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    Plan détaillé Texte intégral Un rétablissement laborieux Stratégies académiques et opportunités familiales Les dissonances rituelles Le poids des tribulations pécuniaires Vers l’affirmation d’une culture cléricale originale Notes de bas de page Auteur

    La fabrique du clerc

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    Table des matières

    Les basiliens ruthènes dans les collèges pontificaux : entre diversité rituelle et constructions confessionnelles (vers 1660-vers 1740)

    Laurent Tatarenko

    p. 201-224

    Texte intégral Un rétablissement laborieux Stratégies académiques et opportunités familiales Les dissonances rituelles Le poids des tribulations pécuniaires Vers l’affirmation d’une culture cléricale originale Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Le rattachement de la métropolie orthodoxe de Kiev (dite « ruthène ») à Rome, à la suite de l’Union de Brest de 1595-1596, créa un cadre nouveau pour la diffusion des modèles énoncés par le concile de Trente, notamment pour la formation des clercs1. Vue à travers le prisme de l’uniatisme, la promotion des hommes d’Église comme membres d’un corps particulier devait associer l’unité des normes disciplinaires avec la diversité rituelle, entérinant des usages spécifiques aux traditions orientales. Si une telle démarche avait été initiée par la curie romaine dès la fin des années 1560 à l’égard des communautés « grecques » d’Italie, le cas du clergé uniate polono-lituanien plaça la papauté face à des structures déjà bien constituées, avec leur hiérarchie et leur culture institutionnelle propres. C’est pourquoi la réforme des moines – seuls à être admis aux plus hautes charges dans les Églises orientales – se confondit rapidement avec la réforme disciplinaire de l’ensemble du clergé kiévien. Dans ces efforts, les basiliens ruthènes réformés, organisés en une congrégation monastique dès 1617, s’imposèrent progressivement comme les principaux agents des processus d’adaptation entre les héritages issus du christianisme byzantin et les modèles romains. L’assimilation du nouveau rôle attribué au monachisme slave oriental fut favorisée par l’éducation des jeunes membres de l’ordre dans les collèges pontificaux, à Rome même et dans les grands centres de la Réforme catholique.

    2La construction de ce cursus studiorum à travers l’Europe fut en grande partie menée du temps du métropolite uniate Józef Rutski (1613-1637) – lui-même ancien boursier du collège Saint-Barthélemy de Prague et du Collège grec de Rome – et cette époque fut également celle où le système fonctionna de manière la plus fluide, malgré une série de difficultés pratiques. Aussi cette période fondatrice est-elle de très loin la mieux étudiée2. Toutefois, la mort de Rutski, suivie une décennie plus tard par la grande insurrection cosaque de Bohdan Chmielnicki (1648-1657), plongea les basiliens dans une situation nouvelle, car ils perdirent le prestige dont bénéficiaient à Rome les premiers métropolites de l’Église uniate kiévienne. Surtout, l’envoi des élèves se fit beaucoup plus sporadique dès les années 1650, en raison des invasions moscovite et suédoise, qui aboutirent à l’occupation d’une grande partie des territoires de la grande-principauté de Lituanie et du royaume de Pologne3.

    3La seconde moitié du XVIIe siècle, avec la fin des opérations militaires, et la première moitié du siècle suivant, avant que les basiliens ruthènes ne deviennent l’une des principales institutions éducatives de l’espace polono-lituanien, constituent une étape particulièrement importante pour l’histoire de l’éducation dans le clergé kiévien. Ce fut aussi un moment de consolidation institutionnelle façonnée à travers des choix parfois complexes devant deux exigences contraires : celle du retour aux anciens compromis, fondés sur le charisme des premiers métropolites uniates, et celle d’un ajustement à une situation confessionnelle nouvelle imposée par la guerre. Face à ce contexte, poser la question de la formation des moines uniates devient aussi une manière de saisir les modes de construction des cultures cléricales sur les frontières du catholicisme post-tridentin.

    Un rétablissement laborieux

    4La reprise progressive des activités de l’ordre basilien, qui accompagna la reconquête des territoires lituaniens à partir des années 1660, obligea les moines uniates à déployer de nouveaux efforts pour reconstruire les réseaux éducatifs instaurés dans la première moitié du XVIIe siècle. En effet, les désastres militaires qui marquèrent les années 1650 suspendirent de fait l’envoi des élèves ruthènes dans une grande partie des collèges pontificaux, où des bourses avaient été attribuées à l’Église uniate kiévienne. Seuls le Collège grec de Rome et le collège pontifical d’Olomouc continuèrent à accueillir quelques rares Ruthènes, après l’entrée des troupes moscovites et suédoises sur le territoire de la République polono-lituanienne4. La situation paraissait d’autant plus calamiteuse que les démarches accomplies par Rutski avaient permis d’obtenir, du moins en théorie, vingt-six places dans huit collèges pontificaux5 : 6 à Braniewo, 2 à Graz, 2 à Olomouc, 2 à Prague, 2 au Collège Urbain (Rome) et 4 au Collège grec (Rome), 2 à Vienne et 6 à Vilnius6. Pour autant, à cause de la réticence des recteurs à l’égard des élèves d’un autre rite, la réception des candidats kiéviens rencontrait souvent des difficultés et, de fait, ces bourses n’étaient quasiment jamais occupées en même temps. C’est pourquoi la rupture des contacts n’était pas toujours liée à la guerre. À Graz par exemple, les deux moines basiliens envoyés en 1628 ne furent pas remplacés après leur départ. À Prague, la mort de Rutski entraîna dès 1637 la suppression des places accordées à la métropolie de Kiev, avant que l’intervention de Rome ne permette d’y envoyer de nouveaux élèves à partir de 1669.

    5Toutefois, les destructions provoquées par les affrontements eurent un impact incontestable sur le recours du clergé kiévien aux collèges pontificaux, en le privant des ressources nécessaires pour financer les voyages et les séjours des candidats basiliens. De même, l’occupation de nombreux territoires désorganisa pour un temps plus ou moins long le fonctionnement des collèges pontificaux établis directement sur l’espace polono-lituanien. Ce contexte explique en partie l’interruption des envois de boursiers ruthènes au collège romain de la Propagande entre 1652 et 1683, mais aussi leur longue absence dans les collèges de Braniewo et de Vilnius.

    6La première tentative de réanimer l’ensemble de ces réseaux éducatifs apparaît dans un mémoire préparé par l’épiscopat uniate ruthène au cours d’une assemblée réunie au monastère de Žyrovičy en novembre 16637. L’ampleur des difficultés qui avaient déjà marqué ces contacts académiques dans la première moitié du XVIIe siècle et le désordre entraîné par la guerre se voient dans le tableau très approximatif dressé par les hiérarques kiéviens. Ils rappelèrent ainsi qu’au nom des privilèges accordés par les papes, l’Église ruthène disposait respectivement de deux places dans les collèges de Vienne, Prague, Graz et Olomouc et que les collèges de Braniewo et de Vilnius devaient à leur tour accorder quatre bourses chacun pour le clergé uniate. L’hésitation sur les places disponibles dans les collèges polono-lituaniens provenait non seulement des réticences exprimées par les autorités des différents établissements pour recevoir les candidats basiliens, mais également du flottement institutionnel qui caractérisait ces rapports. En effet, le seul document officiel produit au moment des négociations menées par le métropolite Józef Rutski était le bref pontifical de Paul V daté du 2 décembre 1615, qui confirmait l’attribution de quatre bourses pour les « jeunes gens de la nation ruthène » au Collège grec de Rome8. Pour les autres places, il semblerait qu’il s’agissait au départ de concessions à titre d’exception, qui devaient être négociées directement avec les responsables des collèges. Ruski affirmait d’ailleurs en 1625 qu’il ne disposait pas de documents écrits à ce sujet, car le cardinal Benedetto Giustiniani lui avait indiqué qu’il en avertirait lui-même le général des jésuites placés à la tête de ces établissements9. Devant les difficultés rencontrées par le métropolite, la congrégation de la Propagande qui, à partir de sa création en 1622, devint le principal organe de la curie chargé des affaires des Églises catholiques orientales, finit par envoyer aux nonces de Varsovie et de Vienne des décrets qui rappelaient aux recteurs leurs obligations10. Toutefois, l’opération n’apporta pas les résultats escomptés, et la même action dut être renouvelée en 163111.

    7La Propagande suivit le même procédé pour répondre aux requêtes de l’épiscopat kiévien de 1663, en écrivant en 1665 aux deux nonces compétents afin qu’ils se renseignent sur la situation des institutions concernées12. Il fallut attendre encore trois années supplémentaires pour que la congrégation ordonne explicitement aux diplomates pontificaux d’intervenir auprès des recteurs des collèges du Saint-Empire et de la République polono-lituanienne13. Dans les années 1667-1677, le collège de Vilnius, puis ceux d’Olomouc et de Prague, recommencèrent à recevoir des élèves envoyés par le clergé uniate ruthène, même si ces admissions furent loin d’être régulières. En revanche, les bourses qui avaient été offertes dans les collèges de Graz et de Vienne furent définitivement perdues, et, dans ce dernier cas, un novice basilien déjà arrivé sur placé fut même renvoyé par le recteur14. Dans le Collège Urbain de la Propagande, l’admission des élèves ruthènes fut également complexe, car les deux bourses accordées dans les années 1640 grâce aux efforts de l’évêque de Chełm Metody Terlecki avaient été suspendues dans la décennie suivante. Plus tard, en 1664, le secrétaire de la congrégation soulignait que le collège n’était pas censé accueillir des élèves de rite grec, normalement destinés au collège Saint-Athanase qui, à son tour, n’avait plus de ressources pour recevoir des boursiers supplémentaires15. Ce n’est qu’en 1682 que le nouvel évêque uniate de Chełm Jakub Susza, qui avait lui-même étudié dans plusieurs collèges pontificaux et bénéficiait d’une excellente réputation à Rome, parvint à rétablir les deux bourses pour les candidats originaires de son diocèse16.

    8L’évêque ruthène tenta également de réanimer le projet ancien de fonder à Rome un collège réservé aux Ruthènes où ils pourraient étudier dans leur propre langue et en accord avec leur rite17. Une telle institution devait être créée à partir de l’hospice qui existait déjà auprès de l’église Saints-Serge-et-Bacchus et servait de résidence au procureur des basiliens ruthènes18. Des fondations avaient même été faites dans ce sens, mais la situation militaire de la République polono-lituanienne coupa court à ces initiatives. Par la suite, les difficultés financières mirent définitivement un terme aux démarches menées jusqu’aux années 1680 par les procureurs basiliens19.

    9Face à ces contraintes, la métropolie de Kiev put bénéficier en revanche de la création d’un véritable séminaire local pour Orientaux (Ruthènes et Arméniens), qui ouvrit ses portes à L’viv en 1709 sous l’autorités des théatins20. Cet établissement était en principe réservé aux membres du clergé séculier et à leurs enfants, mais, pour la première moitié du XVIIIe siècle, trois moines basiliens purent y étudier grâce à l’intervention des évêques de L’viv et de Luc’k21. Pour autant, malgré ces exceptions et la place que le séminaire put jouer dans l’éducation du clergé paroissial kiévien, son rôle fut marginal pour les structures basiliennes.

    10Dans ce tableau général, les données rassemblées par Dmytro Blažejovskyj et complétées ponctuellement grâce aux archives de la Propagande Fide permettent d’établir un aperçu statistique plus concret et de faire ressortir certaines évolutions (tab. 1). En excluant le cas de L’viv, les différents collèges pontificaux offrirent 230 bourses aux élèves ruthènes durant les années 1660-174122. La comparaison avec l’époque précédente, avec 171 places occupées entre la promulgation de l’Union en 1595 et le début du conflit avec la Moscovie et la Suède à partir des années 1654-1655, montre une relative stabilité dans le nombre global de recrutements (avec une moyenne d’environ 2,8 bourses par an). En revanche, en recentrant le regard sur l’époque du métropolite Jozef Rutski (1613-1637), un écart se dessine plus nettement avec 87 places obtenues par les Ruthènes en vingt-cinq ans, soit une moyenne de 3,5 bourses par un.

    Tableau 1. Bourses accordées aux élèves ruthènes dans les collèges pontificaux (1613-1741)23

    Collège

    1613-1637

    1660-1741

    Braniewo

    32 (37 %)

    58 (25 %)

    Graz

    2 (2 %)

    –

    Olomouc

    3 (3 %)

    38 (17 %)

    Prague

    5 (6 %)

    7 (3 %)

    Rome (Collège grec)

    19 (22 %)

    53 (23 %)

    Rome (Collège Urbain)

    –

    19 (8 %)

    Vienne

    5 (6 %)

    –

    Vilnius

    21 (24 %)

    55 (24 %)

    Total

    87 (100 %)

    230 (100 %)

    11Le tableau ci-dessus révèle également des évolutions dans le poids occupé par les différentes institutions. En particulier, la part du collège de Braniewo diminue de manière notable à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, même s’il reste le premier établissement de la période. Inversement, la place du collège d’Olomouc gagne en importance, à la suite d’une forme de report provoqué par la disparition des bourses réservées aux Ruthènes à Graz et à Vienne et par les difficultés récurrentes qu’ils rencontraient à Prague. Enfin, il faut remarquer que l’accueil des élèves kiéviens au Collège Urbain n’entraîna pas la diminution de leur nombre au Collège grec. Ce constat suggère que les études à Rome, qui représentaient l’aboutissement d’un cursus studiorum réussi, répondaient précisément aux attentes croissantes de l’Église ruthène. De fait, si au début du XVIIIe siècle celle-ci disposait déjà de quelques noviciats, de séminaires organisés directement par l’épiscopat avec l’aide des basiliens ou d’écoles ouvertes auprès des monastères qui recevaient les représentants du clergé séculier et les enfants des élites laïques, la métropolie de Kiev ne possédait encore aucun établissement capable de rivaliser avec les collèges latins24.

    12D’ailleurs, le mécanisme à l’origine du développement progressif des structures éducatives locales, souvent grâce aux anciens élèves des collèges pontificaux, aboutissait à une situation bloquée, en augmentant le nombre des élèves qui disposaient de prérequis nécessaires (en particulier la connaissance du latin) pour poursuivre leur éducation dans les établissements à l’étranger, alors même que la quantité des bourses disponibles connaissait un recul par rapport au début du XVIIe siècle. Cet écart était d’autant plus pesant que plusieurs élèves suivaient une formation par étapes, séjournant successivement dans deux ou trois collèges différents, même si la pratique tendait à s’estomper avec le temps. De cette manière, le nombre des Ruthènes formés dans les collèges pontificaux était inférieur au nombre des bourses proposées, soit 129 individus pour la période 1595-1655 et 194 pour les années 1660-174125.

    Stratégies académiques et opportunités familiales

    13Face aux quotas extrêmement restreints se pose la question de la sélection des candidats basiliens. Dans ce domaine, à la qualité des étudiants venaient se superposer leurs liens avec leurs protecteurs et la réputation de ces derniers auprès de la curie. Les divers arrangements étaient facilités par les frictions entre le métropolite uniate et le protoarchimandrite placé à la tête de l’ordre basilien26, au sujet du droit d’envoyer les candidats à Rome et plus généralement dans les collèges pontificaux27. Ces flottements provenaient du contexte qui avait vu émerger ces principes, puisque les métropolites uniates de Kiev qui s’étaient succédé entre 1617 et 1655 avaient cumulé la charge de protoarchimandrite, rendant floue la distinction entre les deux statuts dans l’exercice de leur autorité. Néanmoins, la gestion hasardeuse du métropolite Antoni Sielawa (1641-1655) entraîna des tensions avec l’ordre, qui, sous l’effet de la guerre, se transformèrent en un long conflit institutionnel, avant d’aboutir en 1686 à un accord fragile entre les autorités monastiques et le métropolite Cyprian Żochowski (1674-1693)28. Le droit de choisir les candidats pour les collèges pontificaux fut l’une des expressions de ce conflit. Toutefois, après 1686, il fut de facto exercé par les autorités basiliennes qui recouraient parfois au soutien des métropolites auprès des autorités latines29.

    14Cette confusion laissait ainsi la place à différentes requêtes personnelles, comme celle déjà citée de l’évêque de Chełm, qui, en 1682, parvint à obtenir deux places au Collège Urbain de Rome pour les clercs de son propre diocèse – une concession maintenue sous ses successeurs. Toutefois, de telles démarches ne se limitaient pas aux figures les plus imminentes du clergé uniate. En 1689, le procureur basilien de Rome, Giovanni Giuseppe De Camillis30 – ancien élève du Collège grec originaire de Chios passé au service de l’Église ruthène – demanda à son tour une place au Collège Urbain pour son neveu Nicolò âgé de quatorze ans31. Les listes des élèves révèlent également le poids des stratégies familiales parmi des personnages moins renommés comme les Kozaczenko, dont un certain German étudia à Olomouc en 1695, avant que ses deux autres parents Mateusz et Justyn ne soient reçus à Braniewo en 1702 et en 1708, le dernier poursuivant lui aussi sa formation à Olomouc32. Le rôle joué par les liens de parenté entraînait parfois l’envoi à l’étranger d’étudiants qui conservaient encore leur état laïc, espérant commencer une brillante carrière ecclésiastique après avoir achevé leurs études. Toutefois, leur nombre fut relativement restreint et, entre 1660 et 1741, seuls 11 boursiers ruthènes des collèges pontificaux, répartis principalement entre Vilnius et Olomouc, semblent n’avoir eu aucun lien avec l’ordre basilien.

    15La possibilité d’étudier dans les institutions occidentales, et en particulier à Rome même, fut également utilisée comme marque de reconnaissance envers les hiérarques ruthènes des diocèses de la Couronne, qui avaient rallié l’Union à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles. En 1678, le métropolite uniate Żochowski s’adressa à la Propagande pour demander d’écrire au recteur jésuite de Vilnius afin qu’il reçoive Gedeon Szumlański, neveu de l’évêque orthodoxe de L’viv Józef, qui avait accepté l’Union en secret33. Cette approche fut encore plus visible dans le cas des évêques de Przemyśl, recrutés à partir du milieu du XVIIe siècle parmi les représentants de la famille Winnicki34. Après avoir officiellement accepté l’Union en 1691, Innocenty Winnicki fut invité par la congrégation de la Propagande à envoyer au Collège Urbain deux élèves issus de son diocèse, afin de l’aider par la suite à « édifier le peuple » dans la foi catholique35. En 1696, l’évêque répondit à la proposition en dépêchant à Rome son propre frère Martynian, qui avait déjà étudié chez les jésuites de Przemyśl, afin qu’il y complète sa formation. Un autre frère de la famille, Jerzy, qui monta à son tour sur le siège de Przemyśl en 1700, conserva ces mêmes pratiques. En 1706, il demanda d’autoriser l’admission de deux de ses proches parents dans le Collège grec et le Collège Urbain36. Il semblerait qu’un seul d’entre eux, Antoni Winnicki, fut finalement envoyé en 1707 par l’évêque37.

    16Chacun de ces exemples est intéressant en raison d’une forme d’incompréhension réciproque et des difficultés qui en découlèrent. En effet, Gedeon Szumlański quitta le collège de Vilnius en 1680 car, d’après le matricule, il refusait de se soumettre à la discipline de l’établissement38. Dans le cas de la famille Winnicki, les deux individus mentionnés représentèrent deux situations extrêmes opposées. Martynian, un moine de quarante ans, ne put être reçu au Collège Urbain en raison de son âge, mais aussi de son comportement solitaire et de son penchant pour la boisson39. Le jeune neveu de Jerzy Winnicki, arrivé à Rome à douze ans, fut lui aussi placé dans une situation délicate, puisque son oncle ne voulait pas qu’il s’engage dans la vie ecclésiastique. Pour l’évêque uniate de Przemyśl, son neveu Antoni était le dernier enfant mâle de sa famille et se devait donc de rester un laïc afin de perpétuer sa lignée. Il ne pouvait dès lors prêter le serment imposé aux élèves du Collège grec40. Winnicki affirma qu’il n’avait pas été averti des normes imposées aux élèves et, après plusieurs échanges, accepta en 1710 la recommandation de la Propagande de transférer son neveu au collège d’Olomouc41.

    17Ces disparités dans les attentes réciproques révélaient indirectement un autre décalage interne à l’Église kiévienne, entre, d’une part, la culture institutionnelle des basiliens lituaniens, qui en un siècle avaient déjà façonné un mode opératoire en accord avec les normes romaines, et, d’autre part, celle du clergé ruthène dans les diocèses récemment ralliés à l’Union, qui présentait des pratiques moins unifiées et marquées par les stratégies lignagères de l’épiscopat. Pour éviter de nouvelles incompréhensions flagrantes, Rome tenta d’imposer des contrôles plus sélectifs. En 1699, le préfet de la Propagande rappela au métropolite que la congrégation devait accorder son autorisation préalable pour tout nouvel envoi de candidats au Collège Urbain et, en 1715, il fut demandé au nonce de Varsovie de contrôler les connaissances des élèves choisis pour s’assurer qu’ils seraient capables de suivre les enseignements proposés42.

    Les dissonances rituelles

    18Les contraintes auxquelles faisaient face les rares représentants des diocèses méridionaux de la République polono-lituanienne n’étaient que la partie saillante d’une série de tensions, apparues dès l’entrée des élèves uniates ruthènes dans les collèges pontificaux. L’un des problèmes de fond était la différence rituelle qui marquait ce système éducatif. L’ensemble des établissements concernés pour la période considérée était dirigé par des membres de la Compagnie de Jésus, à l’exception du collège de la Propagande confié après 1646 au clergé séculier. Tous ces formateurs étaient en tout cas des ecclésiastiques de rite latin43. Dans ces conditions, les boursiers ruthènes devaient non seulement se conformer aux spécificités culturelles et linguistiques du lieu, mais également adapter leur mode de vie quotidien à d’autres pratiques religieuses, d’autres usages et même un calendrier différent. Dans la plupart des établissements qui devaient éduquer les élèves dans le rite latin, la présence des ecclésiastiques ruthènes pouvait apparaître comme une véritable anomalie. Sur les matricules annuels conservés pour certains collèges pontificaux, qui accueillaient une vingtaine d’étudiants au total, la présence des basiliens ruthènes oscillait généralement entre un et trois individus44. Au XVIIIe siècle, seul le Collège grec semblait accorder une part légèrement plus importante aux Ruthènes, avec 25 élèves sur les 139 recensés pour la période 1701-174145. Toutefois, même dans ce cas, ils se fondaient dans la mosaïque des « Grecs » de diverses origines, parmi lesquels se trouvaient plusieurs Italo-Grecs et auxquels se mêlaient même des boursiers latins nés au Levant46.

    19Pourtant, malgré les plaintes réciproques, peu d’informations concernent le fonctionnement concret de ces communautés d’étudiants bigarrées47. Dans le Collège grec Saint-Athanase, le rite oriental se retrouvait au cœur de l’institution, mais, là encore, il était réinterprété à travers la tradition grecque hellénophone, qui présentait déjà d’importantes différences avec la version slavonne de l’héritage byzantin tel qu’il s’était diffusé dans la métropolie de Kiev. En 1668, le métropolite uniate de Kiev Gabriel Kolenda (1665-1674) se plaignait à la Propagande des mauvais traitements imposés aux Ruthènes, y compris au Collège grec, où les jésuites – disait-il – les rabaissaient de toutes les manières possibles, alors qu’ils montraient bien plus de respect envers les « Grecs48 ». Deux ans plus tard, il renouvelait ses critiques en stipulant que, en dehors des vexations, les jésuites forçaient les Ruthènes à apprendre la langue grecque, alors qu’elle leur était « totalement inutile », contrairement au slavon, « très utilisé et parfaitement nécessaire ». Cette attitude des membres de la Compagnie de Jésus visait, selon lui, à éloigner le clergé kiévien de l’établissement, alors que ce dernier avait joué auparavant le rôle de véritable « séminaire de l’épiscopat ruthène », en décourageant les élèves pour qu’à leur retour ils dissuadent les autres d’aller à Rome49. En parlant des autres collèges jésuites, Kolenda relevait qu’en Lituanie même, les pères latins tournaient en ridicule le rite grec dans les comédies jouées dans leurs collèges, poussant au scandale avec les schismatiques et les éloignant encore davantage de l’Union50. En 1676, une supplique envoyée au Saint-Office par le futur métropolite uniate de Kiev Lew Ślubicz-Załęski témoigne du désintérêt pour le rite grec dans les établissements pontificaux51. En effet, obligé de quitter le collège Saint-Athanase pour se transférer à Olomouc, à la demande des supérieurs basiliens, le boursier demandait le droit d’y célébrer la messe selon le rite latin car – soulignait-il – il savait qu’il ne pourrait le faire d’après son propre rite. De la même manière, il n’est pas anodin de remarquer que le règlement du collège de Vilnius daté de 1686 ne mentionnait les Ruthènes qu’à deux reprises, en rappelant les quatre bourses qui leur étaient réservées et en indiquant que quand les élèves recevaient de nouveaux habits, leurs anciens vêtements devaient être conservés à l’atelier, y compris dans le cas des basiliens, pour d’autres usages52.

    20Les affaires rituelles ne se limitaient pas à la coexistence quotidienne des boursiers. En 1661, Cyprian Żochowski – alors élève du Collège grec – adressa une supplique au pape Alexandre VII avec la demande d’être ordonné prêtre par un évêque latin, puisque cela faisait plus de quatre ans qu’il avait été fait diacre et ne pouvait recevoir la prêtrise, sachant qu’aucun hiérarque de rite grec ne se trouvait alors à Rome53. De fait, un évêque ordinant pour les « Grecs » avait été désigné dès 1581, mais cette charge ne fonctionna de manière relativement continue qu’à partir de 1666 et elle ne dissipa pas toutes les suspicions liées à la crainte de la communion sacramentelle avec les « schismatiques54 ». Pour autant, la pratique semble se stabiliser à cette époque et, à partir des années 1670, la majorité des basiliens qui étudiaient au collège Saint-Athanase et n’étaient pas déjà prêtres, purent recevoir leur ordination sacerdotale avant leur départ55.

    21Une autre singularité relative aux élèves basiliens était leur statut monastique, alors même que les collèges pontificaux devaient préparer de jeunes étudiants destinés en principe au travail missionnaire après le retour dans leur patrie. Cet engagement devait être garanti par un serment prêté par les élèves au moment de leur admission. Par le décret du 24 novembre 1625 et sur mandat du pape Urbain VIII, la Propagande rendit obligatoire cette pratique et l’élargit à l’ensemble des établissements pontificaux56. Le texte prévoyait ainsi que les postulants promettent de n’entrer dans aucun ordre religieux avant l’écoulement d’une période de trois ans après la fin de leur scolarité, de recevoir les ordres sacrés jusqu’à la prêtrise et de se vouer aux missions en se mettant à la disposition de la Propagande, des cardinaux protecteurs ou des nonces apostoliques. À cause des interprétations parfois divergentes faites de ces dispositions, Innocent X et surtout Alexandre VII précisèrent le texte de leur prédécesseur, en indiquant que l’obligation du travail missionnaire ne devait pas être suspendue même après l’entrée des anciens élèves dans les ordres et que ces derniers devaient continuer à informer régulièrement la congrégation de Propaganda Fide de leurs activités57. Dans ces conditions, les moines ruthènes se retrouvèrent au cœur d’un quiproquo institutionnel, puisque leur condition les empêchait de se soumettre aux procédures des établissements qui les accueillaient58. Dès le début des années 1660, la situation déboucha sur des frictions, notamment dans le collège de Braniewo. En juin 1661, le recteur s’adressa à Rome pour demander ce qu’il convenait de faire avec les basiliens qui refusaient de prêter serment59. Le 10 février 1663, les deux basiliens alors présents dans l’établissement furent finalement expulsés après une réponse de la Propagande indiquant que le serment s’imposait à tous et que les exemptions accordées pour les élèves du Collège grec n’étaient pas valables ailleurs60. L’épiscopat ruthène rappela à cette occasion que les moines kiéviens avaient toujours été exemptés du serment et que par ailleurs ils devaient déjà s’occuper de leur propre territoire missionnaire dans la République polono-lituanienne61. La situation fut finalement éclaircie en 1668 quand, en réponse au nonce de Pologne, le Secrétaire de la Propaganda Fide affirma qu’il ne fallait pas exiger des basiliens le serment de ne pas entrer en religion, sachant qu’ils étaient déjà membres d’un ordre, mais qu’ils devaient se soumettre au serment sur tous les autres points du texte62. Pour autant, ces ajustements ne furent pas appliqués uniformément et, en 1678, le prétexte du refus du serment était de nouveau mentionné par le recteur de Prague comme l’un des arguments de sa réticence à recevoir des élèves ruthènes63. De telles dissonances institutionnelles révèlent la faiblesse du contrôle romain sur ces institutions pontificales locales et expliquent en partie les difficultés rencontrées par les candidats basiliens64.

    Le poids des tribulations pécuniaires

    22Pour autant, malgré les incompatibilités évidentes, la principale préoccupation des boursiers originaires de la métropolie de Kiev était le manque de moyens, à la fois pour les déplacements qu’ils devaient effectuer pour leurs études et pour leur subsistance sur place, après avoir été admis dans les établissements. Les suppliques envoyées à Rome par les élèves eux-mêmes et par la hiérarchie ecclésiastique kiévienne reviennent ainsi de manière récurrente sur l’importance d’accorder aux élèves le viatique nécessaire au retour, mais également des sommes qui leur permettraient d’acheter des ouvrages nécessaires au travail pastoral. Avec la reprise des opérations militaires sur le territoire polono-lituanien dans le cadre de la grande guerre du Nord (1700-1721), cette question fit l’objet d’une négociation constante entre la Propagande et le clergé uniate ruthène. La chute des revenus de l’Église ruthène, due aux occupations et aux destructions provoquées par les différentes armées, les placèrent à nouveau dans l’impossibilité de subvenir aux besoins des étudiants envoyés à l’étranger.

    23Face à ce nouveau contexte, la Propagande rappela en 1709 que le financement du voyage de retour pour les élèves du Collège Urbain ne pouvait être accordé qu’exceptionnellement et que les élèves, ou les autorités basiliennes dans le cas des Ruthènes, devaient prévoir la prise en charge du viatique65. Le protoarchimandrite basilien exprima au nonce son accord pour financer le viatique et les habits de retour, en réduisant les dépenses vestimentaires des basiliens lituaniens, mais il souligna qu’il était impossible à l’ordre de déposer ces sommes à l’avance, au moment de l’admission des élèves, comme l’exigeait la Propagande66. Malgré ces apparents arrangements, le matricule des élèves révèlent que, dans les faits, la congrégation continua à financer les dépenses du retour au moins jusqu’en 1732, pour un montant fixe de 50 écus pour le trajet lui-même, auxquels s’ajoutaient 15 autres écus pour les habits et, enfin, 5 pour les livres et les objets dévotionnels67. Dans les années suivantes, la mention de ces sommes disparaît des notices personnelles des élèves, mais la fréquence du sujet dans les sources suggère que la pratique se poursuivit. Néanmoins, en 1738, trois élèves du Collège, parmi lesquels se trouvait le basilien Felicjan Zabłocki, déposaient une supplique auprès de la congrégation de la Propagande pour demander de réviser les sommes allouées aux boursiers68. Selon eux, le viatique attribué au moment des départs ne suffisait à financer que la moitié du voyage, alors que pour les livres et les habits on ne leur donnait pas « un seul baiocco ». De même, leurs dépenses courantes ne pouvaient être couvertes que par leurs propres moyens, car même ceux qui pouvaient compter sur l’aide familiale la recevaient généralement avec beaucoup de retard. C’est pourquoi ils devaient contracter des dettes qui ne pouvaient être remboursées que par les offrandes reçues à l’occasion des messes. Pourtant, ils ne pouvaient compter sur ces revenus ayant l’obligation de célébrer – d’après leurs dires – près de cinquante messes mensuelles gratuites pour le Collège. La Propagande réfuta ces accusations, affirmant que le service cultuel exigé des élèves était bien moins élevé et que, d’autre part, l’établissement leur fournissait déjà tout le nécessaire pour leurs besoins quotidiens, à l’exception des bonnets de nuit et de jour, qui pourraient leur être donnés s’ils le souhaitaient69 !

    24Dans les autres institutions, les questions pécuniaires furent encore plus délicates, puisque les comptes conservés dans les archives de la Propagande ne font état que des dépenses courantes, relatives au fonctionnement interne des établissements. Il est d’autant plus difficile d’évaluer la situation qu’aux plaintes des boursiers faisaient souvent écho les voix des recteurs eux-mêmes qui soulignaient régulièrement l’indigence de leurs collèges, parfois en lien avec des événements malheureux particuliers. Le Collège grec, par exemple, justifiait ses restrictions et la réduction du nombre des bourses (y compris pour les Ruthènes) par le tremblement de terre de 1659, qui l’avait privé des revenus de l’abbaye de la Sainte-Trinité de Mileto (en Calabre), mais également par la perte des rentes versées par le collège Germanicum et des biens détenus sur l’île de Candie, conquise par les Ottomans70. L’impact de cet appauvrissement se voit notamment dans le cas de Laurenty Drucki-Sokoliński – ancien élève du Collège grec issu d’une vieille famille princière –, qui dut rester à Rome près de deux ans après sa sortie de l’établissement n’ayant pu obtenir à temps l’argent nécessaire pour le retour et ne pouvant compter sur la communauté basilienne de Polack, dont il était originaire, car le monastère était alors occupé par les Russes71. Les contraintes financières ressortent également à la lecture des documents produits pour le collège d’Olomouc. En 1741, au cours de la visite des établissements pontificaux ordonnée par Benoît XIV, plusieurs élèves furent directement interrogés sur la situation du collège morave. Parmi eux, apparaissaient les deux élèves basiliens présents à cette date : Marceli Warzacki et Sylwester Artecki72. En donnant leur avis sur leur séjour, les deux moines soulignèrent de manière concordante non les difficultés que pouvait susciter leur rite par rapport au règlement, mais l’indigence des moyens financiers qui leur étaient attribués et qui, d’après leurs informations, avaient subi une réduction par rapport aux décennies précédentes. À la lecture de ces documents, malgré le caractère subjectif des déclarations produites par les différentes parties, il apparaît que les problèmes économiques restaient une caractéristique constante de ces établissements depuis le début du XVIIe siècle73. Plus encore que les imbroglios institutionnels, ce domaine constituait le principal frein au rôle que les établissements pouvaient jouer dans la formation et, par là, dans la professionnalisation du clergé oriental.

    Vers l’affirmation d’une culture cléricale originale

    25La description des difficultés et des incompréhensions auxquelles se confrontaient les basiliens ruthènes dans les divers collèges pontificaux soulève évidemment en filigrane la question du rôle joué par ces institutions dans la construction d’un modèle clérical oriental. Pour tenter d’y apporter une réponse, l’observation sérielle de ces cursus académiques permet de faire ressortir quelques tendances générales. Même si les spécificités propres des établissements et des individus concernés rendent peu opératoire la définition d’un parcours type, plusieurs éléments récurrents révèlent des évolutions indéniables par rapport à la période précédente.

    26Le premier point renvoie à la nature même de l’éducation reçue par les moines. Même dans les collèges locaux de Pologne-Lituanie (Braniewo et Vilnius), qui servaient au début du XVIIe siècle d’étape préparatoire à la poursuite des études en Occident, les boursiers reçus à partir des années 1660 étaient des élèves déjà dotés d’une première formation initiale et qui s’engageaient dans un cycle de deuxième niveau. Par exemple, à Vilnius, à quelques rares exceptions près, la très grande majorité des élèves suivait des cours de philosophie qui précédaient parfois une licence de théologie. À Braniewo, les données sont plus lacunaires, mais elles font apparaître une prédominance des cours de théologie morale. Dans l’espace habsbourgeois, à Olomouc et à Prague, les enseignements suivis par les clercs ruthènes étaient largement dominés par la théologie, précédés pour certains par la logique ou la physique. À Rome même, le Collège grec Saint-Athanase montrait un éventail plus large avec davantage d’individus engagés dans les classes de logique avant de parvenir à leur tour à la théologie. En revanche, le Collège Urbain était presque exclusivement consacré à la théologie, s’imposant pour les Ruthènes comme un établissement de dernier niveau où venaient s’achever des parcours académiques déjà avancés74.

    27Les changements dans le niveau de formation auquel accédaient les candidats basiliens confirment indirectement les succès des noviciats et plus généralement des établissements basiliens, qui, dès la seconde moitié du XVIIe siècle, se montraient capables de doter leurs élèves des connaissances nécessaires à la poursuite des études dans les collèges du monde latin. Cette évolution s’accompagnait d’une autre tendance avec l’allongement du temps passé dans les collèges. Dans celui de Braniewo, la durée habituelle du séjour semble ainsi évoluer de deux à trois ans au début du XVIIe siècle vers quatre à cinq ans à partir des années 1690, avec parfois des exceptions comme celle du futur protoarchimandrite de l’ordre Antoni Tomiłowicz resté sept ans dans l’établissement entre 1704 et 1711. Ailleurs, la même tendance se fait jour, notamment dans les collèges romains qui gardaient le plus longtemps les élèves kiéviens, pour des durées pouvant aller jusqu’à neuf ans, à l’image du séjour d’un autre futur protoarchimandrite, Bazyli Polatyło, au Collège Urbain dans les années 1714-1723. La particularité du cas romain s’explique d’ailleurs par les requêtes de la hiérarchie kiévienne elle-même, puisque, dès 1662, Jakub Susza demandait à la Propagande de veiller à ce que les élèves ne puissent partir des établissements avant d’avoir achevé les études de théologie, sauf cas impératifs liés à une mauvaise santé75.

    28En dehors du contenu même des cours, les collèges conféraient aux basiliens des diplômes qui participaient au prestige de l’ensemble de l’ordre, en inscrivant ses membres dans un système académique commun, qui était parfaitement reconnu par le clergé et les élites lettrées de rite latin. Cet élément est d’autant plus saillant que, dans la première partie du XVIIe siècle, l’obtention de titres universitaires par les moines ruthènes relevait de l’exception. Toutefois, la collation des grades aux élèves kiéviens était une pratique qui ne concernait que quelques établissements. À Vilnius, les boursiers recevaient ainsi – dans leur grande majorité – le baccalauréat et la maîtrise de philosophie, alors que les doctorats de théologie étaient généralement soutenus au Collège grec, dans les années 1670-1700, puis au Collège Urbain, surtout dans les années 1680-1690 et 1710-172076. Entre 1660 et 1741, les deux établissements romains délivrèrent au total 14 doctorats pour le Collège grec et 10 pour le collège de la Propagande, soit respectivement à plus d’un boursier sur quatre pour le premier et à plus d’un élève ruthène sur deux pour le second. À la même époque, le collège de Vilnius avait validé l’obtention de près de 45 baccalauréats et maîtrises, correspondant à près de quatre cinquièmes de tous les boursiers basiliens. En d’autres termes, pour les moines uniates kiéviens qui avaient pu fréquenter les établissements pontificaux, un peu moins du tiers revenaient chez eux avec un grade universitaire, et près d’un boursier sur dix y avait obtenu le doctorat. Une telle formalisation permettait par ailleurs de rapprocher les parcours académiques des basiliens des usages imposés au clergé de rite latin, pour lequel un grade universitaire s’imposait comme une exigence de plus en plus commune pour mener une carrière réussie77.

    29L’engagement dans ces études plus longues et de niveau plus élevé s’accompagnait d’une évolution dans l’âge des boursiers dont la plupart avait dépassé leur vingtième anniversaire depuis plusieurs années, y compris à Braniewo où, au début du XVIIe siècle, il était fréquent de rencontrer des basiliens âgés de 18-19 ans78. Ce relatif vieillissement des candidats explique le fait que le début de leurs carrières ecclésiastiques se déroulait fréquemment à l’étranger, en particulier à Rome, où ils étaient amenés à recevoir les ordres majeurs jusqu’à la prêtrise, en accord avec le serment imposé aux boursiers des collèges pontificaux. De telles transformations participaient à façonner une nouvelle culture cléricale qui imprégnait progressivement l’élite du monachisme uniate ruthène. En effet, la formation, dans un environnement latin et tournée explicitement vers le travail missionnaire, réorienta la tradition monastique byzantine marquée par l’hésychasme vers un engagement pastoral sur le modèle des ordres occidentaux de l’époque moderne.

    30Aux côtés d’un cadre disciplinaire particulier, les basiliens ruthènes éduqués dans les collèges rapportaient avec eux des modes culturelles qui devenaient une source de dissonances avec les usages locaux. Une remarque laissée par l’auditeur de la métropolie de Kiev, Piotr Kamiński, apporte un éclairage original sur le sujet. Très critique à l’égard de certains comportements de ses coreligionnaires basiliens, Kamiński notait dans une longue lettre que, de retour en Lituanie, plusieurs anciens élèves romains exigeaient d’être désignés avec le titre de « Don » à la manière latine et menaient dans les réfectoires des disputes directement en italien79. Il est vrai que la position de l’auteur était loin d’être impartiale, car il avait lui-même fréquenté les collèges de Prague et de Rome dans les années 1669-1671, mais y avait à chaque fois fait preuve d’insoumission, en quittant la capitale de la Bohême sans en avertir le métropolite, puis en étant expulsé du Collège grec pour cause de scandale80. Pour autant, son propre parcours sinueux peut apparaître comme le témoignage indirect des disparités qui existaient entre les modèles disciplinaires romains et les anciens usages qui se maintenaient encore dans la métropole de Kiev, dont il se voulait le défenseur81. Le constat de Kamiński se retrouve d’ailleurs dans d’autres documents. Le rapport écrit en 1707 par le recteur théatin du collège pontifical de L’viv, Stefano Trombetti, insistait par exemple sur les différences entre les moines ruthènes de sa région, qui venaient très récemment de rallier l’Union, et les basiliens de Lituanie, qui « ne portaient plus l’ancien habit monastique, se promenaient sans la barbe avec une veste à la manière des [clercs] séculiers, avaient des fils de soie sur leurs manches et des chaussures à boucles […]82 ». Cette différence vestimentaire s’ajoutait, d’après le religieux latin, à des disparités disciplinaires, puisque les moines de L’viv ne mangeaient jamais la viande en accord avec la tradition orientale, alors que celle-ci était consommée par les moines uniates de Lituanie.

    31Les aspects décrits par Kamiński, qui traduisaient selon lui une forme de déviance face aux traditions ruthènes, étaient pourtant l’un des éléments structurants dans les carrières des anciens boursiers basiliens. D’une manière générale, les collèges pontificaux restaient l’une des voies privilégiées pour l’accès aux hautes charges de l’Église uniate ruthène, qu’il s’agisse des métropolites, des évêques et de leurs proches collaborateurs ou des autorités de l’ordre basilien lui-même, recrutées très majoritairement parmi les anciens étudiants de ces établissements83. Leur connaissance des réseaux latins et leur familiarité avec les procédures romaines constituaient non seulement une réponse face aux normes promues par la Réforme catholique, mais aussi un atout pratique capable de garantir le fonctionnement institutionnel des différentes instances du clergé ruthène, fondé sur des échanges fréquents avec la curie.

    32Toutefois, le nombre réduit de charges ecclésiastiques disponibles et l’influence des jeux de pouvoirs propres aux structures socio-politiques de la République polono-lituanienne plaçaient l’excellence académique au rang de facteur important, certes, mais non suffisant pour garantir une carrière brillante aux basiliens formés à l’étranger. Dès les années 1690, l’évêque uniate de Chełm, Augustyn Lodziata, se plaignait auprès de la Propagande que les boursiers qui avaient été reçus au Collège Urbain sur les deux bourses spécialement réservées pour son diocèse avaient fait le choix de travailler dans d’autres territoires, alors même qu’il manquait d’hommes compétents à ses côtés84. Ces deux prêtres basiliens, reçus en 1687 (Antoni Żołkiewski et Leon Kiszka), avaient préféré se rendre dans la grande-principauté de Lituanie où les monastères uniates étaient bien mieux implantés et offraient davantage de possibilités aux nouvelles recrues. Chacun des deux anciens étudiants romains connut une ascension heureuse, puisque Żołkiewski obtint en 1697 la charge d’évêque de Pinsk-Turaw et que Kiszka, après avoir enseigné plusieurs années dans l’établissement basilien de Volodymyr, devint de son côté en 1700 le nouveau protoarchimandrite de l’ordre, avant d’être nommé métropolite de Kiev en 1714. Cependant, d’autres anciens étudiants connurent des succès plus mitigés malgré les soutiens familiaux dont ils bénéficièrent. Tel fut le cas d’Augustyn Lubieniecki, né en 1681 et boursier pendant trois ans au Collège Urbain entre 1706 et 1709. Après son retour, il exerça les fonctions de professeur à l’école monastique de Žyrovičy, puis celles de maître des novices à Bycen’. Quelques années plus tard, il devint le supérieur du monastère basilien de Vicebsk, fondé en 1682 par son propre oncle, Jan Kisiel, et fut promu à la charge de vicaire général de l’archevêché de Polack85. Par conséquent, plus que d’assurer les succès individuels, le réseau éducatif des collèges pontificaux dotait l’ordre basilien d’un vivier destiné à consolider l’ancrage institutionnel de la métropolie uniate de Kiev et à lui conférer une place reconnue dans les hiérarchies savantes du catholicisme moderne.

     

    33En 1741, les rapports rédigés à l’occasion de la visite pastorale des collèges pontificaux présentèrent un tableau peu reluisant de plusieurs établissements qui accueillaient les Ruthènes86. Non seulement les fruits de leur travail étaient bien plus modestes que ceux attendus par la papauté, mais leur fonctionnement même révélait plusieurs irrégularités. Le nombre d’élèves réellement présents était souvent inférieur à celui indiqué dans les bulles de fondation, seule une partie des nations mentionnées étaient représentées parmi les boursiers, les archives étaient souvent incomplètes voire inexistantes, etc. La fermeture de trois de ces collèges (Olomouc, Prague et Vienne) à la suite de l’enquête semble confirmer le constat des nombreuses défaillances observées dans les rapports entre les recteurs jésuites et les élèves basiliens. Ce désaveu pontifical corroborait en apparence la nature fragile du modèle éducatif hétérogène employé par les basiliens. En effet, non seulement le nombre total des bourses avait reculé par rapport aux dispositions initiales, mais encore les difficultés organisationnelles nées des spécificités rituelles et statutaires des élèves ruthènes restaient encore en place au XVIIIe siècle, sans jamais faire l’objet d’une solution viable.

    34Pourtant, malgré l’incontestable inertie des tendances apparues dès le début du XVIIe siècle, l’éducation des élites basiliennes montrait des signes d’une lente amélioration qui entraînait d’autres évolutions à l’échelle locale. Derrière l’italianisation critiquée par certains contemporains, l’ordre uniate engageait une transformation qualitative de ses propres structures éducatives, qui devinrent beaucoup plus nombreuses dans la seconde moitié du XVIIIe siècle87. De cette manière, malgré un nombre de places relativement modeste et les obstacles récurrents rencontrés par les élèves basiliens dans les collèges pontificaux tenus par les Latins, ce système hybride assura son efficacité par un phénomène d’accumulation. Vers les années 1720, à la veille du synode réformateur de Zamość, les basiliens disposaient déjà d’un nombre suffisant de moines bien formés pour non seulement occuper les charges de premier rang, mais également doter les administrations ecclésiastiques d’un personnel de meilleur qualité et, surtout, développer un réseau d’établissements éducatifs sur le territoire même de la métropolie de Kiev.

    35Une telle évolution se fit au prix d’une redéfinition de la tradition monastique kiévienne marquée par l’héritage byzantin, puisque les moines requalifiés en « réguliers » basiliens adoptaient désormais la figure du « bon pasteur », délaissant l’habit d’ascète ou le travail savant du théologien au profit d’une mission d’élévation morale et d’éducation des fidèles. Malgré cette influence évidente des modèles disciplinaires post-tridentins, la construction d’un catholicisme ruthène produisit des résultats singuliers et, parfois, inattendus. En effet, tout en façonnant un esprit de corps grâce à des normes et des structures mieux définies, les transformations culturelles de l’ordre basilien favorisèrent son intégration dans un espace profane, commun à l’ensemble des élites socio-politiques de la République nobiliaire. Ainsi, la professionnalisation croissante des moines uniates ruthènes en fit indirectement des acteurs de la vie publique et, à terme, lia intimement leur destin aux évolutions politiques de l’État polono-lituanien.

    Notes de bas de page

    1Sur le contexte de cet événement voir la bibliographie présentée dans Andrzej Gil et Ihor Skoczylas, Kościoły wschodnie w państwie polsko-litewskim w procesie przemian i adaptacji : metropolia kijowska w latach 1458-1795 [Les Églises orientales dans l’État polono-lituanien, en voie de transformation et d’adaptation : la métropole de Kiev dans les années 1458-1795], Lublin, IEŚW, 2014 et Laurent Tatarenko, Une réforme orientale à l’âge baroque. Les Ruthènes de la grande-principauté de Lituanie et Rome au temps de l’Union de Brest (milieu du XVIe – milieu du XVIIe siècle), Rome, École française de Rome, 2021.

    2Dmytro Blažejovskyj, Ukrainian and Armenian Pontifical Seminaries of Lviv (1665-1784), Rome, PP. Basiliani, 1975, p. 36-72 (avant de se concentrer sur le cas de L’viv, le livre présente un survol des autres institutions éducatives qui accueillaient les élèves ruthènes de la métropolie de Kiev) ; L. Tatarenko, Une réforme orientale, op. cit., p. 383-400. Le cas des collèges de Bohême et du territoire des Habsbourg fut toutefois analysé sur le temps long dans Antonín Florovský, Čeští jezuité na Rusi. Jezuitské provincie a slovanský východ [Les jésuites tchèques en Russie. Les provinces jésuites et l’Orient slave], Prague, Vyšehrad, 1941. De même, les collèges de Braniewo et de Vilnius firent l’objet de quelques travaux récents : Pavlo Bardovskyi, « Bazylianie wśród studentów braniewskich w XVII-XVIII wieku [Les basiliens parmi les étudiants de Braniewo aux XVIIe-XVIIIe siècles] », Studia Elbląskie, no 22, 2021, p. 127-160 ; Artūras Grickevičius, Vilniškė popiežiškoji seminarija 1583-1655 metais [Le séminaire pontifical de Vilnius dans les années 1583-1655], Vilnius, Vilniaus pedagoginio universiteto leidykla, 2008. Enfin, le Collège grec Saint-Athanase donna lieu à plusieurs études : Zacharias N. Tsirpanlis, « Gli alunni del Collegio Greco di Roma (1576-1700) : dati statistici e constatazioni generali », dans Antonis Fyrigos (dir.), Il Collegio Greco di Roma : ricerche sugli alunni, la direzione, l’attività, Rome, Pontificio Collegio Greco S. Atanasio, 1983, p. 1-21 ; Jan Krajcar, « The Greek College under the Jesuits for the First Time (1591-1604) », Orientalia Christiana Periodica, t. 31, 1965, p. 85-118 ; Id., « The Greek College in the Years of Unrest (1604-1630) », Orientalia Christiana Periodica, t. 32, 1966, p. 5-38.

    3L’histoire de l’Église ruthène à cette période est présentée dans Ioannes Praszko, De Ecclesia Ruthena Catholica : sede metropolitana vacante 1655-1665, Rome, Typographia Augustiniana, 1944.

    4Dmytro Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students in Pontifical Colleges, and in Seminaries, Universities, and Institutes of Central and Western Europe (1576-1983), Rome, PP. Basiliani, 1984, p. 83-84, p. 118.

    5Theodosius Haluščynskyj et Athanasius Welykyj (dir.), Epistolae Metropolitarum [= EM], Rome, PP. Basiliani, t. 1, 1956, no 69, p. 170-171 ; L. Tatarenko, Une réforme orientale, op. cit., p. 386-387. Sur l’histoire des origines et des premières années de ces institutions, voir Oskar Garstein, Rome and the Counter-Reformation in Scandinavia: Jesuit Educational Strategy, 1553-1622, Leyde – New York, Brill, 1992, p. 175-265.

    6De manière à la fois irrégulière et ponctuelle, des clercs ruthènes étaient parfois accueillis dans les collèges jésuites de Pologne-Lituanie, en particulier à Pułtusk, Kalisz, Njas’viž, ou Przemyśl (Maria Pidłypczak-Majerowicz, Bazylianie w Koronie i na Litwie. Szkoły i książki w działalności zakonu [Les basiliens dans la Couronne et en Lituanie. Les écoles et les livres dans l’activité de l’ordre], Wrocław, Państwowe Wydawnictwo Naukowe, 1986, p. 31). Toutefois, la présence des basiliens dans ces établissements relève de l’exception.

    7Andreas Šeptyckyj (dir.), Monumenta Ucrainae Historica [= MUH], t. 3, Rome, Editiones universitatis catholicae Ucrainorum, 1964, no 99, p. 188. Ces demandes furent par la suite relayées par le procureur basilien à Rome Pachomiusz Ohilewicz. Cf. Athanasius Welykyj (dir.), Supplicationes Ecclesiae Unitae Ucrainae et Bielarusjae [= SEU], t. 1, Rome, PP. Basiliani, 1960, no 310, p. 220-221.

    8Athanasius Welykyj (dir.), Documenta Pontificum Romanorum Historiam Ucrainae illustrantia [= DPR], Rome, PP. Basiliani, t. 1, 1953, no 252, p. 356-357.

    9EM, t. 1, no 69, p. 170.

    10Athanasius Welykyj (dir.), Litterae S. Congregationis de Propaganda Fide Ecclesiam Catholicam Ucrainae et Bielarusjae spectantes [= LSCPF], Rome, PP. Basiliani, t. 1, 1954, no 35, p. 29-30.

    11LSCPF, t. 1, no 165-166, p. 105-106. D. Blažejovskyj, Ukrainian and Armenian, op. cit., p. 56.

    12Athanasius Welykyj (dir.), Acta S. Congregationis de Propaganda Fide Ecclesiam Catholicam Ucrainae et Bielarusjae spectantia [= ASCPF], Rome, PP. Basiliani, t. 1, 1953, no 523, p. 313.

    13LSCPF, t. 1, no 443, p. 296, no 452, p. 300-301.

    14D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, op. cit., p. 81, p. 160 ; ASCPF, t. 2, no 558, p. 10. Durant quelques années, l’épiscopat kiévien tenta encore sans succès d’obtenir de nouvelles admissions dans l’établissement viennois (SEU, t. 1, no 337, p. 242).

    15ASCPF, t. 1, no 518, p. 305.

    16Athanasius Welykyj (dir.), Litterae Episcoporum Historiam Ucrainae illustrantes [= LE], Rome, PP. Basiliani, t. 3, 1974, no 134-137, p. 205-209. Entre autres arguments, Susza présenta des preuves écrites qui montraient que les deux places devaient être financées grâce à une fondation particulière du cardinal Antonio Barberini (D. Blažejovskyj, Ukrainian and Armenian, op. cit., p. 45-46).

    17MUH, t. 3, no 81, p. 156 ; LE, t. 3, no 10, p. 25.

    18Laurent Tatarenko, « I Ruteni a Roma : i monaci basiliani della chiesa dei Santi Sergio e Bacco (secoli XVII-XVIII) », dans Antal Molnár, Giovanni Pizzorusso et Matteo Sanfilippo (dir.), Chiese e nationes a Roma sotto il potere dei papi : dalla Scandinavia ai Balcani (secoli XV-XVIII), Rome, Viella, 2017, p. 139-141.

    19Athanasius Welykyj (dir.), Litterae Basilianorum Historiam Ucrainae illustrantes [= LB], Rome, PP. Basiliani, t. 1, 1979, no 66, p. 131-132.

    20Voir D. Blažejovskyj, Ukrainian and Armenian, op. cit.

    21Ibid., p. 249.

    22En 1741, à la suite de la visite pastorale effectuée cette même année, Rome décida de supprimer plusieurs collèges pontificaux, situés dans les territoires des Habsbourg.

    23Établi à partir de D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, passim ; Henryk Litwin, « Katalog alumnów seminarium papieskiego w Wilnie 1582–1798, cz. 2 [Catalogue des boursiers du séminaire pontifical de Vilnius, 1582-1798, partie 2] », Przegląd Wschodni, t. 9-2, 2004, p. 301-378 ; Archivio Storico « de Propaganda Fide » [= APF], Scriture originali riferite nelle Congregazioni generali [= SOCG], vol. 378.

    24Voir Meletius Wojnar, « Basilian seminaries, colleges and schools (XVII-XVIII) », Analecta Ordinis Sancti Basilii Magni [= AOSBM], t. 9, 1979, p. 48-63 ; M. Pidłypczak-Majerowicz, op. cit.

    25Voir ci-dessus n. 22.

    26Ce titre formé à partir de l’appellation des supérieurs des grands monastères orientaux (archimandrites) désignait le supérieur de l’ordre basilien, équivalent aux généraux des ordres latins.

    27ASCPF, t. 2, no 641, p. 84.

    28Нарис історії Васильянського чину Святого Йосафата [Esquisse de l’histoire de l’ordre basilien de saint Jozafat], Rome, Видавництво ОО. Василіян, 1992, p. 140-159 ; I. Praszko, op. cit., p. 159-183.

    29D. Blažejovskyj, Ukrainian and Armenian, op. cit., p. 69.

    30Sur ce personnage voir Athanasius Pekar, Tribute to bishop Joseph de Camillis, OSBM (1641-1706), AOSBM, t. 12, 1985, p. 374-418.

    31MUH, t. 12, no 398, p. 536.

    32D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, op. cit., p. 58, p. 118-119. Mateusz, lui, fut higoumène du monastère basilien de la Vraie-Croix à Bučač dans les années 1719-1725.

    33EM, t. 3, no 25, p. 48. Sur l’histoire du diocèse de L’viv et son adhésion à l’Union voir Ігор Скочиляс, Галицька (львівська) єпархія XII-XVIII ст. [Le diocèse de Halyč (L’viv), XIIe-XVIIIe siècle], L’viv, УКУ, 2010. Gedeon avait à son tour rallié l’Union à la suite des actions du métropolite Cyprian Żochowski (Dorota Wereda, Biskupi unickiej metropolii kijowskiej w XVIII wieku [Les évêques uniates de la métropolie de Kiev au XVIIIe siècle], Siedlce – Lublin, Wydawnictwo Werset, 2013, p. 37.

    34Voir Wioletta Zielecka-Mikołajczyk, Gdzie Wschód spotkał się z Zachodem. Dzieje i organizacja unickiej diecezji przemysko-samborskiej w latach 1596-1772 [Où l’Orient rencontra l’Occident. Histoire et organisation du diocèse uniate de Przemyśl-Sambir dans les années 1596-1772], Toruń, UMK, 2021.

    35MUH, t. 12, no 422, p. 558-559.

    36Athanasius Welykyj (dir.), Audientiae Sanctissimi de rebus Ucrainae et Bielarusjae, Rome, PP. Basiliani, t. 1, 1963, no 72, p. 99-101.

    37Il était le fils de Piotr, frère aîné de l’évêque, né d’un second mariage (W. Zielecka-Mikołajczyk, op. cit., p. 188).

    38H. Litwin, op. cit., p. 307.

    39LE, t. 4, no 146, p. 182-183. En attendant son retour, il fut accueilli par le procureur basilien à l’hospice Saints-Serge-et-Bacchus.

    40EM, t. 3, no 7, p. 231-232.

    41LSCPF, t. 3, no 989, p. 11. Antoni Winnicki y fut admis la même année (D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, op. cit., p. 119).

    42LE, t. 4, no 162, p. 202-203 ; ASCPF, t. 3, no 934, p. 105.

    43Une synthèse sur les activités de l’institution est présentée dans Giovanni Pizzorusso, « I satelliti di Propaganda Fide: il Collegio Urbano e la tipografia poliglotta », Mélanges de l’École française de Rome. Italie et Méditerranée modernes et contemporaines, t. 116-2, 2004, p. 471-498.

    44En particulier : APF, SOCG, vol. 367 (Braniewo), vol. 378 (Vilnius) ; APF, Scritture riferite nei congressi [= SC], Ser. II, Collegi Vari, vol. 66 (Vilnius), Miscellanea XII (Olomouc).

    45La liste des élèves pour cette période est publiée dans Antonios Fyrigos, « Catologo chronologico degli alunni e dei convittori del Pontificio Collegio Greco in Roma (1701-1803) », dans A. Fyrigos (dir.), op. cit., p. 23-77.

    46Cette diversité qui s’éloignait des desseins originels du collège fut dénoncée par l’évêque ordinant pour le rite grec Filoteo Zassi (Cesare Santus, « Tra la chiesa di Sant’Atanasio e il Sant’Uffizio: note sulla presenza greca a Roma in età moderna », dans A. Molnár, G. Pizzorusso, M. Sanfilippo [dir.], Chiese e nationes a Roma, op. cit., p. 195-196).

    47À Braniewo, les basiliens disposaient d’un espace réservé (Rafał Zielonka, « Losy studentów alumnatu papieskiego w Braniewie w XVI i XVII wieku [Le sort des étudiants du collège pontifical de Braniewo aux XVIe et XVIIe siècles] », Komunikaty Mazursko-Warmińskie, no 297, 2017, p. 422).

    48EM, t. 2, no 51, p. 271.

    49Ibid., no 69, p. 293.

    50EM, t. 2, no 51, p. 272.

    51Archivio della Congregazione per la Dottrina della Fede, St. St., QQ 2-a, Fasc. XLI, fo 391 ro.

    52La copie du règlement avait été insérée dans le petit recueil manuscrit préparé à l’occasion de la visite de l’établissement en 1741 (APF, SC, Ser. II, Visite e Collegi, vol. 41, fo 155 vo). Cette remarque révèle toutefois que les moines conservaient les habits de leur ordre durant leur scolarité et se distinguaient ainsi des autres étudiants.

    53MUH, t. 12, no 39, p. 44. Finalement, Żochowski put recevoir la prêtrise le 29 avril 1663 (D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, op. cit., p. 84). Il fut probablement ordonné par Makarios Mammonas, archevêque de Paros et Naxos, qui résidait à Naples (Marco Foscolos, « I vescovi ordinanti per il rito greco a Roma », dans A. Fyrigos [dir.], op. cit., p. 294).

    54Voir C. Santus, op. cit., p. 202-203.

    55D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, op. cit., p. 84-86.

    56D. Blažejovskyj, Ukrainian and Armenian, op. cit., p. 98. Collectanea S. Congregationis de Propaganda Fide Seu decreta instructiones rescripta pro apostolicis missionibus, Rome, Typographia polyglotta, 1907, vol. 1, no 19, p. 9.

    57Aloysius Tomassetti (dir.), Bullarum diplomatum et priuilegiorum Sanctorum Romanorum Pontificum Taurensis editio, Turin, A. Vecco et socii, t. 16, 1869, no 305, p. 587-591.

    58Toutefois, les basiliens kiéviens n’étaient pas les seuls à se retrouver dans une telle position, puisque les collèges établis sur le territoire des Habsbourg connaissaient une autre exception avec l’ordre de chanoines réguliers de Saint-Paul-Premier-Ermite qui avaient obtenu notamment trois places au collège d’Olomouc et dont les membres, généralement originaires de Hongrie ou de Croatie, s’y retrouvaient aux côtés des basiliens.

    59APF, SOCG, vol. 367, fo 41 ro, fo 71 ro.

    60MUH, t. 3, no 99, p. 188.

    61MUH, t. 12, no 81, p. 105.

    62ASCPF, t. 2, no 560, p. 11-12.

    63Ibid., no 619, p. 69.

    64D. Blažejovskyj, Ukrainian and Armenian, op. cit., p. 96-97.

    65LSCPF, t. 2, no 964, p. 298.

    66ASCPF, t. 3, no 924, p. 95-96.

    67Dmytro Blažejovskyj, « Ukrainian and Bielorussian students in the Pontificio Collegio Urbano de Propaganda Fide (1627-1846) », AOSBM, t. 9, 1979, p. 202-222.

    68SEU, t. 2, no 831, p. 300-301.

    69Ibid., no 832, p. 301-302.

    70SEU, t. 1, p. 328.

    71SEU, t. 2, no 466, p. 33 ; ASCPF, t. 2, no 825, p. 288. Voir aussi D. Wereda, op. cit., p. 41.

    72APF, SC, Ser. II, Visite e Collegi, vol. 43, fo 232-18 ro – 232-19 vo.

    73L. Tatarenko, Une réforme orientale, op. cit., p. 388-390.

    74Pour un aperçu synthétique, voir les tableaux présentés dans D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, passim.

    75MUH, t. 3, no 81, p. 155.

    76Voir D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, passim.

    77Toutefois, il s’agissait d’une rhétorique volontairement déployée par le clergé ruthène en direction des autorités romaines et de l’Église latine dans son ensemble puisque, comme le rappelle Dorota Wereda, encore au XVIIIe siècle, certains moines ruthènes parvenaient à obtenir des charges aussi élevées que l’épiscopat sans avoir suivi de formation dans les collèges et encore moins obtenu de grade universitaire (D. Wereda, op. cit., p. 47).

    78Ibid., p. 54-55.

    79Василь Щурат (éd.), В обороні Потієвої унії. Письмо о. Петра Камінського Ч. С. В. В., авдітора гр. кат. митрополії 1685 р. [Pour la défense de l’Union de Pociej. La lettre du P. Piotr Kamiński, AOSBM, auditeur de la métropolie gréco-catholique, de 1685], L’viv, Власна Допомога, 1929, p. 81-82.

    80EM, t. 2, no 79, p. 301.

    81La position de Piotr Kamiński peut être d’autant plus éclairante que, contrairement aux pratiques qui commençaient à s’imposer pour les boursiers basiliens de cette période, il semble avoir été expédié à Prague sans avoir achevé une première formation dans les institutions de l’ordre. Arrivé au collège pontifical à l’âge de 19 ans il y fut reçu dans les cours de rhétorique (D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, op. cit., p. 120).

    82MUH, t. 5, no 32, p. 51.

    83Voir par exemple l’étude prosopographique consacrée à l’épiscopat uniate du XVIIIe siècle : D. Wereda, op. cit.

    84LE, t. 3, no 210, p. 328-329 ; LE, t. 4, no 4, p. 6-7.

    85LB, t. 1, no 161, p. 256-257.

    86Voir APF, SC, Ser. II, Visite e Collegi, vol. 41-43.

    87Si au début du siècle, l’ordre ne possédait que deux écoles secondaires à Volodymyr et à Žyrovičy, à partir de la fin des années 1740, il reçut plusieurs nouvelles fondations notamment dans les zones méridionales de la métropolie et, vers 1770, il administrait déjà une dizaine de collèges avec près 2 000 élèves clercs et laïcs (voir M. Wojnar, op. cit., p. 59-61). Après la suppression de la Compagnie de Jésus, les moines ruthènes purent récupérer également plusieurs collèges jésuites. Dans les années 1780-1790, les différents établissements de l’ordre accueillaient près de 3 000 étudiants sous l’autorité d’une centaine de professeurs (Нарис…, op. cit., p. 243-244).

    Auteur

    • Laurent Tatarenko

      CCFEF, Université de Varsovie / CNRS (IHMC - UMR 8066)

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    1Sur le contexte de cet événement voir la bibliographie présentée dans Andrzej Gil et Ihor Skoczylas, Kościoły wschodnie w państwie polsko-litewskim w procesie przemian i adaptacji : metropolia kijowska w latach 1458-1795 [Les Églises orientales dans l’État polono-lituanien, en voie de transformation et d’adaptation : la métropole de Kiev dans les années 1458-1795], Lublin, IEŚW, 2014 et Laurent Tatarenko, Une réforme orientale à l’âge baroque. Les Ruthènes de la grande-principauté de Lituanie et Rome au temps de l’Union de Brest (milieu du XVIe – milieu du XVIIe siècle), Rome, École française de Rome, 2021.

    2Dmytro Blažejovskyj, Ukrainian and Armenian Pontifical Seminaries of Lviv (1665-1784), Rome, PP. Basiliani, 1975, p. 36-72 (avant de se concentrer sur le cas de L’viv, le livre présente un survol des autres institutions éducatives qui accueillaient les élèves ruthènes de la métropolie de Kiev) ; L. Tatarenko, Une réforme orientale, op. cit., p. 383-400. Le cas des collèges de Bohême et du territoire des Habsbourg fut toutefois analysé sur le temps long dans Antonín Florovský, Čeští jezuité na Rusi. Jezuitské provincie a slovanský východ [Les jésuites tchèques en Russie. Les provinces jésuites et l’Orient slave], Prague, Vyšehrad, 1941. De même, les collèges de Braniewo et de Vilnius firent l’objet de quelques travaux récents : Pavlo Bardovskyi, « Bazylianie wśród studentów braniewskich w XVII-XVIII wieku [Les basiliens parmi les étudiants de Braniewo aux XVIIe-XVIIIe siècles] », Studia Elbląskie, no 22, 2021, p. 127-160 ; Artūras Grickevičius, Vilniškė popiežiškoji seminarija 1583-1655 metais [Le séminaire pontifical de Vilnius dans les années 1583-1655], Vilnius, Vilniaus pedagoginio universiteto leidykla, 2008. Enfin, le Collège grec Saint-Athanase donna lieu à plusieurs études : Zacharias N. Tsirpanlis, « Gli alunni del Collegio Greco di Roma (1576-1700) : dati statistici e constatazioni generali », dans Antonis Fyrigos (dir.), Il Collegio Greco di Roma : ricerche sugli alunni, la direzione, l’attività, Rome, Pontificio Collegio Greco S. Atanasio, 1983, p. 1-21 ; Jan Krajcar, « The Greek College under the Jesuits for the First Time (1591-1604) », Orientalia Christiana Periodica, t. 31, 1965, p. 85-118 ; Id., « The Greek College in the Years of Unrest (1604-1630) », Orientalia Christiana Periodica, t. 32, 1966, p. 5-38.

    3L’histoire de l’Église ruthène à cette période est présentée dans Ioannes Praszko, De Ecclesia Ruthena Catholica : sede metropolitana vacante 1655-1665, Rome, Typographia Augustiniana, 1944.

    4Dmytro Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students in Pontifical Colleges, and in Seminaries, Universities, and Institutes of Central and Western Europe (1576-1983), Rome, PP. Basiliani, 1984, p. 83-84, p. 118.

    5Theodosius Haluščynskyj et Athanasius Welykyj (dir.), Epistolae Metropolitarum [= EM], Rome, PP. Basiliani, t. 1, 1956, no 69, p. 170-171 ; L. Tatarenko, Une réforme orientale, op. cit., p. 386-387. Sur l’histoire des origines et des premières années de ces institutions, voir Oskar Garstein, Rome and the Counter-Reformation in Scandinavia: Jesuit Educational Strategy, 1553-1622, Leyde – New York, Brill, 1992, p. 175-265.

    6De manière à la fois irrégulière et ponctuelle, des clercs ruthènes étaient parfois accueillis dans les collèges jésuites de Pologne-Lituanie, en particulier à Pułtusk, Kalisz, Njas’viž, ou Przemyśl (Maria Pidłypczak-Majerowicz, Bazylianie w Koronie i na Litwie. Szkoły i książki w działalności zakonu [Les basiliens dans la Couronne et en Lituanie. Les écoles et les livres dans l’activité de l’ordre], Wrocław, Państwowe Wydawnictwo Naukowe, 1986, p. 31). Toutefois, la présence des basiliens dans ces établissements relève de l’exception.

    7Andreas Šeptyckyj (dir.), Monumenta Ucrainae Historica [= MUH], t. 3, Rome, Editiones universitatis catholicae Ucrainorum, 1964, no 99, p. 188. Ces demandes furent par la suite relayées par le procureur basilien à Rome Pachomiusz Ohilewicz. Cf. Athanasius Welykyj (dir.), Supplicationes Ecclesiae Unitae Ucrainae et Bielarusjae [= SEU], t. 1, Rome, PP. Basiliani, 1960, no 310, p. 220-221.

    8Athanasius Welykyj (dir.), Documenta Pontificum Romanorum Historiam Ucrainae illustrantia [= DPR], Rome, PP. Basiliani, t. 1, 1953, no 252, p. 356-357.

    9EM, t. 1, no 69, p. 170.

    10Athanasius Welykyj (dir.), Litterae S. Congregationis de Propaganda Fide Ecclesiam Catholicam Ucrainae et Bielarusjae spectantes [= LSCPF], Rome, PP. Basiliani, t. 1, 1954, no 35, p. 29-30.

    11LSCPF, t. 1, no 165-166, p. 105-106. D. Blažejovskyj, Ukrainian and Armenian, op. cit., p. 56.

    12Athanasius Welykyj (dir.), Acta S. Congregationis de Propaganda Fide Ecclesiam Catholicam Ucrainae et Bielarusjae spectantia [= ASCPF], Rome, PP. Basiliani, t. 1, 1953, no 523, p. 313.

    13LSCPF, t. 1, no 443, p. 296, no 452, p. 300-301.

    14D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, op. cit., p. 81, p. 160 ; ASCPF, t. 2, no 558, p. 10. Durant quelques années, l’épiscopat kiévien tenta encore sans succès d’obtenir de nouvelles admissions dans l’établissement viennois (SEU, t. 1, no 337, p. 242).

    15ASCPF, t. 1, no 518, p. 305.

    16Athanasius Welykyj (dir.), Litterae Episcoporum Historiam Ucrainae illustrantes [= LE], Rome, PP. Basiliani, t. 3, 1974, no 134-137, p. 205-209. Entre autres arguments, Susza présenta des preuves écrites qui montraient que les deux places devaient être financées grâce à une fondation particulière du cardinal Antonio Barberini (D. Blažejovskyj, Ukrainian and Armenian, op. cit., p. 45-46).

    17MUH, t. 3, no 81, p. 156 ; LE, t. 3, no 10, p. 25.

    18Laurent Tatarenko, « I Ruteni a Roma : i monaci basiliani della chiesa dei Santi Sergio e Bacco (secoli XVII-XVIII) », dans Antal Molnár, Giovanni Pizzorusso et Matteo Sanfilippo (dir.), Chiese e nationes a Roma sotto il potere dei papi : dalla Scandinavia ai Balcani (secoli XV-XVIII), Rome, Viella, 2017, p. 139-141.

    19Athanasius Welykyj (dir.), Litterae Basilianorum Historiam Ucrainae illustrantes [= LB], Rome, PP. Basiliani, t. 1, 1979, no 66, p. 131-132.

    20Voir D. Blažejovskyj, Ukrainian and Armenian, op. cit.

    21Ibid., p. 249.

    22En 1741, à la suite de la visite pastorale effectuée cette même année, Rome décida de supprimer plusieurs collèges pontificaux, situés dans les territoires des Habsbourg.

    23Établi à partir de D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, passim ; Henryk Litwin, « Katalog alumnów seminarium papieskiego w Wilnie 1582–1798, cz. 2 [Catalogue des boursiers du séminaire pontifical de Vilnius, 1582-1798, partie 2] », Przegląd Wschodni, t. 9-2, 2004, p. 301-378 ; Archivio Storico « de Propaganda Fide » [= APF], Scriture originali riferite nelle Congregazioni generali [= SOCG], vol. 378.

    24Voir Meletius Wojnar, « Basilian seminaries, colleges and schools (XVII-XVIII) », Analecta Ordinis Sancti Basilii Magni [= AOSBM], t. 9, 1979, p. 48-63 ; M. Pidłypczak-Majerowicz, op. cit.

    25Voir ci-dessus n. 22.

    26Ce titre formé à partir de l’appellation des supérieurs des grands monastères orientaux (archimandrites) désignait le supérieur de l’ordre basilien, équivalent aux généraux des ordres latins.

    27ASCPF, t. 2, no 641, p. 84.

    28Нарис історії Васильянського чину Святого Йосафата [Esquisse de l’histoire de l’ordre basilien de saint Jozafat], Rome, Видавництво ОО. Василіян, 1992, p. 140-159 ; I. Praszko, op. cit., p. 159-183.

    29D. Blažejovskyj, Ukrainian and Armenian, op. cit., p. 69.

    30Sur ce personnage voir Athanasius Pekar, Tribute to bishop Joseph de Camillis, OSBM (1641-1706), AOSBM, t. 12, 1985, p. 374-418.

    31MUH, t. 12, no 398, p. 536.

    32D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, op. cit., p. 58, p. 118-119. Mateusz, lui, fut higoumène du monastère basilien de la Vraie-Croix à Bučač dans les années 1719-1725.

    33EM, t. 3, no 25, p. 48. Sur l’histoire du diocèse de L’viv et son adhésion à l’Union voir Ігор Скочиляс, Галицька (львівська) єпархія XII-XVIII ст. [Le diocèse de Halyč (L’viv), XIIe-XVIIIe siècle], L’viv, УКУ, 2010. Gedeon avait à son tour rallié l’Union à la suite des actions du métropolite Cyprian Żochowski (Dorota Wereda, Biskupi unickiej metropolii kijowskiej w XVIII wieku [Les évêques uniates de la métropolie de Kiev au XVIIIe siècle], Siedlce – Lublin, Wydawnictwo Werset, 2013, p. 37.

    34Voir Wioletta Zielecka-Mikołajczyk, Gdzie Wschód spotkał się z Zachodem. Dzieje i organizacja unickiej diecezji przemysko-samborskiej w latach 1596-1772 [Où l’Orient rencontra l’Occident. Histoire et organisation du diocèse uniate de Przemyśl-Sambir dans les années 1596-1772], Toruń, UMK, 2021.

    35MUH, t. 12, no 422, p. 558-559.

    36Athanasius Welykyj (dir.), Audientiae Sanctissimi de rebus Ucrainae et Bielarusjae, Rome, PP. Basiliani, t. 1, 1963, no 72, p. 99-101.

    37Il était le fils de Piotr, frère aîné de l’évêque, né d’un second mariage (W. Zielecka-Mikołajczyk, op. cit., p. 188).

    38H. Litwin, op. cit., p. 307.

    39LE, t. 4, no 146, p. 182-183. En attendant son retour, il fut accueilli par le procureur basilien à l’hospice Saints-Serge-et-Bacchus.

    40EM, t. 3, no 7, p. 231-232.

    41LSCPF, t. 3, no 989, p. 11. Antoni Winnicki y fut admis la même année (D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, op. cit., p. 119).

    42LE, t. 4, no 162, p. 202-203 ; ASCPF, t. 3, no 934, p. 105.

    43Une synthèse sur les activités de l’institution est présentée dans Giovanni Pizzorusso, « I satelliti di Propaganda Fide: il Collegio Urbano e la tipografia poliglotta », Mélanges de l’École française de Rome. Italie et Méditerranée modernes et contemporaines, t. 116-2, 2004, p. 471-498.

    44En particulier : APF, SOCG, vol. 367 (Braniewo), vol. 378 (Vilnius) ; APF, Scritture riferite nei congressi [= SC], Ser. II, Collegi Vari, vol. 66 (Vilnius), Miscellanea XII (Olomouc).

    45La liste des élèves pour cette période est publiée dans Antonios Fyrigos, « Catologo chronologico degli alunni e dei convittori del Pontificio Collegio Greco in Roma (1701-1803) », dans A. Fyrigos (dir.), op. cit., p. 23-77.

    46Cette diversité qui s’éloignait des desseins originels du collège fut dénoncée par l’évêque ordinant pour le rite grec Filoteo Zassi (Cesare Santus, « Tra la chiesa di Sant’Atanasio e il Sant’Uffizio: note sulla presenza greca a Roma in età moderna », dans A. Molnár, G. Pizzorusso, M. Sanfilippo [dir.], Chiese e nationes a Roma, op. cit., p. 195-196).

    47À Braniewo, les basiliens disposaient d’un espace réservé (Rafał Zielonka, « Losy studentów alumnatu papieskiego w Braniewie w XVI i XVII wieku [Le sort des étudiants du collège pontifical de Braniewo aux XVIe et XVIIe siècles] », Komunikaty Mazursko-Warmińskie, no 297, 2017, p. 422).

    48EM, t. 2, no 51, p. 271.

    49Ibid., no 69, p. 293.

    50EM, t. 2, no 51, p. 272.

    51Archivio della Congregazione per la Dottrina della Fede, St. St., QQ 2-a, Fasc. XLI, fo 391 ro.

    52La copie du règlement avait été insérée dans le petit recueil manuscrit préparé à l’occasion de la visite de l’établissement en 1741 (APF, SC, Ser. II, Visite e Collegi, vol. 41, fo 155 vo). Cette remarque révèle toutefois que les moines conservaient les habits de leur ordre durant leur scolarité et se distinguaient ainsi des autres étudiants.

    53MUH, t. 12, no 39, p. 44. Finalement, Żochowski put recevoir la prêtrise le 29 avril 1663 (D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, op. cit., p. 84). Il fut probablement ordonné par Makarios Mammonas, archevêque de Paros et Naxos, qui résidait à Naples (Marco Foscolos, « I vescovi ordinanti per il rito greco a Roma », dans A. Fyrigos [dir.], op. cit., p. 294).

    54Voir C. Santus, op. cit., p. 202-203.

    55D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, op. cit., p. 84-86.

    56D. Blažejovskyj, Ukrainian and Armenian, op. cit., p. 98. Collectanea S. Congregationis de Propaganda Fide Seu decreta instructiones rescripta pro apostolicis missionibus, Rome, Typographia polyglotta, 1907, vol. 1, no 19, p. 9.

    57Aloysius Tomassetti (dir.), Bullarum diplomatum et priuilegiorum Sanctorum Romanorum Pontificum Taurensis editio, Turin, A. Vecco et socii, t. 16, 1869, no 305, p. 587-591.

    58Toutefois, les basiliens kiéviens n’étaient pas les seuls à se retrouver dans une telle position, puisque les collèges établis sur le territoire des Habsbourg connaissaient une autre exception avec l’ordre de chanoines réguliers de Saint-Paul-Premier-Ermite qui avaient obtenu notamment trois places au collège d’Olomouc et dont les membres, généralement originaires de Hongrie ou de Croatie, s’y retrouvaient aux côtés des basiliens.

    59APF, SOCG, vol. 367, fo 41 ro, fo 71 ro.

    60MUH, t. 3, no 99, p. 188.

    61MUH, t. 12, no 81, p. 105.

    62ASCPF, t. 2, no 560, p. 11-12.

    63Ibid., no 619, p. 69.

    64D. Blažejovskyj, Ukrainian and Armenian, op. cit., p. 96-97.

    65LSCPF, t. 2, no 964, p. 298.

    66ASCPF, t. 3, no 924, p. 95-96.

    67Dmytro Blažejovskyj, « Ukrainian and Bielorussian students in the Pontificio Collegio Urbano de Propaganda Fide (1627-1846) », AOSBM, t. 9, 1979, p. 202-222.

    68SEU, t. 2, no 831, p. 300-301.

    69Ibid., no 832, p. 301-302.

    70SEU, t. 1, p. 328.

    71SEU, t. 2, no 466, p. 33 ; ASCPF, t. 2, no 825, p. 288. Voir aussi D. Wereda, op. cit., p. 41.

    72APF, SC, Ser. II, Visite e Collegi, vol. 43, fo 232-18 ro – 232-19 vo.

    73L. Tatarenko, Une réforme orientale, op. cit., p. 388-390.

    74Pour un aperçu synthétique, voir les tableaux présentés dans D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, passim.

    75MUH, t. 3, no 81, p. 155.

    76Voir D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, passim.

    77Toutefois, il s’agissait d’une rhétorique volontairement déployée par le clergé ruthène en direction des autorités romaines et de l’Église latine dans son ensemble puisque, comme le rappelle Dorota Wereda, encore au XVIIIe siècle, certains moines ruthènes parvenaient à obtenir des charges aussi élevées que l’épiscopat sans avoir suivi de formation dans les collèges et encore moins obtenu de grade universitaire (D. Wereda, op. cit., p. 47).

    78Ibid., p. 54-55.

    79Василь Щурат (éd.), В обороні Потієвої унії. Письмо о. Петра Камінського Ч. С. В. В., авдітора гр. кат. митрополії 1685 р. [Pour la défense de l’Union de Pociej. La lettre du P. Piotr Kamiński, AOSBM, auditeur de la métropolie gréco-catholique, de 1685], L’viv, Власна Допомога, 1929, p. 81-82.

    80EM, t. 2, no 79, p. 301.

    81La position de Piotr Kamiński peut être d’autant plus éclairante que, contrairement aux pratiques qui commençaient à s’imposer pour les boursiers basiliens de cette période, il semble avoir été expédié à Prague sans avoir achevé une première formation dans les institutions de l’ordre. Arrivé au collège pontifical à l’âge de 19 ans il y fut reçu dans les cours de rhétorique (D. Blažejovskyj, Byzantine Kyivan Rite Students, op. cit., p. 120).

    82MUH, t. 5, no 32, p. 51.

    83Voir par exemple l’étude prosopographique consacrée à l’épiscopat uniate du XVIIIe siècle : D. Wereda, op. cit.

    84LE, t. 3, no 210, p. 328-329 ; LE, t. 4, no 4, p. 6-7.

    85LB, t. 1, no 161, p. 256-257.

    86Voir APF, SC, Ser. II, Visite e Collegi, vol. 41-43.

    87Si au début du siècle, l’ordre ne possédait que deux écoles secondaires à Volodymyr et à Žyrovičy, à partir de la fin des années 1740, il reçut plusieurs nouvelles fondations notamment dans les zones méridionales de la métropolie et, vers 1770, il administrait déjà une dizaine de collèges avec près 2 000 élèves clercs et laïcs (voir M. Wojnar, op. cit., p. 59-61). Après la suppression de la Compagnie de Jésus, les moines ruthènes purent récupérer également plusieurs collèges jésuites. Dans les années 1780-1790, les différents établissements de l’ordre accueillaient près de 3 000 étudiants sous l’autorité d’une centaine de professeurs (Нарис…, op. cit., p. 243-244).

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    Tatarenko, L. (2024). Les basiliens ruthènes dans les collèges pontificaux : entre diversité rituelle et constructions confessionnelles (vers 1660-vers 1740). In M. Deschamp, J. Léonard, & S. Simiz (éds.), La fabrique du clerc. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/11zff
    Tatarenko, Laurent. « Les basiliens ruthènes dans les collèges pontificaux : entre diversité rituelle et constructions confessionnelles (vers 1660-vers 1740) ». In La fabrique du clerc, édité par Marion Deschamp, Julien Léonard, et Stefano Simiz. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2024. doi:10.4000/11zff.
    Tatarenko, Laurent. « Les basiliens ruthènes dans les collèges pontificaux : entre diversité rituelle et constructions confessionnelles (vers 1660-vers 1740) ». La fabrique du clerc, édité par Marion Deschamp et al., Presses universitaires du Septentrion, 2024, https://doi.org/10.4000/11zff.

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    Deschamp, M., Léonard, J., & Simiz, S. (éds.). (2024). La fabrique du clerc. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/11zga
    Deschamp, Marion, Julien Léonard, et Stefano Simiz, éd. La fabrique du clerc. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2024. doi:10.4000/11zga.
    Deschamp, Marion, et al., éditeurs. La fabrique du clerc. Presses universitaires du Septentrion, 2024, https://doi.org/10.4000/11zga.
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