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    Plan détaillé Texte intégral Des racines profondes La crise de 1747-1749 et le gouvernement urbain d’Enkhuizen Une adhésion unanime à la cause orangiste ? La position de la ville pendant l’intermède républicain Une ville imperméable aux déceptions du temps de Guillaume V ? Notes de bas de page

    Enkhuizen au xviiie siècle

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre VIII. Enkhuizen, permanence d’un bastion orangiste

    p. 247-280

    Texte intégral Des racines profondes La crise de 1747-1749 et le gouvernement urbain d’Enkhuizen Une adhésion unanime à la cause orangiste ? La position de la ville pendant l’intermède républicain Une ville imperméable aux déceptions du temps de Guillaume V ? Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Le caractère républicain de la structure fondée par l’Union d’Utrecht en 1579 n’allait pas de soi. Les sept provinces septentrionales de l’ancien Cercle de Bourgogne ne renoncèrent pas tout de suite à désigner un souverain. La lutte menée contre les Espagnols favorisa en outre l’éclosion politique du stadhouder. Si cette fonction était au départ essentiellement d’ordre militaire, son titulaire prit ensuite une importance inédite, en particulier par le biais des nominations aux emplois fédéraux ou municipaux. La personnalité de Guillaume le Taciturne, assassiné en 1584, constitua également un facteur décisif de transformation. Il est vrai que la maison de Nassau, à laquelle il appartenait, avait pris une dimension majeure à l’occasion de la récupération de l’héritage de René de Châlon. Elle avait ainsi mis la main sur la principauté d’Orange, et le titre prestigieux qui l’accompagnait. Les successeurs du Taciturne occupèrent sans interruption la fonction de stadhouder jusqu’en 1650. En dépit des efforts de Frédéric-Henri et de Guillaume II, la perspective d’une monarchie héréditaire devait rester virtuelle. La conclusion de la paix de Münster ainsi que l’absence d’un héritier permit d’ailleurs aux républicains d’inaugurer une période qu’ils nommèrent « de ware vrijheid ». Les États de Hollande, où siégeaient les représentants d’Enkhuizen, interdirent même aux membres de la maison princière d’exercer la charge du stadhoudérat grâce à un Acte d’exclusion.

    2De nombreux régents, souvent au pouvoir dans les villes des provinces maritimes, rejetaient en effet toute perspective de concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme. Outre la période 1650-1672, ils parvinrent à limiter la puissance des Orange-Nassau dans la première moitié du XVIIIe siècle lors d’une nouvelle période sans stadhouder. En 1747, de nouvelles menaces d’invasion précipitèrent l’accession au pouvoir de Guillaume IV, issu de la branche cadette de la Maison d’Orange. La faiblesse et l’anglophilie de son fils, déclaré majeur en 1766, le discréditèrent rapidement auprès de l’opinion publique. Les tensions et les incertitudes se déployèrent donc tout au long du XVIIIe siècle, nourries des incertitudes biologiques et des menaces extérieures. De larges fractions du peuple, ouvertement orangistes, arbitraient également le combat de temps à autre par le biais de soulèvements urbains. La place exacte à réserver aux descendants de Guillaume le Taciturne a donc structuré en grande partie la vie politique de la République1. Olaf Mörke a rappelé l’importance de la cour des Orange dans la culture politique de l’époque, tout en soulignant que pour une grande partie de la population, l’autorité institutionnelle se partageait également entre les États provinciaux et le stadhouder2.

    3Les options retenues par le conseil urbain d’Enkhuizen à l’occasion de ces différents épisodes présentaient donc un grand intérêt. Ainsi, cette participation à un des débats politiques les plus importants de l’époque semble avoir revêtu une signification particulière pour les magistrats de la ville. Le compliment lu à Guillaume V lors de sa visite du port du Zuiderzee le 22 juillet 1773 rappelle explicitement le positionnement de la ville sous la forme d’un soutien total à la cause orangiste. Le texte affirme par ailleurs que cet attachement n’était pas de circonstance, mais au contraire sincère et ancien. L’affection profonde et publique dont le visiteur fut l’objet rejaillissait naturellement sur son lignage, et d’autres passages témoignent de la confiance inextinguible des magistrats dans la vocation des Orange-Nassau à diriger le pays. C’est la rhétorique à l’œuvre dans le texte qui suscite l’intérêt. Après un rappel circonstancié du ralliement des habitants de la ville à Guillaume en 1572, le document insistait sur le soutien sans faille accordé à la maison princière lors des crises qui suivirent.

    4La conviction exprimée par le gouvernement d’Enkhuizen semble avoir été que leur ville partageait le même destin que celui des Orange-Nassau. Il en ressort l’image d’une cité rendue glorieuse non seulement par son héroïsme, mais également en raison de la perspicacité et de la constance de ses choix politiques. Il s’agissait ainsi d’affirmer la distinction de la ville vis-à-vis du reste de la communauté nationale. Enkhuizen devait s’imposer à tout prix dans l’histoire comme un précoce et inexpugnable bastion orangiste. C’est bien l’identification de la ville à cet attachement que les magistrats s’acharnaient ainsi à défendre. Notre hypothèse est que celui-ci s’est imposé comme un élément essentiel de l’identité de la communauté urbaine d’Enkhuizen. Mais le gouvernement de la ville ne cherchait-il pas plutôt, dans la foulée du jubilé du soulèvement contre les Espagnols, à faire fructifier cet héritage historique ? Quelle est la part exacte de la posture et des sentiments profonds dans les prises de position publiques des magistrats ? La fidélité à cet engagement fut-elle constante tout au long du XVIIIe siècle ? La profession de foi de 1773 prenait en effet une connotation particulière dans un contexte politique marqué par une fortune changeante pour le camp orangiste. La perspective de lourds frais militaires comme des dépenses de cour pouvait-elle être encore populaire dans une ville en déclin économique ? La multiplication des crises aiguës, provoquée par l’affrontement entre orangistes et républicains, n’était-elle pas de nature à émousser le soutien des magistrats ? La refonte en profondeur de la communauté urbaine, avec en particulier le fort recul du poids des gens de mer et des nécessiteux ne portait-elle pas en germe l’affaiblissement des soutiens traditionnels aux Orange ? Davantage que pour des motifs religieux, la ville s’était en effet ralliée en 1572 à Guillaume le Taciturne dans le but de défendre son intégrité et les ressources financières procurées par ses nombreuses activités. Cette révolte, qui aurait présidé à un attachement solide d’Enkhuizen à la maison d’Orange, était l’expression du dynamisme et de la vitalité de la ville. Que pouvait-il en rester à l’heure du déclin économique et démographique ?

    Des racines profondes

    5Cet attachement semble avoir eu pour matrice la révolte contre l’Espagne, ce dont témoignent quelques événements antérieurs au XVIIIe siècle. Si l’on en croit les historiens de la ville, un certain nombre d’habitants auraient manifesté assez tôt de la sympathie pour les entreprises de Guillaume le Taciturne. Ce dernier le leur aurait d’ailleurs bien rendu, en donnant à Enkhuizen une réelle importance stratégique dans les années 1570-1571. Sa prise de contrôle devait d’ailleurs inaugurer un grand plan d’invasion des Pays-Bas3. Nous savons pourtant que le soulèvement réussi du printemps 1572 fut en grande partie l’œuvre de la population elle-même. La cause orangiste ne fut pas oubliée pour autant, comme en attestent le pavoisement des principaux points de la ville à ses couleurs ainsi que la présence de Pieter Buyskes. Brandt prit d’ailleurs soin d’insérer dans son ouvrage le texte intégral de la commission donnée par le prince d’Orange à ce personnage4. La lettre qu’il écrivit le 5 mai 1572 en demandant à la ville de se rallier à lui a vraisemblablement précipité la rupture entre les magistrats d’alors et les insurgés. Physiquement absent, Guillaume le Taciturne n’en était donc pas moins présenté comme un acteur déterminant de la journée du 21 mai par l’historien de la ville le plus lu. Ce tournant dans le destin d’Enkhuizen se solda en outre par la remise du pouvoir municipal entre les mains de ses partisans. Ceux-ci, à commencer par son lieutenant Sonoy, en usèrent largement, ne contribuant pas peu à la refonte de l’élite dirigeante de la ville. La reconnaissance de Guillaume à l’égard d’Enkhuizen s’exprima dès sa visite du 20 octobre 15725. Un an plus tard, Guillaume accorda aux habitants de la ville le privilège exceptionnel de percevoir le paalgeld, une taxe instituée au XVe siècle et pesant sur les marchandises transportées par voie maritime, à l’entrée du Zuiderzee. Ces événements occupaient-ils une place dans la mémoire collective de la ville ?

    6Un intérêt réel pour les bouleversements des années 1572-1573 a déjà été repéré chez quelques habitants. Toutes les bibliothèques privées du XVIIIe siècle contenaient le livre de Geraerdt Brandt qui consacrait tant de pages au soulèvement contre les Espagnols et au ralliement à Guillaume le Taciturne. Les lecteurs qui s’intéressaient aux événements du dernier tiers du XVIe siècle avaient donc sous les yeux la présentation élogieuse du prince. Johannes Rootbol, docteur en médecine installé à Enkhuizen à la fin des années 1770, a annoté l’exemplaire de l’Historie der vermaerde zee- en koop-stadt Enkhuizen… en sa possession6. Si l’insurrection de 1572 n’a finalement provoqué que très peu de commentaires de sa part, les actions de Guillaume le Taciturne semblent avoir retenu son attention. Rootbol écrivit en effet quelques lignes en marge de la description de l’hommage rendu par le prince à Enkhuizen. Plus en avant dans le livre, commentant les conséquences de l’assassinat du prince en 1584, Rootbol releva la place privilégiée occupée par Enkhuizen dans l’hommage qui lui fut rendu. En s’appuyant parfois sur d’autres ouvrages, cet habitant d’Enkhuizen a donc jugé bon de compléter certains épisodes liant l’histoire de la ville à celle du héros national.

    7Des personnages de premier plan dans la cité, comme le magistrat Thadeus Mul, partageaient cet intérêt pour la figure du Taciturne. La liste des ouvrages mis en vente lors de la dispersion de sa bibliothèque, en 1755, ne contenait pas moins de cinq livres ayant pour sujet ce personnage ou sa descendance directe7. Il s’agissait néanmoins d’exemplaires imprimés à des dates très différentes, ce qui pourrait indiquer que certains ne se trouvaient dans cette bibliothèque qu’à la suite de la dispersion de l’héritage d’un parent. Il est impossible d’en être bien assuré, mais s’il ne les a pas achetés, du moins Mul a-t-il conservé ces livres. D’autres lecteurs, plus modestes, montrèrent de l’intérêt pour des ouvrages mettant en scène la vie édifiante du prince assassiné en 15848. Les objectifs politiques n’étaient parfois pas très éloignés de l’hommage rendu à Guillaume. Les archives d’Enkhuizen renfermeraient ainsi une étude détaillée de la position du Taciturne, comme stadhouder, après la réunion des États Généraux à Dordrecht en juillet 1572. Ce travail de réflexion institutionnelle, mené vers 1772 par le conseiller H. A. van Bleiswijk, faisait la part belle à des questionnements sur l’origine de la souveraineté ou le statut du stadhouder, avec comme principale référence Guillaume le Taciturne9.

    8Les habitants d’Enkhuizen semblent avoir été, en outre, convaincus de la légitimité des avantages accordés par Guillaume d’Orange à la ville, comme nous l’avons déjà vu avec le « Verhael van de Semeynen » de C.R. Keyzer. Au-delà de la simple défense de ses intérêts matériels, l’entreprise poursuivie par ce dernier nous renseigne sur l’aura dont bénéficiait la mémoire du prince assassiné à Delft. Se placer sous son patronage et rappeler constamment sa faveur semblaient en effet être pour Keyzer la clé du succès. Il reçut d’ailleurs de Guillaume III une charge de secrétaire en 1684. Cette pugnacité dans la revendication des privilèges reçus lors des épisodes de la Guerre de Quatre-vingts Ans était largement partagée par les magistrats de la ville, comme en 1751. Le recours à une décision prise par le Taciturne bien des décennies auparavant leur permit ainsi de revendiquer le droit de la cité à accueillir deux marchés hebdomadaires10. Trois ans plus tard, le gouvernement urbain demanda à son représentant à La Haye de défendre avec énergie les droits de la ville sur la perception d’une taxe à Gouda, en se fondant sur un privilège reçu « du Prince Guillaume 1er, de glorieuse mémoire »11. Il est évident que cet attachement ancien constituait à lui seul une marque de distinction par rapport à d’autres villes néerlandaises. La cause orangiste était par conséquent très étroitement associée à ce qui peut être considéré comme une seconde naissance de la ville. Élément déterminant dans la motivation du rejet des Espagnols, l’adhésion aux projets de la maison de Nassau devenait ainsi une des bases de la refondation de la communauté urbaine.

    9Le souvenir de la fidélité des habitants d’Enkhuizen à la maison princière était-il voué à se cantonner à l’épopée de Guillaume le Taciturne ? Les premières décennies du XVIIe siècle offrirent la possibilité de renforcer ce lien. Il est vrai qu’en dépit de la trêve conclue avec les Espagnols en 1609, l’indépendance du pays n’était pas encore acquise. Maurice, le fils du Taciturne, fit escale à Enkhuizen en 1614. Quand Abraham de Wicquefort évoqua cet événement dans son Histoire des Provinces-Unies… imprimée au début du XVIIIe siècle, c’était pour mieux souligner la singularité du bon accueil reçu à Enkhuizen12. Un panneau de grande taille fut peint à cette occasion, où les armes de la ville figuraient en bonne place aux côtés de celles de la maison princière13. La grave querelle religieuse qui opposa les Arminiens aux Gomaristes ne se solda pas uniquement par la victoire des seconds lors du synode de Dordrecht. Le stadhouder put également asseoir son pouvoir face aux États de Hollande. Venu en Frise occidentale en 1618 afin d’expulser des conseils urbains les magistrats qui avaient soutenu Oldenbarnevelt, Maurice d’Orange épargna Enkhuizen14. Si l’on en croit Sebastiaan Centen, la ville sut témoigner sa reconnaissance au moment de la disparition du prince, en 162515. D’autres occasions pour la ville de faire la démonstration de sa fidélité se présentèrent tout au long du siècle, surtout au temps des difficultés militaires. L’enjeu consistait, pour le prince d’Orange, à s’imposer le plus durablement possible dans des fonctions dirigeantes. Enkhuizen fut le théâtre, à plusieurs reprises, d’événements permettant au stadhouder de faire pression sur les républicains comme durant les six jours de troubles de juin-septembre 1653. Si un certain nombre de bourgeois aspiraient, les armes à la main, à un renouvellement du gouvernement urbain, ce n’était pourtant pas une révolte exclusivement locale. Même privé d’une direction claire, le mouvement était ouvertement orangiste16. Ces journées qui figurent parmi les plus spectaculaires du XVIIe siècle paraissent néanmoins n’avoir suscité aucune réminiscence dans les consciences à Enkhuizen. Les habitants étaient-ils plus enclins à s’attacher à des personnalités particulièrement charismatiques ?

    10Le souvenir des années 1672-1702 dans la ville tend à nous le faire croire. Il est certain qu’une majorité d’habitants fit le vœu de voir le prince d’Orange être élevé à la dignité de stadhouder. L’historien de la ville pour cette période, Sebastiaan Centen, relève sans surprise que la population d’Enkhuizen resta très calme pendant la prise de pouvoir de Guillaume III17. Au-delà de cet événement, la personne du prince semble également avoir suscité un véritable intérêt. Cet attachement a sans doute redoublé d’intensité à la suite de la visite effectuée par le futur roi d’Angleterre à Enkhuizen en 1683. Sebastiaan Centen jugea d’ailleurs l’événement suffisamment important pour le faire figurer dans sa suite de l’histoire de la ville18. Un document issu du conseil urbain nous livre une description très détaillée de ce court séjour, puisque Guillaume III arriva à Enkhuizen le 13 juin au soir pour en repartir dès le lendemain. Alors que le motif de sa visite était d’ordre militaire, à savoir l’inspection d’un navire de guerre en construction, Guillaume fut reçu avec beaucoup d’égards. Accueilli par des coups de canon, il put ensuite entendre les compliments du secrétaire Haak, alors que les plus hauts magistrats se trouvaient au lieu d’accostage de la chaloupe. Puis le prince passa en revue cinq compagnies de la milice bourgeoise, et rejoignit sa chambre à coucher dans un bâtiment de l’Amirauté. Le lendemain matin fut consacré, après l’office dans la Westerkerk, à un petit tour en carrosse dans la partie orientale de la ville, ainsi qu’à une visite aux chantiers navals19. Il semble que les motivations des magistrats ne se soient pas limitées au souci d’honorer leur héros. Le conseil urbain, réuni le 14 juin 1683 pour faire le bilan de cette visite, se déclara en effet très satisfait d’avoir pu recevoir le prince avec autant d’égards que la ville voisine de Hoorn20.

    11La rivalité régionale ne peut cependant suffire à expliquer le déploiement de prévenances à l’égard de Guillaume III. Il existe en effet de multiples traces d’une authentique sympathie des magistrats de la ville à l’égard de la maison princière, comme en témoignent deux décisions prises peu de temps après la visite du stadhouder. Dans une lettre du 29 mars 1689, les édiles d’Enkhuizen demandaient ainsi aux députés de la ville en poste à La Haye de favoriser la mise à disposition d’un portrait du prince sur la demande du peintre Ferreris. Ce dernier souhaitait en effet réaliser une copie de ce tableau, et devait pour cela accéder à la salle des États Généraux21. Les historiens de l’art nous apprennent que l’artiste put mener son travail à bien, et que son tableau fut accroché dans le lieu où se réunissaient les bourgmestres. Placé au-dessus de la cheminée, le portrait du prince couronné et en armure était entouré des armes de la ville22. Quelques mois après la probable réalisation du tableau, les magistrats d’Enkhuizen rendirent un avis favorable à l’octroi d’une pension annuelle de 12 000 florins à la princesse douairière de Frise, Albertine-Agnès d’Orange-Nassau, en argumentant sur les services rendus dans le passé23.

    12Observe-t-on hors du conseil urbain d’Enkhuizen une continuité semblable dans l’attachement porté à Guillaume III ? La bourgeoisie, notamment à travers la garde civique, avait eu en effet l’occasion de montrer sa fidélité lors de la visite de 1683. Des ouvrages ou des portraits du prince circulèrent à Enkhuizen au XVIIIe siècle, en particulier dans les demeures des régents de la ville24. La possession de biens culturels en relation avec les membres de la maison d’Orange-Nassau ne se limitait donc pas, pour les habitants d’Enkhuizen, au souvenir de la guerre de Quatre-Vingts ans. Ce vecteur privilégié de la mémoire s’attachait, certes, à quelques figures individuelles. Mais l’objet même de cette mémoire, un lignage nobiliaire intervenant ponctuellement à la tête de la République des Provinces-Unies, explique en partie cette personnalisation. La présence de dix-sept portraits de la famille princière chez Roelof Blok signifiait ainsi sans doute le désir de posséder une vue d’ensemble sur cette destinée25. Un certain nombre d’informations accréditent donc la thèse d’un remarquable renouvellement de l’attachement des élites et du gouvernement de la ville à cette lignée.

    13Une partie de la communauté d’Enkhuizen se distinguait de l’exemple de nombreuses cités maritimes des Provinces-Unies, à commencer par Amsterdam, qui se signalaient par leur attachement à un modèle oligarchique. Les racines de cet attachement plongeaient résolument dans l’épopée de Guillaume le Taciturne. L’hypothèse d’une survie tenace de cet héritage dans la mémoire des habitants de la ville au XVIIIe siècle doit être validée, car l’absence d’un stadhouder dans la province de Hollande entre 1702 et 1747 ne paraît pas avoir refroidi les sympathies orangistes à Enkhuizen. Bien au contraire, le souvenir de Guillaume III prit le relais de celui de son aïeul. Nous pouvons imaginer que des sentiments profonds unissaient un certain nombre d’habitants d’Enkhuizen aux Orange-Nassau. Magistrats comme simples habitants partageaient un attachement a priori solide envers la maison princière, en dépit des revers de fortune qui accablèrent cette dernière dans la première moitié du XVIIIe siècle. Les événements décisifs de 1747 et des années qui suivirent n’ont-ils pas en effet influencé cette situation ? Le rétablissement du stadhoudérat dans les provinces maritimes, ainsi que les graves révoltes dont certaines villes furent le théâtre, étaient de nature à constituer un tournant dans l’ancrage d’Enkhuizen au sein du camp orangiste.

    La crise de 1747-1749 et le gouvernement urbain d’Enkhuizen

    14Longtemps repliée dans les provinces de Groningue et de Frise, où la branche frisonne avait conservé le stadhoudérat, la maison d’Orange-Nassau ne revint en effet sur le devant de la scène nationale qu’en 1747. Les débats entre les Orangistes et leurs opposants s’étaient réveillés à la majorité de Guillaume IV, mais le stadhoudérat des provinces septentrionales n’offrait à son titulaire qu’un rayonnement limité. La situation explosive de 1747 imposa au contraire des réaménagements politiques de grande ampleur. Différents mécontentements se télescopèrent, la crise sociale et économique née les années précédentes venant se superposer à des revendications politiques non assouvies au sein de la bourgeoisie d’un certain nombre de villes des Provinces-Unies. Le début de l’invasion du territoire néerlandais par les Français, le 17 avril 1747, eut pour effet de rendre encore plus fragile la position des élites politiques alors au pouvoir26. Les circonstances paraissaient favorables aux partisans des Orange-Nassau, frustrés par la longue période sans stadhouder à l’échelle du pays. Comme en 1672, le recours à un homme fort concentrant entre ses mains le commandement des armées de terre et de mer semblait s’imposer dans un contexte de grande menace extérieure. De fortes oppositions subsistaient cependant dans les provinces occidentales, qui comptaient parmi les plus riches et les plus peuplées. À la suite du vieux bastion orangiste zélandais, la Hollande consentit néanmoins à remettre à Guillaume Friso la charge de lieutenant général des armées dans la nuit du 30 avril 1747. Dans une lettre datée du jour suivant, les magistrats d’Enkhuizen assuraient le nouveau stadhouder de leur soutien, souhaitant compter « en toutes circonstances sur la faveur et l’amitié » du prince27. La ville cherchait ainsi à donner une preuve éclatante de son allégeance au nouvel homme fort de la province, tranchant ainsi avec l’attitude de ses voisines Hoorn et Medemblik. Cette soumission était-elle sincère ? Quelques courriers envoyés précédemment peuvent le laisser penser. En 1743 comme en 1746, les magistrats d’Enkhuizen eurent en effet à cœur de féliciter la princesse Anne pour ses accouchements28. Leurs témoignages de soutien correspondaient donc, au printemps 1747, à une attitude cultivée depuis longtemps qui survécut à une longue période d’éclipse politique pour les princes d’Orange-Nassau.

     

    15Le ralliement progressif de toutes les provinces au prince ne signifia pas la fin des tensions, bien au contraire. La perpétuation de la menace extérieure, ainsi qu’une pression fiscale accrue mit le feu aux poudres dans nombre de villes hollandaises, en particulier à Haarlem, Amsterdam, La Haye ou Leyde. Le gouvernement d’Enkhuizen pouvait-il se croire à l’abri ? D.J. Roorda, concluant son analyse sur le mouvement de 1672 dans la ville, avait bien indiqué que le calme relatif tenait à un accord entre les factions au pouvoir, au détriment d’une bourgeoisie toujours aussi peu représentée29. Le retour aux affaires d’un prince d’Orange n’était-il pas de nature à réveiller des conflits latents ? Haarlem a en effet vu se développer, dans cette période, des luttes très dures pour la possession du pouvoir municipal30. Face à une rue orangiste aux revendications diverses et parfois contradictoires, bien des conseils urbains souffrirent ainsi de leur attachement au système oligarchique. De plus, Guillaume IV et ses conseillers en profitèrent souvent pour faire pression sur les régents en place, comme ce fut le cas à Hoorn31. La mise à jour de difficultés de cette nature à Enkhuizen pourrait donc indiquer un divorce entre la communauté et ses dirigeants quant au soutien à apporter au prince.

    16La rhétorique à l’œuvre dans certaines décisions prises au cours de l’année 1747 par les magistrats nous incite à penser que la situation était instable à Enkhuizen. S’interrogeant sur l’opportunité d’armer les habitants de la campagne ainsi que des volontaires, le conseil urbain évoquait clairement dans sa résolution du 1er août 1747 les dangers et l’instabilité du contexte32. Quelques mois plus tard, il se faisait plus précis en agitant, au-delà des risques d’invasion par les Français, la menace d’une déstabilisation de la ville par le biais de mouvements émeutiers33. Cette crainte apparaissait d’ailleurs à nouveau dans le projet de règlement de la milice, présenté le même jour. L’article 30 de ce texte engageait chaque habitant de la ville à prévenir la garde civique dès qu’il aurait vent de pareils événements. L’éventualité de troubles graves était donc envisagée très officiellement par le gouvernement urbain. S’agissait-il d’un excès inutile de prudence, ou bien la situation était-elle vraiment sur le point d’échapper aux magistrats de la ville ?

     

    17Une partie de la réponse à cette question se trouve dans les décisions rapides et déterminées qui furent prises pendant cette période à Enkhuizen. En outre, les grands axes de l’action menée par le gouvernement de la ville correspondaient exactement à une difficulté à laquelle de nombreux autres conseils urbains étaient confrontés. Le contrôle des bourgeois en armes représentait effectivement une préoccupation édilitaire majeure, sans doute aiguillonnée par le rôle important joué par les milices urbaines lors de la crise déclenchée en 1747. L’obligation faite à certains habitants de la ville, en échange du droit de bourgeoisie, de participer à la surveillance des murs et des portes au sein de la milice recouvrait encore une charge symbolique très forte aux Provinces-Unies. En dépit d’un déclin de leur valeur militaire, ces troupes demeuraient un motif de fierté et s’acquittaient par ailleurs d’un certain nombre de tâches civiles34. Dans le contexte des luttes entre les factions politiques ces milices jouèrent également, dès le XVIIe siècle, un rôle central. Menant la révolte contre les oligarchies urbaines ou bien garantissant l’ordre public en matant les « émotions », cette troupe en armes pouvait faire pencher la balance d’un côté ou d’un autre. Son contrôle par les magistrats s’imposait donc comme une nécessité35. Conscients qu’il s’agissait là de l’unique force militaire à leur disposition, les édiles n’hésitaient pas à asseoir leur pouvoir en infligeant des amendes et en adaptant le montant des cotisations, parfois avec un réel succès36. À l’été 1672, le gouvernement urbain d’Enkhuizen avait ainsi pu s’appuyer sur les cadres de la milice pour empêcher toute révolte de grande ampleur37.

    18Néanmoins, cet ascendant n’allait pas de soi. Les grandes poussées de fièvre de 1653 et de 1672 virent en effet assez souvent les milices désobéir aux régents. G. Dorren rappelle ainsi qu’en dépit de la répression efficace des émeutes de la faim au crépuscule du XVIIe siècle, le conseil de Haarlem n’accordait plus qu’une confiance limitée aux compagnies bourgeoises de la ville38. La composition sociale de ces milices constituait un terreau très favorable à leur émancipation vis-à-vis du gouvernement urbain. Essentiellement investies par la petite et moyenne bourgeoisie des villes, elles ne comptaient que de rares membres du patriciat, à qui les plus hauts grades étaient réservés39. Or, témoins et victimes d’une confiscation de plus en plus évidente des charges publiques par une oligarchie restreinte, les artisans, boutiquiers et autres petits marchands enrageaient d’être ainsi exclus du gouvernement de leur cité. La milice pouvait apparaître à certains d’entre eux comme le moyen le plus direct de peser sur les affaires publiques, en s’opposant aux choix effectués par les magistrats en place. En outre, un mouvement général de paupérisation des nouveaux membres semble avoir eu lieu au XVIIIe siècle. Le cas d’Haarlem a été étudié en profondeur. Il en ressort qu’un nombre croissant d’habitants fut incorporé dans les gardes bourgeoises, alors qu’ils étaient sans grands moyens financiers. L’obligation de posséder un fusil ayant été levée en 1711, un tiers des miliciens de cette ville n’était pas armé trente-six ans plus tard40. Ces individus avaient naturellement des préoccupations encore plus éloignées de celles des régents, au-delà de leurs éventuels sentiments orangistes. Très sensibles aux revendications sociales et fiscales, il était illusoire de solliciter leur concours pour réprimer des émeutes déclenchées sur ces thèmes-là. La question des hommes en armes dans les villes néerlandaises pouvait donc se révéler très périlleuse.

    19Les régents d’Enkhuizen ne semblent pas avoir conçu de grandes craintes à l’égard de la milice bourgeoise de la ville, organisée théoriquement en dix compagnies d’une centaine d’hommes chacune. Dans la liste de ceux qui étaient susceptibles de recevoir une arme en août 1747, il était certes question de paysans et de waardgelders41. On sait que certains conseils urbains contournèrent la milice bourgeoise en armant ainsi des volontaires jugés plus sûrs. Mais la décision d’autoriser le trésorier de la ville à acheter une quantité suffisante de fusils indique également que les magistrats ne craignaient pas de mettre des arsenaux biens garnis à la disposition d’éventuels rebelles. Il est vrai que ces derniers semblaient n’avoir aucune chance de contrôler le krijgsraad de la ville. Défini comme le conseil de direction et l’organe judiciaire de la milice, cette institution rassemblait des officiers souvent nommés par le gouvernement urbain42. Il formait couramment la pierre de touche entre les compagnies d’une ville, sans pour autant se réunir fréquemment comme ce fut le cas à Bois-le-Duc jusqu’en 176543. Certains imaginèrent cependant transformer le krijgsraad, souvent considéré comme l’instrument privilégié de la mainmise des régents sur la milice, en un redoutable contre-pouvoir44. Tel ne fut pas le cas à Enkhuizen, puisque le conseil se montra très soumis au mitan du XVIIIe siècle45. Les mesures projetées furent confirmées dans la nouvelle ordonnance du mois d’octobre 1747. Une réunion rapide du krijgsraad était en effet prévue, et les magistrats avaient imposé que les commissaires du gouvernement urbain la présideraient tout en disposant par ailleurs d’une voix prééminente lors des votes46.

    20La milice semble donc bien avoir constitué un instrument docile entre les mains du gouvernement d’Enkhuizen en 1747-1749. Il en allait autrement un siècle plus tôt, puisque les gardes bourgeois furent en mesure d’exercer une forte pression sur les magistrats de la ville au cours des journées de juin et de septembre 1653. Ayant tout d’abord accepté de réprimer la mise à sac de maisons de régents, les miliciens se rebellèrent par la suite. Cette action eut pour conséquence d’interdire à des soldats venus de l’extérieur de passer les murs de la ville, mais se solda également par de fortes perturbations du fonctionnement du gouvernement urbain. Outre leur engagement orangiste, les insoumis réclamaient une épuration du conseil de la ville ainsi qu’une milice plus autonome47. On imagine que les magistrats, tirant les enseignements des événements de 1653, firent ensuite de leur mieux pour affermir leur mainmise sur la milice. L’état des rapports de force en 1747 ne s’inscrivait pas, en tout état de cause, dans une tradition acquise de longue date. Le contrôle de la milice cette année-là n’en apparaît alors que plus remarquable, fruit d’efforts constants et déterminés. On n’oubliera pas cependant que les sympathies orangistes des magistrats d’Enkhuizen, si souvent affirmées, leur épargnaient, quoi qu’il en soit, un choc frontal avec la clientèle populaire des Orange.

    21Privée de ses capacités de nuisance, la milice n’en formait pas moins un sujet de préoccupation. Le rapport de la commission formée à l’été 1747, ainsi que le projet d’ordonnance dont il a déjà été question plus haut furent longuement débattus lors de la réunion du 21 octobre. Le compte-rendu de la délibération reflète le scepticisme édilitaire à l’égard des capacités opérationnelles de la milice. La situation des compagnies bourgeoises de la ville y était dépeinte sous un jour particulièrement sombre, puisqu’au problème des armes insuffisantes en nombre et en qualité, venait s’ajouter celui de la fonte des effectifs. Cette situation était loin d’être propre à Enkhuizen. Si l’on en croit Paul Knevel, de nombreuses autres milices étaient atteintes, dès le XVIIe siècle, de maux semblables48. Des mesures de contrôle de tous ceux qui étaient susceptibles de servir furent donc prévues, notamment à propos de leur équipement49. On envisagea également des entraînements intensifs sous la direction d’un drillmeester recruté tout spécialement à cette occasion, à la grande satisfaction des membres du conseil50. La réforme consistait très clairement en une vigoureuse reprise en main de la garde bourgeoise de la ville par les régents. Un certain nombre d’articles prévoyant de sanctionner les écarts de boisson, de langage ou bien l’usage intempestif des armes à feu, semblent indiquer une recrudescence des dérapages dont les miliciens d’Enkhuizen se rendaient coupables à cette époque-là51. Le conseil urbain cherchait ainsi à améliorer la valeur militaire de la garde civique d’Enkhuizen tout en affirmant davantage encore sa mainmise sur cette institution. À la différence de Hoorn, la milice de la ville ne fut jamais en mesure de constituer un instrument de répression contre les partisans orangistes52.

    22Bien que revenu au pouvoir, le prince d’Orange ne tarda pas cependant à décevoir ses partisans par la timidité de ses réformes. L’année 1748 fut le théâtre d’une nouvelle explosion de violence, à la suite d’un mouvement très puissant initié à Groningue53. Ces pachtersoproeren du printemps et de l’été avaient pour principale revendication l’abolition d’un certain nombre de taxes. Des villes comme Haarlem ou Amsterdam s’enflammèrent très vite, d’autant plus que les miliciens refusèrent de protéger les fermiers du fisc. Face à l’ampleur de l’insurrection, Guillaume IV fut contraint de capituler en supprimant les taxes les plus controversées, comme ce fut le cas à Haarlem le 14 juin ou à Leyde une semaine plus tard54. Le stadhouder avait donc dû, sous la contrainte d’une situation très incertaine, accéder en partie aux vœux des émeutiers. On pouvait craindre que son prestige eût à en souffrir, cette attitude portant en germe la perspective d’autres révoltes. Le climat demeura d’ailleurs très tendu jusqu’à l’automne. Il est remarquable qu’Enkhuizen ait été épargnée par ce nouveau cycle insurrectionnel. Si l’on se réfère à une résolution de septembre 1748, les magistrats étaient tout à fait conscients de vivre une situation singulière. Après avoir décrit les déboires dont plusieurs villes avaient été victimes, ils rappelaient en effet que la bourgeoisie d’Enkhuizen était restée calme et pacifique, grâce à l’aide de Dieu mais aussi à une profonde concorde de sentiments55. Le ton de ce texte n’était pas dénué d’une certaine fierté, celle d’avoir ainsi garanti l’ordre public dans le port du Zuiderzee, alors que tant d’autres villes hollandaises vivaient des heures d’émeute. Un attachement si profond ne pouvait qu’être récompensé par la visite de Guillaume IV.

    23Enkhuizen appelait cette visite de ses vœux depuis longtemps. Ce désir fut réalisé en décembre 1748, quand le stadhouder fit escale dans la ville à l’occasion d’un voyage vers la Frise56. Nous disposons d’un récit des quelques heures passées par Guillaume IV dans le port du Zuiderzee. L’équipage du prince, parti de La Haye à l’aube du 16 décembre, parvint à Enkhuizen à sept heures du soir. Les magistrats de la ville vinrent l’accueillir en carrosse à la Westerpoort, avant de faire lire un compliment en son honneur. Puis le cortège traversa la cité en passant en revue les compagnies bourgeoises qui présentaient les armes. Parvenu à l’Hôtel de ville, Guillaume IV et les différents magistrats échangèrent les hommages. L’embarquement pour la Frise eut lieu après un dernier déplacement en carrosse dans la partie orientale de la ville. Le conseil tint à manifester sa joie d’avoir accueilli le prince en faisant tirer vingt et un coups de canon, tandis que le navire s’éloignait. Le texte du compliment lu au prince laisse percer une grande satisfaction d’avoir ainsi reçu sa visite. Soucieux sans doute de rappeler que la ville avait soutenu très tôt le retour au pouvoir des Orange-Nassau, on y félicitait aussi le prince pour toutes les charges et dignités ayant échu à sa personne ou bien à sa Maison57.

    24Les magistrats choisirent d’offrir au cortège princier un accueil plus élaboré que ce à quoi ils étaient sans doute tenus. Il est évident que le gouvernement de la ville tenait à transformer ces quelques heures en une démonstration éclatante de son attachement à la cause orangiste. À la fin d’une année chargée en difficultés diverses et marquée par une certaine déception vis-à-vis de la politique de Guillaume IV, le gouvernement d’Enkhuizen témoignait ainsi une fidélité renouvelée et résolue au prince d’Orange. Une fois le prince parti, Enkhuizen n’en négligea pas pour autant ses envoyés. La ville faisait ainsi connaître son impatience de les recevoir dans une lettre du 15 février 1749, demandant à en être avertis suffisamment tôt afin de pouvoir préparer leur séjour58. La perspective de cette visite était pourtant de nature à provoquer l’inquiétude dans nombre d’autres villes. Il s’agissait en effet de commissaires chargés d’enquêter sur les actes de rébellion dans la province. Leurs investigations devaient déboucher sur la confection d’une liste de magistrats à faire expulser des conseils urbains de la province. Face à cette menace d’épuration, la sérénité affichée par les régents d’Enkhuizen en février 1749 se justifiait-elle ?

    Une adhésion unanime à la cause orangiste ?

    25Le conseil urbain avait manifesté de façon si véhémente son unité lors de son courrier de septembre 1748 que la question peut paraître saugrenue. Mais l’acharnement à démontrer cette concorde n’était-il pas déjà suspect ? Certains passages de la résolution du 14 février suivant confirment les doutes à ce sujet, car ils indiquent un revirement spectaculaire. On peut lire ainsi que le bourgmestre Kluppel mit en délibéré la possibilité de demander à Guillaume IV l’envoi de ses commissaires à Enkhuizen « afin de rechercher la tranquillité parfaite pour l’état des affaires par ici, et de régler tels dissidences et murmures, qui se sont trouvés exister en dépit des espoirs que nous avions ressentis dans notre lettre du 25 septembre dernier »59. L’appréciation de la situation par les magistrats d’Enkhuizen avait donc été totalement bouleversée en l’espace de cinq mois, puisque l’on envisageait sérieusement l’hypothèse de la présence d’éléments séditieux dans la ville. La nomination de commissaires chargés d’enquêter sur cette affaire prend alors tout son sens60. En outre, le conseil urbain admettait désormais l’existence de discordes à Enkhuizen, abandonnant ainsi la rhétorique de l’unanimité entre habitants et régents dans les moments les plus délicats. Le camp des magistrats conservait-il, au moins, son unité ? La résolution ne visait pas expressément des membres du gouvernement. Les décisions prises par le stadhouder à la suite de l’enquête de ses commissaires semblent indiquer pourtant que des opposants siégeaient au conseil urbain. Deux magistrats furent en effet exclus en juin 1749, après consultation de l’avis rendu par les commissaires de Guillaume IV. Cornelis François Duyvensz et Dirk Semeyn van Loosen furent rapidement remplacés dans leurs fonctions61. À l’instar de ce qui se passait dans d’autres villes hollandaises, le conseil urbain d’Enkhuizen subissait donc une épuration, dont le but était de faire taire des voix discordantes.

     

    26Faut-il donc admettre que des opposants au prince s’étaient multipliés dans le port du Zuiderzee, allant jusqu’à noyauter les institutions édilitaires ? Un certain nombre d’éléments doivent inciter à la prudence. La résolution du 14 février 1749, si importante pour le déclenchement de l’épuration, ne contenait en effet aucune accusation d’infidélité aux Orange. On pouvait même y lire, immédiatement après l’aveu de dissidences, la volonté d’affirmer la confiance des édiles dans la personne du prince d’Orange62. Il était de toute façon difficile de suspecter Dirk Semeyn van Loosen de sentiments républicains, dans la mesure où il avait montré un certain courage lors d’un toast porté à la santé du prince63. L’autre magistrat sanctionné, C.F. Duyvensz, penchait sans doute davantage du côté des staatsgezinden64. Mais il ne tarda pas à retrouver son siège au conseil de la ville, moins de deux ans après son expulsion65. S’il s’agissait d’un opposant à la maison princière, sa présence dans les organes dirigeants de la ville ne gênait donc pas outre mesure les autres régents. D’autres éléments ne laissent pas d’être troublants. Rétabli dans des fonctions de bourgmestre, C.F. Duyvensz fut en effet désigné par le conseil pour représenter la ville aux funérailles du prince d’Orange en janvier 175266. Près de vingt ans plus tard, son fils était à son tour pressenti, en tant que secrétaire du conseil, pour occuper une place importante lors de l’accueil de Guillaume V le 22 juillet 177367. On reste donc sceptique quant aux liens exacts entre l’infortune des magistrats sanctionnés à Enkhuizen en 1749 et leur attitude vis-à-vis du camp orangiste. Ils étaient peut-être attachés un peu plus que les autres au vieux système oligarchique, mais ils n’étaient pas les seuls dans ce cas-là. D’autres magistrats pouvaient ainsi être suspectés de nourrir une certaine affection pour le souvenir des frères de Wit, pourtant ennemis jurés de Guillaume III68. Peut-on imaginer d’autres explications ?

    27L’analyse de D.J. Roorda à propos des événements de 1672 à Enkhuizen prend ainsi un relief particulier. Les menaces de déstabilisation de la ville furent dans un premier temps exorcisées en dépit des fortes inquiétudes de la rue à propos de la détermination édilitaire envers les Français. Les régents surent en effet se montrer solidaires, l’unité se faisant autour de Guillaume III. Malgré des tensions certaines, la ville ne connut par conséquent aucune émeute au printemps et à l’été 1672. Il est vrai qu’à la différence de bon nombre de villes néerlandaises, le conseil urbain d’Enkhuizen partageait les sentiments orangistes d’une majorité d’habitants. Le jeu des factions au sein du gouvernement de la ville n’aurait cependant pas tardé à refaire surface dès l’automne, ainsi que l’année suivante69. Les échauffourées de 1673, déclenchées par des bourgeois appauvris, des matelots mécontents de la guerre ou des réfugiés démunis, furent peut-être manipulées par une faction mécontente. Ces événements n’eurent pas cependant la même ampleur que vingt ans plus tôt, le conseil urbain parvenant à les juguler grâce à une milice fidèle70. À Enkhuizen comme dans d’autres villes, ce sont donc les luttes entre factions bien plus que l’affrontement des partis orangiste et républicain qui aurait provoqué certaines ruptures. Les événements de 1747-1749 obéirent peut-être à un schéma identique. Unis dans le souci de préserver l’ordre public ainsi que d’assurer la victoire de Guillaume IV, les régents se seraient ensuite déchirés autour de la possession du pouvoir. L’expulsion de deux d’entre eux du conseil urbain en 1749 correspondrait ainsi à un règlement de comptes interne. Qui étaient exactement ces deux hommes ?

    28Dirk Semeyns van Loosen était sans aucun doute un personnage considérable. Entré au conseil de la ville en 1727, à l’âge de trente et un ans, il fut ensuite régulièrement bourgmestre. Nous savons également qu’il occupa, en alternance avec Andries Kluppel, le poste d’Enkhuizen aux Gecommitterde Raaden du Noorderkwartier71. Il appartenait à l’une des lignées les plus prestigieuses de la ville, alliée entre autres aux familles régentes van Stralen, Ris, van Romond et Mossel. Il semble bien que les bouleversements dans la composition du conseil urbain, liés en partie à l’effacement de familles installées depuis longtemps au pouvoir comme les Mossel et les Ris, ait provoqué un basculement72. La faction organisée autour de Dirk Semeyns van Loosen aurait progressivement perdu sa prééminence au sein du conseil. L’expulsion de 1749 marquerait, vis-à-vis d’un homme installé aux affaires depuis longtemps, la prise de pouvoir d’une faction constituée de personnalités relativement nouvelles voire d’origine étrangère. Cette faction se serait montrée en mesure de rallier à elle les indécis et les neutres. L’hypothèse est la suivante : les conseillers Joan Druyff, Joan de Jongh van Persijn, Andries van Schaak et Fredrik Hagha, liés entre eux par des alliances matrimoniales, constitueraient le groupe vainqueur de 1749. Ils auraient rallié à leur cause des conseillers natifs d’Enkhuizen mais quelque peu isolés comme Jan Oudewagen, François Croes Lycochton, Engel Appelman ou Willem de Jong ainsi que des hommes venus de l’extérieur.

    29La deuxième victime du coup de force, Cornelis François Duyvensz, pouvait être considérée comme appartenant à la même faction que D.S. van Loosen. Cet homme était en effet apparenté aux Pan, Haak et van Stralen. À son entrée au conseil, en 1730, les lignes de partage étaient sensiblement identiques à celles qui existaient déjà trois ans plus tôt. Il est cependant probable que les soupçons de sentiments anti-orangistes pesant sur lui aient précipité sa chute ou en tout cas jouèrent un rôle décisif. Il ne serait donc plus si surprenant de le voir réintégrer son poste moins de deux ans après son expulsion. Ce retour semble confirmer, en tout cas, que l’appartenance active à telle ou telle faction inquiétait davantage le clan dominant qu’un engagement républicain. Le personnage ne semble pas avoir subi, d’ailleurs, d’ostracisme déclaré par la suite. Il put en effet unir trois de ses enfants aux familles les plus prestigieuses d’Enkhuizen. Il s’agissait, certes, de lignées apparentées à la faction vaincue en 1749, mais il est à noter que l’hostilité supposée du père des mariés à la maison d’Orange ne leur posa aucun problème73. Le cas d’Enkhuizen valide sans doute la thèse de Simon Groenveld sur le jeu des factions locales dans les grandes villes hollandaises au XVIIe siècle. Prenant ses distances avec la distinction traditionnelle entre facties purement locales et partijen d’envergure nationale, l’historien a souligné la complexité de la genèse des groupes s’opposant au sein des conseils urbains. Les intérêts particuliers, mais aussi ceux de la ville ou la conjoncture et les relations personnelles raffineraient les jeux de pouvoir74. Cela pourrait expliquer que le positionnement hostile des Duyvensz à l’égard de la famille princière ne leur ait pas valu une mise à l’écart de leur groupe social.

    30Une réforme ultérieure, adoptée en novembre 1759, semble d’ailleurs confirmer l’existence de factions rivales au sein du gouvernement urbain d’Enkhuizen. Chargé, neuf mois plus tôt, de réfléchir à la façon la plus juste d’assurer la nomination des magistrats de la ville aux instances fédérales, Jacob van Ramhorst avança ainsi une série de propositions très détaillées75. Il prévoyait de remplacer les votes de vive voix par des consultations à bulletins fermés, avec possibilité pour les absents de voter à distance. Les vingt conseillers de la vroedschap devaient en outre être classés, selon leur âge, en deux groupes de dix membres chacun. Cette répartition obéissait à un impératif de lisibilité dans l’attribution des places au sein des collèges fédéraux, puisque van Ramhorst proposait que ces places soient réservées aux dix conseillers les plus âgés. La disparition ou la démission d’un de ces magistrats entraînait de façon automatique la recomposition des deux listes. Mais davantage que les mesures projetées, c’est leur motivation qui doit retenir notre attention. En guise d’introduction au projet de van Ramhorst, on indiqua en effet qu’il en allait de la conservation du calme et de la concorde dans la ville. Plus précisément, il était question « d’éviter des cabales, et la constitution de partis qui, sinon, pourraient résulter de la discorde »76. Le ton employé dans certains passages indique une grande inquiétude au sujet de l’unité du conseil. Ce texte donne au lecteur le sentiment d’une situation politique interne très dégradée, même si les promoteurs de la réforme avaient naturellement intérêt à noircir leurs observations. Tout ceci constitue des indices fiables de l’existence de factions rivales au sein du gouvernement d’Enkhuizen. Leur antagonisme, considéré comme nocif et devant être neutralisé en 1759, devait très certainement être déjà à l’œuvre dix ans plus tôt. L’engagement des élites dirigeantes dans le camp orangiste, pendant cette période, ne semble pas pour autant devoir être remis en cause.

     

    31Les imprimeurs purent ainsi alimenter la soif d’information des habitants de la ville, sans avoir à subir ni restriction ni entrave de la part des autorités. Klenk Callenbach entreprit de réimprimer des travaux ayant déjà séduit nombre de lecteurs dans d’autres villes77. Des œuvres plus clairement orientées vers le camp orangiste virent également le jour sur les rives du Zuiderzee. Les poèmes composés en l’honneur du stadhouder ont dû ainsi être nombreux. Seuls deux d’entre eux ont été exploités ici, mais ils apportent une moisson d’informations. Un court poème de 1747 célébrait par exemple l’arrivée au pouvoir du prince d’Orange avec confiance et respect. La teneur des quatre derniers vers semble indiquer cependant que leur auteur n’était pas encore certain du ralliement des Néerlandais au nouvel homme fort de la République. Son ton inquiet ainsi que son désir de détailler les avantages de ce bouleversement serait le reflet d’une élaboration précoce. Mis en forme au lendemain du rétablissement du stadhoudérat dans les provinces maritimes, son travail pourrait ainsi exprimer la crainte d’un brutal retour de fortune78. Le poème imprimé deux ans plus tard par R. Callenbach Klenk témoignait d’une évolution profonde. Employant un ton confiant, l’auteur justifiait sans s’attarder le caractère héréditaire du stadhoudérat et s’efforçait de faire passer pour naturel l’exercice du pouvoir par la maison d’Orange-Nassau79. Rédigé, comme l’indiquait le titre, à l’occasion des réjouissances décrétées aux Provinces-Unies pour la conclusion de la paix le 13 juin 1749, le poème avait également pour objectif de faire rejaillir le mérite de la cessation des combats sur la famille princière. Ceux qui se firent ainsi les thuriféraires de la cause orangiste n’étaient pas très éloignés des cercles de pouvoir à Enkhuizen. L’auteur du dernier poème, J. Buyskes, fut avocat à Enkhuizen avant de devenir secrétaire de la ville en 1753.

    32La personnalité de Meinert Semeyns reste cependant de loin la plus attrayante. Né en 1704 avec un patronyme parmi les plus fameux d’Enkhuizen, il fut libraire et imprimeur dans la ville pendant plus de trente ans80. Farouchement orangiste, on n’est donc pas très étonné de le voir s’occuper de l’impression de deux travaux à la gloire de Guillaume IV. Le premier, intitulé De Hervormde klagende, nu juichende maagd van Holland, … door een voorstander van het doorlugtig Huys van Oranje, était un ouvrage de référence dont il assura une nouvelle édition en 174881. La fabrication de l’autre livre, dont l’auteur est inconnu, tenait davantage à l’événement ponctuel que constitua la visite de Guillaume IV à Enkhuizen en 174982. Désireux de marquer davantage encore son engagement dans le camp du stadhouder, il fut également l’auteur du poème de 1747 dont il a été question un peu plus haut. C’est même lui qui se chargea d’une première impression83. Par conséquent, l’imprimerie et la vie littéraire à Enkhuizen dans ces années-là virent s’épanouir de nombreux travaux dédiés aux membres de la maison d’Orange-Nassau. Seule la conjonction favorable d’un lectorat orangiste très dense, d’une bienveillance édilitaire et d’un enthousiasme des hommes de l’art était en mesure de permettre cette floraison.

    La position de la ville pendant l’intermède républicain

    33La fidélité d’Enkhuizen au camp orangiste entre la mort de Guillaume IV et l’avènement de Guillaume V peut s’observer à travers la position de la ville sur le dossier des nominations aux offices. Guillaume IV et ses conseillers ayant obtenu à titre héréditaire la jouissance de la charge de stadhouder à l’échelle fédérale, par transmission masculine ou féminine, les Orange pouvaient se croire solidement installés au pouvoir. Le rétablissement de cette institution en 1747 s’accompagna en outre, pour son titulaire, de la jouissance de pouvoirs exceptionnels dans les sept provinces du pays. Ayant reçu un droit presque illimité de nomination aux principaux emplois, Guillaume IV était ainsi en mesure de peser bien plus fort sur la vie politique néerlandaise que ne l’avait jamais fait le « roi-stadhouder »84. Il lui était en effet possible désormais de se créer une clientèle, dont les membres lui seraient redevables de leur nomination. Le triomphe orangiste fut cependant de courte durée. Le chef de la maison princière disparut en effet de façon prématurée le 22 octobre 1751, laissant derrière lui un fils de trois ans. Sa veuve, Anne de Hanovre, devint régente mais mourut à son tour huit ans plus tard. Le futur Guillaume V n’avait pas encore atteint la majorité.

    34Que nous apprennent ces événements sur la qualité de bastion orangiste pour la ville d’Enkhuizen ? Tout en écartant l’idée d’une contestation ouverte du stadhoudérat héréditaire avant les années 1780, certains historiens ont mis en valeur la perpétuation d’un esprit républicain toujours susceptible d’entrer en conflit avec les orangistes, en particulier en Hollande85. Les régents d’un certain nombre de villes mirent à profit l’affaiblissement de la maison d’Orange, victime tout à la fois des incertitudes de la guerre de Sept Ans et de la minorité du fils de Guillaume IV pour reprendre une certaine autonomie86. Les années 1759-1766 furent particulièrement délicates pour le camp orangiste, puisqu’elles formaient un pont entre la disparition de la régente et l’avènement de son fils. L’emprise du camp orangiste sur la vie politique néerlandaise se relâcha donc considérablement. Des reglementen van tutele élaborés du temps de la régente Anne furent activés après sa mort, et servirent les velléités d’indépendance de nombreux régents87. L’enjeu était de s’affranchir encore davantage de tout avis extérieur quant au pourvoi des offices.

    35Enkhuizen était naturellement concernée par ce contexte, sans avoir jamais été pour autant entièrement sous la coupe du stadhouder. A. Gabriëls a d’ailleurs souligné qu’à l’instar de Leyde, d’Amsterdam et de Hoorn, la ville n’avait aucun compte à rendre à propos des places les plus importantes du gouvernement urbain88. Si l’on en croit des courriers de 1747 et 1748, la nomination des échevins lui échappait toutefois, au profit de Guillaume IV. Le conseil avait à chaque fois transmis une liste de candidats au prince, à charge pour lui d’y puiser les futurs officiers89. Ce qui nous intéresse ici, naturellement, c’est de savoir si de telles nominations se poursuivirent après 1751. Il est acquis que le pourvoi des postes de Gecommitterde-Raden auprès du collège du Noorderkwartier de la province de Hollande, ou bien de places dans des organes fédéraux comme la Chambre des comptes de la Généralité ou le Raad van Staat, continua de dépendre de celui qui exerçait les pouvoirs civils du stadhouder90. Le conseil urbain écrivit d’ailleurs à la princesse Anne, en janvier 1754, qu’il avait bien enregistré les nominations d’Andries van Vossen et de Joan de Jong van Persijn au poste de Gecommitterde Raden, le premier pour les États de Hollande et le second pour l’Amirauté91.

     

    36Fidèle à Anne de Hanovre, la ville pouvait être tentée de revendiquer davantage d’autonomie une fois la veuve de Guillaume IV disparue à son tour. Quelle fut donc l’attitude des magistrats à compter de janvier 1759 ? Le registre de la correspondance expédiée par le gouvernement d’Enkhuizen contient une lettre du 28 décembre 1761, destinée à ceux qui exerçaient les fonctions civiles du stadhoudérat en attendant la majorité de Guillaume V. Les régents d’Enkhuizen tenaient ainsi à avertir les États provinciaux de la position qu’ils entendaient suivre à l’occasion de la nomination des nouveaux échevins de la ville. Ils se déclaraient en faveur de la poursuite des procédures anciennes de désignation des échevins92. Dans une période de relâchement du contrôle exercé par les instances du stadhoudérat sur les nominations d’officiers municipaux, Enkhuizen choisissait ainsi de perpétuer les anciens usages. La procédure décrite correspond en effet très précisément à celle qui était en vigueur du temps de Guillaume IV. Conformément à la volonté de ce dernier, le processus suivi pouvait aboutir à une limitation de l’autorité municipale dans le domaine de la désignation de l’échevinat. Le conseil urbain d’Enkhuizen n’ignorait pas cet état de fait, et la transmission d’une liste préétablie ne constituait qu’une bien maigre consolation. C’est donc sciemment que les régents de la ville acceptèrent de perdre le contrôle sur leurs officiers de justice. Pourquoi cet apparent abandon de souveraineté, à rebours de la décision de nombreuses autres villes ? La lettre elle-même nous offre le détail des motivations des magistrats d’Enkhuizen. Le respect des textes de loi fut invoqué à plusieurs reprises, mais on identifie également le souci de respecter la mémoire des précédents titulaires des fonctions civiles du stadhoudérat. Si le nom de Guillaume IV n’est jamais mentionné, celui de son épouse apparaît clairement, ainsi que celui du prince héritier. La décision semble donc profondément motivée par la volonté d’exprimer sa fidélité à la Maison d’Orange-Nassau, dans des circonstances particulièrement défavorables.

    37Cinq ans plus tard, alors que Guillaume V venait d’être investi du stadhoudérat dans les sept provinces, les édiles d’Enkhuizen suivaient toujours la même ligne de conduite. Informant le prince de la disparition d’un de ses membres, Pieter du Pui, le conseil de la ville lui permit en effet de proposer un candidat de son choix. Il n’est pas sûr que Guillaume V ait été en mesure d’exercer un vrai choix, car comme les magistrats l’avouèrent, ils le sollicitaient un peu tard93. Le contexte de l’avènement du prince à la fonction de stadhouder nous suggère également une tentative de la ville pour s’attirer les bonnes grâces du nouvel homme fort de la province. Mais les décisions prises auparavant par ces mêmes magistrats invalident l’hypothèse d’un revirement subit, opéré sous la contrainte des événements. La formulation d’une telle offre démontrerait, au contraire, une volonté plus que jamais présente de faire coïncider le destin de la ville avec celui de la maison princière. Quelles furent les réactions des habitants d’Enkhuizen ?

     

    38Lecteurs ou admirateurs, certains habitants d’Enkhuizen se firent les auteurs d’œuvres en l’honneur des Orange-Nassau dans cette période délicate d’interrègne. C’est en particulier le cas de celle qui fut sans doute la figure littéraire la plus importante de la ville au XVIIIe siècle, en dépit d’une reconnaissance tardive. Anna van der Horst, née en 1735, possédait des centres d’intérêt très variés, comme en témoignent ses nombreuses et précoces contributions à l’apologie de la maison princière. Si l’on en croit S.B.J. Zilverberg, elle aurait ainsi rédigé un poème à l’âge de seize ans, à l’occasion de la mort de Guillaume IV94. La dédicace de son premier livre, imprimé à Enkhuizen en 1764, était d’ailleurs adressée à la princesse Marie-Louise d’Orange-Nassau. Ces vers décasyllabiques et rimés exprimaient sans ambiguïté une grande admiration pour la veuve de Jean-Guillaume Frison :

    Princesse ! Votre bienveillance inestimable
    Me donna la liberté, avec ces feuillets,
    Avec cet essai de beaux-Arts,
    D’approcher votre siège avec un profond respect […]
    Non ! J’éprouve par le sang nord-hollandais,
    Ce sang disposé de façon désintéressée
    En faveur de la Maison de Nassau, cette colère, cette ardeur,
    Qui la première ordonne le mouvement de ma poitrine95.

    39Ayant quitté sa ville natale pour Groningue, la poétesse n’en oublia pas pour autant ses sentiments pro-orangistes. C’est ce qui transparaît dans la dédicace d’un autre de ses ouvrages, cette fois-ci consacrée à Guillaume V96. En évoquant un « erv-stadhouder der verenigde Nederlanden », Anna van der Horst marquait sa satisfaction d’avoir assisté à la prise de fonction du prince héritier. L’éloge de ses qualités du nouveau stadhouder n’était pas loin, quant à lui, de confiner au dithyrambe. Sans doute l’expression publique de ses positions était-elle fortement conditionnée par l’actualité politique du pays dans ces années-là, pleine d’incertitude quant au rôle joué par le tout jeune Guillaume V. On comprend donc qu’à Enkhuizen, au XVIIIe siècle, les partisans des Orange ne redoutaient pas d’afficher leurs convictions en plein jour. En outre, ils suivaient avec intérêt les aléas de la destinée de la famille princière. Des vers consacrés en principe au soulèvement de 1572 pouvaient, sous la plume d’Anna van der Horst, prendre un tout autre sens historique. Dans l’un des chants rédigés en 1766 en vue de glorifier la défense de la liberté par sa ville natale, la poétesse semblait suivre de près le schéma historique classique dressé par Brandt et Advocaat, tout en faisant écho à la situation contemporaine.

    Elle embrassa ainsi la cause des Orange.
    Par une ardeur noble et enthousiaste,
    Elle a donc donné son cœur et sa main
    À ce Prince bien-aimé,
    Pour la délivrance du pays97.

    40D’ailleurs, les derniers vers du chant étaient sans ambiguïté, se livrant à l’apologie de la maison d’Orange-Nassau érigée au rang de défenseur des Provinces-Unies. Transposés en 1766, ces mots visaient à convaincre le lecteur qu’il s’agissait là d’un recours naturel et déjà éprouvé, face à une situation internationale périlleuse. L’auteure mettait tous ses espoirs dans l’alliance indéfectible entre la ville et un prince valeureux. Outre l’affichage de ses sympathies orangistes, Anna van der Horst se livrait, à travers certaines de ses œuvres, à la promotion de cette cause.

     

    41Cet attachement aux membres de la maison d’Orange était-il propre à l’élite économique ou culturelle de la ville ? Il y aurait effectivement un grand danger à ne prendre en compte que le contenu des bibliothèques ou de la production littéraire de quelques enfants de la ville. Les témoignages directs d’une éventuelle ferveur populaire à l’égard de la famille princière nous font défaut. Mais il est possible de recourir à des sources indirectes, comme le contenu de certains spectacles donnés à l’occasion de la kermesse de la ville. Les autorisations des bourgmestres sont parfois suffisamment détaillées pour qu’on puisse en saisir la teneur. Les artistes s’appuyaient largement sur l’actualité politique, comme ce fut le cas d’Adam de Vries, désireux en 1753 d’exposer sa représentation des funérailles de l’Altesse défunte98. Sept ans plus tard, c’était au tour d’Hubertina Schouten de proposer un spectacle dédié à la gloire des Orange-Nassau99. Les bourgmestres auraient-ils pris le risque d’autoriser ces spectacles si le public n’en était pas friand ?

    42Le dossier des escales des princesses à Enkhuizen nous permet d’approfondir la réflexion à ce sujet. La ville servit en effet à trois reprises entre 1754 et 1763 de point de ravitaillement pour des cortèges à destination ou en provenance de Frise, avec la mission principale de pourvoir l’équipage en chevaux de remonte100. Le conseil urbain décida à chaque fois de ne pas s’en tenir à ce rôle. La brièveté de ces visites ne refroidit pas les magistrats d’Enkhuizen, qui semblaient au contraire assez fiers d’annoncer à leurs homologues de Hoorn le détail du dispositif prévu en mars 1759101. Chacun de ces courts passages fut en effet l’occasion d’orner un certain nombre de bâtiments de la ville de drapeaux de couleur orange, ainsi que de faire retentir les principales cloches de la ville. Le prestige de la cité ainsi que la qualité des visiteurs imposaient en outre de faire tirer des salves d’honneur. Les dispositions prévues semblent avoir été assez semblables. Plus d’une trentaine de bouches à feu réparties tout au long de la muraille de la ville furent en effet à chaque fois sollicitées. Il s’agissait de saluer alternativement l’arrivée et le départ du cortège princier, en fonction de la direction prise par ce dernier102.

    43Les magistrats firent aussi de la lecture d’un compliment un épisode incontournable de ces séjours très brefs. Cette lecture n’obéissait pas seulement au désir d’accueillir correctement un hôte de rang princier. Il apparaît également que la réponse de la visiteuse était très attendue par les magistrats d’Enkhuizen. Dans leur compte-rendu d’avril 1759, figurait en effet un passage indiquant que la princesse « avait témoigné se sentir l’obligée du conseil urbain en raison du respect dont celui-ci venait de faire preuve »103. Sans doute ces mêmes magistrats furent-ils un peu déçus du silence de la princesse douairière quatre ans plus tard. Mais comme le secrétaire du conseil ne se priva pas de le mentionner, le voyage par mer avait fort incommodé la visiteuse104. L’honneur était donc sauf pour Enkhuizen, à l’affût de la moindre occasion de démontrer sa fidélité à la maison d’Orange-Nassau.

    44Le passage, même de courte durée, d’un de ses membres dans la ville représentait à chaque fois l’opportunité d’éprouver cette fidélité. Lors de périodes antérieures sans stadhouder, des villes comme Amsterdam furent également capables de recevoir avec beaucoup de faste un cortège princier105. Mais dans le cas d’Enkhuizen, l’élément déclencheur de ces démonstrations publiques de fidélité n’était jamais une visite à part entière de la ville. Il s’agissait plutôt, au départ, d’une simple escale. La position géographique de la ville, à l’extrémité orientale de la Frise occidentale, faisait d’un débarquement ou d’un embarquement dans son port une étape logique, sinon obligée, de tout voyage entrepris depuis la Hollande du sud vers la Frise.

    45On observera que des compagnies bourgeoises, dont c’était certes l’une des fonctions, participèrent de bonne grâce à ces cérémonies. La population de la ville ne semble pas, en outre, s’être distinguée par un mouvement de rejet. Les archives échevinales ne renferment aucune trace, pour cette période, de mouvements d’humeur chez les habitants à l’occasion de ces visites. Les réceptions qui les accompagnaient pouvaient au contraire être considérées comme des fêtes populaires. Les autorités judiciaires de la ville se montraient, quoi qu’il en soit, très dures à l’égard de toute atteinte au prestige de la maison princière. C’est ce qui ressort d’une affaire survenue en décembre 1760. Trois hommes eurent une altercation avec un dragon du régiment de la garde d’Orange-Nassau, placé en faction à la tour de la Drommedaris, à l’entrée du vieux port.Le soldat leur refusa le passage, ce qui entraîna une vive réaction de deux des hommes, décidés à résister en arguant de leur condition de bourgeois de la ville. Les échevins jugèrent cette rébellion avec beaucoup de sévérité, n’hésitant pas à évoquer un crime de lèse-majesté106.

     

    46L’admiration portée aux Orange-Nassau se traduisit en outre, dans une période si indécise, par le souci d’accompagner les événements familiaux les plus importants les concernant. Qu’il s’agisse de naissances, de mariages, de maladies ou de décès, ces événements posaient régulièrement la question de l’extinction de la lignée. Les disparitions de membres de la maison princière, à commencer par ceux qui occupaient les plus hautes charges, provoquèrent de grandes démonstrations de tristesse chez les magistrats de la ville. Le décès de Guillaume IV ouvrit une macabre série. Cette tristesse était bien perceptible dans la résolution du 25 octobre 1751, la volonté de préserver les intérêts de la veuve et du fils du disparu étant également exprimée107. Dans une lettre datée du même jour, le conseil déplorait ainsi « la mort triste et inopportune de notre cher et tendrement aimé Stadhouder »108. Jugeant que cette affliction avait pour vocation d’être partagée par tous les habitants de la ville, il fut décidé également de faire sonner toutes les cloches à trois reprises dans la journée109. Huit ans plus tard, le décès d’Anne de Hanovre provoqua, si l’on en croit une résolution du 15 janvier 1759, une réaction très sensible de tous les membres du conseil urbain d’Enkhuizen110. Bien décidés à s’associer au deuil national, les magistrats décidèrent également d’envoyer une députation afin de présenter les condoléances de la ville à la famille. Il était prévu de faire sonner les cloches comme en 1751, à savoir pendant les trois jours précédant la mise en terre ainsi que le jour même des funérailles. Une délégation de quatre personnes fut également chargée de représenter le port du Zuiderzee lors des obsèques de la veuve de Guillaume IV. L’identité des hommes ainsi désignés rend compte de l’importance attachée par les magistrats d’Enkhuizen à cette démarche, puisqu’il ne s’agissait que de personnages de premier plan111. En outre, on peut supposer que d’autres membres du gouvernement urbain auraient bien voulu assister à cet événement. On donna en effet une lecture publique de la relation détaillée rédigée par les quatre délégués de la ville présents à la cérémonie112. Les maladies sérieuses des membres de la famille princière provoquèrent à leur tour de grandes inquiétudes chez les magistrats d’Enkhuizen, qui anticipaient ainsi un éventuel décès. Dans le contexte si précaire des années 1760, ils ordonnèrent de grandes journées de prière dans les temples de la ville à l’occasion des alitements de Guillaume V ou de la princesse Caroline113.

    47Les événements familiaux touchant la maison d’Orange-Nassau ne se résumaient pas cependant à des épisodes tragiques. Bien au contraire, la perpétuation de la lignée demeurant un but essentiel, les mariages et les naissances fournirent aux magistrats d’Enkhuizen autant d’occasions de se réjouir. Le conseil urbain ne manqua pas d’adresser un message de soutien à chacun de ces événements. L’attente légèrement angoissée d’un prince héritier se lit ainsi dans cette résolution adoptée en 1759 par la ville. Ayant à se prononcer sur l’opportunité d’une union entre la princesse Caroline et Carel van Nassau-Wylburg, les magistrats préconisaient en effet de passer outre le risque de voir les enfants du couple ne pas être élevés dans la religion réformée. Leur argument principal reposait sur les perspectives d’obtenir enfin une descendance114. Des compliments pour son mariage furent d’ailleurs adressés par la ville à la princesse Caroline un an plus tard, alors qu’il ne s’agissait pas de la branche principale de la Maison d’Orange-Nassau115. L’enjeu était pourtant de taille. La perpétuation d’une lignée dépassait en effet, dans ce cas, le simple enjeu de survie familiale. Très proche du pouvoir mais sans en exercer pour autant la totalité, alors que l’un de ses membres avait régné sur l’Angleterre, la maison princière aspirait à davantage de responsabilités politiques. Chez les magistrats d’Enkhuizen, parfaitement conscients de ces ambitions, applaudir aux succès familiaux des Orange-Nassau participait d’une volonté assez clairement affichée de les voir se rapprocher de la direction des affaires. Assez régulièrement tout au long du siècle, mais plus précisément lors des moments critiques, ils soutinrent avec beaucoup d’engagement la dynastie des Orange.

    48Il est vrai que le fils de Guillaume IV, encore mineur, n’offrait sans doute pas toutes les garanties de survie du lignage. Il est néanmoins évident que son destin importait plus que tout aux orangistes d’Enkhuizen. C’est sur lui en effet que reposaient les principaux espoirs de maintien au pouvoir. Il est difficile de ne pas percevoir des sentiments authentiques d’espoir ou de soulagement à la lecture des résolutions prises par les membres du conseil à ces occasions-là.

    Une ville imperméable aux déceptions du temps de Guillaume V ?

    49Une nouvelle période s’ouvrit à la majorité de Guillaume V, en mars 1766. Le nouveau stadhouder semblait incarner, sous les meilleurs auspices, le retour de la maison d’Orange-Nassau aux affaires116. L’attachement du port du Zuiderzee avait-il cependant survécu à ces années d’incertitudes ? L’examen des options retenues par les magistrats devrait nous permettre d’y voir plus clair.

    50La réception de la nouvelle de la majorité de Guillaume V constituait évidemment un premier élément de réponse. Une réunion du conseil anticipait la future fête dès le 12 février 1766. Évoquant ce jour mémorable, les magistrats déclaraient leur volonté de montrer publiquement leur joie117. Les dispositions projetées étaient en effet impressionnantes. Outre le pavoisement généreux des principaux bâtiments publics, on recommandait l’illumination de la ville à la nuit tombée. Il était aussi prévu de faire alterner une grande partie de la journée les coups de canon et les sonneries de cloches118. La célébration de l’événement le disputait donc en faste à ce qui devait avoir lieu six ans plus tard lors du jubilé du soulèvement contre les Espagnols. Le soupé prévu en soirée fut très certainement le théâtre de déclarations ou de déclamations de poèmes à la gloire des Orange-Nassau. On ne possède aucune certitude à ce sujet, mais il est significatif que deux imprimeurs de la ville aient édité peu de temps après des œuvres en l’honneur du nouveau stadhouder119. Il y a fort à parier que le poème de Jan de Jongh de Jonge ait été déclamé lors du soupé. Les auteurs étaient en effet des habitants bien connus d’Enkhuizen, à l’instar du pasteur réformé Henricus Stochius.

    51Les recommandations des responsables de la ville au sujet d’éventuels débordements populaires apportent également leur lot d’informations. Les échevins furent en effet chargés de prévenir l’emploi de feux d’artifice, tout en encourageant les habitants à illuminer leurs maisons dès vingt heures120. Le conseil de la ville se montrait donc confiant dans l’adhésion populaire à ces réjouissances. Il désirait donner l’image d’une cité remplie de joie à la nouvelle de l’avènement de Guillaume V. L’unique source privée qui nous soit parvenue de cette période, à savoir le brouillon de journal intime de Luijt Hoogland, contient d’ailleurs la mention de la majorité de Guillaume V ainsi que celle de son accession au stadhoudérat121. Cet habitant, qui appartenait semble-t-il à la moyenne bourgeoisie de la ville, a donc manifesté de l’intérêt pour l’événement. Sa mention ne suffit pas à affirmer qu’il était un partisan orangiste. Mais il était tout au moins sensibilisé au destin du prince héritier, qui prenait ainsi, il est vrai, une épaisseur nationale. Le port du Zuiderzee ne constituait pas cependant le seul lieu de mise en scène de cette allégresse. Le pied-à-terre de ses représentants à La Haye fut ainsi abondamment décoré à l’occasion de l’entrée de l’héritier dans la ville, en septembre 1766. Les magistrats avaient accepté pour cela d’acquitter tous les frais nécessaires122.

    52Le nouveau stadhouder se devait cependant de pérenniser son pouvoir, par le biais d’une descendance viable. Un certain nombre d’événements familiaux étaient donc de nature à permettre à Enkhuizen de prouver son attachement au lignage princier. La ville se prépara ainsi, en octobre 1767, à fêter le mariage de Guillaume V et de la princesse Wilhelmine-Frédérique de Prusse. Le conseil urbain ne fit aucune difficulté pour donner son accord à l’achat d’un somptueux présent pour la fiancée123. Il fut également décidé, pour le 30 octobre, d’organiser une journée de fête, selon des dispositions en tous points semblables à celles de l’année précédente124. Ne doutant pas que la liesse populaire serait au rendez-vous, les échevins prirent d’ailleurs les mêmes mesures qu’un an plus tôt125. Il semble donc que les débuts du stadhoudérat de Guillaume V aient été le théâtre de multiples démonstrations de joie de grande ampleur à Enkhuizen, selon un cérémonial qui tendait à s’installer comme une norme incontournable. Les événements liés à la vie du jeune couple confirmèrent-ils cette évolution ?

    53Les grossesses menées à terme par la princesse en 1769, 1770, 1772 et 1774 donnèrent effectivement lieu à de nouvelles réjouissances à Enkhuizen. Cloches et drapeaux furent sollicités pour occuper l’espace sonore et visuel de la ville pendant et après l’accouchement. À la différence des cérémonies étudiées plus haut, les composantes purement militaires comme les salves de canons ou le défilé de la milice furent cependant écartées. La singularité des événements fêtés appelait en effet d’autres manifestations de ferveur. On relève ainsi l’ordre transmis par le conseil urbain aux pasteurs calvinistes d’organiser des prières pour la mère et l’enfant dans les temples de la ville126. La venue au monde d’héritiers masculins et sains, en 1772 et 1774, fut naturellement célébrée avec davantage encore de joie.

    54Le personnage de Guillaume V lui-même était apprécié à Enkhuizen. L’annulation de sa visite en juin 1768 paraît avoir provoqué une réelle déception chez les magistrats127. Ce n’est que cinq ans plus tard que le stadhouder honora le port du Zuiderzee de sa présence, sous la forme d’une halte sur le chemin d’un voyage devant le conduire dans les provinces de Frise et de Groningue128. S’agissait-il à nouveau d’un simple changement de moyen de transport, opéré à Enkhuizen pour des raisons géographiques ? L’entourage du prince avait en effet prévenu que l’escale serait courte. Guillaume V accepta néanmoins de passer une partie de la nuit dans la ville. De leur côté, les magistrats firent tout pour conférer un caractère exceptionnel à ce séjour de quelques heures. Au milieu des dispositions arrêtées trois jours avant l’arrivée de Guillaume V, on n’est pas surpris de retrouver le pavoisement des principaux bâtiments de la ville ainsi que les salves de canon. Une véritable mise en scène de l’espace urbain était en revanche projetée. Après avoir accueilli le stadhouder à la Koepoort située à l’ouest de la ville, les bourgmestres lui faisaient ensuite traverser les principales artères afin de parvenir à l’Hôtel de ville129. Le bâtiment construit en 1686-89 était ainsi destiné à devenir le centre des cérémonies. Au-delà de la lecture d’un compliment et de la dégustation d’un repas préparé par un cuisinier venu spécialement d’Amsterdam pour l’occasion, les magistrats réglèrent en effet dans les moindres détails l’affectation des différentes pièces de l’Hôtel de ville130. Après avoir fait traverser les artères les plus nobles de la ville à Guillaume V, on lui ouvrait donc largement les portes de cette imposante bâtisse qui faisait l’orgueil des édiles. Le stadhouder, arrivé à Enkhuizen le 22 juillet en fin d’après-midi, ne resta en effet qu’une dizaine d’heures dans la ville. Mais le compte-rendu de cette visite nous apprend que le prince, après s’être rendu dans les bâtiments de la Compagnie des Indes orientales, voulut effectuer une promenade dans les rues de la ville. Il put ainsi écouter les orgues de la Westerkerk, et visiter, non loin de là, les institutions charitables de la ville. Le texte nous indique que seule l’obscurité l’empêcha de poursuivre plus avant ses pérégrinations à Enkhuizen131.

    55À condition d’accorder le crédit nécessaire à cette source, il s’agirait donc d’une preuve de l’intérêt du prince pour cette ville depuis si longtemps fidèle à sa famille. En choisissant de faire parcourir au stadhouder et à sa suite des quartiers entiers de la cité au moment de leur arrivée et de leur départ, les magistrats souhaitaient en outre promouvoir la connaissance de leur ville. L’installation d’une cour itinérante l’espace de quelques heures dans les salles si richement décorées de l’Hôtel de ville visait également sans doute à soutenir la renommée de la cité. Le déroulement de cette visite au pas de charge semble avoir obéi en partie à une véritable mise en scène. La promenade vespérale du prince nous est présentée sous un jour spontané. C’est possible, et cela accréditerait encore davantage la thèse d’une entreprise de séduction par les magistrats, ici couronnée de succès. Comment l’orgueil des magistrats n’aurait-il pas été, en outre, fouetté par la présence de Guillaume V dans les lieux mêmes de l’exercice du pouvoir municipal ?

    56Un certain nombre d’éléments nous font penser cependant que le soutien aux Orange-Nassau commençait à s’effriter dans la ville. La milice devait ainsi tenir une place importante durant toute la durée du séjour de Guillaume V, que ce soit sur le trajet de son cortège dans les rues ou bien devant l’Hôtel de ville132. La compagnie B avait en effet été tirée au sort pour exécuter une série de manœuvres sous les yeux du stadhouder. Sans remettre en cause le zèle des miliciens, le conseil exprima ses inquiétudes quant aux réactions de la foule deux jours avant l’arrivée du prince. On évoqua en effet la possibilité d’injures proférées à l’encontre des membres de la garde civique133. Le compte-rendu de la journée ne laisse cependant transparaître aucun débordement ni prise à partie des miliciens134. S’agissait-il, de la part des magistrats, d’un affolement infondé ? Cela n’est pas si sûr, dans la mesure où les attentes déçues lors des stadhoudérats de Guillaume IV et V ont peut-être fini par peser sur la situation à Enkhuizen, tandis que la crise économique s’approfondissait. La proposition du stadhouder, en 1770, de partager les installations de l’amirauté de Frise occidentale entre Hoorn et Enkhuizen constitue une belle illustration. Il s’agissait en effet de mettre fin à la rotation entre les deux ports135.

    57La dégradation de la situation économique de la ville, et en particulier de l’offre de travail peu qualifié, aurait peut-être poussé certains à embrasser la cause patriote comme cela fut le cas à Deventer, dans la province d’Overijssel136. Le XVIIe siècle nous offre d’ailleurs quelques exemples de résistance du conseil d’Enkhuizen à de nouvelles levées d’argent souhaitées par le prince d’Orange. Dans la seconde moitié des années 1620 comme en 1683-84, la ville refusa de verser de nouvelles sommes, prétextant la pauvreté galopante que les conflits avaient provoquée137. Davantage qu’un ralliement massif au camp des opposants aux Orange, il faudrait parler de l’émergence progressive d’un malaise consécutif aux déceptions engendrées par l’inertie politique des stadhouders. Il est certain que la quatrième guerre anglo-hollandaise, se traduisit, à partir de 1780, par une influence patriote croissante à Enkhuizen138. Les essais de relance des activités maritimes furent ainsi de plus en plus chevillés au mouvement national de renouvellement qui allait déboucher sur la « révolution des patriotes »139. Dans le même temps, les hommages rendus aux membres de la famille princière lors de leurs passages perdirent quelque peu de leur originalité. Nous savons en effet que la ville voisine de Hoorn fit également parvenir un compliment à Guillaume V au moment de sa majorité140. La visite du stadhouder le 21 juillet 1773 donna lieu à des déclarations publiques, à des audiences à l’Hôtel de ville, à des salves de canon mais également à des illuminations, dans un contexte de concurrence municipale141.

    58La question de la place à réserver aux Orange-Nassau dans la République ne laissait pas indifférents un certain nombre d’habitants à Enkhuizen au XVIIIe siècle. Il est vrai que les émeutes de 1653 et de 1673 avaient suffisamment montré à quel point la rue penchait du côté des Orange. Cependant, le profond renouvellement du corps social de la ville, lié aux bouleversements économiques, constituait un facteur de délitement de ce sentiment. Qu’en était-il au juste ? En dépit de ces transformations, il semble qu’un véritable terreau populaire, tout entier acquis à la cause orangiste, ait survécu à Enkhuizen. Les premiers signes vraiment inquiétants d’un frémissement en faveur de la cause patriote ne se firent sentir qu’au début des années 1770. La dégradation des conditions de vie du prolétariat urbain, ainsi que les frustrations de la petite et de la moyenne bourgeoisie ont probablement joué un rôle décisif dans l’effritement du soutien au stadhouder. La présence de quelques régents hostiles aux Orange-Nassau, comme les Duyvensz, a peut-être favorisé cette évolution. Certains rejetons de familles puissantes semblent également avoir tourné le dos à la traditionnelle fidélité des élites d’Enkhuizen aux princes, à l’instar de Bernardus Blok142. Déjà désespérés par les difficultés des branches économiques traditionnelles de la ville, ces membres éminents de la communauté urbaine en auraient entraîné d’autres, de plus en plus nombreux, à la suite des désastres de la guerre commencée en 1780. Les spécialistes insistent en effet sur les conséquences dramatiques des rapides défaites navales face aux Anglais, semblant donner raison aux Patriotes143.

    59Bien loin de constituer un idéal vital, l’attachement aux Orange n’aurait donc pas résisté, à Enkhuizen, à l’accumulation multiséculaire des revers de fortune. Parallèlement aux recompositions sociales et économiques, on y assisterait ainsi à un affadissement des sentiments orangistes. Se trouve-t-on pour autant dans le cas de figure imaginé par Pieter Rietbergen ? Rejettant toute idée d’attachement profond, en particulier d’essence monarchiste, l’historien voit dans le positionnement des élites orangistes un ralliement de circonstance, un mot d’ordre mis à contribution par les régents pour arrimer certaines couches populaires à leur cause144. Il semble que l’évolution suivie par Enkhuizen ait obéit à un processus inverse. Par le biais des compliments rédigés à l’occasion d’événements familiaux, du soutien à toutes les initiatives prises par les stadhouders ou bien du faste déployé lors des visites princières, la plus grande partie de l’élite dirigeante de la ville a sans nul doute conservé une affection fidèle envers les descendants du Taciturne. Il est même probable que les régents aient cherché à enraciner plus profondément encore l’idée d’un lien sacré et inextinguible entre la ville et le lignage. Nous ne sommes pas loin de la reconstruction identitaire, l’objectif étant ici de définir ce qui pouvait constituer une nette différence vis-à-vis des villes voisines. Ce marqueur identitaire surjoué, brutalement projeté sur le devant de la scène, n’emportait pas forcément l’adhésion de la communauté tout entière. Bien que la ville soit demeurée, globalement, un bastion orangiste tout au long du XVIIIe siècle, des signes inquiétants apparurent ici ou là. On assiste sans doute, tout au long de la période, à un décrochage croissant entre un ressentiment populaire alimenté par des attentes déçues et un engagement sans nuances d’une élite rentière peu touchée par les revers de la conjoncture économique. Fragment indéniable de l’identité de la ville, l’attachement aux Orange-Nassau fit l’objet d’une promotion sans égale se traduisant par la confiscation de ce marqueur au profit d’une minorité. Jamais sans doute la ville d’Enkhuizen ne mit autant en avant qu’au XVIIIe siècle les liens qui l’unissaient à la famille princière, mais jamais également la communauté urbaine ne fut plus divisée au sujet du sort à réserver à ce marqueur identitaire.

    60Les contraintes de la recherche n’ont pas permis de prolonger la réflexion au-delà de la date de 1780. Il n’a donc pas été possible d’étudier en détail le positionnement politique d’Enkhuizen au cours des années qui suivirent, marquées par la Révolution des Patriotes, une reprise en main orangiste puis la Révolution Batave. Quelques chercheurs nous livrent néanmoins des informations précieuses. Certains accréditent la vision traditionnelle d’un bastion orangiste solide, demeuré peu perméable aux idées patriotes en dépit de la crise économique provoquée par les défaites face aux Anglais145. Alors que le mouvement de contestation était surtout très dynamique dans les provinces orientales, c’est la ville d’Alkmaar qui aurait constitué le centre névralgique des nouvelles idées en Hollande du nord. Joost Rosendaal, en s’attachant à la destinée des principaux acteurs de ce cycle révolutionnaire, permet de retoucher quelque peu nos certitudes au sujet d’Enkhuizen. La répression menée par les orangistes en 1787-1788 laisse apparaître une contestation apparemment plus large, puisque sur les dix-huit villes de Hollande qui envoyaient des représentants aux États provinciaux, plus de 250 régents perdirent leurs commissions. Sur les 55 conseillers que députaient ensemble Enkhuizen, Edam et Medemblik, pas moins de huit furent destitués146. Si le port du Zuiderzee n’eut que très peu d’exilés en France et aux Pays-Bas, par rapport au total, de l’ordre de 0,4 %, quelques personnalités se détachaient. Ce fut le cas de Gerrit Buyskes ou de Bernardus Blok147. Ce dernier, de toute évidence le patriote le plus connu d’Enkhuizen, finit par apparaître comme le représentant de toute la Hollande du nord. Il prit une part majeure aux événements futurs.

    61Ce dossier de l’attachement de la communauté urbaine d’Enkhuizen se révèle donc très instructif. Il livre des informations qui concordent avec ce qui a été mis à jour précédemment. Le processus de redécouverte et de promotion de liens très forts entre la ville et la maison des Orange est indéniable à Enkhuizen au XVIIIe siècle. Il s’est traduit, en apparence, par une perception décuplée de ce marqueur identitaire par la communauté. Un certain nombre d’éléments discordants semblent néanmoins indiquer un décrochage entre les sentiments de la majorité des régents et une rue probablement excédée par les difficultés économiques et les blocages politiques. Et l’on voit s’installer progressivement une contestation patriote interne à l’élite dirigeante de la ville. Les dernières années du XVIIIe siècle indiquent assez clairement le creusement du fossé entre un discours officiel porté par certains édiles et la volonté de renouvellement défendue par d’autres habitants d’Enkhuizen.

    Notes de bas de page

    1 Adriaan Gabriëls, De heren als dienaren en de dienaar als heer. Het stadhouderlijk stelsel in de tweede helft van de achttiende eeuw, La Haye, Hollandse Historische Reeks 14, 1990, p. 5.

    2 Olaf Mörke, « De hofcultuur van het huis Oranje-Nassau in de zeventiende eeuw », dans P. te Boekhorst, W. Frijhoff et P. Burke (éd.), op. cit., p. 76.

    3 Pieter Christiaansz Bor, Den oorspronck, begin ende aenvanck der Nederlandtscher Oorlogen, geduyrende de Regeringe van de Hertoginne van parma, de Hertoge van Alba…, Leyde, 1617, p. 33 ; P. C. Hooft, op. cit., 1642-1647, p. 101, p. 104 ; Emanuel van Meteren, Historien der Nederlanden en haar Naburen Oorlogen tot het Jaar 1612, Dordrecht, 1647, p. 67-69.

    4 G. Brandt, op. cit., p. 147-149.

    5 Ibid., p. 183.

    6 L’ouvrage annoté se trouve conservé aux RANH (fonds Semeijns/De Vries/Van Doesburg, n° 925). Le lecteur jouissait d’un revenu confortable, car uni à Petronella de Wit en novembre 1776, le couple acquitta 60 florins au titre de la taxe sur les mariages (WFA, DTB Enkhuizen, n° 54 et 103).

    7 KB, catalogue des ventes aux enchères, n° 219, microfiches n° 381-382. Les volumes in quarto sont les suivants : Historisch verhaal van het Christelyk-afsterven en statelyk begraeven van prins Maurits, Haarlem, 1626 ; Apologie des heeren Willem den Eerste, prince van Orangien…, Delft, 1581 ; pour les volumes in octavo : De Verantw. des Prinsen van Oranje tegen de valschelogenen, ouvrage imprimé en avril 1568 pour défendre la position de Guillaume 1er ; ‘t leven van Willem I. Prins van Oranje etc…, en trois tomes, Leyde, 1732 ; ‘t leven van Fredrik Hendrik, prins van Oranje, La Haye, 1737.

    8 Ainsi le pasteur calviniste Martinus Lydius, possesseur d’une Apologie de Prince d’Orange (Delft, 1581) et d’une Apologie van de Prins van Oranje (Leyde, 1599) et disparu en 1679 (KB, catalogues de ventes aux enchères n° 1854, microfiche 3110) ; ou le bachelier en théologie Johannes Angelius avec un Leven en bedrijf van Prins Willem en Maurits (Amsterdam, date d’impression non communiquée) et dont le fonds fut dispersé en 1669 (idem, n° 1911, microfiche 3170).

    9 Il n’a pas été possible de retrouver ce document, en dépit de sa présence dans les inventaires (WFA, OAE 547 ou ancienne cote 1656). La pochette qui l’abritait a sans doute été égarée.

    10 Le privilège avait été accordé par l’empereur Maximilien, et fut confirmé par Philippe II et Guillaume d’Orange (WFA, OAE 302, 26 novembre 1751).

    11 « gefundeert op een Privilegie door Prins Willem den eerste glorieuser gedagtenis » (WFA, OAE 337, lettre datée du 11 février 1754 et destinée au pensionnaire Vaillant).

    12 Abraham de Wicquefort, L’Histoire des Provinces-Unies des Pais-Bas depuis le parfait établissement de cet état par la paix de Munster…, La Haye, 1719, livre III, p. 145.

    13 Willem van Ham, « Vlaggen op het paneel “Het bezoek van de prinsen van Oranje aan Enkhuizen” », Steevast, 16, 1994, p. 42-55.

    14 K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 110. L’auteur qualifie même la ville de « bastion contre-remontrant », à la différence d’Alkmaar, de Hoorn ou de Medemblik.

    15 S. Centen, op. cit., p. 45.

    16 R. Dekker, op. cit., 1982, p. 42-44.

    17 S. Centen, op. cit., p. 344-345.

    18 Ibid., p. 49.

    19 WFA, OAE 1373, pochette n° 1.

    20 WFA, OAE 259, 14 juin 1683.

    21 WFA, OAE 333, lettre du 29 mars 1689.

    22 J. Theunisz, op. cit., p. 85 ; J.B. Bedaux, A. Groot et A. Hagen, op. cit., p. 155. Ce portrait est aujourd’hui perdu.

    23 WFA, OAE 333, lettre du 13 juin 1689.

    24 Petronella van Gent avait accroché un de ces portraits dans sa maison (K. Bossaers, op. cit., 1983, p. 51). Gerard Moeskoker, disparu en 1713, possédait un livre intitulé Het Leven van Willem de derde, en in-8°, probablement imprimé à Amsterdam en 1675 (WFA, ORA Enkhuizen, n° 4922).

    25 Roelof Blok (1712-1776) était issu de la petite bourgeoisie d’Enkhuizen. Embarqué sur un navire de la VOC, il connut une carrière fulgurante aux Indes puisqu’il occupa la fonction de gouverneur des Célèbes entre 1754 et 1760. Revenu à Enkhuizen, il devint membre du conseil de la ville jusqu’à sa mort (K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 152-153 et p. 201).

    26 Jan Arie Frederik de Jongste, « The restoration of the Orangist Regime in 1747: The Modernity of a “Glorious Revolution” », dans Margaret Jacob et Wijnand Mijnhardt (éd.), The Dutch Republic in the Eighteenth Century. Decline, Enlightenment, and Revolution, Cornell, Cornell University Press, 1992, p. 34-40.

    27 « dat wy in alle occasien de gunste en vriendschap van Uw Hoogheyds sullen mogen genieten » (WFA, OAE 336, lettre du 1er mai 1747).

    28 WFA, OAE 336, lettres du 8 mars 1743 et du 21 novembre 1746.

    29 Daniel Jeen Roorda, Partij en factie. De oproeren van 1672 in de steden van Holland en Zeeland, een krachtmeting tussen partijen en facties, Groningue, Wolters, 1961, p. 248-249.

    30 J. de Jongste, op. cit., 1984, p. 138-145.

    31 L. Kooijmans, op. cit., 1985, p. 64-65.

    32 WFA, OAE 267, 1er août 1747.

    33 Il est écrit dans la résolution : « commotie » (WFA, OAE 267, 21 octobre 1747).

    34 M. Prak, op. cit., 1999, p. 67-69.

    35 Les gouvernements urbains engageaient les officiers les plus importants de la milice dans la province de Hollande. Certains d’entre eux furent licenciés, comme à La Haye après 1672, à la suite d’événements où leur obéissance avait été prise en défaut (Paul Knevel, Burgers in het geweer. De schutterijen in Holland, 1550-1700, Hilversum, Verloren, 1994, p. 149-152).

    36 Henk Saaltink, « De schutterij van Hoorn », Spiegel Historiael, 14, 1979, p. 275-277.

    37 D.J. Roorda, op. cit., 1961, p. 117-118.

    38 G.Dorren, op. cit., p. 180-183.

    39 P. Knevel, op. cit., p. 203-204.

    40 J.A.F. de Jongste, op. cit., 1984, p. 130.

    41 WFA, OAE 267, 1er août 1747.

    42 Cette définition est empruntée à G. Dorren (op. cit., p. 184).

    43 M. Prak, op. cit., 1999, p. 74.

    44 J.A.F. de Jongste, op. cit., 1984, p. 119-122. Tout en admettant une augmentation du nombre des demandes allant dans ce sens, Paul Knevel repousse l’idée selon laquelle les krijgsraden aient pu véritablement s’émanciper de la tutelle des conseils urbains (op. cit., p. 157-161).

    45 Ils demandèrent en effet l’ampliation de l’ordonnance du 10 février 1672 sur deux points (WFA, OAE 267, 1er août 1747).

    46 WFA, OAE 267, 21 octobre 1747, articles 1 et 2.

    47 P. Knevel, op. cit., p. 324-326.

    48 P. Knevel, op. cit., p. 189-197. L’auteur n’hésite pas à parler de « déclin » à propos des gardes bourgeoises aux Provinces-Unies (ibid., p. 203).

    49 WFA, OAE 267, article 5 du règlement proposé le 21 octobre 1747.

    50 Ce projet, intitulé « Nieuwe Ordonnantie provisioneel op het stuk van de schutters wagt en bewaaringe van de stadt Enchuysen » fut incorporé au compte-rendu de la réunion du conseil du 21 octobre 1747.

    51 Articles 15, 16, 17, 20 et 24.

    52 H.W. Saaltink, op. cit., p. 277.

    53 J.A.F. de Jongste, op. cit., 1992, p. 42.

    54 Pour Haarlem : J.A.F. de Jongste, op. cit., 1984, p. 180-187 ; pour Leyde : Maarten Prak, « Burgers in beweging. Ideaal en werkelijkheid van de onlusten te Leiden in 1748 », Bijdragen Mededelingen van de Geschiedenis der Nederlanden, 106, 1991, p. 373-376.

    55 WFA, OAE 267, 25 septembre 1748.

    56 WFA, OAE 267, 5 décembre 1748.

    57 WFA, OAE 267, 16 décembre 1748.

    58 WFA, OAE 336, lettre du 15 février 1749. La question était toujours d’actualité en mai de la même année, dans un courrier adressé aux conseillers du Noorderkwartier (idem, lettre du 29 mai 1749).

    59 « omme tot desselfs volkoome gerustheyt te ondersoeken den staat der saaken alhier, en om op de ruijmen sodanige dissidentien en murmuratien, die alhoewel tegen onse verwagting door haar Ed. Mog. mogte gevonden worden » (WFA, OAE 268, 14 février 1749).

    60 Le baron de Wassenaar et Willem Pauw furent effectivement nommés par Guillaume IV, deux mois plus tard, afin de remplir cette tâche (WFA, OAE 268, 21 avril 1749).

    61 Au début du mois de juillet 1749, le baron de Wassenaar décida, au nom du stadhouder, de nommer Engel Appelman au collège des Gecommitteerders Raden de la province, à la place de Dirk Semeyn van Loosen (WFA, OAE 268, 7 juillet 1749).

    62 WFA, OAE 268, 14 février 1749.

    63 L’annonce de la nomination du prince au poste de stadhouder de Zélande avait eu lieu le 28 mai 1747, en pleine réunion des Gecommitteerde-Raden du Noorderkwartier, où Semeyn van Loosen siégeait en tant que représentant d’Enkhuizen (L. Kooijmans, op. cit., 1985, p. 56).

    64 C’est ce que pense R.E.O. Ekkart, dont l’analyse se fonde sur la répétition d’une procédure d’exclusion du conseil, prononcé en 1788 à l’égard d’Augustinus Hendrick, l’un des fils de Cornelis François (« De portretten van de familie Duyvensz », Steevast, 13, 1991, p. 8-9).

    65 Cette réintégration eut lieu en mars 1751, C.F. Duyvensz tirant parti du décès de Joan Druyff (K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 112 et p. 227).

    66 WFA, OAE 269, 28 janvier 1752.

    67 OAE 272, 19 juillet 1773.

    68 Gerard Moeskoker, membre du conseil urbain de 1695 à 1713, détenait dans sa bibliothèque un livre in-octavo intitulé Het leven van de Witten (WFA, ORA Enkhuizen, n° 4922). De son côté, Adriaan van Bleiswijk, qui siégea au gouvernement de la ville pendant plus de trente ans, laissa à ses héritiers un Historisch verhaal van C. en J. de Wit (WFA, OAE fam n° 1359d, pochette n° 26).

    69 D.J. Roorda, op. cit., 1961, p. 157-160.

    70 R. Dekker, op. cit., 1982, p. 319.

    71 K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 240.

    72 Cornelis Mossel fut le dernier à siéger au conseil, entre 1723 et 1732 (ibid., p. 227). Pieter Mossel, de son côté, fut échevin en 1723 et 1729 avant de disparaître des cercles du pouvoir (K. Bossaers, op. cit., 1983, p. 104).

    73 Petronella Margareta fut unie à Arend Diederik de Vries van Vossen en 1765 (WFA, DTB Enkhuizen, microfiche 54), tandis que son frère Jan Jacob reçut la main de Petronella Johanna Pan un an plus tard (idem). François Adriaan, de son côté, épousa Elia Eva van Romond en 1773 (idem). La mère de chacune de ces jeunes filles portait le nom de Haak (Eva Wilhelmina Haak mariée à Everhard Pan, et Eva Haak à Gerrit van Romond).

    74 Simon Groenveld, Evidente factiën in den staat. Sociaal-politieke verhoudingen in de 17e-eeuwse Republiek der Verenigde Nederlanden, Hilversum, Verloren, 1990, p. 73-75.

    75 WFA, OAE 270, 21 novembre 1759.

    76 « om te provenieren cabalen, en Parthyschappen, die anders uyt oneenigheyd souden kunnen spruyten » (WFA, OAE 270, 21 novembre 1759).

    77 Il s’agissait par exemple du Redeneerent vertoog, over het verschillende begrip, van de resolutie, van haar ed.gr.mog. Tot het heffen van de schattinge, in plaats van de afgeschafte te pagten en 1748, ou bien de trois numéros du périodique De snelziende Lynceus. Berispende, op een vrolyke wyze de gebreken dezer eeuw, en 1748-1749 (toutes ces informations sont extraites du Short-Title Catalogue Netherlands).

    78 RANH, fonds Semeyns/de Vries/van Doesburg, n° 935.

    79 Ibid., n° 96.

    80 P.C. Molhuysen et alii, op. cit., tome II, p. 1310-1311 ; J.A. Gruys et C. de Wolf, op. cit., p. 237.

    81 C’est l’imprimeur Blusse, de Dordrecht, qui le fit paraître pour la première fois en 1748. L’auteur, resté dans l’anonymat, se présentait comme un partisan du camp orangiste.

    82 Il avait pour titre : Enchuysen Verheugd over de aankomst en tegenwoordigheid van… Willem Karel Henrik Friso, Prince van Oranje en Nassau… in Enchuysen. Imprimé en 1749 au format in-4°.

    83 Ces huit vers furent ensuite réimprimés en 1747 à Amsterdam par Arend van Mulsteen, dans un recueil intitulé : Vreugde-Klanken op de gewenschte verkiezing van Willem Carel Hendrik Friso tot stadhouder enz. Uitgegalind door een meenigte liefhebberen den Poezij.

    84 A. Gabriëls, op. cit., p. 5-6 et p. 62.

    85 Stephan Robert Edward Klein, Patriots Republikanisme. Politieke cultuur in Nederland (1766-1787), Amsterdam, Amsterdam University Press, 1995, p. 41-43 ; A. Gabriëls, op. cit., p. 76.

    86 Amsterdam ne se fit pas faute de résister à la « politique de patronage » menée par Anne de Hanovre (Willem Frijhoff et Maarten Prak (éd.), Geschiedenis van Amsterdam. Zelfbewust stadsstaat 1650-1713, Amsterdam, SUN, 2006, p. 336-337). Le conseil de la ville fut ensuite dominé pendant plus de vingt ans par un farouche républicain, Engelbert François van Berckel (ibid., p. 351-352).

    87 A. Gabriëls, op. cit., p. 77 et p. 80-81.

    88 Ibid., p. 76.

    89 WFA, OAE 336, 20 décembre 1747 et 26 décembre 1748.

    90 A. Gabriëls, op. cit., p. 36 et p. 44-45. Le tableau B1 permet également de localiser les années où, selon un système complexe de rotation, Enkhuizen envoyait un de ses représentants dans ces instances fédérales (ibid., p. 448).

    91 WFA, OAE 337, lettre du 8 janvier 1754.

    92 WFA, OAE 337, lettre du 28 décembre 1761.

    93 WFA, OAE 337, 31 décembre 1766. Le poste devait en effet être pourvu au 1er janvier 1767. La lettre contenait aussi des vœux très chaleureux adressés à Guillaume V pour la nouvelle année.

    94 Siegfried Boudewijn Johan Zilverberg, « De dichteres Anna van der Horst (1735-1785) en haar geboortestad Enkhuizen », Steevast, 4, 1982, p. 3.

    95 « Vorstin! Uw onwaardeerbre Gunst /Gav my de vryheid met deez’blad’ren, /Met deze proev der schoonste Kunst, /Uw ‘stoel met diep ontzag te nad’ren. /… /Neen! ‘k voel door het Noordhollandsch bloed, /Dat bloed belangeloos genegen /Tot Nassauws Huiz, die drift, die gloed, /Die ‘t eerst myn’Boezem kost bewegen » (A. van der Horst, De gevallen van Ruth in zes zangen, Enkhuizen, 1764).

    96 A. van der Horst, op. cit., 1766.

    97 « Dus omhelzde zy Oranjen. /Dus heeft zy haar hart en hand, /Door ene ed’le drift gedreven, /Ter verloszing van het land » (ibid., p. 51). La poétesse n’hésita pas, plus loin, à présenter Guillaume le Taciturne comme un « briseur du joug espagnol » ou « Spanjens Jukverbreker » (ibid., p. 55).

    98 WFA, OAE 302, 9 mai 1753. On peut supposer qu’il s’agissait de Guillaume IV, décédé en 1751.

    99 WFA, OAE 303, 4 juin 1760.

    100 En 1754, Anne de Hanovre arrivait de La Haye (WFA, OAE 269, 13 juin 1754) ; en 1759 et en 1763, une autre princesse d’Orange débarquait de Stavoren (WFA, OAE 271, 19 mars 1759 et 30 mai 1763).

    101 WFA, OAE 337, lettre du 20 mars 1759 destinée aux bourgmestres de Hoorn.

    102 Le dispositif de 1759, repris intégralement en 1763, prévoyait de faire tirer dix-sept coups par les pièces situées sur les remparts orientaux de la ville ; au moment du départ, un même nombre de salves devait retentir, mais vers la campagne (WFA, OAE 271, 4 avril 1759 et 30 mai 1763).

    103 WFA, OAE 271, 4 avril 1759.

    104 WFA, OAE 271, 6 juin 1763.

    105 Ce fut notamment le cas d’Amsterdam en 1660, quand Marie Stuart visita la ville avec son jeune fils (O. Mörke, op. cit., p. 51-52).

    106 Les trois hommes, appréhendés le 8 décembre 1760, furent poursuivis pour troubles de l’ordre public et crime contre sa majesté le prince d’Orange. Un jugement du 20 mars 1761 les condamna à des peines de bannissement (WFA, ORA Enkhuizen, rôle criminel, n° 4926).

    107 WFA, OAE 268, 25 octobre 1751.

    108 « het droevigh en ontijdig overlijden van onsen waarden en tedegeliefde stadhouder » (WFA, OAE 337, lettre du 25 octobre 1751 destinée aux représentants de la ville à La Haye).

    109 Les créneaux étaient les suivants : de sept à huit heures du matin, de douze à treize heures et de dix-huit à dix-neuf heures.

    110 WFA, OAE 271, 15 janvier 1759.

    111 On trouvait dans cette délégation Everhard Pan, et Andries Kluppel, bourgmestres ; Jacob van der Ramhorst, ancien bourgmestre et membre du conseil ; Christiaan Johannes Vaillant, conseiller et pensionnaire de la ville (WFA, OAE 271, 12 février 1759).

    112 WFA, OAE 271, 8 mars 1759.

    113 WFA, OAE 303, 20 avril 1763 ; OAE 304, 7 décembre 1768 et 29 décembre 1769.

    114 WFA, OAE 271, 17 février 1759. Cette résolution faisait suite à un courrier du prince d’Orange.

    115 WFA, OAE 271, 25 février 1760.

    116 La ville d’Amsterdam elle-même réserva un accueil chaleureux au stadhouder, en 1768 (W. Frijhoff et M. Prak, op. cit, 2006, p. 210 et p. 338).

    117 WFA, OAE 271, 12 février 1766.

    118 Les canons devaient tirer à trois reprises au cours de la journée, alors que les cloches de la Zuidertoren et celles de la Drommedaris devaient se partager les intervalles à raison de quatre périodes de deux heures chacune.

    119 R. Callenbach Klenk imprima un ouvrage d’H. Stochius, intitulé Nederlandt bevestigt by de inhuldiging van […] Willem den V […] in eene kerkrede over 1-Kon. XV ; quant à Gijsbert van der Velden, il se chargea de l’édition du Vreugde-zang op den achttienden verjaardag van […] Willem den vyfden, écrit par Jan de Jongh de Jonge (ces renseignements sont extraits du STCN).

    120 WFA, OAE 319, 14 février 1766.

    121 WFA, HGAE, volume n° 691, au 6 mars 1766.

    122 WFA, OAE 271, 5 septembre 1766.

    123 WFA, OAE 271, 24 octobre 1767.

    124 Idem, 30 octobre 1767.

    125 WFA, OAE 319, 31 octobre 1767.

    126 WFA, OAE 272, 10 mars 1769, 11 décembre 1770, 13 juillet et 25 août 1772, 18 février 1774.

    127 WFA, OAE 271, 1er juin 1768.

    128 WFA, OAE 272, 12 juillet 1773.

    129 Le trajet suivi par le cortège orangiste a été cartographié en annexe 20.

    130 La chambre des bourgmestres fut ainsi réservée aux audiences, tandis que la chambre des échevins servit au repos des membres de l’entourage de Guillaume V (idem, 19 juillet 1773).

    131 WFA, OAE 272, 28 août 1773.

    132 WFA, OAE 272, 19 juillet 1773.

    133 WFA, OAE 247, folio 346v, notification du 20 juillet 1773.

    134 WFA, OAE 272, 28 août 1773.

    135 Une ville devait accueillir le collège, tandis que l’autre se réservait les chantiers et les magasins (WFA, OAE 272, 17 mars 1770).

    136 Cette cité de 8 000 habitants, en déclin à la fin du XVIIIe siècle, se révéla être un bastion patriote très solide dans les années 1780, ce qui se traduisit par une division profonde et périlleuse de la société urbaine (Wayne Philipp te Brake, Regents and Rebels. The Revolutionary World of an Eighteenth-Century Dutch City, Cambridge Mass., Basil Blackwel, 1989).

    137 S. Groenveld, op. cit., 1990, p. 28 et p. 41.

    138 Les conseillers Duyvensz et Ebbenhout résistèrent au retour de Bentinck au pouvoir (Pim Brieffies, « Enkhuizen en de invasie van Engelsen en Russen in 1799 », Steevast, 21, 1999, p. 24-25)

    139 Le titre du petit livret de six pages imprimé en 1783 est très éloquent à ce sujet (Willem P.C. Knuttel, Catalogus van de Pamfletten-verzameling berustende in de Koninklijke Bibliotheek, La Haye, 1890-1920, réédition de 1978, p. 207).

    140 WFA, Oud Archief Hoorn (OAH), n° 131 (résolutions des Bourgmestres et du conseil), 20 et 27 mars 1766.

    141 WFA, OAH, n° 132, 3 et 8 juillet 1773.

    142 Fils de Roelof, ancien gouverneur de Macassar et très bien intégré dans le conseil urbain d’Enkhuizen, Bernardus fit d’excellentes études juridiques qui le propulsèrent échevin de la ville, tandis que son mariage l’avait allié aux Jongh van Persijn. Mais il devint à partir de 1782 un farouche partisan de la révolution des Patriotes, très actif auprès des États de Hollande jusqu’à son exil forcé en 1787 (Pieter Glasz, « Dr Bernardus Blok », Bijdragen voor Vaderlandsche Geschiedenis en Oudheidkunde, 4e série, n° 2, 1909, p. 229-282).

    143 Annie Jourdan, La révolution batave entre la France et l’Amérique : 1795-1806, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008.

    144 Peter Rietbergen, « Beeld en zelfbeeld. “Nederlandse” identiteit in politiek structuur en politieke cultuur tijdens de Republiek », Bijdragen en mededelingen betreffende de geschiedenis der Nederlanden, 107, 1992, p. 643 et 648.

    145 S. Schama, op. cit., p. 359, p. 529 et p. 549.

    146 Joost Rosendaal, Bataven! Nederlandse vluchtelingen in Frankrijk, 1787-1795, Nimègue, Vantilt, 2003, p. 48.

    147 Ibid., p. 581-584.

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    1 Adriaan Gabriëls, De heren als dienaren en de dienaar als heer. Het stadhouderlijk stelsel in de tweede helft van de achttiende eeuw, La Haye, Hollandse Historische Reeks 14, 1990, p. 5.

    2 Olaf Mörke, « De hofcultuur van het huis Oranje-Nassau in de zeventiende eeuw », dans P. te Boekhorst, W. Frijhoff et P. Burke (éd.), op. cit., p. 76.

    3 Pieter Christiaansz Bor, Den oorspronck, begin ende aenvanck der Nederlandtscher Oorlogen, geduyrende de Regeringe van de Hertoginne van parma, de Hertoge van Alba…, Leyde, 1617, p. 33 ; P. C. Hooft, op. cit., 1642-1647, p. 101, p. 104 ; Emanuel van Meteren, Historien der Nederlanden en haar Naburen Oorlogen tot het Jaar 1612, Dordrecht, 1647, p. 67-69.

    4 G. Brandt, op. cit., p. 147-149.

    5 Ibid., p. 183.

    6 L’ouvrage annoté se trouve conservé aux RANH (fonds Semeijns/De Vries/Van Doesburg, n° 925). Le lecteur jouissait d’un revenu confortable, car uni à Petronella de Wit en novembre 1776, le couple acquitta 60 florins au titre de la taxe sur les mariages (WFA, DTB Enkhuizen, n° 54 et 103).

    7 KB, catalogue des ventes aux enchères, n° 219, microfiches n° 381-382. Les volumes in quarto sont les suivants : Historisch verhaal van het Christelyk-afsterven en statelyk begraeven van prins Maurits, Haarlem, 1626 ; Apologie des heeren Willem den Eerste, prince van Orangien…, Delft, 1581 ; pour les volumes in octavo : De Verantw. des Prinsen van Oranje tegen de valschelogenen, ouvrage imprimé en avril 1568 pour défendre la position de Guillaume 1er ; ‘t leven van Willem I. Prins van Oranje etc…, en trois tomes, Leyde, 1732 ; ‘t leven van Fredrik Hendrik, prins van Oranje, La Haye, 1737.

    8 Ainsi le pasteur calviniste Martinus Lydius, possesseur d’une Apologie de Prince d’Orange (Delft, 1581) et d’une Apologie van de Prins van Oranje (Leyde, 1599) et disparu en 1679 (KB, catalogues de ventes aux enchères n° 1854, microfiche 3110) ; ou le bachelier en théologie Johannes Angelius avec un Leven en bedrijf van Prins Willem en Maurits (Amsterdam, date d’impression non communiquée) et dont le fonds fut dispersé en 1669 (idem, n° 1911, microfiche 3170).

    9 Il n’a pas été possible de retrouver ce document, en dépit de sa présence dans les inventaires (WFA, OAE 547 ou ancienne cote 1656). La pochette qui l’abritait a sans doute été égarée.

    10 Le privilège avait été accordé par l’empereur Maximilien, et fut confirmé par Philippe II et Guillaume d’Orange (WFA, OAE 302, 26 novembre 1751).

    11 « gefundeert op een Privilegie door Prins Willem den eerste glorieuser gedagtenis » (WFA, OAE 337, lettre datée du 11 février 1754 et destinée au pensionnaire Vaillant).

    12 Abraham de Wicquefort, L’Histoire des Provinces-Unies des Pais-Bas depuis le parfait établissement de cet état par la paix de Munster…, La Haye, 1719, livre III, p. 145.

    13 Willem van Ham, « Vlaggen op het paneel “Het bezoek van de prinsen van Oranje aan Enkhuizen” », Steevast, 16, 1994, p. 42-55.

    14 K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 110. L’auteur qualifie même la ville de « bastion contre-remontrant », à la différence d’Alkmaar, de Hoorn ou de Medemblik.

    15 S. Centen, op. cit., p. 45.

    16 R. Dekker, op. cit., 1982, p. 42-44.

    17 S. Centen, op. cit., p. 344-345.

    18 Ibid., p. 49.

    19 WFA, OAE 1373, pochette n° 1.

    20 WFA, OAE 259, 14 juin 1683.

    21 WFA, OAE 333, lettre du 29 mars 1689.

    22 J. Theunisz, op. cit., p. 85 ; J.B. Bedaux, A. Groot et A. Hagen, op. cit., p. 155. Ce portrait est aujourd’hui perdu.

    23 WFA, OAE 333, lettre du 13 juin 1689.

    24 Petronella van Gent avait accroché un de ces portraits dans sa maison (K. Bossaers, op. cit., 1983, p. 51). Gerard Moeskoker, disparu en 1713, possédait un livre intitulé Het Leven van Willem de derde, en in-8°, probablement imprimé à Amsterdam en 1675 (WFA, ORA Enkhuizen, n° 4922).

    25 Roelof Blok (1712-1776) était issu de la petite bourgeoisie d’Enkhuizen. Embarqué sur un navire de la VOC, il connut une carrière fulgurante aux Indes puisqu’il occupa la fonction de gouverneur des Célèbes entre 1754 et 1760. Revenu à Enkhuizen, il devint membre du conseil de la ville jusqu’à sa mort (K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 152-153 et p. 201).

    26 Jan Arie Frederik de Jongste, « The restoration of the Orangist Regime in 1747: The Modernity of a “Glorious Revolution” », dans Margaret Jacob et Wijnand Mijnhardt (éd.), The Dutch Republic in the Eighteenth Century. Decline, Enlightenment, and Revolution, Cornell, Cornell University Press, 1992, p. 34-40.

    27 « dat wy in alle occasien de gunste en vriendschap van Uw Hoogheyds sullen mogen genieten » (WFA, OAE 336, lettre du 1er mai 1747).

    28 WFA, OAE 336, lettres du 8 mars 1743 et du 21 novembre 1746.

    29 Daniel Jeen Roorda, Partij en factie. De oproeren van 1672 in de steden van Holland en Zeeland, een krachtmeting tussen partijen en facties, Groningue, Wolters, 1961, p. 248-249.

    30 J. de Jongste, op. cit., 1984, p. 138-145.

    31 L. Kooijmans, op. cit., 1985, p. 64-65.

    32 WFA, OAE 267, 1er août 1747.

    33 Il est écrit dans la résolution : « commotie » (WFA, OAE 267, 21 octobre 1747).

    34 M. Prak, op. cit., 1999, p. 67-69.

    35 Les gouvernements urbains engageaient les officiers les plus importants de la milice dans la province de Hollande. Certains d’entre eux furent licenciés, comme à La Haye après 1672, à la suite d’événements où leur obéissance avait été prise en défaut (Paul Knevel, Burgers in het geweer. De schutterijen in Holland, 1550-1700, Hilversum, Verloren, 1994, p. 149-152).

    36 Henk Saaltink, « De schutterij van Hoorn », Spiegel Historiael, 14, 1979, p. 275-277.

    37 D.J. Roorda, op. cit., 1961, p. 117-118.

    38 G.Dorren, op. cit., p. 180-183.

    39 P. Knevel, op. cit., p. 203-204.

    40 J.A.F. de Jongste, op. cit., 1984, p. 130.

    41 WFA, OAE 267, 1er août 1747.

    42 Cette définition est empruntée à G. Dorren (op. cit., p. 184).

    43 M. Prak, op. cit., 1999, p. 74.

    44 J.A.F. de Jongste, op. cit., 1984, p. 119-122. Tout en admettant une augmentation du nombre des demandes allant dans ce sens, Paul Knevel repousse l’idée selon laquelle les krijgsraden aient pu véritablement s’émanciper de la tutelle des conseils urbains (op. cit., p. 157-161).

    45 Ils demandèrent en effet l’ampliation de l’ordonnance du 10 février 1672 sur deux points (WFA, OAE 267, 1er août 1747).

    46 WFA, OAE 267, 21 octobre 1747, articles 1 et 2.

    47 P. Knevel, op. cit., p. 324-326.

    48 P. Knevel, op. cit., p. 189-197. L’auteur n’hésite pas à parler de « déclin » à propos des gardes bourgeoises aux Provinces-Unies (ibid., p. 203).

    49 WFA, OAE 267, article 5 du règlement proposé le 21 octobre 1747.

    50 Ce projet, intitulé « Nieuwe Ordonnantie provisioneel op het stuk van de schutters wagt en bewaaringe van de stadt Enchuysen » fut incorporé au compte-rendu de la réunion du conseil du 21 octobre 1747.

    51 Articles 15, 16, 17, 20 et 24.

    52 H.W. Saaltink, op. cit., p. 277.

    53 J.A.F. de Jongste, op. cit., 1992, p. 42.

    54 Pour Haarlem : J.A.F. de Jongste, op. cit., 1984, p. 180-187 ; pour Leyde : Maarten Prak, « Burgers in beweging. Ideaal en werkelijkheid van de onlusten te Leiden in 1748 », Bijdragen Mededelingen van de Geschiedenis der Nederlanden, 106, 1991, p. 373-376.

    55 WFA, OAE 267, 25 septembre 1748.

    56 WFA, OAE 267, 5 décembre 1748.

    57 WFA, OAE 267, 16 décembre 1748.

    58 WFA, OAE 336, lettre du 15 février 1749. La question était toujours d’actualité en mai de la même année, dans un courrier adressé aux conseillers du Noorderkwartier (idem, lettre du 29 mai 1749).

    59 « omme tot desselfs volkoome gerustheyt te ondersoeken den staat der saaken alhier, en om op de ruijmen sodanige dissidentien en murmuratien, die alhoewel tegen onse verwagting door haar Ed. Mog. mogte gevonden worden » (WFA, OAE 268, 14 février 1749).

    60 Le baron de Wassenaar et Willem Pauw furent effectivement nommés par Guillaume IV, deux mois plus tard, afin de remplir cette tâche (WFA, OAE 268, 21 avril 1749).

    61 Au début du mois de juillet 1749, le baron de Wassenaar décida, au nom du stadhouder, de nommer Engel Appelman au collège des Gecommitteerders Raden de la province, à la place de Dirk Semeyn van Loosen (WFA, OAE 268, 7 juillet 1749).

    62 WFA, OAE 268, 14 février 1749.

    63 L’annonce de la nomination du prince au poste de stadhouder de Zélande avait eu lieu le 28 mai 1747, en pleine réunion des Gecommitteerde-Raden du Noorderkwartier, où Semeyn van Loosen siégeait en tant que représentant d’Enkhuizen (L. Kooijmans, op. cit., 1985, p. 56).

    64 C’est ce que pense R.E.O. Ekkart, dont l’analyse se fonde sur la répétition d’une procédure d’exclusion du conseil, prononcé en 1788 à l’égard d’Augustinus Hendrick, l’un des fils de Cornelis François (« De portretten van de familie Duyvensz », Steevast, 13, 1991, p. 8-9).

    65 Cette réintégration eut lieu en mars 1751, C.F. Duyvensz tirant parti du décès de Joan Druyff (K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 112 et p. 227).

    66 WFA, OAE 269, 28 janvier 1752.

    67 OAE 272, 19 juillet 1773.

    68 Gerard Moeskoker, membre du conseil urbain de 1695 à 1713, détenait dans sa bibliothèque un livre in-octavo intitulé Het leven van de Witten (WFA, ORA Enkhuizen, n° 4922). De son côté, Adriaan van Bleiswijk, qui siégea au gouvernement de la ville pendant plus de trente ans, laissa à ses héritiers un Historisch verhaal van C. en J. de Wit (WFA, OAE fam n° 1359d, pochette n° 26).

    69 D.J. Roorda, op. cit., 1961, p. 157-160.

    70 R. Dekker, op. cit., 1982, p. 319.

    71 K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 240.

    72 Cornelis Mossel fut le dernier à siéger au conseil, entre 1723 et 1732 (ibid., p. 227). Pieter Mossel, de son côté, fut échevin en 1723 et 1729 avant de disparaître des cercles du pouvoir (K. Bossaers, op. cit., 1983, p. 104).

    73 Petronella Margareta fut unie à Arend Diederik de Vries van Vossen en 1765 (WFA, DTB Enkhuizen, microfiche 54), tandis que son frère Jan Jacob reçut la main de Petronella Johanna Pan un an plus tard (idem). François Adriaan, de son côté, épousa Elia Eva van Romond en 1773 (idem). La mère de chacune de ces jeunes filles portait le nom de Haak (Eva Wilhelmina Haak mariée à Everhard Pan, et Eva Haak à Gerrit van Romond).

    74 Simon Groenveld, Evidente factiën in den staat. Sociaal-politieke verhoudingen in de 17e-eeuwse Republiek der Verenigde Nederlanden, Hilversum, Verloren, 1990, p. 73-75.

    75 WFA, OAE 270, 21 novembre 1759.

    76 « om te provenieren cabalen, en Parthyschappen, die anders uyt oneenigheyd souden kunnen spruyten » (WFA, OAE 270, 21 novembre 1759).

    77 Il s’agissait par exemple du Redeneerent vertoog, over het verschillende begrip, van de resolutie, van haar ed.gr.mog. Tot het heffen van de schattinge, in plaats van de afgeschafte te pagten en 1748, ou bien de trois numéros du périodique De snelziende Lynceus. Berispende, op een vrolyke wyze de gebreken dezer eeuw, en 1748-1749 (toutes ces informations sont extraites du Short-Title Catalogue Netherlands).

    78 RANH, fonds Semeyns/de Vries/van Doesburg, n° 935.

    79 Ibid., n° 96.

    80 P.C. Molhuysen et alii, op. cit., tome II, p. 1310-1311 ; J.A. Gruys et C. de Wolf, op. cit., p. 237.

    81 C’est l’imprimeur Blusse, de Dordrecht, qui le fit paraître pour la première fois en 1748. L’auteur, resté dans l’anonymat, se présentait comme un partisan du camp orangiste.

    82 Il avait pour titre : Enchuysen Verheugd over de aankomst en tegenwoordigheid van… Willem Karel Henrik Friso, Prince van Oranje en Nassau… in Enchuysen. Imprimé en 1749 au format in-4°.

    83 Ces huit vers furent ensuite réimprimés en 1747 à Amsterdam par Arend van Mulsteen, dans un recueil intitulé : Vreugde-Klanken op de gewenschte verkiezing van Willem Carel Hendrik Friso tot stadhouder enz. Uitgegalind door een meenigte liefhebberen den Poezij.

    84 A. Gabriëls, op. cit., p. 5-6 et p. 62.

    85 Stephan Robert Edward Klein, Patriots Republikanisme. Politieke cultuur in Nederland (1766-1787), Amsterdam, Amsterdam University Press, 1995, p. 41-43 ; A. Gabriëls, op. cit., p. 76.

    86 Amsterdam ne se fit pas faute de résister à la « politique de patronage » menée par Anne de Hanovre (Willem Frijhoff et Maarten Prak (éd.), Geschiedenis van Amsterdam. Zelfbewust stadsstaat 1650-1713, Amsterdam, SUN, 2006, p. 336-337). Le conseil de la ville fut ensuite dominé pendant plus de vingt ans par un farouche républicain, Engelbert François van Berckel (ibid., p. 351-352).

    87 A. Gabriëls, op. cit., p. 77 et p. 80-81.

    88 Ibid., p. 76.

    89 WFA, OAE 336, 20 décembre 1747 et 26 décembre 1748.

    90 A. Gabriëls, op. cit., p. 36 et p. 44-45. Le tableau B1 permet également de localiser les années où, selon un système complexe de rotation, Enkhuizen envoyait un de ses représentants dans ces instances fédérales (ibid., p. 448).

    91 WFA, OAE 337, lettre du 8 janvier 1754.

    92 WFA, OAE 337, lettre du 28 décembre 1761.

    93 WFA, OAE 337, 31 décembre 1766. Le poste devait en effet être pourvu au 1er janvier 1767. La lettre contenait aussi des vœux très chaleureux adressés à Guillaume V pour la nouvelle année.

    94 Siegfried Boudewijn Johan Zilverberg, « De dichteres Anna van der Horst (1735-1785) en haar geboortestad Enkhuizen », Steevast, 4, 1982, p. 3.

    95 « Vorstin! Uw onwaardeerbre Gunst /Gav my de vryheid met deez’blad’ren, /Met deze proev der schoonste Kunst, /Uw ‘stoel met diep ontzag te nad’ren. /… /Neen! ‘k voel door het Noordhollandsch bloed, /Dat bloed belangeloos genegen /Tot Nassauws Huiz, die drift, die gloed, /Die ‘t eerst myn’Boezem kost bewegen » (A. van der Horst, De gevallen van Ruth in zes zangen, Enkhuizen, 1764).

    96 A. van der Horst, op. cit., 1766.

    97 « Dus omhelzde zy Oranjen. /Dus heeft zy haar hart en hand, /Door ene ed’le drift gedreven, /Ter verloszing van het land » (ibid., p. 51). La poétesse n’hésita pas, plus loin, à présenter Guillaume le Taciturne comme un « briseur du joug espagnol » ou « Spanjens Jukverbreker » (ibid., p. 55).

    98 WFA, OAE 302, 9 mai 1753. On peut supposer qu’il s’agissait de Guillaume IV, décédé en 1751.

    99 WFA, OAE 303, 4 juin 1760.

    100 En 1754, Anne de Hanovre arrivait de La Haye (WFA, OAE 269, 13 juin 1754) ; en 1759 et en 1763, une autre princesse d’Orange débarquait de Stavoren (WFA, OAE 271, 19 mars 1759 et 30 mai 1763).

    101 WFA, OAE 337, lettre du 20 mars 1759 destinée aux bourgmestres de Hoorn.

    102 Le dispositif de 1759, repris intégralement en 1763, prévoyait de faire tirer dix-sept coups par les pièces situées sur les remparts orientaux de la ville ; au moment du départ, un même nombre de salves devait retentir, mais vers la campagne (WFA, OAE 271, 4 avril 1759 et 30 mai 1763).

    103 WFA, OAE 271, 4 avril 1759.

    104 WFA, OAE 271, 6 juin 1763.

    105 Ce fut notamment le cas d’Amsterdam en 1660, quand Marie Stuart visita la ville avec son jeune fils (O. Mörke, op. cit., p. 51-52).

    106 Les trois hommes, appréhendés le 8 décembre 1760, furent poursuivis pour troubles de l’ordre public et crime contre sa majesté le prince d’Orange. Un jugement du 20 mars 1761 les condamna à des peines de bannissement (WFA, ORA Enkhuizen, rôle criminel, n° 4926).

    107 WFA, OAE 268, 25 octobre 1751.

    108 « het droevigh en ontijdig overlijden van onsen waarden en tedegeliefde stadhouder » (WFA, OAE 337, lettre du 25 octobre 1751 destinée aux représentants de la ville à La Haye).

    109 Les créneaux étaient les suivants : de sept à huit heures du matin, de douze à treize heures et de dix-huit à dix-neuf heures.

    110 WFA, OAE 271, 15 janvier 1759.

    111 On trouvait dans cette délégation Everhard Pan, et Andries Kluppel, bourgmestres ; Jacob van der Ramhorst, ancien bourgmestre et membre du conseil ; Christiaan Johannes Vaillant, conseiller et pensionnaire de la ville (WFA, OAE 271, 12 février 1759).

    112 WFA, OAE 271, 8 mars 1759.

    113 WFA, OAE 303, 20 avril 1763 ; OAE 304, 7 décembre 1768 et 29 décembre 1769.

    114 WFA, OAE 271, 17 février 1759. Cette résolution faisait suite à un courrier du prince d’Orange.

    115 WFA, OAE 271, 25 février 1760.

    116 La ville d’Amsterdam elle-même réserva un accueil chaleureux au stadhouder, en 1768 (W. Frijhoff et M. Prak, op. cit, 2006, p. 210 et p. 338).

    117 WFA, OAE 271, 12 février 1766.

    118 Les canons devaient tirer à trois reprises au cours de la journée, alors que les cloches de la Zuidertoren et celles de la Drommedaris devaient se partager les intervalles à raison de quatre périodes de deux heures chacune.

    119 R. Callenbach Klenk imprima un ouvrage d’H. Stochius, intitulé Nederlandt bevestigt by de inhuldiging van […] Willem den V […] in eene kerkrede over 1-Kon. XV ; quant à Gijsbert van der Velden, il se chargea de l’édition du Vreugde-zang op den achttienden verjaardag van […] Willem den vyfden, écrit par Jan de Jongh de Jonge (ces renseignements sont extraits du STCN).

    120 WFA, OAE 319, 14 février 1766.

    121 WFA, HGAE, volume n° 691, au 6 mars 1766.

    122 WFA, OAE 271, 5 septembre 1766.

    123 WFA, OAE 271, 24 octobre 1767.

    124 Idem, 30 octobre 1767.

    125 WFA, OAE 319, 31 octobre 1767.

    126 WFA, OAE 272, 10 mars 1769, 11 décembre 1770, 13 juillet et 25 août 1772, 18 février 1774.

    127 WFA, OAE 271, 1er juin 1768.

    128 WFA, OAE 272, 12 juillet 1773.

    129 Le trajet suivi par le cortège orangiste a été cartographié en annexe 20.

    130 La chambre des bourgmestres fut ainsi réservée aux audiences, tandis que la chambre des échevins servit au repos des membres de l’entourage de Guillaume V (idem, 19 juillet 1773).

    131 WFA, OAE 272, 28 août 1773.

    132 WFA, OAE 272, 19 juillet 1773.

    133 WFA, OAE 247, folio 346v, notification du 20 juillet 1773.

    134 WFA, OAE 272, 28 août 1773.

    135 Une ville devait accueillir le collège, tandis que l’autre se réservait les chantiers et les magasins (WFA, OAE 272, 17 mars 1770).

    136 Cette cité de 8 000 habitants, en déclin à la fin du XVIIIe siècle, se révéla être un bastion patriote très solide dans les années 1780, ce qui se traduisit par une division profonde et périlleuse de la société urbaine (Wayne Philipp te Brake, Regents and Rebels. The Revolutionary World of an Eighteenth-Century Dutch City, Cambridge Mass., Basil Blackwel, 1989).

    137 S. Groenveld, op. cit., 1990, p. 28 et p. 41.

    138 Les conseillers Duyvensz et Ebbenhout résistèrent au retour de Bentinck au pouvoir (Pim Brieffies, « Enkhuizen en de invasie van Engelsen en Russen in 1799 », Steevast, 21, 1999, p. 24-25)

    139 Le titre du petit livret de six pages imprimé en 1783 est très éloquent à ce sujet (Willem P.C. Knuttel, Catalogus van de Pamfletten-verzameling berustende in de Koninklijke Bibliotheek, La Haye, 1890-1920, réédition de 1978, p. 207).

    140 WFA, Oud Archief Hoorn (OAH), n° 131 (résolutions des Bourgmestres et du conseil), 20 et 27 mars 1766.

    141 WFA, OAH, n° 132, 3 et 8 juillet 1773.

    142 Fils de Roelof, ancien gouverneur de Macassar et très bien intégré dans le conseil urbain d’Enkhuizen, Bernardus fit d’excellentes études juridiques qui le propulsèrent échevin de la ville, tandis que son mariage l’avait allié aux Jongh van Persijn. Mais il devint à partir de 1782 un farouche partisan de la révolution des Patriotes, très actif auprès des États de Hollande jusqu’à son exil forcé en 1787 (Pieter Glasz, « Dr Bernardus Blok », Bijdragen voor Vaderlandsche Geschiedenis en Oudheidkunde, 4e série, n° 2, 1909, p. 229-282).

    143 Annie Jourdan, La révolution batave entre la France et l’Amérique : 1795-1806, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008.

    144 Peter Rietbergen, « Beeld en zelfbeeld. “Nederlandse” identiteit in politiek structuur en politieke cultuur tijdens de Republiek », Bijdragen en mededelingen betreffende de geschiedenis der Nederlanden, 107, 1992, p. 643 et 648.

    145 S. Schama, op. cit., p. 359, p. 529 et p. 549.

    146 Joost Rosendaal, Bataven! Nederlandse vluchtelingen in Frankrijk, 1787-1795, Nimègue, Vantilt, 2003, p. 48.

    147 Ibid., p. 581-584.

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