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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 1. Les admissions et les catégories d’enfants 2. Les enfants exposés et leurs nourrices 3. L’abandon : causes et remèdes Notes de bas de page

    Les hôpitaux généraux du Nord au siècle des Lumières (1737-1789)

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre I. L’accueil de la population enfantine

    p. 157-186

    Texte intégral 1. Les admissions et les catégories d’enfants 2. Les enfants exposés et leurs nourrices 3. L’abandon : causes et remèdes Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Les textes fondateurs des hôpitaux généraux du Nord n’imposent aucune condition d’âge pour l’entrée des pauvres mendiants au sein de ces établissements. Seules les délibérations des assemblées des administrateurs témoignent de l’accueil de jeunes enfants, voire de nouveau-nés dans l’hôpital. Un nombre important de lits est réservé aux enfants et adolescents, mais l’hôpital n’arrête pas là son rôle, il accueille les nourrissons et petits enfants, qu’ils soient exposés, orphelins ou enfants illégitimes. Ces enfants n’entrent à l’hôpital qu’à l’âge de 7 ans. Les hôpitaux généraux du Nord, comme de nombreux établissements de ce genre, servent tout à la fois de centres médicaux, de maisons pour orphelins ou encore de lieux de correction pour l’adolescence turbulente. On y accueille également les enfants abandonnés, ceux qui sont placés pour une durée plus ou moins longue par des parents nécessiteux ou négligents, ou encore ceux qui mendient et se font arrêter par la maréchaussée.

    1. Les admissions et les catégories d’enfants

    2Pour étudier le mouvement des admissions dunkerquoises de 1741 à 1789, nous disposons de plusieurs ensembles de documents. D’une part, l’administration hospitalière a conservé trois registres renfermant les secrets des expositions d’enfants ; d’autre part, des registres mentionnant des enfants assistés, ainsi que des enfants admis. Dans ces registres sont indiqués le prénom, le sexe, parfois le nom de l’enfant et, sauf pour les enfants exposés, le nom de la mère, éventuellement celui du père, la date de naissance, parfois le jour et le lieu du baptême1. À partir de ces sources, on peut dresser un tableau annuel des enfants recueillis par l’hôpital général de la ville dans la période considérée et tracer la courbe de l’évolution des admissions.

    Évolution du nombre d’enfants recueillis à l’hôpital de Dunkerque de 1741 à 1789.

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    35 600 enfants ont été recueillis à l’hôpital général de Dunkerque entre 1741 et 1789. Chiffre faible pour une ville qui comptait près de 27 000 habitants à la fin de la période si l’on compare ces données avec celles d’une ville comme Limoges2. De ce total, la proportion des enfants illégitimes qui s’élève à 35 % reste importante, celle des enfants légitimes reste la plus considérable et atteint 37 %. Ce taux se situe bien au-delà de celui de 15 % environ avancé par Montlinot pour la généralité de Soissons3 et reste en deçà de certaines hypothèses du Comité de mendicité de l’Assemblée Constituante le fixant pour Paris à 50 %4. Son importance s’explique en partie parce que l’hôpital n’accueillait pas seulement les orphelins de père ou de mère ou les enfants dont les parents avaient fui la ville, mais aussi, au-dessous de 6 ans, ceux des femmes légitimes abandonnées ou des veuves et des veufs indigents. Les documents que nous avons cités permettent aussi d’établir la répartition par âge de ces milliers d’admis à l’hôpital général, y compris nombre d’enfants exposés, car, pour 60 % d’entre eux, ils nous proposent à défaut de leurs dates de naissance ou de baptême, une estimation que tout porte à croire acceptable. Il convient de distinguer les enfants exposés et les enfants admis à l’hôpital.

    Évolution du nombre d’enfants admis à l’hôpital de Dunkerque de 1741 à 1789.

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    4Les enfants admis à l’hôpital sont très nombreux. Nous avons regroupé le nombre d’admissions des enfants de 1741 à 1789 pour avoir un aperçu de l’importance de cet accueil5. L’âge auquel les enfants intègrent l’hôpital varie beaucoup. À l’aide des registres nous avons établi la moyenne d’âge à leur entrée pour treize années.6 La différence entre la proportion des garçons (56,7 %) et celle des filles (43,2 %) n’est pas très importante et reflète assez bien les écarts initiaux entre les sexes. Le groupe des enfants nés de père et mère inconnus compte beaucoup plus de filles qui représentent près des 2/3 du total, comme si une partie de la population dunkerquoise abandonnait plus volontiers les filles moins habiles à subvenir rapidement à leurs besoins que les garçons. Les filles admises à l’hôpital sont légèrement plus âgées que les garçons, mais l’âge moyen prouve que les enfants sont en grande partie aptes au travail. Ces moyennes cachent pourtant des admissions d’enfants très jeunes qui ne devraient pas, selon le règlement qui fixe l’admissibilité à 7 ans, figurer dans ces services : en 1744, un tiers des fillettes n’ont pas 6 ans ; en 1746, un quart des garçons n’ont pas l’âge requis. Le temps n’amène pas d’amélioration dans l’application du règlement, et on vérifie la même chose à la fin du siècle.

    5Les enfants admis sont des enfants de vrais pauvres. Une enquête est réalisée sur la fortune des parents et de la famille avant d’accorder une place à l’hôpital. Priorité est donnée à l’accueil des orphelins et des enfants abandonnés. Durant les périodes difficiles, les administrateurs indiquent clairement leur volonté « de refuser les enfants qui ont père et mère »7. Rien ne prouve que les enfants abandonnés soient massivement des illégitimes, au contraire ; l’étude statistique le confirme d’ailleurs : de 1741 à 1789, le nombre d’enfants abandonnés admis à l’hôpital s’élève à 2 281. Dans ce groupe, 76,7 % représentant un total de 1 749 enfants sont des légitimes, dont on connaît parfois le père ou la mère, parfois les deux. Pour les enfants légitimes, les cas d’abandon sont fort divers. Ainsi pour Dunkerque en 1741, sur 171 enfants remis à la garde de l’hôpital, 20 sont abandonnés par leur père et mère, six par leur père, deux par leur mère. Quarante-neuf ont perdu par décès leur père ou leur mère et le conjoint survivant ne peut, par pauvreté, subvenir à leurs besoins. Seize doivent leur placement à la misère de leurs parents, douze à la maladie de leurs parents. Pour trois cas, les parents sont des fugitifs. Dans cinquante cas on ne connaît pas l’identité des parents et sept autres cas demeurent indéterminés. En ce qui concerne les enfants illégitimes, on peut, en premier lieu, formuler une remarque préalable : de tous les enfants illégitimes abandonnés dans la ville, la proportion la plus importante concerne les enfants trouvés. En effet, entre 1750 et 1789, 3 374 enfants ont été admis à l’hôpital général, dont 55 % concernent des enfants illégitimes dont le père est inconnu. Ce taux se comprend mieux si l’on considère les professions des filles mères. Au XVIIIe siècle, on estimait qu’elles appartenaient pour la majeure partie aux catégories les plus modestes, celles des ouvrières et des servantes.8 On ne peut pas faire pour Dunkerque une étude socio-professionnelle des filles mères. En effet, les greffiers de l’hôpital portaient généralement sur les registres la profession du père d’un enfant légitime ; en revanche, ils négligeaient de préciser celle des filles mères.

    Évolution du nombre d’enfants trouvés à Dunkerque de 1750 à 1789.

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    6À Douai, l’article IV des lettres patentes de l’hôpital général de Douai de juin 1752 ordonne que les enfants orphelins, les enfants abandonnés ou trouvés seront enfermés au sein de l’hôpital9. Bien souvent, les échevins de Douai, à la requête du lieutenant bailli de la ville, se rendent dans la rue où un enfant vient d’être trouvé. Parfois un billet est attaché aux vêtements de l’enfant confié à l’hôpital général après l’établissement d’un procès-verbal qui mentionne le jour, l’heure et l’endroit et quelques précisions sur l’enfant.

    7Dans les hôpitaux généraux du Nord, l’admission des enfants est à la charge de la municipalité ou à celle des communautés où les enfants sont exposés. Les enfants abandonnés par des parents connus sont à la charge du lieu de naissance du père en vertu du concordat de juin 1750 et par l’arrêt du conseil du Roi du 17 octobre de la même année. L’article IV du concordat précise que les « enfants mineurs d’âge ou non mariés » suivront la condition « de leurs pères et mères » ; par conséquent, « une femme veuve ayant enfant d’un ou plusieurs mariages précédents, tant elle que ses enfants […] seront entretenus au lieu de naissance du dernier mari ». Après la mort du dernier mari et de sa veuve, les enfants seront renvoyés chacun au lieu de naissance. L’article VI précise que les « enfants bâtards […] seront réputés natifs du lieu de la naissance de leur mère »10. Ainsi, avec la mise en place du concordat, des échanges se font entre les différents établissements hospitaliers. En 1769, les administrateurs de l’hôpital général de Lille font conduire des enfants à leurs frais vers celui de Douai11. Cependant, les relations entre les administrations ne sont pas toujours simples. Ainsi, en 1779, le Magistrat de Tournai ne donne pas suite à la requête de celui de Douai, lui demandant de reprendre le sieur Jean Baptiste Cougnard, natif de cette ville12.

    8Dans bien des communautés d’habitants, le budget de la charité consomme une bonne partie des ressources de la collectivité et ne s’équilibre qu’à grand-peine. La volonté de réduire à tout prix et par tous les moyens le poids de ces charges est donc bien compréhensible. Ainsi, des querelles éclatent parfois entre diverses communautés qui tentent de se rejeter mutuellement la responsabilité de ces enfants, ce qui a conduit dans la pratique à dégager un certain nombre de règles : l’enfant tombe normalement à la charge de la communauté de son lieu de naissance et, à défaut seulement (dans l’ignorance de ce lieu), il demeure à celle de la communauté du lieu d’abandon. Cependant, en toute hypothèse, l’obligation des communautés d’habitants n’est que subsidiaire et non solidaire par rapport à celle des parents ; elle ne joue donc que pour les enfants véritablement abandonnés, c’est-à-dire ceux dont les parents sont réellement inconnus. Si au contraire les parents sont connus, ils doivent se charger eux-mêmes de l’enfant13. Il existe donc une hiérarchie très stricte entre les différentes obligations susceptibles d’entrer en concours. L’obligation incombe d’abord aux parents ; à défaut des parents, elle retombe sur la communauté du lieu de naissance et, en dernier recours seulement, dans l’ignorance tant de ce lieu que de l’identité des parents, l’enfant demeure à la charge de la communauté du lieu d’abandon. L’énoncé de ces principes reflète bien l’attitude générale de l’Ancien Régime, foncièrement hostile aux abandons jusqu’au XVIIe siècle au moins. À partir du XVIIIe siècle, on constate une tolérance plus grande, voire une sorte de légalisation du phénomène de l’abandon14 ; mais dans les provinces du Nord, la constatation de l’identité des parents n’en conserve pas moins tout son intérêt car elle continue à jouer un rôle décisif dans la désignation de la communauté responsable. Or, les communautés entendent bien réduire leurs charges au strict minimum et, dans le cadre de leur programme de lutte contre les abandons, elles s’intéressent plus particulièrement au sort des enfants illégitimes. Considérés comme des abandonnés potentiels, les enfants illégitimes constituent une des cibles privilégiées de la politique de lutte contre l’abandon. On peut même parler à leur égard d’une véritable attitude de rejet. L’illégitimité, source d’abandons fréquents, constitue une véritable menace pour les villes de Flandre et du Hainaut. Le Magistrat de Lille a édicté en ce domaine un certain nombre de dispositions particulières15. En effet, il s’exerce une ségrégation à l’égard des enfants trouvés illégitimes16 qui sont considérés comme responsables de leur situation et des fautes de leurs parents. C’est peut-être là une survivance des vieilles traditions de responsabilité familiale et collective. Les administrateurs lillois condamnent tous les enfants illégitimes et ce, en des termes particulièrement violents : « les enfants qu’on élève à l’hôpital général sortent de ce qu’on appelle la lie du peuple, la plupart doivent leur existence au crime ou à la vie de débauche, presque tous y apportent le germe des vices qu’une police ne peut pas toujours détruire, mais dont elle suspend temporairement les actes »17. Il s’agit d’une réaction de classe plutôt que d’une réaction individuelle démontrant l’incompréhension et le mépris des classes privilégiées. À l’inverse, un sentiment presque universel à l’époque des « Lumières », le préjugé de bâtardise, doit disparaître. Une double restriction apparaît cependant chez l’auteur de l’article « bâtard » de l’Encyclopédie méthodique : les enfants naturels ne doivent pouvoir hériter que des biens de leurs père et mère, mais non de ceux des collatéraux ; quant aux enfants adultérins, leur problème reste insoluble18. Le deuxième grand objet de discussions concerne la destinée de ces enfants à leur sortie de l’hôpital. En effet, Louis XIV, en fondant l’Hôpital des Enfants Trouvés, les destinait à être soldats et à former des ouvriers ou des habitants pour les colonies. Une trentaine d’années avant la Révolution, une commission ad hoc et les administrateurs de l’établissement rappellent ces objectifs, ce qui déchaîne une campagne de protestations. L’auteur de l’article « adoption » de l’Encyclopédie méthodique s’élève contre ces dispositifs qui traitent les bâtards, parce qu’ils ont été abandonnés par leurs parents, « comme des espèces d’esclaves, comme des troupeaux de moutons ou de criminels à qui l’on inflige la peine de déportation »19. Une lettre de protestation publiée dans le Mercure de France du 9 juin 1787 clame son indignation : « Quoi ? le bien qu’on leur fait en les recevant dans les hôpitaux […] donne-t-il le droit de disposer de leur liberté ? […] les malheureux enfants ne sont-ils pas assez à plaindre par la privation de leurs parents, sans que vous exigiez, pour prix des secours que vous leur avez accordés, qu’ils embrassent un état pour lequel ils peuvent avoir la plus grande aversion ? Sont-ils votre propriété pour que vous ayez le droit d’en disposer aussi absolument ? »20. Cependant, ces plaintes ne semblent guère avoir reçu d’écho dans « l’opinion publique ». En effet, que proposent ces réformateurs ? De confier ces enfants aux agriculteurs, artisans ? C’est justement ce que prévoient les ordonnances royales et ce que font, dans toute la mesure du possible les administrateurs hospitaliers. En définitive, aucun projet concret concernant les enfants abandonnés n’a été avancé par les réformateurs du XVIIIe siècle : leur souci d’aligner le statut des bâtards sur celui des enfants légitimes est visible, mais ne concerne guère les enfants trouvés, puisque, dans la plupart des cas, ils ne connaissent pas leurs parents.

    9En pratique, dans les provinces du Nord, les enfants illégitimes menacent donc de tomber à la charge des communautés d’habitants soit en tant qu’enfants « assistés », soit en tant qu’enfants abandonnés. L’enfant assisté est celui dont les parents, quoique parfaitement connus et avoués, sont cependant incapables de subvenir aux besoins les plus élémentaires par suite de leur propre indigence21.

    10Mais l’enfant illégitime peut être purement et simplement abandonné et, dans ce cas, sa charge pèse sur les communautés d’habitants, par application des statuts particuliers de ces provinces. De fait, l’entretien des enfants abandonnés était différent selon chaque province : en Auvergne, Berry, Alsace, Languedoc, Lyonnais, Gascogne, Orléanais, Champagne, Lorraine, l’obligation de nourrir et d’entretenir les enfants exposés, conçue comme une contrepartie du droit de déshérence, pesait sur les seigneurs hauts justiciers.22 Dans d’autres régions (Hainaut, Dauphiné, Provence, Normandie, Flandres et Artois, Bretagne, Franche-comté…), cette charge incombait aux paroisses ou communautés d’habitants.23

    11À Douai, de 1785 à 1789, le nombre d’enfants recueillis au sein de l’hôpital général s’élève à 2 48924. Nous pouvons analyser quelques chiffres qui nous sont parvenus sur la population totale de l’hôpital général de 1785 à 1789 et, en particulier sur la population enfantine.

    Évolution de la population enfantine à l’hôpital de Douai de 1785 à 1789.

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    12Au sujet de l’évolution générale, on observe une tendance à la hausse, excepté de 1786 à 1787 où l’on peut parler de stagnation. Le nombre d’enfants à l’hôpital général, entre 1785 et 1788, varie entre 440 et 500. Une augmentation importante se produit en 1789 puisque le chiffre des enfants atteint 617 (soit 120 enfants de plus en l’espace d’une année). Ceci confirme l’accroissement du nombre d’abandons d’enfants. Les enfants forment plus de la majorité (60 %) de la population hospitalière, et approchent même la barre des plus de 70 % des hospitaliers en 178925.

    13Le nombre d’enfants trouvés, d’après les procès-verbaux de 1753 à 1789, s’élève à un total de 1 517. Nous remarquons une tendance à la hausse, avec un maximum en 1788 avec 171 enfants trouvés26. De 1753 à 1759, ce nombre est faible ; ensuite, il augmente mais reste peu important. La première hausse notable a lieu en 1765 avec 23 enfants trouvés, puis la courbe continue à s’élever mais en dents de scie, avec de légères montées suivies de petites baisses. De 1775 à 1778, une sensible augmentation apparaît. Les abandons d’enfants, au nombre de 33 en 1775, atteignent le chiffre de 108 en 1778 (ils triplent en trois ans). On peut également noter que le nombre d’enfants trouvés dépasse la barre des cinquante par an en 1777. Mais ce nombre redescend ensuite brutalement à 30 enfants trouvés en 1779. De 1780 à 1784, on remarque, de nouveau, des hausses suivies de petites baisses des abandons. À partir de 1785, on observe une forte augmentation de la courbe qui traduit le franchissement de la barre des 100 enfants trouvés par an et l’importance du phénomène de l’abandon dans les dernières années de l’Ancien Régime. Les enfants trouvés de moins de deux ans représentent 65,5 % du total. Le nombre de garçons est supérieur à celui des filles parmi les enfants trouvés. Les garçons représentent 54,6 % dans les procès-verbaux et les filles 45,35 %. Est-ce dû à une surmasculinité des naissances ou abandonne-t-on plus facilement les garçons que les filles ?

    Évolution du nombre d’enfants trouvés à Douai de 1753 à 1789.

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    14De manière générale, les entrées dans les hôpitaux généraux augmentent progressivement à partir du mois d’avril, culminent en juillet mais aussi en novembre et présentent un bon niveau en hiver ; ce qui n’est pas très surprenant au regard de la « clientèle » particulière qui aspire à entrer à l’hôpital général. Les enfants, les infirmes et les vieillards, victimes des rigueurs de la conjoncture, ne peuvent s’installer qu’en fonction des places disponibles et des ressources de ces établissements. Beaucoup d’historiens du « renfermement » considèrent trop rapidement les hôpitaux généraux comme des prisons ou des maisons de correction27.

    15Deux tendances se dégagent quant à l’admission croissante de ces enfants au sein des hôpitaux :

    • l’évolution de la sensibilité des parents est probablement importante : une attention croissante à l’avenir de son enfant pourrait être souvent, et par un paradoxe qui n’est qu’apparent, un élément explicatif des abandons d’enfants légitimes ; dans quelle mesure (par méconnaissance des conditions d’accueil) n’a-t-on pas cru que l’avenir de sa progéniture serait mieux assuré par les services de l’hôpital que par soi-même ?
    • l’essentiel demeure malgré tout le dénuement des parents, conduits à la dernière extrémité à abandonner leur enfant.

    2. Les enfants exposés et leurs nourrices

    16À Dunkerque, chaque cas d’exposition est relaté de manière écrite ; un texte est rédigé qui permet au greffier de noter des détails précis et abondants : condition d’exposition, trousseau de l’enfant quand il existe, sexe, âge, marques de reconnaissance éventuelles accrochées aux vêtements. L’abandon concerne majoritairement de très jeunes enfants puisque 54, 5 % ont moins d’une semaine, 18 % moins d’un mois et 36,3 % ont moins d’un an à leur entrée à l’hôpital. Parmi les enfants illégitimes, catégorie la plus importante, la plupart sont abandonnés dans les jours qui suivent immédiatement leur naissance puisque près de 82,6 % ont moins d’une semaine. Le placement à l’hôpital de ces nouveau-nés apparaît donc, quels qu’en soient les mobiles, comme le résultat d’une décision arrêtée avant l’accouchement et accomplie de manière routinière, presque banale. On conviendra volontiers que l’abandon des enfants illégitimes est logique, dans le sens où l’on voit mal en effet, sauf cas très exceptionnel, pourquoi une fille mère par exemple, venant accoucher clandestinement pour cacher une situation sociale délicate, garderait son enfant auprès d’elle plusieurs mois ou même plusieurs semaines. Pour les autres, la séparation est accomplie au cours de la première année de leur vie, rarement au-delà. En ce qui concerne les pourcentages de garçons et de filles, l’écart demeure trop faible (51 % et 49 %) pour dégager une tendance. Les enfants nés de parents inconnus sont généralement exposés aux portes de l’hôpital général, de l’église, des institutions religieuses, du domicile des notables ou encore dans les rues. À Dunkerque, au cours de l’année 1750, vingt-sept enfants exposés sont recueillis. Les 3/4 des enfants sont déposés devant la porte de l’hôpital, deux enfants sont laissés devant le domicile d’un notable, deux autres près d’un cabaret. Parfois certains parents prennent la « précaution » de mettre l’enfant en hauteur : l’un est posé sur une charrette, un autre est accroché à la poignée d’une porte, ceci afin d’éviter l’attaque de chiens ou de rats. Sept enfants portent un billet de reconnaissance ou une médaille qui permettra aux parents de venir les rechercher par la suite. L’enfant, lorsqu’il est trouvé, est immédiatement baptisé sauf lorsqu’il porte un papier indiquant qu’il l’a déjà été. Ceci doit certainement donner lieu à de doubles inscriptions sur les registres de catholicité. En 1750, sur quatorze enfants, cinq sont baptisés une heure après avoir été trouvés. Ceux déposés en pleine nuit sont baptisés le lendemain matin. La vulnérabilité de ces enfants face à la mort est connue, le baptême doit donc être extrêmement rapide. Mais il s’en faut que tous les enfants abandonnés soient réellement exposés. À Dunkerque comme à Paris ou dans les autres villes du royaume, à la fin du XVIIIe siècle, le délaissement dans les rues n’est plus qu’une exception.28 Les filles mères peuvent abandonner leur enfant selon une procédure simple, sans formalités particulières. Il leur suffit de le faire remettre à l’un des administrateurs de l’hôpital ou à toute autre personne qui se charge de faire dresser par les autorités municipales le procès-verbal nécessaire à l’admission. Pour la période allant de 1750 à 1789, le cas d’enfants exposés de parents inconnus représente 36 % du total pour la période et celui des enfants admis 17,7 % des abandons.

    17La plupart des enfants abandonnés admis à l’hôpital général viennent de la ville elle-même qui, avec ses faubourgs et sa banlieue, fournit 95,7 % environ des entrants à l’hôpital général. Ceci confère à l’abandon le caractère d’un phénomène fondamentalement urbain, même s’il est amplifié par des apports extérieurs. L’aire de recrutement des enfants abandonnés admis à l’hôpital général de Dunkerque s’étend aux campagnes environnantes et même au-delà. Pratiquement, l’établissement ne refuse aucun de ceux qui lui sont présentés. Certes, ses administrateurs protestent avec véhémence quand on leur conduit un enfant qui, à leurs yeux, relève d’une autre institution, mais ils ne sont pas en mesure de le refuser. Au total les enfants étrangers à la ville ne représentent que 4,3 % environ de l’ensemble des enfants admis. Les lieux d’origine des enfants étrangers à la ville de Dunkerque appartiennent dans leur immense majorité à la généralité de Lille, mais ils se répartissent différemment suivant les subdivisions administratives. La ville de Lille et la châtellenie de Bergues l’emportent sur toutes les autres et fournissent près des 2/3 des cas, tandis que celles de Bourbourg et de Cassel figurent plus modestement. En revanche, le gouvernement de Calais est moins représenté en raison sans doute de la présence sur place d’une institution de charité susceptible d’accueillir les enfants abandonnés29. Quant aux localités extérieures, une partie relève de l’Artois ou de villes étrangères comme Furnes qui compte pour 44 (10,3 %) enfants étrangers, Ypres 14 (3,4 %), Louvain, 25 (5,8 %), Londres, 20 (4,6 %), Bruxelles, 10 (2,2 %), Münster en Allemagne, 34 (8 %) et Middelburg aux Pays-Bas, 60 (14 %). L’on constate que la ville de Dunkerque est une ville ayant une immigration importante30. On doit noter cependant que cette proportion d’enfants étrangers illégitimes, qui sont le fruit de mères non dunkerquoises, augmente considérablement après 1779. Elle représente près de 20 % des cas d’enfants illégitimes, dont plus des 2/3 concernent des enfants exposés. On peut supposer que, dans la plupart de ces cas, les mères résident déjà dans l’agglomération où elles ont été attirées par les possibilités d’emploi comme domestiques auprès des riches armateurs dunkerquois ; les autres ont sans doute voulu fuir une réprobation publique toujours très vive. Elles ont sans doute espéré trouver dans une grande cité portuaire, à la faveur d’un anonymat protecteur, un milieu où les contraintes qui s’exercent sur elles sont moins fortes.

    18À Douai, une part importante (45 %) des enfants trouvés se situe dans les rues de la paroisse Notre-Dame. Il s’agit de la paroisse la plus proche de l’hôpital général. Cette paroisse est populaire avec une forte concentration de manouvriers et de pauvres31. Certains enfants sont abandonnés aux portes des maisons d’habitants ou d’administrateurs de l’hôpital. Ainsi, un certain nombre d’enfants sont laissés devant les demeures des administrateurs Rasière de la Howarderie, rue du Mont de Piété, et Raison, rue de Bellain. Ces administrateurs résident dans la paroisse Saint-Pierre, une des plus riches de la ville. Parfois les parents confient leur enfant pour une période indéterminée. Le 17 août 1782, Marie-Joseph âgée de six ans est laissée seule dans une cave louée par Catherine Malte à une inconnue qui lui a promis de venir la reprendre. D’autres enfants sont laissés chez la nourrice. Une fille de trois ans, Catherine Donchez, est en pension depuis plusieurs mois. Son père, cordonnier, a quitté la ville le 30 juillet 1778. Lorsque les parents s’absentent de façon temporaire ou définitive, la nourrice présente le nourrisson aux échevins. Certains enfants se présentent eux-mêmes devant les autorités de la ville32. Un billet accompagnant l’enfant demande parfois de le baptiser. Il arrive bien souvent que cette décision de les baptiser soit prise par les échevins.

    19Nous avons relevé 135 billets accompagnant les enfants. Ces billets indiquent le plus souvent si l’enfant est baptisé ou doit l’être. Certains billets indiquent le prénom, le nom de l’enfant ou des parents. L’âge est parfois noté, ainsi que les causes de l’abandon. En effet, certains billets expriment le souci matériel des parents qui demandent que l’on assure à l’enfant sa subsistance quotidienne et son avenir. Ces billets témoignent d’un attachement à l’enfant et montrent que les parents ne sont pas tous indifférents à son sort. Ils témoignent aussi de la misère et de la détresse des parents33 qui abandonnent leur progéniture en espérant que l’enfant connaisse un avenir meilleur que celui qu’il aurait vécu avec eux.

    20L’âge des enfants trouvés est, le plus souvent, déterminé de façon approximative ou peut être connu par un billet attaché à l’enfant. La majorité (52,3 %) des enfants trouvés se compose de nouveau-nés. De 1779 à 1784, les procès-verbaux concernent surtout des nouveau-nés et peu d’enfants plus âgés. Cette tendance s’inverse à partir de 1785, avec une moins forte concentration de nourrissons, même si ces derniers forment toujours la majorité des enfants trouvés. À partir de 1788-1789, la part des enfants plus âgés est plus importante. Plusieurs procès-verbaux d’abandon mentionnent la maladie ou l’infirmité ou l’âge d’un ou des parents qui les empêchent d’élever leurs enfants. En 1764, un vieillard aveugle, abandonné par sa femme, ne peut entretenir ses deux filles. En 1787, un père âgé de 80 ans expose aux échevins son « grand âge ». La défense qu’on lui fait de mendier le met dans l’impossibilité de nourrir son fils de huit ans34. Trois catégories d’enfants sont distinguées par l’hôpital général. La première est constituée par les « bas-âges » systématiquement mis en nourrice : ils y restent le plus souvent jusqu’à quatre ans révolus au début, puis jusqu’à sept ans. Viennent ensuite les « grands âges » : jusqu’à douze ans, ils sont entretenus directement par l’hôpital. Enfin, les enfants de plus de douze ans sont portés sur les registres des mendiants entretenus par l’hôpital.

    21Néanmoins, à la fin du XVIIIe siècle, apparaît le quartier des « enfants trouvés »35. La plupart des enfants abandonnés sont placés le plus vite possible en nourrice et n’intègrent l’hôpital qu’à l’âge de trois ans révolus pour Valenciennes et de six ans révolus pour Dunkerque, ce qui fait qu’il s’en trouve peu dans l’hôpital même. Néanmoins, il s’en trouve un certain nombre entre sept et douze ans. Jusqu’à la création de ce quartier, les jeunes enfants partageaient le même dortoir que les vieilles femmes qui assuraient leur garde. De multiples inconvénients contraignent les administrateurs à isoler les enfants et à créer un quartier spécialement pour eux.

    22Pour l’hôpital général de Dunkerque, les nourrissons sont placés jusqu’en 1782 chez des nourrices habitant la ville et la Basse-ville. Ces nourrices sont des femmes pauvres qui perçoivent un maigre salaire pour la garde qu’elles assurent. Le linge des enfants est fourni par l’hôpital : les nourrissons sont vêtus de serge brune, les plus grands arborent aussi les couleurs de l’hôpital mais leurs vêtements plus grossiers sont faits de tiretaine. Les conditions de placement sont très mauvaises : en 1778, l’administration décide de « placer plusieurs enfants, même jusqu’à 10 auprès d’une même femme de la ville, espérant que cet essai pourra contribuer à conserver la vie de ces enfants infortunés parce qu’ils pourront plus exactement être soignés »36. Le taux de mortalité exorbitant de ces enfants est le meilleur témoin de leur triste sort. On peut en avoir une idée grâce aux envois d’états demandés régulièrement à partir de 1776. Le graphique ci-dessous rassemble les différents renseignements qu’ils fournissent37.

    Accueil, placement et décès des enfants à Dunkerque de 1776 à 1789.

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    23On remarque, tout d’abord, l’allure générale croissante de la courbe des enfants reçus. Le nombre d’enfants restant en nourrice au 1er janvier suivant l’année de l’accueil est significatif d’une très grande mortalité : jusqu’en 1782, alors que le nombre d’enfants reçus augmente, le nombre d’enfants restant en nourrice diminue. En une année, il meurt donc plus d’enfants que l’hôpital n’en reçoit. On peut toutefois distinguer deux périodes : la charnière qui les sépare est l’année 1786 : le nombre d’enfants en nourrice devient alors supérieur au nombre de décès. De 1776 à 1786, l’augmentation des décès suit celle du nombre d’enfants accueillis, les courbes de mortalité de 1781 et 1783 correspondent à des épidémies. Dans la deuxième partie de la courbe, le nombre de décès, bien qu’il soit toujours terrifiant, est relativement moins élevé en dehors de celui de 1788.

    24Le nombre des enfants qui, après placement en nourrice, arrivent à l’âge d’intégrer l’hôpital est tout à fait minime (7 ou 8 par an) ; cependant il faut tenir compte du fait que les enfants peuvent être rendus aux parents qui retrouvent meilleure fortune et viennent les reprendre. Pour tous les enfants recueillis, les chances de survie demeurent bien limitées. Pour la période étudiée (1750-1789), sur un groupe initial de 3 374 enfants, 2 767 sont décédés soit 82 % du total. Les causes de cette mortalité élevée, notamment durant la première année, sont imputables pour une part à l’état de santé précaire des abandonnés, aux traumatismes qu’ils subissent dès les premiers jours de leur vie et aussi aux soins médiocres qu’ils reçoivent des nourrices à qui ils sont confiés.

    25Dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, l’État s’inquiète de plus en plus du triste sort des enfants abandonnés et orphelins. De nouvelles idées tendant à faire baisser la mortalité sont émises. La mise en nourrice des enfants est devenue une pratique courante de différents milieux sociaux, réponse adaptée à la croissance du salariat féminin dans les milieux populaires. En 1772, l’abbé Terray propose pour la première fois à l’hôpital général de la Charité de Dunkerque d’envoyer les nourrissons chez des nourrices à la campagne. Les administrateurs de l’hôpital des Enfants Trouvés de Paris participent au développement de cette idée ; ils écrivent à l’hôpital de Dunkerque que le grand nombre de décès d’enfants nouveau-nés peut être évité « si vous avez l’occasion de vous procurer des nourrices dans les environs de votre ville »38. Conscient de cette mortalité et souhaitant entraîner l’adhésion de ses collègues à son projet de mettre les enfants chez des nourrices à la campagne, l’administrateur Louvat, en charge de la Table des pauvres, fait un rapport circonstancié en 1778 où il dénonce les conditions de vie en ville et la mortalité très importante des nourrissons. Les administrateurs décident de recruter aux alentours de Dunkerque des nourrices certifiées de bonne vie et mœurs par les curés. Cette tentative qui dure cinq mois se solde par un échec complet. Louvat constate que « la mortalité à la campagne est encore plus élevée qu’en ville »39. De 1778 à 1782, les administrateurs sont à la recherche de solutions concernant les tout-petits. Ils se rapprochent des hôpitaux de Lille, Valenciennes, Douai, Arras, en quête d’idées pouvant diminuer la mortalité importante. Les autorités ne manquent pas de rappeler à l’hôpital l’horreur de la surmortalité infantile. Joly de Fleury adresse en 1782 de sévères remontrances : « on me donne […] que dans votre hôpital […] du nombre des enfants nouveaux-nés la plus grande partie périt faute d’apporter dans le choix des nourrices l’attention nécessaire »40.

    26En 1782, un règlement est établi41. Il amène une rationalisation de l’organisation des placements chez des nourrices. Celles-ci ne sont plus recrutées sans quelques garanties : elles sont désormais mieux surveillées ; elles sont enregistrées : nom, adresse et nombre d’enfants à charge sont notés sur des registres. Elles doivent être agréées et reçues par l’administration de l’hôpital. Elles ne peuvent accepter qu’un seul nourrisson et sont soumises à une visite par une religieuse et par le chirurgien de l’hôpital pour constater qu’elles sont en état d’allaiter. Les soins médicaux donnés aux enfants sont désormais du ressort exclusif des médecins de l’hôpital qui, lorsque l’enfant n’est pas transportable, doivent se rendre au domicile de la nourrice. La médecine empirique des nourrices est strictement interdite, « aucun remède narcotique ou soporatif »42 ne peut être administré sans l’avis du médecin. Enfin, elles doivent présenter un certificat de bonne vie et mœurs de leur curé.

    27Les administrateurs ayant pour dessein la sauvegarde de la vie des enfants établissent un système de gratifications. Chaque année, les nourrices perçoivent une prime si elles réussissent à lutter contre la mort des enfants dont elles ont la garde : la première année, très difficile à surmonter pour les nourrissons, est récompensée de 24 livres, la seconde de 18 livres, la troisième de 12 livres, la quatrième de 6 livres. De plus, un caractère honorifique est donné à la récompense des femmes élevant les enfants jusqu’à leur entrée à l’hôpital ; « elles seront récompensées publiquement, inscrites sur un registre spécial et, si elles doivent recourir à la Table des pauvres, seront traitées avec égard »43.

    28Pour Douai, nous pouvons utiliser les registres des entrées des filles en 1788 et 1789 qui mentionnent, pour certaines, leur mise en nourrice. Le pourcentage de filles confiées à des mères nourricières est de 45 % pour l’année 1788 et de 46 % pour 1789. Ces registres donnent également les lieux des habitations des nourrices en 1788 et 178944.

    29Les sommes versées aux nourrices augmentent sensiblement à partir de 1780, passant de 675 florins en 1779 à 14 876 florins en 1789. Le nombre d’enfants confiés aux nourrices est de 159 pour l’année 1785 et de 278 enfants pour 178945. Les nourrices se plaignent régulièrement de ne pouvoir les entretenir avec propreté, n’ayant pour leur service que deux chemises « et des langes trop étroits et peu propres à les envelopper »46. La difficulté de trouver des nourrices et l’augmentation du prix des denrées en 1788 ont pour conséquence la hausse de vingt sols par an des gages des nourrices, du premier novembre 1788 au premier mai 1789. De plus, des vêtements et des langes plus grands leur sont fournis47. En avril 1789, le paiement des pensions des enfants est maintenu à six livres par mois à cause de la cherté du blé48. Le problème du versement des allocations aux nourrices est un des exemples des difficultés financières que connaît l’hôpital général de Douai dans les dernières années de l’Ancien Régime49. Elles représentent 3,2 % des dépenses chaque année.

    La nourrice (XVIIIe siècle), gravure.

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    © Bibliothèque Nationale.

    30On note une hausse importante, à partir de 1781, de la somme versée pour les frais de pension des enfants qui passent de 8 958 à 14 976 florins de 1788 à 1789, soit 11 % de la dépense en 1789. Ces hausses sont en corrélation avec le nombre de nourrissons accueillis.

    31Il est difficile de connaître pour Douai le taux de mortalité infantile de la mise en nourrice, mais une lettre des administrateurs de l’hôpital général de Dunkerque, envoyée à l’hôpital général de Douai en 1781, y fait allusion50. Dans les autres hôpitaux généraux, notamment celui de Lille, de 1774 à 1781, près de 78 % des enfants meurent dans la première année51.

    32Les administrateurs lillois s’inquiètent de la mortalité élevée des enfants abandonnés qui depuis « quelques années en emporte plus des trois quarts »52. Ainsi, entre janvier 1774 et décembre 1780, 1 872 enfants sont mis en nourrice et, durant ces sept années, plus de 1 443 sont morts et seulement 429 ont survécu, d’où une mortalité de plus de 77 %. Pour les administrateurs, il importe à l’État et à la ville que la conservation de ces enfants soit une priorité puisque c’est de cette « classe d’hommes que sortent les soldats et les artisans »53.

    33Pour l’administration municipale, la mortalité de ces enfants et la difficulté de trouver des nourrices proviennent de la faiblesse des gages procurés à ces dernières. Une correspondance est mise en place avec les hôpitaux de Paris et de Dunkerque afin d’établir une étude comparative des gages des nourrices. Le paiement des nourrices pour huit années s’élève à 294 livres à Lille, à 380 livres à Paris et à 312 livres à Dunkerque, d’où une différence de 86 et 18 livres54. Pour l’administration, il est plus que nécessaire que la ville de Lille augmente les gages des nourrices, afin d’avoir plus de candidates et de ne devoir confier à aucune d’elles plusieurs enfants, ce qui occasionne pour ces derniers une mortalité élevée. Il estime cette augmentation à 6 livres pour un total de 300 au lieu de 294 livres. Cette délibération est transmise à l’intendant afin qu’il puisse intercéder auprès du corps municipal. Le 20 février 1789, les administrateurs de l’hôpital général adressent à l’intendant Esmangart une lettre concernant le rapport de l’inspecteur général des hôpitaux relatif aux enfants abandonnés. Le contenu de cette lettre évoque la demande faite à son prédécesseur Calonne, en septembre 1780, de suspendre la délibération prise par le Magistrat le 20 mai 177855. Les administrateurs rappellent également la nécessité d’augmenter les pensions des nourrices conformément à la délibération du 26 août 178456.

    3. L’abandon : causes et remèdes

    34Ces pratiques d’abandon ont souvent pour corollaire la pauvreté et la maladie qui obligent parfois à conduire un enfant à l’hôpital. La misère provoque ainsi la fuite de parents découragés, laissant leurs enfants à leur triste sort. À Dunkerque, le 1er avril 1767, Marie Françoise Maillard, veuve de Michel Holande, est condamnée à être appliquée au carcan pendant trois jours de marché, avec l’inscription « marâtre qui a abandonné ses trois enfants en bas âge », et à trois mois de prison au pain et à l’eau pour servir d’exemple aux pères et mères qui abandonnent leurs enfants.57 On pourrait multiplier les exemples. Si pour l’administration royale, selon les termes de l’arrêt de 1779, les abandons d’enfants légitimes sont dus à l’indifférence criminelle des parents, en réalité à Dunkerque, dans l’immense majorité des cas, c’est la misère ou le malheur qui les acculent à abandonner leurs enfants dans l’institution de charité prévue à cet effet.

    35La capacité d’accueil de l’hôpital général dunkerquois et la facilité relative des abandons ont-elles atteint l’un des buts recherchés par le législateur et par les institutions d’assistance qui est d’éviter les avortements et les infanticides ou, pour reprendre les termes de l’arrêt de 1779, « les crimes auxquels la crainte de la honte peut induire une mère égarée » ? Les archives du Registre criminel ne font apparaître, pour la période de 1742 à 1790, qu’une condamnation pour des affaires de ce genre58. En 1778, « Marie Dufour dûment atteinte et convaincue d’avoir recelé sa grossesse est véhément suspectée d’avoir homicidié ses deux enfants jumeaux »59. Les deux éléments retenus pour condamner à mort la mère coupable de ce crime sont d’une part le fait que les nouveau-nés tués par leur mère ont dès lors été promis à un tourment de l’âme infini, puisqu’ils n’ont pas été soumis au sacrement qui aurait pu leur assurer le repos éternel ; d’autre part, le fait que la mère ait caché sa grossesse est le signe qu’elle a prémédité son geste. On sait qu’au XVIIIe siècle le nombre de suspectes d’infanticides présentées à la justice royale demeure fort limité. Ces actes demeurent trop secrets et trop personnels pour ne pas échapper, en majorité, à la connaissance des autorités publiques60. En se gardant d’en tirer des conclusions générales sur le comportement habituel des populations, on se contentera de relever que la large ouverture des hôpitaux à l’enfance abandonnée n’a pas fait radicalement disparaître ces pratiques.

    36À Douai, l’illégitimité de certains enfants trouvés est mentionnée dans quelques procès-verbaux. Les naissances illégitimes sont plus fréquentes en ville qu’à la campagne, d’ailleurs les filles enceintes habitant le milieu rural viennent accoucher en ville, lieu plus anonyme61. Il est difficile de déterminer le nombre d’enfants illégitimes, étant donné que, parmi l’ensemble des enfants trouvés, nous ne connaissons pas les proportions d’enfants légitimes et naturels. À partir de 1762, les administrateurs de l’hôpital général de Douai veulent imposer des sanctions aux parents qui abandonnent leurs enfants62. Le 8 août 1763, ils dénoncent le nombre important des enfants abandonnés qui est une surcharge pour l’établissement. Ils critiquent « l’inaction et le silence » observés vis-à-vis de ces parents contre qui aucune mesure n’est prise et qui restent en ville63. En conséquence, l’administration hospitalière décide que les enfants qui sont dans l’établissement et dont les parents sont en ville et en « état de les nourrir » seront renvoyés de l’établissement64. Le premier juillet 1769, les administrateurs poursuivent leurs démarches puisque la décision est prise de rendre compte aux échevins que les parents « de plusieurs enfants abandonnés et qui sont en notre hôpital restent en ville et sont en état de les nourrir et qu’ainsi on ne peut se dispenser de les leur renvoyer pour le tout ou en partie »65. La direction met sa menace à exécution puisque, en juillet 1769, vingt-huit enfants sont renvoyés de l’établissement. Le 16 novembre 1769, cette politique est poursuivie et accentuée, au vu de la politique d’économies entreprise par l’établissement, et dorénavant seules « les personnes qui seront dans la nécessité indispensable d’y entrer » seront admises. Le nombre des hospitaliers sera diminué d’un tiers et « donc on renverra actuellement les enfants abandonnés dont les pères et mères sont en ville et en état de les nourrir »66.

    37La résolution du premier juillet 1769 est toujours en vigueur en 1771 puisque le 26 avril, conformément à cette décision, il est procédé à des renvois de sujets de l’hôpital général suite à la disette67. Nous ne disposons ni du nombre ni des noms des pensionnaires renvoyés mais on constate que l’effectif dépend des places disponibles et de l’état des finances de la Charité ; du nombre de bouches qu’elle peut nourrir. Dans les années quatre-vingt, l’importance des enfants à la charge de l’hôpital général pose toujours des problèmes à l’établissement. Les administrateurs présentent des mémoires aux échevins pour obtenir des secours financiers de la ville ; « le nombre d’enfants trouvés et abandonnés […] a augmenté considérablement depuis plusieurs années, au point que les revenus ordinaires se trouvent actuellement insuffisants pour faire le service et que le dernier compte de leur administration porte un excédent de dépense d’environ 12 000 florins »68. Le 17 novembre 1786, le Magistrat de Douai décide d’avancer 4 000 florins par an durant l’espace de quatre années. Dans les années suivantes, les enfants abandonnés et trouvés sont de plus en plus nombreux et exposent l’hôpital à de grosses difficultés à la fin de l’Ancien Régime.

    38La courbe du mouvement des admissions d’enfants confrontée à celle du prix moyen annuel de la rasière de blé permet d’expliquer une partie de ces abandons. Les fortes augmentations du prix du blé en 1767-1768, puis en 1772, 1777 et surtout en 1789 ont des répercussions les années suivantes sur le nombre d’enfants trouvés. Il y a une très nette augmentation des abandons en 1777 et 1778 qui peut être mise en corrélation avec la cherté du blé. À titre d’exemple, le 1er juillet 1777, le procès-verbal mentionne l’abandon de six enfants âgés de deux à dix ans. Les parents abandonnant plusieurs de leurs enfants ou toute leur progéniture illustre bien l’importance de la misère. Toutes ces analyses amènent à conclure que le mouvement des prix des céréales69 agit de façon certaine sur celui des abandons. On sait notamment, depuis les travaux de Ernest Labrousse, l’influence des variations du prix des céréales sur le coût de la vie et le revenu des masses populaires70.

    39À Dunkerque, la courbe du mouvement des enfants admis suit globalement celle du prix de la rasière de blé. On peut néanmoins constater quatre pics qui correspondent, pour les années 1768, 1772, 1784 et 1788, à une augmentation du prix moyen annuel de la rasière de blé, en corrélation avec l’augmentation du nombre d’enfants admis. Cependant les crises les plus violentes correspondent aux années 1772 et 1788. Les abandons d’enfants apparaissent pour une part comme le reflet de crises frumentaires inévitablement accompagnées par la maladie, le chômage, ou la misère.

    Enfants admis et prix du blé à Dunkerque de 1765 à 1789.

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    Enfants trouvés et prix du blé à Douai de 1752 à 1789.

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    40Au cours du XVIIIe siècle, la Flandre et le Hainaut, à l’exemple de beaucoup d’autres régions françaises, se déchargèrent sur Paris d’une partie de leurs enfants abandonnés71. Dès 1773, l’abbé Terray, Contrôleur général des finances, avait alerté tous les intendants sur les transports considérables d’enfants des provinces vers Paris : un dénombrement, opéré par les administrateurs de l’Hôpital des Enfants Trouvés, n’avait-il pas fait apparaître que, durant les dix premiers mois de 1772, près de 2 350 enfants avaient été amenés des provinces, soit plus du tiers de tous ceux que l’établissement avait accueillis ?72 Il leur avait ordonné de prendre les mesures nécessaires pour empêcher désormais les transferts vers la capitale. Le but visé n’était pas seulement d’éviter la ruine de l’institution parisienne, mais aussi de protéger « l’état de vie même de ces enfants qui étaient en danger pendant les longues routes qu’on leur faisait parcourir »73. Enfin, il leur avait rappelé que les enfants abandonnés devaient être élevés et nourris sur place par les seigneurs hauts-justiciers ou par les communautés d’habitants. Celles-ci, tenues en principe de prendre à leur charge et de pourvoir à l’entretien des enfants trouvés sur leur territoire, cherchent parfois à se débarrasser de ces enfants en les faisant conduire sur le territoire voisin ou à l’hôpital le plus proche ou surtout en les confiant à des voituriers pour les transporter à Paris. L’arrivée d’enfants abandonnés provinciaux à Paris dépend donc de l’attitude de chaque établissement hospitalier, de celle des seigneurs hauts-justiciers, des communautés et surtout de l’activité des meneurs74 et voituriers, de leurs itinéraires, de la fréquence de leurs voyages75.

    41Inquiet de la croissance du nombre des admissions à Paris après le léger fléchissement de 1773, Necker fait promulguer l’arrêt du Conseil du 10 janvier 1779 interdisant à quiconque, dès le 1er octobre suivant, de transporter des enfants si ce n’est pour être remis à des nourrices ou déposés dans l’hôpital le plus proche, sous peine de 1 000 livres d’amende76. Cette fois, le gouvernement central s’emploie à faire exécuter la décision qu’il a arrêtée, sans se résigner aux échecs des premiers temps de son application. Malgré son interdiction en 1773 et 1779 et les sanctions qui menacent les voituriers, ce trafic ne disparaît pas complètement, les voituriers modifiant leurs itinéraires pour échapper aux contrôles77.

    42Cependant, ces pratiques d’évacuation des enfants vers l’Hôpital des Enfants Trouvés ne semblent pas avoir eu cours à l’hôpital général de la Charité de Dunkerque. En effet, le subdélégué Taverne le soulignait expressément, en 1777, dans sa réponse à une enquête de l’intendant de Caumartin relative au sort des enfants trouvés et au financement de l’assistance : « concernant l’envoi d’enfants par voituriers publics à Paris, cela ne s’est jamais pratiqué à Dunkerque »78. Si aucun enfant ne provient de la région dunkerquoise, cela ne veut pas dire que la prospérité et la vertu règnent dans cette contrée, mais sans doute qu’aucun meneur n’en assure le service ou bien que l’hôpital de Dunkerque remplit convenablement sa fonction.

    43À Dunkerque, l’application stricte des mesures établies par le Conseil du roi rend plus difficile l’entretien des enfants dont le nombre, jusqu’alors, avait gardé des proportions limitées. L’arrêt de 1779 provoque une augmentation sensible des dépenses en raison de l’accroissement du nombre d’enfants recueillis. Les administrateurs de l’hôpital s’en plaignent : « depuis l’arrêt du 10 janvier 1779, les enfants abandonnés de l’Artois, du Boulonnais, où il ne se trouve pas d’hôpitaux pour les y recevoir, sont portés ici au point que le nombre en est presque doublé tous les ans depuis cet arrêt »79. Le bilan ainsi établi montre qu’à partir de 1779 le nombre des enfants admis s’élève considérablement par rapport à celui des années précédentes. Dans ces circonstances, les administrateurs demandent au roi, au nom des « pauvres et des infortunés enfants », la possibilité de lever et de percevoir des droits d’octroi à compter du 1er janvier 1783 jusqu’en 180380.

    Un meneur d’enfants (XVIIIe siècle), gravure.

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    © Bibliothèque Nationale.

    44À Dunkerque, l’admission des enfants est à la charge de l’hôpital ou à celle des communautés où les enfants sont exposés. Les enfants abandonnés par des parents connus sont à la charge du lieu de naissance du père, en vertu du concordat et arrêt du conseil du 17 octobre 175081. Les administrateurs constatent que de plus en plus d’enfants illégitimes sont le fruit de mères non dunkerquoises et qu’on n’en connaît pas le père. Ainsi, l’hôpital doit non seulement faire face à la fréquence des naissances illégitimes du lieu, mais également à celles de toute la région environnante82. Cette augmentation correspond-elle seulement au dépôt ou à l’abandon d’enfants qui auparavant avaient été détournés vers Paris, ou est-elle amplifiée par le laxisme du Magistrat qui, comme le dénoncent les administrateurs, ne semble pas très assidu à poursuivre les parents qui abandonnent leurs enfants : en 1788, Matthieu Bommelaer vient présenter ses deux enfants à l’hôpital où l’assistance lui est refusée car il possède un travail. Quinze jours plus tard, le Magistrat envoie ces mêmes enfants à l’hôpital en les déclarant « enfants abandonnés ». Cet événement provoque l’indignation et les reproches des administrateurs83.

    45Le problème des enfants trouvés envoyés à l’hôpital de Paris est mentionné à Douai. Un registre de délibérations de 1772 dénonce « l’envoi qui se fait à Paris des enfants qui affluent des provinces les plus éloignées, notamment de Flandres »84. Ce problème est toujours d’actualité huit ans plus tard puisqu’il est au centre d’un règlement des échevins du 29 avril 1780. L’arrêt du conseil d’État du roi du 10 janvier 1779, portant défense de transporter à Paris les enfants nouveau-nés recueillis dans les provinces, sous peine de 1 000 livres d’amende contre les porteurs est rappelé. Cet arrêt n’est pas respecté puisque des enfants venant de Flandre arrivent encore à Paris. Les échevins de Douai affirment qu’ils ont la certitude qu’il « n’en part point de Douai puisque les enfants nouveau-nés et abandonnés sont remis aux soins des administrateurs de l’hôpital général »85. Cependant, ils n’excluent pas que ce transport d’enfants ait lieu en dehors de cette ville. C’est pourquoi, ils ordonnent « aux consignes des portes de conduire en prison toutes personnes sortant de Douai avec des enfants nouveau-nés qui ne seraient avoués de personne et qui seraient destinés à être conduits à l’Hôtel-Dieu de Paris »86.

    46À Valenciennes, l’intendant du Hainaut, Taboureau des Réaux, se préoccupe de l’enfance abandonnée ; aussi prend-il en 1773 des ordonnances répressives que complète son successeur Gabriel Sénac de Meilhan. Cet intendant écrit que « pour remédier au malheureux sort des enfants trouvés, pour venir au secours de ces victimes infortunées de la débauche et de la honte, quelquefois de l’excès de misère, il faut offrir un asile où le secret le plus profond ensevelisse les égarements d’où l’on puisse sortir sans le désespoir de jamais être rétabli dans sa réputation »87. En formulant les interdits, Sénac de Meilhan renseigne sur les usages : il est interdit de se charger d’enfants, de les conduire à Paris sous peine d’amende, d’emprisonnement ou de punitions corporelles. Les sages-femmes et les accoucheurs ne peuvent accueillir chez eux des femmes enceintes à moins de parenté. Ils doivent porter à l’hôpital l’enfant dans la journée de l’accouchement. On ne recherchera pas le nom des parents pourvu que le curé et un surintendant certifient que la mère est de Valenciennes ou de la banlieue. Les filles et femmes enceintes ont la possibilité de venir à l’hôpital y faire leurs couches. Elles toucheront à leur sortie88, pendant dix jours, douze sols pour que la misère ne les fasse pas retomber dans le libertinage89.

    47Après la promulgation de l’arrêt du Conseil du 10 janvier 1779, il faut procurer un asile pour les enfants trouvés. Un « fâcheux » événement découvert à Valenciennes justifie qu’il n’y a pas de temps à perdre. Marie-Catherine-Henry Valet et son mari Antoine Bodochon, qui se chargeaient de conduire les enfants à Paris, attendaient d’en avoir plusieurs pour en faire le transport, ceci pour limiter les frais et ainsi profiter de la rétribution qui leur était payée pour chaque enfant. L’affaire débute en janvier 1780, mais l’activité de ces personnages remonte à plusieurs années. Le Magistrat intervient parce que la femme Bodochon est suspectée de laisser périr les enfants qui lui sont confiés. Il apparaît de « cette barbare avarice que la plupart de ces enfants nouveau-nés, faute de soins, quelquefois de nourriture, périssoient entre les mains de cette créature inhumaine ou dans le trajet de Valenciennes à Paris, on a acquis la preuve de ce crime par des recherches faites chez cette femme, où il s’est trouvé des enfants morts depuis plusieurs jours […] c’est dans ces circonstances que je me suis empressé d’établir à Valenciennes un asile pour y recevoir non seulement les enfants nouveau-nés mais encore les filles ou veuves qui se trouveroient enceintes, prêtes à accoucher et dénuées de moyens nécessaires pour faire leurs couches »90. La décision de l’intendant est facilitée par le fait qu’il peut disposer d’une partie de l’hôpital général.

    48Un cas similaire s’est produit à Lille en 1787, concernant des enfants trouvés confiés en pension depuis 1785 chez un couple du village de Mouvaux. Le 22 décembre 1787, le sieur d’Ennevelin, prévôt général de la maréchaussée de Lille, demande l’arrestation de Louis-Joseph Delahaye, dit Padon, et de sa femme Marie-Anne Lefebvre, soupçonnés d’avoir enterré dans différents endroits de leur maison dix-sept cadavres d’enfants91.

    49Ainsi, l’aménagement d’un « hôpital des enfants nouveau-nés » dans une dépendance de l’hôpital général92 prouve que l’on tenta d’ajuster la structure des institutions de charité à la demande sociale. Néanmoins, après l’arrêt du 10 janvier 1779, sur un total de 1 784 enfants admis à l’hôpital de Laon, 316 proviennent de Valenciennes, soit 18 % par rapport à l’ensemble des enfants. Il semble que l’hôpital de Laon, plus proche, ait pris le relais de celui de Paris93. L’intendant Sénac de Meilhan, décide le 17 janvier 1780, d’instituer un hôpital adapté aux besoins des enfants. Il est important de constater que l’opération échappe totalement aux autorités de l’hôpital général94, mais cette initiative généreuse du commissaire départi se heurte au même obstacle que la politique du Magistrat : la cruelle insuffisance des ressources95. On mesure une fois de plus le fossé séparant les intentions des réalisations. L’action de cet hôpital est limitée par ses ressources. Le directeur dresse un état des dépenses à la fin de chaque mois, y joint les factures et l’envoie à l’intendant. Celui-ci paie ces dépenses à l’aide des recettes de l’impôt des deux liards au pot de bière, perçu à Valenciennes et dans tout le Hainaut96. La province supporte donc cette dépense sans en tirer profit.

    50Seuls les enfants naturels nés de mères valenciennoises peuvent y prendre place et, en 1783, le subdélégué Crendal, chargé de la direction de l’établissement, doit se résoudre à un renforcement des critères d’admission qui contribuera à tarir de près de moitié le flux d’entrée. En effet, à son ouverture, l’hôpital recueille tous les enfants naturels s’il est constaté que la mère est de la ville ou de la banlieue de Valenciennes, grâce à un certificat du curé ou de l’un des surintendants de l’Aumône générale.

    Évolution des entrées des nouveau-nés dans l’hôpital des Enfants Trouvés de Valenciennes, de 1780 à 1789.

    Image

    51Pendant les premières années d’existence de cet hôpital, de nombreuses filles originaires d’autres villes que Valenciennes sont admises dans l’établissement, qui de fait se trouve rapidement dans la même position, vis-à-vis du Hainaut, que celui de Paris pour le reste du royaume97. Les filles mères des régions environnantes sont attirées dans l’espoir d’y faire accepter leur nouveau-né. La future mère habite quelque temps à Valenciennes avant d’y accoucher98.

    52Les enfants reçoivent les premiers soins à l’hôpital puis sont mis en nourrice à la campagne. Le directeur a pour principe de conserver aussi peu d’enfants qu’il lui est possible99. On les reprend au sein de l’établissement entre neuf et douze mois, selon leur force et santé, et ils sont confiés à des sevreuses. Il arrive fréquemment qu’une même nourrice prenne plusieurs enfants. En 1780, 32 % des enfants restent en nourrice plus d’un an. Les nourrices reçoivent une layette et un berceau. Elles touchent 7 livres et 10 sols par mois et les frais médicaux leur sont remboursés. Un agent itinérant surveille les nourrices et se fait présenter les enfants. Malgré ces précautions, le taux de mortalité est très élevé. En 1789, la mort frappe 28 % des nourrissons entrés à l’hôpital au cours de leur premier mois d’existence et 20 % avant leur premier anniversaire. Crendal signale que, depuis la fondation de l’établissement en 1780 jusqu’au 1er septembre 1786, « il est entré 733 enfants, qu’il en a été retiré 38, et qu’il en est mort 577, ce qui fait à peu près neuf douzièmes de morts depuis l’établissement »100. Très peu d’enfants parviennent à l’âge de 7 ou 8 ans. Le subdélégué a calculé que 5/12e des enfants meurent avant leur quatrième année. Cet hôpital a sans nul doute amélioré la situation des filles mères, mais n’a pas réussi à sauver beaucoup de ces enfants. En tout état de cause, si les parents ont sincèrement cru que leur progéniture serait sauvée de la mort par le dépôt à l’hôpital, ils se sont bien trompés ; comme partout en France, le bilan de l’entretien des enfants abandonnés est désastreux.

    Notes de bas de page

    1 AMDK, AH, 6S 1057-1064.

    2 De 1726 à 1789, l’hôpital de Limoges a recueilli 17 000 enfants pour une ville de 25 000 habitants, J.-C. Peyronnet, « Les enfants abandonnés et leurs nourrices à Limoges au XVIIIe siècle », RHMC, tome XXIII, juillet septembre 1976, p. 419.

    3 C. Engrand, « Les abandons d’enfants à Amiens vers la fin de l’Ancien Régime », RN, tome LXIV, n° 252, janvier-mars 1982, p. 77.

    4 C. Bloch, L’assistance et l’État…, op. cit., Paris, 504 p., p. 99, note 2.

    5 AMDK, AH, 6S 1057, 1060, 1063.

    6 Ibidem. Cette moyenne oscille entre 7 ans et 10 ans pour les garçons et entre 8 ans et 10 ans pour les filles.

    7 AMDK, AH, 6S 941, f°160.

    8 J.-P. Gutton, Domestiques et serviteurs dans la France de l’Ancien Régime, Paris, Aubier-Montaigne, 1981.

    9 AMD, BB 10 reg. aux Consaux, f°146-152, (lettres patentes de juin 1752).

    10 AMD, AH, registre des délibérations F 31 V, 32 RV, 33 R. (concordat de juin 1750).

    11 AMD, AH, C8, (dossier n° 151).

    12 AMD, AH, Registre des délibérations n° 219, F 24V. Cette absence de réponse est interprétée comme une rupture du concordat qui existait entre Douai et Tournai. C’est pourquoi les pauvres de Tournai seront dorénavant à la charge de l’établissement douaisien, mais ce dernier ne recevra plus les pauvres de Douai qui seraient allés demeurer à Tournai.

    13 Sauf la possibilité de le faire assister par la communauté à laquelle ils appartiennent s’ils ne peuvent faire face à leurs obligations.

    14 Michel Nortier remarque que, de ce fait, les parents ne cherchent plus systématiquement à dissimuler les origines de leur enfant ; et on trouve même souvent désormais « un extrait de baptême épinglé aux hardes du bébé ». M. Nortier, « La Normandie et les enfants abandonnés », Paris, Cahiers Léopold Delisle, p. 147-148.

    15 V. Demars-Sion, « Illégitimité et abandon d’enfant : la position des provinces du Nord XVIe-XVIIIe », RN, Tome LXV, n° 258, juillet-septembre 1983, p. 495-501.

    16 En 1786, Robespierre attire l’attention de l’Académie d’Arras sur le sort des bâtards.

    17 ADN, AH (Lille), XXXVII, E 11 (26 avril 1784).

    18 J. Imbert, La protection sociale sous la Révolution française, Paris, Association pour l’étude de l’histoire de la sécurité sociale, 1990, p. 88.

    19 J. Charpentier, Le droit de l’enfance abandonnée, Paris, PUF, 1967, p. 138-139.

    20 Ibidem.

    21 Sur cette notion voir A. Armengaud, La famille et l’enfant en France et en Angleterre du XVIe au XVIIIe siècle, aspects démographiques, coll. Regards sur l’histoire, SEDES, 1975, p. 59.

    22 Ils sont donc chargés des enfants exposés sur leurs terres ; c’est la solution la plus traditionnelle, Voir Fevret : Traité de l’abus, éd. Paris, 1778, 2 vol., livre 4, ch. 9, p. 411.

    23 Dans ces différentes régions, il y a donc eu un glissement des responsabilités des seigneurs vers la ville. Cette répartition des provinces en deux catégories a été mise en lumière par Lallemand, Histoire des enfants abandonnés et délaissés, Paris, Picard, 1885, p. 83.

    24 ADN, C 328.

    25 Ibidem.

    26 AMD, GG, Procès-verbaux, trois portefeuilles non cotés (1706-1780), (1781-1786), (1787-1790).

    27 J.-P. Bardet, Rouen aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les mutations d’un espace social, Paris, SEDES, 1983.

    28 P. Blin, La condition des enfants trouvés et abandonnés dans le droit français ancien et actuel, 1909, Paris, A. Rousseau, p. 66.

    29 À Calais existait, depuis 1660, la Chambre des Pauvres.

    30 A. Cabantous, Histoire de Dunkerque, Toulouse, Privat, 1983.

    31 D. Zur, La société douaisienne dans la seconde partie du XVIIIe siècle, 1968, 113 p.

    32 Dix-huit cas sont relevés dans les procès-verbaux soit 1,2 % des enfants trouvés.

    33 Un billet de 1773 mentionne : « ce n’est pas sans en concevoir une douleur incompréhensible ».

    34 AMD, AH, C8, (dossier n° 151).

    35 AMV, série A n° 1 (article XXXI des lettres patentes). L’article XXXI des lettres patentes de Valenciennes désigne les catégories d’enfants bénéficiant de l’asile et sont placés dans ce quartier, AMDK, (AH) 6S 1057. Pour Dunkerque, le bureau décide en 1750 la création de ce quartier. ADN, AH (Lille), XVI, E1. Le 27 janvier 1745, les administrateurs lillois décident de remercier les quatre religieuses salésiennes du quartier des filles abandonnées et de les remplacer par des séculières. Afin de ne pas créer de scandale, les administrateurs soumettent cette décision à l’intendant et au Magistrat. De même, ils mandatent l’abbé Thomas, directeur spirituel de la maison religieuse de Saint-François de Sales, afin de prévenir en « douceur » les quatre régulières de la fin de leur service au sein de l’établissement.

    36 AMDK, AH, 6S 946, f°41.

    37 AMDK, AH, 6S 946, f°37, f°114, f°153, f°19, 6S 947, f°26, f°68, f°112, f°158, 6S 948, f°18, f°53.

    38 AMDK, AH, 6S 946, f°130.

    39 Ibidem, f°41.

    40 Ibidem, f°161.

    41 AMDK, AH, 6S 872.

    42 Ibidem.

    43 AMDK, AH, 6S 946, f°158.

    44 AMD, registre des délibérations n° 219, F 61 R. La charité envoie « dans les villages voisins de la ville les enfants nouveau-nés, abandonnés, légitimes ou naturels, pour les y faire nourrir et élever jusqu’à ce qu’ils aient acquis une bonne constitution ». Il s’agit de villages voisins de Douai : Lambres, Sin, Raimbeaucourt, Coutiches, Flers, Auby, Dechy, Forêt, Brebières, Courchelles, Warendin, Raches, Flines, Waziers, Vitry, Autricourt, Escaillon, Cuinchy, Goeulzin, Cantin, Masny et Vieux-Faubour.

    45 ADN, C 328.

    46 AMD, AH, registre aux délibérations n° 219, F 34 R.

    47 Ibidem, f° 60 R.

    48 Ibidem, f° 62 R.

    49 AMD, BB 28, F 166 V et 178 V. En 1790, les administrateurs ne peuvent acquitter les honoraires des nourrices. C’est pourquoi la ville de Douai avance la somme de 600 livres.

    50 AMD, AH, C8 (dossier n° 153, lettre du 28 juin 1781). Les administrateurs de Dunkerque font part de la mortalité d’un grand nombre d’enfants exposés ou illégitimes […] dans les premiers mois ou la première année de leur naissance. Les mesures prises telles que le choix de nourrices « saines et robustes » à la campagne, la pension de six livres par mois ainsi que des vêtements et le chauffage fournis ne suffisent pas à enrayer cette mortalité précoce.

    51 E. Buriez-Henaux, Paupérisme et assistance à Lille au XVIIIe siècle, Université de Lille III, mémoire de maîtrise 1969, p. 189. (P. Deyon, dir.).

    52 ADN, C 331.

    53 Ibidem.

    54 Ibidem.

    55 DN, C 331. La première délibération stipule que le corps municipal interdit aux administrateurs la faculté de juger de l’état physique des enfants mis en pension à la campagne et de fixer ainsi le moment propice de leur entrée à l’hôpital. Le silence de Calonne à cette demande fait que tous les enfants intègrent l’hôpital quel que soit leur état à l’âge de 7 ans.

    56 Ibidem. Cette délibération prend en considération la difficulté de trouver des nourrices à la campagne pour les enfants abandonnés.

    57 AMDK, AH, 6S 872.

    58 AMDK, série 57, (registre criminel n° 3 : 1770-177).

    59 Ibidem.

    60 F. Lebrun, La vie conjugale sous l’Ancien Régime, Paris, A. Colin, 1975, p. 152.

    61 AMD, AH, registre des délibérations n° 219 f°24 R. Le 31 janvier 1779, une fille âgée de trois jours a été abandonnée par une paysanne inconnue qui a accouché dans une chambre louée.

    62 AMD, AH, registre des délibérations n° 219 ibidem f 23 V.

    63 Ibidem, F 25 R et C 8 n°149. Les administrateurs déposent une plainte le 24 juillet 1763 auprès du lieutenant bailli de Douai contre les époux Bridout pour l’abandon de leurs cinq enfants.

    64 Ibidem, F 30 V.

    65 AMD, AH, registre des délibérations n° 219 F 30 V.

    66 Ibidem, 31 R.

    67 Ibidem, 34 V.

    68 AMD, BB, 28 F 68 V.

    69 En 1739, la hausse concerne surtout Dunkerque, Lille est touchée en 1740. De 1738 à 1740, l’inflation du prix du blé est comparable à celles relevées à Dunkerque et Lille. Entre 1756 et 1757, la poussée est partout importante puisqu’en général les prix doublent. Dunkerque mène le mouvement, suivi par Douai et Lille. Douai tient la première place en 1768, suivi par Lille et Dunkerque. Les prix mensuels à Douai présentent une évolution très cahotante durant la décennie 1766-1776, avec des pics en juin 1768, juillet 1770, septembre 1771, juin 1772, juin 1775, P. Cerisier, Le commerce des grains…, op. cit., p. 221-222.

    70 E. Labrousse, Esquisse du mouvement des prix et des revenus en France au XVIIIe siècle, Paris, Dalloz, Tome II.

    71 C. Delessale, « Les abandons d’enfants à Paris au XVIIIe siècle », annales ESC, janvier-février 1975, p. 187-218.

    72 AN, F 15 2459 et 2460.

    73 AMDK, AH, 6 S 872.

    74 Les meneurs et meneuses sont des personnes payées par l’Hôpital des Enfants-Trouvés de Paris pour recruter des nourrices en province, les accompagner à Paris où elles prendront en charge un enfant abandonné et les raccompagner en province. Mais ces meneurs pratiquent également le transport d’enfants abandonnés vers Paris.

    75 AN, F 15 101.

    76 Isambert, Recueil des anciennes lois françaises, tome XXVI, p. 7.

    77 L’étude des procès-verbaux d’admission de l’année 1778 de l’Hôpital des Enfants-Trouvés à Paris a permis de connaître la provenance géographique des enfants des provinces. Pour les régions du Nord, il y a 45 enfants provenant de Valenciennes, 30 de Douai et 6 de Lille. C. Delessale, Les abandons d’enfants…, op. cit., p. 191.

    78 AMDK, AH, 6S 946.

    79 Ibidem.

    80 Ibidem.

    81 Ibidem.

    82 AMDK, AH, 6S 947.

    83 AMDK, AH, 6S 948.

    84 AMD, AH, C 8, (dossier n° 159).

    85 Ibidem.

    86 AMD, AA 104 bis, F 41 V et 4 2R.

    87 L. Trenard, « La prévoyance sociale dans la région lilloise sous Louis XVI », RN, t. LXXI, n° 282-283, Juillet-décembre 1989, p. 726.

    88 Elles peuvent laisser leur enfant à l’hôpital.

    89 A. Trottin, « L’hôpital des enfants trouvés nouveau-nés. L’assistance aux enfants naturels à Valenciennes », Mémoire cercle archéologique de Valenciennes, t. IV, 1959.

    90 AMV, AH, série E, n° 227 (hôpital général de Valenciennes : lettre de l’intendant Sénac de Meilhan à Monsieur Joly de Fleury à Paris).

    91 ADN, C 321.

    92 AMV, Fonds Serbat (dossier 2).

    93 T. Hebert, L’enfance abandonnée dans la généralité de Soissons, seconde moitié du XVIIIe siècle, mémoire de maîtrise, 1996.

    94 ADN, C 9977. Toute la responsabilité incombe à l’intendant, il en établit les statuts et les règlements et il est le seul juge en matière d’admission.

    95 Pour pallier ce problème, l’intendant Sénac de Meilhan opère, dès 1784, un renforcement du contrôle. Les conditions d’admission deviennent plus rigoureuses, le droit d’entrée à l’hôpital est retiré aux habitants de la nouvelle banlieue. En 1787, sur 70 enfants admis, 58 sont nés à Valenciennes, 11 à l’hôpital et 1 à Trith.

    96 Cette dépense s’élève à 9 178 livres en 1780, à 15 400 livres en 1782, pour atteindre 18 900 livres en 1788.

    97 AMV AH, série E, n° 227 (hôpital général de Valenciennes : lettre de l’intendant Sénac de Meilhan à Monsieur Joly de Fleury à Paris). « J’ai fait un règlement pour commencer à donner forme à cet établissement pour la ville et banlieue de Valenciennes seulement, en exhortant les autres villes de mon département à concourir aux vues bienfaisantes de sa Majesté […] de sorte qu’il ne subsiste encore que ce seul établissement dans la province du Haynaut ».

    98 Ibidem (hôpital général de Valenciennes : lettre de l’intendant Sénac de Meilhan à Monsieur Joly de Fleury à Paris). « Malgré que mon règlement, j’aye prescrit toutes les formalités nécessaires à remplir pour qu’il n’y soit apporté d’autres enfants que ceux du district de cette ville, il arrive cependant que des filles ou veuves enceintes des villages du voisinage se rendent chez des matrones de la ville de Valenciennes où elles font leurs couches. Dès que l’enfant est baptisé, il est porté à l’hôpital des enfants trouvés où il est reçu sur l’extrait baptistaire qui constate que l’enfant est né en la ville de Valenciennes ».

    99 ADN, C 9977-9978. « Les enfants qui, en entrant étaient reconnus avoir des maladies que les nourrices auroient pu gagner, étoient gardés à l’hôpital pour y être élevés mais ceux bien portants étoient remis en nourrice à la campagne ».

    100 ADN, C 9977.

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    1 AMDK, AH, 6S 1057-1064.

    2 De 1726 à 1789, l’hôpital de Limoges a recueilli 17 000 enfants pour une ville de 25 000 habitants, J.-C. Peyronnet, « Les enfants abandonnés et leurs nourrices à Limoges au XVIIIe siècle », RHMC, tome XXIII, juillet septembre 1976, p. 419.

    3 C. Engrand, « Les abandons d’enfants à Amiens vers la fin de l’Ancien Régime », RN, tome LXIV, n° 252, janvier-mars 1982, p. 77.

    4 C. Bloch, L’assistance et l’État…, op. cit., Paris, 504 p., p. 99, note 2.

    5 AMDK, AH, 6S 1057, 1060, 1063.

    6 Ibidem. Cette moyenne oscille entre 7 ans et 10 ans pour les garçons et entre 8 ans et 10 ans pour les filles.

    7 AMDK, AH, 6S 941, f°160.

    8 J.-P. Gutton, Domestiques et serviteurs dans la France de l’Ancien Régime, Paris, Aubier-Montaigne, 1981.

    9 AMD, BB 10 reg. aux Consaux, f°146-152, (lettres patentes de juin 1752).

    10 AMD, AH, registre des délibérations F 31 V, 32 RV, 33 R. (concordat de juin 1750).

    11 AMD, AH, C8, (dossier n° 151).

    12 AMD, AH, Registre des délibérations n° 219, F 24V. Cette absence de réponse est interprétée comme une rupture du concordat qui existait entre Douai et Tournai. C’est pourquoi les pauvres de Tournai seront dorénavant à la charge de l’établissement douaisien, mais ce dernier ne recevra plus les pauvres de Douai qui seraient allés demeurer à Tournai.

    13 Sauf la possibilité de le faire assister par la communauté à laquelle ils appartiennent s’ils ne peuvent faire face à leurs obligations.

    14 Michel Nortier remarque que, de ce fait, les parents ne cherchent plus systématiquement à dissimuler les origines de leur enfant ; et on trouve même souvent désormais « un extrait de baptême épinglé aux hardes du bébé ». M. Nortier, « La Normandie et les enfants abandonnés », Paris, Cahiers Léopold Delisle, p. 147-148.

    15 V. Demars-Sion, « Illégitimité et abandon d’enfant : la position des provinces du Nord XVIe-XVIIIe », RN, Tome LXV, n° 258, juillet-septembre 1983, p. 495-501.

    16 En 1786, Robespierre attire l’attention de l’Académie d’Arras sur le sort des bâtards.

    17 ADN, AH (Lille), XXXVII, E 11 (26 avril 1784).

    18 J. Imbert, La protection sociale sous la Révolution française, Paris, Association pour l’étude de l’histoire de la sécurité sociale, 1990, p. 88.

    19 J. Charpentier, Le droit de l’enfance abandonnée, Paris, PUF, 1967, p. 138-139.

    20 Ibidem.

    21 Sur cette notion voir A. Armengaud, La famille et l’enfant en France et en Angleterre du XVIe au XVIIIe siècle, aspects démographiques, coll. Regards sur l’histoire, SEDES, 1975, p. 59.

    22 Ils sont donc chargés des enfants exposés sur leurs terres ; c’est la solution la plus traditionnelle, Voir Fevret : Traité de l’abus, éd. Paris, 1778, 2 vol., livre 4, ch. 9, p. 411.

    23 Dans ces différentes régions, il y a donc eu un glissement des responsabilités des seigneurs vers la ville. Cette répartition des provinces en deux catégories a été mise en lumière par Lallemand, Histoire des enfants abandonnés et délaissés, Paris, Picard, 1885, p. 83.

    24 ADN, C 328.

    25 Ibidem.

    26 AMD, GG, Procès-verbaux, trois portefeuilles non cotés (1706-1780), (1781-1786), (1787-1790).

    27 J.-P. Bardet, Rouen aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les mutations d’un espace social, Paris, SEDES, 1983.

    28 P. Blin, La condition des enfants trouvés et abandonnés dans le droit français ancien et actuel, 1909, Paris, A. Rousseau, p. 66.

    29 À Calais existait, depuis 1660, la Chambre des Pauvres.

    30 A. Cabantous, Histoire de Dunkerque, Toulouse, Privat, 1983.

    31 D. Zur, La société douaisienne dans la seconde partie du XVIIIe siècle, 1968, 113 p.

    32 Dix-huit cas sont relevés dans les procès-verbaux soit 1,2 % des enfants trouvés.

    33 Un billet de 1773 mentionne : « ce n’est pas sans en concevoir une douleur incompréhensible ».

    34 AMD, AH, C8, (dossier n° 151).

    35 AMV, série A n° 1 (article XXXI des lettres patentes). L’article XXXI des lettres patentes de Valenciennes désigne les catégories d’enfants bénéficiant de l’asile et sont placés dans ce quartier, AMDK, (AH) 6S 1057. Pour Dunkerque, le bureau décide en 1750 la création de ce quartier. ADN, AH (Lille), XVI, E1. Le 27 janvier 1745, les administrateurs lillois décident de remercier les quatre religieuses salésiennes du quartier des filles abandonnées et de les remplacer par des séculières. Afin de ne pas créer de scandale, les administrateurs soumettent cette décision à l’intendant et au Magistrat. De même, ils mandatent l’abbé Thomas, directeur spirituel de la maison religieuse de Saint-François de Sales, afin de prévenir en « douceur » les quatre régulières de la fin de leur service au sein de l’établissement.

    36 AMDK, AH, 6S 946, f°41.

    37 AMDK, AH, 6S 946, f°37, f°114, f°153, f°19, 6S 947, f°26, f°68, f°112, f°158, 6S 948, f°18, f°53.

    38 AMDK, AH, 6S 946, f°130.

    39 Ibidem, f°41.

    40 Ibidem, f°161.

    41 AMDK, AH, 6S 872.

    42 Ibidem.

    43 AMDK, AH, 6S 946, f°158.

    44 AMD, registre des délibérations n° 219, F 61 R. La charité envoie « dans les villages voisins de la ville les enfants nouveau-nés, abandonnés, légitimes ou naturels, pour les y faire nourrir et élever jusqu’à ce qu’ils aient acquis une bonne constitution ». Il s’agit de villages voisins de Douai : Lambres, Sin, Raimbeaucourt, Coutiches, Flers, Auby, Dechy, Forêt, Brebières, Courchelles, Warendin, Raches, Flines, Waziers, Vitry, Autricourt, Escaillon, Cuinchy, Goeulzin, Cantin, Masny et Vieux-Faubour.

    45 ADN, C 328.

    46 AMD, AH, registre aux délibérations n° 219, F 34 R.

    47 Ibidem, f° 60 R.

    48 Ibidem, f° 62 R.

    49 AMD, BB 28, F 166 V et 178 V. En 1790, les administrateurs ne peuvent acquitter les honoraires des nourrices. C’est pourquoi la ville de Douai avance la somme de 600 livres.

    50 AMD, AH, C8 (dossier n° 153, lettre du 28 juin 1781). Les administrateurs de Dunkerque font part de la mortalité d’un grand nombre d’enfants exposés ou illégitimes […] dans les premiers mois ou la première année de leur naissance. Les mesures prises telles que le choix de nourrices « saines et robustes » à la campagne, la pension de six livres par mois ainsi que des vêtements et le chauffage fournis ne suffisent pas à enrayer cette mortalité précoce.

    51 E. Buriez-Henaux, Paupérisme et assistance à Lille au XVIIIe siècle, Université de Lille III, mémoire de maîtrise 1969, p. 189. (P. Deyon, dir.).

    52 ADN, C 331.

    53 Ibidem.

    54 Ibidem.

    55 DN, C 331. La première délibération stipule que le corps municipal interdit aux administrateurs la faculté de juger de l’état physique des enfants mis en pension à la campagne et de fixer ainsi le moment propice de leur entrée à l’hôpital. Le silence de Calonne à cette demande fait que tous les enfants intègrent l’hôpital quel que soit leur état à l’âge de 7 ans.

    56 Ibidem. Cette délibération prend en considération la difficulté de trouver des nourrices à la campagne pour les enfants abandonnés.

    57 AMDK, AH, 6S 872.

    58 AMDK, série 57, (registre criminel n° 3 : 1770-177).

    59 Ibidem.

    60 F. Lebrun, La vie conjugale sous l’Ancien Régime, Paris, A. Colin, 1975, p. 152.

    61 AMD, AH, registre des délibérations n° 219 f°24 R. Le 31 janvier 1779, une fille âgée de trois jours a été abandonnée par une paysanne inconnue qui a accouché dans une chambre louée.

    62 AMD, AH, registre des délibérations n° 219 ibidem f 23 V.

    63 Ibidem, F 25 R et C 8 n°149. Les administrateurs déposent une plainte le 24 juillet 1763 auprès du lieutenant bailli de Douai contre les époux Bridout pour l’abandon de leurs cinq enfants.

    64 Ibidem, F 30 V.

    65 AMD, AH, registre des délibérations n° 219 F 30 V.

    66 Ibidem, 31 R.

    67 Ibidem, 34 V.

    68 AMD, BB, 28 F 68 V.

    69 En 1739, la hausse concerne surtout Dunkerque, Lille est touchée en 1740. De 1738 à 1740, l’inflation du prix du blé est comparable à celles relevées à Dunkerque et Lille. Entre 1756 et 1757, la poussée est partout importante puisqu’en général les prix doublent. Dunkerque mène le mouvement, suivi par Douai et Lille. Douai tient la première place en 1768, suivi par Lille et Dunkerque. Les prix mensuels à Douai présentent une évolution très cahotante durant la décennie 1766-1776, avec des pics en juin 1768, juillet 1770, septembre 1771, juin 1772, juin 1775, P. Cerisier, Le commerce des grains…, op. cit., p. 221-222.

    70 E. Labrousse, Esquisse du mouvement des prix et des revenus en France au XVIIIe siècle, Paris, Dalloz, Tome II.

    71 C. Delessale, « Les abandons d’enfants à Paris au XVIIIe siècle », annales ESC, janvier-février 1975, p. 187-218.

    72 AN, F 15 2459 et 2460.

    73 AMDK, AH, 6 S 872.

    74 Les meneurs et meneuses sont des personnes payées par l’Hôpital des Enfants-Trouvés de Paris pour recruter des nourrices en province, les accompagner à Paris où elles prendront en charge un enfant abandonné et les raccompagner en province. Mais ces meneurs pratiquent également le transport d’enfants abandonnés vers Paris.

    75 AN, F 15 101.

    76 Isambert, Recueil des anciennes lois françaises, tome XXVI, p. 7.

    77 L’étude des procès-verbaux d’admission de l’année 1778 de l’Hôpital des Enfants-Trouvés à Paris a permis de connaître la provenance géographique des enfants des provinces. Pour les régions du Nord, il y a 45 enfants provenant de Valenciennes, 30 de Douai et 6 de Lille. C. Delessale, Les abandons d’enfants…, op. cit., p. 191.

    78 AMDK, AH, 6S 946.

    79 Ibidem.

    80 Ibidem.

    81 Ibidem.

    82 AMDK, AH, 6S 947.

    83 AMDK, AH, 6S 948.

    84 AMD, AH, C 8, (dossier n° 159).

    85 Ibidem.

    86 AMD, AA 104 bis, F 41 V et 4 2R.

    87 L. Trenard, « La prévoyance sociale dans la région lilloise sous Louis XVI », RN, t. LXXI, n° 282-283, Juillet-décembre 1989, p. 726.

    88 Elles peuvent laisser leur enfant à l’hôpital.

    89 A. Trottin, « L’hôpital des enfants trouvés nouveau-nés. L’assistance aux enfants naturels à Valenciennes », Mémoire cercle archéologique de Valenciennes, t. IV, 1959.

    90 AMV, AH, série E, n° 227 (hôpital général de Valenciennes : lettre de l’intendant Sénac de Meilhan à Monsieur Joly de Fleury à Paris).

    91 ADN, C 321.

    92 AMV, Fonds Serbat (dossier 2).

    93 T. Hebert, L’enfance abandonnée dans la généralité de Soissons, seconde moitié du XVIIIe siècle, mémoire de maîtrise, 1996.

    94 ADN, C 9977. Toute la responsabilité incombe à l’intendant, il en établit les statuts et les règlements et il est le seul juge en matière d’admission.

    95 Pour pallier ce problème, l’intendant Sénac de Meilhan opère, dès 1784, un renforcement du contrôle. Les conditions d’admission deviennent plus rigoureuses, le droit d’entrée à l’hôpital est retiré aux habitants de la nouvelle banlieue. En 1787, sur 70 enfants admis, 58 sont nés à Valenciennes, 11 à l’hôpital et 1 à Trith.

    96 Cette dépense s’élève à 9 178 livres en 1780, à 15 400 livres en 1782, pour atteindre 18 900 livres en 1788.

    97 AMV AH, série E, n° 227 (hôpital général de Valenciennes : lettre de l’intendant Sénac de Meilhan à Monsieur Joly de Fleury à Paris). « J’ai fait un règlement pour commencer à donner forme à cet établissement pour la ville et banlieue de Valenciennes seulement, en exhortant les autres villes de mon département à concourir aux vues bienfaisantes de sa Majesté […] de sorte qu’il ne subsiste encore que ce seul établissement dans la province du Haynaut ».

    98 Ibidem (hôpital général de Valenciennes : lettre de l’intendant Sénac de Meilhan à Monsieur Joly de Fleury à Paris). « Malgré que mon règlement, j’aye prescrit toutes les formalités nécessaires à remplir pour qu’il n’y soit apporté d’autres enfants que ceux du district de cette ville, il arrive cependant que des filles ou veuves enceintes des villages du voisinage se rendent chez des matrones de la ville de Valenciennes où elles font leurs couches. Dès que l’enfant est baptisé, il est porté à l’hôpital des enfants trouvés où il est reçu sur l’extrait baptistaire qui constate que l’enfant est né en la ville de Valenciennes ».

    99 ADN, C 9977-9978. « Les enfants qui, en entrant étaient reconnus avoir des maladies que les nourrices auroient pu gagner, étoient gardés à l’hôpital pour y être élevés mais ceux bien portants étoient remis en nourrice à la campagne ».

    100 ADN, C 9977.

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