, « L’Allemagne à l’épreuve de la Volkskunde », Cadmos, L’histoire, n° 1, 2002, p. 29-48 ; Jean-Louis Georget, « Du caméralisme à la Volkskunde : Justus Möser à la croisée des disciplines », dossier thématique « L’Allemagne à l’épreuve de la Volkskunde », n° 125, 2007, p. 64-76.

    5 Justus Möser, « Osnabrückische Geschichte. Vorrede », in : Karl H. Welker (dir.), Politische und juristische Schriften, München : Beck, 2001, p. 22.

    6 Stefan Breuer, Anatomie de la révolution conservatrice, Paris : Maison des Sciences de l’Homme, 1996.

    7 Michael Jeismann, Dominique Lassaigne (Trad.), La patrie de l’ennemi, la notion d’ennemi national et la représentation de la nation en Allemagne et en France de 1792 à 1918, Paris : CNRS Éditions, 1997.

    8 Ernest Gellner, Nations and nationalism, Oxford : Blackwell, 1983.

    9 Andrea Zinnecker, Romantik, Rock und Kamisol, Volkskunde auf dem Weg ins Dritte Reich - Die Riehl Rezeption, Münster/New York : Waxmann, 1996, p. 245-252.

    10 On peut se référer à deux excellents articles de Reinhard Johler : Reinhard Johler, « Innsbruck : Zur Entstehung von Volkskunde an der Sprachgrenze », in : Wolfgang Jacobeit, Olaf Bockhorn, Hannjost Lixfeld (dir.), Völkische Wissenschaft. Gestalten und Tendenzen der Volkskunde in Deutschland und Österreich in der ersten Hälfte des 20. Jahrhunderts, Wien/Köln/Weimar : Böhlau, 1994, p. 407-415 et Reinhard Johler, « Geschichte und Landeskunde: Innsbruck », in : Wolfgang Jacobeit, Hannjost Lixfeld, Olaf Bockhorn (dir.), Völkische Wissenschaft. Gestalten und Tendenzen der Volkskunde in Deutschland und Österreich in der ersten Hälfte des 20. Jahrhunderts, Wien/Köln/Weimar : Böhlau, 1994, p. 449-462.

    11 Thomas Nipperdey, « Die anthropologische Dimension der Geschichtswissenschaft », in : Gerhard Schultz (dir.), Geschichte heute. Positionen und Tendenzen, Probleme, Göttingen : Vandenhoeck & Ruprecht, 1973, p. 247-250.

    12 http://frobenius2014.sciencesconf.org/.

    13 Friedrich Meinecke, Die deutsche Katastrophe. Betrachtungen und Erinnerungen, Wiesbaden : Brockhaus, 2e édition, 1946.

    14 Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ? Conférence faite en Sorbonne le 11 mars 1882, Paris : Calmann Lévy, 1882.

    15 Hans Naumann, Primitive Gemeinschaftskultur. Beiträge zur Volkskunde und Mythologie, Jena : E. Diederichs, 1921.

    16 Stefan Breuer, Anatomie de la révolution conservatrice, Paris : Maison des Sciences de l’Homme, 1996.

    17 Matthias Zender (dir.), Atlas der deutschen Volkskunde: Neue Folge. Auf Grund der von 1929 bis 1935 durchgeführten Sammlungen im Auftrage der Deutschen Forschungsgemeinschaft, Marburg : N. G. Elwert, 1958.

    18 Jean-Louis Georget, Dominique Lassaigne, « L’Allemagne à l’épreuve de la Volkskunde », Cadmos, L’histoire, n° 1, 2002, p. 29-48.

    19 Sabine Besenfelder, Staatsnotwendige Wissenschaft. Die Tübinger Volkskunde in den 1930er und 1940er Jahren, Tübingen : Tübinger Vereinigung für Volkskunde e. V. (Untersuchungen des Ludwig-Uhland-Instituts der Universität Tübingen) 94, 2002.

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    Georget, J.-L. (2017). Du terrain régional au terreau idéologique : la construction d’une science de l’Allemagne. In J.-L. Georget, G. Hallair, & B. Tschofen (éds.), Saisir le terrain ou l’invention des sciences empiriques en France et en Allemagne. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.32713
    Georget, Jean-Louis. « Du terrain régional au terreau idéologique : la construction d’une science de l’Allemagne ». In Saisir le terrain ou l’invention des sciences empiriques en France et en Allemagne, édité par Jean-Louis Georget, Gaëlle Hallair, et Bernhard Tschofen. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2017. doi:10.4000/books.septentrion.32713.
    Georget, Jean-Louis. « Du terrain régional au terreau idéologique : la construction d’une science de l’Allemagne ». Saisir le terrain ou l’invention des sciences empiriques en France et en Allemagne, édité par Jean-Louis Georget et al., Presses universitaires du Septentrion, 2017, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.32713.

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    Georget, J.-L., Hallair, G., & Tschofen, B. (éds.). (2017). Saisir le terrain ou l’invention des sciences empiriques en France et en Allemagne. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.32659
    Georget, Jean-Louis, Gaëlle Hallair, et Bernhard Tschofen, éd. Saisir le terrain ou l’invention des sciences empiriques en France et en Allemagne. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2017. doi:10.4000/books.septentrion.32659.
    Georget, Jean-Louis, et al., éditeurs. Saisir le terrain ou l’invention des sciences empiriques en France et en Allemagne. Presses universitaires du Septentrion, 2017, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.32659.
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