Présentation de l’Organisation internationale de la Francophonie
p. 105-112
Texte intégral
L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est une organisation à but non lucratif basée à Paris, créée en 1970 sous l’impulsion des présidents Senghor (Sénégal), Bourguiba (Tunisie), Diori (Niger) et du Prince Sihanouk (Cambodge). Elle rassemble à ce jour 84 États et gouvernements membres, et représente 274 millions de locuteurs, répartis sur les cinq continents. Ses domaines d’interventions concernent la langue française, les diversités culturelle et linguistique ; les paix, démocratie et droits de l’homme ; l’éducation et la formation ; le développement durable, l’économie et la solidarité,
Une de ses figures importantes a été Tahar Cheriaa (1927-2010), une éminente personnalité du cinéma tunisien qui a créé les Journées cinématographiques de Carthage, qui fut directeur du département cinéma de la Francophonie d’où il a lancé le fonds francophone de production audiovisuelle du sud, ayant été un véritable promoteur du cinéma panafricain.
En réponse aux besoins de réappropriation des identités culturelles des populations africaines au lendemain des indépendances, l’OIF a initié et conçu des outils culturels successifs :
• 1986 création des centres de lecture et d’animation culturelle (CLAC),
• 1988 création du Fonds francophone de production audiovisuelle du sud, devenu fonds image de la Francophonie,
• 1993 création du Marché des Arts et des spectacles africains (MASA),
• 2001 création du Prix des 5 continents.
Il convient également de souligner que l’adoption de la convention internationale sur la diversité des expressions culturelles lui a valu une reconnaissance internationale.
En son sein le budget annuel de la culture est de 5 millions d’euros, soit 14 % des crédits de coopération :
• 2,2 M€ au titre de la création artistique et l’entreprenariat culturel,
• 1 M€ au titre de l’appui aux politiques et industries culturelles,
• 1 M€ au titre de l’accès aux savoirs (centres de lecture et d’animation culturelle),
• 640 000 € pour le dialogue interculturel.
L’aide à la production, ou le fonds Image de la francophonie
Créé en 1988, il concerne 37 pays (Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, Afrique de l’Est, Océan Indien, Maghreb, Asie du Sud-est, Moyen-Orient, Caraïbe et Pacifique), pour une action visant les longs-métrages, courts métrages, téléfilms, séries télévisées. 1 548 productions ont été soutenues (longs métrages, courts métrages, téléfilms, séries télévisées), pour un budget d’un million d’euros (50 % cinéma et 50 % télévision).
L’accompagnement se fait en aides à l’écriture, renforcement des capacités, commercialisation, promotion.
Les enjeux du programme « image » sont de proposer un accompagnement cohérent afin qu’une nouvelle génération de cinéastes issus de pays francophones du Sud puisse faire leurs premiers pas dans la réalisation, et que leurs films rencontrent un public le plus large possible et ce grâce à des financements, des expertises, des valorisations, du renforcement des capacités. Les objectifs sont de détecter de nouveaux talents, promouvoir la visibilité des œuvres soutenues, professionnaliser les acteurs du secteur de l’image.
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Afin d’accompagner la visibilité et la reconnaissance du cinéma francophone du sud et notamment d’Afrique, la politique de promotion de l’OIF s’est appuyée sur certains festivals emblématiques, tels :
• Festival international du film francophone de Namur (Belgique),
• Festival Vues d’Afrique (Montréal, Canada),
• Festival Écrans Noirs (Yaoundé, Cameroun),
• Festival du cinéma panafricain et de la télévision (Fespaco, Ouagadougou, Burkina Faso),
• Les journées cinématographiques de Carthage (Tunisie).
Cependant, aujourd’hui, le public africain est de plus en plus « connecté » à son cinéma. En effet, la cartographie des festivals africains montre que la plupart des pays africains disposent d’une vitrine du cinéma comme en témoignent de jeunes festivals basés au Rwanda, RDC, Madagascar, Djibouti, sans oublier les pays de tradition cinématographique qui eux, les multiplient ou les développent.
Le renforcement des capacités à l’OIF
Afin de permettre au cinéma francophone du sud et d’Afrique francophone de se professionnaliser et de gagner du terrain, l’OIF a misé sur l’aide en amont par :
• L’amélioration artistique des scénarios : l’OIF a établi des partenariats en vue de contribuer au développement de projet de longs-métrages notamment au niveau de l’écriture qui est l’un des maillons faibles de la production cinématographique notamment en Afrique. Ce dispositif vient compléter le Fonds image de la Francophonie et contribue à développer environ une trentaine de scenarios par an.
• L’appui à la coproduction : la production des œuvres est certes un objectif nécessaire mais il n’est pas suffisant, sans rencontre avec le public le cinéma n’a pas de raison d’être. Aussi pour consolider la faisabilité des films et leur permettre de s’affirmer sur la scène internationale, l’OIF encourage les ateliers de coproductions Francophones.
• Des ateliers et plateformes de coproduction, le financement : la Fabrique des cinémas du monde. Basée dans un stand du village international au Festival de Cannes, la Fabrique des cinémas du monde est un dispositif de soutien à dix projets de premier ou second long-métrage des pays du Sud ou émergents pour que les réalisateurs et producteurs rencontrent des décideurs porteurs de reconnaissance, financement et diffusion.
Pour soutenir la commercialisation des œuvres audiovisuelles et cinématographiques l’OIF a lancé un appel à candidatures qui fonctionne sur la base de catalogues (longs métrages, séries, documentaires et téléfilms) à promouvoir, et non par production unitaire.
Ce dispositif d’aide à la distribution a encouragé les rares distributeurs professionnels d’Afrique francophone à être présents dans les marchés qu’ils auront préalablement identifiés. Ainsi les producteurs de pays suivants ont bénéficié d’un soutien : Cameroun, France, Maurice et Madagascar. De plus l’OIF soutient le doublage en anglais de séries télévisées d’Afrique sud saharienne francophone.
Les trois phases récentes du soutien au cinéma africain
L’aide au cinéma africain de l’OIF a connu trois grandes périodes.
2000-2005. Un cinéma solidement financé par les institutions
À cette époque ce cinéma, surtout d’Afrique sud saharienne francophone, dépendait en grande partie de financements publics bilatéraux et multilatéraux provenant essentiellement du Nord. C’était l’âge d’or du Fonds francophone de production audiovisuelle du Sud de l’OIF qui pouvait octroyer des montants pouvant aller jusqu’à 120 000 € par long-métrage.
D’autres institutions telles que TV5Monde, Canal France International, le Conseil international des radios et télévisions francophones (CIRTEF), le Fonds européen ACP, le Fonds Sud du Centre national du cinéma français, ou encore le Fonds image Afrique du Ministère français des Affaires étrangères, apportaient aussi des contributions conséquentes.
Durant cette période, paradoxalement, peu de films de cette région ont été produits, mais ceux qui se sont faits ont été relativement bien financés. Les thématiques en vogue à l’époque portaient sur la dialectique entre tradition et modernité, les rapports avec les Occidentaux, etc. Les films étaient conçus pour un public et des critiques plutôt du Nord, et étaient généralement produits par des producteurs basés au Nord. La principale ambition à l’époque était de montrer les œuvres dans les festivals et d’y obtenir une récompense.
2006-2011. L’érosion des financements institutionnels
Durant cette période, les financements institutionnels naguère dédiés au cinéma africain se sont globalement amenuisés. Celui-ci a perdu de nombreux soutiens tels que le Fonds sud et le fonds Image Afrique ce qui a entrainé une baisse quantitative et qualitative. Si l’OIF a pu maintenir son Fonds francophone de production audiovisuelle du sud elle n’a pas pu échapper aux baisses budgétaires qui ont frappé les principaux intervenants, l’enveloppe allouée au long-métrage passant à 40 000 € au lieu des 120 000 €.
Durant cette phase les cinéastes africains ont dû s’adapter de force. En effet inspirés par le modèle de production du Nigeria, le géant de la production cinématographique au niveau continental, et surtout par l’avènement du numérique, bon nombre de jeunes cinéastes se sont mis à réaliser leurs films avec de petits budgets, et parfois seuls. Par ailleurs, de nombreux festivals de cinéma se sont créés un peu partout en Afrique. On a pu également constater l’entrée dans le cinéma africain de régions peu représentées auparavant telles que l’Océan Indien et l’Afrique de l’Est. De même à cette époque le film de genre a fait son entrée avec des thématiques plus diversifiées explorant le registre de l’humour, de la politique ou de l’action. En dépit de cette conjoncture, les cinéastes ont fait preuve d’inventivité pour réaliser à tout prix et montrer leurs films en Afrique, produits de plus en plus par des professionnels africains.
2012-2017. Un contexte international prometteur pour le cinéma africain
Enfin la troisième phase qui a commencé vers 2012 a annoncé une certaine renaissance du cinéma africain. Elle est marquée par la multiplication des partenaires financiers. Certains États africains ont mis en place des fonds nationaux d’aide à la production comme en Côte d’ivoire ou au Sénégal, et des partenaires privés tels qu’Orange studio et Canal+ ont fait leur entrée. Au niveau du contenu ce cinéma aborde des thématiques reflétant les préoccupations sociopolitiques, existentielles, environnementales des Africains.
À partir de 2010 à la faveur des résultats d’un rapport sur la langue française dans le monde réalisé par l’Observatoire de la langue française, l’Afrique sud saharienne devient la principale zone d’expansion de la langue française en raison essentiellement de son expansion démographique. Cette promesse va, dès lors déclencher une dynamique telle que de nombreux opérateurs français entreront en jeu afin de créer un éco système favorable au développement du cinéma d’Afrique francophone. Cette implication des diffuseurs et financeurs tels que Canal+ et Orange studio redonnera une nouvelle dynamique à la politique de soutien au cinéma africain. Aussi le fonds de l’OIF se stabilise et resserre ses critères tout en positionnant dans la détection de nouveaux talents via des aides multiformes. Comme celle allouée au film Félicité (Alain Gomis, 2017) qui a obtenu une aide à la production, une bourse de postproduction à Venise, et une aide à la promotion.
La situation contemporaine
Le cinéma africain est à un tournant majeur qui laisse augurer une renaissance économique qui sans nul doute lui permettra d’atteindre son public premier mais l’autorise aussi à aller à la conquête de l’international. La coproduction francophone et internationale permet de mieux l’exposer, et la redynamisation de la langue française qui passe désormais par le continent africain enjoint l’OIF à renouveler le soutien des productions culturelles des pays d’Afrique francophone et notamment pour le cinéma, c’est pourquoi elle souhaite se positionner comme un accompagnateur et un catalyseur. L’aide à la production demeure nécessaire et en dépit de la multiplication des sources de financement les films d’Afrique sud saharienne mais l’écriture nécessite des appuis car sa qualité est déterminante pour la concrétisation du projet et pour le rayonnement du français. Bien que le cinéma africain soit en renaissance il n’en demeure pas moins de nouvelles étapes à franchir, certains métiers et compétences sont à combler et notamment celles de distributeurs et de programmateurs de festivals, la relance des salles et l’émergence de festivals sur le continent nécessitant des personnes formées.
L’OIF ne peut que se réjouir de la féminisation en Afrique des métiers du cinéma (réalisatrices, directrices de festivals, productrices, etc.), féminisation plus marquée que dans bon nombre de pays européens ou encore les récompenses, les salaires, les postes de directeurs de festivals sont rares. Le cinéma africain s’est diversifié et bon nombre de professionnels en attendent des retombées économiques et pas uniquement une reconnaissance dans les festivals. L’appréciation de leurs compatriotes n’est plus accessoire d’où la hausse de films de genre dans le paysage cinématographique africain (film d’action, film policier, comédies, etc.). C’est d’ailleurs ce cinéma dit « populaire » qui intéresse les opérateurs tels qu’Orange ou Canal+. Se présentent aux professionnels de l’image en Afrique plusieurs opportunités depuis l’entrée de ces partenaires privés français, comme propulser leurs productions vers l’international et également élaborer une stratégie panafricaine qui s’appuie sur la solidarité interétatique. Compte tenu de la complexité de ce secteur et de la rapidité des changements, l’OIF a tout intérêt à promouvoir et accompagner les études de terrain afin de pouvoir les mettre à la disposition des États et de s’en servir comme outil d’aide à la décision. Le recours à des personnalités au charisme et à la notoriété reconnues peut propulser le cinéma à l’international et certains cinéastes et certains ont déjà saisi l’opportunité de faire appel aux acteurs et actrices de la diaspora africaine ou antillaise, aux chanteurs ou aux sportifs qui ont une image de marque très forte et peuvent de ce fait apporter une valeur ajoutée au cinéma africain (Omar Sy…).
Le cinéma est un art et une industrie mais c’est aussi une question de prestige et cette dimension qui faisait hier défaut au cinéma francophone du Sud a largement été compensée par le Festival international du film de Dubaï, les Trophées francophones du cinéma, le Festival international du film de Durban, etc. même si le positionnement des journées cinématographiques de Carthage et du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Burkina Faso) sont volontairement positionnés comme des rencontres de débats, des confrontations plutôt que des célébrations couteuses.
De sujet de coopération le continent africain devient un marché attractif ou viennent investir bon nombre de groupes internationaux. En effet, des chaines françaises, chinoises, indiennes s’installent et investissent en Afrique laissant augurer des coproductions à venir, la Chine investit 7 millions d’euros dans le cinéma rwandais. Du fait l’attractivité économique de l’Afrique et les potentialités de son marché, les deux principaux opérateurs audiovisuels français présents en Afrique soient Canal+ et Orange Studios ont été très visibles au Fespaco 2017. En tant que producteur diffuseur le groupe Canal+ a investi sur 15 productions dont 3 films en compétition officielle. Quant à Orange Studios fort de la présence sur 21 pays d’Afrique du groupe de téléphonie mobile Orange, il a soutenu 6 films en sélection.
Perspectives pour l’OIF
Après avoir contribué durant près d’une trentaine d’années à inscrire le cinéma africain dans l’histoire du cinéma mondial avec le concours d’autres partenaires, il est temps pour celui-ci d’aller à la conquête du marché international. L’OIF doit plus que jamais maintenir son appui au cinéma africain car contrairement à la musique où à la peinture, le cinéma est l’une des rares formes artistiques à n’avoir pas encore marqué son empreinte universelle de manière récurrente. Pour ce faire, il semble pour l’OIF nécessaire d’adapter leurs méthodes et leurs outils de travail aux nouveaux contextes ; de travailler en plus étroite collaboration avec des partenaires privés et publics ; de favoriser l’émergence de contenus à caractère historique, plus susceptibles d’être exportés à l’international et de répondre aux attentes des populations ; d’encourager le développement de nouvelles compétences telle que la programmation (salles ou festivals) et la distribution ainsi que les ateliers d’acteurs ; d’augmenter les productions à caractères historiques et littéraires.
Auteur
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