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    Plan détaillé Texte intégral La chaîne opératoire du travail de la laine : quelle division du travail ? Foulons et autres artisans préposés au lavage des textiles : quelques réflexions sémantiques et techniques La chaîne opératoire de la foulerie d’après les sources textuelles grecques Produits et détergents utilisés dans le monde grec pour le foulage et les opérations de finition Conclusion : une complexité sémantique, et donc technique Notes de bas de page

    Le monde grec des foulons

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    Table des matières

    Chapitre I. La place des foulons dans la production textile et la chaîne opératoire de la foulerie : l’apport des sources textuelles

    p. 29-82

    Texte intégral La chaîne opératoire du travail de la laine : quelle division du travail ? Lavage des moutons et/ou des toisons Fabrication de la lanoline : un sous-produit de l’artisanat du textile ? Peignage, cardage, filage, tissage et ensimage (?) Feutrage Teinture Finition des vêtements Foulons et autres artisans préposés au lavage des textiles : quelques réflexions sémantiques et techniques Knapheus versus plyneus : le double aspect du métier de foulon Gnapheus versus stibeus : un degré de spécialisation plus grand en Égypte ? La chaîne opératoire de la foulerie d’après les sources textuelles grecques Foulage et battage (?) Rinçage et séchage Lainage et tonte Pressage (?) Produits et détergents utilisés dans le monde grec pour le foulage et les opérations de finition La saponaire Les alcalis végétaux et minéraux Le natron L’antimoine Les terres à foulon L’huile d’olive ? L’énigme de l’urine et du soufre Conclusion : une complexité sémantique, et donc technique Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Le foulon intervient dans le processus de production textile, qui implique un large éventail d’opérations permettant de transformer des fibres animales ou végétales en une étoffe ou un vêtement fini. Comme nous allons le démontrer, dans le monde grec, même si l’on confiait parfois aux foulons des tissus en lin, ces derniers s’occupaient essentiellement de la finition des tissus en laine ; par conséquent, leur activité relevait du travail de la laine et s’inscrivait dans le processus technique de la fabrication d’étoffes en laine1. Ce processus technique suit un déroulement chronologique et implique des transformations qui peuvent être analysées grâce à l’outil descriptif et analytique qu’est la « chaîne opératoire ». Le concept de chaîne opératoire a progressivement émergé dans les années 1950-1960 dans les travaux de M. Mauss, de M. Maget et évidemment d’A. Leroi‑Gourhan2. Mais R. Cresswell fut le premier à en avoir donné une définition précise, reprise également par P. Lemonnier : « Une chaîne opératoire est une série d’opérations qui transforment une matière première en un produit, que celui-ci soit objet de consommation ou outil3 ». C’est cette définition que nous retiendrons dans cet ouvrage.

    2La chaîne opératoire de la production textile lainière antique peut être schématisée comme suit. On procédait d’abord au lavage de la laine, afin d’en enlever la graisse et la saleté, soit en lavant directement les moutons dans un cours d’eau avant la tonte, soit après avoir récupéré la laine brute – en lavant les toisons donc –, soit encore avant et après la tonte4. La laine était ensuite fréquemment, si ce n’est systématiquement, triée à la main, puisque les toisons sont constituées de fibres de différentes tailles et qualités. Venait ensuite la préparation des fibres à l’aide du peignage et du cardage, avant de les transformer en fils aptes à être travaillés ; intervenait enfin l’opération de tissage. La laine pouvait éventuellement être teinte après le lavage, le filage ou le tissage. L’étoffe était alors foulée et soumise à diverses opérations de finition ; on pouvait enfin éventuellement faire appel aux talents d’un couturier, d’un tailleur ou d’un brodeur dans le cas de la production d’un vêtement plus complexe ou décoré. Par ailleurs, au lieu d’être peignée, filée et tissée, la laine pouvait également être feutrée, afin de produire des objets ou vêtements en feutre.

    3La première question soulevée ici est donc celle des acteurs et des lieux de production. En effet, chacune des phases et opérations citées requiert des connaissances et un savoir-faire précis – mais à des degrés différents –, ainsi que des outils plus ou moins sophistiqués. Aussi certaines opérations du travail de la laine pouvaient-elles être réalisées dans le cadre de l’oikos, mais pour d’autres, il fallait faire appel à des artisans spécialisés travaillant dans des ateliers. E. M. Harris et K. Ruffing, pour ne citer qu’eux, ont déjà démontré que, pour l’Antiquité grecque, on ne pouvait plus s’en tenir à la vision weberienne de l’économie, centrée sur l’oikos et sa tendance à l’autosuffisance5. Leurs travaux ont clairement mis en évidence, à Athènes et dans le monde grec plus généralement, l’existence d’une « spécification de fonction » (Spezifizierung) – pour reprendre les termes weberiens –, et même d’une « spécialisation de fonction » (Spezialisierung) dans certains secteurs d’activité6. Dans le cadre de la « spécification de fonction », c’est le produit qui détermine la spécialisation de l’artisan, dans la mesure où ce dernier réalise l’intégralité des opérations nécessaires à la fabrication de ce produit, bien qu’elles puissent requérir des compétences techniques différentes7. En revanche, pour la « spécialisation de fonction », c’est le type de travail et de geste technique qui détermine la spécialisation de l’artisan, dans la mesure où le produit ne peut être achevé que grâce à la combinaison, simultanément ou successivement, du travail de plusieurs personnes8. Il conviendra donc, d’abord, de déterminer ce qu’il en était dans la branche de la production textile qui nous intéresse, à partir des sources textuelles uniquement, car les sources archéologiques font sur ce point totalement défaut. Le but est de mieux identifier et individualiser les opérations qui étaient réalisées par tel ou tel professionnel du travail de la laine et de les distinguer de celles effectuées par le foulon. Par ailleurs, si à Pompéi par exemple, les laveries de toisons, les fouleries, ou encore les teintureries sont bien différenciées, correspondant à des espaces de production textile séparés, et indiquant un haut degré de spécialisation et de division du travail dans la chaîne opératoire du textile9, qu’en était-il dans le monde grec ?

    4Dans un deuxième temps, avant d’étudier en détail le processus technique propre aux foulons, nous proposerons une analyse précise des nombreux termes grecs désignant les artisans préposés au lavage de tissus, à partir de leur remise en contexte dans le temps comme dans l’espace. L’objectif est en effet de déterminer si tous ces noms étaient des synonymes ou s’ils reflétaient des activités ou des spécialisations différentes, qu’il conviendra alors de distinguer. En d’autres termes, peut-on déceler dans le vocabulaire grec le reflet d’une spécialisation – horizontale ou verticale – des artisans préposés au nettoyage du textile ? Par ailleurs, nous nous attacherons, à travers cette analyse lexicale, à définir précisément les tâches qui étaient celles du foulon, en démontrant que, dans le monde grec également, elles comprenaient aussi bien la finition des étoffes que leur nettoyage et/ou leur remise en état après qu’elles ont été portées.

    5Il sera alors temps de nous intéresser plus particulièrement à la chaîne opératoire mise en œuvre dans une foulerie, là encore, d’après les indications des sources textuelles. En effet, les activités du foulon ne se limitent pas à un simple foulage des étoffes aux pieds, mais comprennent un grand nombre d’opérations plus ou moins délicates qu’il convient de repérer et d’analyser en détail. L’étude de ces opérations, réalisées à l’aide d’installations et d’outils divers, et dans une temporalité plus ou moins longue, permettra d’appréhender, dans le monde grec, le processus technique relevant du métier de foulon dans sa globalité. Enfin, plusieurs de ces opérations nécessitaient l’adjonction de produits, substances et détergents variés, qui différaient en fonction de la matière et de la qualité du tissu, de sa couleur et du résultat final que l’on souhaitait obtenir. L’objectif sera alors de tenter de déterminer précisément à quel moment de la chaîne opératoire du traitement des textiles telle ou telle substance était utilisée, et quelles en étaient les raisons et les finalités.

    La chaîne opératoire du travail de la laine : quelle division du travail ?

    Lavage des moutons et/ou des toisons

    6Le lavage des moutons avant la tonte et/ou de leur toison après la tonte constitue la première étape de la transformation des textiles. En effet, la toison d’un ovin contient, outre les fibres de laine, de la graisse de laine, du suint, des débris épithéliaux et des impuretés diverses, notamment minérales et végétales10. Par simplification, on nomme généralement « suint » l’ensemble de ces substances, alors qu’en réalité ce terme ne correspond qu’à une partie des matières grasses adhérant à la laine11. Par conséquent, la laine brute, grasse et non encore nettoyée de ces impuretés est généralement appelée « laine en suint ». Les Grecs, n’ayant pas connaissance des subtilités chimiques de ces composantes, regroupaient toutes les matières graisseuses de la laine, de manière indifférenciée, sous le terme unique oisypè (οἰσύπη) ou oisypos (οἴσυπος), l’éria oisypèra désignant alors la « laine en suint ». Les impuretés végétales, et en particulier les résidus d’excréments souillant la laine, étaient, quant à eux, mentionnés sous les termes oispè (οἴσπη) et oispôtè (οἰσπώτη)12. Toutefois, les auteurs grecs ont souvent confondu ces mots et ont parfois employé oispè pour désigner également le suint13.

    7Les toisons étaient donc lavées, vraisemblablement à l’eau froide ou tiède, pour en dissoudre les graisses et en retirer toutes les impuretés14. La température de l’eau ne devait néanmoins pas être trop élevée et les toisons ne pas être trop frictionnées afin d’éviter le feutrage de la laine, qui la rend alors impropre à être cardée et filée. Les toisons étaient ensuite éventuellement battues pour finir d’en retirer la saleté, puis rincées, essorées et séchées. Dans le monde grec comme dans le monde romain, le seul détergent dont l’usage est mentionné dans nos sources à ce stade est la saponaire15. Dioscoride définit en effet la saponaire ou strouthéion (gr. τὸ στρούθειον ; lat. Saponaria officinalis), parfois appelée « herbe à foulon », comme la plante « que les laveurs de laine utilisent pour nettoyer la laine16 » ; tandis que Pline l’Ancien, en décrivant la radicule (radicula), affirme qu’elle « fournit un suc propre au lavage des laines, leur conférant une blancheur et une souplesse extraordinaires. (…) Les Grecs la nomment struthion17 ». Plusieurs papyrus des archives de Zénon prouvent que la saponaire était employée pour le même usage en Égypte dès le milieu du iiie s. av. J.-C. En effet, Hermôn, responsable du bétail, mentionne dans ses comptes – aux côtés du salaire versé à ceux qui ont tondu les moutons, de l’achat de sacs pour la laine des moutons d’Arabie et de paniers pour la laine des moutons milésiens – le paiement de la taxe sur la saponaire (τέλος στρουθέου [sic]) s’élevant à 5 oboles18. De même, dans l’un de ses « pense-bêtes », Zénon note qu’il doit écrire à Iason pour lui dire d’envoyer les cargaisons de laine et de les débarquer chez Dionysios « déjà nettoyées à la saponaire » (ἐστρουθισμένα)19. Enfin, un personnage, dont le nom n’est pas préservé, a envoyé à Zénon 3,5 mines de laine déjà propre, ainsi que le surplus de saponaire (τὸ καταλειφθὲν στρούθεον)20.

    8Dans le monde romain, cette phase de lavage des toisons était réalisée par des artisans spécialisés, les laveurs de toisons (lanilutores), dans des ateliers spécifiques que plusieurs chercheurs ont réussi à identifier à Pompéi et à Herculanum21. Toutefois, en Méditerranée orientale, aucun atelier de ce type n’a pour l’instant été mis au jour ; et il n’existe pas, avant l’époque impériale, d’équivalents grecs pour désigner de tels artisans. L’érioplytès (ἐριοπλύτης), ou « laveur de laine », est un terme attesté pour la première fois chez Dioscoride22 ; il n’apparaît par la suite qu’à partir du iie s. apr. J.-C. dans quelques rares inscriptions et papyrus23. Les témoignages des époques précédentes permettent néanmoins de prouver que ceux qui lavaient les toisons n’étaient pas les foulons24. Selon Lysistrata en effet, dans la pièce éponyme d’Aristophane, ce sont les femmes qui nettoyaient les toisons (πόκοι) « dans un bain pour en retirer la crasse », avant de jeter la laine dans une corbeille et de la carder25. À l’époque classique, le lavage des toisons faisait donc partie des tâches domestiques qui revenaient aux femmes, tout comme le cardage et le tissage, au sein de l’oikos. Mais cette activité pouvait, semble-t-il, relever également d’un métier à part entière : dans la pièce Ploutos du même auteur, Chrémyle et Carion, lorsqu’ils énumèrent plusieurs petits métiers urbains, différencient celui qui foule les étoffes (ὁ δὲ κναφεύει) de celui qui lave les toisons (ὁ δέ γε πλύνει κῴδια)26. De même, au iie s. apr. J.-C., Lucien mentionne parmi ceux qui apprenaient un métier (technè) dès l’enfance – et qui, de ce fait, ne pouvaient assister à ses leçons –, aux côtés des cordonniers et des charpentiers, « ceux qui s’occupaient des opérations de lavage et ceux qui cardaient la laine, afin de la rendre plus facile à travailler et à filer pour les femmes27 ».

    9Il faut toutefois être attentif à la distinction faite par Aristophane dans le vocabulaire, pas toujours évidente à rendre dans nos langues vernaculaires : de fait, kôdion et pokos permettent de distinguer deux types de toisons différentes et renvoient en réalité à deux branches artisanales bien distinctes. Le premier vocable désigne la toison encore attachée à la peau d’un ovin et qui, une fois nettoyée et traitée, peut servir de couche, de tapis ou de couverture28. Le lavage de ce type de toison relève donc de l’artisanat des peaux et du cuir, et non de la production textile. En revanche, le second terme sert à qualifier la toison en tant que laine à l’état brut – séparée de la peau, mais pas encore préparée – et parfois même les flocons de laine29 ; son lavage correspond alors à la deuxième phase de la chaîne opératoire de la production textile lainière, la première étant la tonte. D’après les témoignages littéraires, le lavage de ces toisons (pokoi) a donc pu être l’apanage des femmes et des esclaves au sein des oikoi grecs, en particulier pour les périodes plus anciennes ; il n’était donc pas toujours effectué dans des ateliers spécialisés, qui ne sont peut-être apparus que progressivement dans le monde grec. En l’absence de sources archéologiques permettant de proposer une datation pour l’apparition de tels ateliers, le fait que ce métier soit désigné par un nom spécifique à partir de l’époque impériale tend à prouver qu’à cette date au moins, des ateliers de lavage de toisons existaient dans certaines régions de l’Orient grec.

    10Ajoutons qu’à partir de cette même époque, plusieurs papyrus égyptiens attestent également l’existence d’artisans spécialisés dans le battage de la laine, appelés « batteurs de laine » (ériorabdistai) ou tout simplement « batteurs » (rhabdistai)30. Des papyrus mentionnent même l’existence d’« ateliers de battage de laine » (ergastèria ériorabdistika)31. Quoi qu’il en soit, il est clair que dès l’époque classique, cette activité était bien distincte de celle des foulons.

    Fabrication de la lanoline : un sous-produit de l’artisanat du textile ?

    11On lit souvent que c’est au moment de cette phase de nettoyage des toisons que l’on récupérait le suint pour fabriquer la lanoline – obtenue par purification et raffinage du suint – et que cette dernière était par conséquent un important sous-produit de l’artisanat du textile32. La lanoline – non distinguée du suint par les Grecs, puisqu’ils employaient le même terme pour la désigner (oisypos) – était très utilisée dans l’Antiquité, en particulier pour ses vertus médicales, pharmaceutiques et cosmétiques33. Toutefois, bien que la laine et la lanoline proviennent toutes deux du lavage de toisons d’ovins, la question se pose de savoir si ces deux productions étaient du ressort des mêmes artisans et si elles étaient élaborées de manière concomitante dans un même atelier34.

    12Reprenons tout d’abord les propos des auteurs anciens qui rapportent les techniques employées dans l’Antiquité pour extraire la lanoline. Le passage traditionnellement cité et commenté est celui de Pline l’Ancien, qui mentionne la méthode suivante35 :

    « Il y a plusieurs façons de préparer (la lanoline), mais voici la plus approuvée : on recueille d’abord la laine fraîchement tondue de ces parties (du corps des moutons) ou bien la crasse graisseuse provenant de n’importe quelle partie (de la toison), on fait légèrement bouillir le tout à feu lent, dans un récipient en bronze, et on laisse refroidir ; on récolte alors la graisse qui surnage dans un vase en terre cuite et on fait bouillir de nouveau la première substance. L’une et l’autre graisses obtenues sont ensuite lavées à l’eau froide, égouttées dans un linge et mises à sécher au soleil, jusqu’à ce que (la lanoline) devienne blanche et transparente. On la conserve alors dans une boîte en étain. »

    13Le processus décrit par Pline consiste donc à faire bouillir deux fois la laine en suint ou seulement les impuretés et matières grasses de la toison – qu’il faut avoir préalablement récupérées –, étape suivie à chaque fois d’une phase de refroidissement, puis de récupération de la graisse figée à la surface. La graisse est alors lavée à l’eau froide, égouttée, séchée, puis stockée.

    14À la même époque, Dioscoride a lui aussi entrepris d’exposer les différentes techniques utilisées pour fabriquer la lanoline, ce qu’il a fait de manière plus développée et plus détaillée. Nous reprenons ici le passage concerné in extenso, car il est passé presque inaperçu de la plupart des études consacrées au travail de la laine dans l’Antiquité, alors qu’il contient des informations très précieuses36 :

    1. Οἴσυπος δὲ λέγεται τὸ ἐκ τῶν οἰσυπηρῶν ἐρίων λίπος, ὃν σκευάσεις οὕτως· λαβὼν ἔρια μαλακὰ οἰσυπηρὰ ἔκπλυνον μὴ ἐστρουθισμένα θερμῷ ὕδατι, ἅμα ἐκθλίβων πᾶσαν τὴν ῥυπαρίαν, ἣν βαλὼν εἰς κρατῆρα πλατύστομον καὶ ἐπιχέας ὕδωρ ἀνάχει ἀρυτῆρι ῥαγδαίως, ἕως ἂν ἀφρίσῃ, ἢ ξύλῳ ἀνατάρασσε εὐτόνως, μέχρις ἂν ὁ πολὺς ἀφρὸς καὶ λιπαρὸς συλλεγῇ· εἶτα κατάρραινε θαλάσσῃ, καὶ ὅταν καταστῇ τὸ ἐπινηχόμενον λίπος, ἀναλάμβανε εἰς ἕτερον κεραμεοῦν ἀγγεῖον, ἐπιχέας τε ὕδωρ εἰς τὸν κρατῆρα πάλιν τάρασσε καὶ κατάρραινε τῇ θαλάσσῃ τὸν ἀφρὸν καὶ ἀναλάμβανε, καὶ τὸ αὐτὸ ποίει, ἄχρι ἂν μηκέτι ἀφρὸς ἐφιιστῆται δαπανηθέντος τοῦ λίπους. 2. Τὸν μέντοι ἀνῃρημένον οἴσυπον τῇ χειρὶ μαλάξας παραχρῆμα ἀναιροῦ, εἴ τινα ἔχει ἀκαθαρσίαν, στραγγίζων τὸ πρῶτον ὕδωρ καὶ ἄλλο ἐπιχέων καὶ κινῶν τῇ χειρί, ἄχρι ἂν οὗ καθαρὸς καὶ λευκὸς φανῇ, οὕτως τε ἀποτίθεσο ἐν ἀγγείῳ κεραμεῷ· ἐν ἡλίῳ δὲ θερινῷ γινέσθω πάντα. Ἔνιοι δὲ διηθήσαντες τὸ λίπος πλύνουσιν ἐν ὕδατι ψυχρῷ, ταῖς χερσὶν ἀνατρίβοντες ὡς τὴν κηρωτὴν αἱ γυναῖκες· γίνεται δὲ ὁ τοιοῦτος λευκότερος. 3. Οἱ δὲ πλύναντες τὰ ἔρια καὶ ἐκθλίψαντες τὸν ῥύπον ἕψουσι μεθʼ ὕδατος ἐν λέβητι πυρὶ κούφῳ, καὶ τὸ ἐφιστάμενον λίπος ἀφαιροῦντες πλύνουσιν ὕδατι, ὥσπερ εἴρηται, καὶ διυλίσαντες εἰς λοπάδιον κεραμεοῦν ἔχον ὕδωρ θερμὸν λινῷ τε ῥάκει περιπωμάσαντες τιθέασιν ἐν ἡλίῳ, μέχρι ἂν αὐταρκῶς παχὺς γένηται καὶ λευκός· ἔνιοι δὲ διὰ δύο ἡμερῶν ἀποχέοντες τὸ πρῶτον ὕδωρ ἄλλο ἐπιχέουσιν. Ἐστι δὲ βελτίων ὁ ἀστρούθιστος καὶ λεῖος, ὄζων ἐρίων οἰσυπηρῶν, ἀνατριβόμενός τε μεθʼ ὕδατος ψυχροῦ ἐν μύακι καὶ λευκαινόμενος καὶ οὐδὲν ἔχων ἐν ἑαυτῷ σκληρὸν ἢ συνεστηκὸς ὥσπερ ὁ δολιζόμενος κηρωτῇ ἢ στέατι.

    « 1. On appelle lanoline (oisypos) la graisse qui provient de la laine en suint (éria oisypèra), que tu prépareras ainsi :
    - [méthode 1] prends de la laine souple et en suint, qui n’a pas encore été traitée à la saponaire, et lave-la à l’eau chaude tout en l’essorant pour en extraire toute la crasse. Après avoir placé cette crasse dans un récipient à large ouverture et versé de l’eau par-dessus, verse de nouveau (de l’eau) promptement avec une louche, jusqu’à ce que de la mousse se forme, ou bien remue vigoureusement avec un bâton, jusqu’à ce qu’une grande quantité de mousse et de graisse s’accumulent. Ensuite, asperge d’eau de mer et, lorsque la graisse qui flotte à la surface se fige, collecte-la dans un autre récipient en terre cuite. Après avoir versé à nouveau de l’eau dans le (premier) récipient, remue, asperge la mousse d’eau de mer et collecte (la graisse figée flottant à la surface) ; répète cette procédure jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de mousse se formant à la surface, ce qui signifie que la graisse a été épuisée.
         - [méthode 1a] 2. Ensuite, après avoir assoupli à la main la lanoline recueillie, élimine immédiatement toute impureté qu’elle pourrait contenir ; après l’avoir pressée pour en extraire la première eau, verse de nouveau de l’eau par-dessus et pétris-la à la main jusqu’à ce qu’elle apparaisse propre et blanche ; conserve-la alors dans un récipient en terre cuite. Toutes ces opérations doivent cependant se dérouler sous le soleil d’été.
         - [méthode 1b] Certains toutefois, après avoir filtré la graisse, la lavent à l’eau froide, en la frottant entre leurs mains, comme les femmes le font pour le cérat : de cette façon en effet, elle devient plus blanche.
    - [méthode 2] 3. D’autres encore, après avoir lavé la laine et l’avoir essorée pour en extraire la saleté, font bouillir le tout avec de l’eau dans un chaudron à feu doux, et après avoir retiré la graisse qui flotte à la surface, la lavent à l’eau, comme cela a été décrit (précédemment) [= méthode 1b] ; et après l’avoir égouttée (et placée) dans un plat en terre cuite contenant de l’eau chaude, ils la recouvrent soigneusement d’un chiffon de lin et la placent au soleil,
         - [méthode 2a] jusqu’à ce qu’elle devienne suffisamment solide et blanche ;
         - [méthode 2b] d’autres encore, au bout de deux jours, déversent la première eau et versent de nouveau de l’eau fraîche.
    La meilleure lanoline est celle qui n’a pas été lavée à la saponaire et qui est lisse, qui sent la laine en suint, et qui, lorsqu’on la frotte à l’eau froide dans une conque, devient blanche et ne contient aucune particule dure ou compacte, comme peut l’être celle frelatée avec du cérat ou de la graisse animale. »

    15Dioscoride rapporte donc deux techniques principales pour fabriquer la lanoline, chacune comportant une variante en ce qui concerne les dernières étapes de la chaîne opératoire. Quelle que soit la technique retenue, la première opération consiste à chaque fois à laver la laine en suint et à l’essorer pour en récupérer les impuretés. La première méthode comporte davantage d’étapes et requiert davantage d’instruments que la seconde : un récipient à large ouverture, deux récipients en terre cuite, une louche ou un bâton. Elle nécessite également une plus grande quantité d’eau – aussi bien d’eau douce que d’eau de mer – et se fait complètement à froid. Cette technique repose en fait sur de multiples décantations et centrifugations, qui permettent de séparer toutes les autres impuretés et matières grasses, hydrosolubles, de la lanoline, seule substance de la laine insoluble dans l’eau froide. Le sel contenu dans l’eau de mer agissait sans doute comme émulsifiant. À partir de là, la lanoline était assouplie, égouttée, de nouveau arrosée d’eau, pétrie à la main, puis stockée. Une autre variante, qui donnerait une lanoline encore plus blanche, consistait à la laver à l’eau froide tout en la pétrissant.

    16La seconde méthode rapportée par Dioscoride semble plus rapide ; elle se rapproche de celle décrite par Pline, mais sans la recouper entièrement. Elle consiste là aussi à faire bouillir les impuretés, mais à une seule reprise au lieu de deux. La graisse récoltée est alors lavée à l’eau froide, égouttée, déposée dans un plat contenant de l’eau chaude, puis mise à sécher. Une variante préconise de changer l’eau du plat au bout de deux jours.

     

    17Le passage de Pline l’Ancien a souvent été associé à la production textile dans la mesure où la méthode décrite impliquerait le nettoyage de toisons et où les instruments évoqués présentent des similitudes avec les installations des officinae « lanifricariae » de Pompéi37. Les « lanifricarii » auraient donc été responsables du lavage des toisons pour en récupérer à la fois la laine et la lanoline. Mais une telle association ne va pas sans présenter quelques problèmes d’interprétation, qu’il convient d’élucider. En effet, la première technique rapportée par Pline pour extraire la lanoline consiste à faire bouillir par deux fois la laine en suint : or, une telle phase opératoire est absolument incompatible avec la récupération de laine pour l’artisanat du textile. En effet, plongées dans de l’eau bouillante, les écailles de la laine s’accrochent entre elles et feutrent, rendant l’usage de cette dernière impropre au cardage et au filage. La seule solution pour réintégrer cette technique dans la chaîne opératoire du textile serait de supposer qu’elle était réalisée par les feutriers. Mais les connaissances techniques de Pline dans certains domaines étant parfois rudimentaires et imprécises38, on peut également émettre l’hypothèse qu’il n’a pas entièrement compris le processus d’extraction de la lanoline, et que seules les impuretés de la toison étaient mises à bouillir, et non les toisons elles-mêmes. C’est ce que confirme d’ailleurs Dioscoride : dans la deuxième méthode, il n’est jamais question de mettre à bouillir les toisons.

    18Le médecin grec, quant à lui, insiste à plusieurs reprises sur le fait que la laine en suint ne doit pas avoir été traitée à la saponaire si l’on veut en extraire de la lanoline de meilleure qualité. Or, nous avons souligné précédemment que les sources antiques insistent à l’envi sur la nécessité de laver les toisons à la saponaire pour en récupérer la laine la plus blanche et la plus souple. Si la lanoline est bien un sous-produit de l’artisanat du textile, cela implique donc d’apporter des nuances et des précisions au schéma traditionnellement présenté quant aux techniques de lavage des toisons.

    19Dans le cadre d’une économie domestique, il est tout à fait envisageable de concilier les deux productions, en procédant à deux lavages successifs de la laine en suint : un premier à l’eau claire, permettant d’extraire la lanoline, et un second à la saponaire, permettant d’obtenir une laine de bonne qualité, propre à être cardée et filée. Par ailleurs, les techniques rapportées aussi bien par Pline que par Dioscoride, en raison de la simplicité de leur mise en œuvre et des instruments requis – faisant partie du mobilier de n’importe quel oikos – permettent d’imaginer que le lavage des toisons et l’extraction de lanoline pouvaient faire partie des activités domestiques habituelles, et que ces étapes de la production textile n’étaient pas forcément réalisées par un professionnel au sein d’un atelier.

    20Toutefois, qu’en était-il dans le cadre d’une économie textile intégrée, en particulier à partir de l’époque impériale ? À cette époque, en effet, sont pour la première fois attestés dans le monde grec des artisans spécialisés dans le lavage de la laine. On peut dès lors raisonnablement supposer, malgré le manque crucial de vestiges archéologiques permettant de le démontrer, l’existence d’ateliers spécialisés dans le lavage des toisons, à l’instar de ceux identifiés à Pompéi et à Herculanum. Même si dans de tels ateliers, l’objectif premier était évidemment la production de laine pour l’artisanat du textile, il n’est pas impossible que les laveurs de toisons aient été également responsables de l’extraction de la lanoline. Deux raisons principales peuvent être convoquées à l’appui de cette hypothèse. D’une part, dans une ville où les ateliers de lavage ne devaient recevoir des toisons qu’une à deux fois par an, et donc où la laine brute était une denrée fournie uniquement de manière épisodique et saisonnière, il semble difficile d’imaginer en même temps l’existence d’autres ateliers entièrement dévoués à l’extraction de lanoline. D’autre part, d’après les installations retrouvées dans les officinae « lanifricariae » de Pompéi, la technique décrite par Pline et la seconde rapportée par Dioscoride pour récupérer la lanoline pouvaient être mises à exécution. En effet, dans tous les ateliers de lavage de toisons de Pompéi, qu’ils soient de « première génération » ou de « seconde génération », on constate la présence d’au moins une chaudière ou un chauffe-eau39. Certes, deux chaudières seraient indispensables pour un partage plus efficace des opérations, permettant l’insertion de deux chaudrons, l’un pour chauffer l’eau nécessaire au nettoyage des toisons, l’autre pour les opérations nécessaires à l’extraction de la lanoline ; mais rien n’empêche que ces opérations aient été réalisées successivement.

    21L’autre solution, qui permettrait de réconcilier les textes et l’archéologie, serait de considérer qu’à Pompéi, si les ateliers de lavage de toisons produisaient également de la lanoline, ils utilisaient la méthode de décantation à froid rapportée par Dioscoride. Les fouilles de ces ateliers étant anciennes, il n’est malheureusement plus possible de restituer le mobilier archéologique associé à chacun d’entre eux, ce qui aurait permis d’aller beaucoup plus loin dans les interprétations. Néanmoins, immédiatement à l’est de l’atelier de lavage de toisons (VI 16, 3-4) situé au sud-est de la Casa degli amorini dorati, un bassin de décantation a récemment été mis au jour40. Il était alimenté par un drain qui servait à évacuer les eaux de lavage et de rinçage des toisons, tandis qu’une canalisation réalisée avec des imbrices retournées assurait l’évacuation du trop-plein, avec un départ correspondant à la hauteur du bassin. Ces vestiges prouvent que les eaux usées étaient filtrées, sans doute pour éviter que toutes les saletés des toisons ne soient déversées dans les canalisations de la ville. Or, si la lanoline n’était pas auparavant extraite, elle avait toutes les chances de se figer à la surface du bassin de décantation, obstruant alors le système d’évacuation mis en place et le rendant par conséquent caduc.

    22Évidemment, en l’absence d’autres vestiges archéologiques, y compris dans le reste du monde romain, toutes ces réflexions ne peuvent rester qu’à l’état d’hypothèses. La question de savoir si, dans le monde grec, les ateliers de lavage de toisons étaient également responsables de la production de lanoline reste donc pour l’instant entièrement en suspens. Notons néanmoins qu’encore au xixe siècle, les laveurs de toisons récupéraient la lanoline au moment du lavage41. Quoi qu’il en soit, et c’est ce qui nous intéresse ici, les sources grecques prouvent là encore que le lavage des toisons comme l’extraction de lanoline n’étaient en rien des opérations réalisées par les foulons, contrairement à ce qui a parfois été avancé, et que ces activités étaient très strictement séparées dans la chaîne opératoire de la production lainière.

    Peignage, cardage, filage, tissage et ensimage (?)

    23Une fois la toison lavée et la laine triée, cette dernière était peignée, soit au peigne, soit tout simplement en démêlant la laine avec les doigts pour former de longues mèches. Le peignage, plus souvent désigné en français par le terme « cardage » – bien qu’il s’agisse d’une simplification de la réalité –, avait pour objectif de débarrasser les fibres des dernières impuretés et de les ordonner en vue du filage42. La laine était ensuite filée, puis tissée. Dans le monde grec, le filage pouvait se faire sans instrument, en tordant les fibres entre les deux mains ou entre une main et une cuisse – alors protégée par un épinétron –, ou à l’aide d’un fuseau accompagné d’une ou de plusieurs fusaïoles, deux techniques bien illustrées dans l’iconographie des vases attiques43. Le tissage était ensuite réalisé à l’aide de cadres de tissage portatifs, pour les petits ouvrages, et plus généralement de métiers verticaux à pesons, qui permettaient de tisser des largeurs pouvant aller jusqu’à 2 m44.

    24Tous ces travaux faisaient généralement partie des prérogatives féminines dans le cadre de l’économie domestique – comme le prouvent de nombreux textes antiques et de multiples représentations iconographiques à ce sujet45. Platon rappelle en effet que le peignage/cardage (xantikè), le filage (nèstikè) et le tissage (hyphantikè) de la laine « forment un art unique connu de tout le monde », à savoir « l’art de travailler la laine » (talasiourgikè technè)46. Néanmoins, le fait que ces activités fassent partie, pour l’essentiel, de l’économie domestique n’empêche pas l’existence, parallèlement, de professionnels du travail de la laine. Parmi les petits métiers urbains évoqués dans les sources écrites, on trouve de nombreuses références à des cardeurs (xantai, xainones)47, des tisserands (hyphantai, histourgoi, gerdioi)48, des tisserands de laine (érioplokoi, ériouphantai, gnaphallouphantai)49 et des travailleurs de la laine (talasiourgoi)50. Des associations de lanarioi – translittération directe du latin lanarii – et d’ériourgoi, ou « travailleurs de laine », sont également attestées en Asie Mineure et en Égypte, mais seulement à partir du milieu du iie s. apr. J.-C., tandis que ces artisans n’apparaissent à titre individuel, en Égypte et en Cilicie, qu’à partir du ive s. apr. J.-C.51.

    25Lors de ces différentes étapes de la chaîne opératoire, il était possible de procéder à l’ensimage de la laine. Cette opération consiste à déposer un corps gras sur des fibres textiles afin d’en faciliter le cardage et le filage, voire le tissage. Cependant, la question de savoir si l’ensimage était pratiqué ou non dans l’Antiquité grecque, avec de l’huile d’olive en particulier, divise encore les spécialistes52. Un passage de l’Odyssée semble en effet indiquer que de l’huile était utilisée par les femmes au moment de tisser les étoffes53. Toutefois, pour les périodes ultérieures dans le monde grec, ni les textes ni l’archéologie ne nous permettent de prouver l’usage d’huile dans ces opérations textiles essentiellement réalisées au sein de l’oikos.

    Feutrage

    26Au lieu d’être peignée/cardée, filée et tissée, la laine pouvait être feutrée. Du fait des écailles présentes à la surface des fibres de laine, leur enchevêtrement inextricable pouvait être obtenu grâce à l’action de l’eau chaude – parfois additionnée d’une solution alcaline –, tout en les battant, roulant, frottant ou compressant54. Si nous possédons pour le monde romain quelques renseignements sur l’organisation des ateliers de feutre grâce aux fresques et aux vestiges de Pompéi et d’Herculanum, les mentions de cette activité sont très rares dans le monde grec55. Dans Le Politique, Platon évoque l’art de feutrer – la pilètikè (πιλητική) – comme une technè à part entière, tandis que dans Les Lois, il rappelle que le feutre – la pilèsis (πίλησις) – fait partie de ces étoffes de toutes sortes, tissées ou feutrées, que les agriculteurs pourront vendre aux étrangers, « qui sont dans la nécessité d’acheter aux autres ce dont ils ont besoin56 ». Mais hormis les nombreuses attestations de divers vêtements ou étoffes en feutre – regroupés sous le nom générique de pilos (πῖλος), désignant tout objet fabriqué en feutre ou recouvert de feutre – force est de constater que nous sommes très mal renseignés sur cette activité de production dans l’Orient grec57. Le métier même de « fabricant de feutre » (pilopoios) n’est attesté que dans deux inscriptions d’époque impériale. L’une, provenant de Saittai (Lydie), est une inscription funéraire dans laquelle l’association des fabricants de feutre (ἡ συνεργασία τῶν πιλοποιῶν) honore le défunt Attalianos58. L’autre est une stèle funéraire de Pruse (Bithynie) précisant que le défunt Kaliklès était fabricant de feutre59. Toutefois, là encore, ces indices, bien que maigres, permettent de prouver que la production de feutre était bien considérée dans le monde grec comme une activité distincte de celle du foulon.

    Teinture

    27En fonction des époques et des régions, de la qualité de la laine, du type de teinture choisie et du produit fini désiré, la phase de teinture était susceptible de se dérouler à trois moments différents de la chaîne opératoire du travail de la laine60. On pouvait en effet teindre la toison propre, directement après son lavage, ou bien teindre les fils après la phase de filage, ou encore l’étoffe une fois tissée. Dans les travaux scientifiques sur le monde grec, la teinturerie est l’activité la plus généralement confondue avec celle du foulon, de nombreux chercheurs ne faisant pas la différence entre ces deux étapes, pourtant bien distinctes, de la chaîne opératoire du textile61.

    28Il n’est pas question de revenir en détail ici sur les teinturiers et leurs ateliers dans le monde grec, car cela pourrait faire l’objet d’une étude à part entière, aucune synthèse sur la question n’existant à ce jour. Nous nous contenterons de relever que le teinturier est un artisan bien attesté dans les sources textuelles dès l’époque classique. Le bapheus (βαφεύς) et son atelier, le bapheion (βαφεῖον), sont mentionnés aussi bien dans les sources littéraires que dans les inscriptions et les papyrus62. À partir de l’époque impériale, on trouve des teinturiers regroupés en associations dans plusieurs cités d’Asie Mineure, en particulier à Hiérapolis (Phrygie), à Thyatire (Lydie) et à Sagalassos (Pisidie), tandis que des associations de teinturiers en pourpre – porphyrobaphoi, konchyliabaphoi, thalasiobaphoi – sont attestées à Hiérapolis, à Thessalonique et à Cos63. Par ailleurs, les teinturiers en pourpre semblent avoir été très tôt distingués des autres artisans de la teinturerie. En effet, un πορφυροβάφος habitant au Pirée est mentionné dans une inscription athénienne datant d’environ 330 av. J.-C., tandis qu’un autre louait une maison à Délos au début du iie s. av. J.-C.64.

    29Pour notre sujet, un passage de La République de Platon mérite d’être mentionné, car il y est question non seulement de la teinture en pourpre de la laine, mais aussi de son nettoyage et des conséquences sur sa couleur en fonction de la qualité de la laine teinte et de la teinture employée. Socrate, en effet, dans son dialogue avec Adimante, expose la qualité du système éducatif athénien et procède à la comparaison suivante65 :

    Οὐκοῦν οἶσθα (…) ὅτι οἱ βαφῆς, ἐπειδὰν βουληθῶσι βάψαι ἔρια ὥστ’ εἶναι ἁλουργά, πρῶτον μὲν ἐκλέγονται ἐκ τοσούτων χρωμάτων μίαν φύσιν τὴν τῶν λευκῶν, ἔπειτα προπαρασκευάζουσιν, οὐκ ὀλίγῃ παρασκευῇ θεραπεύσαντες ὅπως δέξεται ὅτι μάλιστα τὸ ἄνθος, καὶ οὕτω δὴ βάπτουσι. Καὶ ὃ μὲν ἂν τούτῳ τῷ τρόπῳ βαφῇ, δευσοποιὸν γίγνεται τὸ βαφέν, καὶ ἡ πλύσις οὔτ’ ἄνευ ῥυμμάτων οὔτε μετὰ ῥυμμάτων δύναται αὐτῶν τὸ ἄνθος ἀφαιρεῖσθαι· ἃ δ’ ἂν μή, οἶσθα οἷα δὴ γίγνεται, ἐάντέ τις ἄλλα χρώματα βάπτῃ ἐάντε καὶ ταῦτα μὴ προθεραπεύσας. Οἶδα, ἔφη, ὅτι καὶ ἔκπλυτα καὶ γελοῖα.

    « – Tu sais donc (…) que les teinturiers, quand ils veulent teindre de la laine en pourpre, commencent par sélectionner, parmi toutes les couleurs de laine disponibles, une seule sorte de laine, la blanche, qu’ensuite ils la préparent en la soumettant préalablement à un long traitement afin qu’elle retienne au mieux l’éclat de la couleur, et c’est seulement alors qu’ils la plongent dans la teinture. Et tout ce qui est teint selon ce procédé, la teinture en est indélébile, et le lavage fait avec ou sans détergents ne peut en ôter l’éclat. Mais au contraire, tu sais ce qui arrive si on teint d’autres couleurs de laine ou même cette laine blanche sans la soumettre à un traitement préalable. – Je sais, dit-il, que les couleurs semblent passées et ridicules. »

    30Nous reviendrons sur cet extrait à propos des détergents employés par les foulons, qui devaient être adaptés en fonction de la qualité de la laine, mais aussi, comme rappelé ici, de la qualité et du type de teinture appliquée.

    31Par ailleurs, le fonctionnement des espaces dans lesquels travaillaient les teinturiers est à présent bien connu dans le monde romain, en particulier grâce aux vestiges d’Herculanum et de Pompéi, qui ont permis de mettre en évidence l’existence de deux types d’ateliers : les officinae infectoriae et les officinae offectoriae. Les premières sont des teintureries de grand‑teint, c’est-à-dire qu’elles effectuent les premières teintures ex novo, tandis que les secondes sont des teintureries de petit-teint, qui se contentaient de rafraîchir les couleurs66. Quelques ateliers de teinture ont été mis au jour dans le monde grec, en particulier en Grèce continentale et dans les îles, datant des époques classique, hellénistique et impériale67. Toutefois, pour certains d’entre eux, leur identification est loin d’être assurée, et il conviendrait de reprendre le dossier en établissant des critères archéologiques solides pour déterminer la fonction précise des établissements concernés, et les différencier en particulier des ateliers d’extraction de la pourpre68.

    Finition des vêtements

    32Enfin, intervenait la phase de foulage, sur laquelle nous allons revenir en détail dans la suite de ce chapitre. Les comptes domestiques provenant de l’Égypte gréco-romaine prouvent qu’avant ou après le foulage, on pouvait également faire appel à un tailleur, un couturier ou une couturière (èpètès / èpètria, rhapheus, rhaptès), artisans qui procédaient à la finition des vêtements (coupes et coutures) et à leur ornementation69. Par exemple, un compte du ier s. apr. J.-C. mentionne deux sommes payées pour la même paenula : la première a été versée au teinturier et au foulon, la seconde comme salaire au tailleur (tabl. 5, no 13)70. Dans un autre compte de l’Arsinoïte, 315 drachmes ont été versées au tailleur pour un chitôn en lin, puis 310 drachmes au foulon, très certainement pour le foulage de ce même chitôn (tabl. 5, no 7) ; il en va de même dans plusieurs autres comptes (tabl. 5, nos 6, 8, 11, 14, 17, 18). Ces artisans sont très bien représentés en Égypte tant à l’époque hellénistique qu’à l’époque impériale, mais semblent absents du reste du monde grec. Comme plusieurs chercheurs l’ont noté, cela tient sans doute aux formes différentes des vêtements portés en Égypte, plus complexes parfois que les simples himatia et chitônes, nécessitant la couture de manches ou de capuchons par exemple71. C’est ce qui apparaît très clairement un peu plus tard dans l’Édit de Dioclétien, dans lequel les prix fixés pour le paiement d’un tailleur ou d’un couturier sont divisés en douze catégories, détaillées de manière très précise en fonction de la complexité du travail demandé et de la qualité du textile concerné72. Toutefois, on ne peut exclure, au vu de l’importance de la production textile en Égypte dès l’époque lagide, que la présence de nombreux tailleurs soit à mettre également sur le compte d’une plus grande division du travail et d’un degré de spécialisation plus élevé dans le secteur du textile dans les régions en question73.

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    33Cette rapide mise en perspective des diverses phases de la chaîne opératoire de la production textile lainière avait essentiellement pour objectif de bien mettre en évidence la différence entre toutes les activités concernées, encore trop souvent confondues dans les études actuelles sur le textile dans le monde grec. Le travail et le métier du foulon doivent être absolument différenciés de ceux du laveur de toisons, du cardeur ou encore du teinturier, qui participent tous à la même chaîne opératoire, mais à des moments et dans des lieux différents. Il s’agit, par ailleurs, d’un très bel exemple de division du travail et de « spécialisation de fonction », ou spécialisation verticale, dans cette branche de la production textile74. Il nous reste à présent à analyser à partir de quand le métier de foulon est attesté dans le monde grec et quel était précisément le travail que cet artisan effectuait. En effet, les sources textuelles permettent de démontrer que si le foulon intervenait à la fin de la chaîne opératoire de la production textile, il était également préposé au nettoyage de vêtements déjà portés. Par ailleurs, de nombreux termes qualifiant des artisans préposés au lavage d’étoffes sont attestés dans le monde grec, sans qu’ils renvoient toujours exactement aux mêmes réalités. Il convient donc de revenir à présent sur ces diverses questions sémantiques et techniques.

    Foulons et autres artisans préposés au lavage des textiles : quelques réflexions sémantiques et techniques

    34En effet, époques grecque et romaine confondues, dans les textes provenant de tous les horizons de l’Orient grec, pas moins de dix-sept termes différents sont employés pour désigner un artisan – homme ou femme – préposé au lavage de textiles75 : gnapheus (γναφεύς) ou knapheus (κναφεύς)76, gnaphè (γνάφη), gnaphissa (γνάφισσα), plyneus (πλυνεύς), plyntria (πλύντρια) et stibeus (στιβεύς) sont les plus couramment utilisés ; érioplytès (ἐριοπλύτης), linoplytès (λινοπλύτης) et plytès (πλύτης) apparaissent à partir de l’époque impériale, tout comme sapoulanas (σαπουλανᾶς) et phoullôn (φούλλων), translittérations directes de termes latins ; enfin, déphidastès (δεφιδαστής), phaidryntria (φαιδρύντρια), plysimarios (πλυσιμάριος), psilagnaphos (ψιλάγναφος), psygmognapheus (ψυγμογναφεύς) et épignapheus (ἐπιγναφεύς) se distinguent chacun dans notre documentation comme autant d’hapax. Dès lors, il convient au préalable de déterminer si tous ces termes étaient synonymes et interchangeables – relevant de différences dialectales ou d’habitudes langagières propres à une époque ou à une région particulière du monde grec –, ou bien s’ils décrivaient des réalités différentes, qui reflèteraient alors une certaine spécialisation des activités et éventuellement une évolution dans le temps de cette spécialisation.

    Knapheus versus plyneus : le double aspect du métier de foulon

    35Knapheus (κναφεύς), formé sur la racine du mot qui existait déjà en mycénien, désigne en grec le « foulon77 ». Ce terme apparaît pour la première fois dans nos sources sous la plume d’Ésope, qui fait d’un foulon le personnage principal de l’une de ses fables, aux côtés d’un charbonnier78. Ce métier est également mentionné dans trois inscriptions athéniennes datant de la deuxième moitié du vie s. av. J.-C. : il s’agit de trois consécrations retrouvées sur l’Acropole faites par deux foulons, Polyklès et Simon, ainsi que par Polyxénos, le fils du foulon Mnesôn79. Dans la même série d’offrandes, Smikythé, se désignant comme plyntria – ou « laveuse » –, a consacré un piédestal pour un bassin en marbre au tout début du ve s. av. J.-C.80. Une plyntria a également pour tâche de nettoyer des étoffes. Se pose alors la question de l’emploi de termes différents à Athènes à la fin de l’époque archaïque qui, en toute logique, devraient renvoyer à des activités différentes, même si, comme l’a déjà souligné Pollux, ils évoquent tous le fait de « laver les vêtements81 ».

    36Il ne semble pas que cette différence de vocabulaire reflète uniquement une division genrée des tâches – bien qu’il soit évident, à la lecture de nos sources, que le foulage était un métier d’abord et avant tout masculin. En effet, d’une part, plusieurs hommes « laveurs » (plyneis) sont attestés dès l’époque classique, à l’image d’Onèsimos, dont le métier est signalé sur son épitaphe82, ou encore des laveurs professionnels mentionnés dans au moins deux papyrus de l’époque lagide83. D’autre part, on connaît également quelques femmes foulonnes, à l’instar de la nourrice d’Oreste qui se revendique « knapheus et nourrice » (κναφεὺς τροφεύς τε) dans une tragédie d’Eschyle, d’une certaine Agèsagora, gnaphè, condamnée par la cité de Nèsos (Mysie) à 1 statère d’amende, ou encore d’Anagylla et Sibylla, qui ont interrogé l’oracle de Dodone à propos d’une affaire concernant la plainte d’une cliente84. Plusieurs foulonnes sont également mentionnées dans des papyrus et ostraka égyptiens de l’époque impériale, l’une d’elles ayant reçu un salaire en artabes de céréales, tout comme Hatrès rétribué en tant que plysimarios85. Ce dernier terme n’est attesté que dans un autre texte, tardif, mais on peut conjecturer qu’il désignait également un « laveur » professionnel86. Aussi peut-on supposer, comme nous allons le démontrer, que ces différences de vocabulaire reflétaient plutôt une distinction dans la nature des activités concernées et des textiles traités, et donc, dans la spécialisation des artisans.

     

    37Dans Le Politique de Platon, l’art du foulon (knapheutikè technè) est ainsi défini par l’Étranger dans son dialogue avec Socrate87 :

    « Et l’art de fouler en général (κναφευτικὴ σύμπασα) et l’art de ravauder, soutiendrons-nous qu’ils n’ont rien à voir avec le soin ni l’entretien du vêtement, ou bien dirons-nous que ce sont là autant d’arts de tisser ? – En aucun cas. – Et cependant, tous ces arts disputeront à l’art du tissage la capacité à soigner et à confectionner les vêtements (ἡ γένεσις ἡ τῶν ἱματίων) (…). – Assurément. (…) – Et l’art de laver (ἡ πλυντική), l’art de remettre en état (ἡ ἀκεστική) et tout autre art se rapportant au soin du vêtement (πᾶσα ἡ περὶ ταῦτα θεραπευτική), puisque l’art de l’apprêtage est si vaste, il est tout à fait raisonnable de les embrasser tous comme constituant une partie de ce dernier, sous le nom général d’art de fouler (ἡ τέχνη ἡ κναφευτική) ».

    38Deux aspects importants ressortent de cette définition. D’une part, il apparaît clairement que l’art du foulon était bel et bien considéré par les Anciens comme à l’origine de la production de vêtements – au sens fort du terme (génésis) –, constituant donc une étape de la chaîne opératoire de la production textile, au même titre que l’art du tissage ou l’art de coudre. D’autre part, selon cette même définition, le lavage (plyntikè) faisait partie des activités du foulon, mais ne constituait que l’un des nombreux aspects de son savoir-faire. Ce passage a le mérite de montrer que, dans le monde grec aussi, l’activité du foulon comprenait bien à la fois la finition des étoffes et leur lavage après la vente. Les autres attestations textuelles ne font que renforcer cette constatation, évoquant le foulon tantôt comme celui chez qui on va récupérer ou acheter un vêtement neuf, venant d’être apprêté, tantôt comme celui à qui l’on confie son vêtement sale pour le nettoyer, à la manière du méfiant, de l’avare et du cupide des Caractères de Théophraste, ou encore de Diogiton selon Lysias88 :

    « Le méfiant : (…) Il est homme encore à confier son manteau (himation) non au meilleur artisan, mais partout où il obtiendra la meilleure garantie de la part du foulon89 ».

    « L’avare : (…) Il reste enfermé chez lui chaque fois qu’il a donné son manteau (himation) à nettoyer90 ».

    « Le cupide : (…) A-t-il donné son manteau (himation) à nettoyer, il emprunte celui d’une connaissance et laisse passer plusieurs jours, jusqu’à ce qu’on le lui réclame91 ».

    « (…) pour les chaussures, les vêtements (himatia) amenés à la foulerie et le barbier, il n’a pas tenu de comptes mensuels ni même annuels, mais il a compté de manière globale, pour l’ensemble de la période, plus d’un talent d’argent92 ».

    39Ce double aspect du métier ressort très clairement des diverses comédies d’Aristophane : alors que, dans Les Guêpes, Philocléon se plaint d’avoir dû donner 3 oboles au foulon pour nettoyer son habit après avoir mangé du poisson frit, dans l’Assemblée des femmes, selon la proposition d’un certain Évéon, il faudrait, pour sauver la cité et les citoyens, que les foulons fournissent gratuitement des manteaux (chlainai) neufs à ceux qui en ont besoin93. Les sources insistent également sur le fait que le foulon était celui qui blanchissait les vêtements. Déjà dans la fable d’Ésope, le foulon refuse la proposition du charbonnier de partager la même habitation en lui tenant ces propos : « Mais pour moi cela est totalement impossible : car ce que moi je blanchirai (leukainô), toi tu le noirciras de suie94 ». C’est cette même tâche du foulon qui est rappelée dans la métaphore employée pour évoquer la transfiguration de Jésus devant ses apôtres, et dont « les vêtements devinrent resplendissants, d’une telle blancheur qu’il n’est pas de foulon sur terre qui puisse blanchir ainsi95 ». C’est également la définition qu’une Scholie à Aristophane donne du foulon : « fouler (knapheuein) est un terme attique : c’est-à-dire laver, de sorte que les étoffes blanches paraissent comme neuves96 ».

     

    40Il en va exactement de même en Égypte. De nombreux papyrus et ostraka font en effet état de dépenses liées soit aux vêtements apportés chez le foulon pour les nettoyer97 – et qui peuvent, au passage, avoir été mal foulés, comme le rappelle une lettre provenant d’Oxyrhynchos98 –, soit à l’achat de vêtements neufs commandés à tel ou tel foulon, des chlamydes pour l’armée par exemple99, ou provenant de l’atelier du foulon (apo gnapheiou)100. Ce dernier papyrus mentionne par ailleurs l’achat de deux chitônes blancs, d’une couverture et d’himatia blancs, tous « non foulés » (agnaphoi)101. Ce terme revient régulièrement dans notre documentation102, indiquant un processus économique complexe dans les différentes étapes de production et de vente du textile, sur lequel nous reviendrons. Il était ainsi possible d’acheter des étoffes non foulées, afin probablement de choisir ensuite la série d’opérations de « finition » que l’on souhaitait leur faire appliquer : lainage (?), foulage, blanchiment ou teinture103.

    41La double activité des foulons explique sans doute la distinction qui est faite, dans différents comptes domestiques du iiie s. av. J.-C., entre les sommes modiques versées au foulon pour « les frais de lavage » (plyntra) – correspondant vraisemblablement au nettoyage d’un vêtement déjà porté – et celles, beaucoup plus importantes, versées pour « les frais de foulage » (gnaptra), probablement celui d’un vêtement neuf104. Il existe aussi un verbe désignant le fait de remettre en état une étoffe en la foulant (anaknaptô), indiquant clairement ici l’opération de foulage qui intervient dans un second temps, une fois les vêtements déjà portés105, et correspondant à l’akestikè, ou « l’art de remettre en état », évoquée par Platon. À l’inverse, on prenait bien soin de préciser, dans les comptes et inventaires, le fait que des étoffes sortaient pour la première fois de chez le foulon (prôtognaphoi), et qu’elles étaient par conséquent « toutes neuves106 ».

    42Et de fait, les papyrus des archives de Zénon indiquent qu’en Égypte au iiie s. av. J.-C., des tisserands envoyaient parfois directement les vêtements qu’ils venaient de confectionner au foulon, qui se chargeait ensuite de les livrer aux clients. Ainsi, le foulon Agathôn écrit à Zénon avoir reçu de la tisserande Mèstris une chlamyde et deux chitônes, dont l’un avec des manches, qu’il avait commandés ; il l’informe qu’il a fini de les traiter et lui demande à qui il doit les confier à présent afin qu’ils lui parviennent107. Il est donc clair que la tisserande et le foulon agissaient ici en tant que deux acteurs de la chaîne opératoire du textile pour la confection de vêtements neufs.

    43Par ailleurs, on pouvait également confier au foulon, pour leur finition, des vêtements neufs confectionnés au sein de l’oikos par des membres de la famille ou des esclaves, ou par des professionnels qui travaillaient à domicile. En Égypte, les lettres et comptes domestiques conservés sur des papyrus gardent en effet la trace de telles transactions (tabl. 5)108. À Philadelphie par exemple, un certain Cléôn informe Zénon avoir reçu du même Agathôn des « chaussettes », qu’il lui avait probablement donné à traiter ; il lui demande également que le foulon rende « souples et légères » deux brassières et qu’il les envoie à son épouse109. Il est possible que ces pièces de lingerie aient été fabriquées au sein de l’oikos de Cléôn : le foulon se chargeait ensuite des tâches de finition pour les rendre douces et éviter qu’elles ne provoquent des démangeaisons sur le corps. Par ailleurs, si l’on s’intéresse à l’ordre dans lequel les dépenses sont enregistrées, on constate par exemple que, dans un foyer de l’Arsinoïte, on a tout d’abord versé à un tailleur (ἠπητής) la somme de 315 drachmes pour la confection d’un chitôn de lin, puis de 310 drachmes à un foulon (tabl. 5, no 7, l. 53 et l. 66)110 ; tandis qu’à Memphis, Apollônios informe son père qu’il a payé la couturière (ἐπητρία [sic]) 40 drachmes, puis le foulon 80 drachmes (tabl. 5, no 8, l. 10). Au iie s. apr. J.-C., un compte enregistre le salaire versé pour le tissage d’un chitôn, ainsi que l’achat du fil, avant d’indiquer la somme versée au foulon (tabl. 5, no 17, l. 6, 7 et 13). Une autre liste de dépenses permet de repérer toutes les étapes de la chaîne opératoire du textile (tabl. 5, no 18, l. 12-19) : est en effet d’abord indiqué l’achat de la laine pour un manteau (pallion) ; vient ensuite la mention à deux reprises du salaire versé au tisserand et celle des dépenses du tisserand ; sont enfin enregistrées 2 drachmes pour le paiement du foulon. Tous ces exemples témoignent bien de l’ampleur des activités des foulons, qui pouvaient nettoyer des vêtements sales, blanchir des tissus, participer à la finition d’étoffes tout juste tissées et pas encore transformées, ou à celle de vêtements déjà confectionnés.

     

    44Toutefois, si le knapheus exerçait bien une activité de nettoyage des étoffes sales ou qui avaient besoin d’être blanchies ou ravivées, quel était alors le rôle du plyneus et était-il différent ? La réponse semble résider dans le fait qu’on ne confiait pas le même type de tissus à l’un et à l’autre et qu’ils n’exerçaient pas exactement le même type d’activités111. Le foulon était chargé de nettoyer les étoffes en laine (himatia et chlainai essentiellement) ou délicates (en soie par exemple)112, nécessitant, comme nous le reverrons, l’ajout de substances alcalines et autres détergents, et un traitement spécial comprenant différentes étapes pour leur rendre souplesse et lustre. C’est en ce sens que Platon utilise l’art de la foulerie comme métaphore de la katharsis du corps, car le foulon épure les étoffes à la manière dont la gymnastique et la médecine épurent le corps113. Le plyneus en revanche devait se charger de la lessive quotidienne, du linge ordinaire en fibres végétales (lin et chanvre essentiellement), ne nécessitant qu’un lavage à l’eau et éventuellement à la saponaire, sans étapes supplémentaires autres que le séchage114. Rappelons que c’est sur la même racine qu’est formé le nom du festival des Plyntèria à Athènes, qui avait lieu chaque année le 25e jour du mois de Thargélion et au cours duquel on lavait les vêtements de la statue d’Athéna. Le métier de plyneus semble toutefois beaucoup moins répandu que celui de knapheus, probablement parce que la lessive était en général réalisée par les femmes et les esclaves dans le cadre de l’oikos, dans des vasques ou des fontaines, comme on l’observe sur plusieurs représentations iconographiques (pl. I‑II)115.

    45Déjà chez Homère, ce sont les femmes qui lavent le linge dans des lavoirs (plynoi)116. De même, pour Socrate, le fait que chacun tisse et lave son propre vêtement relève en quelque sorte des activités domestiques117. C’est sans doute pour cette raison que l’on retrouve également, de Kéos à Pergame, des règlements interdisant de laver le linge dans telle ou telle source ou fontaine publique, afin de conserver la pureté de l’eau et la propreté des lieux118. Il est à noter par ailleurs qu’il n’existe pas de mot en grec pour désigner l’atelier du plyneus, à l’inverse du foulon, qui exerçait dans un knapheion. Ces laveurs et laveuses semblent avoir exercé de manière individuelle, peut-être à domicile, ou à plusieurs le long de cours d’eau, à l’instar de ces douze laveurs et laveuses qui, au milieu du ive s. av. J.-C., ont érigé une stèle dans le sanctuaire de Pan, d’Achéloos et des Nymphes, et qui travaillaient sur les bords de l’Ilissos à Athènes119.

    46La distinction quant à la nature des textiles nettoyés par les uns ou les autres ne doit cependant pas être établie de manière tranchée et définitive. Dans la liste des articles amenés chez le gnapheus, un papyrus provenant des archives de Zénon mentionne, par exemple, aux côtés d’étoffes en laine – chlamydes, himatia et manteaux doublés –, des sindones et des chitônes, habituellement fabriqués en lin120. Par ailleurs, de nombreux textes ne précisent pas le type de vêtements apportés à la foulerie, se contentant souvent du terme générique himatia (τὰ ἱμάτια), ce qui ne nous permet pas de définir avec précision la matière des étoffes concernées121.

    47Quoi qu’il en soit, les laveurs comme les foulons pouvaient nettoyer des vêtements, mais pas les mêmes ni selon les mêmes techniques ni dans les mêmes conditions ; c’est pourquoi leurs métiers n’étaient pas considérés sur le même plan. Aucun texte en effet ne mentionne « l’art des laveurs » ni ne détaille leurs tâches, ce qui signifie sans doute qu’elles étaient simples et à la portée de tous, ne nécessitant pas de savoir-faire technique particulier, puisque réalisées au quotidien au sein des oikoi. Au contraire, le foulon possédait une technè, manière de lui reconnaître une compétence technique particulière qui nécessitait un apprentissage et qui n’était pas accessible à tout le monde122. De même, le foulon pouvait participer à la chaîne opératoire de la production textile, tandis que le laveur professionnel se contentait d’intervenir dans un second temps, pour nettoyer des tissus sales ou des vêtements déjà portés. Cette distinction sémantique et technique faite, il nous faut à présent en considérer une seconde, propre au contexte égyptien.

    Gnapheus versus stibeus : un degré de spécialisation plus grand en Égypte ?

    48À l’époque hellénistique en effet, treize papyrus – provenant essentiellement du nome Arsinoïte, mais aussi de Kynopolis et du nome Diospolite –, mentionnent, aux côtés des gnapheis, des artisans nommés « stibeis » (στιβεῖς)123. Ce vocable, encore attesté à l’époque impériale dans trois autres papyrus provenant des nomes Arsinoïte et Oxyrhynchite124, n’existe nulle part ailleurs dans le monde grec. Il est formé sur le radical stib– désignant le fait de piétiner, de fouler. La distinction entre les activités et le statut des foulons que recouvrent ces deux termes n’est pas simple à établir, car ils ne sont jamais employés en même temps dans un même document, à l’exception d’un seul, tardif, et qui plus est, douteux, car l’un des termes est restitué. Il pourrait donc s’agir, a priori, d’une différence dialectale ou régionale de vocabulaire, stibeus et gnapheus étant utilisés indifféremment pour désigner un foulon. Toutefois, la situation paraît plus complexe.

    49Tout d’abord, dans les villes et nomes où sont attestés des stibeis, on trouve exactement à la même époque des papyrus mentionnant également des gnapheis : les deux termes étaient donc utilisés de manière concomitante au sein des mêmes agglomérations, ce qui tendrait à prouver qu’ils désignaient des réalités différentes125. Ensuite, dans les papyrus où le terme stibeus est employé, il désigne toujours le foulon chez qui l’on apporte son vêtement à nettoyer, jamais celui foulant une étoffe neuve. Ainsi à Philadelphie, une liste de dépenses domestiques datant du milieu du iiie s. av. J.-C. mentionne, au milieu de l’achat de denrées diverses, la somme de 1,5 obole versée au foulon (stibeus) pour le nettoyage de coussins126. Il en va de même dans trois papyrus datés de 217 av. J.-C. qui traitent de l’affaire concernant la plainte du foulon (stibeus) Péteuris pour agression dans son atelier (stibeion)127. Comme le prouve ce dernier exemple, le stibeus possédait lui aussi un atelier dans lequel il nettoyait les vêtements qu’on lui apportait. C’était encore le cas à l’époque impériale, comme l’indiquent une lettre retrouvée à Tebtynis dans laquelle la destinatrice est enjointe à aller récupérer son voile à l’atelier du foulon (apo tou stibèou [sic]), ou encore un papyrus provenant de l’Oxyrhynchite mentionnant l’activité d’un atelier de foulons (épi ergasias stibeiou)128. Enfin, Anubios écrit dans une lettre à Flavius qu’il a donné son manteau (phainolè) afin qu’il le fasse envoyer à l’atelier du foulon (eis to stibeion)129.

    50Néanmoins, le stibeus n’était pas un simple laveur de vêtements. En effet, un registre de taxes provenant de Kynopolis, daté de 244/3 av. J.-C., distingue sur plusieurs mois des sommes versées pour une taxe « sur le lavage » (plynou) et celles pour une taxe « sur le foulage » (stibou)130. Les stibeis ne payaient pas les mêmes taxes que les plyneis, ce qui confirme qu’ils n’exerçaient pas la même activité ; sans doute, car encore une fois, on ne leur confiait pas le même type d’étoffes à nettoyer. Les exemples susmentionnés indiquent que le stibeus traitait des vêtements délicats : sont signalés en effet des coussins et un voile (maphortès), ou encore deux types différents de manteaux en laine (himation et phainolè).

    51Mais le stibeus ne semble pas non plus avoir été un simple équivalent du gnapheus. D’après une liste de taxes provenant de l’Arsinoïte et datée d’environ 276 apr. J.-C., les teinturiers payaient 24 drachmes par mois de « taxe sur les métiers » (cheirônaxion), tandis que les foulons (gnapheis) – si le terme restitué est correct – devaient payer 16 drachmes ; en revanche, les stibeis ne payaient que 8 drachmes, même somme que les boulangers, tandis que les parfumeurs devaient verser 60 drachmes et un vendeur de lentilles 100 drachmes131 (!). Le fait que les stibeis paient un montant deux fois inférieur à celui versé par les gnapheis indique qu’ils ne pratiquaient pas exactement la même activité, ou pas de la même manière132.

    52On pourrait dès lors émettre l’hypothèse que, dans certaines régions d’Égypte, le stibeus était un foulon spécialisé, dont la tâche consistait uniquement à nettoyer et à remettre en état des vêtements ou étoffes sales, mais qu’il n’intervenait jamais dans la chaîne opératoire de la production textile. Le gnapheus en revanche, comme dans le reste du monde grec, aurait exercé les deux, ou bien se contentait d’intervenir dans la finition des étoffes133. La différence entre les activités pratiquées par le gnapheus et le stibeus serait en réalité de même nature que celle observée à Pompéi entre les teintureries de grand-teint (officinae infectoriae), intervenant dans la chaîne opératoire de la production textile, et les teintureries de petit-teint (officinae offectoriae), intervenant seulement dans un second temps, pour rafraîchir les couleurs de vêtements déjà portés. Si cette hypothèse s’avère correcte, l’utilisation de deux termes différents en Égypte ne relèverait aucunement d’une différence régionale de vocabulaire ; ces deux mots désigneraient bien deux types d’artisans dont le statut social et la place dans la chaîne opératoire du textile différaient. Le stibeus apparaît ainsi comme un artisan un peu moins qualifié, spécialisé dans quelques tâches seulement et ne participant pas à la chaîne opératoire du textile. D’ailleurs, ce terme a été utilisé à l’époque hellénistique uniquement pour désigner les foulons qui opéraient dans des villages, bourgs ou agglomérations de l’Arsinoïte (Lysimachis, Trikomia, Lagis, Boubastos, Tebtynis, Philadelphie), mais jamais dans une métropole. Peut‑être parce que dans les villages, les foulons se contentaient de nettoyer des vêtements sales, faute de production textile importante dans ces communautés ? Toutefois, dans de grandes agglomérations comme Philadelphie et Tebtynis, où la production textile était importante en raison du grand nombre d’ateliers de tissage qui y ont été implantés dès l’époque ptolémaïque134, on a pu ressentir le besoin d’ouvrir des ateliers secondaires pour permettre aux foulons qui s’occupaient du finissage des étoffes (gnapheis), plusieurs fois attestés dans les sources, de davantage se concentrer sur la production textile135.

     

    53Soulignons également qu’à l’époque hellénistique, tous les stibeis dont nous connaissons le nom étaient exclusivement des Égyptiens136, tandis que tous les gnapheis étaient des Grecs137, à l’exception de ceux mentionnés dans un papyrus provenant de Thèbes, mais un peu plus tardif (113 av. J.-C.), portant des noms égyptiens138. La différence de termes pourrait ainsi recouvrir également une différence de statut et d’origine ethnique, le stibeus étant considéré comme de statut inférieur139. Par ailleurs, toujours dans le Fayoum, dans un registre de taxes bilingue provenant du district (méris) de Themistos et datant de 229 av. J.-C., on a séparé dans le résumé en démotique les « foulons » (rḫṱ) et les « foulons grecs » (rḫṱ Wynn), expression qui apparaît de nouveau pour désigner deux foulons de Philotéris, mais pour laquelle nous n’avons jamais la traduction en grec140. Comme le rappellent W. Clarysse et D. J. Thompson, il est peu vraisemblable que cette expression renvoie à une différence entre les méthodes grecques et égyptiennes de foulage. En revanche, il semble que l’on désignait par-là une différence de statut du point de vue fiscal141. Il est éventuellement possible d’aller plus loin dans l’interprétation : cette différence de vocabulaire en démotique recouperait exactement la distinction faite en grec, le stibeus étant toujours égyptien, le gnapheus étant, du moins à l’origine, toujours grec.

    54On ne peut toutefois totalement exclure que ces deux termes, gnapheus et stibeus, désignant des réalités différentes au départ, soient devenus peu à peu interchangeables dans le langage commun à partir de l’époque impériale142. En tout cas, en 276 apr. J.-C., Grecs comme Égyptiens sont mentionnés côte à côte au sein des stibeis dans la liste de taxes susmentionnée143.

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    55Ainsi, les plyneis, les stibeis et les knapheis étaient tous des artisans préposés au nettoyage des textiles, mais ils n’exerçaient pas tous exactement le même type d’activités ni n’avaient le même statut social ; et surtout, ils ne jouaient pas tous le même rôle dans la chaîne opératoire de la production textile. Nous reviendrons sur les autres désignations que nous avons évoquées précédemment, essentiellement attestées à partir de l’époque impériale. Mais au terme de cette première analyse, nous pouvons d’ores et déjà constater qu’il existait un degré de spécialisation différent entre ces divers « laveurs » d’étoffes, dénotant une certaine forme de division du travail dans ce secteur de l’artisanat et une organisation économique plus complexe qu’il n’y paraissait au premier abord. Nous avons par ailleurs noté que les activités du foulon ne se limitaient pas au simple lavage des étoffes, mais qu’elles étaient beaucoup plus complexes et comprenaient un bien plus grand nombre d’opérations, sur lesquelles il convient à présent de revenir.

    La chaîne opératoire de la foulerie d’après les sources textuelles grecques

    56Que peut-on restituer des activités du foulon dans l’Orient grec ? Depuis la fin du xixe siècle, de nombreux chercheurs se sont essayés à restituer le plus rationnellement possible la séquence des opérations nécessaires au traitement des étoffes dans un atelier de foulons. Mais, comme l’ont déjà souligné M. Bradley et M. Flohr, nos sources sur la question sont presque uniquement textuelles et souvent très allusives ; et tenter de dégager un schéma général valable pour toutes les fouleries du monde antique, avec une mise en séquence précise et figée de toutes les étapes de la chaîne opératoire, relève tout bonnement de la chimère144. En effet, il convient de toujours garder à l’esprit que les opérations variaient en fonction de la taille des ateliers, de leurs installations, du type, de la matière et de la qualité des étoffes à traiter, des produits à disposition localement ou à l’importation, et que, de surcroît, toutes n’ont pas laissé de traces. Par ailleurs, pour le monde grec – et contrairement au monde romain –, seule une représentation iconographique de cette activité nous est parvenue, qui plus est, très fragmentaire (fig. 1).

    Figure 1. Fragments d’un skyphos attique à figures noires représentant probablement des foulons au travail.

    Deuxième moitié du vie s. av. J.-C. ; Athènes, Musée National Archéologique, no 1271a-b.

    Dessin E. Le Quéré, d’après Graef, Langlotz, Hartwig 1925, pl. 74, no 1271a-b.

    57Il s’agit de deux petits fragments restaurés d’un skyphos attique à figures noires provenant de l’Acropole d’Athènes. On y observe trois jeunes hommes, chacun coiffé d’un couvre-chef, une sorte de pilos arrondi et orné, typique des bonnets que portaient certains artisans145. Deux d’entre eux, dont seule la tête est conservée, se tiennent debout ; le troisième en revanche est penché, torse nu, un vêtement noué à la taille, les bras entièrement plongés dans un récipient à large ouverture. Au-dessus d’eux, des vêtements – chitônes ou himatia –, rehaussés de blanc par le peintre, sont accrochés à une corde. Comme l’ont déjà noté les spécialistes, nous avons sans doute ici la représentation d’artisans nettoyant des étoffes, celui penché au-dessus de la vasque procédant probablement à leur rinçage146. Mais force est de constater que le caractère très fragmentaire de cette scène ne permet pas d’aller très loin dans l’interprétation ni de restituer les opérations effectuées dans un atelier de foulons. De même, aucun texte ne nous décrit avec précision les séquences opératoires ni les gestes du foulon ; seul un passage du Corpus Hippocratique traite de quelques-unes de ces opérations, mais sans qu’elles rendent compte de l’ensemble de la chaîne opératoire147. Par conséquent, nous ne pouvons présenter ici que quelques observations générales, qui ne doivent en aucun cas occulter la diversité et l’hétérogénéité des réalités antiques.

    Foulage et battage (?)

    58Dans toutes les civilisations antiques, quelles qu’elles soient, le foulage consistait en une forme d’agitation des étoffes mouillées – en les pétrissant, les battant ou les piétinant – afin d’y faire pénétrer divers détergents et substances alcalines, et ainsi en dissoudre les graisses et les éventuelles saletés qui s’y étaient infiltrées pendant les phases de filage et de tissage, mais aussi parfois pour en renforcer la résistance en resserrant les fibres du tissu et en accroître l’imperméabilité148. Toutes les sources romaines prouvent que, dans le monde romain, cette opération était réalisée en foulant les étoffes aux pieds149. Mais bien que Pline l’Ancien attribue l’invention de l’art du foulon à un Grec, un certain Nicias de Mégare150, comment être sûr qu’il en allait de même dans le monde grec, en particulier avant l’époque impériale ? Dans des textes mésopotamiens, égyptiens hiéroglyphiques ou encore dans le Talmud, par exemple, le foulage est décrit comme réalisé à l’aide d’une vasque ou d’une bassine remplie d’eau, d’un long bâton ou perche pour remuer la laine, et d’une batte spécifique pour battre le tissu151. Bien que le foulon soit mentionné dans des documents mycéniens, aucun ne dépeint le processus de foulage ; cependant, les vestiges de fouleries datant de l’âge du Bronze présentent très clairement des installations pour le foulage aux pieds et prouvent que, dans le bassin égéen, les étoffes étaient donc foulées à cette époque selon ce procédé152.

    59Pour les périodes suivantes, un passage éclairant de l’Odyssée peut être convoqué : le poète y relate un épisode au cours duquel Nausicaa se rend avec ses servantes au bord du fleuve pour nettoyer les vêtements luxueux de son mariage153 :

    « Elles atteignirent alors le cours du fleuve aux belles eaux. Là se trouvaient les lavoirs, pleins toute l’année (ἔνθ᾽ ἦ τοι πλυνοὶ ἦσαν ἐπηετανοί) ; une belle eau en jaillissait en abondance, à même de nettoyer le linge le plus sale. Elles détachèrent les mules du char et, les conduisant le long des remous du fleuve, les firent paître le chiendent à la douceur du miel. Elles ôtèrent alors à brassées le linge du char et le portèrent dans l’eau sombre, puis, rivalisant à l’envi, le foulèrent dans les trous (στεῖβον δ᾽ ἐν βόθροισι). Quand elles l’eurent lavé et purifié de toute saleté, elles l’étendirent en ligne le long du rivage de la mer, surtout là où le flot, battant la grève, lavait les galets. »

    60Malgré l’aspect épique et poétique de ce passage, et le fait que la scène se passe au bord d’un fleuve uniquement entre femmes et non dans un atelier, nous avons ici la première attestation littéraire du geste du foulon qui foule le linge aux pieds (steibô)154, et qui le met ensuite à sécher dans un lieu balayé par les vents. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce passage est à ce jour l’un des seuls de la littérature grecque à décrire un peu en détail des opérations qui ont pu correspondre à celles réalisées par les foulons. Ce geste est également reproduit sur les deux représentations iconographiques qui illustrent cette scène homérique, provenant de deux vases attiques à figures rouges (pl. III, nos 1-4). L’une des compagnes de Nausicaa est à chaque fois dépeinte en train de piétiner une étoffe155 : sur l’amphore (nos 1-2), la femme représentée entre le rocher et l’arbre sur lequel le linge est mis à sécher, piétine un vêtement tout en le frottant ou en l’essorant de ses mains ; sur la pyxis (nos 3-4), une des femmes est dépeinte pieds nus, chitôn retroussé au-dessus des genoux, occupée là encore à piétiner plusieurs étoffes. Notons enfin que les termes stibeus et stibeion, employés dans les papyrus pour faire référence à certains foulons et à leurs ateliers en Égypte, insistent sur le geste même de fouler aux pieds.

    61Par ailleurs, dans le traité hippocratique Du régime, une analogie est faite entre le corps humain et l’activité des foulons, ainsi décrite156 :

    « Les foulons procèdent de la même manière : ils piétinent (λακτίζω), battent, lacèrent ; en maltraitant (les étoffes) pour les nettoyer, ils les rendent plus fortes, en rasant le duvet superflu et en entrelaçant les fils, ils les rendent plus belles ».

    62Le verbe employé par Hippocrate, laktizô, dénote de nouveau le fait de piétiner les étoffes157. C’est ce même terme qui est encore employé au tout début du ve s. apr. J.‑C. par Synésios de Cyrène dans sa « lettre ouverte » au meurtrier de son frère. En comparant l’art de traiter les âmes à celui des foulons traitant les vêtements sales, l’auteur pose la question suivante : « Mais si ces vêtements étaient doués de sentiments, au prix de quelles souffrances seraient-ils piétinés (laktizoména), nettoyés au natron et peignés dans tous les sens158 ? » Enfin, le poète comique Cratinos emploie un autre verbe, sympateô, pour désigner le fait de fouler aux pieds, dans une métaphore malheureusement peu claire en raison du caractère fragmentaire du texte : « afin de vraiment bien lacérer (κνάπτω) à coup de fouet, avoir piétiné (συμπατέω) auparavant159 ». Tout prouve donc que, dans le monde grec, les étoffes étaient bel et bien foulées aux pieds.

     

    63Dans le passage précédemment cité, Hippocrate affirme que les foulons battaient (κόπτω) également les tissus après les avoir piétinés160. Cet extrait est malheureusement le seul à faire référence à cette étape, mais il laisse supposer que des opérations supplémentaires pouvaient avoir lieu avant, après ou à la place du foulage aux pieds, à savoir qu’on soumettait les étoffes au battage, peut-être en fonction du type de tissu à traiter ou de son degré de saleté, tout comme cela se faisait par ailleurs en Mésopotamie et en Égypte pharaonique.

    64Cette pratique est encore attestée à Jérusalem au ier s. apr. J.-C., si l’on en croit l’histoire du martyre de Jacques le Mineur – surnommé le Juste –, « frère de Jésus » et probablement l’un des douze apôtres, qui fut le chef de file de l’Église judéo-chrétienne de Jérusalem à partir de 44 apr. J.-C.161. Ce martyre, relaté brièvement par Flavius Josèphe dans les Antiquités Judaïques, est décrit dans les détails par Eusèbe de Césarée, qui reprend in extenso le passage provenant du cinquième livre des Mémoires d’Hégésippe consacré à ce sujet162. Ces différents auteurs rapportent qu’en 62 apr. J.-C., Anan, le grand-prêtre de Jérusalem, a profité de la mort de Festus, le procurateur de Judée, et de l’absence de son successeur, pas encore arrivé, pour réunir le Sanhédrin. Jacques fut accusé d’avoir transgressé la loi et condamné à la lapidation. D’après Hégésippe, il fut d’abord jeté du haut du Temple, puis lapidé. Comme il n’était toujours pas mort, il se serait agenouillé en priant pour ceux qui étaient en train de le lapider, lorsque « l’un d’eux, un des foulons, prit le bâton (xylon) avec lequel il exprimait (les graisses) des vêtements et frappa le Juste à la tête, qui mourut en martyre de cette façon163 ». C’est pourquoi Saint Jacques le Mineur est depuis représenté avec un bâton de foulon comme attribut, instrument symbole de son martyre, et qu’il a été choisi comme patron des chapeliers, qui feutraient la laine pour en fabriquer des chapeaux164. Ainsi, il est tout à fait probable que, dans certaines régions de l’Orient grec, le battage des étoffes ait fait partie des opérations réalisées par les foulons. Cette pratique a d’ailleurs perduré en Europe à l’époque médiévale, à tel point qu’en espagnol, au début de l’époque moderne, c’est le battage qui décrivait par métonymie l’ensemble du processus du foulage et qui a servi à désigner le foulon165.

    Rinçage et séchage

    65Une fois foulées, les étoffes devaient être rincées à l’eau claire pour en retirer les divers détergents et les substances qu’ils avaient dissoutes. Tout comme pour le monde romain166, aucune description ne nous est parvenue qui pourrait nous éclairer sur cette étape de rinçage dans le monde grec. Tout au plus peut-on supposer que c’est à cette activité que s’adonne l’homme représenté sur le fragment de skyphos susmentionné (fig. 1). De surcroît, contrairement à ce que l’on observe dans les ateliers de foulons de Pompéi ou d’Ostie, où de nombreux bassins de rinçage ont été retrouvés, ces derniers sont totalement absents des quelques vestiges de fouleries mis au jour dans le monde grec167. Il faut sans doute imaginer que cette étape était réalisée dans des bassins en bois ou en tout autre matériau périssable qui n’aurait pas laissé de traces, ou éventuellement dans des bassines en terre cuite – ce qui semble être le cas dans la scène représentée sur le skyphos – facilement réemployables, transportables et aux usages multiples.

    66Après avoir été rincées puis essorées, les étoffes étaient étendues à l’air libre – à la manière dont les femmes de l’entourage de Nausicaa le faisaient – ou dans un espace assez aéré pour permettre de les sécher. Cette étape ne nous est connue dans l’Orient grec que de manière indirecte, grâce à la mention à plusieurs reprises, dans un papyrus de la fin du iie s. av. J.-C., d’un lieu spécifiquement désigné à Arsinoé comme étant « l’espace de séchage des foulons », le psygmos gnaphéôn168. À l’époque impériale, un « foulon préposé au séchage (?) » (psygmognapheus) est également attesté, peut-être affecté à l’espace de séchage d’une foulerie ou spécialisé dans cette étape de la chaîne opératoire169. Ou trouve enfin, dans d’autres papyrus, la mention de la « cour du foulon » (γναφέος αὐλή) et du « toit (plat) de la maison » (ἐν τῶι τῆς [οἰκίας] δώματι) sur lequel un foulon avait le droit d’exercer son activité, autant d’espaces qui ont pu servir à l’étendage des étoffes et à leur séchage à l’air libre170.

    Lainage et tonte

    67L’étoffe avait désormais pris corps, ses fibres étant plus ou moins serrées, selon que le foulage et éventuellement le battage avaient été plus ou moins prolongés. Néanmoins, les opérations ne s’arrêtaient pas là : comme le prouvent les sources romaines, les étapes finales de la chaîne opératoire impliquaient généralement le peignage ou « lainage » des étoffes, ce dernier terme étant plus couramment employé de nos jours. Nous reprenons ici la description de ce processus proposée par les auteurs de l’ouvrage Industries textiles à la fin du xixe siècle, car elle a le mérite d’être claire et précise171 :

    « L’opération de lainage, ou garnissage, consiste à recouvrir les entrelacements réalisés par le tissage d’une couche duveteuse, empruntée au fil même et surtout à la trame, qui est toujours moins tordue que la chaîne. (…) Cette opération s’applique surtout aux draps, dont les poils sont froissés et mêlés en tous sens après l’opération du foulage. Le lainage amène les poils à la surface et les range parallèlement, de manière à former sur l’étoffe une couche de duvet homogène, d’égale hauteur, recouvrant les traces laissées par le croisement des fils ».

    68Aucune source ne nous décrit ni ne nous représente cette étape de finition dans le monde grec. Rappelons néanmoins que les noms grecs du foulon (knapheus) et de son atelier (knapheion) dérivent du terme knaphos (κνάφος) signifiant « peigne à épines, brosse, cardère », et que le verbe knaptô (κνάπτω) désigne le fait de peigner la laine à l’aide de cet instrument172. Notons également que tous ces termes descendent du vocable mycénien « ka-na-pe-u » qui, dans les tablettes en linéaire B, est systématiquement mentionné en rapport avec un processus technique impliquant de la laine d’ovin, jamais des fibres végétales173. Ainsi, si l’on en croit cette étymologie, ce serait le processus de peignage et de lainage des étoffes qui aurait donné son nom à la profession, et non celui du foulage aux pieds174. Cela rejoint les remarques formulées par M. Flohr, qui rappelle que le nettoyage aux détergents et le rinçage des étoffes n’étaient en fait que les étapes préparatoires d’un long processus, mais que la principale activité des foulons résidait sans doute dans les opérations de finition, et en particulier dans l’opération très délicate du lainage175.

    69Cette dernière était traditionnellement réalisée à l’aide d’un instrument garni de piquants (κνάφος), dont l’utilisation semble remonter à des temps très anciens et a encore perduré très largement aux époques médiévale et moderne176. Comme le précise une Scholie à Aristophane, « le knaphos est un objet épineux, avec lequel on griffe les vêtements177 ». Il s’agissait d’une sorte de brosse sur laquelle étaient fixés des chardons à foulon ou leurs épines, et qui devait ressembler à leurs équivalents médiévaux et modernes, dont de nombreux exemplaires sont parvenus jusqu’à nous. Comme on l’observe sur la fresque de Pompéi (fig. 2) et sur des représentations d’époque moderne (fig. 3-4), cette opération s’exécutait en suspendant l’étoffe à une barre et en la peignant de haut en bas, dans le sens des fils de chaîne et perpendiculairement à la trame, à l’aide de cet instrument.

    Figure 2. Opération de lainage d’une étoffe, d’après la fresque découverte dans la fullonica de L. Veranius Hypsaeus (VI 8, 2.20-21) à Pompéi.

    Dessin E. Le Quéré, d’après Daremberg, Saglio 1896, p. 1350.

    Figure 3. Représentations de foulons lainant des étoffes à l’aide de brosses garnies de chardons à foulon (début du xviie siècle).

    D’après Die Mendelschen Hausbücher der Nürnberger, II, Amb. 317b.2o Folio 80 recto [1611] et Amb. 317b.2o Folio 106 verso [1629].

    © Stadtbibliothek im Bildungscampus Nürnberg ; CC BY-NC-SA 4.0.

    Figure 4. Détail du vitrail représentant le travail de la laine, des drapiers et des foulons.

    Collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois ; chapelle des drapiers, xvie siècle.

    Cliché E. Le Quéré.

    70Cette étape avait bien lieu après le foulage aux pieds, comme le rappelle Pollux qui tente de redonner du sens à la métaphore de Cratinos, en la replaçant dans le cadre de sa section du lexique se rapportant au lavage des vêtements et aux foulons : « Et le piétinement (τὸ συμπατῆσαι) précède le lainage (τὸ κνάπτειν), comme le sous-entend Cratinos en jouant sur les mots : “afin de vraiment bien lacérer à coup de fouet, avoir piétiné auparavant”178 ». Dans cette métaphore, Cratinos joue en fait sur le double sens du verbe knaptô. Le nom knaphos désignait en effet également un instrument de torture – sans doute garni de piquants ou de pics, à l’image du peigne des foulons – avec lequel on lacérait ou déchiquetait le corps du condamné. Cela est par ailleurs confirmé par le lexicographe Timée qui, au iie s. apr. J.-C., définit le knaphos ainsi : « un instrument ayant des aiguillons disposés en cercle, avec lequel on met à mort ceux qui sont soumis à la torture : en effet, il ressemble au peigne des foulons179 ». D’après Hérodote, c’est cet instrument qui a été employé par Crésus pour mettre à mort son ennemi180. Par conséquent, le verbe knaptô en est venu à prendre également le sens de « déchiqueter, lacérer181 ». Ainsi, comme l’avait déjà remarqué H. Blümner, c’est très probablement cette opération de lainage qui est désignée par le verbe elkô dans le passage du traité hippocratique précédemment cité, à prendre dans le sens de « déchirer, lacérer » plutôt que dans celui traditionnellement admis de « tirer182 ». En effet, dans ce seul texte qui énumère avec un peu de précision les opérations réalisées par le foulon, il serait étonnant que ne figure pas celle qui a donné son nom même à la profession, à savoir celle qui consiste à griffer, à lacérer l’étoffe à l’aide du knaphos.

    71Par ailleurs, le chardon à foulon portait le même nom que l’instrument qui en était garni : knaphos183. Mais, si l’on en croit Galien, ce chardon pouvait également être appelé hippophaes, hippophéôs et stybos184. Il s’agit en fait de plantes d’espèces différentes – Carduacées ou Euphorbiacées – mais qui, toutes, possédaient des épines qui devaient servir à la fabrication des peignes à foulon. Cette affirmation est corroborée par la définition donnée par Dioscoride de l’hippophaes, qui est « ce avec quoi on peigne les étoffes » et de l’hippophaiston, « qui lui aussi est une espèce de chardon à foulon185 ». C’est ce qu’affirme également à trois reprises Pline l’Ancien à propos des peignes à foulon, ou aenae fulloniae186 : « ce qui croît sur le chardon à foulon (in spina fullonia) se nomme hippophaeston » ; « l’hippophaeston croît dans les épines dont sont faits les peignes des foulons187 ». Il mentionne également la racine de l’épine commune (spina vulgaris), sorte de chardon, « dont les peignes des foulons sont couverts », qui servait aux mêmes usages que la gomme arabique188. L’auteur de l’Histoire naturelle fait enfin référence aux peaux de hérissons comme étant utilisées pour lainer les étoffes (hac cute expoliuntur uestes) grâce à leurs piquants189. Cependant, cette pratique n’est pas attestée dans le monde grec190.

     

    72Le témoignage du Corpus Hippocratique évoque une opération supplémentaire qui consistait à raser ou à tondre (κείρω) le duvet superflu – ou « peluches » – qui s’était formé à la surface du tissu après la phase de lainage191. On ignore absolument tout de la manière dont cette opération était pratiquée dans le monde grec et avec quels outils, mais elle est également mentionnée par Lucien. Dans Les esclaves fugitifs en effet, le Maître – qui était un foulon – rappelle que son esclave, du nom de Cantharos, était capable d’exercer son propre métier (τέχνην τὴν ἐμήν) ; il décrit ainsi ce à quoi il l’employait : « assis dans mon atelier de foulons, il tondait (ἀποκείρω) tout le duvet superflu qui se forme à la surface des vêtements192 ». Dans certaines régions du monde romain, cette opération était réalisée à l’aide d’une grande paire de ciseaux, comme l’illustre bien la stèle de Sens (fig. 5) : au registre supérieur, un personnage tond, à l’aide de grands ciseaux, une étoffe suspendue à une traverse en bois. Cette pratique est par ailleurs bien documentée pour les époques médiévale et moderne : le même outil était utilisé, comme le montrent le vitrail de Semur-en-Auxois ou encore les diverses illustrations provenant des manuscrits de la Chartreuse de Nuremberg (fig. 3-4). De même, en Égypte protobyzantine, un certain Pataôr demande aux destinataires de sa lettre que, lors de leur venue, ils lui apportent les ciseaux (τὸ ψαλείδιον [sic]) car il les a promis au foulon193.

    Figure 5. Foulon tondant une étoffe à l’aide d’une grande paire de ciseaux ; registre supérieur d’une stèle funéraire provenant de Sens.

    iie s. apr. J.-C. ; Musée de Sens, no J 128.

    © Musée de Sens ; cliché J.-P. Elie ; CC BY-NC-SA 4.0.

    73Toutefois, cette opération n’est jamais représentée sur les différentes fresques de Pompéi illustrant les étapes de la chaîne opératoire de la foulerie ; cela empêche donc d’extrapoler à outrance ce que l’on peut observer sur un bas-relief impérial provenant de Gaule romaine ou ce qui est attesté à l’époque protobyzantine en Égypte. La tonte des étoffes dans le monde grec n’était par ailleurs sans doute pas une étape systématique de la chaîne opératoire – peut-être dépendait-elle de la qualité et du type de tissu traité – et pouvait être réalisée à l’aide d’autres types d’instruments. Néanmoins, le témoignage de Lucien prouve qu’il existait bien une division des tâches au sein des ateliers de foulons, avec certains artisans préposés aux activités délicates de finissage, qu’il s’agisse du lainage ou de la tonte. Et de fait, sont attestés à l’époque impériale, dans une inscription de Philadelphie (Lydie), des psilagnaphoi194. Ce terme, qui est un hapax, est généralement interprété comme désignant des « foulons préposés aux tapis » (psilai)195 ; il a également été traduit par différents chercheurs allemands par « Feinwalker », mais sans qu’ils explicitent leur choix de traduction196. Nous y verrions volontiers des « foulons préposés au finissage », le radical psilo– suggérant le fait de raser, d’épiler, de retirer des poils pour rendre doux197. C’est sans doute le même sens qu’il faut donner au nom épignapheus – là encore un hapax –, métier qu’un certain Galerius fils de Proteus revendique sur la stèle qu’il a érigée en l’honneur de Mithra à Nicopolis (Mésie inférieure)198. Le seul parallèle permettant de comprendre ce mot provient là encore du dialogue de Lucien : le Maître rappelle en effet que l’esclave fugitif auquel il avait appris son métier « avait les cheveux longs et s’épilait le menton » (καὶ ἐκόμα δὲ καὶ τὸ γένειον ἐτίλλετο), et qu’il ne correspond donc pas au signalement de l’homme que les autres ont vu, qui avait « la tête rasée jusqu’à la peau » (ἐν χρῷ κουρίαν). La Philosophie lui répond alors qu’il se trompe : « C’est bien lui, ton esclave ; seulement maintenant, il a pris l’air d’un philosophe, après s’être passé lui-même avec soin au peigne à foulon (ἀκριβῶς ἑαυτὸν ἐπιγνάψας)199 ». Le verbe épignaptô, employé ici de manière métaphorique et humoristique, sous-entend que l’esclave s’est rasé la tête à la manière dont un foulon tond le duvet superflu des étoffes. À l’image du « foulon préposé au séchage » évoqué précédemment, ces différents termes pourraient donc désigner des foulons spécialisés dans les opérations les plus délicates de la chaîne opératoire de la foulerie – le lainage et la tonte – et dans les étapes de finition.

    Pressage (?)

    74Une fois les étoffes méticuleusement lainées, les sources romaines indiquent qu’elles étaient parfois pressées à l’aide d’une presse à vis, pour les lisser et les lustrer davantage200. Mais selon Sénèque, il s’agit d’un luxe inutile, ce qui prouverait que cette étape n’était sans doute pas systématiquement réalisée, ou qu’elle n’était mise en œuvre que pour les étoffes les plus délicates201. L’existence d’une telle presse dans le monde grec est beaucoup plus hypothétique. On lit dans plusieurs ouvrages et dans les dictionnaires que le nom grec ipos (ἶπος) désignait cette presse à foulon, terme évoquant d’abord et avant tout n’importe quel type de poids qui presse ou qui écrase202. Toutefois, cette affirmation ne repose en réalité que sur un passage tardif de Pollux, commentant un fragment très obscur du poète Archiloque : il rapporte que le poids dont parle le poète « semblait plutôt faire référence à l’instrument des foulons203 ». Un autre terme, strobeus, est parfois également invoqué, qui désignerait une presse à vis employée par les foulons204. Mais là encore, il s’agit d’un hapax qui n’apparaît que dans une Scholie à Aristophane : « le strobeus est un instrument utilisé par les foulons. On dit donc : “fais-le tourner et entortille : c’est ainsi en effet que fonctionne cet instrument”205 ». Cette description, bien que peu claire, pourrait éventuellement évoquer un instrument pour essorer les étoffes plutôt qu’une presse. Mais quoi qu’il en soit, ces témoignages sont trop tardifs et trop obscurs pour pouvoir être considérés comme prouvant l’existence de presses à vis dans les ateliers de foulons du monde grec.

     

    75Par ailleurs, seules des observations indirectes ont été convoquées jusqu’à présent pour justifier l’existence de telles presses dans l’Orient grec. Il apparaît très nettement en effet, en particulier dans les sources iconographiques de l’époque classique, que l’une des techniques d’embellissement des étoffes consistait à les plisser durablement206. C’est ce que confirme le vocabulaire grec, mentionnant des vêtements présentant de nombreux ou de larges plis (stolidôtos, kataptychès), ou encore possédant des plis égaux (isoptychès)207. Cependant, toutes les étoffes représentées avec des plis n’étaient pas plissées de manière permanente : il faut distinguer ces dernières, résultant peut-être d’une opération particulière dans la production textile, des très nombreux autres vêtements qui présentaient des plis uniquement une fois drapés autour du corps – en fonction de la longueur du tissu, de son ajustement aux épaules et à la taille, de la présence ou non d’une ceinture, etc.208. Plusieurs chercheurs ont donc proposé de voir dans le plissage des étoffes une opération réalisée par le foulon qui, après avoir humidifié le tissu et l’avoir tordu pour créer le nombre et le volume de plis désirés, le plaçait sous cette fameuse presse afin de créer des plis permanents ; mais aucune trace d’étoffes plissées selon cette technique n’a été préservée dans le monde grec209. En revanche, de tels plis ont pu être créés grâce à la fabrication, lors du filage, de fils torsadés très résistants qui, une fois tissés, donnaient à l’étoffe un aspect « crêpé ». Plusieurs fragments de textiles présentant cette technique ont été mis au jour dans le monde grec, dont l’un des plus beaux exemplaires provient de Thrachonès au sud-est d’Athènes210.

    76Les preuves qui permettraient de prouver l’existence, dans le monde grec, d’une presse telle que celle retrouvée à Pompéi sont donc très minces. D’autant plus que la technique de la presse à vis ne semble finalement pas avoir vu le jour avant le tournant de notre ère dans le monde méditerranéen211. Ainsi, tout au plus pouvons-nous supposer que les foulons utilisaient des poids pour presser les étoffes, mais en l’absence de preuves archéologiques, une telle affirmation demeure très hypothétique.

    •

    77En raison du manque de sources textuelles et archéologiques précises pour le monde grec, qui donneraient un compte-rendu détaillé des diverses opérations du processus technique réalisé par le foulon, de l’ordre dans lequel elles s’enchaînaient et de leurs finalités en fonction du type de tissu traité, il est impossible de restituer dans son intégralité la chaîne opératoire de la foulerie dans l’Orient grec. Toutefois, comme le rappelle M. Flohr, quelques opérations centrales semblent avoir toujours eu lieu à un moment ou à un autre au sein des ateliers de foulons, tandis que d’autres étaient facultatives212. Il ne faut pas croire, en effet, que chaque étoffe traitée par les foulons ait nécessairement été soumise à toutes les opérations précédemment décrites. Seules les trois ou quatre premières (foulage, battage éventuellement, rinçage et séchage) étaient essentielles, et on peut raisonnablement supposer que tous les tissus passaient par ces étapes de base. En revanche, le lainage et la tonte, par exemple, ne devaient concerner que certains types de tissus en laine. Par ailleurs, comme nous allons l’exposer en détail, en fonction du type de rendu souhaité, de la matière et de la couleur de l’étoffe, cette dernière pouvait être soumise à l’action, entre autres, du soufre, du gypse ou de diverses terres à foulon ; autant d’opérations de finition qui prenaient place lors de l’une des phases finales de la chaîne opératoire et sur lesquelles nous allons à présent revenir.

    Produits et détergents utilisés dans le monde grec pour le foulage et les opérations de finition

    Frère Dominique : « Ma robe blanche que mes frères de Paris et de Rouen ont souillée d’une telle souillure que ni la soude, ni l’herbe à foulon, ne suffiront à l’effacer. »
    P. Claudel, Jeanne d’Arc au bûcher, II (1935).

    78Lorsqu’une étoffe neuve venait d’être tissée, le but de la première opération réalisée dans une foulerie – le foulage aux pieds – était d’en retirer l’huile d’ensimage si on en avait utilisé, et d’en dissoudre les graisses et les éventuelles saletés qui s’y étaient infiltrées pendant les phases de cardage, de filage et de tissage. Pour les vêtements déjà portés, cette phase permettait de nettoyer les saletés et les taches éventuelles. Il s’agissait également, dans les deux cas, de redonner de l’éclat au blanc ou de la vivacité aux étoffes teintes, le tout à l’aide de détergents appropriés. D’après les sources écrites, les substances et détergents employés par les foulons dans le monde grec comprenaient principalement la saponaire, divers types d’alcalis végétaux et minéraux, le natron et différentes sortes de terres à foulon – autant de détergents encore employés à l’époque médiévale comme l’évoque P. Claudel. D’autres produits pouvaient également être appliqués sur les textiles lors de la phase de finissage, pour redonner souplesse et éclat aux tissus. Même s’il est parfois difficile de déterminer précisément à quel moment de la chaîne opératoire et en rapport avec quels types d’étoffes chacune de ces substances était utilisée, nous proposons ici une première synthèse des informations livrées sur ce point par les sources écrites.

    La saponaire

    79Comme nous l’avons déjà démontré, la saponaire (Saponaria officinalis) était le principal détergent employé dans le monde grec pour le lavage des toisons. Néanmoins, il semble qu’elle ait également été utilisée pour laver d’autres matières textiles : Théophraste mentionne par exemple la feuille de la saponaire (strouthos) dont on se servait pour blanchir les tissus de lin213. Il emploie également un terme de la même famille (stroutheion) lorsqu’il évoque « l’herbe à foulon » qui, encore au xxe siècle, a pu remplacer le savon en temps de restrictions214. Théophraste connaît d’ailleurs bien son sujet, puisqu’il a lui-même appris l’usage de la saponaire et des autres détergents en observant le travail réalisé dans l’atelier de foulons de son père Mélantas, à Érésos, sa cité d’origine sur l’île de Lesbos215. Lorsque les racines de la saponaire sont séchées et nettoyées, elles peuvent être réduites en poudre ; et comme elles contiennent de la saponine, elles ont la propriété de mousser comme du savon au contact de l’eau et de retenir les matières grasses216. Du fait de ces propriétés, il y a de grandes chances que les foulons aient utilisé la saponaire pour certaines opérations de lavage, bien que les textes ne le précisent pas.

    Les alcalis végétaux et minéraux

    80En revanche, les premiers détergents évoqués dans les sources grecques comme étant employés par les foulons sont différents types d’alcalis végétaux (potasses) et minéraux. Comme nous l’avons déjà souligné, dans La République, en expliquant la manière de procéder afin d’obtenir une teinture pourpre de bonne qualité, Socrate indique que si l’on prend de la laine blanche et qu’on la soumet à un long traitement avant de la plonger dans la teinture, le lavage qui sera fait ensuite, avec ou sans détergents, n’en ôtera jamais la couleur217. En filant la métaphore, il explique pourquoi une bonne éducation donne un respect des lois et une opinion « indélébiles », qui ne sauraient être effacés « par ces détergents (rhymmata) terribles que sont le plaisir – plus puissant dans son action que tout natron (chalastraion) ou tout alcali (konia) –, la douleur, la crainte et le désir, plus puissants que tout autre détergent (rhymma)218 ». Il est difficile de traduire tous ces termes, qui sont plus ou moins des synonymes, mais qui ne renvoient pas à des produits de même nature ni de même composition, et qui ne se présentaient sans doute pas tous sous la même forme.

    81Konia (κονία) est un terme générique qui signifie tout à la fois « poussière, cendres, chaux, craie et lessive » entre autres sens219. Galien définit ce détergent comme étant « la portion soluble des cendres », rappelant que celle issue des cendres du figuier était la plus efficace pour nettoyer220. Théophraste bien avant lui notait que les cendres et la poussière (konia) issues des bois du figuier et de l’amandier étaient très efficaces, car caustiques221, ce que rappelle Plutarque également à propos du bois du figuier222. L’alcali végétal (carbonate de potassium, K2CO3) était en effet obtenu principalement par lixiviation des cendres de bois et de plantes, puis évaporation de l’eau par calcination du résidu. Comme le souligne l’étude d’E. Soriga, la connotation du vocable konia – correspondant exactement au latin lixa ou lixivium – suggère que ce type de détergent, par ailleurs plusieurs fois mentionné par Aristophane223, était obtenu sous la forme de poudre provenant de différentes sources alcalines minérales ou végétales224. La propriété principale de tous ces alcalis était de favoriser la dissolution des graisses.

    82Le terme rhymma (ῥύμμα), quant à lui, est également générique et désigne plusieurs types de détergents utilisés pour nettoyer les étoffes ; toutefois, les auteurs anciens semblent employer ce mot lorsqu’ils souhaitent insister sur le caractère extrêmement caustique du détergent225. Aristote fait en effet la distinction entre l’action simple de laver les étoffes (à l’eau claire) (plynô), et celle de les nettoyer à la lessive pour en retirer la saleté (rhyptô)226. De la même manière, lorsqu’il décrit le lac d’Ascagne en Bithynie, il note que son eau contient tellement de natron « que les étoffes ne nécessitent l’ajout d’aucun autre détergent (rhymma) pour être nettoyées227 » ; et il en va de même pour un « lac en Palestine » (la mer Morte), où l’eau est tellement caustique et tellement salée « qu’il suffit d’y agiter les vêtements en les y trempant pour les nettoyer228 ». C’est sur cette même vertu détersive (rhyptikon) que Plutarque insiste, dans ses Propos de table, lorsqu’il rappelle à son ami Philon la qualité des traitements que l’on applique aux étoffes avant de les teindre229. Les alcalis concernés ici, en raison de leur grande solubilité dans l’eau et surtout de leurs propriétés basiques (pH ±11-12), devaient en effet être particulièrement adaptés au foulage des étoffes blanches, car les étoffes teintes nécessitaient des produits et détergents plus neutres, au risque de voir leurs nuances se dégrader230.

    Le natron

    83Parmi les autres détergents énumérés par Platon dans le passage susmentionné, outre la konia et le rhymma, on trouve le Chalastraion (τὸ Χαλαστραῖον). Ce dernier est très peu attesté dans les textes. Un fragment des Lettres d’Alciphron nous apprend qu’il s’agit d’une sorte de natron (nitron Chalastraion)231, qui provenait donc très probablement d’un lac de Chalastra dans le golfe de Thessalonique – aujourd’hui identifié et connu sous le nom de Lac Pikrolimni232. Ce natron Chalestricum est également mentionné par Pline l’Ancien comme provenant de Macédoine : « blanc, pur et très semblable au sel », on le mettait dans le pain en guise de sel233. De même, Plutarque, dans ses réflexions sur les préceptes de santé, utilise la métaphore des vêtements en lin qui, « lavés à la lessive (rhymma) et au natron (chalastraion) », s’usent plus rapidement que lavés à l’eau claire234. En effet, parmi les alcalis minéraux naturels, d’autres témoignages prouvent que le natron (carbonate de sodium, Na2CO3 • 10 H2O) était utilisé par les foulons dans le monde grec (gr. νίτρον, λίτρον ; lat. nitrum)235.

    84Comme le rappelle Pline, cet alcali était extrait en beaucoup plus grande quantité en Égypte, même s’il était de qualité inférieure que le natron grec236. Cette soude naturelle, utilisée en particulier dans le processus de momification, était également le détergent le plus communément employé déjà dans l’Égypte pharaonique237. La source principalement exploitée pendant toute l’Antiquité était celle de l’Ouadi Natroun, situé dans le désert occidental d’Égypte, ainsi que celle située près d’El-Kab, au sud de Thèbes238. Ce détergent, employé aussi bien par les foulons que par les blanchisseurs de lin ou encore par les teinturiers, était souvent mêlé à de l’huile de ricin (kiki) pour fabriquer une sorte de savon239. On en faisait également usage au quotidien dans un cadre domestique, comme les protagonistes des Syracusaines de Théocrite semblent le suggérer240. Le dialogue entre les deux femmes, originaires de Syracuse, mais vivant à Alexandrie sous le règne de Ptolémée II Philadelphe, nous apprend en effet que Praxinoa avait confié à son mari l’achat de natron, et que ce dernier s’est trompé et lui a rapporté du sel – preuve indirecte de la similitude entre ces deux substances pour un acheteur inexpérimenté241. Même si l’on ignore l’usage que Praxinoa allait faire de cette poudre de natron, on peut raisonnablement penser que cette dernière servait, dans un cadre domestique, à la fabrication de détergents pour le corps, de cosmétiques ou de dégraissants pour nettoyer le linge242. Par ailleurs, le natron était d’autant plus intensivement exploité qu’il était également utilisé pendant toute la période gréco-romaine comme fondant dans l’artisanat du verre243.

    85Même si le natron égyptien était donc de loin le plus employé, plusieurs papyrus mentionnent également l’usage de « natron grec » et de « natron arabe244 ». En outre, dans plusieurs villes et villages d’Égypte, il existait aux iiie et iie s. av. J.-C. une taxe sur le natron « du lavage » – nitrikè plynou –, mise en place par les Ptolémées et à laquelle les foulons étaient soumis mensuellement245. Cela prouve qu’ils devaient utiliser cette soude naturelle en grande quantité dans leurs diverses opérations de lavage, au point qu’il était rentable pour l’État d’instaurer un « monopole » sur ce produit et une taxe sur son utilisation246. De même, dans des comptes tenus à Philadelphie à propos de la fabrication et de la teinture de tapis, il est fait mention, après les dépenses pour la laine, de l’achat de natron247. L’achat de natron « pour le lavage » apparaît encore au iie s. apr. J.-C. dans d’autres comptes et reçus de taxes248. Là encore, en raison des propriétés basiques de cet alcali minéral (pH 11,9), il était particulièrement propice au lavage des tissus blancs.

    L’antimoine

    86Une autre substance semble avoir été employée par des foulons en Égypte à l’époque hellénistique : il s’agit de l’antimoine, ou plus précisément de la stibine (Sb2S3), en grec stibi (στίβι) ou stimmi (στίμμι). Un papyrus provenant de Boubastos (Arsinoïte) et datant de 204 av. J.-C. mentionne en effet des taxes sur l’antimoine (stibika) payées par le foulon (stibeus) Marréos fils de Pétéarmôtis249. Davantage connu dans l’Antiquité pour ses vertus médicales et cosmétiques, en particulier pour soigner et maquiller les yeux (khôl)250, ses propriétés astringentes et purifiantes ont éventuellement pu être utilisées pour nettoyer certaines étoffes251. Mais on doit avouer qu’avec cette seule attestation pour l’intégralité de l’Orient grec, on ne peut guère aller plus loin dans l’interprétation.

    Les terres à foulon

    87Enfin, Aristophane rappelle que la konia était également mélangée à des produits natrifères et à de la terre de Kimolos (Kimôlia gè) pour fabriquer une sorte de savon pour le corps252. C’est la première mention que nous ayons, dans les sources grecques, de la terre de Kimolos – appelée ainsi d’après la petite île des Cyclades dont elle provient, située au nord-est de Milos. Bien que la mixture décrite par Aristophane soit une sorte de savon destiné au soin du corps et non une substance servant au nettoyage des textiles, la combinaison de ces ingrédients suggère tout de même un assez haut degré de technicité253. La terre de Kimolos était la plus populaire des argiles smectiques ou terres cimolées – communément appelées « terres à foulon » – dont plusieurs types étaient employés dans l’Antiquité dans le processus de foulage, en raison de leurs propriétés détersives, astringentes et dégraissantes254. La terre de Kimolos est également mentionnée à la fin du ive s. av. J.-C. par Théophraste, dans son traité sur les pierres, aux côtés d’autres types de terres à foulon utilisées dans le monde grec à cette époque255 :

    Aἱ δʼ αὐτοφυεῖς καὶ ἄμα τῷ περιττῷ τὸ χρήσιμον ἔχουσαι σχεδὸν τρεῖς εἰσὶν ἢ τέτταρες, ἣ τε μηλιὰς καὶ ἡ κιμωλία καὶ ἡ σαμία καὶ ἡ τυμφαῖκὴ τετάρτη παρὰ ταύτας ἢ γύψος.

    « Quant aux terres naturelles qui ont, outre une belle apparence, de l’utilité, il y en a environ trois ou quatre : la terre de Milos, celle de Κimolos, celle de Samos, auxquelles s’ajoute une quatrième, celle de Tymphée ou gypsos ».

    88Théophraste précise que les peintres ne se servaient que de la terre de Milos, et non de celle de Samos, car elle était trop grasse et trop compacte256. En revanche, l’auteur rappelle que l’on employait les meilleures veines de cette dernière « surtout voire uniquement pour les vêtements » ; il en allait de même pour la terre de Tymphée (région du nord-est de l’Épire), elle aussi employée « pour les vêtements257 ». Théophraste ne précise toutefois pas l’usage qui était fait de la terre de Kimolos, sans doute parce qu’il était connu de tous à l’époque ; et de fait, Pline l’Ancien mentionne cette argile quelques siècles plus tard comme faisant partie des terres à foulon258. Dioscoride, quant à lui, rappelle qu’il existe deux sortes de dépôts de terre kimolienne, l’un étant blanc, l’autre tirant sur le pourpre (emporphyros), et que cette terre « possède naturellement un certain caractère graisseux et est très froide au toucher » ; d’après lui, « on doit la considérer comme la meilleure259 ».

    89Selon R. Robertson, la découverte de ces terres à foulon, ainsi que leur utilisation dans le processus de foulage, correspondent à une innovation majeure dans l’artisanat de la production textile, ces argiles remplaçant alors les alcalis précédemment cités, ou venant en complément260. En effet, ces argiles smectiques de type montmorillonite sont très poreuses et ont de puissantes propriétés absorbantes, ce qui en fait un matériau de choix pour les foulons261. Reste à comprendre lesquelles de ces argiles étaient exploitées dans l’Antiquité, quelles en étaient les propriétés spécifiques, et à quel moment de la chaîne opératoire elles étaient utilisées. Reprenons tout d’abord la description que Pline l’Ancien a faite de ces terres à foulon, qui vient compléter celle de Théophraste et qui donne quelques détails supplémentaires, bien que parfois difficiles à interpréter, car Pline commet plusieurs erreurs et confusions :

    Est et alius Cimoliae usus in uestibus. Nam Sarda, quae adfertur e Sardinia, candidis tantum adsumitur, inutilis uersicoloribus, et est uilissima omnium Cimoliae generum, pretiosior Umbrica et quam uocant saxum. Proprietas saxi quod crescit in macerando; itaque pondere emitur, illa mensura. Umbrica non nisi poliendis uestibus adsumitur. (…) Ergo ordo hic est: primum abluitur uestis Sarda, dein sulpure suffitur, mox desquamatur Cimolia quae est coloris ueri. Fucatus enim deprehenditur nigrescitque et funditur sulpure, ueros autem et pretiosos colores emollit Cimolia et quodam nitore exhilarat contristatos sulpure. Candidis uestibus saxum utilius a sulpure, inimicum coloribus. Graecia pro Cimolia Tymphaico utitur gypso.

    « La terre cimolée est également employée pour un autre usage, à savoir, pour les vêtements. En ce qui concerne la Sarda, qui provient de Sardaigne, elle est utilisée pour les étoffes blanches exclusivement ; on ne s’en sert pas pour les étoffes de couleur ; c’est la moins estimée de toutes les sortes de terres cimolées. L’Umbrica est plus appréciée, ainsi que celle que l’on appelle “saxum”. Cette dernière a la propriété d’augmenter en volume lorsqu’elle est trempée dans l’eau ; elle se vend au poids, tandis que la première se vend à la mesure. L’Umbrica n’est employée que pour donner du lustre aux étoffes. (…) Voici donc le processus [prescrit par la lex Metilia pour les foulons] : on commence par nettoyer les étoffes à la Sarda, puis on les expose à une fumigation de soufre, et ensuite on frotte à la terre Cimolia celles qui sont de bon teint. Le petit-teint est en effet détecté grâce à l’action du soufre, qui noircit et altère (les couleurs) ; les couleurs de bon teint et de bonne qualité, quant à elles, sont adoucies par la terre Cimolia, qui leur redonne de l’éclat et de l’intensité après avoir été ternies par l’action du soufre. Le saxum est plus adapté pour les étoffes blanches, une fois passées au soufre, mais il est nuisible aux étoffes de couleur. En Grèce, à la place de la terre Cimolia, on utilise le gypsum de Tymphée262. »

    90Les témoignages de Théophraste et de Pline permettent de mettre en exergue plusieurs aspects qu’il convient d’élucider :

    1. différentes sortes de terres à foulon étaient exploitées dans l’Antiquité, qui n’avaient ni les mêmes caractéristiques physiques ni les mêmes propriétés chimiques ;
    2. en raison de ces propriétés différentes, elles n’étaient pas toutes utilisées au même moment de la chaîne opératoire de la foulerie et n’avaient pas toutes la même finalité ;
    3. enfin, il faut également prendre en compte la qualité et la couleur des tissus, et distinguer les étoffes blanches, de petit-teint et de grand-teint, auxquelles on ne pouvait appliquer les mêmes types de détergents ou produits lustrants.

    91Comme le prouvent ces descriptions, certaines terres à foulon étaient employées comme détergents lors de la phase de foulage aux pieds dans les stalles, sans doute à la place des alcalis. C’est déjà ce qu’affirmait le poète Titinius qui, au iie s. av. J.-C., évoquait l’une des activités du foulon en ces termes : « C’est dans de la terre, non de l’eau, que tu as l’habitude de jacasser avec tes pieds, pendant que tu compactes l’argile (creta), toi qui laves les vêtements263 ». Dans la péninsule italique, l’une des argiles employées lors du foulage aux pieds, mais uniquement pour les étoffes blanches, était celle provenant de Sardaigne (calcium montmorillonite)264. Pline ne précise pas en revanche quel détergent était utilisé pour les étoffes de couleur.

    92Dans le monde grec, l’argile utilisée par excellence comme détergent et dégraissant lors de cette opération de foulage aux pieds était la terre de Kimolos (calcium montmorillonite également)265. Particulièrement adaptée au nettoyage des étoffes blanches ou de grand-teint, elle ne pouvait pas en revanche être employée pour des étoffes de petit-teint, car elle avait tendance à en absorber les couleurs266. La terre de Kimolos était employée à cet usage encore à l’époque moderne, comme le prouve le récit de J. Pitton de Tournefort, qui a visité l’île au début du xviiie siècle267 :

    « La terre Cimolée dont les Anciens faisoient tant de cas, et qui portoit le nom de cette Île, est une craye blanche, assez pesante et sans goût, remplie de petit sablon qui se fait sentir sous la dent ; cette craye est friable, mais elle ne s’échauffe ni ne bouillonne point quand on l’arrose avec de l’eau ; elle se fond seulement et devient assez gluante : sa solution qui est grisâtre, n’altère point la teinture du Tournesol, et ne se remue point avec l’huile de Tartre [= solution de carbonate de potassium] ; l’esprit de sel [= acide chlorhydrique] répandu sur la terre Cimolée fermente à froid, de même que toutes les matières pierreuses : ainsi je suis persuadé que cette espèce de craye ne diffère de celle qui se trouve autour de Paris, qu’en ce qu’elle est plus grasse et plus savonneuse ; c’est pour cette raison qu’elle décrasse et qu’elle blanchit le linge : ce blanchissage est assez sale, mais il épargne le savon. (…) Enfin ces Insulaires ne font pas d’autre lessive, et cet usage est fort ancien chez eux, puisque Pline assure qu’ils s’en servoient pour blanchir les étoffes. »

    93J. Pitton de Tournefort rappelle donc la non-acidité de cette argile, qui ne fait pas virer au rouge la teinture de tournesol, ce qui confirme qu’elle était tout à fait adaptée au nettoyage des étoffes délicates ou de bon teint, qui ne pouvaient par ailleurs pas supporter certains autres détergents utilisés dans le monde grec, car trop acides. En revanche, dans la péninsule italique, si l’on se fie au témoignage de Pline, la terre de Kimolos aurait été employée non pour le foulage aux pieds, mais lors des opérations de finition, en particulier pour redonner du lustre aux étoffes de grand-teint.

     

    94Et de fait, d’autres terres à foulon étaient utilisées uniquement lors des opérations de finition des étoffes et jamais pour le foulage en lui-même. Certaines de ces argiles ont en effet des propriétés qui leur permettent de se fixer dans les fibres textiles ; elles pouvaient être appliquées manuellement à la fin du processus pour donner un lustre particulier aux étoffes et sans doute également les protéger268. Théophraste le savait bien, et c’est pourquoi, dans ses Caractères, il décrit les pingres comme « ceux qui s’évertuent à demander aux foulons de mettre beaucoup de terre (pollè gè) sur leur manteau (himation), pour éviter qu’il ne se salisse trop vite269 ».

    95C’était le cas de la terre appelée « Umbrica » par Pline, utilisée a priori surtout pour les étoffes blanches : en effet, il s’agit d’un type de kaolin, argile blanche composée principalement de silicates d’alumine (Al2SiO5). Or, ce type d’argile n’a pas les propriétés physico-chimiques qui lui permettraient d’absorber les graisses ou d’agir comme détergent, à l’instar de la saponaire ou de tout autre alcali270. En revanche, les argiles kaoliniques adhèrent bien aux fibres des étoffes, et les cristaux brillants de kaolinite qu’elles contiennent permettent de redonner lustre et blancheur aux tissus. Dans la péninsule italique, on pouvait également utiliser à cet effet, là encore uniquement pour les étoffes blanches, ce que Pline appelle le « saxum », identifié par les spécialistes à la bentonite (sodium montmorillonite), se présentant sous forme de mottes271. Cette différence d’aspect explique pourquoi le saxum était vendu au poids, tandis que l’Umbrica, très friable, devait être vendue sous forme de poudre, donc à la mesure.

    96Dans le monde grec, il est probable que l’on ait utilisé à cette fin la terre de Samos mentionnée par Théophraste, sorte de kaolin dont les cristallites blanches devaient être particulièrement adaptées au blanchissage des étoffes272. Dès la fin du ve s. av. J.-C., la terre de Samos est mentionnée à plusieurs reprises dans un inventaire athénien des trésors d’un dieu, ce qui prouve que l’on en faisait le commerce dès cette époque dans le pourtour égéen273. Les terres samienne et kimolienne font par ailleurs toutes deux partie des produits importés par Zénon à Philadelphie au milieu du iiie s. av. J.-C.274.

    97On utilisait pour les mêmes raisons la terre de Tymphée, que les Anciens appelaient également « gypsos ». Comme le rappelle Théophraste, « sa nature est particulière : en effet, elle tient davantage de la pierre que de la terre275 ». L’auteur fait en réalité référence à la roche gypseuse (CaSO4 • 2 H2O) – dénommée aussi « gypsite » ou « pierre à plâtre » – composée principalement du minéral gypse (sulfate de calcium). Sa nature cristalline la rendait particulièrement apte à donner du lustre aux étoffes276. Théophraste rapporte que les foulons se servaient de la gypsite à Chypre et en Phénicie pour saupoudrer les étoffes277, avant d’ajouter ceci : « En effet, on la considère comme bien supérieure aux autres produits également pour retirer les taches ; c’est même à cet usage qu’on l’emploie principalement, et surtout dans le monde grec, en raison de sa propension à adhérer (aux tissus) et de son onctuosité278 ». Et de fait, encore au début du xxe siècle, on recommandait l’usage de la gypsite qu’il fallait saupoudrer sur les étoffes en laine pour les nettoyer279. Puis, pour prouver la nature incandescente de ce matériau, Théophraste illustre son propos par l’exemple suivant : « en effet, une fois, un navire chargé de vêtements partit lui-même en fumée, lorsque les vêtements (qu’il transportait) devinrent humides et prirent feu280 ». Ces divers témoignages semblent indiquer que, selon les régions du monde grec, soit on se servait de cette roche gypseuse comme d’un détachant, soit on l’appliquait sur certaines étoffes lors des opérations de finition, après leur rinçage et pour leur donner du lustre, puisque les vêtements en étaient encore imprégnés lors de leur exportation pour la vente. Si l’on en croit Pline, la gypsite était utilisée dans le monde grec pour redonner du lustre en particulier aux étoffes de grand-teint, fonction qu’avait la terre de Kimolos dans la péninsule italique. Dans l’Égypte romaine, l’utilisation de la gypsite était soumise à une taxe, la gypsikè (γυψική), qu’une foulonne de Karanis a dû payer, ce qui prouve que cette substance devait être employée par les foulons également dans certaines régions de l’Égypte à l’époque impériale281.

    98Par ailleurs, les terres à foulon mentionnées par Théophraste ne devaient sans doute pas être les seules utilisées dans le monde grec. En effet, d’après Dioscoride et Pline, l’île de Chios produisait un kaolin semblable à celui de Samos et ayant les mêmes propriétés282. De même à Lemnos, on extrayait à l’époque moderne et encore au début du xxe siècle une argile très similaire à celle de Kimolos, également employée par les foulons : il y a de grandes chances qu’il en ait été de même dans l’Antiquité, d’autant plus qu’on y extrayait déjà deux autres types d’argiles bien connues de Pline, Dioscoride et Galien, l’une pour ses vertus médicales, l’autre utilisée en peinture283. Enfin, une dernière sorte de terre à foulon est mentionnée aussi bien par les poètes comiques Eupolis, Céphisodote et Nicocharès que par le médecin Hippocrate sous le terme de smèktris (ἡ σμηκτρὶς γῆ)284. Le nom même donné à cette argile indique assez les propriétés dégraissantes, purgatives et nettoyantes qu’elle devait posséder285. À l’époque impériale, pour l’usage en rapport avec le textile (usus in uestibus), Pline ajoute également à la liste donnée par Théophraste les argiles smectiques provenant de Thessalie et de Lycie, près de la ville de Boubon286.

    L’huile d’olive ?

    99L’épopée homérique contient de très nombreuses références à des étoffes parfumées, qu’elles soient fabriquées en lin ou en laine. Mais, comme l’a très bien montré C. W. Shelmerdine, la pratique d’appliquer des huiles parfumées sur les étoffes, bien attestée dans les mondes mycénien et homérique, semble par la suite être totalement tombée en désuétude287. En revanche, l’utilisation d’huiles végétales ou animales – et en particulier l’huile d’olive – dans le processus de finition des tissus en laine, bien attestée dans les mondes minoen et mycénien288, a pu perdurer pour certaines étoffes. Les preuves textuelles sont toutefois très rares sur ce point. Comme nous l’avons déjà souligné, si l’on en croit le témoignage de l’Odyssée, de l’huile était utilisée par les femmes au moment de tisser les étoffes, mais une telle pratique n’est plus jamais mentionnée par la suite289.

    100Néanmoins, un détail intriguant provient du corpus hippocratique, dans lequel l’auteur conseille de porter en hiver des vêtements « propres » (kathara), et en été des vêtements « graissés d’huile » (élaiopinea), sans doute pour hydrater le corps290. Faut-il reconnaître dans cette référence la possibilité pour le foulon d’appliquer de l’huile sur les vêtements nettoyés, après les avoir foulés, en fonction de la demande du client ? Force est de constater qu’avec cette unique mention, le risque de surinterprétation est élevé. Un dernier extrait peut être convoqué, bien qu’il ne soit pas plus explicite que le précédent. Parmi la foule d’anecdotes que Machon, auteur comique du iiie s. av. J.-C., a rapportées sur les courtisanes, Athénée retient celle de Glykérion qui, après avoir donné sa petite tunique d’été (lèdion) à nettoyer chez le foulon, envoie sa servante la récupérer avec la monnaie nécessaire. Cependant, le foulon lui rappelle qu’elle doit lui apporter au préalable trois quarts d’huile si elle veut récupérer le vêtement, faute de quoi il ne peut le lui restituer. Une fois ces propos rapportés par la servante, la courtisane, en colère, s’écrie : « Pauvre de moi ! Car il va frire ma tunique comme de vulgaires sardines291 ». Le caractère comique et très elliptique de cette anecdote empêche de bien comprendre l’usage que le foulon pouvait faire de cette huile, mais la réponse de la courtisane tend à faire penser qu’il en avait besoin pour l’appliquer sur l’étoffe. Néanmoins, il n’y a pas de quoi conclure de ce seul témoignage, comme l’a fait M.-C. Amouretti, que les foulons « rafraîchissaient les vêtements fripés avec de l’huile292 ».

    101Enfin, plusieurs textes mentionnent un type spécifique de vêtements, transparents, de grande valeur et de très haute qualité, sous le nom d’amorgina (himatia)293. Les chercheurs ignorent encore si ce terme fait référence à l’île d’Amorgos – où ces étoffes auraient été produites et dont la finesse pourrait provenir de la soie sauvage avec laquelle elles étaient fabriquées –, ou à un type de fibre végétale connue sous le nom d’amorgis, qui serait une variété de lin et dont la transformation en fils extrêmement fins pouvait être obtenue au moyen d’un rouissage très poussé et contrôlé de façon minutieuse294. Plus récemment, il a été proposé de rapprocher le terme amorgina du nom amorgè, désignant l’amurque, à savoir l’eau de végétation résultant de la presse d’olives. En considérant ce rapprochement étymologique et le fait que, dans la Grèce moderne, certaines étoffes étaient traitées à l’huile d’olive pour les rendre brillantes, on peut proposer une autre hypothèse : comme le rappelle S. Spantidaki, le haut degré de transparence de ce type de vêtements pouvait être atteint en utilisant des fils de lin très fins, traités, à un moment donné de la chaîne opératoire, avec de l’huile d’olive, renforçant ainsi la transparence de l’étoffe et la rendant douce et brillante295. Mais là encore, les preuves textuelles comme archéologiques font défaut pour trancher le débat.

    L’énigme de l’urine et du soufre

    102Reste l’énigme de l’urine, traditionnellement considérée comme la substance par excellence utilisée par les foulons lors de la première étape du foulage des étoffes dans les stalles, et encore employée à cet effet en Europe au milieu du xixe siècle dans l’industrie textile296. L’urine contient en effet une variété de substances, dont l’urée, ou carbamide [CO(NH2)2]. Grâce à l’action de l’uréase – une enzyme qui catalyse la réaction de transformation de l’urée en ammoniac et dioxyde de carbone –, l’urine se transforme en une quarantaine de jours en une substance fortement alcaline avec un pH qui peut atteindre 9,2 voire davantage297. De telles propriétés la rendent alors particulièrement adaptée au nettoyage des textiles, et notamment des étoffes blanches.

    103L’emploi de l’urine par les foulons est attesté dans le monde romain, en particulier par Pline l’Ancien et plusieurs auteurs comiques, qui en font évidemment un sujet de plaisanterie298. De même, dans une fullonica romaine de Barcelone, l’analyse chimique des résidus contenus dans un bassin quadrangulaire et dans un récipient encastré dans l’une des stalles a mis en évidence des traces d’urine humaine, mais aussi de cendres (de chêne), suggérant peut-être qu’un mélange de ces deux substances était utilisé comme détergent, la cendre étant connue pour être un agent de blanchiment particulièrement efficace299. Mais comme le rappelle M. Flohr, il convient de ne pas exagérer ni de surestimer l’usage que les foulons faisaient de l’urine dans le monde romain : « The importance of urine for fullers and tanners must not be overstated: we have no reliable information about the quantities that were needed or about its dominance in the production process300 ». Notons également que lorsque Titinius évoque la phase de foulage dans les stalles, au iie s. av. J.-C., ou que Pline énumère les différentes substances employées par les foulons, ils ne font aucune référence à l’urine et mentionnent uniquement les terres à foulon301.

    104Dans les sources grecques, les premières attestations de l’utilisation de l’urine pour le foulage apparaissent uniquement à partir du iie s. apr. J.-C. : d’après Athénée en effet, c’est en raison de la nature caustique (drimy) de notre urine que les foulons s’en servaient comme détergent pour nettoyer les vêtements302. De même, Galien rappelle que l’urine humaine a des propriétés nettoyantes et agit comme détergent, « comme en attestent entre autres les foulons, qui l’utilisent pour éliminer et nettoyer méticuleusement les saletés de nos vêtements303 ». Dans un autre passage, il rapporte une anecdote selon laquelle un autre médecin s’est moqué de ceux qui faisaient des recherches sur l’urine en les traitant de « foulons304 ». Il semble donc qu’à l’époque impériale, l’usage de l’urine par les foulons était un élément connu et répandu. Néanmoins, pour les siècles précédents dans le monde grec, nous n’en avons absolument aucune preuve. Par ailleurs, l’usage de l’urine pour le nettoyage des textiles n’est attesté à ce jour ni en Mésopotamie, ni dans l’Égypte pharaonique, ni dans les mondes minoen et mycénien305. C’est à se demander si une telle pratique ne s’est pas développée dans les fouleries antiques qu’à partir de l’époque romaine. Ou bien s’agissait-il d’une technique tellement banale que personne n’a pris le soin de l’évoquer ? Seules des analyses chimiques de macrorestes provenant des vestiges archéologiques d’ateliers de foulons pourraient permettre de résoudre cette énigme.

     

    105Il en va exactement de même pour le soufre. En effet, les sources romaines, aussi bien textuelles qu’iconographiques, prouvent que les foulons soumettaient parfois les étoffes à des fumigations de soufre – en réalité du dioxyde de soufre (SO2) – pour les blanchir et/ou leur redonner de la souplesse306. Cette opération était encore effectuée au xixe siècle dans une machine nommée « soufroir », en particulier pour blanchir les tissus en laine ou en soie307. Dans le monde grec en revanche, alors que les propriétés purifiantes et désinfectantes des fumigations de soufre étaient bien connues depuis l’époque homérique et que le soufre était utilisé par les médecins pour divers remèdes308, nous n’avons aucune attestation de l’emploi de cette substance par les foulons. La gypsite qui pouvait être appliquée sur les vêtements blancs après leur foulage suffisait peut-être pour atteindre l’effet escompté, rendant alors inutile l’usage du soufre.

    106Par ailleurs, les analyses effectuées au niveau du pavage qui entourait le bassin de rinçage de la fullonica de Barcelone ont également révélé la présence de graines de lavande (Lavandula officinalis/spica) et de restes de rhizomes d’iris (Iris sp.)309. Ces derniers servaient à l’amidonnage des tissus, tandis que la lavande était utilisée par les Romains en particulier pour entretenir leurs vêtements, car cette plante éloignait les mites – et Théophraste le mentionnait déjà – et parfumait en même temps les tissus310. Comme le note D. Gourevitch, « ces restes végétaux pourraient indiquer pour la première fois qu’au moins au moment de la livraison des tissus on cherchait à se débarrasser des odeurs que les rinçages n’avaient pas effacées311 ». Différents types des plantes pouvaient donc être utilisés pour diverses opérations de finition ; mais seule la systématisation des analyses chimiques sur les résidus contenus dans les vestiges fouillés permettra d’approfondir les conclusions en la matière.

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    107Au terme de cette analyse des divers produits employés par les foulons dans le monde grec, deux remarques s’imposent, l’une d’ordre géographique, l’autre d’ordre chronologique. D’une part en effet, il apparaît très clairement que les substances employées dépendaient d’abord et avant tout des ressources naturelles locales et/ou disponibles à l’importation, très diverses en fonction des régions, ce qui interdit de restituer une chaîne opératoire unique et uniforme valable pour l’ensemble de l’Orient grec : on adaptait les techniques en fonction des ressources et des produits disponibles. Notons également que plusieurs de ces substances pouvaient être employées en même temps dans une même région ou un même atelier, en fonction du type d’étoffes à traiter et du rendu final souhaité. C’est ce que prouve un passage de la Mishna Shabbat, daté de la fin du ier ou du début du iie s. apr. J.-C., qui définit la quantité de détergents autorisée à être transportée pendant le jour de Shabbat. On y trouve alors l’énumération de l’intégralité des produits susmentionnés, l’urine comprise, ce qui prouve que dans la province romaine de Syrie-Palestine, tous étaient employés à cette époque par les uns ou les autres pour faire leur lessive, en fonction des besoins et des ressources312 :

    « The measure that determine liability for carrying out urine, natron, and lye, cimolian earth [Kimoleya], and potash, all of which are abrasive materials used for laundry, is equivalent to the amount that is used to launder a small garment placed atop a woman’s hairnet. »

    108D’autre part, d’après les sources à notre disposition, il semble que l’usage à grande échelle de la terre à foulon ne se soit développé que progressivement, peut-être seulement à partir du milieu du ive s. av. J.-C. Il est intéressant de constater en effet qu’Aristophane, Platon ou encore Aristote, lorsqu’ils font allusion au nettoyage de vêtements, n’évoquent comme détergents que des alcalis végétaux ou le natron. La terre de Kimolos, considérée à l’époque impériale comme la meilleure des argiles smectiques, est mentionnée pour la première fois en tant que détergent par Théophraste.

    109Enfin, l’application de différents types de terres à foulon, de gypse et éventuellement d’huile d’olive ou de plantes odorantes sur les étoffes, lors des phases de finition, ne devait pas faire partie des étapes de base de la chaîne opératoire de la foulerie : il s’agissait vraisemblablement d’une opération supplémentaire, en fonction de la matière, de la couleur et de la qualité du textile et, dans le cadre d’une étoffe déjà portée, pouvant résulter d’une demande particulière des clients, en fonction du rendu final souhaité et de leur budget.

    110Quoi qu’il en soit, la complexité des phases opératoires, des gestes, des techniques et des détergents à utiliser ou non en fonction du type d’étoffe traitée – et que nous peinons d’ailleurs à restituer dans toutes leurs nuances – indique assez pourquoi le métier de foulon était considéré comme relevant d’une technè bien précise, d’un « art » qui nécessitait apprentissage et savoir-faire technique.

    Conclusion : une complexité sémantique, et donc technique

    111Une fois remises en contexte, les attestations textuelles d’artisans préposés au nettoyage de textiles permettent donc de mettre en évidence, au moins à partir de l’époque classique, une spécialisation horizontale des activités, comme le prouve la distinction que nous avons pu établir entre les knapheis, les plyneis et les stibeis. On constate également à partir de l’époque hellénistique – en particulier en Égypte – et surtout à l’époque impériale, une multiplication des noms de métiers en rapport avec la production textile, des « laveurs de lin », « laveurs de laine », « foulons préposés au séchage » et autres « foulons préposés au finissage » faisant alors leur apparition313. Nous tenterons de déterminer dans les prochains chapitres si cette profusion de termes à partir de l’époque hellénistique reflète, dans les faits, un accroissement de la spécialisation professionnelle et si elle peut ou non être traduite, en termes économiques, par une certaine intégration verticale de ces métiers et, en termes sociaux, par une division du travail plus importante.

    112Contentons-nous pour l’instant de souligner que subsiste l’éternel problème de savoir comment traduire tous ces mots dans nos langues vernaculaires, alors que le vocabulaire antique renvoie à des réalités, des pratiques, des techniques et des gestes différents, qui ne correspondent pas à l’idée véhiculée par les vocables modernes de « blanchisseur », « blanchisserie », « laverie » ou « pressing » par exemple314. De même, faut-il traduire knapheus systématiquement par « foulon », alors que notre acception moderne du terme – artisan qui foule et apprête les étoffes de drap ou de laine – ne recouvre que partiellement la réalité antique du métier ? S’ajoute à cela que les nuances sont nombreuses dans le vocabulaire utilisé par les Anciens et qu’il est parfois difficile de les rendre dans la traduction. La nourrice d’Oreste, par exemple, se revendique également « phaidryntria (φαιδρύντρια) des langes de nourrissons », nom connotant le fait qu’elle les lavait pour les rendre « brillants315 ». Ce mot réapparaît en ce sens sous la plume d’Apollonios de Rhodes et dans une inscription de Chios datant du ier s. av. J.-C.316. Il convient donc de tenter de traduire ces termes le plus fidèlement possible, y compris à l’aide de périphrases ou en mentionnant explicitement le mot grec employé, seule manière de rendre toutes ces nuances, car l’enjeu n’est pas seulement d’ordre sémantique. Comme nous l’avons démontré, les plyneis, les stibeis et les gnapheis étaient tous des artisans exerçant des activités proches, mais la différence de vocabulaire recouvre des métiers, des spécialisations, des savoir-faire et des gestes techniques différents, ainsi que des réalités socio-économiques variées. Les enjeux sont par conséquent également techniques, économiques, sociaux et même culturels.

     

    113Par ailleurs, il apparaît très clairement dans les sources textuelles que, dans le monde grec, les foulons opéraient à la fois en tant qu’acteurs de la production textile et en tant que prestataires de services pour des étoffes déjà portées et usagées. Néanmoins, un tel constat ne préjuge en rien de la réalité matérielle et concrète des ateliers : étaient-ils tous destinés à cette double activité ? Ou certains se trouvaient-ils uniquement spécialisés dans les activités de finition des étoffes, tandis que d’autres ne s’occupaient que du service commercial de nettoyage, comme cela semble avoir été le cas dans certaines régions d’Égypte ? Existait-il une différence – économiquement, spatialement et matériellement – entre les ateliers qui pratiquaient l’une ou l’autre de ces activités, ou étaient-elles systématiquement mêlées au sein d’un même espace de production317 ? Mais si la distinction entre les deux était si évidente, n’aurait-on pas – à l’instar de ce qui a été créé en Égypte – donné ailleurs aussi dans le monde grec un nom différent à l’un et à l’autre des métiers plutôt que de les désigner sous le terme commun de knapheus ? Seule l’archéologie peut permettre de répondre à toutes ces questions, en restituant avec précision la matérialité des ateliers de foulons, comme cela a été fait à Pompéi et à Ostie par exemple318. Toutefois, comme nous allons à présent le démontrer, dans l’Orient grec, si les données archéologiques concernant les fouleries ne sont pas absentes, elles y sont malheureusement très labiles, ce qui limite grandement les interprétations possibles de ces espaces de production.

    Notes de bas de page

    1Selon la définition de H. Balfet, le « processus technique » correspond à l’ensemble des phases de production d’un artéfact et pour lequel trois unités d’observation sont envisageables : l’opération, la séquence et la phase (Balfet 1991, p. 17).

    2Sur ce point, voir Desrosiers 1991.

    3Cresswell 1976 ; Lemonnier 1976.

    4Ryder 2007, p. 690‑694.

    5Weber 1947, p. 231 ; Harris 2002, p. 71 ; Ruffing 2008, p. 109 ; Ruffing 2016. Voir aussi Bresson 2007, p. 235 ; Bernard 2018, p. 66‑67.

    6Harris 2002 ; Ruffing 2008. Voir aussi Bowman, Wilson 2009, p. 27‑28.

    7Weber 1947, p. 225.

    8Weber 1947, p. 225.

    9Wilson 2008 ; Bowman, Wilson 2009, p. 32‑33.

    10Charlet, François, Leroy 1953, p. 12.

    11Charlet, François, Leroy 1953, p. 13 : il faut en particulier distinguer « la graisse de laine, ou suintine, presque exclusivement lipidique, et le suint proprement dit, produit hydrosoluble, dont la teneur en substances minérales est élevée ».

    12Galien, Linguarum seu dictionum…, 98 (Kühn XIX, 125), s.v. « οἴσπη αἰγός » : ὁ παρὰ ταῖς θριξὶ τῆς αἰγὸς ἐγγινόμενος ἐν τῇ ἕδρᾳ ῥύπος καὶ μάλιστα ταῖς κατὰ τὴν ἕδραν συνιστάμενος ῥύπος : « “oispè de chèvre” : la saleté mêlée aux poils de la chèvre sur son arrière-train, et plus particulièrement, la saleté qui s’y est accumulée sous son arrière-train ».

    13Voir p. ex. Hérodote, Histoires, IV, 187. Voir aussi Beck, Beck 1978, p. 213‑214.

    14Médard 2020, p. 43.

    15Pour les sources romaines, voir Moeller 1976, p. 12.

    16Dioscoride, De materia medica, II, 163 (193) : στρούθιον, ᾧ οἱ ἐριοπλύται χρῶνται πρὸς κάθαρσιν τῶν ἐρίων. Voir aussi II, 74 (84), où Dioscoride recommande, pour obtenir de la lanoline, de prendre « de la laine en suint souple non encore traitée à la saponaire » (ἔρια μαλακὰ οἰσυπηρὰ μὴ ἐστρουθισμένα).

    17Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XIX, 18, 48 : At quae uocatur radicula lauandis demum lanis sucum habet, mirum quantum conferens candori mollitiaeque. (…) Struthion Graeci uocant. Voir aussi XXIV, 58, 96 : Tinguentibus et radicula lanas praeparat, quam struthion a Graecis uocari diximus : « Et la radicule, que les Grecs, comme nous avons dit, nomment struthion, sert encore aux teinturiers à préparer les laines ».

    18P. Cair. Zen., III, 59430, l. 15. Voir aussi infra, p. 269. Sur l’organisation de l’élevage du bétail à Philadelphie, voir Orrieux 1985, p. 207.

    19PSI, IV, 429, l. 13-16 : Ἰάσονι γράψαι | τὰ ἔρια ἐμβαλέσθαι καὶ | καταγαγεῖν Διονύσιον | ἐστρουθισμένα.

    20P. Lond., VII, 2012, l. 3-12 : ἀπέσ|τ̣αλκα δ̣έ̣ σοι καὶ ἐρί|ων μνᾶς τρεισήμισυ,| καθαρὸν δὲ ὅσον ἄν | π̣ό̣τ̣ε̣ ἀποβῆι. (…) | ἀπέσταλκα δέ σοι | καὶ τὸ καταλει|φθὲν̣ στ̣ρούθεον.

    21Sur les ateliers de lavage de toisons à Pompéi, improprement appelés officinae « lanifricariae », voir Moeller 1966 ; Moeller 1976, p. 29‑35 ; Borgard, Puybaret 2004 ; Monteix 2013 ; Monteix et al. 2019 ; Monteix et al. 2020, contra Flohr 2013a, p. 57‑60. Voir aussi Médard 2020, p. 41‑43.

    22Dioscoride, De materia medica, II, 163 (193).

    23AAT, 101, p. 317, no 45 et Alt.v.Hierapolis, 40 (Hiérapolis en Phrygie, iie-iiie s. apr. J.-C.) ; BGU, I, 118, col. iii (Arsinoïte, 189 apr. J.-C.) ; P. Mil. Vogl., IV, 212 (Tebtynis, 109 apr. J.-C.) ; BGU, XIX, 2770 (Hermopolis, 374 apr. J.-C.). Voir aussi des comptes administratifs de Tebtynis (P. Tebt., II, 610, l. 33 ; 138 apr. J.-C.) qui mentionnent des « ouvriers qui lavent la laine » (ἐργάταις πλύνουσι ἔρια).

    24Voir aussi Mazow 2014, p. 34‑36.

    25Aristophane, Lysistrata, 574-575 : ὥσπερ πόκου ἐν βαλανείῳ ἐκπλύναντας τὴν οἰσπώτην ; voir aussi v. 728‑732. Sur les références à la production textile dans Lysistrata, voir Scheid, Svenbro 1994, p. 51‑70 ; Dorati 1998.

    26Aristophane, Ploutos, 160-167.

    27Lucien, Les esclaves fugitifs, 12 : περὶ πλυνοὺς ἔχειν ἢ ἔρια ξαίνειν, ὡς εὐεργὰ εἴη ταῖς γυναιξὶν καὶ εὐμήρυτα (…).

    28Sur ce point, voir Dercy 2015, p. 108.

    29Voir p. ex. Euripide, Électre, 513 ; Aristophane, Les Oiseaux, 714 ; Sophocle, Les Trachiniennes, 615 ; BGU, III, 765, l. 7 ; BGU, VI, 1289 ; BGU, XVI, 2626, 2629, 2634 ; O. Heid., 465, l. 4 ; P. Alex. Giss., 5, l. 12 ; P. Cair. Zen., II, 59287 ; IV, 59774 ; P. Enteux., 3 ; McCabe, Chios Inscriptions, 25 ; I. Ery., 206 ; etc.

    30‘Ραβδιστής : BGU, IX, 1900 ; BGU, XV, 2547 ; Chr. Wilck., 203 ; P. Fouad., 77 ; P. Mich., II, 123 et 127 ; P. Stras., IX, 829 ; SB, I, 5124 et 5220 ; SB, XXIV, 16272. Ἐριοραβδιστής : P. Berl. Cohen, 16 ; Stud. Pal., IV, 58-78. Voir aussi γερδιοραβδιστής : P. Tebt., II, 305. Voir Calderini 1946, p. 42‑44 ; Moeller 1976, p. 12.

    31Ἐργαστήριον ἐριοραβδιστικόν : P. Bon., 24a, l. 9-10, 14 ; 24b, l. 16 ; 24c, l. 11.

    32Moeller 1976, p. 12 : « Therefore the oesypum must have been purified and it was most certainly an important by-product of wool-scouring » et p. 76 : « The lanolin (oesypum) resulting from the washing provided additional income to the lanifricarii ». Voir aussi Forbes 1956, p. 21, 84 ; Monteix 2013, p. 81.

    33Voir p. ex. Hippocrate, Des Ulcères, XII, 17 et 24 ; Galien, Sur la méthode thérapeutique, XIV, 325 (Kühn X, 965) ; Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXIX, 10. On pouvait également utiliser de la laine en suint pour soigner les blessures : cf. Aristophane, Les Acharniens, 1176. Voir Langbeck 1890 ; Hoppe 1999.

    34Mazow 2014, p. 40 soutient au contraire l’idée d’une séparation des activités : « Scouring techniques for the production of spinning wool and those for extracting lanolin must therefore have been two separate operations ».

    35Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXIX, 10, 35 : fit pluribus modis, sed probatissimum lana ab iis partibus recenti concerpta aut quibuscumque sordibus sucidis primum collectis lento igni in aëneo subferuefactis et refrigeratis pinguique, quod supernatet, collecto in fictile uas iterumque decocta priore materia; quae pinguitudo utraque frigida aqua lauatur et in linteo saccatur ac sole torretur, donec candida fiat ac tralucida; tum in stagnea pyxide conditur.

    36Dioscoride, De materia medica, II, 74 (84). Ce passage est discuté par Robertson 1986, p. 40‑41 et Mazow 2014, p. 36‑37, mais la traduction anglaise qu’ils utilisent n’est pas la leur. Dans les traductions anglaises disponibles de ce texte, le vocabulaire technique employé par Dioscoride, ainsi que les phases opératoires et les gestes décrits, n’ont pas toujours été rendus avec exactitude, aboutissant à quelques approximations et contresens.

    37Borgard, Puybaret 2004, p. 51 ; Monteix 2013, p. 81, contra Flohr 2013a, p. 58‑59.

    38Voir sur ce point Healy 1999, p. 113‑370.

    39Moeller 1966 ; Moeller 1976, p. 30‑35. Sur la distinction entre les ateliers de première et de seconde générations, voir Monteix 2013.

    40Monteix et al. 2019, § 13‑19.

    41Guignet, Dommer, Grandmougin 1895, p. 14.

    42Spantidaki 2016, chap. 4 ; Médard 2020, p. 43. Sur le terme « cardage » employé en français à partir du Moyen Âge pour désigner l’opération précédant le filage et non le grattage des étoffes, voir Médard 2020, p. 48‑50. L’auteur rappelle également la différence à établir entre le peignage, qui permet d’obtenir des fibres longues de qualité supérieure, et le cardage, qui évite de perdre les fibres courtes et de qualité inférieure en les rendant également exploitables pour le tissage. Cependant, le cardage à la carde, permettant de mélanger tous types de fibres (qualité, couleur, longueur, etc.) en les étirant en tous sens, n’est apparu qu’au cours des xiie-xiiie siècles en Europe médiévale. On ignore encore si cette opération était réalisée dans l’Antiquité. Il n’existe par ailleurs, pour désigner l’action de démêler les fibres avant de les filer, qu’un seul terme en latin (pecto) et en grec (ξαίνω), que l’on traduit indifféremment par « peigner » ou « carder ».

    43Spantidaki 2016, p. 34‑35 ; Médard 2020, p. 53‑60.

    44Spantidaki 2016, chap. 5 et 6 ; Médard 2020, p. 71.

    45Pour la bibliographie, voir supra, p. 21, n. 35. Sur les fileurs et fileuses dans le monde égéen, voir Barber 1991, p. 39‑78 ; en Égypte, voir Dross-Krüpe 2011, p. 48‑51.

    46Platon, Le Politique, 282a : καὶ μὴν ξαντική γε καὶ νηστικὴ καὶ πάντα αὖ τὰ περὶ τὴν ποίησιν αὐτὴν τῆς ἐσθῆτος ἧς λέγομεν μέρη, μία τίς ἐστι τέχνη τῶν ὑπὸ πάντων λεγομένων, ἡ ταλασιουργική.

    47P. ex. Platon, Le Politique, 281a. Sur tous ces termes, voir Calderini 1946, p. 16‑17.

    48P. ex. Platon, Phédon, 87b et La République, II, 369d ; Aristote, La Politique, 1291a ; Plutarque, Œuvres morales, 156b ; P. Cair. Zen., I, 59080 ; P. Cair. Zen., II, 59176 ; O. Eleph., DAIK 6 ; P. Hib., I, 67 et 68 ; PSI, IV, 3718. Pour un relevé exhaustif, voir Calderini 1946, p. 47‑53. Sur les tisserands en Égypte romaine, voir Wipszycka 1965, p. 47‑121.

    49P. ex. IG, II², 7967 et 13178 ; P. Tebt., I, 5 et V, 239 ; PSI, XIV, 1401. Le nom γναφαλλουφάντης est un hapax ; il désigne un tisserand de γνάφαλλον, terme attesté dans de nombreux papyrus et signifiant « flocons de laine ». Selon B. D. Meritt (Hesperia, 3, 1934, p. 87, no 105), il s’agit d’un tisserand de laine (« wool-weaver ») ; le terme serait donc un synonyme de ἐριουφάντης. Voir aussi Labarre 1998, p. 801‑802.

    50P. ex. Platon, Ion, 540c ; Tryphon, ap. Athénée, Deipnosophistes, XIV, 618d ; IG, II², 1553-1578. Sur les témoignages épigraphiques concernant les femmes et les affranchis qui travaillaient la laine, voir Lewis 1959 ; Lewis 1968 ; Labarre 1998, p. 792‑798.

    51Λαναρίοι : Éphèse : I. Eph., 727 (ca. 150 apr. J.-C.) ; Saittai (Lydie) : TAM, V.1, 85 (145/6 apr. J.-C.) ; SEG, 49, 1663 (168/9 apr. J.-C.) et 1664 (170/1 apr. J.-C.) ; TAM, V.2, 1019 (218-222 apr. J.-C.). Ἐριουργοί : Saittai : SEG, 48, 1462 (192/3 apr. J.-C.) ; SEG, 29, 1198 (223/4 apr. J.-C.) ; Philadelphie (Lydie) : TAM, V.3, 1490 (iiie s. apr. J.-C.) ; Arsinoïte : P. Fouad., 68 (180 apr. J.-C.), P. Ryl., II, 94 (14-37 apr. J.-C.), mais le terme est restitué. Voir également Calderini 1946, p. 45‑47 ; Labarre, Le Dinahet 1996, p. 56‑57 ; Sanidas 2011, p. 37‑38 ; Arnaoutoglou 2016.

    52Amouretti 1986, p. 191 ; Shelmerdine 1995.

    53Homère, Odyssée, VII, 105-107 : καιρουσσέων δ᾽ ὀθονέων ἀπολείβεται ὑγρὸν ἔλαιον : « et des étoffes tissées serrées goutte l’huile fluide ».

    54Forbes 1956, p. 89 ; Barber 1991, p. 215‑222.

    55Pour une description précise de la fresque peinte en façade du local IX 7, 5-7 de Pompéi, représentant l’organisation d’un atelier de feutre, voir Monteix 2010, p. 187‑190. Sur la possible identification d’ateliers de feutre à Pompéi, voir Moeller 1976, p. 51‑54 ; Dickmann 2013 ; Flohr 2013a, p. 63‑64, contra Monteix 2013, p. 83‑86, qui y voit des ateliers de lavage de toisons de « seconde génération ».

    56Platon, Le Politique, 280c ; Les Lois, VIII, 849c : καὶ πάσης ἐσθῆτος ἢ πλοκῆς ἢ πιλήσεως ἤ τινων ἄλλων τοιούτων, ξένοις δὲ ἀναγκαῖον ὠνεῖσθαι παρ’ ἄλλων κτωμένοις. Sur tous les termes associés, voir Pollux, Onomasticon, VII, 171.

    57Sur les objets et vêtements en feutre, matériau très souvent associé au cuir, voir Dercy 2015, p. 64‑69, 74‑76, 82‑89.

    58SEG, 29, 1195 (194/5 apr. J.-C.) ; cf. Labarre, Le Dinahet 1996, no 39. Sur les associations des artisans du textile, voir infra, p. 178-182.

    59IK Prusa ad Olympum, 127 : Καλικλῆς πιλιοποῖος (sic) ; cf. Labarre, Le Dinahet 1996, no 79.

    60Sur l’art de la teinture, les plantes et les animaux tinctoriaux, voir Cardon 2014.

    61Voir p. ex. Isler 1994 ; Sanidas 2013, p. 137, 203‑204 ; Amigues 2018, p. 97 ; etc.

    62Sur les bapheia dans les sources textuelles, voir infra, p. 84, n. 8.

    63Pour les références des inscriptions, voir Labarre, Le Dinahet 1996 ; Sanidas 2011. Sur les associations des artisans du textile, voir infra, p. 178-182.

    64SEG, 25, 180, l. 22 ; ID, 400, l. 7-8.

    65Platon, La République, IV, 429d-e.

    66Borgard 2002 ; Borgard, Puybaret 2003 ; Borgard, Puybaret 2004.

    67Pour une synthèse de la question, mais avec beaucoup de problèmes d’identification et d’interprétation, voir Monaghan 2000 ; Monaghan 2001. Pour les autres ateliers de teinture repérés, voir Bowkett 1995 (Mycènes) ; Katsonopoulou 2011 (Hélikè) ; Sanidas 2013, p. 136‑137 (Corinthe) ; Le Quéré, Monteix, Zanella 2020 (Délos) ; dans le monde égéen à l’âge du Bronze, voir Barber 1991, p. 239‑243.

    68Sur cette question, voir Le Quéré, Monteix 2019, p. 11‑18.

    69Sur le travail des tailleurs en Égypte, voir Wipszycka 1965, p. 122‑125 ; Dross-Krüpe 2011, p. 89‑93.

    70P. Oxy., IV, 736, l. 3-4 : « βα[φεῖ καὶ γν]αφ[εῖ] » ou « βα[φέ(ως) καὶ γν]αφ[έως] ». Cette restitution est la nôtre ; le papyrus étant ici lacunaire, l’éditeur (S. Eitrem, « Varia, 85 », SymbOslo, 17, 1937, p. 105-106) restitue les lignes 3-4 ainsi : βα[– ca. 7 –]αφ[– ca. 3 –] | διὰ Ζμ[– 3 –]ς φαινόλ[ο]υ κοραξοῦ (δραχμαὶ) ι. Pour l’utilisation du diminutif « βαφ – » ou « βαφε – » pour βαφ(εύς), βαφ(έως) ou βαφ(έων), voir p. ex. O. Wilck, 700, l. 2 ; P. Lond., III, 604B, l. 78 ; P. Mich., II, 123, l. 16 ; P. Oxy., XLVI, 3300, l. 19.

    71Blümner 1875, p. 209‑212 ; Wipszycka 1965, p. 121‑122 ; Dross-Krüpe 2011, p. 89‑90.

    72Édit de Dioclétien, VII, 44-55 (cf. Lauffer 1971, p. 121‑123). Voir le Tableau 6, infra, p. 241-243.

    73Sur ce point, voir infra, p. 50-53.

    74Sur ce point, voir aussi Wilson 2008 ; Bowman, Wilson 2009, p. 32‑33.

    75Liste élaborée par Ruffing 2008, p. 113 (voir aussi Lewis 2020, p. 159). Il faut ajouter ἐπιγναφεύς apparaissant sur une stèle en l’honneur de Mithra, provenant de Nicopolis ad Istrum (IG Bulg., V, 5225). Sur cette dernière inscription voir Sharankov 2013 ; Bottez 2018, p. 244‑246 ; infra, p. 185-186.

    76En fonction des époques et des dialectes, on trouve indifféremment κναφεύς/γναφεύς, κναφεύω/γναφεύω, etc. Sur la terminologie, voir Calderine 1946, p. 69-72.

    77Sur l’étymologie du terme, voir supra, p. 16.

    78Ésope, Fables, 56 : Ἀνθρακεὺς καὶ γναφεύς : « Le Charbonnier et le Foulon ». Sur cette fable, voir infra, p. 46, 147.

    79IG, I³, 554, 616, 905. Sur ces dédicaces, voir Raubitschek 1949, nos 49 et 342 ; Gillis 2021, nos C10-C12 ; et infra, p. 183-184.

    80IG, I³, 794. Voir Raubitschek 1949, no 380 ; Gillis 2021, p. 46.

    81Pollux, Onomasticon, VII, 37-41 : Ὅσα ἀπὸ πλύνειν τὰς ἐσθῆτας. Sur ce point, voir aussi Lewis 2020, p. 143.

    82IG, II², 12372 : Ὀνήσιμος πλυνεύς. Voir aussi IG, II², 2934. Plusieurs chercheurs ont publié l’inscription IG, II², 10 en restituant col. iv, l. 4 : π̣λυ̣ν̣(εύς?). Mais les dernières éditions de l’inscription, après addition de nouveaux fragments et revue des pierres, restituent à présent γλ[- - -] (cf. Rhodes, Osborne 2003, no 4).

    83P. Bingen, 27, l. 1, 4, 7 (211-204 av. J.-C.) ; P. Bon., 11, E, l. 8 (225-201 av. J.-C.).

    84Eschyle, Choéphores, 760 ; IMT Adram. Kolpos, 734 (= IG, XII.2, 646), l. 41 : Ἀγησαγόρα γνάφηϊ [Ι] ; Dakaris, Vokotopoulou, Christidis 2013, no 4 : γνέφας : Ἀνάγυλλα Σίβυλλα. Sur les femmes dans les ateliers de foulons, voir infra, p. 166-170.

    85P. Oxy., L, 3598, l. 6-7 : Ἁτρῇ πλυσιμαρίῳ ὑ(πὲρ) συντάξεω[ς - - -] | Τεχώσει γναφ[ί]σσᾳ ὑ(πὲρ) συντάξε[ως - - ‑].

    86P. Oxy., L, 3599, l. 7, 23 (460 apr. J.-C.). Voir aussi deux autres papyrus datant du iiie s. av. J.-C. et mentionnant des πλύσιμα, probablement des taxes sur le nettoyage des vêtements : P. Cair. Zen., III, 59457 et UPZ, II, 158.

    87Platon, Le Politique, 281b-282a. Sur les métaphores des métiers du textile utilisées par Platon, voir Cole 1991 ; Scheid, Svenbro 1994, p. 131‑140.

    88Dans ce cas, les verbes employés sont en général plynô ou ekplynô.

    89Théophraste, Caractères, XVIII, 6 : (…) καὶ τὸ ἱμάτιον δὲ ἐκδοῦναι δεινὸς οὐχ ὃς βέλτιστα ἐργάσεται, ἀλλ´ ὅταν ᾖ ἄξιος ἐγγυητὴς τοῦ κναφέως.

    90Théophraste, Caractères, XXII, 8 : (…) καὶ ἔνδον μένειν, ὅταν ἐκδῷ θοἰμάτιον ἐκπλῦναι.

    91Théophraste, Caractères, XXX, 10 : (…) καὶ θοἰμάτιον ἐκδοῦναι πλῦναι καὶ χρησάμενος παρὰ γνωρίμου ἐφελκύσαι πλείους ἡμέρας, ἕως ἂν ἀπαιτηθῇ.

    92Lysias, Contre Diogiton, 20, 8 : εἰς ὑποδήματα δὲ καὶ εἰς γναφεῖον ἱμάτια καὶ εἰς κουρέως κατὰ μῆνα οὐκ ἦν αὐτῷ οὐδὲ κατ' ἐνιαυτὸν γεγραμμένα, συλλήβδην δὲ παντὸς τοῦ χρόνου πλεῖν ἢ τάλαντον ἀργυρίου. Voir aussi Athénée, Deipnosophistes, XIII, 45. Sur la différence de traduction entre himation (« manteau ») et himatia (« vêtements »), voir infra, p. 49, n. 121.

    93Aristophane, Les Guêpes, 1127-1128 ; L’Assemblée des femmes, 415. Voir aussi Bettalli 1982, p. 263‑264.

    94Ésope, Fables, 56 : Καὶ ὁ γναφεὺς ὑποτυχὼν ἔφη· Ἀλλ’ ἔμοιγε τοῦτο παντελῶς ἀδύνατον· ἅ γὰρ ἐγὼ λευκανῶ, σὺ ασβολώσεις. Sur cette fable, voir aussi infra, p. 147.

    95Évangile selon Marc, 9, 3 : καὶ τὰ ἱμάτια αὐτοῦ ἐγένετο στίλβοντα λευκὰ λίαν οἷα γναφεὺς ἐπὶ τῆς γῆς οὐ δύναται οὕτως λευκᾶναι.

    96Schol. in Aristophane, Ploutos, 166 : Ἀττικόν ἐστι τὸ κναφεύειν, ἤγουν πλύνειν, παρὰ τὸ καινὰ φαίνειν τὰ λευκανθέντα.

    97P. Cair. Zen., II, 59176, l. 251-257 (255 av. J.-C.) ; P. Hib., I, 114 (244/3 av. J.-C.) ; SB, XX, 14999 et 15000 (217 av. J.-C.) ; SB, XIV, 11490 (iie-iiie s. apr. J.-C.) ; BGU, I, 21 (340 apr. J.-C.). Sur les gnapheis en Égypte gréco-romaine, voir aussi Pros. Ptol., V, nos 12852-12896 ; CPR, XIII, p. 58-65 ; Dogaer 2020, p. 199‑200.

    98P. Oxy., X, 1346, l. 1 (iie s. apr. J.-C.) : ἐν τῇ πόλει γέγναπται καὶ κακῶς ἐγνάφη.

    99P. Stras., VII, 618, l. 1 (319 apr. J.-C.) : καὶ δι(ὰ) Πα[. . . . .] γναφέως χ̣[λ](αμύδες) δ ; l. 23 : καὶ δι(ὰ) Βήκιος γναφέως χλ(αμύδες) ε.

    100P. Merton, II, 71, l. 7-9 (160-163 apr. J.-C. ?) : στολὴ λευκὴ λακονη|σήμου (sic) ἀπὸ γναφείου Μυσθαρίω|νος ἀρχιερέως πρὸς (δραχμὰς) σ ; l. 12-13 : σύνθεσις λευκὴ ἀπὸ | γναφείου πρὸς (δραχμὰς) ρ.

    101P. Merton, II, 71, l. 10-11 : σύνθεσις λευκὴ ἀπὸ | γναφείου πρὸς (δραχμὰς) ρ ; l. 14-15 : λῶδιξ καὶ ἱμάτια λευκὰ | ἄγναφα πρὸς (δραχμὰς) ρ.

    102Platon, Fragments, 18D ; Évangile selon Matthieu, 9, 16 ; Évangile selon Marc, 2, 21 ; pour les papyrus, voir infra, p. 240.

    103Pour le monde romain et l’équivalent latin de rude vestimentum, voir Bradley 2002, p. 22. Sur le lainage, voir infra, p. 58-62.

    104Πλύντρα : P. Cair. Zen., II, 59176, l. 251-257 ; SB, IV, 7451, l. 150. Γνάπτρα : P. Cair. Zen., III, 59398, l. 8‑9 ; P. Col., IV, 63, l. 29. Sur la différence de prix et cette interprétation, voir Dogaer 2020, p. 199‑200 et infra, p. 226-227.

    105Cf. Lysippe, Fragments, 4.

    106P. Michael, 18, col. ii, l. 3-4 : / ἄλλ(ον) ἰδιόχρω(μον) πρωτόγναφον σες̣[- - -] (δραχμαὶ?) ρμη | / ἄλλ(ον) δερματικομαφόρτ(ον) ἰδιό(χρωμον) πρωτόγνα[φον] (δραχμαὶ) σ ; col. iv, l. 6 : [- - - λ]ω̣δίκιον κόκκινον πρωτόγναφον. P. Tebt., II, 406, l. 14 : καὶ ἐν ἱματίοις κιτώνιον (sic) πρ[ωτό]γ̣ναφον λακωνόσημον.

    107P. Cair. Zen., II, 59146 : Ἀγάθων Ζήν̣ωνι χαίρειν. ἔδωκέ μ[οι Μ]ῆστρις ἡ Ἀθηνα[ίδος τῆς] | Μενίππου γυναικὸς μήτηρ ἃ ἔφη σὰ ε[ἶνα]ι, χλαμύδα α, [χιτῶνας] | δύο, τούτων τὸν ἕνα χειριδωτόν. εἴργασμαι οὖν αὐτ̣[ὰ] καὶ [  ̣  ̣  ̣  ̣  ̣  ̣  ̣  ̣] | παρʼ ἐμοί. γράψον οὖμ (sic) μοι τίνι συντάσσ̣[εις] δ̣οῦναι α[ὐ]τά, ὃς ἀ[ποκομιεῖ] | πρὸς σέ. | ἔρρωσο. (ἔτους) γ[- - -]. Voir Loftus 2000, p. 178 ; Wilson 2003, p. 442. Sur le foulon Agathôn, voir CPR, XIII, p. 58, no 2.

    108Sur ce point, voir aussi Dross-Krüpe 2011, p. 184‑185.

    109P. Cair. Zen., III, 59456, l. 1-2 : ἐκομισάμην παρὰ Ἀγάθωνος τὰ ποδεῖα. χαριεῖ οὖμ̣ μοι στηθοδεσμί|δας ποίησας̣ μ̣αλακὰς λεπτὰς δύο καὶ ἀποστείλας ὥστε τῆι γυναικί. Sur ces pièces de lingerie, voir Criscuolo 1998.

    110Il est de nouveau fait mention d’un couturier et d’un foulon l. 133 et l. 141. Sur les prix, voir infra, p. 222-239.

    111Soriga 2017, p. 26. Voir aussi Blümner 1875, p. 158 et n. 4.

    112Sur les différentes étoffes nettoyées par les foulons et citées dans l’Édit de Dioclétien, voir infra, p. 241-243.

    113Platon, Sophiste, 227a.

    114Voir p. ex. Strabon, Géographie, X, 1, 6 : ἀποκαθαίρεσθαι τῇ πλύσει τῶν λίνων παραπλησίως : « rendre aussi propre que les vêtements de lin après avoir été lavés (tè plysei) ».

    115Sur ce point, voir Pfisterer-Haas 2002.

    116Homère, Iliade, XXII, 153-155 : ἔνθα δ᾽ ἐπ᾽ αὐτάων πλυνοὶ εὐρέες ἐγγὺς ἔασι καλοὶ λαΐνεοι, ὅθι εἵματα σιγαλόεντα πλύνεσκον Τρώων ἄλοχοι καλαί τε θύγατρες : « À côté (de ces deux sources) sont de larges et beaux lavoirs en pierre, où les femmes et les belles filles de Troie lavaient leurs vêtements brillants ».

    117Platon, Charmide, 161e : τὸ ἑαυτοῦ ἱμάτιον ἕκαστον ὑφαίνειν καὶ πλύνειν.

    118IG, XII.5, 569, l. 1-6 (début du iiie s. av. J.-C.) : (…) ἔδοξεν τῆι βουλῆι καὶ τῶ[ι δήμωι· τὸν] ἐπιμελ[η]τήν, | [ὅ]τ[αν ἐπιμε]λήσ[ητ]αι τῆς κρήνης τῆς ἐπ[ὶ τὸ ἀνωτάτ]ω(?), ὅπως ἂν εἶ κ̣[α|θ]α[ρὸς ὁ ὀχ]ετὸς ὁ κρυπτός, ἐπιμελεῖ[σθαι καὶ τῆς κά]τω κρήνης, ὅπως | [ἂ]ν μήτ[ε λό]ωνται μήτε πλύ[ν]ωσιν ἐ[ν ταῖς κρήναις, ἀ]λλὰ κα[θα]ρὸν τὸ | ὕδωρ εἴσεισιν ἐς τὸ ἱε[ρὸν] τῆς Δήμητρο[ς· ἐὰ]ν δέ τις ἢ λόηται ἢ πλύνει τι | ἐν ταῖς κρήναις (…) : « (…) il a plu au Conseil et au peuple : que le responsable (épimélète), lorsqu’il inspecte la fontaine supérieure, s’assure que la canalisation souterraine soit propre ; qu’il inspecte également la fontaine inférieure afin de s’assurer qu’on ne se lave ni nettoie (quelque chose) dans les fontaines, mais que l’eau entrant dans le sanctuaire de Déméter soit propre ; si quelqu’un se lave ou nettoie quelque chose dans les fontaines (…) ».

    MDAI(A), 27 (1902), 47.71, l. 180-183 (iie s. av. J.-C.) : (…) μηθενὶ δὲ ἐξουσία ἔ|στω ἐπὶ τῶν δημοσίων κρηνῶν μήτε | κτῆνος ποτίζειν μήτε ἱμάτια πλύνειν | μήτε σκεῦος μήτε ἄλλο ἁπλῶς μηθέν (…) : « (…) Il est interdit à quiconque d’abreuver des troupeaux dans les fontaines publiques ou d’y laver des vêtements ou de la vaisselle ou généralement quoi que ce soit d’autre (…) ».

    119IG, II², 2934 ; sur cette inscription, voir infra, p. 187. Sur le lieu d’exercice de ces plyneis, voir Billot 1992, p. 155‑156. Sur le fait que cette inscription désigne bien des laveurs de textile, et non des laveurs de peaux comme cela a parfois été proposé, voir Dercy 2015, p. 179‑181.

    120P. Cair. Zen., II, 59176, l. 251-257 (cf. CPR, XIII, p. 59, no 8) : [- - - γ]ναφεῖ τῆς Ἱεροκλέους χλα|[μύδος καὶ χι]τῶνος καὶ ἱματίου \πλύντρα/ (ὀβολὸς 1 1/4) | [- - - διπ]λοίδων β (ἡμιωβέλιον) (τέταρτον) | [- - -] καὶ ἱματίου (ἡμιωβέλιον) | Ῥ̣οδί̣α̣ς καὶ Φιλιάδος χιτώνων καὶ σινδόνος (ὀβολὸς 1 1/4) | Τάξιος χιτῶνος (τέταρτον) | Κρότου χιτῶνος καὶ Κυάνου (ἡμιωβέλιον). Voir aussi P. Cair. Zen., III, 59398, l. 8-9.

    121Contra Flohr 2013b, p. 62. En effet, lorsque ce terme est employé au singulier ou dans le cadre d’une description précise, il désigne le vêtement en laine que l’on porte souvent au-dessus du chitôn et que l’on traduit généralement par « manteau » ; mais au pluriel, il prend souvent le sens général de « vêtements », tous types d’habits et de textiles confondus : cf. p. ex. Platon, Le Politique, 279a-282a ; Lysias, Contre Diogiton, 20, 8 ; Aristote, Météorologie, II, 3, 39 (359a) ; etc.

    122Sur la reconnaissance sociale des foulons et leur apprentissage, voir infra, p. 175-177.

    123P. Count., 14 = P. Petr., III, 59 (iiie s. av. J.-C.) ; P. Lond., VII, 2140 (milieu du iiie s. av. J.-C.) ; P. Count., 23, l. 128 (254-231 av. J.-C.) ; P. Count., 40, l. 5 (254-231 av. J.-C.) ; P. Hib., I, 114 (244/3 av. J.-C.) ; P. Count., 6 (232 av. J.-C.) ; SB, XX, 14999-15001 (217 av. J.-C.) ; P. Bingen, 27, l. 55 (211-204 av. J.-C.) ; P. Heid., VI, 379 (204 av. J.-C.) ; P. Yale, I, 38 (iiie -début iie s. av. J.-C.). Voir aussi Ruffing 2008, p. 72, 758‑759 ; Dross-Krüpe 2011, p. 88 ; ; Dogaer 2020, p. 199‑200.

    124BGU, I, 9 (276 apr. J.-C.) ; P. Tebt., II, 417, r (fin iie-début iiie s. apr. J.-C.) ; SB, XIV, 11638 (ive s. apr. J.-C.).

    125Voir par exemple à Philadelphie, P. Cair. Zen., II, 59176, l. 251 (255 av. J.-C.) : γναφεῖ ; P. Yale, I, 38, l. 5 (iiie s. av. J.-C.) : τὸν στιβέα ; P. Lond., VII, 2140, l. 9 (milieu du iiie s. av. J.-C.) : στιβεῖ. Ou encore à Tebtynis, P. Tebt., III, 890, l. 14 (iie s. av. J.-C.) : γναφέως ; P. Tebt., III, 891, l. 23 (iie s. av. J.-C.) : γναφεῖ ; SB, XX, 14999, l. 2 (217 av. J.-C.) : στιβέως.

    126P. Lond., VII, 2140, l. 9 : στιβεῖ προσκεφαλαίων.

    127SB, XX, 14999-15001. Sur cette affaire, voir infra, p. 200-201.

    128P. Tebt., II, 417, r, l. 21-24 (fin iie-début iiie s. apr. J.-C.) : ὕπαγε καὶ δέξε̣ | [τ]ὸν μαφόρτην σου | ἀπὸ τοῦ στιβήου (sic) πλὴ̣ν (sic) | φύγουσιν. SB, XIV, 11638, l. 4 (ive s. apr. J.-C.) : [- - - π]ό̣λεως ὄντα ἐπὶ ἐργασίας στιβ[είου - - -].

    129SB, XIV, 11490, l. 7-10 (iie-iiie s. apr. J.-C.) : ⟦ἐν⟧ τῷ δʼ αὐτῷ ἔδωκα τὸν | φαιλόνην (sic) μου τὸν ἀσίρω|τον (sic) ἕνα ποιήσῃς αὐτὸν ἀ̣π̣ο̣|[πεμφθῆν]αι εἰς τὸ στι[βεῖον].

    130P. Hib., I, 114. Sur ces taxes, voir infra, p. 266.

    131BGU, XIII, 2280, col. ii, l. 11-18 (βαφεῖς). BGU, IV, 1087, v, col. i, l. 7-16 (στιβεῖς) ; col. v, l. 5-14 (ἀρτοκόποι) ; col. v, l. 15-16 (φακινᾶς). BGU, I, 9, col. i, l. 17-22 (μυρωπῶλεις) ; col. ii, l. 7-22 (βαφεῖς) ; col. iii, l. 1-10 (γναφεῖς ?).

    132Sur le cheirônaxion et les différentes taxes payées par les foulons, voir infra, p. 250-270. Sur ce point, voir aussi van Minnen 1987, p. 43‑44.

    133C’est l’hypothèse que retiennent Clarysse, Thompson 2006, II, p. 164, de manière quelque peu simplifiée : « The fullers’ prickly teasel was used by those known in Greek as gnapheis; the finished cloth was trampled under foot by those named sitbeis ». Voir aussi Dogaer 2020, p. 199-200.

    134Sur ce point, voir infra, p. 278-280.

    135Philadelphie : P. Cair. Zen., IV, 59539, l. 3 ; P. Cair. Zen., II, 59176, l. 251. Tebtynis : P. Tebt., III, 890, l. 14 ; P. Tebt., III, 891, l. 21 ; P. Tebt., V, 1152, l. 29. Sur la production textile dans le nome Arsinoïte, voir Dross-Krüpe 2011, passim.

    136Pétosiris, Psintaès, Stotoètis, Harpsalis, Onnôphris, Amméneus, Péténoupis (P. Count., 6, l. 8-21) ; Apugchis (P. Count., 40, l. 5) ; Pétéarmôtis (P. Heid., VI, 379, l. 2-3) ; Onnôphris (P. Hib., I, 114, l. 1) ; Totètis et Pétéarpèkis (P. Bingen, 27, l. 55) ; Péteuris (SB, XX, 14999-15001). Voir aussi CPR, XIII, p. 156-157.

    137Agathôn (P. Cair. Zen., IV, 59539, l. 3) ; Dèmètrios (P. Cair. Zen., IV, 59744, l. 11) ; Léôn (P. Hamb., IV, 237, l. 10) ; Pélaias (O. Bodl. I, 281, l. 9) ; Artémas (P. Wash. Univ., I, 49, l. 12) ; Kotys fils d’Euènos (Chr. Mitt., 6 = P. Petr., II, 18.2, l. 5). Voir aussi Pros. Ptol., V, nos 12852-12896 ; CPR, XIII, p. 58-65.

    138UPZ, II, 180 : Phatréis (A col. x, l. 1) ; Onnôphris (A col. xii, l. 3) ; Poèris (B col. i, l. 25).

    139Sur les ethnè des foulons, voir infra, p. 203-206, 252.

    140P. Count., 2, l. 464 et 497 ; Clarysse, Thompson 2006, II, p. 164‑165.

    141Sur ce point, voir infra, p. 203-206, 252.

    142Clarysse, Thompson 2006, II, p. 164.

    143BGU, IV, 1087 = BGU, I, 9.

    144Bradley 2002, p. 24‑26 ; Flohr 2013b, p. 99.

    145Ziomecki 1975 ; Pipili 2000 ; Birchler Emery 2008, p. 30.

    146Sur ces fragments, voir Haspels 1936, p. 253, no 12 ; Graef, Langlotz, Hartwig 1925, no 1271a-b, pl. 74 ; Borgers 2003, p. 122, no 5 et pl. 2c-d ; Phritzila 2006, no 42, pl. 16.

    147Hippocrate, Du régime, I, 14. Sur ce passage, voir infra, p. 56.

    148Sur les substances utilisées lors de cette phase de foulage, voir infra, p. 66-81.

    149Moeller 1976, p. 19 ; Flohr 2013b, p. 100‑101 ; Soriga 2017, p. 28‑29.

    150Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VII, 196.

    151Robertson 1986, p. 11‑25 ; Mazow 2013, p. 216 et n. 9.

    152Sur les vestiges archéologiques des fouleries de l’âge du Bronze, voir infra, p. 86-98.

    153Homère, Odyssée, VI, 85-95 : αἱ δ᾽ ὅτε δὴ ποταμοῖο ῥόον περικαλλέ᾽ ἵκοντο, ἔνθ᾽ ἦ τοι πλυνοὶ ἦσαν ἐπηετανοί, πολὺ δ᾽ ὕδωρ καλὸν ὑπεκπρόρεεν μάλα περ ῥυπόωντα καθῆραι, ἔνθ᾽ αἵ γ᾽ ἡμιόνους μὲν ὑπεκπροέλυσαν ἀπήνης. καὶ τὰς μὲν σεῦαν ποταμὸν πάρα δινήεντα τρώγειν ἄγρωστιν μελιηδέα· ταὶ δ᾽ ἀπ᾽ ἀπήνης εἵματα χερσὶν ἕλοντο καὶ ἐσφόρεον μέλαν ὕδωρ, στεῖβον δ᾽ ἐν βόθροισι θοῶς ἔριδα προφέρουσαι. αὐτὰρ ἐπεὶ πλῦνάν τε κάθηράν τε ῥύπα πάντα, ἑξείης πέτασαν παρὰ θῖν᾽ ἁλός, ἧχι μάλιστα λάιγγας ποτὶ χέρσον ἀποπλύνεσκε θάλασσα.

    154Cf. LSJ, s.v., « στείβω » : tread or stamp on, tread under foot.

    155Voir aussi Pfisterer-Haas 2002, p. 3‑6.

    156Hippocrate, Du régime, I, 14 : Καὶ οἱ γναφέες τωὐτὸ διαπρήσσονται, λακτίζουσι, κόπτουσιν, ἕλκουσι, λυμαινόμενοι ἰσχυρότερα ποιέουσι, κείροντες τὰ ὑπερέχοντα, καὶ παραπλέκοντες, καλλίω ποιέουσι· ταῦτα πάσχει ὥνθρωπος. Le sens le plus répandu du verbe λυμαίνομαι est « outrager, maltraiter », mais il peut également signifier « nettoyer pour enlever les saletés » ; dans ce dernier cas, il est formé sur le nom τὸ λῦμα désignant soit l’eau utilisée pour nettoyer, soit la saleté enlevée grâce au nettoyage. Nous avons donc essayé de rendre dans notre traduction les deux sens du terme (« maltraiter pour nettoyer »), subtilité que les Grecs anciens ne manquaient sans doute pas de percevoir.

    157Cf. LSJ, s.v., « λακτίζω » : kick with the heel or foot, trample on.

    158Synésios, Epistolae, 44, 8 : δαίμονές εἰσι καθαρτήριοι, τέχνην ἔχοντες ἐπὶ ταῖς ψυχαῖς ἣν οἱ κναφεῖς ἐπὶ τοῖς ἱματίοις τοῖς πιναροῖς. ἀλλ’ εἴ τις ἱματίοις αἴσθησις ἦν, τί ἂν οἴει πάσχειν αὐτὰ λακτιζόμενα καὶ νιτρούμενα καὶ πάντα τρόπον κναπτόμενα;. Voir aussi Blümner 1875, p. 161, n. 8.

    159Cratinos, Fragments, 303 (275) : τῇ μάστιγι κνάψειν εὖ μάλα | πρὶν συμπατῆσαι. Sur le sens de knaptô ici, voir infra, p. 61.

    160Voir aussi Blümner 1873, p. 318 ; Blümner 1875, p. 164.

    161Épître aux Galates, I, 18-19.

    162Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XX, 199-203 ; Hégésippe, ap. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 23, 14‑18.

    163Hégésippe, ap. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 23, 18 : Καὶ λαβών τις ἀπ´ αὐτῶν, εἷς τῶν γναφέων, τὸ ξύλον, ἐν ᾧ ἀποπιέζει τὰ ἱμάτια, ἤνεγκεν κατὰ τῆς κεφαλῆς τοῦ δικαίου, καὶ οὕτως ἐμαρτύρησεν. Le verbe employé, ἀποπιέζω, désigne le fait d’essorer, d’exprimer, de faire sortir en pressant, d’où notre traduction, plus proche du texte que la traditionnelle traduction « battre ».

    164Mimouni 2015.

    165John Minsheu, Dictionary in Spanish and English, 1599, s.v. « Batanádo » : fulled ; s.v. « Batanár páños » : to full clothes ; « Batanéro » : a fuller of clothes. Sur l’usage du bâton à foulon aux époques médiévale et moderne, voir Robertson 1986, p. 63‑66.

    166Voir Flohr 2013b, p. 104‑105.

    167Sur ce point, voir infra, p. 152-153.

    168P. Tebt., I, 86, r, l. 44-45, 47, 51 : ψυγμός γναφέων. Cf. CPR, XIII, p. 63-64.

    169SB, XXIV, 15920 = P. Flor., III, 388, l. 5 (87 ou 103 apr. J.-C.) : ι παρ(ὰ) Εὐδημο(- -) ψυγμογ[ν]αφέ(ως) ἃς εἶχέ μο(υ) ε̣ἰ̣ς̣ χ̣ρ̣ῆ̣(σιν) (δραχμαὶ) δ. Sur ce terme, voir López García 1996 ; Ruffing 2008, p. 839 ; Dross-Krüpe 2011, p. 88.

    170P. Mich., V, 294 (ier s. apr. J.-C.) ; P. Mich., XIV, 678 (98 apr. J.-C.). Sur le terme dôma, signifiant dans les papyrus « toit plat, terrasse », voir Husson 1983, p. 63‑65. Voir aussi Dross-Krüpe 2011, p. 145‑146.

    171Guignet, Dommer, Grandmougin 1895, p. 440.

    172Soriga 2017, p. 30, 38. Voir aussi Médard 2020, p. 47‑48.

    173Del Freo, Nosch, Rougemont 2010, p. 346 ; Soriga 2017, p. 30.

    174Sur ce point, voir aussi les remarques de Soriga 2017, p. 30‑31.

    175Flohr 2013b, p. 113. Voir aussi Wipszycka 1965, p. 131.

    176Sur l’utilisation du chardon à foulon dans le Proche-Orient ancien, voir Soriga 2017, p. 38‑40 ; pour les périodes médiévale et moderne, voir Robertson 1986, p. 50, 400‑401 ; Médard 2020, p. 47‑52.

    177Schol. in Aristophane, Ploutos, 166 : κνάφος δὲ ἐστιν ἀκανθῶδές τι, ῷ ξύουσι τὰ ἱμάτια. Pour les nombreuses définitions de cet instrument données par les scholiastes et lexicographes, voir Blümner 1875, p. 167, n. 4.

    178Pollux, Onomasticon, VII, 37-38 : τοῦ δὲ κνάπτειν ἡγεῖται τὸ συμπατῆσαι, ὡς Κρατῖνος ὑποδηλοῖ παίζων, τῇ μάστιγι κνάψειν εὖ μάλα, πρὶν συμπατῆσαι.

    179Timée le Sophiste, Lexicon, s.v. « κνάφος » : ὄργανόν τι ἐν κύκλῳ κέντρα ἔχων, δι’ οὗ τοὺς βασανιζομένους κτείνουσιν· ὅμοιον δέ ἐστι γναφικῷ κτενί.

    180Hérodote, Histoires, I, 92, 4 : ἐπὶ κνάφου ἕλκων διέφθειρε : « il le fit périr en l’attirant sur le knaphos ». Voir le commentaire d’Hésychios, qui n’est pas exact du point de vue technique, mais qui vise à souligner le lien avec l’instrument utilisé par les foulons : cf. Lexique, s.v. « ἐπὶ κνάφου ἕλκων » (cf. Cunningham 2020, no 4873) : διαφθείρων· τὸ γὰρ πρότερον οἱ γναφεῖς ἀκανθῶν σωρὸν συστρέψαντες, τὰ ἱμάτια ἐπὶ τοῦ σωροῦ ἔκναπτον· ὁ δὲ σωρὸς ἐλέγετο γνάφος. Ὁ οὖν Κροῖσος τὸν ἐχθρὸν περιέξαινε ταῖς ἀκάνθαις καὶ οὕτως ἔφθειρεν : « “attirant sur le knaphos” : mettant à mort. En effet, les foulons, après avoir rassemblé un monceau d’épines, foulaient les vêtements sur cet amas ; et on appelait cet amas knaphos. Ainsi, Crésus lacéra son ennemi à l’aide d’épines et il en mourut ».

    181Voir p. ex. Eschyle, Les Perses, 575 ; Sophocle, Ajax, 1031 ; Platon, La République, X, 616a ; etc.

    182Blümner 1873, p. 318 ; Blümner 1875, p. 167.

    183Alcée le Comique, Fragments, II, 833 ; Pollux, Onomasticon, VII, 37 : κνάφος δ’ ἡ πρόσφορος αὐτοῖς ἀκούοιτ’ ἂν ἄκανθα.

    184Galien, Linguarum seu dictionum…, 92 (Kühn XIX, 106), s.v. « ἱππόφεως » : τοῦτο οὐ μόνον ἱπποφαὲς ὀνομάζεται· ἀλλὰ καὶ κνάφον καὶ στύβον.

    185Dioscoride, De materia medica, IV, 159 : ἐν ᾧ γνάπτουσι τὰ ἱμάτια ; IV, 160 : καὶ αὐτὸ γναφικῆς ἀκάνθης εἶδος.

    186Sur l’aena fullonia, instrument utilisé pour le brossage des tissus, voir Wild 1968. Moeller 1976, p. 20, sur la base d’une représentation iconographique, décrit ainsi le peigne des foulons : « This instrument appears to have been a board perhaps 20 cm in length upon whose face was a layer of thistle heads; a strap or handle was fixed to its back ».

    187Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XVI, 92, 244 : quod uero in spina fullonia, (vocant) hippophaeston ; XXVII, 66, 92 : Hippophaeston nascitur in spinis, ex quibus fiunt aenae fulloniae.

    188Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, XXIV, 68, 111 : ex qua aenae fulloniae inplentur. Toutefois Pline, comme d’autres auteurs anciens et modernes, semblent confondre les différentes espèces de chardons et autres plantes utilisées pour fabriquer ces peignes. En effet, dans son énumération des espèces de la famille des Carduacées, Théophraste désigne le chardon à foulon par le terme strouthion (στρουθίον), c’est-à-dire saponaire (Recherches sur les plantes, VI, 4, 3). Les plantes auxquelles Théophraste fait référence ici relèvent en fait de l’espèce de la Cardère sauvage (Dipsacus fullonum ou Dipsacus sylvestris) qui, justement parce qu’elle n’était pas utilisée pour carder la laine, est à distinguer de la Cardère à foulon (Dipsacus sativus), l’espèce cultivée, dont les capitules secs – bien plus longs que ceux de la Cardère sauvage – étaient enfilés sur des peignes pour les opérations de lainage. La confusion vient du fait que, dans le langage vernaculaire, on utilise généralement l’expression « chardon à foulon » pour désigner l’une ou l’autre espèce, toutes deux employées dans les ateliers de foulons, mais pas pour le même usage.

    189Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VIII, 56, 135.

    190Sur la possible utilisation des peaux de hérissons pour les opérations de lainage dans le Proche-Orient ancien, voir Soriga 2017, p. 40‑42, qui propose des parallèles ethnographiques avec la Sardaigne contemporaine.

    191Blümner 1875, p. 171. Voir aussi Guignet, Dommer, Grandmougin 1895, p. 466 : « Le tondage est une opération qui a pour but de couper, à une hauteur uniforme, tous les filaments développés au lainage. Cette opération se faisait autrefois à l’aide de ciseaux énormes, que l’on appelait forces. ».

    192Lucien, Les esclaves fugitifs, 28 : (…) τέχνην τὴν ἐμὴν ἠπίστατο· ἀπέκειρεν γὰρ ἐν τῷ γναφείῳ καθήμενος ὁπόσον περιττὸν τοῖς ἱματίοις τῶν κροκύδων ἐπανθεῖ.

    193P. Koeln, II, 109 (ive-ve s. apr. J.-C.), l. 14-16 : καὶ τὸ ψαλεί|διον (sic) ἀνινκαι (sic), ὅτι ἐπροσεφώ̣νη|σα αὐτὸ τῷ γν[α]φῖ.

    194TAM, V.3, 1519 (iie-iiie s. apr. J.-C.) ; sur cette inscription, voir infra, p. 194.

    195LSJ, s.v. « ψιλάγναφος » : carpet-cleaner (?).

    196Petzl 1996, p. 18, n. 81 ; Dittmann-Schöne 2001, p. 204 ; Zimmermann 2002, p. 126.

    197Cf. LSJ, s.v. « ψιλόω » : strip bare (mostly of hair) ; s.v. « ψιλός » : (of animals) stripped of hair or feathers, smooth ; shaved, hairless ; s.v. « ψίλωθρον » : depilatory.

    198IG Bulg., V, 5225. Sur cette stèle, voir infra, p. 185-186.

    199Lucien, Les esclaves fugitifs, 28 : – Φιλοσοφία : Ἐκεῖνος αὐτός ἐστιν, ὁ οἰκέτης ὁ σός, ἀλλὰ νῦν φιλοσόφῳ ἔοικεν ἀκριβῶς ἑαυτὸν ἐπιγνάψας.

    200Sur les presses à vêtements et leurs vestiges à Pompéi et Herculanum, voir Brun, Monteix 2009 ; Monteix 2010, p. 214‑216 ; Flohr 2013b, p. 144‑148.

    201Sénèque, De la tranquillité de l’âme, I, 5.

    202Voir p. ex. LSJ, s.v. « ἶπος » : any weight, fuller’s press.

    203Pollux, Onomasticon, VII, 41 : ἔοικε μᾶλλον τῷ τῶν κναφέων ἐργαλείῳ προσήκειν, à propos d’Archiloque, Fragments, 169 : κέαται δ’ ἐν ἴπωι.

    204LSJ, s.v. « στροβεύς » : an instrument (perh. a screw-press) used by fullers. Voir aussi Blümner 1875, p. 160, n. 3.

    205Schol. in Aristophane, Cavaliers, 387 : στροβεύς ἐργαλεῖον κναφικόν. Φησὶν οὖν, περίαγε αὐτὸν καὶ στρέφε· τοῦτο γάρ καὶ τοῦ ἐργαλείου τὸ ἔργον.

    206Sur les étoffes plissées dans l’Égypte pharaonique, voir Jones 2014 ; sur les différentes représentations iconographiques de ces étoffes plissées, voir Spantidaki 2014, p. 42‑43.

    207P. ex. Xénophon, Cyropédie, VI, 4, 2 ; Théocrite, Idylles, XV, 24 ; IG, II², 1514, 1516, 1518, 1522, 1524 ; etc.

    208Barber 2004, p. 20 ; Spantidaki 2014, p. 41.

    209Spantidaki 2014, p. 41.

    210Spantidaki 2014, p. 41‑43.

    211Voir la description de la presse à huile à vis de Héron d’Alexandrie (Mécanique, III, 19-21), avec le commentaire de Carra de Vaux (éd.) 1988, p. 301‑304. Voir aussi Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XV, 5.

    212Flohr 2013b, p. 99. Voir aussi Wipszycka 1965, p. 131 ; Moeller 1976, p. 18‑27 ; Dross-Krüpe 2011, p. 42‑45.

    213Théophraste, Recherches sur les plantes, IX, 12, 5 : τὸ μὲν φύλλον ἔχουσα οἶον στρουθός, ᾧ τὰ ὀθόνια λευκαίνουσι.

    214Théophraste, Recherches sur les plantes, VI, 8, 3 : ἀνθεῖ δὲ καὶ ἡ ἶρις τοῦ θέρους καὶ τὸ στρουθίον καλούμενον, avec les commentaires d’Amigues 2010, p. 246, n. 69. Sur l’usage de la saponaire lors de la grande lessive encore à la fin du xixe et au début du xxe siècle, voir Verdier 1979, p. 112.

    215Diogène Laërce, Vie des philosophes illustres, V, 2 : Θεόφραστος Μελάντα Ἐρέσιος κναφέως υἱός, ὥς φησιν Ἀθηνόδωρος.

    216Mabey 1977.

    217Platon, La République, IV, 429d-e ; voir supra, p. 41.

    218Platon, La République, IV, 430a-b : καὶ μὴ αὐτῶν ἐκπλύναι τὴν βαφὴν τὰ ῥύμματα ταῦτα, δεινὰ ὄντα ἐκκλύζειν, ἥ τε ἡδονή, παντὸς χαλεστραίου δεινοτέρα οὖσα τοῦτο δρᾶν καὶ κονίας, λύπη τε καὶ φόβος καὶ ἐπιθυμία, παντὸς ἄλλου ῥύμματος.

    219LSJ, s.v. « κονία » : dust, sand, ashes, pearl-ash, lye, soap-powder, alkaline fluid used for washing, quicklime, plaster, stucco.

    220Galien, De simplicium medicamentorum…, VII, 193 (Kühn XII, 35) : τὸ περίπλυμα τῆς τέφρας (…) ῥυπτικωτάτη δ’ ἐστὶ καὶ ξηραντικωτάτη πασῶν ἡ ἐκ τῆς συκίνης τέφρας ; voir aussi De compositione medicamentorum per genera, VII, 709 (Kühn, XIII, 569).

    221Théophraste, Recherches sur les plantes, V, 9, 5 : δριμεῖα δὲ καὶ ἡ τέφρα καὶ ἡ κονία ἡ ἀπ᾿ αὐτῶν. Μάλιστα δέ φασι τὴν ἀπὸ τῆς ἀμυγδαλῆς.

    222Plutarque, Propos de table, VI, 10 : ἡ τέφρα ῥυπτικωτάτην παρέχει κονίαν.

    223Aristophane, Les Grenouilles, 711 ; Lysistrata, 470.

    224Soriga 2017, p. 27.

    225LSJ, s.v. « ῥύπτω » : cleanse, wash, esp. with soap or lye. Cf. s.v. « ῥύπος » : dirt, filth ; s.v. « ῥύμμα » : anything used for washing, soap, lye. Voir aussi Blümner 1875, p. 162.

    226Aristote, Problèmes, XXIII, 935b : Διὰ τί Παῖσα λίμνη πότιμος οὖσα πλύνει καὶ ῥύπτει τὰ ἱμάτια; Πλύνει μὲν γὰρ τὸ γλυκύ, ῥύπτει δὲ τὸ πικρόν, ἅμα δὲ οὐχ οἷόν τε ἔχειν ταῦτα.

    227Aristote, De mirabilibus auscultationibus, 834a : ὥστε τὰ ἱμάτια οὐδενὸς ἑτέρου ῥύμματος προσδεῖσθαι.

    228Aristote, Météorologie, II, 3, 39 (359a) : τὰ δὲ ἱμάτια ῥύπτειν, ἐάν τις διασείσῃ βρέξας.

    229Plutarque, Propos de table, VI, 2.

    230Guignet, Dommer, Grandmougin 1895, p. 435.

    231Alciphron, Lettres, III, 25, 1 : Ἡράκλεις, ὅσα ὑπέστην πράγματα ῥύμματι καὶ νίτρῳ Χαλαστραίῳ χθιζινοῦ ζωμοῦ τοὐμοὶ περιχυθέντος τὴν γλισχρότητα ἀποκαθαίρων : « Héraklès ! Que de tracas j’ai eus en nettoyant à la lessive et au natron de Chalastra la sauce gluante d’hier qu’on m’a renversée dessus ! ».

    232Ignatiadou 2002 ; Dotsika et al. 2009 ; Di Nicuolo 2019, p. 406‑407.

    233Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXI, 46, 107 et 115.

    234Plutarque, Œuvres morales II, Des préceptes de santé, 384e : ὡς γὰρ τὰ ὀθόνια ῥύμμασι καὶ χαλαστραίοις πλυνόμενα μᾶλλον ἐκτρίβεται τῶν ὑδατοκλύστων.

    235Pour l’utilisation du natron aux époques précédentes dans le bassin égéen et au Proche-Orient, voir Soriga 2017, p. 32‑33. Sur la traduction de νίτρον par « natron » et non « nitre », qui désigne le nitrate de potassium, voir Kayser 1991, p. 220, n. 7 ; Gitton-Ripoll 2009.

    236Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXI, 46, 109.

    237Edwards et al. 2007, avec bibliographie antérieure.

    238Robertson 1986, p. 15 ; Devulder, Degryse 2014. Voir aussi Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXI, 46, 111, qui situe les deux principales sources de natron égyptien « aux environs de Naucratis et de Memphis ».

    239Sur ce point, voir Préaux 1939, p. 114‑115 ; Kayser 1991, p. 220‑221 ; Bogaert 1998, p. 84 ; Muhs 2006, p. 82. Voir p. ex. P. Tebt., III, 703, l. 102-104 : καὶ ὅ̣π[ω]ς̣ κ̣ῖκί τε | κ̣α̣[ὶ νί]τρον̣ εἰς τὴ̣[ν ἕ]ψ̣ησιν ὑπά̣ρ̣χ̣[ηι] μ̣ετάφ̣ε|ρ̣ε̣.

    240Théocrite, Idylles, XV (« Les Syracusaines »), 15-17 : Ἀπφῦς μὰν τῆνος τὰ πρόαν – λέγομες δὲ πρόαν θην πάντα νίτρον καὶ φῦκος ἀπὸ σκανᾶς ἀγοράσδων – ἦνθε φέρων ἅλας ἄμμιν, ἀνὴρ τρισκαιδεκάπηχυς.

    241Di Nicuolo 2019, p. 405.

    242Di Nicuolo 2019, p. 406.

    243Voir p. ex. Henderson 1985 ; Degryse (éd.) 2014 ; Jackson et al. 2016.

    244PUG, II, 62 ; P. Oxy., LXXIV, 4976 ; P. Oxy., LIV, 3766.

    245Pour toutes les références et une discussion sur cette taxe, voir infra, p. 259-268. Voir aussi, dans une lettre à Zénon datée de 250 av. J.-C. (P. Cair. Zen., III, 59304, l. 7), la mention de laveurs de lin (λινεψοί) qui ne doivent pas rester inoccupés s’ils n’ont pas de natron pour l’opération d’ébullition (οὐκ ἔχοντες νίτρον εἰς τὴν ἕψησιν). Voir également Lucas 1932 ; Di Nicuolo 2019, p. 406 ; Dogaer 2020.

    246Sur l’usage abusif du terme « monopole » pour décrire le système économique et fiscal instauré par les Lagides, voir infra, p. 250.

    247P. Col., IV, 113 (milieu du iiie s. av. J.-C.).

    248SB, XIV, 11958, l. 72 : νίτρον εἰς πλ̣ύνον (117 apr. J.-C.) ; P. Merton, II, 70, l. 16, 19, 21, 24, 27 (159 apr. J.‑C.).

    249P. Heid., VI, 379, l. 5-6 : τὰ στιβικὰ Βου|[βά]σ̣του ; l. 22 : τὰ στιβικά.

    250Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXIII, 33, 101-104 ; Dioscoride, De materia medica, V, 84.

    251De nos jours, le sel d’antimoine est utilisé comme mordant pour les textiles et le cuir : cf. https://new.societechimiquedefrance.fr/produits/antimoine/.

    252Aristophane, Les Grenouilles, 710-712 ; ὁ πονηρότατος βαλανεὺς ὁπόσοι κρατοῦσι κυκησιτέφρου ψευδολίτρου κονίας καὶ Κιμωλίας γῆς. Sur la Kimôlia gè, voir Di Nicuolo et al. 2016 ; Di Nicuolo 2018.

    253Robertson 1986, p. 31 : « This mixture, to be more precise, was sodium montmorillonite, an impure form of sodium carbonate, and plant ash. This is the first description of synthesis of bentonite, by double decomposition: the products of the reaction being sodium and potassium montmorillonite and calcium carbonate ».

    254Blümner 1875, p. 164, 170 ; Robertson 1986, p. 30‑36.

    255Théophraste, Des pierres, 62, avec les commentaires d’Amigues 2018, p. 94‑95. Théophraste était également l’auteur d’un autre traité, malheureusement perdu, Sur les sels, le natron et l’alun (cf. Diogène Laërce, V, 44).

    256Théophraste, Des pierres, 62. Sur la terre de Milos, ses propriétés et son exploitation, voir Robertson 1958 ; Renfrew, Wagstaff 1982, p. 79‑81 ; McNulty 2000, p. 60‑66, 74, 156‑162.

    257Théophraste, Des pierres, 64 : Χρῶνται δὲ τῇ γῇ πρὸς τὰ ἱμάτια μάλιστα ἢ μόνον. Χρῶνται δὲ καὶ τῇ Τυμφαϊκῇ πρὸς τὰ ἱμάτια.

    258Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 57, 196.

    259Dioscoride, De materia medica, V, 156 (176) : τῆς δὲ Κιμωλίας ἡ μέν ἐστι λευκὴ ἡ δὲ ἐμπόρφυρος καὶ λιπαρίαν τινὰ ἔμφυτον κεκτημένη, πρός τε τὴν ἁφὴν κατάψυχρος, ἣν ἀρίστην ἡγητέον.

    260Robertson 1986, p. 27‑28.

    261Robertson 1986, p. 345. Sur les fosses de stockage d’argiles smectiques retrouvées à Reims (iie‑iiie s. apr. J.‑C.) en association avec de nombreux pesons de métiers à tisser et autres artéfacts en rapport avec l’activité textile, et sur l’analyse minéralogique de ces argiles, voir Rollet 2016, p. 241‑243, 255‑257, 351, 1147‑1152.

    262Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 57, 196-198. Le texte de Pline concernant les terres à foulon soulève néanmoins plusieurs difficultés : 1. La première est qu’il utilise l’expression creta Cimolia tantôt de manière générique, pour désigner tous les types de terres à foulon, tantôt de manière spécifique, pour faire référence à celle provenant de Kimolos ; et il n’est pas toujours évident de départager les deux. Nous avons tenté de le faire dans notre traduction, en traduisant par « terre cimolée » l’usage générique et par « terre Cimolia » l’usage spécifique. 2. Par ailleurs, comme l’a bien démontré H. T. Wallinga, le principal problème réside dans la contradiction très nette apparaissant dans cet extrait (Wallinga 1996) : d’un côté, Pline assure que la terre de Sardaigne ne peut être employée que pour les vêtements blancs, et de l’autre, il évoque, dans la troisième étape de la chaîne opératoire, le lustrage de vêtements de bon teint qui auraient été préalablement foulés à la Sarda ; ces deux affirmations sont irréconciliables. Certes, il est tout à fait possible d’imputer cette contradiction à une erreur de Pline – ce ne serait pas la première –, mais l’hypothèse de H. T. Wallinga pour la résoudre nous convainc davantage. Il démontre en effet que la lex Metilia évoquée par Pline ne devait en réalité concerner que les vêtements blancs, non teints ; et dans ce cas, après le foulage à la Sarda et le passage au soufre, on attendrait que la troisième étape soit l’application de l’Umbrica pour donner du lustre (Wallinga 1996, p. 186). C’est d’ailleurs la mention de l’Umbrica qui amène l’auteur à évoquer la lex Metilia ; il est donc étonnant que cette argile d’Ombrie ne soit finalement plus mentionnée par la suite dans la loi imposée aux foulons. H. T. Wallinga émet donc l’hypothèse de la présence d’une lacune dans le texte avant ou après « Cimolia », qu’il résout ainsi : mox desquamatur Cimolia <quacumque> [- - - lacuna - - -] : « et ensuite, on frotte (les vêtements) avec n’importe quelle sorte de terre cimolée » (Wallinga 1996, p. 187). Cette proposition ne nous convainc guère. Pour les raisons que nous venons d’évoquer, nous aurions tendance à résoudre la lacune ainsi : mox desquamatur < Umbrica. [- - - lacuna - - -] desquamatur > Cimolia quae est coloris veri : « et ensuite, on frotte (les étoffes blanches) avec de la terre Umbrica. [- - -] on frotte à la terre Cimolia celles qui sont de grand-teint ». La lacune pourrait ainsi être imputée à une erreur du scribe, que les philologues appellent un « saut du même au même ». Quoi qu’il en soit, il semble manquer ici une remarque introductive qui permette d’évoquer le problème du traitement des vêtements teints, qui est le sujet de la dernière partie de cet extrait. En réintroduisant une lacune, le texte pourrait donc être compris ainsi :

    Ergo ordo hic est: primum abluitur uestis Sarda, dein sulpure suffitur, mox desquamatur < Umbrica. [- - - lacuna - - -] desquamatur > Cimolia quae est coloris ueri. Fucatus enim deprehenditur nigrescitque et funditur sulpure, ueros autem et pretiosos colores emollit Cimolia et quodam nitore exhilarat contristatos sulpure.

    « Voici donc le processus (prescrit par la loi pour les foulons) : on commence par nettoyer les étoffes à la Sarda, puis on les expose à une fumigation de soufre, et ensuite on les frotte à la terre < Umbrica. [- - -] on frotte > à la terre Cimolia celles qui sont de bon teint. Le petit-teint est en effet détecté grâce à l’action du soufre, qui noircit et altère (les couleurs) ; les couleurs de bon teint et de bonne qualité, quant à elles, sont adoucies par la terre Cimolia, qui leur redonne de l’éclat et de l’intensité après avoir été ternies par l’action du soufre ».

    263Titinius, Fullones, 5 (21-22) : Terra istaec est, non aqua, ubi tu solitus argutarier | Pedibus, cretam dum compescis, vestimenta qui laves.

    264Robertson 1949, p. 52 ; Robertson 1986, p. 55. La terre à foulon de Sardaigne était encore exploitée au xxe siècle (cf. Robertson 1986, p. 313‑314).

    265Robertson 1986, p. 5.

    266Robertson 1986, p. 30.

    267Tournefort 1717, p. 172‑173. Sur l’histoire de l’exploitation de la terre de Kimolos aux xixe et xxe siècles, voir Robertson 1986, p. 318‑320.

    268Robertson 1949 ; Monteix 2010, p. 194.

    269Théophraste, Caractères, X, 14 : καὶ πρὸς τοὺς γναφεῖς διατεινομένους, ὅπως τὸ ἱμάτιον αὐτοῖς ἕξει πολλὴν γῆν, ἵνα μὴ ῥυπαίνηται ταχύ.

    270Robertson 1949, p. 52.

    271Robertson 1949, p. 52 ; Robertson 1986, p. 56 ; Wallinga 1996, p. 186.

    272Robertson 1986, p. 35 ; Beneke, Lagaly 2002, p. 66.

    273IG, I³, 383, l. 33, 93-94 (429/8 av. J.-C.) : la divinité concernée n’est pas précisée.

    274P. Cair. Zen., I, 59012, l. 45 : γῆς Σαμ̣ίας στάμνοι β ; P. Cair. Zen., IV, 59704, l. 18 : γῆ Κιμωλία.

    275Théophraste, Des pierres, 65 : ἡ δὲ φύσις αὐτῆς ἰδία· λιθωδεστέρα γὰρ μᾶλλόν ἐστιν ἢ γεώδης, avec les commentaires d’Amigues 2018, p. 95‑100.

    276Caley, Richards 1956, p. 213.

    277Théophraste, Des pierres, 67 : οἱ γναφεῖς ἐμπάττοντες εἰς τὰ ἱμάτια.

    278Théophraste, Des pierres, 67 : Διαφέρειν δὲ δοκεῖ καὶ πρὸς τὰ ἀπομάγματα πολὺ τῶν ἄλλων, εἰς ὅ καὶ χρῶνται μᾶλλον, καὶ μάλισθ’ οἱ περὶ τὴν Ἑλλάδα, γλισχρότητι καὶ λειότητι. Sur le sens de τὰ ἀπομάγματα, voir LSJ, s.v. « ἀπόμαγμα » : anything used for wiping or cleaning; dirt washed off ; Amigues 2018, p. 100, n. 24. La traduction de D. E. Eichholz « for taking the impressions of seal » ne fait pas du tout sens ici.

    279Robertson 1986, p. 35.

    280Théophraste, Des pierres, 68 : ἤδη γάρ τις ναῦς ἱματηγὸς βρεχθέντων ἱματίων ὡς ἐπυρώθησαν συγκατεκαύθη καὶ αὐτή. Sur l’interprétation douteuse de Théophraste, voir Caley, Richards 1956, p. 219‑220.

    281P. Cair. Mich., I, 359, l. 1395. Sur cette taxe, voir infra, p. 270.

    282Dioscoride, De materia medica, V, 155 (174) ; Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, XXXV, 57, 194.

    283Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 13, 31 ; Dioscoride, De materia medica, V, 97 ; Galien, De simplicium medicamentorum…, IX, 246 (Kühn XII, 169). Sur la terre de Lemnos, voir Robertson 1986, p. 36‑40.

    284Eupolis, Fragments, 380 ; Céphisodote, Fragments, 4 ; Nicocharès, Fragments, 6 ; Hippocrate, De mulierum affectibus, II, 189 et De fistulis, 3.

    285Cf. LSJ, s.v. « σμάω » : wipe or cleanse with soap or unguent ; s.v. « σμήχω » : wipe off by help of soap or unguent, wash off, soap a person, wash him with soap or unguent.

    286Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 57, 196.

    287Shelmerdine 1995, p. 101‑102 ; Phappas 2010, p. 118, 260.

    288Soriga 2017, p. 36‑38.

    289Voir supra, p. 40.

    290Hippocrate, Du régime salutaire, 3.

    291Machon, ap. Athénée, Deipnosophistes, XIII, 45 : ῾Η Γλυκέριον λαβοῦσα παρ’ ἐραστοῦ τινος Κορίνθιον παράπηχυ καινὸν λῄδιον ἔδωκεν εἰς γναφεῖον· εἶτ’ ἐπεὶ τέλος ἔδοξ’ ἔχειν, πέμψασα τὴν θεραπαινίδα τὸ μισθάριον ἔχουσαν ἐκέλευ’ ἀποφέρειν θοἰμάτιον. ῾Ο γναφεὺς δ’ εἶπεν· “Ἂν γ’ ἐλᾳδίου ταρτημόριά μοι, φησὶ, προσενέγκῃς τρία κόμισαι. Τὸ κωλῦον γάρ ἐστι τοῦτο με.” Ἣ δ’ ὡς ἀπήγγειλ’, “Ὦ τάλαιν’, εἶπεν, κακῶν” ἢ Γλυκέρον, “Μέλλει γὰρ ὥσπερ μαινίδας ἀποτηγανίζειν, φησί, μου τὸ λῄδιον”.

    292Amouretti 1986, p. 191.

    293Sur les amorgina et les références littéraires et épigraphiques concernant ces vêtements, voir Spantidaki 2014, p. 42‑43.

    294Sur ce point, voir Médard 2005.

    295Spantidaki 2014, p. 43. Voir aussi Lorimer 1950, p. 371‑372 ; Marinatos 1967, A7 ; Shelmerdine 1995, n. 10.

    296Robertson 1986, p. 57‑59.

    297Flohr, Wilson 2011, p. 149.

    298Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXVIII, 18, 66 ; Plaute, Pseudolus, 779 ; Martial, Épigrammes, VI, 93.

    299Juan-Tresserras 2000, p. 249 ; Gourevitch 2011, p. 47.

    300Flohr, Wilson 2011, p. 150, et p. 151 : « Thus, even though there is evidence that Roman fullers used urine and were associated with it by several Roman authors, the image of a fuller standing all day long in a fulling tub filled with water and urine must be seen as a modern – and false – construct ». Sur ce point, voir aussi Bradley 2002, p. 37 ; Flohr 2013b, p. 103‑104 ; Bond 2016, p. 101‑105 ; Flohr 2017a, p. 45-46. Il convient également de revoir l’interprétation de certains chercheurs en ce qui concerne les vases qui auraient servi, dans la rue, à recueillir l’urine des passants pour être ensuite récupérée par les foulons : cf. Bradley 2002, p. 25 ; Flohr, Wilson 2011, p. 153 ; Flohr 2013b, p. 171, contra Moeller 1976, p. 96 ; Brissaud 2003.

    301Titinius, Fullones, 5 (21-22) ; Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 57, 196-198. Voir supra, p. 72-73.

    302Athénée, Deipnosophistes, XI, 67 (484a) : Τὸ δὲ ἀφ´ ἡμῶν διηθούμενον οὖρόν ἐστιν δριμύ. Τὰ γοῦν ἱμάτια τούτῳ χρώμενοι ῥύμματι πλύνουσιν οἱ γναφεῖς.

    303Galien, De simplicium medicamentorum…, X (Kühn XII, 285) : Ῥυπτικῆς μὲν οὖν δυνάμεως εἴπερ τι καὶ ἄλλο τὸ τῶν ἀνθρώπων ἐστὶν οὖρον, ὡς δηλοῦσι πολλοὶ καὶ οἱ γναφεῖς, τὰ ῥυπαρὰ τῶν ἀμφιεσμάτων ἐκκαθαίροντές τε καὶ ἀπορρύπτοντες ἡμῖν αὐτῷ. Voir aussi Galien, Hygiène, III, 13 (Kühn VI, 228) : Ὅμοιόν τι τοῦ Κοίντου περιφέρεται ἀπόφθεγμα τό τε περὶ τῶν οὔρων, ὡς γναφέως ἐστὶ καταμανθάνειν αὐτά, καὶ τὸ περὶ θερμοῦ, ψυχροῦ, ξηροῦ καὶ ὑγροῦ, διότι βαλανέων ἐστὶν ὀνόματα ταῦτα : « Il y a une certaine similitude entre l’apophtegme diffusé par Quintus qui concerne l’urine – ça, le foulon le sait bien – et celui qui concerne le chaud, le froid, le sec et l’humide, puisque ce sont là les noms des bains. »

    304Galien, In Hippocratis prorrheticum, 51 (Kühn XVI, 624) : Καταγελάσας δέ μου τῶν ἀπὸ Θεσσαλοῦ τις ἰατρῶν, οὐ μόνον αὐτὸς οὐδέποτε τὴν δι’ οὔρων ἐπίσκεψιν πεποιημένος, ἀλλὰ καὶ τοὺς ἐπισκεπτομένους αὐτοὺς γναφέας ἀποκαλῶν : « Et un médecin de Thessalie s’est moqué de moi, alors que non seulement ce dernier n’a jamais fait de recherches sur l’urine, mais qu’en outre il stigmatise ceux qui font de telles recherches en les traitant de “foulons”. »

    305Mazow 2014, p. 37‑39 ; Soriga 2017, p. 33.

    306Apulée, Métamorphoses, IX, 24-26 ; Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 57, 197-198. Pour une description des opérations et une analyse des sources iconographiques, voir Flohr 2013b, p. 117‑121.

    307Renan 1882, p. 60.

    308Voir p. ex. Homère, Iliade, XVI, 228 ; Odyssée, XXII, 481 ; Galien, De compositione medicamentorum secundum locos, X (Kühn XII, 903) ; Dioscoride, De materia medica, V, 107 ; etc.

    309Juan-Tresserras 2000, p. 249 ; Gourevitch 2011, p. 47.

    310Juan-Tresserras 2000, p. 249, avec bibliographie afférente. Théophraste, Recherches sur les plantes, IX, 11, 11 : κωλύει δὲ καὶ εἰς ἱμάτια τιθεμένη τοὺς σῆτας. Sur l’identification de la plante concernée (λιβανωτίς) comme étant la lavande à toupet (Lavandula stoechas L.), voir Amigues 2010, p. 359 et n. 108.

    311Gourevitch 2011, p. 47.

    312Mishnah Shabbat, IX, 5 (trad. W. Davidson, Digital edition of the Koren Noé Talmud : https://www.sefaria.org/Mishnah_Shabbat).

    313Sur les laveurs de lin en Égypte lagide, voir Dogaer 2020.

    314Voir aussi sur ce point Soriga 2017, p. 25.

    315Eschyle, Choéphores, 760 ; cf. LSJ, s.v. « φαιδρύνω » : make bright, cleanse, beaming.

    316Apollonios de Rhodes, Argonautica, IV, 671 : εἵματα φαιδρύνεσκεν ; IK Kios, 19 (ier s. av. J.-C. ?), l. 4-5 : εἵμασι φαιδρυνθῖσαι.

    317Voir sur ce point les réflexions de Bradley 2002, p. 21‑22 ; Wilson 2003, p. 446 ; Flohr 2013b, p. 242‑287.

    318Flohr 2013b, p. 96‑180.

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    1Selon la définition de H. Balfet, le « processus technique » correspond à l’ensemble des phases de production d’un artéfact et pour lequel trois unités d’observation sont envisageables : l’opération, la séquence et la phase (Balfet 1991, p. 17).

    2Sur ce point, voir Desrosiers 1991.

    3Cresswell 1976 ; Lemonnier 1976.

    4Ryder 2007, p. 690‑694.

    5Weber 1947, p. 231 ; Harris 2002, p. 71 ; Ruffing 2008, p. 109 ; Ruffing 2016. Voir aussi Bresson 2007, p. 235 ; Bernard 2018, p. 66‑67.

    6Harris 2002 ; Ruffing 2008. Voir aussi Bowman, Wilson 2009, p. 27‑28.

    7Weber 1947, p. 225.

    8Weber 1947, p. 225.

    9Wilson 2008 ; Bowman, Wilson 2009, p. 32‑33.

    10Charlet, François, Leroy 1953, p. 12.

    11Charlet, François, Leroy 1953, p. 13 : il faut en particulier distinguer « la graisse de laine, ou suintine, presque exclusivement lipidique, et le suint proprement dit, produit hydrosoluble, dont la teneur en substances minérales est élevée ».

    12Galien, Linguarum seu dictionum…, 98 (Kühn XIX, 125), s.v. « οἴσπη αἰγός » : ὁ παρὰ ταῖς θριξὶ τῆς αἰγὸς ἐγγινόμενος ἐν τῇ ἕδρᾳ ῥύπος καὶ μάλιστα ταῖς κατὰ τὴν ἕδραν συνιστάμενος ῥύπος : « “oispè de chèvre” : la saleté mêlée aux poils de la chèvre sur son arrière-train, et plus particulièrement, la saleté qui s’y est accumulée sous son arrière-train ».

    13Voir p. ex. Hérodote, Histoires, IV, 187. Voir aussi Beck, Beck 1978, p. 213‑214.

    14Médard 2020, p. 43.

    15Pour les sources romaines, voir Moeller 1976, p. 12.

    16Dioscoride, De materia medica, II, 163 (193) : στρούθιον, ᾧ οἱ ἐριοπλύται χρῶνται πρὸς κάθαρσιν τῶν ἐρίων. Voir aussi II, 74 (84), où Dioscoride recommande, pour obtenir de la lanoline, de prendre « de la laine en suint souple non encore traitée à la saponaire » (ἔρια μαλακὰ οἰσυπηρὰ μὴ ἐστρουθισμένα).

    17Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XIX, 18, 48 : At quae uocatur radicula lauandis demum lanis sucum habet, mirum quantum conferens candori mollitiaeque. (…) Struthion Graeci uocant. Voir aussi XXIV, 58, 96 : Tinguentibus et radicula lanas praeparat, quam struthion a Graecis uocari diximus : « Et la radicule, que les Grecs, comme nous avons dit, nomment struthion, sert encore aux teinturiers à préparer les laines ».

    18P. Cair. Zen., III, 59430, l. 15. Voir aussi infra, p. 269. Sur l’organisation de l’élevage du bétail à Philadelphie, voir Orrieux 1985, p. 207.

    19PSI, IV, 429, l. 13-16 : Ἰάσονι γράψαι | τὰ ἔρια ἐμβαλέσθαι καὶ | καταγαγεῖν Διονύσιον | ἐστρουθισμένα.

    20P. Lond., VII, 2012, l. 3-12 : ἀπέσ|τ̣αλκα δ̣έ̣ σοι καὶ ἐρί|ων μνᾶς τρεισήμισυ,| καθαρὸν δὲ ὅσον ἄν | π̣ό̣τ̣ε̣ ἀποβῆι. (…) | ἀπέσταλκα δέ σοι | καὶ τὸ καταλει|φθὲν̣ στ̣ρούθεον.

    21Sur les ateliers de lavage de toisons à Pompéi, improprement appelés officinae « lanifricariae », voir Moeller 1966 ; Moeller 1976, p. 29‑35 ; Borgard, Puybaret 2004 ; Monteix 2013 ; Monteix et al. 2019 ; Monteix et al. 2020, contra Flohr 2013a, p. 57‑60. Voir aussi Médard 2020, p. 41‑43.

    22Dioscoride, De materia medica, II, 163 (193).

    23AAT, 101, p. 317, no 45 et Alt.v.Hierapolis, 40 (Hiérapolis en Phrygie, iie-iiie s. apr. J.-C.) ; BGU, I, 118, col. iii (Arsinoïte, 189 apr. J.-C.) ; P. Mil. Vogl., IV, 212 (Tebtynis, 109 apr. J.-C.) ; BGU, XIX, 2770 (Hermopolis, 374 apr. J.-C.). Voir aussi des comptes administratifs de Tebtynis (P. Tebt., II, 610, l. 33 ; 138 apr. J.-C.) qui mentionnent des « ouvriers qui lavent la laine » (ἐργάταις πλύνουσι ἔρια).

    24Voir aussi Mazow 2014, p. 34‑36.

    25Aristophane, Lysistrata, 574-575 : ὥσπερ πόκου ἐν βαλανείῳ ἐκπλύναντας τὴν οἰσπώτην ; voir aussi v. 728‑732. Sur les références à la production textile dans Lysistrata, voir Scheid, Svenbro 1994, p. 51‑70 ; Dorati 1998.

    26Aristophane, Ploutos, 160-167.

    27Lucien, Les esclaves fugitifs, 12 : περὶ πλυνοὺς ἔχειν ἢ ἔρια ξαίνειν, ὡς εὐεργὰ εἴη ταῖς γυναιξὶν καὶ εὐμήρυτα (…).

    28Sur ce point, voir Dercy 2015, p. 108.

    29Voir p. ex. Euripide, Électre, 513 ; Aristophane, Les Oiseaux, 714 ; Sophocle, Les Trachiniennes, 615 ; BGU, III, 765, l. 7 ; BGU, VI, 1289 ; BGU, XVI, 2626, 2629, 2634 ; O. Heid., 465, l. 4 ; P. Alex. Giss., 5, l. 12 ; P. Cair. Zen., II, 59287 ; IV, 59774 ; P. Enteux., 3 ; McCabe, Chios Inscriptions, 25 ; I. Ery., 206 ; etc.

    30‘Ραβδιστής : BGU, IX, 1900 ; BGU, XV, 2547 ; Chr. Wilck., 203 ; P. Fouad., 77 ; P. Mich., II, 123 et 127 ; P. Stras., IX, 829 ; SB, I, 5124 et 5220 ; SB, XXIV, 16272. Ἐριοραβδιστής : P. Berl. Cohen, 16 ; Stud. Pal., IV, 58-78. Voir aussi γερδιοραβδιστής : P. Tebt., II, 305. Voir Calderini 1946, p. 42‑44 ; Moeller 1976, p. 12.

    31Ἐργαστήριον ἐριοραβδιστικόν : P. Bon., 24a, l. 9-10, 14 ; 24b, l. 16 ; 24c, l. 11.

    32Moeller 1976, p. 12 : « Therefore the oesypum must have been purified and it was most certainly an important by-product of wool-scouring » et p. 76 : « The lanolin (oesypum) resulting from the washing provided additional income to the lanifricarii ». Voir aussi Forbes 1956, p. 21, 84 ; Monteix 2013, p. 81.

    33Voir p. ex. Hippocrate, Des Ulcères, XII, 17 et 24 ; Galien, Sur la méthode thérapeutique, XIV, 325 (Kühn X, 965) ; Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXIX, 10. On pouvait également utiliser de la laine en suint pour soigner les blessures : cf. Aristophane, Les Acharniens, 1176. Voir Langbeck 1890 ; Hoppe 1999.

    34Mazow 2014, p. 40 soutient au contraire l’idée d’une séparation des activités : « Scouring techniques for the production of spinning wool and those for extracting lanolin must therefore have been two separate operations ».

    35Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXIX, 10, 35 : fit pluribus modis, sed probatissimum lana ab iis partibus recenti concerpta aut quibuscumque sordibus sucidis primum collectis lento igni in aëneo subferuefactis et refrigeratis pinguique, quod supernatet, collecto in fictile uas iterumque decocta priore materia; quae pinguitudo utraque frigida aqua lauatur et in linteo saccatur ac sole torretur, donec candida fiat ac tralucida; tum in stagnea pyxide conditur.

    36Dioscoride, De materia medica, II, 74 (84). Ce passage est discuté par Robertson 1986, p. 40‑41 et Mazow 2014, p. 36‑37, mais la traduction anglaise qu’ils utilisent n’est pas la leur. Dans les traductions anglaises disponibles de ce texte, le vocabulaire technique employé par Dioscoride, ainsi que les phases opératoires et les gestes décrits, n’ont pas toujours été rendus avec exactitude, aboutissant à quelques approximations et contresens.

    37Borgard, Puybaret 2004, p. 51 ; Monteix 2013, p. 81, contra Flohr 2013a, p. 58‑59.

    38Voir sur ce point Healy 1999, p. 113‑370.

    39Moeller 1966 ; Moeller 1976, p. 30‑35. Sur la distinction entre les ateliers de première et de seconde générations, voir Monteix 2013.

    40Monteix et al. 2019, § 13‑19.

    41Guignet, Dommer, Grandmougin 1895, p. 14.

    42Spantidaki 2016, chap. 4 ; Médard 2020, p. 43. Sur le terme « cardage » employé en français à partir du Moyen Âge pour désigner l’opération précédant le filage et non le grattage des étoffes, voir Médard 2020, p. 48‑50. L’auteur rappelle également la différence à établir entre le peignage, qui permet d’obtenir des fibres longues de qualité supérieure, et le cardage, qui évite de perdre les fibres courtes et de qualité inférieure en les rendant également exploitables pour le tissage. Cependant, le cardage à la carde, permettant de mélanger tous types de fibres (qualité, couleur, longueur, etc.) en les étirant en tous sens, n’est apparu qu’au cours des xiie-xiiie siècles en Europe médiévale. On ignore encore si cette opération était réalisée dans l’Antiquité. Il n’existe par ailleurs, pour désigner l’action de démêler les fibres avant de les filer, qu’un seul terme en latin (pecto) et en grec (ξαίνω), que l’on traduit indifféremment par « peigner » ou « carder ».

    43Spantidaki 2016, p. 34‑35 ; Médard 2020, p. 53‑60.

    44Spantidaki 2016, chap. 5 et 6 ; Médard 2020, p. 71.

    45Pour la bibliographie, voir supra, p. 21, n. 35. Sur les fileurs et fileuses dans le monde égéen, voir Barber 1991, p. 39‑78 ; en Égypte, voir Dross-Krüpe 2011, p. 48‑51.

    46Platon, Le Politique, 282a : καὶ μὴν ξαντική γε καὶ νηστικὴ καὶ πάντα αὖ τὰ περὶ τὴν ποίησιν αὐτὴν τῆς ἐσθῆτος ἧς λέγομεν μέρη, μία τίς ἐστι τέχνη τῶν ὑπὸ πάντων λεγομένων, ἡ ταλασιουργική.

    47P. ex. Platon, Le Politique, 281a. Sur tous ces termes, voir Calderini 1946, p. 16‑17.

    48P. ex. Platon, Phédon, 87b et La République, II, 369d ; Aristote, La Politique, 1291a ; Plutarque, Œuvres morales, 156b ; P. Cair. Zen., I, 59080 ; P. Cair. Zen., II, 59176 ; O. Eleph., DAIK 6 ; P. Hib., I, 67 et 68 ; PSI, IV, 3718. Pour un relevé exhaustif, voir Calderini 1946, p. 47‑53. Sur les tisserands en Égypte romaine, voir Wipszycka 1965, p. 47‑121.

    49P. ex. IG, II², 7967 et 13178 ; P. Tebt., I, 5 et V, 239 ; PSI, XIV, 1401. Le nom γναφαλλουφάντης est un hapax ; il désigne un tisserand de γνάφαλλον, terme attesté dans de nombreux papyrus et signifiant « flocons de laine ». Selon B. D. Meritt (Hesperia, 3, 1934, p. 87, no 105), il s’agit d’un tisserand de laine (« wool-weaver ») ; le terme serait donc un synonyme de ἐριουφάντης. Voir aussi Labarre 1998, p. 801‑802.

    50P. ex. Platon, Ion, 540c ; Tryphon, ap. Athénée, Deipnosophistes, XIV, 618d ; IG, II², 1553-1578. Sur les témoignages épigraphiques concernant les femmes et les affranchis qui travaillaient la laine, voir Lewis 1959 ; Lewis 1968 ; Labarre 1998, p. 792‑798.

    51Λαναρίοι : Éphèse : I. Eph., 727 (ca. 150 apr. J.-C.) ; Saittai (Lydie) : TAM, V.1, 85 (145/6 apr. J.-C.) ; SEG, 49, 1663 (168/9 apr. J.-C.) et 1664 (170/1 apr. J.-C.) ; TAM, V.2, 1019 (218-222 apr. J.-C.). Ἐριουργοί : Saittai : SEG, 48, 1462 (192/3 apr. J.-C.) ; SEG, 29, 1198 (223/4 apr. J.-C.) ; Philadelphie (Lydie) : TAM, V.3, 1490 (iiie s. apr. J.-C.) ; Arsinoïte : P. Fouad., 68 (180 apr. J.-C.), P. Ryl., II, 94 (14-37 apr. J.-C.), mais le terme est restitué. Voir également Calderini 1946, p. 45‑47 ; Labarre, Le Dinahet 1996, p. 56‑57 ; Sanidas 2011, p. 37‑38 ; Arnaoutoglou 2016.

    52Amouretti 1986, p. 191 ; Shelmerdine 1995.

    53Homère, Odyssée, VII, 105-107 : καιρουσσέων δ᾽ ὀθονέων ἀπολείβεται ὑγρὸν ἔλαιον : « et des étoffes tissées serrées goutte l’huile fluide ».

    54Forbes 1956, p. 89 ; Barber 1991, p. 215‑222.

    55Pour une description précise de la fresque peinte en façade du local IX 7, 5-7 de Pompéi, représentant l’organisation d’un atelier de feutre, voir Monteix 2010, p. 187‑190. Sur la possible identification d’ateliers de feutre à Pompéi, voir Moeller 1976, p. 51‑54 ; Dickmann 2013 ; Flohr 2013a, p. 63‑64, contra Monteix 2013, p. 83‑86, qui y voit des ateliers de lavage de toisons de « seconde génération ».

    56Platon, Le Politique, 280c ; Les Lois, VIII, 849c : καὶ πάσης ἐσθῆτος ἢ πλοκῆς ἢ πιλήσεως ἤ τινων ἄλλων τοιούτων, ξένοις δὲ ἀναγκαῖον ὠνεῖσθαι παρ’ ἄλλων κτωμένοις. Sur tous les termes associés, voir Pollux, Onomasticon, VII, 171.

    57Sur les objets et vêtements en feutre, matériau très souvent associé au cuir, voir Dercy 2015, p. 64‑69, 74‑76, 82‑89.

    58SEG, 29, 1195 (194/5 apr. J.-C.) ; cf. Labarre, Le Dinahet 1996, no 39. Sur les associations des artisans du textile, voir infra, p. 178-182.

    59IK Prusa ad Olympum, 127 : Καλικλῆς πιλιοποῖος (sic) ; cf. Labarre, Le Dinahet 1996, no 79.

    60Sur l’art de la teinture, les plantes et les animaux tinctoriaux, voir Cardon 2014.

    61Voir p. ex. Isler 1994 ; Sanidas 2013, p. 137, 203‑204 ; Amigues 2018, p. 97 ; etc.

    62Sur les bapheia dans les sources textuelles, voir infra, p. 84, n. 8.

    63Pour les références des inscriptions, voir Labarre, Le Dinahet 1996 ; Sanidas 2011. Sur les associations des artisans du textile, voir infra, p. 178-182.

    64SEG, 25, 180, l. 22 ; ID, 400, l. 7-8.

    65Platon, La République, IV, 429d-e.

    66Borgard 2002 ; Borgard, Puybaret 2003 ; Borgard, Puybaret 2004.

    67Pour une synthèse de la question, mais avec beaucoup de problèmes d’identification et d’interprétation, voir Monaghan 2000 ; Monaghan 2001. Pour les autres ateliers de teinture repérés, voir Bowkett 1995 (Mycènes) ; Katsonopoulou 2011 (Hélikè) ; Sanidas 2013, p. 136‑137 (Corinthe) ; Le Quéré, Monteix, Zanella 2020 (Délos) ; dans le monde égéen à l’âge du Bronze, voir Barber 1991, p. 239‑243.

    68Sur cette question, voir Le Quéré, Monteix 2019, p. 11‑18.

    69Sur le travail des tailleurs en Égypte, voir Wipszycka 1965, p. 122‑125 ; Dross-Krüpe 2011, p. 89‑93.

    70P. Oxy., IV, 736, l. 3-4 : « βα[φεῖ καὶ γν]αφ[εῖ] » ou « βα[φέ(ως) καὶ γν]αφ[έως] ». Cette restitution est la nôtre ; le papyrus étant ici lacunaire, l’éditeur (S. Eitrem, « Varia, 85 », SymbOslo, 17, 1937, p. 105-106) restitue les lignes 3-4 ainsi : βα[– ca. 7 –]αφ[– ca. 3 –] | διὰ Ζμ[– 3 –]ς φαινόλ[ο]υ κοραξοῦ (δραχμαὶ) ι. Pour l’utilisation du diminutif « βαφ – » ou « βαφε – » pour βαφ(εύς), βαφ(έως) ou βαφ(έων), voir p. ex. O. Wilck, 700, l. 2 ; P. Lond., III, 604B, l. 78 ; P. Mich., II, 123, l. 16 ; P. Oxy., XLVI, 3300, l. 19.

    71Blümner 1875, p. 209‑212 ; Wipszycka 1965, p. 121‑122 ; Dross-Krüpe 2011, p. 89‑90.

    72Édit de Dioclétien, VII, 44-55 (cf. Lauffer 1971, p. 121‑123). Voir le Tableau 6, infra, p. 241-243.

    73Sur ce point, voir infra, p. 50-53.

    74Sur ce point, voir aussi Wilson 2008 ; Bowman, Wilson 2009, p. 32‑33.

    75Liste élaborée par Ruffing 2008, p. 113 (voir aussi Lewis 2020, p. 159). Il faut ajouter ἐπιγναφεύς apparaissant sur une stèle en l’honneur de Mithra, provenant de Nicopolis ad Istrum (IG Bulg., V, 5225). Sur cette dernière inscription voir Sharankov 2013 ; Bottez 2018, p. 244‑246 ; infra, p. 185-186.

    76En fonction des époques et des dialectes, on trouve indifféremment κναφεύς/γναφεύς, κναφεύω/γναφεύω, etc. Sur la terminologie, voir Calderine 1946, p. 69-72.

    77Sur l’étymologie du terme, voir supra, p. 16.

    78Ésope, Fables, 56 : Ἀνθρακεὺς καὶ γναφεύς : « Le Charbonnier et le Foulon ». Sur cette fable, voir infra, p. 46, 147.

    79IG, I³, 554, 616, 905. Sur ces dédicaces, voir Raubitschek 1949, nos 49 et 342 ; Gillis 2021, nos C10-C12 ; et infra, p. 183-184.

    80IG, I³, 794. Voir Raubitschek 1949, no 380 ; Gillis 2021, p. 46.

    81Pollux, Onomasticon, VII, 37-41 : Ὅσα ἀπὸ πλύνειν τὰς ἐσθῆτας. Sur ce point, voir aussi Lewis 2020, p. 143.

    82IG, II², 12372 : Ὀνήσιμος πλυνεύς. Voir aussi IG, II², 2934. Plusieurs chercheurs ont publié l’inscription IG, II², 10 en restituant col. iv, l. 4 : π̣λυ̣ν̣(εύς?). Mais les dernières éditions de l’inscription, après addition de nouveaux fragments et revue des pierres, restituent à présent γλ[- - -] (cf. Rhodes, Osborne 2003, no 4).

    83P. Bingen, 27, l. 1, 4, 7 (211-204 av. J.-C.) ; P. Bon., 11, E, l. 8 (225-201 av. J.-C.).

    84Eschyle, Choéphores, 760 ; IMT Adram. Kolpos, 734 (= IG, XII.2, 646), l. 41 : Ἀγησαγόρα γνάφηϊ [Ι] ; Dakaris, Vokotopoulou, Christidis 2013, no 4 : γνέφας : Ἀνάγυλλα Σίβυλλα. Sur les femmes dans les ateliers de foulons, voir infra, p. 166-170.

    85P. Oxy., L, 3598, l. 6-7 : Ἁτρῇ πλυσιμαρίῳ ὑ(πὲρ) συντάξεω[ς - - -] | Τεχώσει γναφ[ί]σσᾳ ὑ(πὲρ) συντάξε[ως - - ‑].

    86P. Oxy., L, 3599, l. 7, 23 (460 apr. J.-C.). Voir aussi deux autres papyrus datant du iiie s. av. J.-C. et mentionnant des πλύσιμα, probablement des taxes sur le nettoyage des vêtements : P. Cair. Zen., III, 59457 et UPZ, II, 158.

    87Platon, Le Politique, 281b-282a. Sur les métaphores des métiers du textile utilisées par Platon, voir Cole 1991 ; Scheid, Svenbro 1994, p. 131‑140.

    88Dans ce cas, les verbes employés sont en général plynô ou ekplynô.

    89Théophraste, Caractères, XVIII, 6 : (…) καὶ τὸ ἱμάτιον δὲ ἐκδοῦναι δεινὸς οὐχ ὃς βέλτιστα ἐργάσεται, ἀλλ´ ὅταν ᾖ ἄξιος ἐγγυητὴς τοῦ κναφέως.

    90Théophraste, Caractères, XXII, 8 : (…) καὶ ἔνδον μένειν, ὅταν ἐκδῷ θοἰμάτιον ἐκπλῦναι.

    91Théophraste, Caractères, XXX, 10 : (…) καὶ θοἰμάτιον ἐκδοῦναι πλῦναι καὶ χρησάμενος παρὰ γνωρίμου ἐφελκύσαι πλείους ἡμέρας, ἕως ἂν ἀπαιτηθῇ.

    92Lysias, Contre Diogiton, 20, 8 : εἰς ὑποδήματα δὲ καὶ εἰς γναφεῖον ἱμάτια καὶ εἰς κουρέως κατὰ μῆνα οὐκ ἦν αὐτῷ οὐδὲ κατ' ἐνιαυτὸν γεγραμμένα, συλλήβδην δὲ παντὸς τοῦ χρόνου πλεῖν ἢ τάλαντον ἀργυρίου. Voir aussi Athénée, Deipnosophistes, XIII, 45. Sur la différence de traduction entre himation (« manteau ») et himatia (« vêtements »), voir infra, p. 49, n. 121.

    93Aristophane, Les Guêpes, 1127-1128 ; L’Assemblée des femmes, 415. Voir aussi Bettalli 1982, p. 263‑264.

    94Ésope, Fables, 56 : Καὶ ὁ γναφεὺς ὑποτυχὼν ἔφη· Ἀλλ’ ἔμοιγε τοῦτο παντελῶς ἀδύνατον· ἅ γὰρ ἐγὼ λευκανῶ, σὺ ασβολώσεις. Sur cette fable, voir aussi infra, p. 147.

    95Évangile selon Marc, 9, 3 : καὶ τὰ ἱμάτια αὐτοῦ ἐγένετο στίλβοντα λευκὰ λίαν οἷα γναφεὺς ἐπὶ τῆς γῆς οὐ δύναται οὕτως λευκᾶναι.

    96Schol. in Aristophane, Ploutos, 166 : Ἀττικόν ἐστι τὸ κναφεύειν, ἤγουν πλύνειν, παρὰ τὸ καινὰ φαίνειν τὰ λευκανθέντα.

    97P. Cair. Zen., II, 59176, l. 251-257 (255 av. J.-C.) ; P. Hib., I, 114 (244/3 av. J.-C.) ; SB, XX, 14999 et 15000 (217 av. J.-C.) ; SB, XIV, 11490 (iie-iiie s. apr. J.-C.) ; BGU, I, 21 (340 apr. J.-C.). Sur les gnapheis en Égypte gréco-romaine, voir aussi Pros. Ptol., V, nos 12852-12896 ; CPR, XIII, p. 58-65 ; Dogaer 2020, p. 199‑200.

    98P. Oxy., X, 1346, l. 1 (iie s. apr. J.-C.) : ἐν τῇ πόλει γέγναπται καὶ κακῶς ἐγνάφη.

    99P. Stras., VII, 618, l. 1 (319 apr. J.-C.) : καὶ δι(ὰ) Πα[. . . . .] γναφέως χ̣[λ](αμύδες) δ ; l. 23 : καὶ δι(ὰ) Βήκιος γναφέως χλ(αμύδες) ε.

    100P. Merton, II, 71, l. 7-9 (160-163 apr. J.-C. ?) : στολὴ λευκὴ λακονη|σήμου (sic) ἀπὸ γναφείου Μυσθαρίω|νος ἀρχιερέως πρὸς (δραχμὰς) σ ; l. 12-13 : σύνθεσις λευκὴ ἀπὸ | γναφείου πρὸς (δραχμὰς) ρ.

    101P. Merton, II, 71, l. 10-11 : σύνθεσις λευκὴ ἀπὸ | γναφείου πρὸς (δραχμὰς) ρ ; l. 14-15 : λῶδιξ καὶ ἱμάτια λευκὰ | ἄγναφα πρὸς (δραχμὰς) ρ.

    102Platon, Fragments, 18D ; Évangile selon Matthieu, 9, 16 ; Évangile selon Marc, 2, 21 ; pour les papyrus, voir infra, p. 240.

    103Pour le monde romain et l’équivalent latin de rude vestimentum, voir Bradley 2002, p. 22. Sur le lainage, voir infra, p. 58-62.

    104Πλύντρα : P. Cair. Zen., II, 59176, l. 251-257 ; SB, IV, 7451, l. 150. Γνάπτρα : P. Cair. Zen., III, 59398, l. 8‑9 ; P. Col., IV, 63, l. 29. Sur la différence de prix et cette interprétation, voir Dogaer 2020, p. 199‑200 et infra, p. 226-227.

    105Cf. Lysippe, Fragments, 4.

    106P. Michael, 18, col. ii, l. 3-4 : / ἄλλ(ον) ἰδιόχρω(μον) πρωτόγναφον σες̣[- - -] (δραχμαὶ?) ρμη | / ἄλλ(ον) δερματικομαφόρτ(ον) ἰδιό(χρωμον) πρωτόγνα[φον] (δραχμαὶ) σ ; col. iv, l. 6 : [- - - λ]ω̣δίκιον κόκκινον πρωτόγναφον. P. Tebt., II, 406, l. 14 : καὶ ἐν ἱματίοις κιτώνιον (sic) πρ[ωτό]γ̣ναφον λακωνόσημον.

    107P. Cair. Zen., II, 59146 : Ἀγάθων Ζήν̣ωνι χαίρειν. ἔδωκέ μ[οι Μ]ῆστρις ἡ Ἀθηνα[ίδος τῆς] | Μενίππου γυναικὸς μήτηρ ἃ ἔφη σὰ ε[ἶνα]ι, χλαμύδα α, [χιτῶνας] | δύο, τούτων τὸν ἕνα χειριδωτόν. εἴργασμαι οὖν αὐτ̣[ὰ] καὶ [  ̣  ̣  ̣  ̣  ̣  ̣  ̣  ̣] | παρʼ ἐμοί. γράψον οὖμ (sic) μοι τίνι συντάσσ̣[εις] δ̣οῦναι α[ὐ]τά, ὃς ἀ[ποκομιεῖ] | πρὸς σέ. | ἔρρωσο. (ἔτους) γ[- - -]. Voir Loftus 2000, p. 178 ; Wilson 2003, p. 442. Sur le foulon Agathôn, voir CPR, XIII, p. 58, no 2.

    108Sur ce point, voir aussi Dross-Krüpe 2011, p. 184‑185.

    109P. Cair. Zen., III, 59456, l. 1-2 : ἐκομισάμην παρὰ Ἀγάθωνος τὰ ποδεῖα. χαριεῖ οὖμ̣ μοι στηθοδεσμί|δας ποίησας̣ μ̣αλακὰς λεπτὰς δύο καὶ ἀποστείλας ὥστε τῆι γυναικί. Sur ces pièces de lingerie, voir Criscuolo 1998.

    110Il est de nouveau fait mention d’un couturier et d’un foulon l. 133 et l. 141. Sur les prix, voir infra, p. 222-239.

    111Soriga 2017, p. 26. Voir aussi Blümner 1875, p. 158 et n. 4.

    112Sur les différentes étoffes nettoyées par les foulons et citées dans l’Édit de Dioclétien, voir infra, p. 241-243.

    113Platon, Sophiste, 227a.

    114Voir p. ex. Strabon, Géographie, X, 1, 6 : ἀποκαθαίρεσθαι τῇ πλύσει τῶν λίνων παραπλησίως : « rendre aussi propre que les vêtements de lin après avoir été lavés (tè plysei) ».

    115Sur ce point, voir Pfisterer-Haas 2002.

    116Homère, Iliade, XXII, 153-155 : ἔνθα δ᾽ ἐπ᾽ αὐτάων πλυνοὶ εὐρέες ἐγγὺς ἔασι καλοὶ λαΐνεοι, ὅθι εἵματα σιγαλόεντα πλύνεσκον Τρώων ἄλοχοι καλαί τε θύγατρες : « À côté (de ces deux sources) sont de larges et beaux lavoirs en pierre, où les femmes et les belles filles de Troie lavaient leurs vêtements brillants ».

    117Platon, Charmide, 161e : τὸ ἑαυτοῦ ἱμάτιον ἕκαστον ὑφαίνειν καὶ πλύνειν.

    118IG, XII.5, 569, l. 1-6 (début du iiie s. av. J.-C.) : (…) ἔδοξεν τῆι βουλῆι καὶ τῶ[ι δήμωι· τὸν] ἐπιμελ[η]τήν, | [ὅ]τ[αν ἐπιμε]λήσ[ητ]αι τῆς κρήνης τῆς ἐπ[ὶ τὸ ἀνωτάτ]ω(?), ὅπως ἂν εἶ κ̣[α|θ]α[ρὸς ὁ ὀχ]ετὸς ὁ κρυπτός, ἐπιμελεῖ[σθαι καὶ τῆς κά]τω κρήνης, ὅπως | [ἂ]ν μήτ[ε λό]ωνται μήτε πλύ[ν]ωσιν ἐ[ν ταῖς κρήναις, ἀ]λλὰ κα[θα]ρὸν τὸ | ὕδωρ εἴσεισιν ἐς τὸ ἱε[ρὸν] τῆς Δήμητρο[ς· ἐὰ]ν δέ τις ἢ λόηται ἢ πλύνει τι | ἐν ταῖς κρήναις (…) : « (…) il a plu au Conseil et au peuple : que le responsable (épimélète), lorsqu’il inspecte la fontaine supérieure, s’assure que la canalisation souterraine soit propre ; qu’il inspecte également la fontaine inférieure afin de s’assurer qu’on ne se lave ni nettoie (quelque chose) dans les fontaines, mais que l’eau entrant dans le sanctuaire de Déméter soit propre ; si quelqu’un se lave ou nettoie quelque chose dans les fontaines (…) ».

    MDAI(A), 27 (1902), 47.71, l. 180-183 (iie s. av. J.-C.) : (…) μηθενὶ δὲ ἐξουσία ἔ|στω ἐπὶ τῶν δημοσίων κρηνῶν μήτε | κτῆνος ποτίζειν μήτε ἱμάτια πλύνειν | μήτε σκεῦος μήτε ἄλλο ἁπλῶς μηθέν (…) : « (…) Il est interdit à quiconque d’abreuver des troupeaux dans les fontaines publiques ou d’y laver des vêtements ou de la vaisselle ou généralement quoi que ce soit d’autre (…) ».

    119IG, II², 2934 ; sur cette inscription, voir infra, p. 187. Sur le lieu d’exercice de ces plyneis, voir Billot 1992, p. 155‑156. Sur le fait que cette inscription désigne bien des laveurs de textile, et non des laveurs de peaux comme cela a parfois été proposé, voir Dercy 2015, p. 179‑181.

    120P. Cair. Zen., II, 59176, l. 251-257 (cf. CPR, XIII, p. 59, no 8) : [- - - γ]ναφεῖ τῆς Ἱεροκλέους χλα|[μύδος καὶ χι]τῶνος καὶ ἱματίου \πλύντρα/ (ὀβολὸς 1 1/4) | [- - - διπ]λοίδων β (ἡμιωβέλιον) (τέταρτον) | [- - -] καὶ ἱματίου (ἡμιωβέλιον) | Ῥ̣οδί̣α̣ς καὶ Φιλιάδος χιτώνων καὶ σινδόνος (ὀβολὸς 1 1/4) | Τάξιος χιτῶνος (τέταρτον) | Κρότου χιτῶνος καὶ Κυάνου (ἡμιωβέλιον). Voir aussi P. Cair. Zen., III, 59398, l. 8-9.

    121Contra Flohr 2013b, p. 62. En effet, lorsque ce terme est employé au singulier ou dans le cadre d’une description précise, il désigne le vêtement en laine que l’on porte souvent au-dessus du chitôn et que l’on traduit généralement par « manteau » ; mais au pluriel, il prend souvent le sens général de « vêtements », tous types d’habits et de textiles confondus : cf. p. ex. Platon, Le Politique, 279a-282a ; Lysias, Contre Diogiton, 20, 8 ; Aristote, Météorologie, II, 3, 39 (359a) ; etc.

    122Sur la reconnaissance sociale des foulons et leur apprentissage, voir infra, p. 175-177.

    123P. Count., 14 = P. Petr., III, 59 (iiie s. av. J.-C.) ; P. Lond., VII, 2140 (milieu du iiie s. av. J.-C.) ; P. Count., 23, l. 128 (254-231 av. J.-C.) ; P. Count., 40, l. 5 (254-231 av. J.-C.) ; P. Hib., I, 114 (244/3 av. J.-C.) ; P. Count., 6 (232 av. J.-C.) ; SB, XX, 14999-15001 (217 av. J.-C.) ; P. Bingen, 27, l. 55 (211-204 av. J.-C.) ; P. Heid., VI, 379 (204 av. J.-C.) ; P. Yale, I, 38 (iiie -début iie s. av. J.-C.). Voir aussi Ruffing 2008, p. 72, 758‑759 ; Dross-Krüpe 2011, p. 88 ; ; Dogaer 2020, p. 199‑200.

    124BGU, I, 9 (276 apr. J.-C.) ; P. Tebt., II, 417, r (fin iie-début iiie s. apr. J.-C.) ; SB, XIV, 11638 (ive s. apr. J.-C.).

    125Voir par exemple à Philadelphie, P. Cair. Zen., II, 59176, l. 251 (255 av. J.-C.) : γναφεῖ ; P. Yale, I, 38, l. 5 (iiie s. av. J.-C.) : τὸν στιβέα ; P. Lond., VII, 2140, l. 9 (milieu du iiie s. av. J.-C.) : στιβεῖ. Ou encore à Tebtynis, P. Tebt., III, 890, l. 14 (iie s. av. J.-C.) : γναφέως ; P. Tebt., III, 891, l. 23 (iie s. av. J.-C.) : γναφεῖ ; SB, XX, 14999, l. 2 (217 av. J.-C.) : στιβέως.

    126P. Lond., VII, 2140, l. 9 : στιβεῖ προσκεφαλαίων.

    127SB, XX, 14999-15001. Sur cette affaire, voir infra, p. 200-201.

    128P. Tebt., II, 417, r, l. 21-24 (fin iie-début iiie s. apr. J.-C.) : ὕπαγε καὶ δέξε̣ | [τ]ὸν μαφόρτην σου | ἀπὸ τοῦ στιβήου (sic) πλὴ̣ν (sic) | φύγουσιν. SB, XIV, 11638, l. 4 (ive s. apr. J.-C.) : [- - - π]ό̣λεως ὄντα ἐπὶ ἐργασίας στιβ[είου - - -].

    129SB, XIV, 11490, l. 7-10 (iie-iiie s. apr. J.-C.) : ⟦ἐν⟧ τῷ δʼ αὐτῷ ἔδωκα τὸν | φαιλόνην (sic) μου τὸν ἀσίρω|τον (sic) ἕνα ποιήσῃς αὐτὸν ἀ̣π̣ο̣|[πεμφθῆν]αι εἰς τὸ στι[βεῖον].

    130P. Hib., I, 114. Sur ces taxes, voir infra, p. 266.

    131BGU, XIII, 2280, col. ii, l. 11-18 (βαφεῖς). BGU, IV, 1087, v, col. i, l. 7-16 (στιβεῖς) ; col. v, l. 5-14 (ἀρτοκόποι) ; col. v, l. 15-16 (φακινᾶς). BGU, I, 9, col. i, l. 17-22 (μυρωπῶλεις) ; col. ii, l. 7-22 (βαφεῖς) ; col. iii, l. 1-10 (γναφεῖς ?).

    132Sur le cheirônaxion et les différentes taxes payées par les foulons, voir infra, p. 250-270. Sur ce point, voir aussi van Minnen 1987, p. 43‑44.

    133C’est l’hypothèse que retiennent Clarysse, Thompson 2006, II, p. 164, de manière quelque peu simplifiée : « The fullers’ prickly teasel was used by those known in Greek as gnapheis; the finished cloth was trampled under foot by those named sitbeis ». Voir aussi Dogaer 2020, p. 199-200.

    134Sur ce point, voir infra, p. 278-280.

    135Philadelphie : P. Cair. Zen., IV, 59539, l. 3 ; P. Cair. Zen., II, 59176, l. 251. Tebtynis : P. Tebt., III, 890, l. 14 ; P. Tebt., III, 891, l. 21 ; P. Tebt., V, 1152, l. 29. Sur la production textile dans le nome Arsinoïte, voir Dross-Krüpe 2011, passim.

    136Pétosiris, Psintaès, Stotoètis, Harpsalis, Onnôphris, Amméneus, Péténoupis (P. Count., 6, l. 8-21) ; Apugchis (P. Count., 40, l. 5) ; Pétéarmôtis (P. Heid., VI, 379, l. 2-3) ; Onnôphris (P. Hib., I, 114, l. 1) ; Totètis et Pétéarpèkis (P. Bingen, 27, l. 55) ; Péteuris (SB, XX, 14999-15001). Voir aussi CPR, XIII, p. 156-157.

    137Agathôn (P. Cair. Zen., IV, 59539, l. 3) ; Dèmètrios (P. Cair. Zen., IV, 59744, l. 11) ; Léôn (P. Hamb., IV, 237, l. 10) ; Pélaias (O. Bodl. I, 281, l. 9) ; Artémas (P. Wash. Univ., I, 49, l. 12) ; Kotys fils d’Euènos (Chr. Mitt., 6 = P. Petr., II, 18.2, l. 5). Voir aussi Pros. Ptol., V, nos 12852-12896 ; CPR, XIII, p. 58-65.

    138UPZ, II, 180 : Phatréis (A col. x, l. 1) ; Onnôphris (A col. xii, l. 3) ; Poèris (B col. i, l. 25).

    139Sur les ethnè des foulons, voir infra, p. 203-206, 252.

    140P. Count., 2, l. 464 et 497 ; Clarysse, Thompson 2006, II, p. 164‑165.

    141Sur ce point, voir infra, p. 203-206, 252.

    142Clarysse, Thompson 2006, II, p. 164.

    143BGU, IV, 1087 = BGU, I, 9.

    144Bradley 2002, p. 24‑26 ; Flohr 2013b, p. 99.

    145Ziomecki 1975 ; Pipili 2000 ; Birchler Emery 2008, p. 30.

    146Sur ces fragments, voir Haspels 1936, p. 253, no 12 ; Graef, Langlotz, Hartwig 1925, no 1271a-b, pl. 74 ; Borgers 2003, p. 122, no 5 et pl. 2c-d ; Phritzila 2006, no 42, pl. 16.

    147Hippocrate, Du régime, I, 14. Sur ce passage, voir infra, p. 56.

    148Sur les substances utilisées lors de cette phase de foulage, voir infra, p. 66-81.

    149Moeller 1976, p. 19 ; Flohr 2013b, p. 100‑101 ; Soriga 2017, p. 28‑29.

    150Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VII, 196.

    151Robertson 1986, p. 11‑25 ; Mazow 2013, p. 216 et n. 9.

    152Sur les vestiges archéologiques des fouleries de l’âge du Bronze, voir infra, p. 86-98.

    153Homère, Odyssée, VI, 85-95 : αἱ δ᾽ ὅτε δὴ ποταμοῖο ῥόον περικαλλέ᾽ ἵκοντο, ἔνθ᾽ ἦ τοι πλυνοὶ ἦσαν ἐπηετανοί, πολὺ δ᾽ ὕδωρ καλὸν ὑπεκπρόρεεν μάλα περ ῥυπόωντα καθῆραι, ἔνθ᾽ αἵ γ᾽ ἡμιόνους μὲν ὑπεκπροέλυσαν ἀπήνης. καὶ τὰς μὲν σεῦαν ποταμὸν πάρα δινήεντα τρώγειν ἄγρωστιν μελιηδέα· ταὶ δ᾽ ἀπ᾽ ἀπήνης εἵματα χερσὶν ἕλοντο καὶ ἐσφόρεον μέλαν ὕδωρ, στεῖβον δ᾽ ἐν βόθροισι θοῶς ἔριδα προφέρουσαι. αὐτὰρ ἐπεὶ πλῦνάν τε κάθηράν τε ῥύπα πάντα, ἑξείης πέτασαν παρὰ θῖν᾽ ἁλός, ἧχι μάλιστα λάιγγας ποτὶ χέρσον ἀποπλύνεσκε θάλασσα.

    154Cf. LSJ, s.v., « στείβω » : tread or stamp on, tread under foot.

    155Voir aussi Pfisterer-Haas 2002, p. 3‑6.

    156Hippocrate, Du régime, I, 14 : Καὶ οἱ γναφέες τωὐτὸ διαπρήσσονται, λακτίζουσι, κόπτουσιν, ἕλκουσι, λυμαινόμενοι ἰσχυρότερα ποιέουσι, κείροντες τὰ ὑπερέχοντα, καὶ παραπλέκοντες, καλλίω ποιέουσι· ταῦτα πάσχει ὥνθρωπος. Le sens le plus répandu du verbe λυμαίνομαι est « outrager, maltraiter », mais il peut également signifier « nettoyer pour enlever les saletés » ; dans ce dernier cas, il est formé sur le nom τὸ λῦμα désignant soit l’eau utilisée pour nettoyer, soit la saleté enlevée grâce au nettoyage. Nous avons donc essayé de rendre dans notre traduction les deux sens du terme (« maltraiter pour nettoyer »), subtilité que les Grecs anciens ne manquaient sans doute pas de percevoir.

    157Cf. LSJ, s.v., « λακτίζω » : kick with the heel or foot, trample on.

    158Synésios, Epistolae, 44, 8 : δαίμονές εἰσι καθαρτήριοι, τέχνην ἔχοντες ἐπὶ ταῖς ψυχαῖς ἣν οἱ κναφεῖς ἐπὶ τοῖς ἱματίοις τοῖς πιναροῖς. ἀλλ’ εἴ τις ἱματίοις αἴσθησις ἦν, τί ἂν οἴει πάσχειν αὐτὰ λακτιζόμενα καὶ νιτρούμενα καὶ πάντα τρόπον κναπτόμενα;. Voir aussi Blümner 1875, p. 161, n. 8.

    159Cratinos, Fragments, 303 (275) : τῇ μάστιγι κνάψειν εὖ μάλα | πρὶν συμπατῆσαι. Sur le sens de knaptô ici, voir infra, p. 61.

    160Voir aussi Blümner 1873, p. 318 ; Blümner 1875, p. 164.

    161Épître aux Galates, I, 18-19.

    162Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XX, 199-203 ; Hégésippe, ap. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 23, 14‑18.

    163Hégésippe, ap. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 23, 18 : Καὶ λαβών τις ἀπ´ αὐτῶν, εἷς τῶν γναφέων, τὸ ξύλον, ἐν ᾧ ἀποπιέζει τὰ ἱμάτια, ἤνεγκεν κατὰ τῆς κεφαλῆς τοῦ δικαίου, καὶ οὕτως ἐμαρτύρησεν. Le verbe employé, ἀποπιέζω, désigne le fait d’essorer, d’exprimer, de faire sortir en pressant, d’où notre traduction, plus proche du texte que la traditionnelle traduction « battre ».

    164Mimouni 2015.

    165John Minsheu, Dictionary in Spanish and English, 1599, s.v. « Batanádo » : fulled ; s.v. « Batanár páños » : to full clothes ; « Batanéro » : a fuller of clothes. Sur l’usage du bâton à foulon aux époques médiévale et moderne, voir Robertson 1986, p. 63‑66.

    166Voir Flohr 2013b, p. 104‑105.

    167Sur ce point, voir infra, p. 152-153.

    168P. Tebt., I, 86, r, l. 44-45, 47, 51 : ψυγμός γναφέων. Cf. CPR, XIII, p. 63-64.

    169SB, XXIV, 15920 = P. Flor., III, 388, l. 5 (87 ou 103 apr. J.-C.) : ι παρ(ὰ) Εὐδημο(- -) ψυγμογ[ν]αφέ(ως) ἃς εἶχέ μο(υ) ε̣ἰ̣ς̣ χ̣ρ̣ῆ̣(σιν) (δραχμαὶ) δ. Sur ce terme, voir López García 1996 ; Ruffing 2008, p. 839 ; Dross-Krüpe 2011, p. 88.

    170P. Mich., V, 294 (ier s. apr. J.-C.) ; P. Mich., XIV, 678 (98 apr. J.-C.). Sur le terme dôma, signifiant dans les papyrus « toit plat, terrasse », voir Husson 1983, p. 63‑65. Voir aussi Dross-Krüpe 2011, p. 145‑146.

    171Guignet, Dommer, Grandmougin 1895, p. 440.

    172Soriga 2017, p. 30, 38. Voir aussi Médard 2020, p. 47‑48.

    173Del Freo, Nosch, Rougemont 2010, p. 346 ; Soriga 2017, p. 30.

    174Sur ce point, voir aussi les remarques de Soriga 2017, p. 30‑31.

    175Flohr 2013b, p. 113. Voir aussi Wipszycka 1965, p. 131.

    176Sur l’utilisation du chardon à foulon dans le Proche-Orient ancien, voir Soriga 2017, p. 38‑40 ; pour les périodes médiévale et moderne, voir Robertson 1986, p. 50, 400‑401 ; Médard 2020, p. 47‑52.

    177Schol. in Aristophane, Ploutos, 166 : κνάφος δὲ ἐστιν ἀκανθῶδές τι, ῷ ξύουσι τὰ ἱμάτια. Pour les nombreuses définitions de cet instrument données par les scholiastes et lexicographes, voir Blümner 1875, p. 167, n. 4.

    178Pollux, Onomasticon, VII, 37-38 : τοῦ δὲ κνάπτειν ἡγεῖται τὸ συμπατῆσαι, ὡς Κρατῖνος ὑποδηλοῖ παίζων, τῇ μάστιγι κνάψειν εὖ μάλα, πρὶν συμπατῆσαι.

    179Timée le Sophiste, Lexicon, s.v. « κνάφος » : ὄργανόν τι ἐν κύκλῳ κέντρα ἔχων, δι’ οὗ τοὺς βασανιζομένους κτείνουσιν· ὅμοιον δέ ἐστι γναφικῷ κτενί.

    180Hérodote, Histoires, I, 92, 4 : ἐπὶ κνάφου ἕλκων διέφθειρε : « il le fit périr en l’attirant sur le knaphos ». Voir le commentaire d’Hésychios, qui n’est pas exact du point de vue technique, mais qui vise à souligner le lien avec l’instrument utilisé par les foulons : cf. Lexique, s.v. « ἐπὶ κνάφου ἕλκων » (cf. Cunningham 2020, no 4873) : διαφθείρων· τὸ γὰρ πρότερον οἱ γναφεῖς ἀκανθῶν σωρὸν συστρέψαντες, τὰ ἱμάτια ἐπὶ τοῦ σωροῦ ἔκναπτον· ὁ δὲ σωρὸς ἐλέγετο γνάφος. Ὁ οὖν Κροῖσος τὸν ἐχθρὸν περιέξαινε ταῖς ἀκάνθαις καὶ οὕτως ἔφθειρεν : « “attirant sur le knaphos” : mettant à mort. En effet, les foulons, après avoir rassemblé un monceau d’épines, foulaient les vêtements sur cet amas ; et on appelait cet amas knaphos. Ainsi, Crésus lacéra son ennemi à l’aide d’épines et il en mourut ».

    181Voir p. ex. Eschyle, Les Perses, 575 ; Sophocle, Ajax, 1031 ; Platon, La République, X, 616a ; etc.

    182Blümner 1873, p. 318 ; Blümner 1875, p. 167.

    183Alcée le Comique, Fragments, II, 833 ; Pollux, Onomasticon, VII, 37 : κνάφος δ’ ἡ πρόσφορος αὐτοῖς ἀκούοιτ’ ἂν ἄκανθα.

    184Galien, Linguarum seu dictionum…, 92 (Kühn XIX, 106), s.v. « ἱππόφεως » : τοῦτο οὐ μόνον ἱπποφαὲς ὀνομάζεται· ἀλλὰ καὶ κνάφον καὶ στύβον.

    185Dioscoride, De materia medica, IV, 159 : ἐν ᾧ γνάπτουσι τὰ ἱμάτια ; IV, 160 : καὶ αὐτὸ γναφικῆς ἀκάνθης εἶδος.

    186Sur l’aena fullonia, instrument utilisé pour le brossage des tissus, voir Wild 1968. Moeller 1976, p. 20, sur la base d’une représentation iconographique, décrit ainsi le peigne des foulons : « This instrument appears to have been a board perhaps 20 cm in length upon whose face was a layer of thistle heads; a strap or handle was fixed to its back ».

    187Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XVI, 92, 244 : quod uero in spina fullonia, (vocant) hippophaeston ; XXVII, 66, 92 : Hippophaeston nascitur in spinis, ex quibus fiunt aenae fulloniae.

    188Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, XXIV, 68, 111 : ex qua aenae fulloniae inplentur. Toutefois Pline, comme d’autres auteurs anciens et modernes, semblent confondre les différentes espèces de chardons et autres plantes utilisées pour fabriquer ces peignes. En effet, dans son énumération des espèces de la famille des Carduacées, Théophraste désigne le chardon à foulon par le terme strouthion (στρουθίον), c’est-à-dire saponaire (Recherches sur les plantes, VI, 4, 3). Les plantes auxquelles Théophraste fait référence ici relèvent en fait de l’espèce de la Cardère sauvage (Dipsacus fullonum ou Dipsacus sylvestris) qui, justement parce qu’elle n’était pas utilisée pour carder la laine, est à distinguer de la Cardère à foulon (Dipsacus sativus), l’espèce cultivée, dont les capitules secs – bien plus longs que ceux de la Cardère sauvage – étaient enfilés sur des peignes pour les opérations de lainage. La confusion vient du fait que, dans le langage vernaculaire, on utilise généralement l’expression « chardon à foulon » pour désigner l’une ou l’autre espèce, toutes deux employées dans les ateliers de foulons, mais pas pour le même usage.

    189Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VIII, 56, 135.

    190Sur la possible utilisation des peaux de hérissons pour les opérations de lainage dans le Proche-Orient ancien, voir Soriga 2017, p. 40‑42, qui propose des parallèles ethnographiques avec la Sardaigne contemporaine.

    191Blümner 1875, p. 171. Voir aussi Guignet, Dommer, Grandmougin 1895, p. 466 : « Le tondage est une opération qui a pour but de couper, à une hauteur uniforme, tous les filaments développés au lainage. Cette opération se faisait autrefois à l’aide de ciseaux énormes, que l’on appelait forces. ».

    192Lucien, Les esclaves fugitifs, 28 : (…) τέχνην τὴν ἐμὴν ἠπίστατο· ἀπέκειρεν γὰρ ἐν τῷ γναφείῳ καθήμενος ὁπόσον περιττὸν τοῖς ἱματίοις τῶν κροκύδων ἐπανθεῖ.

    193P. Koeln, II, 109 (ive-ve s. apr. J.-C.), l. 14-16 : καὶ τὸ ψαλεί|διον (sic) ἀνινκαι (sic), ὅτι ἐπροσεφώ̣νη|σα αὐτὸ τῷ γν[α]φῖ.

    194TAM, V.3, 1519 (iie-iiie s. apr. J.-C.) ; sur cette inscription, voir infra, p. 194.

    195LSJ, s.v. « ψιλάγναφος » : carpet-cleaner (?).

    196Petzl 1996, p. 18, n. 81 ; Dittmann-Schöne 2001, p. 204 ; Zimmermann 2002, p. 126.

    197Cf. LSJ, s.v. « ψιλόω » : strip bare (mostly of hair) ; s.v. « ψιλός » : (of animals) stripped of hair or feathers, smooth ; shaved, hairless ; s.v. « ψίλωθρον » : depilatory.

    198IG Bulg., V, 5225. Sur cette stèle, voir infra, p. 185-186.

    199Lucien, Les esclaves fugitifs, 28 : – Φιλοσοφία : Ἐκεῖνος αὐτός ἐστιν, ὁ οἰκέτης ὁ σός, ἀλλὰ νῦν φιλοσόφῳ ἔοικεν ἀκριβῶς ἑαυτὸν ἐπιγνάψας.

    200Sur les presses à vêtements et leurs vestiges à Pompéi et Herculanum, voir Brun, Monteix 2009 ; Monteix 2010, p. 214‑216 ; Flohr 2013b, p. 144‑148.

    201Sénèque, De la tranquillité de l’âme, I, 5.

    202Voir p. ex. LSJ, s.v. « ἶπος » : any weight, fuller’s press.

    203Pollux, Onomasticon, VII, 41 : ἔοικε μᾶλλον τῷ τῶν κναφέων ἐργαλείῳ προσήκειν, à propos d’Archiloque, Fragments, 169 : κέαται δ’ ἐν ἴπωι.

    204LSJ, s.v. « στροβεύς » : an instrument (perh. a screw-press) used by fullers. Voir aussi Blümner 1875, p. 160, n. 3.

    205Schol. in Aristophane, Cavaliers, 387 : στροβεύς ἐργαλεῖον κναφικόν. Φησὶν οὖν, περίαγε αὐτὸν καὶ στρέφε· τοῦτο γάρ καὶ τοῦ ἐργαλείου τὸ ἔργον.

    206Sur les étoffes plissées dans l’Égypte pharaonique, voir Jones 2014 ; sur les différentes représentations iconographiques de ces étoffes plissées, voir Spantidaki 2014, p. 42‑43.

    207P. ex. Xénophon, Cyropédie, VI, 4, 2 ; Théocrite, Idylles, XV, 24 ; IG, II², 1514, 1516, 1518, 1522, 1524 ; etc.

    208Barber 2004, p. 20 ; Spantidaki 2014, p. 41.

    209Spantidaki 2014, p. 41.

    210Spantidaki 2014, p. 41‑43.

    211Voir la description de la presse à huile à vis de Héron d’Alexandrie (Mécanique, III, 19-21), avec le commentaire de Carra de Vaux (éd.) 1988, p. 301‑304. Voir aussi Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XV, 5.

    212Flohr 2013b, p. 99. Voir aussi Wipszycka 1965, p. 131 ; Moeller 1976, p. 18‑27 ; Dross-Krüpe 2011, p. 42‑45.

    213Théophraste, Recherches sur les plantes, IX, 12, 5 : τὸ μὲν φύλλον ἔχουσα οἶον στρουθός, ᾧ τὰ ὀθόνια λευκαίνουσι.

    214Théophraste, Recherches sur les plantes, VI, 8, 3 : ἀνθεῖ δὲ καὶ ἡ ἶρις τοῦ θέρους καὶ τὸ στρουθίον καλούμενον, avec les commentaires d’Amigues 2010, p. 246, n. 69. Sur l’usage de la saponaire lors de la grande lessive encore à la fin du xixe et au début du xxe siècle, voir Verdier 1979, p. 112.

    215Diogène Laërce, Vie des philosophes illustres, V, 2 : Θεόφραστος Μελάντα Ἐρέσιος κναφέως υἱός, ὥς φησιν Ἀθηνόδωρος.

    216Mabey 1977.

    217Platon, La République, IV, 429d-e ; voir supra, p. 41.

    218Platon, La République, IV, 430a-b : καὶ μὴ αὐτῶν ἐκπλύναι τὴν βαφὴν τὰ ῥύμματα ταῦτα, δεινὰ ὄντα ἐκκλύζειν, ἥ τε ἡδονή, παντὸς χαλεστραίου δεινοτέρα οὖσα τοῦτο δρᾶν καὶ κονίας, λύπη τε καὶ φόβος καὶ ἐπιθυμία, παντὸς ἄλλου ῥύμματος.

    219LSJ, s.v. « κονία » : dust, sand, ashes, pearl-ash, lye, soap-powder, alkaline fluid used for washing, quicklime, plaster, stucco.

    220Galien, De simplicium medicamentorum…, VII, 193 (Kühn XII, 35) : τὸ περίπλυμα τῆς τέφρας (…) ῥυπτικωτάτη δ’ ἐστὶ καὶ ξηραντικωτάτη πασῶν ἡ ἐκ τῆς συκίνης τέφρας ; voir aussi De compositione medicamentorum per genera, VII, 709 (Kühn, XIII, 569).

    221Théophraste, Recherches sur les plantes, V, 9, 5 : δριμεῖα δὲ καὶ ἡ τέφρα καὶ ἡ κονία ἡ ἀπ᾿ αὐτῶν. Μάλιστα δέ φασι τὴν ἀπὸ τῆς ἀμυγδαλῆς.

    222Plutarque, Propos de table, VI, 10 : ἡ τέφρα ῥυπτικωτάτην παρέχει κονίαν.

    223Aristophane, Les Grenouilles, 711 ; Lysistrata, 470.

    224Soriga 2017, p. 27.

    225LSJ, s.v. « ῥύπτω » : cleanse, wash, esp. with soap or lye. Cf. s.v. « ῥύπος » : dirt, filth ; s.v. « ῥύμμα » : anything used for washing, soap, lye. Voir aussi Blümner 1875, p. 162.

    226Aristote, Problèmes, XXIII, 935b : Διὰ τί Παῖσα λίμνη πότιμος οὖσα πλύνει καὶ ῥύπτει τὰ ἱμάτια; Πλύνει μὲν γὰρ τὸ γλυκύ, ῥύπτει δὲ τὸ πικρόν, ἅμα δὲ οὐχ οἷόν τε ἔχειν ταῦτα.

    227Aristote, De mirabilibus auscultationibus, 834a : ὥστε τὰ ἱμάτια οὐδενὸς ἑτέρου ῥύμματος προσδεῖσθαι.

    228Aristote, Météorologie, II, 3, 39 (359a) : τὰ δὲ ἱμάτια ῥύπτειν, ἐάν τις διασείσῃ βρέξας.

    229Plutarque, Propos de table, VI, 2.

    230Guignet, Dommer, Grandmougin 1895, p. 435.

    231Alciphron, Lettres, III, 25, 1 : Ἡράκλεις, ὅσα ὑπέστην πράγματα ῥύμματι καὶ νίτρῳ Χαλαστραίῳ χθιζινοῦ ζωμοῦ τοὐμοὶ περιχυθέντος τὴν γλισχρότητα ἀποκαθαίρων : « Héraklès ! Que de tracas j’ai eus en nettoyant à la lessive et au natron de Chalastra la sauce gluante d’hier qu’on m’a renversée dessus ! ».

    232Ignatiadou 2002 ; Dotsika et al. 2009 ; Di Nicuolo 2019, p. 406‑407.

    233Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXI, 46, 107 et 115.

    234Plutarque, Œuvres morales II, Des préceptes de santé, 384e : ὡς γὰρ τὰ ὀθόνια ῥύμμασι καὶ χαλαστραίοις πλυνόμενα μᾶλλον ἐκτρίβεται τῶν ὑδατοκλύστων.

    235Pour l’utilisation du natron aux époques précédentes dans le bassin égéen et au Proche-Orient, voir Soriga 2017, p. 32‑33. Sur la traduction de νίτρον par « natron » et non « nitre », qui désigne le nitrate de potassium, voir Kayser 1991, p. 220, n. 7 ; Gitton-Ripoll 2009.

    236Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXI, 46, 109.

    237Edwards et al. 2007, avec bibliographie antérieure.

    238Robertson 1986, p. 15 ; Devulder, Degryse 2014. Voir aussi Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXI, 46, 111, qui situe les deux principales sources de natron égyptien « aux environs de Naucratis et de Memphis ».

    239Sur ce point, voir Préaux 1939, p. 114‑115 ; Kayser 1991, p. 220‑221 ; Bogaert 1998, p. 84 ; Muhs 2006, p. 82. Voir p. ex. P. Tebt., III, 703, l. 102-104 : καὶ ὅ̣π[ω]ς̣ κ̣ῖκί τε | κ̣α̣[ὶ νί]τρον̣ εἰς τὴ̣[ν ἕ]ψ̣ησιν ὑπά̣ρ̣χ̣[ηι] μ̣ετάφ̣ε|ρ̣ε̣.

    240Théocrite, Idylles, XV (« Les Syracusaines »), 15-17 : Ἀπφῦς μὰν τῆνος τὰ πρόαν – λέγομες δὲ πρόαν θην πάντα νίτρον καὶ φῦκος ἀπὸ σκανᾶς ἀγοράσδων – ἦνθε φέρων ἅλας ἄμμιν, ἀνὴρ τρισκαιδεκάπηχυς.

    241Di Nicuolo 2019, p. 405.

    242Di Nicuolo 2019, p. 406.

    243Voir p. ex. Henderson 1985 ; Degryse (éd.) 2014 ; Jackson et al. 2016.

    244PUG, II, 62 ; P. Oxy., LXXIV, 4976 ; P. Oxy., LIV, 3766.

    245Pour toutes les références et une discussion sur cette taxe, voir infra, p. 259-268. Voir aussi, dans une lettre à Zénon datée de 250 av. J.-C. (P. Cair. Zen., III, 59304, l. 7), la mention de laveurs de lin (λινεψοί) qui ne doivent pas rester inoccupés s’ils n’ont pas de natron pour l’opération d’ébullition (οὐκ ἔχοντες νίτρον εἰς τὴν ἕψησιν). Voir également Lucas 1932 ; Di Nicuolo 2019, p. 406 ; Dogaer 2020.

    246Sur l’usage abusif du terme « monopole » pour décrire le système économique et fiscal instauré par les Lagides, voir infra, p. 250.

    247P. Col., IV, 113 (milieu du iiie s. av. J.-C.).

    248SB, XIV, 11958, l. 72 : νίτρον εἰς πλ̣ύνον (117 apr. J.-C.) ; P. Merton, II, 70, l. 16, 19, 21, 24, 27 (159 apr. J.‑C.).

    249P. Heid., VI, 379, l. 5-6 : τὰ στιβικὰ Βου|[βά]σ̣του ; l. 22 : τὰ στιβικά.

    250Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXIII, 33, 101-104 ; Dioscoride, De materia medica, V, 84.

    251De nos jours, le sel d’antimoine est utilisé comme mordant pour les textiles et le cuir : cf. https://new.societechimiquedefrance.fr/produits/antimoine/.

    252Aristophane, Les Grenouilles, 710-712 ; ὁ πονηρότατος βαλανεὺς ὁπόσοι κρατοῦσι κυκησιτέφρου ψευδολίτρου κονίας καὶ Κιμωλίας γῆς. Sur la Kimôlia gè, voir Di Nicuolo et al. 2016 ; Di Nicuolo 2018.

    253Robertson 1986, p. 31 : « This mixture, to be more precise, was sodium montmorillonite, an impure form of sodium carbonate, and plant ash. This is the first description of synthesis of bentonite, by double decomposition: the products of the reaction being sodium and potassium montmorillonite and calcium carbonate ».

    254Blümner 1875, p. 164, 170 ; Robertson 1986, p. 30‑36.

    255Théophraste, Des pierres, 62, avec les commentaires d’Amigues 2018, p. 94‑95. Théophraste était également l’auteur d’un autre traité, malheureusement perdu, Sur les sels, le natron et l’alun (cf. Diogène Laërce, V, 44).

    256Théophraste, Des pierres, 62. Sur la terre de Milos, ses propriétés et son exploitation, voir Robertson 1958 ; Renfrew, Wagstaff 1982, p. 79‑81 ; McNulty 2000, p. 60‑66, 74, 156‑162.

    257Théophraste, Des pierres, 64 : Χρῶνται δὲ τῇ γῇ πρὸς τὰ ἱμάτια μάλιστα ἢ μόνον. Χρῶνται δὲ καὶ τῇ Τυμφαϊκῇ πρὸς τὰ ἱμάτια.

    258Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 57, 196.

    259Dioscoride, De materia medica, V, 156 (176) : τῆς δὲ Κιμωλίας ἡ μέν ἐστι λευκὴ ἡ δὲ ἐμπόρφυρος καὶ λιπαρίαν τινὰ ἔμφυτον κεκτημένη, πρός τε τὴν ἁφὴν κατάψυχρος, ἣν ἀρίστην ἡγητέον.

    260Robertson 1986, p. 27‑28.

    261Robertson 1986, p. 345. Sur les fosses de stockage d’argiles smectiques retrouvées à Reims (iie‑iiie s. apr. J.‑C.) en association avec de nombreux pesons de métiers à tisser et autres artéfacts en rapport avec l’activité textile, et sur l’analyse minéralogique de ces argiles, voir Rollet 2016, p. 241‑243, 255‑257, 351, 1147‑1152.

    262Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 57, 196-198. Le texte de Pline concernant les terres à foulon soulève néanmoins plusieurs difficultés : 1. La première est qu’il utilise l’expression creta Cimolia tantôt de manière générique, pour désigner tous les types de terres à foulon, tantôt de manière spécifique, pour faire référence à celle provenant de Kimolos ; et il n’est pas toujours évident de départager les deux. Nous avons tenté de le faire dans notre traduction, en traduisant par « terre cimolée » l’usage générique et par « terre Cimolia » l’usage spécifique. 2. Par ailleurs, comme l’a bien démontré H. T. Wallinga, le principal problème réside dans la contradiction très nette apparaissant dans cet extrait (Wallinga 1996) : d’un côté, Pline assure que la terre de Sardaigne ne peut être employée que pour les vêtements blancs, et de l’autre, il évoque, dans la troisième étape de la chaîne opératoire, le lustrage de vêtements de bon teint qui auraient été préalablement foulés à la Sarda ; ces deux affirmations sont irréconciliables. Certes, il est tout à fait possible d’imputer cette contradiction à une erreur de Pline – ce ne serait pas la première –, mais l’hypothèse de H. T. Wallinga pour la résoudre nous convainc davantage. Il démontre en effet que la lex Metilia évoquée par Pline ne devait en réalité concerner que les vêtements blancs, non teints ; et dans ce cas, après le foulage à la Sarda et le passage au soufre, on attendrait que la troisième étape soit l’application de l’Umbrica pour donner du lustre (Wallinga 1996, p. 186). C’est d’ailleurs la mention de l’Umbrica qui amène l’auteur à évoquer la lex Metilia ; il est donc étonnant que cette argile d’Ombrie ne soit finalement plus mentionnée par la suite dans la loi imposée aux foulons. H. T. Wallinga émet donc l’hypothèse de la présence d’une lacune dans le texte avant ou après « Cimolia », qu’il résout ainsi : mox desquamatur Cimolia <quacumque> [- - - lacuna - - -] : « et ensuite, on frotte (les vêtements) avec n’importe quelle sorte de terre cimolée » (Wallinga 1996, p. 187). Cette proposition ne nous convainc guère. Pour les raisons que nous venons d’évoquer, nous aurions tendance à résoudre la lacune ainsi : mox desquamatur < Umbrica. [- - - lacuna - - -] desquamatur > Cimolia quae est coloris veri : « et ensuite, on frotte (les étoffes blanches) avec de la terre Umbrica. [- - -] on frotte à la terre Cimolia celles qui sont de grand-teint ». La lacune pourrait ainsi être imputée à une erreur du scribe, que les philologues appellent un « saut du même au même ». Quoi qu’il en soit, il semble manquer ici une remarque introductive qui permette d’évoquer le problème du traitement des vêtements teints, qui est le sujet de la dernière partie de cet extrait. En réintroduisant une lacune, le texte pourrait donc être compris ainsi :

    Ergo ordo hic est: primum abluitur uestis Sarda, dein sulpure suffitur, mox desquamatur < Umbrica. [- - - lacuna - - -] desquamatur > Cimolia quae est coloris ueri. Fucatus enim deprehenditur nigrescitque et funditur sulpure, ueros autem et pretiosos colores emollit Cimolia et quodam nitore exhilarat contristatos sulpure.

    « Voici donc le processus (prescrit par la loi pour les foulons) : on commence par nettoyer les étoffes à la Sarda, puis on les expose à une fumigation de soufre, et ensuite on les frotte à la terre < Umbrica. [- - -] on frotte > à la terre Cimolia celles qui sont de bon teint. Le petit-teint est en effet détecté grâce à l’action du soufre, qui noircit et altère (les couleurs) ; les couleurs de bon teint et de bonne qualité, quant à elles, sont adoucies par la terre Cimolia, qui leur redonne de l’éclat et de l’intensité après avoir été ternies par l’action du soufre ».

    263Titinius, Fullones, 5 (21-22) : Terra istaec est, non aqua, ubi tu solitus argutarier | Pedibus, cretam dum compescis, vestimenta qui laves.

    264Robertson 1949, p. 52 ; Robertson 1986, p. 55. La terre à foulon de Sardaigne était encore exploitée au xxe siècle (cf. Robertson 1986, p. 313‑314).

    265Robertson 1986, p. 5.

    266Robertson 1986, p. 30.

    267Tournefort 1717, p. 172‑173. Sur l’histoire de l’exploitation de la terre de Kimolos aux xixe et xxe siècles, voir Robertson 1986, p. 318‑320.

    268Robertson 1949 ; Monteix 2010, p. 194.

    269Théophraste, Caractères, X, 14 : καὶ πρὸς τοὺς γναφεῖς διατεινομένους, ὅπως τὸ ἱμάτιον αὐτοῖς ἕξει πολλὴν γῆν, ἵνα μὴ ῥυπαίνηται ταχύ.

    270Robertson 1949, p. 52.

    271Robertson 1949, p. 52 ; Robertson 1986, p. 56 ; Wallinga 1996, p. 186.

    272Robertson 1986, p. 35 ; Beneke, Lagaly 2002, p. 66.

    273IG, I³, 383, l. 33, 93-94 (429/8 av. J.-C.) : la divinité concernée n’est pas précisée.

    274P. Cair. Zen., I, 59012, l. 45 : γῆς Σαμ̣ίας στάμνοι β ; P. Cair. Zen., IV, 59704, l. 18 : γῆ Κιμωλία.

    275Théophraste, Des pierres, 65 : ἡ δὲ φύσις αὐτῆς ἰδία· λιθωδεστέρα γὰρ μᾶλλόν ἐστιν ἢ γεώδης, avec les commentaires d’Amigues 2018, p. 95‑100.

    276Caley, Richards 1956, p. 213.

    277Théophraste, Des pierres, 67 : οἱ γναφεῖς ἐμπάττοντες εἰς τὰ ἱμάτια.

    278Théophraste, Des pierres, 67 : Διαφέρειν δὲ δοκεῖ καὶ πρὸς τὰ ἀπομάγματα πολὺ τῶν ἄλλων, εἰς ὅ καὶ χρῶνται μᾶλλον, καὶ μάλισθ’ οἱ περὶ τὴν Ἑλλάδα, γλισχρότητι καὶ λειότητι. Sur le sens de τὰ ἀπομάγματα, voir LSJ, s.v. « ἀπόμαγμα » : anything used for wiping or cleaning; dirt washed off ; Amigues 2018, p. 100, n. 24. La traduction de D. E. Eichholz « for taking the impressions of seal » ne fait pas du tout sens ici.

    279Robertson 1986, p. 35.

    280Théophraste, Des pierres, 68 : ἤδη γάρ τις ναῦς ἱματηγὸς βρεχθέντων ἱματίων ὡς ἐπυρώθησαν συγκατεκαύθη καὶ αὐτή. Sur l’interprétation douteuse de Théophraste, voir Caley, Richards 1956, p. 219‑220.

    281P. Cair. Mich., I, 359, l. 1395. Sur cette taxe, voir infra, p. 270.

    282Dioscoride, De materia medica, V, 155 (174) ; Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, XXXV, 57, 194.

    283Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 13, 31 ; Dioscoride, De materia medica, V, 97 ; Galien, De simplicium medicamentorum…, IX, 246 (Kühn XII, 169). Sur la terre de Lemnos, voir Robertson 1986, p. 36‑40.

    284Eupolis, Fragments, 380 ; Céphisodote, Fragments, 4 ; Nicocharès, Fragments, 6 ; Hippocrate, De mulierum affectibus, II, 189 et De fistulis, 3.

    285Cf. LSJ, s.v. « σμάω » : wipe or cleanse with soap or unguent ; s.v. « σμήχω » : wipe off by help of soap or unguent, wash off, soap a person, wash him with soap or unguent.

    286Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 57, 196.

    287Shelmerdine 1995, p. 101‑102 ; Phappas 2010, p. 118, 260.

    288Soriga 2017, p. 36‑38.

    289Voir supra, p. 40.

    290Hippocrate, Du régime salutaire, 3.

    291Machon, ap. Athénée, Deipnosophistes, XIII, 45 : ῾Η Γλυκέριον λαβοῦσα παρ’ ἐραστοῦ τινος Κορίνθιον παράπηχυ καινὸν λῄδιον ἔδωκεν εἰς γναφεῖον· εἶτ’ ἐπεὶ τέλος ἔδοξ’ ἔχειν, πέμψασα τὴν θεραπαινίδα τὸ μισθάριον ἔχουσαν ἐκέλευ’ ἀποφέρειν θοἰμάτιον. ῾Ο γναφεὺς δ’ εἶπεν· “Ἂν γ’ ἐλᾳδίου ταρτημόριά μοι, φησὶ, προσενέγκῃς τρία κόμισαι. Τὸ κωλῦον γάρ ἐστι τοῦτο με.” Ἣ δ’ ὡς ἀπήγγειλ’, “Ὦ τάλαιν’, εἶπεν, κακῶν” ἢ Γλυκέρον, “Μέλλει γὰρ ὥσπερ μαινίδας ἀποτηγανίζειν, φησί, μου τὸ λῄδιον”.

    292Amouretti 1986, p. 191.

    293Sur les amorgina et les références littéraires et épigraphiques concernant ces vêtements, voir Spantidaki 2014, p. 42‑43.

    294Sur ce point, voir Médard 2005.

    295Spantidaki 2014, p. 43. Voir aussi Lorimer 1950, p. 371‑372 ; Marinatos 1967, A7 ; Shelmerdine 1995, n. 10.

    296Robertson 1986, p. 57‑59.

    297Flohr, Wilson 2011, p. 149.

    298Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXVIII, 18, 66 ; Plaute, Pseudolus, 779 ; Martial, Épigrammes, VI, 93.

    299Juan-Tresserras 2000, p. 249 ; Gourevitch 2011, p. 47.

    300Flohr, Wilson 2011, p. 150, et p. 151 : « Thus, even though there is evidence that Roman fullers used urine and were associated with it by several Roman authors, the image of a fuller standing all day long in a fulling tub filled with water and urine must be seen as a modern – and false – construct ». Sur ce point, voir aussi Bradley 2002, p. 37 ; Flohr 2013b, p. 103‑104 ; Bond 2016, p. 101‑105 ; Flohr 2017a, p. 45-46. Il convient également de revoir l’interprétation de certains chercheurs en ce qui concerne les vases qui auraient servi, dans la rue, à recueillir l’urine des passants pour être ensuite récupérée par les foulons : cf. Bradley 2002, p. 25 ; Flohr, Wilson 2011, p. 153 ; Flohr 2013b, p. 171, contra Moeller 1976, p. 96 ; Brissaud 2003.

    301Titinius, Fullones, 5 (21-22) ; Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 57, 196-198. Voir supra, p. 72-73.

    302Athénée, Deipnosophistes, XI, 67 (484a) : Τὸ δὲ ἀφ´ ἡμῶν διηθούμενον οὖρόν ἐστιν δριμύ. Τὰ γοῦν ἱμάτια τούτῳ χρώμενοι ῥύμματι πλύνουσιν οἱ γναφεῖς.

    303Galien, De simplicium medicamentorum…, X (Kühn XII, 285) : Ῥυπτικῆς μὲν οὖν δυνάμεως εἴπερ τι καὶ ἄλλο τὸ τῶν ἀνθρώπων ἐστὶν οὖρον, ὡς δηλοῦσι πολλοὶ καὶ οἱ γναφεῖς, τὰ ῥυπαρὰ τῶν ἀμφιεσμάτων ἐκκαθαίροντές τε καὶ ἀπορρύπτοντες ἡμῖν αὐτῷ. Voir aussi Galien, Hygiène, III, 13 (Kühn VI, 228) : Ὅμοιόν τι τοῦ Κοίντου περιφέρεται ἀπόφθεγμα τό τε περὶ τῶν οὔρων, ὡς γναφέως ἐστὶ καταμανθάνειν αὐτά, καὶ τὸ περὶ θερμοῦ, ψυχροῦ, ξηροῦ καὶ ὑγροῦ, διότι βαλανέων ἐστὶν ὀνόματα ταῦτα : « Il y a une certaine similitude entre l’apophtegme diffusé par Quintus qui concerne l’urine – ça, le foulon le sait bien – et celui qui concerne le chaud, le froid, le sec et l’humide, puisque ce sont là les noms des bains. »

    304Galien, In Hippocratis prorrheticum, 51 (Kühn XVI, 624) : Καταγελάσας δέ μου τῶν ἀπὸ Θεσσαλοῦ τις ἰατρῶν, οὐ μόνον αὐτὸς οὐδέποτε τὴν δι’ οὔρων ἐπίσκεψιν πεποιημένος, ἀλλὰ καὶ τοὺς ἐπισκεπτομένους αὐτοὺς γναφέας ἀποκαλῶν : « Et un médecin de Thessalie s’est moqué de moi, alors que non seulement ce dernier n’a jamais fait de recherches sur l’urine, mais qu’en outre il stigmatise ceux qui font de telles recherches en les traitant de “foulons”. »

    305Mazow 2014, p. 37‑39 ; Soriga 2017, p. 33.

    306Apulée, Métamorphoses, IX, 24-26 ; Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 57, 197-198. Pour une description des opérations et une analyse des sources iconographiques, voir Flohr 2013b, p. 117‑121.

    307Renan 1882, p. 60.

    308Voir p. ex. Homère, Iliade, XVI, 228 ; Odyssée, XXII, 481 ; Galien, De compositione medicamentorum secundum locos, X (Kühn XII, 903) ; Dioscoride, De materia medica, V, 107 ; etc.

    309Juan-Tresserras 2000, p. 249 ; Gourevitch 2011, p. 47.

    310Juan-Tresserras 2000, p. 249, avec bibliographie afférente. Théophraste, Recherches sur les plantes, IX, 11, 11 : κωλύει δὲ καὶ εἰς ἱμάτια τιθεμένη τοὺς σῆτας. Sur l’identification de la plante concernée (λιβανωτίς) comme étant la lavande à toupet (Lavandula stoechas L.), voir Amigues 2010, p. 359 et n. 108.

    311Gourevitch 2011, p. 47.

    312Mishnah Shabbat, IX, 5 (trad. W. Davidson, Digital edition of the Koren Noé Talmud : https://www.sefaria.org/Mishnah_Shabbat).

    313Sur les laveurs de lin en Égypte lagide, voir Dogaer 2020.

    314Voir aussi sur ce point Soriga 2017, p. 25.

    315Eschyle, Choéphores, 760 ; cf. LSJ, s.v. « φαιδρύνω » : make bright, cleanse, beaming.

    316Apollonios de Rhodes, Argonautica, IV, 671 : εἵματα φαιδρύνεσκεν ; IK Kios, 19 (ier s. av. J.-C. ?), l. 4-5 : εἵμασι φαιδρυνθῖσαι.

    317Voir sur ce point les réflexions de Bradley 2002, p. 21‑22 ; Wilson 2003, p. 446 ; Flohr 2013b, p. 242‑287.

    318Flohr 2013b, p. 96‑180.

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    Le Quéré, E. (2024). Chapitre I. La place des foulons dans la production textile et la chaîne opératoire de la foulerie : l’apport des sources textuelles. In Le monde grec des foulons. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/12a3k
    Le Quéré, Enora. « Chapitre I. La place des foulons dans la production textile et la chaîne opératoire de la foulerie : l’apport des sources textuelles ». In Le monde grec des foulons. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2024. doi:10.4000/12a3k.
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