Forger et maintenir une identité canoniale : la congrégation de Sainte-Geneviève dans la Réforme catholique
p. 227-242
Texte intégral
1Les deux réformes, la catholique et la protestante, ont visé à modeler des chrétiens dans le cadre de cultures confessionnelles accordant une importance centrale aux clercs au sens de ministres du culte, mais aussi comme détenteurs d’un savoir1. Pour ce qui est de la Réforme catholique, la formation de ces clercs est aujourd’hui bien connue2. L’exemple retenu dans le cadre de ces pages n’apportera guère d’éléments radicalement nouveaux, mais voudrait insister sur l’importance des emprunts et des échanges entre les divers pédagogues et formateurs à la recherche d’une formule garantissant la meilleure formation possible pour les futurs religieux, mais aussi pour les pasteurs, appelés à être sources d’autorité et exemples de perfection pour les laïcs en général et leurs ouailles en particulier3. Le cas des chanoines réguliers de la congrégation de France, appelés également génovéfains du nom de l’abbaye chef d’ordre, Sainte-Geneviève à Paris, présente l’intérêt d’appartenir à une congrégation en un certain sens à cheval entre le monde des réguliers et celui des séculiers, ses membres se définissant eux-mêmes comme religieux et curés4. Ils sont à la fois les héritiers d’une longue tradition, puisque les chanoines réguliers sont censés avoir été fondés au XIIe siècle, et les fers de lance d’une Église marquée par les idéaux tridentins, la réforme de l’ordre dans l’espace du royaume de France étant intervenue assez tardivement, sous le règne de Louis XIII, au cours des années 1620-1630. Principal instigateur de cette dernière, le cardinal François de La Rochefoucauld, à la suite de sa nomination comme abbé commendataire de l’abbaye Sainte-Geneviève à Paris en 1619, avait entrepris de ramener celle-ci à l’observance stricte de la règle en favorisant l’introduction dans le monastère parisien d’un petit groupe de chanoines réformés venus de Saint-Vincent de Senlis, ville dont il avait été évêque quelques années auparavant5. L’action du cardinal fut facilitée et confortée par une commission générale pour la réformation des ordres anciens obtenue de Rome en 1622. Le petit groupe senlisien appelé à Paris devint la cheville ouvrière de la réforme et Charles Faure, directeur des novices puis abbé coadjuteur, son père spirituel, ses multiples écrits étant réédités jusque tard dans le XVIIIe siècle.
2Les progrès de cette réforme se concrétisèrent par la prise de possession d’anciens prieurés et abbayes appartenant à l’ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin. Une centaine de maisons y furent ainsi agrégées jusqu’à la fin du XVIIe siècle afin d’y établir la réforme. Il s’agissait de rétablir l’obéissance à la règle tout en instaurant un ensemble extrêmement centralisé : après la mort du cardinal de La Rochefoucauld, le chapitre général se réunissait tous les trois ans pour élire le supérieur général et abbé de Sainte-Geneviève. Même si la réforme essuya quelques échecs retentissants, elle n’en constitua pas moins à la fin du siècle un ensemble unifié et prestigieux. Au cours des années 1670, les règles et constitutions furent rééditées, le pari des réformateurs semblait gagné. Il reposait en grande partie sur la capacité du nouvel institut à former des chanoines, à fabriquer des génovéfains. Cette capacité correspondait à trois enjeux fondamentaux pour la congrégation. Le premier était celui de la survie. Quand les génovéfains prenaient possession d’une nouvelle maison, les anciens chanoines qui l’occupaient jusqu’alors ne pouvaient plus recevoir de novices et se trouvaient ainsi voués à l’extinction. En revanche les nouveaux chanoines, les génovéfains, étaient confrontés à la nécessité de susciter et d’entretenir de nouvelles vocations pour pérenniser leur présence. Le deuxième enjeu était celui de la capacité d’attraction de la nouvelle congrégation. Les génovéfains étaient en effet confrontés à la concurrence d’autres ordres religieux qui avaient fait leurs preuves dans la formation des clercs : les jésuites, les oratoriens, les ordres mendiants ou autres ordres anciens représentaient, chacun à leur manière, une offre éducative et de formation par rapport à laquelle les génovéfains étaient invités à se définir et à se singulariser afin d’attirer de nouvelles vocations et de repeupler les monastères vidés par la réforme. Le troisième enjeu, et non des moindres, était la sauvegarde de l’unité de la nouvelle congrégation menacée non seulement par la tradition d’autonomie des différentes maisons, mais aussi par la double vocation génovéfaine. Celle-ci visait en effet, au-delà de la réforme des monastères, à la réforme des paroisses. Les prêtres de l’ordre étaient susceptibles d’être appelés à l’une des cures à nomination du supérieur général. Une fois installés dans un prieuré-cure, le risque était grand de voir ces curés se comporter en simples séculiers, oubliant les liens qui les reliaient à la communauté des chanoines. La formation reçue initialement mais aussi une forme de ce qu’on peut désigner sous le terme de formation continue, devait, dans l’esprit des réformateurs et de leurs successeurs, permettre de sauvegarder cette unité6. Comment fabriquer un génovéfain ? Les dispositifs adoptés par la congrégation de France pour répondre à cette ambition diffèrent selon l’âge des principaux concernés, les méthodes employées et le but poursuivi. Répondant aux trois défis mentionnés plus haut, il s’agit de susciter des vocations dans le cadre des séminaires d’enfants, de conforter ces dernières dans le cadre des noviciats, de former enfin des pasteurs. La double vocation de ces clercs, religieux et curés, supposait le recours à des formations différentes et parfois divergentes.
Les séminaires d’enfants, pépinières de vocations
3Quelques éléments communs aux deux pères de la réforme ont durablement influé sur le devenir de la congrégation qu’ils avaient établie. La Rochefoucauld comme le Père Charles Faure, étaient l’un et l’autre d’anciens élèves des jésuites et tous deux avaient à l’esprit le souci de formation des futurs clercs. Pour le cardinal, s’il recommandait dans son ouvrage De l’estat ecclésiatique de ne pas ordonner des clercs à un âge trop précoce, c’était parce qu’une formation préalable et un minimum d’expérience lui semblaient indispensables. Cette conviction le poussait à condamner, à la suite de Grégoire de Naziance, ceux qui « prennent le gouvernail du vaisseau, devant que d’avoir apprins à manier la rame : la charge d’enseigner les autres, devant que d’avoir esté eux-mesmes suffisamment instruits7 ».
4Cette nécessaire instruction, et ce dès le plus jeune âge, était de même l’une des préoccupations les plus constantes de Charles Faure. Ordonné prêtre en 1622, ce dernier avait été dès 1623 maître des novices à Saint-Vincent de Senlis et avait déjà participé activement à la réforme de cette abbaye quand le cardinal de La Rochefoucauld l’avait appelé à Sainte-Geneviève8. Ce fut de l’abbaye parisienne qu’il diligenta la fondation, à Saint-Vincent de Senlis, d’un séminaire d’enfants tout en publiant en 1638 un Samuel ou instruction spirituelle pour les enfans qui sont dès leurs premiers ans destinez au service de Dieu. Dans l’épître dédicatoire à Jésus qui ouvre cet ouvrage, le Père Faure formulait cette prière :
Je vous demande particulierement, tres-doux Père de misericorde, ces faveurs, pour nostre Congregation naissante, laquelle ayant embrassé ce soin de rassembler dans un Seminaire, des petits en un aage tendre, pour former leurs mœurs à la vertu, les instruire à la pieté et aux lettres, a eu specialement ce dessein de conserver des ames pures en vostre grace9.
5L’établissement de ces séminaires d’enfants correspondait à une conception assez courante qui voyait dans l’enfant un être dont il fallait préserver la pureté initiale ainsi qu’une pâte molle qui pouvait être formée à volonté10. En s’adressant à Jésus, Charles Faure assure que ses instructions n’ont pour finalité que de
servir à conserver en toute pureté les ames innocentes, qu’il vous a pleu confier au soin de nostre Congregation, afin que vous, souverain Maistre des cœurs, origine, et fontaine des vertus, commmuniquant vostre esprit et vos lumieres à ces enfans, leur rendiez ces enseignemens proufitables, lesquels sans vos faveurs seroient superflus11.
6Ces enfants seraient prédestinés, prédisposés à la piété, il suffirait donc d’accompagner et développer ces prédispositions dans le cadre d’un séminaire d’enfants.
7À l’établissement de Saint-Vincent de Senlis s’ajoutent assez vite les séminaires (d’enfants également) de Sainte-Geneviève de Nanterre et de Saint-Chéron de Chartres12. Tous sont des internats dont la pension relativement élevée trahit un recrutement effectué essentiellement dans les élites urbaines13. Leur fonctionnement effectif est connu par une enquête diligentée à la fin des années 1670, constituée de plus d’une soixantaine de questions très précises et pour lesquelles sont conservées les réponses détaillées des préfets de Saint-Vincent de Senlis et de Saint-Chéron de Chartres. Un règlement pour les séminaires, postérieur à 1681, figure aussi parmi les pièces conservées. Accueillant des enfants et des adolescents à partir de la classe de sixième (ils doivent savoir lire et écrire) jusqu’aux classes de rhétorique et de philosophie, ces « paradis des âmes pures » sont conçus comme des antichambres des cloîtres. Non seulement l’espace est celui d’un monastère, mais le temps y est également réglé par les exercices de piété. La journée commence à cinq heures par la prière en commun. Après un temps de classe, les élèves écoutent la messe chaque matin, puis se rendent au réfectoire où « ils prennent leur réfection en silence et modestie, escouttant la lecture qui se fait le long du disné par un des pensionnaires. On y lit d’abord un chapitre environ de la Ste Bible, et le reste du disné quelque livre », puis « on laisse à la dévotion des enfans d’aller à l’esglise saluer le très St sacrement14 ». L’après-midi voit l’alternance des temps de récréation et d’étude avant le souper, puis les élèves retournent dans leurs chambres. Ensuite, ils « se rendent au lieu assigné pour faire leurs prières et assister aux litanies de la très sainte Vierge et faire leur examen15 ». Enfin « après l’oraison qui dure environ un quart d’heure, tous les enfants se retirent en silence dans leur dortoir sans qu’il leur soit permis de causer ou deviser ensemble ; ils se couchent avec modestie ». Le programme des études fondé sur l’acquisition du latin suit un cursus studiorum similaire à celui des collèges contemporains. Le règlement prévoit que les élèves de classe de rhétorique doivent faire une déclamation tous les quinze jours ou au moins tous les mois et, tous les trois ans, des tragédies sont données dans les séminaires, ainsi que des comédies pendant le temps de carnaval. Si le contenu de l’enseignement est comparable à celui des collèges, le but essentiel est bien de faire de ces enfants de futurs chanoines en leur inculquant un habitus de clercs qui transparaît aussi quand ils sont amenés à sortir du monastère. Il est ainsi précisé :
Lors que l’on mène les enfants hors de la maison à la promenade il faut que chacun de ceux qui sont employés au séminaire garde pour dieu fidèlement ce qui a esté ordonné, scavoir […] que tous les enfans avec le prefet et tous les régens aussy sortent ensemble tous à la mesme heure au signe de la cloche que le préfet doit faire sonner quand il est temps de partir, affin que sans schisme et division ils aillent tous ensemble au lieu destiné pour la récréation16.
8Les élèves, en petits clercs, sont habillés d’une soutane. Le préfet de Saint-Vincent de Senlis précise cependant que « pour la forme de la soutane, elle doit estre jusqu’au talon, ouverte par devant afin qu’ils se puissent trousser pour jouer plus facilement17 ».
9Deux constatations découlent de cette rapide évocation. D’une part, il ne fait pas de doute que la congrégation, tout en reprenant une tradition des écoles monastiques propres aux ordres anciens, voire à la pratique des oblats, a aussi cherché à appliquer la disposition prévue par le décret Cum adulescentium du concile de Trente, avec un pré-recrutement au stade de l’équivalent du collège18. D’autre part, ce dispositif débouche chez les génovéfains sur une pratique enseignante notable : à l’aube des années 1680, au moins trois maisons de la congrégation sont des séminaires d’enfants, bientôt transformés en collèges. Ce changement de dénomination, en trahissant un changement de finalité de ces établissements, suscite une autre question : les séminaires d’enfants ont-ils produit leurs fruits, ont-ils été les pépinières espérées, en d’autres mots ont-ils été, selon l’expression d’Adriano Prosperi, des filets permettant de pêcher les vocations aussi efficaces que les collèges jésuites19 ? Un catalogue des enfants du séminaire de Saint-Vincent de Senlis de 1626 à 1649 permet de répondre au moins partiellement à cette question, puisqu’il porte l’indication de ceux qui ont fait profession dans la congrégation20. Les premières années, sont également indiqués les novices qui n’ont pas poursuivi jusqu’à la profession religieuse, soit parce qu’ils ont été renvoyés, soit parce qu’ils sont décédés avant de prononcer leurs vœux. À partir du tableau succinct tiré du catalogue, il apparaît que la formule du séminaire d’enfants est un vrai succès dans les premières années : régulièrement, d’anciens élèves choisissent de rejoindre les rangs de leurs maîtres, avec une année record en 1632 où 15 élèves sont de futurs religieux. Les entrées au séminaire s’effectuent généralement entre 13 et 15 ans et précèdent de 4 à 5 ans la profession religieuse21.
10Malgré ces succès initiaux, les chanoines ont dû se rendre à l’évidence : les parents plaçaient leurs enfants à Senlis, Chartres ou Nanterre pour qu’ils reçoivent une éducation de qualité, mais pas nécessairement pour qu’ils deviennent religieux. La transformation des séminaires en de simples collèges et la représentation de comédies et même de ballets au siècle suivant est venue conforter cette évolution22. Au XVIIIe siècle, un établissement plus tardif, celui de Saint-Denis de Reims, fera une part notable aux matières profanes, parachevant ainsi cette évolution23. Néanmoins, force est de constater que les génovéfains ont maintenu jusque tard dans le XVIIe siècle la formule des séminaires d’enfants avant de transformer ces derniers en collèges, voués à donner une solide instruction à des enfants dont la très grande majorité n’était plus destinée à grossir les rangs du clergé. Le repérage des vocations pouvait cependant s’opérer via les congrégations mariales que les chanoines, suivant en cela l’exemple de la Compagnie de Jésus, avaient instituées dans leurs classes. Elles permettaient une sorte de présélection des futurs religieux. Le règlement de 1681 prévoyait que « le supérieur leur donnera un prêtre de la communauté qui aura soin d’eux, soit pour les instruire doucement des exercices de la vie religieuse, soit aussi pour leur tenir compagnie lorsqu’ils sortiront hors le monastère pour prendre leurs récréations24 ». La cérémonie d’admission dans la congrégation était d’ailleurs très semblable à celle d’une profession religieuse. Elle se tenait dans la chapelle, le futur congréganiste était invité à réciter une formule en latin, puis une messe clôturait la cérémonie25. Pour celui qui était susceptible d’entrer au noviciat quelques années plus tard, la congrégation de la Vierge était une première étape d’une longue formation.
Le noviciat, les études et la formation à la vie religieuse
11Dans tout ordre religieux, le noviciat est l’étape préalable indispensable avant de prononcer ses vœux définitifs. Le P. Charles Faure avait été maître des novices à Senlis et avait rédigé un Directoire destiné à ces derniers dès 1623, publié en 163826. Il y était précisé que, pour entrer au noviciat, il était nécessaire d’avoir effectué son année de rhétorique, voire de philosophie. Une fois les vœux de religion prononcés, les études de théologie ne pouvaient être entamées que deux ou trois années après. Le cursus génovéfain prévoyait ainsi une alternance entre formation spirituelle et formation intellectuelle, sans négliger une sorte de formation professionnelle par l’apprentissage poussé de la liturgie et du chant, puisque leur vocation était l’office des anges et l’accomplissement de la prière publique. Au cours de leurs études, les jeunes chanoines devaient s’exercer au chant auquel ils pouvaient consacrer leur temps libre, à condition toutefois de ne pas jouer d’un instrument de musique et d’éviter toute modulation, toute mollesse qui pourraient favoriser la survenue de pensées honteuses27.
12Le temps de formation du jeune profès génovéfain ne se limite donc pas à la seule année de noviciat mais se poursuit tout au long des années d’études, même si le noviciat est bien sûr déterminant et reste un moment éprouvant, puisqu’il s’agit de tester la vocation du jeune novice. La congrégation abrite deux noviciats par province et des cours d’étude qui trouvent place successivement dans diverses maisons. La nécessité de se déplacer du noviciat à un lieu d’étude, puis un second et parfois un troisième, fait aussi partie de la formation du jeune chanoine. C’est l’occasion pour lui de se rappeler l’obéissance due au supérieur général, puisque c’est ce dernier qui, sur avis du supérieur de la maison, délivre l’autorisation nécessaire pour accéder aux études ainsi que l’obédience indispensable à tout chanoine qui change de résidence. Cette mobilité est aussi la concrétisation et la prise de conscience au niveau de chaque individu de l’appartenance à une congrégation nationale.
13Si étudier et se former était un devoir pour les plus jeunes, veiller à cette formation faisait aussi partie des obligations des plus âgés, au premier rang desquels les régents mais aussi les supérieurs à la tête des maisons d’études. En 1737, le P. Sutaine, alors supérieur général, déplorait dans sa lettre circulaire « le peu d’amour de la prière et de l’étude, le dégoût de la retraite et du silence ». Les principaux fautifs, à ses yeux, n’en étaient pas les étudiants mais bien les supérieurs qui n’étaient pas assez attentifs au suivi de la formation des jeunes chanoines une fois passé le temps du noviciat. Cette constatation entraînait une recommandation pressante :
Les soins d’un bon supérieur ne se bornent pas seulement aux jeunes profès, il les étend aussi sur les etudians et sur les jeunes Prêtres. Il se rappelle souvent qu’ils sont toute l’espérance d’une Congrégation qu’il aime tendrement, à laquelle il doit tout ce qu’il est, et dont il doit, par devoir et par reconnaissance, procurer en toute chose l’honneur et la gloire28.
14Rendre ce que l’on a reçu est donc au principe même de la transmission entre les générations.
15Le 1er janvier 1751, un autre supérieur général, le P. Blaise Duchesne, accompagnait sa lettre circulaire d’une série d’avis. Celui sur l’éducation de la jeunesse, après des considérations générales, constatait : « rien n’est plus intéressant pour une congrégation religieuse, et ne demande plus d’attention que l’éducation de la Jeunesse29 ». Le lien étroit entre étude et vie consacrée était aussi rappelé : « un Religieux qui s’applique à l’étude garde la retraite, et sçachant habiter avec lui-même, il est à l’abri d’une infinité d’inconvéniens et de dérangemens ausquels sont sujets ceux qui se répandent au-dehors ». Ces considérations débouchaient sur des recommandations concrètes :
Je prie donc les Superieurs de faire tous leurs efforts pour animer les études, de ne rien épargner pour l’achat des Livres nécessaires, et autres besoins ; de procurer aux jeunes Religieux tous les exercices qui peuvent faire naître parmi eux une sainte émulation, comme thèses publiques, discours au réfectoire, catéchismes, et autres dont on a toujours fait usage dans la congrégation pour former des sujets capables de rendre service à l’Eglise30.
16Ces recommandations des supérieurs ne sont pas restées des vœux pieux. Le catalogue des thèses génovéfaines conservées, dressé par Nicolas Petit, révèle que très régulièrement, au moins tous les deux ou trois ans, des étudiants soutenaient des thèses de philosophie et de théologie31. Si la première thèse soutenue par un religieux de la congrégation a été repérée en 1675, la toute dernière thèse fut soutenue en avril 1788 à Saint-Vincent de Senlis.
Former des prêtres et des curés
17La congrégation de France n’a pas échappé au phénomène de sacerdotalisation qui a marqué plusieurs ordres religieux au cours de la période moderne. Les convers mis à part, la très grande majorité des chanoines recevaient le sacrement de l’ordre. Il ne suffisait donc plus de former des religieux, il était nécessaire d’ancrer dans leur esprit l’éminente dignité du sacerdoce et une fois ceux-ci devenus prêtres, de les préparer à « l’administration sainte » des paroisses. Si les premiers réformateurs s’étaient montrés peu concernés par cette dimension de la réforme, la tradition des chanoines réguliers et la desserte habituelle de paroisses dépendantes de la congrégation par des prieurs-curés mobilisa dès la fin du XVIIe siècle et jusqu’à la Révolution la moitié des effectifs, soit environ cinq cents chanoines sur un millier. Il n’était donc plus possible d’estimer que la formation de ces pasteurs découlait directement de celle des conventuels. Se posait dès lors la question à la fois de la préparation initiale des desservants aux charges qui les attendaient et du maintien des liens entre les prieurs-curés et la maison religieuse à laquelle ils appartenaient.
18Sur la formation des prêtres, les informations demeurent succinctes. Les décrets des chapitres généraux spécifient cependant que les jeunes chanoines ne peuvent recevoir le sacrement de l’ordre que sur l’avis de l’ensemble des prêtres de la maison où ils poursuivent leurs études. Ceux-ci, assemblés en chapitre, sont appelés à se prononcer sur leurs jeunes confrères et « lorsque dans le chapitre pour envoyer aux ordres, il y aura eu égalité de voix, le supérieur, en envoyant l’acte au R. P. Général, marquera les raisons pour et contre dans une lettre particulière ; où il n’y aura que deux prêtres, ils ne tiendront point de chapitre, pour cet effet mais ils envoieront séparément leur avis au R. Père Général32 ». L’accession à la prêtrise est donc étroitement contrôlée et fait l’objet d’une évaluation collective.
19Quant au contenu et à la forme de l’enseignement dispensé aux futurs prêtres, ils semblent avoir différé assez peu de ceux des séminaires diocésains qui se généralisent dans la France de la fin du XVIIe siècle. Comme leurs confrères oratoriens, les génovéfains semblent avoir acquis au tournant du siècle une réputation de formateurs de prêtres assez flatteuse pour que plusieurs évêques s’adressent à eux afin de diriger leur séminaire. C’est le cas notamment de Charles-Maurice Le Tellier, à Reims. Les liens entre l’archevêque et les hommes de Sainte-Geneviève furent assez étroits pour qu’il décide de leur confier le séminaire de son diocèse. Après les premiers contacts, un contrat fut signé devant notaire stipulant que six génovéfains de l’abbaye rémoise de Saint-Denis seraient détachés au séminaire diocésain33. Le contrat mentionnait rapidement la formation dispensée par les chanoines et l’encadrement des jeunes séminaristes qu’ils s’engageaient à assurer. Il était notamment spécifié « qu’ils dirigeront dans les exercices spirituels tant ceux qui se prépareront à recevoir les saints ordres, que les curés, ou autres prêtres qui auront dévotion ou ordre d’y faire quelque retraite34 ». L’enseignement dispensé aux seuls séminaristes comportait une conférence hebdomadaire sur l’Écriture sainte et deux entretiens par semaine sur les devoirs des ecclésiastiques. Deux des six chanoines détachés auprès du séminaire devaient enseigner la théologie morale « et particulièrement celle qui regarde la matière et l’administration des sacremens ». Ces deux professeurs, était-il précisé « suivront la doctrine de S. Thomas, les reglemens et les maximes de S. Charles35 », recommandation qui laisse transparaître la crainte du jansénisme. Les génovéfains s’engageaient également à déléguer quatre des leurs pour « une mission tous les ans dans le temps des vacances, pendant six semaines dans tel gros lieu de l’archidiaconé de Champagne qu’il plaira audit seigneur [archevêque de Reims] et à ses successeurs de marquer36 ». Il était également prévu que nul séminariste ne pourrait entrer dans la congrégation de France à moins d’en recevoir l’autorisation de l’archevêque : le séminaire de Reims était au service du diocèse, il ne devait en aucune façon devenir un lieu de recrutement pour les génovéfains, ce qui souligne assez la méfiance du clergé séculier à l’égard de ceux qui, bien qu’excellents prêtres et, parfois, bons curés, demeuraient malgré tout des réguliers. Cette méfiance de l’archevêque était justifiée par la tendance des familles du diocèse à envoyer leurs enfants de préférence dans les ordres réguliers37. Malgré quelques péripéties liées à la réputation de jansénistes des génovéfains et l’hostilité du successeur de Le Tellier, Mgr de Mailly, qui tenta de remplacer les chanoines par des jésuites, ils restèrent à la tête du séminaire métropolitain jusqu’en 178738.
20Pour leurs propres confrères, une fois les études achevées, les génovéfains se sont efforcés d’assurer une sorte de formation continue par la pratique des conférences régulières tous les quinze jours dans les monastères. Il n’est pas sûr que cette pratique ait été observée dans toutes les maisons de la congrégation, mais elle était encouragée par les supérieurs et il n’est pas improbable que les monastères les plus importants y aient été attachés. Ces conférences étant ouvertes aux prieurs-curés qui desservaient les paroisses les moins éloignées, ce qui permettaient notamment à ces derniers de conserver des liens avec le milieu conventuel. Cette volonté de formation continue se manifeste dès le XVIIe siècle, en particulier chez Paul Beurrier. Celui-ci, après avoir été prieur-curé de Nanterre, fut curé de Saint-Étienne du Mont avant d’être élu supérieur général de la congrégation et abbé de Sainte-Geneviève39. Il a laissé des mémoires qui rendent compte de son expérience. Il y signale qu’alors qu’il était curé, de 1653 à 1663, il avait établi dans sa paroisse un « séminaire ou communauté », sur le modèle de celui formé par Bourdoise à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, c’est-à-dire destiné à des clercs désirant se perfectionner dans les sciences ecclésiastiques. Tout un chapitre est consacré aux conférences tenues dans ce cadre et qui, à l’en croire, ont attiré un public nombreux40. Si cet exemple demeure exceptionnel, il n’en reste pas moins que les lettres circulaires ne cessent de rappeler l’importance des conférences régulières à destination des jeunes profès et des prieurs-curés, même si cet usage ne fut probablement jamais généralisé.
21Le lien entre le milieu conventuel et les desservants de paroisse, le va-et-vient entre le presbytère et le monastère, la volonté de faire des prieurés-cures le séjour de communautés de prêtres prêts à s’épauler pour répondre aux besoins et aux demandes des parisiens, tout cela correspond à l’image idéale de ce que les génovéfains eux-mêmes désignent par l’expression « l’administration sainte des paroisses ». Les établissements conventuels étant les décimateurs des curés, les relations furent, en fait, souvent tendues, comme en témoignent en creux les mémoires de Christophe Sauvageon, prieur-curé de Sennely41.
22L’intérêt des initiatives de formations initiale et permanente des génovéfains au cours des XVIIe et XVIIIe siècles ne réside pas dans l’originalité des solutions retenues mais dans le fait que la jeune congrégation tente de se pérenniser en s’appropriant des modes de formation qui ont été testés par d’autres. Si les séminaires d’enfants s’inscrivent dans une tradition ancienne, ils reprennent aussi la formule tridentine et doivent beaucoup à l’exemple jésuite. Les noviciats et le souci de former les jeunes prêtres à la liturgie et à l’administration des sacrements empruntent, entre autres, à l’Oratoire dont les génovéfains s’estiment très proches. Enfin l’attention portée aux jeunes profès et la formation continue organisée dans le cadre des communautés de prêtres ne sont pas si éloignées de l’expérience menée par Adrien Bourdoise avec le séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet destiné à ceux qui sont déjà ecclésiastiques. Malgré les réussites, les lettres des supérieurs généraux trahissent une inquiétude constante et la difficulté à maintenir l’équilibre nécessaire entre formation spirituelle et intellectuelle, entre aptitude à la vie conventuelle et vocation pastorale. Cet équilibre dépendait étroitement du nombre des confrères disponibles et de leur polyvalence, la diminution drastique des professions religieuses au cours des années 1770 et 1780 le compromit dangereusement avant que la Révolution n’entraîne la disparition définitive des chanoines réguliers de la congrégation de France. Deux éléments permettent cependant de souligner les succès de cette dernière dans la « fabrique » des clercs. Le premier est l’adresse expédiée en 1789 par les chanoines de Saint-Vincent de Senlis aux membres des États-Généraux. Ils y défendent leur ordre en évoquant les curés de paroisses estimant que « la Congrégation de France en est une pépinière féconde. C’est là la carrière ouverte à tous ses membres : le but auquel tendent leur éducation et leur études ». Les génovéfains s’y présentent comme des experts du « grand art de la conduite des âmes », en adéquation avec les idéaux d’un siècle qui prônait la figure du bon prêtre, n’évoquant les maisons conventuelles que comme lieux de formation ou de retraite pour les chanoines les plus âgés42. Un autre exemple de la vitalité de la tradition de formation des futurs ecclésiastiques curés à l’intérieur et hors de l’ordre des derniers religieux profès de la congrégation, est postérieur à la Révolution. Le P. Charles Balley, génovéfain, fut préparé au sacerdoce au séminaire Saint-Irénée de Lyon où la pratique ordinaire était d’associer les séminaristes à la célébration de la messe dominicale ouverte aux paroissiens. Après avoir quitté la paroisse qu’il desservait dans le Perche au moment de la Révolution, il devint curé d’Écully près de Lyon, il y prit en charge la préparation au sacerdoce du jeune Jean-Marie Vianney qu’il eut la satisfaction de voir ordonné en 1815, avant que ce dernier ne devienne le curé d’Ars. Ainsi était achevée l’évolution de la congrégation de France, pépinière de vocations ecclésiastiques, née de la réforme des cloîtres et vouée à la réforme des paroisses43.
Notes de bas de page
1Le Dictionnaire de Furetière, publié en 1690, donne ainsi du mot clerc deux acceptions principales, un sens ancien : « Vieux mot, qui signifioit autrefois sçavant, aussi-bien que clergie, doctrine » et un sens contemporain : « clerc, signifie aujourd’huy, un jeune homme qui est destiné à l’estat ecclésiastique, et qui en a pris le premier caractere, qui est la tonsure ».
2Outre l’ouvrage maintenant ancien d’Antoine Degert, Histoire des séminaires français jusqu’à la Révolution, Paris, G. Beauchesne & Cie, 1912, voir entre autres : François Lebrun, Jean Quéniart et Marc Venard, Histoire de l’éducation, t. II : De Gutenberg aux Lumières (1480-1789), Paris, Perrin, [1981] 2003, p. 566 et suiv. (« La formation des prêtres ») ; Le numéro des Annali di storia dell’educazione e delle istitutzioni scolastiche, Brescia, La Scuola, t. 7, 2000, consacré aux séminaires et l’article synthétique et programmatique de Dominique Julia, « L’éducation des ecclésiastiques en France aux XVIIe et XVIIIe siècles », dans Problèmes d’histoire de l’éducation. Actes des séminaires de l’École française de Rome et de l’Università di Roma-La Sapienza (janvier-mai 1985), Rome, École française de Rome, 1988, p. 141-205.
3Dominique Julia, « Le prêtre », dans Michel Vovelle (dir.), L’homme des Lumières, Paris, Seuil, 1996, p. 391-430.
4Isabelle Brian, Messieurs de Sainte-Geneviève. Religieux et curés, de la Contre-Réforme à la Révolution, Paris, Cerf, 2001.
5Sur le cardinal de La Rochefoucauld, l’ouvrage de référence est celui de Joseph Bergin, Cardinal de La Rochefoucauld. Leadership and Reform in the French Church, New Haven – Londres, Yale University Press, 1987.
6Les génovéfains sont aujourd’hui beaucoup mieux connus grâce aux recherches de Nicolas Petit qui ont donné lieu à la publication de deux volumes importants : Prosopographie génovéfaine. Répertoire biographique des chanoines réguliers de saint Augustin de la Congrégation de France (1624-1789), Paris, École nationale des Chartes, 2008 et Bibliographie génovéfaine. Ouvrages publiés par les chanoines réguliers de saint Augustin de la Congrégation de France (1624-1800), Paris, École nationale des Chartes, 2017.
7François de La Rochefoucauld, De l’estat ecclésiastique, Lyon, Pillehotte, 1597, p. 102.
8Charles Faure (1594-1644), né à Louveciennes près de Paris, fit ses études chez les jésuites à Bourges puis à La Flèche. Novice à Saint-Vincent de Senlis en 1613, il poursuivit des études de philosophie et de théologie à Paris et fut ordonné prêtre en 1618. Maître des novices à Saint-Vincent en 1623, il fut abbé coadjuteur de Sainte-Geneviève et premier supérieur général élu de la congrégation (1634-1640), avant d’être à nouveau supérieur général d’avril 1643 à novembre 1644. D’après N. Petit, Prosopographie, op. cit., p. 150.
9Charles Faure, Samuel ou instruction spirituelle pour les Enfans qui sont dés leurs premiers ans destinez au service de Dieu, Paris, Pierre Billaine, 1638, oraison dédicatoire, n. p.
10Egle Becchi et Dominique Julia (dir.), Histoire de l’enfance, t. I : De l’Antiquité au XVIIe siècle, Paris, Seuil, 1988.
11Charles Faure, op. cit., oraison dédicatoire, n. p.
12Isabelle Brian, « Le monastère et l’école : les séminaires d’enfants génovéfains en Île de France à la fin du XVIIe siècle », Paris et Île-de-France, Mémoires publiés par la Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l’Île-de-France, t. 48, 1997, p. 333-343.
13Isabelle Brian, « Les séminaires nobles, une importation italienne ? », La Flèche, du collège jésuite au prytanée militaire : quatre siècles d’éducation, La Flèche, Prytanée national militaire, 2006, p. 27-40.
14Bibliothèque Sainte-Geneviève (désormais BSG), ms. 701/12, Observations sur la pratique des règles du séminaire de Saint-Vincent, fol. 48 vo.
15Ibid., fol. 49.
16Ibid., Réponse du P. Edmond Le Clerc au mémoire communiqué par le très R. P. visiteur de la part du Rme P. général (de la congrégation de France) par lequel on demande quels sont les habits des pensionnaires, leur ameublement, leurs livres de classe, leur nourriture, le prix de pensions, les prières, les jours de congé, les tragédies qui se font dans chaque séminaire, fol. 25 vo.
17Ibid., fol. 46.
18Dominique Julia, « Les Bénédictins et l’enseignement aux XVIIe et XVIIIe siècles », dans Sous la règle de saint Benoît. Structures monastiques et sociétés en France, du Moyen Âge à l’époque moderne, Genève – Paris, Droz – Honoré Champion, 1982, p. 345-400.
19Adriano Prosperi, La vocazione. Storie di gesuiti tra Cinquecento e Seicento, Milan, Einaudi, 2016, p. 75 et suiv.
20BSG, ms. 720/1, fol. 4, Catalogue des enfans du séminaire de Saint-Vincent de Senlis, de 1626 à 1649. La profession religieuse ultérieure est indiquée par un « p » inscrit en marge ; lorsque figure un « n », cela veut dire que l’élève concerné, volontairement ou non, n’est pas allé jusqu’à prononcer ses vœux.
21Le catalogue a probablement été dressé au cours de l’année 1649.
22I. Brian, Messieurs de Sainte-Geneviève, op. cit., p. 216-226.
23Voir aussi les Exercices publics et distribution générale des prix dans le collège des chanoines réguliers de l’abbaye royale de S. Vincent de Senlis, pour l’année 1765, Senlis, N. Des Rocques, 1765. Les différentes rubriques sont « Exercices sur l’histoire naturelle » (Connaissance du Ciel, de la Terre, du soleil et de ses effets, de la lune et ses phénomènes, des éléments), « Exercices de rhétorique », « Préceptes de l’art oratoire », « Poétique ».
24BSG, ms. 1701, Reglemens pour les séminaires, fol. 25-27.
25Regles de la congregation de la Sainte Vierge, etablie dans les seminaires des chanoines reguliers, Paris, Veuve Lambin, 1715, p. 25. Il est précisé p. 3 que « la congregation fut établie […] dans les seminaires des chanoines reguliers de France en 1634 ».
26Charles Faure, Directoire des Novices de la Congrégation des Chanoines réguliers de Saint Augustin, dite de France, Paris, Pierre Billaine, 1638. Pour les différentes éditions des écrits de C. Faure, voir N. Petit, Bibliographie, op. cit., p. 165-167.
27Regulae canonicorum regularium congregationis gallicanae de studiis philosophiae et theologiae, Paris, E. Blaizot, 1676, p. 59-60. Voir également Décrets des chapitres généraux des chanoines réguliers de la congrégation de France, revus et confirmés par le chapitre général tenu en l’année 1694, Paris, Simon Langlois, 1694, p. 29 : « Il sera recommandé aux jeunes d’apprendre le chant sur lequel ils seront examinés avant que d’être envoyés aux ordres ».
28Pierre Sutaine, Lettre circulaire, Paris, P. G. Le Mercier, 1737, p. 3.
29Blaise Duchesne, Lettre de Nouvel An, Paris, P. G. Le Mercier, 1751, p. 10.
30Ibid., p. 12.
31N. Petit, Bibliographie, op. cit., p. 87.
32Décrets des chapitres généraux, op. cit., p. 29.
33Lettres patentes du mois de janvier 1703, pour l’établissement de chanoines réguliers de l’ordre de saint Augustin de la congrégation de France, dans le séminaire de la ville de Reims. Le contrat est reproduit à partir de la p. 8.
34Ibid., p. 12.
35Il s’agit de Charles Borromée (1538-1584), archevêque de Milan. Il établit trois séminaires dans cette ville et rédigea des règlements pour les séminaires. Il est le saint patron des séminaristes.
36Lettres patentes du mois de janvier 1703, op. cit., p. 13.
37Dominique Julia et Denis Mc Kee, « Le clergé paroissial dans le diocèse de Reims sous l’épiscopat de Charles-Maurice Le Tellier. Origine et carrières », Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. 29, 1982, p. 529-583.
38Sur ces péripéties, voir Jean Baptiste François Geruzez, Description historique et statistique de la ville de Reims, Reims – Paris – Châlons, Le Batard – Le Normant – Boniez-Lambert, 1817, p. 17. L’auteur se présente lui-même comme « ex-génovéfain, professeur au collège royal de Reims » et rappelle : « en 1716, Mr de Mailly, aussi attaché aux Jésuites que Le Tellier l’était peu, leur donna la direction du Séminaire. On s’opposa à cette innovation, et un arrêt du parlement du 28 novembre, ordonna l’exécution des lettres patentes de 1703 ; alors les quarante séminaristes qui avaient des places gratuites restèrent chez les chanoines réguliers, et les jésuites, jusqu’à leur suppression, furent chargés de la direction des séminaristes pensionnaires ».
39N. Petit, Prosopographie, op. cit., p. 58.
40BSG, ms. 1886, Des choses les plus remarquables qui se sont passées en vingt et deux ans que j’ay esté curé de saint Estienne, que j’ay veu, ou qui sont arrivées dans la paroisse, et dont j’ay eü une connoissance certaine, chap. 8, « Des diverses conferences que j’establis chez nous tant pour les Ecclesiastiques de nôtre Seminaire et communauté, que pour les autres de ma parroisse, y admettant aussy les externes, qui souhaitoient s’y trouver », fol. 58-64.
41Christophe Sauvageon, prieur-curé de Sennely en Sologne, dépendant de l’abbaye de Saint-Euverte d’Orléans, a laissé des mémoires manuscrits. Il évoque çà et là la rapacité des supérieurs conventuels, mais les premières pages du manuscrit, peut-être critiques à l’égard des génovéfains, ont été découpées. Émile Huet (dir.), Registre concernant le prieuré de Sennely. Le manuscrit du prieur de Sennely, Marseille, Laffitte reprints, 1980. Pour les relations entre les curés génovéfains et leurs supérieurs conventuels, voir Yves Breton, « Le contrôle des curés génovéfains par l’abbé de Sainte-Geneviève et l’évêque diocésain dans l’Ouest de la France aux XVIIe et XVIIIe siècles », dans Jean-François Cottier, Daniel-Odon Hurel et Benoît-Michel Tock (dir.), Les personnes d’autorité en milieu régulier. Des origines de la vie régulière au XVIIIe siècle, Saint-Étienne, Publications de l’université, 2012, p. 411-434. Cet article permet de corriger une vision trop idéalisée du curé génovéfain.
42Adresse pour les chanoines réguliers de la congrégation de France, envoyée à l’Assemblée nationale par les chanoines réguliers de l’abbaye royale de Saint-Vincent de Senlis, Senlis, Des Rocques, 1789, citation p. 7.
43Sur Charles Balley, deux livres documentés : Paul Vial, Le maître du curé d’Ars. Charles Balley (1751-1817), Paris, Beauchesne, 1970 et Bernard Gallizia, Charles Balley (1751-1817). Maître du curé d’Ars, Paris, Salvator, 2016 (ce dernier est fortement inspiré du premier et très hagiographique).
Auteur
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Isabelle Brian
Université de Lorraine. CRULH
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