Introduction à la 4e partie
p. 195-196
Texte intégral
1Cette quatrième et dernière partie explore l’hospitalité citadine prise dans un continuum de soins déjà évoqué dans la partie précédente. Ici, elle est associée à des lieux précis – des établissements de bains-douches et un quartier parisien – ainsi qu’à des moments : celui de l’époque actuelle touchée par des difficultés de maintien d’un service public participant de l’hospitalité fondamentale d’une ville, et dont la disparition suscite une certaine résistance – y compris de la part des auteurs et autrices – ou celui d’un moment à part : les quelques semaines de confinement au printemps 2020. L’hospitalité est interrogée dans les trois chapitres à partir de principes correspondant au maintien d’une vie saine (pouvoir se laver, prendre soin de soi, prendre l’air et marcher), à une sociabilité associée à des lieux et à des occasions et, enfin, à une liberté de mouvement et de rencontre, tout comme aux possibilités de pouvoir se retrouver (soi-même et avec autrui). Ces quatre aspects se retrouvent à des degrés divers dans les trois chapitres qui traitent la spatialisation et la temporalisation de l’hospitalité à partir de dispositifs, d’actions et de gestes et de configurations socio-spatiales dans l’espace urbain. La relation asymétrique s’y exprime et s’y recompose selon des modalités ayant des limites parfois plus floues selon les règlements, leur suivi ou non à la lettre et les contraintes en particulier d’horaires et de durée. Il s’agit de déplacements, d’allées et de venues, d’habitudes, de nécessités et de transformations du cadre urbain. Des voix multiples, celles des personnes rencontrées et celles des chercheurs et chercheures impliqués sur le « terrain » ou au sein d’une recherche-action, apportent des éléments concrets concernant une réalité qui serait, sans elles, difficile à appréhender.
2Dans le premier chapitre, la sociologue Claire Lévy-Vroelant propose d’éclairer la situation française des bains-douches publics à partir des sentōs japonais (établissements de bains chauds privés) et d’observations menées in situ dans des structures des deux pays. L’hospitalité est envisagée à la fois comme étant produite ou non par des dispositifs, des usages et des pratiques et comme étant, après Anne Gotman, une « relation spatialisée à autrui » amenant à étudier les espaces, (seuils, salles, cabines) ainsi que des rituels et des habitudes. Si le contraste culturel peut sembler réducteur, en particulier entre une hospitalité « rude » et une qui serait « souriante », il se nuance grâce aux observations. Il en ressort des éléments d’interprétation de l’hospitalité à partir d’une articulation entre des temporalités, des modes de faire, des organisations et des équipements.
3Lalca, « laboratoire itinérant de recherche et de création », et Cécile Regnault abordent la même thématique, à partir d’une recherche-action conduite en 2018 autour des derniers bains-douches restant dans l’agglomération de Lyon. Par leur présence récurrente sur place et les entretiens réalisés avec les personnes s’y rendant, principalement « dépourvues de logement conventionnel », les membres de l’équipe ont pu mettre à jour des adaptations des lieux par des pratiques et des modalités d’accueil. Celles-ci émergeraient au fil des habitudes, de la compréhension des besoins, entre autres, relationnels, et de la tension entre l’exiguïté des espaces collectifs et la présence plurielle, entre la fonctionnalité et les besoins corporels et psychologiques. Parallèlement, leur étude revendique un mode de présence et de restitution du travail auprès des personnes enquêtées en plaçant celui-ci également du côté d’une hospitalité en acte.
4Enfin, dans le dernier chapitre, l’anthropologue Catherine Deschamps porte son attention sur la transformation de son quartier au moment du confinement alors que cette situation inédite a perturbé « les règles de l’hospitalité ». Une des questions soulevées est la possibilité d’entrevoir les différents niveaux et caractères qui concourent ou non à une hospitalité citadine dans un entrecroisement de contraintes conjoncturelles et d’interdits, de dispositions, de configurations spatiales, d’accès aux informations mais aussi d’inventions et de découvertes. Un des points relevés est celui de la « possibilité de rompre les solitudes », de pouvoir sortir de l’espace privé et d’avoir des « interactions furtives » apportant une certaine chaleur, pouvant aussi se manifester par un carton de livres mis à disposition. Elle présente des adaptations autour de l’architecture : celle des cours d’immeuble qui ont pu gagner en qualité d’espace de vie pour des coprésences avec diverses activités (promenade du chien, rester au soleil, jeux des enfants) ou bien celle des fenêtres dont le rôle s’est amplifié : aérer, bien sûr, mais aussi pouvoir se faire signe, y compris entre inconnus, et se parler. Ces « hospitalités citadines » assemblent, d’une part, celles d’un milieu urbain plutôt dense et, d’autres parts, celles des habitantes et des habitants dont il s’agit de savoir capter les manifestations singulières.
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