Introduction à la 3e partie
p. 151-152
Texte intégral
1Cette troisième partie donne la parole à des concepteurs et des praticiens de l’espace engagés dans une réflexion en actes sur l’hospitalité des lieux et les lieux de l’hospitalité. Les auteurs dépassent le cadre de la programmation architecturale ou de l’examen de cahiers des charges pour mettre l’accent sur les (im)possibilités de l’hospitalité en actes et sur les gestes autour de l’hospitalité. À partir de retour d’expériences artistiques et de projets de design, les chapitres interrogent la vocation thérapeutique de l’espace et la manière dont les institutions de soins font preuve d’hospitalité.
2Marie Coirié et Coline Fontaine, designeuses au lab-ah – laboratoire de l’accueil et de l’hospitalité du Groupe Hospitalo-Universitaire Paris Psychiatrie et Neurosciences –, considèrent l’hospitalité non comme une qualité spatiale ou une pratique sociale, mais comme un processus d’attention se déployant à plusieurs échelles. Dans cette perspective, elles investissent un espace-temps de rupture fréquent dans le contexte hospitalier du fait de la réorganisation du système de santé français : le déménagement, moment de rupture dans le soin qui entraîne toute une série de déplacements physiques à l’échelle d’un bâtiment, d’un quartier ou d’une ville comme de déplacements mentaux facteurs d’anxiété. À partir de deux expériences participatives, l’une à l’échelle d’un quartier – le regroupement de plusieurs centres médico-psychologiques (CMP) du XVe arrondissement parisien – et l’autre à l’échelle d’un établissement hospitalier – les travaux de rénovation d’une unité de soins de longue durée (USLD) à Neuilly-sur-Marne et le déménagement des patients résidents dans un bâtiment temporaire –, elles ont accompagné les soignants et les patients dans un processus d’appropriation de leurs lieux de travail et de soins. Il s’agit de donner du sens à l’intervalle entre deux temporalités, deux espaces et de reconstruire une routine qui rende et accroisse les compétences des soignants et des patients et les ancrent dans un faire avec l’espace.
3Le designer Ruedi Baur, impliqué dans le second projet de Marie Coirié et Coline Fontaine, fondateur de Dix Milliards d’Humains, propose un manifeste positionnant le design comme un « art de trouver son chemin ». Trop souvent rabattu sur la signalétique dans sa dimension technique et rationnelle, le design a pour objet l’attention à l’environnement. Ruedi Baur reprend ici la formule de Laszlo Moholy-Nagy déclarant que l’objectif du design est de « servir la vie1 ». Pour cela, l’auteur engage la notion de désorientation et l’anxiété générée pour montrer l’importance des séquences et des rituels à travers la prise en compte des situations différenciées dans plusieurs de ces projets en Suisse et en Autriche. Le design travaille la fragilité de l’existence et organise sa traversée dans le parcours de soin. Ce, dès avant l’entrée dans une institution dédiée. En effet, l’auteur montre les effets négatifs de l’uniformisation et, à l’inverse, les apports d’une approche sensible qui ne dissocie pas les espaces et les personnes, les personnes dans les espaces qu’ils s’agissent des soignants, des patients ou des visiteurs. Le design convoque ici une responsabilité du lien et de la confiance.
4Dans le prolongement de cette réflexion, Carine Delanoë-Vieux et Chantal Dugave interrogent la possibilité d’instaurer de l’hospitalité dans et à partir d’un espace retranché, l’Unité d’Hospitalisation Spécialement Aménagée (UHSA) – unité carcérale pour malades violents – de l’hôpital psychiatrique du Vinatier à Lyon. Confrontée à un double enfermement physique et psychique, redoublant le stigmate criminalité et maladie mentale, la commande artistique peut-elle traduire et porter une forme d’hospitalité ? À partir de ce qu’elles qualifient d’aporie entre la contrainte pénitentiaire et l’obligation de soin, l’œuvre mise en place cherche à transformer le mur – figure archétypale de l’enfermement – de limite bloquant le rapport dedans/dehors en frontière les réassemblant à partir de la sollicitation de l’imaginaire du ciel et des arbres. Leur implication dans la maîtrise d’ouvrage et dans la maîtrise d’œuvre est le fil conducteur d’une analyse de la possibilité d’un geste spatial d’hospitalité entre généalogie de la commande, travail sur les contraintes spécifiques et échec de la réalisation.
Notes de bas de page
1László Moholy-Nagy, « New method of approach – design for life », dans Vision in Motion, Chicago, Paul Theobald, 1947. Partiellement traduit dans László Moholy-Nagy, Peinture Photographie Film et autres écrits sur la photographie, trad. de l’anglais par J. Kempf et G. Dallez, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2007, p. 277.
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