Edmond Labbé, inspecteur général de l’enseignement technique dans le Nord en guerre (1914-1919)
p. 201-214
Texte intégral
1Parmi les principaux responsables des institutions éducatives restés dans la zone occupée, le recteur Georges Lyon fut une personnalité majeure, mais pas tout à fait isolée. Outre quelques inspecteurs primaires et des chefs d’établissement, reste également à Lille, tout au long des quatre années d’occupation, l’inspecteur général de l’enseignement technique Labbé. Georges Lyon évoque l’activité d’Edmond Labbé dans l’article qu’il consacre à cette période dès 19191. Alors que le premier, né en 1853, connaît avec ce poste de recteur l’aboutissement d’une longue carrière2, le second incarne la génération suivante : né en 1868, il est plutôt dans la phase ascendante de sa carrière. E. Labbé, à la différence de son aîné, n’appartient pas à l’administration de l’Instruction publique : au début du XXe siècle et jusqu’en 1920, l’enseignement technique relève du ministère du Commerce et de l’Industrie. Enfin, Edmond Labbé n’a semble-t-il jamais publié de témoignage directement consacré à la Première Guerre mondiale et à son rôle durant cette période, ni sous forme d’article, ni sous forme de livre. C’est pourtant une activité incessante qu’il lui a fallu déployer pour assumer une mission particulièrement délicate, celle du ravitaillement du Nord occupé. E. Labbé occupe en effet le poste de secrétaire général du Comité d’alimentation du nord de la France du printemps 1915 à l’été 1919, et doit gérer l’angoisse de la pénurie ainsi que les relations avec l’occupant. Revenir sur le parcours d’un acteur éducatif comme Edmond Labbé dans le Nord occupé, c’est donc d’abord préciser ce qu’il faut entendre, dans son cas, par acteur éducatif, avant d’essayer de reconstituer son action, dont des traces demeurent dans le nord de la France3. On souhaite ainsi rappeler combien l’engagement des acteurs éducatifs a pu contribuer à la vie dans ces années d’occupation – non seulement par les efforts pour poursuivre la mission d’éducation, mais aussi pour assurer la survie des populations4.
Le parcours brillant d’un « hussard noir »
2Incontestablement, la carrière d’Edmond Labbé avant la guerre en fait un acteur éducatif à part entière5. Mais ses activités, son statut et ses réseaux en font, plus encore, une figure montante de l’administration, dont on ne peut réduire l’action au seul enseignement technique.
Une carrière rapide
3L’expression de Charles Péguy est presque usée tant elle a déjà servi, mais Edmond Labbé incarne cette élite que la Troisième République a su former : né d’un père chapelier à Paris puis à Douai, passé par l’école normale et devenu instituteur, Labbé est l’un des « hussards noirs » dont les maîtres repèrent rapidement les capacités. Il est encouragé à préparer le concours d’entrée à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, où il est reçu premier, en 18906. Sorti de la section sciences en 1892, il devient professeur à l’École nationale professionnelle (ENP) de Vierzon, établissement d’enseignement technique ouvert depuis peu7. Les trois premières ENP ont été fondées au début des années 1880. Elles sont conçues comme les vitrines de l’enseignement technique français, et doivent faire figure de laboratoires des relations entre l’école et son environnement local. Elles doivent constituer des modèles à partir desquels se multiplieraient les initiatives, notamment les initiatives privées que l’État souhaite encourager. Labbé enseigne à l’ENP de Vierzon moins d’une décennie avant d’être nommé, en 1900, directeur par intérim de l’ENP d’Armentières, ouverte en 1888, puis d’être confirmé en janvier 1901 à la tête de cette école dont le développement est moins rapide que ne l’espéraient ses promoteurs, l’État et la municipalité. De 1900 à 1907, en tant que directeur de cet établissement imposant et équipé de manière moderne, Edmond Labbé travaille à rapprocher l’école du tissu industriel. Il cherche, avec le personnel de l’école, à surmonter les difficultés rencontrées par ces écoles pour convaincre localement de l’intérêt de la formation des jeunes8. Le nombre d’élèves est un bon révélateur des résultats de ces efforts : on compte un peu plus de 200 élèves en 1900, et plus de 400 inscrits en 1907, fréquentant un vaste site doté à l’origine de 40 000 m² de terrain.
4À partir de 1905, Edmond Labbé se voit confier des missions d’inspection des écoles pratiques de commerce et d’industrie (EPCI) du nord de la France. Il devient en 1908 inspecteur général de l’enseignement technique – il y en a alors moins d’une dizaine en France, mais l’administration cherche à étoffer son personnel pour développer cet ordre d’enseignement – et demande à conserver sa résidence administrative à Lille : l’époque est celle d’une institutionnalisation de l’enseignement technique qui doit trouver dans l’implantation locale les énergies publiques et privées indispensables. Edmond Labbé s’investit particulièrement dans les créations d’EPCI à travers la région, à Douai, à Tourcoing, à Valenciennes par exemple9. Quoi de plus naturel, au moins en apparence, que de trouver dans une région industrielle, à l’économie et à la démographie très dynamiques, un terrain propice à un tel essor ? En qualité d’inspecteur général, Labbé produit des rapports foisonnants d’informations sur la situation de l’enseignement technique dans le nord de la France pour le préfet et le conseil général du Nord – parfois plus de 100 pages dans lesquelles les progrès présents et à venir de cet enseignement sont analysés en détail. En 1912, Edmond Labbé livre aux conseillers généraux, en même temps qu’un recensement des effectifs des établissements et cours d’enseignement technique du département, une étude sur cet enseignement à Tourcoing (23 pages) et un rapport intitulé « Rôle, causes, crise de l’apprentissage » (65 pages). L’année suivante, il présente un rapport sur l’enseignement professionnel qui présente l’enseignement professionnel en Allemagne (105 pages) et le comité départemental de l’enseignement technique du Nord10, créé en application d’un décret du 24 octobre 1911. Instituteur, professeur, directeur puis inspecteur général : en deux décennies, l’ascension est rapide et Edmond Labbé est devenu un interlocuteur incontournable sur ce sujet.
L’ascension d’un fonctionnaire du ministère du Commerce
5Cette ascension doit beaucoup à l’activité impressionnante d’Edmond Labbé, constamment secondé par son épouse Valentine Labbé, et aux relations qu’il noue dans plusieurs milieux. Dans l’administration d’abord : à partir de 1904-1905, Labbé est le conseiller du préfet pour l’enseignement technique. Ce rôle est facilité par son action à Armentières, qui a largement excédé son poste de directeur de l’ENP. Cette dernière qualité explique qu’il soit sollicité pour assurer l’intérim à la tête de la commission municipale avant l’élection d’une nouvelle municipalité, en 1903. Puis, au moment de la grande grève des ouvriers textiles de 1904, il est le relais du préfet pour tenter de concilier les positions des ouvriers et des patrons. C’est lui encore qui accueille dans la cité textile, quelques mois avant la fondation de la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO), les responsables socialistes Jean Jaurès et Jules Guesde à Armentières, puis la commission parlementaire constituée à la demande de Jaurès pour enquêter sur la situation des ouvriers du textile11. Le séjour de la commission parlementaire à Armentières commence à la descente du train par une réception à l’ENP d’Armentières.
6Cette responsabilité endossée auprès de l’administration et des élus, Edmond Labbé la poursuit au sein de l’Association française pour le développement de l’enseignement technique (AFDET), groupe de pression créé auprès du ministère du Commerce au début du siècle pour peser sur l’élaboration d’une politique en la matière. E. Labbé est omniprésent dans le bulletin publié par l’association ; il y relate certains des voyages d’études effectués notamment en Allemagne en compagnie du maire de Tourcoing et vice-président de la Chambre des députés Gustave Dron, dont il devient un proche. Il est enfin à l’origine avec l’AFDET, lors de l’Exposition internationale du nord de la France organisée à Roubaix en 1911, du congrès national de l’apprentissage, qui réunit la plupart des personnalités intéressées en France par cette question, et qui débouche sur la création, par le ministre du Commerce et de l’Industrie Charles Couyba, des conseils départementaux et cantonaux de l’enseignement technique déjà évoqués, ainsi que sur celle du certificat de capacité professionnelle, futur certificat d’aptitude professionnelle (CAP).
7Au sein de l’AFDET et pour développer l’ENP d’Armentières, puis dans les négociations liées à la grève du textile de 1904, Edmond Labbé noue des relations avec les patrons textiles, dont on sait la puissance à l’époque. La nomination d’inspecteurs départementaux de l’enseignement technique, issus du commerce et de l’industrie et exerçant cette fonction à titre bénévole, lui permet de conforter ces relations. E. Labbé est d’autant plus encouragé dans l’affermissement de ces relations, que l’enseignement technique dépend presque exclusivement, depuis 1900, du ministère du Commerce et de l’Industrie. Au moment où éclate la guerre, c’est donc à ce titre qu’il est présent à Lille et qu’il s’investit semble-t-il – nous sommes peu documentés sur son rôle en 1914 – auprès du préfet, sans doute déjà autour des questions de ravitaillement. Guy Caplat, dans la notice consacrée à l’inspecteur général de l’enseignement technique, fait de Labbé le chef de cabinet du préfet dans les premières semaines de guerre : bien que cette affirmation ne puisse être confirmée, la suite des événements montre du moins le poids qu’acquiert Labbé dans l’administration préfectorale face au chaos que provoque l’invasion allemande.
Protéger le Nord occupé
8Il ne saurait être question, en se focalisant ainsi sur un homme, d’ériger la biographie en hagiographie. Sans témoignage postérieur, sans archives personnelles, l’engagement de Labbé pourrait paraître bien peu documenté. Néanmoins, la reconnaissance qui s’exprimera après la guerre en sa direction est éloquente. Elle incite à se pencher sur son action, en s’appuyant notamment sur les archives du Comité d’alimentation du nord de la France12.
Le ravitaillement du Nord en guerre
9Ce n’est en effet pas sur le terrain éducatif qu’Edmond Labbé s’investit le plus durant les quatre années d’occupation : le ravitaillement de la population constitue sa mission presque exclusive dans un contexte dramatique. Il exerce cette charge dans le cadre du Comité d’alimentation du nord de la France (CANF), organisme chargé de la distribution des denrées (initialement alimentaires) fournies par une organisation humanitaire qui est, à cette époque, l’une des plus grandes qui ait jamais été connues : la Commission for Relief in Belgium, présidée par le futur président des États-Unis Herbert Hoover13. Face à la menace de pénurie alimentaire, cette organisation étend son action de la Belgique vers le nord de la France occupé. Par la convention signée le 13 avril 1915, les autorités militaires allemandes s’engagent à permettre à cette organisation d’approvisionner les civils, reconnaissant par là même leur incapacité à assurer la subsistance de la population occupée, ceci en contradiction avec la convention de La Haye. Le mois suivant débute la distribution du pain de ce que l’on appelle alors le « comité américain », puisque, jusqu’au début de 1917, ce sont bien les États-Unis qui sont les animateurs principaux de cette œuvre humanitaire.
10Pour la distribution des denrées, le CANF, inspiré du Comité national de secours et d’alimentation (CNSA) qui fonctionne déjà en Belgique depuis plusieurs mois, s’appuie sur l’engagement de personnalités et d’anonymes. Les personnalités figurent dans le comité de patronage du CANF : celui-ci fait la part belle aux principales figures des territoires envahis. On retrouve parmi ses dix-neuf membres des individus aux opinions et aux parcours distincts. Les maires ou les personnes assumant ces fonctions incarnent, avec des sénateurs et des députés, la prédominance des élus : les édiles de Roubaix, Tourcoing, Valenciennes, Cambrai, Douai, Saint-Quentin, Mézières sont membres de ce comité du patronage. Au total, quatorze élus – dont Gustave Dron, maire de Tourcoing et sénateur, ancien vice-président de la Chambre des députés, président de l’AFDET –, deux ecclésiastiques, deux consuls, un président de chambre de commerce. Huit de ces personnalités sont lilloises : le maire Charles Delesalle et son prédécesseur Gustave Delory, député du Nord, ainsi qu’Henri Ghesquière, également député, les consuls d’Espagne et des Pays-Bas à Lille, le président de la chambre de commerce Edmond Faucheur et l’évêque de Lille Monseigneur Charost. Figure également dans ce comité l’adjoint au maire de Lille Crépy Saint-Léger, chargé du dossier du ravitaillement. Une partie de ces personnalités apparaît aussi sur la liste des otages dressée par les Allemands pour assurer l’ordre, et agir en représailles le cas échéant.
11Ce comité de patronage a principalement pour objectif d’apporter au comité d’alimentation la caution de personnalités auprès des autorités allemandes et auprès des civils. Un comité exécutif est nommé, dont les trois piliers sont l’industriel du textile Louis Guérin – l’un des émissaires du Nord occupé à travers l’Europe, fin 1914-début 1915, pour trouver une solution à la crise alimentaire –, nommé président, Paul Collinet, né en 1869 à Sedan et professeur de droit romain à la faculté de droit de Lille depuis 1895, nommé secrétaire, et Edmond Labbé, nommé secrétaire général dans des circonstances mal connues. Dans une note non datée mais rédigée pendant la guerre, deux observateurs bien informés précisent :
C’est à M. Labbé, inspecteur général de l’enseignement technique dont les nombreuses et florissantes œuvres disaient assez les facultés organisatrices que la municipalité demanda de mettre debout toute l’organisation, et l’intelligence avec laquelle il distribua les rôles, la perspicacité avec laquelle il put choisir ses collaborateurs et les plaça au point précis où pouvait s’exercer leur compétence, permit au comité de se mettre sans retard à la besogne14.
12Les trois hommes ont pour mission de coordonner le ravitaillement dans le Nord occupé, le CANF ayant également un bureau à Bruxelles chargé de faire le lien avec la CRB. En raison des difficultés de circulation et de communication, leur autorité aura bien du mal néanmoins à s’exercer sur l’ensemble de la France occupée, découpée en six districts : c’est surtout au niveau du district de Lille qu’ils jouent un rôle continu et important. Seul Guérin dispose d’une certaine liberté de mouvement et voyage beaucoup pour trouver des soutiens : Bruxelles, Paris, Londres – il quitte d’ailleurs définitivement le Nord occupé au début de 1917 pour se réfugier à Paris.
13Faute de témoignages directs de la part de Labbé, on peut mesurer l’importance de son action par deux types de sources. Les archives du CANF, qui sont pour l’essentiel conservées aux Archives départementales du Nord, regorgent de rapports, de notes et de courriers échangés entre Lille et Bruxelles ainsi qu’entre Labbé et les responsables du ravitaillement des communes qui relèvent du CANF, entre autres. Les archives municipales de Lille confirment la place d’Edmond Labbé. Dans les unes et les autres, on observe qu’il est l’interlocuteur privilégié des municipalités ; qu’il est au centre de tous les échanges, s’investissant aussi bien pour garantir l’arrivée de cargaisons par la voie fluviale que pour aller se rendre compte, dans un moulin de Roubaix, de la qualité des farines. Sa signature est apposée sur la plupart des pièces de la correspondance du comité d’alimentation. Dans le Bulletin de Lille, seul journal publié par la municipalité sous le contrôle de l’occupant à partir de novembre 1914, il est même présenté à deux reprises comme le président du CANF – fonction qu’occupe en réalité Louis Guérin. C’est en tout cas une personnalité centrale, qui dirige les services administratifs hébergés dans des bâtiments de la préfecture. Un chiffre permettra de se faire une idée de l’importance de cette organisation : le seul comité d’alimentation de Lille, indépendamment des comités des communes environnantes, occupe tout au long de la guerre, si l’on cumule l’ensemble du personnel répertorié aux archives municipales de Lille, plus de 4 000 personnes, soit entre 2 et 3 % de la population lilloise15. Des millions de tonnes de produits alimentaires passent par les magasins de stockage et de distribution du CANF : Labbé est à la tête d’une véritable fourmilière, comme en témoigne le journaliste Émile Ferré16. Sa lettre au maire de Lille pour annoncer l’augmentation de la ration hebdomadaire de pain accordée par la CRB en décembre 1915 est portée à la connaissance de la population et conforte son image de pivot du système du ravitaillement17. Mais si Labbé annonce parfois de bonnes nouvelles, il est aussi en première ligne pour refuser les demandes d’augmentation de rations, ou pour constater l’efficacité limitée de ses démarches innombrables auprès de la CRB et de l’armée allemande.
14Le départ de Guérin, au début de l’année 1917, le conforte dans ce rôle, d’autant plus que le comité de district est alors présidé par son ami Gustave Dron et qu’il n’y a plus de préfet du Nord installé à Lille après l’arrestation du préfet Trépont. Le sous-préfet d’Avesnes fait fonction de préfet du Nord, mais les obstacles à la circulation laissent une assez large autonomie à Lille. Lorsque la commission spéciale de la préfecture du Nord se réunit en mars 1917 pour envisager les conséquences prévisibles de la disparition éventuelle du comité hispano-américain à la suite de l’entrée en guerre des États-Unis, Edmond Labbé intervient en tant que représentant de l’administration préfectorale. Selon lui, des mesures pourraient être prises dans cette hypothèse, afin d’assurer la poursuite des services de distribution des denrées. Il montre à cette occasion qu’il a déjà réfléchi, quelles qu’en soient la date et les causes, à la cessation des activités du comité et au retour à la liberté des marchés alimentaires : la spéculation sur les denrées constitue, à n’en pas douter, le risque principal18. Grâce à une réorganisation après l’entrée en guerre des États-Unis (6 avril 1917), le CANF poursuit son travail au demeurant indispensable : avec quelques autres œuvres, il prend en charge une proportion de plus en plus importante du ravitaillement d’une population exsangue. La correspondance conservée le place au centre de toutes les décisions, et impliqué dans tous les aspects : informé quotidiennement de la gestion des stocks, il détermine avec ses collaborateurs des priorités pour l’approvisionnement, négocie sur celui-ci avec la CRB et avec l’armée d’occupation, tout comme il commande aux médecins des rapports sur l’état sanitaire de la population et sur la qualité des produits distribués ; il est le destinataire des plaintes et dénonciations anonymes, mais aussi le responsable de la transmission à la justice de dossiers sur les principaux cas de fraudes.
Inspecteur général de l’enseignement technique malgré tout
15Edmond Labbé est-il encore, dans cette fonction et dans un tel contexte, un acteur éducatif ? Malgré la somme de travail qui lui incombe, les sources disponibles suggèrent la poursuite de sa fonction d’avant-guerre. En premier lieu, E. Labbé mobilise d’autres acteurs éducatifs autour du CANF : Paul Collinet, son adjoint, est un universitaire. À leurs côtés, on compte également plusieurs inspecteurs départementaux de l’enseignement technique, qui occupent des postes de responsables locaux du ravitaillement. Jules Turbot fournit un bon exemple de cette mobilisation d’acteurs à la charnière des mondes de l’éducation et du travail. Il a pris en 1882 la direction de l’usine familiale, spécialisée dans la sidérurgie, puis occupe plusieurs mandats : il est conseiller général du Nord de 1904 à 1909, président de la chambre de commerce de Valenciennes (depuis 1909). Il est aussi inspecteur départemental de l’enseignement technique en 1911, et cette fonction en fait l’un des interlocuteurs de Labbé. Sa nomination dans l’ordre de la Légion d’honneur reconnaît « les plus éminents services » rendus pendant la guerre, notamment comme président du comité d’alimentation du district de Valenciennes, avec le « souci constant de venir en aide à la population19 ».
16L’inspecteur général s’efforce parallèlement de maintenir les structures d’enseignement technique existantes, malgré la dureté du régime d’occupation et l’attitude de l’occupant. Le directeur de l’École nationale des Arts et Métiers de Lille, un établissement récent puisqu’il a ouvert ses portes en 1900, avertit d’abord le préfet, le 22 janvier 1915, que « le lieutenant commandant la section d’ouvriers automobilistes, installée à l’École des Arts et Métiers depuis le 25 novembre 1914, nous a fait pressentir, il y a une huitaine de jours, qu’il allait être conduit à nous réquisitionner un tour, à commande électrique, installé à notre atelier d’ajustage ». Et le directeur de plaider la nécessité pédagogique de tels appareils, en s’appuyant sur l’article 56 de la conférence de La Haye de 1907 et les « lois de la guerre ». La réquisition s’amplifie en novembre 1917. Le 16 janvier 1918, le directeur adresse cette fois à Edmond Labbé une liste (conséquente) des réquisitions allemandes de la veille20. Parmi les sollicitations liées à sa fonction d’inspecteur général, Labbé reçoit les listes d’élèves des institutions d’enseignement technique, notamment en juin 1917. Les relations auprès de l’occupant à propos du ravitaillement le placent en bonne position pour essayer de prévenir les enlèvements de jeunes hommes auxquels se livre l’armée allemande21. L’inspecteur général est parfaitement informé, tout au long de la guerre, de la situation des établissements et cours lillois qui, loin d’être tous suspendus, s’efforcent grâce à l’implication de leur personnel de poursuivre leur mission, par exemple au sein de l’Union française de la jeunesse, dont les cours commerciaux, industriels ou artistiques auraient accueilli en 1916-1917 538 garçons et 1 389 filles, sous l’impulsion du professeur à la faculté des sciences René Paillot22.
17Enfin, avec d’autres, il réussit à réunir le comité cantonal de l’enseignement technique et à faire de Lille un véritable laboratoire pour cet enseignement, notamment autour de l’enseignement technique féminin. Celui-ci passe par l’enseignement ménager23, dans la mesure où l’accommodement de produits mal connus avant la guerre est rendu indispensable par la pénurie. Plusieurs rapports sont en outre rédigés par des professeurs, avec l’objectif de définir les priorités de cet enseignement technique à destination de jeunes filles ; en pleine guerre, Edmond Labbé les réunit dans un rapport présentant le projet d’école pratique de jeunes filles24. Alors qu’une école supérieure de commerce de filles est ouverte à Lille en 1916, la création d’une EPCI de jeunes filles en 1919 est rendue possible par ce travail préparatoire25. L’occupation élargit donc le périmètre d’action et démultiplie les activités déjà nombreuses d’Edmond Labbé, qui s’efforce de poursuivre sa mission en faveur de l’enseignement technique, lui-même persistant malgré la précarité des conditions dans lesquelles les élèves et leurs professeurs peuvent travailler.
De la libération aux honneurs
18Après la libération de Lille et du nord de la France, qui laisse apparaître l’importance des destructions et des traumatismes, Edmond Labbé voit sa carrière prendre une nouvelle dimension alors qu’il est aussi couvert d’honneurs.
La sortie de guerre
19 Comme Edmond Labbé le craignait, la libération de Lille le 17 octobre 1918 laisse entier le problème du ravitaillement. L’enthousiasme de la population après quatre années passées à côtoyer l’occupant offre un fort contraste avec l’inquiétude du responsable. Il l’écrit dès le 22 octobre au préfet :
Nous sommes très heureux de voir la sollicitude dont nous sommes entourés. Dès la première heure, des Anglais, des Français des divers ministères se sont aimablement présentés à nous et nous ont promis de nous venir en aide en ce qui touche le ravitaillement. C’est avec plaisir que nous avons accueilli ces assurances. Mais le malheur rend circonspect : nous craignons un peu en cette occurrence que la multiplicité des bonnes volontés ne soit un obstacle aux efforts, et nous avons peur qu’on ne trouve pas à temps les moyens pratiques de nous empêcher de manquer de vivres lundi prochain. En effet, ni l’armée anglaise ni le gouvernement français n’ont dû penser avoir à ravitailler du jour au lendemain 500 000 habitants rien que pour l’arrondissement de Lille débarrassé des Allemands. Jusqu’à présent les régions libérées ne comprenaient que quelques centaines ou quelques milliers d’habitants. Le problème posé aujourd’hui est beaucoup plus ardu26.
20Edmond Labbé présente les solutions qu’il entrevoit, sans cacher les difficultés encore à venir, et son inquiétude sur l’accueil que va réserver la population à l’annonce de la poursuite des restrictions. Au moment de la libération, la ration délivrée équivaut à 1 400 calories, et n’est donc pas à son plus bas niveau, atteint en 1917 avec moins de 1 300 calories. Toutefois, les consommateurs sont de plus en plus dépendants de l’approvisionnement extérieur. L’action de Labbé à la tête du ravitaillement du nord de la France se prolonge jusqu’en 1919. La libération n’est pas synonyme d’amélioration immédiate de la vie quotidienne de la population. Malgré les pressions pour un retour à la pleine liberté du marché alimentaire, de la part des milieux commerçants désireux de réinvestir un marché dont ils ont été privés et de faire à nouveau des affaires, Edmond Labbé préconise une transition qui puisse ménager les intérêts et, surtout, garantir une stabilité relative des prix. Si les opérations du CANF cessent à la fin de l’année 1918, un nouvel organisme, calqué sur le précédent mais placé sous l’autorité du sous-secrétariat d’État du Ravitaillement, fonctionne pendant de longs mois pour assurer le ravitaillement de la population nordiste, sous la dénomination de Comité général de ravitaillement des régions libérées, avec le concours de la CRB27.
21Il faut à Edmond Labbé attendre 1920 pour qu’il puisse se consacrer à nouveau pleinement à l’enseignement technique, même si dès 1919 il reprend ses rapports détaillés sur l’enseignement technique dans le Nord. Sur ce plan, l’expérience de la guerre semble avoir constitué un accélérateur pour la carrière de Labbé. Au printemps 1920, quelques mois après la loi relative à l’organisation de l’enseignement technique industriel et commercial (dite loi Astier), il devient directeur de l’enseignement technique au sein du ministère du Commerce et de l’Industrie, direction immédiatement transférée au ministère de l’Instruction publique. À ce poste, il incarne jusqu’en 1933 l’enseignement technique, par-delà les changements fréquents de sous-secrétaires d’État en charge de ce domaine. Comme dans le Nord précédemment, cet homme décrit comme discret mais d’une grande efficacité s’impose comme la personnalité incontournable. Sa correspondance lorsqu’il est encore chargé du ravitaillement montre des sollicitations qui relèvent de l’enseignement, et en particulier ce qui ressemble à une occasion manquée : en juin 1919, Labbé est sollicité par l’un des Compagnons de l’Université nouvelle, partisans d’une réforme ambitieuse de l’Instruction publique et notamment de l’école unique, qui publient alors leur réflexion. Celui-ci lui écrit pour obtenir sa collaboration et mieux intégrer l’enseignement technique dans leur plaidoyer réformateur, mais Labbé se déclare « complètement accaparé par le ravitaillement » et par la Reconstitution des régions libérées, dont il vient d’être nommé directeur des services techniques, et lui conseille de contacter l’un de ses collègues inspecteurs généraux à Paris28.
Le temps des honneurs
22La reconnaissance est d’abord liée au ravitaillement : elle débute pendant la guerre. Parmi d’autres témoignages, celui de l’évêque de Lille n’est pas le moins dithyrambique – Edmond Labbé, de sensibilité plutôt radicale comme Gustave Dron, n’étant pourtant sans doute pas un proche. Après avoir visité les locaux des comités d’alimentation, Monseigneur Charost écrit à Labbé :
Je me plais enfin à vous redire combien j’ai apprécié et même goûté les intelligentes leçons d’économique et savoureuse cuisine données par Madame Labbé et par son état-major en uniforme de service aux ménagères de Wazemmes. Si Platon venait se promener sous le portique grec de l’école Carpentier, il ne soutiendrait plus, comme dans son Gorgias, que la cuisine n’est pas un art. […] Et puisque, par votre intelligence et votre énergie vous avez imprimé la direction et l’unité à cette œuvre inoubliable – dont j’espère que quelqu’un écrira l’attrayante et instructive histoire – je vous prie d’agréer l’expression particulièrement accentuée de cette gratitude et considération la plus distinguée29.
23La figure d’Edmond Labbé est bien indissociable du ravitaillement, et l’après-guerre vient multiplier les hommages à son action. Les distinctions en sont un bon indice. Le 19 septembre 1920, le ministre des régions libérées Émile Ogier promeut Edmond Labbé au grade de commandeur dans l’ordre de la Légion d’honneur. Il devient par décret du 20 septembre 1924 Grand officier de la Légion d’honneur et sera élevé au rang de Grand-Croix par le président de la République Paul Doumer en 1931, tandis que son épouse Valentine Labbé est aussi honorée pour son action pendant la guerre par la médaille de chevalier de la Légion d’honneur, qui lui est remise par son mari en août 192530. Ces distinctions interviennent alors que la carrière d’Edmond Labbé se poursuit. Dans l’histoire du ravitaillement du Nord occupé que livrent, dix ans après la libération, Paul Collinet – l’un des plus proches collaborateurs de Labbé – et Paul Stahl, Louis Guérin et Edmond Labbé sont associés dans l’hommage. Le premier est mort en 1920, tandis que Labbé poursuit une carrière de grand commis de l’État, ainsi que le présente une brochure publiée en hommage à sa mémoire en 1946, deux ans après sa disparition le 14 juillet 1944.
24Un dernier indice du souvenir de ce rôle peut être relevé : l’attitude d’Herbert Hoover à l’égard d’Edmond Labbé, et l’attachement de ce dernier non seulement aux responsables américains de la CRB, mais plus largement aux États-Unis, dont il salue l’action dans une lettre adressée au directeur de la CRB où il exprime la gratitude de la population des régions libérées envers la CRB et le peuple américain31. Dès 1920, Labbé se rend aux États-Unis en qualité de directeur de l’Enseignement technique et s’y enthousiasme pour les principes de Taylor et pour la rationalisation32. Ce lien privilégié avec les États-Unis, sans doute hérité des épreuves traversées pendant la guerre, ne se dément pas par la suite. En 1936, l’ancien président des États-Unis Herbert Hoover consacre une subvention et une fraction des reliquats de la gestion financière de la CRB et du CANF à la création d’une fondation franco-américaine, l’Institut de recherches sur le cancer de Lille. Comme en Belgique où la recherche scientifique a été soutenue par les États-Unis dans le prolongement de la guerre, il s’agit de financer les travaux scientifiques de biologistes spécialisés en histologie ou en physiologie33. L’Institut est administré par un conseil présidé jusqu’à sa mort par un « fondateur » désigné comme tel dans les statuts, et qui n’est autre qu’Edmond Labbé34. Hoover raconte encore, bien après les faits, qu’au cours d’un voyage qui le mène en Belgique puis en France en 1938 – il a quitté la présidence en 1933 –, il retrouve à Lille « deux anciens associés des jours de guerre », Edmond Labbé et Louis Chevrillon, « lesquels étaient tous deux des hommes d’une grande influence ». Pendant un trajet en voiture vers Paris, Hoover se souvient d’avoir questionné Labbé sur la situation politique en France et en Europe, et de la confiance de celui-ci dans les alliances et la stratégie militaire défensive du pays35. Pour cet homme âgé, et dont la retraite est restée très active avec l’organisation de l’Exposition internationale de 1937 à Paris, revivre cette guerre qui avait coûté tant d’efforts et tant de souffrances était probablement inenvisageable.
25Quelques années plus tard, alors qu’Edmond Labbé s’est retiré à Yvetot, l’ancien ministre de l’Éducation nationale Jean Zay, en captivité, évoque « le plus modeste, le plus casanier, presque le plus effacé des hommes36 » dont la dernière grande mission fut l’organisation de l’Exposition internationale de 1937, qui nécessita une dernière démonstration de son énergie. En 1946, c’est au tour d’Édouard Herriot d’évoquer la mémoire de ce « grand commis de l’État » avec lequel il a travaillé : « Nul tintamarre publicitaire autour du nom de ce “grand commis”, que l’on ne peut s’empêcher de prononcer sans penser que l’État, à condition de le vouloir, peut trouver des Colbert et des Carnot. Mais cette publicité, il n’y tenait point37 ». L’hommage que veulent rendre à Labbé, à titre posthume, « ses amis et ses collaborateurs », tels qu’ils se présentent dans cet opuscule, restitue les trois grandes affaires de la vie d’Edmond Labbé : l’enseignement technique, bien sûr, l’Exposition internationale des provinces françaises de 1937 dont il assume le rôle de commissaire général à la demande du gouvernement, mais aussi son rôle de secrétaire général du CANF. Rôle brièvement évoqué, certes, mais non sans évoquer la collaboration entre Labbé et Hoover, ainsi qu’un détail touchant : « Le président Hoover, en quittant la France, fait cadeau de son automobile à Edmond Labbé. Que fait celui-ci ? Il la revend et, avec le produit de la vente, crée deux bourses de voyage au profit d’élèves de l’école d’Armentières38. » Anecdote plausible à défaut d’être vérifiable – l’ENP d’Armentières est en ruines à l’issue de la guerre – et qui corrobore le jugement d’honnêteté formulé par Jean Zay. Le don de Hoover, après celui des moyens de la survie pendant près de quatre années, est celui de la paix.
26Pendant l’occupation du nord de la France, la diversité des destins des acteurs éducatifs est grande. Avec Edmond Labbé, c’est le redéploiement des activités au service de la survie de la population, sans abandon néanmoins des fonctions exercées en temps de paix, qui peut frapper. L’histoire des souffrances induites par le régime d’occupation inclut la capacité de résilience et de résistance des civils lillois – encore au nombre de 130 000 lors de la libération de la ville, soit 40 % de moins qu’en juillet 1914. Au récit des souffrances, la consultation de la correspondance dans les archives du CANF permet de substituer la compréhension d’une œuvre humanitaire d’une ampleur exceptionnelle, et de mettre en lumière le rôle de ceux qui y contribuèrent. Dans cette résilience, l’engagement d’hommes et de femmes, à différents niveaux, fut déterminant, et la place des acteurs éducatifs, décisive : non seulement nombre d’entre eux se sont investis par conviction dans la protection de la population, mais, de plus, la CRB et son président, Herbert Hoover, jugeaient indispensables à la bonne marche de l’œuvre les fonctionnaires, bien implantés localement, soucieux du bien public et dont la bonne moralité était insoupçonnable. Bien qu’Edmond Labbé ne soit pas un fonctionnaire de l’Instruction publique avant 1920, il possède le triple avantage d’une parfaite connaissance de l’administration, d’un réseau de connaissances qui s’étend à l’éducation, au commerce et à l’industrie, et enfin de la foi inébranlable en l’action de l’État, même lorsque celui-ci ne peut plus assurer l’administration directe des territoires occupés. Le monde scolaire a été peu évoqué dans les récits et témoignages rédigés après la guerre, au profit de descriptions marquantes des déportations de civils et des privations alimentaires. Faut-il chercher l’une des causes de ce déséquilibre dans la quotidienneté, voire la banalité, de la forme scolaire ? Il faut souligner la permanence du travail des institutions, appuyé sur l’action de représentants politiques, administratifs et économiques qui ne se résignent pas au présent, s’efforcent de maintenir les héritages du passé et tentent de façonner l’avenir.
Notes de bas de page
1 Georges LYON, « Dans Lille occupée », Revue des deux mondes, n° 49, janvier-février 1919, p. 537-566.
2 Philippe MARCHAND, « Georges Lyon, “un grand chef d’académie à Lille” (1903-1924) », dans Jean-François CONDETTE et Henri LEGOHEREL (dir.), Le Recteur d’académie. Deux cents ans d’histoire, Paris, Cujas, 2008, p. 135-155 ; voir également Jean-François CONDETTE, « Présentation : La Grande Guerre de Georges Lyon : le recteur, l’académie de Lille occupée et la guerre (1914-1918) », dans Jean-François CONDETTE, Souvenirs de guerre du recteur Georges Lyon (1914-1918), Texte retranscrit, annoté et présenté par J-F Condette, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2016, p. 13-91.
3 On peut évoquer dans le département du Nord le lycée Edmond Labbé de Douai, et le lycée Valentine Labbé, du nom de l’épouse d’Edmond Labbé, situé à La Madeleine, commune voisine de Lille.
4 Cette contribution prolonge un précédent texte : « L’école de la survie. L’enseignement ménager dans Lille occupée (1915-1918) », dans Jean-François CONDETTE (dir.), Les Écoles dans la guerre. Acteurs et institutions éducatives dans les tourmentes guerrières (XVIIIe-XXe siècles), Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2014, p. 271-285.
5 Pour une étude plus complète de l’itinéraire d’Edmond Labbé avant et après la guerre, on pourra s’appuyer sur Gérard BODÉ, « Edmond Labbé, une vie au service de l’enseignement technique », dans Renaud d’ENFERT et Virginie FONTENEAU (dir.), Espaces de l’enseignement scientifique et technique. Acteurs, savoirs, institutions, XVIIe-XXe siècles, Paris, Hermann, coll. Histoire des sciences, 2001. La notice manuscrite rédigée par Guy Caplat en vue de la publication d’un dictionnaire biographique des inspecteurs généraux de l’enseignement technique nous a fourni de nombreuses informations complémentaires sur la carrière de Labbé. Sur son action dans le Nord, Stéphane LEMBRÉ, L’école des producteurs. Aux origines de l’enseignement technique, 1800-1940, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013.
6 Jean-Noël LUC, Alain BARBÉ, Des normaliens. Histoire de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1982, p. 65.
7 Sur les débuts de cette école, voir Michel PIGENET, « L’ENP de Vierzon et le problème de la formation professionnelle dans une ville ouvrière (années 1880-1914) », Revue Historique, 1989, 572, p. 367-389.
8 Catherine VANACKER-DHORME, « Les débuts de l’enseignement professionnel dans le Nord : l’exemple de l’ENP d’Armentières », Revue du Nord, 266, juillet-septembre 1985, p. 749-767 ; De l’ENP au lycée technique 1888-1988, Armentières, Van Meenen, 1988.
9 Philippe MARCHAND, « Les écoles pratiques de commerce et d’industrie dans le nord de la France, 1892-1940. Jalons pour une histoire nationale de l’enseignement technique et professionnel moyen », dans Thérèse CHARMASSON (dir.), Formation au travail, enseignement technique et apprentissage, Paris, éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2005, p. 31-52.
10 Voir Thérèse CHARMASSON, Anne-Marie LELORRAIN et Yannick RIPA, L’enseignement technique de la Révolution à nos jours, tome 1 : 1789-1926, Paris, INRP Economica, 1987, p. 457-458.
11 Francine SOUBIRAN-PAILLET, « Des législateurs-enquêteurs au début du XXe siècle », Genèses, 55, 2005, p. 146-162.
12 Sur ce comité et le rôle d’Edmond Labbé, voir Stéphane LEMBRÉ, La Guerre des bouches. Ravitaillement et alimentation à Lille 1914-1919, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2016, 195 p.
13 Sébastien FARRÉ, « La Commission for Relief of Belgium : neutralité, action humanitaire et mobilisations civiles durant la Première Guerre mondiale », Relations internationales, 2014, 4, n° 159, p. 69-82 ; voir aussi Annette BECKER, Oubliés de la grande guerre. Humanitaire et culture de guerre 1914-1918, Paris, Noésis, 1998 ; Annette BECKER, Les Cicatrices rouges 14-18, France et Belgique occupées, Paris, Fayard, 2010 ; Philippe NIVET, La France occupée 1914-1918, Paris, Armand Colin, 2011.
14 AD du Nord, 9 R 1305, note dactylographiée sur le ravitaillement, sans titre, par Martin-Mamy et Lejeune.
15 Archives municipales de Lille, 4 H 109, fiches individuelles du personnel du CANF.
16 Émile FERRÉ, Croquis et notes d’occupation, vie intime et anecdotique de Lille de 1914 à 1918, Paris, Tallandier, [1919], p. 228 et suivantes.
17 Bulletin de Lille, 30 décembre 1915.
18 AD du Nord, 9 R 495, réunion de la commission spéciale, préfecture du Nord, 26 mars 1917.
19 Archives nationales, LH/2655/14, dossier de légion d’honneur de Jules Turbot.
20 AD du Nord, 9 R 839, lettre du directeur à Edmond Labbé, 16 janvier 1918.
21 AD du Nord, 9 R 1321, listes d’élèves des institutions d’enseignement technique, juin 1917.
22 René PAILLOT, L’Union Française de la Jeunesse de Lille pendant l’Occupation allemande 1914-1918, Lille, Liégeois-Six, sans date ; Jean-Claude ALLAIN, L’Union Française de la Jeunesse 1875-1975, Lille, Union française de la jeunesse, 1975.
23 Sur cet enseignement ménager de guerre, voir Stéphane LEMBRÉ, « L’école de la survie. L’enseignement ménager dans Lille occupée (1915-1918) », dans Jean-François CONDETTE (dir.), Les Écoles dans la guerre. Acteurs et institutions éducatives dans les tourmentes guerrières (XVIIIe-XXe siècles), Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2014, p. 271-285.
24 Archives municipales de Lille, extrait du registre aux délibérations du conseil municipal de Lille, séance du 30 janvier 1917.
25 Philippe MARCHAND, « Une école née de la guerre. L’École commerciale de Jeunes Filles de Lille (14 décembre 1915-6 juillet 1926) », dans Jean-François CONDETTE (dir.), Les Écoles dans la guerre, op. cit., p. 287-301.
26 AD du Nord, 9 R 1209, lettre de Labbé au préfet du Nord, 22 octobre 1918.
27 Voir notamment AD du Nord, 9 R 1450 à 1453.
28 AD du Nord, 9 R 1452, lettre de Jacques Bardoux à Edmond Labbé, 14 juin 1919, et réponse d’Edmond Labbé le 20 juin. Compte tenu de la position de défense de l’autonomie du technique qu’adoptera ce dernier en tant que directeur de l’Enseignement technique dans les années 1920, il n’est pas interdit de voir dans cette réponse une prudence toute stratégique. Sur le mouvement des Compagnons, voir Bruno GARNIER, Les combattants de l’école unique. Introduction à l’édition critique de L’Université nouvelle par « les Compagnons », des origines à la dispersion du groupe (1917-1933), Lyon, INRP, 2008.
29 AD du Nord, 9 R 1321, lettre de l’évêque de Lille à Edmond Labbé, 6 juillet 1916.
30 Archives nationales, LH 19800035/1472/70527 : dossier de Légion d’honneur de Valentine Labbé née Meurisse ; LH 1414/10 et F 23/363 : dossier de Légion d’honneur d’Edmond Labbé.
31 Lettre, President of the Comité d’assistance [Labbé] to Poland, 24 december 1919, in George GAY, Public relations of the CRB. Documents, Stanford University Press, 1929, volume 1, p. 475-476.
32 Guy BRUCY, Histoire des diplômes de l’enseignement technique et professionnel, 1880-1965, Paris, Belin, 1998, p. 105-106.
33 Sur le cas belge, voir Kenneth BERTRAMS, « De l’action humanitaire à la recherche scientifique : Belgique, 1914-1930 », dans Ludovic TOURNES (Ed.), L’argent de l’influence, Paris, Autrement, 2010, p. 43-61.
34 Institut de recherches sur le cancer de Lille. Fondation franco-américaine (1939), issue de Comité d’alimentation du Nord de la France et « Commission for Relief in Belgium » (1re Guerre Mondiale 1914-1918), Lille, Cité Hospitalière, 1946.
35 George H. NASH (ed.), Freedom Betrayed. Herbert Hoover‘s Secret History of the Second World War and Its Aftermath, Hoover Institution Press, 2011, chapter 6.
36 Jean ZAY, Souvenirs et solitude, introduction et notes d’Antoine Prost, Paris, Belin, 2010, p. 413-414.
37 Un grand commis de l’État, M. Edmond Labbé, Paris, Imprimerie Nationale, 1946.
38 Ibid., p. 5.
Auteur
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