Conclusion. Penser ensemble gouvernement du capitalisme, race et pauvreté depuis les territoires du Nord
p. 277-300
Texte intégral
1Loin de se restreindre à un travail de description de ce que constituerait « le Nord » et ses spécificités, le présent ouvrage propose une série d’outils et de grilles d’interprétation du changement social à partir d’une entrée territorialisée dont la portée dépasse largement les frontières des cas d’études qu’il rassemble. La prégnance de leur histoire (post)industrielle et (post)coloniale donne à voir de manière d’autant plus nette des dynamiques et des contradictions qui façonnent de nombreux espaces y compris là où les processus d’industrialisation et d’urbanisation sont moins anciens, et moins marqués. En lien étroit avec nos travaux de recherche respectifs, il nous est apparu heuristique de dégager trois axes permettant de synthétiser et de prolonger les principaux enseignements qui peuvent être tirés de ces neuf contributions pour penser les transformations des espaces et des sociétés depuis un point de vue localisé.
Un territoire propice à l’étude de la restructuration permanente du capitalisme
2Au cœur des recompositions et crises cycliques que le capitalisme industriel traverse en Europe occidentale, les territoires du Nord constituent un point d’entrée privilégié pour l’analyse du gouvernement des systèmes productifs régionaux et de leurs transformations. Les différentes recherches rassemblées au fil des ARN et celles ayant contribué au présent ouvrage contribuent à remettre en cause trois ruptures canoniques qui structurent de nombreux travaux académiques consacrés au changement urbain. On pense notamment à une part importante de la nouvelle géographie économique (Davezies, 2008 ; Veltz, 2014) aux théories consacrées à la ville néolibérale (Pinson, 2020) et à ce que l’on peut qualifier avec Fabien Desage (2019) de metropolitan governance studies. Malgré la diversité de leurs ancrages disciplinaires, ces travaux tendent à postuler l’existence d’une séparation nette entre pouvoirs publics et acteurs économiques ; ils partent ensuite du principe de l’existence d’un tournant historique clairement identifiable entre une ère fordiste keynésienne révolue et une période contemporaine post-fordiste néolibérale ; ils tendent enfin à livrer une lecture binaire des inégalités territoriales opposant les centralités métropolitaines aux espaces périphériques qui seraient ainsi en grande partie déconnectés de ces pôles de croissance. C’est cette triple rupture socio-politique (1.1.), historique (1.2.) et géographique (1.3.) que les enquêtes consacrées aux métamorphoses du gouvernement localisé du capitalisme rassemblées dans cet ouvrage viennent remettre en question.
La production public-privé du déclin économique et urbain
3La rapidité et la violence avec laquelle les territoires du Nord ont été, à partir du XIXe siècle, industrialisés, urbanisés et perpétuellement restructurés font d’eux un terrain d’étude privilégié de l’ancrage spatial des processus d’accumulation et de leur régulation à l’échelle locale. Les travaux qui composent cet ouvrage mettent en lumière le caractère éminemment politique de ces recompositions du capitalisme urbain et plus spécifiquement des trajectoires de désindustrialisation des plus grandes villes de la région. En ce sens, ces analyses rejoignent celles que le Collectif Degeyter (2017) a consacrées à l’agglomération lilloise quant à l’implication de l’État et des collectivités locales dans la production du déclin économique et urbain.
4Ces résultats viennent battre en brèche les récits, largement relayés dans la littérature comme sur la scène publique, qui dépeignent des pouvoirs publics unilatéralement engagés à secourir les territoires en crise ou à redistribuer les richesses accumulées par les capitalistes. Il s’agit notamment de ce que suggèrent les géographes Laurent Davezies et Pierre Veltz (2004) ou Didier Paris et Jean-François Stevens (2000), pointant la mobilisation des collectivités en faveur d’une « bifurcation métropolitaine » à Lille et la manière dont la concentration de richesses dans les métropoles bénéficierait à leurs périphéries (Davezies, 2021). On retrouve un postulat analogue dans une part des études urbaines critiques à propos des trois décennies d’après-guerre présentées dans les sociétés industrialisées comme une ère où l’État, selon le référentiel du keynésianisme spatial, aurait principalement œuvré à la redistribution des richesses entre les territoires (Brenner, 2004). Même lorsque ces travaux envisagent que les États, centraux, fédéraux ou fédérés, participent, pour la période contemporaine, du déclin de certaines villes (Hackworth, 2019), c’est toujours dans une lecture qui envisage la puissance publique et les acteurs de marché comme deux entités autonomes, parfois amenées à coopérer, mais selon des rationalités distinctes voire opposées et à partir d’univers socio-politiques clairement séparés.
5Les enquêtes rassemblées au sein des ARN soulignent au contraire la manière dont les patrons et cadres des grandes entreprises de la région de Lille, de même que les élus, techniciens et experts de l’action publique territoriale, s’affirment comme les fers de lance des transformations économiques bien avant l’ère dite de la « gouvernance » (Le Galès, 2011 ; Pinson, 2009). Loin d’être le résultat d’évolutions exogènes liées à l’avènement d’une économie globalisée qui aurait irrémédiablement conduit les industries nordistes à leur perte, les recompositions du capitalisme dans la deuxième moitié du vingtième siècle sont ainsi directement portées par des coalitions d’acteurs locaux au sein desquelles les frontières entre élus et patrons ne sont ni clairement, ni définitivement tracées. On peut émettre l’hypothèse qu’un tel constat est d’autant plus éclatant dans des économies urbaines structurées autour d’un secteur industriel central comme c’est le cas du textile à Roubaix-Tourcoing, de l’extraction de la houille pour ce qui est du bassin minier ou du complexe portuaire dunkerquois mais qu’il vaut également pour les territoires au tissu économique plus diversifié. Les autorités publiques apparaissent dès lors comme des acteurs indissociables de l’histoire du capitalisme rendant possible la marchandisation du monde – dans ses dimensions géophysique, vivante et sociale – et ce qu’elle implique comme échanges et comme rapports de dépossession-appropriation et d’exploitation-accumulation.
6En ce sens, le travail d’Anton Perdoncin (2018b) met au jour, à propos de l’activité d’extraction houillère nationalisée, le lien étroit entre élites administratives et patronat nordiste dans la planification de la récession minière, qui rappelle les relations précoces entre chefs d’entreprises et grands commis d’État (Gaïti, 2014, p. 67). Plus globalement, c’est aussi ce que souligne la contribution de Clément Barbier, Antonio Delfini et Fabien Desage à propos des engagements patronaux dans la construction de logements en exposant la variabilité de l’encastrement social, et en ce sens moral et politique, de cette activité économique. La structuration progressive de l’immobilier comme source autonome de profits repose ainsi sur un ensemble d’institutions, pour partie façonnées par les pouvoirs publics, qui rendent possible la marchandisation du logement et, de manière plus générale, du foncier. Alors même que les affrontements de classe ont marqué les scènes politiques municipales de l’élection des maires socialistes révolutionnaires à Roubaix (Lefebvre, 2001) jusqu’au second conflit mondial, les alliances entre édiles socialistes et patrons structurent toute la période de l’après-guerre, d’abord autour du logement paritaire puis jusqu’à nos jours où elles se réagencent et se formalisent à travers les partenariats impulsés au nom de la « métropole » (Bué et al., 2004).
Par-delà keynésianisme et néolibéralisme : les continuités du capitalisme
7Saisir la permanence des liens qui se recomposent entre élites locales amène également à relativiser la rupture historique entre une ère fordiste-keynésienne et une ère néolibérale marquée par la « spécialisation flexible » (Brenner, 2004 ; Jessop, 2005) qui est parfois analysée et plus souvent présupposée par de nombreux travaux en études urbaines. Tantôt située au tournant des années 19801, à l’issue du choc pétrolier de 1973 (Hackworth, 2007, 2019 ; Harvey, 2005 ; Peck, 2010) ou à la charnière des années 1960 et 1970 (Pinson, 2020, p. 38), une rupture est bien souvent identifiée, notamment par les thèses consacrées à la ville néolibérale, entre deux périodes historiques construites comme antagonistes2. Cette lecture qui présuppose la succession de paradigmes de développement territorial tend à concevoir les politiques publiques comme le fruit d’une matrice idéologique univoque là où elles sont en réalité traversées par des mobilisations antagonistes (Gaïti, 2014), autour d’objectifs souvent bien plus flous et ambigus qu’il n’y paraît au premier abord (Desage et Godard, 2005). De plus, elle néglige bien souvent les continuités qui caractérisent les scènes politiques locales et les mécanismes de production des villes capitalistes (Diamond et Sugrue, 2020a) par-delà les crises et les restructurations que connaît leur base productive.
8Dans la lignée des travaux attentifs à l’histoire des sciences et techniques (Pessis et al., 2013) et plus spécifiquement de ceux consacrés à la construction sociale des marchés (Bourdieu, 2000 ; Lemercier et François, 2021), les recherches qui portent ici sur les transformations du capitalisme dans les territoires du Nord permettent d’identifier les permanences qui caractérisent le système productif (infra-)régional et les institutions sur lesquelles il repose. Le lien étroit qui existe entre urbanisation et industrialisation de ces espaces rend probablement encore plus visibles une série de dépendances historiques mais au-delà c’est bien le recours à l’analyse socio-historique et le dépouillement d’archives qui met en exergue la précocité et l’ampleur des tournants engagés. Dans la continuité des travaux de Michel Battiau (1976) et ceux de Bruno Duriez et Didier Cornuel (1982), Yoan Miot et Anton Perdoncin rappellent à ce titre dans leurs contributions respectives la manière dont, les trajectoires de désindustrialisation s’amorcent dans l’agglomération lilloise et le bassin minier dès les années 1950. Avec elles, s’engage une politique de mobilisation de la main-d’œuvre plus ouvertement sélective en lien avec la récession anticipée voire planifiée de ces activités productives au cœur même de ladite période des « Trente glorieuses ».
9L’héritage industriel apparaît dès lors jouer un rôle particulièrement déterminant dans les trajectoires de ces territoires qu’il s’agisse de la structuration de leur système productif, des pollutions générées par les activités manufacturières3 ou du tissu urbain dont la production a bien souvent été directement articulée aux localisations d’usines4. En ce sens, l’analyse de la genèse de la promotion immobilière permet de souligner les nombreuses filiations non seulement familiales mais également socio-professionnelles et capitalistiques qui relient ce secteur d’activité à l’industrie manufacturière notamment textile. Dès lors, si l’autonomisation progressive d’un second circuit du capitalisme, précocement identifiée par H. Lefebvre (1970, p. 211-212), se donne également à voir dans l’agglomération de Lille-Roubaix-Tourcoing à partir de la décennie 1960, cette évolution ne peut être pleinement appréhendée sans la mise au jour de ses interdépendances avec le premier circuit et en l’occurrence avec les activités textiles qui localement sont progressivement reconverties (Barbier et al., 2022). En parallèle de l’immobilier, ces stratégies patronales se retrouvent dès l’entre-deux-guerres autour du développement de la vente par correspondance et des compagnies d’assurance et se poursuit ensuite à partir des années 1960 au travers de l’essor de la grande distribution5.
Au-delà du prisme métropolitain, l’interdépendance des territoires infrarégionaux
10La focale géographique adoptée au fil de la discussion des travaux rassemblés au sein des ARN permet de remettre en question une troisième rupture : celle qui est fréquemment établie entre métropoles et périphéries. Vulgarisée et caricaturée pour le cas français par l’essayiste Christophe Guilluy (2014), cette représentation binaire opposant territoires gagnants et perdants de la mondialisation traverse de nombreux travaux en économie géographique (Combes et al., 2000 ; Davezies, 2008 ; Davezies et Pech, 2014 ; Markusen, 2000) et au-delà en études urbaines et régionales (Bourdeau-Lepage et Huriot, 2005). C’est notamment ce que l’on retrouve dans bien des théories consacrées à la ville néolibérale, et dans la synthèse que G. Pinson leur consacre en reprenant à son compte cette opposition lorsqu’il se réfère à Manuel Castells (1993) et avance que les métropoles sont les espaces privilégiés de la création de valeur à l’ère de « l’économie informationnelle » (Pinson, 2020, p. 40-42).
11En premier lieu, l’ensemble des recherches ici rassemblées et plus particulièrement celle de Y. Miot soulignent l’absence, dans les territoires du Nord, de métropole correspondant à l’archétype diffusé dans la littérature discutant la question de l’attractivité des territoires et de la concentration des fonctions économiques et administratives. En effet, l’incapacité des pouvoirs locaux à attirer les entreprises comme les travailleurs diplômés mise en lumière par les travaux consacrés aux modalités de ces décisions d’implantation (Delisle et Lainé, 1998 ; Grossetti et al., 2018 ; Martin-Brelot et al., 2010 ; Scott, 2010 ; Zalio, 2004) se donne également à voir dans l’agglomération lilloise (Barbier, 2019). Au-delà, c’est la mise en doute du rôle moteur que joueraient les grandes agglomérations pour le développement régional (Bouba-Olga et Grossetti, 2015)6 qui est prolongée par une partie des recherches consacrées aux transformations de l’économie nordiste. L’analyse de Y. Miot souligne ainsi que le développement des agglomérations de Lille et Dunkerque est bien plus directement tributaire de leurs trajectoires de (dés)industrialisation que des politiques de métropolisation qui ont pu y être menées. En considérant l’évolution de la population résidente et du nombre d’emplois de ces deux villes comme les circulations qui les lient, le géographe relativise l’ampleur des concurrences interurbaines existantes et souligne que ces dernières restent ancrées à une échelle régionale et finalement limitées aux mobilités d’une partie de la population étudiante.
12En ce sens, Y. Miot reprend et poursuit le constat établi par Jessie Lerousseau (2020 ; 2021) sur l’accroissement des interdépendances infrarégionales. Loin des représentations d’un espace régional organisé autour de la centralité lilloise, on recense au contraire l’existence de nombreuses polarités fortement interconnectées qui rendent d’autant plus pertinente l’adoption d’un cadre d’analyse attentif aux espaces vécus et aux articulations entre bassins d’emplois et d’habitat par-delà les découpages administratifs. Ainsi, la mise en perspective des différentes recherches rassemblées au sein des ARN fait non seulement voler en éclats une série de postulats et de conclusions hâtives, car bien souvent peu étayées empiriquement, mais elle permet également de dépasser la focale métropolitaine et « angloethnocentrée7 » bien souvent adoptée sans recul réflexif. De Lille, Roubaix ou Tourcoing à Dunkerque et Calais en passant par le bassin minier, le Ternois ou l’espace frontalier franco-belge, nombreux sont les terrains enquêtés qui permettent ce décentrement et qui invitent à explorer encore davantage les espaces moins urbanisés où se jouent et se répercutent les transformations du capitalisme et leur gouvernement.
13Les contributions rassemblées au sein de cette première partie permettent enfin d’éclairer la grande déconnexion qui existe entre l’essentiel des politiques de développement local et la matérialité des transformations du capitalisme régional. C’est notamment ce qu’illustre Benjamin Cordrie à propos des multiples partenariats public-privé mis en scène au nom de la Troisième Révolution Industrielle (TRI). À l’instar de ce que C. Barbier (2019) a pu souligner à propos des efforts et discours ambigus déployés par les professionnels de la promotion de l’attractivité dans l’incapacité d’effectivement infléchir les choix d’implantation d’entreprises et d’investissements sur le marché de l’immobilier, B. Cordrie met en lumière l’autonomisation d’un groupe de professionnels du partenariat mobilisés autour de ce mythe d’action publique (Desage et Godard, 2005). Dès lors, les politiques de développement local paraissent dotées d’une charge symbolique d’autant plus forte et associées à un ensemble de discours d’autant plus flous et ambivalents qu’elles n’ont pas de prise sur la régulation des processus d’accumulation du capital.
Quand la « race » façonne les territoires du Nord
14Saisir le gouvernement des territoires sous l’angle de la racialisation ne va pas de soi et n’est pas chose aisée. En effet, dans ce domaine, on se confronte à un obstacle de taille : le déni vis-à-vis de ces questions dans un pays où le paradigme dominant est largement colorblind8 (Beaman et Petts, 2020), et où les possibilités d’objectivation, notamment statistiques, restent limitées. De ce fait, les études portant sur la race restent rares et ce d’autant plus lorsqu’elles intègrent à leur réflexion une attention à l’espace9. Elles sont généralement limitées à des monographies urbaines (Nasiali, 2016) et se sont rarement aventurées à des investigations à des échelles plus larges.
15Pour autant, de plus en plus de travaux ont mis en lumière la dimension structurante de ce rapport social, entendu comme l’essentialisation et la hiérarchisation de populations en fonction de traits ou de marqueurs supposés communs que ceux-ci soient liés à l’origine (avérée ou supposée), la religion ou la culture. Pour les territoires du Nord, les recherches permettant de souligner l’articulation de la question raciale avec les restructurations économiques (Perdoncin, 2018b), les politiques de peuplement (Vulbeau, 2021 ; Miot, 2012a), ou les mobilisations citoyennes (Talpin, 2020) se sont multipliées. Ces études ont toutefois été menées de manière éparse et n’ont que peu alimenté les travaux de synthèse (Collectif Degeyter, 2017).
16Afin de saisir la manière dont la race façonne les territoires du Nord, nous abordons ici trois points : la place spécifique réservée aux travailleurs nord-africains dans le processus de production industrielle (2.1.), les phénomènes de polarisation spatialeet de ségrégation (2.2.) et enfin l’impact des frontières sur la construction des hiérarchies raciales (2.3.).
Race et encadrement capitalistique, quand le recrutement de populations d’Afrique du Nord autorise et accompagne le déclin industriel
17L’histoire de l’immigration dans le Nord est généralement présentée comme une succession de vagues d’arrivées d’intensité à peu près équivalente, ayant permis de répondre aux besoins de main-d’œuvre extrêmement importants sur des territoires marqués par la prédominance de l’industrie. À l’immigration européenne (d’abord belge, puis polonaise, italienne et enfin portugaise), aurait succédé une immigration en provenance d’Afrique du Nord, essentiellement algérienne et marocaine. Cette dernière vague coïnciderait, peu ou prou, avec la crise économique et la désindustrialisation des années 1970. Elle serait alors, en raison d’une concordance des temps défavorable, plus sujette à l’exclusion et au racisme. L’historienne Judith Rainhorn écrit ainsi que « dans un contexte de crise profonde et de déclin économique et symbolique du groupe ouvrier, la montée du racisme et de la xénophobie au sein de la population affecte particulièrement les derniers venus, notamment ceux qui viennent du Maghreb » (Rainhorn, 2007, p. 22). Cette histoire tend à oblitérer les spécificités de l’encadrement et de l’exploitation des populations extra-européennes, principalement issues d’Afrique du Nord. Trois points permettent de discuter de la pertinence de ce récit.
18Concernant la chronologie des migrations, il est à noter que les populations algériennes sont présentes dans le Nord depuis le début du XXe siècle (Genty, 1999), travaillant dès cette période dans les mines ou les usines métallurgiques. En outre, les vagues migratoires portugaises et algériennes qui s’accentuent dans les années 1960 sont largement concomitantes et relativement proches à la fois en termes d’importance et d’origine sociale (modeste) et géographique (rurale).
19Ensuite, la linéarité dans la description des migrations fait l’impasse sur l’encadrement institutionnel différencié de ces populations et notamment l’importance de la dimension coloniale et post-coloniale. En effet, la population algérienne est l’objet d’un encadrement spécifique jusqu’en 1962 par une administration préfectorale spécialisée dans les « affaires musulmanes » et cela en dépit du fait que ses membres disposent du statut de citoyens français depuis 1947 et d’une relative liberté de circulation en métropole (de Barros, 2006). Comme le montre le chapitre de Janoé Vulbeau, ce traitement discriminatoire se poursuit également au-delà de la colonisation algérienne, de manière plus ou moins formelle, il imprègne fortement les perceptions de cette population et contribue à sa stigmatisation.
20Enfin, ce récit ne prend pas en compte le fait que cette main-d’œuvre a été parfois mobilisée spécifiquement pour permettre le déclin de l’industrie dans ces territoires. C’est particulièrement vrai dans le bassin minier où les Marocains ont été recrutés en grande majorité via des contrats courts (18 mois), permettant d’éviter de leur accorder le statut de mineur, alors réservé aux populations françaises et européennes, et ainsi de planifier la décrue progressive des effectifs (Perdoncin, 2018b). Cette différence de traitement est d’ailleurs à l’origine de mobilisations de la part de ces ouvriers qui débutent dès les années 1980 et se poursuivent jusqu’aux années 2000 (El Baz, 2009). Le déclin de l’industrie textile, notamment à Roubaix-Tourcoing, ne relève pas du même processus de planification directement mis en œuvre par une entreprise d’État. Dès le milieu des années 1950, le secteur connaît néanmoins des transformations d’ampleur dans lesquelles le rôle des populations nord-africaines se révèle là encore déterminant. On assiste à un phénomène conjoint de concentration des entreprises et de progrès technologique. Ce sont des usines de taille plus importante qui nécessitent une main-d’œuvre essentiellement composée d’ouvriers spécialisés, soit les travailleurs les plus déqualifiés. Leur recrutement s’opère alors principalement parmi la population algérienne et permet ainsi la mutation de cette industrie (Duriez et Cornuel, 1982). Sur ce point, on manque encore néanmoins de travaux socio-historiques concernant l’organisation du travail dans les usines textiles qui, dans la lignée de ceux réalisés par Laure Pitti (2004) dans les usines Renault en Île-de-France, permettraient d’avancer dans la connaissance du croisement entre hiérarchies socio-professionnelles et inégalités raciales au sein de ces espaces de travail.
Race et espace, des dynamiques discriminatoires qui accentuent la ségrégation
21Les territoires du Nord ont été fortement modelés par l’évolution du capitalisme, dessinant des espaces au gré des conjonctures industrielles : depuis le bassin minier du Pas-de-Calais, jusqu’aux usines textiles du Nord de l’agglomération lilloise et enfin au complexe industrialo-portuaire dunkerquois. Cette histoire se donne à voir dans la géographie du peuplement de ces espaces, notamment à l’échelle des communes où les populations pauvres et aisées sont très ségréguées (Miot, 2012a, p. 12). En lien avec l’histoire industrielle, certaines communes se distinguent par une forte présence des classes populaires immigrées comme Roubaix, Armentières, Maubeuge, Denain ou encore Sallaumines (ibid., p. 13), dessinant des ségrégations à l’échelle infrarégionale. Ainsi, Lille fait partie des 10 % des aires urbaines de France où la population immigrée est la plus concentrée (ibid., p. 9). Si les phénomènes de ségrégation peuvent avoir des origines multiples et croisées, en lien avec cette histoire industrielle, on observe également un certain nombre de logiques discriminatoires, notamment dans l’accès au logement public et privé, qui permettent de mettre au jour, en dépit de l’absence de statistiques adéquates, un espace structuré par des dynamiques raciales.
22Tout d’abord, le Nord est marqué par des logiques résidentielles qui se caractérisent par un entre-soi de populations françaises blanches au sein de communes aisées et souvent périurbaines. Dès le milieu des années 1960, se développent des îlots résidentiels à destination des cadres au sein de communes qui comptent aujourd’hui parmi les plus riches de l’agglomération lilloise (Barbier et al., 2022). Il s’en suit à partir des années 1970 une fuite des populations françaises des centres urbains industriels vers les espaces périurbains. Si les raisons de ces départs sont multiples et mettent souvent en avant le cadre de vie, il s’agit également de tenir à distance la ville industrielle ou post-industrielle marquée par la pauvreté et la présence de populations racisées. Garance Clément montre ainsi que pour nombre de ses enquêtés partis s’installer de l’autre côté de la frontière franco-belge tout en continuant de travailler en France, la ville de Roubaix fait parfois office de repoussoir, en raison de la présence jugée trop importante d’une population maghrébine ou musulmane. F. Desage (2016) a étudié pour sa part comment certaines communes périurbaines cossues, en dépit des dispositifs liés à la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) qui contraignent ces villes à construire du logement social, tentent d’en maîtriser le peuplement en exerçant un contrôle accru sur les constructions et attributions de logements sociaux. Grâce au principe de la « préférence communale » et à la relative liberté laissée à l’administration municipale dans ce domaine, les populations issues de quartiers stigmatisés en sont écartées au bénéfice de populations blanches, déjà présentes dans la ville, renforçant ainsi de fait la ségrégation.
23Si certains territoires connaissent une présence importante de populations racisées, il est toutefois difficile de parler de « ghetto » car ceux-ci sont loin d’être composés d’une population homogène (Wacquant, 2007). Au-delà de l’histoire industrielle et migratoire la répartition socio-spatiale des populations est également le fruit de politiques de peuplement. Dès les années 1960-1970, certaines opérations de rénovation urbaine ont ciblé des espaces où les populations algériennes étaient présentes en nombre comme ce fut le cas par exemple des quartiers Saint-Sauveur à Lille et Edouard-Anseele à Roubaix. Elles ont eu alors principalement pour effet de repousser ces populations dans des quartiers plus périphériques (Vulbeau, 2018b). À partir du milieu des années 1970, la présence de ces populations se fait croissante au sein des HLM. Comme le montre Janoé Vulbeau dans sa contribution, leur accès à ces logements publics est toutefois encadré par des restrictions visant à ne pas dépasser certains « seuils de tolérance ». La conséquence en a été de rediriger plus spécifiquement ces populations vers les logements sociaux les plus dégradés, contribuant alors à associer et à concentrer durablement ces populations dans des espaces stigmatisés. C’est le cas par exemple du Faubourg de Béthune, au sud de Lille, où les immigrés représentaient au début des années 2010, 36 % de la population – contre 12 % en moyenne au sein de l’agglomération lilloise – (ADULM, 2016), ou dans certains espaces de l’agglomération dunkerquoise comme Grande-Synthe où là encore le taux d’immigré atteint 30 % à l’échelle des IRIS où le logement social est prédominant (Courcoux, 2021). Ces discriminations sont renforcées par celles qui s’observent dans l’accès aux logements privés. En 2018, un testing est mené au sein des 21 plus grandes aires urbaines des Hauts-de-France, comparant deux candidatures fictives, l’une avec un patronyme « maghrébin » et l’autre avec un patronyme « français », dans leur réponse à des offres de logement (Collectif KiKif, 2018). Un écart de 15 % a été constaté en termes de taux de réponse en défaveur du candidat avec un patronyme à consonance maghrébine, les aires urbaines où les discriminations recensées sont les plus fortes étant Béthune, Amiens, Douai-Lens, Lille et Saint-Quentin. Il existe ainsi des dynamiques discriminatoires qui, sans pour autant constituer une ségrégation raciale stricte, influent sur la répartition des populations et la structuration de l’espace dans les territoires du Nord.
Quand les frontières redessinent et renforcent les hiérarchies raciales
24Faire l’étude des territoires du Nord, c’est également analyser un espace travaillé par les circulations migratoires et les institutions en charge de les encadrer. Cette analyse nécessite de s’intéresser à la recomposition des frontières, que celles-ci soient extérieures ou intérieures au territoire national, aux dispositifs qui viennent les matérialiser et enfin à la manière dont elles impactent les populations, notamment en renforçant les hiérarchies raciales.
25Du fait de son histoire industrielle et de sa situation géographique transfrontalière, le Nord est historiquement un espace de circulations migratoires non seulement entre États européens mais également entre la France métropolitaine et ses (anciennes) colonies. La frontière franco-belge qui s’étend sur plus de 600 kilomètres se caractérise par une grande porosité (Lentacker, 1974). Au XIXe et jusque dans la première moitié du XXe siècle, les populations ouvrières belges profitent de cette proximité géographique pour venir travailler dans les usines textiles ou dans les mines françaises. Une véritable différence de traitement se donne néanmoins à voir entre ceux qui s’installent durablement en France et sont peu à peu intégrés à la communauté nationale et ceux qui par leurs migrations pendulaires, quotidiennes ou hebdomadaires, sont accusés de faire baisser le coût du travail, de casser les grèves et les solidarités syndicales et de ne pas consommer en France. Les manifestations de racisme et de xénophobie sont alors nombreuses à leur égard, à l’image des émeutes de 1892 où plus d’un millier de Belges sont chassés des mines par des ouvriers français (Cabot, 2017). À l’inverse, d’autres immigrés ont pu trouver dans cet espace frontalier des ressources mises à profit de leurs mobilisations politiques, de leur carrière ou de leur trajectoire résidentielle. Ce fut par exemple le cas lors de la guerre d’Algérie (1954-1962) où les mouvements indépendantistes (Mouvement national algérien, MNA et Front de libération nationale, FLN) ont pu se créer des bases arrière afin d’échapper à la surveillance des autorités françaises (Coppin, 2020).
26Depuis la signature des accords de Schengen en 1985 et leur entrée en vigueur au milieu des années 1990, la porosité entre ces deux espaces est censée s’être accentuée avec l’abandon des contrôles au sein de ce qui est désormais considéré comme une frontière intérieure d’une communauté supranationale européenne. Néanmoins, loin d’effacer les limites entre espaces nationaux, celles-ci ont été redéfinies, complexifiant les rapports entre État, communauté imaginée et race (Balibar et Wallerstein, 2007). Paul Silverstein rappelle dans sa conclusion de partie au sein de cet ouvrage que la montée d’une xénophobie et d’un racisme de part et d’autre de cette frontière et son instrumentalisation politique, alimentent des réactions de rejet envers certaines populations. Ces mouvements ont pu également nourrir des réflexes nationalistes qui sont venus briser l’image d’une communauté européenne cosmopolite, adepte de la libre circulation. C’est le cas notamment en 2016 lorsque les autorités belges rétablissent temporairement les contrôles à la frontière, à la suite du démantèlement de la « Jungle » de Calais, craignant un afflux de personnes exilées. De même, lorsque la police française renvoie à la frontière belge les populations roms prétextant dans leur cas que le droit de séjour des citoyens roumains ou bulgares est conditionné à l’obtention d’un contrat de travail10. L’espace frontalier constitue en ce sens un point d’observation privilégié des mesures et stratégies visant à mettre à distance les populations jugées illégitimes à se maintenir sur le territoire national. De ce point de vue, le chapitre de Garance Clément montre que si le passage de la frontière peut comporter un certain nombre d’avantages aux yeux de celles et ceux qui la traversent, notamment s’éloigner d’espaces populaires et immigrés en France pour (re)trouver un quartier marqué par la présence de classes moyennes blanches en Belgique, ce passage n’est jamais anodin. Il induit des (dés)ajustements, et parfois un certain inconfort en raison de normes différentes selon les espaces nationaux. Le fait que cela puisse être interprété par les Français comme du racisme à leur égard montre à la fois les difficultés qu’ils rencontrent à le saisir comme un rapport social et les faiblesses de cette « communauté imaginée » européenne.
27Les accords de Schengen n’ont pas uniquement redéfini les frontières nationales, ils ont également contribué à rigidifier celles qui délimitent cet espace de libre circulation. C’est le cas avec l’Angleterre, qui fait alors du Nord, et en particulier de l’agglomération calaisienne, où se trouve le tunnel sous la Manche, un espace tampon pour des migrants qui souhaitent s’y installer et tentent de traverser une frontière où les contrôles se sont accrus au fil du temps. Les travaux de Camille Guenebeaud (2017) ont mis au jour le processus de racialisation qui accompagne la formation de cet espace frontalier où l’objectif pour les autorités est le ciblage et l’expulsion de la population exilée. Dès lors, tout corps racisé se voit associé à la migration transnationale et fait l’objet d’un contrôle spécifique, réaffirmant ainsi un lien entre blanchité et frontière de la nation française (Mazouz, 2021). Le géographe expose les tactiques (de Certeau, 1990) que les migrants mettent en œuvre afin de passer pour « Français » et ainsi déjouer les contrôles et le profilage policier qu’ils induisent. Se mêlent alors des considérations de classe et de race où, de la tenue à l’hexis corporelle jusqu’au comportement et à l’identification de la couleur de peau, les migrants tentent de se rapprocher d’un modèle de classe moyenne européenne. Selon l’origine sociale et migratoire, les chances de réussite de telles pratiques de passing (Bosa et al., 2019) sont toutefois limitées et inégales.
Question sociale, question locale : nouvelles facettes et vieilles recettes du gouvernement des pauvretés dans le Nord
28Les territoires anciennement industrialisés du Nord de la France sont l’objet de nombreux discours stigmatisant la pauvreté de leurs habitants, rendus responsables de leurs difficultés sociales et économiques. Au-delà des raccourcis et des exagérations qui le nourrissent, cet imaginaire moralisateur omet d’envisager ces problèmes comme les indices les plus visibles d’inégalités socio-économiques qui n’ont cessé de s’accroître depuis les années 1970 (Degeyter, 2017). L’approche défendue ici se veut résolument relationnelle, rapportant les situations de pauvreté aux configurations historiques, économiques, politiques et sociales dans lesquelles elles s’inscrivent, ainsi qu’aux rapports sociaux qui contribuent à les produire et à les entretenir. Dans cette perspective, trois points sont soulignés, relatifs aux relations entre classes populaires et institutions politiques (3.1.), au rôle des acteurs associatifs (3.2.), et enfin aux marges d’autonomie voire de résistance que les populations dominées parviennent ou non à faire valoir (3.3.).
Mouvement ouvrier, essor et déclin du socialisme municipal
29L’analyse des formes locales du gouvernement de la pauvreté peut avant tout être rapportée aux spécificités de l’histoire sociale et politique des territoires du Nord. Précocement et intensément industrialisés, ces derniers ont été, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, des espaces de concentration des classes laborieuses propices à l’essor du mouvement ouvrier, qui y a lui-même pris deux formes principales : celle du mouvement coopératif d’une part, et celle du socialisme d’autre part. Dans le Nord de la France, ces deux organisations présentent la particularité d’être étroitement liées (Furlough, 1991). Si les coopératives ont pour visées premières l’amélioration des conditions de vie des ouvriers, elles sont aussi des relais essentiels au développement des partis socialistes, et plus spécifiquement du Parti ouvrier français (POF) de Jules Guesde, dominant dans la région (Willard, 1965 ; Ducange, 2017). Prenant appui sur les sociabilités ouvrières, les coopératives socialistes visent la politisation de leurs sociétaires à travers celle de leurs pratiques de consommation, elles recrutent des membres pour le POF et en assurent la propagande tout en représentant une source de financement pérenne pour la lutte électorale (Cossart et Talpin, 2012).
30Gestion ouvrière émancipatrice et encadrement partisan s’imbriquent alors, dans une certaine mesure. Pourtant, le second prend vite le pas sur la première (Collectif Samson, 2019). Dans les villes du Nord, l’essor du socialisme municipal a précipité le déclin des coopératives en développant une offre de services sociaux et culturels que ces dernières étaient seules à proposer jusqu’alors (cantines, colonies de vacances, services de soins et d’hygiène, logements, fanfares, activités sportives), au service d’un électorat ouvrier ainsi fidélisé (Lefebvre, 2004 ; Collectif Samson, 2020). Mais alors que les élites du parti se notabilisent, elles se détournent peu à peu de la classe ouvrière. Amorcé dès les décennies 1930-1940, ce processus s’accentue dans la seconde moitié du siècle sous l’effet conjugué des dynamiques de professionnalisation et d’autonomisation du champ politique (Lefebvre et Sawicki, 2006), et des évolutions sociologiques de territoires qui ont connu une conversion économique à marche forcée.
31Faut-il conclure à la disparition du socialisme municipal, et avec lui, à l’obsolescence de politiques mêlant indissociablement protection sociale, clientélisme et encadrement des classes populaires ? En étudiant la tentative de mise en œuvre d’un revenu universel à l’échelle de la municipalité de Grande-Synthe, Clément Cayol montre les prolongements et les réactualisations possibles des expériences de socialisme municipal. Il met en miroir les rapports ambivalents de René et Damien Carême (père et fils successivement maires de la commune) au parti socialiste et la volonté du second de faire de la ville un « laboratoire » à partir de la mise en œuvre d’une politique sociale municipale ambitieuse. Cette aspiration se heurte à des obstacles juridiques et administratifs ainsi qu’à des résistances professionnelles qui cantonnent considérablement la portée de l’expérimentation. La politisation de l’action municipale s’en trouve réduite à une opération de communication, C. Cayol suggérant que l’initiative a finalement davantage bénéficié à la carrière politique de Damien Carême qu’à celles et ceux à qui elle s’adresse. Malgré la volonté de l’édile de faire de Grande-Synthe le symbole d’une action sociale municipale exemplaire, la mise en œuvre d’une telle mesure se heurte finalement au cadre institué des politiques sociales, désormais indissociables du workfare et de la suspicion systématique envers les pauvres (Dubois, 2021). À l’échelle de la région, longtemps caractérisée par la forte présence de populations ouvrières, les représentants socialistes se sont progressivement tournés vers les professions intellectuelles et les cadres. La sociologie électorale récente de Lille (Desage et Haute, 2017), mais aussi celle de Roubaix (Bretton-Wilk et al., 2021), pointent néanmoins l’incapacité du Parti socialiste, dans un contexte de réactivation du vote de classe, à toucher l’électorat populaire comme bourgeois.
Le travail associatif au service du gouvernement de la pauvreté
32Un deuxième élément saillant se rapportant aux permanences et aux reconfigurations du gouvernement de la pauvreté a trait au rôle du secteur associatif dans la région et aux personnes qui y travaillent, en tant que salariées ou bénévoles. Dans les Hauts-de-France, celui-ci représente à lui seul 11,2 % de l’emploi du secteur privé en 2021, taux le plus élevé en France métropolitaine – le taux national étant lui-même de 9,2 % – et le domaine social représente à lui-seul 57,5 % de l’emploi associatif régional, contre 50,4 % à l’échelle nationale11. Le dynamisme du tiers-secteur dans la région a plusieurs origines : celle de l’associationisme ouvrier et de l’éducation populaire, celle du christianisme social ou encore celle du paternalisme des classes dirigeantes. En dépit de formes et de logiques de développement distinctes, ces trois histoires se sont croisées et ont produit des formes originales qui, sans nécessairement être uniques en France, ont trouvé dans le Nord un terreau favorable à leur essor12. Sur la période récente néanmoins, les évolutions nationales des politiques sociales, le contrôle financier croissant exercé par les pouvoirs publics et la professionnalisation du travail social ont largement homogénéisé le cadre des initiatives associatives, lissant leurs spécificités identitaires (Hély, 2009 ; Cottin-Marx et al., 2017). Toujours en cours, ces évolutions invitent à s’intéresser à la promotion de l’entrepreneuriat social, de la responsabilité sociale des entreprises, et à la réactualisation de la philanthropie.
33Le cas de l’Association baptiste pour l’entraide et la jeunesse (Abej) étudié par Vianney Schlegel dans sa contribution consacrée aux modalités de diffusion et de contrôle des usages d’héroïne parmi la population sans-abri est un exemple significatif. L’une des principales associations de lutte contre l’exclusion dans le Nord, l’Abej est issue d’une communauté de vie baptiste dont les membres sont confrontés à la pauvreté alors qu’ils sillonnent les rues lilloises dans une démarche d’évangélisation au milieu des années 1980. La hausse du nombre de personnes sans-domicile, particulièrement marquée dans le Nord du fait de la désindustrialisation, les amène rapidement à pérenniser et à diversifier leurs initiatives. Or sur la question des drogues, plutôt que d’adopter une lecture moralisatrice intransigeante que pourrait a priori induire son identité religieuse, l’Abej prend acte du contexte local de diffusion et de disponibilité de l’héroïne et se conforme précocement aux orientations de l’action publique en la matière, en faisant primer la réduction des risques sur la répression des usages.
34En deçà d’une lecture en termes uniquement institutionnels, la sociologie des professionnels du secteur associatif apparaît déterminante pour comprendre les réponses apportées localement à la question sociale, notamment à l’aune des rapports de classes tels qu’ils se sont dessinés au cours des dernières décennies dans le Nord (Lojkine, 1980). Avec le tournant tertiaire et métropolitain, les couches moyennes salariées sont devenues les destinataires privilégiées de l’action publique locale – et partant, des revirements stratégiques du socialisme municipal. La culture en est un exemple archétypique : la quête du label de capitale européenne de la culture et la création de « Lille 2004 » analysées par Damien Dusseaux (2020), loin de viser à l’accessibilité de la culture dans des territoires historiquement populaires, ont été mises au service de l’attraction de cette petite bourgeoisie intellectuelle. L’implantation d’institutions culturelles dans les quartiers de Wazemmes, Moulins, Fives ou Faubourg de Béthune signe la volonté de transformation urbanistique et sociologique de ces quartiers. D’autres secteurs tels que le logement ou, moins classiquement, l’alimentation, soulèvent des enjeux similaires comme le montrent les analyses d’Alexandre Fauquette à propos du projet « Tast’in Fives » qui vise la réhabilitation de la friche industrielle des anciennes usines Cail-Babcock en espace de consommation alimentaire éclectique, ou la thèse en cours de Clotilde Grassart consacrée au supermarché coopératif Super Quinquin – également situé dans le quartier populaire de Fives. Ces travaux rappellent qu’au-delà de leurs enjeux sectoriels ou strictement économiques, les initiatives des acteurs publics et privés correspondent à des stratégies de (re)peuplement des anciens quartiers ouvriers (Cary et Delfini, 2019). Le processus de gentrification qui en résulte s’est traduit par l’installation de jeunes adultes qualifiés, parfois précaires (Degeyter, 2017), qui sont une main-d’œuvre privilégiée pour le secteur social et sont amenés à jouer le rôle de facilitateurs ou, à l’inverse, de gate-keepers dans la mise en œuvre de l’action publique.
35Comme le montrent les cas de la politique lilloise des drogues, de la mise en œuvre du minimum social garanti à Grande-Synthe, ou de l’accès au logement autonome de jeunes roubaisiennes et roubaisiens étudié par Anne-Sophie Flouret, ces professionnels sont pris dans des injonctions contradictoires portées par des acteurs eux-mêmes engagés dans des luttes institutionnelles et politiques, face auxquelles les marges de manœuvre sont restreintes. Ce faisant, ces professionnels oscillent entre une tendance conformiste qui épouse les exigences des pouvoirs publics, et des velléités de contestation, d’opposition ou de résistance face à la perte de sens et à l’épuisement induits par leurs conditions de travail (Gaspar, 2012). Le plus souvent, des travaux récents considèrent que les évolutions combinées de la sociologie des territoires du Nord, de l’action publique et du secteur associatif, participent de la stabilisation de ce qu’Alain Bihr (1989) a identifié comme une « classe de l’encadrement capitaliste » qui joue un rôle central dans le gouvernement de la pauvreté. Dans son étude des relations partenariales entre associations de quartiers populaires lillois et pouvoirs publics, Thomas Chevallier (2020) souligne que celles-ci recrutent leurs salariés dans les petites classes moyennes ou les fractions en ascension des classes populaires. Tirant des rétributions individuelles des logiques de coopération encouragées par les pouvoirs publics, ces professionnels adhèrent aisément à leurs visées et participent activement au gouvernement des conduites politiques, garantissant le respect des modalités de participation instituées.
Les conditions et les limites des résistances au gouvernement de la pauvreté
36L’évocation de ces logiques d’encadrement amène enfin à étudier les espaces de résistance et d’autonomie des populations précarisées, que ce soit dans le travail, le logement, ou la vie quotidienne. Les analyses du Collectif Rosa Bonheur (2019) relatives à la vie quotidienne à Roubaix sont à cet égard particulièrement instructives, puisqu’elles mettent en lumière les capacités d’habitantes et d’habitants sans cesse renvoyés à leurs incompétences, redoublées par un contexte de chômage particulièrement élevé. Que ce soit à travers la mécanique « à ciel ouvert » ou dans les efforts quotidiennement mis en œuvre par les femmes roubaisiennes afin d’assurer les besoins et la protection de leurs familles, celles et ceux considérés par la statistique publique comme « inactifs » sont en réalité engagés dans un intense travail de subsistance. L’éclairage qu’apportent les auteurs et autrices sur cette organisation à la fois informelle – vis-à-vis des normes salariales et légales – mais bien tangible – puisqu’elle participe de la vie, voire de la survie quotidienne des habitants – contribue finalement à renverser le stigmate associé à Roubaix, ville périphérique voire marginale par excellence. La production de ressources matérielles et symboliques socialement ancrées en fait un espace central pour celles et ceux qui l’occupent et qui permet, tant bien que mal, de résister aux formes les plus directes de domination sociale. En retour, cet espace ne peut être lui-même idéalisé (Grignon et Passeron, 1989), puisqu’il est également traversé par des processus de racialisation et d’exploitation capitaliste et patriarcale.
37La contribution d’Anne-Sophie Flouret relative aux modalités d’accès au logement autonome de jeunes femmes et jeunes hommes à Roubaix prolonge ces analyses. Partant du constat bien étayé selon lequel la reconnaissance en tant qu’adulte dépend d’un ensemble d’épreuves relatives à l’indépendance financière, A.-S. Flouret montre qu’à Roubaix, en raison des difficultés d’accès à l’emploi et plus spécifiquement dans le cas qu’elle étudie, au logement, le temps de la « jeunesse » dure plus longtemps qu’ailleurs. Plutôt qu’une période de suspension des obligations sociales, cette jeunesse prolongée tend à redoubler les contraintes auxquelles sont soumis ses enquêtéꞏes, amenéꞏes à limiter leurs aspirations en raison de l’impérieuse nécessité d’obtenir des revenus, et à renforcer leurs engagements dans les solidarités familiales – a fortiori pour les femmes. Plutôt qu’une cohabitation prolongée, les situations observées s’apparentent finalement à de l’« hébergement chez un tiers » – catégorie statistique floue, comme le montre l’analyse d’Anne-Sophie Flouret – qui ne s’opère pas automatiquement à titre gracieux. Pourtant, tout en montrant le poids des obstacles familiaux, sociaux et économiques qui restreignent leur accès à l’indépendance, l’autrice esquisse aussi en filigrane les inégales marges de manœuvre dont disposent ses enquêtés. Si le contexte roubaisien explique en partie les difficultés des jeunes adultes à accéder à un logement autonome, il confère dans le même temps à ces populations un ensemble de ressources matérielles, sociales et symboliques.
38Finalement, si l’on prolonge les éléments développés précédemment relatifs au positionnement des couches moyennes salariées dans les rapports sociaux de classe, on peut considérer leurs membres comme de potentiels alliés de catégories populaires désormais largement dépossédées politiquement, socialement et économiquement. Sur le plan empirique, différents travaux ont mis en lumière l’existence d’alliances souvent ponctuelles, plus rarement durables, dans le cadre de mobilisations liées à l’aménagement de l’espace urbain à Roubaix (Cossart et Talpin, 2015), ou dans le quartier de Lille-Fives (Delfini et Snoriguzzi, 2019), aux droits sociaux ou à la situation des étrangers dans l’ensemble de l’agglomération lilloise (Duriez, 2004 ; Pette et Eloire, 2016). De fait, ces alliances s’opèrent le plus souvent dans un cadre où la petite bourgeoisie intellectuelle, en militant, définit les règles des interactions, défend ses intérêts couramment présentés comme universels, et impose une vision du monde qui, toute critique qu’elle soit, s’affranchit souvent des représentations et des visées des classes populaires. De ce point de vue, cette hypothèse tend finalement à rejoindre celle d’Alain Bihr, l’alliance de classes s’apparentant au mieux à un prétexte, au pire un paravent pour l’encadrement. Plus généralement, les analyses de ces alliances montrent à la fois l’importance du capital culturel et militant pour des luttes qui s’expriment dans différentes arènes institutionnelles (Lojkine, 1980), mais aussi les risques de dépossession politique des premières personnes concernées.
Entre tropisme urbain et thématiques absentes : retour réflexif sur les limites et perspectives de prolongement de cet ouvrage
39Toute démarche de recherche, individuelle ou collective adopte un point de vue nécessairement situé. Elle implique une série d’arbitrages et comporte à ce titre un certain nombre de limites et de points aveugles. Sans pour autant invalider la portée scientifique des enquêtes menées, il parait pertinent de mentionner certaines questions restées dans l’ombre et qui représentent autant de pistes pour de nouvelles recherches. Cet exercice de réflexivité conduit à identifier deux types de limites analytiques : d’abord du point de vue de la géographie des territoires étudiés, puis en ce qui concerne la sous-représentation de certaines thématiques qui permettent de saisir les transformations sociales contemporaines. Elles représentent autant de pistes de prolongement des refléxions rassemblées dans cet ouvrage collectif.
40En premier lieu, les contributions à ce livre, de même que les présentations dans les Ateliers de Recherche sur le Nord sont, à de rares exceptions près, ancrées au sein d’espaces urbains, voire métropolitains. Ce tropisme témoigne de la trajectoire socio-professionnelle et résidentielle comme des centres d’intérêts des coordinateurs de cet ouvrage, formés au sein d’établissements du supérieur lillois et parisiens à la sociologie urbaine et à l’étude des inégalités socio-spatiales au sein de villes d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord. On peut aussi penser que la surreprésentation des études urbaines dans l’ouvrage – et plus largement, du cadre urbain dans de nombreuses recherches actuellement menées dans les laboratoires de sciences sociales des Hauts-de-France – est un indice de l’influence considérable des processus, phénomènes et rapports sociaux qui s’y rattachent, notamment du point de vue de la production et de la reproduction des inégalités socio-économiques. De manière générale et dans les Hauts-de-France en particulier, la prégnance des discours et des politiques favorables aux processus de métropolisation leur donne une place encore (trop) centrale au sein de la recherche, que celle-ci soit critique ou non vis-à-vis de ce processus. Dès lors, il apparaît crucial de considérer les dynamiques propres aux espaces ruraux (Laferté, 2018 ; Bruneau et al., 2018 ; Coquard, 2019) encore peu investigués dans la région13 comme les parallèles qu’il est possible d’établir avec des espaces plus densément peuplés.
41En second lieu, si nous nous sommes efforcés de traiter au sein des Ateliers d’une grande diversité de phénomènes sociaux ayant cours au sein des territoires du Nord, certains sujets n’ont été que peu, ou pas étudiés. L’entrée privilégiée dans l’ouvrage ciblant les principales institutions publiques et marchandes (re)productrices des rapports de domination, peu de contributions sont focalisées sur les espaces de résistance et d’autonomie propres aux classes populaires (Collectif Rosa Bonheur, 2019) qui subsistent dans le dos du pouvoir (Scott, 2008, 1992). De même, si les rapports de classe et de race y ont tenu une place importante, ceux de genre ont été en revanche moins abordés. Certaines présentations ont analysé le rôle spécifique des femmes dans la construction d’espaces populaires, notamment à Roubaix ainsi qu’au sein de la communauté rom, mais à l’exception notable de la contribution d’Anne-Sophie Flouret, les rapports de genre, entendus comme des processus d’assignation et de hiérarchisation entre deux groupes – masculin et féminin – construits comme clairement délimités, n’ont pas fait l’objet d’une attention spécifique. De même, si certaines enquêtes ont pu croiser ces différents rapports sociaux, la perspective intersectionnelle n’a pas été explicitement revendiquée. Sans doute, le fait que les ARN aient été imaginés et organisés principalement par des hommes cisgenre a maintenu et entretenu une perspective androcentrée qui se traduit dans le choix des thématiques de recherche exposées.
42Dans cette optique, les questions environnementales et les mobilisations écologistes ont été peu abordées durant les Ateliers de recherche à l’exception d’une séance consacrée aux contestations suscitées par les projets d’installations de parcs éoliens dans le Ternois (voir notamment Patinaux, 2021, 2023). Au regard du récent intérêt des sciences sociales francophones pour les entités non-humaines, il apparaît particulièrement stimulant de poursuivre un certain nombre de réflexion engagées dans le présent ouvrage en considérant la manière dont les pratiques anthropiques encadrent, exploitent et détruisent ces formes d’existence. Aux côtés de plusieurs recherches en cours, dont font partie la thèse de Maxime Poirion sur l’écologisation de l’action publique dans l’ancien bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais et celle de Victor Loth consacrée au gouvernement des acteurꞏriceꞏs (non-)humainꞏeꞏs à travers la mise en tourisme de la Baie-de-Somme, nombreux sont les chantiers de recherche à mener. Au sein des territoires du Nord comme ailleurs, l’enjeu est alors de penser les espaces à partir des relations d’interdépendances et des sociabilités qui s’y déploient en travaillant à décentrer la focale d’analyse depuis d’autres points de vue et vers d’autres objets.
Notes de bas de page
1C’est bien souvent l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher et Ronald Reagan qui est invoquée pour signifier le tournant néolibéral.
2On peut notamment renvoyer à la critique que Andrew J. Diamond et Thomas J. Sugrue (2020b, p. 3) adressent à David Harvey (2005) à propos de « la distinction puissante mais trop simplificatrice entre deux idéaux-types d’économie politique et de gouvernance » que ce dernier opère entre social-démocratie et néolibéralisme.
3Sur ce point, on pense notamment à la contribution de Leny Patinaux (2021) et à la manière dont il contribue à une « écologie-monde » (Moore, 2015) à partir des territoires du Nord.
4La géographie du peuplement y est ainsi encore fortement polarisée autant par les choix de localisation des acteurs du logement, eux-mêmes étroitement liés aux attentes du patronat industriel, que par les stratégies d’entre-soi de cette même bourgeoisie (Degeyter, 2017). C’est notamment ce qu’explore pour l’agglomération de Lille-Roubaix-Tourcoing la contribution de C. Barbier, A. Delfini et F. Desage à cet ouvrage, comme le livre fondateur de B. Duriez et D. Cornuel (1982) et ce que l’on retrouve dans le travail de Guy Baudelle (1994) pour le bassin minier.
5Pour le cas spécifique de la famille Mulliez d’abord enrichie au travers du développement de plusieurs activités textiles et progressivement engagée dans la création de nombreuses enseignes de distribution (Auchan, Décathlon, Saint-Maclou, Leroy-Merlin, Kiloutou, Cultura, Kiabi, Jules, Brice, Boulanger, Norauto…) voir le travail de Benoît Boussemart (2008).
6Les deux auteurs montrent notamment que le recours à l’indicateur du PIB par habitant est inadéquat pour juger d’un éventuel avantage métropolitain et ils contestent de ce fait l’existence d’effets d’agglomération, c’est-à-dire d’un surcroît de création de valeur que permettrait la concentration d’activités économiques.
7Cette critique de « l’angloethnocentrisme » adressée aux travaux sur la ville néolibérale par G. Pinson et Christelle Morel-Journel (2017, p. 19) désigne l’« inclination à considérer comme généraux des processus – la réduction de l’autonomie des collectivités locales, les politiques d’austérité fiscale, la réduction des dépenses sociales etc. – vraisemblablement spécifiques aux États-Unis et au Royaume-Uni. ». Elle n’est néanmoins pas reprise par G. Pinson (2020) dans la dernière synthèse qu’il en fait et elle passe sous silence le fait que même en Europe continentale l’essentiel des recherches consacrées aux transformations territoriales sont focalisées sur les grandes agglomérations.
8Nous entendons par là l’idée d’un aveuglement aux questions raciales. Si la race n’existe pas au sens biologique, elle constitue néanmoins un rapport social à l’origine du racisme (Mazouz, 2020).
9On consultera néanmoins avec profit le numéro de la revue Espaces et sociétés (Belmessous et al., 2023) intitulé « Racisme, racialisation et production de l’espace ».
10Laurie Moniez, « Entre la France et la Belgique, les Roms piégés en absurdistan », Le Monde, 08/01/2021.
11Ces chiffres sont tirés des analyses régionales réalisées par le réseau « Recherches et solidarités » en partenariat avec l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP).
12On peut penser à la Jeunesse ouvrière Chrétienne (JOC) créée à Lille en 1927, à la Ligue ouvrière chrétienne féminine créée à Tourcoing en 1935 et aux mouvements populaires des familles. Comme l’a montré Bruno Duriez, ces différents mouvements sont directement liés entre eux et s’influencent durablement, parfois au point de fusionner (Duriez, 1991). À cela s’ajoutent également les coopératives « jaunes » créées par le patronat afin de limiter l’autogestion ouvrière (Collectif Samson, 2019).
13On peut néanmoins d’ores et déjà mentionner entre autres les travaux de Guillaume Schmitt, Nicolas Rouget et Magalie Franchomme (2018), Leo Perrette (2024) et les recherches doctorales en cours de Anaïs Bertron et Camille Paquelin.
Auteurs
-
Clément Barbier
Maître de conférences en science politique à l’Université Polytechnique Hauts-de-France, chercheur au Larsh et au Ceraps (UMR 8026)
-
Vianney Schlegel
Maître de conférences en science politique à l’Université de Lille et chercheur au Ceraps (UMR 8026)
-
Janoé Vulbeau
Docteur en histoire membre du Ceraps (UMR 8026)
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2011
