Évolution du commerce extérieur allemand : continuation ou rupture ?

Hans Brodersen

p. 157-184


Texte intégral

1Depuis la refondation de l’Allemagne républicaine après la Seconde Guerre mondiale – jusqu’à aujourd’hui –, le commerce extérieur allemand joue un rôle majeur dans l’expansion économique du pays. Aucune crise économique, pas même celle, pourtant très grave, de 2009-2010, n’a pu freiner durablement l’appétit des exportateurs nationaux pour la conquête des marchés étrangers ni ralentir les importations visant à satisfaire une demande allemande chaque année plus ouverte à l’offre du marché mondial. Ainsi, entre 1951 et 2015, le commerce extérieur de marchandises de l’Allemagne (exportations + importations) a plus que triplé, passant de 21,8 % à 70,7 % du produit intérieur brut (PIB) allemand1. De cette ouverture croissante au monde et à la mondialisation, qui concerne également les services, l’économie allemande tire grand profit : les experts du think tank Prognos ont étudié, pour la Fondation Bertelsmann, les conséquences d’une telle ouverture sur les économies de 42 pays à l’aide d’un « indice de la mondialisation »2. Dans le cas de l’Allemagne, l’évolution de cet indice sur la période 1990-2014 (soit vingt-cinq ans) montre que le pays a engrangé, grâce à ses progrès sur le marché mondial, un surcroît de revenus par habitant de l’ordre de 1 130 euros en moyenne annuelle – c’est considérable.

2Cependant, l’étude révèle aussi que dans un grand nombre de pays, dont l’Allemagne, l’indice de la mondialisation tend à stagner et même à reculer légèrement depuis le milieu des années 2000. Comment expliquer ce retournement ? Depuis la crise économique mondiale de 2009, l’attrait pour la mondialisation a baissé. On assiste à un début de « renationalisation » des chaînes de création de valeur et à un léger regain de protectionnisme à travers le monde. Il en résulte une sensible baisse du taux de croissance du commerce mondial. Pendant vingt ans, jusqu’en 2007, celui-ci augmentait de 7 % par an. Depuis, il atteint à peine le niveau de la croissance mondiale, estimée en 2016 à 3,1 %3. La mondialisation progresse toujours, mais à un rythme nettement plus lent. Les premiers à en souffrir sont les armateurs de navires de transport de marchandises : les tarifs ont plongé depuis la crise et menacent leur solvabilité.

3Les signes d’un certain « repli sur soi » se multiplient : la Chine tente de favoriser le développement de son marché intérieur, la baisse des prix des matières premières contraint de nombreux pays émergents à renforcer le contrôle de leurs comptes extérieurs, les négociations relatives aux accords de libre-échange de type TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership) prennent du retard, le populisme teinté de nationalisme « à la Donald Trump » gagne du terrain un peu partout dans le monde, comme l’ont montré les élections en Pologne, en Hongrie et aux Philippines, ainsi que les résultats du référendum britannique sur le Brexit en juin 2016.

4Cette défiance à l’égard de la mondialisation pourra-t-elle être surmontée ? Le G20 organisé en septembre 2016 à Hangzhou, en Chine, n’a pas trouvé de stratégie pour sortir de la morosité ambiante. Quelques voix (américaines, britanniques ou canadiennes) se sont néanmoins élevées pour prôner un partage plus effectif des fruits de la mondialisation, qui bénéficient avant tout à des minorités d’entrepreneurs, de manageurs et d’ingénieurs. Car le montant, cité plus haut, du surcroît de revenus issu du renforcement de la mondialisation n’est qu’une moyenne, et celle-ci ne nous dit pas grand-chose des effets de la mondialisation sur ceux qui la regardent de loin, à savoir les chômeurs, les déclassés, certaines catégories de retraités ou encore les travailleurs pauvres. L’Allemagne fait – et fera – partie des pays qui ont le plus à espérer – ou à craindre – de l’avenir de la mondialisation.

Évolution générale

5Depuis les années 1950, à l’exception de rares et brèves périodes récessives4, l’économie allemande et son PIB progressent sans heurts majeurs. Le commerce extérieur allemand5 a participé, dès l’époque de la reconstruction du pays, à la croissance. Si, depuis les années 1990, on constate de décennie en décennie un affaissement de la croissance du PIB (hors variation des prix) – aujourd’hui elle n’est plus que de 1,1 % en moyenne par an6 –, le commerce extérieur allemand, lui, affiche toujours le même dynamisme. Depuis le début des années 2000, les exportations allemandes, hors variation des prix, progressent de 4,4 % par an, et les importations de 3,3 %. Du coup, les excédents commerciaux se succèdent : 6,9 % du PIB allemand en moyenne annuelle sur la période 2006-2015, contre 4,6 % sur la décennie précédente. En 2015, l’excédent a atteint un nouveau record avec 8,2 %.

6Comment évoluera l’économie allemande dans les dix ans à venir ? Une simple extrapolation effectuée sur la base des moyennes annuelles constatées entre 2001 et 2015 (voir le graphique 1, scénario 17) fait apparaître les tendances suivantes pour la période 2016-2025 : la part des exportations dans le PIB allemand passerait ainsi, toujours en moyenne annuelle, de 38 % à 47 % et celle des importations de 31 % à 35 % ; le solde commercial passerait quant à lui de 6,9 % à 11,7 % du PIB.

Graphique 1 – Évolution du PIB et du commerce extérieur allemandentre 1956 et 2025 (en milliards d’euros, en valeur).

Image

Source : Destatis, séries longues, calculs par l’auteur des moyennes annuelles sur périodes de dix ans.

7Ce premier scénario peut être considéré comme optimiste dans la mesure où la croissance mondiale et celle du commerce mondial, qui déterminent en grande partie l’évolution du commerce extérieur allemand, resteront sous pression selon les prévisions d’avril-juin 2016 du Fonds monétaire international (FMI), de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de la Banque mondiale, ne dépassant guère les 3 % en 2017. Le temps où le commerce mondial évoluait quasiment deux fois plus vite que le PIB mondial – c’était le cas jusqu’à la crise de 2009 – semble révolu. Il n’est cependant pas exclu que les exportateurs allemands s’adaptent mieux au nouvel environnement commercial international que leurs concurrents. Dans ce cas, le commerce extérieur sera pour beaucoup dans la croissance du PIB allemand entre 2016 et 2025. Les facteurs de croissance interne – la consommation et l’investissement – auront quant à eux des effets modérés.

8Le second scénario8 (voir le graphique 1, scénario 2) est fondé sur des estimations plus prudentes : la croissance du PIB est maintenue à 2 % en valeur par an en raison de la capacité présumée de l’économie allemande à compenser, ces prochaines années, le ralentissement de la croissance du commerce extérieur attendu par les experts9 par les leviers de croissance interne que sont l’excédent budgétaire10, la consommation11 et l’investissement12. Selon cette deuxième hypothèse, les exportations et importations continueront d’augmenter, mais à un rythme moins soutenu que dans le scénario 1. De ce fait, sur la période 2016-2025, les exportations représenteront en moyenne 40 % du PIB, les importations 31 %, et le solde commercial 8,2 %, soit des taux identiques à ceux constatés pour l’année 2015 (voir le tableau 1, qui résume l’évolution de l’économie allemande, selon les scénarios 1 et 2, entre 2015 – dernière année dont les chiffres sont disponibles au moment de la rédaction de ces lignes – et 2025).

9D’après une variante du scénario 2, qui prévoit un impact plus fort des facteurs de croissance interne et une croissance nominale du PIB de 3 % par an en moyenne13 sur la période 2016-2025 (au lieu de 2 %), on pourrait même assister en 2025 à un sensible recul de la part respective des exportations et des importations dans le PIB, avec 35,8 % pour les premières, 28,4 % pour les secondes, et un excédent commercial de 7,4 %.

Tableau 1 – PIB et commerce extérieur allemand en 2015 et en 2025.

20152025 (scénario 1)2025 (scénario 2)
En valeur
(milliards d’euros)
Pourcentage du PIBEn valeur
(milliards d’euros)
Pourcentage du PIBEn valeur
(milliards d’euros)
Pourcentage du PIB
PIB3 025,91003 688,61003 688,6100
Exportations1 196,439,51 948,152,81 457,839,5
Importations948,531,31 403,638,11 155,931,4
Solde commercial247,98,2544,514,8301,98,2

Source : Destatis pour les données 2015 ; calculs de l’auteur pour l’année 2025.

10Ces dix prochaines années, l’économie allemande suivra probablement une trajectoire intermédiaire, entre les deux hypothèses exposées ci-dessus, mais sans doute plus proche du scénario 2 en raison des freins imposés au renforcement de la mondialisation. Dans le scénario 1, la croissance allemande est fondée sur les exportations et produirait donc à terme un excédent commercial hypertrophié avoisinant 15 % du PIB, contre 8,2 % en 2015. Ce serait une véritable provocation pour les partenaires commerciaux de l’Allemagne. Depuis déjà plusieurs années, les excédents allemands sont régulièrement la cible de vives critiques et on peut effectivement douter qu’ils puissent être maintenus sur le long terme, surtout s’ils continuent d’augmenter. Mervyn King, ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, est de ceux qui accusent les profonds déséquilibres entre les pays d’être responsables du désordre mondial actuel14. La réalisation d’excédents commerciaux, combinée à des excédents de la balance des paiements (ce qui est le cas pour l’Allemagne et la Chine, par exemple), est une variante de la « beggar-my-neighbour policy15 » et a pour effet d’« exporter » le chômage vers d’autres pays. Une telle politique pourrait entraîner le jeu économique mondial vers une guerre commerciale ou monétaire. Cependant, ces déséquilibres extérieurs peuvent être résolus, remarque M. King. Il suffirait de laisser flotter librement les monnaies. Les pays excédentaires verraient alors leurs monnaies s’apprécier, ce qui contribuerait à réduire leurs excédents commerciaux et à apaiser les velléités de conflit.

11Pourquoi l’euro ne s’apprécie-t-il pas sensiblement alors que les excédents allemands augmentent d’année en année ? Parce que l’Allemagne fait partie d’une zone monétaire dont les pays membres présentent un profil hétérogène en matière de performance à l’exportation. S’y côtoient des pays excédentaires, déficitaires ou en équilibre. De ce fait, jusqu’en 2009, la balance courante de la zone euro est demeurée très proche de son point d’équilibre. Les excédents de l’Allemagne étaient contrebalancés ou « rendus invisibles » par les déficits d’autres pays membres de l’Union monétaire, ce qui « contenait » le taux de change de l’euro face au dollar (sa valeur tournait autour de 1,30 dollar). Si à cette époque l’Allemagne s’était trouvée en dehors de la zone euro, elle aurait dû faire face à un taux de change du deutschemark bien moins avantageux (car plus élevé !) pour ses exportations.

12Depuis 2015, l’euro, au lieu de voir sa valeur augmenter, s’est déprécié pour se fixer à 1,12 dollar au début de l’année 2016, et ce malgré une augmentation constante de l’excédent de la balance courante de la zone euro, qui est passé de 0,06 % du PIB total des 19 pays membres en 2009 à 3 % en 201516 – une évolution due à l’effet combiné de la politique d’austérité déployée en Europe et d’une compétitivité accrue, qui ont permis à davantage de pays membres d’équilibrer leurs comptes extérieurs. Certains affichent même des excédents de plus en plus élevés. Le FMI prévoit pour l’année 2016 un nouveau record de l’excédent courant de la zone euro (3,5 % du PIB), avant une lente décrue jusqu’en 2021 qui le verra s’établir aux alentours de 2,5 %.

13Comment expliquer ce phénomène paradoxal, c’est-à-dire la faiblesse de l’euro malgré une sensible amélioration du solde de la balance courante ? Si l’euro flottait librement sur le marché des monnaies, il s’apprécierait et cela donnerait raison à l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre. Mais il existe un « moyen de choix » (libéral) pour freiner la prise de valeur d’une monnaie : la politique monétaire. Pour défendre l’Union monétaire et compenser les effets dépressifs de la politique d’austérité généralisée qui menaçait de provoquer une spirale déflationniste, la Banque centrale européenne (BCE) a baissé ses taux d’intérêt à 0 % et mène une politique quantitative active qui pousse nombre d’épargnants et d’investisseurs européens à placer leur argent en dehors de la zone euro. De ce fait, le taux de change de l’euro reste sous pression et les exportateurs de la zone euro déjà compétitifs, dont les Allemands, se voient ainsi octroyer une double subvention indirecte de la part de la BCE : des taux d’intérêt bas et un euro artificiellement déprécié. Au vu de ces éléments, et si la politique accommodante de la BCE persiste, il est probable que les échanges commerciaux de l’Allemagne connaîtront au cours de la prochaine décennie une évolution similaire à celle des dix dernières années. À moins qu’une guerre commerciale et/ou monétaire mondiale n’éclate.

14Il est cependant possible d’éviter le pire en recourant à une politique économique avisée, active et concertée : la Chine, par exemple, tente de changer de modèle de croissance en anticipant la baisse ou la stagnation, annoncée par les experts, de ses excédents commerciaux et de sa balance courante et en mettant en place une politique de soutien à la demande intérieure qui met l’accent sur la consommation et les investissements publics. L’Allemagne, dont la politique économique a été ces dernières années peu active en matière de soutien à la croissance17, dispose depuis 2014 d’excédents budgétaires qui lui permettraient d’augmenter le potentiel de production national en investissant dans les infrastructures et l’éducation/formation. Par ailleurs, le vieillissement de la population allemande contraindra les gouvernements futurs à adopter une politique budgétaire plus laxiste, à moins que la ligne « Schäuble » parvienne à imposer la « retraite à 73 ans ». Une politique budgétaire plus généreuse, combinée à une hausse durable de la demande de consommation des ménages, ferait automatiquement baisser les excédents et contribuerait à réduire les tensions économiques internationales. « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques », plaide également le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria18. Il serait avisé, selon lui, que même les pays qui n’ont pas résolu tous leurs problèmes financiers se lancent dans des programmes d’investissements publics pour accroître le potentiel de croissance. D’après cette même logique, les pays excédentaires tels que l’Allemagne devraient non seulement augmenter leurs investissements publics mais également leurs dépenses sociales.

15Sans une politique de modération des excédents extérieurs, les velléités protectionnistes évoquées plus haut risquent de gagner du terrain. On l’a vu récemment à travers les discours tenus par D. Trump lors de sa campagne pour les élections présidentielles américaines de novembre 2016. Si cette tentation, qui pourrait gagner nombre de pays déficitaires, venait à se concrétiser, ce serait un coup très dur pour les exportateurs allemands.

16Notons tout de même que les excédents budgétaires et extérieurs de l’Allemagne ont aussi de nombreux défenseurs, à commencer par le ministère fédéral de l’Économie et de l’Énergie (BMWi). Ce dernier défend les excédents commerciaux au motif que les produits exportés par l’Allemagne contiennent en moyenne 40 % de composants importés. En d’autres termes, la force exportatrice allemande soutiendrait les pays partenaires, particulièrement ceux de l’Union européenne (UE). Cet argument n’a toutefois qu’une portée relative. Premièrement, il est tout à fait logique et banal que les entreprises des pays membres d’une Union économiquement intégrée profitent des avantages comparatifs pour lesquels cette même Union a été créée. Le grand marché unique favorise la création de chaînes de valeur qui traversent les frontières et optimisent l’exploitation du capital. Par ailleurs, le taux de composants allemands incorporés dans les produits des partenaires (toujours selon la logique du marché intégré) est également très élevé. Il n’en reste pas moins que l’Allemagne est avantagée, plus que nombre de ses partenaires commerciaux, par sa forte base industrielle, l’adéquation de son offre à la demande mondiale, la relative faiblesse de l’euro, le niveau (bas) des taux d’intérêt, les réformes de son marché du travail et le regain de compétitivité qui en a découlé pour ses entreprises. Dire qu’il ne tient qu’à ses partenaires européens d’en faire autant n’est pas un argument recevable. Chaque pays membre de l’UE a sa propre histoire, sa culture, son éthique, ses priorités sociales et économiques. Les priver de prospérité au motif qu’ils ne sont pas en mesure d’appliquer les concepts allemands est contraire aux valeurs de l’Union et contre-productif. In fine, cette « logique de la punition » provoquerait soit la faillite de tous (du créditeur allemand comme des débiteurs européens), soit la disparition de l’Union.

17Les cercles d’économistes avancent un autre argument en faveur des excédents allemands19. Selon eux, il faut œuvrer à la réalisation d’excédents de plus en plus élevés afin de prévenir l’avalanche de coûts qu’induira le vieillissement de la population allemande dans un avenir proche. Étant donné que l’excédent de la balance courante, dont la base principale est l’excédent commercial, trouve sa contrevaleur dans l’épargne exportée, les investissements à l’étranger permettraient d’obtenir à terme des revenus supplémentaires qui aideraient à financer le système allemand de protection sociale dans les années à venir. Il s’agit là d’un argument solide, à condition que les bénéfices et revenus tirés des investissements à l’étranger soient rapatriés au moment opportun et génèrent en Allemagne même des rentrées fiscales supplémentaires susceptibles de combler les déficits publics potentiels. Cette hypothèse exige, pour se concrétiser, une rentabilité certaine des investissements à l’étranger, dont on sait néanmoins depuis la crise de 2009 qu’elle ne peut être garantie. Elle nécessite aussi, de la part des détenteurs de ces capitaux – en Allemagne, ce sont surtout les entreprises, les couches supérieures et les classes moyennes les plus aisées qui fournissent l’épargne à exporter – qu’ils renoncent à passer par des circuits internationaux « d’optimisation fiscale ».

18Autres défenseurs des excédents commerciaux allemands : les lobbys des PME allemandes (Mittelstand). Il est indéniable que l’Allemagne dispose, en comparaison avec d’autres pays, d’un grand nombre d’entreprises industrielles de plus ou moins grande taille. La plupart d’entre elles sont spécialisées de longue date dans toutes sortes de niches et dominent le marché dans leur domaine d’activité. Le marché national allemand étant bien trop limité pour absorber toute leur production, ces entreprises revendiquent des taux d’exportation qui dépassent de loin la moyenne des entreprises allemandes20, et réclament par conséquent avec vigueur une consolidation voire un renforcement du libre-échange, et donc des excédents allemands. Rien n’empêche cependant que la politique économique et monétaire tente d’amortir la force compétitive des secteurs concernés en favorisant la demande intérieure allemande au niveau macroéconomique. Il ne s’agit pas d’entraver l’inventivité de ces entreprises ni de brider leurs ambitions à l’international, mais de contribuer à un développement européen et mondial plus harmonieux en augmentant les investissements publics et en améliorant le système social.

19Parmi les arguments favorables aux excédents allemands, il en est un autre qui mérite que l’on s’y arrête. Il émane de chercheurs de l’Institut d’économie de Cologne (IW Köln), proche du patronat allemand21, en réponse à la Commission européenne. Celle-ci s’est estimée fondée, après avoir constaté une hausse de l’excédent de la balance courante allemande entre 2012 et 2015 (qui selon elle serait passé de 7,2 % du PIB national à 8,8 %), à exiger du gouvernement allemand qu’il stimule la demande intérieure pour favoriser les importations. Rappelons que dans le cadre de la supervision macroéconomique européenne, le seuil d’alarme pour les excédents commerciaux est fixé à 6 % du PIB (et à 3 % pour les déficits budgétaires), un seuil a priori largement dépassé dans le cas de l’Allemagne. Sans dénier à la Commission le droit de demander que des modifications soient apportées à la politique allemande, les chercheurs de l’IW Köln font toutefois remarquer que la récente augmentation des excédents serait uniquement due à l’évolution, ces quatre dernières années, des prix à l’exportation et à l’importation (marchandises et services compris). Ils ont calculé qu’au cours de ladite période (et hors variation des prix), les importations auraient augmenté de 12,8 % et les exportations de seulement 10,9 %. Toujours sur la même période, les prix à l’exportation se seraient légèrement appréciés (+ 0,6 %) tandis que les prix à l’importation auraient reculé de 4,8 % – ce qui représente une baisse non négligeable. Les chercheurs de l’IW Köln concluent en soulignant que sans ces effets de prix, l’excédent de la balance courante allemande se serait situé en 2015 à 6,8 % et non à 8,8 %, soit deux points de PIB de moins. Selon eux, ces modalités d’échange seraient donc particulièrement favorables au commerce allemand en raison essentiellement du recul des prix des matières premières. Il est toutefois curieux – bien que mathématiquement légitime – d’avancer cet argument alors que ce sont précisément les déséquilibres dans les échanges mondiaux qui ont fait chuter les prix des matières premières. Ce sont ces déséquilibres qu’il faut combattre en priorité car ils mettent en danger la croissance mondiale future.

Évolution géographique

20En vingt ans, la répartition géographique des exportations/importations allemandes s’est modifiée sous l’effet combiné du processus d’ouverture en Europe et d’une mondialisation (des flux de capitaux, de marchandises et des services) toujours plus offensive. Comme le montrent les graphiques 2 et 3 suivants, la part de l’Europe – selon la constellation géographique actuelle22 de l’UE et des pays proches – dans les exportations allemandes a légèrement régressé, passant de 71 % en 1995 à 70 % en 2005 puis à 63 % en 2015. Même constat du côté des importations, même si le recul de la part de l’Europe a été moins prononcé : celle-ci est ainsi passée de 69 % en 1995 à 66 % en 2005 puis à 64 % en 2015.

Graphique 2 – Répartition géographique des exportations allemandes de marchandises (en %).

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Source : Destatis, base de données Genesis, n° 51000-0003 ; calcul des pourcentages par l’auteur sur la base des chiffres suivants : exportations allemandes (en valeur) en 1995 = 383,2 milliards d’euros ; en 2005 = 786,3 milliards d’euros ; en 2015 = 1 196,4 milliards d’euros.

Graphique 3 – Répartition géographique des importations allemandes de marchandises (en %).

Image

Source : Destatis, base de données Genesis, n° 51000-0003 ; calcul des pourcentages par l’auteur sur la base des chiffres suivants : importations allemandes (en valeur) en 1995 = 339,6 milliards d’euros ; en 2005 = 628,1 milliards d’euros ; en 2015 = 948,5 milliards d’euros.

21Si la baisse de la part de l’Europe dans les importations allemandes a été moins marquée, c’est essentiellement pour la raison suivante : depuis la chute de l’URSS, l’ouverture des frontières et l’entrée des pays d’Europe centrale dans le jeu économique européen et mondial ont permis aux entrepreneurs allemands et internationaux de délocaliser une partie de leur production dans ces pays qui sont géographiquement et culturellement proches. Grâce à l’affluence de capitaux, ces derniers ont pu moderniser assez rapidement leurs structures industrielles et devenir des fournisseurs de produits de qualité. Cette réindustrialisation et les effets de richesse qui en découlent ont ouvert aux entreprises allemandes de nouveaux marchés intéressants, entraînant par là même une hausse de la part des pays de l’UE hors zone euro dans les exportations allemandes (celle-ci est passée de 17,7 % en 1995 à 21,8 % en 2015 – voir le graphique 2).

22En dehors de l’Europe, les exportateurs allemands ont su renforcer leurs positions dans trois grandes régions du monde : en Amérique du Nord, en Asie du Sud-Est et dans une troisième région hétérogène baptisée « Reste du monde23 ». La part de chacune de ces zones géographiques dans les exportations allemandes a augmenté de 2 à 3 points de pourcentage entre 1995 et 2015. Pour déterminer les pays qui, dans chacune de ces trois zones, ont plus particulièrement contribué à renforcer les positions allemandes à l’export, nous avons comparé la croissance moyenne des exportations allemandes dans le monde, qui ont été multipliées par 3,12 en vingt ans (2,05 sur la période 1995-2005 et 1,52 sur les dix dernières années), avec celle des exportations allemandes vers les différents pays de ces trois zones géographiques. Lorsque les facteurs d’accroissement par pays dépassent les moyennes susmentionnées, on peut parler de « dynamique particulière ». Les résultats de cette comparaison sont regroupés dans le tableau 224.

23Les exportations allemandes (en valeur) vers la région « Amérique du Nord » – qui comprend le Canada, les États-Unis et le Mexique – ont été multipliées par 4,25. Bien entendu, ce sont les États-Unis qui pèsent le plus lourd – en 2015, le pays a absorbé 9,5 % des exportations allemandes (7,3 % en 1995), contre seulement 1,8 % pour le Canada et le Mexique réunis.

24Il est probable que l’Allemagne continuera d’intensifier ses exportations à destination de cette région dans les dix ans à venir, mais à un rythme plus lent – une tendance amorcée ces dix dernières années avec un facteur d’accroissement de seulement 1,67, soit à peine plus que la moyenne globale de 1,52. Ce processus d’accroissement ne pourra toutefois se poursuivre qu’à condition que le nouveau président américain n’opte pas pour un regain de protectionnisme pour résorber le déficit commercial abyssal des États-Unis ; que la réindustrialisation en cours dans le pays, qui profite aux exportations de machines-outils allemandes, se poursuive ; que les prix des matières premières se stabilisent ou augmentent, ce qui stimulerait les investissements aux États-Unis ; que le continent nord-américain ne retombe pas dans la récession. La conclusion de traités de libre-échange avec les États-Unis et le Canada serait également profitable au commerce extérieur allemand.

Tableau 2 – Facteurs d’accroissement du commerce extérieur allemand (entre 1995 et 2015).

Zone géographique/paysEXPORTATIONSIMPORTATIONS
1995/
2005
2005/
2015
1995/
2015
1995/
2005
2005/
2015
1995/
2015
TOUS PAYS CONFONDUS2,051,523,121,851,512,79
UE-28*
Dont : Royaume-Uni
Zone euro*
Dont : France
       Italie
UE-28 hors zone euro*
2,06
1,91
1,97
1,76
1,85
2,29
1,37
1,48
1,23
1,30
1,08

1,67
2,81
2,82
2,43

2,29
2,00
3,82
1,74
1,75
1,61

1,44

1,25
2,14
1,46
0,98
1,39
1,25
1,35
1,63
2,54
1,72
2,23

1,79

1,69

3,49
Europe hors UE-281,601,622,591,921,623,11
Europe de l’Est
Dont : Fédér. de Russie
3,28
3,28
1,18
1,26
3,87
4,13
3,13
3,20
1,35
1,34
4,24
4,28
Amérique du Nord
Dont : États-Unis
       Canada
       Mexique
2,54
2,48
2,62
3,38
1,67
1,65

1,80
1,88
4,25
4,08
4,72
6,34
1,77
1,80
1,00
4,33
1,45
1,42
1,45
2,14
2,57
2,56
1,45
9,29
Amérique du Sud
Dont : Argentine
       Brésil
       Chili
       Colombie
       Uruguay
1,39
1,12
1,49
1,77

1,35
1,13
2,05
2,53
1,81
2,42
2,65
5,00
2,85
2,83

2,68

4,29
3,59
5,63
1,76
1,30

2,32
1,76

0,72
1,56
1,44
1,54

1,44

1,07
2,34
1,86
2,53
2,00

3,33
1,89

1,68

2,89
Asie du Sud-Est
Dont : Chine**
       Taiwan
       Inde
       Corée du Sud
       Japon
       Thaïlande
       Vietnam
1,77
2,99
1,15
1,79
1,59

1,39

0,75

3,24
2,15
3,05
1,73
2,33
2,53
1,28
1,98
4,18
3,81
9,14
1,99
4,18
4,01
1,77

1,47

13,53
2,10
4,26
1,32
1,85

2,49
1,20

1,49

3,31
1,75
2,18
1,53

2,21
0,80

0,93

2,03
5,77
3,66
9,28
2,03
4,10
1,98

1,12

3,04
19,10
Reste du monde
Dont : Australie et NZ
       Asie centrale
       Proche-Orient
(dont Turquie)
       Afrique/autres pays
2,11
1,88
3,19
2,49
2,76
1,74
1,89
1,67
1,57
2,10
1,75
1,69
3,99
3,12
5,01
5,22
4,83
2,93
2,02
1,52

10,13
2,00

2,06
1,82
1,39
1,39
1,68
1,52

1,72

1,24
2,82
2,12

17,06
3,04
3,55
2,26

Source : Destatis, base de données Genesis, n° 51000-0003 ; calcul des facteurs d’accroissement par l’auteur sur la base des données (en valeur) par pays extraites de Genesis. *Configuration actuelle pour les trois périodes considérées. **Sans Hong Kong et Macao.

25Les exportations allemandes (en valeur) à destination de l’Asie du Sud-Est, qui ont été multipliées par 3,81 depuis 1995 (par 2,15 depuis 2005) ont connu une évolution plus complexe. Premièrement, l’expansion commerciale allemande dans cette région a été plus dynamique : sur la période 1995-2005, le facteur d’accroissement était de 1,77 puis il est passé à 2,15 sur la période 2005-2015. Il s’agit là d’une progression exponentielle, portée principalement par les exportations à destination de la Chine : celles-ci ont en effet été multipliées par 2,99 entre 1995 et 2005, et par 3,05 entre 2005 et 2015. Sur les vingt dernières années, le facteur d’accroissement des exportations allemandes à destination de ce pays a été de 9,14 contre une moyenne globale de 3,12. En 1995, la Chine absorbait 2,2 % des exportations allemandes ; en 2015, sa part atteignait 6,5 %. L’Inde aussi pèse davantage – 0,8 % des exportations allemandes en 2015 contre 0,6 % en 1995, avec un facteur d’accroissement de 4,18 sur vingt ans (1,79 pour la décennie 1995-2005 et 2,33 pour la décennie suivante) – mais elle restera loin derrière la Chine pendant encore au moins deux décennies au vu du facteur d’accroissement actuel des exportations allemandes vers l’Inde, bien que celui-ci soit supérieur à la moyenne asiatique (2,15 en 2015). Les exportations vers la Corée du Sud sont également en pleine expansion (elles ont été multipliées par 2,53 entre 2005 et 2015), et celles à destination du Vietnam le sont plus encore, avec un facteur d’accroissement de 3,24 pour la décennie 1995-2005 et de 4,18 pour la période 2005-2015. Toutefois, ce pays n’absorbe actuellement que 0,2 % des exportations allemandes (chiffres 2015), contre 6,5 % pour la Chine. Les échanges avec Taiwan et le Japon, bien qu’en croissance nominale, pèsent moins lourd dans les exportations allemandes. Leur part est passée de 2,3 % en 2005 à 2 % en 2015.

26S’agissant des exportations allemandes à destination de la région « Reste du monde », dont l’accroissement est dans l’ensemble supérieur à la moyenne globale, le Proche-Orient, Turquie en tête, se distingue en tant que premier client des entreprises allemandes, qui voient leurs carnets de commandes se remplir très vite ; les échanges avec le continent africain sont quant à eux légèrement en deçà de la dynamique moyenne. Ce constat est intéressant dans la mesure où le Proche-Orient est particulièrement éprouvé par des crises politiques et des guerres civiles qui se prolongent. Si la diplomatie internationale parvenait à résoudre, ne serait-ce que partiellement, les conflits en cours dans la région, le commerce allemand pourrait y trouver de nouveaux débouchés. Le Proche-Orient recèle d’importantes ressources pétrolières qui, une fois mobilisées pour restructurer et consolider l’économie des pays concernés, stimuleraient les échanges commerciaux avec l’Allemagne. Concernant l’Afrique, on peut désormais s’attendre à ce qu’elle s’intègre plus rapidement dans les échanges mondiaux à en juger par l’augmentation des investissements directs sur le continent africain, qui sont passés de 14 milliards de dollars à 73 milliards par an sur la période 2004-2014. « Selon le FMI, l’Afrique sera la deuxième région la plus dynamique dans le monde avec une croissance moyenne de 4,3 % entre 2016 et 202025. »

27Quant aux échanges avec la Russie et l’Europe de l’Est, qui ont reculé ces dernières années, ils redémarreront dès que les prix du brut et du gaz auront retrouvé un niveau « normal » et que les blocages politiques apparus en 2014 à la suite de l’annexion de la Crimée auront été levés. La Russie reste en effet pour l’Allemagne un partenaire très important, non seulement en tant que fournisseur de matières premières mais aussi en tant que nation industrielle à « réindustrialiser ».

Évolution du commerce extérieur allemand à l’horizon 2025

28Jusqu’ici, nous avons présenté des arguments et résultats sur la base de chiffres réels et d’évolutions identifiables par tout observateur averti. Il suffit de puiser dans les statistiques de Destatis, l’équivalent allemand de l’INSEE. Mais cerner l’évolution du commerce extérieur allemand à l’horizon 2025 est une autre paire de manches. En l’absence de modèles de prévision fiables et de pronostics d’experts sur le moyen ou le long terme26, nous ne pouvons qu’émettre des spéculations « éclairées » pour esquisser à gros traits l’évolution de la répartition géographique des exportations allemandes sur les dix prochaines années.

29Il est néanmoins possible de fonder nos spéculations sur les données du passé, qui reflètent souvent des tendances lourdes et persistantes. Que disent ces tendances ? Que décennie après décennie, les facteurs d’accroissement (en valeur, c’est-à-dire augmentation des prix incluse) du commerce extérieur allemand tendent à baisser : entre 1995 et 2005, les exportations et les importations allemandes ont été respectivement multipliées par 2,05 et 1,85. Lors de la décennie suivante, leurs facteurs d’accroissement respectifs n’étaient plus que de 1,52 et 1,51 – soit un recul de 25 % pour les exportations et de 18 % pour les importations.

30L’érosion des facteurs d’accroissement est due à la grave crise économique mondiale survenue en 2009 qui, bien que résolue, voit ses effets prolongés par des restrictions budgétaires qui pèsent sur la demande dans de nombreux pays industrialisés. Cette érosion est également due à la baisse des prix des matières premières, qui entrave le potentiel de développement – et donc d’industrialisation – de nombreux pays émergents. Il en résulte une concurrence accrue entre pays et entre exportateurs avec à la clé une pression supplémentaire sur les prix industriels. Au vu de tous ces facteurs, les perspectives de l’économie mondiale et des échanges commerciaux s’annoncent plus modestes. Dans notre hypothèse, nous envisageons donc un ralentissement plus marqué de la croissance du commerce extérieur allemand pour la période 2016-2025.

31Par ailleurs, l’économie allemande est confrontée depuis déjà trois ans, malgré un excellent niveau de compétitivité technologique, à une situation de rattrapage salarial qui va peu à peu lui faire perdre en compétitivité-prix par rapport aux années (difficiles pour les salariés) qui ont suivi les réformes Hartz de 2004-2005. Si le secteur industriel veut sauvegarder ses marges, il n’aura d’autre choix que de miser sur la productivité (un seul mot-clé : « industrie 4.0 ») ou d’augmenter ses prix. Si cette dernière option venait à être choisie, il en résulterait, en l’absence d’innovations technologiques majeures, une érosion du facteur d’accroissement des exportations allemandes.

32Ces considérations nous amènent à penser que les facteurs d’accroissement du commerce extérieur allemand subiront, lors de la prochaine décennie, une nouvelle baisse : de 10 à 12 % pour les exportations et de 9 à 10 % pour les importations par rapport à la décennie 2005-201527. Les résultats de nos prévisions, pondérés par les perspectives de développement des différentes zones économiques mondiales, sont regroupés dans le tableau 3.

Tableau 3 – Évolution de l’accroissement du commerce extérieur allemand à l’horizon 2025 (par zone géographique).

Zone géographiqueEXPORTATIONSIMPORTATIONS
2015
En milliards d’euros (en valeur)
2015-2025
Facteur d’accroissement
2025
En milliards d’euros (en valeur)
2015
En milliards d’euros (en valeur)
2015-2025
Facteur d’accroissement
2025
En milliards d’euros (en valeur)
Tous pays confondus1 195,91,341 600948,31,361 290
UE-28
Dont : les 19 de la zone euro
UE-28 hors zone euro
693,9
435,3
258,7
1,20
1,11
1,35
833
484
349
543,6
357,2
186,4
1,30
1,25
1,40
707
447
260
Europe hors UE-2862,81,408664,21,4593
Europe de l’Est26,01,102932,11,2039
Amérique du Nord135,01,4519567,81,3088
Amérique du Sud19,31,703315,21,4021
Asie du Sud-Est156,91,70266178,41,60285
Reste du monde102,01,6016247,11,2057

Source : Destatis, base de données Genesis, n° 51000-0003 (début mai 2016). Calcul par l’auteur des facteurs d’accroissement sur la base des données (en valeur) par pays extraites de Genesis. En italique : estimations de l’auteur.

33En 2025, selon notre analyse, le portefeuille géographique des exportateurs allemands aura donc évolué : la part de l’Europe ne sera plus que de 57 % (contre 70 % en 2005 et 63 % en 2015) ; celle de l’Amérique du Nord passera en vingt ans de 10 % à 12 % (elle était de 11 % en 2015) ; la plus forte impulsion viendra de l’Asie du Sud-Est, qui absorbera 17 % des exportations allemandes (contre 9 % en 2005 et 13 % en 2015) – principalement la Chine, mais aussi l’Inde et d’autres pays comme le Vietnam, la Corée du Sud ou l’Indonésie ; les échanges avec le continent africain et les pays du Proche-Orient expliqueront en grande partie la plus grande place occupée par la région « Reste du monde », qui absorbera 10 % des exportations allemandes en 2025 (contre 7 % en 2005 et 9 % en 2015). Une analyse des flux d’investissements directs des exportateurs allemands, que nous ne ferons pas ici, confirmera très probablement les tendances affichées dans le graphique 4.

Graphique 4 – Prévision de l’évolution de la répartition géographique des exportations allemandes entre 2005 et 2025 (en %).

Image

Source : Destatis, base de données Genesis, n° 51000-0003 ; calcul par l’auteur des pourcentages sur la base des chiffres en valeur suivants : exportations en 2005 = 786,3 milliards d’euros ; en 2025 (estimation de l’auteur) = 1 618,8 milliards d’euros.

Évolution des principaux secteurs d’exportation allemands

34L’Allemagne exporte à 85 % des produits finis. Ce chiffre a très peu varié depuis 1965. Les parts respectives des produits semi-finis et des matières premières ont parallèlement reculé tandis que celle des produits agricoles tourne autour de 5 % depuis les années 198028. Nous nous concentrerons ici sur l’évolution des exportations de produits finis.

35En raison de l’introduction en 2008 de nouvelles modalités de classement des produits exportés, nous ne disposons de statistiques comparables que pour la période 2008-2015. Mais elles suffisent à dégager quelques tendances. Celles-ci sont résumées dans le graphique 5.

Graphique 5 – Dynamique des grandes catégories de produits exportés : évolution de l’indice de l’accroissement en valeur entre 2008 et 2015 (indice 100 en 2008).

Image

Source : Destatis, base de données Genesis, n° 51000-0005 ; calcul des indices par l’auteur. **Production agricole, pêche, alimentation humaine et animale et boissons.

36À gauche sont présentés les cinq premiers secteurs d’exportation : automobile, machines-outils, industrie chimique, électronique/optique et métaux/produits de la métallurgie. À elles seules, ces cinq branches représentaient 61 % des exportations en 2008 et 58 % en 2015. La dynamique des exportations, certes entravée par la crise mondiale de 2009, est particulièrement forte dans les secteurs de l’automobile et de l’électronique/optique. Les secteurs des machines-outils et des produits chimiques, qui arrivent respectivement à la deuxième et à la troisième place des dix catégories de produits les plus exportés, ont également repris le chemin de la croissance. La métallurgie, en revanche, peine à récupérer son niveau de 2008. La baisse des prix des matières premières, une demande mondiale faible et une concurrence exacerbée (notamment en provenance de Chine) ont entraîné une baisse des prix dans le secteur, qui se retrouve en grande difficulté depuis 2012.

37À droite, le graphique se concentre sur les cinq autres secteurs qui complètent la liste des dix principales catégories de produits exportés ainsi que sur 16 secteurs regroupés sous l’intitulé « Divers »29. Visiblement, la dynamique est plus forte côté droit. Le secteur des produits pharmaceutiques (et assimilés), traditionnel poids lourd des exportations allemandes, ainsi que les « véhicules divers », soit pour l’essentiel les aéronefs mais aussi les navires, enregistrent la progression la plus forte. Le succès de l’Airbus y est pour beaucoup. Plus étonnant, la dynamique du secteur de l’alimentation, à peine freinée par la stagnation des importations chinoises et la fermeture du marché russe depuis 2014. L’explication est à chercher, pour partie, du côté de « l’industrialisation » du secteur agricole allemand, désormais plus concentré sous l’effet de la baisse des prix au niveau mondial. Parallèlement, l’industrie allemande de transformation agricole/alimentaire a amélioré sa compétitivité ces dernières années.

38Ces tendances, observées sur la période 2008-2015 et illustrées dans le graphique 5, vont se poursuivre à moyen terme ; c’est en tout cas l’hypothèse sur laquelle est fondée l’analyse qui suit (voir tableau 4). En 2025, l’Allemagne sera toujours un grand pays exportateur d’automobiles, et ce malgré la crise subie par le groupe Volkswagen (VW) en 2015. Les groupes allemands, dont la renommée a à peine été entachée par le scandale VW, de nombreux constructeurs concurrents ayant par la suite été épinglés pour la même pratique, vont continuer à gagner des parts de marché dans les pays émergents, notamment en Asie. Et ils conserveront leur place de choix dans les pays industrialisés. En 2025, le secteur automobile totalisera 20 % des exportations allemandes. Celui des machines-outils, même s’il réussit à augmenter ses ventes en valeur, est confronté depuis déjà quelques années à de nombreux concurrents, notamment dans les pays émergents (surtout en Chine), mais également dans les pays industrialisés : au Japon, en Corée du Sud, aux États-Unis et en Europe (en Italie par exemple). Il préservera, avec 13 % des exportations en 2025, sa deuxième place dans le classement des principaux secteurs d’exportation, bien qu’il pèse de moins en moins lourd depuis 2008. Le secteur de l’industrie chimique consolidera quant à lui sa troisième place.

Le secteur des machines-outils dynamisé par la robotique

39L’automatisation des usines à travers le monde sera décisive pour augmenter la productivité et pour échapper à la « stagnation séculaire » que pronostiquent, pour la décennie à venir, de nombreux experts, notamment aux États-Unis. Les secteurs des systèmes de production automatisée et de la robotique, dans l’industrie et désormais aussi dans les services, figurent parmi les activités industrielles qui progressent le plus vite dans le monde. Par exemple, la vente de robots industriels au niveau mondial a plus que doublé en l’espace de dix ans, passant de 111 000 exemplaires en 2006 à 250 000 en 2015, selon l’International Federation of Robotics (IFR). En 2014, cette branche aurait réalisé, toujours selon l’IFR, un chiffre d’affaires mondial de 32 milliards de dollars, services inclus, ce qui porte à environ 150 000 dollars le prix moyen d’un robot. L’IFR prévoyait pour l’année 2016 un chiffre d’affaires proche des 40 milliards de dollars et une croissance d’environ 15 % par an jusqu’en 2018 – malgré une baisse attendue des prix par robot.

40En 2014, l’Allemagne était le deuxième utilisateur de robots industriels, derrière le Japon mais devant les États-Unis. La densité de robots industriels (nombre d’unités pour 10 000 employés) serait de 1 625 au Japon, de 1 310 en Allemagne, de 1 230 aux États-Unis, de 765 au Royaume-Uni, de 322 en Chine et de 59 en Inde. Environ 75 % de ces robots sont utilisés dans l’industrie automobile et 25 % dans d’autres secteurs industriels30. L’intégration généralisée des robots dans ces « General Industries » sera l’œuvre de la prochaine décennie. Cette fois encore, les marchés les plus importants seront l’Asie du Sud-Est et les États-Unis.

41Dans ce secteur mondial en pleine effervescence, l’Allemagne occupe, en matière de production et d’exportation de robots industriels, une place intermédiaire. Si le pays comptait parmi les chefs de file, ses exportations de machines-outils, qui comprennent statistiquement les robots industriels (multi et monotâches), progresseraient plus vite. KUKA AG, l’un des leaders de l’automatisation aux niveaux national et mondial, actif surtout dans l’industrie automobile, a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros seulement. Il présente une rentabilité « moyenne », ce qui le rend vulnérable aux tentatives de rachat. En mai 2016, il a fait l’objet d’une OPA lancée par le groupe chinois Midea qui souhaitait racheter 30 % de son capital. Le gouvernement allemand a d’abord craint une récupération du savoir-faire allemand, mais KUKA entrevoit dans ce rachat une possibilité de se développer plus rapidement en Asie. Car c’est en Asie du Sud-Est que le marché des robots est le plus dynamique. En 2014, la Chine aurait vendu – sur le marché local et à l’exportation – 57 000 robots industriels, le Japon 29 000, les États-Unis 26 000, la Corée du Sud 25 000 et l’Allemagne 20 000 (soit 9 % du marché mondial).

42À l’été 2016, le ministère de l’Économie allemand a finalement autorisé le rachat de KUKA par les investisseurs chinois, ces derniers s’étant engagés à maintenir la recherche-développement du groupe allemand ainsi que les sites de production actuels en Allemagne.

43Le secteur de l’électronique/optique, porté par le renouveau des techniques de production de l’« industrie 4.0 », consolidera sa quatrième place : il représentera 8 % des exportations en 2025, reléguant la métallurgie, qui était en quatrième position en 2008, à la septième place. Visiblement, la métallurgie allemande a du mal à soutenir le rythme de la concurrence internationale. Ce n’est pas nouveau, mais sa situation semble s’aggraver car même sa production à forte valeur ajoutée (aciers spéciaux et usinages de pointe) subit maintenant les assauts de producteurs des pays émergents.

44En revanche, le secteur pharmaceutique a le vent en poupe. Classé septième en 2015, il se hissera en 2025 au cinquième rang des principaux secteurs d’exportation. L’Allemagne dispose dans ce domaine d’un vaste tissu de grandes et moyennes entreprises, qui ont su innover ces quinze dernières années pour renforcer leurs positions sur le marché international. Ce secteur exige en effet d’importants investissements dans la recherche-développement (le nerf de la guerre !), que les groupes allemands sont visiblement prêts à engager. Enfin, le secteur des équipements électriques maintiendra sa position de poids lourd avec 6 % des exportations en 2025.

Tableau 4 – Évolution attendue de la dynamique des principaux secteurs d’exportation entre 2008 et 2025 (en valeur).

Catégorie de produits200820152025 (estimation)
Mrds d’euros%Mrds d’euros%***Mrds d’euros%***
Automobiles et parts169,5017,2226,3518,91,34316,8920,01,40
Machines160,4916,3170,0314,21,06204,0312,91,20
Chimie91,739,3108,089,01,18135,108,51,25
Électronique, optique82,848,497,328,11,18126,528,01,30
Métaux, produits métallurgiques91,999,590,947,60,9995,496,01,05
Produits pharmaceutiques et assimilés47,474,870,265,91,48112,427,11,60
Équipements électriques59,166,071,966,01,2293,555,91,30
Véhicules divers35,583,657,634,81,6297,976,21,70
Produits en caoutchouc, en plastique32,673,341,703,51,2858,383,71,40
Alimentation***49,305,064,795,41,3190,705,71,40
Divers163,4116,6197,3216,51,21256,5216,11,30
TOTAL EXPORTATIONS984,141001 196,381001,221 587,571001,33

Source : Destatis, base de données Genesis, n° 51000-0005 ; calcul des indices par l’auteur. Pourcentages (*) et facteurs d’accroissement (**) pour les périodes 2008-2015 et 2015-2025 calculés par l’auteur. La rubrique « alimentation » (***) regroupe les exportations de produits issus de l’agriculture, de la pêche, de la production alimentaire humaine et animale.

 

45La présente analyse laisse entrevoir, pour les dix années à venir, une évolution plutôt « mesurée » du commerce extérieur allemand. Celui-ci affichera une croissance moyenne « raisonnable » de l’ordre de 2 % en valeur par an, à l’exportation comme à l’importation. Selon ces prévisions, le montant des exportations, actuellement de 1 200 milliards d’euros, s’établira en 2025 entre 1 450 et 1 600 milliards, et celui des importations, actuellement de 950 milliards, se situera entre 1 200 et 1 300 milliards. Une telle évolution permettra de stabiliser l’excédent commercial, qui se maintiendra autour de 8 % du PIB, et ainsi de ne pas aggraver la discorde internationale au sujet des excédents excessifs de l’Allemagne.

46Concernant la répartition géographique des exportations : la part de l’Europe de l’Ouest continuera de décliner – celle-ci n’absorbera plus que 57 % des exportations allemandes en 2025 (contre 70 % en 2005) –, au profit de trois autres grandes régions du monde qui prendront plus de place dans les carnets de commandes des exportateurs allemands : l’Asie du Sud-Est, l’Amérique du Nord et la région « Reste du monde », qui comprend l’Afrique et le Proche-Orient.

47Quant au classement des principaux secteurs d’exportation, il évoluera lui aussi sensiblement : le secteur automobile conservera sa première place et parviendra même à peser plus lourd dans la liste des dix principales branches exportatrices du pays ; il sera suivi du secteur des machines-outils, traditionnel fleuron de l’industrie allemande, qui perdra néanmoins de son importance en raison de la concurrence acharnée des pays d’Asie du Sud-Est, Chine, Japon et Corée du Sud en tête ; le secteur de l’industrie chimique consolidera sa troisième place ; celui de l’électronique/optique conservera sa quatrième position. La progression la plus dynamique concernera l’industrie pharmaceutique et le secteur des « véhicules divers, avions compris », qui se hisseront respectivement à la sixième et à la cinquième place.

48Les exportations continueront de jouer un rôle crucial dans l’économie allemande, mais compte tenu de la concurrence de plus en plus effrénée qui règne sur le marché et du ralentissement de la croissance mondiale, elles ne la propulseront plus autant vers l’avant que par le passé. Rien ne laisse néanmoins présager une rupture radicale dans l’évolution du commerce extérieur allemand.

49La victoire inattendue du Brexit à l’issue du référendum britannique sur l’UE et l’élection surprise de D. Trump à la présidence des États-Unis compliquent néanmoins considérablement la donne pour la politique commerciale de l’Allemagne. Ces deux événements pourraient en effet perturber l’évolution du commerce extérieur allemand et mondial à l’horizon 2025.

50Le Royaume-Uni et les États-Unis sont des partenaires commerciaux de premier plan pour l’Allemagne. En 2015, celle-ci y a exporté pour 202,7 milliards d’euros de marchandises, ce qui représente 17 % du total des exportations allemandes, et a importé pour 98,6 milliards d’euros (10,4 % du total des importations) de marchandises américaines et britanniques. Quant au solde commercial de l’Allemagne avec ces deux pays, il a atteint la même année 104,1 milliards d’euros, représentant 42,6 % (soit près de la moitié !) de l’excédent commercial allemand tous pays confondus.

51Theresa May, nouvelle première ministre du Royaume-Uni, préconise un Brexit « dur » dans le but de regagner la maîtrise de l’immigration, surtout celle en provenance des pays de l’Union. Dans le même temps, elle souhaite préserver, autant que faire se peut, les échanges avec le continent européen et les passeports financiers de la City de Londres. De son côté, l’Union aura à cœur, à moins d’un revirement dans son approche, de négocier la sortie du Royaume-Uni selon les règles fixées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Cela signifiera la fin du libre-échange entre les deux entités et le retrait des passeports financiers de la City. Ensuite, il s’agira d’établir d’un commun accord les droits de douane britanniques et européens et autres barrières techniques et commerciales. Si telle est l’issue des négociations, ouvertes fin mars 2017, les échanges commerciaux du Royaume-Uni avec l’Union et surtout avec l’Allemagne ne pourront qu’en pâtir – à moins que le Royaume-Uni n’opte in fine pour une version différenciée du « modèle norvégien », c’est-à-dire le maintien de la pleine intégration dans le marché unique et le respect des règles de l’Union par Londres, combinés à la mise en place d’exceptions à la libre circulation des Européens. Pour rendre ces exceptions acceptables, on n’échappera pas à la fixation de compensations – éventuellement financières – qui devront être à la hauteur des enjeux, à savoir la préservation des acquis européens et la cohésion de l’Union. Un affrontement avec le Royaume-Uni et l’instauration de barrières douanières et techniques sous les auspices de l’OMC entraîneront une profonde restructuration des échanges et des chaînes de création de valeur actuelles et coûteront cher aux consommateurs des deux côtés de la Manche. Car il ne faudra pas perdre de vue que les exportations de tout pays industriel inséré dans les réseaux complexes des échanges mondiaux comportent en moyenne entre 30 et 40 % de composants/services importés (pièces, matières premières, etc.).

52Même constat pour les relations de l’Allemagne et de l’Union avec les États-Unis du président Trump. Les négociations pour l’établissement d’une zone de libre-échange entre les États-Unis et l’UE (TTIP) sont déjà au point mort31. D. Trump a annoncé qu’il maintiendrait les relations transatlantiques suivant les règles de l’OMC tout en renforçant les barrières tarifaires et techniques afin de mieux protéger les emplois industriels américains. Dans le même esprit, Washington s’est retiré en janvier 2017 du Partenariat transpacifique (Trans-Pacific Partnership, TPP). Parallèlement, le président américain a annoncé une renégociation de l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en vue de ralentir les importations en provenance du Mexique. Or c’est depuis ce pays que de nombreux industriels allemands, dont Volkswagen, exportent vers les États-Unis. La construction d’une « forteresse américaine » ne pourra que nuire aux exportateurs allemands, européens mais aussi du reste du monde. Bien entendu, des mesures de rétorsion risquent d’être prises de ce côté-ci de l’Atlantique, ce qui nuira aux échanges, modifiera profondément les chaînes de création de valeur, pénalisera le consommateur et plongera l’Union dans la récession. Cette issue semble d’autant plus probable que nombre d’industriels du continent européen, les Allemands en tête, chercheront à compenser leurs pertes en chiffre d’affaires par l’établissement ou l’agrandissement d’usines aux États-Unis pour éviter des droits de douane prohibitifs et profiter du boom économique américain qui se profile à l’horizon, le président Trump ayant annoncé des investissements publics massifs et des réductions d’impôt substantielles.

53Depuis fin janvier 2017, on dispose d’estimations chiffrées des conséquences qu’aurait pour l’Allemagne une vraie guerre commerciale et économique avec les États-Unis. L’institut économique de Munich, l’Ifo, anticipe une perte de 1,6 million d’emplois dans l’industrie exportatrice allemande (un million dans les entreprises allemandes et 0,6 million dans les succursales allemandes des firmes américaines). À lui seul, le secteur automobile allemand, qui a vendu outre-Atlantique pour 32 milliards d’euros de véhicules et de pièces en 2016, serait amputé de 200 000 emplois. Mais ces chiffres32 présument d’une guerre commerciale dure – une issue qui est loin d’être certaine. Car l’Europe n’a aucun intérêt à se refermer à son tour sur elle-même. Le coût d’une guerre commerciale serait exorbitant pour elle.

54Ces scénarios, que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de catastrophiques pour tous les acteurs du commerce international, pourront être évités ou leurs effets atténués grâce à l’intervention des négociateurs de talent issus de la grande famille atlantique. Mais en cas d’échec des pourparlers, les hypothèses chiffrées pour l’horizon 2025 présentées dans cette contribution seront caduques et l’avenir s’annoncera sombre.

Notes de bas de page

1 Destatis, séries longues.

2 M. Böhmer, C. Funke, A. Sachs et al., Globalization Report 2016. Who benefits most from globalization?, Gütersloh, Bertelsmann Stiftung, 2016, disponible sur : <www.bertelsmann-stiftung.de/en/publications/publication/did/globalization-report-2016>.

3 Chiffres du Fonds monétaire international (FMI).

4 La crise internationale de 2009 a fait plonger le PIB allemand en termes réels de 5,6 % en un an, mais celui-ci s’est très vite redressé (+ 4,1 % dès 2010 et + 3,7 % en 2011), effaçant les conséquences de la récession dès la fin du printemps de l’année 2011.

5 Par « commerce extérieur », on entend « commerce extérieur de marchandises » (Spezialhandel dans la terminologie allemande). Les services ne sont pas pris en compte.

6 La croissance annuelle moyenne en termes réels (en volume) du PIB était de 2,6 % durant les années 1980 ; elle est tombée à 1,6 % durant les années 1990 et à 0,9 % au cours des années 2000. De 2001 à 2010, elle a enregistré une légère reprise, atteignant 1,5 %, avant de baisser à nouveau entre 2010 et 2015 pour s’établir à 1,1 %.

7 Le scénario 1 s’appuie, pour la décennie 2016-2025, sur une croissance de 2 % (en valeur) par an en moyenne pour le PIB (1,1 % de croissance réelle + 0,9 % d’inflation), de 5 % (en valeur) en moyenne pour les exportations (4,4 % de croissance réelle + 0,6 % d’inflation) et de 3 % (en valeur) en moyenne pour les importations (3,3 % de croissance réelle - 0,3 % d’inflation négative).

8 Le scénario 2 s’appuie, pour la décennie 2016-2025, sur une croissance de 2 % (en valeur) par an en moyenne pour le PIB (1,4 % de croissance réelle + 0,6 % d’inflation), de 2 % (en valeur) en moyenne pour les exportations (1,5 % de croissance réelle + 0,5 % d’inflation) et de 2 % (en valeur) en moyenne pour les importations (2,5 % de croissance réelle - 0,5 % d’inflation négative).

9 Voir Projektgruppe Gemeinschaftsdiagnose, « Auschwung bleibt moderat – Wirtschaftspolitik wenig wachstumsorietiert », DIW Wochenbericht, n° 16, 2016, p. 295-298, disponible sur : <www.diw.de/documents/publikationen/73/diw_01.c.531696.de/16-16-1.pdf>.

10 En 2015, l’excédent budgétaire de l’Allemagne au regard des normes de Maastricht s’élevait à 21,2 milliards d’euros (0,7 % du PIB), contre 8,4 milliards en 2014 (0,3 % du PIB). Voir Destatis, « Inlandsproduktberechnung » (calcul du PIB), années 2014-2015, disponible sur : <www.destatis.de/DE/ZahlenFakten/GesamtwirtschaftUmwelt/VGR/Inlandsprodukt/Tabellen/EinAusStaat.html>.

11 Voir Destatis, « 2015: Stärkstes Wachstum der privaten Konsumausgaben seit dem Jahr 2000 », communiqué de presse n° 096 du 15 mars 2016.

12 Les investissements publics et ceux des entreprises resteront probablement stables. Mais les investissements dans la construction augmenteront en raison d’un environnement monétaire favorable caractérisé par des taux d’intérêt très bas. Voir Destatis, « Genehmigte Wohnungen im Januar 2016: + 34,5 % gegenüber Vorjahresmonat », communiqué de presse n° 127, 8 avril 2016.

13 Cette croissance de 3 % du PIB serait obtenue sur la base d’une croissance réelle de 2 % et d’une inflation de 1 % en moyenne annuelle sur la période 2016-2025.

14 Voir le supplément économique du Monde « Éco & entreprises » du 30 mars 2016, p. 1 et 4.

15 Littéralement « faire du voisin un pauvre » du fait d’une politique mercantiliste à l’excès.

16 Base de données du FMI « World Economic Outlook Database », rubriques « Current Account Balance » et « Eurozone ».

17 Projektgruppe Gemeinschaftsdiagnose, op. cit. On y lit dans l’avant-propos : « Le maintien d’une politique économique peu active en matière de soutien à la croissance, qui continuerait de ne pas tirer parti des marges de manœuvre budgétaires actuelles, n’est pas une option durable [nicht nachhaltig] » (traduction de l’auteur).

18 Entretien publié dans la rubrique « Économie & entreprise » du supplément du Monde « Éco & entreprise » du 4 septembre 2016, p. 2-3.

19 Par exemple, en France, Agnès Bénassy-Quéré (École d’économie de Paris, Université de Paris I Panthéon-Sorbonne).

20 Commerzbank, Unternehmer Perspektiven, « Wachstum durch Internationalisierung », Die Studie, n° 2, 2007.

21 M. Grömling et J. Matthes, « Leistungsbilanz. Höherer Überschuss nur wegen sinkender Importpreise », IW Kurzbericht, n° 34, 2016, disponible sur : <www.iwkoeln.de/studien/iw-kurzberichte>.

22 Afin de garantir une meilleure comparabilité des données statistiques utilisées dans la présente contribution, le périmètre de l’UE et de l’Union monétaire est calé sur l’année 2015 pour l’ensemble de la période 1995-2025.

23 Celle-ci comprend l’Australie et la Nouvelle-Zélande, l’Asie centrale, le Proche-Orient et l’Afrique.

24 Pour bien lire le contenu du tableau, prenons l’exemple de la zone euro : le facteur d’accroissement des exportations allemandes vers l’ensemble des pays membres était de 1,97 pour la période 1995-2005. Cela signifie que les exportations allemandes (en valeur) vers cette zone ont été multipliées par 1,97 en dix ans, enregistrant une hausse très proche de la croissance moyenne des exportations allemandes dans le monde, qui ont été multipliées par 2,05 sur la même période. Sont indiqués en gras les facteurs d’accroissement proches des moyennes globales enregistrées par le commerce extérieur allemand (dans la limite de +/- 0,20 point) ; en romain, les facteurs d’accroissement supérieurs d’au moins 0,20 point aux moyennes globales ; en italique, ceux qui sont inférieurs d’au moins 0,20 point aux moyennes globales.

25 « Les “lions” africains n’ont pas fini d’avancer », Le Monde, 20 mai 2016, p. 21.

26 Les instituts de recherche en économie politique allemands publient deux fois par an des prévisions qui n’excèdent pas les deux ans à venir. On dispose donc de prévisions pour 2016 et 2017. Celles-ci indiquent un certain ralentissement des exportations allemandes. Voir Projektgruppe Gemeinschaftsdiagnose, op. cit.

27 Nous prévoyons une meilleure tenue des importations en raison d’une « normalisation » progressive des prix des matières premières et d’une modération progressive de la politique monétaire accommodante de la BCE au cours des dix prochaines années. Cette modération fera remonter légèrement le cours de l’euro, ce qui favorisera les importations.

28 Source : Destatis, séries longues de 1950 à 2015, calcul des pourcentages par l’auteur.

29 Dans sa statistique n° 51000-0005, Genesis/Destatis indique des chiffres annuels détaillés (en valeur) pour 30 catégories de produits sur la période 2008-2015.

30 IFR, World Robotics Report 2014, IFR, septembre 2015 (pour l’ensemble des chiffres cités).

31 Voir à ce sujet la contribution de Patricia Commun dans le présent ouvrage.

32 Le Monde, 31 janvier 2017.


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