La reconstitution de l’école primaire dans le département du Nord (1918-1926)
p. 457-472
Texte intégral
1Si les travaux sur la reconstitution de l’agriculture, de l’industrie1 et surtout des villes du département du Nord au lendemain de la Première Guerre mondiale ne manquent pas, en revanche la reconstitution de l’école n’a guère attiré l’attention des historiens2. Dans le même temps, les quelques monographies locales consultées abordant cette question de la reconstitution de l’École, consacrent souvent une place importante aux questions matérielles relatives à la remise en état des bâtiments ou à leur reconstruction. Mais on ne doit pas oublier que l’école ce sont des hommes, des femmes, qui en assurent le fonctionnement, des enfants qui la fréquentent. C’est la raison qui nous fait utiliser le terme de reconstitution comme le fait d’ailleurs Pierre Capra, inspecteur d’académie dans les rapports sur la situation de l’instruction primaire dans le département du Nord présentés chaque année devant le Conseil général3. Nous nous intéressons donc à la reconstitution de l’école primaire publique de la fin des hostilités à 1926, période pendant laquelle le département du Nord est administré par Pierre Capra. Les archives de l’académie de Lille correspondant à cette période ayant été détruites dans les années 1960 lors son transfert rue Saint-Jacques, les quelques pages qui suivent sont essentiellement documentées par les rapports sur la situation de l’instruction primaire, riches en données chiffrées. Après avoir présenté sa situation à la veille du conflit, nous ferons le point au sortir de la guerre en insistant sur les défis auxquels le département se trouve confronté. Nous analyserons ensuite comment et dans quel délai s’est effectué le retour à la normale. Enfin, nous nous demanderons si l’on s’est contenté, dans le Nord, d’un simple retour à la situation antérieure ou si l’on a profité de cette reconstitution pour procéder à une transformation et à une modernisation de l’école4.
La situation scolaire de l’enseignement primaire à la veille de la guerre
2La présentation de la situation scolaire du département du Nord à la veille de la Première guerre mondiale permet de mieux mesurer l’importance postérieure des destructions à la fois matérielles et humaines qui touche le département et de comprendre l’ampleur de la tâche qui attend les « reconstructeurs », dans un espace septentrional très peuplé et donc fortement doté en structures scolaires.
Données statistiques5
3À la veille de la Première Guerre mondiale, 419 896 enfants sont inscrits dans les écoles primaires et maternelles publiques du département dont 210 295 âgés de 2 à 6 ans et 209 601 âgés de 6 à 13 ans (dont 150 265 filles). Ces élèves sont accueillis dans 1 786 écoles dont 221 maternelles, 720 écoles primaires de garçons, 719 écoles primaires de filles et 126 écoles primaires mixtes. Dans le primaire, les classes dont la population légale ne doit pas, selon les instructions du 15 janvier 1887, excéder 50 élèves sont au nombre de 4 391. Le tableau suivant montre qu’il existe dans le département du Nord 690 classes soit 15,7 % dépassant le chiffre légal :
Répartition des 690 classes du département du Nord selon leur effectif en 1912-1913.
| Nombre d’élèves | Nombre de classes | ||
| Garçons et mixtes | Filles | Total | |
| 0 à 50 | 1 919 | 1 782 | 3 701 |
| 51 à 60 | 250 | 224 | 474 |
| 61 à 70 | 59 | 73 | 132 |
| 71 à 80 | 21 | 21 | 42 |
| 60 et au-delà | 11 | 31 | 42 |
4Les instituteurs et institutrices primaires sont au nombre de 4 542 dont 1 559 directeurs (794) et directrices (765), 1 405 adjoints et 1 578 adjointes. Au total, on dénombre donc 2 199 instituteurs et 2 343 institutrices dans les écoles publiques du Nord sans tenir compte des écoles primaires supérieures et des cours complémentaires.
Analyse qualitative
5Ce bilan quantitatif suggère plusieurs remarques sur les constructions scolaires, sur le mobilier, sur la fréquentation scolaire. Dans leur grande majorité, les écoles du département du Nord datent des années 1881-18856. Grâce aux subventions accordées par la Caisse des écoles, le département du Nord se couvre pendant cette période d’écoles neuves de garçons et de filles. Mais quelques décennies plus tard, ces constructions ont vieilli. Examinant la situation de celles qui ont survécu à la guerre, l’inspecteur d’académie Capra en dénonce les insuffisances en ces termes :
Trop souvent les locaux scolaires, surtout dans les villes, ne répondent ni aux prescriptions les plus élémentaires de l’hygiène ni aux exigences modernes. L’école ne paraît conçue que comme une succession de salles, pas toujours bien installées, où s’entassent des élèves toujours plus nombreux. Nulle part on ne paraît s’être préoccupé d’avoir des préaux suffisants, des cours spacieuses, des vestiaires, des bains-douches, une salle de jeux. Les classes sont surchargées, encombrées de vêtements, l’air y est souvent irrespirable à la fin des trois heures de cours. Certains locaux sont franchement malsains, anti-hygiéniques et les élèves y vivent six heures par jour7.
6Si le matériel d’enseignement, manuels, cartes, collections d’images et de tableaux d’histoire, de sciences naturelle ne fait pas défaut8, il n’en va pas de même du mobilier scolaire qui laisse à désirer. L’inspecteur d’académie, Peltier, le signale dans son rapport d’août 1913 : « Les mobiliers scolaires laissent beaucoup à désirer : les tables-bancs de hauteur uniforme, d’une longueur et d’un poids excessif encombrent encore trop de classes. Les petits écoliers mal assis prennent les attitudes les plus contraires à un développement normal du corps9 ». En dépit des lois sur l’obligation scolaire et sur le travail des enfants, la question de la fréquentation scolaire se pose toujours avec acuité. En 1910, plus de 30 000 enfants d’âge scolarisable ne fréquentent pas du tout ou fréquentent irrégulièrement l’école primaire10. Les efforts des inspecteurs et des Commissions scolaires11 restent sans effets12.
La situation à la rentrée d’octobre 1919
7Au sortir de la guerre, la situation des écoles est désormais très dégradée à la fois dans les bâtiments, dans l’équipement pédagogique et matériel mais aussi dans l’encadrement enseignant, mis à mal par la guerre.
Les bâtiments13, le mobilier et le matériel14
8Les chiffres donnés par le rapport de l’inspecteur d’académie Capra ne concernent que neuf des dix circonscriptions d’enseignement primaire que compte le département du Nord. La circonscription de Dunkerque n’ayant pas été occupée par les Allemands n’est pas prise en compte dans ce rapport en dépit des destructions occasionnées par les bombardements de l’aviation ennemie. Si toutes les écoles des neuf circonscriptions ont plus ou moins souffert de la guerre, il convient de distinguer les écoles situées sur la ligne de feu entièrement détruites, les écoles situées à l’arrière qui, sans être détruites, n’ont pas été épargnées par les bombardements et les déprédations dues à l’occupation allemande les transformant en hôpitaux, en lazarets, en casernes. Ces écoles sont considérées comme réparables.
Situation des écoles dans 9 des 10 circonscriptions du département du Nord en 1920.
| Arrondissements | Communes dont les écoles sont totalement détruites | Nombre d’écoles détruites | Nombre de classes détruites | Nombre de communes aux écoles réparables | Nombre d’écoles réparables | Nombre de classes réparables |
| Avesnes | 4 | 4 | 5 | 46 | 83 | 208 |
| Cambrai | 22 | 44 | 79 | 52 | 96 | 220 |
| Douai | 8 | 12 | 27 | 31 | 67 | 210 |
| Hazebrouck | 15 | 32 | 77 | 16 | 42 | 85 |
| Le Quesnoy | 20 | 20 | 40 | 64 | 120 | 252 |
| Lille | 39 | 76 | 215 | 81 | 182 | 419 |
| Valenciennes | 14 | 16 | 48 | 64 | 160 | 157 |
| Total | 122 | 204 | 491 | 354 | 750 | 1 551 |
9204 écoles soit 11,42 % du parc scolaire sont rayées de la carte ; 750 écoles soit 47,99 % du total ont subi des dommages plus ou moins importants et doivent être réparées, les classes ne peuvent reprendre dans l’immédiat. Il convient d’ajouter à ce lourd bilan l’absence de travaux et de réparations dans les écoles partiellement endommagées ou intactes pendant les quatre années d’occupation. Quant au mobilier et au matériel, le constat est tout aussi désolant car 525 écoles sont dépourvues de tables (il en manque près de 16 000), d’armoires, de tableaux noirs, de portemanteaux, de stores, de moyens de chauffage. Le matériel d’enseignement, cartes géographiques, tableaux muraux d’histoire, de sciences naturelles, collections diverses, appareils pour l’enseignement des sciences, bibliothèques, etc., est détruit ou a disparu dans 590 écoles. Les cartes de France ont fait l’objet de confiscations systématiques en raison de la représentation des territoires perdus en 1870 toujours considérés comme appartenant à la France.
Le personnel15
10La guerre a profondément perturbé le service scolaire. Dès la rentrée d’octobre 1914, 791 maîtres soit 36,6 % du personnel sont mobilisés. Pendant les quatre années de guerre, 527 institutrices et 33 instituteurs quittent la région. Enfin, au terme du conflit, beaucoup d’instituteurs sont morts au combat. Les blessés et les traumatisés ne peuvent reprendre le chemin de l’école. Pour pallier l’hémorragie provoquée par le conflit, l’académie a été dans l’obligation de faire appel de 1914 à 1918 à un personnel auxiliaire recruté parmi les suppléants d’avant la guerre, parmi des postulants aux métiers de l’enseignement à qui il était demandé de posséder le brevet supérieur ou le brevet élémentaire. À la fin du conflit, l’académie compte 152 suppléants et 594 suppléantes baptisé(e)s « les intérimaires de guerre ». Le problème de leur maintien est immédiatement posé. Un classement provisoire est établi pour définir une priorité16.
Les élèves
11La guerre a eu des conséquences sur la scolarisation et sur la santé des enfants. Dans son rapport d’août 191917, l’inspecteur d’académie adjoint enregistre une déscolarisation massive qui se lit dans les chiffres :
| Élèves (garçons et filles) inscrits | Octobre 1912 | Octobre 1918 |
| écoles maternelles publiques | 61 281 | 18 917 |
| écoles primaires publiques | 303 877 | 125 810 |
12Si on ne tient compte que des élèves soumis à la scolarité obligatoire (6 à 13 ans), on constate un recul de plus de la moitié des élèves instruits. Les causes de cette déscolarisation massive doivent être mises en relation avec le fonctionnement chaotique de l’école pendant les quatre années de guerre et pendant les mois qui ont suivi la fin du conflit. Occupées par les Allemands qui en font des hôpitaux, des lazarets, des dépôts de matériel, les écoles ne peuvent accueillir les élèves où les accueillent dans des locaux de fortune et souvent dans de mauvaises conditions. Les périodes de fermeture plus ou moins longues pendant les deux premières années de guerre se généralisent pendant les hivers 1916-1917 et 1917-1918 en raison de l’interdiction du chauffage des locaux imposées par l’occupant. L’enquête menée auprès des instituteurs et des institutrices en 1920 à l’initiative du recteur Georges Lyon nous fait connaître dans le détail les périodes de fermeture et leur durée. En voici deux exemples. À Templemars, l’école de garçons est fermée une première fois au lendemain de l’entrée des Allemands dans la commune en octobre 1914. En janvier 1915, les élèves peuvent reprendre le chemin de leur école, mais pour quelques mois seulement. En effet, à compter du mois d’août 1915, l’école est occupée et le reste jusqu’au 20 novembre 191818. Même situation à Douchy où l’école de garçons sert aux troupes allemandes pendant toute la guerre19. Ces deux exemples ne sont pas les seuls même si les fermetures sont le plus souvent temporaires.
13Comme le montrent également de nombreuses réponses à l’enquête de Georges Lyon, élèves, maîtres et maîtresses des écoles rurales ont souvent été réquisitionnés pour des travaux agricoles. Le 24 mars 1917, un ordre de la Commandanture d’Hautmont informe les instituteurs et les institutrices que les enfants de toutes les écoles seront astreints aux travaux des jardins et des champs « pourvu qu’ils ne soient pas trop jeunes ou empêchés par la maladie ». Très précis, l’ordre donne la liste des travaux imposés : « bêchage des jardins, plantation des légumes, désherbage, plantation des pommes de terre dans les champs20 ». Les élèves de l’école à classe unique du Hameau de Là-Haut à Sains-du-Nord doivent « faire sous la conduite de leur maître la cueillette des fruits sauvages, des fraises (pour les employés de la Commandanture), des mûres, des baies de sureau, etc…, des jeunes pousses d’arbres, des orties et des pissenlits21 ». En 1917, les élèves des cours moyens et des classes de fin d’études des écoles de La Sentinelle doivent travailler aux champs du 7 mai au 26 juin22. Or on rentre dans la période de révisions intensives pour l’examen du certificat d’études.
14Pour pallier la fermeture des écoles, instituteurs et institutrices ont recours à des solutions de fortune. La directrice de l’école de Maroilles fait « l’école en fraude aux deux premières classes dans son logement particulier une demi-journée par semaine, quelques fois deux fois23 ». À Haveluy, les élèves de l’école des filles font des devoirs chez elles, y apprennent des leçons. « Elles viennent les corriger et les réciter » chez leur institutrice24.
15Cette déscolarisation s’accentue pendant les derniers mois du conflit avant les dernières grandes offensives allemandes et lors de l’offensive alliée. Dans toutes les communes de la zone des combats, les populations sont évacuées vers des localités plus éloignées du front, souvent en Belgique. Au lendemain de l’Armistice, leur rapatriement se fait avec lenteur et les enfants ne retournent à l’école que tardivement25. Dans les communes éloignées du front, il faut souvent remettre les locaux en état avant de recevoir les élèves et cela prend du temps. La désorganisation de l’enseignement et l’impossibilité d’une fréquentation scolaire régulière ont généré un grave préjudice intellectuel dont les inspecteurs primaires et une enquête font état. Dans le cadre d’une étude menée dans les écoles du département du Nord et du département des Ardennes, les docteurs Génévrier et Heuyer montrent qu’au point de vue des facultés intellectuelles, beaucoup d’enfants souffrent d’un retard de deux ans26. L’inspecteur primaire de Valenciennes note que dans sa circonscription ce retard affecte 37 écoles sur 165 soit 22,6 % des établissements primaires de garçons, de filles et mixtes. Ce retard est « considérable dans 7 écoles, très sensible dans 27 écoles et prononcé dans 3 écoles27 ».
16On trouve une illustration de cette situation dans l’enquête de Georges Lyon. À sa demande de faire faire par les élèves une composition française ayant pour sujet leurs souvenirs de la guerre28, bon nombre de maîtres et de maîtresses répondent que leurs élèves sont incapables de se plier à cet exercice. C’est ainsi que l’instituteur et l’institutrice de l’école de garçons et de l’école de filles d’Etrœungt, et c’est un témoignage parmi beaucoup d’autres, écrivent en conclusion de leur réponse au questionnaire de Georges Lyon : « Le niveau de nos élèves est encore si peu élevé dans nos écoles par suite des évènements de guerre qu’il n’est pas possible de produire un travail présentable sur la question posée29 ».
17Il convient cependant de nuancer ce tableau. Les situations sont, semble-t-il, très diverses. C’est ainsi que l’inspecteur de la circonscription de Dunkerque note que si les élèves des communes de Rosendaël, de Malo-les-Bains, de Coudekerque-Branche et de Bergues, communes évacuées en raison de leur proximité du front, ont vu leurs études « perturbées », dans les autres communes plus éloignées de la zone des combats, « le développement intellectuel des enfants n’a subi que de légers retards30 ». Même constat de la part de l’inspecteur de la circonscription de Douai qui reconnaît que « les élèves ont souffert de la guerre dans leur développement intellectuel c’est certain31 ». Mais, il constate que « les résultats du certificat d’études primaires de cette année (juin 1920) ont prouvé que sur un certain nombre de matières : calcul, dessin, géographie, sciences, le niveau n’a pas paru inférieur à ce qu’il était avant-guerre ». Une étude en cours sur les compositions françaises réalisées à la demande de Georges Lyon permettra d’affiner ce propos.
18Les quatre années de guerre ont aussi eu des conséquences sur la santé des élèves32. Plusieurs enquêtes rendent compte des effets des carences alimentaires. Les docteurs Génévrier et Heuyer montrent que :
Le développement des enfants a subi un retard considérable ; la taille, le poids, le périmètre thoracique sont inférieurs à la normale ; il existe en moyenne dans le développement un retard de dix-huit mois à deux ans ; les enfants de douze ans par exemple ont le poids et la taille d’enfants de dix ans ou de dix ans et demi. Les enfants plus jeunes, dans les écoles maternelles (cinq à sept ans) sont également retardés. Mais chez eux on constate aussi des tares rachitiques très importantes et très fréquentes, en particulier des déformations du thorax et de l’abdomen33.
19Une autre étude menée par un groupe de six médecins et 22 infirmières de la Croix Rouge américaine portant sur 18 800 élèves du département du Nord signale que 4 400 soit 23,40 %, ont un développement physique correspondant à leur âge. 116 sont atteints de tuberculose ouverte, 412 présentent des indices de tuberculose. Les carences alimentaires frappent 6 359 sujets présentant des signes inquiétants de débilité physique34. Mais comme le souligne l’inspecteur Capra, une fois encore, il faut nuancer ce tableau fort sombre. Tout en souscrivant aux conclusions formulées par Albert Calmette dans un rapport consacré à l’état sanitaire de la population lilloise et de ses enfants au sortir de la guerre35, Capra estime qu’il convient d’établir une distinction entre campagne et villes36. Si la situation est grave, elle n’est pas générale. Dans les campagnes, les effets de la guerre sur les corps enfantins, sans être nuls, sont beaucoup plus limités en raison de meilleures conditions d’approvisionnement. En revanche dans les villes, et en particulier dans les quartiers populaires des grandes villes, dans les centres industriels, la situation est inquiétante. Dans le rapport qu’il établit en 1920 portant sur quatre écoles (écoles Fombelle, Boucher de Perthes, Ampère et Racine) du quartier de Wazemmes, quartier ouvrier, le docteur Ducamp, chef du bureau d’hygiène de la ville de Lille, note que sur 1 214 enfants, 208 seulement soit 17,9 % sont en situation de santé normale. Il note une nette recrudescence de la gale et de la tuberculose dans la population scolaire du quartier37. Mais, on ne doit pas oublier que la situation de la ville de Lille, ville la plus peuplée du département, enclose dans ses fortifications dont la sortie était totalement interdite, est spécifique. Les villes voisines de Roubaix et de Tourcoing ne présentent pas une situation aussi alarmante.
La remise en route des écoles primaires du département du Nord
20Une fois la guerre terminée et la région libérée des occupants, les élites administratives de l’Instruction publique tout comme les maires et les conseillers municipaux tentent de relancer l’activité scolaire mais le retour à la normale s’avère lent et difficile.
Les bâtiments, le mobilier et le matériel scolaire
21Dans les secteurs où les écoles ont été totalement détruites, il faut parer au plus pressé. Pour assurer la rentrée des classes d’octobre 1919, des baraquements sont installés à la hâte. Dans la plupart des cas, ce sont de simples cabanes de bois recouvertes de carton enduit de goudron pour l’étanchéité et l’isolement thermique. Se dégradant très rapidement, ces fragiles constructions réclament des travaux constants. Dans la remise en état des bâtiments, il faut distinguer le cas des écoles totalement détruites et celui des écoles endommagées. À la rentrée d’octobre 1921, à quelques exceptions près, les écoles endommagées sont remises en état et peuvent fonctionner normalement. En revanche, la plupart des écoles totalement détruites sont toujours dans la même situation. Devant la longueur des délais mis pour obtenir les autorisations de reconstruction et les subventions, quelques communes, tout au moins celles dont les finances le permettent, remplacent les baraquements par des locaux démontables comportant une ossature, une charpente, des châssis métalliques, des portes en bois, des murs de briques enduits intérieurement de plâtre, une couverture de tuiles.
22Quatre ans plus tard, les travaux de reconstruction sont loin d’être achevés et les baraquements provisoires sont encore nombreux. À la rentrée d’octobre 1925, les enfants de 37 communes sont encore accueillis dans des baraquements. L’inspecteur de la circonscription du Quesnoy dénonce une situation intolérable. Dans le rapport qu’il établit en juillet 1930, l’inspecteur d’académie peut signaler que tous les locaux détruits pendant la guerre ne sont pas encore totalement reconstruits et que les baraquements n’ont pas totalement disparu.
23En ce qui concerne, le mobilier, il faut là aussi, gérer l’urgence et s’installer dans un provisoire qui dure. Certaines communes ont pu bénéficier de l’aide du Service de la Reconstruction et de divers organismes tels les Comités d’aide américain, hollandais, l’Œuvre de l’École pour les régions libérées, les Écoles marraines38. Leur intervention a permis une reconstitution rapide du matériel d’enseignement dont la situation encore insuffisante à la rentrée d’octobre 1921 est revenue à son niveau de 191339. Comme le matériel d’enseignement, le mobilier scolaire a fait l’objet d’une attention particulière. Dès la rentrée d’octobre 1920, les écoles ont été largement pourvues d’un mobilier scolaire fourni par le Service de la Reconstruction. Tout en considérant que la reconstitution du matériel scolaire est en bonne voie et qu’elle devrait s’achever dans le courant de l’année scolaire 1920-1921, Capra manifeste cependant une certaine inquiétude sur la qualité de ce mobilier. Qualifié de provisoire, construit à la hâte, il se révèle à l’usage fragile et souvent inadapté surtout pour les élèves des écoles maternelles. Celles-ci se voient livrer des bancs lourds, sans dossiers reliés à des tables à dessus inclinés. Les inspectrices des circonscriptions maternelles du département signalent que les jambes des écoliers ne touchent pas le sol, que ce mobilier est totalement inadapté aux activités de leurs écoles. La situation ne connaîtra d’améliorations que lentement. En 1925-1926, le mobilier provisoire fourni en 1920 est encore en place dans 30 % des écoles des deux circonscriptions de Lille, dans 25 % de celles de la circonscription de Valenciennes. La situation n’est satisfaisante que dans la circonscription du Quesnoy où seulement 5 % des écoles ont encore un mobilier provisoire.
Le personnel enseignant
24Au terme de l’année 1919-1920, l’inspecteur d’académie Capra fait un double constat. D’abord celui du retour des instituteurs démobilisés, des instituteurs et des institutrices repliés, retour dont il constate qu’il a contribué à perturber le service, car il s’est organisé de très nombreuses mutations. Second constat : il faut donner des postes aux normaliens des classes 1911, 1912, 1913 et 1914 qui, mobilisés de suite, n’ont jamais enseigné. En dépit de ces apports, au moment de préparer la rentrée d’octobre 1920, l’inspecteur d’académie constate que les instituteurs sont en nombre insuffisant pour assurer la rentrée. Il faut combler les vides laissés par les 312 instituteurs tués au front ou décédés des suites de leurs blessures. À cela, s’ajoute la désaffection, déjà ancienne, pour la profession d’instituteur qui s’amplifie au lendemain de la guerre40. Pour faire face à cette pénurie, il est dans l’obligation de recruter 320 femmes dont la plupart sont des débutantes ce qui lui fait écrire dans son rapport : « Leur inexpérience pédagogique, le nombre trop souvent élevé des élèves qui leur sont confiés rendent leur tâche difficile […]. Il serait désirable que les femmes fussent rendues aux écoles de filles ou tout au moins qu’elles ne fussent plus chargées que des classes enfantines ou du cours préparatoire des écoles de garçons41 ». Cette pénurie de personnel masculin s’est non seulement poursuivie mais accentuée dans les années suivantes. Au 1er juin 1924, le département du Nord compte 1 685 instituteurs pour 3 326 institutrices. L’inspecteur d’académie doit se « résigner » à constater que 1 422 postes d’adjoints sont occupés par des femmes dans les écoles de garçons42. Autre indice de cette féminisation croissante du personnel enseignant des écoles primaires : à la rentrée d’octobre 1925, le département du Nord dispose de 48 suppléants hommes alors qu’il en faudrait environ 200. Cette crise du recrutement masculin se double d’une crise du recrutement féminin. En octobre 1925, 163 postes d’institutrices sont vacants43.
Les élèves
25La première tâche des autorités académiques est de rétablir la fréquentation et de rappeler les règles de l’obligation scolaire. Cette question de la fréquentation scolaire, écrit Capra en 1920 « se pose avec la même acuité qu’en 1914, non seulement parce que les absences injustifiées des enfants sont toujours aussi nombreuses, mais aussi parce que certains enfants d’âge scolaire cessent de fréquenter l’école à l’âge de 11 ou 12 ans44 ». Ses rapports successifs montrent que dans ce domaine on n’enregistre aucun progrès dans les cinq années suivant la fin des hostilités. Pendant l’année scolaire 1919-1920, si la situation varie d’une circonscription à l’autre, on note que le taux moyen d’absentéisme tourne autour de 10 %. Au lendemain de la rentrée d’octobre 1920, sur 92 525 garçons inscrits, 84 590 font acte de présence, et sur 86 259 filles inscrites, 78 900 fréquentent l’école. Quatre ans plus tard, en 1924, le taux moyen d’absentéisme est toujours de 10 %45. Dans une circulaire adressée le 1er février 1924 aux maires du département du Nord, le préfet tire la sonnette d’alarme :
Un trop grand nombre encore de familles oublient que, non seulement, il est de leur strict devoir, mais aussi que la loi du 28 mars 1882 leur en fait une obligation, de donner ou de faire donner à leurs enfants une instruction primaire. Cet état de choses que les circonstances exceptionnelles de la guerre ont pu sinon justifier, tout au moins excuser, est loin malheureusement d’avoir pris fin avec le retour de la paix46.
26Les raisons expliquant cet absentéisme sont toujours celles notées dans les rapports des années précédant la guerre. Mais dans le contexte de la reconstruction économique du département, elles sont aggravées par l’importante pénurie de main-d’œuvre masculine dont les rapports des inspecteurs primaires notent les effets désastreux pour l’école. Dans la circonscription de Dunkerque, lors de la campagne de l’arrachage du lin, les employeurs offrent des salaires de 15 francs par jour soit trois fois le salaire habituel. Toujours dans cette circonscription, des industriels embauchent des enfants de 12, 11, voire 10 ans. Les inspecteurs des circonscriptions de Cambrai, d’Hazebrouck, de Roubaix et de Lille, sans donner de chiffres précis font état de situations analogues47.
27Seconde préoccupation des autorités académiques : lutter contre le retard intellectuel. Elles ont été aidées en cela par une circulaire ministérielle du 2 octobre 1919 prescrivant aux instituteurs et institutrices de mettre en œuvre des programmes restreints mettant l’accent sur la lecture, l’écriture et le calcul, Sous l’impulsion des inspecteurs primaires, la circulaire a été mise en application dans toutes les circonscriptions du département avec un objectif indiqué par Capra : « munir des éléments indispensables d’instruction les enfants de 11 à 13 ans qui n’avaient pas suivi régulièrement l’école ». L’inspecteur primaire de la circonscription d’Hazebrouck demande à son personnel d’utiliser au mieux le temps scolaire en renonçant aux exercices de « remplissage, copies en surnombre, devoirs mis au net, etc., n’exigeant aucun effort personnel de l’élève » et d’insister sur le calcul et l’orthographe48. Dans la circonscription de Dunkerque, le programme de sciences naturelles pour les écoles rurales et pour les écoles urbaines est réduit à quelques notions essentielles. Dans la circonscription de Valenciennes, la mise au point des programmes restreints recommandés par le ministère est faite selon un plan concerté par le personnel et des commissions cantonales sont chargées de leur rédaction. Dans celle du Quesnoy, l’inspecteur fait regrouper les enfants « retardés » dans des sections spéciales où ne sont enseignées que les matières jugées essentielles : la lecture, l’écriture ; il préconise l’apprentissage par cœur et les interrogations fréquentes « pour rééduquer la mémoire des élèves laissée en friche pendant les années de guerre. ». Si l’on suit les mêmes inspecteurs, qui se fondent en particulier sur les résultats du certificat d’études primaires, les résultats ont été positifs. L’inspecteur de la circonscription de Lille 2 déclare que les résultats ont été « particulièrement satisfaisants ». Celui de la circonscription de Valenciennes écrit que : « Délégués cantonaux, professeurs, membres des commissions d’examen ont été unanimes à reconnaître la valeur des résultats obtenus et constatés cette année aux examens du CEP ». On retiendra aussi dans ce discours des inspecteurs une certaine nostalgie du recours à des programmes simplifiés. L’inspecteur parlant de l’élagage des programmes note : « Les élèves retardés ont regagné le temps perdu, et en octobre prochain, il semble bien qu’on pourra reprendre l’ancien horaire et l’étude de l’ensemble des programmes officiels ».
La reconstitution des corps
28Enfin, dernière préoccupation, la reconstitution des corps. Les initiatives privées et publiques ont été fort nombreuses49. En voici quelques exemples. Dès 1920, pour pallier les graves conséquences de la sous-alimentation, des cantines de suralimentation, financées par la Commission for Relief in Belgium et le Comité des Régions libérées, sont ouvertes. Fort actives surtout à Lille, elles donnent aux élèves le repas du midi (soupe, viande, légumes et pain) et le goûter50. Des distributions de biscuits chocolatés, d’huile de foie de morue sont faites dans les écoles. La lutte contre la tuberculose suscite le développement de colonies de vacances à la campagne et à la mer. On ne citera que la plus célèbre : la colonie scolaire de Camiers connue sous le nom de colonie de Dan-Camiers (Pas-de-Calais)51. Fondée en 1919 par la Commission for Relief in Belgium, puis subventionnée par le ministère des Régions libérées, la colonie de Camiers installée dans un hôpital américain désaffecté, reçoit en juin 1920 quelque 4 900 fillettes dont 2 000 viennent de Lille, 850 de Roubaix, 400 de Tourcoing, 1 650 du reste du département52.
29Dans cette campagne pour la reconstitution des corps, les autorités académiques ne sont pas restées inactives. On retiendra tout d’abord leur rôle dans le fonctionnement de la colonie de Camiers à qui elles fournissent dès l’ouverture un directeur (Georges Larmignat, inspecteur primaire de la circonscription d’Hazebrouck) et des instituteurs et institutrices pour l’encadrement des colons53. Il faut également noter le vœu de l’inspecteur d’académie Capra, longuement développé dans son rapport d’août 1920, de voir se créer un service de santé scolaire efficace. Il préconise la création d’un corps d’infirmières scolaires. Opérant dans les écoles, elles seraient chargées d’établir un fichier sanitaire consignant chaque année le poids et la taille des élèves, de surveiller leur propreté, de donner, sous le contrôle d’un médecin les premiers soins de petite chirurgie. Enfin, elles pourraient se rendre au domicile des élèves absents pour cause de maladie. Si quelques municipalités ont répondu à cet appel, par manque de crédits, le vœu de Capra est resté lettre morte. Il faut aussi mentionner son souhait de l’instauration dans toutes les écoles et pas seulement dans quelques écoles de grandes villes d’un enseignement de l’éducation physique fondé sur trois principes : une éducation organisée en collaboration avec le corps médical ; une éducation physique quotidienne ; une éducation physique destinée à développer la santé des enfants et non pas leur force athlétique, une éducation physique de masse et non pas destinée à quelques-uns54. Capra semble avoir été entendu. En 1924, il note que « les exercices d’éducation physique sont régulièrement pratiqués dans toutes les écoles département » à raison de 20 minutes quotidiennes (10 le matin, 10 le soir) et qu’ils sont régulièrement complétés par deux leçons hebdomadaires de 30 minutes chacune. Et surtout il se réjouit de l’apparition dans quelques villes (Lille, Roubaix, Tourcoing, Leers, Ascq) de professeurs spéciaux agréés par l’administration académique et rétribués par les municipalités55.
Reconstitution ne signifie pas rénovation
30La reconstitution a-t-elle contribué à modifier le visage de l’école dans le département du Nord ? Cette interrogation ne portera que sur un point : les constructions scolaires. Dans le rapport qu’il présente en août 1921, l’inspecteur Capra attire l’attention des conseillers généraux et des municipalités sur l’opportunité que présente la reconstruction des écoles détruites56. Il faut, dit-il, cesser de penser que « l’école primaire est un simple groupement de classes » et, reprenant les propos du ministre de l’Instruction publique, dans une circulaire du 18 octobre 192057, il ajoute qu’il convient de « s’inspirer des conceptions modernes de l’architecture et de l’hygiène en matière de l’instruction ». Dans cette perspective, il donne une grande publicité au rapport de l’architecte en chef Marchoux, professeur à l’Institut Pasteur, qu’il fait publier dans le Bulletin de l’Instruction primaire de février 1921. Quelles sont ses recommandations ?
31D’abord construire sur des terrains secs, bien drainés pour éviter que les cours de récréation ne se transforment en cloaques. Demeure des maîtres et bâtiment des classes doivent être séparés et l’école proprement dite doit être séparée de la voie publique par un jardin. Ensuite viennent toute une série de recommandations relatives à l’hygiène. Chaque classe doit disposer d’un lavabo et d’un vestiaire. Dans la mesure du possible, les municipalités sont invitées à aménager des salles de douches ouvertes aux élèves des écoles et à la population. Les WC seront dans le bâtiment et pas dans la cour et, surtout, ils ne seront pas à la turque « système suranné et dangereux ». Marchoux attire enfin l’attention sur la salle de classe où les élèves passent de nombreuses heures. Conçue pour un maximum de 30 élèves, sa longueur ne dépassera pas 9 mètres pour que les élèves ne soient pas trop éloignés du tableau. Les classes s’ouvriront sur l’extérieur par de grandes baies munies de stores. Le sol sera en grès cérame ou, à la rigueur, en parquet de bois sur bitume. Plus de poêle dans les classes mais le chauffage central. Enfin, les vestiaires disposeront d’une salle spéciale et ne seront plus installés dans un couloir « comme on le fait d’ordinaire au mépris de l’ordre qui doit être enseigné à l’école au même titrer que les lettres et les sciences ».
32Dès 1922, l’examen des plans envoyés au ministère de l’Instruction publique pour approbation donne lieu à des commentaires très critiques. Les cours de récréation sont toujours trop petites. Les baies ne sont jamais assez grandes : « Il semble qu’on redoute toujours de donner de la lumière et de l’air aux enfants. C’est pourtant indispensable58 ». Les lavabos restent trop peu nombreux. Quant aux installations de douches, elles sont pratiquement inexistantes. Les vestiaires manquent. En conclusion, le ministre demande à l’inspecteur d’académie et aux inspecteurs primaires d’examiner attentivement les projets de reconstruction arrêtés par les municipalités. Il leur est demandé d’informer les maires qu’en cas de non-respect des observations formulées par les inspecteurs, les dossiers transmis au ministère pour l’obtention de subventions seront renvoyés « ce qui entraînera nécessairement des retards ». Quatre ans plus tard, un courrier du ministre de l’Instruction publique au préfet du Nord en date du 1er janvier 1926, transmis à tous les maires du département, reprend les mêmes constatations : dimensions des préaux et des cours de récréation trop exiguës, absence de terrains de sport et de jeux, éclairage des classes insuffisant, aération et chauffage médiocres, latrines toujours installées dans les cours de récréation59. L’inspecteur d’académie Capra estime cependant que ce bilan doit être nuancé et qu’il convient sans doute de distinguer le cas des écoles rurales de celui des écoles urbaines où les projets d’installation de lavabos et de bains-douches sont nombreux. Il n’en reste pas moins qu’au départ de Capra, et en dépit de ses nombreuses demandes, le bilan reste mitigé et qu’il reste beaucoup à faire.
Notes de bas de page
1 Sur la reconstitution de l’industrie et des villes, voir l’ensemble des ouvrages qui traitent de l’histoire des villes du Nord. Exemples : Louis TRENARD (dir.), Histoire de Cambrai, Lille, PUL, 1982, 314 p. ; Henri PLATELLE (dir.), Histoire de Valenciennes, Lille, PUL, 1982, 333 p ; Philippe GUIGNET, Nouvelle histoire de Valenciennes, Toulouse, Privat, 2006, 269 p. ; Michel ROUCHE (dir.), Histoire de Douai, Dunkerque, Éditions des Beffrois, Westhoek Éditions, 1985, 347 p. ; Yves-Marie HILAIRE (dir.), Histoire de Roubaix, Dunkerque, Éditions des Beffrois, Westhoek Éditions, 1984, 366 p. ; Alain LOTTIN (dir.), Histoire de Tourcoing, Dunkerque, Éditions des Beffrois, Westhoek Éditions, 1986, 374 p. ; Gérard SIVERY (dir.), Histoire de Maubeuge, Dunkerque, Éditions des Beffrois, Westhoek Éditions, 1984, 341 p. ; Louis TRENARD et Yves-Marie HILAIRE (dir.), Histoire de Lille, tome IV : Du XIXe siècle au XXIe siècle, Paris, Perrin, 1994, 541 p.
2 Il y a peu de choses à glaner dans V. BOELS, Le cadre de vie scolaire dans le département du Nord de 1880 à 1940, mémoire de maîtrise Lille 3 (directeur B. Ménager), Lille 3, 1988-1989. L’article de Chantal DHENNIN, « L’école et la sortie de la guerre dans le canton de La Bassée » dans Jean-François CONDETTE (dir.), Les Écoles dans la guerre Acteurs et institutions éducatives dans les tourmentes guerrières XVIIe siècle-XXe siècle, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2014, (p. 303-327) est la première étude traitant de cette question.
3 Pierre Capra, nommé inspecteur d’académie du Nord en 1919, est la cheville ouvrière de la reconstitution de l’école primaire dans le Nord. Il reste à ce poste jusqu’en 1926. Dès qu’il est question des bâtiments, il parle de reconstruction.
4 Sur la question des opportunités procurées par la reconstitution dans le département du Nord, on lira l’article récent de Jean-François ECK, « Les entreprises industrielles du Val-de-Sambre, entre menaces d’anéantissement et opportunités de redressement (1914-1920) » dans Jean-François ECK et Jean HEUCLIN, Les bassins industriels des territoires occupés 1914-1918, Valenciennes, Presses Universitaires de Valenciennes, 2016, p. 303-322.
5 AD du Nord, 1N 159, Rapport sur la situation de l’instruction primaire dans le département du Nord pendant l’année 1912-1913 présenté par C. Peltier, inspecteur d’académie, 11 août 1913, p. 253 -254, p. 263.
6 Sur cette question des constructions scolaires dans la période 1880-1914, voir Philippe MARCHAND, École et écoliers dans le Nord au XIXe siècle, Lille, CRDP, 1984, 201 p. ; V. BOELS, Le cadre de vie scolaire dans le Nord de 1880 à 1940, Université de Lille 3, Mémoire de maîtrise sous la direction de B. MÉNAGER, 1988-1989, 127 p.
7 AD du Nord, 1N 169, Rapport sur la situation de l’enseignement primaire dans le département du Nord pendant l’année 1919-1920 présenté par l’inspecteur d’académie, août 1920.
8 AD du Nord, 1N 159, Rapport sur la situation…, op. cit., 1913, p. 260. L’inspecteur d’académie en dénonce la surabondance : « Les murs sont tapissés au point d’être encombrés de cartes, de collections d’images et de tableaux de toute espèce ; l’excès en cette matière est un défaut : quelques images bien choisies sur des murs blancs, feraient la classe plus propre et plus décente ».
9 Ibid.
10 AD du Nord, 1N 155, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1910.
11 Les Commissions scolaires ont été créées par la loi du 28 mars 1882 (articles 5, 12, 13 et 14) modifiée par la loi du 30 octobre 1886 (articles 54-61). Leurs attributions sont limitées à la surveillance de la fréquentation scolaire. Elles examinent les motifs d’absence consignés sur le registre d’appel des écoles de la commune, les apprécient et si nécessaire elles peuvent prononcer les sanctions prévues par la loi de 1882 ou saisir le juge de paix du canton d’une plainte. Elles comprennent le maire de la commune, un délégué cantonal de l’enseignement primaire désigné par l’inspecteur d’académie, des membres du conseil municipal.
12 AD du Nord, 1N 159, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1913, p. 260.
13 AD du Nord, 1N 169, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1920, p. 358-359.
14 Ibid., p. 361-364.
15 Ibid., p. 364-366.
16 Ce classement place en tête pour les hommes les mutilés de guerre, pour les femmes les veuves de guerre, puis les orphelines.
17 AD du Nord, 1N 167, Rapport sur la situation de l’instruction primaire dans le département du Nord pendant l’année 1918-1919, 6 août 1919. Ce rapport est présenté par Thalamas qui fera fonction d’inspecteur d’académie-adjoint jusqu’en 1926.
18 Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), FD 1126_03_B571_042, réponse de l’instituteur de Templemars, 21 mai 1920.
19 BDIC, FD 1126_03_B411_002, réponse de l’instituteur de Douchy, 21 mai 1920.
20 BDIC, FD 1126_03_B396_008, Ordre de la Commandanture, commune d’Haumont, 24 mars 1917.
21 BDIC, FD 1126_03_B402_003, réponse de l’instituteur de Sains-du-Nord, 29 mai 1920. Il note que si très peu d’élèves se plient à ces ordres (cinq ou six sur une soixantaine), l’école est fermée et les élèves sont livrés à eux-mêmes.
22 BDIC, FD 1126_03_B534_001, réponse de l’instituteur de La Sentinelle, 29 mai 1920.
23 BDIC, FD 1126_03_B357_004, réponse de directrice de l’école de Maroilles, 1920.
24 BDIC, FD 1126_03_B532_003, réponse de l’institutrice de Haveluy, 30 mai 1920.
25 Sur cette question, voir l’étude de Chantal DHENNIN, « L’école et la sortie de la guerre dans le canton de La Bassée » dans Jean-François CONDETTE (dir.), Les Écoles dans la guerre Acteurs et institutions éducatives dans les tourmentes guerrières XVIIe siècle-XXe siècle, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2014, p. 303-327.
26 Joseph GÉNÉVRIER et Georges HEUYER, « L’état sanitaire et des enfants des régions libérées », Bulletin de la Société de pédiatrie de Paris, tome 17, 17 mars 1919, p. 59-65.
27 AD du Nord, 1N 169, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1920, p. 371.
28 « Souvenirs de guerre – Dites avec simplicité et sincérité ce que vous vous rappelez de la guerre et faites le récit de l’épisode le plus dramatique dont vous ayez été soit l’acteur, soit le témoin ». Académie de Lille – Département du Nord, Bulletin de l’enseignement primaire, n° 4-5, avril-mai 1920, p. 64.
29 BDIC, FD 1126_03_B437_001, réponse de l’instituteur et de l’institutrice des écoles d’Etrœungt, 29 mai 1920.
30 AD du Nord, 1N 169, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1920, p. 371.
31 Ibid., p. 371.
32 Sur les questions du ravitaillement et des carences alimentaires, des développements intéressants dans Philippe NIVET, La France occupée 1914-1918, Paris, Armand Colin, 2011, 480 p. ; Stéphane LEMBRÉ, La guerre des bouches : ravitaillement et alimentation à Lille (1914-1919), Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2016, 195 p. ; sans oublier l’article d’Alain GÉRARD, « Albert Calmette et les problèmes de l’alimentation à Lille (1914-1918) », Bulletin de la Commission Historique du Nord, tome 52, 2001-2004, p. 105-126.
33 Joseph GÉNÉVRIER et Georges HEUYER, « L’état sanitaire et des enfants… », op. cit., p. 63.
34 AD du Nord, 1N 171, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1921, p. 338.
35 Albert CALMETTE, « Considérations sur l’état sanitaire de la ville de Lille pendant l’occupation allemande », Bulletin de l’Académie de médecine, tome 81, 3e année, 1919, p. 120-125.
36 AD du Nord, 1N 169, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1920, p. 375.
37 AD du Nord, 1N 171, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1921, p. 338.
38 Capra en donne une liste dans son rapport d’août 1920.
39 AD du Nord, 1N 169, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1920.
40 Capra parle d’un recrutement « déjà difficile avant la guerre ».
41 AD du Nord, 1N 169, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1920, p. 365.
42 AD du Nord, 1N 176, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1924, p. 246.
43 AD du Nord, 1N 178, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1925, p. 256.
44 AD du Nord, 1N 169, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1920, p. 374.
45 AD du Nord, 1N 176, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1924, p. 247-248.
46 Bulletin de l’Instruction primaire du département du Nord, mars 1924, p. 133-136.
47 AD du Nord, 1N 169, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1920.
48 Ibid., p. 369-375.
49 Capra en donne une liste détaillée dans son rapport de 1925 (p. 256-257).
50 Corinna HAVEN-SMITH and Caroline R. HILL, Rising Above the Ruins in France, New-York-London, G. P. Putnam’Sons, 1920, p. 99.
51 Sur l’histoire des débuts de la colonie de Dan-Camiers, voir La Mémoire des Camiérois, consultable sur internet (colonie-vacances-Camiers-en 1920).
52 L’Écho du Nord, 19 juin 1920.
53 AD du Nord, 1N 169, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1920, p. 376.
54 Ibid., p. 380-382.
55 AD du Nord, 1N 176, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1924, p. 274-275.
56 D. du Nord, 1N 171, Rapport sur la situation…, op. cit., août 1921, p. 320.
57 Cette circulaire est publiée dans le Bulletin de l’Instruction primaire du département du Nord, novembre 1920, p. 221-223.
58 Bulletin de l’Instruction primaire du département du Nord, n° 2, février 1922, p. 39-41.
59 AD du Nord, J/7, Fonds Gaulon, lettre du ministre de l’Instruction publique au préfet du nord, 6 janvier 1926.
Auteur
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Les entrepreneurs du coton
Innovation et développement économique (France du Nord, 1700-1830)
Mohamed Kasdi
2014
Les Houillères entre l’État, le marché et la société
Les territoires de la résilience (xviiie - xxie siècles)
Sylvie Aprile, Matthieu de Oliveira, Béatrice Touchelay et al. (dir.)
2015
Les Écoles dans la guerre
Acteurs et institutions éducatives dans les tourmentes guerrières (xviie-xxe siècles)
Jean-François Condette (dir.)
2014
Europe de papier
Projets européens au xixe siècle
Sylvie Aprile, Cristina Cassina, Philippe Darriulat et al. (dir.)
2015
