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    Plan détaillé Texte intégral I.– Comprendre les choix protestants II.– Les débuts de la Troisième République (1870-1879) : l’impossible modération III.– Les républicains au pouvoir (1879-1897) : une modération devenue possible : une « laïcité à l’américaine » IV.– L’affaire Dreyfus et ses suites : un anticléricalisme modéré et l’acceptation nuancée des lois laïques Conclusion : Modéré, un concept peu opératoire avant 1950 Notes de bas de page Auteur

    Les « chrétiens modérés » en France et en Europe (1870-1960)

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Les protestants républicains peuvent-ils être des modérés entre 1870 et 1905 ?

    André Encrevé

    p. 63-78

    Texte intégral I.– Comprendre les choix protestants II.– Les débuts de la Troisième République (1870-1879) : l’impossible modération III.– Les républicains au pouvoir (1879-1897) : une modération devenue possible : une « laïcité à l’américaine » IV.– L’affaire Dreyfus et ses suites : un anticléricalisme modéré et l’acceptation nuancée des lois laïques Conclusion : Modéré, un concept peu opératoire avant 1950 Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Évoquant, le 7 octobre 1877, le récent manifeste du maréchal Mac-Mahon, le pasteur Léon Pilatte, protestant républicain s’il en fut, s’écrie dans son journal, L’Église libre :

    « Nous n’avons pas besoin de rappeler les termes incroyables de cette harangue soldatesque. Jamais peuple ne s’est vu traiter avec une telle arrogance. C’est sur un ton impérieux, c’est la menace à la bouche que ce serviteur de la nation s’adresse à elle. Et dans quel but ? Pour nous contraindre de donner nos voix à ce ramassis de réactionnaires cléricaux, bonapartistes et légitimistes, qu’il a choisis pour ses candidats »1.

    2Phrases qui lui valent, d’ailleurs, des poursuites judiciaires et une condamnation à 1 000 francs d’amende ; mais qui montrent que Pilatte ne saurait passer pour un républicain modéré.

    3Vingt-cinq ans plus tard, le 14 janvier 1899, au cœur de l’affaire Dreyfus, le pasteur L. Lafon, non moins ferme républicain que L Pilatte, s’écrie dans son journal, La Vie nouvelle :

    « On a osé glorifier le despotisme, le mensonge, le faux, le meurtre […] Et l’on ne verrait pas, en face des destructeurs de toute morale, de ces corrupteurs de la conscience française, se ranger, se dresser les fils des huguenots, les disciples de Jésus-Christ, les pasteurs qui ont charge d’âmes, pour proclamer que la fin ne justifie pas les moyens, que les despotes, fussent-ils en soutane ou en uniforme, qui prétendent étouffer la liberté de penser et le cri de la conscience, que les menteurs, fussent-ils des ministres de la République, que les faussaires, eussent-ils rang de colonel dans l’armée française, que les meurtriers, fussent-ils des représentants du peuple, ceux qui assomment les juifs ou les socialistes à coup de gourdin, sont des criminels, que la patrie ne peut pas être servie par de telles scélératesses ! »2

    4On le voit, pas plus que L. Pilatte, L. Lafon ne saurait être qualifié de républicain « modéré ». Toutefois, les choses ne sont pas aussi simples et quelques citations ne permettent pas de tirer des conclusions générales. Ne lit-on pas, par exemple, dans les Souvenirs de Charles de Freycinet – l’un des plus proches collaborateurs de Gambetta à Tours en 1870 et non moins républicain que Lafon ou Pilatte – ce jugement, a posteriori il est vrai, sur l’action d’A. de Broglie, lors de la crise du 16 mai 1877 :

    « On a été injuste envers cet homme d’État. On lui a attribué de vulgaires ambitions, je ne sais quel désir mesquin du pouvoir, pour le pouvoir même. M. de Broglie voyait plus haut. Nul plus que moi n’a déploré la direction funeste de ses idées, mais elles étaient sincères et il visait, à sa manière, au bien du pays »3.

    5Phrases qui correspondent bien à l’idée que l’on se fait d’un modéré.

    6Pour tenter de comprendre les relations que les protestants républicains entretiennent avec le concept de « modéré » durant les premières décennies de la République, il convient de ne pas considérer les années 1870-1905 – qui voient pourtant les fondateurs de la République parvenir, pour l’essentiel, à leur but : terminer la Révolution – comme un tout, mais de distinguer entre les périodes et entre les protestants. En effet, si les critères de l’appartenance au protestantisme ne changent guère durant ces années, les critères de la modération politique ne sont pas identiques, le 4 septembre 1870, lors de la proclamation de la République et, le 13 janvier 1898, lors de la publication de « J’accuse », par exemple.

    I.– Comprendre les choix protestants

    7Chacun le sait, pour un groupe religieux les éléments qui permettent de comprendre les choix politiques sont, tout d’abord, les convictions doctrinales et, ensuite, les événements historiques qui ont conduit ce groupe à posséder une place spécifique dans la nation. Pour traiter notre sujet, il convient donc, en premier lieu, de nous interroger sur le républicanisme des huguenots de ce temps. Pour ce qui concerne les convictions doctrinales, dans ce cas, c’est le sacerdoce universel qui me semble déterminant. Or celui-ci, sans être directement à l’origine de l’organisation politique démocratique, est pour le moins non contradictoire avec celle-ci. Comme l’écrit A. de Tocqueville :

    « À côté de chaque religion se trouve une opinion politique qui, par affinité, lui est jointe. Laissez l’esprit humain suivre sa tendance, et il réglera d’une manière uniforme la société politique et la société divine ; il cherchera, si j’ose dire, à harmoniser la terre avec le ciel »4.

    8Pourtant, si l’acceptation du sacerdoce universel facilite bien l’installation d’un régime politique démocratique dans les pays à majorité protestante, cela n’induit pas forcément un choix en faveur de la République. D’ailleurs, on compte actuellement plus de monarchies protestantes que de monarchies catholiques5. En fait, le choix républicain de la plupart des huguenots à partir de 1870 provient non de la doctrine protestante, mais de l’histoire de France et, en particulier, des persécutions monarchiques entre 1685 et 1787, réclamées et approuvées par l’Église catholique. Cette double origine – monarchique et ecclésiastique – des persécutions qui les ont frappés induit chez eux une très profonde méfiance envers ces deux organismes. À cela s’ajoutent les péripéties de la Révolution française, dont l’un des premiers actes a été d’accorder aux protestants la liberté et l’égalité. De ce fait, dans l’esprit de la plupart d’entre eux le souvenir de la Révolution française est étroitement lié à leur réintégration dans la communauté nationale. Il reste que, si ces circonstances les écartent le plus souvent de l’option légitimiste, elles n’induisent pas, en tant que telles, l’option républicaine, puisque la liberté et l’égalité ont été accordées aux huguenots alors que la France était encore une monarchie constitutionnelle, et que ceux-ci sont surtout attachés aux Principes de 1789. La pierre de touche étant pour eux le refus du cléricalisme, puisqu’ils soupçonnent l’Église romaine de nourrir de noirs desseins à leur égard. Il est vrai qu’officiellement l’Église catholique est alors hostile à la liberté religieuse, comme le pape Pie IX le rappelle en 1864 dans le Syllabus (proposition 15 et 77 à 79) et, comme le pape Léon XIII le dit à nouveau, en 1888, dans l’encyclique Libertas. Or, du refus du cléricalisme on glisse facilement à l’anticléricalisme. Si bien qu’une monarchie qui se réclame des Principes de 1789, comme la monarchie de Juillet, peut sans doute aussi leur convenir, mais, dans un pays de tradition catholique comme la France, peut-on envisager réellement une monarchie dépourvue de tout cléricalisme, voire anticléricale ? Cela me semble peu probable. D’ailleurs l’exemple d’A. de Broglie, et le ralliement d’une partie des orléanistes au cléricalisme, au début des années 1870, est là pour le montrer. De ce fait, l’orléanisme, incontestable, d’une partie des huguenots peut-il être autre chose qu’une sorte d’acquiescement rationnel, sans enthousiasme, destiné à faire barrage à un autre régime regardé comme plus néfaste, qu’il soit plus à droite ou plus à gauche ? Si bien qu’un choix politique républicain est plus logique, en tout cas à partir des années 1860. Mais cela ne préjuge pas de l’intensité de ce républicanisme, puisqu’en théorie un républicanisme modéré des protestants est envisageable.

    9Toutefois, durant les premières décennies de la Troisième République, une telle option peut-elle convenir aux protestants ? Un républicain modéré peut, certes, être un homme qui ne souhaite que très peu de réformes sociales ; et, dans ce cas, il n’y a pas de raison pour que l’on ne trouve pas de huguenots « modérés socialement ». Mais le concept de modéré induit aussi une certaine « modération politique ». Et, dans la France de ce temps, cela implique de ne pas professer des opinions anticléricales. Or c’est bien ce qui fait problème pour un protestant, puisque l’histoire les a conduits à se méfier très fortement de l’Église romaine. En particulier, durant la première décennie de la République, lorsque l’Église catholique (sa hiérarchie tout au moins) opte pour la monarchie et se déclare favorable à une société la plus proche possible de l’Ancien Régime, où l’Église romaine serait honorée par l’État, et où, sans être persécutés, les non catholiques seraient simplement tolérés.

    10Après la victoire des Républicains en 1877-1879, et bien que l’Église catholique ne modifie pas officiellement ses choix politiques et sociaux, la situation peut évoluer. Et, pour comprendre les choix des protestants, il convient de bien distinguer trois groupes : les anticléricaux d’origine catholique, les anticléricaux protestants et les anticléricaux d’origine protestante.

    11En effet, l’anticléricalisme des protestants n’est pas identique à celui des républicains anticléricaux d’origine catholique. Ces derniers se sont détachés de l’Église romaine, mais aussi, le plus souvent, de la foi chrétienne, à la suite d’une démarche personnelle parfois douloureuse (c’est le cas de Renan, par exemple). Ils sont en général agnostiques et verraient sans déplaisir le déclin de toute forme de religion, déclin qu’ils pronostiquent d’ailleurs. De plus, une partie d’entre eux cherche à lutter non seulement contre le cléricalisme, mais aussi contre la religion elle-même, qu’ils aimeraient, en quelque sorte, « aider à mourir ». Naturellement, les anticléricaux protestants ne sont en aucun cas de cet avis. Leur anticléricalisme n’est associé à aucune hostilité envers la religion ; au contraire, c’est un anticléricalisme « ecclésial », puisqu’il est destiné à défendre une Église (la leur). Ils peuvent donc faire un bout de chemin avec les anticléricaux d’origine catholique dans certaines circonstances, mais ils ne se confondent nullement avec eux, parce qu’ils n’ont pas les mêmes buts. De ce fait, à certaines époques, lorsque ces derniers leur semblent aller trop loin et dépasser l’anticléricalisme pour lutter contre la religion elle-même, ils peuvent s’écarter d’eux, pour peu que l’Église catholique se modère elle-même. Ils sont alors des anticléricaux modérés ; mais ils n’en demeurent pas moins anticléricaux. Ce qui ne fait pas d’eux des « modérés », si le critère de la modération politique est bien le refus de l’anticléricalisme. Par ailleurs, la situation se complique un peu parce que le jeu ne se joue pas à deux, mais à trois : on remarque en effet un groupe assez actif dans le camp républicain et formé d’anticléricaux d’origine protestante, comme Ferdinand Buisson, ou Francis de Pressensé. Détachés de toute Église protestante, ils ressemblent aux anticléricaux d’origine catholique. Mais, sauf cas particulier, ils ne se confondent pas avec eux, parce qu’ils ont conservé des liens, au moins sentimentaux, avec leur Église d’origine et que leur anticléricalisme est dirigé non pas contre l’Église de leur enfance, mais contre l’Église catholique, adversaire de l’Église de leur enfance. En France il est donc rare qu’un anticlérical d’origine protestante ait la volonté de lutter contre toutes les Églises, parce que, s’il le faisait, il lutterait contre une Église protestante et qu’il aurait un peu l’impression de faire cause commune avec les persécuteurs de ses ancêtres. D’où le statut un peu ambigu de ceux-ci, qui refusent souvent de soutenir une lutte anticléricale si elle nuit à une Église protestante6.

    12En cette matière il convient donc de nuancer les analyses.

    II.– Les débuts de la Troisième République (1870-1879) : l’impossible modération

    13Durant la première décennie de la République, de 1870 à 1879, il est clair que la plupart des protestants républicains ne sont pas des modérés. Il est vrai que les circonstances ne peuvent guère les y conduire, puisque c’est le moment où l’Église catholique les choque doublement, en raison de son évolution doctrinale et politique : la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale (1870) et les manifestations collectives de piété ultramontaine. Ce que René Rémond appelle le « catholicisme assomptionniste », ce « catholicisme de combat, mystique, militant, militaire, même ligueur » avec ses « parades de pèlerins » et sa « piété foraine »7, qui parvient, notamment, à faire ériger sur la plus haute colline de Paris une basilique dédiée, qui plus est, au Sacré-Cœur. Par ses choix politiques royalistes aussi, sa volonté de faire tout ce qui est en son pouvoir pour obtenir une restauration monarchique et donc le retour sur le trône de France d’un descendant de Louis XIV, de si funeste mémoire pour les huguenots.

    14Logiquement, puisque les modérés sont plutôt susceptibles de se trouver dans les rangs des orléanistes, les protestants républicains ne peuvent pas être regardés comme des modérés. Prenons quelques exemples. Parmi les parlementaires, on remarque un groupe de protestants proches de Gambetta. Ainsi, Auguste Scheurer-Kestner, que son environnement familial ne peut que conduire vers le républicanisme actif puisqu’il est le « gendre d’un ancien représentant de 1848, et beau-frère de deux proscrits célèbres, Victor Chauffour et Jean-Baptiste Charras »8. Opposant à l’Empire, il est lui-même emprisonné quatre mois en 1862, ce qui lui vaut de se lier avec Clemenceau, qu’il rencontre en prison. Républicain intransigeant, il refuse le serment à l’Empire et ne participe pas aux élections avant 1871, mais sa fortune lui permet de financer la propagande républicaine. Devenu l’un des proches de Gambetta en 1870, il lui reste fidèle ensuite et contribue, à partir de 1876, au financement du journal de Gambetta, La République française, qu’il dirige d’ailleurs jusqu’en 1885. Élu député en 1871, puis sénateur inamovible en 1876, il est l’un des dirigeants de l’Union républicaine ; et, après la mort de Gambetta, il soutient Ferry. Signalons, aussi, le colonel Pierre Denfert-Rochereau, le « défenseur de Belfort », républicain de longue date (en décembre 1848 il avait voté pour Ledru-Rollin), si mal vu des monarchistes, qu’il est placé en non-activité le 10 mars 1871 ; comme l’écrit Clemenceau :

    « Ce soldat taciturne, invaincu, était comme une injure vivante, un spectre accusateur pour tant d’hommes qui avaient passé de la plus folle arrogance à l’abandon de toute énergie d’homme et de soldat. La vieille armée, anxieuse de ressaisir son influence […] exécrait cet officier républicain, qui s’était mis au travers de la déroute commune »9.

    15Ami de Gambetta, président du groupe de l’Union républicaine, il fait naturellement partie des « 363 » en 1877 et reste un très ferme républicain jusqu’à sa mort (en 1878). Mais le collaborateur protestant de Gambetta le plus connu est naturellement Charles de Freycinet. Son action à Tours pour aider à mettre sur pied l’armée de la Loire, puis, après la retraite de Gambetta à Bordeaux, les armées du Nord et de l’Est sont si connues10 qu’il est inutile d’y insister. Bien qu’il ne soit pas élu en 1871 (il sera sénateur de 1876 à 1920), il participe à la rédaction de La République française, et si, ensuite, il évolue vers la modération, il ne peut alors être catalogué comme tel. Au journal il retrouve d’ailleurs un autre protestant, ancien professeur à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, Timothée Colani11, que Gambetta appelait « notre d’Aubigné », lui aussi républicain convaincu.

    16On retrouve cette tendance républicaine affirmée parmi les hommes politiques de province. Ainsi, par exemple, au sein du patronat textile de la région de Rouen, on peut signaler Charles Besselièvre, conseiller général de Seine-Inférieure de 1871 à 1894, révoqué par Mac Mahon en 1877, et réinstallé peu après dans ses fonctions, infatigable défenseur, et conférencier, de la Ligue de l’enseignement et son ami Richard Waddington, député de 1876 à 1891, date à laquelle il est élu sénateur. Selon Philippe Manneville « tous deux furent d’ardents républicains, figurant parmi les fondateurs du Petit rouennais – journal nettement anticlérical, quotidien le plus axé à gauche, mais dont le radicalisme était plus ouvriériste que véritablement socialisant »12. Et aussi, naturellement, Jules Siegfried, principal auteur de la profession de foi du Comité central républicain du Havre pour les élections municipales d’avril 1871, qui réclame notamment une instruction gratuite et laïque et la séparation des Églises et de l’État13. Quant aux électeurs protestants du Gard, comme l’écrit R. Huard : « le plus grand nombre, fidèle à une tradition “patriote” ancienne, trouve dans les propositions des républicains une réponse à ses préoccupations14 ».

    17On le voit, il est clair que, dans la première décennie de la République, les protestants républicains ne peuvent être classés parmi les modérés. C’est d’ailleurs logique, puisqu’au début de cette période tout au moins, les modérés ne sont pas républicains, mais orléanistes ou « centre gauche ». Mais, et c’est sans doute le point le plus intéressant, en général15 ces protestants orléanistes, mécontents des compromissions d’une partie de leurs amis politiques avec la droite cléricale, deviennent républicains, et mêmes de fermes républicains. C’est le cas, par exemple d’Ernest Feray, petit-fils d’Oberkampf, conseiller général orléaniste de Seine-et-Oise de 1848 à 1871. Élu député en 1871 sans étiquette très précise, en fait modéré de sympathie orléaniste, il est l’un des principaux fondateurs du groupe du centre gauche à l’Assemblée nationale. Mais, dès le début de l’année 1873, il se déclare en faveur de la République. Et, comme le précise le préfet lors de ses obsèques, en 1892 :

    « Son adhésion à la République fut éclatante, décisive. L’influence de ses déclarations fut si grande au sein de l’Assemblée nationale […] qu’il est juste de dire que M. Feray a été l’un des fondateurs de la République »16.

    18Très ferme opposant à la tentative de restauration monarchique en 1873, élu sénateur en 1876, il vote contre la dissolution de la Chambre en 1877, ce qui lui vaut d’être révoqué de son poste de maire d’Essonne le 1er août 1877, et lui permet de répondre au ministre de l’Intérieur dans une lettre ouverte :

    « Vous n’arracherez pas du cœur de la France l’amour de la liberté et de la légalité, le dévouement aux institutions républicaines, la volonté de les défendre et de défendre avec elle ses droits les plus chers et ses intérêts les plus précieux »17.

    19D’ailleurs, le 30 janvier 1879, c’est lui qui préside la réunion des gauches destinée à fixer le choix des républicains pour l’élection à la présidence de la République du successeur de Mac Mahon. Citons aussi le cas du pasteur Edmond de Pressensé : élu député en 1871, il siège au centre gauche et défend vigoureusement la politique de Thiers dans les colonnes de la Revue chrétienne et dans celle du Journal des débats. Mais, dès le 24 mai 1873, il passe dans le camp des fermes républicains pour, comme il l’écrit lui-même le 5 juin, « lutter pour la liberté religieuse »18. Et il ne se prive pas, par exemple, pour dénoncer le célèbre arrêté du préfet du Rhône interdisant les enterrements civils après 7 heures du matin, dans une « harangue », « hachée d’interruptions par la droite, mais très applaudie par la gauche »19. Si bien qu’en 1876 il est candidat en Seine-et-Oise avec l’appui de tous les républicains. On le voit, une bonne partie des protestants modérés ne peuvent pas maintenir cette option après 1873. Et ce sont les conditions de la lutte politique, qui, en plaçant la question du cléricalisme au centre du débat, jouent un grand rôle dans cette évolution. Par ailleurs, durant ces années puisque les républicains ne disposent pas réellement du pouvoir, ils ne sont pas en mesure d’agir. De ce fait il n’est pas encore utile de faire la distinction entre anticléricaux d’origine catholique et anticléricaux d’origine protestante, puisqu’alors ces deux groupes se retrouvent dans la simple défense de la liberté religieuse.

    20Toutefois, a-t-on jamais vu des protestants unanimes ? Entre 1871 et 1879, et en dépit de ces circonstances, on rencontre tout de même quelques protestants républicains et modérés. C’est le cas, par exemple, du banquier Alfred André. Élu comme républicain très modéré en juillet 1871, il se montre conservateur tant au point de vue social qu’au point de vue politique20. Certes, dans l’été 1873, il fait savoir son opposition à la tentative de restauration monarchique, mais c’est toujours en se présentant comme un « modéré »21. Et sa modération ne se dément pas ensuite, bien que, dans quelques affaires où la liberté religieuse semble mise en cause, il prenne position contre le cléricalisme. Autre exemple, Léon Say issu du même monde proche des milieux bancaires (dans ce cas, les Rothschild). Élu député modéré en 1871, il se prononce lui aussi contre la restauration dans l’été 1873, mais il reste toute sa vie un homme très modéré. Nommé ministre des finances en décembre 1872, il le reste jusqu’en mai 1873. À nouveau ministre des finances dans le cabinet Buffet en mars 1875, alors qu’il est président du groupe du centre gauche, il conserve ce poste jusqu’au 16 mai 1877. Il le retrouve, d’ailleurs, dans le 5e cabinet Dufaure, qui consacre l’échec des tentatives de Mac Mahon, et qui est composé de membres du centre gauche, à l’exception de Freycinet qui y représente la gauche. Ensuite il sera encore deux fois ministre, dans des gouvernements dirigés par des protestants (Waddington et Freycinet). Libéral, spécialiste des questions économiques et favorable au libre-échange, il est l’exemple type de ces républicains de gouvernement, très modérés au point de vue social, mais aussi très attachés à la liberté, puisqu’il sera un très ferme opposant à Boulanger, quittant même son siège de sénateur en 1889 pour se faire élire comme député antiboulangiste dans les Basses-Pyrénées. Il reste que sa modération est bien connue du monde politique de ce temps. En voici un exemple, parmi bien d’autres : le 13 décembre 1877, le 5e cabinet Dufaure inclut Léon Say comme ministre des Finances, ce qui démontre l’échec des monarchistes. Ce cabinet doit, naturellement, se présenter devant les Chambres et faire une déclaration, acceptée par le président de la République. Il lui faut en particulier rassurer la Chambre des députés contre l’éventualité d’une nouvelle dissolution, bien qu’il s’agisse d’une prérogative explicitement accordée au président par le Constitution. La rédaction de ce texte est donc délicate. Or Freycinet, seul ministre de gauche dans ce cabinet centre gauche, rapporte dans ses Souvenirs :

    « Nous comptions beaucoup sur la plume alerte et fine de M. Léon Say ; son grand art des nuances et sa connaissance parfaite des milieux parlementaires nous donnaient les meilleures chances pour une solution heureuse des difficultés que soulevait la rédaction de cette pièce capitale. » L. Say s’acquitte d’ailleurs parfaitement de sa tâche : « […] la question était traitée par voie indirecte, au moyen d’un incidente glissée dans la phrase, ce n’était pas une affirmation de principe, mais la constatation occasionnelle d’un fait »22.

    21Peut-être, d’ailleurs trouvons-nous là une illustration de ce qu’est la modération en politique. Mais il est vrai que, dans ce cas, le problème du cléricalisme n’est pas directement en jeu.

    22On le voit, durant cette première période, il y a bien quelques républicains protestants et modérés, mais ce sont souvent des hommes liés au monde de la finance, et ils ne sont pas à l’unisson de la classe politique protestante et du peuple protestant.

    III.– Les républicains au pouvoir (1879-1897) : une modération devenue possible : une « laïcité à l’américaine »

    23Durant la seconde phase de notre période, de 1879 à 1897, les républicains sont au pouvoir et ils possèdent souvent d’assez larges majorités à la Chambre des députés, ils sont donc en mesure de se diviser. De plus, le « danger » clérical est beaucoup moins net qu’avant, et, au contraire c’est plutôt l’anticléricalisme extrémiste qui peut sembler menaçant à certains hommes religieux. De ce fait, on voit apparaître un groupe non négligeable de protestants qui comprennent la laïcité autrement que bien des anticléricaux d’origine catholique.

    24Cette césure dans le camp républicain est rapidement mise en évidence. Quelques exemples individuels permettent d’en prendre connaissance. En effet, dès décembre 1879, le président du conseil, W. Waddington, démissionne parce qu’il considère que Ferry va trop loin dans la lutte contre les congrégations et que les amis de Gambetta, qui le critiquent, n’ont pas la même conception que lui de l’exercice du pouvoir et de la laïcité. Il est vrai que, dans le domaine de la laïcité, Waddington est un modéré : ministre de l’instruction publique dans le 4e cabinet Dufaure (mars 1876 à mai 1877), il tente certes d’imposer des limites à l’enseignement supérieur catholique et il ne s’incline que devant l’hostilité du Sénat, mais son action est là caractéristique. Il ne veut pas que l’Église romaine domine la société et il s’oppose à l’une des lois emblématiques de l’Ordre moral (la mise sur pied d’un enseignement supérieur catholique) ; mais il refuse la politique de Ferry qui, à ses yeux, ne respecte pas la pleine liberté religieuse. Toutefois, sa démission de décembre 1879 est peut-être moins significative que celle de Freycinet, un an plus tard. En effet, Waddington est certainement un républicain insoupçonnable. Élu député en 1871 il siège d’abord au centre, mais il se déclare en faveur de la république dès 1872. Et, c’est lui qui forme le premier gouvernement républicain en février 1879 alors que ses amis ont conquis tous les organes du pouvoir. Gouvernement resté célèbre, d’ailleurs, puisque la moitié de ses ministres sont protestants (record inégalé à ce jour). Toutefois, pour notre propos, Waddington peut aussi être considéré comme un modéré, un peu intermédiaire entre le centre gauche et la gauche. Alors que Freycinet, qui lui succède en décembre 1879, est regardé alors comme un homme de gauche, encore proche de Gambetta. D’ailleurs, il accepte le fameux « article 7 » de la loi proposée par Ferry et il le défend (avec une certaine réticence il est vrai) devant le Sénat ; de plus, en juin 1880 son gouvernement procède à l’expulsion des jésuites ; et, comme il le rapporte lui-même dans ses Souvenirs, la première fois qu’il s’oppose à Gambetta en juin 1880 (et qu’il se sent « aussi triste qu’embarrassé »23) ce n’est pas sur la politique laïque mais à propos de l’amnistie des communards. Pourtant c’est bien à propos de la dissolution des congrégations non autorisées et, plus généralement, au sujet de la compréhension de la laïcité, qui n’exclut pas une certaine concertation plus ou moins tacite avec le Saint Siège pour sa mise en application, qu’il démissionne en septembre 188024. Ainsi se dessinent peu à peu les contours d’une « laïcité protestante », que les hommes politiques protestants et républicains (les anticléricaux protestants) vont tenter, sans succès, de faire prévaloir. Comme le montre un autre exemple, celui d’Edmond de Pressensé. Battu aux élections législatives de 1876, il souhaite vivement entrer au Sénat comme sénateur inamovible. Or ses amis se font forts d’obtenir son élection pour peu qu’il accepte l’article 7 ; ce qu’il refuse avec énergie. Comme il s’en explique, d’ailleurs, en 1880 dans la Revue chrétienne :

    « J’assistais à la séance du Sénat sur l’article 7. Je pensais quelle rougeur m’eût constamment monté au front pendant ces débats, si j’étais entré par la porte basse qui m’avait été entrebâillée. Chose étrange ! J’ai envie de repousser cet article quand j’entends ses défenseurs et de le voter quand j’entends ses adversaires, comme Chesnelong, avec ses hymnes aux jésuites »25.

    25E. de Pressensé a d’ailleurs raison de suivre sa conscience, puisqu’il est élu sénateur inamovible en 1883, peu de temps avant la suppression de ce corps.

    26Il reste qu’au niveau des hommes politiques actifs, on voit bien ce qui distingue les anticléricaux protestants des anticléricaux d’origine catholique, comme Ferry ou Gambetta. La laïcité qu’ils défendent vise seulement à permettre le libre exercice des droits de l’homme et donc le pluralisme religieux sur la base de l’égalité des cultes. C’est une laïcité « à l’américaine », où aucune Église ne dispose de privilège et donc où aucune Église ne peut être liée à l’État, mais où l’État n’ignore pas la religion et la considère comme un élément important de la vie publique (et aussi, naturellement, de la vie privée). Mais, dans le contexte français des années 1880 et 1890, cela conduit une partie des hommes politiques protestants à se retrouver dans le camp des anticléricaux modérés. Comme le montre l’exemple de Freycinet qui, encore proche de Gambetta en 1880, évolue peu à peu vers des options politiques plus modérées. Et ce n’est pas par hasard qu’il est treize fois ministre et quatre fois président du Conseil.

    27Cette option du personnel politique protestant à propos du principal problème du moment, la laïcité, est partagée par les dirigeants de la communauté protestante. On s’en aperçoit lors du vote des lois Ferry laïcisant l’école. Ainsi, par exemple, le pasteur Eugène Bersier publie une brochure intitulée Lettre d’un pasteur à M. Jules Ferry sur ses projets de loi26, où il critique Ferry à propos de l’article 7 en lui reprochant de ne pas respecter la liberté et l’égalité parce qu’il interdit à certaines catégories de citoyens d’être des enseignants. Initiative qui provoque un débat au sein de la communauté protestante. Et, sans entrer dans les détails – qui ne sont pas notre propos27 – en ce qui concerne l’ensemble des lois laïcisant l’école, les instances dirigeantes du protestantisme ont tenté de faire prévaloir un autre type de laïcité que celui qui a été finalement adopté à l’instigation des anticléricaux d’origine catholique. Ainsi, par exemple, la Conférence pastorale de Paris de 1881 décrit l’école laïque qu’elle souhaite voir se développer comme un établissement où l’instituteur, un laïc, n’enseigne pas la religion, dans le but de préserver la liberté de conscience de celui-ci comme celle des enfants ; mais aussi une école où la religion n’est pas absente, étant entendu qu’elle est enseignée par les représentants des différents cultes à ceux des enfants dont les parents en ont fait la demande.

    28Cette conception différente de la laïcité, que j’ai proposé de nommer « laïcité à l’américaine » conduit à classer la plupart des protestants pratiquants au sein du groupe républicain, certes, mais plutôt parmi les anticléricaux modérés. Ce qui les rapproche des républicains modérés, avec lesquels, toutefois, ils ne se confondent pas.

    29Les années 1880 voient donc l’apparition des protestants républicains et anticléricaux modérés. De fait, si on s’intéresse aux cinq ministres protestants du gouvernement Waddington en 1879 (en plus du président du conseil : Elie Le Royer, Léon Say, Jean-Bertrand Jauréguiberry et Charles de Freycinet), on constate que L. Say est certes un modéré et que Waddington est un peu intermédiaire entre la gauche et le centre gauche ; mais que les trois autres sont alors des républicains affirmés28. Mais qu’ensuite, ceux qui poursuivent une carrière politique se modèrent, comme Le Royer, président du Sénat de 1882 à 1893. D’ailleurs parmi les 14 protestants élus sénateurs inamovibles29, on compte aussi plusieurs modérés, comme par exemple, Edmond Scherer, que Philippe Vigier n’a pas hésité à qualifier de père fondateur de la Troisième République30 ; il est certes un républicain ardent, mais il est aussi très modéré au point de vue social, et même politique : n’est-il pas allé jusqu’à regretter l’usage du suffrage universel ?

    30On le voit, par le biais d’une conception spécifique de la laïcité, les années 1880 sont propices à l’apparition d’un nouveau type de protestant républicain, l’anticlérical modéré. Et ceux des protestants qui partagent les opinions des anticléricaux d’origine catholique, sont en général des anticléricaux d’origine protestante, plus que des anticléricaux protestants. Comme les collaborateurs bien connus de J. Ferry, Ferdinand Buisson, Félix Pécaut et Jules Steeg, par exemple. Encore qu’à cette date ceux-ci ne soient pas exactement à l’unisson des radicaux anticléricaux. Comme le montre, par exemple, l’article « prière », rédigé par F. Buisson pour la première édition du Dictionnaire de pédagogie, où l’on remarque, comme l’écrit P. Cabanel, « le refus de priver l’homme de sa dimension d’être priant, ouvert à l’infini, avec cet avertissement sur l’“irrémédiable prosaïsme” auquel l’école laïque risque d’être réduite, ce qui est aussi une inquiétude majeure de Pécaut »31. Il reste que ces anticléricaux d’origine protestante ne sauraient passer pour des modérés. Tout comme Frédéric Desmons, ancien pasteur, grand maître du Grand Orient de France, par exemple32. Il y a donc persistance d’un courant de protestants républicains qui ne sont pas des anticléricaux modérés, mais souvent ce sont plutôt des hommes qui se sont éloignés de leur Église d’origine.

    IV.– L’affaire Dreyfus et ses suites : un anticléricalisme modéré et l’acceptation nuancée des lois laïques

    31Chacun le sait, l’affaire Dreyfus ouvre une nouvelle page de l’histoire de la Troisième République. En provoquant une radicalisation des positions, elle aboutit notamment à la loi de séparation des Églises et de l’État. Cela conduit, aussi, les protestants à se positionner d’une façon qui rappelle la première décennie de la République. En effet, les déclarations d’un certain nombre de journaux et de personnalités catholiques au moment de l’affaire Dreyfus réactualisent leurs craintes. Ce qui ne peut que les amener à réagir comme cela avait été le cas dans les années 1870 et donc à se retrouver dans le camp des fermes républicains.

    32Parmi les hommes politiques protestants de premier plan, il est vrai, tous ne manifestent pas des sentiments dreyfusards. Certes, chacun connaît le rôle flamboyant de Scheurer-Kestner. Quant à Francis de Pressensé, futur président de la Ligue des droits de l’Homme, il est, lui aussi, un dreyfusard actif, qui n’hésite pas à prendre des risques personnels ; d’ailleurs l’affaire Dreyfus provoque chez lui une mutation radicale vers la gauche et même le socialisme33. Mais Freycinet, ministre de la guerre dans les 4e et 5e cabinets Dupuy (novembre 1898-juin 1899), est un peu incertain ; il ne se déclare certes pas hostile à la révision et il interdit aux militaires de participer à la souscription Henry, mais il n’est pas un dreyfusard énergique. Et même un homme comme Ferdinand Buisson, qui ne peut passer pour un républicain modéré, attend assez longtemps – l’été 1898 – pour se faire connaître comme dreyfusard, plus pour ne pas diviser les rangs des républicains à la veille des élections législatives que par refus de la révision elle-même. Il est vrai que, dans le camp des politiques actifs, l’affaire Dreyfus n’est peut-être pas le clivage le plus pertinent de la modération ou de l’absence de modération, puisqu’il n’y aurait pas eu d’affaire Dreyfus si tous les fermes républicains avaient été favorables à la révision.

    33Il reste que l’affaire est importante pour le protestantisme français, qui ne se montre sans doute pas unanime – ce qui ne saurait surprendre – mais qui est précocement et massivement dreyfusard. Un grand nombre de pasteurs et de protestants connus, comme André Gide, Charles Gide, Gabriel Monod, Frank Puaux, Albert Réville, Félix Pécaut, par exemple, prennent position pour Dreyfus, tout comme les doyens des deux Facultés de théologie protestante. D’ailleurs on ne trouve pas un seul article antidreyfusard dans la presse protestante entre 1897 et 1899. Au contraire, on trouve un grand nombre d’articles vengeurs, qui dénoncent à longueur de colonne l’antisémitisme, le refus de la révision et le cléricalisme34. Quant à André Siegfried, il signale la « passion » des protestants du Midi à défendre Dreyfus35 ; Émile G. Léonard jugeant, pour sa part que l’affaire Dreyfus a :

    « […] contribué à le pousser [le protestantisme français] “vers la gauche” […] en provoquant dans l’opinion française “de droite” un tel déchaînement d’attaques antiprotestantes qu’il était difficile à un fidèle de la Réforme de continuer à appartenir aux partis où elle faisait rage »36.

    34D’ailleurs est-ce tout à fait par hasard si deux protestants, Francis de Pressensé et Ferdinand Buisson président successivement la Ligue des droits de l’Homme entre 1903 et 1926 ? En 1902, sur les 296 sections de cette Ligue, 5 % ont un pasteur pour président, vice-président ou secrétaire ; quant au Comité central de la Ligue, il compte 22 % de protestants37, alors que ces derniers ne rassemblent pas plus de 1,6 % de la population française. Il est vrai qu’en adhérant à la Ligue des droits de l’Homme, protestants et pasteurs ont le sentiment de défendre le libre exercice des droits de l’homme, et donc les Églises protestantes de France.

    35On le voit, pour la question qui nous intéresse, l’affaire Dreyfus joue un peu le rôle de la tentative de restauration monarchique dans les années 1870 : elle entraîne les protestants vers des positions qui ne sont pas modérées. On s’en aperçoit, lors des débats qui accompagnent la politique de Waldeck-Rousseau, puis la préparation et le vote de la loi de séparation des Églises et de l’État. Certes, on compte alors moins d’hommes politiques protestants de premier plan. Mais au Sénat Freycinet prend une part active à la préparation de la loi de séparation. Tandis qu’Eugène Réveillaud, député radical de Charente-Inférieure et franc-maçon, ce qui ne l’empêche nullement d’être un protestant pratiquant fort actif dans l’Église, est l’un des relais des dirigeants de l’Église vers le monde politique qui prépare la séparation38. Tandis que Ferdinand Buisson, qui a évolué vers le socialisme, ne saurait donc être tenu pour un modéré, au même titre que F. de Pressensé, qui élu député – « socialiste républicain » en 1902 –, dépose en avril 1903 un projet de loi de séparation des Églises et de l’État particulièrement restrictif.

    36Dans ce climat général, on constate donc que le plus souvent les hommes politiques protestants de premier plan ne sont pas des modérés. On peut penser qu’ils sont alors à l’unisson de la communauté protestante puisque la plupart des journaux protestants commencent par approuver la loi sur les associations de mars 1901. En voici un exemple, parmi bien d’autres : le pasteur L. Lafon, qui s’était distingué par son dreyfusisme flamboyant écrit dans La vie nouvelle :

    « Allons au fond des choses : le catholicisme avec ses congrégations qui forment le meilleur de ses troupes, a déclaré la guerre à toute pensée libre, à toute conscience émancipée, à l’État laïque ! Le catholicisme veut prendre la France tout entière – et nous savons ce qu’il en ferait […] on ne doit la paix qu’à l’ennemi qui désarme. On ne doit la liberté qu’à ceux qui n’ont plus d’esclaves »39.

    37On le voit, les polémiques de l’affaire Dreyfus sont passées par là. D’autre part, les instances dirigeantes du protestantisme sont sans doute un peu inquiètes lors des premiers débats, parce qu’elles craignent que les dispositions de la loi soient gênantes aussi pour leurs Églises. Mais elles sont rassurées par le texte de la loi, qu’elles finissent par approuver. Sans doute parce que, bien informées par l’intermédiaire d’un jeune haut fonctionnaire, Louis Méjan, membre du cabinet du Garde des Sceaux (E. Monis), elles ont compris que ce qui était en cause c’était moins les associations que le Concordat. Et qu’elles ne sont pas hostiles au principe de la séparation.

    38Toutefois, à l’image de l’attitude qui fut la leur dans les années 1880, les dirigeants du protestantisme tiennent à se démarquer des anticléricaux d’origine catholique en affirmant que la loi de 1901 est sans doute nécessaire, mais qu’elle n’est pas suffisante, et qu’il convient de donner à la France une religion conforme à l’esprit du monde moderne, avide de liberté. Ce qui revient à dire que les protestants doivent redoubler d’efforts pour annoncer l’Évangile tel qu’ils le comprennent parce qu’à leurs yeux c’est la seule religion acceptable par un pays libre où la religion est honorée librement ; comme le montre, selon eux, l’exemple des États-Unis.

    39Au moment de la préparation de la loi de séparation, les dirigeants du protestantisme agissent de façon assez proche. Dès juillet 1902, le synode des réformés évangéliques se déclare à l’unanimité « favorable en principe » à la séparation, parce que ses membres sont convaincus que l’affaire est avant tout politique et que s’ils veulent obtenir que, contrairement à ce que souhaitent certains anticléricaux d’origine catholique, la loi ne soit pas utilisée pour lutter contre la religion, le mieux est encore d’en accepter le principe, quitte à se battre sur ses modalités. L. Lafon écrivant, par exemple, en novembre 1902, que le Concordat aurait pu durer si « les catholiques n’avaient tenté de faire de la religion un bélier pour abattre la République, la Démocratie, la Liberté »40. Ce principe posé, ils agissent en ce sens. Ainsi, par exemple, en juin 1903, Eugène Réveillaud dépose un projet de loi préparé en concertation avec les dirigeants du groupe des réformés évangéliques. Ce projet offre l’exemple de ce que l’on pourrait appeler une « séparation protestante ». Certes, à l’aune de la vie politique française, cela ne peut pas être regardé comme une position politique modérée ; mais ce n’est pas pour autant un alignement sur les positions des anticléricaux d’origine catholique. D’ailleurs les dirigeants du protestantisme s’opposent vivement au projet Combes déposé en novembre 1904. Et, finalement, le texte de loi voté en 1905 ne pose pas de problèmes aux protestants, qui l’acceptent facilement.

    40Logiquement, les protestants se rangent alors dans le camp des fermes républicains, et non des modérés. Ils peuvent donc être classés parmi les anticléricaux. Certes ces anticléricaux protestants ne se confondent nullement avec les anticléricaux d’origine catholique, parce qu’ils ne se réclament pas du même type de laïcité. Mais alors cela ne fait pas d’eux des anticléricaux modérés.

    Conclusion : Modéré, un concept peu opératoire avant 1950

    41Que retenir de ce rapide parcours ? À la question que nous nous posions au début de notre intervention – les protestants républicains peuvent-ils être des modérés entre 1870 et 1905 ? – il est clair que la réponse est négative. Au maximum une partie d’entre eux sont des anticléricaux modérés durant une partie de cette période. En fait peut-être est-ce tout simplement parce que le concept de « modéré », tel qu’il se définit alors, est mal adapté aux protestants français, ceux d’entre eux, tout au moins, qui sont républicains41. Durant les premières décennies de la Troisième République, un catholique modéré ne peut guère être conduit à faire un bout de chemin avec les anticléricaux d’origine catholique, qui luttent non seulement contre ce qu’ils perçoivent comme des ingérences indues de l’Église romaine dans le domaine politique, mais aussi, parfois, contre cette Église, quand ce n’est pas contre la religion. Entre 1870 et 1905 un protestant, même de tempérament modéré, est plutôt dans la situation inverse, puisque les anticléricaux l’aident à défendre son Église. Sans doute a-t-il fallu attendre la seconde moitié du XXe siècle, et des conditions politiques totalement différentes, pour que l’on puisse être protestant, républicain et politiquement modéré.

    Notes de bas de page

    1 Léon Pilatte, Œuvres choisies, Paris et Lausanne, Fischbacher, Grassard, Chastel, Bridel, 1894, p. 523.

    2 P. 9, col. 3.

    3 Charles de Freycinet, Souvenirs 1848-1878, Paris, Delagrave, 6e éd., 1914, p. 360.

    4 Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Paris, Union générale d’éditions, 1963, p. 168 (coll. « 10-18 »).

    5 On dénombre 5 monarchies protestantes (la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège, la Suède) et deux monarchies catholiques (l’Espagne et la Belgique).

    6 Tel est le cas, par exemple, de Francis de Pressensé qui, président de la Ligue des droits de l’Homme, refuse en 1907-1908 d’approuver la politique anticléricale d’Augagneur, en lutte contre les missions protestantes à Madagascar ; voir à ce propos Rémi Fabre, Francis de Pressensé et la défense des Droits de l’Homme, un intellectuel au combat, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004, p. 288-298.

    7 René Rémond, La droite en France de la Première Restauration à la Ve République, Paris, Aubier, 1963, p. 141 et p. 143-144.

    8 Sylvie Aprile, « L’engagement dreyfusard d’Auguste Scheurer-Kestner : un combat pour l’honneur de la République et de l’Alsace », dans Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 1996, p. 57.

    9 Cité par François Goguel, « Le colonel Denfert-Rochereau », dans Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, tome 124, 1978, p. 200.

    10 À ce propos ses Souvenirs, déjà cités, sont fort intéressants.

    11 Sur Colani, consulter André Encrevé, Protestants français au milieu du XIXe siècle, les réformés de 1848 à 1870, Genève, Labor et Fides, 1986, passim.

    12 Philippe Manneville, « Grands négociants et industriels protestants de Normandie », dans André Encrevé et Michel Richard [sous la direction de], Actes du colloque Les protestants dans les débuts de la Troisième République, Paris, Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 1979, p. 333-353 ; p. 341.

    13 Pierre Ardaillou, Les républicains du Havre au XIXe siècle (1815-1889), Rouen, Publications de l’Université de Rouen, 1999, p. 190.

    14 Raymond Huard, « Les protestants du Gard, pensée et action dans les débuts de la Troisième République », dans Actes du colloque Les protestants dans les débuts…, p. 678.

    15 Naturellement on peut toujours trouver des exceptions, François Guizot, par exemple, qui reste orléaniste.

    16 Cité par André Encrevé, Les protestants en France de 1800 à nos jours, Paris, Stock, 1985, p. 209.

    17 Id.

    18 Henri Cordey, Edmond de Pressensé et son temps, Lausanne, 1916, p. 348.

    19 Ibid., p. 349.

    20 Il ne regrette guère la démission de Thiers en mai 1873, par exemple ; voir Jean-Jacques Hémardinquer, « Un homme d’affaires protestant à l’Assemblée de Versailles et aux élections de l’Ain (1875-1889) : le banquier Alfred André », dans Actes du colloque Les protestants dans les débuts…, p. 313. À cette occasion, au contraire, E. de Pressensé écrit : « ce qui me chagrine le plus, c’est de voir notre monde protestant de la haute banque ivre de joie » (id.).

    21 Il écrit : « Je crois […] que la République maintenue par le concours de tous les hommes modérés peut seule nous épargner dans l’avenir des révolutions nouvelles. » (Ibid., p. 314.)

    22 Op. cit., p. 397-398.

    23 Op. cit., vol. 2, p. 134.

    24 Il le précise dans ses Souvenirs : « L’autre opinion, la mienne, préconisait le maintien du statu quo jusqu’à la rentrée des Chambres […] La démarche des congrégations constituait, malgré tout, un pas vers la soumission ; elle enlevait à leur attitude l’apparence de la bravade et ne nous interdisait pas de patienter. Des actes plus décisifs, des demandes d’autorisation, ne tarderaient pas à suivre ; pourquoi les empêcher ? Nous avions bénéficié du silence de la papauté ; l’exécution soudaine du décret amènerait une protestation publique, qui, tout le monde en convenait, compliquerait la situation. Ne valait-il pas mieux (comme l’a fait depuis M. Waldeck-Rousseau) recourir à une loi générale sur les associations, qui nous permettrait d’effectuer, pour les ordres religieux, des choix rationnels ? » (Op. cit., vol. 2, p. 151).

    25 Revue chrétienne, 1880, p. 255 ; cité par Henri Cordey, op. cit., p. 470.

    26 Paris, 1879, 48 p.

    27 Consulter André Encrevé, « Les protestants réformés face à la laïcisation de l’école au début des années 1880 », dans Revue d’Histoire de l’Église de France, 1998, p. 71-96.

    28 Nous avons déjà évoqué Freycinet ; E. Le Royer est membre de la gauche républicaine et il pratique une politique d’épuration républicaine (il révoque 14 procureurs généraux sur 26) ; quant à l’amiral Jauréguiberry, il siège à la gauche du Sénat et appuie la politique coloniale de Ferry. Consulter : Michel Richard, « Les ministres protestants du cabinet Waddington », dans Actes du colloque Les protestants dans…, p. 199-216.

    29 Voir Michel-Emond Richard, « Notices sur les quatorze sénateurs inamovibles d’origine protestante », dans Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 1991, p. 265-316.

    30 Philippe Vigier, « Edmond Schérer, père fondateur de la Troisième République », dans Actes du Colloque Les protestants dans…, p. 183-197.

    31 Partick Cabanel, Le Dieu de la République, aux sources protestantes de la laïcité (1860-1900), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2003, p. 77-78.

    32 Voir Daniel Ligou, Frédéric Desmons et la Franc-maçonnerie sous la 3e République, Paris, Gedalge, 1966.

    33 Consulter à ce sujet : Rémi Fabre, Francis de Pressensé et la défense des Droits de l’Homme…, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004. Il est vrai que A. Scheurer-Kestner et F. de Pressensé sont plus des anticléricaux d’origine protestante que des anticléricaux protestants.

    34 Consulter : André Encrevé, « La petite musique huguenote », dans Pierre Birnbaum [sous la direction de] La France de l’affaire Dreyfus, Paris, Gallimard, 1994, p. 451-504.

    35 Op. cit., p. 46.

    36 Émile G. Leonard, Le protestant français, 2e éd., Paris, PUF, 1955, p. 228-229.

    37 Voir Patrick Cabanel, Les protestants et la République, Bruxelles, Complexe, 2000, p. 84.

    38 Son fils Jean fait partie du cabinet d’E. Combes.

    39 Louis Lafon, La vie nouvelle du 23 mars 1901.

    40 La vie nouvelle, 15 novembre 1902.

    41 Il existe, en effet, durant cette période une petite phalange de protestants monarchistes, comme par exemple Conrad de Witt (gendre de F. Guizot), député du Calvados à la fin du XIXe siècle et qui s’est distingué en étant le seul député de droite à voter en faveur de la révision du procès de Dreyfus ; ce qui lui a valu de perdre son siège aux élections de 1902 !

    Auteur

    • André Encrevé

      Professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Paris-XII Val de Marne

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    1 Léon Pilatte, Œuvres choisies, Paris et Lausanne, Fischbacher, Grassard, Chastel, Bridel, 1894, p. 523.

    2 P. 9, col. 3.

    3 Charles de Freycinet, Souvenirs 1848-1878, Paris, Delagrave, 6e éd., 1914, p. 360.

    4 Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Paris, Union générale d’éditions, 1963, p. 168 (coll. « 10-18 »).

    5 On dénombre 5 monarchies protestantes (la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège, la Suède) et deux monarchies catholiques (l’Espagne et la Belgique).

    6 Tel est le cas, par exemple, de Francis de Pressensé qui, président de la Ligue des droits de l’Homme, refuse en 1907-1908 d’approuver la politique anticléricale d’Augagneur, en lutte contre les missions protestantes à Madagascar ; voir à ce propos Rémi Fabre, Francis de Pressensé et la défense des Droits de l’Homme, un intellectuel au combat, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004, p. 288-298.

    7 René Rémond, La droite en France de la Première Restauration à la Ve République, Paris, Aubier, 1963, p. 141 et p. 143-144.

    8 Sylvie Aprile, « L’engagement dreyfusard d’Auguste Scheurer-Kestner : un combat pour l’honneur de la République et de l’Alsace », dans Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 1996, p. 57.

    9 Cité par François Goguel, « Le colonel Denfert-Rochereau », dans Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, tome 124, 1978, p. 200.

    10 À ce propos ses Souvenirs, déjà cités, sont fort intéressants.

    11 Sur Colani, consulter André Encrevé, Protestants français au milieu du XIXe siècle, les réformés de 1848 à 1870, Genève, Labor et Fides, 1986, passim.

    12 Philippe Manneville, « Grands négociants et industriels protestants de Normandie », dans André Encrevé et Michel Richard [sous la direction de], Actes du colloque Les protestants dans les débuts de la Troisième République, Paris, Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 1979, p. 333-353 ; p. 341.

    13 Pierre Ardaillou, Les républicains du Havre au XIXe siècle (1815-1889), Rouen, Publications de l’Université de Rouen, 1999, p. 190.

    14 Raymond Huard, « Les protestants du Gard, pensée et action dans les débuts de la Troisième République », dans Actes du colloque Les protestants dans les débuts…, p. 678.

    15 Naturellement on peut toujours trouver des exceptions, François Guizot, par exemple, qui reste orléaniste.

    16 Cité par André Encrevé, Les protestants en France de 1800 à nos jours, Paris, Stock, 1985, p. 209.

    17 Id.

    18 Henri Cordey, Edmond de Pressensé et son temps, Lausanne, 1916, p. 348.

    19 Ibid., p. 349.

    20 Il ne regrette guère la démission de Thiers en mai 1873, par exemple ; voir Jean-Jacques Hémardinquer, « Un homme d’affaires protestant à l’Assemblée de Versailles et aux élections de l’Ain (1875-1889) : le banquier Alfred André », dans Actes du colloque Les protestants dans les débuts…, p. 313. À cette occasion, au contraire, E. de Pressensé écrit : « ce qui me chagrine le plus, c’est de voir notre monde protestant de la haute banque ivre de joie » (id.).

    21 Il écrit : « Je crois […] que la République maintenue par le concours de tous les hommes modérés peut seule nous épargner dans l’avenir des révolutions nouvelles. » (Ibid., p. 314.)

    22 Op. cit., p. 397-398.

    23 Op. cit., vol. 2, p. 134.

    24 Il le précise dans ses Souvenirs : « L’autre opinion, la mienne, préconisait le maintien du statu quo jusqu’à la rentrée des Chambres […] La démarche des congrégations constituait, malgré tout, un pas vers la soumission ; elle enlevait à leur attitude l’apparence de la bravade et ne nous interdisait pas de patienter. Des actes plus décisifs, des demandes d’autorisation, ne tarderaient pas à suivre ; pourquoi les empêcher ? Nous avions bénéficié du silence de la papauté ; l’exécution soudaine du décret amènerait une protestation publique, qui, tout le monde en convenait, compliquerait la situation. Ne valait-il pas mieux (comme l’a fait depuis M. Waldeck-Rousseau) recourir à une loi générale sur les associations, qui nous permettrait d’effectuer, pour les ordres religieux, des choix rationnels ? » (Op. cit., vol. 2, p. 151).

    25 Revue chrétienne, 1880, p. 255 ; cité par Henri Cordey, op. cit., p. 470.

    26 Paris, 1879, 48 p.

    27 Consulter André Encrevé, « Les protestants réformés face à la laïcisation de l’école au début des années 1880 », dans Revue d’Histoire de l’Église de France, 1998, p. 71-96.

    28 Nous avons déjà évoqué Freycinet ; E. Le Royer est membre de la gauche républicaine et il pratique une politique d’épuration républicaine (il révoque 14 procureurs généraux sur 26) ; quant à l’amiral Jauréguiberry, il siège à la gauche du Sénat et appuie la politique coloniale de Ferry. Consulter : Michel Richard, « Les ministres protestants du cabinet Waddington », dans Actes du colloque Les protestants dans…, p. 199-216.

    29 Voir Michel-Emond Richard, « Notices sur les quatorze sénateurs inamovibles d’origine protestante », dans Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 1991, p. 265-316.

    30 Philippe Vigier, « Edmond Schérer, père fondateur de la Troisième République », dans Actes du Colloque Les protestants dans…, p. 183-197.

    31 Partick Cabanel, Le Dieu de la République, aux sources protestantes de la laïcité (1860-1900), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2003, p. 77-78.

    32 Voir Daniel Ligou, Frédéric Desmons et la Franc-maçonnerie sous la 3e République, Paris, Gedalge, 1966.

    33 Consulter à ce sujet : Rémi Fabre, Francis de Pressensé et la défense des Droits de l’Homme…, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004. Il est vrai que A. Scheurer-Kestner et F. de Pressensé sont plus des anticléricaux d’origine protestante que des anticléricaux protestants.

    34 Consulter : André Encrevé, « La petite musique huguenote », dans Pierre Birnbaum [sous la direction de] La France de l’affaire Dreyfus, Paris, Gallimard, 1994, p. 451-504.

    35 Op. cit., p. 46.

    36 Émile G. Leonard, Le protestant français, 2e éd., Paris, PUF, 1955, p. 228-229.

    37 Voir Patrick Cabanel, Les protestants et la République, Bruxelles, Complexe, 2000, p. 84.

    38 Son fils Jean fait partie du cabinet d’E. Combes.

    39 Louis Lafon, La vie nouvelle du 23 mars 1901.

    40 La vie nouvelle, 15 novembre 1902.

    41 Il existe, en effet, durant cette période une petite phalange de protestants monarchistes, comme par exemple Conrad de Witt (gendre de F. Guizot), député du Calvados à la fin du XIXe siècle et qui s’est distingué en étant le seul député de droite à voter en faveur de la révision du procès de Dreyfus ; ce qui lui a valu de perdre son siège aux élections de 1902 !

    Les « chrétiens modérés » en France et en Europe (1870-1960)

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    • Bergeaud, Antonin. Cette, Gilbert. Lecat, Remy. (2014) Productivity Trends from 1890 to 2012 in Advanced Countries. SSRN Electronic Journal. DOI: 10.2139/ssrn.2414367
    • (2020) Bibliographie de Jean-Marc Guislin (au 2 février 2020). Revue du Nord, n° 430. DOI: 10.3917/rdn.430.0453
    • (2017) Histoire des droites en France. DOI: 10.3917/perri.richa.2017.01.0575

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    • Encrevé, André. (2021) Le Temple national. DOI: 10.4000/books.pul.36809

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    Prévotat, Jacques, et Jean Vavasseur-Desperriers, éditeurs. Les « chrétiens modérés » en France et en Europe (1870-1960). Presses universitaires du Septentrion, 2013, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.21076.
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