• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16505 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16505 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses universitaires du Septentrion
  • ›
  • Traductologie
  • ›
  • Réflexion traductologique d'un professio...
  • ›
  • 4. Le traducteur pédagogue
  • Presses universitaires du Septentrion
  • Presses universitaires du Septentrion
    Presses universitaires du Septentrion
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Introduction 4.1. La révision pédagogique 4.2. La formation initiale des traducteurs Notes de bas de page

    Réflexion traductologique d'un professionnel

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    4. Le traducteur pédagogue

    p. 85-112

    Texte intégral Introduction 4.1. La révision pédagogique Les obstacles à la pédagogie de la révision Principaux axes de la révision L’intégration des révisés Les lacunes structurelles Pratiques exemplaires de la révision Pédagogie de la révision interne Apprendre à exprimer ses interrogations La relecture croisée Pédagogie de la révision externe Approches pédagogiques en amont Approches pédagogiques en cours de révision Approches pédagogiques en aval Quelques considérations pédagogico-traductologiques autour de la révision 4.2. La formation initiale des traducteurs Le cours de traduction spécialisée Le déroulement du cours L’évaluation des travaux écrits Réflexions sur la formation des futurs traducteurs Questionnement sur les évolutions des formations Suggestions pour les formations Le volet propédeutique de la formation Le volet professionnalisation de la formation Quelques remarques en guise de bilan sur les formations Notes de bas de page

    Texte intégral

    Introduction

    1J’ai jusqu’ici tenté de définir une analyse pratique et théorique du métier de traducteur spécialisé, sachant qu’il ne s’agit que d’une catégorie bien particulière de traducteur, mais aussi d’une catégorie dont les prestations suscitent des attentes et même des exigences considérables sur le grand marché de la traduction.

    2Ces attentes et ces exigences sont à la hauteur des enjeux de la traduction pour les commanditaires, que ces derniers soient des experts internationaux amenés à travailler ensemble dans des domaines communs ou dans des domaines pluridisciplinaires ou qu’il s’agisse de demandeurs à la recherche d’une communication efficace.

    3Ces enjeux sur ces segments du marché de la traduction vont de pair avec une propension des commanditaires à accepter des tarifs nettement plus élevés que pour de nombreuses prestations de traduction, avec pour contrepartie des délais serrés.

    4Une fois qu’un traducteur a accédé à ce segment du marché et qu’il s’est approprié les méthodes que j’ai décrites, il peut tout simplement éprouver un sentiment de satisfaction en termes de carrière professionnelle. Toutefois, dès lors que l’on a défini des méthodes et des pratiques exemplaires, la question se pose inéluctablement de savoir comment former les futurs traducteurs spécialisés. C’est là un enjeu majeur dans un monde de la traduction en pleines mutations technologiques comme on le verra ultérieurement. Quels sont donc les objectifs et les vecteurs de la formation initiale et continue des traducteurs spécialisés ?

    5En dehors de mes études secondaires, ma première source de réflexions pédagogiques aura été la journée passée dans la classe unique d’un petit village de Normandie dont l’instituteur s’efforçait d’appliquer à un public très défavorisé des méthodes positives visant à faire progresser ces enfants Cette journée a eu une influence sur le choix du sujet de mon mémoire de diplôme à Germersheim. E effet, j’y suivais des cours de sociologie axés sur les études interculturelles. J’ai ainsi choisi comme sujet les expériences pédagogiques en Allemagne et en France dans les années 1920. Parmi les grands pédagogues français de l’époque se trouvait notamment Célestin Freinet et son mouvement de l’École moderne (Freinet, 1946) qui encourageait les élèves à réaliser leurs propres projets. Ces méthodes entrent aujourd’hui en résonance avec les méthodes pédagogiques appliquées en Finlande ou au Danemark. Mais surtout, s’intéresser aux méthodes de Freinet amenait à découvrir un grand pédagogue de l’époque, un certain John Dewey, dont Freinet connaissait les travaux sur le Hands-on Learning, plus connus sous l’appellation de Learning by Doing.

    6Il faut dire que les années 1920 ont été marquées par un bouillonnement d’expériences, allant de pair avec d’intenses échanges pédagogiques à l’échelle internationale. On ne s’étonnera donc pas de constater que ce nouveau chapitre poursuive mon compagnonnage avec les théories de John Dewey.

    7Mes liens avec la pédagogie dans le cadre de mon expérience de traducteur spécialisé concernent l’enseignement et la révision. Si je voulais respecter la chronologie, il me faudrait débuter par l’enseignement que j’ai commencé à donner à l’ESIT dès 1983. Toutefois, la pratique de l’enseignement à cette époque a surtout été de l’ordre de l’intuition et de la réactivité plutôt que d’une démarche réfléchie et organisée. L’intuition venait de ma pratique professionnelle bien encadrée à la Banque de France et des premiers acquis traductologiques dans le cadre de la préparation de ma thèse.

    8En revanche, le fait de me voir confier de plus en plus de travaux de révision des nouvelles recrues du service de traduction de la Banque de France m’a placé dans une position de responsabilité consciente vis-à-vis de collègues dans le cadre d’une formation de terrain. C’est la raison pour laquelle je commencerai l’étude de la pédagogie de la traduction en me plaçant sous l’angle de la révision.

    9Pour aborder les rapports entre le traducteur spécialisé en tant que pédagogue et le destinataire de cette démarche pédagogique, j’utiliserai la notion, non pas de tutorat, mais celle de mentorat ainsi défini :

    « Le mentorat est un moyen de développement et d’apprentissage, basé sur une relation interpersonnelle (la relation mentorale) volontaire, gratuite et confidentielle, dans laquelle une personne d’expérience (le mentor) investit sa sagesse acquise et son expertise pour favoriser le développement d’une autre personne (le mentoré) qui a des compétences et des habiletés à acquérir et des objectifs professionnels et personnels à atteindre1. »

    10La révision et la relation personnelle qu’elle établit entre le réviseur et le révisé, si c’est une relation de confiance, correspondent très bien à la notion de mentorat. La formation continue précédera donc la formation initiale dans ma réflexion.

    4.1. La révision pédagogique

    11Réviseur ? Fonction prestigieuse des grands services de traduction, symbole de l’expertise professionnelle, position hiérarchique, personnage redouté, les images sont contrastées. Pour ma part, j’ai eu la chance d’être pris en main à mon arrivée à la Banque de France par une équipe de réviseurs bienveillants, même si chacun d’entre eux avait ses propres marottes, l’une portée vers le journalisme et la communication, l’autre vérifiant absolument tout et le troisième très soucieux de la qualité du français, le tout constituant un cocktail assez complet pour me permettre de progresser. Comme on l’a vu, ce suivi professionnel s’accompagnait d’une politique de formation donnant aux jeunes traducteurs des bases solides dans le domaine économique.

    12Mais qu’est-ce que la révision ? En voici une définition qui me paraît mettre ma réflexion sur de bons rails.

    « La révision a pour objet, d’une part, d’assurer la qualité des textes publiés et, d’autre part, d’aider le traducteur à s’améliorer et de lui éviter de refaire les mêmes erreurs. » (ONU Genève, 2011, 2).

    13Plus loin, ce Manuel du réviseur formule parfaitement la problématique de la révision :

    « Tout autant que la révision excessive (ou réécriture systématique), pratique inutile et décourageante, la “sous-révision” est à bannir, car elle a des effets encore plus graves : elle prive le traducteur de son meilleur moyen d’apprentissage, lui donne l’impression fausse qu’il n’a plus de progrès à faire, et laisse subsister erreurs et maladresses fâcheuses dans le texte. » (ONU Genève, 2011, 2).

    14À la lecture de cet extrait, on perçoit immédiatement la dimension pédagogique des enjeux de la révision. Mais cette dimension pédagogique se double d’une dimension économique, car un traducteur découragé ou un traducteur privé d’un moyen de progresser constitue un investissement non rentable. C’est le constat que René Prioux et moi-même avions formulé dans un article paru dans la revue Jostrans, comme le montre le résumé de cet article :

    « Malgré leur image prestigieuse, les organisations internationales n’ont pas échappé aux tendances économiques récentes et notamment à l’importance de la notion de coût. Le métier de traducteur a lui aussi été bouleversé dans ces organisations, l’informatisation du travail en étant l’illustration la plus banale. Mais surtout, tout va très vite, les réunions et les publications se succèdent, les documents abordent sans cesse des problématiques nouvelles et complexes et aucun traducteur ne peut prétendre en permanence à la qualité absolue dans le respect scrupuleux des délais. Intrinsèquement liée à la notion de qualité, la révision prend dès lors une dimension stratégique : c’est un facteur de cohérence et de cohésion, de transmission des savoirs spécialisés, de contrôle de la qualité des traducteurs, de rationalisation de la répartition du travail, etc. Pour tirer pleinement parti de cette diversité de fonctions tout en respectant les impératifs de coûts, cet article s’efforce de définir une véritable “économie de la révision”, à partir de l’expérience et des projets de l’OCDE. » (Prioux et Rochard, 2007).

    15Dans la suite de ma réflexion autour de la pédagogie de la révision, on aura l’occasion de retrouver cette dimension économique qui, contrairement aux idées reçues, s’avère judicieuse pour la promotion de cette pédagogie.

    Les obstacles à la pédagogie de la révision

    16Toute pédagogie est affaire de relations humaines et certains comportements peuvent faire obstacle à la qualité de cette relation. Le Manuel du réviseur des Nations Unies met immédiatement l’accent sur les comportements du réviseur à travers la sur-révision et la sous-révision. Mais on verra que des comportements des traducteurs révisés peuvent aussi influer négativement sur cette relation.

    17Je commencerai par ce que j’ai désigné dans les formations à la révision que j’ai pu animer à l’Université ou dans des organisations internationales sous le terme de syndrome du vieux réviseur. Entendons-nous bien, ce n’est qu’une façon d’exprimer un mode de fonctionnement. En effet, il est vrai que la fonction de réviseur est généralement associée à l’idée d’une longue expérience tandis que celle du révisé renvoie au contraire à un manque d’expérience. Pourtant, j’ai eu l’occasion au cours de ma carrière professionnelle de côtoyer des vieux réviseurs de 30 ans.

    18Le vieux réviseur, c’est celui ou celle qui va remplacer systématiquement les cependant par des toutefois, qui a des phobies vis-à-vis de certains mots ou expressions et qui agit d’autorité sans jamais rien expliquer. Il part du principe que le traducteur junior ne sait rien, que le traducteur externe est mauvais. Résultat, ces derniers se voient retourner, dans le meilleur des cas, une copie couverte de rouge. La révision-réécriture revient à nier l’existence du traducteur, ce qui est bien évidemment contre-productif sur le plan pédagogique, et de plus économiquement coûteux, puisqu’elle aboutit souvent à payer deux fois la traduction.

    19Un autre syndrome va souvent de pair avec celui du vieux réviseur, à savoir celui du gardien du temple de la langue (en particulier chez les réviseurs français). Dès l’école primaire, on nous a abreuvé d’interdits qui se transmettent de génération en génération comme si le français était une langue figée pour l’éternité. Le on était banni, et bien des traducteurs se l’interdisent, d’où l’emploi de il a été dit que, un calque de l’anglais alors qu’on nous déconseillait dans le même temps l’emploi du passif. Pour ma part, j’ai toujours utilisé le on dans sa valeur de neutre sans que cela choque qui que ce soit. Autre exemple : la grande fréquence dans les traductions des formules tel que ou telle que qui ne semblent pas très naturelles en français. Cela remonte souvent à l’école primaire où les enfants utilisent fréquemment la conjonction comme (par exemple, une personne comme elle). Or, comme était assimilé à un langage relâché. Résultat, on finit par introduire avec tel que ce fameux que qu’on nous recommandait d’éviter. Plus récemment, la formule au final a suscité une levée de boucliers et a été accusée d’être un calque de l’anglais. Or cette formule est plus ramassée que en fin de compte et devrait satisfaire les gardiens du temple qui n’aiment pas les adverbes en -ement, comme finalement. Bref, il y a dans ce type de posture beaucoup d’injonctions contradictoires. Fort heureusement, le français est une langue vivante capable d’intégrer de nombreux mots nouveaux et aujourd’hui il est courant de lire dans la presse de qualité l’expression au final sous le clavier des journalistes.

    20Autre syndrome mis en exergue par le Manuel du réviseur des Nations Unies, celui de la sous-révision. Il est effectivement préjudiciable dès lors qu’il s’agit d’un renoncement à assumer ses responsabilités pédagogiques. En revanche, il existe des situations de révision dans lesquelles la révision très pointilleuse tous azimuts a pour effet de brouiller le message pédagogique en mettant toutes les révisions sur le même plan dans le cas d’un traducteur junior ou des premiers travaux d’un traducteur externe à l’organisation. Le traducteur risque d’avoir du mal à hiérarchiser les points d’amélioration.

    21Le réviseur peut alors se contenter de signaler d’éventuelles maladresses acceptables sans introduire de marque de révision dans le texte révisé communiqué au traducteur, tout en mettant nettement l’accent sur les erreurs de sens ou de logique, ou sur d’autres tendances à redresser comme on le verra par la suite.

    22Toutefois, il n’y a pas que les réviseurs à présenter des syndromes propres à faire obstacle à l’action pédagogique de la révision. Il y a d’abord le pendant du vieux réviseur avec le syndrome du touche-pas-à-mon-bébé. Il existe en effet des traducteurs qui ne supportent aucune remise en cause de leur traduction. Ils sont persuadés d’avoir produit une traduction parfaite et aucun dialogue pédagogique n’est dès lors possible. En fait, ces traducteurs se privent de la possibilité de progresser et de profiter de l’expérience du réviseur. Il y a aussi et à l’inverse le syndrome du traducteur vassal qui cherche à savoir qui va réviser son travail. Il va ensuite s’adapter par avance à la façon de traduire du réviseur, à ses éventuelles spécificités ou marottes. Là encore, le traducteur vassal se prive de la possibilité de s’épanouir dans son métier et d’affirmer sa propre personnalité de traducteur.

    23Le réviseur doit donc être particulièrement conscient des risques que présentent ces différents syndromes pour la progression professionnelle des révisés. C’est évidemment un enjeu pédagogique, mais c’est aussi un enjeu économique, car il ne s’agit pas dans une organisation de réviser pour réviser, mais d’amener des traducteurs juniors ou externes à un niveau de fiabilité supérieur selon le principe réviser mieux pour réviser moins.

    Principaux axes de la révision

    L’intégration des révisés

    24Le champ d’intervention de la révision est vaste. Il s’agit d’améliorer la fiabilité du texte publié ou diffusé par une organisation, ce qui implique le respect du message de l’auteur et de sa logique, la lisibilité de ce message en langue cible, la précision de la terminologie, l’adéquation du niveau de langage.

    25Parmi les lacunes qui peuvent apparaître chez un traducteur, certaines constituent des problèmes fondamentaux sur lesquels il convient de concentrer l’action de la révision. La mauvaise compréhension du message et de la logique de l’auteur révèle le plus souvent une insuffisance du bagage cognitif du traducteur qui l’empêche de repérer efficacement les différentes balises ou les passages implicites du texte source. Face à ce type de lacune, l’organisation peut agir en amont, en mettant à la disposition des traducteurs juniors des actions de formation spécialisée permettant de rehausser leur niveau de connaissance et, dans le cas des traducteurs externes, en leur assurant un environnement de travail le plus proche possible de celui des traducteurs internes.

    26Cela peut se faire par un accès à une documentation ciblée en fonction du texte, des ressources terminologiques, des analyses de TAO et la désignation d’un traducteur spécialisé référent capable de fournir des réponses aux interrogations des différents traducteurs intervenant sur un même texte.

    27Ces dispositions et notamment cet accompagnement contribuent à mieux intégrer les traducteurs externes et les nouveaux traducteurs dans l’équipe de l’organisation. De plus, en agissant au cours de traduction, on peut guider le travail de chaque traducteur, mais aussi harmoniser en amont le travail des différents intervenants et donc limiter la charge de révision en aval. C’est souvent important compte tenu de l’impérieuse nécessité de livrer au demandeur un texte fiable dans le respect des délais.

    28En revanche, lorsque le réviseur constate que le traducteur (atteint du syndrome de touche-pas-à-mon-bébé) n’a absolument pas tenu compte des éléments fournis par le traducteur référent, qu’il n’a pas utilisé les ressources documentaires et terminologiques, la révision doit être impitoyable et ne rien laisser passer. La question est cruciale dans le cas de traducteurs externes, car l’investissement de ressources rares et chères dans la révision doit rester rentable au sens où elle va normalement faire progresser le révisé. Si ce n’est pas le cas et si l’on est en présence de ce profil de traducteur, la relation pédagogique sera vouée à l’échec. Il appartient alors au réviseur de signifier la fin de la collaboration au révisé. La conclusion sera la même si le traducteur externe rend sa traduction en retard sans en avoir averti l’organisation pour lui permettre de trouver une solution de rechange afin de respecter le délai convenu avec le demandeur.

    29Quant au traducteur junior, il est généralement conscient de la chance qu’il a d’être intégré dans une équipe prête à le soutenir par ses outils et ses contacts avec des traducteurs spécialisés, de sorte que la question de tels comportements ne se pose que rarement.

    Les lacunes structurelles

    30Naturellement, le réviseur qui détecte des erreurs de compréhension du sens et de la logique du message en langue source va devoir non seulement les rectifier, mais encore alerter le traducteur sur ces erreurs.

    31Cela étant, il existe aussi deux phénomènes auxquels le réviseur doit être particulièrement attentif, à savoir la surtraduction et la sous-traduction. Dans le premier cas, le traducteur pense avoir compris le sens et la logique du message et il estime pouvoir le réexprimer de façon parfaitement libre sur le plan linguistique. Il court alors le risque de vouloir embellir la traduction et, ce faisant, d’y introduire des éléments étrangers au message original par des effets de style ou un goût excessif de l’écriture. C’est une tendance que le réviseur doit détecter le plus tôt possible pour ramener le traducteur dans les limites que le sens du message impose à sa liberté et sa créativité. C’est l’apprentissage de la rigueur.

    32Le phénomène inverse est celui de la sous-traduction. Dans ce cas, le traducteur n’est pas sûr d’avoir bien compris le sens du message ou d’un passage de ce dernier. Il joue alors la prudence et cherche à coller au texte. Il bascule alors dans le transcodage, ce qui revient à échouer dans la fusion des signes linguistiques et des connaissances non linguistiques. L’enjeu pour le réviseur va alors consister à pousser le traducteur à améliorer son analyse du texte et son exploitation des balises contextuelles et à approfondir ses recherches. Proposer au traducteur des lectures, voire des formations et surtout avoir un dialogue avec lui sur ce point faible peut s’avérer mutuellement bénéfique pour le traducteur comme pour la révision de travaux ultérieurs.

    33Le fait d’agir prioritairement sur les lacunes structurelles des travaux d’un traducteur de la part du réviseur n’implique pas une pratique de sous-révision. C’est un moyen de solidifier les compétences essentielles du traducteur avant de monter en gamme. Le réviseur ne cachera pas l’existence de maladresses ou d’inexactitudes et à partir du moment où le traducteur aura consolidé ses bases structurelles, le réviseur se montrera plus explicitement exigeant sur les autres lacunes.

    34On peut qualifier cette approche de pédagogie différenciée de la révision par analogie avec la révision différenciée de plus en plus souvent pratiquée dans les organisations internationales, comme le souligne Jean-François Allain (2010, 115).

    Pratiques exemplaires de la révision

    35Dans cette section j’examinerai un certain nombre de pratiques pédagogiques permettant de maximiser l’efficacité de la révision. Certaines de ces pratiques valent aussi bien pour les traducteurs juniors (révision interne à l’organisation) que pour les traducteurs sous-traitants (révision externe).

    36On a vu l’utilité d’intégrer l’ensemble des traducteurs, quelle que soit leur relation contractuelle avec l’organisation, en leur mettant à disposition les mêmes ressources documentaires et terminologiques. Cela suscite chez les traducteurs un sentiment d’appartenance à l’équipe de traduction au sens large.

    37La communication de la traduction révisée au traducteur est également indispensable. La pratique désuète consistant à dire que, s’il n’y a pas de retour de la part du réviseur, c’est que la traduction était convenable (pas de nouvelle, bonne nouvelle) et qui consiste donc à laisser le traducteur dans l’incertitude sur la qualité et la fiabilité de son travail n’est pas une solution. Et si la traduction est effectivement considérée comme adéquate, pourquoi ne pas le dire ?

    38Cette communication de la traduction révisée sera d’autant plus utile qu’elle sera accompagnée de commentaires permettant au traducteur de comprendre la nature et l’importance des révisions. Mais attention, comme l’indique le Manuel du réviseur des Nations Unies, réviser, c’est améliorer la traduction mais pas la corriger.

    39La traduction est axée, comme on l’a vu sur la transmission ou la communication d’un message, ce n’est pas un exercice classique de version ou de thème. Dès lors, les notions de contresens, de faux-sens ou de non-sens n’ont rien à voir avec la révision. Le meilleur moyen de déclencher une polémique verbale ou par messagerie électronique entre un vieux réviseur et un touche-pas-à-mon-bébé est d’utiliser de telles notions en marge d’une traduction. Une polémique stérile a alors toutes les chances de s’engager pour savoir si un contresens n’est pas un faux-sens (réputé moins grave)…

    40À l’inverse, les notions d’erreur de sens ou de logique, d’erreur de terminologie, de surtraduction ou de sous-traduction, d’imprécision, de niveau de langue ou de lisibilité relèvent de l’analyse de la fiabilité d’une traduction et sont infiniment plus parlantes.

    41Les pratiques exemplaires de la révision que je viens d’ébaucher s’appliquent aussi bien à la révision interne qu’à la révision externe. Il n’en reste pas moins que toutes les pratiques pédagogiques de la révision ne peuvent pas être transposées à l’identique dans toutes les circonstances de la relation pédagogique entre réviseur et révisé. C’est la raison pour laquelle les deux sections suivantes aborderont de façon distincte ces deux catégories de relations.

    Pédagogie de la révision interne

    42La révision interne présente le très grand avantage de la proximité par la présence des deux intervenants dans le même service. Bien sûr, il peut y avoir dans certains services des sortes de castes hiérarchiques qui éloignent le traducteur junior, soumis à révision, d’une élite inaccessible de réviseurs, mais les réalités managériales et les contraintes de productivité tendent à faire disparaître ce genre de structures figées et il appartient aux responsables du service de faire prévaloir la notion d’équipe guidée par des traducteurs spécialisés reconnus par tous. Selon les organisations, ces équipes sont structurées par combinaison linguistique ou par spécialité.

    Apprendre à exprimer ses interrogations

    43L’un des grands problèmes de la traduction vers le français réside selon moi dans la sacralisation de l’écrit. Même si les choses évoluent, la place de l’oral dans l’enseignement primaire et secondaire reste bridée.

    44Or, il me semble que l’oral présente bien des avantages, notamment dans la relation qui se noue en cours de traduction entre le traducteur d’une part, et le traducteur spécialisé référent et/ou l’expert du service client. Le scénario classique consiste pour le traducteur junior à venir consulter le traducteur spécialisé pour lui soumettre un passage d’un texte qui lui paraît obscur. En pareil cas, le traducteur spécialisé doit se garder de lui servir la réponse sur un plateau, ce qui peut être une solution de facilité apparemment satisfaisante pour le demandeur, mais qui peut aussi être vécu par ce dernier comme une nouvelle marque de la supériorité du traducteur spécialisé.

    45En pareil cas, la démarche que je préconiserai consistera plutôt à demander au traducteur de lui expliquer, oralement et avec ses propres mots, ce qu’il a compris. Comme un traducteur junior d’une organisation dotée d’un service de traduction a lui-même une conscience professionnelle sérieuse, il ne sera pas venu poser sa question sans avoir fait un minimum de recherches. Et dans l’immense majorité des cas, le fait de l’inciter à formuler sa question à l’oral va montrer qu’il a déjà ses propres éléments de réponse. En le libérant de l’écrit représenté par le texte, le traducteur spécialisé va pousser le traducteur à s’approprier la difficulté et à mener à bien son enquête autour de son questionnement initial.

    46L’incitation à passer par l’oral est un excellent moyen pédagogique d’apprendre au traducteur à se poser les bonnes questions pour son enquête et, partant, à prendre confiance dans ses propres capacités d’analyse. On est déjà là dans l’apprentissage par la pratique cher à Dewey.

    47Allons plus loin ! Lorsque le traducteur junior commence à se poser les bonnes questions à l’oral, le service de traduction doit l’inciter à prendre contact avec l’expert ou les experts responsables du texte à traduire s’il se heurte à des difficultés techniques que son bagage cognitif ne lui permet pas de régler. Bien sûr, il faut faire un usage modéré de tels contacts, car les experts sont eux aussi soumis à des contraintes de temps et de production, voire de productivité. Mais en posant sa question avec ses propres mots, le traducteur constatera le plus souvent que l’expert va l’aider avec bienveillance, jusqu’à parfois reconnaître lui-même que son expression écrite n’était pas très précise. À l’OCDE, lorsque les traducteurs posent des questions à l’expert ou mettent en lumière par leur question des maladresses d’expression dans le texte original, il n’est pas rare que l’expert réagisse en demandant au traducteur : mais vous lisez les textes à ce point ?

    48Ce genre de relation renforce la confiance du traducteur dans sa capacité de se poser les bonnes questions et de pousser plus loin ses démarches. Il y a là une rupture pédagogique radicale avec les anciennes pratiques consistant à ne solliciter les experts qu’en filtrant les questions par la voie hiérarchique et à faire redescendre les réponses par la même voie.

    49Pour ma part, je considère que la décision de mes réviseurs de la Banque de France de nous pousser, mes collègues et moi, à prendre contact avec les experts des services de la Banque pour se faire expliquer des mécanismes économiques ou financiers a été une immense chance.

    La relecture croisée

    50La relecture croisée, objet principal de l’article de Jean-François Allain intitulé Repenser la révision (Allain, 2010) constitue un concentré des pratiques exemplaires de la révision interne dans les grandes organisations :

    • Elle répond à des réalités économiques de façon efficiente.
    • Elle passe par l’oral pour mieux servir l’écrit.
    • Elle permet de déhiérarchiser la révision.
    • Elle permet au traducteur de mettre le doigt sur ses propres lacunes sans attendre un verdict du réviseur.
    • Elle favorise la cohésion des équipes.
    • Elle donne confiance aux traducteurs juniors.

    51Dans son article, Jean-François Allain développe les avantages que présente la relecture croisée pour chacun des intervenants (révisé, auditeur, réviseur, y compris le service de traduction) (Allain, 2010, 117-118).

    52La relecture croisée consiste à réunir en un même lieu un traducteur et son réviseur, le processus se déroulant à l’oral, ce qui est moins long qu’une relecture de l’écrit et ce qui rend immédiat le retour d’information du réviseur au révisé.

    53Le fait de savoir que sa traduction sera lue oralement est un puissant motif de dépouillement de la formulation pour le traducteur, selon le principe que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Plus la lecture orale sera fluide et plus la traduction sera jugée satisfaisante par le réviseur au-delà des questions de fond.

    54Lorsque c’est le révisé qui lit sa traduction à haute voix devant le réviseur qui suit avec le texte original, ce dernier perd son statut hiérarchique de correcteur au profit de celui d’auditeur.

    55Lorsque le traducteur lecteur bute sur un passage, il se rend compte par lui-même de l’existence d’un défaut de sa traduction avant toute intervention du réviseur auditeur. L’oral est en effet impitoyable là où une relecture de l’écrit peut ne pas détecter ce manque.

    56De même, la relecture croisée entre pairs est un facteur de cohésion de l’équipe en ce sens qu’elle permet aux deux parties de sortir de leur isolement et de se rendre compte que le collègue a lui aussi des points forts et des points faibles, chacun apprenant ainsi de l’autre.

    57La relecture croisée est un facteur de confiance, car le recours à l’oral va aussi mettre en évidence les passages bien maîtrisés qui se lisent de façon fluide au point parfois que le traducteur lecteur va bien poser sa voix et lire avec assurance, comme s’il déclamait une tirade d’une pièce de théâtre2.

    58Dans le registre de la mise en confiance du traducteur junior, on peut même aller plus loin encore. Il arrive en effet qu’un traducteur spécialisé soit amené à effectuer une traduction dans des délais extrêmement serrés dans son domaine tout en ayant par ailleurs d’autres traductions ou révisions urgentes à traiter. Il y a alors de fortes chances pour que son premier jet soit de bonne qualité, mais sait-on jamais ? Dans ces conditions, confier une relecture de contrôle à un traducteur junior constitue un filet de sécurité, mais témoigne aussi à ce traducteur de la confiance qu’on lui fait. En se mettant à sa hauteur, le traducteur spécialisé lui envoie un message de responsabilisation et d’intégration dans l’équipe.

    59Enfin, toutes ces pratiques pédagogiques de passage par l’oral sont autant d’incitations pour le traducteur à intégrer cette dimension orale dans ses propres méthodes au niveau de la relecture de sa traduction. Se relire, ne serait-ce qu’à voix intérieure, est un excellent moyen de détecter les passages non maîtrisés.

    Pédagogie de la révision externe

    Approches pédagogiques en amont

    60Les conditions de la révision externe sont juridiquement, matériellement et pédagogiquement plus complexes. C’est souvent dans ce cadre que les obstacles comportementaux à la pédagogie de la révision posent le plus de problèmes.

    61On a vu que l’organisation se doit d’assurer ex ante au traducteur externe tous les moyens possibles de travailler dans des conditions proches de celles des traducteurs internes. Pour autant et sauf exception, il existe chez le traducteur externe un différentiel de connaissances de l’organisation, de ses thématiques, de ses normes, de sa terminologie par rapport aux traducteurs internes qui les vivent par définition au quotidien.

    62Au-delà des efforts de l’organisation pour intégrer les traducteurs externes dans les équipes, les réviseurs doivent trouver le bon compromis entre la prise en compte de ce différentiel et la nécessité de produire un document fiable de façon efficiente.

    63Une partie des problèmes de compréhension par le traducteur externe peut être résolue par la présence d’un traducteur référent pouvant répondre aux questions dudit traducteur externe. Cela peut en outre permettre à ce référent de se rendre compte d’une difficulté que d’autres traducteurs externes risquent de rencontrer dans d’autres parties du texte divisé entre plusieurs traducteurs. Le référent peut alors communiquer une réponse collective et faire gagner du temps à tout le monde, y compris au réviseur.

    64Il y a par ailleurs des chances que, dans un domaine de spécialité donné, les différents traducteurs externes se connaissent et échangent entre eux. C’est un atout pour le processus de traduction et l’organisation se doit de communiquer à tous les noms et coordonnées de ceux qui travaillent parallèlement sur un gros document ou une publication3. Vouloir maintenir un cloisonnement à ce propos irait totalement à l’encontre de l’efficience du processus à tous les niveaux.

    Approches pédagogiques en cours de révision

    65La ligne pédagogique essentielle en cours de révision consiste à ne jamais considérer que le traducteur que l’on révise n’a pas fait de recherches. Si le fruit de ces recherches ne paraît pas approprié et laisse le réviseur perplexe, il peut s’en ouvrir au traducteur en lui envoyant un courriel ou en lui passant un coup de téléphone.

    66L’autre attitude pédagogique fondamentale consiste à ne jamais plaquer sa solution sur la traduction initiale, mais au contraire à partir de la solution du traducteur pour l’améliorer. En effet, les interventions du réviseur portent très souvent sur des passages pour lesquels le traducteur a eu une bonne idée, mais qu’il n’a pas pu ou su mener à bien.

    67Enfin, certaines interventions du réviseur peuvent avoir un caractère subjectif. Mais dans ce cas-là, il doit être prêt à assumer cette part de subjectivité conformément à la préconisation du Manuel du réviseur des Nations Unies :

    « [Le réviseur s’attachera à éviter de] prendre des préférences personnelles pour des critères de révision. Il n’est pas interdit de remplacer un mot par un synonyme pour éviter une répétition ou même pour des raisons d’euphonie, mais encore faut-il pouvoir expliquer le changement apporté et, encore une fois, s’être d’abord assuré que le sens a bien été rendu. Le réviseur ne doit pas se sentir dans l’obligation de changer quelque chose s’il n’y a pas lieu. Il doit user de discernement pour apprécier l’opportunité d’intervenir. » (ONU Genève, 2011, 9).

    Approches pédagogiques en aval

    68C’est le moment essentiel de la relation entre le traducteur externe et son réviseur que l’on désigne par la notion de retour d’information. Ce retour d’information comprend, selon moi, deux éléments pédagogiques essentiels, à savoir le texte révisé montrant des marques de révision assorties ou non de zones de commentaires et/ou de passages surlignés pour attirer l’attention du révisé, ainsi qu’un formulaire de commentaires expliquant les modifications apportées et leur importance.

    69Dans ma pratique à l’OCDE jusqu’à l’introduction d’un système d’appel d’offres, ce formulaire restait synthétique et à visée essentiellement pédagogique. Il commençait par un certain nombre de critères de base concernant le respect des principes essentiels comme la vérification orthographique, le respect des consignes, l’exploitation de la documentation fournie, ou encore la lisibilité. Ces aspects étaient notés sous forme de simples cases à cocher de type oui/non. Le non-respect de ces critères constituait souvent un indice de comportement de type touche-pas-à-mon-bébé qui augurait mal de l’avenir de la relation contractuelle avec le traducteur externe.

    70Venaient ensuite des zones de commentaires sur les aspects structurels de la traduction, à savoir la compréhension du sens et de la logique du texte original, la terminologie, les cas de surtraduction ou de sous-traduction. Bien entendu, le réviseur y donnait quelques exemples. Dans les premiers temps, il arrivait que les réviseurs y dressent un inventaire complet des lacunes en indiquant tous les exemples de défauts et leur rectification. De ce fait, la longueur des commentaires devenait démesurée et noyait le message pédagogique. Consigne a alors été donnée aux réviseurs de choisir un exemple emblématique de ces lacunes pour que le révisé comprenne immédiatement le message pédagogique du réviseur.

    71Enfin, venait un commentaire général du réviseur sur la qualité et la fiabilité de la traduction pour que le révisé se situe par rapport aux attentes de l’organisation dans ces domaines.

    72Sauf lorsque le traducteur n’était visiblement pas disposé à jouer le jeu, ces commentaires devaient adopter une tonalité bienveillante qui se conjuguait avec des modifications de la traduction améliorant le travail initial en partant le plus possible des propres idées et recherches du traducteur. Il s’agissait ainsi de bien exprimer le souci du réviseur de faire progresser le révisé. Enfin, le retour d’information devait mettre en évidence les passages bien maîtrisés ou les bonnes idées du traducteur, contrairement à une vieille tradition française consistant à dire ce qui ne va pas et à taire ce qui est bien.

    73En revanche, face à un traducteur qui ne joue pas le jeu, les commentaires ne devaient rien laisser passer, tout comme les révisions du texte, de façon à bien faire comprendre au révisé les motifs d’une cessation de la collaboration.

    74Au-delà de la révision comme instrument pédagogique proprement dit, se pose la question de l’évaluation du travail du traducteur externe sous la forme d’une notation. C’est un exercice délicat, car la communication au traducteur externe d’une note nous replace dans un contexte de jugement par un correcteur. Lorsque la note est bonne, tout va bien, mais l’envoi d’un retour d’information assorti d’une mauvaise note peut avoir des effets psychologiques néfastes. N’oublions pas en effet que les traducteurs indépendants travaillent encore souvent dans l’isolement et présentent des profils introvertis. De plus, les traducteurs internes amenés à réviser des traductions externes détestent noter leurs collègues.

    75C’est la raison pour laquelle la notation des traducteurs externes sur une échelle de 1 à 5 que nous pratiquions à l’OCDE demeurait un indicateur purement interne qui permettait aux différents traducteurs spécialisés ou traducteurs pouvant être amenés à réviser le travail d’un collègue d’avoir une idée du niveau de qualité et de fiabilité que l’on peut attendre de l’intéressé. De plus, le fait que les notes d’un traducteur externe donné s’améliorent au fil du temps constituait un bon indicateur de l’effort de révision à attendre, voire un indicateur de la possibilité de ne pas réviser ses traductions.

    76Cet ensemble de principes et de pratiques en matière de révision externe était désigné sous l’appellation de KYT policy ou know-your-translator-policy. Cette politique permettait un suivi individualisé visant à faire progresser les traducteurs externes pour limiter in fine les besoins de révision (réviser mieux pour réviser moins). Cette politique était en outre un facteur d’efficience de la répartition du travail entre traducteurs externes et internes en fonction des compétences de chacun, des délais convenus avec le demandeur au regard du temps de révision disponible et des capacités d’absorption des volumes à traduire de chaque intervenant.

    77Enfin, mon expérience montre que cette politique de relations pédagogiques avec un vivier de traducteurs externes bien identifié, qui cherche à faire progresser notamment de jeunes traducteurs, présente un grand intérêt pour la gestion des effectifs et la planification de la relève. En effet, tous les derniers concours de recrutement de traducteurs que j’ai organisés à l’OCDE ont permis de recruter en interne d’anciens jeunes traducteurs externes que nous avions patiemment formés, qui arrivaient dans le service avec une excellente connaissance de ses fonctionnements et qui se sont facilement intégrés dans l’équipe en place.

    78On retrouvera, dans le contexte spécifique différent du Conseil de l’Europe, des réflexions et préoccupations analogues dans l’article de Jean-François Allain, Traductions externalisées et démarche qualité au Conseil de l’Europe (Allain, 2007).

    Quelques considérations pédagogico-traductologiques autour de la révision

    79Sur le plan traductologique, le modèle de révision interne et externe que je propose est pleinement en phase avec celui de l’enquête selon Dewey. Il part de l’idée que le traducteur a procédé lui-même à une enquête lors de sa traduction, enquête qu’il a plus ou moins menée à bien, avec la conviction d’avoir fait de son mieux, c’est-à-dire jusqu’au stade de la déverbalisation correspondant chez Dewey à la capacité d’assertion garantie. Mais n’oublions pas que Dewey envisage la possibilité d’un prolongement de l’enquête dès lors que des observations ou des faits nouveaux apparaissent et remettent en cause l’enquête initiale4.

    80Sur le plan pédagogique, toutes les démarches que je préconise dans mon modèle (amélioration de la traduction par opposition à la réécriture, déhiérarchisation de la révision, passage par l’oral pour clarifier les problèmes, mise en évidence des passages bien maîtrisés) sont autant d’incitations à l’autonomisation du traducteur dans sa pratique professionnelle. Et là encore, je suis en phase avec la pédagogie du Learning by Doing de Dewey.

    81Ce bilan pédagogique de mon expérience de la révision ainsi que le bilan traductologique plus général de mon expérience de la traduction me semblent utiles pour aborder la question de l’enseignement de la traduction à l’heure où le métier de traducteur se trouve à la croisée des chemins.

    4.2. La formation initiale des traducteurs

    82Mon expérience de la formation initiale des traducteurs s’est étalée du début des années 1980 jusqu’au début des années 2010 dans le cadre de l’ESIT de la Sorbonne Nouvelle et du DESS puis Master d’Études interculturelles de langues appliquées (EILA) de l’Université Paris 7 – Denis Diderot. J’y étais chargé de cours de traduction spécialisée en économie et finance en anglais-français et/ou en allemand-français.

    83Cette expérience a été étroitement liée à ma pratique professionnelle et ma réflexion traductologique. La suite de ce chapitre comportera deux volets, à savoir le contenu de l’enseignement de la traduction spécialisée d’une part et les formations d’autre part.

    Le cours de traduction spécialisée

    84La pratique de la révision telle que je l’ai exposée dans les pages précédentes ainsi que mon adhésion au modèle pédagogique de l’apprentissage par la pratique selon les théories de Dewey m’ont conduit à un premier principe : à aucun moment, l’enseignant ne doit imposer sa propre traduction comme modèle. Cela a pour corolaire qu’un traducteur spécialisé enseignant ne doit pas préparer la traduction du texte qu’il soumet aux étudiants. Ce double principe s’applique à la fois au cours proprement dit et au contrôle du travail des étudiants. C’est une façon de faire comprendre aux étudiants qu’il ne faut pas tout attendre de l’enseignant. Et l’enseignant doit explicitement annoncer ce principe dès le premier cours.

    85Cette démarche est d’autant plus importante que les étudiants n’ont pas une attitude homogène vis-à-vis de la spécialité concernée. J’ai pu constater que certains étudiants présentaient une véritable allergie à la chose économique. Il est donc essentiel de ne pas creuser la distance cognitive entre l’enseignant et son public étudiant.

    Le déroulement du cours

    86Le support du cours doit d’abord être calibré pour ne pas occuper trop de séances consécutives, car chaque spécialité (économie, droit, technique, médecine) recouvre de multiples sous-spécialités et il est intéressant d’en faire découvrir aux étudiants leurs diverses facettes.

    87Dans une première séance, les étudiants vont découvrir le texte de la même façon qu’un traducteur prend connaissance du texte qu’on lui propose de traiter. Un temps est alors laissé pour la lecture du texte. Ensuite, les étudiants sont invités à dire ce qu’ils ont compris, mais aussi ce qu’ils n’ont pas compris. Là encore, les réactions à ces prises de parole ne doivent pas venir de l’enseignant, mais du groupe lui-même. Il s’agit ainsi d’amener les étudiants à faire part de leurs observations sur le texte, à la fois sur le fond et la forme, à envisager des pistes d’analyse du texte, à repérer les balises du contexte et à formuler des éléments de solution.

    88Il arrive que ce processus s’enlise, notamment parce que le groupe ne voit pas les liens entre les différentes balises cognitives ou linguistiques du texte. L’enseignant peut alors intervenir pour pointer un élément négligé par la discussion, sans pour autant donner une solution de traduction. Lorsque le groupe est collectivement parvenu à un certain niveau de compréhension du texte et s’il reste du temps, il peut être intéressant de procéder à un exercice de traduction à vue sur la base du volontariat. La traduction à vue est, de même que la relecture croisée un puissant instrument de prise de conscience de ses forces et de ses faiblesses. Il est d’ailleurs intéressant d’organiser de temps à autre des séances entièrement consacrées à la traduction à vue sur un texte relevant d’un sous-domaine déjà traité en cours.

    89Enfin, au terme du cours, l’enseignant sollicite quelques candidats pour traduire par écrit quelques paragraphes supplémentaires du texte. Un délai de transmission électronique de ces travaux est donné de façon que l’enseignant puisse les évaluer. La règle du jeu veut que chaque membre du groupe entreprenne plusieurs traductions écrites au cours du semestre afin que l’enseignant puisse donner une appréciation sur les progrès de chaque étudiant. L’étudiant doit ainsi se sentir responsable de sa propre formation.

    90Ce déroulement du cours vise à embarquer les étudiants dans un processus d’enquête à la fois collective et individuelle reposant pour une bonne part sur l’oral avant de se lancer dans la pratique traduisante proprement dite par écrit. Une fois de plus, ce modèle s’inscrit pleinement dans la démarche de l’enquête au sens de Dewey et de son apprentissage par la pratique.

    L’évaluation des travaux écrits

    91Reste la grande question de l’évaluation des travaux écrits transmis par les étudiants à l’enseignant. Ce dernier va-t-il alors procéder à une correction de copie classique ? Le lecteur ne s’en étonnera pas, je rejette catégoriquement cette pratique non professionnelle. La pratique de la révision doit au contraire être introduite dès le début de la formation des étudiants à la traduction spécialisée. On peut cependant s’interroger sur l’efficience d’une application directe de cette pratique au stade de maturité professionnelle des étudiants. Au fil des années d’enseignement, il m’est apparu qu’avant de soumettre le travail de l’étudiant à une révision en bonne et due forme et si pédagogique soit-elle, il convenait de passer par une étape intermédiaire plus fortement axée sur l’apprentissage par la pratique.

    92C’est dans cet esprit que j’ai introduit l’étape de la révision indicative. Le principe est simple et consiste à surligner dans le fichier transmis par l’étudiant les passages appelant des commentaires de l’enseignant, en donnant sous la forme de code des indications sur la nature des lacunes de la traduction, mais aussi sur les passages bien maîtrisés par l’étudiant. Naturellement, ces codes sont communiqués aux étudiants dès le premier cours.

    93Cette démarche correspond tout à fait à l’organisation d’un formulaire de retour d’information envoyé par un traducteur spécialisé/réviseur à un traducteur externe de son organisation. Voici les principaux critères de fiabilité que j’ai développés et utilisés dans ma pratique de l’enseignement de la traduction spécialisée :

    • Erreur de sens ou de logique,
    • Inadaptation de la terminologie,
    • Surtraduction,
    • Sous-traduction,
    • Problème de lisibilité,
    • Inadaptation du niveau de langue,
    • Fautes d’orthographe ou de syntaxe,
    • Passage bien maîtrisé,
    • Initiative judicieuse et/ou originale.

    94Bien entendu, cette liste ne se veut ni exhaustive, ni gravée dans le marbre. C’est simplement un ensemble de critères qui m’a paru cohérent avec mes principes et pratiques pédagogiques.

    95Que se passe-t-il ensuite ? L’étudiant reçoit son travail assorti de ces indications, à charge pour lui de retravailler sa traduction en fonction desdites indications. L’idée, toujours conforme à la pédagogie de Dewey, est que l’étudiant améliore son travail par lui-même en s’appuyant sur les indications de son enseignant.

    96Dans un deuxième temps, l’étudiant renvoie sa traduction ainsi retravaillée à l’enseignant qui en entreprend alors une véritable révision professionnelle et pédagogique en reprenant l’enquête de l’étudiant pour en rectifier les lacunes résiduelles et améliorer l’expression linguistiquement libre du message de l’auteur.

    97Je suis conscient que ce modèle est particulièrement exigeant de la part de l’enseignant auquel est demandé un investissement chronophage qui n’a rien à voir avec la correction classique de copie. En outre, il est d’autant plus efficient que le nombre d’étudiants composant le groupe est raisonnable, voire limité.

    98Tel est le modèle auquel je suis parvenu sur la base de ma pratique professionnelle, de mes réflexions traductologiques et de mes tâtonnements pédagogiques. Je ne pousserai pas mon analyse jusqu’à l’aspect docimologique de l’enseignement de la traduction, car chaque formation fixe ses règles de notation (note des travaux écrits, note des examens écrits, note de participation aux cours, note des mémoires, système de compensation entre ces différentes notes et notes éliminatoires). Je n’ai pas les compétences nécessaires pour m’exprimer valablement sur ces questions.

    Réflexions sur la formation des futurs traducteurs

    99Les pages qui vont suivre sur la formation universitaire des futurs traducteurs n’ont pas pour ambition de tracer le profil d’une formation idéale. Là encore, je n’ai pas les compétences d’un responsable de formation rompu aux arcanes et contraintes administratives et budgétaires de l’Université.

    100Par ailleurs, dans ce chapitre, je resterai sur le terrain des aspects pédagogiques et des propositions reposant sur ma propre expérience du métier de traducteur et de l’enseignement de la traduction. En revanche, je n’aborderai pas les grands enjeux technologiques liés à la traduction automatique statistique (TAS) et surtout la traduction automatique neuronale (TAN). Je reviendrai sur ces enjeux dans le chapitre qui suivra.

    Questionnement sur les évolutions des formations

    101Entre le début des années 1980 et le début des années 2010, j’ai eu des contacts avec de nombreuses formations à la traduction de divers pays. Certaines de ces formations ont fait le choix d’un large éventail de combinaisons linguistiques, d’autres se sont concentrées sur des domaines spécialisés qui ont fait leur réputation. D’autres encore ont cultivé leurs liens avec les entreprises à travers les stages d’été, voire l’apprentissage, comme la formation EILA (Paris 7) lancée à la fin des années 1980.

    102Par ailleurs, les formations peuvent être soumises à diverses externalités. Lorsque j’ai commencé mes études de traduction, la formation de Germersheim comptait 800 étudiants, toutes années confondues. Un an plus tard, de nombreuses filières universitaires allemandes ont été soumises à un numerus clausus. Ce n’était pas le cas des formations à la traduction, de sorte que celle de Germersheim a connu un développement soudain et spectaculaire du nombre d’étudiants qui est alors passé à plus de 2 000. En France, le développement des études de langues étrangères appliquées (LEA) a déclenché l’apparition de la mention Traduction spécialisée dans nombre de ces formations à la recherche de débouchés professionnels. En Espagne, le développement du fédéralisme a poussé chaque région et chaque province à se doter de sa formation.

    103Tout cela a entraîné une profonde modification du paysage des formations à la traduction et une explosion du nombre d’étudiants. Au début des années 2010, l’Île-de-France ne comptait pas moins de 13 formations ! En 2012, le groupe qui suivait mon cours de travaux dirigés de traduction économique au niveau Master 2 comprenait une cinquantaine d’étudiants. Depuis, les effectifs ont encore augmenté.

    104On est bien loin de l’époque où les groupes d’étudiants ne dépassaient pas la trentaine et où la liste des formations de traduction coïncidait en grande partie avec celle des écoles adhérentes à la Conférence internationale d’Instituts universitaires de traducteurs et interprète (CIIUTI). Le monde de la traduction était alors stable, surtout après l’abandon des recherches en traduction automatique à la suite du rapport de l’Automatic Language Processing Advisory Committee (ALPAC).

    105Mais ce paysage était-il si inerte ? Pas tant que ça comme on le verra ! En attendant, lorsque j’ai quitté l’enseignement de la traduction à l’Université, ma relation avec les formations de traduction a basculé en grande partie du côté des recruteurs soucieux de faire leur marché parmi ces formations pour assurer la relève de leurs effectifs. C’est dans cet esprit que je me suis posé un certain nombre de questions :

    • Objectifs de formation. Veut-on former de jeunes diplômés capables de s’insérer sur le marché du travail ou veut-on former des traducteurs spécialisés en herbe, des traducteurs servant prioritairement des objectifs de communication commerciale, ou les trois à la fois ?
    • Perspectives pour les diplômés. Compte tenu du niveau des tarifs auxquels peuvent prétendre les diplômés de la première catégorie, est-il raisonnable de les soumettre à 5 années d’études ?
    • Combinaisons linguistiques et enseignants. Le nombre de postes d’enseignement n’étant pas extensible, n’est-il pas raisonnable de limiter le nombre de combinaisons linguistiques proposées aux étudiants et soigner la qualité du recrutement des intervenants en termes professionnels et pédagogiques, plutôt que d’accepter des compromis sur ces recrutements ?
    • Financement et effectifs étudiants. Comment échapper à la logique de l’augmentation des inscriptions parallèle à l’augmentation du coût de la formation ?
    • Notation et diplôme. L’économie des unités de valeur, des crédits et de la compensation des notes adoptée par la formation n’a-t-elle pas des effets pervers ?
    • Sélection des étudiants. Le recrutement des étudiants sur la base d’une licence indifférenciée de LEA constitue-t-il un filtre nécessaire et suffisant ?

    106En outre, les enjeux sous-jacents à ces questions risquaient d’être exacerbés par les évolutions technologiques déjà à l’œuvre et sur lesquelles je reviendrai dans le prochain chapitre.

    107En réalité, le paysage n’a jamais cessé de bouger et ses évolutions sont venues répondre en partie au moins à ce questionnement. En voici un certain nombre :

    • Au cours des années 1970 et 1980, l’ouverture vers les entreprises a de plus en plus eu droit de cité à l’Université et a permis le développement de stages en entreprise, y compris à l’étranger.
    • En 1987, l’adoption du Programme ERASMUS (EuRopean Action Scheme for the Mobility of University Students) est venue stimuler une mobilité européenne des étudiants positive pour les apprentis-traducteurs.
    • En 2003, l’entrée en vigueur du Programme LMD (licence, master, doctorat) ne pouvait que conforter ces évolutions : en visant une harmonisation des diplômes et des durées d’études dans l’Union européenne.
    • Pour ce qui concerne les formations de traduction, j’ai évoqué la formation EILA de l’Université de Paris 7 et sa formule de l’alternance entreprise-Université. C’est une formule qui a séduit beaucoup d’entreprises au point que cette formation a su faire sa place dans le paysage parisien, y compris face aux deux Vieilles Dames qu’étaient l’École supérieure d’interprètes et de traducteurs (ESIT) et l’Institut supérieur d’interprétation et de traduction (ISIT).
    • Dans plusieurs formations, les étudiants ont créé des junior entreprises comme Linga ESIT, Junior ISIT ou encore ATLAS à Grenoble5.
    • La création du réseau Tradutech, réunissant sept formations de traduction autour de sessions (deux fois par an) dédiées à des projets de traduction ainsi décrits :

    « Les sessions Tradutech sont des simulations de projets de traduction technique en conditions professionnelles. Lors de ces sessions intensives d’une semaine, les étudiants travaillent en équipe et peuvent jouer un rôle de : Chef d’agence, Chef de projets, Chef terminologue, Traducteur. Toutes les étapes d’un projet de traduction sont mises en place, de la demande du client à la livraison du projet, en passant par les étapes de gestion des ressources, de production, de contrôle qualité et de communication client. »

    108Cela étant, il me semble que l’initiative majeure de professionnalisation des formations de traducteurs aura été la création d’un Master européen en traduction, plus connu sous son abréviation anglaise EMT (European Master’s in Translation). Ce master est en fait une forme de labellisation qui permet au marché (les clients des professionnels de la traduction) de s’y retrouver dans la pléthore de formations et de faire émerger les plus sérieuses d’entre elles. Cet EMT est défini de la façon suivante :

    « Réseau de programmes de master en traduction visant à améliorer la qualité de la formation des traducteurs et à aider les jeunes diplômés à intégrer le marché du travail6. »

    109L’apport fondamental de l’EMT réside dans son Référentiel de compétences. Ce référentiel présente deux caractéristiques qui en font tout l’intérêt :

    • D’une part, il n’est pas figé dans le temps, mais il est adopté pour une période définie (2018-2024 pour le référentiel actuel). Cela lui permet d’y intégrer les dernières évolutions du métier, notamment les évolutions technologiques.
    • D’autre part, il n’énonce pas des prérequis, mais des aptitudes, savoirs, et compétences que les étudiants doivent avoir acquis à la sortie du Master. Dès lors, on peut envisager une réorganisation de la chronologie d’acquisition de ces compétences.

    110Dans la suite de ce chapitre, je m’appuierai sur ces deux caractéristiques pour formuler un certain nombre de suggestions à l’intention des formations de traducteurs.

    111Il convient en outre de noter que la philosophie de l’EMT a trouvé un puissant relais dans les travaux de l’Association française des formations universitaires aux métiers de la traduction (AFFUMT)7. Ces travaux ont permis aux formations de se saisir d’un certain nombre de ces questions, en particulier celles de la sélection, de la spécialisation et du recrutement de professionnels actifs pour assurer les enseignements8.

    Suggestions pour les formations

    112Les contacts que j’ai pu avoir avec un certain nombre de formations à la traduction reconnues en France, en Europe et au Canada, de même que mon expérience du recrutement de traducteurs professionnels à l’OCDE, m’ont amené à formuler quelques suggestions pour la préparation des futurs traducteurs, avant même d’intégrer la dimension des nouvelles technologies dans l’analyse.

    113Il me semble d’abord que les modes actuels d’accès aux formations de traducteurs aboutissent en fait à une grande hétérogénéité du public étudiant, avec les difficultés que cela pose aux enseignants sur le plan des contenus et de la pédagogie pertinente. C’est la raison pour laquelle je propose de commencer la formation par une phase propédeutique.

    Le volet propédeutique de la formation

    114Dans le cadre de cette propédeutique de la traduction, il semble indispensable de guider les étudiants vers l’acquisition de pratiques fondamentales de la traduction professionnelle. Ainsi, on a vu qu’un traducteur abordait les textes qui lui sont confiés par une double lecture. Il s’agit en effet d’une lecture contrastive qui va lui permettre de repérer les spécificités de la langue originale qui se manifestent dans le texte source et de se préparer ainsi à un effort particulier de reformulation au stade de la réexpression. À l’occasion d’un sondage auprès d’un groupe d’étudiants concernant l’utilité d’une sensibilisation à ces pratiques fondamentales, la plus belle réponse que l’on pouvait espérer nous est rapportée par Isabelle Colombat :

    « Comme dans tout art, la théorie est un outil nécessaire à l’apprentissage parce qu’elle nous fait comprendre, nous fait voir des choses qui sans elle, nous prendraient beaucoup de temps à comprendre et à réaliser. […] Je crois que la théorie est un accélérateur dans notre apprentissage. Lorsqu’on passe à la pratique, la théorie permet d’améliorer la rapidité d’exécution du traducteur et la qualité de son travail. » (Colombat, 2003, 426).

    115Comme le souligne également Elisabeth Lavault-Olléon,

    « Dans l’enseignement initial, [… le travail comparatif] permet de mettre en lumière des procédés de reformulation linguistique (transposition) ou sémantique (modulation, équivalence), qui relèvent souvent du simple bon sens, mais méritent d’être enseignés à des étudiants ayant tendance à accumuler les calques, faute de réflexion sur la nature de la traduction. » (Lavault-Olléon, 2007, 54-55).

    116Parallèlement, le traducteur procède à une lecture logique dans laquelle il va repérer les balises cognitives du texte qui vont servir de premiers repères de son enquête logique. Faire travailler les étudiants sur ces deux lectures peut donner lieu à des exercices pédagogiques stimulants et faciles à organiser dans le cadre de travaux dirigés.

    117Autre suggestion, les cours dits généraux (droit, économie, technique, médecine) devraient faire partie de la phase propédeutique. Ce n’est pas lorsque les étudiants commencent à suivre des cours de traduction spécialisée qu’il faut leur apporter des connaissances dans ces domaines. Bien entendu, les étudiants qui arrivent dans la formation en ayant un diplôme dans l’une de ces disciplines doivent être dispensés des cours correspondants. L’intérêt de ces cours est d’élargir les connaissances des autres étudiants et leur permettre de le faire dans des groupes un peu plus restreints de façon à maximiser cet élargissement. Cela étant, la phase propédeutique de la formation étant déjà chargée, on peut se demander si ces cours doivent être classiques, comme en économie, s’ils visent plutôt à préparer les étudiants à la traduction dans ce domaine, comme le préconise Jean Delisle (Delisle, 1988).

    118Enfin, le volet propédeutique doit aussi porter sur certains aspects de la traduction en tant qu’action de communication, notamment les relations interculturelles ou encore la notion de cahier des charges, avec dans ce dernier cas des exercices comme la rédaction d’un communiqué de presse fondé sur un ensemble d’informations, de chiffres et de documents.

    119Le volet propédeutique doit enfin comporter d’autres enseignements : initiation à la terminologie, apprentissage de la TAO, initiation à la traduction automatique et à la post-édition9.

    120La fin du volet propédeutique peut être un point de sortie vers la vie active ou un changement d’orientation, notamment pour les étudiants plus intéressés par les métiers et technologies de la communication internationale ou encore les industries de la langue plutôt que par les métiers de la traduction.

    Le volet professionnalisation de la formation

    121Vient ensuite le cœur de la formation, à savoir son volet de professionnalisation, véritablement centrée sur la traduction. Compte tenu des évolutions en cours sur les marchés de la traduction, il me paraît essentiel de ne pas restreindre cet enseignement à une démarche uniquement interprétative ou uniquement fonctionnaliste et de donner un enseignement méthodologique nécessaire à cet égard.

    122De même, les travaux dirigés de traduction ne doivent pas être uniquement centrés sur la transmission du message d’un texte. Les travaux reposant sur la mise en œuvre d’un cahier des charges de traduction ou sur la réalisation d’objectifs de communication doivent être développés. Dans un cas comme dans l’autre, il importe de mettre l’accent sur le passage par l’oral, notamment avec des exercices de traduction à vue ou des discussions autour des textes à traiter. Comme on l’a vu, la relecture croisée a des vertus pédagogiques considérables et elle doit faire partie intégrante de la panoplie des exercices pratiqués dans ce volet de professionnalisation.

    123Enfin, la révision indicative, suivie par une amélioration de sa traduction par l’étudiant lui-même avant une révision professionnelle par l’enseignant, doit permettre à l’étudiant de s’approprier les pratiques professionnelles exemplaires.

    124Dans cette phase de professionnalisation, un stage en entreprise de durée significative, assorti d’un véritable tutorat et donnant lieu à un rapport, ainsi qu’un mémoire de traduction, de terminologie et d’analyse de la méthodologie appliquée viendront couronner la fin d’études, comme c’est le cas dans la plupart des formations10.

    125Dans diverses formations également, les étudiants sont confrontés à des travaux professionnels intégraux qui peuvent être simulés (comme Tradutech) ou authentiques, avec de véritables commanditaires (souvent des ONG) pour lesquels ils doivent gérer un projet de sa commande à sa livraison par le biais de missions intégrées dans la formation (d’un à plusieurs jours) ou de junior entrepris.

    126L’enseignement axé sur la professionnalisation, en réduisant la dispersion des apprentissages pour la fin des études, présente l’avantage d’éviter que des étudiants peu performants dans les domaines relevant du métier parviennent à obtenir un diplôme par le jeu des compensations avec des matières dites générales. Cela étant, je suis conscient que les règles de notation applicables aux Masters en général peuvent induire un tel effet pervers. Ne faudrait-il pas introduire une exception à ces règles dans le cas de Masters professionnalisants ?

    127Si l’on considère que le niveau de diplôme visé pour une formation complète de traducteurs professionnels est le Master 2, il convient de prévoir un diplôme intermédiaire à la sortie du Master 1 afin de donner une qualification aux étudiants non sélectionnés pour le Master 2.

    Quelques remarques en guise de bilan sur les formations

    128Les réflexions que j’ai présentées sur la pédagogie de la formation des futurs traducteurs ont été inspirées par le souci d’armer le mieux possible les étudiants pour leur insertion dans les métiers de la traduction. Il me paraît en effet particulièrement dommageable, voire criminel, que de jeunes professionnels ayant suivi cinq années de formation exigeante pour décrocher un Master professionnalisant se retrouvent à travailler pour des prix dérisoires. C’est vrai aujourd’hui et cela risque de l’être plus encore demain.

    129Le volet propédeutique de la formation me paraît indispensable pour l’équipement méthodologique des étudiants : enseignements de spécialité préalables à la plongée dans la pratique du métier, mise en évidence des acquis des approches contrastives pour apprendre aux étudiants à mieux lire les textes à traduire, recours aux acquis pédagogiques du fonctionnalisme pour ouvrir l’esprit des étudiants sur l’approche interculturelle de la traduction, analyse des cahiers des charges pour mieux comprendre les attentes des clients, analyse logique des messages et repérage des balises cognitives pour initier les étudiants aux méthodes de l’enquête, exercices stimulant la créativité des étudiants pour les adapter au monde de la communication et naturellement familiarisation avec les outils modernes de la traduction et de la terminologie.

    130Toutes ces activités, livrées ici pêle-mêle, ont une cohérence pédagogique et méthodologique. Il s’agit d’amener les étudiants à bien comprendre ce que l’on attend d’eux et à se prendre en main pour s’insérer dans leur futur métier.

    131Le déroulement du cours que je préconise va lui aussi dans le sens de l’autonomisation des étudiants par la pratique en s’appuyant sur une pédagogie de la révision elle-même en phase avec une réflexion traductologique d’ensemble. C’est l’apprentissage de la rigueur et de la créativité par une pratique guidée et non dirigée (ce qui remet en cause dans les faits l’expression travaux dirigés dans la présentation des programmes de formation).

    132La consolidation de l’acquis propédeutique et les pratiques pédagogiques que je recommande pour les cours de traduction m’apparaissent comme les moyens les plus efficients de donner confiance aux étudiants et de les faire progresser vers un objectif professionnel ambitieux. De plus, si les jeunes professionnels qu’ils deviendront en ont l’opportunité, ils sauront maximiser l’utilité de la révision des travaux qui leur seront confiés.

    133Reste un enjeu crucial pour les formations, avoir la latitude et les moyens, y compris financiers, de recruter de véritables enseignants professionnels pour appliquer de telles méthodes et tirer les étudiants vers le haut.

    134Je me suis jusqu’ici penché sur un monde de la traduction qui sortait d’une période relativement stable sur le plan technologique. Depuis, le métier de traducteur est entré dans un nouveau paradigme dans lequel les outils numériques ont pris une importance prépondérante.

    Notes de bas de page

    1Voir https://mentoratquebec.org/definition-mentorat/.

    2À cet égard, je pense que la participation à des ateliers de théâtre est une activité que nous recommandons à ces trop nombreux traducteurs introvertis que l’on rencontre dans le métier. L’archétype du traducteur introverti et invisible est bien décrit par Zola dans son roman L’argent.

    3Dans le cas de l’OCDE, il n’est pas rare que les publications à traduire dépassent les 400-500 pages standards (300 mots source par page) ce qui interdit une traduction interne faute de moyens et mobilise de nombreux traducteurs externes.

    4On notera en lien avec la notion d’enquête une analogie terminologique entre la criminologie, grande spécialité de Dewey, et mon modèle traductologique ; lorsque des faits nouveaux remettent en cause les conclusions d’une enquête judiciaire, l’enquête est alors reprise, normalement par d’autres magistrats, dans le cadre d’une « révision » du jugement initial, tout comme pour nous, la révision est un processus de reprise de l’enquête initiale du traducteur.

    5Junior entreprises. Voir http://www.linguatraduction.eu/fr/ pour l’ESIT, https://www.juniorisit.com/ pour l’ISIT et https://www.atlas-traduction.com/ pour Grenoble.

    6EMT, voir https://commission.europa.eu/resources-partners/european-masters-translation-emt_en. « Le référentiel EMT a été actualisé le 5 juin 2024 pour la période 2024-2029. » (source N. Froeliger, 6 juin).

    7AFFUMT, voir https://affumt.wordpress.com/.

    8Lors de son intervention de clôture du colloque de l’AFFUMT Former aux métiers de la traduction aujourd’hui et demain les 8-9 avril 2021, Elisabeth Lavault-Olléon a dressé un bilan de l’AFFUMT qui montre que cette association a intensément travaillé sur la plupart de ces questions depuis 2010.

    9On notera que bon nombre de formations ont introduit de telles initiations dans leurs cursus.

    10Ce type de mémoire, réalisé par l’étudiant en étant guidé par un Mentor expert, s’inscrit dans la droite ligne de l’apprentissage par la pratique, mais représente aussi la réalisation par l’étudiant de son chef d’œuvre au sens où l’entendait le pédagogue français Célestin Freinet, fondateur de l’École moderne.

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0

    Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    La traductologie de corpus

    La traductologie de corpus

    Rudy Loock

    2016

    Les enjeux de la traduction dans les agences de presse

    Les enjeux de la traduction dans les agences de presse

    Lucile Davier

    2017

    Antiquité et traduction

    Antiquité et traduction

    De l'Égypte ancienne à Jérôme

    Michel Ballard Lieven D'hulst, Mickaël Mariaule et Corinne Wecksteen-Quinio (éd.)

    2019

    La traduction automatique

    La traduction automatique

    Anne-Marie Loffler-Laurian

    1996

    Les belles infidèles

    Les belles infidèles

    Georges Mounin

    2016

    Cent ans de théorie française de la traduction

    Cent ans de théorie française de la traduction

    De Batteux à Littré (1748-1847)

    Lieven D’hulst

    1990

    L’erreur culturelle en traduction

    L’erreur culturelle en traduction

    Lectures littéraires

    Stéphanie Schwerter, Catherine Gravet et Thomas Barège (dir.)

    2019

    La formation grammaticale du traducteur

    La formation grammaticale du traducteur

    Michel Berré, Béatrice Costa, Adrien Kefer et al. (dir.)

    2019

    La traduction épistémique : entre poésie et prose

    La traduction épistémique : entre poésie et prose

    Tatiana Milliaressi (dir.)

    2020

    Parcours de traduction

    Parcours de traduction

    Étude expérimentale du processus de compréhension

    Jeanne Dancette

    1995

    La traduction plurielle

    La traduction plurielle

    Michel Ballard (dir.)

    1990

    Les transferts linguistiques dans les médias audiovisuels

    Les transferts linguistiques dans les médias audiovisuels

    Yves Gambier (dir.)

    1996

    Voir plus de livres
    1 / 12
    La traductologie de corpus

    La traductologie de corpus

    Rudy Loock

    2016

    Les enjeux de la traduction dans les agences de presse

    Les enjeux de la traduction dans les agences de presse

    Lucile Davier

    2017

    Antiquité et traduction

    Antiquité et traduction

    De l'Égypte ancienne à Jérôme

    Michel Ballard Lieven D'hulst, Mickaël Mariaule et Corinne Wecksteen-Quinio (éd.)

    2019

    La traduction automatique

    La traduction automatique

    Anne-Marie Loffler-Laurian

    1996

    Les belles infidèles

    Les belles infidèles

    Georges Mounin

    2016

    Cent ans de théorie française de la traduction

    Cent ans de théorie française de la traduction

    De Batteux à Littré (1748-1847)

    Lieven D’hulst

    1990

    L’erreur culturelle en traduction

    L’erreur culturelle en traduction

    Lectures littéraires

    Stéphanie Schwerter, Catherine Gravet et Thomas Barège (dir.)

    2019

    La formation grammaticale du traducteur

    La formation grammaticale du traducteur

    Michel Berré, Béatrice Costa, Adrien Kefer et al. (dir.)

    2019

    La traduction épistémique : entre poésie et prose

    La traduction épistémique : entre poésie et prose

    Tatiana Milliaressi (dir.)

    2020

    Parcours de traduction

    Parcours de traduction

    Étude expérimentale du processus de compréhension

    Jeanne Dancette

    1995

    La traduction plurielle

    La traduction plurielle

    Michel Ballard (dir.)

    1990

    Les transferts linguistiques dans les médias audiovisuels

    Les transferts linguistiques dans les médias audiovisuels

    Yves Gambier (dir.)

    1996

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses universitaires du Septentrion
    • amazon.fr
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    • lcdpu.fr
    ePub / PDF

    1Voir https://mentoratquebec.org/definition-mentorat/.

    2À cet égard, je pense que la participation à des ateliers de théâtre est une activité que nous recommandons à ces trop nombreux traducteurs introvertis que l’on rencontre dans le métier. L’archétype du traducteur introverti et invisible est bien décrit par Zola dans son roman L’argent.

    3Dans le cas de l’OCDE, il n’est pas rare que les publications à traduire dépassent les 400-500 pages standards (300 mots source par page) ce qui interdit une traduction interne faute de moyens et mobilise de nombreux traducteurs externes.

    4On notera en lien avec la notion d’enquête une analogie terminologique entre la criminologie, grande spécialité de Dewey, et mon modèle traductologique ; lorsque des faits nouveaux remettent en cause les conclusions d’une enquête judiciaire, l’enquête est alors reprise, normalement par d’autres magistrats, dans le cadre d’une « révision » du jugement initial, tout comme pour nous, la révision est un processus de reprise de l’enquête initiale du traducteur.

    5Junior entreprises. Voir http://www.linguatraduction.eu/fr/ pour l’ESIT, https://www.juniorisit.com/ pour l’ISIT et https://www.atlas-traduction.com/ pour Grenoble.

    6EMT, voir https://commission.europa.eu/resources-partners/european-masters-translation-emt_en. « Le référentiel EMT a été actualisé le 5 juin 2024 pour la période 2024-2029. » (source N. Froeliger, 6 juin).

    7AFFUMT, voir https://affumt.wordpress.com/.

    8Lors de son intervention de clôture du colloque de l’AFFUMT Former aux métiers de la traduction aujourd’hui et demain les 8-9 avril 2021, Elisabeth Lavault-Olléon a dressé un bilan de l’AFFUMT qui montre que cette association a intensément travaillé sur la plupart de ces questions depuis 2010.

    9On notera que bon nombre de formations ont introduit de telles initiations dans leurs cursus.

    10Ce type de mémoire, réalisé par l’étudiant en étant guidé par un Mentor expert, s’inscrit dans la droite ligne de l’apprentissage par la pratique, mais représente aussi la réalisation par l’étudiant de son chef d’œuvre au sens où l’entendait le pédagogue français Célestin Freinet, fondateur de l’École moderne.

    Réflexion traductologique d'un professionnel

    X Facebook Email

    Réflexion traductologique d'un professionnel

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    Réflexion traductologique d'un professionnel

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Rochard, M. (2024). 4. Le traducteur pédagogue. In Réflexion traductologique d’un professionnel. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/12a3o
    Rochard, Michel. « 4. Le traducteur pédagogue ». In Réflexion traductologique d’un professionnel. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2024. doi:10.4000/12a3o.
    Rochard, Michel. « 4. Le traducteur pédagogue ». Réflexion traductologique d’un professionnel, Presses universitaires du Septentrion, 2024, https://doi.org/10.4000/12a3o.

    Référence numérique du livre

    Format

    Rochard, M. (2024). Réflexion traductologique d’un professionnel. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/12a43
    Rochard, Michel. Réflexion traductologique d’un professionnel. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2024. doi:10.4000/12a43.
    Rochard, Michel. Réflexion traductologique d’un professionnel. Presses universitaires du Septentrion, 2024, https://doi.org/10.4000/12a43.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses universitaires du Septentrion

    Presses universitaires du Septentrion

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Facebook
    • LinkedIn
    • Instagram
    • X
    • Bluesky
    • Flux RSS

    URL : http://www.septentrion.com

    Email : contact@septentrion.com

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement