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    Plan détaillé Texte intégral La formation d’architecte entre Allemagne et France L’architecte restaurateur Sa conception de la protection des Monuments historiques Notes de bas de page Auteur

    Les élèves d’Eugène Viollet-le-Duc

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Émile Salomon (1833-1913), architecte et conservateur du patrimoine monumental alsacien

    Véronique Umbrecht

    p. 101-118

    Texte intégral La formation d’architecte entre Allemagne et France L’architecte restaurateur Ses débuts de restaurateur La guerre franco-prussienne de 1870 et ses conséquences Sa conception de la protection des Monuments historiques Émile Salomon, historien de l’art L’affaire de « l’achèvement » de la cathédrale de Strasbourg Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La carrière professionnelle d’Émile Salomon révèle de multiples facettes de sa personnalité marquée par les vicissitudes politiques de l’Alsace. Issu d’un milieu de commerçants, le jeune Émile Salomon ne semble pas être destiné à devenir architecte. Néanmoins, il part étudier à l’Akademie der bildenden Künste de Munich en 1854 et l’année suivante, il est admis à l’École des beaux-arts de Paris. Trop jeune pour suivre les cours de Viollet-le-Duc à l’École royale de dessin, il n’en a pas moins lu ses ouvrages et s’en est inspiré dans son travail de restauration et de conservation des Monuments historiques alsaciens. Peut-on pour autant qualifier Émile Salomon d’architecte « violletleducien » ? La double formation d’Émile Salomon a certainement influencé ses futurs choix professionnels. De chaque côté des rives du Rhin, la notion de patrimoine national émerge au début du XIXe siècle où vient se greffer la querelle de la nationalité de l’architecture gothique. Ces débats transparaissent en filigrane dans la vision de l’architecture médiévale et de la restauration de ses monuments. Émile Salomon débute sa carrière lorsque l’Alsace devient allemande en 1871, suite à la guerre franco-prussienne et cette annexion a profondément marqué l’architecte. Que signifie pour lui être un architecte alsacien ? Que ce soit pour des propriétaires privés ou dans le cadre de sa mission au sein de sociétés savantes, il a mis son énergie au service de la défense du patrimoine alsacien. Parallèlement à son activité d’architecte, il a fait œuvre d’historien de l’art et d’archéologue. À l’instar de Viollet-le-Duc, il entame des recherches historiques et organise des fouilles archéologiques notamment lors des travaux de reconstruction et de restauration de deux édifices emblématiques de la ville de Strasbourg : le Temple Neuf et l’église Saint-Thomas. Au cours de sa longue carrière, il n’a eu de cesse de faire connaître à un large public la richesse du patrimoine alsacien notamment au sein de la société pour la conservation des Monuments historiques d’Alsace et de s’élever contre des projets des instances allemandes de transformer des édifices symboles de l’identité alsacienne.

    La formation d’architecte entre Allemagne et France

    2Émile Salomon naît en 1833 à Strasbourg dans une famille protestante de commerçants. Comme tout jeune luthérien, Émile Salomon commence ses études au gymnase Jean Sturm à Strasbourg. Il n’intègre pas l’École municipale industrielle mais il débute son apprentissage dans les chantiers de l’entrepreneur Éduard Moeder (1807-?). En 1854, il s’inscrit à l’Akademie der bildenden Künste de Munich. Nous savons peu de choses sur les motivations d’Émile Salomon et les quelques mois passés dans la capitale bavaroise. Depuis deux décennies, cette École dispensait l’enseignement d’un historicisme romantique largement inspiré du classicisme antiquisant. La doctrine académique déclinait un programme architectural reliant la fonctionnalité et le style. L’année suivante, Émile Salomon quitte l’Allemagne et part à l’École des beaux-arts de Paris. Il se forme dans les ateliers d’Émile Gilbert (1793-1874) puis de Charles Questel (1807-1888) entre 1855 et 1859.

    3Lors de ces cinq années d’étude, Salomon se confronte aux courants de pensée des deux côtés du Rhin. Au milieu du XIXe siècle, la notion de patrimoine monumental est déjà ancrée depuis plusieurs décennies. En France, après quelques années de balbutiements qui débutent à la Révolution, la protection des Monuments historiques se pratique officiellement dans le cadre de la commission du même nom sous l’égide de Prosper Mérimée (1803-1870) à partir de 1834. En Allemagne, la prise de conscience de la conservation des édifices du passé se teinte d’un discours plus patriotique. L’Allemagne, libérée du joug napoléonien, érige les bâtiments anciens comme symboles d’une nation germanique unifiée. Sous la plume de Karl Friedrich Schinkel (1781-1841)1, les fondements de la Denkmalpflege (protection du patrimoine), sont théorisés ; il se réfère à la grande aventure révolutionnaire française et appelle de ses vœux à la constitution d’un Vaterland (patrie) qui pourrait se concrétiser notamment dans la protection des Monuments historiques. C’est dans ce contexte intellectuel que s’engage en 1840 le chantier d’achèvement de la cathédrale de Cologne, symbole monumental de l’esprit germanique2.

    4Ces concepts et théories témoignent de la richesse des échanges culturels entre les deux pays riverains et de toute évidence, Émile Salomon a été imprégné de ces préoccupations communes lors de ses études à Munich et à Paris.

    L’architecte restaurateur

    5À la fin de ses études à Paris, Émile Salomon se soumet à la tradition du « Grand Tour » et part sillonner la France et l’Allemagne en quête de connaissances et d’inspiration. Il retourne à Strasbourg vers 1860 ; son nom est mentionné comme architecte dans les archives de la fondation Saint-Thomas. Cette institution protestante possédait de nombreux biens immobiliers dans Strasbourg qui se concentraient pour l’essentiel autour des deux édifices religieux emblématiques : le Temple Neuf et l’église Saint-Thomas. Son engagement dans cette fondation n’est pas très bien renseigné. Il semble qu’il ait été introduit par son futur beau-père Frédéric-Auguste Stuber qu’il avait rencontré lors de son apprentissage dans les chantiers Moeder3. En 1860, une partie du gymnase Jean Sturm, propriété de la Fondation, brûle dans un incendie. Le premier grand projet d’Émile Salomon est la reconstruction des nouveaux bâtiments. Son travail s’est échelonné sur plusieurs années jusqu’aux bombardements prussiens de 1870.

    Ses débuts de restaurateur

    6Pendant cette première décennie d’activité (1860-1870), Émile Salomon commence à se faire une clientèle privée. Son premier travail de restaurateur, il le fit pour le banquier Ernest Lauth. Ce commanditaire avait acquis une maison Renaissance et lui avait demandé de la rénover. Voici comment Salomon la décrit en 1881 :

    La propriété se composait de deux bâtiments principaux, le premier avec pignon sur la rue de la Douane […], le second longeait la ruelle du Bateau. Une grande porte cochère encore existante donnait entrée de la rue du Bateau dans une petite cour, qui, par un passage étroit, communiquait à une seconde cour. Des bâtiments accessoires entouraient les deux cours. La porte cochère, rue du Bateau, servait de porte d’entrée à la maison du fond, ainsi qu’aux logements de la maison principale4.

    7Ce bâtiment faisait partie du patrimoine vernaculaire de Strasbourg et Salomon a commencé à faire des recherches sur son histoire, qu’il publiera quelques années plus tard. C’est une maison de la Renaissance germanique avec sa façade à pignon donnant sur la rue de la douane (Fig. 1). Elle était accolée à une autre maison qui fut abaissée jusqu’au rez-de-chaussée peu de temps auparavant. Il restaura les oriels de la façade sur rue ainsi que le pignon de redents à volutes. L’essentiel du travail de rénovation de l’architecte est l’aménagement et la décoration intérieurs. À l’instar de Viollet-Le-Duc qui envisageait la restauration d’un bâtiment dans sa globalité en l’aménageant selon les critères de son époque5, Salomon décide d’implanter des appartements modernes tout en maintenant certains éléments traditionnels. Il décale la porte cochère dans le bâti faisant l’angle sur les deux rues et aménage un logement composé d’un salon, d’une salle à manger, d’une cuisine et de trois chambres à coucher. Le fond de la cour est agencé en écuries équipées de toilettes et en magasins. Le premier étage est réorganisé en un vaste appartement réparti de part et d’autre d’une antichambre-vestibule (Fig. 2). Il respecte la distribution intérieure issue du XVIIe siècle en séparant les espaces des sphères publique et privée. Les pièces de réception rassemblent un vaste salon et une salle à manger s’ouvrant sur une grande terrasse située au-dessus du porche. Les espaces privés en enfilade, composés de deux chambres à coucher, d’un cabinet de toilette et d’un cabinet de travail sont rejetés à l’arrière et proches d’une petite salle à manger destinée à l’usage quotidien. En revanche, une vaste chambre à coucher – certainement destinée aux maîtres de logis –, en enfilade avec le grand salon est installée sur la rue de la douane, offrant une vue dégagée sur le quai. Les toilettes et un escalier de service font la jonction avec les pièces de service donnant sur la seconde cour. L’architecte maintient l’escalier à vis d’origine qui fait le lien entre les deux niveaux.

    Fig. 1. Façade sur rue de la maison Lauth, dessin d’Émile Salomon.

    Cabinet des Estampes de Strasbourg. Musées de la ville de Strasbourg.

    Fig. 2. Plan du premier étage de la maison Lauth, dessin d’Émile Salomon.

    Archives de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg AVES, inventaire en cours.

    8Émile Salomon se charge également de la décoration intérieure de la maison Lauth. Bien qu’il ait adapté la distribution intérieure aux exigences modernes, il s’agit pour lui de se laisser inspirer par l’histoire de la demeure. Une esquisse nous montre les peintures envisagées autour des fenêtres à meneaux et des oriels : l’esprit de la Renaissance germanique est remis à l’honneur avec sa polychromie (Fig. 3).

    Fig. 3. Décoration intérieure de la maison Lauth pour une pièce sur rue, dessin d’Émile Salomon.

    AVES, inventaire en cours.

    La guerre franco-prussienne de 1870 et ses conséquences

    9La guerre de 1870 a infléchi les activités d’Émile Salomon. L’Alsace annexée au IIe Reich allemand, la ville de Strasbourg sort meurtrie des bombardements. Les quartiers Nord ainsi que les infrastructures militaires sont détruits. Plusieurs édifices historiques sont touchés.

    10La fondation Saint-Thomas devait songer à organiser la reconstruction du quartier du Temple Neuf presque entièrement détruit. Ce complexe était constitué d’un ensemble de bâtiments attenant à l’église gothique abritant le gymnase Jean Sturm, l’université protestante et sa bibliothèque. En tant que Stiftbaumeister (architecte en chef de la fondation), Émile Salomon est chargé de rédiger le programme du concours d’architectes pour la reconstruction du Temple. Le Consistoire choisit des membres de jury français et allemands : Charles-Auguste Questel, Gottfried Semper et Émile Boeswillwald. Devant le refus des lauréats parisiens Joseph Bernard, Henri-Paul Motte et Albert-Marie Tournade – engagés dans le concours de l’église du Sacré-Cœur de Paris – de modifier leur projet, Émile Salomon redessine les plans à partir de 18746. Comme Viollet-le-Duc, il profite de ces travaux pour procéder à des fouilles archéologiques et prélève un certain nombre de vestiges ainsi que des fragments de l’ancienne église. Il reconstitue ainsi les différentes étapes de son évolution et du couvent qu’il publiera à deux reprises dans des écrits historiques. L’architecte avait la volonté de garder un témoignage du passé de l’histoire de Strasbourg et restaure une partie importante de l’ancien cloître des Dominicains qui avait été épargné par les bombes. Faute de place, ce vestige gothique est transféré à l’arrière de l’église Saint-Thomas.

    11Le quartier historique de la fondation Saint-Thomas s’articulant autour de l’église éponyme n’avait pas été touché par les bombardements de 1870 mais le Consistoire décide de reprendre le programme de reconstruction d’avant la guerre7. En 1886, Salomon dessine les plans de la restitution de la chapelle Saint-Blaise, accolée au chœur de l’église Saint-Thomas. Depuis plusieurs siècles, l’ancienne chapelle avait été remplacée par une série de maisonnettes qui faisaient office de presbytère. Plusieurs gravures attestent de cette réalité disparue ainsi que les dessins préparatoires au plan-relief de 1838-1862 établis par l’architecte de la ville Jean Villot. D’après Roland Recht, la chapelle Saint-Blaise aurait été érigée en 1369 ou en 1466 selon des sources anciennes8. Émile Salomon a-t-il restitué sa propre vision de l’édifice ? Viollet-le-Duc affirme dans le Dictionnaire raisonné que : « restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné9 ». L’architecte alsacien avait sans doute lu les ouvrages de son confrère parisien – sa bibliothèque fait état de ces livres. La conception du patrimoine historique au XIXe siècle se rapprochait du témoignage didactique. Louis Grodecki évoque l’idée que le monument devait être « parlant » et le plus « complet » possible afin d’avoir une meilleure compréhension du passé. L’usage des dégagements, des compléments et des restaurations était largement pratiqué10. Le travail d’Émile Salomon consistait à restituer l’ancienne chapelle dans son environnement architectural. Vers 1330, l’église Saint-Thomas qui menaçait ruine est agrandie et reconstruite en pierre. C’est à cette époque que la chapelle Saint-Blaise est bâtie par le seigneur du Chapitre Jean Rysz. Les registres de la Fondation du XIXe siècle font état du projet de dégagement du chœur de l’église. Il était prévu dans les années 1880 de supprimer l’étage supérieur de la partie occidentale de la chapelle et de détruire la partie orientale11. L’architecte choisit de détruire le bâti existant à l’exception du soubassement du mur Nord qui gardait trace des ouvertures.

    12La sobriété du gothique de l’édifice transparaît dans l’élévation de la chapelle rappelant celle de l’église luthérienne (Fig. 4). Celle-ci est conçue en deux parties en décrochement et elle est percée de quatre baies en arc brisé. L’architecte maintient une harmonie entre l’église et cette « nouvelle » chapelle en utilisant le grès rose d’origine ; il redessine pour chaque module deux grandes fenêtres séparées chacune par un petit contrefort. La taille de ces ouvertures semble démesurée par rapport à l’espace total de la chapelle mais le Chapitre avait décidé de faire de cette chapelle un lieu de culte12. La lumière devait pénétrer largement à l’intérieur. Dans la partie occidentale, le remplage des baies fait référence au gothique primitif : le réseau de la fenêtre est composé d’un trèfle quadrilobé surmontant deux formes elles aussi lobées. Les baies du second module affichent un remplage à lobe unique. À l’intérieur, Salomon redessine les ogives de croisée polygonales à cinq pans et insère les clés de voûte circulaires d’origine. La question de la reconstitution de la toiture posait problème puisqu’aucun témoignage n’en faisait état. Émile Salomon intègre une simple toiture en décrochement qui surmonte l’ensemble et perce une porte à l’extrémité Est donnant sur l’extérieur. Cette porte n’existait pas à l’origine. Il s’avérait donc utile pour le culte d’y accéder directement de l’extérieur. L’architecte ne se contente pas uniquement de redonner une silhouette à la chapelle ; il s’occupe de la décoration intérieure. Il dessine une chaire néo-gothique et les vitraux. L’emplacement d’une chaire posait problème dans un espace aussi petit. Salomon l’implante sur le mur le plus vaste, c’est-à-dire celui mitoyen avec le reste de l’église (Fig. 5). Quant aux vitraux, il ne s’agit pas de restituer des vitraux qui n’existent plus. Les motifs sont délibérément contemporains faits uniquement de formes géométriques ou florales sans représentation humaine. La chapelle ainsi dégagée, Émile Salomon réorganise l’espace à l’arrière du chœur. Il installe les vestiges gothiques du cloître des Dominicains et recrée ainsi un simulacre du cloître de l’ancienne abbatiale (Fig. 6).

    Fig. 4. Élévation de la chapelle Saint-Blaise, dessin d’Émile Salomon.

    Fondation Saint-Thomas.

    Fig. 5. Plan, élévation et coupe de la chaire néo-gothique de la chapelle Saint-Blaise, dessin d’Émile Salomon.

    Fondation Saint-Thomas.

    Fig. 6. Vestige de l’ancien cloître des Dominicains après les bombardements de 1870.

    Coll. BNU.

    13La restitution méticuleuse de cette chapelle représente une conception structuraliste de la restauration d’un édifice qui avait disparu depuis plusieurs siècles. L’architecte a choisi la retenue et ainsi harmoniser le nouvel édifice à l’ensemble de l’église. La seule liberté qu’il s’autorise est l’aménagement du jardin à l’arrière du chœur où il laisse libre cours à sa vision onirique d’un édifice religieux.

    Sa conception de la protection des Monuments historiques

    Émile Salomon, historien de l’art

    14Ces travaux de restauration ne peuvent s’expliquer qu’au regard de son travail d’historien de l’art et de son investissement dans plusieurs sociétés savantes locales. La société pour la conservation des Monuments historiques d’Alsace est fondée en 1855 à Strasbourg. Sa création s’inscrit dans un mouvement culturel de préservation des Monuments historiques nationaux qui s’était amorcé au début du XIXe siècle en Europe. La SCMHA a pour objectif de protéger et de conserver le patrimoine architectural de la région, notamment en faisant découvrir au public alsacien ses monuments par des écrits scientifiques. La société se concentrait alors sur deux centres d’intérêt principaux : la sauvegarde du patrimoine monumental de l’Alsace et le recensement, l’étude et la préservation des sites archéologiques. Une nette prédilection pour l’époque médiévale pousse les sociétaires à étudier les nombreux châteaux, les fortifications urbaines et les édifices religieux de cette époque. Au fil du temps, la société s’occupe de faire des travaux de maintien des bâtiments13.

    15Émile Salomon adhère à la SCMHA en 1874. Son engagement coïncide avec l’annexion de l’Alsace au Reich allemand. Concours de circonstance ou volonté d’affirmer son identité alsacienne ? En effet, après 1870, la société demeure un bastion de l’esprit français bien que des érudits allemands soient acceptés comme membres. Émile Salomon prit également rapidement des responsabilités au sein de la société en devenant le conservateur des collections archéologiques jusqu’en 188014. Dès l’origine, un musée avait été constitué rassemblant les objets d’art, les bas-reliefs, les statuettes, les vases, les ustensiles et les inscriptions relatifs à l’histoire de l’Alsace dans le but d’empêcher leur exportation à l’étranger15. En outre, Émile Salomon est chargé de consolider les nombreuses ruines de châteaux alsaciens. Il en profite pour faire des moulages de pièces intéressantes qui vont enrichir le musée de la société et ses collections personnelles.

    16Les premiers écrits de l’architecte sont consacrés à l’histoire du quartier du Temple Neuf qui avait été détruit en 1870. La reconstruction du temple et du gymnase a permis des fouilles archéologiques d’ampleur. Situés dans l’ancien couvent des Dominicains, ces bâtiments constituaient le cœur névralgique de l’enseignement luthérien depuis que Strasbourg avait adopté la Réforme protestante en 1525. Dans son article, Émile Salomon relate les découvertes faites sur le terrain : sont mises à jour des traces de l’église primitive construite entre 1254 et 1260 puis celles des différentes étapes d’agrandissement de l’édifice ainsi que des bâtiments conventuels des XIVe et XVe siècles. Sa démarche d’archéologue l’amène à relever, à étudier minutieusement tous les vestiges et à les collecter. Il retrouve notamment des pots acoustiques et note dans son étude :

    En démolissant les murs du grand chœur du Temple-Neuf (commencé en 1307, achevé en 1345), j’ai trouvé autour des ogives des fenêtres et noyés dans la maçonnerie des pots en terre cuite, l’orifice étant à fleur du mur vers l’intérieur. […] Autour de chaque ogive se trouvaient neuf pots, l’un au sommet et quatre de chaque côté. Viollet-le-Duc dans son Dictionnaire, t. VII, p. 471, et Didron dans ses Annales archéologiques, t. XXII, p. 29, parlent de poteries acoustiques analogues16.

    17Des dessins précis viennent illustrer son propos. Une notice plus détaillée est signée par le président de la SCMHA qui fait un historique de ces objets : « Viollet-le-Duc cite plusieurs églises de France qui offrent cette particularité, surtout fréquente en Normandie. Cet archéologue en a trouvé dans des chœurs d’église du douzième et du treizième siècle17. » Le travail de fouilles et de relevés est ainsi complété par les lectures érudites de ces deux auteurs qui font œuvre d’historien de l’art en faisant référence également tant à l’antique Vitruve qu’au suédois Nils Mansson Mandelgren18.

    18Émile Salomon poursuivit ses études en intervenant sur les ruines des nombreux châteaux médiévaux alsaciens. En 1883, il rend compte au comité des travaux de conservation et de consolidation du château de Dreistein que la société a financé en partie sur ses fonds propres et écrit une courte notice dans le bulletin19. L’année suivante, il demande au comité d’intervenir au château de Birckenfels, proche du Mont Sainte-Odile, ce qui lui est accordé20.

    19Il s’insurge lorsque des propriétaires veulent toucher à des monuments symboliques de l’histoire de l’Alsace comme le Mur payen qui longe le site du Mont Sainte-Odile. En 1893, il est question de la reconstruction de ce mur par les propriétaires et Émile Salomon s’y oppose « énergiquement » tant du point de vue archéologique qu’historique contre cette restauration des pierres qui se trouvaient au pied des fondations : « Aujourd’hui encore, dit M. Salomon, ils [des quartiers de roche] ont conservé toute leur valeur, et l’on ne saurait replacer une seule des pierres disséminées au pied du Mur payen, sans opérer d’une façon absolument arbitraire et sans risquer d’altérer le caractère du monument21 ». La reconstitution d’un monument emblématique nécessite au préalable des recherches historiques et l’intervention d’experts afin de restituer au plus juste l’intégrité du mur antique.

    20Au tournant du XXe siècle, Georges Rohault de Fleury (1835-1904), condisciple de l’architecte à l’École des beaux-arts, lui demande son aide dans la rédaction d’une somme sur l’histoire des couvents dominicains. Il souhaitait faire découvrir au public la beauté de l’art médiéval. Fort de ses fouilles et publications sur le Temple Neuf et à la demande de son ami, Émile Salomon lui communique les dessins et élévations du monastère strasbourgeois (Fig. 7 et 8). La précision des relevés témoigne de son intérêt pour cette forme d’expression indispensable à l’apprentissage d’un langage architectural. Néanmoins, ceci ne doit pas occulter la part de l’imaginaire. La reconstitution des façades de l’ancienne église, comme la vue perspective du quartier révèlent la vision de l’architecte dans l’interprétation du passé. Par ses représentations, Émile Salomon fait œuvre pédagogique : le dessin est un moyen d’appuyer la compréhension d’un bâtiment à l’instar de Viollet-le-Duc dont la perspective n’est pas « seulement instrument de figuration réaliste, elle est aussi outil de démonstration ; elle permet de faire comprendre. Dans ses mains, le dessin perspectif devient un instrument pédagogique irremplaçable22. » Émile Salomon participe également à l’écriture des notices des autres édifices alsaciens. L’ouvrage est publié en 1903 sous le titre Gallia Dominicana. Les couvents de St Dominique au Moyen Âge.

    Fig. 7 et 8. Reconstitution de l’ancien couvent des Dominicains vers 1500, dessins d’Émile Salomon.

    Bulletin de la SCMHA, 1876.

    21À la fin de sa vie, Émile Salomon poursuit son combat pour la défense du patrimoine alsacien. Il est sollicité par l’architecte de l’Œuvre Notre Dame, Johann Knauth qui avait constaté que le pilier nord du transept de la cathédrale de Strasbourg menaçait de s’effondrer. Ce dernier publie un communiqué de presse exhortant des mécènes à participer au financement des travaux. Il fonde en 1902 la Société des amis de la cathédrale de Strasbourg avec l’appui de Salomon et de quelques autres personnalités locales. L’objectif de l’association était de faire connaître au public, de sauvegarder, d’étudier la cathédrale et de préserver les œuvres d’art qui s’y trouvaient23.

    L’affaire de « l’achèvement » de la cathédrale de Strasbourg

    22L’adhésion à ces sociétés savantes revêtait pour Émile Salomon une signification tant patrimoniale qu’identitaire. L’annexion de l’Alsace au Reich allemand cristallisa des oppositions dans une élite alsacienne francophile, confrontée à la politique de germanisation de la région. Les autorités allemandes considéraient que le rattachement de l’Alsace et de la Moselle à l’Empire était un retour légitime à la « mère patrie ». Elles avaient développé un discours multipliant les convergences entre les cultures alsacienne et germanique dont la reconstruction du château du Haut-Koenigsbourg était le symbole ultime.

    23Alors que la querelle de l’origine de l’art gothique s’achève au milieu du XIXe siècle, la cathédrale de Strasbourg reste l’objet de tous les regards. Une campagne de restauration destinée à lui rendre son aspect médiéval s’achève en 1880 avec la mort de l’architecte de l’œuvre Notre Dame, Gustave Klotz. La tour de croisée néo-romane est terminée en 1879 après des discussions entamées en 1858 entre Gustave Klotz et Viollet-Le-Duc24. Ce nouveau couronnement s’inspire des cathédrales romanes germaniques et traduit le souhait d’un retour au style « primitif » et de s’harmoniser avec les parties romanes de l’édifice. L’architecte diocésain poursuit la « restauration » avec l’installation d’une série de statues de rois et d’empereurs du Saint-Empire romain germanique dans les niches vides du massif occidental.

    24En 1880, une rumeur relayée par les journaux naît à Strasbourg : pourquoi ne pas construire la deuxième flèche de la cathédrale Notre-Dame ? Cette idée fait écho avec la fin du chantier de reconstruction de la cathédrale de Cologne. « Ce que l’Allemagne avait réussi à Cologne, paraissait être, à Strasbourg, après la conquête de 1870, un des plus nobles devoirs du nouvel Empire allemand : parfaire la cathédrale25 ». Plusieurs projets au Moyen Âge avaient effectivement été élaborés pour construire la seconde flèche mais des problèmes techniques et surtout financiers avaient eu raison de ces initiatives. Les archives de l’Œuvre Notre-Dame conservent les courriers de cette affaire. En février 1880, Erwin Flick écrit de Wiesbaden au maire de la ville à propos du projet qu’il a lu dans les journaux. Il propose ses services en faisant un parallèle avec le nom de l’architecte Erwin von Steinbach, maître bâtisseur de la cathédrale au Moyen Âge. L’association allemande des architectes-ingénieurs évoque ce projet lors de leur congrès en août 1880 à Wiesbaden et rédige un argumentaire historique et technique sur la construction de la seconde tour en évoquant des travaux similaires en Europe26. L’affaire fait grand bruit et elle est à l’ordre du jour de la séance du comité de la SCMHA du 11 octobre 1880. Très attaché à sa ville natale, Émile Boeswillwald assistait à la réunion comme membre de la société. Le président Straub fait part de l’agitation dans la presse et dans l’opinion publique.

    M. le président estime que la [SCMHA] est qualifiée plus qu’aucune autre à faire entendre sa voix pour protester contre des projets qui ne tendraient à rien moins qu’à dénaturer complètement le Monument historique par excellence de notre Alsace27.

    25Selon le compte-rendu, Émile Salomon prononce des paroles très émues contre ce projet et participe à la rédaction d’un texte de protestation qui fut envoyé aux autorités allemandes. Les auteurs reprennent l’historique des différents projets de construction et comme experts évoquent les risques techniques, la beauté et la légèreté de la flèche. Plus loin ils empruntent le terme de l’abbé Grégoire :

    Jusqu’à présent, on a distingué deux types de vandalisme : l’un qui détruit, l’autre qui restaure sans les connaissances nécessaires à une bonne restauration ; nous n’avons pas le droit d’expliquer que les efforts qui ont donné lieu aux étranges plans mentionnés ci-dessus créeraient une nouvelle espèce plus sinistre et plus menaçante aujourd’hui que celles qui existent déjà. Nous ne mutilons plus nos cathédrales médiévales ; nous ne restaurons généralement que des bâtiments délabrés ; mais dans notre cas, nous nous attaquons à un monument architectural qui a été admirablement entretenu par nos maîtres d’œuvre, restauré avec un goût et une compréhension auxquels les experts de tous les pays ont rendu hommage, qui est finalement de la plus haute valeur pour l’étude de l’art précisément parce qu’il est l’expression architecturale inchangée des différentes époques qui ont contribué à sa construction28.

    26Cette prise de position radicale d’Émile Salomon tranche cette fois-ci avec les conceptions de Viollet-Le-Duc qui avaient achevé notamment la cathédrale de Clermont-Ferrand ou Notre-Dame de Paris. La première affaire de la tour néo-romane de Klotz avait été sujette à beaucoup de commentaires contradictoires et la proposition en 1880 de l’association allemande des architectes avait provoqué de vives protestations. La silhouette « inachevée » de la cathédrale de Strasbourg était un marqueur de l’identité de la ville depuis plusieurs siècles qui transparaît dans les nombreuses gravures représentant Strasbourg. Cet « achèvement » représentait pour les Alsaciens non seulement une aberration technique et esthétique mais également une provocation politique de la part des Allemands qui voulaient s’approprier l’histoire alsacienne.

    27Devant l’émoi des Strasbourgeois, cette affaire disparut comme elle était apparue. La question de la restauration de monument emblématique refit surface quelques décennies plus tard avec la reconstruction du château du Haut-Koenigsbourg mais cette fois-ci, la SCMHA adopta une position plus ambiguë.

     

    28Architecte prolixe, Émile Salomon a participé à la vie culturelle de sa région natale pendant plus de cinquante ans. Perméable aux débats artistiques des deux côtés du Rhin, il a fait œuvre tant de bâtisseur que d’archéologue. À l’instar de Viollet-le-Duc, il s’est attaché à comprendre l’histoire des édifices comme fondement de toute intervention et il a conçu une vision de la préservation des Monuments historiques proche de celle de l’architecte parisien. S’inspirant des réflexions de Viollet-le-Duc, Émile Salomon a opéré des restaurations en harmonie avec l’édifice existant. Architecte, peintre ou décorateur, il a conçu son travail comme un art total. Loin de se concentrer sur le Moyen Âge, il a développé une curiosité sur les époques postérieures avec la même rigueur scientifique et d’historien. Néanmoins, il s’est parfois opposé à la restauration de Monuments historiques qui pouvait les dénaturer. Au regard de ses actions, Émile Salomon se situe dans l’héritage de Viollet-le-Duc.

    Notes de bas de page

    1Karl Friedrich Schinkel, Die Erhaltung aller Denkmäler und Alterhümer unseres Landes betreffend, Mémoire du 17 août 1815.

    2Gabi Dolff-Bonekämper, « Denlmalpflege » et « patrimoine », dans Jean-Louis Cohen et Frank Hartmut (dir.) Interférences/Interferenzen : architecture Allemagne-France 1800-2000, Strasbourg, Éditions des Musées de la Ville de Strasbourg, 2013, p. 120-130 ; Klaus Niehr, « Architecture médiévale et pensée nationale », dans ibid., p. 114-119.

    3Les informations biographiques émanent de M. Jean-Luc Jung, arrière-petit-fils de l’architecte, qu’il en soit remercié.

    4Émile Salomon, « Un coin du vieux Strasbourg : la maison Ernest Lauth », Bulletin de la Société pour la conservation des Monuments historiques d’Alsace, t. XI, 1881, p. 196.

    5Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, Histoire d’une maison, Paris, Hetzel, 1873.

    6Gottfried Semper (1803-1879) était un architecte allemand, proche de l’historicisme romantique, avait promu un structuralisme architectural. Né à Strasbourg, Émile Boeswillwald (1815-1896) avait été l’élève d’Henri Labrouste à Paris. En 1853, il prit la succession de Viollet-le-Duc comme inspecteur général des Monuments historiques de France. Il restaura plusieurs édifices religieux en Alsace et en Lorraine et fréquentait Émile Salomon au sein de la Société pour la conservation des Monuments historiques d’Alsace. Pour en savoir plus voir : Wolfgang Brönner, « Strassburgs neue Kirchen und eine Synagoge », dans Wolfgang Brönner & Anne-Marie Châtelet (dir.), Strasbourg, lieu d’échanges culturels entre France et Allemagne : architecture et urbanisme de 1830 à 1940, Berlin, Deutscher Kunstverlag, 2018, p. 169-217.

    7Strasbourg : Registre de la Fondation Saint-Thomas, séance du 28 mars 1870.

    8Roland Recht, Saint-Thomas de Strasbourg : étude de l’église-halle, mémoire de DES en Histoire de l’Art, Strasbourg, 1967.

    9Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné, op. cit., vol. 8, 1866, p. 14.

    10Louis Grodecki, Le Moyen-Âge retrouvé, Paris, Flammarion, 1990.

    11Strasbourg : Registre de la Fondation Saint-Thomas, séances du 8 mai et du 16 novembre 1885 et du 18 mars 1887.

    12Strasbourg : Registre de la Fondation Saint-Thomas, séance du 20 avril 1888.

    13Bernadette Schnitzler, La passion de l’Antiquité : six siècles de recherches archéologiques en Alsace, [Strasbourg], Éd. de La Société savante d’Alsace, 60, 1998.

    14Émile Salomon demande à être déchargé de la direction du musée, séance du 11 mars 1880, Bulletin de la Société pour la conservation des Monuments historiques d’Alsace, 2e série, 1879-1880, p. 83.

    15Bernadette Schnitzler, « La Société pour la conservation des Monuments historiques d’Alsace et les musées de Strasbourg : une longue histoire commune », Cahiers alsaciens d’archéologie, d’art et d’histoire, t. 48, 2005, p. 99-112.

    16Émile Salomon, « Notice sur l’ancien Temple Neuf et l’ancien gymnase de Strasbourg », Bulletin de la SCMHA, 2e série, t. IX, 1876, p. 227-228.

    17Abbé Straub, « Poteries acoustiques de l’ancienne église des Dominicains (Temple Neuf) de Strasbourg, note lue en séance du 12 avril 1875 », Bulletin de la SCMHA, 2e série, t. IX, 1876, p. 233.

    18Nils Mansson Mandelgren (1813-1899) était un homme de lettres qui publia en 1855 les Monuments scandinaves du moyen âge, avec les peintures et autres ornements qui les décorent. Dessinés et publiés par Nils-Mansson Mendelgren, membre de l’Académie des beaux-arts de Rome, de Florence.

    19Le château date du XIIe siècle et est situé sur le massif du Mont Sainte-Odile et aurait été détruit au XVIIe siècle. « Séance du comité du 13 novembre 1883 », Bulletin de la SCMHA, 2e volume, 1886, p. 129.

    20« Séance du comité du 3 mars 1884 », Bulletin de la SCMHA, 2e volume, 1886, p. 152. Les travaux seront finalisés en 1893 sous sa direction, « séance du comité du 6 décembre 1893 », Bulletin de la SCMHA, t. 17, 1892-1895, p. 95.

    21« Séance du comité du 26 avril 1893 », Bulletin de la SCMHA, 2e volume, t. 17, 1895, p. 66.

    22Françoise Boudon, « Le réel et l’imaginaire chez Viollet-le-Duc : les figures de l’architecture », art. cit., p. 97.

    23François Joseph Fuchs, « Histoire de la Société des Amis de la Cathédrale de Strasbourg », Bulletin de la Cathédrale de Strasbourg, no 17, 1986, p. 95-100.

    24Le projet de tour néo-romane avait eu l’aval du comité des inspecteurs généraux des édifices diocésains dont Viollet-Le-Duc était membre. En 1867, Gustave Klotz envisage un projet plus vaste afin d’harmoniser l’unité stylistique de l’édifice mais Viollet-Le-Duc s’y oppose. Le maire de Strasbourg souhaite une flèche gothique comme celle de la Sainte-Chapelle à Paris mais cette architecture française ne correspond pas aux modèles strasbourgeois. Après 1870, Gustave Klotz s’adapte au souhait du maire de Strasbourg qui fait référence à l’architecture de Cologne ou de Spire. Pour en savoir plus, voir : Hélène Crove, Gustave Klotz, architecte de la tour de croisée de la cathédrale de Strasbourg, mémoire d’Histoire de l’art, Université Strasbourg 2, 1996.

    25Hans Reinhardt, La cathédrale de Strasbourg (1948), Grenoble, Arthaud, 1972, p. 88.

    26AVES, 3 OND, 562, lettre du 19 avril 1880.

    27« Séance du 11 octobre 1880 », Bulletin de la SCMHA, 2e série, t. 11, 1880, p. 96.

    28AVES, 3 OND 562, copie de la lettre, s.d. Traduction de l’allemand gothique au français par l’auteur.

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    • Véronique Umbrecht
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    1Karl Friedrich Schinkel, Die Erhaltung aller Denkmäler und Alterhümer unseres Landes betreffend, Mémoire du 17 août 1815.

    2Gabi Dolff-Bonekämper, « Denlmalpflege » et « patrimoine », dans Jean-Louis Cohen et Frank Hartmut (dir.) Interférences/Interferenzen : architecture Allemagne-France 1800-2000, Strasbourg, Éditions des Musées de la Ville de Strasbourg, 2013, p. 120-130 ; Klaus Niehr, « Architecture médiévale et pensée nationale », dans ibid., p. 114-119.

    3Les informations biographiques émanent de M. Jean-Luc Jung, arrière-petit-fils de l’architecte, qu’il en soit remercié.

    4Émile Salomon, « Un coin du vieux Strasbourg : la maison Ernest Lauth », Bulletin de la Société pour la conservation des Monuments historiques d’Alsace, t. XI, 1881, p. 196.

    5Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, Histoire d’une maison, Paris, Hetzel, 1873.

    6Gottfried Semper (1803-1879) était un architecte allemand, proche de l’historicisme romantique, avait promu un structuralisme architectural. Né à Strasbourg, Émile Boeswillwald (1815-1896) avait été l’élève d’Henri Labrouste à Paris. En 1853, il prit la succession de Viollet-le-Duc comme inspecteur général des Monuments historiques de France. Il restaura plusieurs édifices religieux en Alsace et en Lorraine et fréquentait Émile Salomon au sein de la Société pour la conservation des Monuments historiques d’Alsace. Pour en savoir plus voir : Wolfgang Brönner, « Strassburgs neue Kirchen und eine Synagoge », dans Wolfgang Brönner & Anne-Marie Châtelet (dir.), Strasbourg, lieu d’échanges culturels entre France et Allemagne : architecture et urbanisme de 1830 à 1940, Berlin, Deutscher Kunstverlag, 2018, p. 169-217.

    7Strasbourg : Registre de la Fondation Saint-Thomas, séance du 28 mars 1870.

    8Roland Recht, Saint-Thomas de Strasbourg : étude de l’église-halle, mémoire de DES en Histoire de l’Art, Strasbourg, 1967.

    9Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné, op. cit., vol. 8, 1866, p. 14.

    10Louis Grodecki, Le Moyen-Âge retrouvé, Paris, Flammarion, 1990.

    11Strasbourg : Registre de la Fondation Saint-Thomas, séances du 8 mai et du 16 novembre 1885 et du 18 mars 1887.

    12Strasbourg : Registre de la Fondation Saint-Thomas, séance du 20 avril 1888.

    13Bernadette Schnitzler, La passion de l’Antiquité : six siècles de recherches archéologiques en Alsace, [Strasbourg], Éd. de La Société savante d’Alsace, 60, 1998.

    14Émile Salomon demande à être déchargé de la direction du musée, séance du 11 mars 1880, Bulletin de la Société pour la conservation des Monuments historiques d’Alsace, 2e série, 1879-1880, p. 83.

    15Bernadette Schnitzler, « La Société pour la conservation des Monuments historiques d’Alsace et les musées de Strasbourg : une longue histoire commune », Cahiers alsaciens d’archéologie, d’art et d’histoire, t. 48, 2005, p. 99-112.

    16Émile Salomon, « Notice sur l’ancien Temple Neuf et l’ancien gymnase de Strasbourg », Bulletin de la SCMHA, 2e série, t. IX, 1876, p. 227-228.

    17Abbé Straub, « Poteries acoustiques de l’ancienne église des Dominicains (Temple Neuf) de Strasbourg, note lue en séance du 12 avril 1875 », Bulletin de la SCMHA, 2e série, t. IX, 1876, p. 233.

    18Nils Mansson Mandelgren (1813-1899) était un homme de lettres qui publia en 1855 les Monuments scandinaves du moyen âge, avec les peintures et autres ornements qui les décorent. Dessinés et publiés par Nils-Mansson Mendelgren, membre de l’Académie des beaux-arts de Rome, de Florence.

    19Le château date du XIIe siècle et est situé sur le massif du Mont Sainte-Odile et aurait été détruit au XVIIe siècle. « Séance du comité du 13 novembre 1883 », Bulletin de la SCMHA, 2e volume, 1886, p. 129.

    20« Séance du comité du 3 mars 1884 », Bulletin de la SCMHA, 2e volume, 1886, p. 152. Les travaux seront finalisés en 1893 sous sa direction, « séance du comité du 6 décembre 1893 », Bulletin de la SCMHA, t. 17, 1892-1895, p. 95.

    21« Séance du comité du 26 avril 1893 », Bulletin de la SCMHA, 2e volume, t. 17, 1895, p. 66.

    22Françoise Boudon, « Le réel et l’imaginaire chez Viollet-le-Duc : les figures de l’architecture », art. cit., p. 97.

    23François Joseph Fuchs, « Histoire de la Société des Amis de la Cathédrale de Strasbourg », Bulletin de la Cathédrale de Strasbourg, no 17, 1986, p. 95-100.

    24Le projet de tour néo-romane avait eu l’aval du comité des inspecteurs généraux des édifices diocésains dont Viollet-Le-Duc était membre. En 1867, Gustave Klotz envisage un projet plus vaste afin d’harmoniser l’unité stylistique de l’édifice mais Viollet-Le-Duc s’y oppose. Le maire de Strasbourg souhaite une flèche gothique comme celle de la Sainte-Chapelle à Paris mais cette architecture française ne correspond pas aux modèles strasbourgeois. Après 1870, Gustave Klotz s’adapte au souhait du maire de Strasbourg qui fait référence à l’architecture de Cologne ou de Spire. Pour en savoir plus, voir : Hélène Crove, Gustave Klotz, architecte de la tour de croisée de la cathédrale de Strasbourg, mémoire d’Histoire de l’art, Université Strasbourg 2, 1996.

    25Hans Reinhardt, La cathédrale de Strasbourg (1948), Grenoble, Arthaud, 1972, p. 88.

    26AVES, 3 OND, 562, lettre du 19 avril 1880.

    27« Séance du 11 octobre 1880 », Bulletin de la SCMHA, 2e série, t. 11, 1880, p. 96.

    28AVES, 3 OND 562, copie de la lettre, s.d. Traduction de l’allemand gothique au français par l’auteur.

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    Umbrecht, V. (2024). Émile Salomon (1833-1913), architecte et conservateur du patrimoine monumental alsacien. In B. Gaussuin, M. Hadjiat, & F. Lafourcade (éds.), Les élèves d’Eugène Viollet-le-Duc. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/1207j
    Umbrecht, Véronique. « Émile Salomon (1833-1913), architecte et conservateur du patrimoine monumental alsacien ». In Les élèves d’Eugène Viollet-le-Duc, édité par Bérénice Gaussuin, Mohammed Hadjiat, et Florence Lafourcade. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2024. doi:10.4000/1207j.
    Umbrecht, Véronique. « Émile Salomon (1833-1913), architecte et conservateur du patrimoine monumental alsacien ». Les élèves d’Eugène Viollet-le-Duc, édité par Bérénice Gaussuin et al., Presses universitaires du Septentrion, 2024, https://doi.org/10.4000/1207j.

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    Gaussuin, B., Hadjiat, M., & Lafourcade, F. (éds.). (2024). Les élèves d’Eugène Viollet-le-Duc. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/1208c
    Gaussuin, Bérénice, Mohammed Hadjiat, et Florence Lafourcade, éd. Les élèves d’Eugène Viollet-le-Duc. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2024. doi:10.4000/1208c.
    Gaussuin, Bérénice, et al., éditeurs. Les élèves d’Eugène Viollet-le-Duc. Presses universitaires du Septentrion, 2024, https://doi.org/10.4000/1208c.
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