(Dés)ordres partisans : le Front des forces socialistes à l’épreuve des élections législatives de 2012 (Algérie)
p. 75-92
Texte intégral
1Le 15 avril 2012 s’ouvre officiellement la campagne pour les élections législatives en Algérie. Parmi les formations politiques en lice, le Front des forces socialistes (FFS), communément qualifié de « plus vieux parti d’opposition », retient tout particulièrement l’attention des commentateurs de l’événement. Créé en 1963 mais légalisé en 1989, ce parti social-démocrate indissociable de son fondateur et leader, Hocine Aït Ahmed, et principalement ancré en Kabylie, évolue dans un contexte politique marqué par un jeu partisan et électoral désamorcé1. Malgré les fraudes, la mainmise des prétoriens ou encore l’accaparement des ressources2, le FFS n’a jamais exclu la participation électorale. Après avoir incarné le « troisième front » (face au Front islamique du salut et au Front de libération nationale) aux élections législatives de décembre 1991, le parti participe aux élections législatives de 1997 et à la présidentielle de 1999. Depuis cette dernière élection – qui a vu le président du parti alors candidat se retirer à la veille du scrutin pour dénoncer la fraude –, seules les élections locales sont investies. La décision de concourir aux législatives remise à l’agenda par le nouveau premier secrétaire nommé en novembre 2011 – Ali Laskri –, puis adoptée par le conseil national extraordinaire du parti le 2 mars 2012, contraste ainsi avec le choix du boycott privilégié lors des deux précédents scrutins.
2Ce repositionnement va de pair avec des bouleversements internes qui mettent à l’épreuve l’image lisse et homogène du parti, prédominante dans les discours recueillis jusque-là auprès des militants. La fluidité qui règne à la veille, au cours et au lendemain de la campagne pour les législatives semble favoriser l’expression, ou du moins, la visibilité accrue de conduites dissonantes. Par leurs actes et/ou par leurs paroles, des acteurs remettent en question les normes disciplinaires dominantes dans l’institution partisane. Quelle aubaine lorsque la réticence à aborder les conflits et les dissidences (« Les questions internes, ça nous regarde » / « Je ne suis pas censée parler des problèmes internes »3) constituait jusqu’alors un obstacle pour le chercheur en mal d’observation directe des pratiques, compte tenu de la faible intensité des activités militantes !
3Avant de se focaliser sur les modes d’expression des comportements déviants, il semble essentiel de comprendre les fondements de cette apparente cohésion – et cohérence – partagée et revendiquée4. Comment se fabriquent et se modèlent les croyances et les pratiques au sein du FFS ? Plus précisément, comment s’acquiert la « compétence pratique de ce qui, dans le parti, est attendu, permis, possible et pensable »5 ? En nous inscrivant dans le sillage des travaux de sociologie de l’institution6,7, nous pensons qu’étudier les ressorts du partage d’un certain nombre de normes de conduite permet de mieux saisir ce qu’être discipliné veut dire, et constitue un préalable incontournable pour comprendre les phénomènes d’indiscipline.
4Si quelques constantes semblent caractériser les discours et les pratiques des acteurs, les normes de conduite dominantes peuvent être contestées ou faire l’objet d’interprétations différentes8. L’étude de l’indiscipline implique de tenir compte des réalités hétérogènes et mouvantes que recouvre cette étiquette9, et de prendre en considération les luttes pour le pouvoir au sein de l’institution, desquelles elle est indissociable. À cet égard, une immersion prolongée sur le terrain permet de saisir au plus près, au risque de les éprouver, les tensions disciplinaires dans lesquelles les acteurs déviants sont pris. La nouvelle division du travail qui résulte de la nomination d’un nouveau premier secrétaire, la redéfinition des positionnements et le renouvellement du capital collectif qui caractérisent cette conjoncture critique nécessitent des réajustements, de la part des acteurs10 mais aussi de la part du chercheur. Les mises en garde des « indisciplinés » (« Fais attention à prendre des précautions car les choses sont en train de bouger »), comme les mises à l’écart rarement explicites des tenants ou des partisans de l’ordre (huis clos d’une réunion décidé au dernier moment, conversations édulcorées, etc.), m’ont conduite à expérimenter concrètement que l’adoption d’un comportement différent de celui qui est attendu peut être coûteuse. Le temps long de l’enquête permet de mieux saisir la labilité des discours et des pratiques des acteurs qui se réajustent ou se désajustent vis-à-vis des « exigences » de l’institution, elles-mêmes fragiles puisque façonnées par les luttes de pouvoir qui lui sont inhérentes11.
5Cette contribution propose d’étudier d’abord les ressorts et les contours de la conformation des acteurs aux normes de conduite instituées. Il s’agira de comprendre à la fois ce qui nourrit leur attachement au parti et les logiques disciplinaires dans lesquelles ils sont pris. Nous verrons ensuite que les comportements dits déviants ne le sont que par rapport à une normalité dominante à un moment donné. C’est parce qu’ils sont étiquetés comme tels par les tenants de l’ordre partisan, mais aussi parce qu’ils sont en décalage avec ce qui est communément considéré par leurs pairs comme légitime et attendu au sein de l’institution, que nous qualifierons des actes ou des acteurs d’indisciplinés. S’intéresser aux pratiques déviantes et à leurs auteurs, mais aussi aux dispositifs de maintien de l’ordre et aux réactions de ceux qui en sont partisans, permettra de mieux comprendre le caractère nécessairement contingent des normes disciplinaires – et donc de l’indiscipline.
Une institution d’apparence homogène. Comment se construit et se maintient la discipline partisane ?
6L’acceptation de règles auxquelles il importe de se conformer est au principe de l’image homogène que véhicule toute institution. Ces règles fonctionnent comme une « moyenne à respecter »12 et délimitent les frontières du possible et du préférable,13. Comment sont-elles incorporées et perpétuées au sein du FFS ? Bien que les rapports à l’institution varient, il semble possible de repérer quelques constantes dans les modalités de leur intériorisation. Explorer, en amont de la discipline, les ressorts de l’appartenance des acteurs au FFS, mais aussi les mécanismes de rationalisation développés par le parti, aide à comprendre la convergence observée des discours et des conduites.
Des individus prédisposés à se conformer ?
7Il ne s’agit pas de se livrer ici à une analyse détaillée des trajectoires militantes, ni d’identifier des facteurs explicatifs de l’engagement au sein du FFS, mais de questionner le lien entre le partage d’une culture locale et un attachement au parti qui prend souvent la forme du dévouement. Celui-ci se comprend d’abord au regard de la socialisation familiale et de l’ancrage sociogéographique des enquêtés qui ont favorisé une forte identification à la culture, à la langue et à l’histoire kabyles. La tradition séculaire d’autonomie et de résistance au pouvoir central associée à cette région est souvent rappelée (« On a toujours résisté » / « On est des révolutionnaires dans l’âme »14). La participation des parents ou des grands-parents à la guerre de libération, mais aussi les histoires orales et les chansons qui exaltent le courage, l’honneur et la résistance à l’oppresseur, favorisent la familiarisation avec une vision de l’histoire différente de l’histoire officielle (« En écoutant des chansons j’ai découvert des faits historiques, des personnes qui n’étaient pas dans les livres d’histoire de l’école »)15. La genèse et l’histoire du FFS étant intrinsèquement liées à la région qui a été marquée par le soulèvement armé échoué de 1963, le parti et son leader sont connus et appréciés dans les villages. Cette popularité s’explique également par l’intégration des revendications berbères dans les textes et les discours du parti. Ces ancrages primordiaux aident à comprendre l’attachement durable et perçu comme naturel de nombreux acteurs rencontrés au FFS, à l’image de Mounir R.16 (31 ans, membre du secrétariat national et permanent) :
« Depuis tout jeune on connaît le parti. La Kabylie, c’est le bastion du FFS, c’est là qu’il est né. Dans les lycées, beaucoup d’enseignants sont des militants FFS. Dans la famille, dans le village, il y a toujours des partisans du FFS. […] On est déjà des militants convaincus avant d’adhérer. Dès que je suis arrivé à l’université j’ai pris contact avec d’autres militants du FFS. Je suis devenu militant. Pour moi ce n’est qu’une confirmation de ce que je pensais, un renforcement de mes positions » (entretien, avril 2010).
8La critique d’un pouvoir central qui empêche le pluralisme, celle du récit national de la guerre de libération ou la question berbère sont des thématiques centrales dans le discours du FFS, auxquelles les acteurs rencontrés ont déjà été diversement sensibilisés dans leurs milieux de socialisation. Que ce soit dans des associations de promotion de la culture berbère17, ou dans des comités autonomes à l’université où ils fréquentent des membres du parti, les premières expériences d’action collective viennent renforcer cet univers de significations favorable à l’attachement au FFS. Bien qu’indissociables des logiques de mise en cohérence opérée consciemment ou non par les acteurs, ces soubassements généraux aident à comprendre les représentations enchantées (« On est FFS parce qu’on naît FFS ! On ne peut qu’adhérer à ce parti, à ces valeurs. C’est le meilleur ! » / « Le FFS a toujours combattu la dictature et ne s’est jamais trompé dans ses analyses ») que l’on retrouve en particulier chez les jeunes militants, chez ceux qui dépendent matériellement du parti comme les permanents ou encore chez ceux qui n’ont pas vécu d’expériences militantes en dehors du FFS. Loin d’en constituer une garantie, le sentiment de participer à une action légitime peut néanmoins favoriser la discipline partisane, en ce qu’il facilite l’acceptation des normes instituées qui n’est pas vécue comme une contrainte mais comme le prolongement naturel de l’engagement partisan. L’intégration au collectif militant qu’implique l’appartenance au parti contribue également à favoriser le respect des normes.
Conformité et appartenance au collectif militant
9Les propos des enquêtés mettent souvent l’accent sur la joie qu’ils ont éprouvée à se sentir écoutés et valorisés par ceux qu’ils considèrent aujourd’hui comme leur « deuxième famille ». Cette intégration sociale constitue une forme de rétribution symbolique du militantisme qui favorise la poursuite de l’engagement18 et qui peut encourager l’adoption d’une conduite qui ne la mette pas en péril. La présentation lisse et unitaire du parti vis-à-vis de l’extérieur semble à cet égard constituer un impératif que chaque militant doit respecter au risque d’être rappelé à l’ordre par ses pairs.
10Ainsi, lorsque Khalid D. (secrétaire de section, élu communal d’une quarantaine d’années et membre du directoire de campagne de la wilaya19 d’Alger) exprime ouvertement son mécontentement devant les journalistes venus suivre une sortie de proximité organisée par le parti pendant la campagne pour les législatives (« la sortie devait commencer ici, c’était programmé comme ça ! Des gens attendaient ici, il faut leur présenter des excuses »), sa réaction est mal perçue par ses camarades qui essaient de le calmer. Ces derniers estiment qu’« il ne faut pas faire d’histoires » et m’expliquent, après avoir pris soin de m’écarter de la scène : « Bon, tu sais, c’est normal, on est tous un peu tendus. Et puis le parti c’est comme une famille ; c’est normal qu’il y ait des coups de gueule de temps en temps mais le linge sale ça doit se laver en famille justement ». Cette anecdote montre que les frontières qui délimitent les conduites conventionnelles dépendent des perceptions des autres membres du groupe. Déroger à l’acceptation tacite qui veut que le parti doive toujours être présenté sous son meilleur jour ne constitue pas un acte d’indiscipline à proprement parler. Il s’agit néanmoins d’un cas limite qui laisse supposer que le contrôle par les pairs et le poids d’une potentielle réprobation jouent un rôle non négligeable dans la conformation des individus aux normes de conduite instituées.
11Ce partage d’une définition du « bon militant », dont les paroles et les actes ne doivent pas laisser paraître une image dépréciative du parti, se comprend également à l’aune des mécanismes de disciplinarisation déployés par l’institution.
La discipline par le haut
12Des conditions et modalités de délivrance de la carte d’adhésion aux « activités et comportements quotidiens » du militant, des dispositions écrites définissent les rôles des acteurs et des instances qui composent le parti. Chacun doit s’engager à respecter les statuts, le règlement intérieur et les chartes au risque d’être sanctionné. Un conseil national de médiation et de règlement des conflits est chargé de surveiller que les membres appliquent les décisions des instances dirigeantes et n’adoptent pas de conduites contraires aux principes et à la ligne politique du parti. Si ces dispositifs disciplinaires formalisés sont mobilisés pour rappeler à l’ordre et punir les déviations, ils ne permettent pas de comprendre pleinement la conformation et l’homogénéité apparente des comportements militants. L’aura du leader20 du parti et la position d’opposant qu’entend occuper le FFS constituent en effet deux vecteurs non organisationnels d’uniformisation des conduites qui contribuent à promouvoir un ethos militant et un ordre moral légitimes21,22.
13Né en 1926 en Kabylie, H. Aït Ahmed est issu d’une famille maraboutique connue pour son combat contre l’occupant français. Mais c’est surtout parce qu’il a été l’un des chefs historiques de la révolution et parce qu’il s’est opposé au pouvoir installé en 1962, qu’il est érigé en modèle. Cette légitimité historique a contribué à faire de lui le chef naturel du FFS au point qu’on parle communément du « parti d’Aït Ahmed ». Dans les locaux du parti, ses portraits et des extraits de ses déclarations ornent les murs. L’affection et l’admiration qu’il suscite semblent jouer un rôle important dans l’engagement de certains militants : « J’ai aimé Aït Ahmed avant de connaître ce qu’était le FFS » / « J’ai d’abord adhéré pour ce que représentait symboliquement Da l’Ho [marque de respect] »23. H. Aït Ahmed apparaissait comme un homme capable de dissiper les malentendus. « Sa stature », confie un militant, permet de « dépasser les contestations. Après l’intervention du za’îm [i. e. chef, guide], plus personne ne peut rien dire ». Bien que résidant en Suisse, le leader était présent lors des rendez-vous importants du parti par le biais de messages lus ou visionnés devant l’assistance24. À l’instar d’Öcalan aux yeux des militants du PKK, il était perçu comme le « garant de la cause » du parti25, ce qui alimentait en retour sa légitimité. Si les acteurs ne cessent de mettre en avant ses qualités personnelles, son pouvoir unificateur n’est possible que parce qu’il prêchait des convertis qui « lui ont objectivement donné mandat de leur faire la leçon »26. En ce sens, comme le rappelle Michel Camau dans le sillage de Max Weber, le « charisme de leadership » relève de « caractéristiques de situation et non à proprement parler du caractère d’une personnalité »27.
14Le credo du parti reposant sur l’opposition au régime est également mobilisé par les dirigeants pour rationaliser les croyances et les comportements. La rhétorique du « eux contre nous » et la mise en avant d’un impératif de cohésion s’inscrivent dans une logique d’entretien de l’activisme face à la routinisation de l’activité militante28, mais elles renvoient également au discours révolutionnaire du Front de libération nationale (FLN) pendant la guerre29. L’engagement est construit comme un « devoir derésistance » face à un pouvoir dominant qualifié d’« oppresseur ». Propagé par les instances dirigeantes et partagé dans les milieux militants, ce discours est souvent investi pour justifier le besoin de discipline partisane. Ali Laskri, premier secrétaire, déclare ainsi à l’occasion de la cérémonie de présentation des têtes de listes du parti pour les législatives, le 13 avril 2012, que « les conditions politiques du pays, marquées par la violence et l’autoritarisme, les manipulations et l’absence de libertés, mais aussi de règles et de morale politique ont contraint le parti à gérer sa propre pluralité aussi bien que le permet la situation ». Les risques d’infiltration et de manipulation sont constamment rappelés et viennent justifier l’adoption d’une posture suspicieuse à l’égard des pratiques déviantes, au point de faire apparaître toute expression d’une opinion divergente comme une menace potentielle : « Si tu dénonces, c’est le pouvoir qui se trouve renforcé » / « Le pouvoir est là à guetter le moindre débat pour l’exploiter »30. Les protestations et les dissidences passées sont présentées comme des entreprises motivées par les intérêts personnels qui visaient la déstabilisation du parti. En plus d’être immoral, le non-respect des normes instituées est ainsi construit et intériorisé comme un comportement imprudent, potentiellement dangereux puisque susceptible de porter atteinte au collectif et à l’institution31.
15Si certains dispositifs formels, symboliques et pratiques façonnent les conduites militantes, s’y conformer relève rarement de processus d’identification évidents32. Au lendemain de l’annonce de la participation du parti aux législatives, un membre du secrétariat national, en poste depuis décembre 2011, ajuste son comportement à ce qui est attendu par l’institution :
« Il faut être discipliné, il faut voir ce qui est dans l’intérêt du parti et ne pas être égoïste. […] La majorité a tranché pour la participation, c’est la démocratie, il faut l’accepter. C’est pas évident à gérer mais on n’a pas le choix. Ceux qui activent pour le boycott agissent contre le parti, ils seront certainement sanctionnés. Je comprends qu’on ne soit pas d’accord avec la participation mais il faut rester silencieux. À quoi ça sert d’agir contre le parti, c’est mauvais ! C’est une question d’éthique » (échange informel, avril 2012).
16Le champ des possibles en termes d’évolution des carrières militante et professionnelle qui s’ouvre avec la participation du parti aux élections n’échappe certainement pas à ce jeune militant de 28 ans récemment intégré aux milieux dirigeants. Étranger à ces instances sous le secrétariat précédent, il a désormais l’opportunité de gravir les échelons au sein du parti. La discipline peut ainsi également obéir à des considérations stratégiques. Il importe donc de prêter attention à la fois aux déterminants institutionnels et à la position des acteurs pour saisir les ressorts de la conformité des pratiques militantes. La frontière entre ce qui est conforme et ce qui ne l’est pas dépend de processus d’objectivation, d’institutionnalisation et d’ajustements permanents, indissociables des luttes auxquelles se livrent les acteurs au sein de l’institution.
L’homogénéité mise à mal : déviances et rappels à l’ordre
17Le repositionnement du parti concernant la participation aux législatives de 2012 s’accompagne de tensions et de conflits qui favorisent une illisibilité des normes institutionnelles et facilitent l’expression de comportements déviants33. Cette réorientation est opérée sous l’égide d’une nouvelle équipe dirigeante dont le discours tranche avec celui de la précédente, qui avait fait du boycott des législatives un acte politique nécessaire, évident et légitime. Ce qui s’apparente à un contexte d’aggiornamento pour le parti nécessite le déploiement de mécanismes de relégitimation des conduites militantes par les garants du nouvel ordre partisan34. Les indisciplines comme les rappels à l’ordre ne prennent sens qu’au regard de l’évolution de ces rapports de forces.
Indisciplines : qui ? quand ? comment ?
18Si la campagne pour les législatives rompt avec une certaine routine des pratiques partisanes35, cette réorientation est loin de faire l’unanimité36. Distanciation, décalage ou rejet, le non-respect des normes instituées prend des formes variées. Certaines transgressions résultent de la contestation des investitures. Des cadres et des militants de la wilaya de Tizi-Ouzou, qui estiment que les listes ne reflètent pas les réalités locales, boycottent par exemple les réunions organisées par la direction. De manière générale, plusieurs conflits opposent des acteurs locaux à la direction nationale, chargée de l’élaboration des listes. À travers les modalités de sélection des candidats, ce sont les décisions des dirigeants nationaux et leur légitimité à contrôler les règles du jeu qui sont mises en cause. Ces actes sont des formes d’indiscipline en ce qu’ils contredisent l’ordre dominant des conduites instituées par ceux qui en sont les principaux gardiens, et fragilisent la façade unitaire du parti entretenue par ces derniers.
19Un membre du secrétariat national, sur la liste des candidats pour la circonscription d’Alger, manifeste son mécontentement en démissionnant de son poste37 :
« Les membres de la commission étaient juges et parties. Certains étaient candidats, donc ils se sont servis les premiers. Les militants se retrouvent en fin de liste et les arrivistes en tête. […] C’est pas ça la démocratie, il y a un problème de confiance. Donc j’ai démissionné du secrétariat national. Ça peut paraître intéressé comme attitude mais il y a de vrais dysfonctionnements dans ce parti. »
20Cet acte, relayé par la presse, suscite la désapprobation des membres de la direction. Sorti du rôle qui lui était assigné, le candidat se retrouve à l’écart et mène « sa » campagne. Se rendre au siège national devenant insupportable, il constitue avec des amis son propre comité de campagne. Conscient d’avoir une conduite décalée par rapport à ce qu’attend la direction, il ironise lorsqu’il discute avec d’autres membres du parti : « Attention ! Si tu restes avec nous, tu risques d’avoir des problèmes avec eux. Ils vont t’exclure ! » S’il ne cache pas ses désaccords avec certains discours et pratiques des dirigeants et refuse jusqu’à la fin de la campagne de prendre part aux activités « officielles » (meetings, conférences de presse, sorties de proximité, etc.), il ne veut pas pour autant se « faire sortir ». Avant de signer un communiqué pour dénoncer des arrestations de militants associatifs ou lorsqu’il prend l’initiative d’organiser un événement pour le 1er mai, il informe un responsable du parti : « J’aime pas avoir à faire ça, mais finalement j’ai pas vraiment le choix ». À travers la mise en ligne de photos sur son profil Facebook ou en sollicitant des journalistes pour le suivre en campagne, il tient à montrer qu’il est sur le terrain. Il se soucie de la réception de ses prises de position, déplore l’absence de solidarité partisane lorsqu’il est arrêté pour avoir manifesté son soutien à un jeune chômeur accusé d’atteinte à la sûreté de l’État et regrette que sa conférence pour le 1er mai soit « boycottée ». Les conduites déviantes peuvent ainsi être le produit de rapports conflictuels et ambivalents à l’ordre partisan qui n’impliquent pas nécessairement une volonté de subvertir l’institution.
21Ces rapports sont intrinsèquement liés à la socialisation et aux ressources des acteurs, ainsi qu’à leur position dans l’institution. Militant dans des associations et des partis politiques en France où il résidait pendant les années 1980, puis cofondateur et secrétaire général pendant plusieurs années d’une association de jeunes après son retour en Algérie, les différents engagements du candidat cité ont pu favoriser le développement d’une vision plus hétérodoxe du FFS. Il plaisante par exemple sur le « culte de la personnalité exagéré » voué par les militants au leader du parti. C’est également grâce aux liens amicaux qu’il conserve avec les membres de cette association qu’il peut faire campagne de son côté. Enfin, son investissement durable et actif dans le parti et ses expériences passées au sein du secrétariat national lui ont permis d’accumuler un capital militant et symbolique qui contribue à limiter les coûts de sa déviance.
22D’autres pratiques non conformes s’expriment de manière moins évidente. Des militants, mais aussi des candidats qui s’estiment mal placés sur les listes, ne prennent pas part à la campagne. Ils n’assistent pas aux meetings ou demeurent passifs quand ils s’y rendent (ils restent assis, n’applaudissent pas ni ne scandent de slogans). L’absence de perspective de carrière au sein du parti et/ou l’attachement au choix antérieur du boycott peuvent expliquer ce type de conduite dissonant avec l’enthousiasme largement partagé et attendu par les dirigeants. L’indiscipline réside ici dans le fait que ces comportements ne respectent pas les normes préconisées par les tenants de l’ordre, et font l’objet de la désapprobation de ceux qui en sont partisans. Les différents refus de se conformer aux directives des instances dirigeantes se comprennent, en grande partie, à l’aune des ressources dont les acteurs disposent et de leur implication dans la compétition pour le monopole de la parole légitime au sein du parti.
23Bien qu’en deuxième position sur la liste de Tizi Ouzou, Karim Tabbou, ancien premier secrétaire (2007-2011) et membre du conseil national, boycotte passivement la campagne et ne se rend pas au principal meeting organisé par le parti le 21 avril à Tizi-Ouzou. Son inactivité durant les semaines précédant l’élection contraste avec la campagne dynamique qu’entendent mener les dirigeants et à laquelle tous les militants sont censés prendre part. Discret un temps, Karim Tabbou attaque ouvertement la direction du parti au lendemain des élections :
« Au lieu de dénoncer les violences constatées pendant la campagne, de garder son autonomie de décision, de rassurer ses militants sur la nécessité de résister face aux coups de force, la direction du FFS s’est félicitée des résultats proclamés par le Conseil constitutionnel. […] Le FFS est réduit à un parti qui accepte les strapontins » (extraits de l’entretien pour le journal en ligne Tout sur l’Algérie, 30 mai 2012).
24Considérant, dans ce même entretien, qu’« un vrai militant du FFS ne peut accepter les pratiques de fraude et de corruption », il va jusqu’à soupçonner des collusions entre l’actuelle direction et les « services »38. De telles déclarations reflètent les dissensions opposant l’ancienne direction à la nouvelle. Après cinq années passées à la tête du secrétariat, Karim Tabbou se retrouve éloigné des milieux dirigeants au sein desquels certains cadres nouvellement nommés par son remplaçant lui reprochent notamment sa gestion autoritaire du parti. Bien qu’ayant défendu pendant longtemps la légitimité et la nécessité du boycott des législatives – y compris lors des débats engagés en janvier 2012 –, il se conforme aux nouvelles orientations et dépose un dossier de candidature. L’écart croissant entre ses perceptions et celles des dirigeants au lendemain du scrutin ainsi que son nouveau statut aident à comprendre son entrée en dissidence. Son élection à la députation lui confère en effet une certaine indépendance vis-à-vis de l’institution et des ressources qui permettent de compenser les coûts de son comportement subversif. C’est aussi avec le soutien d’autres membres qui ont souvent fait partie de son secrétariat national qu’il affirme son opposition à la direction. Ils sont une soixantaine à quitter collectivement le parti. L’acte est présenté comme une réponse à ce qu’ils considèrent comme une « déviation » des principes du parti :
« Nous n’avons jamais souhaité nous trouver dans cette radicalité vis-à-vis de notre ancien parti et de nos anciens camarades de lutte. Cependant, les contorsions et les déviations par lesquelles l’équipe dirigeante actuelle veut soumettre le parti à la logique totalitaire du pouvoir ne nous laissent guère le choix sur les décisions à prendre. […] Nous ne pouvons plus rester dans un parti qui cautionne la fraude électorale et qui se réjouit des résultats du Conseil constitutionnel. C’est une question d’ordre éthique » (extrait de la lettre de démission collective publiée dans la presse le 17 juillet 2012).
25L’indiscipline va de pair avec le recours à des « techniques de neutralisation » qui consistent à nier la légitimité de ceux qui s’estiment garants de l’ordre39. Dans les cas observés, il ne s’agit pas de mettre en danger le parti mais de le préserver40. Les acteurs s’auto-confèrent une légitimité à exprimer ce qu’ils estiment être la vérité de l’institution et à dénoncer ce qu’ils assimilent à des dérives. Ils disputent ainsi à la direction son monopole de la définition des normes et des pratiques légitimes.
26L’équipe dirigeante est accusée de « compromission » et de « se rallier à la politique clientéliste et de cooptation du pouvoir », tandis que le président du parti, qui a pourtant approuvé ses décisions et appelé à sanctionner les comportements déviants, constitue, au contraire, un recours41. Au-delà de l’affection qu’ils portent à leur chef, les militants ont intériorisé une limite à ne pas franchir. La croyance en la légitimité de son rôle est si fortement ancrée et entretenue que le critiquer publiquement apparaîtrait moralement inacceptable. En outre, revendiquer la fidélité aux idéaux du parti implique de ne pas porter atteinte à celui qui en représente le symbole suprême.
27Ces actes d’indiscipline s’inscrivent dans un contexte marqué par les prises de position publiques d’anciens cadres contre la participation électorale. D’anciennes figures de proue du parti vont jusqu’à organiser un meeting le 12 juillet « pour la préservation de la ligne originelle du FFS ». Bien qu’ils ne soient plus encartés et qu’ils se soient tenus à distance du parti pendant plusieurs années – ce que ne manquent pas de rappeler les dirigeants pris pour cible –, ces acteurs participent aux luttes symboliques de définition des comportements légitimes et de la vérité de l’institution.
28L’ensemble des cas exposés incite à prendre en compte les rapports de force intrapartisans et les positions que les acteurs occupent – ou ont occupées – dans l’institution. Au-delà des divergences d’ordre idéologique ou politique, la faible dépendance des acteurs au parti, tant du point de vue de leurs ressources qu’au regard de leurs perceptions des possibles, semble également favoriser le passage à l’acte d’indiscipline. La conjoncture critique où les normes font l’objet de réformes contribue également à accentuer les luttes pour la définition des frontières de l’institution, obligeant ceux qui en sont les gardiens à recourir à des techniques de maintien de l’ordre.
Gestion et restauration de l’ordre partisan
29Le non-respect des normes expose à une réprobation des gardiens de l’ordre institutionnel42 qui prend des formes variées en fonction du type d’indiscipline mais aussi selon les indisciplinés. Bien qu’ayant contredit certaines décisions, le candidat « mal placé » ne fait pas l’objet de sanction formelle. S’il a cherché à limiter les effets de sa démission du secrétariat, cet acte lui vaut néanmoins d’être mis à l’écart des listes de candidatures pour les élections locales de novembre 2012. Ayant, à l’inverse, exprimé publiquement son désaccord avec les dirigeants, Karim Tabbou est suspendu par le premier secrétaire pour son « comportement et [ses] propos indignes »43. Les fautes pour lesquelles il est appelé à comparaître devant la commission de médiation sont publiées sur le site internet du parti44. Cette mesure disciplinaire est entérinée quelques semaines plus tard par le conseil national qui exige qu’il remette son mandat de député. La notoriété dont jouit cet ancien premier secrétaire au sein du parti et dans les médias explique à la fois l’annonce de son exclusion après la tenue du scrutin (afin d’éviter des départs trop importants de militants) et le traitement visible et exemplaire dont il fait l’objet.
30Ces sanctions sont partie intégrante d’une entreprise plus large de restauration de l’ordre partisan qui consiste à réaffirmer les normes dominantes et à discréditer ceux qui s’en écartent. Elles s’inscrivent ainsi dans la continuité du rappel à l’ordre explicitement formulé par le président du parti :
« Il m’est parvenu des informations sur des comportements indignes de la part de responsables ou de figures importantes du parti à l’occasion de ces élections. […] Les comportements fractionnels, les chantages à la dissidence et toutes les formes de pressions que des individus ou des groupes d’individus ont menés en direction du parti lors de la campagne électorale ou après doivent faire l’objet de mesures exemplaires. […] Il y a un gouffre entre la divergence d’opinion et le travail de sape et de sabotage du parti » (extraits, communiqué du 21 mai 2012).
31Dans un contexte où les frontières de l’institution et les règles sur lesquelles elle repose sont mises à mal, l’implication du leader contribue à faire accepter la restauration de l’ordre partisan auprès des militants : « Aït Ahmed a raison, il faut arrêter de se diviser, ça donne une mauvaise image » / « Maintenant, c’est clair : soit on est avec la direction, soit on sort » / « C’est la voix de la sagesse »45.
32Au-delà de l’écho qu’ils trouvent chez certains militants, les propos de H. Aït Ahmed sont révélateurs des principaux supports et formes de justification du maintien de l’ordre. Le rappel du bien-fondé et de la noblesse des principes du parti permet de conférer un caractère illégitime, voire immoral, aux comportements de ceux qui s’en détournent et de réactiver en même temps la discipline partisane en opposant les « bons » militants aux « mauvais ». L’association des contestations à de « simples mécontentements personnels » ou à des « gamineries » permet de décrédibiliser leurs auteurs et d’atténuer leur portée46.
33Les dirigeants s’appuient également sur les dispositions écrites qu’ils évoquent régulièrement pour souligner la cohérence et la conformité de leur discours par opposition aux contestataires. Ils ont à cœur, comme le premier secrétaire Ali Laskri, de mettre l’accent sur « la liberté, la vitalité et la transparence des débats au sein du parti »47, afin de contrecarrer les accusations d’autoritarisme et d’alimenter le doute sur la sincérité de divergences exprimées publiquement sans qu’elles n’aient d’abord été exposées au sein des instances partisanes. Il s’agit aussi de réaffirmer les frontières de l’appartenance à l’institution en rappelant, parfois avec ironie ou dérision, que certains contestataires ne sont pas ou plus membres du parti, soit parce qu’ils ont été radiés ou ont démissionné, soit parce qu’ils ne s’y investissent plus48. Les dirigeants réinvestissent également le discours traditionnel du parti et assimilent les actes d’indiscipline aux « manœuvres du pouvoir ». Il apparaît dès lors normal de sanctionner ceux qui agissent contre le parti. L’affirmation du risque de mise en danger de l’institution s’accompagne d’appels à l’unité et à la vigilance, et permet de réactiver la solidarité et la discipline partisanes.
34Ces entreprises de relégitimation de l’ordre partisan prolongent une démarche déjà amorcée quelques mois plus tôt au moment du changement de secrétariat national. En effet, la transformation des rapports de forces donne lieu à un nouveau partage des tâches qu’il faut faire accepter. Avec pour mot d’ordre « le rassemblement des énergies », le nouveau premier secrétaire, Ali Laskri, avertit, dès le lendemain de sa nomination, ceux qui n’accepteraient pas cette nouvelle configuration :
« Au FFS, on peut diverger, on peut se tromper […] et trouver toujours ouvertes les portes du parti, mais si on se met à régler des comptes alors c’est que l’on n’a rien compris. Qu’il s’agisse de questions de procédures ou de questions politiques, le respect de la méthode collégiale et le respect des principes qui ont guidé la démarche du parti, doivent prévaloir dans un esprit de dépassement des inimitiés personnelles » (extrait du discours prononcé lors du conseil national ayant suivi la nomination du nouveau secrétariat, 9 décembre 2011).
35Les réorientations stratégiques s’accompagnent d’un renforcement des mécanismes de gestion des normes instituées, qui trouve un écho auprès de certains membres du parti, comme dans la fédération de Béjaïa où des cadres expriment leur « soutien total et sans failles à la direction nationale ». Si nombreux sont ceux qui semblent adhérer à cette restauration de l’ordre partisan entreprise par les nouveaux dirigeants, d’autres, comme Kamel, ne s’y conforment qu’en apparence :
« La campagne est nulle et il y a un manque de transparence mais il faut rester et changer de l’intérieur. Ceux qui s’éloignent ne devraient pas le faire, ils risquent de se faire trop d’ennemis. Il faut rester sages et soudés pendant la campagne et faire entendre sa voix ensuite » (mai 2012).
36Recueillis en marge de la cérémonie de clôture de la campagne organisée au siège du parti, les propos de ce militant de 32 ans sont révélateurs de l’ambivalence qui peut imprégner la conformation aux normes instituées. Le contexte des élections législatives et la perspective des élections locales prévues en novembre 2012 génèrent une certaine fluidité dans le jeu intrapartisan. La compétition pour l’obtention de postes à responsabilité et les perceptions d’une ouverture des possibilités d’agir favorisent, d’une certaine façon, le contrôle des loyautés pour l’institution49 et la réception des entreprises visant sa restauration.
∙
37Le cas du FFS montre que les (in)disciplines partisanes sont indissociables des logiques de situation dans lesquelles les acteurs sont pris. Qu’il s’agisse de conformité ou de déviance, leurs pratiques ne sont ni linéaires ni homogènes, mais le plus souvent ambiguës et incertaines. Elles s’éclairent notamment à l’aune des conflits et des recompositions qui imprègnent les rapports intrapartisans, et permettent ainsi de mieux saisir ce qui fait une institution partisane. La compréhension des pratiques et des règles du jeu internes au FFS gagnerait à s’adosser à une étude méso-sociologique plus fine des modalités et des implications de l’insertion du parti dans le champ politique institué. Les divergences autour de la définition de la vérité de l’institution observées en 2012 sont aussi liées aux perceptions que les acteurs ont de leurs espaces des possibles avec et au-delà du parti.
Notes de bas de page
1 Mohamed Tozy, « Représentation/Intercession. Les enjeux de pouvoir dans les “champs politiques désamorcés” au Maroc », in Michel Camau (dir.), Changements politiques au Maghreb, Paris, Éditions du CNRS, 1991, p. 153‑168.
2 Mohammed Hachemaoui, « Permanences du jeu politique en Algérie », Politique étrangère, 2, 2009, p. 309-321.
3 Propos revenus à plusieurs reprises lors des entretiens réalisés entre 2010 et 2013.
4 Pierre Bourdieu, Monique Saint-Martin, « La sainte famille », Actes de la recherche en sciences sociales, 44-45, 1982, p. 4.
5 Julien Fretel, « Habiter l’institution. Habitus, apprentissages et langages dans les institutions partisanes », in Jacques Lagroye, Michel Offerlé (dir.), Sociologie de l’institution, Paris, Belin, 2010, p. 205.
6 Jacques Lagroye, La vérité dans l’Église catholique. Contestations et restauration d’un régime d’autorité, Paris, Belin, 2006.
7 Jacques Lagroye, Michel Offerlé (dir.), Sociologie de l’institution, Paris, Belin, 2010.
8 Erving Goffman, Asiles, Paris, Éditions de Minuit, 1979.
9 Howard S. Becker, Outsiders. Études de sociologie de la déviance, Paris, Métailié, 1985.
10 Bernard Pudal, Prendre parti : pour une sociologie historique du PCF, Paris, Presses de la FNSP, 1989.
11 J. Lagroye, M. Offerlé (dir.), Sociologie de l’institution, op. cit., p. 25.
12 Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975.
13 Frederick G. Bailey, Les règles du jeu politique, Paris, Presses universitaires de France, 1971.
14 Les propos cités en italique dans ce passage sont revenus de manière récurrente et quasiment identique dans les entretiens avec des cadres et des militants entre 2010 et 2013.
15 Pour plus détails, nous renvoyons notamment à l’article de Camille Lacoste-Dujardin, « Géographie culturelle et géopolitique en Kabylie. La révolte de la jeunesse kabyle pour une Algérie démocratique », Hérodote, 103, 2001, p. 57-91.
16 Tous les prénoms des enquêtés cités dans le chapitre ont été modifiés.
17 Souvent implantées dans les villages mais aussi dans les universités, ces associations organisent notamment des festivités, des expositions ou des pièces de théâtre et des concerts en langue kabyle.
18 Daniel Gaxie, « Économie des partis et rétribution du militantisme », Revue française de science politique, 27 (1), 1977, p. 123-154.
19 Division administrative de l’Algérie contemporaine.
20 Hocine Aït Ahmed est décédé le 23 décembre 2015. Il fut le leader du FFS – secrétaire général puis président – jusqu’en 2013. À l’issue du cinquième congrès du parti qui s’est tenu cette année-là, il fut nommé président d’honneur et un présidium composé de cinq personnes a été désigné.
21 J. Lagroye, La vérité dans l’Église catholique, op. cit.
22 B. Pudal, Prendre parti…, op. cit.
23 Extraits d’entretiens avec des militants (avril 2010 et septembre 2011).
24 En exil à partir de 1966, il revient en Algérie entre 1989 et 1992, mais il quitte de nouveau le pays après l’assassinat de Mohamed Boudiaf. Depuis la fin de la guerre civile, il s’y est rendu de manière épisodique.
25 Olivier Grojean, « La production de l’homme nouveau au sein du PKK », European Journal of Turskish Studies, 8, 2008.
26 Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, La reproduction. Éléments pour une théorie du système d’enseignement, Paris, Éditions de Minuit, 1970, p. 41.
27 Michel Camau, « Le leadership politique aux confins des démocraties et des autoritarismes », in Olivier Dabène, Vincent Geisser, Gilles Massardier (dir.), Autoritarismes démocratiques et démocraties autoritaires au XXIe siècle, Paris, La Découverte, 2008, p. 70.
28 D. Gaxie, « Économie des partis et rétribution du militantisme », art. cit., p. 149.
29 Depuis sa création, l’un des principaux objectifs du parti est d’« assurer la continuité de la Révolution algérienne ».
30 Extraits d’entretiens avec des militants (janvier et mars 2011).
31 H. S. Becker, Outsiders…, op. cit., p. 83-84.
32 J. Lagroye, M. Offerlé (dir.), Sociologie de l’institution, op. cit., p. 25.
33 Delphine Dulong, « Au dedans et en dehors : la subversion en pratiques », in J. Lagroye, M. Offerlé (dir.), Sociologie de l’institution, op. cit., p. 262.
34 B. Pudal, Prendre parti…, op. cit., p. 171.
35 En dehors des moments électoraux, les activités se résument aux célébrations de dates anniversaires et aux réunions des équipes dirigeantes aux niveaux national, fédéral et local.
36 Les consultations internes lancées en janvier témoignent déjà de l’hétérogénéité des perceptions quant à ce repositionnement.
37 Les propos cités dans ce passage ont été recueillis le plus souvent de manière informelle, au fil de la campagne durant laquelle j’ai suivi l’enquêté (avril-mai 2012).
38 L’expression fait référence au département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) qui est l’héritier de la Direction centrale de la sécurité militaire créée en 1962. Cette nouvelle appellation date de 1990.
39 H. S. Becker, Outsiders…, op. cit., p. 24.
40 Jacques Lagroye, Johanna Siméant, « Gouvernement des humains et légitimation des institutions », in Pierre Favre et al., Être gouverné, Études en l’honneur de Jean Leca, Paris, Presses de Sciences Po, 2003, p. 70.
41 Des cadres et des militants en désaccord avec le choix de la participation puis avec les modalités de la constitution des listes font appel, dans une déclaration, au président du parti pour « rétablir l’éthique, la pratique démocratique et les valeurs authentiques du parti ».
42 Rémi Lefebvre, « Se conformer à son rôle. Les ressorts de l’intériorisation institutionnelle », in Jacques Lagroye, Michel Offerlé, (dir.), Sociologie de l’institution, op. cit., p. 235 et s.
43 Extrait du communiqué publié sur le site du parti le 30 mai 2012.
44 « Non-respect des fondements et objectifs, des statuts et chartes du parti ; dénigrement du parti, de ses militants et de ses dirigeants par des déclarations publiques et écrites ; refus volontaire d’exécuter les directives des instances du parti ; confiscation de documents du parti ; diffusion de rumeurs, dénigrement des cadres dirigeants » (extrait du communiqué du 30 mai 2012).
45 Propos recueillis au lendemain de la publication de la déclaration.
46 Propos qui sont revenus de manière récurrente dans nos échanges avec des cadres toujours en poste (secrétaires nationaux et fédéraux) pendant et après les élections.
47 Ce type de propos est récurrent dans les déclarations émanant des membres de la direction, à travers la presse, le site du parti ou lors des discours prononcés pendant les meetings.
48 Publié sur le site du parti, un document réalisé sur le modèle d’une affiche « Wanted » expose les photos des anciens cadres contestataires et rappelle que ces derniers sont portés « disparus depuis 2002 ».
49 D. Dulong, « Au dedans et en dehors : la subversion en pratiques », art. cit., p. 260.
Auteur
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Layla Baamara
Doctorante en science politique, CHERPA (EA 4261- IEP d’Aix-en-Provence)
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