Nulle part. Les sujets ottomans apprentis dans la guilde des orfèvres de Raguse au XVIIe siècle
p. 187-208
Texte intégral
Everybody has a story to tell
(Joe Strummer)
Introduction
1Les connaissances concernant les activités professionnelles exercées par les habitants de Raguse et les sujets ottomans sont plutôt discontinues. Au cours des trente dernières années, les chercheurs se sont concentrés sur la présence de ressortissants de Raguse dans le cadre d’activités diplomatiques et marchandes dans l’Empire Ottoman, en particulier au sein des territoires soumis à l’autorité des pachas (pachalik ; en turc paşalık) de la Bosnie et de la Serbie1. Par contre, à quelques exceptions près2, la recherche s’est limitée à survoler le problème de la présence de travailleurs sujets ottomans dans la République de Raguse, ou dans d’autres contextes, et cela en raison du caractère lacunaire de la littérature existante à cet égard3.
2Cependant, comme cela a été souligné par Rhoads Murphey, contrairement à ce qui se passait au XVe siècle et au début du XVIe siècle, lorsque les mouvements de populations dans les Balkans étaient intimement liés à des logiques de conquête et d’affirmation du pouvoir ottoman sur les nouveaux territoires, à partir de la deuxième moitié du XVIe siècle environ, les mouvements migratoires dans la région furent davantage motivés par des choix individuels visant à obtenir des avantages économiques4. En effet, au cours de l’époque moderne, les populations rurales de l’Empire Ottoman avaient tout spécialement tendance à quitter leur terre d’origine en raison de l’apparition d’épidémies ou de l’éclatement de révoltes, d’impositions fiscales trop élevées ou pour d’autres motivations de nature sociale et économique5. En général, ces migrants choisissaient comme destination les villes commerciales les plus proches et il semble que, nonobstant la crise du XVIIe siècle, la République de Raguse soit parvenue dans tous les cas à maintenir son statut de centre économique le plus important des Balkans sud-occidentaux et à exercer une certaine attraction sur tous ceux qui décidaient de quitter leur terre d’origine6.
3Cela semble s’être vérifié également dans le minuscule milieu de la guilde des orfèvres de la République de Saint Blaise. En effet, au cours du XVIIe siècle, on peut constater qu’au sein de la guilde étaient actifs au moins douze travailleurs immigrés originaires des territoires ottomans (Bosnie, Herzégovine et Monténégro) : six jeunes apprentis et au moins six maîtres artisans. Bien que de modeste entité, il s’agit du mouvement migratoire le plus important au sein de cette guilde de Raguse au cours du XVIIe siècle.
4Même si, dans notre essai, nous examinerons également les caractéristiques de l’immigration et de l’intégration dans la guilde d’artisans adultes, les figures sur lesquelles nous voudrions concentrer de manière plus spécifique notre étude sont les jeunes apprentis provenant de l’arrière-pays ottoman, étant donné que ceux-ci correspondent parfaitement au portrait de l’humanité unsettled telle qu’elle a été définie par Patricia Fumerton7, où le concept de mobilité est lié de manière intrinsèque à celui d’instabilité et de fragilité du point de vue socio-économique.
5Dans cette étude, nous analyserons les différentes modalités d’accès à la guilde selon les caractéristiques sociales propres aux différents individus (maîtres artisans sujets ottomans, sujets ottomans apprentis ou apprentis originaires de Raguse), les particularités de l’apprentissage, les problèmes liés au tutorat des apprentis sujets ottomans et, enfin, les différentes caractéristiques de la mobilité des maîtres artisans et des apprentis sujets ottomans. Le premier point fournira une série d’informations générales sur la guilde des orfèvres de Raguse, sur le statut d’état tributaire de l’Empire Ottoman propre à la République, ainsi que sur les rapports qu’elle entretenait avec son arrière-pays, dans le contexte de ces événements liés à la guilde.
6Le présent essai représente une première tentative d’explorer les aspects de la mobilité (géographique et socioprofessionnelle) des sujets ottomans émigrés dans une des villes les plus importantes de la Méditerranée du point de vue de l’influence politique et commerciale à l’époque moderne où, comme cela a été observé par Suraiya Faroqhi, encore que cela ne concerne pas spécifiquement Raguse, « a low-life subculture developed there about which we still know virtually nothing »8.
1. La guilde et la République de Raguse
1.1. La guilde des orfèvres de Raguse
7La guilde des orfèvres (oresi) de Raguse fut fondée en 1306 et, en 1521, elle fut rattachée à celle, similaire, des battioro9. Selon les normes de la Matricola (document statutaire de la confrérie professionnelle), la guilde était gouvernée par les Gestaldi, appuyés par d’autres figures appelées Iudeci ou Officiali. Ces officiers demeuraient en fonction pendant toute une année et avaient pour mandat d’administrer les affaires de la guilde. Parmi les tâches incombant aux artisans, appelés « frères » (fratelli), figurait celle de garantir une assistance mutuelle par le biais d’œuvres de charité – en particulier grâce à des offrandes en argent – en cas de maladie ou d’autres circonstances difficiles. Quant à la présence des femmes, bien que ni dans la Matricola ni dans les documents notariés n’apparaissent les noms d’artisanes travailleuses, on mentionne dans la documentation les « sœurs » (sorelle) ainsi que les femmes des artisans10. Aucune information concernant les tâches qui étaient confiées aux femmes ne figure dans les statuts. Sur la base de la Matricola, il semble bien que l’appartenance à la confrérie professionnelle se manifestait, de manière toute particulière, par leur participation aux cérémonies religieuses et aux systèmes de solidarité institués par la guilde11.
8Dans le contexte de la vie publique de Raguse, la guilde jouissait d’un grand prestige et exerçait, en outre, une influence considérable lorsqu’il s’agissait d’orienter certaines politiques de nature économique adoptées par la République.
9Une des raisons qui justifiaient son prestige réside dans le fait que les artisans orfèvres de Raguse ne travaillaient pas seulement au service de donneurs d’ordre privés, mais également de l’Église et, en particulier, pour l’hôtel de la monnaie de la République. En effet, la préparation de la frappe et du poinçon, de même que la procédure de fusion de l’argent pour la production du grosso de Raguse (monnaie d’argent, devise de la République de Saint Blaise) étaient confiées aux orfèvres de la guilde. La République exerçait un contrôle sévère sur la guilde en ce qui concerne l’alliage d’argent qui devait être utilisé pour battre monnaie. C’est à 1227 que remonte l’interdiction de la part des autorités de Raguse d’utiliser un alliage d’argent dont la finesse aurait été de qualité inférieure par rapport à la qualité courante et, en 1352, la République établit la finesse standard de l’alliage comme étant formée de 15 onces d’argent et d’une de cuivre12. Cependant, la guilde, elle aussi, jouissait du droit d’imposer ses propres conditions à la République. Dans ce sens, la guilde ne représentait pas seulement une institution dont l’objectif consistait exclusivement en l’organisation de la production d’un type particulier d’objet, mais également un véritable acteur du marché. En effet, en 1573, les orfèvres de Raguse arrivèrent même à obliger l’État à leur confier la commande pour la préparation des coupes d’argent devant être expédiées au sultan ottoman avec le tribut annuel13. De cette manière, on empêcha la République de se procurer des objets d’argent à l’étranger – où ils auraient éventuellement pu se révéler moins coûteux – et de s’adresser à la main-d’œuvre de la guilde qui, pour la fabrication de ces produits manufacturés, aurait utilisé l’alliage d’argent de Raguse.
1.2. La République et les rapports avec son arrière-pays
10D’une certaine manière, les différentes activités exercées par la guilde ont toujours été liées au rapport que la République fut en mesure de maintenir avec son arrière-pays. Pendant le Moyen Âge, ce rapport se concrétisait par l’exportation de métaux des mines bosniaques et serbes et par l’immigration d’artisans de Raguse spécialisés dans le travail des métaux14. Cette situation dura jusqu’en 1436, lorsque le sultan ottoman Murad II interdit aux princes serbes qui étaient ses vassaux l’exportation de l’argent de Trepča vers Raguse, en les obligeant à le remettre à l’hôtel de la monnaie ottoman15. Entre-temps, en 1430, Raguse reconnut de manière officielle la souveraineté ottomane sur les régions qui correspondent dans les grandes lignes aux actuelles Bosnie et Serbie16 et, en 1442, la République versa son premier tribut annuel aux Ottomans en obtenant de la part du sultan la première ‘Ahd-name (Capitulation)17. En fin de compte, pour la République de Raguse, le fait d’être un tributaire de la Sublime Porte signifiait que, en échange d’un tribut annuel, les Ottomans s’engageaient à protéger son territoire et à garantir à ses marchands d’importants privilèges commerciaux dans les territoires de l’Empire. Dans la pratique, ces privilèges se traduisaient par un régime douanier particulièrement favorable, par la garantie de la sécurité personnelle des marchands de Raguse sur le territoire ottoman, ainsi que par le droit d’importer du blé ottoman vers Raguse, par la protection des frontières de la République contre les brigands du Monténégro et de l’Herzégovine, et des convois maritimes de Raguse contre les attaques des pirates de l’Afrique du Nord et, enfin, également par l’octroi à Raguse de certains monopoles commerciaux (comme la vente du sel à Narenta et le trafic maritime de transit dans ses ports)18.
11Après la reconnaissance de la souveraineté ottomane sur la région des Balkans sud-occidentaux et la stipulation des Capitulations, Raguse fut en mesure de conserver la position privilégiée qui était la sienne sur les mines bosniaques et serbes mais à la condition que l’or et l’argent qui étaient extraits auraient été remis à l’hôtel des monnaies du sultan19. Par conséquent, bien que les mesures adoptées par les Ottomans ne compromettaient en rien la présence de Raguse dans les centres miniers bosniaques et serbes, celles-ci interrompirent totalement l’afflux d’argent vers Raguse. À partir de ce moment-là, pour approvisionner en argent l’hôtel de la monnaie de la République ainsi que les ateliers des orfèvres, Raguse fut contrainte d’acheter des monnaies d’argent étrangères, afin d’en faire fondre le métal pour frapper le grosso de Raguse20.
2. Vers le métier d’orfèvre à Raguse
12Tout au long de l’époque moderne, les métaux précieux ne furent plus exportés de Bosnie et de Serbie vers Raguse et les deux régions ne représentèrent plus une destination pour les artisans de Raguse. En effet, sur ce point, les sources nous informent de deux cas seulement d’orfèvres de Raguse qui émigrèrent dans les villes ottomanes des Balkans (Belgrade et Sofia) au cours du XVIIe siècle21. Cette situation est due au fait que ces marchés ne se prêtaient plus à être pénétrés par des travailleurs de Raguse étant donné que, à l’époque, une classe d’artisans locaux spécialisés s’était sûrement déjà formée et affirmée.
13On assiste en revanche à un mouvement contraire, à savoir le déplacement d’orfèvres et d’apprentis de l’arrière-pays ottoman vers la République de Saint Blaise. En effet, comme on a déjà eu l’occasion de le dire, au cours du XVIIe siècle, au sein de la guilde des orfèvres, apparaissent des signes de la présence d’au moins six maîtres artisans22 et d’au moins six jeunes apprentis originaires des territoires ottomans23.
14À ce stade il s’agit de bien comprendre quelles étaient les modalités pratiques d’admission dans la guilde et quels étaient les « statuts » réservés aux différents types d’individus qui voulaient y accéder. Comme dans les autres corporations européennes de l’époque moderne, il semble que, sur la base des dispositions statutaires, la guilde des orfèvres de Raguse ait utilisé l’apprentissage comme l’instrument principal pour l’accès à la profession d’orfèvre.
2.1. Les caractéristiques de l’apprentissage
15Conformément à ce qui est établi par les statuts de la guilde, les seules prescriptions sur l’apprentissage concernent sa durée – au moins sept ans – et l’obligation de rédiger un contrat auprès d’un notaire24. On ne prévoyait pas de mesures pouvant limiter l’accès à l’apprentissage et il semble qu’il n’était nécessaire de payer aucune « taxe d’inscription » afin d’entamer la formation professionnelle.
16Les contrats d’apprentissage fournissent aussi d’autres types d’informations. Avant tout, il ressort que le maître était tenu de fournir à l’apprenti ses aliments et son habillement. Cette disposition permet de comprendre que, pour les autorités publiques de Raguse, il revenait au maître de prévenir une éventuelle, mais évidemment plutôt probable, déchéance de l’apprenti dans un état d’indigence et de marginalisation avec toutes les conséquences – notamment du point de vue de l’ordre public – que cette situation aurait entraîné (vagabondage, mendicité et épisodes de petite criminalité). En outre, on spécifie dans les contrats que le maître était tenu de traiter son élève de manière humaine. Au-delà de l’assistance, le maître s’engageait à transmettre au jeune homme une formation professionnelle. Cette obligation se traduisait très simplement par l’expression suivante : nom du maître « sponte conduxit in famulum et pro famulum suo et artis » nom de l’apprenti.
17De son côté, l’apprenti s’engageait à se comporter de manière adéquate, à être fidèle et diligent, à ne pas voler et à ne pas se rendre complice des intentions d’autrui de commettre un vol. En ce qui concerne le logement, dans certains contrats le maître se chargeait d’accueillir l’élève dans sa propre demeure, tandis que dans d’autres on ne faisait pas mention du problème25. L’âge des apprentis n’est en général pas mentionné dans les contrats, mais étant donné la présence des parents ou des tuteurs au moment où il était stipulé, on peut affirmer sans crainte que les jeunes gens n’avaient pas encore atteint l’âge adulte26.
18Ni le règlement de la guilde ni les contrats ne donnent d’indications sur les conditions auxquelles un maître devait répondre pour pouvoir accueillir un apprenti dans son atelier. De la même manière, dans les sources ne figure aucune information concernant les compétences techniques qui étaient censées être transmises. De plus, ni la Matricola, ni les contrats d’apprentissage, ne font référence à la production d’un chef-d’œuvre à la fin de la formation. En effet, il semble qu’à la fin de l’apprentissage, les outils du métier étaient tout simplement remis dans les mains du nouvel artisan. Cependant, avant de pouvoir entreprendre sa propre carrière, seul ou en collaboration avec d’autres orfèvres, le jeune artisan devait payer une certaine somme d’argent à la guilde27. Quoi qu’il en soit, les statuts de la guilde fournissent des indications en ce qui concerne l’éventualité d’un abandon de la part des apprentis. Dans de telles circonstances, aucun autre maître n’aurait pu prendre le jeune homme avec lui, ni comme apprenti ni comme travailleur occasionnel. Si, malgré tout, cela arrivait, la guilde avait le droit d’appliquer une sanction pécuniaire, aussi bien au jeune homme qu’au nouveau maître.
19En ce qui concerne le rôle social du maître, dans les contrats on ne fait pas mention du fait que ce dernier ait agi in loco parentis. Dans les contrats, les parties adultes, à savoir le maître et les parents/tuteurs, ne faisaient qu’exprimer leur commun accord visant à introduire le jeune homme dans l’atelier du maître. En outre, comme on a déjà eu l’occasion de le dire, les engagements concernant l’apprentissage, le maintien et la conduite durant l’apprentissage étaient directement conclus entre le maître et l’apprenti. Il semble par conséquent que par rapport à l’apprenti, le maître ne jouait en rien le rôle d’un pater familias : le rapport se concentrait sur les problèmes matériels, tandis que l’autorité parentale demeurait une prérogative des parents ou était remise aux tuteurs.
2.2. Nouveaux venus et/ou outsiders
20Après ce qui a été exposé jusqu’ici, il faut signaler que le statut de nouveau venu présentait des degrés d’intensité variable, à savoir qu’il existait différentes manières d’accéder au métier d’orfèvre à Raguse et différents niveaux d’intégration au sein de la guilde, en fonction de la position sociale et professionnelle des individus. Finalement on peut dire que, selon l’individu, la guilde « répondait » de manière différente à divers types de motilité, un concept qui, dans le contexte microsocial dont il est question ici, peut être défini comme étant la capacité/possibilité des personnes de s’intégrer aussi bien du point de vue géographique que du point de vue social dans un nouveau milieu28.
21Ivo Lentić, dans son vaste travail de nature quantitative sur la guilde des orfèvres de Raguse entre le Moyen Âge et l’époque moderne, constata, au cours du XVIIe siècle, la présence d’environ 136 orfèvres29. Malgré le nombre considérable d’artisans, nous ne possédons d’informations que sur un nombre limité d’apprentis. En effet, pour tout le XVIIe siècle, Lentić ne mentionne que 16 cas d’apprentissage auprès de l’atelier d’un orfèvre30. Parmi ceux-ci, environ un tiers (6 cas) impliquent des contrats d’apprentissage. Ces contrats concernent les apprentis qui viennent des territoires de l’Empire Ottoman.
22Les données mentionnées par Lentić font émerger une contradiction entre la théorie et la pratique en ce qui concerne le problème de l’accès à la profession d’orfèvre dans la République de Raguse. En effet, contrairement à ce qui était prévu par les normes statutaires, il est évident que, dans la plupart des cas, les accords en matière d’apprentissage n’étaient pas stipulés sous la forme d’un contrat. Cette situation suggère l’idée qu’à Raguse et entre les habitants de Raguse, le problème de la transmission des connaissances liées à un métier dépendait, dans un grand nombre de cas, de l’existence de liens de confiance interpersonnels31. Les accords d’apprentissage étaient donc normalement ratifiés de manière verbale entre les familles d’orfèvres – et le fils d’un orfèvre suivait sa période d’apprentissage auprès d’un autre orfèvre – ou bien ils découlaient de décisions prises de commun accord entre le père et son fils32. Le caractère lacunaire des informations sur la production d’un chef-d’œuvre à la fin de la période d’apprentissage induit à penser que la guilde agissait en grande partie au sein d’un système familial, dans lequel le réservoir de recrutement des apprentis était formé par les familles mêmes des orfèvres et que le contrôle sur la qualité de la production était exercé de manière informelle, sans que ne soient impliqués des organes de contrôle appartenant à la guilde. L’absence d’un contrat d’apprentissage est du reste un phénomène commun dans, par exemple, de nombreux contextes de l’Italie médiévale et moderne, surtout en ce qui concerne le phénomène du travail féminin.33
23Comme dans de nombreux autres contextes, les dispositions statutaires prévoyaient un parcours privilégié pour les fils des maîtres. Une fois qu’ils avaient atteint l’âge de vingt ans et qu’ils avaient exprimé le souhait de suivre le parcours entrepris par leur père, après un premier paiement de six grossi et des paiements successifs d’un grosso par mois, ils devenaient automatiquement un fratello à tous les égards. Au cas où le père serait décédé avant que son fils n’ait atteint l’âge de vingt ans, ce dernier, selon les modalités susmentionnées, aurait eu la possibilité de devenir immédiatement membre de la confraternité professionnelle34.
24En général, il est nécessaire de spécifier que la condition même d’apprenti – local ou étranger – plaçait la personne dans une condition d’infériorité et d’exclusion sociale et économique. En effet, bien que de nouvelles orientations tendent à réexaminer la position critique d’Adam Smith qui voyait l’apprentissage comme un instrument d’oppression35, la situation économique et sociale des apprentis était dans tous les cas extrêmement déséquilibrée si on la compare avec celle des travailleurs salariés ou des maîtres artisans36. C’est justement pour cette raison que les contrats d’apprentissage sont qualifiés de contrats « imparfaits », étant donné que les deux parties, maître et apprenti, possèdent des pouvoirs contractuels absolument asymétriques37.
25Dans le cadre de l’apprentissage au sein de la guilde des orfèvres de Raguse, certaines personnes étaient davantage des nouveaux venus que d’autres, voire plutôt des outsiders. Du point de vue des relations sociales, la fragilité des apprentis sujets ottomans ne résidait pas tellement dans leur condition d’immigrés, mais plutôt dans le fait d’être totalement dépourvus – contrairement à leurs homologues de Raguse – d’un réseau social en mesure de les protéger et de les soutenir du point de vue matériel et relationnel, au cours de leur formation et au moment de l’accès proprement dit à la profession38. En effet, comme cela a été observé par Fumerton dans son ouvrage sur les working poors de Londres au XVIIe siècle, les apprentis immigrés représentaient une catégorie de « jeunes gens à risque » à cause de la pauvreté, du vagabondage et de ce que nous appelons de nos jours le « travail au noir »39. Ces dangers étaient également ressentis à Raguse, du moins en partie, étant donné que, dans les contrats d’apprentissage, on faisait référence de manière précise à la responsabilité du maître en ce qui concerne le maintien de son apprenti.
26En outre, il est nécessaire de se rappeler que, contrairement à ce qui se passa dans d’autres contextes européens de l’époque, en particulier italiens40, l’apprenti ne recevait aucune forme d’émoluments pour le travail qu’il effectuait. En plus de cela, l’issue de son parcours de formation était entièrement aux mains de son maître et, en général, les perspectives et les conditions de vie de l’apprenti l’étaient également. Le jeune homme pouvait être congédié à n’importe quel moment en cas de décès ou de maladie grave de son maître ou au cas où ce dernier aurait été mécontent des services rendus. Il va de soi que le poids des conséquences de tels événements était bien plus léger pour les apprentis originaires de Raguse, vu qu’ils se trouvaient dans un milieu qui était en grande partie régi par des dynamiques familiales.
27La situation d’infériorité sociale et économique des jeunes apprentis immigrés est particulièrement évidente si on la compare avec celle d’un autre groupe d’immigrés de la guilde : les maîtres artisans adultes. En effet, selon les normes statutaires, les orfèvres non-citoyens (cives) jouissaient des mêmes droits et devaient se soumettre aux mêmes devoirs imposés par la guilde des orfèvres citoyens de Raguse. Les orfèvres non-citoyens étaient cependant tenus de payer une taxe spéciale pour compenser le fait que les étrangers, à Raguse, étaient exemptés du service de garde de la ville41. Il semble en effet que ces travailleurs, bien qu’ils ne fussent pas citoyens de l’État de Raguse, pouvaient non seulement s’intégrer de manière parfaite au sein de la guilde mais, également, posséder des propriétés et jouir de tous les droits légaux que la République leur concédait42.
28Par conséquent, si l’on exclut les maîtres artisans de Raguse et les travailleurs occasionnels – dont on ne fait aucune mention dans les sources –, au sein de la guilde des orfèvres de Raguse au XVIIe siècle figuraient trois catégories de travailleurs, chacune d’entre elles étant, à sa manière, une nouvelle venue (newcomer) mais, dans la gamme des prérogatives concédées par la corporation professionnelle, elles étaient placées à des niveaux très différents. Par rapport aux deux autres typologies de nouveaux venus, les artisans adultes jouissaient d’une position certainement privilégiée : bien qu’ils fussent des immigrés, les normes de la guilde permettaient à ces travailleurs de s’intégrer parfaitement. Les apprentis originaires de Raguse, quant à eux, peuvent être placés à un niveau intermédiaire. Ils peuvent être considérés comme étant en mouvement, parce qu’ils visent à l’acquisition d’un métier et d’une certaine position professionnelle et leur situation de relative infériorité était due à leur condition même d’apprentis. Cependant, ces jeunes gens jouissaient de l’avantage de se trouver dans un contexte social marqué par des dynamiques familiales dont ils faisaient partie. Enfin, jouissant de la condition la moins favorable, se trouvent les apprentis sujets ottomans. Ces jeunes peuvent être considérés comme « totalement en mouvement », aussi bien du point de vue géographique que du point de vue de l’éducation et de la profession. Dans leur cas, le terme « mobilité » peut être superposé à celui de « iniquité », car le fait d’être aussi intensément « on the move » les rendait extrêmement vulnérables : étant dépourvus d’un solide réseau social et familial sur lequel s’appuyer, ils se trouvaient dans une position économique et professionnelle extrêmement précaire et fragile.
3. La question du tutorat
29Comme nous l’avons vu dans la partie qui portait sur les caractéristiques de l’apprentissage, le maître n’exerçait aucune autorité paternelle sur les apprentis, celle-ci demeurant une prérogative exclusive des parents et, lorsque ceux-ci n’étaient pas présents, des tuteurs.
30Dans les contrats d’apprentissage, apparaissent, en qualité de tuteur de certains apprentis sujets ottomans, les noms de certaines personnalités du milieu des marchands et de la diplomatie de Raguse. Dans l’acte notarié relatif à l’apprentissage de Marcho Raosaglich « de Gazcho » (Gacko, Herzégovine) auprès du maître orfèvre bosniaque (bosnese) Marco di Lazzaro remontant à 1618, Benedetto de Ghettaldi apparaît en qualité de tuteur du jeune homme43. Nous savons qu’entre 1616 et 1617, Benedetto de Ghettaldi avait reçu de la République la fonction d’ambassadeur auprès de la cour du pacha de Bosnie44. Dans un autre acte d’apprentissage de 1618, concernant le jeune Marco Garguzon auprès du maître Marco Matthei, apparaît le nom d’un autre membre de la famille aristocratique de Ghettaldi, Mathei, en qualité de tuteur du jeune homme45.
31En ce qui concerne la formation professionnelle des apprentis, le rôle de tuteur peut être considéré comme celui d’un intermédiaire en mesure de mettre en contact la guilde des orfèvres avec un bassin de recrutement différent par rapport à celui des familles des orfèvres locaux. Il s’agit cependant, dans le contexte spécifique, d’un élément « accidentel ». On estime, en effet, que le sens et les motivations qui sous-tendent le choix de certains patriciens de Raguse de servir de tuteurs à des jeunes sujets ottomans provenant des territoires de la Bosnie et de l’Herzégovine ne peuvent être bien compris que si on les met en rapport avec les intérêts et les activités diplomatiques et commerciales de Raguse dans le territoire de la Bosnie ottomane.
32À partir de 1580, lorsque fut fondé le pachalik de Bosnie, le pacha (gouverneur ottoman) bosniaque joua un rôle de tout premier plan dans le contexte des relations entre les Ottomans et les habitants de Raguse. D’un côté, les rapports entre Raguse et la Bosnie ottomane concernaient les problèmes quotidiens, mais vitaux, de la gestion d’une zone limitrophe : commerce, approvisionnement alimentaire de la République et exploitation de champs cultivables et de pâturages46. De l’autre, il est important de souligner que, bien que les privilèges garantis par les Capitulations fussent le résultat de la volonté du sultan, dans la pratique, leur mise en œuvre effective dépendait de la volonté des officiers ottomans de la Bosnie et de l’Herzégovine. Au vu de cette situation, le destin des activités politiques et commerciales de Raguse était en large mesure lié aux résultats de ces missions diplomatiques auprès des autorités ottomanes en Bosnie et en Herzégovine47. De plus, il faut souligner que, selon Biegman, la participation active dans les activités marchandes de sujets ottomans – surtout de musulmans, mais également de quelques catholiques – à partir du début du XVIIe siècle, mena à une détérioration de la position privilégiée dans le domaine politique et commercial dont jouissaient les habitants de Raguse au sein de l’Empire48. Au XVIIe siècle, les coutumes diplomatiques de Raguse ne prévoyaient pas une présence constante d’ambassadeurs sur le territoire de l’Empire ottoman. Étant donné le rôle fondamental joué par le pacha de Bosnie et par le sancak beyi (administrateur provincial ottoman) d’Herzégovine, Raguse avait l’habitude d’envoyer auprès de ces dignitaires des délégations diplomatiques à intervalles réguliers. Au XVIIIe siècle, les diplomates de Raguse (poklisari) étaient des ambassadeurs non professionnels : il s’agissait d’habitude de patriciens qui étaient nommés ambassadeurs par la République en raison de leur expérience commerciale sur le territoire ottoman. Ces patriciens étaient envoyés auprès des cours de Bosnie et d’Herzégovine avec une certaine fréquence, mais seulement pour de très courts laps de temps et avec pour mandat de traiter des problèmes spécifiques ayant été définis par la République. Par conséquent, l’activité diplomatique de Raguse – en particulier en Bosnie – présentait davantage les caractéristiques d’une sorte de task force commerciale plutôt que celle d’une délégation consulaire.
33Dans ce contexte d’instabilité et d’incertitude, où les pratiques commerciales se superposaient à celles de la diplomatie, la capacité de mettre en place des liens sociaux sur le territoire devenait absolument essentielle. Finalement, pour ces ambassadeurs/marchands de Raguse, il était nécessaire de mettre en place au sein des territoires ottomans ce que John Urry a qualifié de network capital, à savoir tous les éléments en mesure d’engendrer et de soutenir les relations avec les personnes, les familles ou les groupes, de manière à obtenir des bénéfices concrets du point de vue social, économique et logistique sur un territoire donné49.
34L’engagement pris par les ambassadeurs/marchands de Raguse, dans le cadre du tutorat de ces jeunes gens ottomans, faisait probablement partie d’une stratégie de création de liens avec le tissu social de la Bosnie et de l’Herzégovine rurales. En outre, le fait d’assumer la charge et la responsabilité de l’autorité parentale de ces jeunes à Raguse permettait au tuteur, à partir d’une position de force mieux affirmée, d’avoir des rapports avec les familles et, de manière plus générale, avec le milieu social de provenance de ces jeunes gens. En ce sens, le lien qui naissait du tutorat – non seulement entre le tuteur et l’apprenti mais également entre le tuteur et les milieux originaires du jeune homme – peut être interprété comme une forme de patronage, qui permettait un échange de services, de faveurs et de ressources dans le contexte de relations qui, du côté des citoyens de Raguse, étaient mises au service des exigences des activités marchandes et/ou consulaires au sein de ces territoires.
35De manière plus spécifique, la capacité de nouer des relations de nature personnelle avec les familles ou les groupes sociaux dont provenaient les apprentis pouvait apporter des bénéfices de type économique et commercial, logistique ou, encore, stratégique. La dimension logistique, souvent négligée, était en revanche fondamentale dans un territoire montagneux comme celui de la Bosnie-Herzégovine, par exemple, pour obtenir plus facilement un logement au cours des missions commerciales et/ou diplomatiques et de meilleures conditions de transport. Enfin, du point de vue stratégique, il y avait la possibilité d’acquérir des informations qui pouvaient se révéler fort utiles dans le cadre de leur propre mission50.
36Par ailleurs, cette opération allait certainement au-devant des attentes des familles d’origine des apprentis. Malheureusement, nous ne disposons pas d’informations en ce qui concerne les conditions sociales et économiques de ces familles, mais le choix qui consistait à confier leurs jeunes à un tuteur de Raguse avait sans aucun doute une motivation de type socio-économique : un investissement sur la formation professionnelle ou bien une manière pour se débarrasser d’une bouche en plus à nourrir51. En outre, tout au moins au cours des premières décennies du XVIIe siècle et dans le milieu rural, les familles chrétiennes peuvent avoir pris ce genre de décision de manière à éviter à leurs fils le risque d’un enrôlement forcé dans le système militaire et administratif ottoman (devşirme)52.
4. Horizons différents
37Aux Balkans, au cours du XVIIe siècle, comme on l’a déjà dit, les phénomènes migratoires n’étaient plus motivés par l’arrivée des Ottomans, mais plutôt par des choix individuels de nature économique. Comme nous l’avons vu au début de cette étude, au cours du XVIIIe siècle, au sein de la guilde des orfèvres de Raguse, travaillaient environ une douzaine de migrants provenant des territoires ottomans, dont six jeunes apprentis et six maîtres artisans.
38Leurs parcours migratoires présentaient des caractéristiques communes. Dans les deux cas, il s’agissait de migrations individuelles de personnes libres (ne se trouvant donc pas en état d’esclavage), vraisemblablement motivées par des motifs de nature économique. En outre, aussi bien pour les jeunes que pour les adultes, il s’agissait de migrations sur de courtes-moyennes distances. Cependant, c’est justement le problème relatif au lieu de provenance qui fait apparaître la première différence dans la pratique migratoire des deux groupes. En effet, les apprentis étaient la plupart du temps originaires des villages ruraux de la Bosnie, de l’Herzégovine et du Monténégro, et leur migration vers Raguse était donc du type campagne-ville. Au contraire, les artisans adultes provenaient davantage des villes bosniaques, et, de cette manière, leurs déplacements apparaissaient plutôt comme un déplacement ville-ville. Le fait que bon nombre des jeunes gens provenaient de milieux ruraux est probablement lié, d’une part, à l’exigence de créer un réseau social de support de la part des tuteurs/ambassadeurs/marchands de Raguse dans les zones rurales du pachalik de Bosnie. D’autre part, il y a également des raisons socio-économiques et une volonté plausible chez les chefs des familles de protéger leurs enfants mâles contre les risques d’un enrôlement forcé (devşirme). En ce qui concerne les adultes, nous ne disposons d’aucune information qui permette de prouver que ces personnes étaient nées et avaient grandi dans les centres urbains de la Bosnie ottomane. Ce que nous savons, cependant, c’est que ceux-ci étaient les lieux de provenance de ces artisans au moment de leur déplacement à Raguse. Par conséquent, il convient de considérer ces localités comme les lieux où ces personnes ont achevé leur formation professionnelle et qu’ils ont ensuite décidé d’abandonner pour des raisons économiques.
39La seconde différence concerne les perspectives économiques qui étaient réservées aux deux groupes d’émigrants. De ce point de vue, les jeunes apprentis et les artisans adultes se trouvaient dans deux positions complètement différentes. Comme on l’a déjà dit, bien qu’ils soient étrangers, du point de vue économique et productif, les artisans émigrés étaient mis, dans la guilde, sur le même pied que leurs homologues de Raguse. On ne demandait aux orfèvres immigrés que de « monnayer » l’absence de services à la garde de la ville. Au contraire, la situation économique de l’apprenti, qu’il soit étranger ou originaire de Raguse était totalement déséquilibrée par rapport à celle des adultes. Si l’émigration d’un artisan orfèvre pouvait par conséquent entraîner une effective et immédiate amélioration de sa situation économique, le départ d’un jeune apprenti doit être interprété comme une sorte d’« investissement » en vue d’une carrière future. Du reste, un autre élément qui distingue les migrations de travailleurs spécialisés adultes de celle des apprentis était représenté par la durée. Les adultes avaient tendance à émigrer de manière permanente – une pratique qui est notamment due au fait que les règles internes de la guilde, comment on l’a déjà dit, revêtaient un caractère fortement inclusif à l’égard des orfèvres déjà spécialisés –, au point que certains d’entre eux contractaient mariage et établissaient par conséquent des liens familiaux à Raguse53. Au contraire, en ce qui concerne les apprentis, étant donné qu’il n’existe pas de trace de leur activité au sein de la guilde après la période d’apprentissage, il est raisonnable d’affirmer que la migration de ces jeunes gens était uniquement motivée par l’espoir de compléter une formation professionnelle. En réalité, étant donné le manque d’informations sur ces apprentis en dehors du contexte de l’apprentissage, il n’est même pas possible d’affirmer que ceux-ci furent en mesure de mener à terme leur parcours de formation. En effet, outre la possibilité d’un retour en territoire ottoman, compte tenu du taux élevé d’échec dans l’achèvement de l’apprentissage54, il est plausible d’imaginer que ces jeunes ne parvenaient pas tous à achever leur formation professionnelle. En outre, en ce qui concerne le rapport entre mobilité géo-professionnelle et le problème de la qualification professionnelle, il est encore nécessaire de rappeler ce qui a été observé par David Jacoby, à savoir que « journeymen and apprentices were more inclined to move in search of better working conditions than masters, who had their own premises and tools and were sedentary. Qualifications, though, were not necessarily reflected in professional status, as apprentices were often prevented from achieving upward occupational mobility, a factor that increased their tendency to migrate »55.
Conclusions
40Pour emprunter au vocabulaire de la sociologie, la mobilité des apprentis orfèvres sujets ottomans peut être définie comme un changement de condition sociale qui s’inscrit dans le cadre de trois dimensions différentes : la motilité, à savoir leur capacité et possibilité de se réinsérer du point de vue social et spatial ; les caractéristiques du réseau, à savoir le cadre dans lequel a eu effectivement lieu leur migration (les tuteurs de Raguse) ; enfin le mouvement au sens strict, c’est-à-dire le caractère particulier de leur déplacement géographique56.
41En ce qui concerne le problème de la motilité des apprentis orfèvres sujets ottomans à Raguse, celle-ci était largement conditionnée non seulement par les obstacles qui naissaient de la condition même de l’apprenti, mais également par les caractéristiques de l’apprentissage au sein de cette guilde. En effet, il semble que tout ce qui concernait l’apprentissage dans ce contexte était en grande partie lié à des « affaires de famille » ou à des rapports de confiance interpersonnels.
42En effet, étant donné la forte stabilité et cohérence sociale de la guilde, ce n’est que sur la base des contrats des sujets « instables » – c’est-à-dire les nouveaux arrivés apprentis sujets ottomans – que nous pouvons obtenir des indications concernant les formalités de l’apprentissage dans cette corporation professionnelle.
43Pour certains jeunes de Raguse, le contexte relationnel dans lequel cette migration a lieu, était au contraire représenté par le tutorat des patriciens de la République, qui, par le biais de ce type d’opérations, tentaient probablement de constituer un réseau social de soutien dans une terre étrangère mais qu’ils fréquentaient pour des motifs liés à la diplomatie et au commerce. Dans ce sens, la réalisation d’un capital relationnel (network capital) était l’outil pour la création d’un capital social (social capital)57.
44Pour finir, le contexte spatio-temporel dans lequel a lieu le déplacement des apprentis sujets ottomans est celui de mouvements de courte-moyenne distance, du type campagne-ville et probablement, du moins en ce qui concerne leur séjour au sein de la guilde, d’une durée relativement brève.
45Un aspect important lié au cas de nos apprentis sujets ottomans à Raguse est représenté par le fait que mobilité – sous ses dimensions géographiques, sociales, éducatives et professionnelles – et désavantage socio-économique peuvent représenter des éléments qui sont étroitement liés58. Pour résumer, on peut affirmer que les apprentis sujets ottomans se trouvaient dans une position d’iniquité à l’égard des deux autres types de nouveaux venus de la guilde. Il est en effet possible d’imaginer une sorte de stratification socio-économique parmi ceux qui souhaitaient accéder à la guilde, qui voit les apprentis sujets ottomans occupant un niveau inférieur, tandis que leurs homologues de Raguse et les maîtres artisans sujets ottomans occupant des positions plus importantes. Cette situation est due, comme on l’a montré, à différents facteurs. Le premier d’entre eux était sûrement constitué par la condition d’être des apprentis elle-même, donc les aspects contractuels, économiques et sociaux. En deuxième lieu, comme on l’a plusieurs fois souligné, la guilde avait tendance à recruter de nouvelles forces de travail à l’intérieur des familles des orfèvres et que, par conséquent, les jeunes sujets ottomans ne pouvaient pas compter, au contraire des apprentis de Raguse, sur un réseau social et professionnel en mesure de les soutenir au cours de leur apprentissage et, par la suite, au moment de leur entrée dans la profession d’orfèvre. Le troisième facteur qui définissait leur condition d’iniquité se déduit par contraste par rapport à la position des artisans adultes immigrés. À ces derniers, en effet, les règles de la guilde et de la République permettaient de s’intégrer de manière parfaite à l’intérieur de la corporation professionnelle et du tissu socio-économique local, au point de réussir à s’établir de manière permanente à Raguse et à y créer des liens familiaux.
46Enfin, dans le contexte qui est examiné, le fait même d’être des immigrés ne représentait pas l’élément principal susceptible de décréter le succès ou la faillite dans le projet de mobilité des personnes concernées. Ce furent plutôt les aspects législatifs, institutionnels et socio-relationnels auxquels furent confrontés les jeunes sujets ottomans qui parvinrent à changer ce qui aurait dû être le parcours d’un projet de formation, professionnel et migratoire, en un parcours, qui tout au moins dans le cadre de la guilde des orfèvres de Raguse, ne mena nulle part.
Notes de bas de page
1 Voir par exemple Toma Popović, Turska i Dubrovnik u XVI veku, Belgrade, Srpska književna zadruga, 1973 ; Zdenko Zlatar, « Dubrovnik’s Investments in its Balkan Colonies, 1594-1623 : a Quantitative Analysis », Balcanica, 1976, n° 7, p. 103-118 ; Vesna Miović, Dubrovačka diplomacija u Istambulu, Zagreb-Dubrovnik, HAZU-Zavod za povijesne znanosti, 2003 ; Id., « Bosanski beglerbeg, hercegovački sandžakbeg i diplomacija Dubrovačke Republike », Anali Zavoda za povijesne znanosti HAZU u Dubrovniku, 2000, n° 38, p. 121-164 ; Vuk Vinaver, « Turska i Dubrovnik u doba španske invazije Jadranskog mora (1617-1619 godine) », Istorijski glasnik, 1952, n° 4/1, p. 21-59 ; Id., « Bosna i Dubrovnik (1595-1645) », Društva istoričara Bosne i Hercegovine, 1962, n° 13, p. 199-232 ; Id., Turska i Dubrovnik u XVIII veku, Belgrade, Srpska Akademija Nauka, 1960.
2 Voir Vesna Miović, « Emin na Pločama kao predstavnik Osmanlija na području Dubrovačke Republike », Anali Zavoda za povijesne znanosti HAZU u Dubrovniku, 1999, n° 37, p. 205-215 ; Olivier Raveux, « The Orient and the Dawn of Western Industrialization : Armenian Calico Printers from Constantinople in Marseilles (1669-1686) », dans M. Berg (éd.), Goods from the East, 1600-1800 : Trading Eurasia, Basingstoke-New York, Palmgrave-Macmillan, 2015, p. 77-91.
3 Suraiya Faroqhi, The Ottoman Empire and the World Around It, Londres-New York, I.B. Tauris, 2004, p. 137.
4 Rhoads Murphey, « Population Movement and Labor Mobility in Balkan Context : a Glance at post-1600 Ottoman Social Realities », dans R. Murphey (éd.), Studies on Ottoman Society and Culture, 16th-18th Centuries, Aldershot-Burlington, Routledge, 2007, p. 87-88.
5 Suraiya Faroqhi, Subjects of the Sultan. Culture and Daily Life in the Ottoman Empire, Londres-New York, I.B. Tauris, 2000, p. 57.
6 En ce qui concerne la conjoncture de stagnation économique à Raguse au XVIIe siècle, voir Vuk Vinaver, « Dubrovačka nova ekonomska politika početkom XVII. veka », Anali Zavoda za povijesne znanosti HAZU u Dubrovniku, 1956, n° 4/5, p. 417-453.
7 Patricia Fumerton, Unsettled. The Culture of Mobility and the Working Poor in Early Modern England, Chicago-Londres, University of Chicago Press, 2006.
8 S. Faroqhi, Subjects of the Sultan, op. cit., p. 57.
9 Državni Arhiv u Dubrovniku (ci-après appelés DAD), Matricola degli orefici di Ragusa (ci-après appelés Matricola), ff. 2v, 13r-v.
10 À propos des sorelle, celles-ci sont mentionnées trois fois dans la Matricola. La première fois, en relation avec les fonctions de certains maîtres de la guilde, DAD, Matricola, f. 27r. La deuxième en relation avec la distribution des offrandes, DAD, Matricola, f. 28v. La troisième, à propos de la possibilité d’obtenir une sépulture dans le cloître de Saint-Dominique à Raguse, DAD, Matricola, f. 38r. En ce qui concerne les épouses : « Fu preso in pieno chapitolo per tutti chontra tre che quando more la moglie di qual si voglia orefice che si deba à compagnare ala sepultura con li quatro tersa come si conpagna ancho li nostra fratelli », DAD, Matricola, f. 43v.
11 Cf. Zrinka Pešorda Vardić, « “Pučka vlastela”. Društvena struktura dubrovačke bratovštine Sv. Antuna u kasnom srednjem vijeku », Povijesni prilozi, 2007, n° 33, p. 233 ; Vilma Pezelj, «Žene u bratovštinama srednjovjekovnih dalmatinskih gradova », Zbornik radova Pravnog fakulteta u Splitu, 2010, n° 47/1, p. 155-173. De manière plus générale en ce qui concerne le rôle des femmes au sein des guildes de l’époque moderne, voir Clare Crowston, « Women, Gender and Guilds in Early Modern Europe : An Overview of Recent Research », International Review of Social History, 2008, n° 53, p. 19-44.
12 Ivo Lentić, Dubrovački Zlatari, Zagreb, Zadružna štampa, 1984, p. 8.
13 DAD, Matricola, ff. 15r-16r.
14 Halil İnalcık, « The Ottoman State. Economy and Society, 1300-1600 », dans H. İnalcık et D. Quataert (éd.), An Economic and Social History of the Ottoman Empire, 1300-1600, vol. I, Cambridge, Cambridge University Press, 1994, p. 258.
15 Ibid.
16 Boško Bojović, Raguse (Dubrovnik) et l’Empire ottoman (1430-1520). Les actes impériaux ottomans en vieux-serbe de Murad II à Selim Ier, Paris, Association Pierre Belon, 1998, p. 186-188.
17 B. Bojović, op. cit., p. 190-194 ; Nicolaas H. Biegman, The Turco-Ragusan Relationship, Paris, Mouton, 1967, p. 25-27.
18 Vesna Miović, « Diplomatic Relations Between The Ottoman Empire and the Republic of Dubrovnik », dans G. Kármán et L. Kunčević (éd.), The European Tributary States of the Ottoman Empire in the Sixteenth and Seventeenth Century, Leiden-Boston, Brill, 2013, p. 187-191.
19 Boško Bojović, « Entre Venise et l’Empire ottoman, les métaux précieux des Balkans (XVe-XVIe siècles) », Annales HSS, 2005, n° 6, p. 1277-1297.
20 Robert Harris, Storia e vita di Ragusa. Dubrovnik, la piccola Repubblica adriatica, Trevise, Santi Quaranta, 2008, p. 117.
21 L’orfèvre Biagio di Matteo Giurassi exerçait ses activités à Belgrade en 1635, DAD, Procurae Notariae, 35, ff. 44v-45r ; aux alentours de 1610, l’orfèvre Niccolo di Vincenzo travaillait à Sofia, DAD, Procurae de Cancellariae, 19, f. 251r.
22 L’orfèvre Giovanni di Michele « da Osojnica » reçut la dot de la part de son épouse de Raguse en 1654, DAD, Libri Dotium, 17, ff. 1r-2r ; l’orfèvre Nicola Cuiungia de Mostar possédait un laboratoire à Raguse en 1673, DAD, Affitti, 62, f. 1r ; l’orfèvre Andrea di Lupi « oresse bosnense » fit une déposition devant une autorité publique en 1616, DAD, Lamenta de intus et foris, 19, f. 30r ; l’orfèvre Marco di Lazzaro bosnese en 1661 était « habitante in Ragusa », DAD, Lamenta de intus et foris, 19, f. 30r ; l’orfèvre Ambroz Petrovich « de Banja Luka » reçut la dote de son épouse de Raguse en 1619, DAD, Libri Dotium, 16, f. 4r-5r ; au XVIIe siècle était présent et travaillait à Raguse l’orfèvre Radulo di Bogdan Morlacco de Mostar, DAD, Acta Consilii Rogatorum, 139, f. 170v.
23 Ci-après figurent les noms des apprentis orfèvres sujets ottomans : Pava « figlio di Nikolino dal Monte Negro » en 1614 commence un apprentissage de huit ans auprès du Maître Christoforo di Marino Gluncevich, DAD, Diversa Notariae, 134, f. 43r ; Marco Garguzon bosnensem en 1618 commença son apprentissage de huit ans auprès du Maître Marco Mathei, DAD, Diversa Notariae, 134, ff. 184v-185r ; en 1618, Matcho Raossaglich « da Gazcho » (Gacko, Hercegovina) commença son apprentissage de sept ans auprès de l’atelier du Maître Marco di Lazzaro bosnese, DAD, Diversa Notariae, 134, f. 191r ; Marco di Gregorio de Sarajevo en 1622 commença son apprentissage avec le maître Michele di Pietro, DAD, Diversa Notariae, 201, f. 37r ; en 1682 Pietro di Ivan Raicevich « da Cepicuch » (Čepikuće, Herzégovine) commença son apprentissage de sept ans avec le maître orfèvre Giovanni di Simone, DAD, Diversa de Foris, 116, f. 237r ; Marko Vlahuscin « da Chicevo » (Kičevo, Monténégro) commença son apprentissage de sept ans auprès du Maître Vito di Luca Drasgich en 1690, DAD, Diversa de Foris, 123, f. 260r-v. En ce qui concerne l’appartenance religieuse de ces jeunes gens, nous savons paradoxalement que c’étaient des chrétiens justement parce que cette information n’est pas contenue dans les contrats d’apprentissage. En effet, les notaires et les chanceliers publics de Raguse avaient l’habitude de mentionner le lieu d’origine et, s’il s’agissait d’un musulman, le mot « Turc » à côté du nom du contractant non originaire de Raguse au moment de la conclusion du contrat. Dans le cas de nos apprentis, seul le lieu d’origine est enregistré, mais pas leur appartenance religieuse, en conséquence de quoi, conformément à la coutume de Raguse, on peut donner pour acquis dans de tels cas que ceux-ci étaient de religion chrétienne.
24 DAD, Matricola, f. 10r-v.
25 Le fait de garantir ou pas un logement à l’apprenti dépendait dans la plupart des cas du nombre de membres de la famille et de la présence ou non de travailleurs salariés qui s’ajoutaient au noyau familial du maître. Cf. Josef Ehmer, « The Artisan Family in Nineteenth-century Austria : Embourgeoisement of the Petite-Bourgeoisie », dans G. Cossick et H.G. Haupt (éd.), Shopkeepers and Master Artisans in Nineteenth-century Europe, Londres-New York, Routledge, 1984, p. 197.
26 Ce n’est que dans deux cas que nous connaissons l’âge de l’apprenti et pas sur la base du contrat d’apprentissage mais à partir d’autres sources. Le premier est relatif à l’apprenti Marko Vlahuscin « de Chicevo » (Kičevo, Monténégro), lequel commença son apprentissage de sept ans en 1690 à l’âge de 14 ans avec le maître Vito di Luca Drasgich. DAD, Diversa, de Foris, 123, ff. 260r-v. Le deuxième porte sur le cas de l’apprenti Miho di Mato qui commença son apprentissage en 1668 à l’âge de 13-14 ans auprès du maître Vido Orese. DAD, Lamenta del Criminale, 73, f. 36r.
27 DAD, Matricola, ff. 8r-v.
28 Timo Ohnmacht, Hanja Maksimet, Manfred Max Bergman, « Mobilities and Inequality. Making Connections », dans T. Ohnmacht, H. Maksim, M.M. Bergman (éd.), Mobilities and Inequality, Farnham-Burlington, Ashgate, 2009, p. 12. Pour une définition plus complète de motility, voir Vincent Kaufmann, Manfred Max Bergman, Dominique Joye, « Motility : Mobility as Capital », International Journal of Urban and Regional Research, 2004, n° 28/4, p. 750.
29 I. Lentić, op. cit., p. 8.
30 Bien que cette méthode soit contraire aux normes de la citation bibliographique, pour des raisons de clarté, le nom de l’auteur et de l’ouvrage seront mentionnés avant la citation. Le numéro de page suivra chaque référence. I. Lentić, op. cit. ; en 1690, l’orfèvre Vito di Luca Drasgich prit avec lui l’apprenti Marko Vlahuscin, p. 62 ; en 1639, le maître Matteo di Marco Francovich a pris dans sa boutique les apprentis Gregorio di Florio, Stefano di Dimitrio et Luca di Giovanni, p. 65 ; dans les années ‘40 du XVIIe siècle, Giorgio di Florio est apprenti auprès de l’orfèvre Matteo Francovich, p. 69 ; en 1614, Christoforo di Marino Gluncevich prit avec lui l’apprenti Pava di Nikolino, p. 72 ; en 1682, le maître Giovanni di Simone accueillit l’apprenti Pietro di Ivan Raicevich, p. 76 ; en 1612, l’orfèvre Joseffo de Pasquale avait à son service l’apprenti Giorgio di Antonio, p. 80 ; en 1609 le maître orfèvre Marino di Matteo prit dans sa boutique en tant qu’apprenti Vincenzo di Vincenzo, p. 93 ; en 1618, le maître orfèvre bosnese Marco di Lazzaro avait pour apprenti Matcho Raossaglich, p. 94 ; en 1618, l’orfèvre Michele di Pietro (senior) accueillit dans sa boutique l’apprenti Tommaso di Giovanni et en 1622 également Marche di Gregorio, p. 99 ; au début du siècle, l’orfèvre Michele di Pietro (junior) commença son apprentissage auprès du Maître Marco di Giovanni, p. 99 ; en 1616, l’orfèvre Michele di Rado prit dans son atelier Marino di Luca, p. 99 ; en 1613, Rossano di Michele suivait un apprentissage auprès du maître Jacob Radidetto Michlin, p. 100 ; en 1638, l’orfèvre Vido Orese avait dans son atelier le jeune Miho di Mato, p. 131.
31 Cela peut également être constaté dans le milieu des pêcheurs de Dieppe du XVIIIe siècle. Voir, dans ce volume, l’étude de Romain Grancher.
32 À cet égard, l’exemple de la famille d’orfèvres De Fredis est particulièrement significatif. Les chefs de lignée de la famille, les frères Andrea Giuliani De Fredis, Antonio Giuliani De Fredis et Giovanni di Pietro Paolo « Zampa » Giuliani De Fredis, se rendirent à Raguse au départ de Venise probablement vers la fin du XVIe siècle. Leurs enfants et petits-enfants respectifs, Christoforo Giuliani De Fredis et Giovanni Battista Giuliani De Fredis, se joignirent à eux pour travailler dans l’atelier. I. Lentić, op. cit., p. 81-83.
33 Maria Paola Zanoboni, « Mobilità sociale e lavoro femminile nelle grandi città italiane », dans S. Tognetti et L. Tanzini (éd.), La mobilità sociale nel Medioevo italiano : competenze, conoscenze e saperi tra professioni e ruoli sociali (secc. XII-XV), Rome, Viella, 2016, p. 51-76.
34 DAD, Matricola, f. 36v.
35 Stephan R. Epstein, « Craft Guilds, Apprenticeship, and Technological Change in Preindustrial Europe », The Journal of Economic History, 1998, n° 58/3, p. 688-693. Sur Smith, voir Adam Smith, La ricchezza delle nazioni, Turin, UTET, 2006, p. 218-248.
36 Bert De Munck et Hugo Soly, « “Learning on the Shop Floor” in Historical Perspective », dans B. De Munck, H. Soly, S.L. Kaplan (éd.), Learning on the Shop Floor. Historical Perspectives on Apprenticeship, New York-Oxford, Berghahn Books, 2007, p. 9.
37 Sur la question des « incomplete contracts », voir Alan Schwartz, « Incomplete Contracts », dans P. Newman (éd.), The New Palgrave Dictionary of Economics and the Law, vol. II, Londres, Palmgrave, 2002, p. 277-282.
38 Cf. P. Fumerton, op. cit., p. 17, 30, 189.
39 Ibid., p. 19-22, 51 et passim.
40 Anna Bellavitis, « Apprentissages masculins, apprentissages féminins à Venise au XVIe siècle », Histoire Urbaine, 2006, n° 15, p. 49-73.
41 DAD, Matricola, ff. 14v-15r.
42 Zdenka Janeković Römer, « Gradation of Differences : Ethnic and Religious Minorities in Medieval Dubrovnik », dans D. Keene, B. Nagy, K. Szende (éd.), Segregation, Integration, Assimilation. Religious and Ethnic Groups in the Medieval Towns of Central and Eastern Europe, Farnham, Routledge, 2009, p. 115-116.
43 DAD, Diversa Notariae, 134, f. 191r.
44 DAD, Acta Sanctae Mariae Maioris, « Lettere e relazioni dell’Ambasciatore Pietro di Giorgio e dell’Ambasciatore Benedetto de Ghettaldi da Sarajo negli anni 1612, 1616, 1617 », b. 1916, 4-10 ; « Lettere di vari corrispondenti da Sarajo dall’anno 1617 al 1679 », b. 2227, 1-2.
45 DAD, Diversa Notariae, 134, ff. 184v-185r.
46 V. Miović, « Bosanski beglerbeg », op. cit., p. 38.
47 Ibid., p. 39.
48 N.H. Biegman, op. cit., p. 27.
49 John Urry, Mobilities, Cambridge, Polity Press, 2007, p. 197.
50 En ce qui concerne les modalités d’acquisition d’informations de la part des sujets de Raguse en Bosnie ottomane, voir Erica Mezzoli, « Information Network between the Republic of Ragusa and the Pashadom of Bosnia during the War of Candia (1645-1669) », Études Balkaniques, 2014, n° 50/3, p. 59-81.
51 En ce qui concerne un autre cas où des jeunes gens provenant du milieu rural-montagnard ont été confiés à des sujets n’appartenant pas au noyau familial dans le cadre de la formation professionnelle, voir, dans ce volume, l’étude de Francesca Chiesi Ermotti.
52 Selon Hammer, le dernier devşirme eut lieu en 1638, mais, par la suite, des conscriptions sporadiques de jeunes gens eurent encore lieu. J. von Hammer in Raoul Guêze, « Unici nel loro genere. Devsirme e giannizzeri fra Cinquecento e Seicento », dans G. Motta (éd.), I Turchi, il Mediterraneo e l’Europa, Milan, Franco Angeli, 1998, p. 177.
53 En 1654, l’orfèvre Giovanni di Michele « de Osojnica » reçut la dot de son épouse de Raguse Anica. DAD, Libri Dotium, 17, ff. 1r-2r. En 1619, l’orfèvre Ambroz Petrovich reçut de son épouse Cate la dot nuptiale. DAD, Libri Dotium, 16, ff. 4r-5r.
54 Cf. Steven R. Smith, « The London Apprentices as Seventeenth-Century Adolescents », Past & Present, 1973, n° 61/1, p. 149-161 ; Ilana Krausman Ben-Amos, « Failure to Become Freemen : Urban Apprentice in Early Modern England », Social History, 1991, n° 16/2, p. 155-172.
55 David Jacoby, « The Migration of Merchants and Craftsmen : a Mediterranean Perspective (12th-15th Century) », dans S. Cavaciocchi (éd.), Le migrazioni in Europa, secc. XIII-XVIII, Actes du colloque de l’Istituto Internazionale di Storia Economica « F. Datini », Florence, Le Monnier, 1994, p. 552.
56 Cf. Weert Canzler, Vincent Kaufmann, Sven Kesselring, « Tracing Mobilities. An Introduction », dans W. Canzler, V. Kaufmann, S. Kesselring (éd.), Tracing Mobilities. Towards a Cosmopolitan Perspective, Aldershot-Burlington, Ashgate, 2008, p. 2-3.
57 Jonas Larsen et Michael Hviid Jacobsen, « Metaphors of Mobility. Inequality on the Move », dans T. Ohnmacht, H. Maksim, M.M. Bergman (éd.), Mobilities and Inequality, 2009, Farnham, Ashgate, 2009, p. 88.
58 T. Ohnmacht, H. Maksim, M. M. Bergman, op. cit., p. 7-25 ; John Hassler, José V. Rodríguez Mora, Joseph Zeira, « Inequality and Mobility », Journal of Economic Growth, 2007, n° 12/3, p. 235-259.
Auteur
-
Erica Mezzoli
Istituto « Livio Saranz » - Trieste
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