Introduction
p. 251-252
Texte intégral
1La théologie, et plus généralement la doctrine, voire le discours religieux, sont mobilisés dans et par les Églises des pays belligérants pour légitimer la guerre. Cela peut paraître contradictoire avec la tradition chrétienne fondée sur le commandement « Tu ne tueras point » et le précepte évangélique « Celui qui utilisera l’épée périra par elle ». Là encore, la justification religieuse du conflit souligne le rapprochement, voire la « fusion »1, entre la foi en Dieu et celle en la patrie. Une telle convergence pose d’ailleurs un autre problème théologique : en mettant Dieu et la patrie sur le même plan, cela revient à rabaisser le premier au niveau de la seconde, et donc à privilégier le patriotisme, puisque le catholicisme affirme la primauté absolue de Dieu.
2La mobilisation de la théologie, ou plutôt sa participation à la culture de guerre, varie néanmoins dans ses formes et son intensité. Elle vise à donner une interprétation générale du conflit ; elle participe à la propagande de guerre ; elle contribue à fonder la mémoire héroïque et/ou souffrante des clercs et des fidèles morts au front ou du fait des « exactions » allemandes.
3Toutefois, les théologiens, et de manière générale les clercs, ne délaissent pas totalement les idéaux de paix qui fondent la doctrine chrétienne et qu’ils essaient de concilier avec la réalité de la guerre. Si cet ouvrage ne consacre aucune contribution spécifique à Benoît XV et à la réception de ses messages2, plusieurs textes font allusion aux interprétations, aux réserves et aux contestations auxquelles ses prises de position ont donné lieu chez des membres du clergé. En même temps, cela signifie que la paix d’inspiration évangélique reste un « horizon d’attente » pour les catholiques. D’ailleurs, la reprise du dialogue et la réconciliation avec l’adversaire commencent à être envisagées, certes de manière encore très ténue, dès avant la fin du conflit, comme le montre l’exemple de la Correspondance catholique mensuelle éditée par des Allemands.
Notes de bas de page
1 P. Christophe, 1914-1915, quand Dieu se tait. La barbarie racontée jour après jour, Paris, éditions du Cerf, 2014.
2 Il existe une abondante bibliographie sur le sujet. Parmi les publications les plus récentes : M. Launay, Benoît XV (1914-1922). Un pape pour la paix, Paris, éditions du Cerf, 2014, 281 p. Y. Chiron, Benoît XV. Le pape de la paix, Paris, Perrin, 2014, 381 p. Paul Christophe, Benoît XV et la Grande Guerre, Paris, éditions du Cerf, 2016, 256 p. À paraître, les actes du colloque de Bologne des 6-8 novembre 2016 sur Benedetto XV nel mondo dell’inutile strage, organisé par la Fondazione per le scienze religiose Giovanni XXIII.
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