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    Presses universitaires du Septentrion
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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Qu’est-ce qu’un casque ? Ce ne sont pas des écouteurs ! Un objet précieux Mon casque, mon monde, ma bulle Mon respect d’autrui Défier les langueurs du quotidien Notes de bas de page Auteur

    Nos vies, nos objets

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Pourquoi portes-tu un casque ?

    Marine Coderch

    p. 91-98

    Texte intégral Qu’est-ce qu’un casque ? Ce ne sont pas des écouteurs ! Un objet précieux Mon casque, mon monde, ma bulle Mon respect d’autrui Défier les langueurs du quotidien Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Visible ces dernières années au cœur de notre quotidien, le casque à arceaux semble être devenu un des accessoires du mode de vie de certains individus somme toute urbain. L’objet en lui-même n’est pas nouveau. Crée en 1919, il émerge au départ non pas dans l’univers musical mais dans celui des télécommunications, utilisé par l’armée et en particulier par la Marine pour entendre les messages (peu audibles) diffusés par le télégraphe et ensuite le téléphone. Il entre toutefois très vite dans l’espace privé. Les « sans filistes » amateurs bricoleurs de radios l’utilisent pour entendre les émissions qu’ils produisent. Ils sont eux-mêmes rapidement suivis par les premiers auditeurs de postes à galène qui faute de casque ne peuvent entendre les émissions radiophoniques. Dans les années 1960, il est alors utilisé par les amateurs de musique pour écouter des disques en stéréo chez eux. On passe ainsi de l’ère de l’audible à l’ère de l’acoustique, et, pour reprendre Sophie Maisonneuve (2001), du dispositif technique à la disposition et donc à l’ère de la sensibilité à la qualité sonore. Fin des années 1970, le casque sort de l’espace domestique pour s’afficher dans les rues avec le Walkman (Gay (du), 1997). Dans les années 2000, ils sont remplacés par les écouteurs à oreillette avec l’arrivée de l’iPod (Rouze, 2010). Le casque se fait ainsi nomade, petit, à peine visible. Puis, contre toute attente, le (gros) casque à arceaux réapparaît, utilisé non plus seulement dans les studios par les professionnels de musique mais porté aussi par des individus de la vie ordinaire (Pecqeux, 2009 ; Roth, 2009 ; Tournes, 2011) errant ainsi dans les villes « chaussés » de deux gros écouteurs qui enserrent leur tête.

    « Ceux qui ont leur casque, il pourrait y avoir une météorite qui tombe sur Paris, je pense que ça ne les dérangerait pas. » (Édouard, 19 ans)

    2Observés dans les lieux publics, ces individus casqués ont parfois d’étranges comportements. Certains dansent et chantent comme s’ils étaient à un concert. D’autres, casques autour du cou, font, de l’objet, un collier. Quelques-uns n’ont qu’un écouteur sur l’oreille. Beaucoup ont les yeux dans le vide, ne font rien ou lisent un livre ; de temps en temps, battent la mesure avec leur pied, ne lèvent pas les yeux, trop pris par leurs activités auditives.

    3Comment dès lors comprendre ce nouvel usage ? Pourquoi les individus portent-ils en effet un casque ? Est-ce parce que le casque est un média au sens de McLuhan (1968), un prolongement de soi et donc ici une prothèse sonore ? Est-ce parce qu’il représente une technique voire une tactique d’incommunication : un moyen de communiquer aux autres que l’on ne veut pas échanger ? Est-ce une technique pour se protéger, s’isoler du quotidien ? Dans cette alternative, doit-on considérer son usage comme un indicateur d’une individualisation extrême et donc le symptôme d’une société où les individus deviendraient associables ?

    4Autant de questions qui invitent à s’interroger sur ce que représente le casque audio dans notre société : Que représente l’objet ? Quels usages en fait-on selon les lieux, les moments mais aussi les situations sociales c’est-à-dire selon que l’on est seul, ou pas, dans l’espace domestique ou dans un lieu public ?1

    Qu’est-ce qu’un casque ? Ce ne sont pas des écouteurs !

    5En forme liminaire, le casque est un « appareil d’écoute comprenant deux écouteurs montés sur un support formant un serre-tête » (Larousse). Et comme l’étymologie du terme le rappelle : un casque est au premier sens du terme une coiffure rigide recouvrant la tête, et généralement destiné à la protéger. C’est donc, dans sa forme, un objet qui enserre la tête et dans sa technicité, un dispositif qui permet de restituer des contenus sonores grâce à ses deux écouteurs qui renferment eux-mêmes, chacun une mini-enceinte constituée d’un petit haut-parleur. Dans ces usages, il permet donc a priori les mêmes fonctions que celles des écouteurs ou encore des oreillettes. Il est toutefois plus lourd, plus encombrant et de surcroît plus cher que les autres dispositifs.

    6Du coup, pourquoi, un casque ? Pour nos enquêtés, c’est évident : un casque n’a rien à voir avec de simples écouteurs. C’est un objet qui permet de « vraiment écouter de la musique avec du son de qualité » (Audrey, 24 ans). L’objet apporte une qualité technique du son plus importante qu’une écoute basique : « Maintenant que j’ai du bon matériel, ça me donne envie de vraiment écouter la musique, quand j’écoute de l’orgue, j’essaye de voir comment le son est retranscrit vraiment » (Édouard, 19 ans).

    7Nos enquêtés, souvent amateurs de musique, à plus ou moins haut niveau, cherchent à retrouver par l’intermédiaire du casque un moyen d’avoir accès à la musique au plus près de sa source d’enregistrement comme s’ils étaient à un concert.

    « […] à chaque fois que tu sors t’as de la musique sur les oreilles, et plus que les écouteurs, […] on a vraiment la musique dans son ensemble parce qu’avec des écouteurs c’est pas forcément… (pareil) t’as pas la même notion de la musique. C’est de la moins bonne musique. […] J’suis repassé à des écouteurs, y’a pas longtemps, et vraiment, reprendre un casque ça… tu sens tout de suite la différence. Niveau son, niveau basses, tu sens tout de suite, t’as presque pas l’impression d’écouter les mêmes morceaux quoi. » (Paul, 20 ans)

    8À cet aspect s’ajoute également le confort de l’écoute et la recherche d’un objet qui doit être pratique – léger et sans fil pour la sensation de liberté – confortable : « Des coussinets très mous, pas des trucs qui fassent mal au bout d’une heure » (Édouard, 19 ans). Contrairement donc à ce que l’on aurait pu imaginer, les performances technologiques ne font pas forcément partie des attentes majeures des individus casqués. Bien au contraire, ils ont plutôt tendance à favoriser la simplicité de l’objet (n’empêchant pas sa qualité) et préfèrent privilégier des casques basiques aux casques techniquement et/ou fonctionnellement trop compliqués, dont ils n’ont pas besoin, dont la qualité n’est pas prouvée et dont le prix est, au final, trop important pour leur budget :

    « Après moi j’aimerais bien voir si mettre le prix, c’est avoir une meilleure qualité qu’un casque qui va coûter 150. » (Audrey, 24 ans)

    9Si la qualité du son est ainsi primordiale, elle reste néanmoins limitée à une certaine capacité physique des utilisateurs à pouvoir distinguer un son de bonne qualité d’un son de très bonne qualité. N’étant pas professionnels, ils ne se sentent pas capables de pouvoir faire cette distinction, et donc de trop investir dans un objet trop qualitatif et donc trop cher, qui n’aurait, au final, que peu de pertinence pour l’usage qu’ils en font.

    « J’ai pas les oreilles pour entendre la différence entre un casque à 1 000 € et un casque à 200. » (Édouard, 19 ans)

    10En revanche, ils sont tous sensibles aux qualités esthétiques de l’objet. Pour certains, à l’instar de Jean-Pierre, c’est même déterminant. L’objet peut être techniquement performant, s’il n’est pas esthétique, il ne l’achètera pas.

    « L’esthétique de toute façon c’est quelque chose au niveau des objets en général auquel je suis extrêmement sensible. […] c’est ce qui m’intéresse en premier avant de m’intéresser à ses caractéristiques techniques. Même s’ils se valent à un certain niveau, à une certaine gamme de prix ça se tient je pense. En premier lieu, malgré tout le premier critère de choix ce sera toujours l’esthétique. S’il me plaît pas, même s’il est très performant je ne le prendrai pas. Faut qu’il me plaise. »(Jean-Pierre, 58 ans)

    11Mais qu’est-ce qu’un casque esthétique ? Pour beaucoup d’enquêtés, un casque esthétique est celui qui doit s’adapter à toutes les situations. Il doit être à la fois pratique (gain de place dans un sac à main par exemple) : « Il prend de la place dans mon petit sac à bandoulière » (Hana, 25 ans) et confortable (pression sur les oreilles, poids…). Pour beaucoup, il doit aussi s’adapter à tous les vêtements portés au quotidien.

    « Quand j’ai choisi la couleur j’avais conscience que je le porterai quotidiennement […] il y a certaines couleurs comme le jaune que je n’achèterai pas car je sais que je ne pourrais pas l’accorder. » (Chloé, 19 ans)

    12Mais si on choisit l’objet en fonction de ce qu’on porte en général, on le choisit aussi implicitement et assurément en fonction de ce qu’on est vraiment.

    « J’aurais pas pu prendre par exemple du rouge ou du jaune ou du, tu vois, ces couleurs un peu plus flashy. C’est pas moi, tu vois, c’est comme j’te disais tout à l’heure, c’est pas moi j’m’y retrouve pas. » (Audrey, 24 ans)

    13L’objet doit exprimer la « personnalité » de son possesseur. À défaut, le casque audio sera personnalisé et customisé. C’est du reste une des attentes (et regrets) majeures des utilisateurs. Pour eux, le casque doit être singulier, entendu, exprimer leur singularité. Une personnalisation de l’objet qui passerait par des changements d’écouteurs, d’arceaux, des déclinaisons de matières, de formes ou encore de couleurs, serait ainsi pour eux l’idéal.

    « C’est intéressant aussi de pouvoir personnaliser son casque. Je le fais pas mais je pense que ça peut être sympa aussi… » (Audrey, 24 ans)

    Un objet précieux

    14Par ses attributs techniques, esthétiques et financiers, le casque est, pour les enquêtés, un objet précieux. Ils y font, pour la plupart, attention, à l’instar d’Édouard qui refuse de l’utiliser sur les pistes de ski : « Sur les pistes jamais, parce que je veux pas l’abîmer » (Édouard, 19 ans). La protection du casque passe donc ici avant le plaisir de l’utiliser. Pour d’autres c’est un objet précieux pour ce qu’il procure dans son usage mais aussi pour ce qu’il est : le premier casque et souvent obtenu par le biais d’un cadeau.

    « […] J’ai envie d’en prendre soin, on me l’a offert, c’est un cadeau, j’ai pas vraiment envie de le laisser comme ça, entouré dans le machin, pour pas l’perdre, et pour pas l’abîmer non plus. Ça fait… Même si ça fait plus d’un an qu’je l’ai, c’est un cadeau, et même c’est mon premier casque donc… » (Audrey, 24 ans)

    15L’objet est ainsi source d’investissement. Il constitue même pour certains enquêtés un objet qui fait partie de leur panoplie quotidienne pour affronter leur journée : « Il est là, souvent, tout le temps même, chaque fois que je sors, j’me vois rarement sortir sans mon casque » (Paul, 20 ans). Objet du quotidien, il suit son utilisateur dans de nombreuses situations, et vit les mêmes aventures que son propriétaire. Aussi, pour certains enquêtés, il est devenu indispensable : « (quand je l’oublie ?) Oui ça me manque. J’suis capable de faire demi-tour pour aller le chercher » (Élise, 22 ans). Toutefois, pour la plupart des enquêtés, il n’y a pas un sentiment de dépendance. On y tient, c’est un objet précieux au quotidien, il fait [sic] « du bien » (Hana, 25 ans) mais on peut vivre sans.

    « Il me fait du bien, mais je sais m’en passer et profiter de la vraie vie pour moi ; ça ne doit pas être systématique certaines personnes ne peuvent pas marcher sans leur casque peut-être qu’ils ont peur de penser ! » (Hana, 25 ans)

    Mon casque, mon monde, ma bulle

    16Que procure le casque ? Il représente pour nos enquêtés un moyen de se créer un espace personnel, quelque peu atemporel. Il permet de se créer une bulle, un monde à soi, par lequel il devient possible d’atteindre un certain niveau de concentration, d’isolement, de plaisir personnel : « C’est vraiment une bulle qui se ferme autour de moi, et je suis dedans quoi. J’écoute plus » (Édouard, 19 ans). Cette bulle permet de se concentrer sur soi et de faire abstraction de tous les bruits nuisibles de l’environnement qui pourraient être gênants. « Le métro n’est pas l’endroit le plus convivial du monde donc autant s’isoler complètement et profiter d’un bon morceau qui nous permet de nous évader ». Échappatoire du monde quotidien environnant, il permet aussi de se divertir. Certains enquêtés regardent ainsi les gens et l’environnemennt autour d’eux, en imaginant un scénario ou encore qu’ils sont dans un clip musical.

    « Alors y’a toujours ce p’tit sentiment, quand on écoute sa musique, donc avec son casque, de se croire dans le clip, quand on est dans la rue, ça c’est très présent donc c’est assez drôle, ce côté un peu divertissant. » (Mathias, 27 ans)

    17Avec un casque, tout devient possible : oublier ce qui se passe autour, retrouver une certaine forme de motivation ou de concentration par la musique et l’ambiance particulière qu’il permet :

    « Je suis coupée des bruits externes du coup je suis sûrement plus calme et plus concentrée aussi quand je veux lire. » (Chloé, 19 ans)

    18Le casque permet en fait de vivre un réel moment de plaisir personnel, intime, privilégié avec soi-même que l’on ne souhaite généralement pas partager avec les autres, que ce soit pour se remémorer certains souvenirs, ou écouter une musique ayant un sens particulier.

    « Et puis même quand tu vas avoir une musique qui va venir et que t’affectionnes aussi, et que tu connais bien, et qui est liée p’t’être à un souvenir, ben tu vas repenser à ce souvenir, et tu vas plus te soucier, là pour le coup tu vas plus te soucier de ce qu’il y a autour, mais tu vas te soucier à, de ton souvenir en fait, du rappel de ton souvenir, de ce qui s’était passé au moment où t’avais écouté la chanson, etc. » (Audrey, 24 ans)

    Mon respect d’autrui

    19Les enquêtés font aussi le choix du casque au détriment des écouteurs pour des raisons identitaires : avec un casque, ils cherchent à affirmer et à montrer non pas seulement leur identité sociale mais bien plutôt leur personnalité « propre », leurs « goûts » personnels, montrer ce qu’ils sont « vraiment » c’est-à-dire « quelqu’un, différent des autres, porteur d’une forme plurielle d’unicité et d’unité » (Martuccelli, 2010). Aussi certains de nos enquêtés évoquent l’envie de customiser leur casque et appellent d’ailleurs les marques à le proposer : « Faudrait des casques avec des coques qu’on puisse customiser etc., par couleur, comme les coques d’iPhone » (Élise, 22 ans).

    20Les utilisateurs de casque audio se placent alors comme des amateurs de musique, se distinguant des autres par des caractéristiques propres à chacun, tout en se rapprochant d’un groupe qui lui ressemble, celui des amateurs de musique – les « mélomanes » – et au sein même de ce groupe, d’un noyau encore plus restreint selon ses goûts personnels, qu’ils disent pouvoir identifier grâce aux casques.

    « Un casque y’a le côté expert un p’tit peu, ça montre quand on aime la musique, etc., ça montre aussi, oui c’est une manière de l’afficher. » (Mathias, 27 ans)

    21Si la relation de soi à l’objet est singularisée, elle n’est pas toutefois à comprendre comme une forme d’expression d’asociabilité. Les enquêtés cherchent à se créer un espace pour eux et à s’isoler pour fuir un environnement, mais tant s’en faut pour se couper d’autrui. L’usager du casque reste, a contrario de ce qu’on pense, attentif à ce qui se passe autour de lui : « maître de ses écoutes et de son comportement vis à vis des autres voyageurs, notamment grâce au contrôle du volume » (Roth, 2009), oscillant quand il porte un casque alors « entre deux états radicalement différents, la tranquillité et la mobilisation » (Goffman, 1973).

    22Ce comportement est visible dans les transports en commun : interpellé, l’individu ayant un casque l’enlève totalement ou ôte un de ses écouteurs pour entendre et répondre à son interlocuteur. L’ombre ou la référence à l’autre est toujours présent. La relation à l’objet est ainsi marquée par une volonté de respect de l’environnement d’autrui ; dans ce cas on met un casque pour écouter de la musique – à pleins tubes ou non – sans déranger l’univers, les activités de l’autre :

    « Si on est dans la voiture, on fait un long trajet, j’ai envie d’écouter de la musique, ça saoule tout l’monde, c’est une façon d’être poli quoi, de respecter les autres » (Greg, 40 ans).

    « Je préfère profiter des gens autour de moi quitte à regarder de la merde à la télé, mais ensemble le casque isole et du coup, les gens qui le portent quand ils ne sont pas seuls, je trouve ça dommage. » (Hana, 25 ans)

    23La relation à autrui est si importante que certains préviennent leur entourage avant de l’utiliser dans certains cas afin d’éviter des situations désagréables où l’autre pourrait avoir le sentiment de ne pas être écouté ou entendu voire ignoré :

    « À partir du moment où tu t’isoles énormément de tout le reste, c’est important de dire aux autres attention, je rentre dans mon cocon, dans ma bulle. » (Édouard, 19 ans)

    Défier les langueurs du quotidien

    24Ainsi contrairement à certaines représentations, privilégier autrui sur son casque est un élément majeur des utilisateurs que nous avons interrogés. Autrement dit, a contrario des images ou discours convenus, le port du casque n’est pas une pratique d’asociabilité mais plutôt une manière de se recentrer sur soi afin de se libérer des pesanteurs quotidiennes et de trouver un moyen de se ressourcer de l’intérieur tout en gardant un œil sur l’extérieur. Comme le souligne Greg avec un casque sur les oreilles, on défie le temps, on l’accompagne.

    « T’es au travail, t’es au sport, t’es dans un train… tu arranges le temps. […] C’est une façon d’accompagner le temps. » (Greg, 40 ans)

    25Le casque est ainsi moins une prothèse au sens de McLuhan qu’un support d’existence. Il permet de faire passer le temps, de défier les moments de solitude mais aussi l’ennui, apportant, un peu de couleur, un petit plus, à une situation vide d’intérêt.

    « C’était pour combler un vide en fait. […] Finalement c’est chiant de courir, tu cours et puis tu fais rien, alors que la musique, j’ai toujours écouté la musique. Et quand je cours c’est le meilleur moment puisque j’ai rien d’autre à faire. Donc c’est un vide, mais c’est un vide qui est pas désagréable hein, c’est juste que ça apporte quelque chose de plus. » (Édouard, 19 ans)

    26En tant que tel, c’est moins les autres que l’on fuit, que certains moments de vie, qui sont pesants de leurs langueurs monotones. En ce sens, le casque est un moyen de challenger les temps morts et ainsi de se motiver face à la routine.

    « Le casque audio c’est un moyen de me divertir en choisissant ce que j’écoute et c’est aussi un moyen d’être bien dans mon quotidien. » (Mathias, 27 ans)

    Notes de bas de page

    1 Ce texte repose sur une enquête qualitative triangulant les techniques d’investigation suivantes : analyse de contenu des blogs, forums, publicités consacrés aux casques audio, observation in situ (dans les transports en commun, les lieux publics, rues, jardins publics, à l’université, dans le hall et à la bibliothèque en particulier, mais aussi dans les magasins) et sur la passation de dix entretiens semi-directifs en face-à-face auprès d’utilisateurs réguliers de casques audio qui comprend 5 hommes et 5 femmes, âgés de 19 à 58 ans, issus de catégories sociales plutôt supérieures.

    Auteur

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    Coderch, M. (2018). Pourquoi portes-tu un casque ?. In V. Sacriste (éd.), Nos vies, nos objets. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.20984
    Coderch, Marine. « Pourquoi portes-tu un casque ? ». In Nos vies, nos objets, édité par Valérie Sacriste. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2018. doi:10.4000/books.septentrion.20984.
    Coderch, Marine. « Pourquoi portes-tu un casque ? ». Nos vies, nos objets, édité par Valérie Sacriste, Presses universitaires du Septentrion, 2018, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.20984.

    Référence numérique du livre

    Format

    Sacriste, V. (éd.). (2018). Nos vies, nos objets. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.20965
    Sacriste, Valérie, éd. Nos vies, nos objets. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2018. doi:10.4000/books.septentrion.20965.
    Sacriste, Valérie, éditeur. Nos vies, nos objets. Presses universitaires du Septentrion, 2018, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.20965.
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