Restaurations de la rotonde de Neuvy-Saint-Sépulchre : le projet et les héritages de Viollet-le-Duc au milieu des années 1930
p. 355-376
Texte intégral
1En 1938, la nouvelle revue Les Monuments historiques de la France publia un article de l’architecte en chef des Monuments historiques Gabriel Brun (1875-1975) sur le récent chantier de la collégiale de Neuvy-Saint-Sépulchre (Indre)1 et les questions posées par la conservation d’un monument déstabilisé par des interventions de restauration. De cet édifice exceptionnel formé par l’association de deux volumes, une église de plan basilical et une rotonde, la restauration de Viollet-le-Duc, démarrée en 1845, avait concerné uniquement la partie de plan circulaire, évocation médiévale du Saint-Sépulcre de Jérusalem2. L’ambitieux couvrement à terrasse circulaire et coupole extradossée réalisé par le maître remplaçait une toiture conique sur charpente bois apparente (Fig. 1 et 2). L’article de 1938 rappelait que cette nouvelle configuration s’était révélée inefficace d’un point de vue constructif et que à ces déconvenues techniques s’étaient ajoutées des incertitudes « archéologiques ». En effet, Viollet-le-Duc avait contredit en 1866 son projet de 1845 dans le volume 8 du Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, en proposant une restitution graphique alternative3. Le récit factuel de l’architecte Gabriel Brun, basé sur l’analyse des dégradations et la consultation des archives du service des Monuments historiques, ne livrait aucun commentaire sur le travail de ses prédécesseurs. L’auteur soulignait la difficulté des arbitrages qui avaient abouti au programme de travaux retenu : la démolition du couvrement du milieu du XIXe siècle et la reconfiguration de la rotonde, 90 ans après la première intervention de restauration. Face aux questions complexes posées par ce monument unique, le ton relativement neutre de l’article nous invite à analyser le processus d’élaboration du projet et, plus largement, l’attitude adoptée au cours des années 1930 vis-à-vis de l’héritage matériel et théorique représenté par les restaurations de Viollet-le-Duc ainsi que les résultats concrétisés comme les réflexions qui les avaient accompagnés.
Fig. 1. Élévation de la façade Nord-Ouest, 1845, arch. Dobrosielsky.

MPP, 0082/036/2008, Indre, Neuvy-Saint-Sépulcre, église, document no 082549 (reproduction de l’autrice).
Fig. 2. Détail, élévation de la rotonde, plan aquarellé, Viollet-le-Duc, 1845.

MPP 1996/083, Fonds Viollet-le-Duc, France, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre (reproduction de l’autrice).
2Depuis 1845, architectes et historiens se sont penchés sur l’église Saint-Étienne de Neuvy-Saint-Sépulchre pour assurer la conservation de cet édifice, puissante imitation de la rotonde de l’Anastasis de Jérusalem avec ses deux niveaux de colonnes définissant l’espace circulaire central entouré d’un déambulatoire couvert par un berceau annulaire. Entre architectes en charge des travaux, architectes rapporteurs à la commission ou inspecteurs (architectes ou historiens) émettant un avis4, des générations se sont croisées sans qu’apparaissent des divergences importantes. À partir de la reconfiguration des superstructures de la rotonde par Viollet-le-Duc, définie comme un achèvement du monument en 1846 par Félix Duban5, les interventions successives (démolition du clocher en 1899, remplacement du couvrement de la terrasse en charpente par une dalle en béton armé en 1908, pose de l’étonnant nouveau clocher-mur en 1922) avaient été réalisées sans que des dissensions ne s’expriment au sein du service des Monuments historiques. Si les documents conservés témoignent d’une certaine réticence à évoquer le rôle de Viollet-le-Duc lorsqu’il fut question de réparer les ouvrages qu’il avait dessinés, il ne fut jamais question de critiquer ses choix de projet, à l’exception des techniques de pose ou de la qualité des matériaux utilisés. Chaque nouvelle intervention était affrontée comme la recherche d’une solution à un problème circonscrit qui ne demandait pas un regard global sur la conservation du monument.
3Au début des années 1930, le mouvement de restauration dut surmonter de nouveaux défis communs à l’ensemble des pays occidentaux. En France, une robuste organisation centralisée, forte d’un héritage théorique et opérationnel consolidé, avait démontré sa capacité de mobilisation et ses compétences dans la reconstruction des édifices endommagés pendant la Première Guerre mondiale. Après le conflit, une accélération dans la modernisation des modes de production, l’évolution des techniques et des programmes, comme le renouvellement de l’expression architecturale, éloignèrent progressivement le domaine de la restauration de celui du projet « neuf », qu’il s’agisse du débat théorique ou des questions constructives. Dans ce contexte de redéfinition des missions et des moyens d’action, la relation aux enseignements de Viollet-le-Duc fut inévitablement mise à l’épreuve. Le processus d’élaboration du projet de restauration d’une restauration concernant la rotonde de Neuvy offre un aperçu révélateur sur les relations qu’entretinrent les architectes-restaurateurs, et les autres personnalités en charge de la conservation, avec la multiplicité de l’héritage de Viollet-le-Duc. Le moment de la démolition du couvrement de la rotonde constitua une étape significative dans l’apparition de questionnements qui émergèrent dans les débats sur les dérestaurations des années 19706. Analyser le contexte de ce projet nous aide à en cerner les multiples motivations et à mieux éclairer les raisons de sa faible résonance.
4Les restaurations de la rotonde ont été répertoriées dans la notice dédiée à l’église de Neuvy-Saint-Sépulchre en appendice de la thèse d’École des chartes de Geneviève Bresc-Bautier, Le Saint-Sépulcre de Jérusalem et l’occident médiéval, soutenue en 19717. D’autres listes ont été rédigées dans le cadre des démarches visant l’inscription au Patrimoine Mondial de l’UNESCO de l’ensemble de biens réunis sous la dénomination « Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France » et lors de la publication des résultats des campagnes de fouilles des années 19908. Un examen des transformations de l’église Saint-Étienne de Neuvy a été établi par l’autrice dans le cadre de sa recherche doctorale9. Cette contribution en constitue un approfondissement consacré au couvrement de la rotonde et se fonde principalement sur le dépouillement des archives des travaux conservés à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie10 et sur le dossier individuel de l’architecte Gabriel Brun conservé aux Archives nationales11.
Viollet-le-Duc : des enseignements et des projets toujours opérationnels
5Que l’article de Gabriel Brun dans Les Monuments historiques de la France ne relate pas les divergences apparues lors de l’élaboration du projet ne doit pas étonner. Ce nouveau périodique était destiné à promouvoir les actions portées par le service auprès d’un public d’amateurs avisés grâce à des « exposés positifs12 ». Avec cette contrainte, difficile d’évoquer les désaccords générés par la complexité du projet et par le nombre de personnes susceptibles d’exprimer un avis. Dans un service réorganisé et aux compétences élargies13, l’architecte-restaurateur n’était plus tout seul face à son monument. Le « côté critique du travail » dont Viollet-le-Duc avait tracé les contours en exposant des exemples concrets dans l’article « Restauration » du Dictionnaire14 s’apparentait maintenant, pour certains projets emblématiques, à un jeu de pouvoir parfois assez laborieux, loin des récits sur les chantiers héroïques du XIXe siècle.
6Nous pouvons déjà signaler que les débats autour de Neuvy-Saint-Sépulchre n’ont pas concerné la démolition de la coupole réalisée par Viollet-le-Duc. Ce consensus ne doit pas être interprété comme l’expression d’une remise en cause de son œuvre ou de ses enseignements. Cette attitude était fidèle au « programme » présenté dans le Dictionnaire, notamment au principe d’amélioration des points faibles pour redynamiser les « conditions d’équilibre15 ». L’article « Restauration » du Dictionnaire rappelle la nécessité de comprendre la structure du monument pour avoir à disposition les moyens les plus adaptés, et si « l’un de ces moyens vient à faillir, un second, un troisième, doivent être tout prêts16 ». Ce fut justement dans le respect de cette approche énergique, centrée sur le chantier comme lieu d’expérimentation des techniques constructives anciennes ou nouvelles, que se fonda le consensus sur la légitimité de la démolition des restitutions défaillantes du maître. La conscience du côté faillible des choix de restauration était associée à une confiance dans la valeur pédagogique et opérationnelle de l’interprétation du fonctionnement structurel des monuments du Moyen Âge élaborée par Viollet-le-Duc17, confiance confirmée par le contenu de la formation qui se structura à Chaillot à partir de 1920.
7Si les cadres interprétatifs du patrimoine monumental élaborés par le maître étaient toujours d’actualité, qu’en était-il de ses projets ? Après sa mort, les procès-verbaux montrent l’attitude de la commission des Monuments historiques qui devait continuer à s’exprimer sur ses projets, réalisés ou non. La commission valida à plusieurs reprises l’achèvement de projets restés en suspens pour des raisons diverses. Les restaurations graphiques du maître semblaient toujours aussi convaincantes18. Pourtant, vers la fin du XIXe siècle, le cas de la porte Limbert à Avignon montre l’apparition d’une mise à distance historique des restaurations héritées. Le 22 juillet 1896 il fallut statuer sur la démolition de la porte, ouvrage que la ville avait commencé à démonter. L’accélération de la modernisation des centres anciens commençait à rendre le rôle de la commission particulièrement délicat : il fallait s’opposer à la démolition d’un élément important des remparts sans fragiliser la légitimité des projets de transformation des portes dessinés trente ans auparavant par Viollet-le-Duc.
8La permanence au cours de l’Entre-deux-guerres d’un lien étroit entre la figure de celui qui était alors considéré comme le grand architecte-restaurateur et le service était confirmée par des textes officiels19. Ce lien était aussi confirmé par la valeur exemplaire attribuée aux chantiers de Viollet-le-Duc et des architectes de sa génération dans les panneaux présentés à l’Exposition internationale de 193720. Désormais la richesse de sa contribution était décomposée en plusieurs volets, le théoricien était devenu une référence appropriable par tous les architectes novateurs, alors que ses enseignements dans le domaine de l’architecture médiévale et de la restauration étaient du ressort du monde, relativement fermé, de la conservation monumentale.
L’élaboration du projet de restauration de la restauration de la rotonde, 1933-1938
9Le principal objectif des dispositions de couvrement réalisées par Viollet-le-Duc entre 1848 et 1851 était la suppression d’une toiture conique qui ne montrait pas la singularité des dispositions intérieures et d’une charpente jugée inadaptée à ces espaces évoquant l’Anastasis. En ce milieu du XIXe siècle, la rotonde concentrait l’attention sur un monument réalisé dans le temps long dont la cohérence d’ensemble ne pouvait encore être saisie21. Pour couvrir le vaisseau central Viollet-le-Duc mit en œuvre une coupole en poteries creuses extradossée et protégée par une couverture en plomb. Il choisit une technique moderne, en tubes creux d’argile hourdés au plâtre22, pour alléger le poids de l’ouvrage et ne pas surcharger des maçonneries qui n’auraient pas pu soutenir une coupole en pierre. La galerie du déambulatoire fut couverte par une terrasse à très faible pente en charpente bois, protégée également par des feuilles de plomb. Ces dispositions dégageaient un tambour où pu s’ouvrir le dernier registre de baies du mur entourant la nef.
10Le résultat fut une modification visuellement très efficace, démonstration d’une présumée rationalité constructive et volumétrique de l’architecture romane, en même temps qu’évocation du modèle hiérosolymitain. Cette mutation radicale, dont Prosper Mérimée apprécia aussi le résultat23, fut à l’origine de plusieurs ennuis techniques dès 1852 en raison d’une mauvaise évacuation des eaux de pluie et d’une dégradation rapide des matériaux utilisés : dégradation des pierres les plus exposées, infiltrations d’eau et fissuration des feuilles de plomb. La première intervention d’envergure, en se focalisant toujours sur les superstructures de la rotonde, fut réalisée au début du XXe siècle. En 1908, suite aux fissurations apparues dans le mur supportant la coupole et à la déformation de la charpente de la terrasse, l’architecte en chef des Monuments historiques, Georges Darcy (1849-1920) proposa et réalisa le remplacement de l’ensemble du couvrement de la galerie par une dalle « en ciment armé en double épaisseur24 ». Ce nouveau « moyen » permit de bloquer les effets de déversement, mais ajouta un surpoids considérable à des maçonneries dont on savait, depuis le premier rapport de Viollet-le-Duc, qu’elles ne pouvaient pas supporter un couvrement lourd.
11Dans son rapport du 27 juillet 1929, l’ACMH Louis Albert Mayeux (1872-1931) décrivait les traces d’écrasement visibles sur le tambour des colonnes de l’étage inférieur et proposait des solutions d’étaiement pour éviter des dommages plus conséquents. L’architecte en chef et inspecteur général des Monuments historiques Gabriel Ruprich-Robert (1859-1953) relata dans son rapport du 19 octobre 1931 l’état des chapiteaux sculptés de la rotonde « qui s’écrasent sous la charge des murs situés au-dessus d’eux25 ». Un devis fut demandé à Gabriel Brun (1875-1945), architecte en charge des monuments de l’Indre depuis le début de la même année, qui présenta rapidement une première estimation et un plan d’étaiement des arcades concernées. Cette solution provisoire fut suivie par l’élaboration d’un véritable projet de restauration, fruit d’un travail consciencieux. Le rapport présenté par Brun en 1932 démarrait avec un constat accablant : des fissures affectaient le tambour et la coupole s’était déformée sous son propre poids (Fig. 3). Heureusement, des sondages confirmèrent la solidité des fondations, des murs extérieurs et de la toute récente dalle en béton armé. Pour identifier les causes des dégradations observées, Brun se demanda « ce qu’était l’édifice primitif et quelles furent les transformations successives qu’il eut à subir26 » et, surtout, dans quel but elles avaient été réalisées. Grâce à la consultation des archives du service, Brun reconstitua les dispositions de la toiture conique démolie en 1848 et en déduisit que les baies en arc brisé et sans ébrasement, situées au niveau du tambour dégagé au milieu du XIXe siècle, n’étaient pas destinées à être vitrées. Son analyse détaillée de la superposition des points d’appui du mur circulaire entourant le vaisseau central confirmait l’affirmation de Viollet-le-Duc : le « constructeur » ne pouvait pas avoir prévu une voûte en maçonnerie.
Fig. 3. Détail des photos de sondages de la coupole en poteries creuse, annexe au rapport de Gabriel Brun de 1932.

MPP Archives travaux, 81/36, carton 20, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, 1845-1931.
12Brun devait aussi se confronter aux pages que son illustre prédécesseur avait consacré dans le Dictionnaire au terme « Sépulcre ». L’exemple de la rotonde de Neuvy-Saint-Sépulchre, dont le couvrement effectivement réalisé était attribué, dans cette publication, à un choix de la commission des Monuments historiques, y est évoqué pour proposer une restitution graphique alternative émanant des récentes publications sur l’histoire de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem27. Gabriel Brun s’interrogea sur la faisabilité de cette option, comportant au centre une toiture à cône tronqué, contrebutée par une voûte circulaire en demi-berceau reposant sur le mur extérieur. En raison de l’irrégularité des points d’appui entourant le vaisseau central, cette solution s’avérait irréalisable. Malgré son travail dans les archives, l’architecte Gabriel Brun ne semble pas avoir prêté suffisamment attention aux dates des deux très différentes restitutions envisagées par Viollet-le-Duc. Difficile pour ce praticien de percevoir le lien entre projet de restauration et évolution des connaissances historiques, mais aussi entre restaurations et réflexions des architectes du XIXe siècle sur la rationalité volumétrique de l’architecture romane, dont la création de la coupole extradossée était un témoignage. Dans son rapport, Brun laissait apparaître son désarroi face à des restaurations passées dont les raisons profondes ne pouvaient que lui échapper, en raison d’un recul critique encore insuffisant28.
13Pour ce qui concerne l’état de l’édifice, la conclusion du rapport de 1932 était claire : la coupole en poterie creuse, cerclée par un anneau métallique uniquement en partie basse, s’écrasait sous son propre poids et il était difficile sinon contre-productif de tenter l’ajout d’une armature métallique. Pour éviter d’autres fissurations dans les colonnes du rez-de-chaussée, il fallait réduire les charges. Brun s’aventurait dans des suppositions surprenantes pour concilier sa déférence envers le maître avec ses propositions : « VIOLLET-LEDUC lui-même ne semblait pas convaincu que la coupole soit la vraie solution du problème, et, en le lisant, on éprouve l’impression qu’il aurait établi volontiers une charpente s’il en avait eu les moyens29. »
14Brun proposa la réalisation d’une toiture conique débordante avec de petites lucarnes, permettant de supprimer la coupole et de déposer le chêneau défaillant. Pour répondre à la nécessité de « reporter les efforts » sur le mur extérieur tout en obtenant un « aspect artistique », il imagina une charpente complexe dont les plans ne sont malheureusement pas conservés dans les archives. Les dispositions projetées étaient un compromis entre l’état antérieur à 1848 et la coupe reproduite dans l’illustration de l’article « Sépulcre » du Dictionnaire. Brun étudia une charpente partiellement apparente, permettant de créer, au centre, une voûte lambrissée munie d’un lanternon et un « plafonnage incliné » au-dessus de la galerie du déambulatoire30 (Fig. 4). Des ceinturages et des allègements au niveau du plancher du premier étage auraient contribué à la réduction des surcharges et à une meilleure répartition des poussées.
Fig. 4. Juxtaposition de trois coupes de la rotonde.

a) Coupe transversale, 1845, arch. Dobrosielsky, MPP, 0082/036/2008, Indre, Neuvy-Saint-Sépulcre, église, Document no 082548 ; b) Coupe de la rotonde, « Sépulcre (Saint-) », Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, Paris, A. Morel, 1866, vol. 8, p. 286, Fig. 7 (les traits en pointillés expriment une autre proposition de couvrement par rapport à celle réalisée et reproduite dans la coupe) ; c) État projeté, Dessins inédits de Viollet-le-Duc, Paris, 1880, pl. 84 (avec en pointillé une restitution graphique de la toiture projetée initialement par Brunet).
15Comment ce premier projet de Gabriel Brun, qui allait modifier l’aspect extérieur et intérieur de la rotonde, fut accueilli lors de la présentation à la commission des Monuments historiques ? Dans son rapport pour la séance du 17 mars 1933, Gabriel Ruprich-Robert rappelait l’urgence d’une intervention, tout en se gardant bien de commenter les choix de restauration du XIXe siècle. Il présentait ensuite les propositions de Brun, qui « aboutiraient à la suppression de ce qui est moderne » et « créeraient un aspect nouveau et peut-être différent de l’ancien, mais […] pourraient rétablir la stabilité très compromise31 ». Architecte et inspecteur expérimenté, Ruprich-Robert était conscient de la complexité du projet et ne souhaitait pas s’exprimer sur l’opportunité des propositions de Brun. Il concluait en ajoutant que « le problème ne peut être résolu sans qu’une délégation de la commission des Monuments historiques se soit rendue sur place. Cette visite, que nous proposons, serait justifiée par la grande valeur de cet édifice ». Faut-il voir dans l’idée d’une délégation la crainte de confier un chantier épineux à un architecte dont les capacités n’avaient pas encore été reconnues ? Gabriel Brun, nous y reviendrons, faisait partie de ces ACMH qui ne deviendraient jamais inspecteurs et qui quitteraient le service sans avoir eu l’occasion de diriger de chantiers marquants, reconnus comme tels par leurs pairs.
16Le résumé des échanges du procès-verbal de la séance du 17 mars 1933 cite l’intervention de Louis Hautecœur : ce dernier « fait remarquer que toutes les églises du Saint-Sépulcre ont été couvertes de coupoles en imitation de la pseudo-mosquée d’Omar ». La commission semblait s’accorder sur cette préférence pour une solution de couvrement pourtant très problématique d’un point de vue constructif, et elle demanda « que M. Brun soit invité à étudier le moyen de construire une coupole légère32 ». La consultation de Marcel Aubert, (1884-1962), membre de la commission, IGMH, archéologue, chartiste, historien de l’art, spécialiste du Moyen Âge et conservateur des musées nationaux, n’apporta pas d’autres éléments à la réflexion car l’historien s’en remit à l’avis de Ruprich-Robert.
17Les courriers conservés permettent de parcourir l’évolution du projet de restauration et de voir que le rôle de l’ACMH et IGMH Émile Brunet (1872-1952) se révéla décisif. Le dossier fut à nouveau étudié dans la séance du comité consultatif des Monuments historiques en mars 1934, dont nous pouvons lire le rapport rédigé par Émile Brunet. Le comité était favorable à la mise en œuvre d’une toiture conique, mais réalisée avec une pente plus accentuée pour couvrir une coupole demi-sphérique légère en briques creuses. Cette toiture aurait donné « plus de caractère à l’extérieur que celle adoptée vers 1850 et qui produit une silhouette assez fâcheuse33 ». Dans ce texte à usage interne, Brunet se permettait d’exprimer un commentaire négatif sur le travail de Viollet-le-Duc pour conforter la proposition. Il est intéressant d’observer qu’aucune motivation d’ordre archéologique ou constructive n’était invoquée. Les choix de restauration relevaient d’une volonté d’amélioration esthétique et technique de la restauration de Viollet-le-Duc. La coupole était conservée, mais en briques creuses, technique qui avait remplacé celle en poteries creuses depuis la deuxième moitié du XIXe siècle34. À la toiture à coupole extradossée orientalisante du XIXe siècle, le comité préférait une toiture conique à forte pente, comme celles qui fleurissaient dans l’architecture traditionaliste du régionalisme moderniste des mêmes années.
18En attendant qu’une décision fut prise, les dégradations continuaient à s’aggraver ; Brun en informa le directeur général des Beaux-arts et demanda des instructions. Après des échanges de courrier et des sollicitations d’acteurs locaux, une délégation fut finalement envoyée le 7 juillet 1935. L’architecte Brun, trois inspecteurs architectes, Pierre Paquet, Eugène Rattier et Émile Brunet, accompagnés par un seul inspecteur chartiste, Jean Verrier35, se déplacèrent pour discuter à pied d’œuvre des diverses options. Les conclusions officielles de la visite furent résumées dans une note rédigée quelques mois plus tard, en octobre 1935, par Émile Brunet. Ce dernier avait vraisemblablement réussi à convaincre les présents, car les conclusions confirmaient ce qu’il avait déjà proposé en 1933 : « La délégation semble donner la préférence à une voûte légère de brique creuse, renforcée au besoin d’épines à l’extrados, ainsi que cela se pratique couramment dans les églises modernes à vaisseau à grande portée36. » La référence à la création contemporaine était ici explicite. La proposition de Brun d’un couvrement à charpente partiellement apparente et lambrissage fut définitivement refusée, même si elle recherchait, avec naïveté, une vérité constructive. Brun s’exécuta et élabora plans et devis suivant les prescriptions de Brunet (Fig. 5). Cette version fut présentée à la séance du 24 janvier 1936 et la commission des Monuments historiques émit un avis favorable. Le rapporteur, Émile Brunet, demanda néanmoins quelques modifications ponctuelles pour obtenir un « meilleur aspect » (pente plus raide de la toiture, lucarnes plus petites…), ce qui confirme son implication directe dans le projet37.
Fig. 5. Projet de restauration de 1936, illustration extraite de l’article de Gabriel Brun, « La rotonde de l’église de Neuvy-Saint-Sépulchre », Les Monuments historiques de la France, t. 3, 1938, p. 76-85.

Transmission des savoirs et degrés d’autorité
19Pour décider du sort du couvrement de la rotonde imaginé et réalisé par Viollet-le-Duc, peu de précédents pouvaient servir de référence. La spécificité archéologique et constructive du monument aurait pu inviter à élargir le débat ou à faire appel à des compétences extérieures. Or, en ce milieu des années 1930, le système de prise en charge du patrimoine monumental français était un système centralisé, caractérisé par une répartition des rôles. Les architectes qui intégraient le service, dont les compétences étaient validées par le concours depuis 1893, gardaient la maîtrise des choix de restauration. Dans le cas étudié, par exemple, des personnalités d’envergure, mais non architectes (Hautecœur, Aubert et Verrier) restèrent en retrait38. Cette séparation entre les champs d’intervention révèle une conception du projet de restauration en tant que démarche technique autonome par rapport aux disciplines historiques. Il s’agissait d’une conception largement partagée dans la culture de la préservation française, à laquelle par exemple Marcel Aubert adhérait. Dans son intervention au congrès international des architectes et techniciens des Monuments historiques de 1957, ce dernier affirma que « l’archéologue est avant tout historien, l’architecte technicien39 ». Les historiens belges présents évoquèrent, de leur côté, les aspects scientifiques de la restauration et les italiens insistèrent sur la formation à la recherche en histoire des architectes restaurateurs en charge des restaurations archéologiques40.
20Parmi les architectes, une hiérarchie s’était installée, ce qui amène à s’interroger sur l’attribution des projets. Le modeste ACMH Gabriel Brun ne faisait pas le poids face aux inspecteurs et inspecteurs adjoints. Alors qu’il s’évertuait à chercher la « combinaison » qui aurait permis de répondre aux questions constructives, aux traces visibles sur le monument et aux hypothèses archéologiques de Viollet-le-Duc, ses arguments ne furent pas entendus. Ses explications techniques et ses références aux enseignements issus du Dictionnaire ne pouvaient pas suffire à lui assurer la maîtrise du projet. D’autres, par contre, bénéficiaient d’une position qui leur permettait d’imposer des choix en tant qu’experts, même sans justifications développées, au moins pour ce qui apparaît dans les documents d’archives. Le premier qui s’exprima sur la brûlante question du futur de la rotonde fut Gabriel Ruprich-Robert (1859-1953)41, qui était le fils de Victor Ruprich-Robert, collègue et continuateur de Viollet-le-Duc. Gabriel, inspecteur depuis 1925, rejoignait la tradition violletleducienne de l’architecte qui se révèle sur le théâtre d’opérations en affirmant qu’il ne pouvait donner un avis sur la restauration de la rotonde que face au monument. Pour des raisons de santé, il ne put pas se déplacer et ce fut finalement Émile Brunet (1872-1952)42 qui prit en main le dossier. Brunet, ancien élève de Charles Genuys (1852-1928) et d’Anatole de Baudot (1834-1915), avait derrière lui plus de 30 ans de carrière dans le service au moment de prendre en charge le suivi du dossier de la rotonde de Neuvy. Il avait déjà œuvré sur le patrimoine monumental dans les régions dévastées après la Première Guerre mondiale et avait publié plusieurs articles sur ses chantiers les plus prestigieux. Sa position au sein du service consolidait son rôle parmi les membres de la délégation.
21Deux autres architectes faisaient partie de ce groupe, mais leur contribution est plus difficile à cerner ; Eugène Rattier (1864-1947)43, ACMH peu connu qui remplaça Charles Genuys dans les régions dévastées, et fut nommé IGMH en 1937, et l’architecte Pierre Paquet (1875-1959)44 qui fut une des figures les plus importantes du service pendant la première moitié du XXe siècle. En raison de leur état de service, l’avis de ces deux architectes, et notamment celui de Paquet, aurait pu avoir un certain poids lors du déplacement à Neuvy-Saint-Sépulchre en juillet 1935. Cependant aucune trace de leurs opinions n’apparaît dans le rapport de Brunet. Il est possible qu’en raison de la charge de travail considérable des inspecteurs, chacun se consacrait principalement au suivi de ses propres dossiers.
22Si au milieu des années 1930, tous les ACMH pouvaient être considérés comme des élèves de Viollet-le-Duc, leur condition d’exercice et leur relation avec le grand architecte n’étaient pas les mêmes selon le parcours et la position acquise au sein du service. Brun était un praticien sans liens familiaux avec le monde de l’architecture et encore moins avec celui de la conservation du patrimoine monumental45. Son parcours avait été particulièrement chaotique. Diplômé de l’École des beaux-arts en 1904 et licencié en droit46, il démarra une carrière d’architecte libéral et construit quelques immeubles de rapport à Paris, comme celui situé au 12, rue Gourgaud (Paris 17e), et celui au 5, rue Casimir Périer (Paris 7e), aujourd’hui recensés dans les publications sur le patrimoine bâti de la capitale47. Gabriel Brun fut un praticien-constructeur tout à fait honorable, dont les réalisations suivirent l’évolution de l’expression architecturale en adoptant une approche moderniste dans les projets des années 1930 : la clinique du 2, rue du Docteur Blanche et l’hôtel situé au 6-8, rue de la Tour (Paris 16e). Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, Brun passa quatre années dans l’armée. À cause de ses blessures, il resta inactif pendant trois ans après la fin du conflit48. En parallèle de la reprise de son activité de constructeur, il suivit les cours du Trocadéro et réussit le concours en 1925 ; il avait alors 50 ans. Les départements qui lui furent confiés ne comprenaient pas de grands sites monumentaux dont la prise en charge pouvait lui permettre de redynamiser sa carrière, et ses espoirs restèrent déçus49. Par sa formation et son parcours, les enseignements de Viollet-le-Duc passèrent par l’écrit plus que par une proximité avec des personnes ayant côtoyé le maître ou ayant bénéficié d’une continuité dans la transmission. Cette distance lui imposait de développer les motivations de ses choix. Face à ses propositions pour Neuvy, Brunet possédait l’assurance suffisante pour faire modifier le projet en parlant simplement de solutions « convenables ». L’expertise était hiérarchisée et certains ACMH ne bénéficiaient que d’une position d’exécutant (Fig. 6).
Fig. 6. Photo du chantier de construction de la nouvelle toiture conique.

MPP Archives travaux, 81/36, carton 21, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, 1935-1977.
23Le 26 février 1936, avant le démarrage du chantier, Gabriel Brun adressa un courrier au directeur des Beaux-arts pour se désolidariser du programme de travaux qu’il devait mettre en œuvre. De son projet initial, il ne restait que la toiture conique ; les allègements de poids qu’il avait prévus n’avaient pas été retenus. Le toit qui cachait une coupole n’était pas suffisamment motivé à ses yeux, et il concluait : « je puis me tromper, je me trompe même probablement… Pourtant, ayant le droit d’avoir des idées, et, n’étant pas absolument convaincu, je crois avoir le devoir de ne rien exécuter en mon nom qui ne réponde pas à ces idées sans le dire nettement50. » Son argumentation principalement basée sur l’analyse structurelle de la rotonde et « l’irrationalité » de la coupole dessinée en 1845 pouvait difficilement être entendue au sein du service, même si elle exprimait indiscutablement une fidélité au legs de Viollet-le-Duc. Les tentatives de calcul des charges présentées par Brun furent regardées avec méfiance par Gabriel Ruprich-Robert, car elles s’éloignaient de l’analyse empirique du fonctionnement structurel. L’approche empirique de Viollet-le-Duc qui réduisait considérablement l’application de calculs et l’intervention des ingénieurs continuait à être suivie. Sur le terrain de l’analyse structurelle, les architectes-inspecteurs avaient donc tendance à se méfier des calculs de Brun.
24De plus, au cours des années 1930 les intégrations en béton armé étaient considérées comme un nouveau « moyen » puissant qui semblait pouvoir résoudre toutes les situations, dans le sillon de l’approche par essais successifs dont Viollet-le-Duc avait décrit l’excitante dynamique. Les monuments continuaient ainsi à offrir des terrains d’entraînement de nouvelles méthodes de consolidation. Que les maçonneries de la rotonde aient été mises à rude épreuve par les modifications de son fonctionnement structurel dans le cadre d’interventions de restauration ne provoqua pas une remise en question de cette approche.
25Pendant le processus d’élaboration du projet mis en œuvre par Brun, d’autres aspects, notamment la configuration des espaces intérieurs et des volumes extérieurs, furent tranchés sans justifications développées. Le pouvoir de Brun sur le monument apparaît comme inversement proportionnel à ses efforts d’argumentation. Sans que ce soit étonnant pour l’époque, les questions d’authenticité, de respect de l’ensemble des traces archéologiques, de reconnaissance des parties modernes (différenciation), apparaissaient très ponctuellement, mais n’ont pas nourri les débats. Le désaccord profond exprimé dans le courrier de l’ACMH en charge du chantier resta en interne et les discussions sur les questions constructives et interprétatives posées par les restaurations de la rotonde ne contribuèrent pas à une évolution des méthodes de restauration ni à une réflexion théorique plus large sur les restaurations du XIXe siècle.
26Cette période de l’Entre-deux-guerres représente la dernière phase où les restaurations demeurèrent un terrain d’expérimentation de formes et de solutions constructives pour les projets « neufs ». Dans ce cas, il s’agit des projets imaginés par les courants régionalistes à la recherche d’une autre modernité. L’évocation des couvrements hiérosolymitains n’avait plus aucune résonance dans le débat architectural et les inventions de Viollet-le-Duc qui avaient montré des faiblesses constructives pouvaient être soumises à des jugements sévères.
27Dans cette séquence longue et laborieuse qui aboutit à une nouvelle toiture conique (Fig. 7), la collectivité locale ne fut informée du projet qu’au moment de la demande d’une contribution financière, et comme cela avait déjà été le cas dans le passé, la municipalité se déroba à cette obligation. La raison invoquée reflète un point de vue rarement évoqué : « La population de Neuvy, à tort ou à raison, est attachée à l’aspect de son église et à son dôme en plomb qu’elle ne verrait disparaître qu’avec regret, sans que le conseil municipal puisse en donner les raisons51. » En effet, la première modification du milieu du XIXe siècle était désormais acceptée quand les services de l’État imposèrent à nouveau une reconfiguration. Comme lors des travaux dirigés par Viollet-le-Duc, le chantier fut entièrement pris en charge par le service des Monuments historiques. Si le rôle de l’architecte-restaurateur des années 1930 n’était plus le rôle héroïque décrit par Viollet-le-Duc dans son Dictionnaire, le destin du monument continuait à être décidé bien loin de Neuvy-Saint-Sépulchre.
Fig. 7. Vue de la rotonde aujourd’hui (2021) couverte par la toiture réalisée au milieu des années 1930.

© J.-P. Pérot.
Notes de bas de page
1Gabriel Brun, « La rotonde de l’église de Neuvy-Saint-Sépulchre », Les Monuments historiques de la France, t. 3, 1938, p. 76-85.
2Simon Bryant, « La collégiale Saint-Étienne de Neuvy-Saint-Sépulchre (Indre) », Revue archéologique du Centre de la France, 43, 2004, p. 171-207.
3Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, « Sépulcre », Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, Paris, A. Morel, vol. 8, 1866, p. 286, Fig. 7.
4Denis Darcy, Georges Darcy, Louis Mayeux, Paul Boeswillwald, Saint-Anne Auguste Louzier, Gabriel Ruprich-Robert, Émile Brunet, Pierre Paquet, Eugène Rattier, Jean Verrier et Marcel Aubert.
5MPP, Archives travaux, 81/36, carton 20, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, église 1845-1931, Lettre de Félix Duban au président de la commission des Monuments historiques du 12 juillet 1846.
6Léon Pressouyre, « Restauration ou dérestauration : un débat d’actualité sur la conservation des Monuments historiques », Monuments historiques, « Un siècle de restaurations », no 112, 1980, p. 13-22 ; Restaurer les restaurations, Actes du colloque organisé par la section française de l’ICOMOS, Toulouse, 22-25 avril 1980, Paris, ICOMOS, 1980.
7Geneviève Bresc-Bautier, Le Saint-Sépulcre de Jérusalem et l’occident médiéval, thèse École des Chartes, 1971, p. 764-784.
8DRAC Centre, Orléans, Anne-Isabelle Berchon & Isabelle Amouroux, Étude documentaire, Neuvy-Saint-Sépulchre, 1997, p. 764-784 ; voir aussi « Annexe-1-Résumé des travaux depuis le début du XIXe s. », dans Simon Bryant, « La collégiale Saint-Étienne de Neuvy-Saint-Sépulchre (Indre) », Revue archéologique du Centre de la France, 43, 2004, p. 177-207.
9Pour une analyse de l’ensemble des restaurations de l’édifice, voir Franca Malservisi, La restauration architecturale en France : deux siècles de pratique ordinaire, thèse de doctorat en histoire de l’architecture, Université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, 2005, p. 403-430.
10MPP, Archives travaux, 81/36, carton 20, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, église 1845-1931 ; MPP, Archives travaux, 81/36, carton 21, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, église 1935-1977.
11AN, F21 7717, Dossiers individuels du personnel des services des Monuments historiques, des Bâtiments civils et Palais nationaux. XIXe-1re moitié XXe, Brun Gabriel, 1875-1942, MH.
12Georges Huisman, « Notre programme », Les Monuments historiques de la France, no 1, 1936, p. 1-2.
13Arlette Auduc, Quand les monuments construisaient la nation, le service des Monuments historiques de 1830 à 1940, Comité d’histoire du ministère de la Culture, Paris, 2008.
14Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, « Restauration », Dictionnaire raisonné…, op. cit., Paris, A. Morel, vol. 8/10, 1866.
15Ibid., p. 27.
16Ibid., p. 27.
17Il suffit de rappeler l’impact relativement réduit du débat autour du fonctionnement structurel des nervures gothiques soulevé par les écrits de Victor Sabouret (1928) et Pol Abraham (1935) parmi les acteurs de la conservation. Voir le chapitre « La distinzione tra costruzione e struttura », dans Salvatore Di Pasquale, L’arte del costruire. Tra conoscenza e scienza (1996), Venezia, Marsilio, 2003, p. 397-490.
18La commission des Monuments historiques statua à plusieurs reprises sur des projets de Viollet-le-Duc encore non réalisés : le 8 juillet 1884 sur la restauration des contreforts de l’église d’Eu ; le 25 juillet 1884 à propos du bâtiment de la Commutation à Toulouse ; le 3 juillet 1885 sur la restauration de l’église de Poissy ; le 7 août 1885 sur la restauration de l’église Notre-Dame de Beaune ; le 13 décembre 1895 sur le dégagement du donjon du palais de Justice de Poitiers. Voir la base de données en ligne : Jean-Daniel Pariset (dir.), Procès-verbaux de la commission des Monuments historiques, édition électronique, Médiathèque du patrimoine et de la photographie – École nationale des Chartes, 2014 [en ligne : http://elec.enc.sorbonne.fr/monumentshistoriques/].
19Paul Léon, « La restauration des monuments en France », La conservation des monuments d’art et d’histoire, Paris, Office international des musées, publication de l’Institut de coopération intellectuelle, 1933, p. 51-59 ; Pierre Paquet, « Technique de la restauration des Monuments historiques », Congrès archéologique de France, XCVIIe session, Paris, Picard, 1935, vol. I, p. 411-424.
20« Les Monuments historiques à l’exposition internationale de 1937 », Les Monuments historiques de la France, 2e année, fascicule 1, 1937, p. 57-58. Vézelay apparaissait comme exemple de « restauration consciencieuse », Pierrefonds comme exemple de « restauration excessive » dont il faut attribuer la responsabilité à la « pression tenace de Napoléon III ».
21Les restaurations successives, entre 1845 et le milieu du XXe siècle, ont accentué la séparation volumétrique entre l’église de plan basilical et la rotonde, alors que les récentes recherches archéologiques ont affirmé qu’il s’agissait d’un projet architectural cohérent s’étalant entre les années 1040 et le premier tiers du XIIIe siècle.
22Au moment du chantier, les voûtes en poteries creuses n’étaient plus une nouveauté, car les premières expérimentations de réactualisation de cette technique antique datent de la fin du XVIIIe siècle. Sur la diffusion des voûtes en poteries creuses : Lia Romano, « Voûtes légères. La technique de construction en poterie creuse en France et en Italie aux XVIIIe et XIXe siècles », Gilles Bienvenu, Martial Monteil & Hélène Rousteau-Chambon (dir.), Construire ! Entre Antiquité et époque contemporaine, 3e Congrès Francophone d’Histoire de la Construction (Nantes, 21-23 juin 2017), Paris, Éditions Picard, 2019, p. 1179-1187.
23MPP, Archives travaux, 81/36, carton 20, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, église 1845-1931. Note de Mérimée, octobre 1849.
24MPP, Archives travaux, 81/36, carton 20, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, église 1845-1931, Rapport détaillé du 11 avril 1908 par Georges Darcy. La couverture en plomb prévue initialement ne fut pas réalisée pour réduire le coût d’une intervention totalement prise en charge par l’État en raison de l’absence d’une contribution de la commune.
25MPP, Archives travaux, 81/36, carton 20, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, église 1845-1931, Rapport de Gabriel Ruprich-Robert du 19 octobre 1931.
26MPP, Archives travaux, 81/36, carton 21, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, 1935-1977, Rapport et devis rédigé par Gabriel Brun, 26 juillet 1932.
27Voir par exemple : Robert Willis, The Architectural History of the Church of the Holy Sepulchre at Jerusalem, Londres, Parker, 1849 ; Melchior de Vogüé, Les églises de la Terres Sainte, Paris, Didron, 1860.
28Il est difficile de dire si les documents consultés par Brun étaient exactement ceux disponibles aujourd’hui dans les cartons de la MPP. Sa datation du remplacement de la charpente bois au-dessus du déambulatoire était, par exemple, erronée. Il n’appréciait pas le résultat du chantier mené par Darcy et jugea « désastreux » l’aspect de la terrasse « en ciment », dont il confirma néanmoins la solidité. Pour justifier le projet de Viollet-le-Duc, il émit une hypothèse fondée sur une volonté d’éclairer la rotonde alors que Viollet-le-Duc n’évoquait pas cette motivation dans la présentation de son projet. Brun affirma que son prédécesseur « ne crut pas possible de faire une seule couverture, et, sans doute, jugea-t-il indispensable de donner de la lumière à l’intérieur de l’édifice pour les baies au-dessus de la galerie ». MPP, Archives travaux, 81/36, carton 21, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, 1935-1977, Rapport et devis rédigé par Gabriel Brun, 26 juillet 1932.
29MPP, Archives travaux, 81/36, carton 21, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, 1935-1977, Rapport rédigé par Gabriel Brun, 26 juillet 1932.
30« Je suis d’ailleurs convaincu que même ainsi nous revenons à l’idée préférée par Viollet-Leduc [sic] qui sans doute a abandonné trop tôt l’étude d’une charpente et une couverture rappelant celles du Saint-Sépulcre avec éclairage au milieu. Car il est bien certain que le jour tombant du sommet serait du plus heureux effet, supprimant cet éclairage trop vif des baies du 2e étage. » MPP, Archives travaux, 81/36, carton 21, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, 1935-1977, Rapport et devis rédigé par Gabriel Brun, 26 juillet 1932.
31MPP, Archives travaux, 81/36, carton 21, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, église 1935-1977, Rapport pour la séance du 17 mars 1933, Gabriel Ruprich-Robert.
32MPP, 80/15/029/17, Procès-verbaux de la commission des Monuments historiques, PV séance du 17 mars 1933.
33MPP, Archives travaux, 81/36, carton 21, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, église 1935-1977, Rapport 11 mars 1934 par Émile Brunet.
34Ce fut en suivant ce principe que des améliorations techniques furent apportées à la flèche de Notre-Dame de Paris et au coq situé à son sommet, dans le chantier dirigé par Brunet au milieu des années 1930. Émile Brunet, « Les récentes réparation de la flèche de Notre-Dame de Paris », Les Monuments historiques de la France, fascicule 5, 1936, p. 129-133.
35Marcel Aubert est noté comme excusé.
36MPP, Archives travaux, 81/36, carton 21, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, église 1935-1977, Note d’Émile Brunet du 21 octobre 1935 suite à la visite du 7 juillet 1935.
37Au sujet de la toiture, Brunet continua à porter son idée d’une pente plus forte : « Du point de vue aspect, la toiture gagnerait également semble-t-il, au remplacement des lucarnes projetées au pied du comble par des chatières, de plus petite échelle et en plus grand nombre. » MPP, Archives travaux, 81/36, carton 21, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, église 1935-1977, Rapport du 20 janvier 1936 pour la séance du 24 janvier 1936.
38Le seul avis dont témoignent les archives est celui de Hautecœur sur la présence de coupoles dans les évocations du Saint-Sépulcre de Jérusalem, avis qui ne tint pas compte des observations archéologiques sur le monument de Neuvy ni de la diversité des évocations médiévales du Saint-Sépulcre.
39Voir Marcel Aubert, « Rapport des architectes des Monuments Historiques avec les archéologues », Congrès international des architectes et techniciens des Monuments historiques, Paris, 6-11 mai 1957, Paris, Éd. Fréal, 1960, p. 316-319.
40Simon Bigorde, « L’aspect scientifique de la restauration des monuments » et Luigi Crema, « La collaboration des architectes aux fouilles et aux restaurations archéologiques », Congrès international des architectes et techniciens des Monuments historiques, Paris, 6-11 mai 1957, Paris, Éd. Fréal, 1960, p. 352-365 (Bigorde, p. 352-362, Crema, p. 363-365).
41Sur Gabriel Ruprich-Robert restaurateur et architecte diocésain voir la notice dans Jean-Michel Leniaud (dir.), Répertoire des architectes diocésains du XIXe siècle, Paris, École nationale des Chartes, 2003 [en ligne : http://elec.enc.sorbonne.fr/architectes/447]. Sur ses réalisations voir : Anne Goergeon-Liskenne, « L’Institut catholique de Paris : politique et architecture sous la troisième république », Livraisons d’histoire de l’architecture, 13, 2007, p. 9-22.
42Sur Émile Brunet, nommé adjoint à l’inspection générale en 1933 et inspecteur général des Monuments historiques en 1937, voir : Alain-Charles Perrot, Les architectes en chef des Monuments historiques, Paris, HM éditions, 1994, p. 52. Brunet fut le lauréat du concours pour l’église paroissiale Saint-Léon à Paris en 1913 (1924-34) et réalisa le lycée de jeunes filles Marie-Curie à Sceaux (1932-1936).
43Sur Eugène Rattier architecte restaurateur voir : Alain-Charles Perrot, Les architectes en chef des Monuments historiques, op. cit., p. 60.
44Marcel Aubert, « Pierre Paquet (1875-1959), Nécrologie », Bulletin monumental, no 117-4, 1959, p. 291-292 ; Paul Verdier, « Pierre Paquet (1875-1959) », Les Monuments historiques de la France, fascicule 3, 1959, p. 139-143.
45Projets réalisés par Gabriel Brun : immeuble 5, rue Casimir-Périer ; 28, rue Las Cases, Paris 7e (1912-14) ; immeuble 25, rue Georges-Sand, Paris 16e (1914-1922) ; immeuble 12, avenue Gourgaud, Paris 17e (1910) ; clinique 2, rue du Docteur Blanche, Paris 16e (s.d., avant 1934) ; restauration/reconstruction d’un château en ruine pour le propriétaire de l’immeuble de l’avenue Gourgaud, M. de Moranvillé, lieu-dit Le Soudun, Néons-sur-Creuse, Indre, (avant 1925) (Dossier Inventaire IA36010064 réalisé en 2015) ; actuel hôtel Régina, 6-8 rue de la Tour, Paris 16e (1931).
46Pour sa formation et sa carrière, voir la notice consacrée à Gabriel Ludovic Joseph Brun dans Marie-Laure Crosnier Leconte (dir.), Dictionnaire des élèves architectes de l’École des Beaux-arts (1800-1968) [en ligne : https://agorha.inha.fr/inhaprod/ark:/54721/00282434], INHA.
47Certains des immeubles construits par Brun sont cités dans les publications suivantes : Bernard Marrey & Marie-Jeanne Dumont, La brique à Paris, Paris, Éd. Pavillon de l’Arsenal-Éd. Picard, 1991 ; Éric Lapierre, Guide de l’architecture Paris 1900-2008, Paris, Éd. Pavillon de l’Arsenal, 2008 ; Bernard Marrey, La céramique dans l’architecture à Paris aux XIXe et XXe siècles, Paris, Éd. du Linteau, 2013.
48AN, F21 7717, Dossiers individuels du personnel des services des Monuments historiques, des Bâtiments civils et Palais nationaux. XIXe-1re moitié XXe, Brun (Gabriel, 1875-1942, MH), Notice individuelle 21 novembre 1934. La notice comprend une liste de projet : église et monument d’Autry (Ardennes), villas à Royan, château de Bon(?), de Guinzburg (Dieppe).
49AN, F21 7717, Dossiers individuels du personnel des services des Monuments historiques, des Bâtiments civils et Palais nationaux. XIXe-1re moitié XXe, Brun (Gabriel, 1875-1942, MH), courrier du 29 décembre 1941 au secrétaire général des Beaux-arts.
50MPP, Archives travaux, 81/36, carton 21, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, église 1935-1977, Lettre de Gabriel Brun au directeur des Beaux-arts, 26 février 1936.
51MPP, Archives travaux, 81/36, carton 21, Centre, Indre (36), Neuvy-Saint-Sépulchre, église 1935-1977, Délibération du Conseil municipal datée du 17 juillet 1936.
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