Conclusion n’est pas clôture
p. 189-190
Texte intégral
1L’histoire de l’interprétation des Métamorphoses d’Apulée dont nous avons retracé schématiquement les événements à nos yeux les plus notables a permis de mettre en évidence le processus qui a présidé à l’engendrement et au développement progressif de la topique interprétative qui constitue le cadre heuristique dans lequel se déploie encore aujourd’hui la critique savante. Deux figures nous paraissent avoir joué un rôle majeur dans la formation de cette topique : la première est celle de Macrobe qui, à l’instar de la majorité des lecteurs anciens, a rangé cette œuvre dans la catégorie du divertissement ludique dont il loue l’agrément en la comparant à celles de la nouvelle comédie et aux « intrigues farcies des aventures fictives d’amoureux », expression par laquelle il désignait sans doute la milésienne et le roman érotique ; la seconde est celle de Béroalde qui, par le recours à l’allégorèse, a découvert sous le voile du récit une dimension sérieuse et morale en accord avec la personnalité de son auteur. Ces deux positions sont à l’origine de deux paradigmes interprétatifs opposés qui vont se complexifier et s’enrichir, le ludique s’associant au comique, au parodique et au satirique, avec pour corollaire la thèse de la présence possible dans le récit d’une critique sociale et/ou d’une dénonciation morale, le sérieux s’associant lui au religieux et/ou au philosophique et/ou au littéraire, avec pour corollaire le parti-pris d’une visée éducative et/ou prosélyte et/ou esthétique.
2C’est au sein de ces deux paradigmes que se sont distribués les interprètes avec une intensité plus ou moins grande en faveur de l’un ou de l’autre. Récemment pourtant des tentatives pour rompre cette dichotomie et faire émerger une position conciliatrice ont vu le jour par deux voies différentes. La première est celle qui soutient que l’œuvre autorise des lectures plurielles et que cette « ouverture » résulte d’une stratégie délibérée de son auteur qui laisse le lecteur libre de choisir son interprétation finale, sérieuse ou légère, religieuse, philosophique, ludique ou satirique. En rattachant la co-présence et la réconciliation des deux paradigmes, le sérieux et le comique, à l’idée que l’œuvre s’inscrit dans une tradition littéraire, celle du sério-comique, la seconde résout l’aporie en situant les deux concepts à des niveaux différents, l’un, le sérieux, correspondant au sens intentionnel profond et l’autre, le comique, à celui de la forme.
3Doit-on pour autant conclure que toutes les positions logiques tenables ont été occupées et que la cartographie interprétative est désormais complètement renseignée ? Rien n’est moins sûr. Une chose l’est cependant : à défaut de régler une fois pour toutes ce débat consacré, de nouvelles voies d’investigation, comme celle que nous avons proposée, peuvent ouvrir de nouveaux espaces de sens aux interprètes. Les Métamorphoses d’Apulée n’ont pas fini de faire parler d’elles.
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