Une impératrice martelée à Timgad : une nouvelle identification
p. 191-206
Résumés
Un milliaire des environs de Timgad publié en 1980 (AE, 1981, 902), avait été attribué à Sévère Alexandre et à son épouse Orbiana. Une relecture du texte et l’examen des particularités des martelages, qui ont totalement effacé certains noms mais en ont épargné un autre, amène à penser qu’étaient plutôt mentionnés Élagabal et une de ses quatre épouses. Il faut également en rapprocher une autre borne, éditée en 1952 mais de façon incomplète, qui présente les mêmes caractéristiques. Cette série de milliaires, dont le texte est sans parallèle à ce jour, a probablement été gravée pour commémorer un des mariages d’Élagabal. Le fait que le père de l’empereur avait commandé peu avant 217 la IIIe Légion, dont le camp se trouvait à Lambèse à vingt kilomètres à l’ouest de Timgad, constitue aussi un facteur d’explication.
A milestone of the vicinity of Timgad published in 1980 (AE, 1981, 902), was attributed to Severus Alexander and his wife Orbiana. A rereading of the text and the examination of the particularities of the erasures, which completely deleted certain names but spared another, leads one to think that Elagabalus and one of his four wives were rather mentioned. Another milestone, published in 1952 but incompletely, which has the same characteristics, must also be compared. This series of milestones, the text of which has no parallel to date, was probably engraved to commemorate one of the marriages of Elagabalus. The fact that the emperor’s father had commanded, shortly before 217, the Third Legion whose camp was at Lambaesis, twenty kilometres west of Timgad, is also an explanatory factor.
Texte intégral
1Indépendamment des aléas de la vie politique, leur statut d’épouse suffit à expliquer que pour de multiples raisons certaines impératrices aient disparu de la scène, répudiées, exilées et parfois éliminées. C’est un fait de ce genre qu’évoque un dossier épigraphique de Timgad. Les deux milliaires dont il se compose étaient déjà connus mais, publiés de façon indépendante, ils n’ont pas été rapprochés alors que leurs caractéristiques montrent qu’ils appartiennent à la même série. Ils ont été presque intégralement martelés, et ce à deux reprises, mais le nom d’une impératrice a été respectée. Cette particularité avait certes été notée pour l’un d’eux, mais toutes les conséquences n’en avaient pas été tirées. Un nouvel examen permet de mieux établir le texte de ces deux bornes, et d’en proposer une datation et une restitution plus satisfaisante.
Les documents
2Le milliaire le plus complet, retrouvé à trois kilomètres à l’ouest de Timgad, a été publié en 1980 par J. Marcillet-Jaubert1. L’emplacement de sa découverte montre qu’il provenait de la voie menant à Lambèse, siège du camp de la IIIe Légion depuis les années 100 et capitale de la province de Numidie au iiie siècle. Comme l’avait noté son éditeur, cette borne présente un certain nombre de caractéristiques remarquables. Haute de 102 cm, et d’un diamètre de 40 cm, elle comporte un texte de treize lignes, gravées en lettres de 3 cm dans un champ épigraphique large de 46 cm. Elle est d’une facture très soignée, avec un couronnement évasé et un champ épigraphique en creux soigneusement poli et délimité par une triple moulure. Sa partie inférieure manque, et le texte en a été presque intégralement martelé aux lignes 1-3, 6-7 et 10-13, mais à deux moments différents comme le montrent les photographies. Aux lignes 11 et 12, il n’a en effet pas été simplement piqueté comme partout ailleurs, mais la zone martelée a été soigneusement aplanie (fig. 1 et 2).
Fig. 1. AE, 1981, 902, partie gauche (J. Marcillet-Jaubert).

Fig. 2. AE, 1981, 902, partie droite (J. Marcillet-Jaubert).

3Les mentions de Caracalla et de Septime Sévère divinisés aux lignes 3-5 montrent qu’était mentionné Élagabal (mai 218-mars 222), ou Sévère Alexandre (mars 222-mars 235), qui se proclamaient tous les deux fils et petit-fils de ces deux empereurs. Un peu plus loin (l. 7-10), celle de Iulia Maesa, qualifiée d’auia, ne fait que le confirmer puisqu’elle était leur grand-mère commune2.
4En laissant en suspens les problèmes que pose la restitution du texte, on lit sans difficulté :
⟦---|---|---⟧ di|ui Magni Antonini |5 Pii ⟦fil(io)⟧ diui Seueri Pii | ⟦nep(ote) ---|---⟧, et Iulia | Maesa Aug(usta) matre | castrorum et exer|10citus ⟦---⟧ auia | ⟦Aug(usti) n(ostri) ---|---⟧ Aug(ust-) ⟦---|---⟧ | ------.
5Cette borne n’est pas un document isolé comme le montre une photographie de J. Marcillet-Jaubert (fig. 3 a). Une note manuscrite, qui ne donne malheureusement pas d’autres indications, précise que vers 1970 la pierre se trouvait à Timgad, dans le dépôt lapidaire situé près de la porte nord de la ville antique. Très mutilée, elle ressemble beaucoup à la précédente : le champ épigraphique est délimité par le même type de bordure, et le martelage présente des caractéristiques identiques. Le texte a en effet été presque intégralement effacé aux lignes 1-4, 7 et 11-13, et à deux moments différents comme le montre l’aspect de la pierre à l’emplacement de ce qui subsiste de la ligne 12, soigneusement aplanie exactement comme l’ont été les lignes 11-12 de l’autre borne. La mise en page est différente mais la répartition du texte est identique, et le début des lignes 5-6 et 8-11 de la seconde correspond exactement à la fin des lignes 4-5 et 7-10 de la première. On note également le I long de PII dans Seueri Pii bien visible sur les photographies. Enfin, aux lignes 5-6 et 8-10, on distingue les vestiges des noms de Caracalla et Septime Sévère divinisés, puis ceux d’une impératrice qualifiée de mat[er ---] et ex[ercitus].
Fig. 3a et b. Timgad (J. Marcillet-Jaubert).

Fig. 4. Timgad (copie de P. Salama).

6Ce milliaire provient en fait du fort byzantin (fig. 3b)3, et surtout correspond à celui qu’avait publié en 1952 P. Salama (fig. 4)4. Les ressemblances sont en effet telles qu’il faut admettre, malgré l’omission de ETEX à la ligne 10, qu’il s’agit bien du même document5. Les lignes 1-9 sont exactement identiques, qu’il s’agisse du texte ou des martelages notés par l’éditeur aux lignes 1-4 et 7. Le texte de la ligne 10 correspond aussi parfaitement à celui de la ligne 11 du dessin comme de la photographie de J. Marcillet-Jaubert, où on voit un martelage très court qui explique le léger décalage, visible sur la copie de P. Salama, de AV vers la droite. À cet emplacement ces lettres sont manifestement le début d’auia, et c’est donc le nom de Maesa et le titre de mater castrorum et exercitus qu’il convient de restituer.
7On peut alors, en se fondant sur la photographie et sur le texte publié en 1980, proposer une nouvelle lecture qui permet d’éliminer un certain nombre d’anomalies, notamment la longueur très irrégulière des restitutions initialement proposées6 :
⟦---|---|---|---⟧, [diui Magni Anto]|5nini [Pii fil(io) diui Seue]|ri Pii [nep(ote), et ---] | ⟦---⟧, | et Iul[ia Maesa Aug(usta)] | mat[re castrorum] |10 et ex[ercitus ---] | ⟦.⟧ au[ia Aug(usti) n(ostri) ---] | ⟦---|---⟧ | -------
8Le titre de mater castrorum et exercitus est fort rare et J. Marcillet-Jaubert avait noté que le texte qu’il publiait en donnait la seule attestation épigraphique pour Maesa. On en relève une également pour Mamaea, mère de Sévère Alexandre7, et trois sur des milliaires de la région d’Aquincum en Pannonie inférieure pour Otacilia Seuera8, épouse de Philippe l’Arabe. À cette courte liste on ne peut ajouter qu’un texte de Bonn en Germanie inférieure où Mamaea est qualifiée de mater (Augusti) et exercitus, un autre très mutilé de Soleure en Germanie supérieure où on restitue ce titre pour une impératrice sévérienne9, et enfin une plaque de bronze de Bu Njem où il figurait dans une suite d’acclamations10. Contrairement à l’opinion générale qui veut que Maesa n’ait jamais reçu officiellement le titre de mater castrorum11, J. Marcillet-Jaubert avait aussi fait remarquer que sa présence, sur ce qui apparaît maintenant comme une série de milliaires, incitait au contraire à penser que c’était bien le cas. On peut ajouter qu’il en existe d’autres mentions numismatiques et épigraphiques12, et que les monnaies de l’atelier d’Alexandrie qualifient régulièrement Maesa de μή(τηρ) στρα(τοπέδων)13. Le doute ne semble donc plus de mise aujourd’hui.
Une mention d’Orbiana, épouse de Sévère Alexandre ?
9Sur ces deux milliaires, le martelage qui a affecté ce qui suit la titulature de Maesa est nécessairement antérieur aux autres, et n’a donc guère pu faire disparaître un autre nom que celui d’une impératrice14, comme l’avait bien compris J. Marcillet-Jaubert. Il avait proposé de l’identifier à Orbiana, l’épouse de Sévère Alexandre, en restituant le texte de la façon suivante :
⟦[Imp(eratore) Caes(are) M(arco) Aure|lio Seuero Antoni|no Alexandro Pio]⟧ di|ui Magni Antonini |5 Pii ⟦fil(io)⟧ diui Seueri Pii | ⟦[nep(ote), et Iulia Mamaea | Aug(usta) matre Aug(usti) n(ostri)]⟧, et Iulia | Maesa Aug(usta) matre | castrorum et exer|10citus ⟦[et Aug(ustae)]⟧ auia | ⟦[Aug(usti) n(ostri), et Cn(aea) Seia | Herennia ou Orbiana ]⟧ Aug(usta) ⟦Ṣẹ[ueri | Aug(usti) coniuge ---]⟧ | ------
10Toutefois la restitution des noms d’Orbiana, dans un espace où ne pouvaient trouver place que 14 à 15 lettres au maximum15, pose problème. Sa séquence onomastique complète comporte en effet six éléments, Cnaea Seia Herennia Sallustia Barbia Orbiana16, soit 39 lettres, qui figurent tous dans quatre des huit inscriptions qui la mentionnent17 ; sur deux autres ils sont totalement restitués18 et sur les deux dernières, apparemment complètes, ne figurent que les trois derniers noms, soit 22 lettres19. Si on en reste à cette proposition, il faudrait donc restituer une nomenclature très abrégée qui n’est attestée que par de rares monnaies20, mais jamais par les textes épigraphiques.
11Il est tout aussi difficile de comprendre pourquoi le nom de Maesa a été respecté, alors que la quasi-totalité du texte a été soigneusement martelée. Le fait n’est certes pas surprenant en soi21, mais il faut tenir compte du contexte politique. En mars 222 en effet, lorsque furent éliminés Élagabal et Soaemias, il n’y avait aucune raison d’effacer son nom puisqu’elle était également la mère de Mamaea et la grand-mère de Sévère Alexandre. En 235 la situation fut évidemment différente, comme le montrent une dédicace à Minerve érigée à Lambèse par les armorum custodes de la IIIe Légion, ou encore un milliaire de Cuicul sur lesquels le nom de Maesa a été martelé avec ceux de Sévère Alexandre et de sa mère22. On peut certes trouver des exceptions, au moins apparentes23, mais en 235 la préservation de son nom serait fort étonnante sur un texte presque totalement martelé par ailleurs.
12Enfin un dernier problème se pose. Maesa en effet est morte au début du règne d’Alexandre, peut-être dès le milieu de l’année 224 selon E. Kettenhofen24. Or le mariage d’Orbiana et de Sévère Alexandre n’a duré que peu de temps, moins de 2 ans, entre les dates extrêmes que constituent la fin août 225 et la fin août 22725. Même si E. Kettenhofen n’exclut pas que la disparition de Maesa ait pu être légèrement plus tardive, il est donc peu probable, voire impossible, que de son vivant les noms des deux impératrices puissent apparaître sur la même inscription.
Une épouse d’Élagabal
13Cette accumulation de difficultés, la nécessité d’abréger très fortement les noms d’Orbiana, la mention de cette impératrice et de Maesa sur la même borne, et la préservation des noms et titres de cette dernière, amènent à penser qu’il est préférable d’attribuer l’inscription à Élagabal26. Les difficultés disparaissent alors : il est normal que le nom de Maesa ait été respecté en 222, sa mention ne pose plus aucun problème, et l’espace disponible permet de restituer le nom d’une impératrice. Élagabal a en effet épousé successivement Iulia Cornelia Paula (PIR2, I, 660), Iulia Aquilia Seuera (PIR2, I, 648) et Annia Faustina (PIR2, A, 710), avant de se remarier avec la seconde27, la répudiation de l’une d’elles justifiant le martelage des lignes 11 et 12. Pour la même raison qu’Orbiana, on peut écarter Iulia Aquilia Seuera, dont les noms (18 caractères) sont trop longs. Il est évidemment possible de supposer qu’un des deux gentilices a été omis, mais ni les monnaies de Rome et d’Alexandrie, ni la seule inscription lisible n’en donnent d’exemple28. Il peut s’agir d’Annia Faustina, dont le nom trouverait place dans l’espace martelé des lignes 11-1229. Il en est de même de Iulia Cornelia Paula car, bien que sa nomenclature soit trop longue, les émissions des mêmes ateliers l’appellent systématiquement Iulia Paula30, tandis que Cornelia Paula est attestée par plusieurs monnaies et une inscription31.
14L’aspect particulièrement soigné de ce martelage incite à penser qu’on a envisagé de réutiliser l’espace disponible pour y inscrire le nom de l’épouse suivante. Le fait que ce qui suivait AVG, où on attendrait une formule comme coniuge Aug(usti) n(ostri), n’ait été martelé que plus tard le laisse également supposer. L’absence de toute trace de regravure montre aussi qu’on y a renoncé, sauf si on a utilisé la peinture ou un procédé qui n’a pas laissé de trace. À cet endroit du texte, J. Marcillet-Jaubert n’avait vu ensuite que les vestiges des lettres SE, indiscernables sur les photographies, dont l’interprétation était discutable32.
15Dans le détail, la restitution du texte pose divers problèmes. Au début se trouvaient évidemment les noms de l’empereur, peut-être sans aucune abréviation comme il en existe des exemples33. Toutefois, une titulature normalement abrégée trouverait aussi sa place34. Aux lignes 6 et 7, devait figurer Soaemias, puisqu’elle était évoquée à la ligne 10 où il faut restituer ⟦et Aug(ustae) n(ostrae)⟧35. Il est impossible de déterminer quel nom a été martelé aux lignes 11-12 ; il serait certes tentant de penser à Iulia Cornelia Paula36, mais cette hypothèse séduisante reste indémontrable. Ce qui suit nous échappe37, et une cassure a emporté toute la fin du texte, où devaient figurer le nom de la respublica coloniae Thamugadensium et l’indication de la distance.
16À défaut d’être assurée dans le détail, la restitution suivante donne la structure d’ensemble du texte tel qu’on peut le reconstituer :
⟦[Imperatore Caesare | M(arco) Aurelio Antonino | Pio Felice Augusto]⟧, di|ui Magni Antonini |5 Pii ⟦fil(io)⟧ diui Seueri Pii | ⟦[nep(ote), et Iulia Soaemiade | Aug(usta) matre Aug(usti) n(ostri)]⟧, et Iulia | Maesa Aug(usta) matre | castrorum et exer|10citus ⟦[et Aug(ustae) n(ostrae)]⟧ auia | ⟦[Aug(usti) n(ostri), et ---|---]⟧ Aug(usta) ⟦++[---|---]⟧ | ------
17Au vu de ce qui en subsiste, la seconde borne devait présenter un texte identique ou peu s’en faut.
18La mention d’une impératrice n’a certes rien de surprenant sur ce type d’inscription au iiie siècle38, mais en Numidie, alors que les milliaires d’Élagabal sont nombreux39, seuls ceux de Timgad présentent cette particularité. L’unique exemple comparable est une borne de Cyrénaïque, où il figure avec Sévère Alexandre César, Maesa et Soaemias et dont le texte célèbre à l’évidence l’association au pouvoir du jeune César au début de l’été 22140. Pour le reste, seules deux inscriptions très mutilées, à Rome et à Forum Clodii en Italie, associent Élagabal à sa mère, à sa grand-mère et à l’une de ses épouses, en l’occurrence Iulia Aquilia Seuera41. À Timgad, il est donc possible que cette série de milliaires ait été érigée pour une occasion particulière, comme les fiançailles ou le mariage de l’empereur.
19Il faut peut-être aussi prendre en compte le contexte local. Le père d’Élagabal, Sex. Varius Marcellus (PIR2, V, 282), était un chevalier qui fut adlecté parmi les prétoriens et n’exerça que deux postes, la préfecture de l’aerarium militare puis le commandement de la IIIe Légion à Lambèse, à la fin du règne de Caracalla semble-t-il42. Il mourut avant le printemps 218 puisque son épitaphe retrouvée à Velletri montre que son épouse Soaemias n’était pas encore Augusta43. Cela pourrait expliquer que des bornes aussi particulières aient été gravées en l’honneur de son fils et de la famille impériale. Si on ne peut déterminer la provenance de la seconde, assurément une des portes de la ville ou ses alentours immédiats, l’emplacement de découverte de la première, à trois kilomètres à l’ouest de Timgad, montre qu’elle provient de la route menant à Lambèse, qui bénéficiait d’un environnement monumental particulièrement soigné à la sortie de la ville44. À l’évidence, la colonie de Timgad, qui avait pris l’initiative de faire ériger ces milliaires exaltant la nouvelle domus impériale, avait dans ce cas choisi un emplacement privilégié, la route menant au camp légionnaire où résidait le légat qui administrait la zone militaire. Mais cela les rendait particulièrement vulnérables, et explique certainement qu’ils aient été aussi soigneusement martelés.
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Annexe
1. Suppl It, n. s., 18, p. 94-95, no 10 = AE, 2000, 409 ; CIL, IX, 8639 (Rieti), une relecture
Publié de la façon suivante : [Iuliae] Mesae | [Aug(ustae), caris]simae | [et sanctissi]mae auia[e] | ⟦Imp(eratoris) Caesar(is) M. Aureli ---⟧ | ------, ce texte avait suscité l’étonnement d’O. Salomies qui, dans la notice de L’année épigraphique, jugeait « peu vraisemblable » la restitution [caris]simae45. Cette observation n’a malheureusement pas retenu l’attention et les banques de données épigraphiques n’en ont pas tenu compte, comme le supplément récent du CIL IX, alors que les photographies disponibles46 permettent de présenter une lecture plus satisfaisante (fig. 5).
Fig. 5. Rieti (CIL archive, inv. n. PH0009174).

À la ligne 1, la forme Mesae n’est pas impossible47, mais il est préférable de lire [M]aesae, le trait oblique bien visible pouvant appartenir à un A. Au début de la ligne 3, rien d’identifiable ne semble apparaître avant AE, sauf l’extrémité d’un empattement48. La forme oblique de la cassure montre la présence d’un espace vide assez important à gauche du A, ce qui interdit la restitution d’un M, qui en serait trop éloigné par comparaison avec ce qu’on voit à la ligne 2 où apparaît le groupe MA. D’autre part, l’emplacement de l’empattement montre que la base de cette lettre disparue était assez loin du A, et que sa partie supérieure devait donc s’en rapprocher, comme le ferait un F, un P ou un T. Il ne peut guère s’agir que d’un T, car on ne voit aucune trace de barre ou de boucle. Enfin, l’édition du texte ne signale pas que le martelage de la ligne 4 ne s’étend pas sur toute la largeur de la pierre, ni qu’il est suivi d’un point puis d’une haste verticale proche de la cassure. Par comparaison avec les lignes précédentes, il a fait disparaître une dizaine de lettres environ. On peut hésiter entre Élagabal et Alexandre, mais le fait que le nom de Maesa ait été respecté fait préférer le premier. La faible longueur de ce martelage impose aussi de rétablir une titulature courte.
En tenant compte de ces observations, il est possible de proposer la restitution suivante :
[Iuliae M]ạesae | [sanctis]simae | [Augus]ṭae, auia[e] | ⟦[d(omini) n(ostri) Antonini]⟧ P(ii) [F(elicis) |5 Aug(usti) ---] | ------.
Celle des lignes 4-5, qui n’est qu’indicative, correspond à l’espace disponible et à la disposition des vestiges du texte. La titulature de Maesa ne présente plus d’anomalie, mais il faut noter que l’expression sanctissima Augusta, bien attestée à partir de la fin des années 230, ne semble pas antérieure au règne d’Élagabal. Outre ce texte, les deux attestations les plus anciennes en sont en effet données par CIL, XI, 3774 de Forum Clodii pour Maesa, et par AE, 1944, 104 à Brigetio pour Iulia Aquilia Seuera.
2. Lambèse, un texte inédit
J Marcillet-Jaubert a relevé au musée de Lambèse un fragment inédit, découvert dans des circonstances inconnues. Cette plaque moulurée, brisée à droite, mesure 25 x 31 x 12,5 cm ; le champ épigraphique est haut de 19 cm, et les lettres de 3,5 cm (fig. 6).
Fig. 6. Lambèse (J. Marcillet-Jaubert).
![]() | 1IMP*CAES*M[---] |
Le texte, très mutilé, comporte deux martelages. Le premier à la ligne 2 a effacé le nombre des consulats de l’empereur, le second à la ligne 4 a fait disparaître 5 à 6 lettres. Le texte était dédié à Élagabal, consul pour la troisième fois en 22049 ; il date donc des années 220-221, puisqu’il exerça son quatrième consulat en 222, l’absence du nombre des puissances tribuniciennes ne permettant pas d’être plus précis. Comme l’avait remarqué J. Marcillet-Jaubert (fiche inédite), le martelage du chiffre III ne peut s’expliquer que par la réutilisation de l’inscription pour Sévère Alexandre, consul pour la première fois en 22250.
Le texte n’est pas restituable, et il est impossible de déterminer l’étendue des lacunes manifestement fort longues. À la ligne 1, les noms et titres d’Élagabal représenteraient en effet une trentaine de signes en supposant des abréviations réduites partout ou presque à l’initiale, ce qui n’était pas le cas puisque seule manque la finale de [potes]|tat(e) aux lignes 1-2. La lacune a donc certainement fait disparaître 40 à 50 lettres au moins. Aux lignes 2 à 4, après les titres de l’empereur, pouvaient figurer soit la mention de Caracalla et Septime Sévère divinisés et les noms de Maesa et de Soaemias, soit ceux de Soaemias, de Maesa et d’une épouse. Au début de la ligne 4, on peut donc hésiter entre ⟦[matri]⟧ Aug(usti) [n(ostri) ---] et ⟦---⟧ Aug(ustae) [coniugi Aug(usti) n(ostri) ---]. La suite devait comporter le nom de l’auteur de l’hommage, et il faut restituer à la fin de la ligne 5 une formule quelconque puisque numini maie[statique eorum deuot-] ne comble pas la totalité de la lacune.
Imp(eratori) Caes(ari) M(arco) [Aurelio Antonino --- tribunicia potes]|tat(e), co(n)s(uli) ⟦III⟧, p(atri) p(atriae), [--- et Iuliae] | Maesae Aug(ustae) [auiae Aug(usti) n(ostri) et ---]| ⟦---⟧ Aug(ust-) [---] |5 numini maie[statique eorum deuota, -um, ou us ---].
Malgré sa mutilation, ce texte daté de façon sûre du règne d’Élagabal, donne un nouvel exemple du respect du nom de Maesa après l’assassinat de l’empereur en 222. Son principal intérêt est de montrer qu’il a été réutilisé pour Sévère Alexandre.
Notes de bas de page
1Marcillet-Jaubert 1980, p. 172-173, no 21 (AE, 1981, 902).
2Maesa était la sœur de Iulia Domna l’épouse de Septime Sévère ; ses deux filles Iulia Soaemias et Iulia Mamaea étaient les mères respectives d’Élagabal et de Sévère Alexandre. Chassée de Rome par Macrin, Maesa de retour en Syrie sut au printemps 218 exploiter le mécontentement de l’armée, en faisant courir le bruit que ses petits-fils étaient les fils adultérins de Caracalla. Elle rétablissait ainsi la continuité dynastique en présentant Élagabal comme le successeur légitime de son « père ». La source principale est le récit d’Hérodien (Hdn., 5, 3-4), repris par l’Histoire Auguste (HA, Macr., 9) ; sur Maesa, son rôle et ces événements, Kettenhofen 1979, p. 33-44 et 144-150, et Christol 2006, p. 49-52.
3Je remercie Y. Le Bohec, qui prépare l’édition des inscriptions retrouvées dans le fort byzantin de Timgad, de m’avoir communiqué les informations qu’il détient sur ce milliaire. La fiche établie lors des fouilles précise qu’il s’agit d’une « colonne (de) calcaire bleu », découverte en 1942 sur la « face ouest » du fort. Les dimensions indiquées (hauteur, 0,75 m ; largeur, 0,18 m ; épaisseur, 0,14 m ; lettres, 0,03 m) correspondent, en les complétant, à celles qu’indiquait P. Salama. Enfin le dessin, fort précis, reproduit la pierre telle que la montre la photographie de J. Marcillet-Jaubert ; son auteur a notamment bien marqué la différence d’aspect des deux martelages subis par la borne. Depuis sa découverte, un éclat a fait disparaître, à la fin de la l. 8, les restes du L vus par l’auteur du dessin comme par P. Salama.
4Salama 1951-1952, p. 226-227, no 1 dont la description (« Colonne de calcaire bleu. Hauteur actuelle 0 m. 75 ; lettres de 0 m. 03. Trouvée en remploi dans le fort byzantin. ») correspond à celle de la fiche. Il en proposait la restitution suivante : [Imp(eratori) Caes(ari) M(arco) Aurelio Seuero Alexandro P(io) F(elici) Aug(usto) diui Anto]|5nini [Magni filio diui Seue]|ri Pii | [nepoti] | et Iul[iae Mamaeae] | mat[ri] |10 Au[gusti] | nostri] (sic).
5La provenance de ce milliaire peut expliquer les divergences de lecture puis l’oubli dans lequel il est tombé. Il est possible que vers 1950 P. Salama n’ait pas vu la pierre et n’ait disposé que d’une copie incomplète, ce qui expliquerait l’omission de la l. 10. J. Lassus devait publier les fouilles de la forteresse byzantine, et M. Le Glay celles du sanctuaire du Haut-Empire qu’elle recouvrait et les 350 inscriptions latines découvertes lors des travaux ; seul parut l’ouvrage de J. Lassus, qui donne un bon aperçu de l’histoire des recherches (Lassus 1981, p. 22-26). On peut alors comprendre que J. Marcillet-Jaubert, qui mentionne sa publication (Marcillet-Jaubert 1980, p. 173) mais qui avait surtout effectué des prospections épigraphiques dans l’est de la Numidie et fait le relevé des textes de Lambèse, n’ait pu accorder toute l’attention voulue à cette borne et faire les rapprochements qui s’imposaient. Enfin elle ne figure pas dans la banque de données Clauss-Slaby, contrairement à toutes celles publiées avec elle par P. Salama.
6En effet selon la publication (supra n. 4), 18 lettres auraient disparu à la l. 5 mais seulement 2 à la l. 9 et aucune à la l. 6.
7AE, 1934, 33 à Lambèse.
8CIL, III, 10619 (ILS, 507), 10640 et 14354, 6.
9CIL, XIII, 8017, et AE, 2013, 1140 (révision de CIL, XIII, 5175).
10Rebuffat 1969-1970 ; AE, 1976, 701. Le texte qui date du règne d’Élagabal porte à la l. 4 [--- feli]citer ! Matri exercitus felicit[er ! ---] ; il peut s’agir de Maesa.
11Kettenhofen 1979, p. 146-148 ; Kienast 2017, p. 169 : « die Titel mater castrorum und mater senatus sind nicht offiziel ». La seule cause de cette réticence semble être la rareté des attestations épigraphiques, conséquence du petit nombre d’inscriptions mentionnant Maesa.
12Il apparaît sous la forme μήτ(ηρ) κἀσ(τρων) sur le monnayage d’Amisos en Galatie, ainsi que sur AE, 1955, 260 à Histria et AE, 1974, 649 à Apamée, vraisemblablement datées de 218 (Van Rengen 1972, p. 103-105). Maesa est qualifiée de mater castrorum et senatus à Lambèse (CIL, VIII, 2564 = 18052). Le titre remonte probablement au début de l’usurpation, lorsque Maesa se rendit avec sa famille dans le camp de la III Gallica à Raphanée (Hdn., 5, 3, 11-12).
13Le RPC indique sa mention sur 30 des 34 types frappés pour Maesa ; il apparaît dès la 2e année régnale d’Élagabal, qui correspond à la période allant d’août 218 à août 219 (3 types sur 7), puis est systématiquement indiqué sur toutes les monnaies émises entre août 219 et mars 222. L’atelier n’a pas frappé pour Maesa entre mai et août 218, ni ensuite sous le règne de Sévère Alexandre.
14Un César est exclu car son nom aurait suivi directement celui de l’empereur ; qu’il s’agisse d’Élagabal ou de Sévère Alexandre, le nom de sa mère devait suivre ceux des ascendants divinisés, et surtout on ne comprend pas pourquoi il aurait été effacé à une date antérieure. À cet emplacement du texte, il ne peut pas non plus s’agir d’un légat, puisque la fin de la l. 12 et la suivante sont également martelées.
15Comme le montrent les photographies, le martelage a affecté un espace représentant un peu moins d’une ligne. Or les l. 8 et 9, intactes, comportaient respectivement 13 et 15 lettres, ce qui donne la longueur approximative du texte disparu.
16Bien établie maintenant (Heil 2001, p. 234-238 ; Kienast 2017, p. 173).
17CIL, II, 3734 = CIL, II2/14, 15, à Valence en Espagne citérieure ; CIL, VIII, 9355 (ILS, 486) à Cherchell en Maurétanie césarienne ; CIL, VIII, 26548 = DFH, 14, à Dougga en Proconsulaire, où le cognomen Orbiana est restitué de façon sûre ; ILAlg, II, 2, 4666, à Thibilis en Numidie.
18CIL, VI, 3785 = 40683, et AE, 1967, 573 (= CIL, VIII, 18254 + 18257) à Lambèse, où l’étendue de la lacune impose une restitution longue. En revanche, la découverte récente d’un fragment inédit et une relecture d’ensemble (Cuzel 2022) prouvent que son nom ne figurait pas sur les inscriptions des metae du cirque de Thugga (CIL, VIII, 26549 et 26550 ; DFH, 15).
19CIL, X, 1654, à Pouzzoles : ⟦[Sall(ustiae) Barbiae | Orbianae]⟧ ; AE, 2017, 1249, à Deultum (Thrace) : ⟦Sal[l]us[ti(am)] Barbi(am) | Vrbana⟧m (sic). Sur la seconde le nom d’Orbiana a été martelé, mais pas celui de Sévère Alexandre. Cette nomenclature abrégée correspond exactement à celle des monnaies frappées à Rome : Sall(ustia) Barbia Orbiana (RIC, IV, 2, 318-327 et 655-658).
20Le RPC signale 82 types pour Orbiana. À Alexandrie, les 19 connus donnent tous la nomenclature complète (ΓΝ ϹƐ ƐΡƐ(Ν) ϹΑΛΛ ΒΑΡ ΟΡΒΙΑΝΗ), tandis que la plupart des autres ateliers indiquent 5 des 6 noms en omettant en général Seia ou Herennia. Les nomenclatures courtes font figure d’exception : en Pont-Bithynie, Cnaea Orbiana à Pruse (Γ ΟΡΒΙΑΝΗ, 1 type ; les 4 autres donnent 4 et 6 noms), et Orbiana à Kios (ΟΡΒΙΑΝΗ, 1 type ; les 7 autres donnent de 4 à 6 noms) ; en Asie, Cnaea Orbiana à Kyme (ΓΝΑ ΟΡΒΙΑΝΗ ou ΟΡΒΙΑΝΑ, 1 type), Orbiana à Myrina (ΟΥΡΒΙΑΝΗ, 1 type), et Barbia Orbiana à Éphèse (ΒΑΡΒΙΑ ΟΡΒΙΑΝΗ, 2 types) ; en Cilicie, Herennia Orbiana à Flauiopolis (ƐΡƐΝΝΙΑ ΟΡΒΙΑΝΗ 2 types). La complexité de la nomenclature d’Orbiana explique la présence de formes fautives, Cnaea Seia Sallustia Orbia Barbia Orbana à Colybrassus en Lycie-Pamphylie (ΓΝ ϹƐΙ ϹΑ ΟΡ ΒΑ ΟΡΒΙΑΝΗ ϹƐΒ, 3 types, les 3 autres donnent correctement ΓΝ ϹƐ ϹΑΛ ΒΑ ΟΡΒΙΑΝΗ), et Orbia Sallustia Orbiana à Trapezus en Galatie (ΟΡΒΙ ϹΑΛΛΟΥ ΟΡΒΙΑΝΗΝ, 4 types). La forme restituée par J. Marcillet Jaubert n’apparaît qu’une fois à Attalea en Lycie-Pamphylie (ΓΝ ϹƐΙΑΝ ΟΡΒΙΑΝΗΝ, 1 type).
21À s’en tenir aux textes pour lesquels on dispose de photographies ou de copies nettes, son nom a été respecté sur AE, 1907, 53, à Sauatra en Lycaonie ; AE, 1955, 260, à Histria en Mésie inférieure ; AE, 2004, 1062, à Castra Regina en Rhétie ; CIL, VIII, 2715, à Lambèse ; CIL, IX, 790, à Luceria ; CIL, X, 6002, à Minturnae (ILS, 476, photo EDR 129589) ; CIL, XI, 3774, à Forum Clodii. Il faut y ajouter deux documents repris en annexe et d’autres signalés n. 23 et 47. Son nom n’a pas été aussi souvent martelé que le pense L. Petersen, PIR2, I, 678.
22AE, 1902, 147 (photo EDCS 16800208) ; AE, 1912, 155 (photo EDCS 16300581) ; dans le même contexte un martelage partiel est nettement visible sur CIL, VI, 36775 (EDR 170917, photo en lien).
23Le nombre d’inscriptions mentionnant Maesa est en effet assez restreint et certaines présentent des difficultés d’interprétation. Par exemple, sur un texte de Canatha (IGLS, XVI, 1, 190 ; IGR, III, 1228), le fait que subsiste κυρίας τήθης τοῦ κυρίου incite à penser, contrairement à l’avis des derniers éditeurs, que le nom de Maesa emporté par une lacune n’a pas été martelé à la différence de celui d’Élagabal. De façon inattendue, leurs deux noms ont été respectés sur une inscription d’Apamée qui date probablement de 218 (AE, 1974, 649), ainsi qu’à Histria (AE, 1955, 260 ; IScM, I, 99), alors qu’ils ont été martelés sur une autre du même site (IScM, I, 93). À Tutugi en Espagne citérieure, le nom de Maesa divinisée, honorée comme auia de Sévère Alexandre, a été respecté (AE, 1918, 9).
24Kettenhofen 1981. La relecture des inscriptions des metae du cirque de Thugga, datées du 10 décembre 224 au 9 décembre 225, interdit d’y restituer son nom tout comme celui de son père, l’hypothétique L. Seius César (Cuzel 2022, p. 44-47 = AE, 2022, 1512 et 1513).
25À Alexandrie en effet, ses monnaies n’ont été frappées que pendant les 5e et 6e années régnales, comme celles de l’atelier de Césarée de Cappadoce datées de la même façon (1 type en 225-226, 3 en 226-227). À Trapezus en Galatie, qui utilise une ère locale, on trouve 1 type en 225-226 et 3 en 226-227. Le mariage a certainement duré bien moins de 2 ans, comme le laisse penser le nombre relativement faible des inscriptions (huit) mais aussi des monnaies qui la mentionnent. Le RPC signale en effet 82 types pour Orbiana, contre 217 pour Iulia Paula, 74 pour Annia Faustina, et 72 pour Aquilia Seuera par exemple. À Alexandrie, le petit nombre de types frappés en 225-226, six selon le RPC, alors qu’il y en a treize la suivante, suggère aussi que le mariage n’est pas antérieur à la fin de 225 voire au début de 226.
26C’est également l’avis de S. Nadolny, qui se fonde sur la date vraisemblable de la mort de Maesa en 224, et sur le fait que, comme ceux de Septime Sévère et de Caracalla, son nom a été respecté. Elle pense que le nom effacé aux l. 11-12 était celui de sa fille Iulia Soaemias (Nadolny 2016, p. 123, n. 253), sans tenir compte des particularités du martelage, visibles sur la borne publiée en 1980, comme sur celle du fort byzantin qu’elle ne pouvait évidemment pas connaître.
27Kienast 2017, p. 166-168. Les monnaies d’Alexandrie montrent que le premier divorce et les deux mariages suivants datent de la 4e année régnale, entre fin août 220 et fin août 221.
28RIC, IV, 2, 225-231 et 388-398 ; à Alexandrie, le RPC en ligne recense pour elle 25 types, 13 de la 4e année régnale et 12 de la suivante. Son nom a été martelé sur une inscription de Brigetio en Pannonie supérieure : ⟦[Iul(iae)] Aq[uili]ae | Seuerae⟧ (AE, 1944, 104 ; RIU, 3, 674 ; http://lupa.at/8951). Il est presque intégralement restitué sur deux textes de Rome (CIL, VI, 40679 ; EDR 073459), et de Forum Clodii (CIL, XI, 3774 ; EDR 159537).
29Elle n’apparaît que sur une seule inscription du vivant d’Élagabal, IAM, 400 à Volubilis ; voir les remarques d’A. Stein, PIR2, A, 710, à propos d’une autre antérieure au mariage, et AE, 2015, 1511 qui semble la mentionner sous Sévère Alexandre.
30RIC, IV, 2, 209-224 et 378-387 ; RPC, 8 et 9 types correspondant aux 3e et 4e années régnales.
31Ailleurs, sa nomenclature est variable comme le montre la consultation du RPC. Si les ateliers l’indiquent en général de façon complète on trouve aussi, que les légendes soient grecques ou latines, Iulia Paula, dans ceux d’Épire et de Macédoine, mais aussi en Asie, Lycie-Pamphylie, Galatie, Cilicie et Syrie, et Cornelia Paula en Asie, Lycie-Pamphylie, Galatie et Syrie ; à Sinope en Galatie, une monnaie porte simplement Paulla (sic). Trois inscriptions la mentionnent, deux en latin avec ses noms complets à Histonium (AE, 2019, 441, qui corrige CIL, IX, 6915) et à Trebula (CIL, X, 4554 [ILS, 477]), et la troisième en grec sous la forme Κορνηλία Παῦλα à Serdica en Thrace (IGR, I, 689) ; son nom ne semble pas avoir été martelé.
32Dans ce type de document, une formulation comme Seueri Aug(usti) coniuge ne semble en effet guère attestée, et pour Sévère Alexandre on attendrait Alexandri plutôt que Seueri ; cf. infra n. 37 pour une autre proposition de lecture.
33C’est le cas à Timgad pour deux bornes de Maximin (Salama 1951-1952, p. 227-228, nos 2 et 3) ; on peut y ajouter une de Caracalla aux alentours (AE, 1981, 903), et une autre de Sévère Alexandre près de Lambèse (AE, 1937, 33).
34Par exemple Imperatore Caesare M(arco) Aurelio Antonino Pio Felice Augusto et Imp Caes M Aurelio Antonino P F Aug pont max tr pot II cos II p p ont exactement le même nombre de lettres, 49, qui correspond à celui que pouvaient comporter les lignes 1-3.
35Le N n’est pas indispensable mais, sauf à supposer une coupure maladroite, il devait figurer sur l’autre borne où on voit nettement qu’une lettre a été martelée avant au[ia] au début de la l. 11.
36Ce premier mariage se place peu après le retour d’Élagabal à Rome, pendant les quatre derniers mois de 219 : à Alexandrie les frappes pour Paula apparaissent pendant la 3e année régnale, donc après la fin août et continuent l’année suivante ; mais des monnaies de Sinope (3 types) et de Trapezus en Galatie, datées de 218-219 par deux ères locales différentes, montrent que le mariage est antérieur à la fin de 219. Il semble avoir été spécialement commémoré : outre le grand nombre de types émis pour Paula (217 selon le RPC), à Rome deux types d’aurei (RIC, IV, 2, 210 et 215) ont vraisemblablement été frappés pour un donatiuum commémorant l’événement, ce qui ne semble pas avoir été le cas lors des mariages suivants (Gautier 2009, notamment p. 161-162). L’atelier de Rome a aussi émis pour elle un nombre de types plus varié que pour les deux épouses suivantes.
37L. 12, corriger SE en SP permettrait de restituer Aug(usta) ⟦sp[onsa | Aug(usti) n(ostri) ---]⟧. Le texte aurait été gravé dès les fiançailles et la future épouse qualifiée d’Augusta comme le fut Plautilla dès 201 (Christol 1997, p. 127-131).
38Par exemple Philippe et Otacilia Seuera sur la voie Carthage – Tebessa (CIL, VIII, 22507, 22089, 22107 et 22127), ou à Timgad (Salama 1951-1952, p. 228-229, no 4, et n. 2). Il en est de même pour Dèce et Herennia Etruscilla (Salama 1951-1952, p. 229 no 5, et 236-237, no 2 ; AE, 1981, 892), ou encore à Cuicul pour Émilien et Cornelia Supera (AE, 1911, 104 = ILS, 9498).
39Plusieurs opérations de bornage y sont attestées notamment celle dont subsistent plusieurs milliaires érigés en 220 dans l’ouest de la Confédération cirtéenne (CIL, VIII, 22217, 22235, 22236, 22247, 22248, 22251 + 22252, 22261, 22262, 22266 et 22271). L’empereur est seul mentionné alors qu’y figurent les noms et surnoms triomphaux de Septime Sévère et de Caracalla divinisés, et sa titulature complète. D’autres sont connues, sur le territoire de Lamasba (CIL, VIII, 22427, 22438, 22504 et 22505), sur la route de Lambèse à El Kantara (Albertini 1931, p. 225-227, no 37 au 27e mille ; AE, 1981, 909 à Aïn Touta ; Albertini 1931, p. 231, n o 41, à El Kantara), et sur celle d’El Kantara à Tobna (CIL, VIII, 10250 = AE, 1981, 910 au 5e mille ; Leschi 1946-1949, p. 398-399, n o 1, au 10e mille). Élagabal y figure toujours seul.
40Αὐτοκράτορι Καίσαρι | Μ(άρκῳ) Αὐρηλίῳ ⟦Ἀ[ντω]νεί[ν]ῳ⟧ | Εὐσεβεῖ Εὐτυχεῖ Σεβαστῷ, | Θεοῦ Ἀντω[νε]ίνο[υ] υἱῷ, Θεοῦ |5 Σευήρου ἐγγ[ό]ν[ῳ], ἀρχιερεῖ [μεγίστῳ], | δημαρχικῆς ἐξ[ου]σίας, ὑπάτῳ [τὸ δ´ ?] | καὶ Μ(άρκῳ) Αὐρηλίῳ Ἀλεξάνδρῳ [ἐπιφανεστάτῳ ? | Κ]αίσαρι υἱῷ τοῦ κυρίου Σεβα[στοῦ καὶ] | Ἰουλίᾳ Μαέσῃ Σεβ[α]στῇ μη[τρομήτορι ?] |10 κ[αὶ Ἰουλίᾳ Σοαιμιάδ]ι Σεβασ[τῇ μητρὶ | τοῦ κυρίου Σεβαστοῦ ---] | ------ (Ali Mohamed & Reynolds 2004 ; AE, 2004, 1661 ; IRCyr2020, M.198). Les éditeurs avaient noté le caractère unique de cette borne, dont le texte manifestait la volonté de rendre hommage à l’ensemble de la famille impériale et non de rappeler l’exécution de travaux routiers. C. Dobias Lalou a aussi fait remarquer qu’il s’agissait du plus ancien exemple de milliaire rédigé au datif en Cyrénaïque (Dobias Lalou 2005, p. 587).
41Voir supra, n. 28.
42Thomasson 1996, p. 179-180, no 55.
43CIL, X, 6569 (ILS, 478), où elle est simplement qualifiée de clarissima femina.
44Cet environnement apparaît bien sur les photos aériennes (par exemple Morizot 1997, p. 24, fig. 10).
45S. Nadolny exprime pour sa part un certain scepticisme sur la validité de la restitution [caris]simae, sans toutefois exclure totalement l’hypothèse que ce type d’épithète ait pu avoir été attribuée à des impératrices sévériennes (Nadolny 2016, p. 123-124, n. 256).
46EDCS 11100390, qui renvoie à deux clichés du CIL (PH0009174 et PH0009175), et EDR 069005.
47Elle est attestée à Lambèse (AE, 1902, 147) et à Ruspina, (Kallala 2024, p. 137-138, no III, 1.1. : [--- Iulia]e Mesae Au[gustae ---|---] ⟦[---]⟧ [---] | ------) (je remercie vivement N. Kallala de m’avoir communiqué cette information avant la publication de son livre).
48On le distingue sur le cliché du CIL reproduit fig. 5.
49Sévère Alexandre est exclu car son troisième consulat en 229 est bien postérieur à la mort de Maesa.
50À Fedj es Siouda (Vatari), un milliaire d’Élagabal daté de 220 (CIL, VIII, 22247) a subi un traitement comparable : on a regravé les noms de Sévère Alexandre sur ceux de son cousin et effacé les nombres des puissances tribuniciennes et des consulats, donnant au nouvel empereur une titulature correcte.
Auteur
-
Xavier Dupuis
Université de Paris Nanterre ; THEMAM–UMR 7041 ArScAn, MSH Mondes Nanterre
xavierdupuis@hotmail.com
IdRef : 129372854
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