La question du financement des académies réformées. L’exemple de Saumur au XVIIe siècle
p. 121-140
Texte intégral
1De nombreuses sources et études font état des difficultés financières que connaissent tant les institutions réformées consacrées à l’éducation (collèges, académies) que les consistoires, par exemple dans le paiement des pasteurs. À la différence des établissements et des institutions catholiques qui peuvent s’appuyer sur des ressources financières importantes et variées, les Églises réformées de France, en raison entre autres de la législation et du nombre de ses fidèles, ne peuvent compter sur de tels revenus. L’académie de Saumur apparaît comme un terrain d’étude intéressant sur ce sujet. En effet, les sources qui évoquent les questions financières sur cet établissement sont diverses. Cette contribution s’appuiera principalement sur des sources institutionnelles – actes de synodes nationaux1, de synodes provinciaux (ceux de la province d’Anjou-Touraine-Maine2, mais également des provinces devant cotiser pour financer l’académie de Saumur3), registres du conseil académique de Saumur (1613-1685)4 et registre des recettes de ce même établissement (1631-1685)5. L’académie a été fondée au début du XVIIe siècle par le gouverneur de la ville, Philippe Duplessis-Mornay, et elle acquiert une importante réputation tant sur le plan national qu’européen, accueillant par exemple à la fois des enseignants néerlandais ou écossais, mais aussi des étudiants venant tant de Grande-Bretagne que d’Allemagne6. Face à la législation royale ou aux événements (guerres civiles, épidémies de peste par exemple), comment l’académie de Saumur s’organise-t-elle pour gérer ses ressources ? De quels revenus dispose-t-elle, à quelles dépenses doit-elle faire face, quelles relations entretient-elle avec les Églises réformées de sa propre province, mais aussi avec les synodes provinciaux ? Enfin, comment les synodes nationaux font-ils face à ces questions financières ?
2Autant de questions que nous pouvons nous poser et de pistes de recherche qu’il est possible d’ouvrir, sans pouvoir tout le temps y répondre. Par les sources consultées, ce n’est qu’une partie des ressources financières et des dépenses de l’établissement qui peuvent être étudiées, celles servant à payer les gages des enseignants et de certains personnels (voir ci-dessous, annexe 1). Dans les actes des synodes nationaux ou provinciaux ou dans le registre du conseil académique, il est fait mention çà ou là de l’achat et de l’entretien des bâtiments, mais le dépouillement des archives notariales serait sur cette question essentiel. Entre l’édit de Nantes et l’édit de Fontainebleau, il faut distinguer trois périodes différentes concernant le financement des académies. Durant les trois premières décennies, le financement des établissements est assuré par le brevet du 3 avril 1598 : la somme de 45 000 écus est attribuée aux Églises réformées de France afin de payer entre autres les ministres et les professeurs des académies. Les actes des synodes nationaux permettent de suivre la répartition de cette somme. À la suite des dernières guerres de religion des années 1620, Louis XIII n’accorde plus cette somme : les synodes nationaux demandent aux provinces de prélever sur le quint denier une somme pour le financement des académies. Chaque province se doit d’envoyer un montant à une ou plusieurs académies, en fonction principalement de leur répartition géographique. Après 1660, en l’absence de réunion du synode national, le fonctionnement reste le même, mais sans contrôle centralisé7. C’est cette dernière période qui sera davantage au cœur de cette étude et permettra de s’intéresser à l’organisation du prélèvement, à l’évolution des recettes et à des éléments de compréhension de ces difficultés financières.
Comment financer les académies ?
3Les difficultés rencontrées par les Églises réformées ont-elles un impact sur le financement de l’académie de Saumur ? Plusieurs éléments peuvent être envisagés. Les dernières guerres de religion dans les années 1620, mais aussi les persécutions et en particulier l’application de la déclaration royale de 1656, ont-elles des répercussions sur les finances de l’académie en raison de la politique royale ou de la diminution du nombre d’Églises réformées ? Les débats théologiques qui agitent Saumur sont-ils un frein au versement du quint denier ? Les actes des synodes nationaux permettent de connaître le montant de la somme distribuée à l’académie de Saumur. Lors du synode de Montpellier de 1598, ce sont 1 111 livres 6 sols 8 deniers qui sont attribuées à l’établissement8. Lors des synodes suivants, les sommes sont les suivantes :
Tableau 1. Montants attribués à l’académie de Saumur par les synode nationaux (1601-1627)
Synode national | Montant | Source |
Jargeau, 1601 | 1 111 lt. 6 s. 8 d. | Aymon, t. 1, p. 252. |
Gap, 1603 | 1 101 lt. 6 s. 8 d. | Aymon, t. 1, p. 279. |
La Rochelle, 1607 | 3 333 lt. 6 s. 8 d. | Aymon, t. 1, p. 339. |
Saint-Maixent, 1609 | 4 019 lt. | Aymon, t. 1, p. 392. |
Privas, 1612 | 4 290 lt. | Aymon, t. 1, p. 443. |
Tonneins, 1614 | 4 995 lt. 10 s.9 | Aymon, t. 2, p. 46. |
Vitré, 1617 | 5 190 lt. | Aymon, t. 2, p. 134. |
Alès, 1620 | 5 190 lt. | Aymon, t. 2, p. 212. |
Charenton, 1623 | 4 100 lt. | Aymon, t. 2, p. 292. |
Castres, 1626 | 4 530 lt. | Aymon, t. 2, p. 409-410. |
4Au cours des années 1610 et 1620, les difficultés financières apparaissent très rapidement. D’une part, professeurs de l’Académie et régents du collège se plaignent de la modicité de leurs gages. D’autre part, ils contestent l’irrégularité de leur versement10. Les registres du conseil académique rendent très bien compte de cela. C’est le cas en juillet 1614, les régents « ayant presenté leur requeste et remonstré qu’il leur est impossible de pourveoir à eux et leurs mesnages avec le peu de gages qu’il leur fust permis de recepvoir de chacun des escoliers un escu par an11 ». Six ans plus tard, le conseil extraordinaire demande que le synode provincial intervienne lors du prochain synode national pour « pourvoir aux incommodités que souffrent les professeurs et régentz des accademies et colleges qui au lieu d’estre paiez par advance, ne le sont d’ordinaire que longtemps après le terme escheu12 », montrant ainsi que la difficulté rencontrée n’est pas propre à cet établissement. Dans les années qui suivent, le fonctionnement de l’Académie, et donc le versement des deniers royaux et le paiement des professeurs et régents, sont perturbés, dans un premier temps, par le remplacement de Duplessis-Mornay par un gouverneur catholique : le conseil académique évoque une « grande dissipation » par le départ de certains enseignants, collégiens et étudiants13.
5En juillet 1625, c’est une épidémie de peste qui sévit dans la région : il est proposé de fermer l’établissement, mais « ha esté resolu d’une commune voix que le mal n’estant pas encore grand et n’y aiant point du tout qu’on scache dans l’enclos de la ville, […] on continuera les exercices du collège et de l’academie à l’accoustumée » ; cependant, quelques jours plus tard, « la contagion s’estant renforcée en ce lieu et veu que plusieurs escholiers à ceste occasion d’eux mesmes se retiroient sans congé », il est décidé d’avancer les congés14. Dans ce contexte difficile, les professeurs et les régents se plaignent en février 1626, d’une part de n’avoir été payés que pour le premier quartier de 1625, d’autre part que le montant reçu pour l’ensemble des gages n’est que de 521 livres 14 sols, alors que ce sont 675 livres qui devraient être réparties entre tous15. Ainsi, en juillet 1631, « par les derniers contes de ceste accademie et par l’estat qui a esté dressé par monsieur Du Candal depuis le dernier synode tenu en ceste ville au mois de may 1629, il se trouve qu’il luy est deu dès le dernier juin dernier la somme de 12 250 livres16 » !
6En effet, la subvention royale était versée au receveur général des Églises réformées, Isaac Du Candal. Comme le constate Jean-Paul Pittion, « en l’absence de documents précis, il est difficile d’établir quelles étaient précisément les responsabilités du receveur général, mais d’après les actes du synode national de Charenton de 1631, il semble bien qu’il ait été chargé de la distribution de ces fonds aux Églises et académies, selon une répartition décidée par le synode national17 ». Il consentait des avances sur les subventions royales à venir et effectuait, au nom des Églises, des placements en rentes et en offices. Lorsque Du Candal présenta les comptes au synode national de Charenton de 1631, la situation financière des Églises réformées était critique depuis déjà quelques années, « les nécessités de l’État ne permettoient pas que nos Églises jouissent des effets acoutumés de la libéralité de Sa Majesté, & que nos Universités et Coleges ne recevoient pas regulierement ce qui leur étoit assigné pour leur entretien, comme aussi parce qu’on avoit detourné les pensions & les assignations18 ». Ainsi, pour les trois années 1625, 1626 et 1627, les recettes se montaient à 433 259 livres19. Mais une partie de cette somme était donc en « assignations », c’est-à-dire des promesses de paiement faites par des acheteurs de charges ou d’offices et détenues par la monarchie ou encore le produit du fermage des tailles qui avaient été assignées à Du Candal et par lui aux Églises, en guise de subvention. Les finances royales étaient épuisées et le royaume était affaibli par les guerres et les épidémies. La monarchie avait accordé aux Églises des sommes plus virtuelles que réelles20.
7Tout compte fait, « il y avoit de bon 7 081 livres, laquelle somme seroit distribuée de la manière que ce synode le jugeroit à propos21 ». Le roi, pour marquer le retour de la paix dans le royaume, accorde au synode national une subvention exceptionnelle de 60 000 livres « en faveur de leurs Universités & de leurs Coleges22 ». En fait, le synode national distribua cette somme, ainsi que le reliquat de 7 081 livres, entre les provinces qui avaient le plus souffert des troubles récents, à proportion des pasteurs en poste, des postes à pourvoir, et des proposants dont les synodes provinciaux payaient les études. Il décida aussi de tenter de revendre des offices « aux conditions les plus avantageuses » et de céder les fermes des tailles qui restaient « entre les mains » du receveur général. En ce qui concerne les établissements d’enseignement réformés, le synode prit quelques mesures d’urgence. L’académie de Saumur était la moins mal-en-point. Il reste qu’en 1625-1626, l’académie n’avait pu payer qu’une portion des gages qui revenaient aux régents et aux professeurs. Sur les 4 530 livres allouées à l’académie par le synode de Castres en 1626, 2 250 livres restaient dues en septembre 1631.
8Pour remettre les académies sur pied, le synode national eut donc recours à un expédient : on décida de prélever le « quint denier de toutes les charités […] jusqu’à ce que l’on pût recueillir les fruits des libéralités de sa Majesté ». Le synode national de Vitré de 1617 avait déjà eu recours au même expédient, mais c’est à Charenton, en 1631, que l’on mit définitivement au point la façon de procéder : chaque province ecclésiastique désignerait, par colloque, un consistoire qui serait chargé de prélever le cinquième des fonds collectés chaque année par les Églises locales pour subvenir aux besoins des fidèles dans l’indigence. Les synodes provinciaux feraient parvenir les fonds ainsi collectés à Du Candal qui, entre temps, avancerait à chaque établissement une partie de l’allocation à laquelle l’établissement avait droit, selon la répartition décrétée par le synode national. On reviendrait à l’ancienne façon de procéder, lorsque le roi verserait à nouveau le « don gratuit ». De fait, ce qui n’était à l’origine qu’une mesure temporaire devint le moyen normal d’assurer le financement des académies, lorsque dans les années qui suivirent le synode de Charenton, la subvention royale ne fut plus accordée, et a fortiori après 1660, année du dernier synode national à être autorisé par la monarchie.
9À partir des années 1630, on peut constater que certaines Églises ne souhaitent pas payer le quint denier, ce qui pourrait être un signe de leurs difficultés financières qui se répercuteraient ensuite sur l’académie. C’est une demande qui émane d’abord d’Églises qui ont à leur charge une école – et dans les faits elles sont nombreuses dans ce cas-là –, ou un collège. Ainsi l’Église de Châtellerault demande en 1663 au synode provincial qui se tient dans cette même ville « d’estre deschargée de sa contribution pour l’academie, attendu qu’elle entretient une escole pour l’instruction de ses enfans ». La réponse de l’assemblée est sans appel : « La compagnie n’a pas pu trouver bon que ladicte eglise ayt encore supporté en cette compagnie une plainte dont elle a esté tant de fois déboutée par les sinodes precedens23 » ! L’Église de Loudun effectue également la démarche, expliquant qu’elle a besoin de davantage de moyens pour l’entretien de son collège, comme en 1645. Le synode provincial lui répond que l’Église « recevra annuellement la somme de 70 livres qui luy sera payée par la province de Bretagne, priée et exhortée d’amplifier sa charité le plus qu’elle pourra envers ledit collège de Loudun, sans aucun préjudice de ce qu’elle contribue pour l’académie de Saumur24 ». Dans cette démarche de l’Église de Loudun, il faut également voir une conséquence de la longue rivalité qui oppose les deux Églises de Loudun et de Saumur. À plusieurs reprises, Loudun a cherché à obtenir le déplacement de l’académie de Saumur et à accueillir ses étudiants et ses enseignants. Les prétentions de Loudun voient le jour dès le début des années 1620 à la suite du remplacement de Duplessis-Mornay par un gouverneur catholique, mais aussi des difficultés rencontrées par l’établissement en raison des épidémies de peste ainsi que des problèmes de recrutement et de paiement des enseignants. Ainsi, lors du synode provincial de 1623 tenu à Loudun, il est noté :
La compagnie deliberant selon l’arresté du synode d’Alez sur le nombre des academies, est d’advis que le nombre soit reduict à deux, dont sera requis que l’une soit en la province d’Anjou. Et sur la demande de l’eglise de Saumur et de celle de Loudun, a esté arresté que chacune desdites eglises mettra es mains des deputez de ceste province au synode national les raisons et moyens qu’elles ont d’accommoder ladicte academie. Lesquelz deputez declareront s’ilz sont interrogez le sentiment de ceste province estre de faire choix de Loudun, et toutesfois qu’elle s’en remet du tout à ce qui sera arresté audict synode national25.
10En 1627, il est précisé que lors du prochain synode provincial : « on deliberera sur l’article qui concerne le transport ou retranchement des academies26 ». En 1629, le « transport » de l’académie est clairement énoncé :
L’eglise de Loudun ayant esté ouye en sa proposition du transport de l’academie de Saumur à Loudun, et l’eglise et l’academie de Saumur en ses defenses, les raisons alleguées de part et d’au[tr]e ont esté meurement considerées pour la troisieme fois ; et a esté unanimement jugé que les raisons de ladite eglise et academie de Saumur prevalans en toutes sortes, nostre province fera tous ses efforts pour confirmer ladite academie au lieu où elle a subsisté jusques à present. Et l’eglise de Loudun a esté exhortée de ne faire plus en ceste dite compagnie pareilles propositions27.
11Mais elle n’est pas la seule Église possédant un collège à faire la même démarche. Celle de Châtillon-sur-Loing dans la province d’Orléanais-Berry procéda d’une façon identique en 1623 puis en 163628. Il est vrai que la question du nombre d’académies dans le royaume revient régulièrement lors des synodes nationaux. Ainsi, dès 1609, « en procedant au Reglement des Academies […], il a été arrêté que le nombre n’en pouvant pas être maintenant diminué sans de grands Inconveniens : celles qui sont sur l’Etat dudit synode [de La Rochelle, 1607] demeureront, à savoir Montauban, Saumur, Nimes, Montpellier & Sedan29 ». En 1612, « la Compagnie examinant le Nombre des Academies qui doivent être entretenues, a ordonné que jusqu’au Synode National prochain, les Academies de Montauban, de Saumur, de Nimes, & de Montpellier seront entretenues […]30 ». Ou encore en 1617, « la province de Basse Guienne aiant demandé que toutes les Academies fussent réduites à deux bien entretenues, la Compagnie n’a point trouvé à propos d’en diminuer le nombre31 ».
12Un synode provincial peut refuser une aide supplémentaire en remettant en cause des dépenses de l’académie. C’est le cas, par exemple, de la province de Normandie en 1675, après que les Églises de Caen et de Rouen ont reçu un courrier de l’établissement par lequel il « demande quelque nouvelle assistance pour la subvention de ses professeurs ». Le synode réuni à Caen répond :
On a trouvé que l’estat présent de nos églises ne le peut permettre et qu’ils doivent chercher en eux-mêmes le secours dont ils ont besoin en présentant à Monsieur Dusorel que son aage et les infirmités qui ont accoutumé d’accompagner la vieillesse ne luy permettent pas de s’acquitter des fonctions de professeur et que la Compagnie estime qu’il doit s’en descharger et donner lieu à un autre de les exercer, se contentant de son ministère et de la charge de principal du collège et des gages qui y sont annexés pour jouir de quelque repos après les longs et utiles travaux32.
13Cependant, des mesures peuvent être prises par les synodes provinciaux à l’encontre des Églises qui ne paient pas le quint denier. Ainsi celui d’Orléanais-Berry prévoit-il en 1636 :
Sur la plainte de Chastillon sur Loin de l’inexecution de l’arresté des synodes precedens quant au payem[ent] des taxes ordonnées à chasq[ue] Egl[ise] de la province pour l’entretien de l’academie et du collège, et que plus[ieu]rs Egl[ises] sont demeurées en debit, dont s’en suivroit infailliblement et bientost la dissipation du college qu’il n’y ait pourveu. Les Egl[ises] defaillantes sont Yssoudun, Chastillon sur Loire, Corbigny, Aubusson, Espeuilles, La Charité, Sully, la Selle pour obvier au mal et obliger lesd[ites] Egl[ises] defaillantes à satisfaire à le[ur] devoir a esté arresté que si dans trois mois elles ne le font, elles seront privées de l’exercice du s[ain]t ministere, et le ministre de l’Egl[ise] defaillante sera dispensé d’administrer en icelle la parole de Dieu et les sacrements, et à eux enioint de s’obliger en le[ur] propre et privé nom nonobstant toutes remonstrances. Ce reglement aura pareillement lieu po[ur] les Egl[ises] qui ont manqué à fournir le[ur] contribution po[ur] l’academie de Saumur à l’Egl[ise] de Blois33.
14Dans sa présentation de l’histoire de l’académie, Jean-Paul Pittion consacre quelques pages aux finances de l’établissement. Il écrit que « la dépendance financière de l’académie vis-à-vis des provinces offrait aux synodes un moyen de pression qu’ils ne se privèrent pas d’utiliser au plus fort des controverses théologiques autour de certains écrits d’Amyraut et de la doctrine enseignée à Saumur ». Pour preuve, la correspondance du pasteur de La Rochelle, Philippe Vincent, qui écrit : « nous n’estimons pas juste de confier [des proposants] à un professeur qui, malgré nous, combien que stipendié par nous, leur donne une traditive de théologie que nous ne pouvons pas approuver ». Dans son ouvrage Defensio ad Chabrolium, Amyraut raconte être pris à partie par un autre pasteur, Champvernon, au sujet de thèses soutenues à Saumur, alors que le professeur de théologie se rendait au synode provincial de Saintonge-Aunis-Angoumois qui se tenait en 1646 à Archiac pour demander, au nom de l’académie, le paiement d’arrérages34. En 1647, le conseil académique chargea le député qui devait représenter la province d’Anjou-Touraine-Maine au synode du Poitou
de solliciter le paiement des grands arrérages que ladite province de Poitou doit à cette Académie et d’y faire plainte de ce que ceux qui y enseignent sont par gens mal appris taxés d’hérésie et hétérodoxie, et l’académie, à cette occasion, est diffamée et décriée, jusqu’à dissuader et empescher les estudians en théologie d’y venir et les envoier ailleurs contre leur désir, d’y tesmoigner par son deputé avec vigueur qu’elle se sent obligée de la deffendre et protéger contre tels faux blasmes et calomnies35.
15On peut constater que ces différentes accusations remettent en cause l’envoi d’étudiants en théologie plus que le financement en lui-même de l’académie par les provinces du Poitou ou de Saintonge-Aunis-Angoumois. Et le synode provincial d’Anjou-Touraine-Maine de 1649 remercie la province de Poitou
du contentement et satisfaction qu’elle a donné à l’academie de Saumur à son dernier sinode pour les arrerages qui lui estoient deubs et prier avec toutte sorte d’affection de continuer ce mesme soing à ce qu’elle puisse recepvoir ce qui en restoit d’arrerages lors dudit sinode ensemble ceux qui sont escheus depuis jusques à present, monsieur le desputté qui assiste de sa part en cette compagnie a esté supplié de se joindre, ce qu’il a promis, et a donné de bonnes esperances qu’il y sera satisfaict36.
16En est-il de même après 1660 ? Les critiques de ces deux provinces à l’égard de l’École de Saumur ne faiblissent pas dans les années 1660 et 1670, par exemple à la suite du recrutement de Claude Pajon comme professeur de théologie37. Aucune mention de remise en cause des règles de fonctionnement du financement de l’Académie n’a été retrouvée, mais il est vrai que les actes des synodes provinciaux sont plus lacunaires au cours de ces deux décennies. En 1678, de nouvelles critiques sont émises par ces mêmes provinces. Ainsi peut-on trouver dans les actes du synode provincial de Saintonge-Aunis-Angoumois de 1678 cet article :
Art. 22 : La compagnie ayant esté bien informée qu’il se debite en quelques lieux une nouvelle doctrine touchant l’opération du saint esprit dans la conversion des hommes, a exhorté toutes personnes à fuir les doctrines contraires à la parole de Dieu et à nostre confession de foy, et deffendu à tous les ministres d’enseigner rien qui soit contraire à la sainte doctrine de l’operation immédiate du saint esprit dans les cœurs pour les ouvrir et les disposer à l’impression que la parole de Dieu doit faire en eux pour leur conversion, sur peine de censures convenables. À quoy les consistoires prendront garde38.
17Si la condamnation de la doctrine pajoniste est très claire, cela n’empêche aucunement le député de l’Église de Saumur au même synode provincial de demander « l’exécution de l’acte du dernier synode provincial tenu à Mauzé qui accorde le sieur Barin, ministre de Marans, comme ministre de Saumur ». Barin, n’ayant pas trouvé de successeur, retarde son départ mais le synode provincial facilite la démarche de Saumur « ayant eu esgard à l’importance de l’eglise de Saumur et à la persévérance de ladite eglise dans la recherche dudit sieur Barin, nonobstant les difficultés qui l’ont traversée39 ».
Des contributions régulièrement versées à l’académie de Saumur ?
18Évoquant cette question des difficultés financières des établissements, Yves Krumenacker note ainsi : « en 1636, l’académie de Die se plaint que plusieurs professeurs n’ont pas été payés depuis trois ans. En 1665, les différentes provinces lui doivent 13 151 livres. Ce n’est pas mieux ailleurs. Les subventions des provinces de Normandie et Saintonge qui devaient soutenir auparavant l’académie de Montauban ne le font pas longtemps en faveur de l’académie de Puylaurens, et le Haut-Languedoc, en 1678, se plaint d’être le seul à contribuer à l’entretien de l’Académie40 ». Qu’en est-il de l’académie de Saumur ?
19Le synode national de Charenton de 1631 fixe désormais à la fois le nombre d’enseignants, leurs gages et la somme que les provinces doivent envoyer à l’établissement. Pour l’académie de Saumur, il est ainsi décidé que ce seront les provinces de Normandie (600 livres), d’Île-de-France-Champagne-Picardie (778 livres 15 sols), de Saintonge-Aunis-Angoumois (556 livres), du Poitou (875 livres), d’Orléanais-Berry (343 livres 7 sols), d’Anjou-Touraine-Maine (850 livres) et de Bretagne (106 livres 5 sols) qui contribueront au paiement des gages sur une partie ou la totalité de leur quint denier41. En effet, certaines provinces cotisent en faveur de plusieurs établissements : l’académie de Montauban doit, entre autres, recevoir 1 100 livres de la province de Normandie, 625 livres de celle d’Île-de-France, ou 319 livres de celle de Saintonge, trois provinces dont une partie du quint denier est également versée à l’académie de Saumur42.
20Cependant, dès le synode national suivant réuni en 1637 à Alençon, les académies de Montauban et de Saumur se plaignent « qu’à cause que plusieurs des provinces n’avoient pas fourni leurs contributions entières, elles [les académies] avoient été privées de l’assistance qui étoit destinée pour leur entretien43 ». La province d’Île-de-France-Champagne-Picardie se voit ainsi condamnée par l’assemblée et menacée, ainsi que celles qui chercheraient à l’imiter « de perdre leurs privileges, & d’avoir seance » lors de synodes nationaux44. Ainsi, un décompte des sommes dues par les provinces est donné dans les actes : la province de Normandie doit à l’académie de Saumur 1 140 livres 3 deniers, celle de Saintonge 265 livres 2 sols 10 deniers, celle du Poitou 1 624 livres 11 sols, celle d’Orléanais-Berry 335 livres 14 sols, celle d’Anjou-Touraine-Maine 531 livres 15 sols et celle de Bretagne 41 livres 5 sols45.
21Enfin, lors de ce même synode national, un nouveau montant et une nouvelle répartition des cotisations sont décidés. L’académie de Saumur doit désormais recevoir, outre les 850 livres inchangées de la province d’Anjou-Touraine-Maine, 130 livres de celle de Bretagne, 1 600 livres de celle d’Île-de-France-Champagne-Picardie, 575 livres de celle de Saintonge-Aunis-Angoumois, et 975 livres de celle du Poitou46, la contribution de la province de Normandie disparaissant. Une dernière modification a lieu lors du synode national de Charenton de 1645 : la province d’Île-de-France-Champagne-Picardie ne verse plus que 800 livres, sur les 1 600 livres fixées en 1637, et c’est celle de Normandie qui doit verser de nouveau 800 livres, les autres provinces ne connaissant pas de modifications de leur contribution47.
22L’analyse du registre des recettes de l’académie de Saumur fournit des données essentielles mais partielles sur la situation financière de l’établissement. Ce registre est ouvert à partir de 1631 avec clairement pour objectif de relever et d’inscrire les sommes versées par les différentes provinces qui contribuent désormais au fonctionnement de cette institution. Pour preuve, le registre débute par une copie manuscrite de certains articles du synode national de Charenton de 1631 concernant les académies et les collèges48. Les 113 pages de ce manuscrit consistent essentiellement en l’inscription des sommes reçues de la part d’une province, d’un colloque ou d’une Église. Le recteur de l’académie rend compte chaque année au conseil académique des recettes. Sur l’ensemble de cette période – 1631-1684 – il paraît intéressant d’étudier plus particulièrement les vingt-cinq dernières années correspondant à l’absence de convocation de synode national, une fois celui de Loudun tenu, dans la mesure où il n’existe plus d’institution nationale qui puisse contrôler et vérifier les comptes, mais aussi inciter les provinces à verser le quint denier. De l’analyse des chiffres donnés par ce registre des recettes, que peut-on retenir ?
23Les contributions viennent naturellement des six provinces de Normandie, de Bretagne, de Saintonge-Aunis-Angoumois, du Poitou, d’Île-de-France-Champagne-Picardie et d’Anjou-Touraine-Maine. Quelques recettes supplémentaires sont notées, en particulier des legs, mais ils sont peu nombreux. Ces derniers sont faits par testament, mais ils ne sont probablement pas tous inscrits dans le registre, comme celui mentionné dans le registre du conseil académique en 1670 :
Feu monsieur de Villarnoul aiant quelques années avant son décès donné à cette académie la somme de neuf cens livres afin que le revenu en fust tous les ans emploié à acheter des prix de pieté pour nos escholiers classiques, et madame de Villarnoul la douairière aiant confirmé ce don par une lettre très obligeante et par un acte passé en son château de la Forest sur Saivre le 13e janvier dernier […]. Et pour satisfaire à la pieuse intention du susdit donateur tous les ans avant les grandes vacances, le conseil académique examinera tous les escholiers classiques pour bien connoitre ceux qui seront les mieux instruits en la doctrine de la religion chrétienne, et les plus versés en la Sainte Escriture […]49.
24Une somme annuelle fixe doit être versée et elle demeure inchangée depuis le synode national de Charenton de 1645. Elle est ainsi de 575 livres pour la province de Saintonge-Aunis-Angoumois, de 800 livres pour celle de Normandie, de 975 livres pour le Poitou, de 800 livres pour l’Île-de-France-Champagne-Picardie, de 130 livres pour la Bretagne, et enfin de 850 livres pour la province d’Anjou-Touraine-Maine50. Les recettes de l’Académie dépendent donc principalement des quatre provinces qui contribuent à plus de 800 livres. Il faut constater que le montant annuel des recettes est très variable, il oscille ainsi de 1 515 livres en 1678 à 7 717 livres en 1677, avec une moyenne annuelle de près de 3 900 livres. Ces variations s’expliquent principalement par le fait que, certaines années, les provinces paient moins et ensuite rattrapent – ou pas – l’année suivante (ou les années suivantes) les contributions qu’elles doivent à l’établissement (voir ci-dessous, annexe 2).
25La moyenne annuelle pour chaque province est inférieure à la somme qui doit théoriquement être versée, à l’exception de la Normandie qui a une moyenne un peu au-dessus des 800 livres en raison d’un versement de 1 600 livres en 1684, annonçant probablement l’absence de versement pour 1685 si cela avait pu être possible. Mais pour les principales provinces contributrices, c’est plus de 80 % du montant qui est versé. On peut cependant parfois s’interroger sur la réalité des versements de ces montants, dans la mesure où certaines mentions dans le registre font référence à des sommes qui auraient été versées et qui n’y sont pas mentionnées aux années citées. Ces recettes suffisent-elles à payer les dépenses ? C’est difficile à croire quand on voit un document de 1685 qui est un « estat de ce qui est deub aux professeurs et régents du college de ceux de la R.P.R. suivant l’arresté fait entre eux au mois de janvier dernier51 » (voir ci-dessous, annexe 3). Théoriquement, les gages des professeurs et régents s’élèvent à 4 070 livres par an et le montant des contributions à 4 130 livres. Or, nous avons vu que les provinces ne paient pas les sommes espérées. Le paiement des gages est-il fait alors au prorata des sommes théoriques qui doivent être versées, comme nous avons pu le voir déjà dans les années 1620 ?
26La présente contribution ne permet qu’une étude partielle des questions financières des académies du royaume au XVIIe siècle. Comme on le savait par ailleurs, les établissements dépendent beaucoup des aléas de la période et de la politique royale à leur égard. Toutefois, si les plaintes des académies sont nombreuses sur les difficultés qu’elles rencontrent pour le paiement de leurs enseignants comme pour leur fonctionnement, la possibilité d’envisager les recettes sur une longue durée – naturellement pour les seuls gages des personnels – permet de nuancer ce constat.
27À cela s’ajoute aussi tout un ensemble de frais de fonctionnement du collège dont on ne connaît pas précisément le financement. Les legs, comme nous l’avons vu, tels qu’ils apparaissent dans les recettes sont très faibles. Il y a donc encore beaucoup de points à éclaircir pour comprendre plus précisément la situation financière des académies et des recherches approfondies dans les actes notariés permettraient probablement de comprendre un peu mieux tant les ressources financières que les dépenses des académies.
Annexe
Annexe 1. Montant des gages des enseignants et personnels de l’académie de Saumur (1612-1626)
1612 | 1614 | 1623 | 1626 | |
Professeur de théologie | 2 | 2 | 2 | 2 |
Professeur d’hébreu | 1 | 1 | 1 | |
Professeur de grec | 1 | 1 | 1 | |
Professeurs de philosophie | 2 | 2 | 2 | 2 |
Premier régent | 1 | 1 | 1 | 1 |
Second régent | 1 | 1 | 1 | 1 |
Troisième régent | 1 | 1 | 1 | 1 |
Quatrième régent | 1 | 1 | 1 | 1 |
Cinquième régent | 1 | 1 | 1 | 1 |
En plus | 600 | |||
Recteur | 1 | 1 | ||
Bedeau et portier | 1 | 1 | ||
Total | 4 290 | 4 995 | 4 100 | 4 530 |
Source : Jean Aymon (dir.), Tous les synodes nationaux des Églises réformées de France, La Haye, Charles Delo, 1710, 2 vol.
Annexe 2. Contributions aux recettes de l’académie de Saumur de 1660 à 1684
Bretagne | Normandie | ATM52 | Saumur | Poitou | Î-d-F53 | SAA54 | Legs | Total | |
1660 | 300 | 498 | 499 | 270 | 975 | 600 | - | - | 3 142 |
1661 | - | 302 | 591 | 418 | 975 | 800 | 575 | 300 | 3 961 |
1662 | - | 800 | 605 | 535 | 975 | 1 000 | 575 | - | 4 490 |
1663 | 406 | 800 | 694 | 680 | 975 | 400 | 560 | - | 4 515 |
1664 | 136 | 1 600 | 574 | 232 | 963 | 600 | - | - | 4 105 |
1665 | - | - | 683 | 857 | 975 | 1 000 | 1 118 | 37 | 4 670 |
1666 | - | 800 | 215 | 276 | 975 | 800 | 575 | - | 3 641 |
1667 | 242 | 800 | 914 | 130 | 975 | 780 | 575 | - | 4 416 |
1668 | 110 | 800 | 912 | 508 | - | 1 080 | 575 | - | 3 985 |
1669 | - | 788 | 579 | 176 | 528 | 360 | 575 | 100 | 3 106 |
1670 | - | 800 | 500 | 326 | - | 720 | 575 | - | 2 921 |
1671 | 541 | 800 | 607 | 133 | 2 021 | 940 | 575 | - | 5 617 |
1672 | - | 792 | 450 | 286 | 975 | 800 | 575 | - | 3 878 |
1673 | - | 1 600 | 843 | 250 | 975 | 800 | 575 | - | 5 043 |
1674 | 490 | - | 250 | - | 198 | 600 | 50 | - | 1 588 |
1675 | - | 900 | 1 185 | 250 | 735 | 900 | 575 | - | 4 545 |
1676 | - | 880 | 448 | 80 | 130 | 600 | 1 150 | - | 3 288 |
1677 | 390 | 1 600 | 600 | 775 | 2 665 | 1 112 | 575 | - | 7 717 |
1678 | - | - | 36 | 250 | 1 042 | 187 | - | - | 1 515 |
1679 | 260 | 800 | 680 | 150 | 185 | 1 250 | 575 | - | 3 900 |
1680 | - | 800 | 382 | 150 | 508 | 600 | 300 | - | 2 740 |
1681 | - | 800 | 428 | - | 238 | 1 000 | 167 | - | 2 633 |
1682 | 260 | 800 | - | - | 983 | 600 | 983 | - | 3 613 |
1683 | 44 | 800 | 738 | - | 440 | 800 | 575 | - | 3 397 |
1684 | 66 | 1 600 | 420 | - | 766 | 1 500 | 572 | 299 | 5 223 |
Total | 3 245 | 20 160 | 13 833 | 6 732 | 20 177 | 19 829 | 12 950 | 736 | 97 662 |
20 565 | |||||||||
Moyenne | 129,8 | 806,4 | 553,32 | 269,28 | 807,08 | 793,16 | 518 | 29,44 | 3 906,48 |
822,6 | |||||||||
Source : AM Saumur, registre des recettes de l’Académie.
Annexe 3. Estat de ce qui est deub au professeurs et regens du College de ceux de la R.P.R. suivant l’arresté fait entre eux au mois de janvier dernier [1685]
| Il y avoit de gages | |
| 800 lt par an | Il est deub au s[ieu]r de Pres, professeur en théologie et principal du College, la somme de huit cens soixante sept livres, cy 867 lt. |
| 700 lt de gages | Au s[ieu]r de Hautecourt, professeur en théologie, sept cens quinze livres, cy 715 lt. |
| À 400 lt par an | Au s[ieu]r Capel, professeur en hebrieu, huit cens soixante six livres treize sols, cy 866 lt. 13 s. |
| À 400 lt | Au s[ieu]r Druet, cy devant professeur en philosophie, trois cens onze livres un sol cinq deniers, cy 311 lt. 1 s. 5d. |
| À 400 lt | Au s[ieu]r Vilmandie, cy devant professeur en philosophie, trois cens trente trois livres six sols huit deniers, cy 333 lt. 6 s. 8 d. |
| À 400 lt | Au s[ieu]r Fanjoux, à present professeur en philosophie, deux cens cinquante livres, cy 250 lt. |
| À 400 lt | Au s[ieu]r Renaudot, à present professeur en philosophie, deux cens livres, cy 200 lt. |
| À 400 lt | Au s[ieu]r Meure, régent de la premiere classe huit cens soixante quinze livres, cy 875 lt. |
| À 300 lt | Au s[ieu]r Lefebvre le jeune, cy devant regent de la seconde classe, absent il y a trois ans, trois cens trente sept livres 10 sols, cy 337 lt. 10 s. |
| À 300 lt | Au s[ieu]r Boisabert, à présent regent de la seconde, sept cens vingt deux livres, cy 722 lt. |
| À 250 lt | Au s[ieu]r Gouin, regent de la troisiesme, trois cens vingt dix livres, cy 326 lt. |
| À 210 lt | Au s[ieu]r Broussart, cy devant regent de la quatriesme, cent vingt huit livres dix sept sols, cy 128 lt. 17 s. |
| À 210 lt | Au s[ieu]r de Pres le jeune, à present regent de la quatriesme, cinquante deux livres dix sols, cy 52 lt. 10 s. |
| À 210 lt | Au s[ieu]r de Salnay, regent de la cinu[uiesme]e, quatre vingt deux livres dix sols, cy 82 lt. 10 s. |
| Arresté au conseil academique le 29 janvier 1685. | |
| Lesquels gages ont toujours esté payés par les provinces, scavoir | |
| L’Isle de France | 800 lt. |
| Normandie | 800 [lt.] |
| Poitou | 975 [lt.] |
| Xaintonge | 575 lt. |
| Bretagne | 130 lt. |
| Aunou, Touraine et le Mayne | 850 [lt.] |
| 4 130 lt. | |
| Et les gages se montent par chacun an à 4 070 [lt.] | |
| Plus il paroist par ledit arresté estre deub pour les livres ou prix donnés aux escoliers, la somme de cent quatre seize livres dix sols, et fournis par des libraires il y a plus de quatre ou cinq ans, scavoir | |
| À Nobilleau55 | 6 lt. 5 s. |
| À Pean56 | 90 lt. |
| À Vaillant57 | 16 lt. |
| À Ribotteau58 | 44 lt. 5 s. |
| À Desbordes59 | 40 lt. |
| Le prix desquels livres se perçoit autres fois des deniers deus par Messieurs de Villernou au consistoire de Saumur60. | |
Source : Arch. nat., TT 266, fo 583-585. Ces différents éléments se retrouvent également sur les deux dernières pages du registre des recettes de l’académie de Saumur (AM Saumur, fo 112-113).
Notes de bas de page
1Jean Aymon (dir.), Tous les synodes nationaux des Eglises Reformées de France, La Haye, Charles Delo, 1710, 2 vol.
2Didier Boisson (dir.), Actes des synodes provinciaux des Églises réformées d’Anjou-Touraine-Maine (1594-1683), Genève, Droz, 2012.
3Avant la révocation de l’édit de Nantes, ce sont les provinces de Bretagne, de Normandie, d’Île-de-France-Champagne-Picardie, du Poitou et de Saintonge-Aunis-Angoumois.
4Ces registres sont accessibles sur le site des archives municipales de Saumur (http://archives.ville-saumur.fr/am_saumur/app/03_archives_en_ligne/01_academie_protestante/index.php). Pour l’histoire du collège et de l’Académie, voir l’introduction, rédigée par Jean-Paul Pittion, du fonds numérisé de l’Académie ; François Lebrun (dir.), Saumur, capitale européenne du protestantisme au XVIIe siècle, Fontevraud, Abbaye royale de Fontevraud, 1991 ; Hubert Landais (dir.), Histoire de Saumur, Toulouse, Privat, 1997.
5Ces archives sont également sur le site des archives municipales de Saumur, mais sans transcription du registre à la différence de ceux du conseil académique (http://archives.ville-saumur.fr/f/acaprotestante/mosaique/?&debut=400).
6Willem Frijhoff, « L’Académie protestante de Saumur et les Néerlandais », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, t. 123-4, 2016, p. 61-91.
7La principale synthèse sur les académies protestantes françaises est ancienne : Pierre-Daniel Bourchenin, Étude sur les Académies protestantes en France au XVIe et au XVIIe siècle, Paris, Grassart, 1882. Voir également, Solange Deyon, « Les Académies protestantes en France », Bulletin de la SHPF, t. 135-1, 1989, p. 84 ; Jean-Paul Pittion, « Les Académies réformées de l’Édit de Nantes à la Révocation », dans Roger Zuber et Laurent Theis (dir.), La Révocation de l’Édit de Nantes et le protestantisme français en 1685, Paris, Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 1986, p. 191-192 ; Yves Krumenacker, « Les académies protestantes en France au XVIIe siècle », Dix-septième siècle, no 293, 2021, p. 243-256.
8J. Aymon (dir.), Tous les synodes…, op. cit., t. 1, p. 225, art. 1 de la Distribution.
9« Outre la Somme accordée à l’Academie de Saumur par le Synode de Saint-Maixent, & continuée par celui de Privas, la Compagnie lui a encore donné six cents Livres par Année, pour rendre son Colege plus accompli, & le fournir de tous les Regens & Professeurs nécessaires » (J. Aymon [éd.], Tous les synodes…, op. cit., t. 2, p. 35, synode de Tonneins, art. 9 Des Academies et Coleges).
10Sur les rapports entre académie et collège à Saumur, voir Jean-Paul Pittion, « Être collégien à Saumur sous l’édit de Nantes », dans Yves Krumenacker et Boris Noguès (dir.), Protestantisme et éducation dans la France moderne, Lyon, Chrétiens et sociétés – Documents et mémoires, 2015, p. 95-107 ; Didier Boisson, « Le collège et l’académie de Saumur, un même établissement ? », dans ibid., p. 109-123.
11AM Saumur, registre de l’Académie, fo 9 ro, juillet 1614.
12Ibid., fo 49 vo, 21 juillet 1620 : « Que lesdites accademies entretenues des deniers du roy seront paiées sur le premier quartier et non pas sur les trois quartiers, afin que le receveur aiant de bonne heure les somme en fonds en puisse accommoder par advance ou autrement ceux desditz professeurs et regentz qui auroient quelque nécessité ».
13Ibid., fo 62, 30 juillet 1621. Ce sont Cameron et Cappel qui sont absents, mais il est précisé qu’ils souhaitent « revenir à leurs charges aussi tost que le temps le leur pourra permettre » (fo 62, 1er août 1621).
14Ibid., fo 70 vo, 9 et 20 juillet 1625.
15Ibid., fo 72 ro, 14 février 1626.
16Ibid., fo 89 ro, 25 juillet 1631. Isaac Du Candal est receveur général des deniers du roi par commission obtenue lors du synode national de Gap de 1603.
17J.-P. Pittion, Introduction du fonds numérisé du conseil académique, op. cit.
18J. Aymon (dir.), Tous les synodes…, op. cit., t. 2, p. 512, chap. 24, art. 6.
19Ibid., p. 517, chap. 28, art. 2.
20J.-P. Pittion, Introduction du fonds numérisé du conseil académique, op. cit.
21J. Aymon (dir.), Tous les synodes…, op. cit., t. 2, p. 518, chap. 28, art. 2.
22Ibid., p. 520, chap. 29.
23Bibliothèque du Protestantisme français, ms. 579/1, fo 44.
24AM Saumur, registre de l’Académie, conseil extraordinaire, fo 139, 1645.
25D. Boisson (dir.), Actes des synodes, op. cit., p. 280-281, art. 12.
26Ibid., p. 298.
27Ibid., p. 299. En 1631, il est écrit dans le registre de l’académie : « combien qu’il n’ait pas apparence qu’aucune eglise demande le transport de l’academie attendu les arrestés du dernier synode de ceste province, neantmoins sera le député chargé en tout cas de s’opposer à toute demande de transport, et de demander qu’il soit persisté en ce dont les mémoires des députés au synode national ont esté chargés touchant l’affermissement de l’academie en ceste ville » (AM Saumur, registre du conseil académique, fo 89 vo, 27 juillet 1631).
28Ainsi le synode provincial d’Orléanais-Berry demande en 1636 : « Les deputés de ceste province renouvelleront au synode n[ation]al prochain la demande de transport de l’academie de Saumur en la ville de Chastillon sur Loin, laquelle fut desia faite au syn[ode] n[ation]al tenu à Charenton, 1623 » (BnF, ms. fr. 15829, fo 306 vo, art. 11).
29J. Aymon (dir.), Tous les synodes…, op. cit., t. 1, p. 378, synode national de Saint-Maixent, art. 3 des Academies et coleges.
30Ibid., t. 1, p. 437, synode national de Privas, art. 19 des Academies et coleges.
31Ibid., t. 2, p. 122, synode national de Vitré, art. 1 des Academies et coleges. Voir également art. 5 des Academies et coleges du synode national d’Alès de 1620 (p. 104), art. 1 des Universités et des coleges du synode national de Charenton de 1623 (p. 186), ou l’art. 2 du chap. 32 du synode national de Castres de 1626 (p. 401).
32Marcel Baudot (dir.), « Le synode des Églises réformées de Normandie tenu à Caen en 1675 », Cahiers Léopold Delisle, t. 13-3/4, 1964, p. 17-37.
33BnF, ms. fr. 15829, fo 311 ro-vo, art. 36.
34AM Saumur, (http://archives.ville-saumur.fr/_depot_amsaumur/_depot_arko/articles/805/les-finances-de-l-academie_doc.pdf).
35Ibid., conseil extraordinaire, fo 145, 20 août 1647. La même demande est inscrite dans les actes du synode provincial d’Anjou-Touraine-Maine de 1647 : « L’academie de Saumur a requis que le deputté au sinode de Poitou soit chargé de demander instamment audit synode qu’il leur plaise de pourvoir au plus tost à ce que les arrerages qui sont deubs à ladite academie par ladite province leur soient payés » (D. Boisson [éd.], Actes des synodes, op. cit., art. 16).
36D. Boisson (dir.), Actes des synodes, op. cit., art. 16.
37Olivier Fatio, « Claude Pajon et les mutations de la théologie réformée à l’époque de la Révocation », dans R. Zuber et L. Theis (dir.), La Révocation, op. cit., p. 209-225. Albert Gootjes, « Calvin and Saumur: the case of Claude Pajon (1626-1685) », Church History and Religious Culture, t. 91/1-2, 2011, p. 203-214 ; Id., « Un épisode méconnu de la vie de la communauté réformée au milieu du XVIIe siècle. La première controverse pajoniste sur la grâce », Bulletin de la SHPF, t. 15622, 2010, p. 211-229 ; Id., Claude Pajon (1626-1685) and the Academy of Saumur. The First Controversy over Grace, Leyde, Brill, 2013.
Lors du synode provincial d’Anjou-Touraine-Maine de 1667 s’affrontent partisans et opposants à Claude Pajon. D’après les actes, le synode provincial soutient le choix de l’Académie (D. Boisson [éd.], Actes des synodes, op. cit., p. 420-423). Le registre du conseil académique ne mentionne pas de débat sur cette élection. Pourtant, sa lecture est révélatrice des nombreuses tensions et conflits existant dans l’établissement. Voir Thomas Guillemin, « “La doctrine de Saulmur et de Blois” : l’aile radicale de l’École théologique de Saumur », Dix-septième siècle, no 293, 2021, p. 271-283.
38Bibliothèque du Protestantisme français, ms. 584/1, fo 31 vo, synode provincial de Jonzac.
39Ibid., fo 30.
40Y. Krumenacker, « Les académies », op. cit., p. 254.
41J. Aymon (dir.), Tous les synodes…, op. cit., t. 2, p. 514, chap. 26, art. 2.
42Ibid., art. 1.
43Le registre du conseil académique mentionne le 1er novembre 1636 qu’il est nécessaire de trouver les « expediens les plus propres » pour trouver des recettes en raison du non-paiement du quint denier par les provinces (AM Saumur, registre du conseil académique, fo 118 ro).
44J. Aymon (dir.), Tous les synodes…, op. cit., t. 2, p. 583, synode national d’Alençon de 1637, chap. 17, art. 1. Lors du synode national de Loudun de 1659 il est dû à l’académie de Saumur 30 livres de la province de Saintonge-Aunis-Angoumois, 300 livres de celle de Bretagne et 1 680 livres 18 sols 9 deniers de celle de Normandie (ibid., p. 798, chap. 12, art. 13).
45Ibid., p. 584, chap. 18, art. 8. À remarquer que la province d’Île-de-France-Champagne-Picardie ne doit rien à l’académie de Saumur, malgré les reproches qui lui ont été faits.
46Ibid., p. 587, art. 16.
47Ibid., p. 700, synode national de Charenton de 1645, chap. 17, art. 26.
48AM Saumur, registre des recettes, fo 7-8. Il s’agit des art. 6-7 du chap. 24, de l’art. 1 du chap. 25, et des art. 1-5 du chap. 26. À noter que le registre du conseil académique retranscrit également ces articles, mais de façon plus exhaustive. De la même façon, les articles du synode d’Alençon de 1637 concernant les académies et collèges sont retranscrits dans le registre des recettes (fo 18-19).
49AM Saumur, registre du conseil académique, fo 221 vo, 24 mars 1670.
50Arch. nat., TT 266, fo 585-586.
51Ibid., fo 587.
52Anjou-Touraine-Maine.
53Île-de-France.
54Saintonge-Aunis-Angoumois.
55Henri Nobilleau.
56René Péan.
57François Vaillant.
58Jean Ribotteau.
59Jean Desbordes.
60Référence au legs évoqué ci-dessus.
Auteur
-
Didier Boisson
Université d’Angers. TEMOS (UMR 9016)
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