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    Plan détaillé Texte intégral Des guerrières mythologiques à Mother Ireland Réécriture du mythe national Femmes et lutte armée Notes de bas de page

    L’art comme arme en politique

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Deuxième partie. Généalogie des rebelles irlandaises : mémoire et identité politique

    p. 45-68

    Texte intégral Des guerrières mythologiques à Mother Ireland Réécriture du mythe national Femmes et lutte armée Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Constance Markievicz s’intéresse très tôt à l’héritage gaélique de l’Irlande et plus particulièrement à la mythologie, comme en témoignent les illustrations qu’elle a proposées pour les pièces de théâtre d’Eva Gore-Booth. Ses contributions journalistiques précédemment étudiées montrent également que, comme d’autres membres de la Ligue Gaélique et d’autres séparatistes, elle aspire à fonder une Irlande nouvelle mais qui s’inspirerait d’un passé gaélique glorieux. Loin de se contenter d’adhérer aux représentations essentiellement masculines du passé héroïque irlandais, elle cherche à en proposer une relecture qui laisserait la part belle aux Irlandaises afin de légitimer leur participation au combat national et qui justifierait les bases égalitaires de la nouvelle république à laquelle elle aspire.

    Des guerrières mythologiques à Mother Ireland

    2Constance Markievicz partage son intérêt pour la mythologie celtique avec sa sœur Eva. Cette dernière a écrit deux pièces de théâtre où apparaît le personnage de Maeve, The Triumph of Maeve en 1902, puis une version révisée The Death of Fionavar from the Triumph of Maeve en 1916. Les pièces, comme les articles de Markievicz, représentent la société mythifiée de l’Irlande précoloniale comme égalitaire. L’image de la grande guerrière Maeve est probablement inspirée de la Rafle des Vaches de Cooley (Táin Bó Cúailnge), un des récits les plus importants de la mythologie irlandaise. Dans ce texte, Maeve est représentée sous les traits d’une guerrière ambitieuse et puissante. Maeve est certainement la figure mythique qui a le plus inspiré Markievicz, à tel point qu’elle a nommé sa fille Maeve. Selon Maria Elena Doyle, la représentation de Maeve remettait en question la rhétorique paternaliste de l’Empire britannique qui sous-entendait que l’Irlande, sous les traits de Hibernia, avait besoin d’être guidée. Ce stéréotype est particulièrement visible si l’on étudie les caricatures politiques et dessins de presse de l’époque victorienne. Hibernia y est souvent représentée comme un personnage passif, nécessitant la venue de Britannia ou d’un homme politique britannique afin de la sauver des rebelles irlandais1. Le mythe dit de Maeve qu’elle domine son mari et a un appétit sexuel insatiable, ce qui la place en dehors des standards moraux de la société victorienne qui ont fortement influencé la renaissance celtique2. Le choix de cette figure mythique va donc au-delà du seul intérêt pour la mythologie celtique et de l’utilisation d’un passé gaélique glorieux dans la construction d’une Irlande moderne. En effet, Markievicz et Gore-Booth se réapproprient ces figures légendaires afin de donner un sens à leur combat féministe. Selon Marian Eide, Eva Gore-Booth fait le choix en 1916 de réviser sa pièce The Triumph of Maeve au regard des événements de Pâques et du rôle que sa sœur y a joué. Elle la compare ainsi à la guerrière mythique, admirant son militantisme et ses idéaux, tout en questionnant les conséquences du combat en mettant en scène la mort de Fionavar, fille de Maeve3. Les liens entre mythe, Histoire et histoire personnelle sont ici inextricables. L’on peut également considérer l’utilisation de pseudonymes inspirés de figures mythologiques irlandaises dans le mensuel Bean na h-Éireann comme une relecture féministe de ces héroïnes et un moyen de contourner le mythe nationaliste qui semble monolithique et prive les Irlandaises de leur voix.

    3Ce n’est en effet pas l’image de Maeve, l’ambitieuse guerrière, qui domine l’imagerie nationaliste au début du vingtième siècle, mais bien celle de l’idéal maternel. Dans la société victorienne, le clivage entre sphère publique et sphère privée se fonde sur une injonction de respectabilité qui cantonne les femmes à un certain type d’activités qui correspondrait à leur genre4. Le nationalisme culturel, quant à lui, est fondé sur une représentation idéalisée de héros exclusivement masculins. L’espace public se voit donc masculinisé par opposition à l’espace domestique réservé aux femmes5. Cette représentation semble en partie tirer son origine du mythe de la souveraineté dans lequel le territoire national est dépeint sous les traits d’une femme, incarnation de la déesse de la souveraineté, qui épouse symboliquement l’homme qu’elle a choisi pour roi lors de son couronnement6. Il s’agit parfois d’une pauvre vieille femme (Shan Van Vocht) qui parcourt les routes à la recherche du souverain légitime et retrouve sa jeunesse grâce à un baiser de ce dernier. La pièce de William Butler Yeats et Augusta Gregory (1852-1932), Cathleen Ni Houlihan (1902), écrite pour Maud Gonne, s’inspire de cette légende. Dans les aisling et poèmes politiques des dix-septième et dix-huitième siècles, la jeunesse et la fertilité du territoire national dépendent de la libération du joug colonial7. Dans ces représentations, la figure féminine n’agit que très rarement de sa propre initiative, elle est souvent capturée puis libérée, faisant d’elle un personnage passif qui demande sa libération. La figure maternelle idéale ainsi créée passe sous silence les désirs et actions des Irlandaises, qui sont élevées au rang d’icônes nationales et ne doivent se réaliser qu’au service des autres. Les femmes apparaissent ainsi détachées de la société moderne et liées à la préservation d’une société traditionnelle et organique8. Par conséquent, la popularisation de cette image efface l’activisme réel de femmes de chair et d’os au cours de l’histoire irlandaise9.

    4Dans le discours « The Future of Irishwomen » publié dans l’Irish Citizen en 1915, Constance Markievicz avait en effet remarqué qu’il existait somme toute assez peu d’informations sur le rôle des femmes dans la rébellion de 1798, l’attribuant au fait qu’elles avaient sans doute été principalement passives. Sarah Curran, grand amour de Robert Emmet, n’était pas, selon Markievicz, un bon exemple à suivre : « Faible Sarah Curran, qui sombra dans la folie à la mort d’Emmet, et épousa un de ses ennemis jurés »10. Il est vrai que, comme la figure maternelle idéale, les femmes de 1798 n’avaient alors été représentées qu’à travers le prisme de leurs relations avec les hommes ayant pris part à la rébellion. Dans les récits d’historiens tels que Richard Robert Madden (1798-1886) ou de poètes comme Thomas Moore, elles étaient les sœurs, les mères ou les veuves de ces héros, comme Matilda Tone, Pamela Fitzgerald ou Sarah Curran. Le rejet initial de ces figures féminines semble montrer que Markievicz acceptait cette représentation officielle et condamnait leur apparente passivité. Quelques semaines plus tard, elle choisit néanmoins de publier dans l’Irish Citizen une série de cinq articles sur ce sujet, montrant qu’elle avait choisi de passer outre cette invisibilité et d’écrire sur ces « fantômes » de 1798.

    Réécriture du mythe national

    5Cette série d’articles développe des thèmes que le discours « The Future of Irishwomen » avait introduits et permet également de légitimer l’appel à s’engager que Markievicz y avait lancé. L’Irish Citizen, fondé en 1913 par James H. Cousins, époux de Margaret, et Francis Sheehy-Skeffington (1878-1916), était le deuxième périodique féminin dédié aux suffragistes et aux nationalistes après Bean na hÉireann. Contrairement à ce dernier, l’Irish Citizen diffusait les idées de l’Irish Women’s Franchise League et définissait donc le suffrage comme priorité absolue avant même le nationalisme11. La création d’un tel journal avait été rendue nécessaire car la presse de l’époque boycottait le mouvement suffragiste, ne lui permettant pas de promouvoir ses différentes actions. Il serait cependant réducteur de considérer l’Irish Citizen uniquement comme une plateforme suffragiste. L’hebdomadaire reflétait en effet les débats féministes, socialistes et nationalistes de l’époque et encourageait les femmes à lutter contre les stéréotypes et à prendre la place qui leur revenait de droit dans la société irlandaise12. Il n’est donc pas surprenant que Constance Markievicz, proche de Francis et Hanna Sheehy Skeffington, ait choisi d’y écrire en 1915.

    6Publiée toutes les semaines en novembre et décembre 1915, la série intitulée « The Women of ’98 » propose une lecture alternative d’un événement historique fondateur pour les nationalistes en intégrant des héroïnes à la version masculine dominante13. Influencé par la Révolution américaine et la Révolution française, le soulèvement de 1798 fut un mouvement révolutionnaire de grande ampleur suivi par une répression sévère du gouvernement britannique. Au cours du dix-neuvième siècle, les Irlandais Unis furent progressivement représentés comme les fondateurs du nationalisme irlandais et Theobald Wolfe Tone comme un héros républicain14. En 1898, la commémoration du soulèvement cristallisa les tensions entre le nationalisme constitutionnel hérité de Charles Stewart Parnell (1846-1891) et incarné par John Redmond, et la nouvelle génération de nationalistes radicaux qui cherchait à s’imposer sur la scène politique. Les festivités prirent une tournure aussi identitaire que politique à un moment où le jubilé de la reine Victoria en 1897 et les visites royales de 1900 et 1903 suscitaient la controverse sur fond de guerre des Boers15. La pensée politique de Markievicz s’inspire de sa perception du soulèvement des Irlandais Unis comme mouvement de résistance anti-impérialiste, comme l’indiquent la présence tutélaire de Wolfe Tone et la fréquence des références à 1798 dans ses écrits. Selon Mary Caulfield, la répétition de ces épisodes historiques vient sans doute d’un besoin de mettre à distance ses origines anglo-irlandaises et de créer sa propre expérience nationaliste16. En écrivant sur « les femmes de ’98 », Markievicz légitime à la fois sa participation au combat pour l’indépendance et celle de toutes les Irlandaises qui souhaitent y prendre part.

    7Le premier article de la série revient sur l’idée qu’il existe peu d’informations au sujet des femmes ayant participé à la rébellion de 1798 et oppose l’héroïsme des guerrières de la mythologie irlandaise à « l’indifférence » de la majorité des Irlandaises envers le combat national. Markievicz pensait en effet qu’il serait difficile d’écrire un article sur les femmes en 1798 du fait du peu de sources à sa disposition17. Le dernier article conclut sur l’idée qu’au contraire, elle a dû « faire des choix, condenser et omettre » des faits de peur que le texte ne devienne trop long18. À partir du second article, Markievicz apporte une modification au titre qui passe de « The Women of ’98 » à « Women of Ninety-Eight ». Elle abandonne donc l’article « the » et écrit la date en toutes lettres. L’utilisation de l’article défini donnait l’impression que le nombre de femmes impliquées dans le soulèvement était limité et connu. L’aspect indéfini de l’absence de détermination montre au contraire que le nombre est bien plus conséquent que ce que Markievicz pensait au départ et surtout qu’elle ne peut pas prétendre évoquer toutes leurs histoires. Beaucoup sont tombées dans l’oubli ou ont été volontairement passées sous silence. Quant au passage aux lettres pour la date du soulèvement, il donne davantage de poids et d’autorité à l’expression. La participation des femmes semble désormais évidente et Markievicz fait d’ailleurs allusion à l’existence de nombreuses sources, tout en n’en citant qu’une infirme partie, choisissant ainsi de mêler fiction et réalité. Markievicz décrit son travail de recherche comme celui d’une historienne consultant les « histoires et les mémoires » du soulèvement pour retrouver la trace des femmes :

    Mais à travers les récits de la lutte pour l’indépendance, des allusions aux exploits accomplis par des femmes et des filles apparaissent, nous donnant une idée du rôle que les femmes d’Irlande ont joué dans le combat national. Nous les entrevoyons à travers la fumée de leurs fermes en flammes, dans la poussière et le vacarme des champs de bataille. La plupart de ces visions fugaces nous montre que les femmes d’Irlande étaient dignes du pays qui les a vues naître19.

    8La répétition du terme « glimpse » en anglais et l’utilisation d’autres termes tels que « allusions » ou « drift » indique que la contribution des femmes au soulèvement de 1798 n’est pas reconnue à sa juste valeur. Markievicz avait d’ailleurs déjà évoqué cette idée dans le discours « The Future of Irishwomen », affirmant que « nous avons quelques aperçus de ces femmes de la part de chroniqueurs masculins »20. L’absence de récits mettant en scène la contribution des femmes en 1798 serait donc intentionnelle et s’expliquerait par le lien privilégié entre les femmes et la sphère domestique. Markievicz établit également un parallèle entre la société conservatrice du dix-huitième siècle et celle de sa propre époque, évoquant notamment les Lois Pénales qui rendaient l’écriture de l’histoire subversive21. La participation des femmes en 1798 aurait donc été volontairement passée sous silence en raison de lois restrictives pesant sur la société irlandaise dans son ensemble, mais également à cause de normes sociales défavorables aux femmes. Dans cette série d’articles, Constance Markievicz entend donc retrouver ces femmes oubliées et proposer une relecture de leurs actions. Avery Gordon suggère que les récits écrits d’un point de vue autre que celui autorisé par l’idéologie dominante ne sont rien d’autre que des « histoires de fantômes »22. Écrire sur ces femmes exclues ou rendues invisibles permettrait donc de remettre en question le discours dominant sur le passé et l’histoire proposé par le mouvement de renaissance gaélique essentiellement masculin. En décrivant les actions de ces femmes, Markievicz proposerait donc à la fois une version plus complète de l’histoire et une relecture du mythe de l’Irlande comme « une nation de pères et de fils »23.

    9Dans le premier article de la série, Markievicz insiste par ailleurs sur les dangers encourus par les auteurs au temps des Lois Pénales lorsque les Britanniques interceptaient les lettres et messages des patriotes. Selon elle, « écrire était aussi dangereux que de combattre », car « aimer son pays était considéré comme un crime »24. Malgré ces difficultés, les patriotes ont écrit leurs histoires et celles-ci ont également été transmises oralement, permettant aux Irlandais de résister à la domination britannique de génération en génération. Le mouvement de renaissance gaélique s’est intéressé de près à la tradition orale et au seanchaí. Dans l’Irlande gaélique, le seanchaí était à la fois le conteur et le professeur, gardien des traditions. Le texte de Markievicz regorge d’allusions à ce diseur d’histoires (storyteller) : « de vieilles histoires racontées des soirs d’hiver au coin du feu de tourbe, racontées avec respect par des hommes âgés à qui leurs pères avaient pu dire ce qu’ils avaient eux-mêmes subi et ce qu’ils avaient vu en ces temps glorieux »25. L’on peut lire ici que le seanchaí semblait le plus souvent être un homme, même si certaines femmes narraient également des histoires comme l’indique Clodagh Brennan Harvey. En effet, l’idée que la profession de conteur était l’apanage des hommes ou qu’ils étaient plus qualifiés que les femmes dans cet exercice s’est formée progressivement en Irlande, notamment parce que les folkloristes qui collectaient les légendes étaient principalement des hommes26. Si les Lois Pénales ont rendu plus difficile la transmission de l’histoire et des traditions, le conservatisme de la société patriarcale a éclipsé la participation des femmes au combat pour l’émancipation nationale. Markievicz prend ici le rôle de la conteuse et entreprend de narrer les histoires de ces femmes oubliées, perpétuant une tradition considérée comme essentiellement masculine en la modernisant. Elle révise ainsi l’histoire du soulèvement de 1798, en y ajoutant le pan essentiel de la participation des femmes, créant un nouveau mythe fondateur permettant d’encourager l’activisme de ses lectrices. Le mythe réécrit par Markievicz est moteur d’action dans le présent, de projection vers l’avenir, d’expression du « dissensus » selon Rancière27, une forme de résistance à la fois à la domination anglaise et à la société patriarcale.

    10Il ne faut pas oublier ici que ces articles paraissent dans l’Irish Citizen quelques semaines seulement avant l’insurrection de Pâques 1916. Markievicz choisit donc d’intégrer les femmes à l’histoire du nationalisme irlandais et du séparatisme pour légitimer leur activisme actuel et leur participation à la révolution toute proche, de même que sa propre participation. Karen Steele rappelle qu’entre 1911 et 1915, Markievicz avait essuyé quelques revers malgré son implication grandissante en politique28. En juillet 1914 notamment, certains membres des Na Fianna Éireann, organisation paramilitaire qu’elle avait contribué à fonder en 1909, avaient sous la direction de Bulmer Hobson organisé l’entrée illégale d’armes dans le port de Howth, au nord-est de Dublin. Markievicz n’avait pas été consultée29. Lorsqu’elle devint membre de Cumann na mBan en 1914, Seán O’Casey (1880-1964) insista pour qu’elle démissionne de l’Irish Citizen Army considérant que les deux organisations n’étaient pas compatibles, ce qu’elle refusa de faire30. Face à ses détracteurs, Markievicz ressentait peut-être davantage le besoin de justifier la participation de plus en plus active des femmes dans le mouvement révolutionnaire, en même temps que la sienne.

    11Contrairement aux héroïnes de la mythologie, les femmes que Markievicz décrit dans la série « les femmes de ’98 » sont des femmes ordinaires, auxquelles les lectrices peuvent plus facilement s’identifier. Si le ton est très différent de celui de la rubrique jardinage publiée dans Bean na hÉireann entre 1909 et 1911, la stratégie semble cependant être la même. Markievicz abandonne la métaphore du jardin et se concentre sur un militantisme républicain qui lui permet de légitimer différentes formes d’activisme. Dans une série de courtes biographies, elle relate en effet les histoires de femmes qui ont joué des rôles différents lors du soulèvement de 1798. Certaines comme Molly Weston ou Mary Doyle ont pris « héroïquement » les armes et d’autres, plus « timides », ont transmis des messages ou soigné les blessés et protégé les fugitifs31. Cette distinction entre un militantisme « passif » et « actif » permet à Markievicz d’aller à l’encontre de la représentation de la femme en tant qu’icône nationale et de rendre compte de la diversité des réactions lors de situations de guerre ou de crise.

    12Parmi « celles qui ne possédaient pas l’ancienne nature martiale et qui craignaient l’affrontement armé »32, nombreuses sont les femmes que Markievicz décrit se sacrifiant pour protéger leur mari ou leur fils et servir leur pays, au péril de leur vie. Les femmes ayant choisi un rôle auxiliaire ont eu, selon elle, une grande force de caractère qui leur a permis de supporter l’humiliation et les tortures infligées par les soldats anglais. Markievicz s’attarde sur l’histoire de la « mère patriote » qui a déjoué le stratagème des soldats qui pensaient qu’elle encouragerait son fils à révéler des informations pour sauver sa vie. Elle encouragea pourtant ce dernier à se sacrifier, « préférant le voir mort que déshonoré »33. D’autres femmes ont perdu la vie et leurs histoires témoignent de la brutalité des Anglais comme celle de Norah, dont le corps fut trouvé mutilé sur le bord d’une route par un groupe de rebelles. Son jupon fut utilisé comme un étendard par le groupe qui fut ainsi surnommé la brigade au jupon34. Le premier article s’achève sur l’idée que « l’on se rappellera leurs histoires en récit et en musique à chaque fois que l’on racontera la légende de ’98 »35. Markievicz espère donc que narrer l’histoire de ces femmes leur permettra de prendre place au panthéon des héros et héroïnes nationalistes, quelle que soit la forme de participation au combat qu’elles ont choisie.

    13Au début du second article, Markievicz revendique comme ses « aïeules » de nombreuses femmes ayant pris part au combat, qu’elle décrit comme de véritables héroïnes qui « pourraient éclairer notre chemin à nous, femmes d’aujourd’hui »36. Elle encourage donc les lectrices à s’identifier davantage aux femmes ayant choisi la lutte armée en 1798. Molly Weston, fille d’un fermier, dirigea la charge des patriotes sur son poney avec une cravache pour seule arme. Markievicz la décrit à la manière de Jeanne d’Arc menant les troupes « sans se soucier du danger »37. Ne sachant pas si elle a survécu, Markievicz se demande si elle a eu des filles et des petites filles, faisant allusion à la force de caractère qu’elle pourrait avoir transmis à ses descendantes. À la bataille de New Ross, Mary Doyle se chargea de couper à la serpe les ceintures des soldats ennemis blessés ou morts afin de récupérer des munitions qu’elle donna ensuite aux rebelles. L’histoire de Betsy Grey, presbytérienne d’Ulster tuée à la bataille de Ballinahinch alors qu’elle avait rejoint les rangs des Irlandais Unis, permet à Markievicz de pousser les Irlandaises à s’unir pour la cause nationale. Il est toutefois intéressant de noter que lors des commémorations du centenaire de 1898, un groupe d’unionistes détruisit le monument érigé en l’honneur de Betsy Grey près du site de la bataille. Ces derniers dénonçaient la récupération du souvenir du soulèvement de 1798 à des fins nationalistes38. Susey O’Toole, fille d’un forgeron « aussi forte qu’un homme », se servait de « ses talents d’actrice » et se déguisait pour envoyer l’ennemi dans la mauvaise direction et rassembler des informations pour Joseph Holt (1756-1826), qui survécut longtemps dans les montagnes de Wicklow grâce à elle et au dévouement d’autres femmes39. Si elles sont décrites comme des combattantes à part entière, ces femmes ne se battaient pourtant pas avec de véritables armes et utilisaient des outils de la vie quotidienne comme la cravache ou la serpe. D’autres tiraient avantage des stéréotypes féminins afin d’être utile aux rebelles comme Mrs Bond qui fit parvenir à Thomas Russell et Samuel Neilson, alors prisonniers, un « délicieux gâteau » contenant des lettres, des journaux et du matériel d’écriture40. De nombreuses femmes utilisaient ainsi la sphère domestique afin d’aider la cause des Irlandais unis. Markievicz s’attarde sur les nombreux moyens utilisés par ces femmes pour « rendre service à leur pays » citant notamment Betty Palmer, qui transmit des messages entre les principaux chefs rebelles Emmet, Long, Hevey, Fitzgerald et Russell. Dans le comté de Wexford, haut-lieu de la rébellion, « les hommes avaient l’habitude de se reposer sur les femmes pour leur transmettre des renseignements, leur fournir de la nourriture, les cacher et les aider à s’échapper »41. Même les enfants faisaient preuve de patriotisme comme le montre l’exemple d’une toute jeune fille de douze ans, Biddy Magee, qui courut en pleine nuit prévenir les rebelles de l’arrivée imminente de l’armée britannique42. Si elle semble privilégier la participation active au combat, il est évident que Markievicz cherche également à encourager les Irlandaises à s’engager quelle que soit la forme que cela peut prendre. L’on peut ainsi faire des parallèles avec l’engagement des femmes lors de l’insurrection de Pâques 1916, à peine quelques mois après la publication du dernier article de la série.

    14Dans ce contexte politique agité, la représentation du soulèvement de 1798 proposée par Markievicz met l’accent sur l’unité. Dans son récit, les Irlandaises semblent unies dans leur soutien à la cause des rebelles, qu’elles soient originaires du nord ou du sud du pays comme en témoignent les exemples de Betsy Grey ou de la femme de Joseph Holt, Hester Long, qui venait d’une famille orangiste, les Manning43. Elle dépeint également les origines sociales diverses des protagonistes et montre que des femmes d’origine modeste comme Mary Doyle ou Molly Weston combattaient aux côtés des hommes, tout comme celles de milieux privilégiés comme Mary McCracken, à laquelle Markievicz consacre un article entier44. Née dans une famille presbytérienne qui avait fait fortune dans le textile, McCracken était bien plus érudite que la plupart des femmes de la bourgeoisie de Belfast. Sa correspondance fournie avec son frère Henry Joy McCracken et d’autres membres des Irlandais Unis témoigne à la fois de son radicalisme politique et de son féminisme en partie influencé par les idées de Mary Wollestonecraft45. Les Irlandais Unis paraissaient donc avoir réussi à unir les différentes classes sociales afin de combattre pour un idéal commun. La série d’articles permet également à Markievicz de formuler clairement son anti-impérialisme. De nombreuses anecdotes montrent que l’armée britannique « brutalisait et assassinait » femmes et enfants alors que les rebelles les traitaient avec « magnanimité et humanité »46. Le troisième article de la série se concentre sur les lettres et les mémoires de Mary Leadbetter (1758-1826). Bien que favorable aux Anglais, selon Markievicz, cette pacifiste quaker proche d’Edmund Burke (1729-1797) porta secours aux blessés et aux fugitifs quel que soit leur camp. Ces mémoires sont particulièrement précieux pour Markievicz car elles constituent « une source impartiale » donnant une « image saisissante des horreurs et des dangers de cette époque, plus particulièrement pour les femmes »47. Markievicz utilise les mémoires de Mary Leadbetter pour présenter l’armée anglaise sous un jour défavorable, indiquant par exemple que « même les loyalistes n’étaient pas en sécurité car la Rébellion était un prétexte utilisé par les soldats anglais pour entrer dans les maisons dès qu’ils le pouvaient et maltraiter ceux qu’ils y trouvaient »48.

    15Tout comme les textes de Mary Leadbetter, la plupart des sources utilisées par Markievicz ne provient pas d’histoires officielles du soulèvement de 1798, notamment à cause des difficultés engendrées par les Lois Pénales. Elle s’appuie donc sur des mémoires, des lettres, des chansons et ballades ainsi que des histoires transmises par les conteurs évoqués précédemment49. Ce type de source mêle fiction et réalité et joue un rôle dans la création d’un mythe de l’engagement des femmes dans le soulèvement de 1798, ce que Mary Caulfield appelle un « processus de canonisation » car la participation des femmes s’en trouve collectivement validée50. L’un des thèmes principaux que l’on retrouve dans toutes les histoires racontées par Markievicz est celle de la souffrance subie par ces femmes. Que leur engagement soit décrit comme actif ou passif, elles ont toutes en commun le fait d’avoir souffert aux mains de l’armée britannique. Markievicz n’utilise pas le mot « martyr », mais décrit de façon répétée les mauvais traitements subis par ces femmes et dit son espoir qu’elles ne se soient pas sacrifiées en vain. Lorsqu’elle conclut le dernier article en indiquant que « les temps ont changé » mais que « les femmes souffrent encore du militarisme aujourd’hui », il devient clair que sa réécriture de la participation des femmes au soulèvement de 1798 est également un outil de propagande politique51. Les fantômes du passé qu’elle exhume et dont elle tente de graver durablement le nom dans la mémoire collective doivent permettre une mobilisation contre la domination britannique dans le présent. Entendant poursuivre le combat après la création de l’État libre en 1922, Markievicz donnera d’ailleurs vie à ces héroïnes de 1798 dans ses pièces de théâtre The Invincible Mother (1925), Blood Money (1925) et Broken Dreams (1927).

    16Dans cette série d’articles, Markievicz fait également de fréquentes allusions aux vêtements choisis par les femmes ayant pris part au soulèvement de 1798. Cet intérêt pour l’habillement peut sembler futile, mais il faut se rappeler que le mouvement de renaissance gaélique soutenait le développement de l’industrie locale. Le costume irlandais, composé d’un manteau à capuchon et d’une longue robe à ceinture ornée de motifs entrelacés, était ainsi destiné à devenir un symbole visuel de la renaissance gaélique qui permettrait de promouvoir l’utilisation de tissus produits en Irlande, comme le tweed du Donegal, et de construire une identité culturelle forte. Le journal Sinn Féin faisait ainsi la promotion du costume irlandais en mars 1910 et incitait les femmes à le porter en toute occasion52. Si ce costume révélait l’identité politique de celles qui le portaient, il est cependant évident qu’il ne pouvait convenir pour prendre part au combat. Il n’était d’ailleurs pas non plus adapté à la vie quotidienne comme l’écrivit Mary Butler (1874-1920), membre de la Ligue Gaélique, dans l’Irish Monthly en avril 1917, espérant que les générations suivantes le porteraient uniquement pour de grandes occasions53. Butler témoignait donc du besoin qu’éprouvaient ces femmes de prendre leurs distances avec ce costume qui les représentait comme dépositaires de la tradition face à l’impérialisme anglais, mais les excluait de la construction d’une Irlande moderne54.

    17Markievicz, quant à elle, entendait prendre part au combat tout en signalant son appartenance à une longue lignée de guerrières. À la lecture de la description de cette « mystérieuse femme » qui, sur son cheval, prit part au combat aux côtés de l’armée française « vêtue d’un habit vert et portant un panache rouge et un drapeau tricolore à son chapeau »55, on ne peut s’empêcher de penser aux photographies de Markievicz en uniforme de l’Irish Citizen Army prises en studio en 1915, qui seront étudiées dans un autre chapitre. En se mettant ainsi en scène, Markievicz affirmait le lien avec ses « aïeules » ayant combattu pour l’Irlande alors qu’une partie du mouvement nationaliste s’apprêtait à saisir l’opportunité de la guerre pour déclarer l’indépendance du pays56.

    Femmes et lutte armée

    18Dans les semaines qui précédèrent le soulèvement de Pâques 1916, Constance Markievicz tenta de rallier les femmes à la cause révolutionnaire dans d’autres publications telles que Workers’ Republic. À la même période, James Connolly décida de la création d’une unité de soins médicaux (Ambulance Corps) qui serait « attachée à » l’Irish Citizen Army et commandée par le docteur Kathleen Lynn (1874-1955)57. Selon Lauren Arrington, le choix du terme montre que l’unité, principalement composée de femmes, n’était pas destinée à être subordonnée à l’Irish Citizen Army58. La création d’une unité médicale fournissait cependant un moyen aux femmes de participer à la lutte de façon respectable. En décembre 1915, Markievicz publia un article destiné à recruter des femmes pour cette unité dans lequel elle les incitait à « garder la dernière balle pour elles-mêmes et [à] ne pas pleurnicher au sujet des hommes qui les protègent »59. Elle n’attribue pas ici un rôle secondaire aux femmes qu’elle incite plutôt à se sacrifier pour la cause nationale, utilisant la même rhétorique que pour encourager les recrues de Na Fianna Éireann. Markievicz met en avant l’image des martyrs pour préparer les troupes de l’ICA à la bataille qui s’annonce, notamment dans son « Hymne sur le Champ de Bataille » publié dans Workers’ Republic et dédié à l’ICA. Invoquant la protection divine pour les soldats de la liberté, elle cite les noms de Tone et d’Emmet affirmant que « ceux qui tombent pour la liberté ne mourront jamais »60. La référence aux Irlandais Unis montre que l’insurrection de 1916 se revendique l’héritière des rébellions précédentes contre le pouvoir britannique en Irlande. Quelques jours avant le soulèvement de Pâques 1916, Markievicz publie dans Workers’ Republic des poèmes incitant les Irlandais à prendre part au combat et à mourir pour la patrie, insistant sur la solidarité et l’unité des rebelles : « Nous sommes prêts à mourir pour la terre que nous aimons »61. Markievicz idéalise ici le sacrifice pour la nation et montre qu’elle partage une vision romantique de la révolution avec d’autres républicains et socialistes irlandais comme Patrick Pearse62.

    19La déclaration de guerre à l’Allemagne crée un contexte favorable à l’organisation d’un soulèvement avant la fin du conflit européen. En effet, la force paramilitaire nationaliste des Volontaires irlandais (Irish Volunteers) se divise sur la position à adopter face au conflit. Le parti parlementaire de John Redmond prend le contrôle d’une majorité des Volontaires (National Volunteers) et organise une campagne d’enrôlement dans l’armée britannique. La minorité restante, qui garde le nom de Volontaires irlandais, se déclare neutre et se radicalise politiquement sous l’impulsion de l’Irish Republican Brotherhood ou Fraternité Républicaine Irlandaise. En mai 1915, l’IRB nomme un conseil militaire composé de Patrick Pearse, Joseph Plunkett et Éamonn Ceannt (1881-1916) pour organiser l’insurrection. Ils sont rejoints par Tom Clarke (1858-1916) et Seán MacDermott (1883-1916), puis en 1916 par James Connolly et Thomas MacDonagh (1878-1916). Ces hommes seront les sept signataires de la Proclamation de la république. Le soulèvement devait initialement commencer le dimanche de Pâques et prévoyait la prise de points stratégiques à Dublin avant que l’insurrection ne gagne tout le pays. L’arrivée d’un chargement d’armes en provenance d’Allemagne était également prévue, mais elle échoua à la suite de l’arraisonnement du navire et de l’arrestation de Roger Casement (1864-1916) qui l’avait organisée. À ce moment, la direction des Volontaires ignore encore l’imminence du soulèvement, mais lorsqu’elle l’apprend, Eoin MacNeill (1867-1945) diffuse un ordre d’annulation. Le soulèvement est repoussé au lundi, mais les ordres contradictoires font que de peu de Volontaires sont présents. Les instigateurs décident toutefois de mener à bien leur projet63. Quelques années plus tard, Markievicz attribuera l’échec du soulèvement et la division des insurgés en grande partie à Eoin MacNeill64.

    20Le soulèvement de Pâques 1916 commence donc le 24 avril et dure moins d’une semaine. Patrick Pearse proclame la République d’Irlande au nom du gouvernement provisoire et « au nom de Dieu et des générations disparues ». La République garantit également les libertés civiles et religieuses ainsi qu’une égalité des droits pour les Irlandais comme pour les Irlandaises. Le texte prévoit aussi le droit du peuple irlandais à la propriété de son pays65. Il faut cependant noter que les signataires n’avaient pas tous la même vision de ce que serait la république d’Irlande. Pour James Connolly, la libération de l’Irlande du joug britannique ne saurait se faire que par l’avènement d’une république socialiste alors qu’il s’agissait simplement pour d’autres de renverser le gouvernement britannique en Irlande66. La nature et la structure de la nouvelle république étaient donc floues. Markievicz, quant à elle, s’était déclarée républicaine en 1913 et invoquait fréquemment Tone et Emmet en les associant aux républicains de son temps67. La proclamation était également ambiguë au niveau religieux. Le texte garantissait en effet une égalité religieuse dans le pays, tout en invoquant la protection divine pour les rebelles. L’avènement des valeurs catholiques dans le futur État irlandais peut être vu comme une conséquence de cet aspect religieux, de même que des quelques conversions au catholicisme ayant eu lieu pendant la période de l’insurrection. En effet, Grace Gifford, Roger Casement et Markievicz elle-même se convertirent en 1916, prenant ainsi davantage leurs distances avec les valeurs des élites anglo-irlandaises68.

    21La plupart des récits du soulèvement affirment que les femmes, et notamment les membres de Cumann na mBan, se sont contentées de soigner les blessés et de nourrir les insurgés. Plus tard, Markievicz affirmera également que « certaines étaient armées » et qu’elles étaient « prêtes à mourir pour l’Irlande ». Michael Mallin (1874-1916), commandant un contingent de rebelles, lui demanda de superviser la défense de Saint Stephen’s Green en aménageant des tranchées et en servant de tireuse d’élite69. Les témoignages de l’époque donnent par ailleurs une image ambiguë de Markievicz. Certains prisonniers affirment en effet qu’elle avait un comportement très respectueux envers eux alors qu’un témoin déclare qu’elle aurait tiré sur un policier désarmé qui aurait succombé à ses blessures, Michael Lahiff70. L’affaire frappa les esprits alors que la presse saisit l’occasion de caricaturer Markievicz. Selon l’Irish Times, lors de la reddition des rebelles, « elle s’approcha de l’officier, et le saluant, sortit son revolver, qu’elle embrassa avec affection avant de le lui remettre »71. Les journaux s’appesantirent sur les origines anglo-irlandaises de Markievicz et son titre de comtesse alors qu’ils passaient sous silence la participation au soulèvement des autres femmes.

    22La plupart des femmes qui participèrent à l’insurrection étaient membres de Cumann na mBan ou de l’ICA. S’il est vrai que beaucoup de femmes s’occupèrent de soigner les blessés et de nourrir les insurgés, Louise Ryan nous rappelle que même ces activités étaient menées dans un contexte militaire : « Lily Kempson, l’arme au poing, arrêta la carriole d’un boulanger et Mary Hyland réquisitionna une charrette de laitier de la même façon »72. Si l’on estime qu’entre quatre-vingt-dix et cent quatre-vingts femmes prirent part à l’insurrection, plus de soixante-dix furent arrêtées et emprisonnées73. Pendant toute la durée de l’insurrection, certaines femmes transmirent des messages entre les divers groupes d’insurgés républicains, traversant ainsi la ville de Dublin et risquant d’être arrêtées par les troupes britanniques. D’autres, comme Markievicz, connaissaient le maniement des armes et furent employées comme tireuses d’élite. Margaret Skinnider (1892-1971), jeune enseignante, fut tour à tour estafette à vélo, trompant la vigilance des soldats et des policiers, puis tireuse d’élite, activité pour laquelle elle revêtait l’uniforme de l’ICA74. La transmission de messages était souvent confiée aux femmes car les longues robes et jupes permettaient de cacher facilement enveloppes et autres armes75. Markievicz elle-même portait l’uniforme de l’ICA, ainsi qu’un grand chapeau à plumes, lui donnant une allure flamboyante selon Seán O’Faoláin, son premier biographe76. Un prochain chapitre permettra l’étude de la transgression que le travestissement impliquait pour Constance Markievicz.

    23Malgré la participation active des femmes, la presse de l’époque décrit l’insurrection comme une affaire d’hommes. Les articles de l’Irish Times minimisent par exemple le rôle que les femmes ont pu jouer, les limitant aux stéréotypes traditionnels. L’Irish Independent mentionne cependant la présence de femmes habillées en hommes parmi les prisonniers, évoquant le fait qu’elles aient pu prendre part au combat. Toutefois, dans les semaines qui suivent l’insurrection, les journaux se concentrent principalement sur Constance Markievicz et Grace Gifford Plunkett, ignorant le rôle des autres combattantes. Selon Louise Ryan, la figure de Markievicz, femme en uniforme qui a commandé des hommes durant l’insurrection, est utilisée pour nier toute légitimité au soulèvement et ridiculiser Markievicz elle-même. L’histoire de Grace Gifford qui a épousé Joseph Plunkett quelques heures avant son exécution est fréquemment reprise dans la presse77. Selon Lisa Weihman, les activités typiquement féminines, comme la préparation des repas ou les soins apportés aux blessés, pouvaient apparaître comme acceptables, mais les républicains eux-mêmes étaient certainement embarrassés par la présence de combattantes pendant l’insurrection78. Éamon de Valera (1882-1975), futur président de la République d’Irlande, refusa par exemple la présence de membres de Cumann na mBan dans les troupes qu’il commandait à Boland’s Mills79. Dans leurs biographies, les chefs de l’IRA reconnaissent la participation des femmes au combat pour l’indépendance, mais leurs rôles sont principalement féminisés, même si leur courage est reconnu80. Elles sont par ailleurs mentionnées en tant que groupe sans être individualisées à l’aide d’expressions telles que « les femmes » ou encore « les filles de Cumann na mBan »81. Ainsi la contribution des combattantes est « distinguée de celle des soldats masculins en insistant sur leur féminité », ce qui rend leur participation plus acceptable82.

    24Après le soulèvement de Pâques 1916, les femmes jouèrent pourtant un rôle de plus en plus important au sein des rangs républicains. Elles assurèrent le soutien populaire à un mouvement initialement rejeté par l’opinion publique et contribuèrent à la victoire du Sinn Féin aux élections de 191883. Représentées principalement comme des victimes de l’armée britannique pendant la guerre d’indépendance, les républicaines devinrent cependant le symbole de la subversion et de la violence des militants anti-Traité pendant la guerre civile84.

    25Les récits des femmes ayant pris part au combat pour l’indépendance montrent au contraire que la plupart d’entre elles se situent à l’égal des hommes, « prêtes au sacrifice suprême s’il leur était demandé »85. Cette phrase de l’activiste Lil Conlon, ancienne membre de Cumann na mBan, montre bien que certaines combattantes revendiquaient le droit de devenir des martyrs au même titre que les hommes. Comme le montre Louise Ryan, leurs récits autobiographiques sont souvent écrits en réaction aux représentations négatives des républicaines qui prévalaient dans la presse au début de l’État libre86. Si aucun ne formule de critique des hommes de l’IRA, ces récits mettent pourtant en avant la contribution indispensable de ces activistes qui considéraient que le fait d’être une femme ne les excluait pas de la participation active au combat.

    26Dès la fin de l’insurrection, Constance Markievicz dédie une chanson aux membres de Cumann na mBan, appelant le public à ne pas « oublier les femmes d’Erin qui sans trembler ou faillir se sont tenues aux côtés de ceux qui ont combattu pour la liberté ». Elle y fait le récit des événements en mettant en avant les risques pris par ces femmes pendant les combats87. Après la trêve signée en juillet 1921, Markievicz exprime dans un discours à la convention de Cumann na mBan sa fierté du travail accompli par ses membres et elle espère que les générations futures s’en souviendront88. En mars 1922, lors d’un débat sur le droit de vote des femmes au Dáil, elle montre que le mouvement républicain se méfie de plus en plus des femmes, et notamment des membres de Cumann na mBan, pensant qu’elles « torpilleraient le Traité » si elles pouvaient voter selon les mêmes conditions que les hommes. En effet, en 1918 le gouvernement du Royaume-Uni avait accordé aux femmes le droit de vote à partir de trente ans, conditionné au statut de propriétaire terrien alors que les hommes pouvaient aller aux urnes dès vingt et un ans. Dans ce discours, Markievicz fait allusion à Arthur Griffith et Joseph MacGraph qui étaient, selon elle, prêts à « rejeter les filles qui ont soutenu les hommes lors du combat pour la liberté »89. Lors de la guerre civile, Markievicz déplore l’emprisonnement des membres de Cumann na mBan qui exprimaient leur rejet du Traité anglo-irlandais, estimant que leur contribution au soulèvement de 1916 et les risques qu’elles avaient pris depuis n’étaient pas considérés à leur juste valeur. Le poème « Our Girls » compare ainsi ces femmes aux guerrières mythologiques Medh (Maeve) et Deirdre et décrit les rôles qu’elles ont tenus pendant le combat pour l’indépendance, ceux de messagères et d’espionnes qui, « quand les balles pleuvaient n’ont montré aucune peur »90.

    Figure 2. Constance Markievicz, Members of Cumann na mBan in Jail, dessin (1922).

    Image

    [Avec l’aimable autorisation de la collection Lissadell]

    27Le croquis « Cumann na mBan in Jail » [Figure 2] représente trois membres de l’organisation emprisonnés à la prison dublinoise de Mountjoy à cause de leur opposition au Traité anglo-irlandais. Markievicz nous dit que ces femmes ont été « kidnappées par les soldats de l’État libre parce qu’elles sont fidèles à la République »91. Les forces de l’État libre ont en effet largement emprisonné les opposantes au Traité pendant la guerre civile. Markievicz représente ces femmes comme des prisonnières politiques dans la légende, mais elles ne sont en aucun cas montrées comme des victimes. Elles apparaissent ici confiantes et fidèles à leurs principes républicains. Cette représentation correspond à celle de Margaret Buckley (1879-1962), elle-même emprisonnée plusieurs mois en 1923 à cause de son opposition au Traité. Dans son autobiographie, Buckley insiste également sur le fait que ces femmes étaient enfermées du fait de leurs convictions politiques. Elle se décrit, ainsi que ses codétenues, comme des soldats, utilisant des termes militaires92. Elle utilisa, comme d’autres activistes, la grève de la faim pour protester contre sa détention.

    28L’utopie d’unité nationale exprimée par Markievicz dans les colonnes de l’Irish Citizen en 1915 fut donc de courte durée, de même que l’égalité des sexes que certaines combattantes avaient ressenti lors du soulèvement de Pâques 1916. Dès les jours qui suivirent la reddition, Markievicz entreprit de résister au processus d’oubli volontaire de la participation des femmes à l’insurrection. Elle semble avoir ressenti très tôt le malaise provoqué par la participation active des femmes en politique et leur implication dans la lutte armée. En prenant les armes, ces dernières ont en effet remis en question l’autorité du gouvernement britannique, mais aussi les pratiques sociales traditionnelles et conservatrices de la société irlandaise. Selon George Mosse, ce rejet du militantisme féminin se retrouve dans de nombreux pays d’Europe depuis la Révolution française. Si la femme est perçue comme un symbole de la nation, on lui refuse toute participation active et celles qui s’opposent à cet idéal sont considérées comme une menace à l’ordre établi dont la femme est perçue comme la gardienne93. En outre, pendant la période révolutionnaire irlandaise, de nombreux républicains mettaient en avant une rhétorique fondée sur le militarisme et la masculinité. Patrick Pearse, par exemple, considérait la libération de la nation comme « un travail d’hommes » et estimait que le recours à la lutte armée permettrait de libérer le pays et de restaurer la virilité perdue lorsque l’Irlande s’est soumise à la Grande-Bretagne94. En 1913, le manifeste des Volontaires Irlandais faisait référence à une vision masculine, voire virile de la citoyenneté95. L’utilisation ambiguë de la féminité et le choix assumé par certaines femmes de porter l’uniforme lors de l’insurrection ont ainsi choqué certains hommes politiques comme en témoigne le débat houleux que Markievicz a eu avec Joseph MacGrath (1888-1966) au Dáil sur l’inconséquence supposée de ces femmes qui se sont battues « en vêtements d’homme »96.

    29Pour Constance Markievicz, Cumann na mBan, organisation qu’elle avait critiquée lors de sa création car elle était subordonnée aux Volontaires, est devenue une véritable armée de femmes lors de l’insurrection de Pâques 191697. Elle entend donc représenter ses membres comme des héroïnes au même titre que les femmes ayant pris part à la rébellion de 1798. Après la ratification du Traité anglo-irlandais et la création de l’État libre, Markievicz continue à soutenir la cause républicaine par la publication d’articles dans des journaux dissidents tels que Éire, Sinn Féin ou An Phoblacht alors même que le gouvernement refuse progressivement aux femmes toute participation active en politique98. Dans un article dédié à Tom Clarke, exécuté à la suite de l’insurrection de Pâques, Markievicz montre pourtant que Clarke et sa femme Kathleen (1878-1972) partageaient la même « ambition de dédier leur vie à la cause » et que leur amour l’un pour l’autre s’exprimait « dans l’unité absolue de leur amour pour l’Irlande »99. Mentionnant le rôle des femmes dans des articles dédiés aux héros et aux martyrs de 1916, elle affirme qu’il faut désormais les compter parmi les grandes figures du soulèvement et qu’elles font donc partie intégrante de l’histoire et du mythe national au même titre que les hommes.

    Notes de bas de page

    1 Lewis Perry Curtis, Apes and Angels: The Irishman in Victorian Caricature (Michigan : Smithsonian Institution Press, 1997).

    2 Maria Elena Doyle, « A Spindle for the Battle: Feminism, Myth, and the Woman-Nation in Irish Revival Drama », Theatre Journal 51.1 (March 1999), 43.

    3 Marian Eide, « Maeve’s Legacy: Constance Markievicz, Eva Gore-Booth, and the Easter Rising », op. cit., 86-90.

    4 Angela Martin, « The practice of identity and an Irish sense of place », Gender, place and culture 4 (1997), 89-119.

    5 Catherine Nash, « Men again: Irish masculinity, nature, and nationhood in the early twentieth century », Ecumene 3 (1996), 427-53.

    6 Marie Cruise O’Brien, « The Female Principle in Gaelic Poetry », in S. F. Gallagher (éd.), Woman in Irish Legend, Life and Literature (Gerrards Cross, Bucks : Colin Smythe, 1983), 26-37.

    7 Catherine Nash, « Embodied Irishness: gender, sexuality and Irish identities », in Brian Graham (éd.), In search of Ireland: a cultural geography (London : Routledge, 1997).

    8 Tricia Cusack, « Janus and gender: women and the nation’s backward look », Nations and nationalism 6 (2000), 558.

    9 Eavan Boland, A kind of Scar: The Woman Poet in a National Tradition (Dublin : Attic Press, 1989), 24 ; Gerry Kearns, « Mother Ireland and the revolutionary sisters », Cultural Geographies 11 (2004), 444-446.

    10 « Weak Sarah Curran, who drifted to madness on Emmet’s death, and married one of his bitter foes », Constance Markievicz, « The Future of Irishwomen », op. cit., 137.

    11 Louise Ryan, « The “Irish Citizen”, 1912-1920 », Saothar, vol. 17 (1992), 107.

    12 Ibid., 111.

    13 Constance Markievicz, « The Women of ’98 », Irish Citizen, 6, 13, 20, 27 November, 4 December 1915.

    14 Pascal Dupuy, « La Grande Rébellion irlandaise de 1798 : répression et tentative d’union », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 94-95 (2005), 69-76.

    15 Senia Pašeta, « 1798 in 1898: The Politics of Commemoration », The Irish Review (Cork), no 22 (Summer 1998), 46.

    16 Mary P. Caulfield, « “…Whenever the Tale of ’98 is Told”: Constance Markievicz, the National Memory and “The Women of Ninety-Eight” », Mary Caulfield et Christopher Collins (éds), Ireland, Memory and Performing the Historical Imagination (London : Palgrave Macmillan, 2014), 89.

    17 « Indifference », Constance Markievicz, « The Women of ’98 », op. cit. (6 November 1915), 150.

    18 « To select, compress or leave out », ibid. (4 December 1915), 183.

    19 « Histories and memoirs », « but all through the records of the struggle for independence allusions to deeds done by women and girls drift, giving us an idea of the place taken by the women of Ireland in the national struggle. We get glimpses of them through the smoke of their burning homesteads, and the dust and din of the battlefields; and most of these glimpses show us that the women of Ireland were worthy of the country that bore them », ibid. (6 November 1915), 150.

    20 « Of all these [women] we get glimpses, from male chroniclers », « The Future of Irishwomen », op. cit., 137.

    21 Constance Markievicz, « The Women of ’98 », op. cit. (6 November 1915), 150.

    22 Avery Gordon, Ghostly Matters: Haunting and the Sociological Imagination (Minneapolis : University of Minnesota Press, 2008), 17.

    23 Declan Kiberd, « Fathers and Sons », Inventing Ireland: The Literature of the Modern Nation (London : Vintage, 1996).

    24 « Writing, too, was as dangerous as fighting » ; « it was considered a crime to love your country », Constance Markievicz, « The Women of ’98 », op. cit. (6 November 1915), 150.

    25 « Old stories told on winter nights round the turf fire, told reverently by old men whose fathers had been able to tell them what they themselves had suffered, and had seen happen in those old glorious days », ibid., 150.

    26 Clodagh Brennan Harvey, « Some Irish Women Storytellers and Reflections on the Role of Women in the Storytelling Tradition », Western Folklore, vol. 48, no 2 (April 1989), 109-128.

    27 Jacques Rancière, Aux bords du politique (Paris : Gallimard, 2003), 178.

    28 Karen Steele, Women, Press and Politics During the Irish Revival, op. cit., 125.

    29 Lindie Naughton, Markievicz: A Most Outrageous Rebel, op. cit., 128.

    30 Lauren Arrington, Revolutionary Lives, op. cit., 104.

    31 « Heroically », « timidest », Constance Markievicz, « The Women of ’98 », op. cit. (6 November 1915), 150.

    32 « Those who were not of the old martial nature, and who shrank from the clash of arms », ibid., 150.

    33 « The Patriot Mother », « She would sooner see him dead than dishonoured », ibid., 151.

    34 Ibid., 151.

    35 « Their stories will be remembered in song and history whenever the tale of ’98 is told », ibid., 151.

    36 « Our foremothers, which may be a light in the path of us women of today », Constance Markievicz, « Women of Ninety-Eight », ibid. (13 November 1915), 161.

    37 « Not seeming to mind any danger », ibid., 161.

    38 Peter Collins, Who Fears to Speak of ‘98: Commoration and the Continuing Impact of the United Irishmen (Belfast : Ulster Historical Foundation, 2004), 43.

    39 « Strong as a man », « talent for acting », Constance Markievicz, « Women of Ninety-Eight », op. cit. (13 November 1915), 161.

    40 « A delicious pie », Constance Markievicz, « Women of Ninety-Eight », op. cit. (4 December 1915), 183.

    41 « Do good service to their country », « in Wexford, the men were accustomed to rely on the women to keep them posted with information, supply them with food, hide them and help them escape », ibid., 183.

    42 Ibid., 183.

    43 Constance Markievicz, « Women of Ninety-Eight », ibid. (13 November 1915), 161.

    44 Constance Markievicz, « Women of Ninety-Eight », ibid. (27 November 1915), 177.

    45 Priscilla Metscher, « Mary Ann McCracken: A Critical Ulsterwoman within the Context of her Times », Études Irlandaises 14-2 (1989), 143-158.

    46 « How the women and children were brutalized and murdered by English regiments, and of the chivalry and humanity that they met with (…) at the hands of the rebels », Constance Markievicz, « Women of Ninety-Eight », op. cit. (20 November 1915), 168.

    47 « Giving from an unbiased source a vivid picture of the horrors and dangers of the time, especially to women », ibid., 169.

    48 « Not even the loyalists were safe, for the Rebellion was used as an excuse by the English soldiers to enter houses whenever they were able, and to illtreat those that they found there », ibid., 169.

    49 Constance Markievicz, « The Women of ’98 », op. cit. (6 November 1915), 150.

    50 Mary P. Caulfield, « Whenever the Tale of ’98 is Told », op. cit., 95.

    51 « Times are changed (…) but women still suffer under militarism today », Constance Markievicz, « Women of Ninety-Eight », op. cit. (4 December 1915), 183.

    52 « The Irish Costume solves everything. It is beautiful; it is suitable for every occasion; it can be worn morning, afternoon or evening. It is specially adapted for use as a working garb and it is pretty enough to wear at any social function. The most conscientious IrishIrelander may now be blissfully happy », Sinn Féin, 5 March 1910.

    53 Mary Butler, « The Ethics of Dress », Irish Monthly, vol. XLV (April 1917), 222-228.

    54 Hilary O’Kelly, « National Revival Dress and 1916 », in Lisa Godson et Joanna Brück (éds), Making 1916, Material and Visual Culture of the Easter Rising (Liverpool : Liverpool University Press, 2015), 174.

    55 « There is a tale of a mysterious woman who rode into battle with the French army. Dressed in a green habit, with the tricolour and red plume in her hat… », Constance Markievicz, « The Women of ‘98 », op. cit. (6 November 1915), 150.

    56 Le slogan « England’s difficulty is Ireland’s opportunity », d’abord associé à Daniel O’Connell (1775-1847) lors de la campagne qu’il mena pour l’abrogation de la loi d’union, prit tout son sens alors que pendant la Première Guerre Mondiale, la Grande-Bretagne faisait face au plus grand défi de son histoire.

    57 Ann Matthews, The Irish Citizen Army (Dublin : Mercier Press, 2014), 62.

    58 Lauren Arrington, Revolutionary Lives, op. cit., 120.

    59 « Keep your last bullet for yourself, and don’t whine about men protecting you », « Conscription and Women Workers », Workers’ Republic, 18 December 1915, 8. Anderson soutient que James Connolly a écrit cet article alors que Lauren Arrington affirme que si c’est le cas, ce dernier a largement emprunté la rhétorique de Markievicz et l’attribue donc à cette dernière. Voir W. K. Anderson, James Connolly and the Irish Left (Dublin : Irish Academic Press, 1994), 24 et Lauren Arrington, ibid., 121.

    60 « Those who for freedom fall shall never die », Constance Markievicz, « Hymn on the Battlefield. Dedicated to the Irish Citizen Army », Workers’ Republic (13 November 1915).

    61 « We are ready to fight for the land we love », Constance Markievicz, « Our Faith », Workers’ Republic (27 April 1916). Ce numéro du journal sort pendant l’insurrection. Voir également « The Call », Workers’ Republic (15 April 1916).

    62 Ruth Dudley Edwards, Patrick Pearse. The Triumph of Failure (London : Gollancz, 1977), 179.

    63 Charles Townshend, Easter 1916: The Irish Rebellion (London : Allen Lane, 2006), 138-143.

    64 Constance Markievicz, « James Connolly as I Knew Him », Nation (26 March 1927) ; « 1916 », Nation (23 April 1927).

    65 « In the name of God and of the dead generations », Alan O’Day et John Stevenson (éds), Irish Historical Documents Since 1800 (Dublin : Gill and MacMillan, 1992), 160-161.

    66 F. X. Martin, « 1916 – Myth, Fact, Mystery », Studia Hibernica (7/1967), 69.

    67 Lil Conlon, Cumann na mBan and the Women of Ireland 1913-1925 (Kilkenny : Kilkenney People Ltd., 1969), 18.

    68 Lauren Arrington, Revolutionary Lives, op. cit., 133-4.

    69 « Some of the girls had revolvers », « women who were prepared to die for Ireland », Constance Markievicz, « Some Women in Easter Week », in Amanda Sebestyen (éd.), The Prison Letters of Countess Markievicz (London : Virago, 1986 [1936]), 38-39.

    70 Lauren Arrington, Revolutionary Lives, op. cit., 131.

    71 « She walked up to the officer, and, saluting, took out the revolver which she kissed affectionately, and then handed it up », « Surrender of the Countess Markievicz », Irish Times (2 May 1916), 3.

    72 « Lily Kempson held up a bread cart at gunpoint and Mary Hyland commandeered a milk float by similar means », Ruth Taillon, When History was Made: The Women of 1916 (Belfast : Beyond the Pale Publications, 1996), 67 ; Louise Ryan, « “Furies” and “Die-hards”: Women and Irish Republicanism in the Early Twentieth Century », Gender & History, vol. 11, no 2 (July 1999), 258.

    73 Le nombre de femmes ayant pris part au soulèvement est différent selon les sources. Pour une discussion de cette question, voir Margaret Ward, Unmanageable Revolutionaries, op. cit. ; Ruth Taillon, When History Was Made, op. cit.

    74 Margaret Skinnider, Doing My Bit For Ireland (New York : The Century Co, 1917), 137.

    75 Ruth Taillon, When History Was Made, op. cit., 19-20.

    76 Seán O’Faoláin, Constance Markievicz, or The Average Revolutionary, op. cit., 198-99. D’autres sources mentionnent la présence de l’uniforme et du chapeau à plumes comme Margaret Skinnider, Doing My Bit For Ireland, op. cit., 113-14.

    77 Louise Ryan, « “Furies” and “Die-hards”: Women and Irish Republicanism in the Early Twentieth Century », op. cit., 260-61.

    78 Lisa Weihman, « Doing My Bit for Ireland: Trangressing Gender in the Easter Rising », Éire-Ireland, vol. 39, no 3-4 (Fall/Winter 2004), 241-2.

    79 Ruth Taillon, When History Was Made, op. cit., 58.

    80 Louise Ryan, « Spendidly Silent: representing Irish Republican Women, 1919-1923 », in A. M. Gallagher, Cathy Lubelska, Louise Ryan (éds), Re-presenting the Past: Women and History (London : Routledge, 2014), 33-34.

    81 « The women », Florence O’Donoghue, No Other Law: The Story of Liam Lynch and the Irish Republican Army, 1916-1923 (Dublin : Irish Press, 1954), 107 ; « The Cumann na mBan girls », Ernie O’Malley, The Singing Flame (Dublin : Mercier Press, 2012), 21.

    82 « Distinguished from male soldiers by emphasizing their femininity », Nina Yuval-Davis, Gender and Nation (London : Sage, 1997), 101.

    83 Margaret Ward, Unmanageable Revolutionaries, op. cit., 120.

    84 Louise Ryan, « “Furies” and “Die-hards”: Women and Irish Republicanism in the Early Twentieth Century », op. cit., 265-8.

    85 « Ready for the supreme sacrifice, should it be demanded of them », Lil Conlon, Cumann na mBan, op. cit., 168.

    86 Louise Ryan, « Spendidly Silent », op. cit., 39.

    87 « Forget not the women of Erin/ Who stood without tremor or dread,/ Beside those who battled for freedom », Constance Markievicz, « A Song of Cumann na mBan », Knutsford, June 1916 (Allen Library, Dublin). Le texte est reproduit dans Mary S. Pierse, Irish Feminisms, 1810-1930, vol. 3 (London : Routledge, 2009).

    88 Constance Markievicz, « Speech to Cumann na mBan Convention », 22 October 1921.

    89 « Cumann na mBan would torpedo the Treaty », « turn down the girls who stood by the men in the days of the fight for freedom », Constance Markievicz, « Irishwomen and the Franchise. Speech in Dáil Éireann », 2 March 1922 <https://www.oireachtas.ie/en/debates/debate/dail/1922-03-02/23/#spk_227>.

    90 « When bullets hailed you showed no fear », Constance Markievicz, « Our girls », Countess Markievicz Prison Poetry and Sketches (Lissadell Press, 2017), 32-33.

    91 Le texte manuscrit qui figure sous le dessin est le suivant : « Cumann na mBan in Jail. Three of the girls who are in Mountjoy Jail today; kidnapped by the Free State soldiers because they are True to the Republic ».

    92 Margaret Buckley, The Jangle of the Keys (Dublin : J. Duffy, 1938), 31, 113, 115.

    93 George Mosse, Nationalism and Sexuality: Respectability and Abnormal Sexuality in Modern Europe (New York : Howard Fertig, 1985), 90.

    94 « Mens’ work », Patrick Pearse, « The Coming Revolution », Political Writings and Speeches, op. cit., 97.

    95 Jennifer Redmond, « Brave enough to fight? Masculinity, migration and the Irish Revolution », Irish Studies Review, 29:2 (2021), 197-201.

    96 « Women in men’s clothing », Constance Markievicz, « Irishwomen and the Franchise », op. cit.

    97 Margaret Ward, Unmanageable Revolutionaries, op. cit., 163.

    98 Breda Gray et Louise Ryan, « (Dis)locating Woman and Women in Representations of Irish Nationality », in Anne Byrne et Madeleine Leonard (éds), Women and Irish Society: A Sociological Reader (Belfast : Beyond the Pale Publications, 1997), 517-34.

    99 « Their ambition to devote their lives to the cause », « the absolute oneness of their love for Ireland », Constance Markievicz, « Tom Clarke and the First Day of the Republic », Éire, 26 May 1923.

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    1 Lewis Perry Curtis, Apes and Angels: The Irishman in Victorian Caricature (Michigan : Smithsonian Institution Press, 1997).

    2 Maria Elena Doyle, « A Spindle for the Battle: Feminism, Myth, and the Woman-Nation in Irish Revival Drama », Theatre Journal 51.1 (March 1999), 43.

    3 Marian Eide, « Maeve’s Legacy: Constance Markievicz, Eva Gore-Booth, and the Easter Rising », op. cit., 86-90.

    4 Angela Martin, « The practice of identity and an Irish sense of place », Gender, place and culture 4 (1997), 89-119.

    5 Catherine Nash, « Men again: Irish masculinity, nature, and nationhood in the early twentieth century », Ecumene 3 (1996), 427-53.

    6 Marie Cruise O’Brien, « The Female Principle in Gaelic Poetry », in S. F. Gallagher (éd.), Woman in Irish Legend, Life and Literature (Gerrards Cross, Bucks : Colin Smythe, 1983), 26-37.

    7 Catherine Nash, « Embodied Irishness: gender, sexuality and Irish identities », in Brian Graham (éd.), In search of Ireland: a cultural geography (London : Routledge, 1997).

    8 Tricia Cusack, « Janus and gender: women and the nation’s backward look », Nations and nationalism 6 (2000), 558.

    9 Eavan Boland, A kind of Scar: The Woman Poet in a National Tradition (Dublin : Attic Press, 1989), 24 ; Gerry Kearns, « Mother Ireland and the revolutionary sisters », Cultural Geographies 11 (2004), 444-446.

    10 « Weak Sarah Curran, who drifted to madness on Emmet’s death, and married one of his bitter foes », Constance Markievicz, « The Future of Irishwomen », op. cit., 137.

    11 Louise Ryan, « The “Irish Citizen”, 1912-1920 », Saothar, vol. 17 (1992), 107.

    12 Ibid., 111.

    13 Constance Markievicz, « The Women of ’98 », Irish Citizen, 6, 13, 20, 27 November, 4 December 1915.

    14 Pascal Dupuy, « La Grande Rébellion irlandaise de 1798 : répression et tentative d’union », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 94-95 (2005), 69-76.

    15 Senia Pašeta, « 1798 in 1898: The Politics of Commemoration », The Irish Review (Cork), no 22 (Summer 1998), 46.

    16 Mary P. Caulfield, « “…Whenever the Tale of ’98 is Told”: Constance Markievicz, the National Memory and “The Women of Ninety-Eight” », Mary Caulfield et Christopher Collins (éds), Ireland, Memory and Performing the Historical Imagination (London : Palgrave Macmillan, 2014), 89.

    17 « Indifference », Constance Markievicz, « The Women of ’98 », op. cit. (6 November 1915), 150.

    18 « To select, compress or leave out », ibid. (4 December 1915), 183.

    19 « Histories and memoirs », « but all through the records of the struggle for independence allusions to deeds done by women and girls drift, giving us an idea of the place taken by the women of Ireland in the national struggle. We get glimpses of them through the smoke of their burning homesteads, and the dust and din of the battlefields; and most of these glimpses show us that the women of Ireland were worthy of the country that bore them », ibid. (6 November 1915), 150.

    20 « Of all these [women] we get glimpses, from male chroniclers », « The Future of Irishwomen », op. cit., 137.

    21 Constance Markievicz, « The Women of ’98 », op. cit. (6 November 1915), 150.

    22 Avery Gordon, Ghostly Matters: Haunting and the Sociological Imagination (Minneapolis : University of Minnesota Press, 2008), 17.

    23 Declan Kiberd, « Fathers and Sons », Inventing Ireland: The Literature of the Modern Nation (London : Vintage, 1996).

    24 « Writing, too, was as dangerous as fighting » ; « it was considered a crime to love your country », Constance Markievicz, « The Women of ’98 », op. cit. (6 November 1915), 150.

    25 « Old stories told on winter nights round the turf fire, told reverently by old men whose fathers had been able to tell them what they themselves had suffered, and had seen happen in those old glorious days », ibid., 150.

    26 Clodagh Brennan Harvey, « Some Irish Women Storytellers and Reflections on the Role of Women in the Storytelling Tradition », Western Folklore, vol. 48, no 2 (April 1989), 109-128.

    27 Jacques Rancière, Aux bords du politique (Paris : Gallimard, 2003), 178.

    28 Karen Steele, Women, Press and Politics During the Irish Revival, op. cit., 125.

    29 Lindie Naughton, Markievicz: A Most Outrageous Rebel, op. cit., 128.

    30 Lauren Arrington, Revolutionary Lives, op. cit., 104.

    31 « Heroically », « timidest », Constance Markievicz, « The Women of ’98 », op. cit. (6 November 1915), 150.

    32 « Those who were not of the old martial nature, and who shrank from the clash of arms », ibid., 150.

    33 « The Patriot Mother », « She would sooner see him dead than dishonoured », ibid., 151.

    34 Ibid., 151.

    35 « Their stories will be remembered in song and history whenever the tale of ’98 is told », ibid., 151.

    36 « Our foremothers, which may be a light in the path of us women of today », Constance Markievicz, « Women of Ninety-Eight », ibid. (13 November 1915), 161.

    37 « Not seeming to mind any danger », ibid., 161.

    38 Peter Collins, Who Fears to Speak of ‘98: Commoration and the Continuing Impact of the United Irishmen (Belfast : Ulster Historical Foundation, 2004), 43.

    39 « Strong as a man », « talent for acting », Constance Markievicz, « Women of Ninety-Eight », op. cit. (13 November 1915), 161.

    40 « A delicious pie », Constance Markievicz, « Women of Ninety-Eight », op. cit. (4 December 1915), 183.

    41 « Do good service to their country », « in Wexford, the men were accustomed to rely on the women to keep them posted with information, supply them with food, hide them and help them escape », ibid., 183.

    42 Ibid., 183.

    43 Constance Markievicz, « Women of Ninety-Eight », ibid. (13 November 1915), 161.

    44 Constance Markievicz, « Women of Ninety-Eight », ibid. (27 November 1915), 177.

    45 Priscilla Metscher, « Mary Ann McCracken: A Critical Ulsterwoman within the Context of her Times », Études Irlandaises 14-2 (1989), 143-158.

    46 « How the women and children were brutalized and murdered by English regiments, and of the chivalry and humanity that they met with (…) at the hands of the rebels », Constance Markievicz, « Women of Ninety-Eight », op. cit. (20 November 1915), 168.

    47 « Giving from an unbiased source a vivid picture of the horrors and dangers of the time, especially to women », ibid., 169.

    48 « Not even the loyalists were safe, for the Rebellion was used as an excuse by the English soldiers to enter houses whenever they were able, and to illtreat those that they found there », ibid., 169.

    49 Constance Markievicz, « The Women of ’98 », op. cit. (6 November 1915), 150.

    50 Mary P. Caulfield, « Whenever the Tale of ’98 is Told », op. cit., 95.

    51 « Times are changed (…) but women still suffer under militarism today », Constance Markievicz, « Women of Ninety-Eight », op. cit. (4 December 1915), 183.

    52 « The Irish Costume solves everything. It is beautiful; it is suitable for every occasion; it can be worn morning, afternoon or evening. It is specially adapted for use as a working garb and it is pretty enough to wear at any social function. The most conscientious IrishIrelander may now be blissfully happy », Sinn Féin, 5 March 1910.

    53 Mary Butler, « The Ethics of Dress », Irish Monthly, vol. XLV (April 1917), 222-228.

    54 Hilary O’Kelly, « National Revival Dress and 1916 », in Lisa Godson et Joanna Brück (éds), Making 1916, Material and Visual Culture of the Easter Rising (Liverpool : Liverpool University Press, 2015), 174.

    55 « There is a tale of a mysterious woman who rode into battle with the French army. Dressed in a green habit, with the tricolour and red plume in her hat… », Constance Markievicz, « The Women of ‘98 », op. cit. (6 November 1915), 150.

    56 Le slogan « England’s difficulty is Ireland’s opportunity », d’abord associé à Daniel O’Connell (1775-1847) lors de la campagne qu’il mena pour l’abrogation de la loi d’union, prit tout son sens alors que pendant la Première Guerre Mondiale, la Grande-Bretagne faisait face au plus grand défi de son histoire.

    57 Ann Matthews, The Irish Citizen Army (Dublin : Mercier Press, 2014), 62.

    58 Lauren Arrington, Revolutionary Lives, op. cit., 120.

    59 « Keep your last bullet for yourself, and don’t whine about men protecting you », « Conscription and Women Workers », Workers’ Republic, 18 December 1915, 8. Anderson soutient que James Connolly a écrit cet article alors que Lauren Arrington affirme que si c’est le cas, ce dernier a largement emprunté la rhétorique de Markievicz et l’attribue donc à cette dernière. Voir W. K. Anderson, James Connolly and the Irish Left (Dublin : Irish Academic Press, 1994), 24 et Lauren Arrington, ibid., 121.

    60 « Those who for freedom fall shall never die », Constance Markievicz, « Hymn on the Battlefield. Dedicated to the Irish Citizen Army », Workers’ Republic (13 November 1915).

    61 « We are ready to fight for the land we love », Constance Markievicz, « Our Faith », Workers’ Republic (27 April 1916). Ce numéro du journal sort pendant l’insurrection. Voir également « The Call », Workers’ Republic (15 April 1916).

    62 Ruth Dudley Edwards, Patrick Pearse. The Triumph of Failure (London : Gollancz, 1977), 179.

    63 Charles Townshend, Easter 1916: The Irish Rebellion (London : Allen Lane, 2006), 138-143.

    64 Constance Markievicz, « James Connolly as I Knew Him », Nation (26 March 1927) ; « 1916 », Nation (23 April 1927).

    65 « In the name of God and of the dead generations », Alan O’Day et John Stevenson (éds), Irish Historical Documents Since 1800 (Dublin : Gill and MacMillan, 1992), 160-161.

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    70 Lauren Arrington, Revolutionary Lives, op. cit., 131.

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    78 Lisa Weihman, « Doing My Bit for Ireland: Trangressing Gender in the Easter Rising », Éire-Ireland, vol. 39, no 3-4 (Fall/Winter 2004), 241-2.

    79 Ruth Taillon, When History Was Made, op. cit., 58.

    80 Louise Ryan, « Spendidly Silent: representing Irish Republican Women, 1919-1923 », in A. M. Gallagher, Cathy Lubelska, Louise Ryan (éds), Re-presenting the Past: Women and History (London : Routledge, 2014), 33-34.

    81 « The women », Florence O’Donoghue, No Other Law: The Story of Liam Lynch and the Irish Republican Army, 1916-1923 (Dublin : Irish Press, 1954), 107 ; « The Cumann na mBan girls », Ernie O’Malley, The Singing Flame (Dublin : Mercier Press, 2012), 21.

    82 « Distinguished from male soldiers by emphasizing their femininity », Nina Yuval-Davis, Gender and Nation (London : Sage, 1997), 101.

    83 Margaret Ward, Unmanageable Revolutionaries, op. cit., 120.

    84 Louise Ryan, « “Furies” and “Die-hards”: Women and Irish Republicanism in the Early Twentieth Century », op. cit., 265-8.

    85 « Ready for the supreme sacrifice, should it be demanded of them », Lil Conlon, Cumann na mBan, op. cit., 168.

    86 Louise Ryan, « Spendidly Silent », op. cit., 39.

    87 « Forget not the women of Erin/ Who stood without tremor or dread,/ Beside those who battled for freedom », Constance Markievicz, « A Song of Cumann na mBan », Knutsford, June 1916 (Allen Library, Dublin). Le texte est reproduit dans Mary S. Pierse, Irish Feminisms, 1810-1930, vol. 3 (London : Routledge, 2009).

    88 Constance Markievicz, « Speech to Cumann na mBan Convention », 22 October 1921.

    89 « Cumann na mBan would torpedo the Treaty », « turn down the girls who stood by the men in the days of the fight for freedom », Constance Markievicz, « Irishwomen and the Franchise. Speech in Dáil Éireann », 2 March 1922 <https://www.oireachtas.ie/en/debates/debate/dail/1922-03-02/23/#spk_227>.

    90 « When bullets hailed you showed no fear », Constance Markievicz, « Our girls », Countess Markievicz Prison Poetry and Sketches (Lissadell Press, 2017), 32-33.

    91 Le texte manuscrit qui figure sous le dessin est le suivant : « Cumann na mBan in Jail. Three of the girls who are in Mountjoy Jail today; kidnapped by the Free State soldiers because they are True to the Republic ».

    92 Margaret Buckley, The Jangle of the Keys (Dublin : J. Duffy, 1938), 31, 113, 115.

    93 George Mosse, Nationalism and Sexuality: Respectability and Abnormal Sexuality in Modern Europe (New York : Howard Fertig, 1985), 90.

    94 « Mens’ work », Patrick Pearse, « The Coming Revolution », Political Writings and Speeches, op. cit., 97.

    95 Jennifer Redmond, « Brave enough to fight? Masculinity, migration and the Irish Revolution », Irish Studies Review, 29:2 (2021), 197-201.

    96 « Women in men’s clothing », Constance Markievicz, « Irishwomen and the Franchise », op. cit.

    97 Margaret Ward, Unmanageable Revolutionaries, op. cit., 163.

    98 Breda Gray et Louise Ryan, « (Dis)locating Woman and Women in Representations of Irish Nationality », in Anne Byrne et Madeleine Leonard (éds), Women and Irish Society: A Sociological Reader (Belfast : Beyond the Pale Publications, 1997), 517-34.

    99 « Their ambition to devote their lives to the cause », « the absolute oneness of their love for Ireland », Constance Markievicz, « Tom Clarke and the First Day of the Republic », Éire, 26 May 1923.

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    Dubois, Claire. « Deuxième partie. Généalogie des rebelles irlandaises : mémoire et identité politique ». In L’art comme arme en politique. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2024. doi:10.4000/books.septentrion.154134.
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