Journal
Journal-livre journal (XVIIIe s.)
p. 389-390
Texte intégral
1Si, ainsi que le précise le Littré, le mot journal désigne, entre autres acceptions, la « relation jour par jour de ce qui se passe ou s’est passé », celle qu’il possède en comptabilité n’en diffère guère. Elle est simplement plus restreinte, dès lors que les faits relatés ne sont que des mouvements de monnaie, de biens ou de services, entre une organisation et ses partenaires ou à l’intérieur de cette même organisation. Dans l’articulation des registres comptables issus de la tradition marchande, le journal se situe entre le brouillard et le grand livre, or brouillard et journal relèvent tous les deux de la définition ci-dessus ! Bien qu’obéissant à des modalités d’enregistrement différentes et possédant a priori une fonction différente, le premier a souvent été considéré comme faisant double emploi avec le second et a fini par disparaître.
2Dans le brouillard ou mémorial, dénommé aussi main-courante à partir de la fin du XVIIIe siècle (memoriale ou squartafoglio en Italie, memorial ou borrador en Espagne, waste book en Grande-Bretagne), on enregistre dans l’ordre chronologique et de façon narrative l’ensemble des opérations réalisées, sans se préoccuper nécessairement des comptes concernés et de quelle façon ils seront mouvementés.
3C’est à partir de ces informations que le teneur de livres procède aux écritures dans le journal. Que la comptabilité soit tenue en partie double ou en partie simple, il y précise les noms des comptes du grand livre qui doivent être débités et/ou crédités, en indiquant les numéros des folios du grand livre auquel ils se trouvent ou, depuis l’instauration des plans comptables, les numéros de ces mêmes comptes. Journal, giornale en Italie, diario en Espagne, journal, day-book ou diary en Grande-Bretagne, l’usage de ce livre est universel. Il peut être unique ou subdivisé en plusieurs registres, dès lors que la dimension de l’organisation impose une division du travail comptable.
4D’ailleurs si le brouillard permettait de confier les premières tâches d’enregistrement à un commis peu qualifié, en attendant l’intervention d’un teneur de livres expérimenté, son utilisation n’était pas indispensable. Surtout lorsque, dans le cadre d’une division du travail plus poussée, on disposait déjà de divers livres ou journaux auxiliaires tels que livre des ventes, livre des achats, livre de caisse, etc., susceptibles de fournir toutes les informations nécessaires aux enregistrements au journal. L’usage du mot brouillard en comptabilité a cependant persisté, mais il désigne aujourd’hui une première saisie informatique des écritures du journal avant validation, loin de sa signification première.
5Depuis l’Ordonnance de 1673, tous les marchands français ont obligation de tenir un journal. Afin que celui-ci puisse servir valablement d’instrument de preuve, les feuillets doivent avoir été cotés et paraphés par les autorités consulaires ou municipales et les enregistrements doivent être réalisés « par ordre de date sans aucun blanc », de façon à interdire toute falsification, dissimulation d’actifs ou introduction de faux créanciers. L’essentiel de ces dispositions, reprises dans le Code de commerce de 1807, figure toujours dans notre législation, à l’exception de l’obligation de la cotation et du paraphe des livres de comptes, qui a disparu avec le décret n° 2002-312 du 26 février 2002, tombée en désuétude du fait de la dématérialisation des comptabilités.
Sources
6La Porte (de) M. (1704), La science des négocians et teneurs de livres, Paris, G. Cavelier.
Bibliographie
Lemarchand Y. (1994), « À propos de quelques dispositions comptables de l’Ordonnance de 1673 », Revue de Droit Comptable, septembre, p. 17-37.
Obert R. (1999), La construction du droit comptable, Une approche historique synthétique de l’évolution du droit et de la doctrine comptable des origines à nous jours, http://robert.obert.pagesperso-orange.fr/La_construction_du_droit_comptable_2013.pdf.
Auteur
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Yannick Lemarchand
Université de Nantes
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