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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Introduction 1. Les techniques : lavage et préparation de la laine brute (fiocco-lana) 2. L’organisation du travail 3. La gestion d’une main-d’œuvre mobile Conclusions Notes de bas de page Auteurs

    Travail et mobilité en Europe (XVIe-XIXe siècles)

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Contrôler la mobilité des travailleurs dans une filière productive : la production de la laine à Huéscar et Padoue aux XVIe et XVIIe siècles

    Andrea Caracausi et Rafael M. Giron-Pascual

    p. 25-48

    Texte intégral Introduction 1. Les techniques : lavage et préparation de la laine brute (fiocco-lana) 2. L’organisation du travail 3. La gestion d’une main-d’œuvre mobile Conclusions Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    Introduction

    1L’objectif de cet article est d’étudier le thème de la mobilité des travailleurs à travers l’analyse des stratégies mises en place par les marchands-entrepreneurs lanieri (lainiers) pour la gestion de la main-d’œuvre saisonnière. En effet, durant l’époque moderne, une grande partie de la production lainière était le fruit du travail d’une main-d’œuvre saisonnière, locale ou étrangère, qui exerçait une ou plusieurs activités en fonction des stratégies familiales, entrepreneuriales ou de la communauté d’origine1. Ce phénomène était encore plus fréquent dans certaines filières de production de biens qui franchissaient plusieurs frontières et territoires et qui, dans leurs différentes phases, étaient contrôlées par des groupes de marchands-entrepreneurs. Comprendre le fonctionnement interne de ces boxes, dans une perspective de filière de production, peut aider à comprendre les mécanismes liés à la mobilité des travailleurs.2

    2C’est dans cet esprit que nous avons choisi de nous arrêter sur deux aspects de la production de la laine en Méditerranée au début de l’époque moderne : le lavage et la transformation du fiocco-lana (touffe de laine brute). Ceci n’est pas un choix aléatoire. Les filatures ont longtemps été l’un des principaux secteurs de l’économie méditerranéenne depuis le Bas Moyen-Âge jusqu’au début de l’époque moderne. La production et le commerce de matières premières, leur transformation dans les villes, l’exportation des produits sur des marchés lointains (du Proche-Orient et de l’Europe Centrale et Orientale) ont contribué de façon significative à l’enrichissement non seulement des marchands gérant ce processus, mais également des populations urbaines et rurales employées à l’année ou à la saison3. Analyser la gestion de la main-d’œuvre, notamment de sa composante « mobile », peut offrir des éléments de réflexion importants pour mieux comprendre les raisons de son succès.

    3Les études de cas ici proposées s’inscrivent dans ce cadre plus général et concernent la péninsule Ibérique et l’Italie du Nord, respectivement parmi les plus importants producteurs de laine brute et de draps de l’époque moderne. La première étude concerne Huéscar, dans la province de Grenade où, durant l’été, des milliers de travailleurs arrivaient de loin pour travailler dans les lavoirs et transformer la laine sale en laine propre, une opération essentielle pour pouvoir l’exporter vers les villes textiles italiennes. Ce processus, fondamental pour l’économie de Grenade et pour la Couronne de Castille, n’a pas fait l’objet d’études approfondies comme il le mériterait, notamment en ce qui concerne la technique, la hiérarchie du travail ou la mobilité des travailleurs, des thématiques sur lesquelles nous allons revenir au cours de cet article4. La deuxième étude de cas concerne Padoue, une ville de la République de Venise, important centre lainier qui, aux XVIe et XVIIe siècles, pouvait se vanter de posséder une production textile de très haute qualité et où se développa également un secteur florissant pour la production d’articles de bonneterie. Dans la filière de production, la main-d’œuvre pour la transformation du fiocco, touffe de laine brute, était particulièrement mobile et se concentrait sur certaines périodes de l’année, au cours desquelles cette phase de production était essentielle. Les articles, une fois tissés et finis, étaient ensuite vendus sur les marchés locaux à Venise, d’où ils étaient exportés vers l’Italie du Sud, l’Empire Ottoman et l’Europe centrale et orientale.5

    4Pourquoi étudier ces deux centres ensemble ? Tout d’abord parce que les régions de Huéscar et de Padoue étaient non seulement deux importants pôles de production mais ils étaient également liés l’un à l’autre. Une bonne partie de la matière première importée à Padoue pour la transformation des tissus était d’origine espagnole et arrivait en ville par l’intermédiaire des négociants italiens (génois, milanais et florentins) depuis les ports espagnols jusqu’aux centres lainiers de l’Italie du Centre et du Nord.6 Par ailleurs, les familles les plus actives dans la zone de Huéscar étaient elles aussi génoises. La deuxième raison est liée à la laine et aux premières phases de production qui sont particulièrement importantes pour la qualité du drap : à Padoue le prix de la matière première représentait jusqu’à 65 % du coût total du produit.7 Enfin, la troisième raison est le caractère saisonnier des deux opérations à l’origine de l’importante mobilité du travail et de la présence de travailleurs « mobiles » sur le territoire. Comparer les deux réalités nous permettra de mettre en lumière d’éventuelles similitudes ou différences entre les mécanismes utilisés pour contrôler cette mobilité, en termes de contrats, de pratiques et de droit.

    5Les sources utilisées dans ce travail en ce qui concerne Huéscar sont surtout des actes notariés – conservés dans l’Archivo Histórico de Protocolos de Grenade (fonds Grenade et Huéscar) – qui règlent essentiellement les contrats de travail pour les travailleurs embauchés dans les lavoirs, l’achat et la vente de la laine, la location des lavoirs, etc. Elles sont complétées par les contentieux conservés dans l’Archivo de la Real Chancillería de Grenade – certains concernant le déboisement provoqué par les lavoirs de laine ou les ruptures de contrat, entre autres – et, dans une moindre mesure, par les arrêtés municipaux et les chroniques locales. Pour ce qui concerne Padoue en revanche, les sources sont de type judiciaire et corporatif. Seront notamment utilisés les procès qui se sont tenus au tribunal de l’Université de l’art de la laine, l’organisme corporatif très puissant des marchands-entrepreneurs locaux, conservés auprès de l’Archivio di Stato de Padoue. Ces actes nous permettront d’étudier plus particulièrement les conflits nés entre les groupes d’entrepreneurs et les travailleurs pour la gestion de la mobilité.

    1. Les techniques : lavage et préparation de la laine brute (fiocco-lana)

    6Le processus de production de la laine – pour la fabrication traditionnelle des draps (panni) – prévoyait environ entre 25 et 30 opérations, regroupées à leur tour en cinq phases fondamentales : la préparation de la laine, le filage, l’ourdissage et le tissage, la finition et la teinture.8 Nous approfondirons ici les principales techniques avant le lavage de la laine puis la transformation du touffe de laine brute.

    7Les lavoirs de laine, entendus comme installations préindustrielles, jouaient un rôle particulièrement important puisqu’il était nécessaire de nettoyer la laine de la terre, des graisses animales, des excréments et de la matière végétale ou almagra – une terre rouge que les bergers appliquaient sur les moutons pour les protéger contre les parasites et certaines maladies – conduisant ainsi à l’élimination d’environ 40 % du volume de laine, pour des laines de haute qualité comme la laine mérinos. En ce qui concerne l’Espagne, il était absurde de transporter la laine sale jusqu’en Italie étant donné que presque la moitié de la marchandise était composée de terre et d’impuretés. C’est la raison pour laquelle il était fondamental pour les réseaux marchands de Gênes et de Milan qui contrôlaient le commerce de la laine depuis le sud-est de l’Espagne, de réduire les frais de transport déjà très élevés.9

    8Comme le montrent les figures 1 et 2, les lavoirs de laine possédaient une ou plusieurs chaudières en cuivre (1) et des compartiments de lavage (6 et 8).10 L’eau devait circuler constamment dans la chaudière et surtout dans les compartiments, ce qui explique parfois la construction de digues ou de grands bassins pour y accumuler l’eau. Pour laver la laine – et éliminer le suint ou graisse animale – la température de l’eau devait dépasser les 50 degrés. L’eau était chauffée dans les chaudières en bois, et des lieux spécifiques équipés d’un toit à deux pans étaient aménagés pour la conserver et la protéger. Ensuite, l’eau chaude était versée dans des tonneaux (2, 3, 4) où était ajoutée la laine sale, bien qu’il semble que dans les lavoirs d’Huéscar, la laine se lavait directement dans une des chaudières. Après avoir purgé la laine dans un bain d’eau chaude, celle-ci était mise dans des paniers pour être ensuite foulée par des ouvriers (tablajeros) sur des plaques (le tablado, 5) afin d’en éliminer l’eau sale qui se déversait dans un canal, le canal de sucio (6). Ensuite, la laine était déchargée dans un caja (coffre) (8) ou canal de agua limpia (9) où des ouvriers spécialisés « travaillaient à la ronde » pendant plusieurs minutes.11 À Huéscar, la laine était sans doute retirée des chaudières à l’aide d’un filet attaché à une poulie ou une grue pour être ensuite plongée dans le canal de agua limpia, une opération effectuée par le garruchero.12 La laine propre était enfin égouttée dans la carrière (17) ou sur une rampe de pierre puis étendue sur des prés pour sécher au soleil. Une fois séchées, les laines étaient emballées dans des sacs de tissu grossier, parfois de chanvre, de différentes capacités (entre 5 et 16 arrobes – une arrobe équivalait à environ 12 kg). Cette opération dite « ensachage », était celle durant laquelle un ouvrier dessinait ou appliquait sur les sacs les marques distinctives des marchands (ou des compagnies), notait le lavoir ou la qualité de la laine, pendant qu’un autre comptait et enregistrait la marchandise, et qu’un troisième cousait les sacs avec du fil de chanvre.13 Par exemple, le terme « Granada » pouvait indiquer la provenance de la ville du même nom ou des laines de deuxième qualité produites à Huescar14.

    Fig. 1. Schéma d’un lavoir de laine.

    Image

    (1) chaudière, (2, 3, 4) jarres, (6) canal d’eau croupie, (8) canal d’eau claire, (9) fossé, (16) rampe, (17) plateforme de pierre.

    Fig. 2. Travailleurs dans la chaudière et les canaux dans un lavoir de laine.

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    9Pour finir, la laine lavée et ensachée était transportée et chargée sur des charrues tirées par des bœufs ou des ânes, et conduite par des muletiers vers les estibadores de limpio jusqu’aux ports de la Méditerranée à destination de l’Italie. Les estibadores de sucio avaient transporté les sacs de laine sale depuis les entrepôts jusqu’à la chaudière ou les tonneaux pour qu’elle y soit lavée.

    10Une fois arrivée dans les ports italiens, la laine était vendue, par ballots ou par sacs, aux marchands en laine, après avoir été contrôlée pour s’assurer de la qualité. Puis elle était emportée dans la boutique du marchand où elle subissait certaines opérations essentielles avant le filage (la phase suivante celle de la production) : la cimolatura-vergheggiatura (tondage-éplusage), la pettinatura (peignage) et la scardassatura (cardage). Pour la première opération, les ouvriers éliminaient, à l’aide de ciseaux et de cisailles, tous les corps étrangers qui seraient éventuellement restés après le lavage, puis battaient les fibres sur des châssis en bois (une plaque faite d’attelles de bois entrecroisées) avec des bacheti (joncs)15. Ils séparaient les fibres, éliminaient la poussière et ramassaient la laine en fils continus (ou falde)16, après l’avoir graissée avec un mélange d’eau et d’huile d’olive. Les ouvriers chargés du peignage peignaient la laine avec de grands peignes pour obtenir des fibres plus longues (ou faldelle) pour en faire ensuite des étaims17. Pendant le cardage, les ouvriers étaient chargés de démêler et d’aligner la laine à l’aide de peignes à carder, des petites planchettes en bois munies de minuscules pointes métalliques (sérans ou cardes de laine) et former ainsi des mèches peignées pexi ou pezzi18 pour obtenir des fils de trame19. Tous les travailleurs chargés de ces opérations étaient généralement appelés laneri ou lavoranti di stua.

     

    11D’après les comptes d’une compagnie de tisseurs de Padoue dans les années soixante du XVIe siècle, les opérations pour la transformation de la laine représentaient entre 12,5 % et 14 % du coût du produit fini (teinture et frais extraordinaires compris).

    Tableau 1. Comptes de la compagnie « Gerolamo dal Sabbion » (1565)20.

    OpérationsValeur absolue
    (en
    soldi)
    Pourcentage
    (sans teinture et frais extra)
    Pourcentage
    (avec teinture et frais extra)
    Matière première7 37054,4248,15
    Préparation de la laine1 91214,1212,49
    Filage1 1328,367,40
    Ourdissage, tissage et bonneterie1 0447,716,82
    Finition1 39610,319,12
    Droits6895,094,50
    Total (sans teinture et frais extra)13 543100,0088,48
    Teinture1 3008,49
    Frais extraordinaires4633,02
    Total (avec teinture et frais extra)15 306100,00

    12De toutes les opérations mentionnées, celle du tondage était la moins qualifiée et coûtait environ 35 % en moins que l’opération de pettinatura et de scardassatura. Ces dépenses sont comparables à celles d’autres filatures de l’Italie du Centre et du Nord à la même époque ou au Moyen-Âge tardif.21

    Tableau 2. Coût de production pour un tissu de haute qualité (panni alti) de 70 coudées (1620 env.)22.

    Poste de dépenseValeur absolue (en soldi)Pourcentage
    Laine lavée (livres 100)4 30052,45
    Tondage1601,95
    Huile7208,78
    Peignage2402,93
    Cardage2402,93
    Filage 5 étaims (pelote)4805,85
    Filage 16 pièces de laine (moulinet)3203,9
    Ourdage400,49
    Tissage4805,85
    Lisières L. 5 à 30 s. la livre1501,83
    Droits4805,85
    Nettoyage700,85
    Porteur (facchino)40,05
    Épinceteurs (revedini)760,93
    Moulin à fouler et savon1241,51
    Rames150,18
    Appareil et saindoux3003,66
    Total8 199100

    Source : ASP, UL, b. 277, c. 63v23.

    13Cette partie sur les techniques montre à quel point différents niveaux de compétence étaient nécessaires pour le lavage et la transformation de la laine. Pour ce qui est du lavage, des groupes d’ouvriers qualifiés, les équipes de l’eau (capitán del agua, chorreros, tablajeros, tineros), les trieurs et les receveurs, les récupérateurs et les laveurs à la ronde, travaillaient avec d’autres ouvriers non qualifiés : les femmes et les enfants étaient ainsi chargés de la nourriture, des boissons, de garder le lavoir propre et de le contrôler, etc. En ce qui concerne la transformation de la laine, un groupe d’ouvriers plus qualifiés (pettinatori et, dans une moindre mesure, les scartesini) était accompagné par des travailleurs moins qualifiés, les cimolini. Les niveaux de salaire et les formes contractuelles dépendaient des différentes compétences.24

    2. L’organisation du travail

    Fig. 3. Carte de l’Espagne avec Huéscar et les ports de Cartagena et Alicante.

    Image

    « À [Huéscar] se trouvent de célèbres lavoirs, les plus célèbres d’Espagne, qui, pendant les mois de juillet, août et septembre emploient plus de trois mille hommes, travaillant certaines années plus de 40 000 arrobes [de laine], parmi lesquels les lavoirs génois étaient puissants, je ne veux pas dire que les Castillans étaient mieux ; qui les gouverne le saura mieux que moi […] ».25

    14La précédente citation de Jorquera à propos de la grandeur des lavoirs de laine n’est pas à négliger, surtout si nous pensons que la population qui y participait pouvait facilement être multipliée par cinq, 50 ans auparavant, vers la fin du XVIe siècle. Le chiffre de 3 000 hommes est considérable pour l’époque préindustrielle et pour une ville dont la population totale s’élévait à 2 500 habitants.

    15Les lavoirs étaient contrôlés – comme le dit Jorquera – par des marchands italiens – génois et milanais – au moins à partir de 1530.26 Parmi les compagnies italiennes, citons Bardola, Cernúsculo (Cernuschi), Grimado, Quarteroni, et plus particulièrement les Veneroso qui contrôlaient tous les lavoirs de Huéscar et les louaient à d’autres compagnies : Mayolo, Monella, Digheri, Escalla, Tallacarne, etc.

    16Le travail dans les lavoirs de laine était soumis à un régime hiérarchique très strict : au sommet, les marchands italiens précédemment mentionnés dirigeaient l’ensemble du processus, embauchaient le personnel et décidaient de la quantité de laine à laver chaque année et dans quel ordre.

    17Venait ensuite l’intendant du lavoir qui était désigné par les marchands pour un certain nombre d’années. C’était généralement un oligarque local qui avait la tâche d’une part de « gouverner les personnes travaillant dans le lavoir, de tenir les comptes et de justifier les quantités de laine lavée et celles en entrée et en sortie »27 et, d’autre part, de « faire en sorte que chacun fasse le travail dont il est responsable et de contrôler les cordes, équipements et autres outils du lavoir ».28 Ses fonctions dépassaient les tâches citées puisqu’il passait des contrats pour des lots de laine, du vin, du bois et payait également le personnel du lavoir. Pour mener à bien sa mission, il percevait 550 réals par travailleur – soit 4 réals par jour – et la moitié de la graisse des viandes préparées au lavoir pour nourrir le personnel, ce qui ne devait pas être une petite quantité. Avec l’intendant, des « hommes de peine » étaient embauchés pour travailler dans des ateliers spécialisés.

    18Normalement, l’intendant ou les marchands embauchaient à l’avance un groupe d’ouvriers spécialisés, l’équipe de l’eau, dirigée par le « capitaine de l’eau », ainsi que ses remplaçants et ses assistants, le « sous-capitaine de l’eau », « assistant du capitaine de l’eau » et son équipe de chorreros et tineros, qui à leur tour avaient leurs subordonnés, les sota chorreros.29

    19Pendant le lavage ou avant, des ouvriers spécialisés, les apartadores (trieurs) ou les recibidores (récepteurs), avaient pour tâche de séparer la laine sale selon la qualité, bonne ou mauvaise : refloretes, floretes, segunda, tercera, caídas, roña, en fonction de l’origine du mouton. Les différentes laines ainsi triées étaient ramassées et mises dans des paniers par un jeune appelé mozo de zarzo.30

    20Outre ces derniers, des centaines de femmes et d’enfants travaillaient en cuisine, donnaient à boire aux ouvriers et s’occupaient de nettoyer les lieux. Nombreux étaient également les charretiers et les muletiers chargés d’approvisionner les lavoirs en bois et en branchages, tandis que les bergers apportaient des troupeaux entiers de moutons et de chèvres pour alimenter les ouvriers. Certaines équipes avaient enfin pour tâche de nettoyer les zones à proximité des lavoirs afin de pouvoir y étendre la laine à sécher au soleil.

    Tableau 3. Ouvriers et salaires dans les lavoirs de Huéscar à la fin du XVIe siècle31.

    OuvrierSalaire (réal/jour)
    mayordomo (intendant)4
    capitán del agua (capitaine de l’eau)5
    chorrero4
    sota capitán del agua (sous-capitaine de l’eau)3.5
    sota chorrero3.5
    ayuda del capitán del agua (assistant du capitaine de l’eau)3
    tinero (gardien des bassins)3
    carruchero3
    tablajero3
    ayuda del sota capitán de agua2,75
    lavar a la redonda (laveur à la ronde)2.5
    recibidores y apartadores (trieurs et séparateurs)2
    coser sacas de sucio y limpio (couseurs de sacs)1.7
    estibadores de sucio y limpio (débardeurs)1.7
    mozo de zarzo (garçon tissier)0.9
    pintor o marcador de sacas (marqueur de sacs)0.35/sac
    listar sacas (compteur de sacs)0.18/gros sac ; 0.12/petit sac
    traer atocha (porteur de branchages)9
    despensero (cambusier)1.7
    guarda del lavadero (gardien du lavoir)0.9
    pastor del ganado para el sustento (berger)34/une fois
    limpiar el campo del lavadero (nettoyeur de la zone autour du lavoir)100/une fois
    traer carretadas de leña (porteur de bois de chauffage)10 réals/charretée

    21À Padoue, la matière première était travaillée dans la boutique du marchand32. Celui-ci se chargeait de la filière productive et commerciale, depuis l’achat des matières premières jusqu’à la vente du produit fini. Son rôle était complexe, non seulement en raison de l’importance des capitaux employés, mais également en raison de l’étendue des activités économiques lancées et de sa position sociale dans la ville où se trouvaient de nombreux membres de la noblesse locale et vénitienne, des marchands étrangers et des marchands locaux. La plupart d’entre eux voyageait régulièrement sur le territoire et ne s’occupait pas au quotidien des opérations faites dans la boutique, puisqu’ils alternaient leur présence en ville avec des séjours prolongés à l’extérieur. Les travailleurs, même ceux de la laine brute, parlaient de leurs marchands en utilisant leur nom de famille (« les seigneurs Volti », « les seigneurs Sanudo »), mais parfois en utilisant également le terme de paron (patron), soulignant ainsi le rapport de dépendance très étroit entre les deux figures33.

    22À cause de leurs fréquents déplacements, les marchands furent contraints de confier la gestion de leurs boutiques et la coordination des bâtiments extérieurs à des agents et facteurs. Ces derniers occupaient alors une autre fonction sur le lieu de travail avec pour tâche d’organiser les temps de travail et de gérer les rapports avec les autres ateliers. Mais au fil du temps, le rapport marchand-agent se fit parfois si étroit que très souvent les premiers n’hésitaient pas à reconnaître le travail « fidèle et loyal » des seconds34.

    23C’est dans la apoteca lanae, la boutique centrale du marchand, que se déroulaient plusieurs opérations (outre celle du travail de la laine brute), variables en fonction des entreprises. Des boutiques de petites dimensions coexistaient avec des bâtiments multifonctionnels, disposant non seulement de plusieurs pièces pour chaque opération mais également de locaux pour la comptabilité, la gestion des affaires et le stockage des matières premières, des produits semi-finis ou des produits finis. Dans certains cas, les boutiques faisaient partie intégrante de la maison du marchand et se trouvaient généralement au rez-de-chaussée35 ; dans d’autres, les boutiques se situaient dans des bâtiments loués, comme la boutique du marchand Giovanni Paolo da Arzignano, dans le quartier de San Leonardo, qui alternait ses séjours à Padoue avec des voyages d’affaires prolongés dans d’autres villes de la province de Venise36.

    24Ces apoteche accueillaient à l’intérieur plusieurs espaces, généralement appelés stue, réchauffés pendant tout l’hiver et séparés les uns des autres en fonction des différentes phases de travail. Les stue pour les travailleurs de la laine brute se situaient habituellement au rez-de-chaussée et étaient séparées des autres locaux, comme ceux pour le tissage et les entrepôts où étaient stockés les produits semi-finis37. À leur tour, ces espaces étaient compartimentés : les petites pièces de tissus et les draps faits par les laneri (lainiers) par exemple, étaient stockés dans un lieu où seuls certains travailleurs avaient accès38. Une telle division stratégique à l’intérieur des bâtiments dépendait avant tout du niveau de fragmentation de l’unité de production, mais aussi de la nécessité de contrôler les matières premières qui étaient travaillées puis revenaient des unités de production externes. La division des espaces répondait surtout à la nécessité de limiter au maximum les vols ou les pertes de matériels, en organisant la production de façon plus fonctionnelle, une production pour laquelle il fallait prévoir dans les locaux jusqu’à 10, 20, 30, voire 50 ou 60 employés.39

    25Les équipes de laneri embauchées par le marchand travaillaient dans ces stue. Le marchand décidait directement avec les « chefs » des équipes la rémunération du travail, sur une base hebdomadaire ou annuelle40. En 1545, par exemple, Giovanni Battista de Luca, scartesino du quartier du Maglio, avait été embauché par Messire Nero scartesino dans la boutique du marchand Pietro dall’Oraro41. Mais vers la fin des années 1570, le marchand Domenico Marinoni était créancier de Gaspare Verghesino, « garant » di Giulio Verghesino42. Le rôle des « chefs » dans les boutiques des marchands ne doit pas être sous-estimé. Pendant le procès pour son agrégation à la corporation, les juges demandèrent à Carlo Righi de donner le nom des « chefs de stua des ouvriers chargés de l’éplusage et du tondage » qui travaillaient dans la boutique de son oncle alors que lui-même y était embauché comme apprenti. Il donna le nom du chef des tondeurs, peigneurs et cardeurs.43

    26Les équipes des laneri avaient elles aussi leur propre hiérarchie : les « maîtres » n’étaient pas les titulaires d’une boutique autonome mais ils étaient les chefs des différentes équipes ou bien les responsables chargés d’instruire les apprentis44. Ces personnes étaient parfois résidentes ou fortement enracinées sur le territoire grâce aux étroites relations professionnelles tissées avec les marchands-entrepreneurs, comme nous le constaterons. Mais il existait également de nombreux ouvriers ou apprentis dont les fonctions étaient parfois similaires. Les premiers étaient pour la plupart des individus qui se « mettaient d’accord » ou « se louaient » à un chef d’équipe pour travailler à son service, pour une journée, un mois ou une année, arrivant ainsi à travailler pour le même employeur pendant plusieurs saisons45.

    27Ce qui caractérisait ces équipes était leur mobilité géographique et professionnelle. Bien que nous n’ayons pas les recensements détaillés comme pour le siècle suivant46, nous pouvons déjà constater qu’une grande partie des laneri travaillant à Padoue (rappelons-le, plus ou moins pendant les mois d’avril à juin et en septembre) provenait des autres villes de la Terre Ferme vénitienne, généralement Bergame et Vicence, tandis qu’un nombre moins important arrivait de Venise, Trévise et Brescia.47 Ces personnes étaient « mobiles » sur le territoire, comme ce fut le cas d’un certain maître Rizzo, de Vérone, cardeur, « qui habitait habituellement à Padoue… chez Giovanni Antonio Maria, verghezino de Brescia ». Rizzo devait par ailleurs 10 £ et les frais comme acompte pour le cardage de la laine du marchand Giacomo da Monton.48

    28Comme le disaient les travailleurs eux-mêmes, cette mobilité était également professionnelle. Vers la moitié du XVIe siècle, Leone Lanaro raconte que, lorsqu’il était enfant, il avait l’habitude d’aller travailler, presque continuellement « chez l’un ou l’autre marchand » où il apprenait « le métier de la laine, c’est-à-dire l’art de l’éplusage et de faire des draps », et donnait ensuite à sa mère l’argent gagné.49 Voici en revanche ce que raconte Alvise de Venise :

    Actuellement je suis à Prato della Valle […] et je m’occupe du cardage de la laine […] dans la boutique de Messire Bastian Chiesa de la Gessa, sans doute depuis vingt jours (et avant je travaillais) chez Messire Marco Antonio de l’Oraro qui est à Codalunga près du fosso della Bovetta, pendant trois ou quatre semaines j’ai également travaillé chez Messire Giacomo di Ratti devant Messire Marco Antonio et j’ai aussi travaillé chez Messire Orazio di Cherubini […] et là j’ai travaillé presque une année50.

    29Nous avons vu que Huéscar et Padoue présentaient non seulement une importante segmentation du travail et des compétences, mais également en qui concerne la mobilité des travailleurs, qui étaient regroupés en équipes et qui – par l’intermédiaire de leurs chefs – négociaient avec les marchands-entrepreneurs les conditions de travail et la rémunération. Le besoin de contrôler la mobilité des travailleurs avait toutefois des conséquences significatives sur les rapports entre les travailleurs et les employeurs, allant des modalités de l’embauche aux pratiques de travail, et de la modalité de rémunération aux rapports avec les institutions.

    3. La gestion d’une main-d’œuvre mobile

    30Dans le cas de la main-d’œuvre employée dans les lavoirs, la plupart des travailleurs – surtout ceux sans qualification – était des étrangers que le duc d’Alba définissait comme des « mauvaises gens de différentes origines » ou « toute la canaille des royaumes de Valence et Grenade et autres parties », les accusant de répandre des maladies dont la peste.51 Nous n’avons aucune information nous permettant de savoir s’ils ont formé des syndicats ou des confréries ou toute autre forme d’association, et les registres des notaires ne contiennent pratiquement aucun renseignement à ce sujet.52

    31En revanche, les travailleurs spécialisés étaient très protégés et leur mobilité était contrôlée par les marchands génois et milanais, tant vers les lavoirs de Huéscar que vers d’autres lavoirs de la région. Certains élurent domicile dans la ville et fondèrent des familles puissantes, comme nous le verrons par la suite.

    32Cette protection se reflétait dans les contrats. Tandis que les travailleurs peu spécialisés, comme les estibadores de sucio y de limpio ou les laveurs de laine à la ronde dans les canaux, recevaient uniquement leur salaire et un repas par jour, d’autres comme les apartadores avaient plus de bénéfices. C’est le cas de Mateo de la Mota, apartador voisin de Cuenca, qui outre ses six ducats de salaire par mois, avait droit chaque jour à deux repas, midi et soir, et percevait 16 réals pour son trajet de Cuenca à Huéscar.53 Les grandes distances parcourues par ces travailleurs spécialisés ne sont pas surprenantes. La plupart d’entre eux, comme Mota précédemment cité, provenait de la ville de Cuenca, 327 kilomètres au nord, une ville connue pour sa manufacture de textiles et la qualité de sa laine mérinos et de ses lavoirs. Certains de ces apartadores faisaient le voyage jusqu’à Grenade pour être embauchés. En 1583, Cristóbal de Peña, Llorente de Requena et son serviteur Francisco Jimenez, Pedro Sacristán, Juan Acero et Miguel Largo, tous de Cuenca, furent embauchés par la compagnie de Juan Veneroso et Meliadux Spínola. Deux années plus tard, Juan Boyero et Hernando de Orduña firent la même chose pour travailler dans le lavoir des frères Cavanna à Huéscar. Ils avaient parcouru 505 kilomètres depuis Villacastín – près de Ségovie –, une autre ville célèbre pour ses lavoirs de laine.54 Juan Boyero y retourna de nouveau en 1587, cette fois avec son collègue Sebastián García pour être embauché par Vicencio Mayolo et Vicencio Bestaño.55 Ce qui est curieux c’est que vingt ans plus tôt, un certain Jerónimo Boyero de Villacastín – sans doute le père de Juan – fit le voyage pour travailler dans le lavoir des frères Veneroso.56 Enfin, d’autres apartadores, travaillant tous dans les lavoirs de laine, provenaient de villes plus proches comme Baeza – à 119 kilomètres – Villanueva de la Fuente – à 156 kilomètres et Écija – à 281 kilomètres.57

    Fig. 4. Les lavoirs de laine dans le sud de l’Espagne (XVIe et XVIIe siècles).

    Image

    33Si les apartadores peuvent être considérés comme des travailleurs privilégiés, les capitanes del agua ne semblent pas en reste. Mieux payés que les apartadores – environ 2,5 fois plus – ils négociaient des contrats presque toujours avec d’autres membres de leur équipe, des personnes de confiance et bénéficiaient par ailleurs de l’aide d’assistants chargés d’effectuer leur tâche, les sota capitanes del agua (sous-capitaines de l’eau) et les ayuda del capitán del agua (assistants du capitaine de l’eau). Dans de nombreux cas, les capitanes del agua étaient accompagnés de leur propre chorrero ou d’ouvriers non spécialisés mais embauchés avec le même contrat.58

    34Examinons ici la mobilité contrôlée par les marchands génois. En 1593, par exemple, le marchand Pietro Francesco Panesi recruta deux vecinos de Huéscar, Francisco Hurtado et Francisco Martínez Ronquillo – respectivement capitán del agua et carruchero – pour qu’ils travaillent dans son lavoir à Carthagène, 158 kilomètres à est de Huéscar. Il en fut de même avec le génois Esteban Ferreto, qui en 1612 parcourut 77 kilomètres jusqu’à Huéscar pour embaucher des ouvriers spécialisés destinés à son lavoir de Caravaca59. Pour finir, signalons un autre cas similaire, celui du marchand marrane, Don Sebastián López de Hierro, qui en 1648 recruta cent ouvriers de Huéscar pour compléter son équipe destinée à son lavoir dans la petite ville de Huélago, à 104 kilomètres au sud de Huéscar60.

    35Nous ne disposons que de peu d’informations concernant la gestion de la mobilité des travailleurs à Padoue, ou sur les garanties plus ou moins importantes fournies à certains d’entre eux. Il convient néanmoins de souligner, à propos des rémunérations, que celles-ci pouvaient être versées en argent ou de manière mixte (en nature et en argent)61, ou encore une partie était payée avec de la matière première ou du produit fini62. Cette pratique était fréquente en dépit des interdictions imposées par les statuts de l’Arte. Un pettinatore, par exemple, avait demandé du vin pour son travail et l’avait obtenu bien que cela fût interdit63 et un scartesino avait reçu « panni e denaro » (drap et argent) comme rémunération de son travail chez un marchand.64

    36Les contrats, et notamment les dates de paiement, sont deux éléments particulièrement utiles pour contrôler la mobilité des travailleurs. À Huéscar, bien que les contrats étaient généralement effectués à l’oral, certains se faisaient par acte notarié, comme ceux qui sont arrivés jusqu’à nous. Les contrats étaient en grande partie « pagos por adelantado » (par paiement anticipé), le marchand anticipant une partie du salaire afin de garantir l’assistance au travail des travailleurs d’année en année. L’avance versée variait au cas par cas. Parfois elle correspondait à une semaine de travail, et dans la grande majorité à un mois de travail, sauf dans certains cas où la totalité du salaire d’une, voire de plusieurs saisons, était versée à l’avance. Ceci nous amène à supposer que, dans ce cas, il s’agissait de prêts déguisés pour des montants préalablement dus. Les conflits étaient rares et se présentaient uniquement lorsqu’un travailleur décédait avant d’avoir accompli sa tâche, obligeant ainsi sa femme et ses enfants à travailler à sa place, jusqu’au paiement de la dette, ce qui donnait lieu, généralement, à de petits procès à caractère local.65

    37À Padoue également, les contrats stipulés entre les lanaioli (drapiers) et les ouvriers du fiocco-lana se faisaient soit sous forme d’acte notarié soit sous forme orale.66 Cette dernière pratique était préférée non seulement pour une question de coûts (afin d’éviter les frais de notaire et l’attente pour la rédaction de l’acte) mais également pour une question de mobilité. En effet, à cause du caractère temporaire du travail, le recours à l’acte notarié était particulièrement déconseillé, sauf dans des cas bien précis.67 La question de la date des paiements était la plus importante. La plupart de ces contrats, comme à Huéscar, prévoyait le versement d’une avance sur le salaire dont le solde était ensuite payé à la fin du travail, à moitié ou par paiement échelonné.68 L’avance était une véritable forme de crédit, tant il est vrai qu’on parlait souvent d’argent « mutuati » (emprunté) ou « permutati » (échangé) pour travailler.69

    38Le versement d’une certaine somme « ante tractum » (à l’avance) répondait à plusieurs exigences. D’un côté, les employeurs avaient besoin de contrôler cette main-d’œuvre fluctuante et mobile, les marchands-drapiers se réservant ainsi la possibilité de saisir la justice contre les travailleurs qui quittaient leur poste de travail avant de mener à bien l’accord conclu. Pour les retenir, à la fois chez eux et sur le territoire, les employeurs demandaient en effet des garanties70. De l’autre, l’avance était également une façon de limiter la concurrence entre employeurs et ainsi décourager les travailleurs de quitter leur emploi avant le délai convenu pour aller travailler chez d’autres marchands leur offrant un meilleur salaire. En effet, dans ce cas, les travailleurs devaient rendre l’argent reçu « ante tractum » ou trouver une autre personne se chargeant de régler leur dette.71 Par ailleurs, ces mêmes travailleurs demandaient à être payés « ante tractum », faute de quoi ils ne se seraient même pas présentés au travail. La principale raison était la nécessité pour les migrants saisonniers de faire face à leurs premières dépenses après être arrivés en ville. Mais les travailleurs et chefs d’équipe avaient également ainsi une garantie contre l’insolvabilité fréquente des employeurs.72

    39Les autorités municipales et les organismes corporatifs jouaient un rôle important pour la règlementation de la mobilité des travailleurs et des rapports entre marchands et ouvriers. Dans le cas de Huéscar, le nombre des personnes travaillant dans les lavoirs posait parfois problème aux autorités locales – les agents du Duc d’Alba – incapables de trouver des bras pour se charger de la récolte des céréales. Par le biais de lois locales – les arrêtés municipaux – ils avaient voulu fixer les salaires dans le but de faire concurrence aux Génois et d’interdire l’exode des travailleurs vers d’autres villes proches pendant l’été.73

    40À Padoue en revanche, le rôle des lanaioli (drapiers) était prépondérant surtout en matière de conflits de travail. Cette corporation avait par ailleurs son propre tribunal qui bénéficiait d’une vaste autonomie judiciaire et devant lequel se discutaient de nombreuses causes dans ce domaine. Si la négociation salariale était généralement privée (aucun plafond ou seuil n’étant prévu pour le travail des laneri), les litiges présentés devant le tribunal concernaient essentiellement les dates de paiement, l’exécution du travail, les intégrations éventuelles en fonction de la qualité même du travail. La procédure sommaire était particulièrement fréquente et appliquée dans de nombreux litiges, puisque la sentence ne reposait pas sur des règles et des usages, mais sur la nature des choses et sur les pratiques sociales, au bénéfice de leur travail. En effet, ce type de procédure était également possible pour les travailleurs migrants ou moins présents sur le territoire, car elle leur permettait de revendiquer leurs droits et de protéger leur travail. Face à ce groupe d’ouvriers, le tribunal agissait soit en tentant de contrôler leurs comportements opportunistes, soit en leur proposant une procédure qui leur permettait d’interagir au sein du secteur, ôtant ainsi à leurs adversaires le privilège de l’enracinement local sur le territoire. Mais l’équilibre était très fragile puisque, quoi qu’il en soit, il s’agissait d’un tribunal corporatif gouverné par des marchands-entrepreneurs tirant les ficelles de la filière de production.74

    41Toujours à Padoue, les institutions locales, comme la Camera dei pegni (prêteurs sur gages), avaient, elles aussi, un rôle important à jouer. C’est là en effet que les marchands demandaient aux laneri de leur fournir les garanties pour les salaires ou les instruments de travail reçus à l’avance. Antonio da Vicenza, agent des mercanti-lanaioli Sanudo, impose au scartesino Giovanni de mettre en place un nantissement à la Camera dei pegni de la ville comme garantie de l’avance de 19 lires reçues, après avoir été informé par plusieurs personnes que l’homme voulait quitter la ville.75

    42À Huéscar, des conflits naissaient parfois entre les marchands génois et les autorités locales, surtout avec les gouverneurs nommés par le duc et certaines factions municipales, ou avec l’Église. Ainsi, à certaines époques, des Italiens obligeaient les travailleurs à travailler le dimanche et les jours fériés76 et ces pratiques étant portées devant les tribunaux ; à d’autres moments en revanche, des épisodes de violence, parfois mortels, éclataient entre les travailleurs ; en revanche, la documentation disponible ne fournit pratiquement aucune information sur les conflits entre les marchands et les travailleurs. Nous n’avons aucun exemple de grèves ou d’émeutes impliquant les travailleurs des lavoirs, ce qui contraste avec les évènements de Grenade avec les ouvriers de la soie.77 À Padoue, de tels conflits ou émeutes éclatèrent au début du XVIIIe siècle (1704) avec la période de forte expansion du secteur. La Confrérie de S. Severo ou « Unione dei poveri laneri », un organisme fondé en 1524 mais dont l’activité était restée dans l’ombre jusqu’alors, y joua un rôle important.78 L’association avait déjà ouvert (du moins officiellement) ses portes aux ouvriers migrants dès 1669 ; à cette époque, les tâches institutionnelles de la Confrérie étaient encore de l’ordre de l’assistance et des soins, garantissant à ses membres une aide hebdomadaire en cas de maladie, ainsi que des funérailles dignes avec la célébration de messes de suffrage.

    Conclusions

    43L’analyse des phases de transformation de la laine à Huéscar et à Padoue a fourni plusieurs pistes intéressantes pour approfondir la question de la mobilité dans le monde du travail à l’époque moderne, notamment afin de mieux comprendre les mécanismes de contrôle des manufactures et des filières. Nous souhaiterions ici souligner certains points communs qu’il nous semble intéressant d’approfondir ultérieurement, voire même d’explorer dans une perspective intersectorielle, translocale et à long terme.

    44Nous avons vu qu’à Huéscar comme à Padoue, les nécessités d’une production essentiellement saisonnière, imposaient le recours au travail intermittent en faisant appel à une main-d’œuvre mobile, étrangère ou migrante. Ceci n’est certes pas une nouveauté, puisque cette caractéristique est commune à d’autres secteurs de l’économie préindustrielle, mais confirme la nécessité d’analyser les « marchés » du travail également au sein de chaque secteur.79 En effet, la segmentation du travail dans différents « marchés », également au sein des métiers et des phases de production, pourrait – à tort – induire à considérer certaines activités comme peu qualifiées ou « standardisables ». Il suffit de penser par exemple au lavage de la laine à Huéscar qui, comme nous l’avons expliqué, prévoyait une distinction importante sur la base des compétences.

    45Le deuxième point à souligner est le rôle prépondérant joué par les marchands-entrepreneurs dans la gestion de la mobilité. Leur rôle est en effet central puisqu’ils versaient aux travailleurs et à leurs équipes des crédits au travail, véritable épine dorsale de l’économie moderne. À Huéscar, les marchands encourageaient la mobilité des travailleurs, surtout des plus qualifiés, tout comme à Padoue pour d’autres opérations comme le tissage ou la teinture. Les marchands de Huéscar et Padoue anticipaient une partie des salaires aux équipes travaillant dans les lavaderos ou dans leurs boutiques centrales et fournissaient parfois les instruments de travail.

    46Les contrats, et notamment les modalités de paiement, sont un autre élément commun souligné dans cette analyse. À Huéscar comme à Padoue, le crédit alloué par les marchands sous forme d’acomptes sur les salaires jouait un rôle particulièrement important. Cette avance avait plusieurs fonctions : mieux contrôler la qualité ou les capacités des travailleurs, garantir aux travailleurs la possibilité de faire face aux premières dépenses, surtout pour les travailleurs arrivant en ville, obtenir des crédits auprès d’autres commerçants ou revendeurs et enfin vérifier la fiabilité du marchand pour les paiements à venir80. Outre l’avance, il ne faut pas non plus oublier les modalités de paiement, « a squadre » (par équipe), une sorte de rémunération de groupe qui néanmoins ne diminuait en rien les primes si le travail était de qualité et fait à temps. Du reste, les mêmes modalités de paiement étaient appliquées dans d’autres secteurs, époques et zones géographiques, éloignés les uns des autres (le travail des briques en Eurasie ou du verre en Europe), surtout lorsqu’il était nécessaire de discipliner le travail d’une main-d’œuvre mobile.81

    47Un troisième et dernier aspect concerne le rôle joué par le contexte institutionnel dans la géstion de la mobilité. Dans le cas de Padoue, la corporation de l’Università dell’arte della lana est une présence importante, puisqu’il s’agit d’un organisme regroupant tous les travailleurs tout en étant contrôlé par les marchands. L’Università, et notamment son tribunal, offrait aux employeurs et aux ouvriers un lieu où régler leurs conflits et revendiquer leurs droits. Lorsque l’action de la corporation se faisait plus ciblée, en faveur d’un groupe de marchands, d’autres institutions – notamment municipales et supramunicipales – intervenaient dans la partie. Le rôle des institutions municipales est encore plus évident à Huéscar, où les gremios (guildes) ou confradias (confréries) étaient absentes mais où, en revanche, la négociation, le respect des temps de travail, des paiements des travailleurs, ou encore des droits, étaient pourtant assurés.

    48Deux univers de production étroitement liés donc, non seulement du point de vue des matières premières transformées mais également – et surtout – du point de vue des mécanismes institutionnels élaborés pour contrôler la mobilité des travailleurs. Une mobilité qui, par ailleurs, avait contribué à la croissance économique des régions concernées.

    Notes de bas de page

    1 À ce propos, voir Laurence Fontaine, « Migration and Work in the Alps (17th-18th Centuries) : Family Strategies, Kinship, and Clientelism », The History of the Family, 1998, n° 3, p. 351-369 ; Laurence Fontaine, « Montagnes et migrations de travail », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2005, n° 2, p. 26-48 ; Corine Maitte, « Corporation et politique au village : Altare entre migrations et différenciation sociale, XVIe-XIXe siècle », Revue historique, 2001, n° 1, p. 47-81 ; Corine Maitte, « Les migrations de travail comme ressources : verriers altarais et vénitiens, XVIe-XVIIIe siècle », Mélanges de l’École française de Rome – Italie et Méditerranée modernes et contemporaines, 2011, n° 123/1, p. 33-47 ; Jan Lucassen, « Brickmakers in Western Europe (1700-1900) and Northern India (1800-2000) : Some Comparisons », dans J. Lucassen (éd.), Global Labour History. A State of the Art, Berne, Peter Lang, 2006, p. 513-571.

    2 Voir notamment Robert Salais et Laurent Thevenot, Le travail : marches, règles, conventions, Paris, Insee, 1986 ; Terence K. Hopkins et Immanuel Wallerstein, « Commodity Chains in the World-Economy Prior to 1800 », Review (Fernand Braudel Center), 1986, n° 1, p. 157-170 ; Gary Gereffi et Miguel Korzeniewicz, Commodity Chain and Global Capitalism, Westport, Greewood Press, 1994 ; Immanuel Wallerstein, « Introduction », Review (Fernand Braudel Center), 2000, n° 1, p. 1-13 ; Immanuel Wallerstein, « Next Steps », Review (Fernand Braudel Center), 2000, n° 1, p. 197-199 ; Karin Hofmeester, « Les diamants, de la mine à la bague : pour une histoire globale du travail au moyen d’un article de luxe », Le Mouvement Social, 2012, n° 4, p. 85-108.

    3 Pour la production de la laine au Moyen-Âge et à l’époque moderne, voir : Marco Spallanzani (éd.), Produzione commercio e consumo dei panni di lana, nei secoli 12.-18, Florence, Le Monnier, 1976 ; Giovanni Luigi Fontana et Gerard Gayot (éd.), Wool : products and markets (13.-20. century), Padoue, CLEUP, 2004 ; David Jenkins (éd.), The Cambridge History of Western Textile, Cambridge, Cambridge University Press, 2003. Pour le textile : Lex Heerma van Voss, Els Hiemstra-Kuperus, Elise van Nederveen Meerkerk (éd.), The Ashgate Companion to the History of Textile Workers, 1650-2000, Farnham, Ashgate, 2010.

    4 À propos de la mobilité des travailleurs dans l’Espagne moderne, voir Antonio Florencio Puntas et Antonio Luis López Martínez, « Las migraciones estacionales agrarias en Andalucía anteriores al siglo XX », Boletín de la Asociación de Demografía Histórica, 2000, n° 1, p. 71-100 ; Antonio Florencio Puntas et Antonio Luis López Martínez, « El mercado de trabajo en la Andalucía latifundista del Antiguo Régimen : ¿intervencionismo o contratación ? », Historia Agraria, 2003, n° 30, p. 63-85 ; Enrique Soria Mesa, Señores y Oligarcas : los señoríos del reino de Granada en la Edad Moderna, Granade, Universidad de Granada, 1997 ; Ángel Ruiz Gálvez, « Los señoríos del reino de Córdoba. Un estado de la cuestión », en cours de publication ; Bernard Vincent, « Moriscos y movilidad : el ejemplo de Pastrana », Anales de historia antigua, medieval y moderna, 2010, n° 42, p. 105-116.

    5 Walter Panciera, L’arte matrice. I lanifici nella Repubblica di Venezia nei secoli XVII e XVIII, Trevise, Canova, 1996, p. 16-21, 115-127 ; Andrea Caracausi, Dentro la bottega. Culture del lavoro in una città d’età moderna, Venise, Marsilio, 2008.

    6 Andrea Caracausi, « The wool trade, Venice and the Mediterranean Cities during the late 16th century », dans A. Caracausi et C. Jeggle (éd.), Commercial Networks and European Cities (1400-1800), Londres, Pickering & Chatto, 2014, p. 201-222 ; Rafael M. Girón Pascual, « Mercaderes milaneses y regidores de Huéscar en el siglo XVI : los Cernúsculo », dans J.P. Díaz López (éd.), Campesinos, nobles y mercaderes : Huéscar y el Reino de Granada en los siglos XVI y XVII, Huéscar, Ayuntamiento de Huéscar, 2005, p. 51-74 ; Edoardo Grendi, I Balbi : una famiglia genovese fra Spagna e Impero, Turin, Einaudi, 1997 ; Francesco Ammannati et Blanca M. González Talavera, « The Astudillo Partnership and the Spanish “Nation” in Sixteenth-Century Florence », dans A. Caracausi et C. Jeggle (éd.), Commercial Networks, op. cit., p. 121-136.

    7 Patrick Chorley, « Rascie and the Florentine Cloth Industry during the Sixteenth Century », The Journal of European Economic History, 2003, n° 3, p. 487-526 ; Walter Panciera, « Qualità e costi di produzione nei lanifici veneti (secoli XVI-XVIII) », dans G.L. Fontana et G. Gayot (éd.), Wool : products and markets (13.-20. century), Padoue, CLEUP, 2004, p. 419-446.

    8 La bibliographie concernant la production de la laine est particulièrement abondante. En général, voir Corine Maitte, « Production et marchés de la laine, époque médiévale et moderne », dans G.L. Fontana et G. Gayot (éd.), Wool, op. cit., p. 15-21.

    9 À propos des lavoirs de laine de Huéscar : Enrique Pérez Boyero, Moriscos y cristianos en los señoríos del Reino de Granada (1490-1568), Grenade, Universidad de Granada, 1997, p. 245-250 ; Rafael M. Girón Pascual, Los señores de la lana : Los lavaderos de Huéscar, los genoveses y el comercio lanar en el reino de Granada (1562-1613), DEA, 2008, (inédit).

    10 Carla Rahn Phillips et William D. Phillips, El toisón de oro español : Producción y comercio de lana en las épocas Medieval y Moderna, Valladolid, Junta de Castilla y León, 2005, p. 211 et suivantes.

    11 Ibid.

    12 Archivo Histórico de Protocolos de Granada (AHPG), Huéscar (H)-73, 482r.

    13 R.M. Girón Pascual, Los señores de la lana, op. cit.

    14 C. Rahn-Phillips et W.D. Phillips, El toison, op. cit., p. 218.

    15 Archivio di Stato di Padova (ASP), Università della lana (UL), b. 49, c. 395r, 1529.

    16 ASP, UL, b. 52, 163v, 17 décembre 1534.

    17 ASP, UL, b. 348, c. 152v, 4 mars 1598 ; b. 77, c. 158v ; b. 77, c. 334v, comptabilité de la compagnie, année 1565.

    18 ASP, UL, b. 349, cc. 255r et 257r, 8 et 9 mars 1574, inventaires des marchands Bernardino Verdabio et Pellegrino Veronese. Voir également la comptabilité du marchand Gerolamo dal Sabbion dans ASP, UL, b. 77, c. 335r, année 1565.

    19 ASP, UL, b. 77, c. 334v, comptabilité de la compagnie, année 1565 ; pour les « cardes de laine », voir ASP, UL, b. 56, c. 298r.

    20 Source : ASP, UL, b. 77, c. 335v, année 1565.

    21 Voir Raymond De Roover, « A Florentine Firm of Cloth Manufacturers », Speculum, 1941, n° 1, p. 33 ; Richard A. Goldthwaithe, « The Florentine Wool Industry in the Late Sixteenth Century : A Case Study », The Journal of European Economic History, 2003, n° 3, p. 553 ; Edoardo Demo, L’« anima della città ». L’industria tessile a Verona e Vicenza (1400-1550), Milan, Unicopli, 2001, p. 204.

    22 En faite, le document ne spécifie pas la qualité, mais le coût du tissage semble se référer à un drap de 70 coudées. Cf. ASP, UL, b. 277, c. 63r.

    23 La valeur de la laine lavée est tirée de ASP, UL, b. 400, c. 235r-v, année 1613. Le document que nous avons examiné n’indiquait pas le prix de la laine.

    24 Walter Panciera, « Profilo dei salariati padovani all’inizio del Settecento », SinTesi, 1999, n° 2, p. 97-132.

    25 Francisco Henríquez de Jorquera, Anales de Granada. Descripción del Reino y Ciudad de Ganada. Crónica de la Reconquista (1482-1492). Sucesos de los años 1588 a 1646, vol. II, Grenade, Universidad de Granada, 1987, p. 114.

    26 R.M. Girón Pascual, « Mercaderes milaneses », op. cit., p. 51-74 ; Id., Los señores de lana, op. cit. ; Id., « Los lavaderos de lana de Huéscar (Granada) y el comercio genovés en la Edad Moderna », Atti della Società Ligure di Storia Patria, 2011, n° 1, p. 191-202 ; Id., Las Indias de Génova. Mercaderes genoveses en el reino de Granada durante la Edad Moderna (ss. XVI-XVIII), Granade, Thèse de doctorat, Universidad de Granada, 2013 ; Id., « Redes mercantiles en la Castilla del siglo XVI a través de las “licencias de saca de lana hacia Italia” (1573-1583) », dans E. Serrano Martín (éd.), De la tierra al cielo. Líneas recientes de investigación en Historia Moderna, Saragosse, Fundación Española de Historia Moderna, 2012, p. 757-771 ; Id., « Unas instalaciones preindustriales olvidadas : Los lavaderos de lana en la España de la Edad Moderna (ss. XVI-XIX) », Revista de Historiografía, en cours de publication.

    27 AHPG, H-193, f. 551v. Deux registres rédigés par les intendants des lavoirs de Huéscar ont été publiés par Julian Pablo Díaz López, « Las cuentas del negocio de la lana en Huéscar en un momento de crisis (1571) » dans J.P. Díaz López, Francisco Andújar Castillo, Angel Galán Sánchez (éd.), Casas, familias y rentas : la nobleza del Reino de Granada entre los siglos XV-XVIII, Grenade, Universidad de Granada, 2010, p. 355-376.

    28 AHPG, H-207 f. 1359v.

    29 R.M. Girón Pascual, Los señores de la lana, op. cit.

    30 Ibid.

    31 Source : AHPG, Huéscar, passim. Tous les travailleurs avaient droit à un repas et les travailleurs spécialisés pouvaient boire tout le vin qu’ils souhaitaient pendant le travail. À cette époque avec un réal, une famille avait la possibilité d’acheter 1,75 pains et 1,75 litres de vin ou bien une demi-patte de mouton.

    32 Pour quelques exemples, voir les nombreuses déclarations des laneri dans ASP, UL, b. 293-304, années 1527-1669 et les très fréquents « aver petenà lana fina a casa sua (del mercante) » et « aver scartezà lana fina in casa sua » des pettinatori et scartesini.

    33 ASP, UL, b. 398, c. 178r, 12 février 1602 ; b. 399, c. 205r-v, 12 mai 1610 ; b. 404, c. 3r, 5 octobre 1615 ; b. 386, c. 394r.

    34 Pour un exemple : ASP, N, c. 258r, 20 septembre 1630.

    35 Un exemple est fourni par le palais du marchand Giovanni Sala, dont le dessin est conservé dans l’ASP, N, b. 2266, c. 69r.

    36 ASP, UL, b. 394, c. 394r-398r.

    37 ASP, UL, b. 394, c. 221r et 336v, 31 janvier 1576.

    38 ASP, UL, b. 386, c. 387v, 26 juillet 1565.

    39 A. Caracausi, Dentro la bottega, op. cit., p. 70-87.

    40 Voir ASP, UL, b. 79, c. 393v e 397r, 14 octobre 1578, sur les verghesini et pettinatori des marchands Francesco Bombardino et Giovanni Battista Manzoni qui ont travaillé « in eius domo » et « in eius appotheca » ; b. 385, c. 46r, 4 mai 1547 (Matteo da Vicenza scartesino de Giacomo Antonio Bon mercante, « lavorante in casa sua ») ; b. 394, c. 192v-194r, 7 décembre 1565 (stua de Pellegrino Veronese marchand de draps dans le quartier Codalunga), c. 295r, 11 mars 1574 ; b. 398, c. 221r, 23 mai 1665 (stua du marchand Sebastiano Squario).

    41 ASP, UL, b. 60, c. 311v, 7 juillet 1545. Les témoignages indiquent que ce sont les « chers » qui reçoivent l’argent des marchands pour payer les autres travailleurs.

    42 ASP, UL, b. 79, c. 377r, 11 juillet 1578.

    43 ASP, UL, b. 426, cc. 125v-126r, 26 mars 1704.

    44 Pour le cas des « maîtres » dans le travail de la laine brute, cf. b. 50, c. 172r (éplusage) ; b. 66, c. 308v ; b. 68, c. 89r ; b. 78, c. 435r ; b. 84, c. 97v (peignage) ; b. 57, c. 65r ; b. 62, c. 173r, c. 217v, c. 421r ; b. 68, c. 208v ; b. 70, c. 391r, c. 80v ; b. 82, c. 508r (cardage). Pour les « maîtres » comme les chefs d’équipe : ASP, UL, b. 52, c. 323v, 14 juillet 1534. Pour les maîtres enseignants : ASP, UL, b. 62, c. 217v, 23 janvier 1548.

    45 ASP, UL, b. 46, c. 161r-163v, 30 octobre 1520 ; b. 398, c. 221r, 23 mai 1665.

    46 W. Panciera, « Profilo dei salariati », op. cit.

    47 A. Caracausi, Dentro la bottega, op. cit., p. 57.

    48 ASP, UL, b. 62, c. 421r, 25 septembre 1548.

    49 ASP, UL, b. 61, cc. 352r, octobre 1546 et b. 62, cc. 58 et suivants, mars 1547.

    50 ASP, UL, b. 387, c. 368r-v, 19 juillet 1565.

    51 de Toledo A.F. (Duque de Alba), Epistolario del III Duque de Alba. Don Fernando Álvarez de Toledo, vol. I, Madrid, Diana, 1952, p. 576.

    52 R.M. Girón Pascual, « Mercaderes milaneses y regidores de Huéscar », op. cit., p. 70.

    53 AHPG, H-193, f. 399r.

    54 AHPG, H-111, f. 415r.

    55 AHPG, Grenade (G)- 279, f. 316r.

    56 AHPG, H-91, f. 466v.

    57 AHPG, G-288, f. 502r.

    58 AHPG, H-91, f. 1134v.

    59 AHPG, H-319, f. 66v-72r.

    60 AHPG-H-Diego de Atienza, 1644-1648, f. 118r-122v.

    61 ASP, UL, b. 60, c. 648r, 7 juillet 1546 ; b. 61, c. 423v, 16 juin 1546 ; b. 65, c. 111v, 17 février 1553.

    62 ASP, UL, b. 63, c. 511v, 21 août 1551.

    63 ASP, UL, b. 63, c. 211r, 23 janvier 1551.

    64 ASP, UL, b. 63, c. 511v, 21 août 1551.

    65 AHPG, H-91, f. 239r.

    66 Andrea Caracausi, « I giusti salari nelle manifatture della lana di Padova e Firenze (secc. XVI-XVII) ». Quaderni Storici, 2010, n° 136/3, p. 857-884.

    67 Voir également Renata Ago, « Rome au XVIIe siècle : un marché baroque », Genèses, 2003, n° 1, p. 4-23.

    68 ASP, UL, b. 67, c. 335v, 21 octobre 1555 (anticipé aux lainiers).

    69 ASP, UL, b. 68, c. 143r, 29 février 1556, sur demande de Leonardo de Scudellari, il ordonne à Nicola Honorato biritario de ne pas embaucher Rocho cardeur, sous peine de 25 £ « laborantj olim ipsius s. leonardi et debitoris £ 2 s. 8 e spese vigori denari dati pro paga solita data ante tractum ad computum scartezandi lanam et etiam solvendi de suo ». Voir aussi Anche ASP, UL, b. 58, c. 122v, 23 novembre 1542. En général, sur les avances : Michael Sonenscher, Work and Wages : Natural Law, Politics and the Eighteenth-Century French Trades, Cambridge, Cambridge University Press, 1989 ; Andrea Caracausi, « The Just Wage in Early Modern Italy : A Reflection on Zacchia’s De Salario seu Operariorum Mercede », International Review of Social History, 2011, n° 56, p. 107-124.

    70 Cf. ASP, UL, b. 63, c. 90r, 21 août 1550.

    71 Andrea Caracausi, « Procedure di giustizia in età moderna : i tribunali corporativi », Studi storici, 2008, n° 2, p. 323-360.

    72 Voir les saisies chez les marchands Andrea et Nicola Bordon, pour leur insolvabilité, faites, outre que par les travailleurs de la laine brute, par les teinturiers et autres casquetiers, le tout survenu dans les deux jours et dans les deux semaines suivantes. Pour les travailleurs de la laine brute voir ASP, UL, b. 54, c. 47v, 24 mars 1538.

    73 Julián Pablo Díaz López, Ordenanzas municipales de Huéscar : siglo XVI, Huéscar, Ayuntamiento de Huéscar, 2001, p. 103.

    74 A. Caracausi, « Procedure di giustizia », op. cit. ; A. Caracausi, Dentro la bottega, op. cit., p. 91-114.

    75 ASP, UL, b. 63, c. 90r, 21 août 1550 : « qui Joannes vult ire et aufugere ex hac civitate ».

    76 Archivo Histórico de Protocolos de Granada, H-91, 479v.

    77 Antonio Domínguez Ortiz, Las alteraciones andaluzas, Madrid, Narcea, p. 56-65.

    78 W. Panciera, « Profilo dei salariati », op. cit., p. 20. Pour ce qui concerne les corporations et le contrôle de la mobilité, voir Simona Cerutti, « Travail, mobilité et légitimité. Suppliques au roi dans une société d’Ancien Régime (Turin, XVIIIe siècle) », Annales HSS, 2010, n° 3, p. 571-611.

    79 Pour d’autres exemples de « marchés du travail », également au sein des mêmes professions, voir Francesca Trivellato, Fondamenta dei vetrai. Lavoro, tecnologia e mercato a Venezia tra Sei e Settecento, Rome, Donzelli, 2000, p. 72-73 (art du verre) ; Luca Mocarelli, « Wages and the Labour Market in the Building Trade in 18th Century Milan », Jahrbuch für Wirtschafts Geschichte, 2004, n° 2, p. 76 (secteur du bâtiment) ; Guido Guerzoni, « Assetti organizzativi, tecniche gestionali e impatto occupazionale delle fabbriche ducali estensi nel Cinquecento », dans S. Cavaciocchi (éd.), L’edilizia prima della rivoluzione industriale, Actes du colloque de l’Istituto Internazionale di Storia Economica « F. Datini », Florence, Le Monnier, 2005, p. 7, p. 791-794 (industrie du bâtiment) ; M. Sonensher, Work and Wages, op. cit.

    80 Renata Ago, « Gerarchia delle merci e meccanismi dello scambio a Roma nel primo Seicento », Quaderni Storici, 1997, n° 3, p. 678 ; A. Caracausi, « Giusti salari », op. cit.

    81 Voir Corine Maitte, Les chemins de verre. Les migrations des verriers d’Altare et de Venise, XVI-XIXe siècles, Rennes, Presse Universitaires de Rennes, 2009 ; Gijs Kessler et Jan Lucassen, « Labour Relations, Efficiency and the Great Divergence. Comparing Preindustrial Brick making across Eurasia, 1500-2000 », dans M. Prak et J.L. van Zanden (éd.), Technology, Skills and the Pre-Modern Economy in the East and the West, Leyde-Boston, Brill, 2013, p. 259-322.

    Auteurs

    • Andrea Caracausi

      Università di Padova

    • Rafael M. Giron-Pascual

      Universidad de Córdoba

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    1 À ce propos, voir Laurence Fontaine, « Migration and Work in the Alps (17th-18th Centuries) : Family Strategies, Kinship, and Clientelism », The History of the Family, 1998, n° 3, p. 351-369 ; Laurence Fontaine, « Montagnes et migrations de travail », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2005, n° 2, p. 26-48 ; Corine Maitte, « Corporation et politique au village : Altare entre migrations et différenciation sociale, XVIe-XIXe siècle », Revue historique, 2001, n° 1, p. 47-81 ; Corine Maitte, « Les migrations de travail comme ressources : verriers altarais et vénitiens, XVIe-XVIIIe siècle », Mélanges de l’École française de Rome – Italie et Méditerranée modernes et contemporaines, 2011, n° 123/1, p. 33-47 ; Jan Lucassen, « Brickmakers in Western Europe (1700-1900) and Northern India (1800-2000) : Some Comparisons », dans J. Lucassen (éd.), Global Labour History. A State of the Art, Berne, Peter Lang, 2006, p. 513-571.

    2 Voir notamment Robert Salais et Laurent Thevenot, Le travail : marches, règles, conventions, Paris, Insee, 1986 ; Terence K. Hopkins et Immanuel Wallerstein, « Commodity Chains in the World-Economy Prior to 1800 », Review (Fernand Braudel Center), 1986, n° 1, p. 157-170 ; Gary Gereffi et Miguel Korzeniewicz, Commodity Chain and Global Capitalism, Westport, Greewood Press, 1994 ; Immanuel Wallerstein, « Introduction », Review (Fernand Braudel Center), 2000, n° 1, p. 1-13 ; Immanuel Wallerstein, « Next Steps », Review (Fernand Braudel Center), 2000, n° 1, p. 197-199 ; Karin Hofmeester, « Les diamants, de la mine à la bague : pour une histoire globale du travail au moyen d’un article de luxe », Le Mouvement Social, 2012, n° 4, p. 85-108.

    3 Pour la production de la laine au Moyen-Âge et à l’époque moderne, voir : Marco Spallanzani (éd.), Produzione commercio e consumo dei panni di lana, nei secoli 12.-18, Florence, Le Monnier, 1976 ; Giovanni Luigi Fontana et Gerard Gayot (éd.), Wool : products and markets (13.-20. century), Padoue, CLEUP, 2004 ; David Jenkins (éd.), The Cambridge History of Western Textile, Cambridge, Cambridge University Press, 2003. Pour le textile : Lex Heerma van Voss, Els Hiemstra-Kuperus, Elise van Nederveen Meerkerk (éd.), The Ashgate Companion to the History of Textile Workers, 1650-2000, Farnham, Ashgate, 2010.

    4 À propos de la mobilité des travailleurs dans l’Espagne moderne, voir Antonio Florencio Puntas et Antonio Luis López Martínez, « Las migraciones estacionales agrarias en Andalucía anteriores al siglo XX », Boletín de la Asociación de Demografía Histórica, 2000, n° 1, p. 71-100 ; Antonio Florencio Puntas et Antonio Luis López Martínez, « El mercado de trabajo en la Andalucía latifundista del Antiguo Régimen : ¿intervencionismo o contratación ? », Historia Agraria, 2003, n° 30, p. 63-85 ; Enrique Soria Mesa, Señores y Oligarcas : los señoríos del reino de Granada en la Edad Moderna, Granade, Universidad de Granada, 1997 ; Ángel Ruiz Gálvez, « Los señoríos del reino de Córdoba. Un estado de la cuestión », en cours de publication ; Bernard Vincent, « Moriscos y movilidad : el ejemplo de Pastrana », Anales de historia antigua, medieval y moderna, 2010, n° 42, p. 105-116.

    5 Walter Panciera, L’arte matrice. I lanifici nella Repubblica di Venezia nei secoli XVII e XVIII, Trevise, Canova, 1996, p. 16-21, 115-127 ; Andrea Caracausi, Dentro la bottega. Culture del lavoro in una città d’età moderna, Venise, Marsilio, 2008.

    6 Andrea Caracausi, « The wool trade, Venice and the Mediterranean Cities during the late 16th century », dans A. Caracausi et C. Jeggle (éd.), Commercial Networks and European Cities (1400-1800), Londres, Pickering & Chatto, 2014, p. 201-222 ; Rafael M. Girón Pascual, « Mercaderes milaneses y regidores de Huéscar en el siglo XVI : los Cernúsculo », dans J.P. Díaz López (éd.), Campesinos, nobles y mercaderes : Huéscar y el Reino de Granada en los siglos XVI y XVII, Huéscar, Ayuntamiento de Huéscar, 2005, p. 51-74 ; Edoardo Grendi, I Balbi : una famiglia genovese fra Spagna e Impero, Turin, Einaudi, 1997 ; Francesco Ammannati et Blanca M. González Talavera, « The Astudillo Partnership and the Spanish “Nation” in Sixteenth-Century Florence », dans A. Caracausi et C. Jeggle (éd.), Commercial Networks, op. cit., p. 121-136.

    7 Patrick Chorley, « Rascie and the Florentine Cloth Industry during the Sixteenth Century », The Journal of European Economic History, 2003, n° 3, p. 487-526 ; Walter Panciera, « Qualità e costi di produzione nei lanifici veneti (secoli XVI-XVIII) », dans G.L. Fontana et G. Gayot (éd.), Wool : products and markets (13.-20. century), Padoue, CLEUP, 2004, p. 419-446.

    8 La bibliographie concernant la production de la laine est particulièrement abondante. En général, voir Corine Maitte, « Production et marchés de la laine, époque médiévale et moderne », dans G.L. Fontana et G. Gayot (éd.), Wool, op. cit., p. 15-21.

    9 À propos des lavoirs de laine de Huéscar : Enrique Pérez Boyero, Moriscos y cristianos en los señoríos del Reino de Granada (1490-1568), Grenade, Universidad de Granada, 1997, p. 245-250 ; Rafael M. Girón Pascual, Los señores de la lana : Los lavaderos de Huéscar, los genoveses y el comercio lanar en el reino de Granada (1562-1613), DEA, 2008, (inédit).

    10 Carla Rahn Phillips et William D. Phillips, El toisón de oro español : Producción y comercio de lana en las épocas Medieval y Moderna, Valladolid, Junta de Castilla y León, 2005, p. 211 et suivantes.

    11 Ibid.

    12 Archivo Histórico de Protocolos de Granada (AHPG), Huéscar (H)-73, 482r.

    13 R.M. Girón Pascual, Los señores de la lana, op. cit.

    14 C. Rahn-Phillips et W.D. Phillips, El toison, op. cit., p. 218.

    15 Archivio di Stato di Padova (ASP), Università della lana (UL), b. 49, c. 395r, 1529.

    16 ASP, UL, b. 52, 163v, 17 décembre 1534.

    17 ASP, UL, b. 348, c. 152v, 4 mars 1598 ; b. 77, c. 158v ; b. 77, c. 334v, comptabilité de la compagnie, année 1565.

    18 ASP, UL, b. 349, cc. 255r et 257r, 8 et 9 mars 1574, inventaires des marchands Bernardino Verdabio et Pellegrino Veronese. Voir également la comptabilité du marchand Gerolamo dal Sabbion dans ASP, UL, b. 77, c. 335r, année 1565.

    19 ASP, UL, b. 77, c. 334v, comptabilité de la compagnie, année 1565 ; pour les « cardes de laine », voir ASP, UL, b. 56, c. 298r.

    20 Source : ASP, UL, b. 77, c. 335v, année 1565.

    21 Voir Raymond De Roover, « A Florentine Firm of Cloth Manufacturers », Speculum, 1941, n° 1, p. 33 ; Richard A. Goldthwaithe, « The Florentine Wool Industry in the Late Sixteenth Century : A Case Study », The Journal of European Economic History, 2003, n° 3, p. 553 ; Edoardo Demo, L’« anima della città ». L’industria tessile a Verona e Vicenza (1400-1550), Milan, Unicopli, 2001, p. 204.

    22 En faite, le document ne spécifie pas la qualité, mais le coût du tissage semble se référer à un drap de 70 coudées. Cf. ASP, UL, b. 277, c. 63r.

    23 La valeur de la laine lavée est tirée de ASP, UL, b. 400, c. 235r-v, année 1613. Le document que nous avons examiné n’indiquait pas le prix de la laine.

    24 Walter Panciera, « Profilo dei salariati padovani all’inizio del Settecento », SinTesi, 1999, n° 2, p. 97-132.

    25 Francisco Henríquez de Jorquera, Anales de Granada. Descripción del Reino y Ciudad de Ganada. Crónica de la Reconquista (1482-1492). Sucesos de los años 1588 a 1646, vol. II, Grenade, Universidad de Granada, 1987, p. 114.

    26 R.M. Girón Pascual, « Mercaderes milaneses », op. cit., p. 51-74 ; Id., Los señores de lana, op. cit. ; Id., « Los lavaderos de lana de Huéscar (Granada) y el comercio genovés en la Edad Moderna », Atti della Società Ligure di Storia Patria, 2011, n° 1, p. 191-202 ; Id., Las Indias de Génova. Mercaderes genoveses en el reino de Granada durante la Edad Moderna (ss. XVI-XVIII), Granade, Thèse de doctorat, Universidad de Granada, 2013 ; Id., « Redes mercantiles en la Castilla del siglo XVI a través de las “licencias de saca de lana hacia Italia” (1573-1583) », dans E. Serrano Martín (éd.), De la tierra al cielo. Líneas recientes de investigación en Historia Moderna, Saragosse, Fundación Española de Historia Moderna, 2012, p. 757-771 ; Id., « Unas instalaciones preindustriales olvidadas : Los lavaderos de lana en la España de la Edad Moderna (ss. XVI-XIX) », Revista de Historiografía, en cours de publication.

    27 AHPG, H-193, f. 551v. Deux registres rédigés par les intendants des lavoirs de Huéscar ont été publiés par Julian Pablo Díaz López, « Las cuentas del negocio de la lana en Huéscar en un momento de crisis (1571) » dans J.P. Díaz López, Francisco Andújar Castillo, Angel Galán Sánchez (éd.), Casas, familias y rentas : la nobleza del Reino de Granada entre los siglos XV-XVIII, Grenade, Universidad de Granada, 2010, p. 355-376.

    28 AHPG, H-207 f. 1359v.

    29 R.M. Girón Pascual, Los señores de la lana, op. cit.

    30 Ibid.

    31 Source : AHPG, Huéscar, passim. Tous les travailleurs avaient droit à un repas et les travailleurs spécialisés pouvaient boire tout le vin qu’ils souhaitaient pendant le travail. À cette époque avec un réal, une famille avait la possibilité d’acheter 1,75 pains et 1,75 litres de vin ou bien une demi-patte de mouton.

    32 Pour quelques exemples, voir les nombreuses déclarations des laneri dans ASP, UL, b. 293-304, années 1527-1669 et les très fréquents « aver petenà lana fina a casa sua (del mercante) » et « aver scartezà lana fina in casa sua » des pettinatori et scartesini.

    33 ASP, UL, b. 398, c. 178r, 12 février 1602 ; b. 399, c. 205r-v, 12 mai 1610 ; b. 404, c. 3r, 5 octobre 1615 ; b. 386, c. 394r.

    34 Pour un exemple : ASP, N, c. 258r, 20 septembre 1630.

    35 Un exemple est fourni par le palais du marchand Giovanni Sala, dont le dessin est conservé dans l’ASP, N, b. 2266, c. 69r.

    36 ASP, UL, b. 394, c. 394r-398r.

    37 ASP, UL, b. 394, c. 221r et 336v, 31 janvier 1576.

    38 ASP, UL, b. 386, c. 387v, 26 juillet 1565.

    39 A. Caracausi, Dentro la bottega, op. cit., p. 70-87.

    40 Voir ASP, UL, b. 79, c. 393v e 397r, 14 octobre 1578, sur les verghesini et pettinatori des marchands Francesco Bombardino et Giovanni Battista Manzoni qui ont travaillé « in eius domo » et « in eius appotheca » ; b. 385, c. 46r, 4 mai 1547 (Matteo da Vicenza scartesino de Giacomo Antonio Bon mercante, « lavorante in casa sua ») ; b. 394, c. 192v-194r, 7 décembre 1565 (stua de Pellegrino Veronese marchand de draps dans le quartier Codalunga), c. 295r, 11 mars 1574 ; b. 398, c. 221r, 23 mai 1665 (stua du marchand Sebastiano Squario).

    41 ASP, UL, b. 60, c. 311v, 7 juillet 1545. Les témoignages indiquent que ce sont les « chers » qui reçoivent l’argent des marchands pour payer les autres travailleurs.

    42 ASP, UL, b. 79, c. 377r, 11 juillet 1578.

    43 ASP, UL, b. 426, cc. 125v-126r, 26 mars 1704.

    44 Pour le cas des « maîtres » dans le travail de la laine brute, cf. b. 50, c. 172r (éplusage) ; b. 66, c. 308v ; b. 68, c. 89r ; b. 78, c. 435r ; b. 84, c. 97v (peignage) ; b. 57, c. 65r ; b. 62, c. 173r, c. 217v, c. 421r ; b. 68, c. 208v ; b. 70, c. 391r, c. 80v ; b. 82, c. 508r (cardage). Pour les « maîtres » comme les chefs d’équipe : ASP, UL, b. 52, c. 323v, 14 juillet 1534. Pour les maîtres enseignants : ASP, UL, b. 62, c. 217v, 23 janvier 1548.

    45 ASP, UL, b. 46, c. 161r-163v, 30 octobre 1520 ; b. 398, c. 221r, 23 mai 1665.

    46 W. Panciera, « Profilo dei salariati », op. cit.

    47 A. Caracausi, Dentro la bottega, op. cit., p. 57.

    48 ASP, UL, b. 62, c. 421r, 25 septembre 1548.

    49 ASP, UL, b. 61, cc. 352r, octobre 1546 et b. 62, cc. 58 et suivants, mars 1547.

    50 ASP, UL, b. 387, c. 368r-v, 19 juillet 1565.

    51 de Toledo A.F. (Duque de Alba), Epistolario del III Duque de Alba. Don Fernando Álvarez de Toledo, vol. I, Madrid, Diana, 1952, p. 576.

    52 R.M. Girón Pascual, « Mercaderes milaneses y regidores de Huéscar », op. cit., p. 70.

    53 AHPG, H-193, f. 399r.

    54 AHPG, H-111, f. 415r.

    55 AHPG, Grenade (G)- 279, f. 316r.

    56 AHPG, H-91, f. 466v.

    57 AHPG, G-288, f. 502r.

    58 AHPG, H-91, f. 1134v.

    59 AHPG, H-319, f. 66v-72r.

    60 AHPG-H-Diego de Atienza, 1644-1648, f. 118r-122v.

    61 ASP, UL, b. 60, c. 648r, 7 juillet 1546 ; b. 61, c. 423v, 16 juin 1546 ; b. 65, c. 111v, 17 février 1553.

    62 ASP, UL, b. 63, c. 511v, 21 août 1551.

    63 ASP, UL, b. 63, c. 211r, 23 janvier 1551.

    64 ASP, UL, b. 63, c. 511v, 21 août 1551.

    65 AHPG, H-91, f. 239r.

    66 Andrea Caracausi, « I giusti salari nelle manifatture della lana di Padova e Firenze (secc. XVI-XVII) ». Quaderni Storici, 2010, n° 136/3, p. 857-884.

    67 Voir également Renata Ago, « Rome au XVIIe siècle : un marché baroque », Genèses, 2003, n° 1, p. 4-23.

    68 ASP, UL, b. 67, c. 335v, 21 octobre 1555 (anticipé aux lainiers).

    69 ASP, UL, b. 68, c. 143r, 29 février 1556, sur demande de Leonardo de Scudellari, il ordonne à Nicola Honorato biritario de ne pas embaucher Rocho cardeur, sous peine de 25 £ « laborantj olim ipsius s. leonardi et debitoris £ 2 s. 8 e spese vigori denari dati pro paga solita data ante tractum ad computum scartezandi lanam et etiam solvendi de suo ». Voir aussi Anche ASP, UL, b. 58, c. 122v, 23 novembre 1542. En général, sur les avances : Michael Sonenscher, Work and Wages : Natural Law, Politics and the Eighteenth-Century French Trades, Cambridge, Cambridge University Press, 1989 ; Andrea Caracausi, « The Just Wage in Early Modern Italy : A Reflection on Zacchia’s De Salario seu Operariorum Mercede », International Review of Social History, 2011, n° 56, p. 107-124.

    70 Cf. ASP, UL, b. 63, c. 90r, 21 août 1550.

    71 Andrea Caracausi, « Procedure di giustizia in età moderna : i tribunali corporativi », Studi storici, 2008, n° 2, p. 323-360.

    72 Voir les saisies chez les marchands Andrea et Nicola Bordon, pour leur insolvabilité, faites, outre que par les travailleurs de la laine brute, par les teinturiers et autres casquetiers, le tout survenu dans les deux jours et dans les deux semaines suivantes. Pour les travailleurs de la laine brute voir ASP, UL, b. 54, c. 47v, 24 mars 1538.

    73 Julián Pablo Díaz López, Ordenanzas municipales de Huéscar : siglo XVI, Huéscar, Ayuntamiento de Huéscar, 2001, p. 103.

    74 A. Caracausi, « Procedure di giustizia », op. cit. ; A. Caracausi, Dentro la bottega, op. cit., p. 91-114.

    75 ASP, UL, b. 63, c. 90r, 21 août 1550 : « qui Joannes vult ire et aufugere ex hac civitate ».

    76 Archivo Histórico de Protocolos de Granada, H-91, 479v.

    77 Antonio Domínguez Ortiz, Las alteraciones andaluzas, Madrid, Narcea, p. 56-65.

    78 W. Panciera, « Profilo dei salariati », op. cit., p. 20. Pour ce qui concerne les corporations et le contrôle de la mobilité, voir Simona Cerutti, « Travail, mobilité et légitimité. Suppliques au roi dans une société d’Ancien Régime (Turin, XVIIIe siècle) », Annales HSS, 2010, n° 3, p. 571-611.

    79 Pour d’autres exemples de « marchés du travail », également au sein des mêmes professions, voir Francesca Trivellato, Fondamenta dei vetrai. Lavoro, tecnologia e mercato a Venezia tra Sei e Settecento, Rome, Donzelli, 2000, p. 72-73 (art du verre) ; Luca Mocarelli, « Wages and the Labour Market in the Building Trade in 18th Century Milan », Jahrbuch für Wirtschafts Geschichte, 2004, n° 2, p. 76 (secteur du bâtiment) ; Guido Guerzoni, « Assetti organizzativi, tecniche gestionali e impatto occupazionale delle fabbriche ducali estensi nel Cinquecento », dans S. Cavaciocchi (éd.), L’edilizia prima della rivoluzione industriale, Actes du colloque de l’Istituto Internazionale di Storia Economica « F. Datini », Florence, Le Monnier, 2005, p. 7, p. 791-794 (industrie du bâtiment) ; M. Sonensher, Work and Wages, op. cit.

    80 Renata Ago, « Gerarchia delle merci e meccanismi dello scambio a Roma nel primo Seicento », Quaderni Storici, 1997, n° 3, p. 678 ; A. Caracausi, « Giusti salari », op. cit.

    81 Voir Corine Maitte, Les chemins de verre. Les migrations des verriers d’Altare et de Venise, XVI-XIXe siècles, Rennes, Presse Universitaires de Rennes, 2009 ; Gijs Kessler et Jan Lucassen, « Labour Relations, Efficiency and the Great Divergence. Comparing Preindustrial Brick making across Eurasia, 1500-2000 », dans M. Prak et J.L. van Zanden (éd.), Technology, Skills and the Pre-Modern Economy in the East and the West, Leyde-Boston, Brill, 2013, p. 259-322.

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    Caracausi, A., & Giron-Pascual, R. M. (2018). Contrôler la mobilité des travailleurs dans une filière productive : la production de la laine à Huéscar et Padoue aux XVIe et XVIIe siècles. In A. Caracausi, N. Rolla, & M. Schnyder (éds.), Travail et mobilité en Europe (XVIe-XIXe siècles). Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.25122
    Caracausi, Andrea, et Rafael M. Giron-Pascual. « Contrôler la mobilité des travailleurs dans une filière productive : la production de la laine à Huéscar et Padoue aux XVIe et XVIIe siècles ». In Travail et mobilité en Europe (XVIe-XIXe siècles), édité par Andrea Caracausi, Nicoletta Rolla, et Marco Schnyder. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2018. doi:10.4000/books.septentrion.25122.
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    Caracausi, Andrea, et al., éditeurs. Travail et mobilité en Europe (XVIe-XIXe siècles). Presses universitaires du Septentrion, 2018, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.25089.
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