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    Plan détaillé Texte intégral Le débat sur la guerre et ses atrocités rebondit avec la guerre sous-marine La Paix et les œuvres de bienfaisance de l’Allemagne Les œuvres spirituelles de paix sur le front occidental Conclusion Annexe Notes de bas de page Auteur

    Diocèses en guerre (1914-1918)

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    La Correspondance catholique mensuelle – Katholische Monastsbriefe – ou l’impossible dialogue des frères ennemis

    Jean Heuclin

    p. 267-288

    Texte intégral Le débat sur la guerre et ses atrocités rebondit avec la guerre sous-marine La Paix et les œuvres de bienfaisance de l’Allemagne Les œuvres spirituelles de paix sur le front occidental Conclusion Annexe Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Le choc inopiné de l’invasion marquée par une vague d’atrocités commises en Belgique et en France, suivie de la forte déclaration du « Manifeste des 93 »1 en octobre 1914, constituèrent les indices d’une rupture consommée entre catholiques français et allemands. Les tentatives pour renouer les fils rompus du dialogue apparaissent seulement en octobre 1918 dans la Correspondance catholique mensuelle. Cette publication bilingue destinée à la France, aux neutres et à la Grande-Bretagne, mais dont on trouve peu de traces dans les bibliothèques françaises – hormis à la BnF –, est connue à Fribourg-en-Brisgau, lieu d’édition, à Leipzig et à la Rijkuniversiteit de Groningue. Elle est publiée intégralement en Angleterre sous le nom du rédacteur Engelbert Krebs sous le titre Letter monthly Catholic. Elle est parvenue à Lille par l’abonnement du chanoine Auguste Leman, qui résidait pendant la Guerre au 58 boulevard Vauban, mais il manque dans cette série les 13 premiers numéros sur 39, qui correspondent à l’année 1916.

    2La question est de savoir ce qu’Auguste Leman – qui avait œuvré pendant 22 mois à la presse clandestine de son collègue Joseph Willot – a trouvé de pertinent dans la réception et la lecture de cette œuvre de propagande allemande dont il a souligné des passages. Nous nous bornerons ici à suivre les deux années complètes de 1917 et 1918.

    3Auguste Leman2 appartenait alors à un groupe de jeunes thésards récemment recrutés à la Catho. Son doctorat en théologie, présenté en 1904, l’avait amené à Rome où les archives du Vatican lui avaient ouvert la perspective d’une thèse soutenue en 1919 sur les relations diplomatiques entre Rome, la France et l’Autriche. En 1927, il devint secrétaire général du Comité catholique des Amitiés françaises à l’étranger, succédant à l’abbé Eugène Griselle3, maître de conférences aux Facultés catholiques de Lille, puis en 1928 secrétaire de la collection Pages Actuelles, éditée par Bloud et Gay, dont il était déjà membre. Par ses contacts internationaux, notamment en Allemagne et en Autriche, Auguste Leman devait encore laisser les Bulletins du Kulturkampf4, récit hebdomadaire de la nazification de l’Allemagne de 1936 à 1939.

    4Le comité Baudrillart se met en place entre février et mai 1915, avec une première publication en avril, La guerre allemande et le catholicisme. Un Comité de défense des intérêts allemands et catholiques pendant la guerre apparaît à Berlin en août 1915, à la suite de la publication, en janvier précédent, de Deutscher Kultur, Katholizismus und Weltkrieg (« La culture allemande, le catholicisme et la guerre mondiale »), sous la direction de son futur secrétaire Georg Pfeilschifter et éditée à Fribourg par Germania. Le comte von Hertling5 (1843-1919) est le président, mais la direction réelle est assurée par Joseph Mausbach6 (1861-1931), de l’université de Münster. Le comité est composé de 46 membres, dont 29 professeurs des universités7 parmi lesquels se trouvent notamment von Faulhaber, von Grauert8, Sawicki, Schrörs et Schmidlin… Plusieurs d’entre eux, comme Mausbach et Krebs, étaient des signataires du « Manifeste des 93 ». La Correspondance catholique paraît à partir de décembre 1915 avec la même structure organisationnelle, autour de Hertling et Mausbach, et avec la même société par actions de guerre (Aktiengesellschaft), Germania. Mais le rédacteur est Engelbert Krebs qui, dans chaque numéro, signe une lettre éditoriale d’environ quatre pages donnant l’orientation de la revue pour le mois. Seule la livraison de décembre 1917, entièrement consacrée à Hertling, est composée par Mausbach. La revue s’adresse en priorité aux neutres, la Suisse, la Hollande et les pays Scandinaves, mais aussi à la France et à l’Angleterre.

    5Engelbert Krebs9 est un spécialiste de théologie médiévale proche de Martin Heidegger et qui mena une activité polyvalente scientifique, journalistique et politique. Il recherchait dans les réalisations de la foi chrétienne des interprétations et l’expression de la philosophie de la vie.

    6Le comité Baudrillart et le comité Mausbach s’affrontèrent, l’un pour se défendre de l’anticléricalisme français, l’autre pour défendre les intérêts allemands au sein de l’Église. Les propos furent peu amènes comme le montre un compte rendu publié dans la Revue Historique en 1917 de l’ouvrage Katholizismus und Weltkrieg : le rapporteur notait sur les collègues allemands : « si grande puisse être leur notoriété en Allemagne, elle n’a pour la plupart d’entre eux jamais franchi la frontière… ». Ce n’était toutefois pas le cas de Mausbach dont le livre sur L’éthique de saint Augustin, publié en 1909, avait été salué en 1911 dans la Revue néo-scolastique de philosophie comme « un ouvrage de grande valeur ».

    7Le débat, récurrent presque tout au long des 433 pages de la Correspondance catholique mensuelle jusqu’en 1918, fut celui des atrocités et des actes de « barbarie » commis lors de l’invasion et de l’occupation avec les publications en arrière-fond des livres blancs et jaunes. Tout le travail de la Correspondance vise à corriger voire effacer cette image de barbarie. En dehors de cet aspect, il ne fut pratiquement jamais fait allusion aux événements du champ de bataille.

    8En octobre 1918, dans un article intitulé : « Renouer les anciens fils rompus », Krebs écrit : « j’espérais rencontrer les catholiques français sur le même sentier que nous. Grande a été ma désillusion ». Il souligne néanmoins un article de Gustave Bardy10 sur « L’unité de l’Église et la guerre » dans lequel il relève cette phrase : « tout de même ces Barbares […] sont toujours les enfants de l’Église ». Auguste Leman a souligné en rouge ces passages, marquant ainsi le sens de son intérêt et de son engagement futur.

    9La teneur de la revue a manifestement évolué. En juillet 1918, Krebs faisait cet aveu :

    « Nous savons quelles dures épreuves un grand nombre de prêtres belges et français ont eu à subir lors de la marche en avant de nos armées. L’attitude hostile de plus d’un a attiré de grands malheurs sur des innocents en raison de la surexcitation et de la nervosité générale et de sentiments anti-catholiques d’officiers et de soldats ».

    10L’examen de la Correspondance catholique mensuelle qu’Auguste Leman a eue entre les mains à partir de janvier 1917 témoigne d’une préoccupation dominante jusqu’à la fin : les perspectives de paix et l’union entre les peuples. Un virage est donc entrepris par rapport au premier tiers des numéros de la revue, d’abord préoccupée de justifier le conflit et de dénoncer la Franktireurkrieg. Ce tournant reste progressif car il ne s’agit pas « d’abdiquer ce qui fait la force et la particularité allemande ».

    11L’année 1916 a été marquée par deux numéros11 consacrés à la justification de l’administration allemande en Belgique « si dénaturée et si calomniée » sous l’autorité de von Bissing et qui valut à Krebs de violentes attaques de la part de catholiques hollandais et luxembourgeois. En dépit de ces critiques, celui-ci continua en 1917 à montrer l’œuvre de pacification des Allemands en Europe orientale et la protection qu’ils accordaient aux catholiques face à la domination russe orthodoxe. La revue publia ainsi des descriptions dithyrambiques de la situation de l’Église catholique en Lituanie (janvier 1917) puis de l’Église en Pologne, visitée par Krebs en personne (février 1917) et enfin de l’Église en Roumanie (octobre 1918). Le prédicateur de la Cour G. Spitzberger est encore invité dans un supplément au numéro de janvier 1917 à répondre au Danois Johannes Jörgensens12 qui continuait de dénoncer les atrocités commises en Belgique.

    12Le ton commence à changer après février 1917, date à laquelle la rupture des relations avec les États-Unis aggrave l’isolement de l’Allemagne et semble éloigner les perspectives de paix. La ligne du comité est précisée en août 1917 :

    « Éclairer sur nous-mêmes et trouver un accord futur entre catholiques des nations rendues aveugles par la guerre. Mettre en lumière les vérités pratiques sur l’Allemagne calomniée et faire connaître les Allemands chez nos ennemis afin de les aider à pénétrer l’âme allemande, s’adresser aux neutres pour créer une union de prières pour soutenir le travail pacifique du pape ».

    13En août 1918, le seul objectif affiché est de « réaliser la concorde et l’union entre les peuples ».

    14Le cheminement de cette pensée s’inscrit autour de trois grands thèmes – nous laisserons de côté les aspects de propagande : le débat sur la guerre et les offres de paix, l’œuvre de bienfaisance de l’Allemagne, les actions de paix du clergé allemand sur le front.

    Le débat sur la guerre et ses atrocités rebondit avec la guerre sous-marine

    15En juin 1917, la revue reçoit une lettre critique d’un Hollandais qui rappelle que « l’on doit d’abord obéir à Dieu avant d’obéir aux hommes » et de s’interroger : « Pourquoi les catholiques allemands ne s’indignent-ils pas contre la guerre sous-marine ? » Engelbert Krebs répond de façon traditionnelle en s’appuyant sur saint Thomas : la guerre légitime est menée par des princes chrétiens pour défendre l’Allemagne encerclée. La guerre sous-marine est un moyen pour lutter contre le despotisme révoltant des Anglais. Il renvoie à la brochure de Heinrich Fincke13publiée en 1915 à Fribourg à la suite de sa conférence du 28 octobre 1914 sur « L’idée de guerre juste et sainte dans le passé et aujourd’hui », et il poursuit en dénonçant l’explosion de fanatisme attisé par de nombreux hauts dignitaires du clergé français qui se refusent d’apporter le secours de la religion aux prisonniers allemands en Corse ou en Afrique du Nord. Ces propos se trouvent confortés en août 1917 par une lettre d’un prêtre hollandais (Bernard Holland) qui dénonce les propos tenus à Londres par le RP Bernard Vaughan s.j. (1847-1922) dans un discours appelant les hommes au service militaire14. Celui-ci fait des Allemands « les porte-paroles de l’Évangile de Thor » et attribue « le caractère de guerre sainte aux Alliés, porteurs du vrai Évangile. L’Allemagne étant hostile aux catholiques et à Rome ». Avec de tels propos et ceux du RP Cyril Charles Martindale s.j. (1879-1963) lancés en juillet 1917 dans une revue anglaise intitulée Feuilles Catholiques mensuelles15, élaborée pour :

    « s’opposer à l’attaque systématique à laquelle les catholiques allemands se sont livrés contre la valeur morale et politique de leur nation… Car c’est une dure épreuve [à eux Anglais] de constater que les assertions avancées sur leur compte, qui sont de pures calomnies, trouvent créance parmi ceux qu’une confession et une espérance communes unissent à eux comme des frères ».

    Krebs note une fois de plus que le dialogue est impossible…

    « Pourtant je ne perds pas espoir que notre Correspondance mensuelle et les Feuilles catholiques ne puissent former la base d’un accord futur entre les catholiques des nations rendues aveugles par la guerre […]. Un jour viendra où nous pourrons nous entretenir amicalement dans ces publications sur un ton pacifique et digne afin de rétablir un accord momentanément rompu […]. Puisse disparaître la haine qui s’est infiltrée dans les écrits pamphlétaires catholiques ennemis de l’Allemagne pour faire de nouveau place au langage de charité et de la condescendance bienveillante ».

    16En décembre 1917, l’arrivée au pouvoir du comte Hertling soulève chez Krebs et ses collègues un immense espoir de paix. La guerre est proche de sa fin, annonce-t-il avec Joseph Mausbach car le nouveau chancelier est pétri de la culture des idées chrétiennes, de celles de saint Augustin et sa pensée est fondée sur le droit naturel. En mars 1918, alors que se déroule la grande offensive allemande (la Frieddensturm), le numéro de la Correspondance est entièrement consacré à la réunion à Zurich de l’Union Catholique Internationale dont les statuts ont été approuvés par Rome dans le but de soutenir les efforts de Benoit XV et la constitution du droit des gens. Krebs démontre alors l’écrasement des classes moyennes et des agriculteurs en Allemagne, car dit-il, « c’est un moyen pour rapprocher les peuples, alors que d’infranchissables abîmes ont été creusés par les rivalités nationales ».

    17En juillet, alors que l’offensive allemande s’essouffle, il évoque la publication de Victor Bucaille16, Lettres de prêtres aux armées, publiée deux ans auparavant :

    « J’ai constaté un revirement d’idées complet : esprit de sacrifice, attachement au ministère sacerdotal, assurance de combattre sans haine […]. Ce livre m’a causé une vraie joie car il prouve la communauté spirituelle qui unit encore à nous bon nombre de prêtres catholiques français, en dépit de la littérature de propagande et de calomnies si peu conforme à l’esprit chrétien, répandues en France […]. Ils ont la même foi, la même espérance, le même amour que nous ».

    18Cependant il observe que, dans des livres de prières catholiques destinés aux soldats français17, se mêlent, parmi les psaumes, des prières d’odieuses injures à l’encontre des Allemands alors que les livres protestants de France et destinés aux prisonniers sont exempts de cette haine.

    19En octobre 1918, c’est un appel désespéré à « renouer les anciens fils rompus » qui est lancé, mais le constat est amer à la lecture de La vie catholique dans la France contemporaine, ouvrage édité la même année par le comité Baudrillart : « j’espérais rencontrer les catholiques français sur le même sentier que nous […] et non des attaques contre leurs frères en la foi. Grande a été ma désillusion à la lecture de la préface de Mgr Baudrillart ». Celle-ci affirmait que : « les Allemands ne s’imaginent pas qu’ils nous ont fait tomber les armes des mains […]. Ce ne sont pas des hommes comme les autres […]. On est obligé de reconnaître l’extraordinaire faculté de mensonge innée en presque tout allemand ». Krebs de poursuivre : « j’ai failli perdre à jamais courage quant à la possibilité d’une entente quelconque entre catholiques français et allemands aussi longtemps que subsistera en France la génération actuellement dirigeante », mais son espoir a été ranimé à lecture de l’article de Gustave Bardy sur L’unité de l’Église et la guerre (souligné en rouge par Auguste Leman), et notamment cette phrase : « Tout de même ces barbares, s’il faut employer le mot, sont toujours des enfants de l’église ». Ainsi, ajoute-t-il, « en France apparaît pour la première fois une insinuation concernant l’inconvenance des épithètes injurieuses qui servent à qualifier les Allemands même dans les prières ».

    20Les événements révolutionnaires des mois suivants devaient susciter de nouvelles interrogations : « on demeure stupéfait de l’incroyable rapidité avec laquelle l’histoire du monde précipite son cours ». Le numéro de décembre 1918 de la Correspondance, prévu pour traiter du mouvement des missions en Allemagne pendant la guerre, à l’occasion de Noël, est consacré aux catholiques allemands et la Révolution. Le refus de la culpabilité est clairement affiché : pas de capitulation morale à la défaite militaire :

    « Tout en reconnaissant humblement nos fautes publiques et privées en temps de paix et de guerre, mais en réprouvant la conduite indigne des hommes de la révolution dans la question de la culpabilité de la guerre, les catholiques allemands se placent sur le terrain des nouvelles conditions d’existantes ».

    21Puis est présenté le projet politique de la République : la lutte électorale, la lutte pour les écoles chrétiennes, le droit au suffrage des femmes. « Nous devons nous plier et nous humilier pour nous relever plus tard », conclut Krebs.

    22L’impossibilité du dialogue entre catholiques dépasse la simple calomnie haineuse, elle s’inscrit également dans une stratégie des Églises en direction des neutres, toujours avec des buts bien intentionnés. Enfin, pour corriger la mauvaise image persistante de l’Allemand, le numéro d’avril 1918 est consacré à l’étude « du caractère allemand » par « un neutre », le père bénédictin Rupert Hänni18, Docteur en philosophie, professeur de collège à Sarnen, dans l’Oberwald suisse. L’étude s’appuie sur Tacite et des parallèles sont établis entre Arminius et Hindenburg, l’esprit et le sentiment des Germains, le soutien des femmes allemandes à leurs époux guerriers depuis l’antiquité, enfin la force universelle de l’esprit allemand dans le domaine scientifique. L’ensemble de l’étude est fortement connoté et l’on ne peut s’étonner de la conclusion : « si l’on pèse les chances opposées dans les deux camps, on doit constater que le plateau des principes chrétiens penche décidément du côté des puissances centrales ». Une comparaison est faite avec une étude portugaise publiée en septembre 1916 qui mentionnait « les chances de l’Église dans cette guerre : le triomphe de la franc-maçonnerie, de la révolution et une catastrophe pour l’Église en cas de victoire des Alliés, le triomphe de l’ordre et des principes éternels d’autorité en cas de victoire de l’Allemagne ». Et Hänni de conclure : « Puissent les esprits revenir à la raison et les adversaires de l’Allemagne saisir dans la main de fer de celle-ci le rameau d’olivier qu’elle leur tend, en vue d’une paix dont les bienfaits rendraient également aux neutres une vie nouvelle ». L’article souligne les chances nouvelles de paix représentée par le comte Hertling.

    La Paix et les œuvres de bienfaisance de l’Allemagne

    23L’année 1917 est marquée par les offres de paix. C’est d’abord celle du Kaiser à Noël 1916, saluée par Benoit XV et approuvée par l’armée. Cette manœuvre, qui vise aussi à devancer une proposition américaine, est d’abord un geste à l’égard des opinions publiques pour montrer l’apparente bonne volonté allemande. Mais Guillaume II sait ses propositions – notamment sur l’Alsace-Lorraine – inacceptables par les alliés. Pour la Correspondance catholique, elles sont toutefois une preuve de la générosité de l’Allemagne à un moment où celle-ci affirme sa force sur le terrain, mais elles sont malheureusement rejetées par une Entente rongée par des crises ministérielles et qui a développé dans son opinion publique la vision d’Allemands assoiffés de sang. L’espoir est placé dans Hindenburg et Ludendorff, mais plus encore dans les neutres qui prêchent la paix aux peuples de l’Entente. La paix est alors projetée pour le 1er janvier 1918. Selon la Correspondance catholique, le Kaiser l’a préparée en donnant une administration et un gouvernement aux habitants des pays occupés et en manifestant de la bienveillance envers les Églises et les ministres du culte.

    24Ce souhait d’une paix allemande est remis en cause en mars. Krebs et ses amis dénoncent la manœuvre aggravée d’isolement de l’Allemagne par l’entrée en guerre des États-Unis et ils rejettent avec force toute responsabilité de la guerre d’une Allemagne qui, plus que jamais encerclée, ne fait que se défendre : « L’Allemagne vit la Passion du Sauveur et dénonce le Barabbas des mers ». « Nous connaissons les fautes de notre peuple et les déplorons. Les mandements de nos évêques nous invitent à supporter les maux de cette guerre avec une résignation repentie, en expiation de nos péchés publics et privés ». Cependant cette repentance a ses limites car c’est l’Angleterre qui veut affamer l’Allemagne et donc le blocus maritime allemand est le seul gage de paix.

    25D’ailleurs, le clergé allemand a une mission d’apostolat mondial en collaboration avec toutes les classes de la Nation. Il est donc plus que jamais nécessaire de former des prêtres. Les signes en ont été donnés dans un rapport publié à Münster en octobre 1916 et lors d’un congrès présidé par von Hartmann qui a rassemblé plus de 600 prêtres et religieux. Le but est d’annoncer l’Évangile aux infidèles sous l’autorité du pape. En dépit de la supériorité allemande dans l’organisation, il reste beaucoup à faire avec l’espoir de nouvelles conquêtes : « Germania docet ». Au passage, la Correspondance relève « l’absence de toute organisation similaire chez d’autres nations catholiques » pour remplir cette mission. En avril 1917, l’objectif est fixé : il s’agit d’abattre le règne des francs-maçons en France et en Italie, l’intolérance russe et l’égoïsme mercantile anglais.

    26La paix allemande doit se traduire sur le terrain par une œuvre de bienfaisance. Les guerres sont l’occasion de profondes expériences sociales avec des suites durables. L’Allemagne s’est ainsi engagée dans la lutte contre l’ivrognerie et la tuberculose, mais aussi contre les maladies sexuelles tant dans la population civile que parmi les militaires. En juillet 1917, un débat est lancé sur les enfants naturels, il s’agit en période de guerre de ne pas encourager les naissances illégitimes. von Hartmann avait d’ailleurs suggéré de surveiller étroitement les femmes seules et les veuves. Mais l’Allemagne combat aussi en faveur de la salubrité des logements, contre les accidents du travail, et elle encourage le secours aux malades et aux invalides de plus en plus nombreux. Tout cela doit montrer au monde que les « Barbares » font preuve d’un zèle actif, énergique et systématique en faveur de l’assistance sociale.

    27La Correspondance établit alors une comparaison spécieuse avec la France, où la tuberculose s’est développée, avec l’Angleterre, ravagée par les maladies sexuelles, et avec la Russie, atteinte par la fièvre pétéchiale (typhus), avant de conclure : « la victoire appartient au peuple pénétré de l’impératif du devoir social ».

    28Le numéro de juillet 1917 suit la même ligne et insiste cette fois sur le rôle des ouvriers allemands dans la guerre et sur la communauté de travail entre patrons et ouvriers. Ces principes du socialisme de guerre avaient été mis au point par Walter Rathenau ainsi que l’organisation de « Zentrales » dans les territoires occupés. Mais Krebs y voit surtout une marque de solidarité sociale et une manière de lutter contre le chômage, alors que les organisations ouvrières développent des bureaux d’assistance juridique qui apportent leur soutien aux familles de soldats et aux invalides de guerre. Il en profite pour dénoncer les accapareurs sans conscience qui spéculent sur la crise alimentaire aggravée par un hiver très rigoureux qui, en 1917, fit au moins 750 000 morts de faim. Enfin, alors que les déportations d’ouvriers belges ont commencé systématiquement en octobre 1916, Krebs souligne de son côté que les ouvriers allemands ont pris en main avec beaucoup d’énergie la cause de leurs camarades belges déportés pour leur assurer du travail et un logement, s’inspirant en cela de l’action menée par Théodore Brauer19, secrétaire du mouvement des travailleurs chrétiens d’Allemagne.

    29Ces réflexions et ces démonstrations trop influencées par la propagande de la paix allemande avec son modèle social ne firent pas recette. En septembre et octobre 1917, la ligne éditoriale revient aux propositions de paix, mais cette fois avec celle du pape Benoît XV. Les deux axes privilégiés mettent davantage en avant les éléments spirituels. Le premier insiste sur l’importance des unions de prières pour mettre fin aux querelles entre catholiques et pour demander aux neutres de se consacrer au service de la paix des esprits par l’intermédiaire de la presse catholique, considérée « comme le porte-voix pacifique de nos propres et mutuels intérêts ». Le second axe vise à promouvoir des images de paix au milieu des combats et à montrer le rôle des ambulances comme lieu de retraite spirituelle, à l’instar d’Ignace de Loyola, soldat blessé, d’où l’importance de la chapelle de l’ambulance et du chapelet qui accompagne des lectures pieuses collectives, regroupant même des protestants. Le bulletin met en exergue les retraites spirituelles au front de trois à huit jours avec l’accord des officiers pour favoriser la conversion intérieure. Cet élan spirituel est tempéré dans le numéro suivant, celui d’octobre, qui insiste certes toujours sur la grande sincérité de l’appel du pape mais précise que la seule réponse positive a été donnée par les souverains légitimes d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie. Cette phase s’achève en décembre 1917 avec le grand espoir placé dans la nomination du chancelier Hertling, le seul jugé capable d’apporter la paix en janvier 1918. Il n’est en revanche jamais fait allusion aux événements du front oriental, au rapatriement des troupes vers le front occidental, ni à la préparation de la grande offensive de printemps.

    Les œuvres spirituelles de paix sur le front occidental

    30La ligne éditoriale de l’année 1918 est consacrée en grande majorité aux œuvres de paix menées par le clergé allemand sur le front. Les deux seuls numéros de janvier et février reviennent sur l’idée de la guerre juste défensive à propos de la destruction de la basilique de Saint-Quentin par l’artillerie française et la question de l’Alsace-Lorraine, territoire protégé de l’anticléricalisme français.

    31Dès le mois de novembre 1917 on voit décrite par l’aumônier militaire de la 8e division de Landwehr20 le Dr Josef Schofer21, bien connu à Fribourg, « la vie catholique sur le front allemand ». La troupe composée de trois régiments d’infanterie communie et se confesse régulièrement, l’aumônier rend visite aux positions de première ligne et tous manifestent une forte dévotion au Sacré-Cœur autour d’autels de campagne bien installés. L’aumônier supplée le prêtre absent auprès des populations civiles. Il effectue tous les soirs un salut au Saint-Sacrement, assure aux enfants le catéchisme et les prépare à la première communion.

    32Le numéro du mois de mai est dans la même veine. Il s’agit cette fois du témoignage d’un franciscain, le P. Erhard Schlund22, sur le ministère des âmes auprès de la population du territoire occupé. Celui-ci s’est beaucoup déplacé dans le nord de la France, en Belgique et surtout dans les Vosges. L’exemplaire de ce numéro conservé à la Catho de Lille, fort malmené, pourrait avoir circulé parmi les confrères d’Auguste Leman qui souligne en particulier le passage suivant : « Un grand nombre de curés du nord de la France et de la Belgique m’ont assuré qu’ils ne se sentaient nullement entravés dans l’exercice de leurs fonctions sacerdotales » ; naturellement l’élément masculin manque dans les paroisses mais il en est de même en Allemagne, tous les hommes étant appelés sous les drapeaux, mais en France, c’était aussi le cas avant la guerre !

    « Dans les grandes villes, les curés et vicaires peuvent vaquer à leurs obligations sans obstacle de la part des autorités militaires […]. Ils doivent seulement mettre de temps à autre leur église à la disposition de l’aumônier catholique pour les messes et offices religieux militaires. Les évêques peuvent administrer leur diocèse comme auparavant avec toute latitude pour voyager en personne et pour déplacer leurs prêtres ; ils sont seulement soumis à l’obligation, commune à toute personne, d’un passeport et d’une permission de voyage ».

    33L’article s’attache ensuite à la situation moins facile des petites localités où il est plus difficile pour le curé de circuler et où l’église est réquisitionnée comme ambulance. Les prêtres trouvent un précieux auxiliaire dans l’aumônier allemand pour les relations avec les militaires, le partage de l’église et le ravitaillement en vin de messe, hosties, cierges et encens nécessaires au culte. Le P. Schlund conclut sur ce point : « on peut fort bien conserver sa manière de voir nationale et personnelle tout en sachant maintenir de bons rapports mutuels ».

    34Le franciscain analyse ensuite la situation des paroisses dévastées qui ont perdu leur pasteur. Il évoque alors son rôle dans une petite localité des Vosges où il reprit en main la vie religieuse, fit de courts sermons en français à des paroissiens d’abord apeurés puis de plus en plus nombreux et bénéficia même de l’aide apportée pour les saluts du mois de Marie par des femmes et jeunes filles réunies en une congrégation féminine mariale. Il reprit les cours de catéchisme pour les enfants et des offices religieux scolaires en dépit de l’hostilité de l’institutrice. Enfin, sa grande réussite fut d’avoir rétabli la première communion pour des enfants qui n’avaient pas pu la faire depuis trois ans, avec une large participation de la population, et même des soldats présents. L’article s’achève sur le caractère nécessairement transitoire de la situation car l’aumônier ne peut être présent partout étant donné l’ampleur de la tâche.

    35Le post-scriptum du numéro revient sur les livres de prières français qui dénoncent les Boches, notamment le Petit manuel du soldat édité par l’évêché de Belley en 1915. Celui-ci implore la Vierge, pour « donner la revanche de 70 et rendre l’Alsace et le Rhin », puis Jeanne d’Arc, dont les invocations s’achèvent chaque fois par : « et va bouter hors de l’Alsace jusqu’au dernier des Allemands », et finit sur cette formule lapidaire : « Marchons sans peur ni reproche, on fait toujours fuir le boche, après qu’on a prié Dieu ».

    36Les numéros de juin, juillet et août 1918 portent d’abord sur la spiritualité des soldats allemands puis sur l’action de bienfaisance menée en direction des camps de prisonniers.

    37À partir de l’été 1916, au moment de la bataille de la Somme, des cours de théologie catholique furent ouverts pour les étudiants en théologie présents au front. Krebs fut chargé de le leur annoncer. Il s’agissait de leur accorder une permission de plusieurs semaines pour leur permettre de suivre un cours universitaire complet où toutes les disciplines devaient être représentées. Des professeurs d’université furent ainsi convoqués sur le front, tant à l’est qu’à l’ouest, pour accomplir cette mission. Un bilan en est dressé par Henri Fincke et par Émile Göller23 tous deux de l’université de Fribourg. Le premier fit cours dans les Balkans, à Prilep (Macédoine), devant plusieurs centaines d’étudiants, dont les membres d’un état-major allemand au complet, des soldats bulgares et des sœurs de la Croix-Rouge. Les cours s’inscrivaient dans une perspective historique, entre passé et présent, pour déboucher sur la proposition d’une solution pacifique aux différends internationaux, sur la vie commune des nations et de l’Église, en y intégrant la Bulgarie. Des cours de psychologie et de sciences naturelles, ainsi que des conférences sur la médecine et sur la place de l’agriculture allemande étaient également au programme. L’article fait ressortir l’entente qui régnait parmi les auditeurs, mais le chanoine Leman a accolé un point d’interrogation au paragraphe suivant :

    « Aucune idée dogmatique ne fut émise en théologie, pas une allusion agressive ou blessante ne fut dirigée contre telle ou telle confession, contre telle ou telle religion. C’est en toute tranquillité d’âme que nous autres, Chrétiens d’occident, nous exprimâmes nos remerciements au mufti turc qui avait mis sa mosquée à notre disposition pour nos cours et conférences ».

    38Le professeur Göller évoqua les cours universitaires de Fourmies et Bruxelles. Le cycle commencé à Fourmies du 18 au 31 janvier 1918 s’acheva à Bruxelles durant la semaine pascale. Le commandement en chef avait autorisé des cycles de 12 jours. À Fourmies s’exprimèrent cinq professeurs de théologie catholique et cinq autres de théologie protestante : le Dr Heinisch, de Strasbourg, spécialiste du judaïsme, le Dr Merkle24, de Wurzbourg, spécialiste de l’Église médiévale, le Dr Esser25, de Bonn, spécialiste de la personne du Christ, le Dr Mausbach, de Munster, invité à parler de la foi et des fondements de la religion catholique. L’accueil à Fourmies fut assuré par le Dr Witkop26, de Fribourg, qui organisa le logement et l’entretien.

    39Cette session fut marquée par une ambiance mêlant sévérité et joyeuses réunions habituelles des étudiants allemands. Les futurs pasteurs d’âmes assistaient à la messe le matin et aux conférences le soir. Le thème de la session portait sur l’Église universelle, reine de la paix avec Benoît XV à sa tête, véritable envoyé de la providence divine. Il y fut évoqué le nouveau code de droit canonique, l’espoir d’une vie nouvelle pour le monde alors divisé, une rénovation des peuples enfin délivrés de leurs interminables souffrances et un triomphe glorieux de l’Église réunissant tous les fidèles dans l’union et dans la paix.

    40Mausbach aborda le thème du vieux sol des Francs, « cette nation oublieuse de sa parenté étroite avec le caractère germain se laissa entraîner par la marée de l’individualisme et du nationalisme, cherchant à renier toute influence allemande jusqu’à se faire pendant des siècles l’agresseur permanent de notre pays et de profiter de notre impuissance politique pour nous arracher nos territoires à l’ouest ». Après avoir visité Laon et la Champagne, il regagna Bruxelles où il retrouva ses amis de Fribourg et Cologne ainsi qu’un grand nombre d’étudiants en théologie venus du front et de la zone des Étapes avec la permission de leurs chefs de corps avant l’offensive en Flandres. Ils furent ensuite reçus par Falkenhausen et une célébration à Villers-la-Ville (Brabant).

    41Les cours de théologie et de philosophie étaient assurés par de grands conférenciers : le philologue Willamowitz-Möllendorf27 de Berlin, le philosophe Eucken28 de Iéna, le spécialiste d’histoire ecclésiastique Schrörs29 de Bonn. Göller évoque en outre le thème de ses 12 conférences sur la légitimité du mariage, avant de s’interroger :

    « Que deviendra la Belgique ? la partie flamande de la nation, que son langage et ses liens de parenté unissent si manifestement à nous, recevra après la guerre la facilité de développer son caractère national dans de tout autres conditions que les 80 dernières années. Comme à Laon, je me reportai au temps passé, alors que dans les Pays-Bas la population avait encore conscience de faire partie du Saint-Empire romain […]. C’est une coïncidence historique bien singulière que les principaux théâtres de la gigantesque lutte ici à l’ouest soient en grande partie d’anciens territoires de l’Empire allemand… »

    42Cette approche renvoie par ailleurs à la psychologie religieuse des soldats allemands. Il s’agissait de répondre à divers auteurs comme Barbusse qui décrit dans Le feu la dimension absurde et abominable de la guerre. Or le Comité allemand de défense venait de publier Les lettres de soldats en campagne30 de Georg Pfeilschilfter31, dédiées à Mgr von Faulhaber, dans le but de montrer que, pour certains,

    « La guerre ne représentait pas exclusivement une absurdité mais aussi un devoir sacré […]. L’œuvre sanglante à laquelle ils ont été contraints a été souvent pour eux une œuvre de régénération morale de même qu’ils savent reconnaître la personnalité morale de leurs chefs et ils trouvent dans la religion un ferme appui, une consolation intime, une joie pure […] ».

    43Après avoir, comme toujours, validé sa méthode et l’objectivité des lettres publiées, ce numéro de la Correspondance poursuit par un vigoureux paragraphe sur la « conviction de la justice de la cause allemande », avant de décrire la « calme fermeté en Dieu convaincu de la justesse de la cause et des bénédictions de Dieu répandues sur l’armée allemande, donnant au soldat la certitude dans le succès de la guerre ». Aussi, les sacrements doivent être reçus, l’assistance à la messe ainsi qu’aux saluts est importante, la prière en dehors des offices doit s’appuyer sur la récitation du chapelet, et un culte renforcé doit être rendu à la Mère de Dieu.

    44Selon la revue, la conduite des soldats envers la population et le clergé français est honorable après les excès de l’invasion : une attention particulière est donnée à l’alimentation, aux enfants des écoles et aux soins médicaux. Krebs souligne les relations amicales des soldats avec les habitants qui les logent. Les souffrances du Sauveur servent de modèle au soldat chrétien. Les lettres témoignent d’un « esprit réellement chrétien qui règne dans notre armée allemande ».

    45Cette longue saga s’achève sur le monde des prisonniers, internés allemands et austro-hongrois au Danemark et captifs français d’un camp à Sennelager-Paderborn, en Allemagne32. C’est l’occasion pour Krebs de rappeler qu’il avait été mandaté en juin 1917 par le cardinal Hartmann pour prêcher la retraite pascale aux internés en Suisse, avec le soutien et l’accord du ministère de la guerre. Pour une Allemagne encerclée, c’était une occasion de souligner le rôle favorable de certains neutres33 et du pape en faveur de l’échange de prisonniers. Selon le témoignage de l’aumônier de garnison Radermacher34, les échanges eurent lieu en avril 1917 au Danemark et en Norvège pour 1250 hommes provenant de Russie. Ils se retrouvèrent dans le camp de Baekkelund35, composé de baraques et entouré de barbelés. Leur désenchantement fut grand car ils durent travailler dans différents ateliers en ne percevant en outre qu’un tiers de leur salaire. L’article insiste sur leur relèvement moral : « leurs souffrances en Sibérie pendant le premier hiver de la guerre ont été beaucoup plus dures que celles des prisonniers allemands en France. Mais ils ont moins souffert moralement que ces derniers, la population sibérienne à demi-civilisée leur a témoigné de la compassion ».

    46Les prisonniers n’éprouvaient ni haine, ni sentiment de vengeance. Les conditions religieuses ont été lamentables dans les camps sibériens en dépit de la présence de 70 à 80 aumôniers allemands également captifs : selon les réponses à un questionnaire, huit camps sur 31 avaient des offices religieux. Le ministère du camp de Hald fut organisé par l’abbé Olrik, secrétaire de Mgr von Euch, de Copenhague36. Il y avait trois aumôniers catholiques : le P. Heese, dominicain, et deux Autrichiens. La bibliothèque des soldats était fournie en livres de différentes sociétés charitables de Bonn et de Munich. Cependant, en Norvège, la bibliothèque était faite de littérature de pacotille voire licencieuse mais bientôt remplacée par des envois des bureaux de secours aux prisonniers. On salue le rôle des prêtres danois et des jésuites d’Aarhus.

    47Des infirmières issues de la vieille noblesse eurent une « influence salutaire et bienfaisante » pour rendre aux civilités des prisonniers déshabitués par leur séjour en Sibérie en organisant des fêtes de famille. On note aussi la création d’un home du soldat et d’une église. « Les secours moraux aident les prisonniers à surmonter les difficultés psychologiques provoquées par les souffrances de la captivité ». Dans le numéro de septembre, le Dr Tharsicius Paffrath37, un franciscain, décrit en contrepoint les conditions de vie au camp de Sennelager. L’auteur était chargé de la pastorale du camp pour les prisonniers belges, français et anglais, qui étaient, selon lui, traités dans de bonnes conditions, avec des soins et des cadeaux d’attention. Une description idyllique s’ensuit, passant en revue tous les aspects : les conditions d’hygiène, l’administration, les repas, l’infirmerie, le sport, l’enseignement donné, les bibliothèques et les activités théâtrales. Naturellement, ces conditions matérielles favorables s’appuient sur un encadrement religieux, des messes régulières le matin, avec des sermons ; des processions sont même organisées et des prédications particulières sont assurées les jours de fêtes et au mois de mai. Un service religieux spécifique est assuré pour les malades.

    48Les événements du mois de novembre 1918 sont éludés par une présentation exhaustive de la société Görres38, fondée en l’honneur de Joseph Görres le 25 janvier 1876 à Coblence par des écrivains et scientifiques catholiques, à l’instigation du comte Georg von Hertling qui en fut le premier président. Le numéro de décembre évoque le choc et la surprise révolutionnaire et la volonté des catholiques allemands de contribuer à la mise en œuvre de la future République de Weimar.

    Conclusion

    49La surprise paraît complète face aux événements de novembre et décembre 1918. Les faits sur le terrain n’ont jamais été relatés, signe d’une certaine distanciation ; on note un décalage d’environ deux ans par rapport aux réalités vécues. La publication du Dr Mausbach en 1918 sur le « Droit naturel et le Droit international » vise à défendre l’unité du genre humain contre la force brutale de l’État national. Cette publication est immédiatement suivie par Sozialismus und Katholizismus la même année. La Correspondance suit cette même ligne en présentant les conceptions politiques du Zentrum dans la future République de Weimar où nombre d’interlocuteurs de Krebs jouèrent un rôle important.

    50La ligne de la Correspondance suit une évolution subtile : on trouve en arrière-fond, de manière permanente, la justification du bien-fondé de la guerre allemande, notamment dans les régimes d’occupation. La guerre juste défensive reste un leitmotiv. Puis viennent les chemins tortueux de la paix : celle du Kaiser, puis celle de Benoît XV, avant de glisser insensiblement vers un appel à l’unité des chrétiens mais, dans tous les cas, dans le cadre d’une paix allemande. La défaite n’est jamais envisagée. Le clergé mène une action bienfaitrice auprès des populations occupées – dans des régions peu exposées – et une œuvre de paix pour la régénération morale des soldats et des prisonniers en dépit de nombreuses déceptions.

    51Auguste Leman et ses collègues ont manifestement lu et commenté cette revue, notamment en 1918. Leurs annotations témoignent de leur doute sur cette œuvre subtile de propagande cependant non dénuée d’intérêt pour l’avenir.

    Annexe

    Le camp de Sennelager

    À ma demande s’ils étaient contents de la nourriture on me répondit « Contents seulement le soir nous aimerions avoir une soupe un peu plus consistante ». Cette plainte a été transmise au général. Il dit qu’il examinait toutes les plaintes et qu’il n’en avait point reçu jusqu’ici.

    Le général rendit aux Français le témoignage qu’ils étaient tous propres, convenables et biens disposés, tandis que les Anglais étaient mal disposés, malpropres et peu aimés de leurs camarades de détention.

    Dans les baraques, les prisonniers sont placés par compagnies sous les ordres d’un de leurs propres sous-officiers qui a la responsabilité du bon ordre. Le campement est du type habituel, paillasse, et deux couvertures, les cuisines sont propres et bien installées, les latrines désinfectées régulièrement. Toutes les baraques sont éclairées à l’électricité et l’extinction des feux a lieu à 9 heures.

    Il existe quelques ateliers de travail. L’occupation est plus abondante sur le terrain d’exercice, Grace aux travaux d’amélioration du sol et du drainage. Ceux qui travaillent en plein air reçoivent un repas supplémentaire consistant en 2-3 petits pains et 1-2 saucisses. Certaines sections sont aussi prêtées aux paysans pour les travaux des champs.

    La nourriture est bien composée et suffisante. Le pain est bon. Il n’est point distribué d’alcool ni ici, ni ailleurs. À Noël, chaque prisonnier a reçu une double ration de nourriture et six cigares, ce qui fait 120 000 cigares. Si l’on trouve la soupe du soir bien claire, par contre on reçoit de temps en temps un morceau de saucisse (saucisse de foie, boudin etc.) avec la soupe.

    La chaussure commençant à devenir mauvaise, on acheta 18 000 paires de sabots, fournies par les autorités dont les intentions bienveillantes se manifestent d’ailleurs encore d’autre façon.

    Une bonne installation de bain permet de prendre un bain toutes les trois semaines, 500 hommes peuvent se baigner chaque jour. Il y a également une installation de désinfection. On construit actuellement un nouveau lazaret dont le médecin en chef est justement fier. Il doit être bientôt occupé et offrira aux malades une installation hygiénique pourvue de tout le nécessaire.

    Pour le moment les blessés sont soignés à Lippenspring, où un grand stand de tir a été transformé en lazaret. La direction de cet hôpital pourvu de lits, est aux mains d’un médecin allemand, assisté d’un médecin anglais et d’un médecin français. Le médecin anglais fait tout particulièrement une bonne impression. Il a exprimé toute sa satisfaction du traitement des blessés. Une cuisine spéciale est attachée au lazaret. Le général a répondu favorablement au désir du médecin anglais d’avoir un peu plus de lait pour ses malades. Depuis le commencement de septembre il n’y a plus de maladies épidémiques. Les prisonniers ont été vaccinés contre le choléra. Les Russes qui arrivent sont soumis à une quarantaine. C’est dans les lazarets que se manifeste surtout l’humanité avec laquelle sont traités les prisonniers en Allemagne. Comme j’ai pu le constater on ne fait aucune différence entre Allemands et prisonniers.

    Au reste il est indubitable que les internés simulent souvent quelque maladie, car durant les jours de fête vingt prisonniers seulement se sont portés malades, tandis qu’après le nouvel an il en eut 800.

    L’évêque de Paderborn a fait installer un lieu de culte pour les catholiques, et l’on y célèbre régulièrement la messe. Les services religieux et la cure d’âme sont assurés par environ douze ecclésiastiques français qui ont été internés, soit comme infirmiers, soit comme prisonniers civils, et qui sont traités comme officiers, recevant une solde en vertu d’un décret de l’empereur. Ils sont logés dans la fondation St Joseph à Paderborn, où je les ai visités, et où ils occupent de jolies chambres à coucher et des locaux communs pour la journée.

    Carl Joseph Mausbach (1861-1931).

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    Professeur de théologie morale et d’apologétique à l’université de Münster, directeur de la Correspondance Catholique de 1915 à 1919. Proche du Zentrum, ferme soutien à la république de Weimar.

    Auguste Leman (1879-1945).

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    Docteur ès-Lettres, professeur aux Facultés catholiques de Lille, engagé dans la presse clandestine (1915-1916) au côté du professeur Willot, abonné à la Correspondance Catholique Mensuelle. Il diffusa en France « les bulletins du Kulturkampf » (1936-1939) relatant le processus de nazification de l’Allemagne.

    Engelbert Krebs (1881-1950).

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    Théologien dogmatique de l’université de Freiburg en Brisgau, rédacteur de la Correspondance Catholique Mensuelle de 1915 à 1919.

    La Correspondance Catholique éditée à partir de décembre 1915 dans la mouvance du Comte Hertling fut éditée par Germania, société par action de guerre (Aktien gesellschaft).

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    La lettre éditoriale d’environ 4 pages rédigée par E.Krebs donne l’orientation mensuelle de la revue.

    La Correspondance Catholique issue du Comité de défense des intérêts allemands et catholiques pendant la guerre, formé en août 1915 est une réponse au comité Baudrillart mit en place en mai 1915.

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    Dans le numéro d’octobre 1918, Krebs rédigea un article intitulé : « renouer les anciens fils rompus » dans lequel il souligne l’intérêt de l’article de Gustave Bardy sur « L’unité de l’Église et la guerre ».

    La création du Comité catholique de propagande française à l’étranger dirigé par Alfred Baudrillart est l’une des conséquences de l’Union sacrée.

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    L’enjeu entre les deux comités fut celui actes de barbarie commis lors de l’invasion et de l’occupation allemande. Tout le travail de la Correspondance catholique est d’effacer et de corriger l’image de barbarie.

    Notes de bas de page

    1 Cet « Appel des intellectuels allemands aux nations civilisées » fut signé le 4 octobre 1914, rendu public le 23 octobre et connu en France par la Revue scientifique le 14 novembre 1914.

    2 Auguste Leman (1879-1945), natif de Tourcoing, fut élève à Solesmes puis au Séminaire académique de Lille en 1897. Il obtint à Rome en 1904 un doctorat en théologie. Les archives du Vatican le conduisent sous l’impulsion de Mgr Lesne vers une thèse de doctorat ès-lettres (1920) sur Urbain VIII et la rivalité de la France et de la maison d’Autriche de 1631 à 1635 suivie du recueil des instructions aux nonces ordinaires de France de 1624 à 1634. Il est membre puis secrétaire en 1927 du Comité catholique des amitiés françaises à l’étranger. Il collabora à L’Histoire de l’Église de Fliche et Martin et œuvra après-guerre pour le rapprochement des Églises et l’unité chrétienne.

    En février 1915, Edmond Bloud fonda, à la suite d’une démarche de Paul Claudel auprès de Mgr Baudrillart (recteur de l’Institut Catholique de Paris) à la demande du ministre des Affaires étrangères (M. Delcassé), le Comité catholique de propagande française à l’étranger afin de lutter contre la propagande allemande qui insistait sur l’anticléricalisme, voire l’athéisme, de la France. Cet organisme a été transformé après la guerre en Comité des Amitiés françaises à l’Étranger.

    3 Eugène Griselle (1861-1923), docteur ès Lettres en 1901, a dirigé la revue Documents d’histoire. Il avait publié dans « Pages actuelles », en 1915, Le martyre du clergé français (n° 51), puis, en 1916, L’Arménie martyre (n° 83-84).

    4 Danielle Delmaire, Catherine Masson et Thibaut Tellier (textes réunis par), Les Églises allemandes persécutées par les nazis. Que savait-on ? Le bulletin Kulturkampf, 1936-1939, Villeneuve d’Ascq, éd. du Conseil scientifique de l’Université Charles-de-Gaulle – Lille 3, Travaux et recherches, 2003, 186 p.

    5 Fils d’un conseiller de la cour de Hesse, docteur en philosophie à Berlin en 1864, il enseigna la théologie à Munich. Chef au Reichstag de l’aile conservatrice du Zentrum catholique, il fut premier ministre de Bavière de 1912 à 1917 et président du Comité de défense des intérêts allemands catholique jusqu’en décembre 1917. Après avoir soutenu Bethmann-Hollweg, il succéda à Michaelis comme chancelier, du 1er novembre 1917 au 3 octobre 1918, date à laquelle il fut remplacé par Max de Bade.

    6 Karl Joseph Mausbach après des études de théologie à Münster, il devint membre des étudiants catholiques où il rencontra Franz Hülskamp. La politique de Bismarck du Kulturkampf le contraignit à s’exiler à Eichstätt où il fut ordonné prêtre en 1884. Il devint professeur de théologie morale et d’apologétique à Münster en 1892 et participa à la création du Collegium Marianum, centre de formation religieuse pour les femmes. Il fut nommé prélat de Sa Sainteté le 14 juin 1912, puis directeur de la Maison pontificale en 1918. Son rôle politique et son influence internationale se manifeste entre 1915 et 1920. Membre de l’assemblée de Weimar, il contribua à redéfinir les relations entre l’Église catholique et la République en matière de politique sociale et scolaire. Il fait figure de l’un des plus importants éthiciens sociaux catholiques du XXe siècle.

    7 Parmi lesquels on trouve : Briefs, Ebers, von Faulhaber, von Grauert, Knöpplers, Lippert, Meister, Pieper, Sauer, Sawicki, Schrörs, Schmidlin, Switalski…

    8 Von Grauert (1850-1924), après des études à Göttingen et Munich, où il présenta sa thèse, fut d’abord archiviste, avant de devenir en 1885 professeur d’histoire à l’université de Munich, établissement dont il fut le recteur en 1915-1916. Conseiller privé de Louis III de Bavière, il a été élevé dans l’ordre du Mérite de la couronne de Bavière. Il a dirigé la revue de la société savante Görres.

    9 Engelbert Krebs (1881-1950), docteur en philologie de l’université de Fribourg en 1903, prêtre en 1906, puis docteur en théologie en 1910 après des études à Rome, fut professeur à Fribourg de 1911 à 1936. Il fut ensuite interdit d’enseignement par les Nazis.

    10 Gustave Bardy (1881-1955), spécialiste des pères Grecs, prêtre du diocèse de Besançon puis de Dijon.

    11 Il s’agit du n° 8 de juillet 1916 et du n° 11 d’octobre 1916.

    12 Jörgensens (1866-1956) issu de famille protestante, il fréquenta très tôt les cercles d’artistes et de poètes. En 1902, il traduisit les Fioretti en danois et publia, en 1907 une biographie de saint François d’Assise qui suscita un véritable engouement dans le monde catholique pour le poverello. Il rédigea encore les biographies de Catherine de Sienne, de dom Bosco et Brigitte de Suède.

    13 H. Fincke (1855-1938) membre des associations étudiantes catholiques et correspondant du journal du Zentrum. Historien reconnu de l’Église, spécialisé dans le bas Moyen-Âge, il fut professeur d’histoire à Münster puis, en 1898, à l’université de Fribourg où il entra en contact avec Martin Heidegger. Durant la guerre, il encouragea les mouvements de jeunesses catholiques, orateur privilégié des assemblées patriotiques, il fit de nombreuses conférences pour « renforcer le sentiment national et la confiance en la victoire ». Il devint vice-Recteur en 1918, puis Recteur à Fribourg. Signataire du Manifeste des 93, il intervint à la seconde nuit patriotique de Fribourg le 11 octobre 1914. Il publia successivement en 1915, les futurs allemands, droit et nécessité de la guerre mondiale, commentaires de photos sur la guerre en Flandre durant l’hiver 1914-1915, Lettres du volontaire Ludwig Fincke sur le front à Nieuport le 9 mai 1915, Discours d’enrôlement pour une guerre qui se termine le 20 décembre 1918, La mémoire de nos martyrs, discours du 29 mars 1919 à l’Université de Fribourg.

    14 Discours publié dans The Tablet le 17 mars 1917.

    15 Éditée par la British Catholic information Society. Le RP Martindale était connu par ses nombreuses publications sur l’histoire des religions.

    16 Victor Bucaille (1890-1969), avocat à la Cour d’appel, a été membre du cabinet de Denys Cochin, ministre d’État, puis sous-secrétaire d’État chargé du blocus de 1915 à 1917. Il contribua à l’organisation du blocus et à la reprise des relations avec le Saint-Siège puis fut membre de la commission d’armistice en 1918 et 1919. Collaborateur de la revue Les Nouvelles littéraires, il appartenait également à plusieurs sociétés savantes.

    17 Manuel catholique du soldat en campagne, Lyon, Librairie catholique Emmanuel Vitte, 1915, 69 p. ; L. Lenoir s.j., Livre de prières du soldat catholique, Œuvre des campagnes, 1916, 236 p. ; Livre de piété du soldat, par un aumônier militaire, Paris, librairie Saint-François, 1915 ; abbé Joseph Bellouard, Prières et chants pour le temps de guerre, Niort, H. Boulord, 1915, 64 p. ; le bulletin Frères d’Armes… Krebs explique alors que ces ouvrages contenant des excitations haineuses ne peuvent être distribués aux prisonniers français en Allemagne.

    18 Rupert Hänni (1873-1937) devient moine en 1897 à l’abbaye de Muri, dont il a été l’historien.

    19 Théodore Brauer (1880-1942), issu d’une famille modeste, employé dans une entreprise, catholique dévot et syndicaliste, reprend ses études en 1918 et obtint un doctorat à Bonn en 1922, avant de devenir professeur à l’université technique de Karlsruhe puis à l’Université de Cologne. Il émigra aux États-Unis en 1930 où il enseigna à l’Université catholique Saint-Paul (Minnesota) jusqu’à sa mort. Il publia durant la guerre plusieurs articles aux titres évocateurs : Krieg und Sozialismus, Mönchengladbach, 1915. Der Krieg und die christlichen Gewerkschaften, Mönchengladbach, 1915. Bodenfrage und Arbeiterinteresse, Iena, 1916. Die belgische Arbeiterbewegung, M. Gladbach, 1916 ; Gesellenvereine und moderne Jugendpflege, Köln, 1917 ; Die christlichen Gewerkschaften, Düsseldorf, 1918. Das Recht auf Arbeit, Iena, 1919 ; “Sozialisierung”, in Glaube und Arbeit, 1919 3(5/6), p. 218-28 ; Das Betriebsrätegesetz und die Gewerkschaften, Iena, 1920 ; Christentum und Sozialismus, Köln, 1920.

    20 Cette division formée en février 1915 était exclusivement composée de Badois affectés à la garde des prisonniers et au front très calme de l’Alsace, dans la région d’Altkirch et de la frontière suisse, jusqu’en janvier 1917, date à laquelle elle fut transférée sur les côtes de Meuse, dans la Woëvre, où elle demeura toute l’année 1918. Le moral de la division médiocrement classée était considéré comme assez bon et correct.

    21 Issu d’une famille modeste, Josef Schofer (1866-1930) a été ordonné prêtre en 1892. Professeur de théologie au séminaire de Fribourg et aumônier à l’université, docteur en théologie en 1902, il devint directeur du séminaire jusqu’en 1930. Entre 1905 et 1917, il fut prédicateur diocésain et secrétaire général de l’Association populaire pour l’Allemagne catholique à Bade. À partir de 1915, il servit comme aumônier militaire sur le front occidental. Après la guerre, il joua un rôle politique actif au Landtag puis au parlement sous la République de Weimar comme président du Zentrum. Orateur et écrivain de talent, il représenta la stabilité politique dans cette époque tourmentée et joua un rôle décisif dans la préparation du Concordat de Bade. La crise des années 1930 précipita son décès, d’une pneumonie et d’une crise cardiaque. Ses funérailles eurent lieu en présence d’une foule nombreuse.

    22 Après des études secondaires à Bamberg, Erhard Schlund (1888-1953) entra chez les franciscains en 1907 et fut ordonné prêtre en 1912. Aumônier militaire pendant la guerre, il soutint une thèse en 1921 sur Les problèmes du communisme en référence à Kant, puis devint professeur à la faculté de théologie franciscaine à Munich. En 1923, il dénonça, dans un essai sur La religion et le national-socialisme, la montée du néo-paganisme germanique en Allemagne. Il publia, en 1931, La religion dans la Première Guerre mondiale.

    23 Émile Göller (1874-1933), théologien catholique et historien de l’Église. Il entreprit ses études de théologie en 1893 et fut ordonné prêtre en 1897. Après avoir étudié à Rome de 1901 à 1909, il obtint un doctorat en philologie puis un autre en théologie à l’Université de Fribourg où il enseigna à partir de 1908 ; il y fut ensuite professeur d’histoire de l’Église en 1917, puis recteur en 1919. En 1915 il avait été porte-parole de l’archidiocèse de Fribourg. Il a été nommé prélat de la maison pontificale en 1924.

    24 Sebastian Merkle (1862-1945), historien de l’Église catholique, membre de la Görres-Gessellschaft, en contact avec H. Fincke et le comte Hertling.

    25 Thomas Joseph Esser (1850-1926), dominicain, spécialiste de droit canon, secrétaire de la Congrégation de l’Index de 1900 à 1917.

    26 Philipp Wilhem Witkop (1880-1942), philologue à Fribourg.

    27 Ulrich Wilamowitz-Moellendorff (1848-1931), professeur de philologie classique.

    28 Rudolphe Eucken (1846-1926) philosophe, prix Nobel de Littérature en 1908, professeur à l’Université de Iéna.

    29 Johann Heinrich Schrörs (1852-1928) historien de l’église catholique, professeur et recteur de l’Université de Bonn.

    30 Publiée à Fribourg chez Herder en 1918 en 3 volumes : t. 1 : Les jours de combat ; t. 2 : Au repos dans les zones des Etapes ; t. 3 : Les pensées religieuses du soldat.

    31 Georg Pfeilschifter (1870-1936), théologien catholique, conseiller royal, professeur aux universités de Munich et de Fribourg.

    32 Ville de garnison depuis le XIXe siècle, Sennelager est situé à 5 kms au nord de Paderborn, en Rhénanie-Westphalie du nord. Dans les premiers temps, après leur arrivée en train, nombre de prisonniers logèrent sous tentes. Furent internés à Sennelager des Belges, des Français, des Britanniques et des Russes, rapidement groupés par nationalités (les Belges et les Français auraient toutefois été rassemblés).
    La guerre se poursuivant, le camp, d’abord situé près du camp allemand, fut agrandi et réorganisé à plusieurs reprises. Il y eut ainsi Senne I, Senne II, etc., puis, le camp de Staumühle, situé au nord de Sennelager, dans l’enceinte du terrain de manœuvre. Dans les armées belges et françaises, les prêtres étaient mobilisés dans le service de santé. À la demande de l’évêque de Paderborn, ou avec son appui, ils obtinrent de pouvoir reprendre la soutane ou des vêtements ecclésiastiques.
    Rapport du 8 janvier 1915 : « Près de Paderborn, un camp de plus de 20 000 prisonniers dans trois dépôts séparés, dont 10 948 Français. Le commandant fait une impression excellente. Malgré l’étendue du camp, la discipline est bonne et il n’y a pas encore eu de tentative d’évasion. Comme la plaine de Senne est un terrain d’exercices, la plupart des logements existaient déjà. Les prisonniers habitent en partie dans des locaux occupés par les soldats allemands en temps de paix, en partie dans des baraques nouvellement construites. Les tentes utilisées au commencement de la guerre (tentes militaires allemandes) furent abandonnées à l’arrivée du froid et tous les prisonniers furent logés dans des baraques chauffées, à l’amélioration desquelles on travaille constamment. Les baraques nouvellement construites ne sont pas si hautes que celles de Gardelen, mais peuvent être qualifiées de bonnes ».

    33 Pays-Bas, Suisse et pays scandinaves.

    34 Heinrich Josef Radermacher est l’auteur de Militarismus und religiöses Leben im Weltkrieg, dargestellt an der Seelsorge einer Heimatgarnison, Mönchengladbach, Volksvereins-Verlag, 1916. Il publia en 1918 une étude sur Weltkrieg, Heimwärts aus Kriegsnot, Psychologische Erfahrungen unter Kriegsgefangenen und unter deutschen Internierten in der Schweiz in Dänemark und Norwegen ; en 1929, il rapporta son expérience dans Erinnerungsblätter des Grossherzogl. hessischen Reserve-Infanterie-Regiments nr. 116 und des ihm vom 20. 12. 1914 ab Zugeteilten III. Batls. Kgl. preuss. Landw. Inf. Regts. nr. 85, et il a été l’auteur en 1938 de Psalmen und Liturgie ; eine biblischliturgische Erklärung der Sonn- und Festtagsmessen.

    35 Baekkelund est situé dans la région forestière de Viborg, au centre du Jutland.

    36 Johannes von Euch (1834-1922), ordonné prêtre en 1860. Cet évêque d’origine allemande fut préfet puis vicaire apostolique au Danemark de 1884 à mars 1922 date à laquelle il décéda brutalement.

    37 Paul Th. Paffrath (1879-1965), franciscain, professeur à l’université de Munich, avait rédigé en 1915 l’article sur le catholicisme français en image dans Le Catholicisme allemand et la guerre. Spécialiste de l’Ancien Testament, auteur en 1936 de Das Gotteslicht im alten Testament, il est sur la liste noire des auteurs interdits par les nazis en 1938.

    38 Görres-Gesellschaft zur Pflege der katholischen Wissenschaften. Elle avait pour but la promotion des études catholiques romaines. Divisée en 20 sections, elle visait à appliquer l’interdisciplinarité et les principes scientifiques aux différentes disciplines. Elle fut dissoute par les nazis en 1941 puis refondée à Cologne en 1948.

    Auteur

    • Jean Heuclin

      Université catholique de Lille

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    1 Cet « Appel des intellectuels allemands aux nations civilisées » fut signé le 4 octobre 1914, rendu public le 23 octobre et connu en France par la Revue scientifique le 14 novembre 1914.

    2 Auguste Leman (1879-1945), natif de Tourcoing, fut élève à Solesmes puis au Séminaire académique de Lille en 1897. Il obtint à Rome en 1904 un doctorat en théologie. Les archives du Vatican le conduisent sous l’impulsion de Mgr Lesne vers une thèse de doctorat ès-lettres (1920) sur Urbain VIII et la rivalité de la France et de la maison d’Autriche de 1631 à 1635 suivie du recueil des instructions aux nonces ordinaires de France de 1624 à 1634. Il est membre puis secrétaire en 1927 du Comité catholique des amitiés françaises à l’étranger. Il collabora à L’Histoire de l’Église de Fliche et Martin et œuvra après-guerre pour le rapprochement des Églises et l’unité chrétienne.

    En février 1915, Edmond Bloud fonda, à la suite d’une démarche de Paul Claudel auprès de Mgr Baudrillart (recteur de l’Institut Catholique de Paris) à la demande du ministre des Affaires étrangères (M. Delcassé), le Comité catholique de propagande française à l’étranger afin de lutter contre la propagande allemande qui insistait sur l’anticléricalisme, voire l’athéisme, de la France. Cet organisme a été transformé après la guerre en Comité des Amitiés françaises à l’Étranger.

    3 Eugène Griselle (1861-1923), docteur ès Lettres en 1901, a dirigé la revue Documents d’histoire. Il avait publié dans « Pages actuelles », en 1915, Le martyre du clergé français (n° 51), puis, en 1916, L’Arménie martyre (n° 83-84).

    4 Danielle Delmaire, Catherine Masson et Thibaut Tellier (textes réunis par), Les Églises allemandes persécutées par les nazis. Que savait-on ? Le bulletin Kulturkampf, 1936-1939, Villeneuve d’Ascq, éd. du Conseil scientifique de l’Université Charles-de-Gaulle – Lille 3, Travaux et recherches, 2003, 186 p.

    5 Fils d’un conseiller de la cour de Hesse, docteur en philosophie à Berlin en 1864, il enseigna la théologie à Munich. Chef au Reichstag de l’aile conservatrice du Zentrum catholique, il fut premier ministre de Bavière de 1912 à 1917 et président du Comité de défense des intérêts allemands catholique jusqu’en décembre 1917. Après avoir soutenu Bethmann-Hollweg, il succéda à Michaelis comme chancelier, du 1er novembre 1917 au 3 octobre 1918, date à laquelle il fut remplacé par Max de Bade.

    6 Karl Joseph Mausbach après des études de théologie à Münster, il devint membre des étudiants catholiques où il rencontra Franz Hülskamp. La politique de Bismarck du Kulturkampf le contraignit à s’exiler à Eichstätt où il fut ordonné prêtre en 1884. Il devint professeur de théologie morale et d’apologétique à Münster en 1892 et participa à la création du Collegium Marianum, centre de formation religieuse pour les femmes. Il fut nommé prélat de Sa Sainteté le 14 juin 1912, puis directeur de la Maison pontificale en 1918. Son rôle politique et son influence internationale se manifeste entre 1915 et 1920. Membre de l’assemblée de Weimar, il contribua à redéfinir les relations entre l’Église catholique et la République en matière de politique sociale et scolaire. Il fait figure de l’un des plus importants éthiciens sociaux catholiques du XXe siècle.

    7 Parmi lesquels on trouve : Briefs, Ebers, von Faulhaber, von Grauert, Knöpplers, Lippert, Meister, Pieper, Sauer, Sawicki, Schrörs, Schmidlin, Switalski…

    8 Von Grauert (1850-1924), après des études à Göttingen et Munich, où il présenta sa thèse, fut d’abord archiviste, avant de devenir en 1885 professeur d’histoire à l’université de Munich, établissement dont il fut le recteur en 1915-1916. Conseiller privé de Louis III de Bavière, il a été élevé dans l’ordre du Mérite de la couronne de Bavière. Il a dirigé la revue de la société savante Görres.

    9 Engelbert Krebs (1881-1950), docteur en philologie de l’université de Fribourg en 1903, prêtre en 1906, puis docteur en théologie en 1910 après des études à Rome, fut professeur à Fribourg de 1911 à 1936. Il fut ensuite interdit d’enseignement par les Nazis.

    10 Gustave Bardy (1881-1955), spécialiste des pères Grecs, prêtre du diocèse de Besançon puis de Dijon.

    11 Il s’agit du n° 8 de juillet 1916 et du n° 11 d’octobre 1916.

    12 Jörgensens (1866-1956) issu de famille protestante, il fréquenta très tôt les cercles d’artistes et de poètes. En 1902, il traduisit les Fioretti en danois et publia, en 1907 une biographie de saint François d’Assise qui suscita un véritable engouement dans le monde catholique pour le poverello. Il rédigea encore les biographies de Catherine de Sienne, de dom Bosco et Brigitte de Suède.

    13 H. Fincke (1855-1938) membre des associations étudiantes catholiques et correspondant du journal du Zentrum. Historien reconnu de l’Église, spécialisé dans le bas Moyen-Âge, il fut professeur d’histoire à Münster puis, en 1898, à l’université de Fribourg où il entra en contact avec Martin Heidegger. Durant la guerre, il encouragea les mouvements de jeunesses catholiques, orateur privilégié des assemblées patriotiques, il fit de nombreuses conférences pour « renforcer le sentiment national et la confiance en la victoire ». Il devint vice-Recteur en 1918, puis Recteur à Fribourg. Signataire du Manifeste des 93, il intervint à la seconde nuit patriotique de Fribourg le 11 octobre 1914. Il publia successivement en 1915, les futurs allemands, droit et nécessité de la guerre mondiale, commentaires de photos sur la guerre en Flandre durant l’hiver 1914-1915, Lettres du volontaire Ludwig Fincke sur le front à Nieuport le 9 mai 1915, Discours d’enrôlement pour une guerre qui se termine le 20 décembre 1918, La mémoire de nos martyrs, discours du 29 mars 1919 à l’Université de Fribourg.

    14 Discours publié dans The Tablet le 17 mars 1917.

    15 Éditée par la British Catholic information Society. Le RP Martindale était connu par ses nombreuses publications sur l’histoire des religions.

    16 Victor Bucaille (1890-1969), avocat à la Cour d’appel, a été membre du cabinet de Denys Cochin, ministre d’État, puis sous-secrétaire d’État chargé du blocus de 1915 à 1917. Il contribua à l’organisation du blocus et à la reprise des relations avec le Saint-Siège puis fut membre de la commission d’armistice en 1918 et 1919. Collaborateur de la revue Les Nouvelles littéraires, il appartenait également à plusieurs sociétés savantes.

    17 Manuel catholique du soldat en campagne, Lyon, Librairie catholique Emmanuel Vitte, 1915, 69 p. ; L. Lenoir s.j., Livre de prières du soldat catholique, Œuvre des campagnes, 1916, 236 p. ; Livre de piété du soldat, par un aumônier militaire, Paris, librairie Saint-François, 1915 ; abbé Joseph Bellouard, Prières et chants pour le temps de guerre, Niort, H. Boulord, 1915, 64 p. ; le bulletin Frères d’Armes… Krebs explique alors que ces ouvrages contenant des excitations haineuses ne peuvent être distribués aux prisonniers français en Allemagne.

    18 Rupert Hänni (1873-1937) devient moine en 1897 à l’abbaye de Muri, dont il a été l’historien.

    19 Théodore Brauer (1880-1942), issu d’une famille modeste, employé dans une entreprise, catholique dévot et syndicaliste, reprend ses études en 1918 et obtint un doctorat à Bonn en 1922, avant de devenir professeur à l’université technique de Karlsruhe puis à l’Université de Cologne. Il émigra aux États-Unis en 1930 où il enseigna à l’Université catholique Saint-Paul (Minnesota) jusqu’à sa mort. Il publia durant la guerre plusieurs articles aux titres évocateurs : Krieg und Sozialismus, Mönchengladbach, 1915. Der Krieg und die christlichen Gewerkschaften, Mönchengladbach, 1915. Bodenfrage und Arbeiterinteresse, Iena, 1916. Die belgische Arbeiterbewegung, M. Gladbach, 1916 ; Gesellenvereine und moderne Jugendpflege, Köln, 1917 ; Die christlichen Gewerkschaften, Düsseldorf, 1918. Das Recht auf Arbeit, Iena, 1919 ; “Sozialisierung”, in Glaube und Arbeit, 1919 3(5/6), p. 218-28 ; Das Betriebsrätegesetz und die Gewerkschaften, Iena, 1920 ; Christentum und Sozialismus, Köln, 1920.

    20 Cette division formée en février 1915 était exclusivement composée de Badois affectés à la garde des prisonniers et au front très calme de l’Alsace, dans la région d’Altkirch et de la frontière suisse, jusqu’en janvier 1917, date à laquelle elle fut transférée sur les côtes de Meuse, dans la Woëvre, où elle demeura toute l’année 1918. Le moral de la division médiocrement classée était considéré comme assez bon et correct.

    21 Issu d’une famille modeste, Josef Schofer (1866-1930) a été ordonné prêtre en 1892. Professeur de théologie au séminaire de Fribourg et aumônier à l’université, docteur en théologie en 1902, il devint directeur du séminaire jusqu’en 1930. Entre 1905 et 1917, il fut prédicateur diocésain et secrétaire général de l’Association populaire pour l’Allemagne catholique à Bade. À partir de 1915, il servit comme aumônier militaire sur le front occidental. Après la guerre, il joua un rôle politique actif au Landtag puis au parlement sous la République de Weimar comme président du Zentrum. Orateur et écrivain de talent, il représenta la stabilité politique dans cette époque tourmentée et joua un rôle décisif dans la préparation du Concordat de Bade. La crise des années 1930 précipita son décès, d’une pneumonie et d’une crise cardiaque. Ses funérailles eurent lieu en présence d’une foule nombreuse.

    22 Après des études secondaires à Bamberg, Erhard Schlund (1888-1953) entra chez les franciscains en 1907 et fut ordonné prêtre en 1912. Aumônier militaire pendant la guerre, il soutint une thèse en 1921 sur Les problèmes du communisme en référence à Kant, puis devint professeur à la faculté de théologie franciscaine à Munich. En 1923, il dénonça, dans un essai sur La religion et le national-socialisme, la montée du néo-paganisme germanique en Allemagne. Il publia, en 1931, La religion dans la Première Guerre mondiale.

    23 Émile Göller (1874-1933), théologien catholique et historien de l’Église. Il entreprit ses études de théologie en 1893 et fut ordonné prêtre en 1897. Après avoir étudié à Rome de 1901 à 1909, il obtint un doctorat en philologie puis un autre en théologie à l’Université de Fribourg où il enseigna à partir de 1908 ; il y fut ensuite professeur d’histoire de l’Église en 1917, puis recteur en 1919. En 1915 il avait été porte-parole de l’archidiocèse de Fribourg. Il a été nommé prélat de la maison pontificale en 1924.

    24 Sebastian Merkle (1862-1945), historien de l’Église catholique, membre de la Görres-Gessellschaft, en contact avec H. Fincke et le comte Hertling.

    25 Thomas Joseph Esser (1850-1926), dominicain, spécialiste de droit canon, secrétaire de la Congrégation de l’Index de 1900 à 1917.

    26 Philipp Wilhem Witkop (1880-1942), philologue à Fribourg.

    27 Ulrich Wilamowitz-Moellendorff (1848-1931), professeur de philologie classique.

    28 Rudolphe Eucken (1846-1926) philosophe, prix Nobel de Littérature en 1908, professeur à l’Université de Iéna.

    29 Johann Heinrich Schrörs (1852-1928) historien de l’église catholique, professeur et recteur de l’Université de Bonn.

    30 Publiée à Fribourg chez Herder en 1918 en 3 volumes : t. 1 : Les jours de combat ; t. 2 : Au repos dans les zones des Etapes ; t. 3 : Les pensées religieuses du soldat.

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    32 Ville de garnison depuis le XIXe siècle, Sennelager est situé à 5 kms au nord de Paderborn, en Rhénanie-Westphalie du nord. Dans les premiers temps, après leur arrivée en train, nombre de prisonniers logèrent sous tentes. Furent internés à Sennelager des Belges, des Français, des Britanniques et des Russes, rapidement groupés par nationalités (les Belges et les Français auraient toutefois été rassemblés).
    La guerre se poursuivant, le camp, d’abord situé près du camp allemand, fut agrandi et réorganisé à plusieurs reprises. Il y eut ainsi Senne I, Senne II, etc., puis, le camp de Staumühle, situé au nord de Sennelager, dans l’enceinte du terrain de manœuvre. Dans les armées belges et françaises, les prêtres étaient mobilisés dans le service de santé. À la demande de l’évêque de Paderborn, ou avec son appui, ils obtinrent de pouvoir reprendre la soutane ou des vêtements ecclésiastiques.
    Rapport du 8 janvier 1915 : « Près de Paderborn, un camp de plus de 20 000 prisonniers dans trois dépôts séparés, dont 10 948 Français. Le commandant fait une impression excellente. Malgré l’étendue du camp, la discipline est bonne et il n’y a pas encore eu de tentative d’évasion. Comme la plaine de Senne est un terrain d’exercices, la plupart des logements existaient déjà. Les prisonniers habitent en partie dans des locaux occupés par les soldats allemands en temps de paix, en partie dans des baraques nouvellement construites. Les tentes utilisées au commencement de la guerre (tentes militaires allemandes) furent abandonnées à l’arrivée du froid et tous les prisonniers furent logés dans des baraques chauffées, à l’amélioration desquelles on travaille constamment. Les baraques nouvellement construites ne sont pas si hautes que celles de Gardelen, mais peuvent être qualifiées de bonnes ».

    33 Pays-Bas, Suisse et pays scandinaves.

    34 Heinrich Josef Radermacher est l’auteur de Militarismus und religiöses Leben im Weltkrieg, dargestellt an der Seelsorge einer Heimatgarnison, Mönchengladbach, Volksvereins-Verlag, 1916. Il publia en 1918 une étude sur Weltkrieg, Heimwärts aus Kriegsnot, Psychologische Erfahrungen unter Kriegsgefangenen und unter deutschen Internierten in der Schweiz in Dänemark und Norwegen ; en 1929, il rapporta son expérience dans Erinnerungsblätter des Grossherzogl. hessischen Reserve-Infanterie-Regiments nr. 116 und des ihm vom 20. 12. 1914 ab Zugeteilten III. Batls. Kgl. preuss. Landw. Inf. Regts. nr. 85, et il a été l’auteur en 1938 de Psalmen und Liturgie ; eine biblischliturgische Erklärung der Sonn- und Festtagsmessen.

    35 Baekkelund est situé dans la région forestière de Viborg, au centre du Jutland.

    36 Johannes von Euch (1834-1922), ordonné prêtre en 1860. Cet évêque d’origine allemande fut préfet puis vicaire apostolique au Danemark de 1884 à mars 1922 date à laquelle il décéda brutalement.

    37 Paul Th. Paffrath (1879-1965), franciscain, professeur à l’université de Munich, avait rédigé en 1915 l’article sur le catholicisme français en image dans Le Catholicisme allemand et la guerre. Spécialiste de l’Ancien Testament, auteur en 1936 de Das Gotteslicht im alten Testament, il est sur la liste noire des auteurs interdits par les nazis en 1938.

    38 Görres-Gesellschaft zur Pflege der katholischen Wissenschaften. Elle avait pour but la promotion des études catholiques romaines. Divisée en 20 sections, elle visait à appliquer l’interdisciplinarité et les principes scientifiques aux différentes disciplines. Elle fut dissoute par les nazis en 1941 puis refondée à Cologne en 1948.

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    Heuclin, J. (2018). La Correspondance catholique mensuelle – Katholische Monastsbriefe – ou l’impossible dialogue des frères ennemis. In X. Boniface & J. Heuclin (éds.), Diocèses en guerre (1914-1918). Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.20369
    Heuclin, Jean. « La Correspondance catholique mensuelle – Katholische Monastsbriefe – ou l’impossible dialogue des frères ennemis ». In Diocèses en guerre (1914-1918), édité par Xavier Boniface et Jean Heuclin. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2018. doi:10.4000/books.septentrion.20369.
    Heuclin, Jean. « La Correspondance catholique mensuelle – Katholische Monastsbriefe – ou l’impossible dialogue des frères ennemis ». Diocèses en guerre (1914-1918), édité par Xavier Boniface et Jean Heuclin, Presses universitaires du Septentrion, 2018, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.20369.

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    Boniface, X., & Heuclin, J. (éds.). (2018). Diocèses en guerre (1914-1918). Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.20301
    Boniface, Xavier, et Jean Heuclin, éd. Diocèses en guerre (1914-1918). Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2018. doi:10.4000/books.septentrion.20301.
    Boniface, Xavier, et Jean Heuclin, éditeurs. Diocèses en guerre (1914-1918). Presses universitaires du Septentrion, 2018, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.20301.
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