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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral I– Un dreyfusard précoce et passif II– Le pouvoir manqué (juin-octobre 1898) III– La difficile recherche de la voie moyenne Notes de bas de page Auteur

    Alexandre Ribot

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Un dreyfusard sans mystique

    Bertrand Joly

    p. 61-72

    Texte intégral I– Un dreyfusard précoce et passif II– Le pouvoir manqué (juin-octobre 1898) III– La difficile recherche de la voie moyenne Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Dans la mémoire héroïque de l’Affaire, Alexandre Ribot n’occupe qu’une place réduite et ambiguë. Ce dreyfusard avéré ne joue aucun rôle au service d’une cause que ses très rares interventions publiques semblent même vouloir desservir, et ce décalage entre les opinions et les actes l’a fait accuser de tiédeur ou d’un excès de prudence proche de la lâcheté. Mais fut-il vraiment ce « dreyfusard de canapé », ce « dreyfusard honteux » que Clemenceau a férocement dépeint1 ? Pour répondre à cette question, il convient d’effectuer un rapide survol du comportement de Ribot tout au long de l’affaire Dreyfus, mais en ne perdant jamais de vue qu’il reste toujours et avant tout un juriste, un politique et un modéré.

    I– Un dreyfusard précoce et passif

    2Selon Joseph Reinach, le député du Pas-de-Calais est convaincu très tôt, dès 1896, de l’innocence de Dreyfus et ne s’en cache pas dans les couloirs de la Chambre2, mais on ignore sous quelles influences s’est formée sa conviction. À la fin de 1897, Georges Lachapelle, chef de cabinet de Méline et lui-même dreyfusard, rencontre les principaux ténors modérés, dont Ribot, et tous, affirme-t-il, semblent convaincus qu’il y a eu une erreur en 18943. On peut donc admettre que le député du Pas-de-Calais est partisan de la révision avant le début de la crise, qu’il n’en fait pas mystère, mais ne manifeste non plus aucun zèle au service de cette cause. La suite va montrer qu’il n’entend guère sortir de cette attitude réservée, d’autant plus que les procédés tapageurs utilisés par les dreyfusards pour alerter l’opinion publique, et en premier lieu J’accuse, hérissent ce juriste dans l’âme, même si, dans le même temps, il condamne avec autant de sévérité que de stupeur le comportement de l’état-major. Il exprime nettement ses réticences dans une lettre à son épouse au début de 18994 :

    « Il serait si simple de laisser la Cour de cassation faire son œuvre en silence. Ceux qui ont poursuivi la révision auraient dû se taire, après l’avoir arrachée. On ne saurait trop blâmer cette campagne qu’ils font ou laissent faire de compte à demi avec des anarchistes comme Sébastien Faure et Cyvoct ou avec des révolutionnaires comme Jaurès qui ne font pas mystère de leurs desseins contre l’armée5. »

    3On peut donc compter Ribot parmi ces hommes politiques du centre ou de droite plutôt enclins à la révision au départ, mais hostiles aux alliances et aux moyens utilisés et jugeant les dreyfusards d’après leur aile la plus militante.

    4Quand commence la phase active de la crise, à l’automne 1897, Ribot appartient à la majorité modérée qui soutient le ministère Méline, majorité inédite qui rompt avec l’orthodoxie républicaine en acceptant le soutien parlementaire de la droite, au grand scandale des radicaux et des socialistes accusant Méline de pactiser avec la réaction et le cléricalisme6. Il s’y sent très mal à l’aise et critique sévèrement le gouvernement pour ses compromissions avec les monarchistes et pour son comportement dans l’Affaire, ce qui le met pleinement d’accord avec Félix Faure rencontré le 21 janvier 1898 : le chef de l’État lui fait ce jour-là des confidences que Ribot enregistre avec une visible satisfaction :

    « Conversation d’une heure et demie avec le Président de la République.
    Il envisage l’affaire Dreyfus avec beaucoup de sang-froid. […].
    Il indique discrètement qu’à son avis l’affaire aurait pu prendre un tour différent si le ministère avait eu plus de courage.
    La campagne menée par les partisans de la révision lui paraît coupable. Ils sont inexcusables de recourir à des moyens révolutionnaires, alors que les voies légales leur étaient ouvertes.
    Il convient avec moi qu’on a eu tort de faire du procès Esterhazy une sorte de pièce arrangée d’avance. […] Le résultat a été fâcheux, parce qu’on a douté de la sincérité de la poursuite7. »

    5Mais Ribot reste discipliné et soutient fidèlement le gouvernement, y compris quand ce dernier déclare à la Chambre que Dreyfus est coupable et régulièrement jugé. L’analyse de ses votes jusqu’au printemps 1898 montre de sa part un soutien sans faille au gouvernement dans les scrutins essentiels concernant l’Affaire, alors qu’il est totalement en désaccord avec lui, et cela à cinq reprises :

    • Le 4 décembre 1897, Méline déclare : « il n’y a pas d’affaire Dreyfus » ; le général Billot, ministre de la Guerre, affirme la culpabilité de Dreyfus et la régularité de son procès.
    • Le 13 janvier 1898, après la publication de J’accuse, Albert de Mun, relayé par Cavaignac, obtient du cabinet la promesse de poursuites.
    • Le 24 janvier 1898, Jaurès plaide vainement en faveur de la révision et Méline lui oppose une fin de non-recevoir.
    • Le 12 février 1898, Billot réaffirme la culpabilité de Dreyfus.
    • Le 24 février 1898, Méline excuse l’attitude de Boisdeffre au procès de Zola et menace ceux qui s’obstineraient.

    6Comme la plupart des députés et comme Méline lui-même, Ribot sépare nettement l’affaire Dreyfus, question purement juridique, de la question ministérielle, problème politique majeur, et il veille soigneusement à ce que les deux ne se confondent pas, le combat prioritaire restant celui des élections législatives de mai 1898. On peut parler à son sujet, comme pour l’immense majorité de la classe politique, d’une volonté forte d’évitement, abritée sous le prétexte des grands principes (la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice) et dictée en réalité par la prudence face à une difficulté inédite et compliquée où il n’y a que des mauvais coups à prendre. C’est une position confortable et assez peu tenable face à une affaire qui déchaîne les passions, mais Ribot s’y accrochera toujours et s’en targuera même avec vigueur, comme le montre cet échange tardif (en 1903) avec le socialiste Gustave Rouanet, député de Paris et dreyfusard proche de Jaurès :

    « Ribot : Je n’entends, pour ma part, discuter le fond de l’affaire avec personne ici.
    Rouanet : Vous ne l’avez jamais discutée d’ailleurs !
    Ribot : Non, monsieur ! je ne l’ai jamais discutée […]. Je n’ai pas voulu mêler, comme vous l’avez fait, vous, dans un intérêt de parti, la politique à la justice8. »

    7Et au cours de cette séance où Jaurès relance l’Affaire, il répète une fois encore qu’il n’est pas question d’accepter que la révision se débatte à la Chambre et qu’il faut laisser agir la justice, seule compétente en l’espèce, quitte à reprocher ensuite (courtoisement) à Cavaignac de n’avoir pas fait lui-même la révision en septembre 1898.

    8Ribot semble donc bien résolu à tenir l’affaire Dreyfus à bonne distance du combat politique, mais les événements se chargent vite de montrer la vanité de cette chimère, puisque, dès juin 1898, l’Affaire refait surface au Parlement et ferme au député du Pas-de-Calais l’accès au gouvernement. Pendant la campagne électorale du printemps 1898, il a plaidé avec vigueur en faveur de la rupture avec la droite et du retour à la concentration avec les radicaux (discours d’Arras, 17 avril 1898), mais sans désavouer explicitement Méline. Les élections donnent un résultat incertain qui permet aux modérés et aux radicaux de revendiquer concurremment la victoire, faute d’une majorité visible. Il n’en est pas moins acquis que l’expérience Méline n’est pas ratifiée par les électeurs et qu’une légère poussée à gauche s’est produite, les modérés ayant perdu une quarantaine de sièges au profit des radicaux, des socialistes et des nationalistes tout en conservant une appréciable majorité relative. Un cabinet de concentration à direction modérée semble donc possible et même probable, et le nom de Ribot est alors souvent cité pour entrer au gouvernement, voire pour le diriger. Le 15 juin, cependant, il dépose un ordre du jour de confiance au ministère, accepté par Méline, mais voté dans des conditions si ambiguës que le gouvernement se retire le lendemain.

    II– Le pouvoir manqué (juin-octobre 1898)

    9Appelé dans l’après-midi du 16 juin à l’Élysée, Ribot expose qu’une entente avec les radicaux est souhaitable et possible, mais compliquée par deux difficultés : les projets d’impôt sur le revenu et l’affaire Dreyfus. Celle-ci, dit-il à Félix Faure, a été « mal engagée » et il blâme le gouvernement de « n’avoir point tout dit » (mais lui a-t-il demandé des explications ?). Poincaré le confirme le soir même au chef de l’État : tout en conseillant d’appeler Ribot à la présidence du Conseil, il remarque que « avant d’accepter le pouvoir, Ribot demandera à voir tout le dossier [de l’affaire Dreyfus] ». Félix Faure se cabre aussitôt, comme il le relate dans son journal intime :

    « – Alors, lui dis-je, en l’interrompant, il n’aura pas la mission de constituer un cabinet, car je ne vois pas tous les candidats examinant le dossier Dreyfus. Si M. Ribot est ministre et quand il sera ministre, il fera ce qu’il voudra sous sa responsabilité. Avant, non ; la seule attitude qu’il puisse prendre, c’est le respect de la chose jugée.
    – Vous avez raison, continue Poincaré, mais il est certain que lorsqu’il sera au pouvoir, Ribot verra la question de très près, car au fond il croit à l’innocence de Dreyfus ; il est pour la révision du procès. »

    10Et comme Poincaré, lui aussi favorable à Dreyfus, tente d’évoquer le procès de 1894, le chef de l’État lui répond avec hauteur que l’« on ne traite pas cette question avec le président de la République ». En se retirant, le député de la Meuse recommande à nouveau de confier à Ribot la présidence du Conseil9. Le lendemain, Félix Faure rappelle Ribot à l’Élysée et celui-ci revient très vite sur l’affaire Dreyfus, au grand agacement du chef de l’État :

    « Il faut liquider cette affaire, dit-il. Sans aller aussi loin que me l’avait fait prévoir Poincaré, il désire savoir ce qu’on a. Je lui réponds qu’il le saura lorsqu’il sera au gouvernement ; je ne fais pas un ministère sur l’affaire Dreyfus. Moi je crois qu’il ne peut qu’accepter la chose jugée et régulièrement jugée jusqu’à preuve du contraire et qu’il doit attendre qu’on produise cette preuve si on peut l’avoir. Je vois bien qu’il ne pense pas comme moi10. »

    11Avant d’accepter la mission de former un gouvernement, Ribot demande à consulter ses amis et les partenaires radicaux. Le lendemain, il apporte à l’Élysée sa renonciation : il n’a pu, explique-t-il, trouver un terrain d’entente avec les radicaux pour l’impôt sur le revenu et la répartition des portefeuilles, et il se dit victime des rumeurs et des attaques de la presse prêtant à son épouse et à lui-même des sentiments favorables à Dreyfus11.

    12De fait, les attaques ont commencé très tôt et ont visé, outre le rôle supposé de Ribot dans l’étouffement du scandale de Panama, son dreyfusisme présenté comme militant. Dès le 14 juin, La Croix a donné le ton dans son article de tête, « Ribot et Dreyfus » :

    « Si j’avais une fille, je la donnerais au colonel Picquart », tel est le propos attribué à M. Ribot. Il paraît non seulement vrai, mais également très vraisemblable.
    Dans le monde Ribot, on mène une campagne persévérante et de chaque jour en faveur du traître ; Mme Ribot, notamment, est une fanatique de l’exilé à l’île du Diable, ainsi qu’il convient à une Américaine protestante sectaire. »

    13La Libre Parole du 16 juin se contente d’insinuer que l’élu de Saint-Omer a, sur l’affaire Dreyfus, une « attitude louche », mais l’éditorial au vitriol du lendemain (« Les trop connus ») sonne la charge : le seul nom de Ribot, écrit Drumont, évoque « une ère de vilenies et de mensonges », « il est à la fois médiocre, fourbe et malhonnête », etc. Le 18 juin, un entrefilet de Papillaud en première page s’en prend nommément à Mme Ribot, accusée d’avoir collecté des fonds en faveur des missionnaires anglais « qui soulevaient les Malgaches contre les soldats français ». L’Intransigeant du 20 juin signale la rumeur qui courait la veille à la Chambre : Ribot aurait pris des « engagements antérieurs avec les partisans de la révision du procès Dreyfus » et serait tenu par-là. Ce tir de barrage, si absurde soit-il, est bien de nature à impressionner les députés qui souhaitent par-dessus tout ne pas avoir à prendre parti dans l’affaire Dreyfus, et c’est donc bien à cause de cette dernière que Ribot a échoué, alors que tout le désignait pour la présidence du Conseil.

    14Cet échec n’ébranle pas son opinion : l’affaire Dreyfus doit rester une question secondaire et hors de la politique. Il trouve tout de suite l’occasion de le redire avec le débat d’investiture du ministère Brisson, le 30 juin 1898. Ce cabinet radical homogène sanctionne l’impuissance des modérés et Ribot ne peut que lui être immédiatement hostile. Au cours de la discussion, Déroulède déclare que les nationalistes voteront pour le ministère à cause de la présence de Cavaignac à la Guerre et pour cette raison seulement, car ce nom représente une garantie contre la révision du procès Dreyfus ; aussitôt Ribot se dresse et accuse le député-poète de rétrécir le débat à une question (il ne prononce pas le nom de Dreyfus) « autour de laquelle ne tourne pas, j’imagine, toute la politique d’un grand pays, d’une grande démocratie comme la nôtre. Libre à vous d’insinuer que cette question est aujourd’hui toute la politique. Je dis : Non12 ! »

    15Trois mois plus tard, l’Affaire va cependant lui interdire une seconde fois l’entrée au gouvernement. Le ministère Brisson a ouvert, non sans mal, la procédure de révision et le paie dès la rentrée parlementaire, le 25 octobre 1898. Ribot, qui aurait d’abord voulu accorder un sursis au cabinet, s’abstient sur l’addition Berger, blâmant le gouvernement de n’avoir pas fait respecter l’armée13, mais vote l’addition Mahy, invitant le gouvernement à faire respecter l’armée, qui renverse Brisson. Tout le monde attend un ministère de concentration à domination modérée et la plupart des pronostics hésitent entre Dupuy et Ribot. Or ce dernier nom, recommandé à Félix Faure par Poincaré, Leygues et Krantz, suscite à nouveau les injures du camp nationaliste, d’autant plus qu’on lui reproche, outre son dreyfusisme, d’avoir tenté de sauver Brisson le 25 octobre avant de céder au flot dominant : « il est aussi dreyfusard que Dreyfus et il est plus anglais que Salisbury lui-même » (La Libre Parole du 27 octobre) ; « hideux dreyfusard anglais » (La Libre Parole du 30) ; « un anglomane capable de commettre toutes les lâchetés et d’accepter toutes les humiliations » (L’Intransigeant du 29), etc. Bien qu’il n’existe plus que sur le papier, le groupe antisémite publie le 27 un communiqué dénonçant violemment l’éventuelle nomination de Ribot (La Libre Parole du 28) et plusieurs journaux ressortent la phrase « si j’avais une fille, je la donnerais au colonel Picquart », attribuée tantôt à Ribot, tantôt à son épouse. Or la désignation éventuelle de Ribot soulève également des objections sérieuses dans les rangs des républicains modérés : Deschanel, par exemple, recevant à déjeuner le 28 octobre les députés antisémites (Drumont en tête), déclare que le choix de Ribot pour le ministère de la Justice ferait échouer la combinaison14.

    16La veille en effet, Félix Faure a reçu diverses excellences, dont Ribot (auquel il déclare que la révision se fera « en toute loyauté »), et a confié à Dupuy la mission de former le nouveau cabinet. Le député de Haute-Loire offre aussitôt les sceaux à Ribot, qui accepte sans enthousiasme, et cela déclenche le tir de barrage que l’on vient d’évoquer. Il faut cinq jours d’âpres négociations à Dupuy pour concilier les caprices d’egos, les divergences sur Fachoda et la crainte de paraître trop favorable à Dreyfus. Finalement, il rend sa parole à Ribot, c’est-à-dire qu’il l’exclut de la combinaison pour dreyfusisme trop visible, et cela lui vaut les applaudissements bruyants de La Libre Parole15.

    III– La difficile recherche de la voie moyenne

    17Pas rancunier, au moins en apparence, Ribot vote l’investiture de Dupuy le 4 novembre 1898, mais son soutien s’affaiblit tout de suite à l’occasion de l’affaire Picquart. Le 26 novembre, les délégués des groupes républicains du Sénat rencontrent Dupuy, Freycinet (Guerre) et Lebret (Justice) pour leur exprimer leurs préoccupations quant au sort du colonel Picquart menacé de passer en conseil de guerre, en clair pour condamner l’acharnement de l’état-major contre lui. Ribot approuve cette démarche, mais nie en être l’instigateur, comme le bruit en a couru16. Deux jours plus tard a lieu la célèbre séance au cours de laquelle Poincaré « libère sa conscience » ; sans s’engager à accorder un sursis pour le procès de Picquart, Dupuy invite implicitement la Cour de cassation à le faire et obtient une confiance massive (413 voix contre 70), mais Ribot cette fois s’abstient, comme Poincaré, et récidive le 19 décembre suivant, à propos de la communication du dossier secret de la Guerre à la Cour de cassation. Il s’abstient encore le 30 janvier 1899 sur le renvoi du projet de loi de dessaisissement de la chambre criminelle à une commission spéciale qui lui serait probablement favorable. Le 9 février, plusieurs élus républicains de toute nuance, du centre gauche au socialisme, publient un manifeste protestant contre la loi de dessaisissement. Ribot ne signe pas, mais fait savoir qu’il votera contre le projet de loi17, ce qu’il fait le lendemain.

    18Jusqu’ici, Ribot est resté à peu près passif. Il n’a pas fait mystère de sa sympathie pour la cause de Dreyfus et l’a même payé, mais il n’a rien fait pour elle en dehors de son vote hostile à la loi de dessaisissement qui ne pouvait que scandaliser son âme de juriste. Il va cependant sortir de sa réserve et de façon très surprenante, puisqu’il participe activement au sauvetage du général Mercier, le ministre de la Guerre qui a fait condamner illégalement Dreyfus en 1894, alors que Dupuy était déjà président du Conseil.

    19Le 4 juin à l’hippodrome d’Auteuil, Loubet, président de la République, est agressé et frappé par les jeunes royalistes. Face à l’indignation générale, le Conseil des ministres prend le lendemain diverses mesures répressives, dont la traduction de Mercier en Haute Cour, malgré l’avis réservé de Loubet. Ribot juge aussitôt « révoltante » la décision de Dupuy de faire poursuivre son ancien ministre18. L’après-midi à la Chambre, il vote le début de l’ordre du jour condamnant les violences de la veille à Auteuil, mais s’abstient sur la confiance à Dupuy. Puis Lebret demande officiellement les poursuites contre Mercier. Il n’existe aucun précédent en ce domaine et Ribot prend aussitôt la parole pour présenter des objections d’ordre purement juridique : l’initiative de ce genre de poursuite semble appartenir à la Chambre et non au gouvernement, d’après l’article 12 de la loi du 16 juillet 1875 ; la Haute Cour juge la conspiration ou l’attentat contre la sûreté de l’État, qui ne sont pas le crime reproché à Mercier ; enfin la solidarité ministérielle doit-elle jouer, puisque certains députés proposent d’englober Dupuy, voire tous les ministres de 1894, dans les poursuites ? Cette intervention inattendue soulève la colère des députés dreyfusards et Marcel Sembat lui jette : « c’est la trahison pour le portefeuille, monsieur Ribot ». Le radical Pourquery de Boisserin défend aussitôt une motion d’ajournement qui arrange bien les élus pusillanimes, et le report de la décision au lendemain du procès de Dreyfus à Rennes est voté par 277 voix contre 229. Cette majorité réunit la droite, les trois quarts des modérés (dont bien sûr Ribot) et le tiers des radicaux. « J’ai rendu service au pays », écrit Ribot dans ses notes personnelles, « mais j’ai tué mes chances à la présidence du Conseil19 ».

    20Pourquoi a-t-il agi ainsi, alors qu’il juge sévèrement le comportement du ministère de la Guerre tout au long de l’affaire et qu’il ne peut ignorer la responsabilité écrasante de Mercier dans le procès truqué de 1894 ? Froidement examiné, son comportement a priori déroutant semble au contraire parfaitement conforme à son attitude tout au long de l’Affaire. Pour lui, cette dernière se trouve virtuellement close par l’arrêt de cassation (dont il vote l’affichage) ; le procès de Rennes ne constitue qu’une formalité et l’Affaire ne doit plus compter dans les délibérations publiques. Dès lors, la politique demeure plus que jamais la seule priorité ; le retour au calme s’impose et le procès de Mercier compromettrait sans profit l’apaisement nécessaire. En outre, l’un des dogmes républicains depuis le début du régime est de ménager l’armée et de respecter ses privilèges et immunités en échange de son obéissance passive : il faut donc tirer un trait sur des défaillances désormais réparées et n’accepter en aucun cas les représailles inutiles et dangereuses réclamées par les purs du dreyfusisme. Sans toujours l’avouer, la grande majorité des meneurs républicains pense de même, de Poincaré à Waldeck-Rousseau, et veut tourner la page en songeant peut-être déjà à la future amnistie. Marcel Sembat et après lui Francis de Pressensé ont tort de prêter des mobiles bas à un homme dont l’intervention peut être jugée contestable ou maladroite, mais pas intéressée20.

    21Le 9 juin, jour où Dreyfus quitte l’île du Diable, Picquart est enfin remis en liberté. « Cette détention de près d’une année a été un scandale », note Ribot, mais qu’a-t-il fait pour faire cesser ce scandale21 ? Le 12, il ne s’associe pas à l’exécution de Dupuy et s’abstient sur l’ordre du jour final qui le renverse. La crise ministérielle qui commence lui déplaît tout de suite :

    « Il s’est constitué au Sénat une sorte de petit comité de salut public où Poincaré et Rouvier ont la prétention de représenter, à côté de Millerand et de Pelletan, les modérés de la Chambre. Je n’ai pas été consulté. On ne me croit pas assez sûr depuis que j’ai refusé de signer un manifeste avec les socialistes. Je trouve ce flirtage dangereux. Sous prétexte de défendre la République, on crée l’équivoque, on se livre aux éléments extrêmes et on risque de blesser l’armée22. »

    22Le nom de Waldeck-Rousseau, qui commence à courir, suscite de sa part de très vives réserves : « il est l’homme de la révision, l’homme des gambettistes (Étienne, Rouvier, J. Roche) ; il est devenu celui des socialistes. Y a-t-il, comme on le dit, de l’argent juif ? […] C’est pour beaucoup la revanche de Panama. On se rabat sur Poincaré qui est grand favori23 ». Le 13 juin au soir, quelques meneurs modérés dînent ensemble pour créer un groupe parlementaire opposé à celui de Méline, et Ribot raconte la scène :

    « J’y ai été invité. Il y avait Barthou et Étienne très ardents, ainsi que Montebello (quel changement !), Decrais. Puis H. Blanc, Sibille, Caillaux, Cruppi qui se réserve et Cochery qui veut qu’on mette des formes dans la rupture avec Méline, tout en déclarant que celui-ci est maintenant un vieillard sans avenir politique.
    Je conseille d’ajourner et surtout de ne pas blesser Méline et ses amis. Nous avons besoin de toutes nos forces. J’explique ma pensée sur l’alliance avec les socialistes24. »

    23Entre le 14 et le 16 juin, Poincaré tente sans grande conviction de former un ministère sans participation socialiste et Ribot accepte le 15 le portefeuille de l’Instruction publique. Après l’échec de cette combinaison, Loubet se remet à l’œuvre et reçoit Ribot le 17 : il approuve son attitude dans l’affaire Mercier et lui demande s’il souhaite participer à un ministère Waldeck-Rousseau. Ribot fait grise mine : ce gouvernement, dit-il, « sera trop évidemment le triomphe des révisionnistes, sans parler du reste » ; la présence probable d’Étienne serait « fâcheuse » et Waldeck-Rousseau « n’est poussé que par les intérêts syndiqués des révisionnistes, des socialistes, des gambettistes, etc.25 ». Cette première tentative de Waldeck-Rousseau ayant échoué, Loubet offre le pouvoir à Léon Bourgeois rappelé de La Haye ; le 21 juin, le meneur radical, résolu dès le début à se récuser, se contente d’esquisser un très vague tour de piste et, bien que divers meneurs, dont Ribot, le pressent d’accepter, renonce le soir même26. Le 26, quand Waldeck-Rousseau est investi au terme d’un débat passionné, Ribot s’abstient, car il ne voit pas la nécessité de ce gouvernement dit de défense républicaine : « Le danger ne m’est jamais apparu assez menaçant pour justifier les inquiétudes de quelques-uns de mes amis qui se figuraient que nous étions à la veille d’un coup de main militaire », dira-t-il plus tard27. On peut toutefois penser que la présence d’un socialiste au gouvernement a également joué dans ses réticences. Il s’abstient à nouveau lors de la rentrée parlementaire, le 14 novembre 1899.

    24En 1900, Ribot campe dans une zone incertaine entre la majorité et l’opposition, puis à partir de 1901 et de la loi sur les associations, se situe plus nettement dans l’opposition, une opposition modérée et très réticente face aux négociations de Méline avec la Ligue de la patrie française28. Cette situation d’opposant lui pèse cependant beaucoup et il reproche aigrement à Waldeck-Rousseau d’exclure de la République de bons républicains dont le seul tort est de refuser l’alliance socialiste29. Il est pourtant réélu en 1902 sans adversaire sérieux, de droite ou de gauche.

    25L’affaire Dreyfus revient à la Chambre les 6 et 7 avril 1903 avec le long discours de Jaurès réclamant l’ouverture d’une enquête en vue de la révision du verdict de Rennes. Le point faible de la démonstration est qu’elle ne révèle rien de vraiment nouveau et Ribot en profite en spéculant sur la répugnance intacte des élus à se mêler de l’Affaire. Le 7, il parle assez longuement pour prêcher le calme et réclamer l’ordre du jour pur et simple ; impressionné, Combes refuse l’ordre du jour révisionniste de Jaurès et la Chambre s’empresse de le suivre, écarte le texte de Jaurès et adopte celui de Chapuis : « la Chambre, résolue à ne pas laisser sortir l’affaire Dreyfus du domaine judiciaire », etc. Enfin le 13 juillet 1906, Ribot vote les deux lois réintégrant Dreyfus et Picquart dans l’armée, mais vote contre la priorité à l’ordre du jour de Pressensé réclamant des sanctions énergiques pour les militaires responsables de l’Affaire et s’abstient sur celui de Réveillaud faisant confiance au gouvernement pour prendre les sanctions nécessaires, texte purement formel dont chacun se doute qu’il n’aura aucune suite.

    •

    26Tout au long de l’affaire Dreyfus et jusqu’au bout, Ribot est resté fidèle à son attitude initiale : il s’agit d’une affaire purement judiciaire et d’un dossier individuel parmi beaucoup d’autres ; elle ne justifie pas l’excitation invraisemblable qu’elle provoque, alors que le combat pour le pouvoir demeure l’enjeu essentiel, comme il l’écrit à son épouse : « Je ne vois rien d’intéressant dans les journaux. À vrai dire, l’affaire Dreyfus ne m’intéresse pas. Cette bataille de journaux, où il y a tant de mauvaise foi, me dégoute. Quand pourra-t-on passer à autre chose30 ? ». Certes Dreyfus est innocent et doit être réhabilité, mais par les voies de droit, sans accepter la pression de l’opinion ou du monde politique et en ménageant l’armée. Le souci permanent de Ribot, presque son obsession, est de maintenir la question dans son strict cadre juridique et de s’opposer à toute immixtion dans le débat politique. Nombre d’élus modérés pensent d’ailleurs de même, à commencer par Poincaré, Méline et Loubet. Il est inutile de souligner combien ce juridisme confortable et assez hypocrite reste désarmé devant l’erreur judiciaire protégée par l’état-major ; l’Affaire est politique dès le début et c’est bien parce que les dreyfusards réussissent à la porter sur le terrain politique qu’ils peuvent sauver le condamné. Ribot lui-même, malgré toutes ses réticences, est bien obligé d’en tenir compte en juin 1898, quand il tente de former un gouvernement et essaie d’interroger Félix Faure sur le contenu du dossier.

    27Le renversement de majorité en juin 1899 confirme à ses yeux le bien-fondé de sa position. Selon lui, socialistes et radicaux ont mis l’affaire Dreyfus au service de leurs visées politiques et l’ont utilisée pour ravir aux modérés la mainmise sur le gouvernement. À aucun moment il ne semble s’interroger sur les défaillances de son parti et les responsabilités du système politique dans ce qui n’était pas un dossier parmi d’autres, mais un symptôme grave de dérèglement.

    28Le cas de Ribot n’est pas moins très instructif, car il permet de mieux appréhender l’affaire Dreyfus réelle, déformée par tous les mythes encombrant sa mémoire. Nous sommes habitués à regarder les dreyfusards comme des héros flamboyants et persécutés, à l’image de Picquart ou Zola ; l’exemple de Ribot nous rappelle qu’il y eut d’autres types de dreyfusisme, plus placides, plus discrets, assez pusillanimes sans doute, mais plus courants, et cela permet de comprendre les hésitations, les réticences et les lenteurs des hommes politiques à se saisir de ce dossier empoisonné qu’était l’affaire Dreyfus, pour eux sans A majuscule.

    Notes de bas de page

    1Georges Clemenceau, Justice militaire, Paris, P.-V. Stock, Éditeur, 1901, p. 109 ; La Honte, Paris, P.-V. Stock, Éditeur, 1903, p. 98-103.

    2Joseph Reinach, Histoire de l’affaire Dreyfus, t. 3, Paris, 1903, p. 34 (comme Léon Bourgeois, Ribot « ne voulut pas nager contre le fleuve ») et surtout p. 630, note 4.

    3Georges Lachapelle, Le Ministère Méline, deux années de politique intérieure et extérieure, 1896-1898, Paris, J. L. L. D’Artrey édition, 1928, note p. 152-154.

    4AN, 563 AP 52, 4 janvier 1899. L’épouse de Ribot est elle-même une ardente dreyfusarde. Les nombreuses lettres que lui adresse son mari permettent de mesurer l’effarement de ce dernier face aux ultras des deux camps.

    5Ribot se trompe en accusant Jaurès de visées antimilitaristes et en l’assimilant aux anarchistes.

    6Sur ce point précis et le contexte de l’Affaire, voir Bertrand Joly, Histoire politique de l’affaire Dreyfus, Paris, Fayard, 2014.

    7AN, 563 AP 5, note personnelle de Ribot.

    8Journal officiel, Chambre, débats (désormais JO), séance du 7 avril 1903.

    9Félix Faure, Journal à l’Élysée (1895-1899), Paris, 2009, p. 343-346.

    10Ibid., p. 347. Le récit rédigé de son côté par Ribot confirme à peu près la scène (AN, 563 AP 5, notes des 16 et 17 juin 1898).

    11« La presse est très violente contre lui. Son opinion sur l’affaire Dreyfus a transpiré, on prête des propos graves à Madame Ribot. Il décline donc le mandat » (F. Faure, Journal à l’Élysée, op. cit., p. 347). Récits concordants dans Le Journal du 19 juin 1898 et L’Écho de Paris du 20.

    12JO, séance du 30 juin 1898, p. 1890.

    13Le débat sur l’ordre du jour qui clôt cette séance très agitée commence par l’adoption d’une phrase neutre sur la suprématie du pouvoir civil que Brisson accepte, bien qu’elle ne contienne aucune marque de confiance à son endroit. Berger, député républicain extrêmement modéré, propose une addition nettement hostile visant à le renverser.

    14AN, 563 AP 5, note de Ribot (aussitôt informé et ulcéré) du lendemain.

    15Adrien Papillaud, « Ribot exécuté », La Libre Parole, 31 octobre 1898.

    16AN, 563 AP 5, note de Ribot du 28 novembre 1898.

    17Le Figaro, 10 février 1899.

    18AN, 563 AP 5, note de Ribot sur la crise de juin 1899.

    19Ibid.

    20Francis de Pressensé, « Les habiletés de M. Ribot », L’Aurore, 6 juin 1899. Après lui avoir reproché son « ignominieux silence dans la discussion de la loi de dessaisissement », il accable son intervention de la veille à la tribune : « il y poignardait dans le dos la cause qu’il feignait de défendre » et se posait en successeur de Dupuy en cherchant d’abord à ménager l’armée.

    21Lettre de Ribot à sa femme, 9 juin 1899 (AN, 563 AP 5).

    22AN, 563 AP 5, note de Ribot sur la crise de juin 1899.

    23Ibid.

    24Ibid. Certains des convives vont voter contre l’investiture de Waldeck-Rousseau.

    25Ibid.

    26Léon Muel, Histoire politique de la septième législature (1898-1902), Paris, Pedone, 1903, p. 66.

    27Alexandre Ribot, Quatre années d’opposition (1901-1905), Paris, 1905, t. 1, p. II-III.

    28AN, 563 AP 5, note de Ribot du 10 décembre 1899.

    29Discours du 26 mars 1900 (L’Année politique, 1900, p. 79). Sur l’isolement de Ribot à l’époque, voir J. Ernest-Charles, « Portraits politiques : Monsieur Alexandre Ribot », dans Revue politique et parlementaire de mars 1901, p. 527-555, et Martin E. Schmidt, Alexandre Ribot, Odyssey of a Liberal in the Third Republic, La Haye, M. Nijhof, 1974, p. 86-87.

    30AN, 563 AP 52, 1er août 1899.

    Auteur

    • Bertrand Joly

      Professeur émérite d’histoire contemporaine, Université de Nantes

      IdRef : 029308917

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    2Joseph Reinach, Histoire de l’affaire Dreyfus, t. 3, Paris, 1903, p. 34 (comme Léon Bourgeois, Ribot « ne voulut pas nager contre le fleuve ») et surtout p. 630, note 4.

    3Georges Lachapelle, Le Ministère Méline, deux années de politique intérieure et extérieure, 1896-1898, Paris, J. L. L. D’Artrey édition, 1928, note p. 152-154.

    4AN, 563 AP 52, 4 janvier 1899. L’épouse de Ribot est elle-même une ardente dreyfusarde. Les nombreuses lettres que lui adresse son mari permettent de mesurer l’effarement de ce dernier face aux ultras des deux camps.

    5Ribot se trompe en accusant Jaurès de visées antimilitaristes et en l’assimilant aux anarchistes.

    6Sur ce point précis et le contexte de l’Affaire, voir Bertrand Joly, Histoire politique de l’affaire Dreyfus, Paris, Fayard, 2014.

    7AN, 563 AP 5, note personnelle de Ribot.

    8Journal officiel, Chambre, débats (désormais JO), séance du 7 avril 1903.

    9Félix Faure, Journal à l’Élysée (1895-1899), Paris, 2009, p. 343-346.

    10Ibid., p. 347. Le récit rédigé de son côté par Ribot confirme à peu près la scène (AN, 563 AP 5, notes des 16 et 17 juin 1898).

    11« La presse est très violente contre lui. Son opinion sur l’affaire Dreyfus a transpiré, on prête des propos graves à Madame Ribot. Il décline donc le mandat » (F. Faure, Journal à l’Élysée, op. cit., p. 347). Récits concordants dans Le Journal du 19 juin 1898 et L’Écho de Paris du 20.

    12JO, séance du 30 juin 1898, p. 1890.

    13Le débat sur l’ordre du jour qui clôt cette séance très agitée commence par l’adoption d’une phrase neutre sur la suprématie du pouvoir civil que Brisson accepte, bien qu’elle ne contienne aucune marque de confiance à son endroit. Berger, député républicain extrêmement modéré, propose une addition nettement hostile visant à le renverser.

    14AN, 563 AP 5, note de Ribot (aussitôt informé et ulcéré) du lendemain.

    15Adrien Papillaud, « Ribot exécuté », La Libre Parole, 31 octobre 1898.

    16AN, 563 AP 5, note de Ribot du 28 novembre 1898.

    17Le Figaro, 10 février 1899.

    18AN, 563 AP 5, note de Ribot sur la crise de juin 1899.

    19Ibid.

    20Francis de Pressensé, « Les habiletés de M. Ribot », L’Aurore, 6 juin 1899. Après lui avoir reproché son « ignominieux silence dans la discussion de la loi de dessaisissement », il accable son intervention de la veille à la tribune : « il y poignardait dans le dos la cause qu’il feignait de défendre » et se posait en successeur de Dupuy en cherchant d’abord à ménager l’armée.

    21Lettre de Ribot à sa femme, 9 juin 1899 (AN, 563 AP 5).

    22AN, 563 AP 5, note de Ribot sur la crise de juin 1899.

    23Ibid.

    24Ibid. Certains des convives vont voter contre l’investiture de Waldeck-Rousseau.

    25Ibid.

    26Léon Muel, Histoire politique de la septième législature (1898-1902), Paris, Pedone, 1903, p. 66.

    27Alexandre Ribot, Quatre années d’opposition (1901-1905), Paris, 1905, t. 1, p. II-III.

    28AN, 563 AP 5, note de Ribot du 10 décembre 1899.

    29Discours du 26 mars 1900 (L’Année politique, 1900, p. 79). Sur l’isolement de Ribot à l’époque, voir J. Ernest-Charles, « Portraits politiques : Monsieur Alexandre Ribot », dans Revue politique et parlementaire de mars 1901, p. 527-555, et Martin E. Schmidt, Alexandre Ribot, Odyssey of a Liberal in the Third Republic, La Haye, M. Nijhof, 1974, p. 86-87.

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    Joly, Bertrand. « Un dreyfusard sans mystique ». Alexandre Ribot, édité par Pierre Allorant et al., Presses universitaires du Septentrion, 2025, https://doi.org/10.4000/14652.

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    Allorant, P., Badier, W., Guislin, J.-M., & Tort, O. (éds.). (2025). Alexandre Ribot. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/1465q
    Allorant, Pierre, Walter Badier, Jean-Marc Guislin, et Olivier Tort, éd. Alexandre Ribot. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2025. doi:10.4000/1465q.
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