Benjamin Bucknall (1833-1895). Admirateur, élève, disciple, ami
p. 83-100
Texte intégral
1Dans sa publication pionnière, Eugène Viollet-le-Duc, 1814-1879, Pierre-Marie Auzas a consacré un chapitre entier sur l’influence de l’architecte à l’étranger et l’Angleterre y occupe 4 pages1, de loin la section la plus importante. Auzas s’était appuyé sur la correspondance de l’architecte pour dresser le premier tableau des relations qui lièrent Viollet-le-Duc à ses confrères outre-Manche. Il n’oublia pas l’impact de ses livres ou articles publiés en langue anglaise et le rôle crucial que joua l’architecte Benjamin Bucknall, principal traducteur, pour la diffusion des idées rationalistes françaises en Grande-Bretagne. À l’occasion des manifestations du centenaire de l’architecte en 1979, Robin Middleton offrit une analyse plus précise des relations entre Viollet-le-Duc et les architectes anglais2, Bucknall en tête. Il manquait à ces premiers travaux l’éclairage qu’apportent les édifices construits par ce dernier, qui résonnent aujourd’hui avec les connaissances affinées d’un ensemble d’acteurs mieux identifiés de part et d’autre de la Manche.
2Dès 1989, Martin Bressani avait pressenti l’importance de la relation entre les deux hommes :
« Toutes générations et pays confondus, rares sont les architectes-écrivains qui, comme Viollet-le-Duc, peuvent compter sur l’énergie, la candeur et l’abnégation d’un passeur de relais linguistique tel que Bucknall. Les rapports humains et professionnels qui se tissent entre le maître et le disciple mériteraient d’être étudiés de manière plus détaillée et nuancée3 ».
3Trente ans plus tard, une nouvelle approche de Viollet-le-Duc s’est lancée à la faveur de la commémoration du bicentenaire de sa naissance, permettant de sonder des pans entiers de la carrière de l’architecte jusque-là négligés. Nombre d’archives ont été retrouvées, classées, en France comme en Angleterre, et la multiplication des travaux universitaires ou les recherches de passionnés et de défenseurs du patrimoine contribuent largement à la réévaluation de situations et de récits4. L’analyse des réalisations de Bucknall et l’étude de la correspondance inédite entre les deux hommes, croisée avec les publications de la presse spécialisée et la traduction des œuvres du maître forment un ensemble qui permet aujourd’hui de brosser plus finement le portrait de celui qui apparaît actuellement comme le seul véritable élève anglais de Viollet-le-Duc.
Le premier pas d’un admirateur
4Benjamin Bucknall naît en 1833 dans une famille bourgeoise de la région des Costwolds, très vite, le jeune homme fut éduqué dans la perspective de devenir ingénieur, mais une rencontre changea son orientation et sa vie entière. William Leigh, établi non loin de Stroud à Woodchester Park, l’encouragea à s’initier à l’architecture5 et par son entremise fut placé au sein de l’agence de Charles Hansom (1817-1888), basée à Clifton, près de Bristol6.
5Charles Hansom pratiquait l’architecture au sein d’une structure apparemment limitée et Benjamin Bucknall y occupa une place importante dès son entrée, vers 1850 au plus tard7, jusqu’à son départ vers 1870. Au sein de ce bureau, Bucknall fut donc le témoin de la conception de certains projets conçus en Angleterre, mais destinés à la France. Charles Hansom fut, en effet, l’architecte de plusieurs bâtiments érigés à Boulogne-sur-Mer pour la communauté anglaise, encore très nombreuse sur place. L’église Saint François de Sales (Fig. 1) et le couvent Saint Augustin attenant, construits à partir de 1857, furent suivis d’une chapelle inaugurée en 1862. Ces édifices, imaginés dans un néogothique plutôt inventif spatialement, associé à une grande simplicité de détail, sont des témoins d’une dynamique d’échanges entre la France et l’Angleterre. Âgé d’une vingtaine d’années, Bucknall peut avoir participé à ces projets et au même moment, il semble qu’il ait connu peu après leur publication les premiers tomes du Dictionnaire raisonné de Viollet-le-Duc, que William Leigh possédait certainement8. Au milieu des années 1850, Charles Hansom fut chargé par Leigh de construire une vaste demeure au sein des terres qu’il détenait dans la région. Dirigé initialement par Hansom, le projet et le chantier furent progressivement laissés aux seules mains de Bucknall.
Fig. 1. Charles Hansom, l’église Saint-François-de-Sales, à Boulogne-sur-Mer, 1857.

Photographie de l’auteur en 2018.
6La conjonction de la découverte du Dictionnaire et les questions posées par les projets et les chantiers de l’agence furent vraisemblablement un déclencheur puissant. Toute la carrière de Bucknall s’en trouva marquée, de plus en plus intensément. Il s’agit en fait d’une histoire parallèle : le premier projet documenté de Bucknall date de 1857 et toute son œuvre à venir se développa accompagnée des publications de Viollet-le-Duc. Ce serait le Dictionnaire qui aurait d’ailleurs incité le jeune anglais à apprendre le français, qu’il commença à maîtriser en une année9, afin d’en pouvoir saisir le sens au-delà des images. Le voyage qu’il planifia en France pour 1861 n’avait rien d’étonnant : pour les architectes du néogothique anglais, le passage par la France était une obligation et l’on ne comptait plus ceux qui visitaient la Normandie, la Picardie ou l’Île-de-France. Le séjour fut bref, huit ou neuf jours seulement, en avril ou mai, au cours desquels au moins trois jours furent consacrés à la visite de Notre-Dame, alors en plein chantier de restauration et à la rencontre avec son restaurateur10, introduit par une recommandation de l’évêque d’Édimbourg11.
7L’entrevue avec Viollet-le-Duc n’avait pas été envisagée comme une simple visite de courtoisie admirative. En effet, Bucknall était venu avec des dessins pour la demeure de Woodchester Park et avait l’intention d’en discuter avec l’architecte français, comme il le rappela lui-même à l’intéressé un an plus tard, dans la première lettre entre les deux hommes qui nous soit parvenue12. Cet échange par le projet architectural, s’il n’est pas inédit en soi13, peut toutefois se comprendre comme un acte de déférence et d’admiration pour l’expertise qui commençait alors à faire la réputation internationale de Viollet-le-Duc. Un an après cette rencontre, tout encore pétri d’une forme de dévotion, le jeune Bucknall demandait à l’architecte français sa carte de visite « comme un précieux souvenir14. » Pourtant, l’admirateur s’était changé rapidement en élève : « […] je suis sûr que vous n’en avez pas de plus dévoué, plus prêt à profiter de vos enseignements, de plus reconnaissant pour tout ce que vous avez fait pour nous jeunes architectes15. »
L’élève au travail
8La décennie 1860 fut pour Bucknall une période d’intense activité architecturale, qui le vit accéder à des commandes en tout genre. Bucknall eut l’occasion d’explorer des programmes variés et d’approfondir son positionnement : il dessina ou construisit une dizaine d’églises et de couvents pour cette seule période, plusieurs maisons individuelles ou en rang, ainsi que des édifices commerciaux ou utilitaires16. Faute de moyens, le projet de Woodchester mansion fut le seul édifice inachevé de sa carrière. La difficulté pour Leigh de débloquer des fonds pour sa demeure, alors qu’il était engagé financièrement pour la construction d’édifices religieux catholiques, fit que le projet fut sans cesse arrêté, et que conséquemment Bucknall y travailla en pointillé. Le projet fut stoppé au décès de Leigh en 1873. C’est par cette particularité du temps long nécessaire à sa gestation et construction, mais aussi grâce à son aspect de carcasse sans aucune finition (Fig. 2), que Woodchester mansion éclaire avec précision la pratique du jeune architecte et les différents degrés d’appropriation des théories de son maître français17.
Fig. 2. Benjamin Bucknall, Woodchester Mansion, vue de l’intérieur de l’aile principale (ouest).

Photographie de l’auteur en 2013.
9Les autres projets de Bucknall, construits avant 1870, apportent des précisions. Ceux en étroite relation avec le chantier de la demeure confirment la relation forte entre les notions d’économie et de matière, et l’expression simple des fonctions. Ainsi, pour l’exploitation du domaine de Woodchester park et à Nympsfield, le village qui le jouxte, Bucknall édifia une série de demeures modestes et des bâtiments agricoles dont la simplicité rigoureuse se situait à l’opposé des affirmations ornementales d’un Gilbert Scott ou d’un Edmund Street, leaders incontestés du néogothique anglais de la période. À Nympsfield, les arcs surbaissés des entrées des remises et des granges18 (Fig. 3) et la différenciation des matériaux de construction employés pour les arcs, les piédroits et les claveaux d’articulation, peuvent s’expliquer par l’alliance de raisons économiques (matériaux moins coûteux) et architectoniques (rendre visible la fonction des éléments de la construction). Logique économique et structurelle étaient donc à l’œuvre, dans un credo largement partagé par Viollet-le-Duc. Bucknall a probablement lu les Entretiens peu après leurs publications, mais il est certain que sa propre pratique l’avait déjà guidé dans une voie rigoureuse qui a résonné avec les écrits du Dictionnaire, mais que les Entretiens allait rendre plus clairs en ce qui concernait la création d’édifices contemporains : « On peut donner à la structure la plus simple un style, une distinction particulière, si l’on sait employer exactement les matériaux, en raison de leur destination. Une simple chaîne de pierre, placée dans un mur, devient ainsi une expression de l’art19. »
Fig. 3. Benjamin Bucknall, remise à charrettes, Nympsfield, 21 janvier 1870.

Archives du Gloucestershire, D12263-6g.
10N’était-ce là que le reflet du contexte, à savoir la grande économie imposée par un client aux moyens limités ? Non, loin de là, dans sa ville natale de Stroud, Bucknall construisit à la même période plusieurs bâtiments tout aussi représentatifs de cette posture partagée avec le maître dont il se réclamait. Près de la gare de Stroud, Bucknall édifia l’Imperial Hotel, vers 187020. La même simplicité radicale y fut à l’œuvre, alors que le bâtiment jouait un rôle important dans l’espace urbain, liant la place de la gare à la rue principale. Toute en pierre, la structure relevait d’un savant jeu de proportion, venant équilibrer un ensemble assez austère. L’animation créée par les arcades du rez-de-chaussée, avec leurs chapiteaux quasi minimalistes, semble aujourd’hui être une épure, une idée la plus simple de la construction (Fig. 4).
Fig. 4. Benjamin Bucknall, Imperial Hotel de Stroud, vers 1870.

Photographie de l’auteur en 2014.
11Lorsqu’il planifia une seconde visite en France pour l’été 1869, Bucknall n’était plus un élève en quête d’aides ou de conseils pour ses projets, mais un architecte confirmé. Le ton de la correspondance, s’il était certes déférent, évolua vers plus de partage. Premièrement, Viollet-le-Duc semblait avoir grandement facilité le séjour d’un mois21 de Bucknall, venu avec son ami Alfred Stansell22, notamment en lui donnant accès au chantier de Pierrefonds pendant près d’une semaine et probablement en lui montrant la maquette de la flèche de Notre-Dame et les dessins de Saint-Pierre-de-Chaillot23. Deuxièmement, le partage se fit également au niveau des idées. Bucknall était en quête perpétuelle : « je cherche toujours à découvrir les principes » écrivait-il, ajoutant « je crois avoir trouvés plusieurs des principes avec lesquelles je remarque que vous procédez toujours et qui je sais font le fond de l’art24. » Malgré ses 36 ans, Bucknall, « toujours votre très humble élève25 », demeurait l’admirateur des premiers jours. En effet, il demanda à Viollet-le-Duc non pas un mais plusieurs memorabilia, dont sa « miniature photographique26 » et « un de vos petits dessins de n’importe quoi, de lequel vous n’avez plus besoin, comme souvenir de vous27. » Il lui faudra encore plusieurs années avant de se départir d’une forme d’obséquiosité, et la décennie suivante vit les relations entre les deux hommes évoluer vers une forme de communauté d’esprit.
Le disciple et le prosélyte
12L’impact de ce second voyage et de ces visites fut palpable dans une série d’œuvres que Bucknall édifia à cette époque au pays de Galles, à Swansea. Certes, sa collaboration avec le peintre décorateur Alfred Stansell était effective depuis le milieu des années 1860, mais les choix opérés pour l’extension de la Old Grammar School en 186928 se firent l’écho de l’émerveillement provoqué par Pierrefonds29. Les grandes salles superposées de cette école, dont celle du dernier étage avec sa voûte en carène de bateau renversé (Fig. 5), entièrement peinte en petits compartiments, la puissante colorimétrie de l’ensemble, les cheminées et leurs motifs héraldiques firent de ces pièces une des applications les plus immédiates des travaux de Viollet-le-Duc. L’association Stansell-Bucknall se poursuivit durant la décennie et s’acheva avec l’église de la Sainte-Trinité à Pontargothi, au pays de Galles, datée de 187830. Là aussi, alors que ce n’était pas une tradition locale, la voûte de cette très modeste église fut entièrement peinte et les décorations semblent suivre les logiques de composition de Viollet-le-Duc, même si la renaissance des églises peintes en Angleterre explique à elle seule l’usage extensif de la polychromie. Bucknall a certainement pu, depuis sa première visite à Notre-Dame, admirer le travail particulier de Viollet-le-Duc sur la couleur, jusqu’alors singulièrement absente de ses travaux à Stroud. Possédait-il la publication sur les nouveaux décors des chapelles de la cathédrale parisienne, parue en 187031 ? En tout cas, cette nouvelle forme d’application de principes venus de France, après les questionnements autour de la structure et de la maçonnerie, fit de Bucknall un véritable disciple.
Fig. 5. Benjamin Bucknall, « pensionnat à Swansea ».

Encyclopédie d’Architecture, 2e série, 1873, volume II. Planches 123.
13Lorsque Bucknall écrivit à Viollet-le-Duc en 187132, c’était à la fois pour être rassuré après les événements de la Commune, mais aussi pour concrétiser une proposition ambitieuse. La vénération33 de Bucknall envers Viollet-le-Duc le poussa à lui demander l’autorisation de traduire tous ses ouvrages. « Je sais qu’une nouvelle époque de ma vie va commencer, et que j’ai maintenant l’occasion de faire un grand bien, à mon pays surtout, en répandant vos principes de vérité dans les esprits34. » En fait, depuis 1862, la nécessité de la traduction de la parole de l’architecte français était présente : « Un lecteur attentif de vos charmants livres trouvera indiqué une voie sure [sic] vers le vrai progrès. Il apprendra non seulement les principes pour lui guider, mais comment les appliquer dans la pratique. Mais malheureusement le plus grand parti de nos étudiants d’architecture ne savent pas lire le français et par conséquent ces livres leur sont de fort peu connus35. »
14Les publications de l’architecte français s’étant nettement étoffées depuis, l’ambition de Bucknall pouvait paraître quelque peu démesurée, digne d’une foi ardente mais peut-être aussi quelque peu aveugle. Son premier projet de traduction dénotait une connaissance réelle des projets éditoriaux de son maître : Viollet-le-Duc l’avait déjà mis au courant de la publication prochaine du Mémoire sur la défense de Paris et Bucknall écrivit en ce sens à Morel36. Le projet resta sans suite, mais l’empressement ou l’enthousiasme de Bucknall étaient significatifs de son prosélytisme naissant : il fallait impérativement diffuser la « bonne parole » en Angleterre.
15De retour en France pour un troisième voyage en 1873, l’architecte rencontra une nouvelle fois son maître à penser et visita plusieurs sites dans le midi sur ses conseils37. Il venait d’achever de traduire le premier volume des Entretiens, travail somme toute considérable, mais aussi choix évident, à la portée pratique et professionnelle plus immédiate que le Mémoire. Étant au courant de la publication imminente du second volume, Bucknall pressait Viollet-le-Duc de ne pas en retarder la sortie car il ne rencontrait pas suffisamment de souscripteurs en Angleterre. En effet, l’ouvrage était annoncé comme une première partie et peu d’amateurs voulaient s’engager à soutenir un projet éditorial inachevé38. Néanmoins, Bucknall avait déjà obtenu le soutien de Gladstone, le Premier ministre, qui avait contacté les services appropriés de Buckingham Palace pour obtenir celui de la reine Victoria… Le zèle dont il faisait preuve pour la diffusion de la pensée violletleducienne était bien réel. Effectivement, Bucknall était dévoué, mais toujours pressé : « Un délai serait bien à regretter. Déjà vous commencez d’influer sur notre architecture en Angleterre. Il y a beaucoup qui possèdent vos livres en français seulement pour les gravures. Ils ne se donnent pas la peine de les lire parce que le français leur est trop difficile ou inconnu. Il y a beaucoup qui attendent la lumière que vos œuvres seulement peuvent leur donner39. »
16Il lui faudra pourtant encore attendre… La toute première traduction complète de Viollet-le-Duc à voir le jour en Grande-Bretagne fut How to build a house, an architectural novelette en 187440. Sorti en décembre 1873 en France, Histoire d’une maison était un livre d’étrennes commandé par Jules Hetzel et destiné à toucher un large public, dans une optique éducative de logique architecturale autant que dans le souci de motiver la jeunesse pour une « reconstruction » morale du pays après l’invasion allemande de 187041. Ce qui a peut-être échappé aux nombreux historiens et commentateurs qui ont étudié les écrits de Viollet-le-Duc, c’est à quel point cet ouvrage est empreint d’un esprit anglais, démontrant paradoxalement le degré de pénétration de principes architecturaux britanniques dans ce qui se veut être un modèle français de construction et d’architecture42. Mais c’est peut-être aussi pour cette raison que la traduction de l’ouvrage s’imposait et que sa publication en fut facilitée : le sujet touchait sans doute plus le public d’outre-Manche, et les illustrations pouvaient aisément être transposables dans le paysage anglais. D’ailleurs, le second projet pour la famille Leigh, que Bucknall proposa suite à l’idée de reprendre le chantier de Woodchester mansion en 187843 n’était qu’une adaptation du projet d’Histoire d’une maison…
17Le début des années 1870 fut un moment charnière de la relation entre les deux hommes. Entrer concrètement dans la pensée de Viollet-le-Duc en s’attelant à la traduction de plusieurs de ses ouvrages fit naître autant une intimité d’esprit qu’une nécessaire collaboration. Les échanges furent probablement bien plus nombreux que les six lettres conservées, car Benjamin Bucknall apparaît très informé des conditions de travail de son maître. Dans la préface qu’il rédigea pour sa première traduction publiée, il informait que Viollet-le-Duc a écrit Histoire d’une maison durant l’été 1873, à Lausanne, une des rares indications sur les conditions d’écriture de son auteur44. L’enchaînement des traductions impliqua une forme de relation plus étroite, car les publications furent plus resserrées : Annals of a Fortress45 sortit en 1875, The habitations of man in all ages46 en 1876, le premier volume des Entretiens – enfin ! – en 187747, en même temps que Mont-Blanc, a treatise on its geodesical and geological construction, its transformations48. Ce dernier ouvrage posa d’ailleurs au traducteur quelques embarras par son vocabulaire géologique spécifique et requit l’aide d’un spécialiste anglais49.
Un ami plein de raison
18Viollet-le-Duc possédait un sens aigu de la hiérarchie des formules de politesse, formé par ses longues pratiques mondaines à la cour. Pour ses proches collaborateurs et ses amis, comme Mérimée, il usait volontiers de « mille amitiés », ou simplement « amitiés ». Bucknall en fut gratifié dès les années 1870, tandis que son ami proche Charles Wethered était destinataire au même moment de formules plus cérémonieuses. Ce distingo est important et démontre la confiance attribuée par l’architecte français à celui qui était devenu son traducteur attitré, l’aventure éditoriale ayant fait naître une forme de complicité respectueuse. Si on la perçoit subtilement à travers le peu de correspondance conservé, il est légitime de supposer que les deux hommes, avec dix-neuf années d’écart, étaient liés par une communion d’idées, Bucknall étant devenu un véritable fils spirituel.
19L’occasion lui fut donné fortuitement de défendre Viollet-le-Duc dans son propre pays, lors d’une polémique qui agita momentanément la presse spécialisée d’outre-Manche. Lors d’un débat au Royal Institute of British Architect le 15 décembre 1873, Richard Phené Spiers (1838-1916) présenta un exposé sur Pierrefonds et sa restauration, suivi d’un débat50. William Burgès (1827-1881), l’inclassable représentant de l’école néogothique anglaise, fut très critique sur les capacités de Viollet-le-Duc en tant que concepteur et déclara en public « qu’il ne peut lui permettre d’être considéré comme un grand architecte51 ». Face à ce qu’il considéra vraisemblablement comme une insulte à peine voilée, Bucknall fit paraître un article substantiel le mois suivant dans The Architect, développant un résumé synthétique des qualités du maître français et de sa production architecturale52. « Il est vrai que son architecture n’est pas la reproduction d’aucune période du passé, bien qu’elle soit fondée sur l’étude de chaque phase de l’architecture ancienne, et procède exactement avec les mêmes principes. Et nul doute que cette réelle originalité est une offense pour ceux qui sont profondément attachés à des formes particulières53 », écrivit-il dans son plaidoyer. Bucknall proposait des formules claires et radicales, du type : « chaque détail à sa raison d’être, et est conçu pour satisfaire à un objectif pratique, objectif que la forme interprète exactement54. » Toute la dernière partie, centrée sur l’exemple de la restauration de Pierrefonds, faisait la balance entre l’économie de moyen, la création là où elle était nécessaire, la restauration là où elle était possible et surtout la lisibilité des interventions, principes qui anticipaient étrangement la Charte de Venise. Bucknall n’agissait plus tellement ici en tant qu’élève dévoué, mais bien plus comme un ami fidèle, possédant la même logique de raisonnement.
20Par ailleurs, un fait réellement singulier prouve le degré d’intimité qui liait les deux hommes. La dernière lettre de Bucknall, datée de 187555, faisait mention d’un séjour à Lausanne pour l’été suivant. Bucknall avait hâte d’être « chez vous dans votre jolie [sic] cottage aux bords du lac, et de vous accompagner dans les montagnes56. » Combien de personne eurent-elles ce privilège ? L’étroitesse du lieu et son confort élémentaire ne permettaient pas de recevoir selon des standards bourgeois, mais plutôt d’une manière familière, sans décorum57. Certes, la villa fut achevée en 1874, mais lors de la visite de Bucknall et Wethered en 1876, les peintures murales étaient en cours d’exécution : la réception fut donc sans formalisme et les discussions entre les trois hommes tournèrent probablement autour des traductions, de l’architecture et de l’alpinisme dans la plus grande décontraction. Le niveau de maîtrise de la langue française par les deux Britanniques étonna (négativement semble-t-il) Viollet-le-Duc58, mais le niveau d’échanges intellectuels demeura toutefois élevé : Bucknall tenait à l’entendre sur « […] vos idées sur les théories de Darwin qui sont assez répandu chez nous. Des causeries ainsi que vous pouvez les faire, à propos de ce sujet sur la logique de la nature auraient pour nous le plus haut intérêt59. »
21En outre, être invité à Lausanne, c’était aussi entrer dans l’intimité domestique la plus étroite avec Viollet-le-Duc : l’architecte y était toujours accompagné de sa secrétaire et amie, Alexandrine Suréda, que Bucknall connaissait déjà60. Le séjour de deux semaines débuta le 30 juillet61 durant lequel une excursion eut lieu « par Saint Gervais et Chamonix62 » qui dura plusieurs jours63. Nul doute que la traduction de l’ouvrage sur le Mont-Blanc trouva là une mise en jambe des plus instructives.
22Si la collaboration effective s’arrêta avec le décès de Viollet-le-Duc, Bucknall poursuivit ses traductions jusqu’en 1881 (le deuxième volume des Entretiens) et resta fidèle aux principes raisonnés qu’il avait si bien compris, traduits et défendus. De santé fragile, il s’établit à Alger en 1877 et y décéda dix-huit années plus tard. Alger possédait alors une vaste communauté britannique et américaine et Bucknall y édifia et restaura environ une vingtaine de maisons ou résidences de luxe64, en partie pour cette clientèle d’expatriés, mais aussi pour des Français et des autochtones. Pour ces derniers, il travailla « sans contrats, puisque leur parole est aussi sûre qu’un engagement65. »
23Difficile à documenter66, cet aspect de l’œuvre de Bucknall plaide a priori en la faveur d’une obédience aux principes qu’il suivit en Angleterre, en les adaptant au climat méditerranéen. N’avait-il pas trouvé dans Histoire de l’habitation humaine des éléments allant dans ce sens ? Avait-il déjà son futur éloignement en tête quand il écrivit à Viollet-le-Duc, « J’éprouvais un vrai regret en faisant mes adieux à Epergos, avec qui, il me semblait, j’avais été longtemps en voyage ; et je voudrais bien savoir où il s’est établi à présent67. » Sur la plaque commémorative placée dans l’église anglaise d’Alger, on peut lire « architecte d’un goût et d’un génie rare, disciple de Viollet-le-Duc, ses bâtiments à Alger sont des modèles de beauté simple68. »
24Benjamin Bucknall fut-il un cas unique dans les relations internationales de Viollet-le-Duc ? Ne serait-ce que sur le plan des traductions, la réponse est évidente : nul autre n’a traduit autant et aussi régulièrement. Rien pourtant ne garantissait a priori l’épanouissement d’une relation forte ; celle-ci aurait pu rester strictement intellectuelle, reposant essentiellement sur la connaissance intime des textes, et donc de la pensée, de l’architecte français. Cependant, ce fut peut-être justement cette solidarité née avant tout de la diffusion des idées et de la traduction de ses œuvres qui souda les deux hommes, plus que le partage de chantiers ou de travaux69.
25Même si les documents disponibles pour retracer cette histoire sont probablement les restes d’un ensemble épistolaire plus vaste, ils possèdent une gradation subtile mais nette qui, au regard des travaux et traductions de Benjamin Bucknall, permettent de préciser une relation aussi singulière qu’inattendue. Qui aurait pu deviner qu’un architecte anglais serait le plus fidèle prosélyte du plus controversé des architectes français de son époque ? Lentement, étape par étape, Bucknall passa successivement d’admirateur à élève, fut promu disciple zélé, pour devenir in fine un ami, fidèle jusqu’à son dernier souffle algérien.
Notes de bas de page
1Pierre-Marie Auzas, Eugène Viollet-le-Duc : 1814-1879, Paris, Caisse nationale des Monuments historiques, 1965, p. 231-234.
2Robin Middleton, « Viollet-le-Duc : son influence en Angleterre », dans Pierre-Marie Auzas (dir.), Actes du Colloque international Viollet-le-Duc, Paris, 1980, Paris, Nouvelles éditions latines, 1982, p. 263-283.
3Martin Bressani dans son article pour le JSHA, volume 48, 1989, note 29, cité par Isabelle Gournay, « Traduire Viollet-le-Duc en anglais : modalités et enjeux », dans Robert Carvais et al. (dir.), Traduire l’architecture. Texte et image, un passage vers la création ?, Paris, Picard, 2015, p. 119-134.
4Ce travail s’appuie sur les recherches menées par l’auteur dans le cadre d’une HDR en cours, Viollet-le-Duc et l’Angleterre. Recherches et échanges autour de l’habitation et du gothique moderne, sous la supervision de Jean-Philippe Garric. Les sources sont trop nombreuses pour être citées ici, mais la plupart des travaux contemporains ont moins de vingt ans. En outre, une partie des archives de B. Bucknall a été déposée aux Archives du Gloucestershire en 2010.
5D’après Charles Wethered, « The late Mr. Benjamin Bucknall », The Stroud News and Journal, déc. 1895, coupure de presse non paginée, archives du Gloucestershire, Gloucester.
6Voir la notice biographique dactylographiée dans les collections du RIBA.
7La date de son entrée à l’agence n’est pas connue exactement. Leigh s’installe dans la région en 1845 ; Bucknall a alors 12 ans. Traditionnellement, l’apprentissage commence pour les enfants de la bourgeoisie vers 15 ans au plus tard.
8Archives du Gloucestershire, Leigh Papers, Série D12584, boite 4. Charles Wethered, op. cit. Les Leigh possédaient au moins Histoire de l’habitation humaine dans la version traduite par Bucknall. D’autres familles aisées catholiques possédaient elles aussi les œuvres de l’architecte français, comme les Gibbs de Tyntesfield (près de Bristol), qui détenaient non seulement le Dictionnaire, mais aussi les Histoires et les Entretiens.
9Ibid. Wethered exagère peut-être, se conférant à l’exercice positiviste de la notice nécrologique, infra.
10Wethered décrit une rencontre dans la cathédrale le lendemain de son premier jour à Paris, puis une invitation à un petit-déjeuner.
11La lettre de l’évêque date du 22 avril 1861. Elle est citée par Middleton, mais n’a pas encore été retrouvée. Robin Middleton, « Viollet-le-Duc : son influence en Angleterre », art. cit., p. 276. À cette époque, l’évêque en place est James Gillis, né à Montréal et donc probablement francophone. Il ne semble pas qu’il ait eu une connexion particulière avec Viollet-le-Duc. Bucknall a dû faire jouer un réseau d’influences pour obtenir une recommandation suffisamment à même de convaincre l’architecte français du bien-fondé de sa démarche.
12MPP, 2012/024/005, no 671, Lettre de Bucknall à Viollet-le-Duc, 27 décembre 1862. Toutes les citations des lettres, écrites en français, se font avec les fautes de Bucknall.
13Des architectes éminents demanderont également conseil à Viollet-le-Duc tout au long de sa carrière. Ainsi, le baron Bethune sollicita-t-il son avis à propos de son projet pour la restauration de la polychromie de Saint-Bavon à Gand, en 1868. Gilles Maury (dir.), Le baron Bethune à Roubaix, Tourcoing, Invenit, 2013, p. 35.
14Lettre no 671, doc. cit.
15Ibid.
16D’après le tapuscrit inédit de Liz Davenport, archiviste bénévole au Woodchester Mansion trust, aimablement communiqué en 2014.
17Une première approche de cas a été publiée à partir de nos premières recherches effectuées en 2012-14 : Gilles Maury, « Eugène Viollet-le-Duc, Benjamin Bucknall et Woodchester mansion. Histoire d’une demeure, histoire d’une filiation », dans Viviane Delpech (dir.), Viollet-le-Duc, villégiature et architecture domestique, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2016, p. 169-181.
18Gloucester archives, Bucknall drawings, D12263. Outre un certain nombre d’édifices toujours debout, des dessins pour des projets très similaires existent, datés de 1860 à 1870.
19Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, Entretiens sur l’architecture (1863), vol. 1/2, 10e entretien, Gollion, InFolio, 2010, p. 622.
20David Verey & Alan Brooks, The Buildings of England, Gloucestershire 1: the Costwolds, New Haven, Londres, Yale University press, 2002, p. 656.
21Comme il l’affirme dans une lettre ultérieure. MPP, 2012/024/011, no 151, Lettre de Bucknall à Viollet-le-Duc, 3 septembre 1872.
22Peintre décorateur et collaborateur de Bucknall sur de nombreux projets à l’articulation des années 1860-70.
23MPP, 2012/024/008, no 98, Lettre de Bucknall à Viollet-le-Duc, 13 août 1869.
24Ibid. Il est à noter que Bucknall ne détaille pas ces principes.
25Ibid.
26Comme la mode en était alors lancée. Le baron Bethune, dans une même forme d’adoration, avait encadré la miniature de Pugin dans un cadre doré dessiné par ses soins. Voir Gilles Maury, Le baron Bethune, op. cit., p. 33.
27Lettre no 98, op. cit. Bucknall demande aussi la notice sur Pierrefonds.
28Stephen Bucknall, The life and work of Benjamin Joseph Bucknall, 1833-1895, tapuscrit inédit, p. 28-29. Le bâtiment a été malheureusement profondément modifié. Merci à Liz Davenport pour m’avoir signalé cette source.
29L’essentiel du décor peint des pièces d’apparat est achevé avant 1869. Arnaud Timbert, Viollet-le-Duc et Pierrefonds, histoire d’un chantier, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2017, p. 78.
30Stephen Bucknall, op. cit., p. 38-40. La première pierre fut toutefois posée en 1865 (voir p. 72). L’achèvement sera retardé plusieurs fois. Stansell semble n’avoir travaillé dans cet édifice que dans les années 1870.
31Peintures murales des chapelles de Notre-Dame de Paris exécutées sur les cartons de Viollet-le-Duc, relevées par Maurice Ouradou, Paris, A. Morel, 1870.
32MPP, 2012/024/010, no 179, Lettre de Bucknall à Viollet-le-Duc, 22 juin 1871. La lettre laisse entendre qu’une autre a été envoyée avant (perdue). D’une manière générale, cette correspondance paraît mince en regard de la relation qui est en train de se nouer. Antérieurement, on peut s’étonner que Bucknall n’ait pas envoyé une lettre ou des félicitations pour l’obtention de la médaille d’Or du RIBA en 1864 par exemple.
33Il signe en commençant par « mon très vénéré maître ».
34Lettre no 179, doc. cit.
35Lettre no 671, doc. cit.
36Lettre no 179, doc. cit. Bucknall n’indique pas la raison de sa correspondance avec Morel.
37MPP, 2012/024/012, no 176, Lettre de Bucknall à Viollet-le-Duc, 29 septembre 1873. L’itinéraire n’est pas précisé.
38Bucknall avance des chiffres précis : il doit trouver 500 souscripteurs, mais n’en a pour l’instant que 125. C’est donc que le projet l’occupe depuis au moins le début de l’année et que la traduction a été commencée au moins en 1872.
39Lettre no 176, op. cit.
40How to build a house, an architectural novelette by E. Viollet-le-Duc, translated by Benjamin Bucknall, Londres, S. Low, Marston, Low and Searle, 1874. Un article du Dictionnaire raisonné avait été traduit dès 1860 par McDermott. Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, An essay on the military architecture of the middle ages, translated from the french by M. Macdermott, arch., Oxford et Londres, J. H. & J. Parker, 1860.
41Comme l’explique synthétiquement Martin Bressani dans sa préface à l’édition InFolio de 2008, p. 10-11 notamment.
42Viollet-le-Duc explique les bow-window, en donnant un exemple qu’il a observé et dessiné lui-même à Lincoln, lors de son unique voyage en 1850. C’est un point explicite, mais l’ouvrage est rempli d’éléments implicites.
43Gilles Maury, « Eugène Viollet-le-Duc, Benjamin Bucknall et Woodchester mansion », art. cit., p. 179-180.
44Benjamin Bucknall, introduction à How to built a house, p. VIII. Bressani confirme le fait, mais nuance quelque peu la durée. Toutefois, il lui apparaît que le manuscrit semble avoir été écrit d’une traite.
45Annals of a Fortress, by E. Viollet-le-Duc, translated by Benjamin Bucknall, Londres, chez S. Low, Marston, Low and Searle, 1875.
46The Habitations of men in all ages, by Eugène Viollet-le-Duc, translated by Benjamin Bucknall, with numerous illustrations, Londres, chez S. Low, Marston, Searle and Revington, 1876.
47Lectures on architecture, translated from the french of E. Viollet-le-Duc, by Benjamin Bucknall, architect, vol. 1, Londres, chez S. Low, Marston, Searle and Revington, 1877. Le deuxième volume sera publié en 1881.
48Mont-Blanc. A treatise on its Geodesical and geological constitution, its transformations, and the ancient and recent state of its glaciers, with 120 illustrations, Londres, 1877.
49MPP, 2012/024/016, no 147, Lettre de Frederik Smithe (sans date) à Viollet-le-Duc.
50RIBA, Transactions, Session 1873-74, 1rst series, vol. 24. Phené Spiers, R, associate « On the château of Pierrefonds, and its restoration by M. Viollet-le-Duc », p. 54-65.
51Voir également le compte-rendu de cette séance publié dans The builder, 20 décembre 1873, p. 1001.
52Benjamin Bucknall, « M. Viollet-le-Duc as an architect. », The Architect, 10 janvier 1874, p. 28-29.
53Ibid., p. 28.
54Ibid., italiques dans le texte.
55MPP, 2012/024/014, no 273, Lettre de Bucknall à Viollet-le-Duc, 26 décembre 1875.
56Ibid.
57La villa ne comprenant que deux chambres, il est peu probable que les Anglais aient logé là, mais sans doute dans une auberge à proximité.
58« et Dieu sait quelle langue nous parlons » écrit-il à son fils le 30 juillet d’après Pierre-Marie Auzas (dir.), Eugène Viollet-le-Duc : 1814-1879, op. cit., p. 233.
59Lettre no 273, op. cit. Soulignés dans le texte.
60« Veuillez me rappeler respectueusement au souvenir de Madame Suréda » signa-t-il dans la lettre no 273.
61Stephen Bucknall, op. cit., p. 39.
62Bruno Foucart (dir.), Viollet-le-Duc, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 1980. Chronologie établie par Geneviève Viollet-le-Duc, p. 386.
63Wethered en fait un compte-rendu haut en couleur dans sa publication « Viollet-le-Duc: a further sketch of his life and works », RIBA, Transactions, vol. IV, new series, 1888, p. 62-76.
64Stephen Bucknall, op. cit., p. 44 et suivantes. Voir aussi la liste, incomplète selon l’auteur, des villas répertoriées.
65Charles Wethered, op. cit. L’auteur cite une des dernières lettres que Bucknall lui ait envoyée. L’architecte mentionne une liste de clients et fréquentations des plus prestigieuses, comme le peintre Leighton, plusieurs lords de l’entourage intime du prince de Galles, etc.
66La seule étude sérieuse est faite par Marion Vidal-Bué, Villas et palais d’Alger du XVIIIe à nos jours, Paris, Place des Victoires, 2014. Mme Vidal-Bué est la descendante d’une famille d’entrepreneur Algérois qui collaborèrent avec Bucknall. Les archives de l’entreprise ont malheureusement disparu avec la guerre d’indépendance et le rapatriement. Je remercie Mme Vidal-Bué pour ses informations.
67Lettre no 273, op. cit.
68Cité par Wethered et repris dans le tapuscrit de Stephen Bucknall.
69Viollet-le-Duc n’était pas forcément plus proche de certains de ses collaborateurs, tel l’architecte allemand Edwin Opler (1831-1880) qui a notamment travaillé à Amiens pour Viollet-le-Duc. Se parfaire auprès de lui était possible pour un architecte étranger. Cette question mériterait à elle seule un développement. Voir Pierre-Marie Auzas (dir.), Eugène Viollet-le-Duc : 1814-1879, op. cit., p. 222 ; voir aussi Susan Schlesinger, « Viollet-le-Duc et l’architecture domestique en Allemagne. Échanges et interactions », art. cit.
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