Peut-on rire de tout ? Et même des spectacles de Dieudonné ?
p. 299-312
Texte intégral
« On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui » (Desproges, 1982).
1Cet adage emprunté à Pierre Desproges a perdu aujourd’hui la substantifique moelle de son concept originel, de par son usage répété et abusif de tous et à destination de tous, en toutes circonstances. Les personnalités politiques, les personnalités médiatiques, les personnalités religieuses se sont toutes emparées de cette phrase pour restreindre le rire à une limite finie aujourd’hui. Ils obtiennent dès lors une adhésion et une acceptation d’une très large majorité de la population ; c’est là l’essor du politiquement correct : un carcan intellectuel que toute expression d’une opinion doit accepter de fait.
Mais rire, c’est quoi ?
2« Le rire est le propre de l’homme » écrivait Rabelais (1997). Réflexe biologique qui apparaît à partir du quatrième mois de vie (Hess, 2008), le rire est aussi un comportement social : on ne rit pas de la même façon, ni de la même chose selon les époques, les pays, les cultures, les milieux sociaux, les âges, les genres (etc.). Au cœur de la vie sociale, il constitue l’une des formes essentielles par lesquelles l’Homme communique et exprime son rapport à soi, à autrui, au monde. Moyen de se mettre à distance des émotions, il est un moyen détourné de faire barrage à l’expression de la sensibilité (Bergson, 1900) tout autant qu’un moyen de lier les individus entre eux (Durkheim, 2007). Source de cohésion cimentant la société, le rire est et demeure l’une des composantes les plus extrêmes de la liberté d’expression, le fondement même de toutes les démocraties (Tocqueville, 1986).
3Toutefois peut-on (vraiment) rire de tout ?
Rire de Dieudonné ou avec Dieudonné, c’est exprimer quoi ?
4Fin 2013, l’un des one-man-shows de Dieudonné, « Le Mur » est l’occasion d’un bras de fer avec le pouvoir exécutif qui lui reproche ses nombreuses allusions antisémites tout au long de son spectacle. Le 9 janvier 2014, une ordonnance du Conseil d’État valide l’interdiction du spectacle. Les arguments de l’interdiction1 avancent « des risques de troubles sérieux à l’ordre public ». L’humour n’a ainsi pas été réprimé directement au nom de la liberté d’expression ; mais c’est ce qui entoure le spectacle de l’humoriste et les débordements éventuels qui auraient pu être occasionnés.
5Cet évènement particulièrement médiatisé est une première et une jurisprudence dans l’histoire des spectacles humoristiques, quand bien même il n’existe toujours pas à l’heure actuelle en France de lois limitant le rire et les thèmes tournés en dérision. Décrié dans les sphères médiatiques et politiques, condamné à de multiples reprises pour des dérapages dits « antisémites », l’humoriste semble pourtant fédérer un public très large et hétéroclite qui se construit à mesure que les polémiques jalonnent le parcours de ce personnage ambigu2.
6Bien que la liberté d’expression soit de rigueur aujourd’hui en France, le droit au blasphème (notamment) reste fortement encadré et sanctionne par de lourdes peines (y compris d’emprisonnement), les injures, les provocations à la discrimination, à la haine, à la violence contre toute personne (ou tout groupe de personnes) affiliée à une religion déterminée. Ce point de vue législatif s’appuie sur la tradition des Droits de l’Homme et sur un arsenal laïc qui en France est plus ancien et développé qu’ailleurs. La question du blasphème est aujourd’hui dans l’Hexagone et dans de nombreux pays un sujet particulièrement complexe à appréhender, entre histoire religieuse et modernité laïcisée.
7Ainsi, il est possible de rire de tout au nom de la liberté d’expression mais seulement lorsque celui-ci respecte l’Homme et ses droits fondamentaux. La question du rire blasphématoire en France est symptomatique aujourd’hui de cet enjeu crucial dans nos sociétés modernes sécularisées.
La réception du rire transgressif, un acte de communication engagé
8Que dire alors du public de Dieudonné ? Pourquoi les individus vont-ils à ces spectacles ? Pourquoi rient-ils et à quoi ? Se fédèrent-ils réellement à l’humour de Dieudonné ?3 Sont-ils des fans, fanatiques (Gern (le), 2002, 2009 ; Bart (le) 2000, 2004 ; Segre, 2014) ?
9Enquêter auprès de ces publics, c’est comprendre les raisons qui poussent certains individus à aller voir les spectacles d’un des humoristes les plus controversés aujourd’hui en France. Mais au-delà du rire transgressif de Dieudonné, cette enquête s’interroge plus largement sur l’insertion du rire dans notre société moderne contemporaine4.
Pénétrez dans la Dieudosphère : spectacles acidulés pour publics hétéroclites
10Qu’on le déteste ou qu’on l’idolâtre, le personnage « médiagénique » (Marion, 1995) qu’est Dieudonné fait parler, et c’est tout ce qui semble être recherché en finalité par les divers acteurs parties prenantes dudit phénomène Dieudonné :
- Les médias obtiennent une actualité et une polémique qui attire de nombreux publics 5.
- Les pouvoirs publics peuvent personnifier le concept d’antisémitisme.
- Dieudonné gagne, lui, en visibilité à chaque polémique et agrandit son cercle de publics.
11Au final, il semble que les publics de l’humoriste soient les seuls perdants de ce jeu médiatique. Car à mesure des polémiques, ces derniers sont souvent stigmatisés et représentés par les médias comme étant des fans, sous-entendus fanatiques, d’extrême droite et antisémites.
12Mais entre cette analyse des médias et le diagnostic que nous pouvons faire au regard des entretiens avec une partie des publics de Dieudonné, il est difficile de les considérer comme fans car ils ne connaissent que très peu de spectacles, seulement des sketchs forts. Ils ne le suivent pas toujours au quotidien en dehors des polémiques qu’il crée et l’acclament autant qu’ils le répudient.
Enquêteur (Er) : « Donc pour commencer, est-ce que tu peux me dire comment tu en es arrivé à devenir fan de Dieudonné ? »
Loïc : « On a regardé le spectacle chez moi un soir et j’ai trouvé que c’était pas mal et que y’avait rien d’antisémite là-dedans. Donc voilà, après j’ai regardé un peu plus ce qu’il faisait comme vidéos sur YouTube et ses spectacles après donc ça m’faisait marrer. Après j’sais pas si j’suis pas fan totalement… Enfin si je le suis un peu quand même vu que je regarde tout mais voilà c’est pas mon idole absolu non plus quoi… […] J’fais partie de son public c’est sûr j’ai envie d’aller voir son nouveau spectacle en plus en live mais y’a des trucs des fois qui me gêne un peu. J’vais pas dire « Dieudonné il a toujours raison, quoi qu’il fasse c’est bien », nan. Après j’adore ses spectacles, la plupart de ses vidéos (YouTube) elles me font marrer et voilà ça fait réfléchir un peu sur le monde c’est pas mal aussi, ça change. » (Loïc, 22 ans, public de Dieudonné depuis 2012)
13La plupart des enquêtés prennent du recul sur ses positions politiques en dehors de ses spectacles mais reconnaissent pourtant sa qualité de show-man sur scène comme le souligne Xavier :
Er : « Et si tu devais le défendre aujourd’hui tu dirais quoi ? »
Xavier : « Ah. C’est là que ça devient compliqué ! (Il rigole). Le défendre aujourd’hui ça devient très difficile… J’vais quand même rappeler que c’est certainement le meilleur humoriste actuel français si on regarde factuellement les choses en terme de théâtre, de mise en scène, de façon de s’exprimer, d’amener son idée et le développement de ses blagues, effectivement il est implacable. Ouais, c’est le meilleur humoriste français probablement actuellement. » (Xavier, 25 ans, public de Dieudonné depuis 2006)
14En clair, les spectateurs se considèrent comme étant membre du public de Dieudonné, sans pour autant se reconnaître comme fan. Est-ce la pression sociale et médiatique qui ne leur permet plus de se considérer comme « fan » de Dieudonné ? Ou est-ce parce que l’humour de Dieudonné est considéré par ses publics comme une façon de voir le monde tel qu’il est réellement, un monde remplit de cynisme qui ne serait pas discernable pour une majorité de la population ? La quenelle6, ce geste et mème contestataire lancé par Dieudonné, est symptomatique de cette appréhension de ces publics à s’affirmer aujourd’hui dans l’espace public.
« (La quenelle) à la base c’est pour dire, j’te l’ai mis dans l’cul. L’histoire de la quenelle. Si j’la déforme pas, c’est à la base c’était même pas, c’était pour dire j’lui ai mis jusque-là (il fait le geste de la quenelle). Ouais parce que le truc “j’te donne ça, tu prends ça”, et le “j’te l’ai enfoncé genre j’te l’ai fisté”, il démarrait comme ça donc au début c’était petite quenelle de 12, et là ça commençait à grandir et là d’un seul coup un connard a dit “ah bah c’est le signe nazi à l’envers”. Bah une pub gratos, bah il l’utilise tout l’temps c’est génial, c’est génial ! Dès qu’il fait ça il se fait une pub de malade “ahh encore un antisémite”, enfin tu vois c’est génial pour lui, il en profite un max du coup. C’est génial pour lui c’est ça qu’il l’a fait être connu donc c’est génial. Après j’le fait pas dans la vie de tous les jours. Uniquement avec des gens qui connaissent, en dehors j’le ferais pas. J’le fait en soirée, j’peux glisser des quenelles, et des blagues Dieudonné, beaucoup parce que j’ai beaucoup d’amis qui connaissent et qui aiment ça. Après en dehors j’le ferais pas, parce que tout l’monde ne comprend pas donc… » (Morgan, 25 ans, public de Dieudonné depuis 2006)
15Pour l’ensemble des enquêtés, au fond, Dieudonné affirme surtout une pensée antisystème, en mettant une notion sur un terme et des idées qu’ils ne maîtrisaient pas auparavant. Dieudonné agit alors comme un révélateur pour les enquêtés, un nouveau mode de pensée, qui construit cette opinion par son humour corrosif envers les puissants.
Er : « Par son rire il te fait réfléchir ou pas Dieudonné ? »
Dela : « Ouais il m’fait réfléchir. Ouais il m’fait réfléchir. Bah moi c’est lui qui m’a… En fait tu vois j’te disais taleur que j’avais pas forcément pris part à ses opinions politiques à côté et tout, c’est vrai. Mais d’un autre côté c’est pas forcément vrai, enfin j’peux revenir sur c’que je dis… mais… c’est lui qui m’a fait commencer à m’intéresser à ses questions de sionismes, d’antisionisme, de, d’antisémitisme, de, des différences qu’il y’avait et tout, j’m’étais pas posé ses questions avant, je connaissais même pas l’existence de “l’antisionisme” enfin c’est pas des trucs qui me préoccupaient vraiment. Et j’me suis posé la question de savoir c’que c’était et j’ai commencé à m’y intéresser, donc oui il m’fait réfléchir, complètement. J’ai même grâce à lui cherché à apprendre certaines choses, et éclaircir certains points » (Dela, 23 ans, public de Dieudonné depuis 2011)
Le Rire politique : les raisons de la colère
16Comment définir alors ce rire de Dieudonné chez les enquêtés ? La majorité des interviewés relève l’existence d’une censure de plus en plus forte qui viserait Dieudonné et toutes les pensées alternatives de manière générale. Pour eux le politiquement correct a pris le dessus sur la liberté d’expression. Il y aurait une « police idéologique » (Mangeot, 1997) qui émergerait pleine de « bien-pensance » et viserait à couper à la racine la liberté de s’exprimer librement lorsque l’on est contre l’avis général imposé par les élites.
17En comparant la liberté d’expression donnée à Dieudonné et celle du journal satirique Charlie Hebdo, les enquêtés justifient notamment cette pensée du « deux poids, deux mesures » imposée par les médias et les politiques, ancrant de fausses idées au grand public sur leur humoriste favori alors qu’ils favoriseraient celle d’un journal utilisant le même type d’humour noir :
« Ça serait comparable justement dans cette idée de liberté d’expression et tout ça bah si… Cette idée de liberté d’expression justement Dieudonné il l’a pas, on lui donne pas la parole, à s’exprimer comme il le veut. Pour ça c’est comparable, jamais j’aurais jamais pensé que y’aurait 5 millions de personnes pour le soutenir lui, ça c’est sûr que non. Après j’me suis pas posé la question sur le moment, mais c’est ce qui est drôle c’est tous ces gens qui se sont soulevés pour les attentats alors que dedans y’en avait beaucoup qui étaient contre la parole de Dieudonné, c’est pour ça que c’est hypocrite et justement c’est en ça qu’on t’impose une idéologie qui est pas respectée, cette soi-disant liberté d’expression c’est pas vrai. » (Clémentine, 22 ans, public de Dieudonné depuis 2011)
18Les enquêtés réfutent et semblent prendre du recul face à cette communication des politiques et des médias pour peser le pour et le contre de l’information. Ils n’acceptent plus ce système du sensationnel et de l’émotionnel mais souhaitent un retour à la raison et à la réflexion. Lors de la Marche républicaine du 11 janvier 2015 suite aux attentats de Charlie Hebdo, certains enquêtés considéraient les participants à ce défilé comme des « suiveurs » manipulés par l’opinion médiatique et politique qui leur a imposé le slogan « Je suis Charlie ».
« Pour moi c’est une grosse hypocrisie “Je suis Charlie”. Mais bien-sûr que c’est une grosse hypocrisie. C’est une hypocrisie parce que… Parce que à la limite que tu revendiques être contre ces attentats, contre le terrorisme tu vois c’que je veux dire, t’aurais mis un t-shirt “Je suis contre le terrorisme”, j’t’aurais dit “ouais effectivement”, mais “Je suis Charlie”, ça veut dire quoi, ça veut dire que c’est un journal qui était en faillite, que personne lisait, que personne en avait rien à foutre de ce journal-là. Il a fallu se passer ça pour qu’ils aillent tous aller celui de la semaine d’après, et puis tu regardes-là bah… Y’a plus personne qui l’achète c’est de l’hypocrisie, c’était j’sais pas comment t’expliquer… C’était pour s’donner bonne conscience, tu vois. Pour s’dire “ouais…”, là c’est vraiment après c’est, c’est personnel, moi personnellement c’est d’l’hypocrisie, t’as personne qui est Charlie ici, t’es dans un pays où le FN il fait 20 % de voix hein, et les gens ils font croire qu’avec une Marche on est tous pareil, on est tous ensemble contre ceci, ça… […] Et j’te dis on est dans un pays où les gens sont de plus en plus individualiste tu vois, c’est du chacun pour sa gueule, y’a, c’est pas une Marche un jour qui a tout changé tu vois, surtout quand tu vois les hommes d’États qui étaient là ce jour-là… Netanyahou… Enfin bref pour moi “Je suis Charlie” avec des hommes d’États qui assassinent dans leurs pays ou qui font la guerre dans d’autres pays, ça avait pour moi vraiment aucun sens. J’me voyais pas faire cette marche avec ces gens-là tu vois. » (Tony, 32 ans, public de Dieudonné depuis 2006)
19Les enquêtés s’estimant davantage éclairés aujourd’hui grâce à Internet et leur cercle de socialisation proches, ces derniers refusent aujourd’hui les « composantes du récit » (Iyiengar, 1994) qui sont imposés par les médias traditionnels et les politiques. La prépondérance du poids des associations antiracistes en France ces dernières années pour influer sur ces sphères politico-médiatiques serait notamment pour eux à la base de la censure visant Dieudonné.
Er : « Pour toi est-il condamnable (Dieudonné) pour certains de ses propos ? »
Benoit : « Oui dans le sens ou si tu penses pas comme moi tu peux être condamné, après il faut savoir retourner l’opinion pour que l’opinion condamne la personne et qu’il devienne indésirable. Quand tu vois comment c’est mal vu de voir un spectacle de Dieudo actuellement, tu te dis ben ils ont gagné dans un certain sens. »
Er : « T’entends qui par “ils” » ? »
Benoit : « Oui parce que en France il y a des assoces trop puissantes qui décident de la façon dont tu dois penser et qui… c’est ça le problème et personne ne remet en cause ce droit qu’elles se sont données, tel la LICRA, le MRAP toute une tripotée d’assoces qui servent à rien à part faire chier des gens. Tant qu’on laissera des gens penser à notre place tu pourras être condamné pour avoir dit, pour pas avoir pensé de la même façon que les autres. C’est ce qu’il y a de pire pour moi. » (Benoit, 27 ans, public de Dieudonné depuis 2005)
20Cette réflexion amène cependant très rapidement chez certains publics de Dieudonné à des dérives complotistes, caractéristiques de nos sociétés modernes. La pensée conspirationniste ne cesse de constituer un imaginaire politique pour une frange de la société, du fait même des conflits et des incertitudes qui le sous-tendent. La montée en puissance du soupçon de complot démontre l’échec d’un principe de communication « transparente » au niveau collectif. La démocratie d’aujourd’hui continue de mettre en valeur des « sociétés secrètes » (Simmel, 1998) jalonnées de scénarios complotistes et de forces obscures. Des théories conspirationnistes émergent ainsi pour une frange des enquêtés pour soutenir en filigrane cette idée de « complot des élites » (Todd, 2015) :
« Les médias, les politiques tout ça, y’a des lobbys de ouf qui font des pressions pour interdire de faire passer ce genre de pensée-là et c’est abusé quoi. Comment la France le pays qu’on m’a dit des Droits de l’Homme, de la liberté d’expression et tout ça, on aurait pas le droit de rire des Juifs ou des autres religions. Moi je jure sur l’Coran, j’suis Musulman tu vois et alors ils charrient ma religion, c’est peut-être pas bien et tout mais faut l’entendre ça fait évoluer la pensée aussi d’entendre des blagues sur l’Islam surtout en c’moment. Le problème c’est qu’c’est deux poids deux mesures pour les gens, t’as l’impression les feujs (Juifs), ils peuvent tout se permettre ils sont puissants et nous les Muslims (musulmans), les étrangers de la France, de la République, on aurait pas l’droit à la parole de rire de ces choses-là alors que eux ils se gênent pas de nous faire passer pour des terroristes toute la journée dans les journals télévisés. C’est pas bien c’qu’ils font… Nous on souffre aujourd’hui j’le vois tous les jours. » (Demba, 31 ans, public de Dieudonné depuis 2010)
Antisystème, tu gardes ton sang-froid
21Les théories du complot, très populaires sur Internet participent à une reconfiguration des croyances et une sublimation du religieux sous une forme sécularisée (Taguieff, 2006). C’est là l’un des paradoxes de cette étude de terrain. À travers cette philosophie de l’existence qui cherche à trouver des idoles par le divertissement pour éviter nos angoisses et l’isolement social ; les publics de Dieudonné qui ne sont pas des « fans » mais plutôt des « amateurs » soutiennent et se rattachent pourtant pour une majeure partie à la thématique antisystème de Dieudonné.
Er : « Et comment ça s’caractérise le fait que tu l’aides, tu fais comment au quotidien ? »
Thomas : « Tout simplement sur Facebook il a partagé un truc, paf on partage, par exemple y’a eu le fait des gens qui ont envoyés des lettres, bah ça j’en ai fait partie, des lettres de soutien en disant “voilà, on est avec toi et tout ça”, après pendant un moment y’avait eu le fait de rembourser ses amendes, où chacun donnait genre un euro sur internet par PayPal bah j’avais participé pour le soutenir quoi. »
Er : « Et là encore aujourd’hui t’es prêt à le soutenir encore aujourd’hui ? »
Thomas : « Ouais parce que les gens qui osent comme lui faut les soutenir parce que le jour où plus personne osera et bah… On sera des moutons quoi en fait, on va suivre bêtement quoi.
Er : D’accord, t’as l’impression qu’il permet qu’on soit pas des moutons du coup c’est ça ? Thomas : Voilà ouais. Que les choses bougent ouais, et lui j’pense qu’il peut les faire bouger, mais bon y’a beaucoup de choses qui les ralentissent et du coup si nous on montre qu’on est là et bah ça peut changer. » (Thomas, 17 ans, public de Dieudonné depuis 2013)
22Dieudonné serait en définitive pour ces publics, paradoxalement, ce qu’ils ne supportent pas : un totem, une idole qui exprime une partie de leurs pensées. Ces publics qui souhaitent tant s’émanciper vis-à-vis des institutions actuelles ne feraient que reproduire cela à l’échelle de la Dieudosphère et du totem Dieudonné, ce qu’ils n’acceptent pas.
Er : « Dieudonné, c’est un personnage ou une personne publique pour vous ? »
Jonathan : « Pendant 5 ans j’ai cru que c’était un personnage, il jouait plusieurs personnages pour faire rire la galerie. Maintenant il est plusieurs personnages avec plusieurs idéaux, il est plus qu’un personnage, il est manipulateur, il arrive à créer une atmosphère en disant “je suis comme ça”, demain il va te dire “je suis comme ça” » (Jonathan, 30 ans, public de Dieudonné depuis 2000)
Victor : « Justement c’est pour ça que je dis que c’est un personnage, car il ne sait même pas se définir. Le personnage tu le crées de toutes pièces, lui il s’est créé son buzz, il s’est créé sa personnalité. Il va s’adapter en fonction de la situation. Limite c’est un caméléon, dès qu’il va se passer quelque chose, il va prendre la couleur de ce qu’il se passe. C’est à double tranchant, maintenant pour se ranger de son côté, ça va être un peu plus difficile, c’est où tu le suis et tu suis ses différentes personnalités, ou tu ne le suis pas. » (Victor, 22 ans, public de Dieudonné depuis 2005)
23L’objet communicationnel qu’est Dieudonné n’est que le reflet de ces publics hétéroclites, d’origines, de croyances et d’idéologies variées et opposées. Malgré la puissance des structures physiques (spectacles, vidéos, site Quenel+, l’ananassurance7) et immatérielles (idéologie antisystème, polémiques médiatiques…) qu’il a mises en place, il n’est qu’un médiateur qui n’a pas la puissance, ni la légitimité d’imposer une idéologie à ses publics. La volatilité de ceux-ci qui gravitent autour de cette Dieudosphère laisse place ensuite à une réinterprétation personnelle du message communicationnel que souhaite véhiculer Dieudonné par son humour.
24L’humour pour les publics de Dieudonné est une forme de « psycho- ou socio-analyse », un geste d’apaisement qui permet d’exprimer de manière publique dans un contexte adapté des choses qui ne seraient pas acceptées socialement en dehors. Benoit (27 ans, public de Dieudonné depuis 2005) justifie d’ailleurs ce rire sans armes, ni violences, qui par un geste tel que la quenelle exprime son insoumission au système : « le coup des quenelles, ça m’a fait rire, justement c’est un bon moyen de critiquer la façon de penser qu’on nous impose tu vois. J’aimais bien le fait d’aller à cet encontre ».
25Aller voir ses spectacles est en définitive une forme d’ouverture à la culture, le moyen d’aller au théâtre, de communier et de se fédérer autour de son artiste fétiche. Dieudonné est paradoxalement un vecteur d’intégration et de cohésion sociale. Une cohésion sociale entre publics de Dieudonné, si différents.
« Bah oui putain, j’étais genre sur BFM TV et tout ils disaient n’importe quoi, moi j’viens d’banlieue, j’suis allé voir son spectacle j’te l’dis à la Main d’Or ne y’a pas que des mecs de té-cis (cités). Tu regardes même limite j’étais choqué y’avait des blancs genre 16e qui venaient voir ça tranquille comme si, ils allaient au théâtre ou à l’opéra et qui rigolaient vraiment en plus, ils étaient à côté de moi limite j’avais envie de les embrasser quoi, limite t’es content de te dire putain y’a pas que des fachos dans c’pays putain. Et après l’truc, c’est qu’dans les médias ils vont te faire “ouais c’est que des islamistes qui vont aller à ses spectacles et tout ça tout ça, c’est des meetings politiques blabla quoi”. Mais putain venez voir ses spectacles y’a aucune insécurité, les gens ils rigolent, ils se prennent pas la tête autant que les médias pour essayer d’interdire les rire d’un comique quoi. Ça m’abuse quoi quand j’vois ça. D’façon les médias et les politiques ils rajoutent toujours un “-iste” pour te faire flipper. Ils vont dire extrêm-istes, communautar-istes, islam-istes et tout ça. » (Demba, 31 ans, public de Dieudonné depuis 2010)
26Il existe par hyperbole des barrières quasi-religieuses entre le « sacré », ceux qui savent, ceux qui ont vu Dieudonné ; et les « profanes », ceux qui ne le connaissent pas, qui n’ont pas eu accès à cette forme de « révélation » sur le monde qui les entourent après avoir vu un spectacle. La co-construction de cette idéologie et les dérives qu’elles entraînent par la suite sont le résultat d’une maîtrise partielle du « totem » Dieudonné sur son public. En se voulant antisystème, il regroupe une communauté d’adeptes de ce rire extrême mais laisse à l’individu ses libertés pour qu’il réinterprète ce message à sa façon. En tout cas l’humoriste, malgré la Dieudosphère, n’a guère de moyen d’emprise et de contrainte sur son public.
27S’il implante ou plutôt distille une manière de penser, une idéologie à la base, il laisse après libre cours à toutes les interprétations par ses sous-entendus implicites récurrents. Cela explique donc la diversité des profils idéologiques des publics de Dieudonné, de l’extrême gauche à l’extrême droite en passant par le bipartisme historique plus modéré.
28Ce héraut d’une révolution contre les institutions actuelles, semble fédérer cependant des publics différents autour de son idéologie et sa politique de l’humour. Les hypothèses de cette « sacralisation » de Dieudonné comme icône d’un transgresseur par le rire ne semblent pas avoir de liens communs très clairs, ou du moins, qui soient acceptés socialement. Xavier semble donner en définitive une définition partiale et critique de cette « Dieudosphère » ainsi constituée par ses publics et les structures construites :
Er : « Pour toi c’est quoi ta définition de la Dieudosphère, ça veut dire quoi ? »
Xavier : « Excellente question… J’aurais un peu de mal à définir le terme… J’sais pas, c’est l’univers qu’il a réussi à se créer, c’est un petit peu, notamment ces deux dernières années avec tous ses trucs symboliques, ses quenelles etc… Si j’ai bien compris sur son site il vend de tout et n’importe quoi, y’avait à boire et à manger, casquette Dieudonné, stickers Dieudonné… Après c’est pas le seul à faire ça, mais lui encore une fois c’est le côté il incite directement venez acheter pour empêcher la censure et continuer à défendre ses opinions soi-disant opinions politiques. Et c’est ça c’est même plus faire des sketchs et lui donner de l’argent pour continuer à faire des sketchs, c’est donner de l’argent pour qu’il puisse continuer à dire ses conneries en termes politiques, donc… […] J’comprends que c’est devenu quelqu’un qui oui va vouloir faire de l’argent donc je comprends qu’il fasse ça ! La position victimaire ça a toujours bien marché, c’est un trait commun quel que soit le bord politique d’ailleurs quand t’as le vent en poupe, même l’extrême droite… Dire qu’on est victime du système et des médias, c’est exactement la même position idéologique d’ailleurs que la plupart des partis d’extrême droite. » (Xavier, 25 ans, public de Dieudonné depuis 2006)
Pouvoir rire de tout, c’est se donner les moyens de créer du vivre-ensemble
29En définitive, les publics de Dieudonné si variés, complexes et parfois aux antipodes, expriment leurs désarrois face à des institutions qui ne sont plus puissantes et ont peu à peu délaissé l’individu faire sa propre mue : sa singularité. Celle-ci s’exprime aujourd’hui par une émancipation, l’idée qu’un autre monde est possible, une nouvelle société, mais il est difficile d’établir un programme et une ligne directrice claire. Il existe un tiraillement structurel et individuel permanent face à cette question du rire dans notre société : entre idéal républicain subjectif et réalité complexe de société.
30Trois types de publics de Dieudonné émergent à la vue de cette étude mais tous rejoignent in fine cette idée d’un désenchantement du monde moderne (Weber, 1919) et surtout de l’expansion d’un sentiment de désaffection envers les institutions :
- Le public antisystème modéré : il continue à suivre le processus démocratique pour éviter le basculement aux extrêmes mais ne se fait pas d’illusions en votant à travers le bipartisme. Dieudonné est pour lui un symbole de la liberté d’expression nécessaire en démocratie, qui lui permet de vivre l’espace d’un spectacle une expérience transgressive détachée des pressions sociales qu’il subit au quotidien.
- Le public antisystème résigné : n’a jamais souhaité voter ou ne le souhaite plus car il ne se sent pas représenté dans les institutions. Il se désintéresse de la politique nationale mais s’implique parfois en tant que citoyen à l’échelle locale. Les spectacles de Dieudonné sont un espace d’expression qu’il soutient et qu’il rejoint globalement au niveau idéologique.
- Le public antisystème excédé : se construit généralement autour d’une idéologie politique extrême (droite ou gauche), rejoint certaines théories conspirationnistes et tient parfois des propos antisémites. Appelle à un changement soit démocratique en votant pour des partis d’extrêmes, soit pour une minorité à un changement par la force du type révolutionnaire. Il utilise Dieudonné et son rire comme une porte d’entrée vers une idéologie plus forte.
31Mais revenons à notre question de départ : peut-on rire de tout ? Juridiquement, la liberté d’expression (et notamment pour le rire) reste encadrée et limitée par un arsenal répressif qui condamne les propos à caractère racistes, antisémites ou homophobes par exemple. La justice et le droit viennent en démocratie jouer leurs rôles de tampons et de barrages, en limitant les dérapages et les abus de liberté.
32C’est dans ce cadre que s’insère la question de l’humour de Dieudonné. En effet, le contexte est fondamental dans l’humour noir de Dieudonné. La particularité des publics de Dieudonné est cette capacité à se détacher de tout ce qui entoure l’humoriste et son univers. La Dieudosphère participe à créer un courant de pensée qui détache l’individu du contexte global pour s’émanciper et donc de surcroît pour le désobjectiver. Pour ces derniers, le dogme politique, médiatique et culturel actuel tend ainsi à freiner le rire pour mieux le contrôler et éviter ses dérapages. Ce qui participe à créer une réelle dysphasie et un sentiment d’injustice chez ces publics qui souhaitent rire de tout et de Dieudonné. Il sème ainsi les bases d’une incompréhension qui cristallise encore davantage cette tension et ce rejet vis-à-vis de l’Establishment.
33Les interactions sociales distendues entre cette Dieudosphère et les profanes de cet humour sont la base de cette incompréhension. La mise en pratique de certains mèmes symboliques comme la quenelle par exemple, auxquelles les associations antiracistes et les pouvoirs publics ont donné une signification antisémite peut choquer et perturber la sensibilité des non-initiés, car ils ne possèdent pas, aux yeux des amateurs de l’humoriste, les codes pour décrypter et analyser la portée de ce geste.
34Entre sacré et profane, le totem Dieudonné ne participe pas à dissiper les malentendus ; au contraire il en joue délibérément. Prévenir la sensibilité de chacun en censurant en amont toute liberté qui pourrait atteindre la liberté d’un autre paraît logique.
35Cependant, l’humoriste fédère et reste malgré tout un vecteur de cohésion sociale qui, le temps d’un moment et d’une blague, réuni des personnes aux idéologies complètement opposées et qui, en dehors de la configuration des spectacles, pourraient également s’entrechoquer avec des conséquences plus terribles. Pour paradoxale que cela puisse paraître, Dieudonné participe à donner une voix, une parole à ces publics individualisés et isolés. Il possède ainsi une fonction d’alerte sociale pour prévenir en amont les dérives et les montées des extrêmes par le rire. Cet humoriste co-construit son message humoristique grâce à son analyse subjective, mais surtout par sa synthèse du climat social que ressent son public. Il n’aurait pas autant de partisans aujourd’hui en France s’il ne représentait un large panel d’opinions de ses publics.
36Dieudonné et son rire, ne sont le plus souvent que des repères pour ses publics mais pas une finalité en soi, seulement des étapes de passage. Par le rire, ils appellent au changement à tous les niveaux, idéologique, social et économique. La Dieudosphère, cette culture Dieudonné, est, en cela, un rire protestataire d’insoumission au système actuel.
« [Dieudonné] dit tout haut ce que la France d’en bas crie tout bas. […] On est pas condamné à l’échec mais après j’me sens aujourd’hui plus grand pour me dire qu’il faut qu’on change les choses même si on sait que l’État il va rien faire pour nous. Donc voilà comme il dit Dieudo “l’émancipation par la quenelle”, on a brûlé des voitures y’a dix ans ça a servi à rien, bah on va rentrer dans leur jeu on va essayer d’changer les choses tranquillement toujours sans violence. » (Demba, 31 ans, public de Dieudonné depuis 2010)
37Dieudonné est au final dans notre démocratie l’expression même d’une liberté d’expression, encadrée certes, mais qui fonctionne. Dans un pays totalitaire, un humoriste qui critique spectacle après spectacle les puissants et pratique le blasphème par humour serait réellement censuré et mis en prison en tant que prisonnier politique.
38Le rire est un acte de communication engagé. L’ignorer ou le réprimer ne semble pas être la clef de voûte de notre société. L’écouter permettra au contraire à celle-ci d’avancer pour s’améliorer. Parce que rire ensemble, c’est avant tout vivre ensemble.
Notes de bas de page
1 Ordonnance du Conseil d’État, Numéro n° 374508, Ministre de l’intérieur contre Société Les Productions de la Plume et M. Dieudonné M’Bala M’Bala, 9 janvier 2014.
2 Le fait divers particulièrement médiatisé concernant l’interdiction du spectacle de Dieudonné au début de l’année 2014 semble montrer l’intérêt des médias pour les actions et exactions de l’homme de scène. (Près de 7000 articles presse et internet contenant le terme « Dieudonné » ont été répertoriés en janvier 2014 contre seulement 291 articles en novembre 2013) Source : Factiva. Cette stratégie médiatique est à double-tranchant, puisqu’en saturant l’espace médiatique à chaque provocation de Dieudonné, un nouveau public de fidèles de Dieudonné qui souhaite découvrir ses spectacles et sa pensée va se créer sur les réseaux sociaux. Le nombre de personnes qui « likaient » la page Facebook de Dieudonné en pleine période d’interdiction du spectacle, s’élevait à 610272 profils Facebook le 13 janvier 2014. Dieudonné est notamment la personnalité publique qui a gagné le plus de fans sur sa page Facebook durant cette période en France (+ 300 000 likes en un mois) et celle qui faisait le plus parler le réseau social. Il possédait plus de 1 250 000 likes sur sa page. Source : Facebook.
3 Notre étude repose sur une enquête qualitative. Après une phase exploratoire composée de recherches documentaires et médiatiques, d’un entretien exploratoire et d’observations (in situ) des spectacles de Dieudonné, nous avons mené une analyse de contenu de ses spectacles afin de définir l’évolution des thématiques et l’utilisation des termes jugés antisémites dans ses spectacles pour valider ou non l’attitude victimaire de Dieudonné vis-à-vis des médias et des politiques. Cette analyse de l’encodage nous a permis de mettre en perspective toute la réception des enquêtés face au travail artistique de Dieudonné sur scène. Elle fut suivie par la passation de 12 entretiens semi-directifs auprès d’enquêtés, organisés lors de la phase intensive auprès d’une population représentative des publics de Dieudonné (masculins entre 18 et 35 ans issus des classes populaires et classes moyennes principalement). Ils ont été recrutés par connaissances à travers toute la France.
4 Pourquoi, ce sujet ? Suivant assidûment depuis une dizaine d’années Dieudonné, je me considère comme faisant partie d’une frange d’un « public soft » de l’humoriste, n’ayant aucune idéologie extrême si ce n’est de pouvoir rire de tout. Pourtant, alors même que je le suis depuis des années, je ne me considère pas comme « fan » de l’humoriste car je ne cautionne pas les dérapages qu’il provoque sciemment en dehors de ses spectacles pour s’attirer les foudres médiatiques et politiques, et dont il se nourrit pour se promouvoir depuis plus de quinze ans maintenant. Je pense que l’on peut rire de tous les sujets sans tabou, je suis pour la liberté d’expression et un « droit à l’humour » ; mais également pour une condamnation systématique si cela enfreint les règles pénales.
Je suis en définitive contre toute forme de communautarisme qui opposerait et ferait s’affronter les citoyens entre eux. Je suis pour un humour engagé qui semble aujourd’hui parfois trop (s’auto)censurer. Le rire est pour moi un moyen de mieux comprendre et de lier les gens entre eux plutôt que de les opposer, en caricaturant grossièrement les idéaltypes présentés sous forme de sketchs. Ce rire doit également avoir le droit de faire réfléchir et devenir politique après coup, que l’on soit d’accord ou non avec ces idéaltypes caricaturés et les idées sous-jacentes qui sont introduites dans un spectacle humoristique. Je suis convaincu d’une chose : on ne peut pas interdire de faire rire. Il est indispensable de donner la parole à l’autre pour mieux le comprendre et l’accepter. Voilà l’origine de cette étude sociologique. Evelyn Beatrice Hall, biographe de Voltaire, résumait la pensée de ce philosophe des Lumières par ces mots : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire ». Il n’y a pas de demi-mesures pour moi dans la liberté d’expression. Entendre l’autre quitte à le désapprouver, c’est déjà affirmer son idéologie et sa propre pensée.
5 L’analyse de ses spectacles atténue les nombreux dérapages antisémites mis en perspective par les médias. Sur 13 spectacles observés entre 1997 (son premier one-man-show sans son comparse Elie Semoun) et 2014 (son spectacle « Le Mur », interdit par les autorités), on remarque que les évocations à destination de la communauté juive (symboles, personnalités, histoire) ne représentent en moyenne que 7 allusions, soit autant que pour la communauté catholique (et 4 pour la communauté musulmane). De plus, ses spectacles ne consacrent qu’un quart de leur temps à des sketchs sur cette thématique religieuse (de manière directe ou indirecte), alors que 41 % de ses spectacles sont avant tout composés de sketchs concernant des faits de sociétés et d’actualités (le sketch sur le cancer étant notamment le sketch qui a été le plus cité et apprécié de la part des enquêtés). On observe cependant une hausse relative des évocations envers la communauté juive (14 références distillées sur 1h20) dans son spectacle « Le Mur », interdit par le Conseil d’État en 2014.
6 Geste qui consiste à tendre un bras vers le bas tout en posant la main de l’autre bras sur l’épaule. Il est le signe de ralliement le plus connu utilisé par Dieudonné et ses partisans et symbolise l’insoumission au système et aux institutions. Il a été défini comme un « salut Nazi inversé signifiant la sodomisation des victimes de la Shoah » par le Président de la LICRA (Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme), Alain Jakubowicz. Ce geste n’est cependant toujours pas interdit et condamnable pénalement à ce jour, et l’argument du « geste nazi » est systématiquement réfuté par Dieudonné.
7 Une assurance à but non lucrative qui permet de payer moins cher pour les mêmes services que ses concurrents selon son fondateur et finance des ONG notamment en Palestine.
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