Chapitre VI. Le hareng, encore et toujours ?
Texte intégral
1Les développements précédents ont fait apparaître qu’une part importante de l’expansion puis du déclin d’Enkhuizen était liée à la pêche du hareng. Il ne fait pas de doute que les conséquences économiques, démographiques et sociales de ce recul marquèrent profondément la cité au XVIIIe siècle. L’identité d’Enkhuizen en a sans doute subi les conséquences, tant ce poisson et toutes les activités humaines y afférant jouèrent un rôle majeur dans le destin de la ville. Ce sont des perspectives halieutiques prometteuses qui guidèrent vraisemblablement l’installation des hommes sur ce site, même si les terres étaient par ailleurs fertiles. Enkhuizen existait en tant qu’établissement de pêcheurs bien avant l’octroi de droits urbains. L’histoire des armes de la ville indique assez bien la place éminente du hareng, associé à Enkhuizen dès l’origine, à l’instar de nombre de ports de pêche de l’Europe du nord-ouest. Bien plus, le plus ancien sceau de la ville n’est sans doute qu’une simple reprise d’un emblème de la guilde des pêcheurs de la jeune cité1. Les trois harengs séparés par deux étoiles permettaient donc d’identifier Enkhuizen, dès 1361, comme une place forte de la pêche du hareng. Si le blason de la ville s’enrichit au XVIe siècle d’une vierge tenant un écusson, les trois harengs d’argent sur fond azur y figuraient toujours, désormais surmontés d’une couronne.
2Ce poisson tint par conséquent une place majeure dans la construction de l’identité de la ville, jusqu’à en devenir très certainement le symbole le plus fort. La promotion de son image stylisée rencontra d’ailleurs un écho très favorable parmi les habitants, attachés au mythe du poisson nourricier. C’est la perpétuation voire la survie de ce paradigme à la fois économique et culturel qui doit nous interroger à l’heure où les difficultés s’amoncelèrent pour cette branche d’activité. Quelle fut la place de ce poisson dans les consciences, mais également dans la politique édilitaire à Enkhuizen au XVIIIe siècle ? L’effondrement de sa signification économique provoqua-t-il un recul de l’attachement des habitants à ce symbole de leur identité ? Ou bien assista-t-on au contraire à la perpétuation d’un attachement particulier, l’image du hareng ayant été revisitée afin de servir les intérêts de la ville ?
Une implication édilitaire constante
3Enkhuizen cessa de dominer la pêche du hareng aux Provinces-Unies à l’orée du dernier tiers du XVIIe siècle. Les magistrats de la ville continuèrent néanmoins à s’impliquer dans l’encadrement de cette activité à l’échelle nationale. Une très abondante correspondance, à l’initiative des bourgmestres de la ville, atteste de liens conservés avec les différents résidents et consuls de la République en Baltique comme avec les édiles des ports d’exportation des harengs d’Enkhuizen. Il s’agissait tout à la fois de collecter ou de diffuser des informations marchandes, et de réaffirmer la position historique occupée par la ville au sein de cette activité2.
4Le principal levier d’action était constitué, encore au XVIIIe siècle, par le « college van Commissarissen van de Groote Visscherij ». Les historiens ont en effet noté que les avis rendus par ce collège inspiraient très fréquemment les décisions des États Généraux3. Fondé deux siècles auparavant, cet organisme se divisait sur une base géographique en deux quartiers : celui du Nord et celui du Sud. Leur composition était marquée par un archaïsme certain, puisque seules les villes d’Enkhuizen, de La Brielle, de Delft, de Schiedam et de Rotterdam y envoyaient leurs représentants. Cet état de fait avait été institué vers 1600, et ne correspondait donc plus dans une large mesure à la hiérarchie des ports harenguiers dans les Provinces-Unies du XVIIIe siècle. Des places comme Vlaardingen ou Maassluis, en très forte expansion, n’y étaient ainsi pas représentées. Il ne faut pas se méprendre sur l’exacte nature du collège. On doit l’imaginer comme une sorte de consortium ayant pour objectif de fournir les normes d’un produit standard, de qualité égale, et se montrant donc particulièrement tatillon sur le plan pratique. Le collège de la Grande Pêche prétendait fixer, chaque année, un certain nombre de modalités : les dates d’activité, le matériel et les techniques à employer pour la conservation, l’enrôlement de la main-d’œuvre, l’écoulement des marchandises, la distribution d’amendes, la perception de différentes taxes, etc… Il ne s’agissait en aucun cas d’innover, mais bien plutôt d’obtenir des États Généraux l’appui nécessaire à la conservation d’usages anciens.
5Le collège de la Grande Pêche se réunissait chaque année dans la seconde quinzaine du mois d’avril. L’ordre du jour, connu à l’avance, faisait l’objet d’amendements et de propositions de la part des magistrats des villes concernées, dont Enkhuizen. On ne trouvera pas une année de tout le XVIIIe siècle où le conseil urbain de la ville n’ait voté une résolution précisant ses positions sur chaque point inscrit à l’ordre du jour. La pêche du hareng demeura donc une préoccupation majeure des édiles. L’emploi de penningmeester, réservé à la ville d’Enkhuizen, était en effet occupé par roulement par l’un des dix plus jeunes membres du conseil de la ville. Un certain nombre d’entre eux étaient donc conduits, bon gré mal gré, à s’intéresser à la réglementation des activités harenguières. Une analyse approfondie du contenu des résolutions adoptées permet en outre de mesurer le degré réel d’implication des élites dirigeantes de la ville. Quelques points comme la qualité du sel à employer ou la composition des équipages ne furent jamais vraiment discutés, dans la mesure où l’on retrouve à leur sujet les mêmes recommandations d’un bout à l’autre du siècle.
6D’autres dossiers, comme la lutte contre la fraude, semblent avoir fortement préoccupé nos magistrats. Des doutes sérieux furent régulièrement émis à l’égard des Zélandais pendant la Guerre de Succession d’Espagne4. Puis le conseil urbain d’Enkhuizen s’en prit aux marchands d’Amsterdam et à ceux de l’amirauté de la Meuse, en demandant un contrôle renforcé de leurs envois vers le monde germanique5. Traversant le siècle, les accusations se firent plus précises en 1741, puisqu’il fut question de « grandes fraudes dans l’empaquetage des harengs »6. Le délit aurait concerné des envois de harengs de différentes qualités, sans distinction. Par ailleurs, une multitude d’autres pratiques soulevaient la protestation des magistrats d’Enkhuizen, comme le mélange de harengs hollandais et écossais. On sait que les préoccupations liées à cette question ne disparurent pas des rives du Zuiderzee, puisqu’en 1770 les magistrats de la ville proposaient encore un étiquetage plus strict des harengs hollandais afin qu’ils ne pussent être confondus avec des produits contrefaits7. Comment expliquer une telle constance dans ces dénonciations ? Il semble bien que les édiles d’Enkhuizen aient établi un lien direct entre les fraudes réelles ou supposées et les difficultés d’écoulement des harengs sur les marchés extérieurs, en particulier vers Hambourg et Brême. C’est ce qui ressort d’un certain nombre de résolutions adoptées par le conseil de la ville au mitan du siècle. Le risque d’une perte de crédit du hareng hollandais y est récurrent, et on insiste bien sur l’occasion ainsi offerte aux concurrents scandinaves ou écossais d’accroître un peu plus leurs parts de marché8.
7Liée directement au problème des fraudes, la préservation des usages anciens constitua par ailleurs un leitmotiv des interventions d’Enkhuizen au collège de la Grande Pêche. Le conseil urbain invoqua bien souvent le nécessaire respect des normes techniques fixées par des placards parfois séculaires. Les autorités du port du Zuiderzee adhéraient donc parfaitement à l’un des objectifs principaux du Collège de la Grande Pêche, à savoir l’élaboration d’un produit de qualité selon des procédés depuis longtemps éprouvés. Il ne s’agissait pourtant pas de la seule motivation des édiles d’Enkhuizen. On relève en effet très tôt dans le siècle, sous la plume de ces derniers, un argumentaire liant de façon étroite la conservation des usages anciens à la réussite commerciale9. Les libertés prises par certains ports auraient en effet conduit à un grand désordre et à une concurrence déloyale préjudiciable à la cité du Zuiderzee. Qu’il s’agisse de la façon d’apprêter ou d’empaqueter les harengs, les magistrats défendirent constamment la tradition10. On est surpris par le détail de certaines injonctions, comme celles qui réglaient l’utilisation ou non de copeaux de bois pour le fumage du poisson11. Cette position les conduisit par ailleurs à fustiger d’autres pratiques, sans doute plus innovantes et productives, comme celles qui auraient été en vigueur à Katwijk12. La production de l’un des ports harenguiers les plus dynamiques du XVIIIe siècle aux Provinces-Unies, Vlaardingen, fit de son côté l’objet d’une demande d’interdiction d’exportation par Enkhuizen en 1737 et 173813. Quelques années auparavant les magistrats de la ville, conseillés par les marchands de harengs, s’étaient pourtant montrés favorables à la liberté de commerce14. Il faut donc s’interroger sur une éventuelle ligne directrice suivie par les autorités d’Enkhuizen à propos de la pêche et de la commercialisation du hareng.
Défendre les intérêts de la pêche du hareng
8L’ampleur des difficultés rencontrées par la filière du hareng dans l’économie d’Enkhuizen au XVIIIe siècle ainsi que le profond réaménagement de la composition des principales fortunes de la ville étaient de nature à éloigner les élites de ces questions. Les exemples abondent. Annette de Wit a montré que le conseil urbain de Schiedam avait renoncé assez rapidement à jouer un rôle actif au sein du Collège de la Grande Pêche15. Cette attitude correspondait, certes, à un poids moindre du hareng dans l’économie de la ville de Hollande du sud, par ailleurs en pleine reconversion vers des activités de distillerie qui allaient assurer sa fortune au XVIIIe siècle16.
9Parallèlement à la défense de la tradition, les preuves de la pugnacité du gouvernement d’Enkhuizen dans la défense de son activité emblématique abondent à travers les avis et recommandations transmis au Collège de la Grande Pêche. Les magistrats urbains se sont ainsi souvent montrés soucieux d’obtenir les mêmes avantages que les autres villes du collège, notamment dans le domaine de la commercialisation du hareng. En 1708, les représentants de la ville à La Haye furent ainsi chargés de favoriser la conclusion d’un accord avec la France sur la question des passeports de navires harenguiers, à condition que les pêcheurs d’Enkhuizen pussent bénéficier du tiers des sauvegardes accordées17. La question du commerce direct de ces poissons vers le monde germanique, remise en cause du placard des États Généraux du 30 mai 1656, fournit également aux magistrats de la ville l’occasion de démontrer toute leur détermination. Ayant dû combattre assez tôt les demandes d’exportation sans entrave des responsables du Zuiderkwartier, ils négocièrent par la suite âprement leur appui à des autorisations temporaires. Entre 1753 et 1756, Enkhuizen monnaya son soutien contre la promesse de pouvoir en bénéficier à son tour18. Les magistrats se montrèrent aussi capables de s’impliquer très fortement dans tel ou tel dossier, au-delà des négociations qui avaient lieu dans le cadre du Collège de la Grande Pêche. On le vit à l’orée du dernier tiers du XVIIIe siècle, quand il fut question d’obtenir de Hambourg et de Brême l’exemption d’une taxe sur l’empaquetage des harengs19. L’écoulement du produit constitua donc un souci presque permanent pour le gouvernement urbain, parfaitement au courant des progrès des concurrents écossais et scandinaves20. La baisse des volumes pêchés pour le compte d’Enkhuizen n’empêcha pas les magistrats de la ville d’imaginer des solutions pour continuer à vendre à bon prix le hareng, en particulier en Allemagne du nord. La clôture précoce de la harengaison fut ainsi plusieurs fois proposée au Collège de la Grande Pêche, dans le but de faire remonter les prix de vente d’un produit devenu ainsi plus rare. Il s’agissait, en désengorgeant les marchés d’exportation, de pouvoir négocier plus facilement les prises de l’été21.
10Une telle pugnacité se décèle à nouveau quand on ouvre le dossier des escortes militaires pour les flottes des buizen. Les XVIIe et XVIIIe siècles furent en effet le théâtre de nombreuses attaques contre les navires harenguiers, faisant de la Mer du Nord un espace particulièrement redoutable pour les pêcheurs. Les deux conflits de 1688-1697 et de 1702-1713 furent très éprouvants pour les bâtiments néerlandais. Les buizen constituaient des proies faciles et très tentantes pour les ennemis de la République des Provinces-Unies. Les conséquences des attaques se révélèrent dramatiques à plusieurs reprises. Au-delà du butin souvent dérisoire, c’est toute l’activité halieutique de ce pays qui pouvait ainsi être perturbée, quand ce n’était pas un port qui était sérieusement atteint. Les armateurs d’Enkhuizen mirent ainsi un certain temps à se relever du désastre de la campagne de 1703, au cours de laquelle les corsaires français incendièrent près de la moitié de leur flotte22. Ce n’était pas faute, cependant, de porter un grand intérêt à la protection des pêcheurs. Les archives du conseil de la ville regorgent d’indications allant dans ce sens, provoquées par une activité épistolaire institutionnelle.
11En effet, un flux soutenu d’annonces de décisions s’établissait chaque printemps entre les membres du Collège de la Grande Pêche et les conseils des villes concernées. Enkhuizen y prit une part importante. Ses magistrats étaient en effet avides d’éclaircissements sur le dossier du hareng, quand ils ne relayèrent pas les débats qui agitaient le Collège de la Grande Pêche. Destinataires de nouvelles, ils n’hésitaient pas ensuite à les diffuser largement, comme ce fut par exemple le cas à propos de la présence de corsaires dans les zones de pêche en 168723. Remarquablement informés de l’évolution de la situation, les édiles d’Enkhuizen appuyèrent de façon systématique toutes les propositions visant à renforcer la protection des flottes harenguières. Les magistrats semblent avoir été particulièrement sensibles à la rapidité de constitution et à la valeur militaire de l’escorte, n’hésitant pas à faire part de leur mécontentement aux autres membres du collège. L’investissement financier était très fréquemment jugé insuffisant24. Au-delà des pressions exercées sur leurs partenaires, les édiles d’Enkhuizen consentirent eux-mêmes de lourds efforts. Cette implication financière servit parfois de moyen de pression, comme en 1709-171025. Le différend devait se durcir quand le gouvernement d’Enkhuizen donna instruction à ses députés de ne plus payer la quote-part de la ville tant que ses pêcheurs ne bénéficieraient pas d’une protection équitable26. Le conseil urbain était prêt, de toute évidence, à engager un rapport de forces avec le reste du Collège de la Grande Pêche à partir du moment où il lui semblait que sa flottille de pêche ne serait pas correctement protégée.
12Directement liés à la question des sommes engagées, le nombre et la qualité des navires affectés à la protection des pêcheurs constituèrent donc une préoccupation supplémentaire pour les magistrats de la ville. L’effectif prévu à l’issue des réunions du Collège de la Grande Pêche fut souvent mentionné dans le registre des délibérations du conseil urbain27. Ce dernier joua un rôle très actif dans ce domaine, en négociant parfois très âprement les caractéristiques des navires concernés. La taille, la puissance de feu mais aussi l’équipage de ces unités militaires formèrent en effet autant de questions sensibles pour les magistrats d’Enkhuizen. Les temps troublés de la fin du XVIIe siècle et du début du siècle suivant furent naturellement propices à un gonflement des forces engagées28. Cela n’était apparemment pas toujours suffisant pour les bourgmestres d’Enkhuizen, qui réclamèrent souvent des frégates supplémentaires. Les efforts d’armement n’empêchaient pas les frictions et les rivalités avec les autres ports harenguiers, tous désireux d’obtenir la protection la plus efficace possible pour leurs pêcheurs. Les députés d’Enkhuizen auprès du Collège de la Grande Pêche semblaient très fiers, en 1712, d’annoncer au conseil de la ville qu’ils avaient obtenu le détachement d’un vaisseau de cinquante-deux canons, bien plus puissant que celui du Zuiderkwartier29.
13Les périodes de conflit exacerbaient ces antagonismes. Tous les navires de combat de la République étaient alors mobilisés pour les opérations militaires, entraînant le recours au marché locatif amstellodamois. Il était en effet possible de louer pour quelques mois une unité, à charge pour le souscripteur d’armer le navire. Le conseil urbain d’Enkhuizen a eu recours à cette pratique pendant près d’un siècle, à partir des guerres contre la France de Louis XIV. Il s’agissait, la plupart du temps, de frégates légèrement armées dont l’atout principal restait la vitesse. Certains bateaux cependant, à l’instar du « Santo Ferdinanto » loué en 1702, étaient plus puissamment dotés en bouches à feu30. Le coût d’un tel investissement, ainsi que la durée de la harengaison, expliquent sans doute la limitation du bail à trois voire quatre mois. La protection des campagnes de 1702 et 1703 se chiffra ainsi à 11 200 florins, avec une efficacité toute relative31. Il existait d’autres solutions, en dehors du détachement d’unités militaires ou de la location de frégates. Certaines périodes du XVIIIe siècle virent en effet la ville posséder en propre son navire d’escorte et d’assistance. Outre l’achat de départ, le problème de l’entretien et des réparations se posa de façon récurrente32. C’est ce qui conduisit le conseil urbain, après beaucoup d’hésitations, à revenir au système de la location de navires33.
14Les édiles d’Enkhuizen étaient cependant conscients de la lourdeur des frais occasionnés par ces dispositifs. On n’est donc pas surpris de les voir saluer le spectaculaire repli des moyens consacrés à la protection des flottilles de pêche à l’occasion de la conclusion de la paix en Europe en 174834. S’estimant fortement menacé par la course française, le gouvernement d’Enkhuizen avait en effet veillé à ce que l’encadrement de la flotte de pêche par des navires de guerre soit constant. Sans doute les finances municipales étaient-elles donc régulièrement grevées par les dépenses occasionnées par ces conflits. Le retour de la sécurité dans les zones de pêche ne signifia pas la fin de l’encadrement des flottilles. Cela demeura une préoccupation constante chez les magistrats d’Enkhuizen, alors même que le nombre d’hommes et de buisses engagés à chaque saison de pêche avait décru. La fonction des navires concernés fut cependant adaptée à la nouvelle conjoncture, les navires d’escorte étant remplacés par un hospitaalscheepje. Ce dernier fut chargé, année après année, de fournir une assistance médicale aux pêcheurs opérant au large, tout en constituant une réserve de main-d’œuvre permettant de compléter les équipages décimés par la maladie ou les blessures35. Qu’il s’agisse d’assistance sanitaire ou logistique, ce navire avait pour mission de favoriser la réussite de la saison de pêche. Les édiles se montrèrent, tout au long de la seconde moitié du XVIIIe siècle, très soucieux de la bonne marche de ce dispositif, comme en témoignent leurs efforts pour entretenir, acquérir ou louer des vaisseaux.
15Les engagements souscrits par le gouvernement d’Enkhuizen à l’égard des pêcheurs et des armateurs de la ville se signalèrent donc par un degré remarquable de constance et d’implication, en dépit du déclin de la flotte de pêche. Les édiles ne répugnèrent pas à assumer, régulièrement, des décisions se traduisant par de lourds investissements qui n’étaient pas que financiers. On a le sentiment, à la lecture des délibérations et de la correspondance des magistrats, que rien ne leur importait davantage que l’accomplissement dans les meilleures conditions possibles de la harengaison. C’est pourquoi ces magistrats protestèrent si souvent contre les retards et les carences de la protection des flottilles de pêche, dans un contexte local d’effondrement de la filière du hareng. Est-il possible d’expliquer une telle continuité dans les choix politiques opérés pendant plus d’un siècle à propos du hareng ?
Des intérêts croisés et partagés
16La consultation des archives du conseil urbain nous fournit de précieux renseignements sur l’élaboration des décisions prises au sujet du hareng. Il apparaît en effet de façon assez nette que nombre de positions furent arrêtées à la suite d’un avis ou d’une requête des métiers intéressés par cette pêche. Les magistrats acceptèrent ainsi maintes fois de relayer le désir, exprimé par les marchands ou les transporteurs, d’être protégés de la concurrence étrangère36. À plusieurs reprises, on trouve également la trace des interventions déterminantes de ces acteurs dans les relations du conseil de la ville avec le Collège de la Grande Pêche. Les marchands de harengs se montrèrent ainsi particulièrement actifs dans les domaines de la protection des flottilles ou des dates d’ouverture et de fermeture de la campagne de pêche. Il s’agissait surtout de prolonger ou d’accélérer l’armement du navire d’escorte au début de la seconde partie de la harengaison. Ils n’hésitèrent pas, occasionnellement, à réagir directement à une lettre venue du collège de Delft. Leur avis avait alors toutes les chances d’être lu lors de la réunion du conseil urbain, qui semble ne pas avoir envisagé de prendre une décision dans le domaine des activités halieutiques sans avoir auparavant consulté les marchands concernés37. Une fois sollicités, ces avis étaient fréquemment suivis. Les armateurs étaient également très écoutés38. Le conseil prêtait en effet une oreille attentive aux opinions qu’ils exprimaient, jusqu’à faire siennes les propositions de ces intérêts privés. Enkhuizen ne constituait pas un cas isolé, car Maarten Prak a insisté sur la vitalité des guildes à Amsterdam au XVIIIe siècle, les présentant comme de grandes pourvoyeuses de requêtes aux magistrats39. Nombre de résolutions du conseil urbain, transmises à Delft ou à La Haye depuis les rives du Zuiderzee, avaient une origine identique40. L’inverse a pu se produire, comme en 1764 quand le conseil urbain obtint un accord au sujet des procédés techniques des deux quartiers41. Cet élément souligne un peu plus encore l’étroitesse des relations qui existaient entre les magistrats d’une part et les armateurs et marchands de harengs d’autre part.
17Comment expliquer des liens si profonds ? L’existence d’intérêts économiques communs aux uns et aux autres est indéniable. Les papiers du collège des marchands de poissons et de harengs ont presque tous été perdus. Une courte missive envoyée en janvier 1734 aux bourgmestres d’Enkhuizen subsiste cependant42. Les marchands qui s’étaient rassemblés proposèrent cette année-là le nom de quatre d’entre eux, à charge pour les bourgmestres d’en désigner deux pour le poste de doyen. L’un des candidats, Pieter van Loosen, appartenait à l’une des meilleures familles d’Enkhuizen, tandis que deux autres participaient déjà au gouvernement de la ville43. Ce sont d’ailleurs ces deux hommes qui furent désignés par les édiles. Des liens étroits existaient donc bel et bien entre le gouvernement urbain et les intérêts marchands. Nombre de magistrats à qui on demandait de se prononcer sur la commercialisation du hareng étaient ainsi conduits à intervenir dans la marche de leurs propres affaires.
18La confusion des intérêts ne concernait pas uniquement les marchands. Rien n’empêchait un négociant d’investir également dans l’armement de la flotte de pêche44. Il est possible en outre d’approfondir l’analyse d’un document déjà utilisé plus haut, à savoir le registre des buizen ayant reçu du conseil urbain d’Enkhuizen l’autorisation de naviguer. On y trouve en effet la mention des sociétés d’armement prenant part à cette activité. Cette information ne court qu’à partir de 1775, mais elle n’en est pas moins précieuse, car elle dévoile en partie l’implication de personnages de premier plan dans le port du Zuiderzee45. Les inventaires après décès nous ont appris que des habitants d’Enkhuizen possédaient, via ces sociétés, des parts de navires harenguiers. C’était notamment le cas d’individus appartenant à d’anciennes familles patriciennes de la ville ou exerçant eux-mêmes des charges publiques. Andries Kluppel ou Frederik Verbruggen occupèrent ainsi la charge de bourgmestre plus de trente fois à eux deux à partir du deuxième tiers du XVIIIe siècle46. L’engagement de ces hommes dans la pêche du hareng ne doit pas être considéré comme secondaire, car certains d’entre eux possédaient des intérêts dans plusieurs entreprises, à l’instar de Cornelis Haak. Il multiplia les participations croisées et les associations, mettant à profit un solide réseau de relations familiales47. En informant Everhard Pan du cours de ses affaires dans une lettre de 1771, il s’adressait à un parent, mais également à un homme qui fut très souvent bourgmestre de la ville dans la seconde moitié du XVIIIe siècle48. L’analyse de la succession de cet édile révèle par ailleurs des prises d’intérêts dans un certain nombre de navires harenguiers, puisqu’Everhard Pan participait à l’armement de quatre buizen « naviguant sous la direction des frères Haak », à hauteur de 9/15 et pour une valeur de 9 000 florins49.
19Les intérêts unissant des membres influents du gouvernement de la ville aux marchands et armateurs étaient donc très liés. Certains personnages cumulaient couramment des responsabilités édilitaires et des activités économiques dans le secteur harenguier. Pouvaient-ils donc rester indifférents à des questions aussi cruciales que les dates de la harengaison ou la protection des flottilles de pêche ? La réponse est évidemment négative, comme nous le confirment deux exemples. Brutalement confronté en 1694 à la nécessité de réunir 16 000 florins pour le compte du Collège de la Grande Pêche, le conseil urbain d’Enkhuizen prit la décision de solliciter ses propres membres. Ces derniers versèrent chacun 800 florins, ayant certes reçu la promesse d’un intérêt très élevé50. Ce sont les frais d’escorte des flottilles de pêche qui justifiaient une telle somme, et l’on comprend l’empressement des édiles si l’on veut bien admettre qu’il s’agissait là de protéger en partie leurs propres navires. On peut également revenir sur le cas d’Andries Kluppel, évoqué plus haut comme actionnaire principal d’une société d’armement de buizen. Ce fut néanmoins en tant que député de la ville à La Haye qu’il informa Gerrit Pan du déroulement des négociations avec les représentants de la Meuse sur les affaires du commerce du hareng en juin 175451. Mais ce dossier devait le préoccuper au plus haut point tant il touchait de près ses affaires personnelles. Collusion confirmée neuf ans plus tard, à la lecture d’une lettre rédigée par les magistrats. Le conseil urbain y défendait alors les intérêts du marchand Kluppel dans une affaire de cargaison perdue sur la route de Stettin, le requérant siégeant au sein de cette instance52.
20Il n’est donc pas surprenant que les élites dirigeantes d’Enkhuizen aient continué de considérer avec bienveillance les activités liées au hareng. Or, comme le fond des fortunes, au XVIIIe siècle, était constitué de placements financiers, on peut penser à une surévaluation du poids économique réel du hareng. Il existerait un attachement particulier à ce poisson, motivé par une image enracinée et indissociable de la ville, susceptible de résister à tous les soubresauts de la conjoncture. Mais il reste à en évaluer l’exacte importance, ainsi que les vecteurs de promotion de cette image glorieuse du poisson-roi.
Le hareng dans l’imaginaire collectif à Enkhuizen au XVIIIe siècle
21Un certain nombre de documents soulignent un rapport étroit entre ce poisson et le destin de la ville. L’importance vitale de la harengaison fut en effet invoquée plus d’une fois par les autorités d’Enkhuizen, comme en 1685, où elle fut comparée au commerce des céréales53. Si pareille affirmation pouvait sans doute se comprendre à cette date-là, le maintien de cette rhétorique au cœur du XVIIIe siècle est en revanche tout à fait étonnant. À propos d’un privilège ancien à renégocier pour le commerce du hareng, on justifiait pourtant en 1752 les prétentions du Conseil par « l’intérêt et la prospérité de cette ville et de ses habitants à prendre en considération »54. Rien dans cette déclaration ne laissait donc transparaître les difficultés des activités halieutiques. Les édiles semblaient vouloir ignorer ainsi le recul très net du poids de la pêche, du conditionnement ou de la commercialisation du hareng dans l’économie de la ville. Ou s’agissait-il de résister à une évolution à laquelle ils ne souscrivaient pas ? Quelques décisions prises dans la seconde moitié du XVIIe siècle nous renseignent à leur tour sur l’état d’esprit des magistrats de la ville. Confrontés aux difficultés financières des orphelinats de la ville, ils suggérèrent en 1759 l’embarquement d’enfants sur les navires harenguiers55. À la veille de la quatrième guerre anglo-hollandaise, ces mêmes magistrats firent inclure dans le règlement de la werkhuis de la ville un article prévoyant la fabrication de filets de pêche par les indigents enfermés56. Ces mesures finalement assez classiques, observables dans d’autres ports, prennent ici un autre relief. Le hareng continuait d’apparaître, plus que jamais, pourvoyeur d’occupation pour la population assistée de la ville. Les magistrats entendaient encore lui faire jouer un rôle économique voire symbolique et social qu’il n’était, de toute évidence, plus en état d’assumer.
22Paradoxalement, d’autres documents laissent à penser que les magistrats ne se faisaient pas beaucoup d’illusions sur l’exacte importance économique du hareng. C’est en tout cas ce qui ressort d’un certain nombre de décisions prises au sujet des espaces dévolus au poisson dans la ville. En 1687, il fut ainsi question de procéder à des travaux de creusement du Nieuwe Buyshaven. Ces aménagements du bassin créé un siècle plus tôt pour répondre à la forte croissance de la flotte de pêche avaient-ils pour but de régénérer les activités halieutiques ? Alléché par les perspectives de voir s’y développer un port de guerre, le conseil d’Enkhuizen envisageait plutôt une reconversion radicale de cet espace57. Près de cinquante ans plus tard, le financement de l’installation de lanternes dans la ville conduisit les magistrats à s’exprimer sur le niveau d’activité des bassins réservés aux buizen. Après avoir souligné que les huit gardiens affectés à la surveillance des navires étaient bien suffisants pour les quatre ou cinq mois concernés par cette activité, la résolution indiquait très froidement que « le nombre de buisses n’était pas très élevé »58. Le paradoxe avec les développements précédents n’est ici qu’apparent, car les déclarations chargées de défendre l’importance vitale du hareng pour la ville étaient à usage externe. Les courriers destinés à la ville, ou les décisions transmises à d’autres gouvernements urbains, n’avaient pour objet que de défendre une certaine image d’Enkhuizen à l’échelon provincial ou fédéral. Le rappel insistant de la vocation harenguière de la ville s’imposait alors comme une façon bien commode de justifier son existence même. Mais il marquerait également le triomphe d’une posture tout entière consacrée à la défense d’un héritage. Les décisions ayant trait aux travaux dans la ville donnaient lieu, au contraire, à un jugement sans appel sur la situation de la pêche. La réalité était peinte avec davantage de brutalité dans les documents à usage interne. Est-il possible d’approcher les sentiments profonds qui animaient les habitants d’Enkhuizen sur ce sujet, à l’aide de sources privées ou familiales par exemple ?
23Les régents de la ville offrirent de multiples témoignages de leur attachement personnel au poisson. Nous savons que jusqu’en plein cœur de la seconde moitié du XVIIIe siècle, certains d’entre eux faisaient parvenir des harengs frais à des correspondants éloignés. Ces envois étaient considérés par les deux parties comme une indéniable démonstration d’amitié, ainsi que le prouve la correspondance échangée entre Everhard Pan et Jan Strockel. De 1753 à 1774, le premier expédia chaque année un colis que son correspondant de Campen décrivait invariablement, à chaque fois qu’il remerciait son bienfaiteur, comme un « très délicat présent de harengs nouveaux »59. Le hareng se retrouvait également dans le patrimoine de beaucoup de familles patriciennes.
24Nous savons déjà qu’un certain nombre d’inventaires après décès contenaient des parts de capital de sociétés d’armement. On peut s’interroger en revanche sur la pérennité de ce type d’investissement. L’inventaire des biens d’Andries van Vossen, effectué en juillet 1698, se montait à une valeur d’un peu moins de 40 000 florins. Les navires harenguiers pesaient peu dans cette somme, puisqu’on ne trouvait que des parts de 5/16 pour les buizen « de prophet Elias » et « de Gerechtigheijt ». Chacun de ses cinq enfants reçut pourtant un seizième du capital des deux navires60. Quel fut le destin de ces participations ? Seules Petronella et Cornelia, décédées respectivement en 1723 et 1729, s’étaient séparées des parts reçues en 1698. Maria, la fille aînée disparue en 1713, avait suivi le chemin inverse puisqu’elle possédait à sa mort 5/64 de chacun des bateaux concernés. La perspective de réaliser de gros gains explique-t-elle cet attachement aux participations dans les sociétés d’armement ? On peut en douter au vu de la longue période de troubles qui s’installa en Europe au début du XVIIIe siècle. Le produit de la vente de ces fractions, à la mort de chacun des enfants d’Andries van Vossen, restait modeste. Le notaire qui organisa la liquidation des biens d’Aafje, en 1724, retira en tout 281 florins et 12 stuivers de la vente des parts de navires ; soit bien peu par rapport au montant total de la succession61.
25Ces transmissions de parts de navires harenguiers de génération en génération se poursuivirent au XVIIIe siècle, à l’exemple de la famille Kluppel et de ses branches alliées de 1778 à 180362. La remarquable fidélité d’un certain nombre de patriciens d’Enkhuizen à la pêche du hareng ne peut donc pas avoir de motifs économiques ou conjoncturels. Il faut bien plutôt imaginer un attachement profond à cette activité, en dehors de toute perspective de croissance. Le hareng n’apparaissait-il pas comme le signe distinctif de la communauté des habitants d’Enkhuizen ? On ne doit pas oublier en effet que le poisson figurait toujours au XVIIIe siècle sur les armes de la ville. Continuer de participer au financement de sa pêche constituerait alors le moyen, pour des régents de plus en plus tentés par le repli sur soi, d’affirmer leur appartenance à l’histoire de cette communauté.
26Il est vrai que la lecture de certaines œuvres encourageait la vision d’une cité au destin inextricablement lié à celui du hareng. Tous les livres évoquant l’histoire d’Enkhuizen ménageaient ainsi une place importante au fameux poisson. L’Historie van den oorspronck, fondatie ende voortganck der seer vermaerder Zee ende Koopstadt Enchuysen…, imprimée en 1660 et vraisemblablement rédigée par Hendrick Pietersz Advocaat, se conformait à cette règle. L’auteur eut en effet à cœur de rappeler les épisodes les plus marquants du passé harenguier de la ville, comme le gonflement de la flotte de pêche au milieu du XVIe siècle63. La mise en scène des dégâts causés par les corsaires dunkerquois moins d’un siècle plus tard lui permit également, à travers la révolte des gens de mer, de souligner le caractère vital de cette activité pour l’économie locale. Ayant choisi de rapporter les événements sous la forme d’une chronique, son travail se signalait cependant par de nombreuses erreurs et omissions, à l’exception des informations liées au hareng. On peut naturellement objecter que cet ouvrage fut rédigé au XVIIe siècle, quand la crise du hareng n’en était encore qu’à ses prémices. La postérité de l’œuvre est cependant indéniable, dans la mesure où une autre histoire de la ville, imprimée en 1719, n’hésitait pas à reprendre à ce sujet des passages entiers du livre d’Advocaat64.
27On peut s’interroger sur la promotion de l’image de la cité harenguière dans le travail de Gerard Brandt, publié en 1666, et de loin l’ouvrage d’histoire locale le plus présent dans les bibliothèques des habitants d’Enkhuizen65. Dans une présentation géographique de la ville, exposée en prélude aux développements historiques proprement dits, ce pasteur de Hoorn ne se privait pas d’évoquer la pêche du hareng. Non content d’indiquer qu’Enkhuizen était le premier port d’armements harenguiers, il retraçait également les étapes de la harengaison avec précision66. L’auteur n’exaltait pas pour autant un quelconque rôle historique des pêcheurs de la ville, rappelant au contraire les progrès techniques mis au point dans les autres ports néerlandais. Il réservait en revanche au hareng une place de choix dans l’économie de la ville au XVIe siècle, évoquant à plusieurs reprises son importance. Pour l’année 1536 il était ainsi question de son « puissant commerce du hareng », qui continua d’intéresser beaucoup d’habitants de la ville lors des décennies suivantes67. Il est intéressant de relever que Brandt reprenait sans rien y changer les évaluations numériques de la flotte de pêche d’Advocaat68. Mais il se montra cependant plus disert sur les années de fort danger pour l’activité halieutique, rappelant à intervalles réguliers les efforts effectués pour protéger les pêcheurs en haute mer69. Les mesures prises à certaines occasions semblent avoir retenu son attention, comme en témoigne la profusion de détails sur les préparatifs de la campagne de 155770. La justification d’une telle marque d’intérêt se trouve un peu plus loin dans son texte, à propos des conséquences de l’interdiction d’exportation du hareng saur et d’autres poissons. Déplorant cette mesure, Brandt écrivait en effet qu’elle représentait une perte importante pour « beaucoup d’habitants d’Enkhuizen, […] qui seraient gênés par les harengs leur restant sur les bras »71. L’historien restait convaincu que la prospérité de la ville reposait principalement sur la pêche et le commerce de ce poisson.
28Cette préoccupation ne devait pas se démentir dans l’ouvrage qui prétendait offrir une suite au livre de Brandt. En 1747, Sebastiaan Centen entreprit en effet de recenser minutieusement les avanies subies par la flotte d’Enkhuizen au cours des guerres menées contre la France louis-quatorzienne. Il en ressort des développements parfois assez longs sur les campagnes désastreuses de 1696 ou 1702-170372. L’auteur éprouva donc le besoin de retracer avec exactitude le passé harenguier de la ville du dernier tiers du XVIIe siècle. Il avait décidé, pour cela, de n’omettre aucun épisode de cette histoire, fussent-ils parmi les plus tragiques. Il faut cependant s’interroger sur les véritables motifs d’un tel projet. Ce que Centen nous dit des événements de 1677 semble en effet porter en germe la catastrophe future : « La pêche du hareng d’Enkhuizen souffrait année après année de pertes provoquées par des attaques de corsaires français, alors qu’il était demandé à la ville d’importants sacrifices financiers pour l’équipement des navires de convoyage affectés à la protection de la flotte harenguière »73. Le déclin futur était déjà esquissé, et son origine unique toute trouvée. La lecture des événements donne le sentiment d’une suite inéluctable de catastrophes, menant tout droit à un effondrement final. Ne s’agissait-il pas d’un effet téléologique ? L’auteur semblait ainsi décrire ces difficultés tout en ayant conscience de leur accroissement au XVIIIe siècle. Les saisons catastrophiques du siècle précédent lui paraissaient alors constituer d’indéniables prémices au déclin dont il était le témoin. Ce soupçon de réécriture de l’histoire ainsi que la place ménagée à ces événements dans son ouvrage illustre clairement l’intérêt porté par Centen à la pêche du hareng. Comme lui, nombre d’habitants d’Enkhuizen devaient être préoccupés par le déclin de cette activité centrale. Son ouvrage avait certainement pour ambition de mettre en ordre ce pan essentiel de l’histoire de la ville, en organisant un discours historique cohérent et explicatif. De cette façon, il s’articulait parfaitement avec les ouvrages précédents. Une période sombre prenait ainsi le relais d’un âge d’or, dans un ordonnancement chronologique parfait. Les schémas historiques qui pouvaient avoir cours à Enkhuizen au XVIIIe siècle participent de l’attachement affectif des habitants pour le hareng.
29Un certain nombre d’œuvres littéraires ont conforté cet attachement. Anna van der Horst, demeurant à Groningue, fit imprimer par Jacob Bolt dans cette ville, un ouvrage intitulé Het Oud-Enkhuizen in zeven zangen74. Cette œuvre épique de 1766 prétendait rendre hommage à la cité natale de la poétesse, à travers sept chants rimés. Le premier ambitionnait de traiter de « la bonne fortune et [du] commerce ». La pêche du hareng ne figurait pas nominalement dans le titre, à la différence du commerce. Les premières pages du chant comme son titre soulignaient, par ailleurs, la part essentielle accordée au commerce, spécialement à la navigation vers la Baltique. Elle n’en ménagea pas moins, par la suite, une place importante au hareng, puisque sous sa plume, ce poisson jouait un rôle déterminant dans la fortune de la ville75. Son importance ne se déclinait pas cependant uniquement au passé, puisque dans un vibrant et ultime hommage la poétesse appelait à la perpétuation des égards rendus au poisson-roi, vecteur de la mémoire urbaine :
Hareng ! Digne d’être couronné !
Sur un fond d’azur couleur de l’océan,
Inscrit sur le blason de la ville,
Tu dois toujours montrer ton prestige76.
30L’œuvre d’Anna van der Horst fut-elle lue et appréciée localement ? Le nombre réduit d’inventaires après décès exploitables interdit toute investigation dans les bibliothèques privées. La popularité de la poétesse était cependant indéniable, puisque l’un de ses textes devait être déclamé en public quelques années plus tard, à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement contre les Espagnols77. Parallèlement, des rimailleurs locaux entretinrent la flamme de bonne grâce, rappelant sans cesse le glorieux passé harenguier de la ville. On peut ainsi se reporter au poème de J. Bent, reproduit parmi d’autres dans les premières pages de l’ouvrage de Centen, en 1747. L’auteur y portait au pinacle une flotte de près de cinq cents navires de pêche, source incomparable d’enrichissement. Outre le gonflement spectaculaire et totalement imaginaire des effectifs concernés, il est difficile de ne pas relever la profonde admiration de l’auteur pour ce temps de prospérité.
31Cette omniprésence du fameux poisson ne fut pas sans conséquence sur le contenu des œuvres littéraires produites par des habitants de la ville. Une figure stylistique revient ainsi très souvent dans un nombre important de poèmes ou de chants. Ainsi, la « vierge aux trois harengs », déjà présente sur les armes de la ville depuis la fin du XVIe siècle, s’imposa dans plusieurs œuvres du XVIIIe siècle comme une autre façon de nommer Enkhuizen78. Dans un poème daté de 1772, le pasteur Diderik Wilre parvint à évoquer l’attitude de la ville lors de la guerre de Quatre-Vingts ans sans citer une seule fois son nom. La lecture du troisième vers ne laissait cependant aucune place à l’ambiguïté : la « grande ville harenguière de Frise occidentale » ne pouvait désigner qu’Enkhuizen79. D’autres textes, très différents des précédents, évoquaient également la gloire de la ville80. L’identification de la ville avec sa « vocation » harenguière était ainsi totale. Son nom même pouvait s’effacer au profit d’un nouveau vocable, ou tout du moins les deux façons de la définir devenaient interchangeables. En dépit du déclin indéniable de cette activité, l’image du poisson devait suffire pour indiquer aux lecteurs qu’il s’agissait d’Enkhuizen.
32Cependant, ce processus d’identification était de nature à appauvrir la représentation de la ville. Car la vocation harenguière ayant été transformée en élément constitutif et pérenne de la cité, il n’y avait plus de place pour d’autres réalités singulières et symboliques. En érigeant Enkhuizen au rang de « cité harenguière » par excellence voire par nature, ces auteurs imaginaient très certainement rehausser de cette manière son prestige. Il est vrai que le poisson, symbole de la prospérité passée de la ville, ne pouvait que susciter des sentiments positifs chez tous ceux qui rêvaient d’un rétablissement de la cité. Mais ce topos littéraire si répandu au cours du XVIIIe siècle finit par ne plus constituer que des postures figeant un peu plus la ville dans ses difficultés économiques. Il existait peut-être des démonstrations publiques du soutien apporté à la pêche du hareng à Enkhuizen à cette période. La ville, bastion calviniste, n’en accueillait pas moins des cérémonies s’inscrivant dans le cadre de la religion civique.
La perpétuation des cérémonies encadrant la harengaison
33La saison de la pêche du hareng en Mer du Nord avait lieu, on le sait, entre juin et décembre. Enkhuizen était le théâtre, chaque année, de deux fêtes importantes liées à ce cycle saisonnier. Ainsi, dans les jours précédant le départ de la flotte, on célébrait un Buysse Biddag, soit un « Jour de prière pour les buisses ». Le retour des navires était suivi d’un Buysse Danckdag, autrement dit d’un « Jour de remerciement pour les buisses ». Les termes employés renvoient à des cérémonies religieuses respectivement de type propitiatoire et gratulatoire, dont le caractère religieux ne fait pas de doute. De telles fêtes sont attestées dans les provinces orientales des anciens Pays-Bas, mais elles n’étaient pas l’apanage des sociétés rurales81. Herman Roodenburg a ainsi rappelé l’existence de rogations à Amsterdam dans le premier âge moderne82. Le monde maritime et ses conditions de travail suscitaient pareillement la multiplication de ces cérémonies destinées à « exorciser le spectre de la rupture longue et risquée », selon les mots d’Alain Cabantous83. Faut-il s’étonner de la permanence de ces rites dans un pays où seule la foi réformée bénéficiait d’un culte public ? Les spécialistes ont depuis longtemps répondu par la négative en raison de la crainte suscitée par les dangers de la navigation84. Les dénonciations des pasteurs calvinistes les plus orthodoxes à l’encontre d’un certain nombre de croyances et de pratiques suspectes devenaient inaudibles face aux terreurs océaniques85.
34Ainsi, jusque tard dans le XVIIIe siècle les pêcheurs de Kralingen, près de Rotterdam, n’envisageaient pas d’embarquer sans avoir rendu visite aux ruines de la chapelle de Sainte-Hellebrecht86. Il s’agissait ici naturellement d’habitudes contractées avant la Réforme, que des particuliers ou des oligarchies municipales avaient à cœur de conserver87. La persistance de ces pratiques ne doit d’ailleurs pas surprendre outre mesure, puisque les Provinces-Unies n’ont jamais imposé l’exclusivisme religieux à leurs habitants. Davantage que ce contexte institutionnel, c’est également le sens donné à ces comportements qui doit nous interpeller. En effet, pour Willem Frijhoff, toutes les pratiques issues de la culture chrétienne maritime n’avaient pas la signification qu’on veut bien leur prêter. Même si la recherche à leur sujet est malaisée, on ne peut être certain par exemple que les maquettes de navires offertes par les équipages et suspendues dans les églises aient constitué des objets votifs. Il s’agirait peut-être d’objets commémoratifs, voire de simples symboles d’une communauté de gens de mer88. Bien loin de correspondre à une démarche religieuse, la présence d’un navire symboliserait « avant tout le lien vital entre la collectivité locale et son monde du travail »89. Comment expliquer, alors, qu’en dépit de la présence courante de ces maquettes dans beaucoup de temples sur les berges du Zuiderzee, elles soient absentes d’Enkhuizen ?90 Il faut rappeler tout d’abord que les cycles de croissance et de repli de l’activité halieutique se succédèrent avec brutalité à partir des années 1680, ne laissant peut-être que très peu de temps à une communauté permanente de gens de mer de se constituer. De surcroît, la plus grande partie des équipages des buizen de Hollande du nord était formée de travailleurs saisonniers, venant des campagnes alentours ou bien des pays frontaliers. Ces équipages ne restaient pas forcément dans la ville une fois la harengaison achevée. La constitution d’un groupe stable et soudé de pêcheurs n’était donc pas une évidence à Enkhuizen.
35En dépit des incertitudes concernant leur origine, la ville demeura très fidèle aux cérémonies liées à la pêche du hareng91. Un document retrouvé dans les archives de la ville atteste de leur tenue en juin 1658, mais il est évident que ces célébrations existaient bien avant92. Il est même tout à fait probable qu’elles aient pris racine avant la Réforme. Un curieux document, daté de 1662, semble aller dans ce sens. Il s’agit de la description d’une cérémonie qui aurait eu lieu dans la ville le 24 juin de cette année93. L’auteur, Joannes Cachiopin de Laredo, se présente comme un témoin visuel de la fête précédant la harengaison. Ce Jésuite originaire de Rotterdam rejoignit Enkhuizen en 1656, où il s’éteignit onze ans plus tard94. Le témoignage de Cachiopin est étonnant dans la mesure où il décrit une fête à forte réminiscence catholique se déroulant en grande partie dans la rue. Or si le culte catholique se trouvait toléré dans les faits, toute démonstration publique lui était interdite depuis 1581 dans la province de Hollande, et les autorités savaient se montrer vigilantes à ce sujet. S’il faut en croire notre Jésuite, une procession de plus de deux heures aurait cependant suivi les offices. Le cortège s’organisait ainsi : un prêtre portant une croix ouvrait la marche, suivi de près par un groupe de jeunes gens qui soutenaient un portrait de saint François-Xavier. Puis venaient des femmes tenant des cierges à la main, précédant une image de la Vierge Marie et plus loin encore deux hommes qui portaient un filet où se débattait un hareng en or95. Le plus étonnant consiste peut-être en l’absence de réaction négative de la part des autres habitants de la ville, les protestants se montrant au contraire favorables à la cérémonie96.
36La prudence s’impose face au témoignage d’un acteur de la reconquête catholique aux Provinces-Unies. On observera d’ailleurs que sa lettre était destinée aux responsables de la Mission de Hollande. Quelle preuve plus éclatante de la belle vitalité du catholicisme en Hollande du nord pouvait-on imaginer ? Il est néanmoins peu probable que Cachiopin ait tout inventé. Peut-être a-t-il travesti une partie de la réalité, en laissant croire que la procession se serait déroulée publiquement. Il est possible en effet que le cortège se soit contenté de déambuler dans l’édifice où la messe fut célébrée. Avec des portes largement ouvertes sur la rue, le public pouvait participer à la cérémonie. On peut imaginer que des non-catholiques se soient glissés dans l’assistance. Nombre d’habitants des Provinces-Unies se situaient en effet, au XVIIe siècle, à la lisière des différentes Églises. Il faut garder en outre à l’esprit que cette scène était censée se dérouler en 1662, soit avant le durcissement des positions anticatholiques consécutif aux guerres menées contre la France. Les délibérations du conseil urbain font cependant apparaître que les placards contre « la hardiesse des papistes » étaient plutôt bien reçus à Enkhuizen à ce moment-là97. Enfin, au-delà de l’interdiction du culte public pour les catholiques aux Provinces-Unies, de multiples situations locales pouvaient se traduire par un certain laxisme dans la répression des manifestations publiques du rite romain.
37Le dynamisme interne de la communauté catholique d’Enkhuizen peut aussi avoir joué un rôle. Très affaiblie dans les premières décennies du XVIIe siècle, elle semble avoir peu à peu relevé la tête. L’œuvre de reconquête catholique, lancée à partir des années trente de ce siècle, s’imprima dans le tissu urbain. L’une des principales artères de la ville, la Breedstraat, accueillit en effet à partir de 1633 une « église cachée » dédiée à Saint Gomar. À l’instar de ce qui se passait dans d’autres villes, ce type de lieu de culte était connu de tous. Les autorités municipales le toléraient moyennant le versement d’une somme d’argent. Nous savons que par la suite les catholiques du lieu reconstituèrent deux autres paroisses, placées sous le patronage respectif de Saint Pancrace et de Saint Jean. Puis c’est Theodorus de Jonghe, un enfant de la ville entré à la Compagnie de Jésus, qui obtint en 1635 l’autorisation de pouvoir y célébrer la messe98. Un autre Jésuite, Engelbertus van Vilsteren, se vit confier trois ans plus tard la charge de fonder une station99. Les hommes de la Compagnie de Jésus prirent donc une place prépondérante dans la vie de la communauté d’Enkhuizen, répondant à un réel attachement des fidèles. Rome donna pour instruction de limiter cette présence, mais visiblement sans grand succès puisque la station jésuite d’Enkhuizen demeura très active dans les décennies qui suivirent.
38Ce que nous savons du déroulement des Buysse Biddagen et des Buysse Danckdagen au XVIIIe siècle diffère cependant profondément du récit de Cachiopin. On ne retrouve plus aucune mention de processions à travers la ville, et encore moins de symboles catholiques. Les cérémonies étaient uniquement organisées dans les temples réformés, sous la forme d’offices situés à plusieurs moments de la journée. Un ouvrage paru en 1715, puis réédité dix-huit ans plus tard nous fournit des informations incomparables sur leur contenu100. L’auteur, Henricus Schainck, exerça la charge de ministre calviniste à Enkhuizen de 1705 à 1742. Son livre, imprimé sous un format de poche, se présentait comme un recueil de quelques-uns des prêches qu’il avait prononcés lors de cérémonies en faveur des harenguiers. Nous savons que d’autres ouvrages de ce type furent publiés aux Provinces-Unies, au XVIIe comme au XVIIIe siècle101. Dans son adresse au lecteur, le pasteur ne faisait pas mystère de son désir d’œuvrer pour l’édification du pêcheur ou du marin, en mettant à sa disposition un ouvrage facilement transportable et consultable lors des moments d’oisiveté à bord des navires. L’analyse du contenu de ces textes démontre clairement le caractère réformé des cérémonies du XVIIIe siècle. On y retrouve en effet les trois éléments essentiels d’un prêche calviniste, tels qu’ils ont été dégagés par Arie van Deursen102.
39Ainsi Schainck prenait bien soin de solliciter les textes des Écritures et spécialement du premier testament ayant un lien avec les activités maritimes. Le destin de la ville maritime de Tyr formait le point de départ du texte du 3 juillet 1711, alors que la fortune de Zabulon fut évoquée au moins à deux reprises103. L’interprétation de tous ces passages permettait à Schainck de souligner la nécessité de conserver une foi inébranlable dans la toute-puissance divine, si les pêcheurs voulaient profiter des richesses de la mer104. La mise en garde contre l’incroyance ou l’oubli de Dieu formait la trame essentielle de ses sermons, et l’évocation de quelques déboires contemporains venait renforcer de façon opportune les perspectives de désastre. Le prêche du Buysse Biddag de 1711 contenait ainsi des passages très sombres, où le pasteur dépeignait des malheurs récents :
[…] combien il est dommage que nos navires aient été incendiés dans la nasse du Hitland, combien il est pitoyable que nous ayons vu les autres bateaux pourrir dans nos ports à cause de l’effroi suscité par l’ennemi, alors qu’ils n’auraient pas dû rester improductifs. Il y a deux ans cependant, Dieu a commencé à tendre sa main exigeante, et dans cette troisième année les armements paraissent plus importants qu’avant105.
40Le rappel de ces souvenirs encore très douloureux permettait ainsi au pasteur de valoriser l’intervention décisive de la miséricorde divine dans les timides améliorations. En 1717, Schainck accordait encore une grande place aux risques liés à la Guerre du Nord en évoquant pêle-mêle les peuples armés jusqu’aux dents, les corsaires suédois et le bas prix de vente des harengs106. On relèvera au passage sa connaissance aiguë des conditions de pêche et de la conjoncture internationale. L’auteur était toutefois surtout désireux d’appeler les gens de mer à s’en remettre totalement à Dieu. Afin de répondre à cette exigence des pans entiers de l’histoire maritime d’Enkhuizen furent mis en scène dans ses sermons. Celui du 3 juillet 1711 contenait ainsi un passage assez long sur la gloire passée de la ville, avec en particulier la mention des effectifs stationnés dans le port en 1551107. Schainck avança le chiffre de 140 buizen présentes à Enkhuizen cette année-là, ce qui nous laisse à penser qu’il s’était appuyé sur les ouvrages historiques d’Advocaat et de Brandt. Agissait-il ainsi dans le but de toucher davantage encore un auditoire attaché à quelques épisodes glorieux de son histoire ? C’est tout à fait probable, dans la mesure où le pasteur avait esquissé à plusieurs reprises un éloge des marins de la ville. Mais comme on le voit en 1714, ce rappel du passé renommé d’Enkhuizen pouvait également lui servir à mieux souligner son infortune contemporaine et illustrer ainsi ses mises en garde contre l’incroyance108.
41Il est donc certain que l’Église réformée avait récupéré, au XVIIIe siècle, les manifestations publiques d’un culte attaché à la harengaison, conformément au rôle que les autorités civiles lui faisaient tenir dans les Provinces-Unies. Davantage qu’une « protestantisation » de ces fêtes, il s’agirait donc plutôt de l’expression de l’emprise édilitaire. Cette dernière se traduirait par la charge confiée à la seule Église autorisée à organiser des cultes publics, de poursuivre une coutume ancienne à laquelle la population serait très attachée. Le ton employé à maintes reprises par Henricus Schainck étonne d’ailleurs par le degré d’implication de son auteur, au-delà des figures imposées de l’exercice de prédication109. Ces élans s’inscrivaient naturellement dans le mouvement tendant à constituer la pêche du hareng comme une condition essentielle de la prospérité de la ville. Mais on peut y déceler également le souci de la vocation de l’Église réformée à jouer un rôle public dans la cité, sans pour autant exclure les fidèles des autres confessions.
42D’ailleurs, à l’aube du troisième tiers du siècle, des textes fixant la date des célébrations laissent entrevoir que les luthériens et certains anabaptistes y furent associés dans une certaine mesure110. La thèse défendue par Peter van Rooden, selon laquelle ce type de fêtes n’était pas l’apanage exclusif de l’Église Réformée, s’en trouve donc confirmée111. L’unanimisme qui inspirait cette démarche correspondait sans doute à l’avènement d’une véritable religion civile, à l’abri des divergences confessionnelles. Il s’agirait d’une nouvelle manifestation propre à édifier l’identité collective à Enkhuizen. On aurait tort, cependant, de prendre au pied de la lettre une vision idéalisée de la situation, puisque les catholiques de la ville étaient soigneusement tenus à l’écart. Par ailleurs, la formulation de l’annonce peut laisser croire que l’on se contentait d’autoriser les luthériens et les mennonites à célébrer de leur côté les cérémonies en l’honneur de la flottille de pêche. Il est certain que ces manifestations ne pouvaient en aucun cas prendre le pas sur celles qui avaient lieu dans les temples calvinistes. Ce souci d’informer les ministres des autres cultes protestants n’était d’ailleurs pas systématique. Simple oubli voire négligence à l’égard d’une mesure devenue si habituelle qu’elle n’en nécessitait plus la formulation écrite ? Peut-être, mais ce n’est pas si sûr. On a déjà pu observer que la ville, encore à cette époque, n’était pas exempte de tensions religieuses. Il est clair cependant que les magistrats d’Enkhuizen entendaient associer le plus grand nombre possible d’habitants à ces cérémonies, par-delà leur appartenance confessionnelle. Sans limiter les prérogatives de l’Église réformée vis-à-vis des autres cultes protestants ni rompre l’isolement de la communauté catholique, il s’agissait de distinguer ces journées de toutes les autres.
43Devenues des rendez-vous habituels pour les citadins, ces cérémonies répondaient-elles encore à leurs objectifs initiaux ? Leur place dans le calendrier ainsi que le contenu des prêches de Schainck laissent à penser que le souci de s’attirer les grâces de Dieu comme de remercier était toujours présent. On peut imaginer que l’attachement de certains pêcheurs était toujours aussi fort. Mais désormais il n’était pas spécifique, et n’intervenait plus peut-être qu’à titre d’adjuvant. Quel pouvait être d’ailleurs le poids réel de ce groupe social au XVIIIe siècle ? Il avait subi une terrible saignée numérique à la faveur des difficultés des activités halieutiques, et les pêcheurs ne formaient plus qu’une infime partie de la population de la ville. À l’instar de nombreuses autres villes maritimes occidentales, il est certain que même au temps de l’âge d’or, Enkhuizen ne fut pas habitée par une majorité de pêcheurs112. L’entreprise poursuivie par les magistrats aurait donc consisté à thésauriser un certain capital symbolique en poursuivant la célébration d’une cérémonie étroitement liée à l’identité de la ville. Il faudrait alors éliminer l’hypothèse de l’expression d’une sous-culture propre à un groupe pour ne garder que celle d’un rite rendu pérenne par sa folklorisation113. Dans un contexte de marasme économique et d’effondrement démographique cette dernière avait-elle une chance de perdurer ?
L’attachement de la communauté urbaine au hareng
44Le retour régulier des Buysse Biddag et des Buysse Danckdag à Enkhuizen tout au long du XVIIIe siècle est remarquable. Le croisement des informations issues du registre des décisions des bourgmestres et des archives de la communauté réformée d’Enkhuizen permet d’affirmer que les deux cérémonies furent organisées chaque année ou presque114. Les bourgmestres en fixaient la date parfois longtemps à l’avance, selon un calendrier qui pourrait être qualifié de traditionnel. La fête précédant le départ de la flotte était en effet toujours située en juin, avec une nette prédilection pour le treizième ou le quatorzième jour de ce mois dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les dates étaient plus variables pour les cérémonies de la clôture de la harengaison, les aléas de la pêche et des conditions météorologiques expliquant sans doute cette irrégularité. La plupart des Buysse Danckdagen après 1760 eurent lieu cependant en décembre, voire en novembre115. Les deux fêtes divergeaient tout de même pour le choix du jour. Si en juin le dimanche s’imposait majoritairement, ce ne fut pas le cas pour la fin de l’année116. Il est vrai que de telles cérémonies bouleversaient en profondeur le rythme de la communauté des croyants dans la mesure où les bourgmestres ne manquaient pas, quand ils les fixaient au dimanche, de suspendre les offices ordinaires. Le plus petit des temples calvinistes était parfois fermé ce jour-là, entraînant un réaménagement de la rotation des pasteurs. Les considérations pratiques n’expliquent pas à elles seules la préférence de l’Église Réformée pour un autre jour que le dimanche. Il s’agissait aussi très certainement de priver la fête de remerciement du prestige attaché au premier jour de la semaine. À l’instar de ce qui se passait ailleurs, le consistoire calviniste d’Enkhuizen ne souhaitait sans doute pas accroître la portée de ces cérémonies en les organisant un tel jour117. Cette préoccupation devait être plus forte encore à l’approche du cycle de l’Avent, lors des Buysse Danckdagen.
45Cérémonies d’essence religieuse, les deux fêtes étaient cependant très étroitement encadrées dans leur contenu par le conseil urbain. Ce dernier leur attribuait donc un caractère civique. Un document sans date, mais très certainement de la seconde moitié du XVIIIe siècle puisqu’il fut imprimé par Reinier Callenbach Klenk118, organisait la répartition des pasteurs entre les principaux temples lors des offices. Il était expressément ordonné qu’à l’occasion des deux cérémonies encadrant la harengaison, le ministre le plus âgé prêcherait dans la Zuiderkerk, tandis que le plus jeune se rendrait dans la Westerkerk119. Un incident survenu au printemps 1744 illustre parfaitement l’attachement des édiles à l’ordonnancement de la cérémonie. Le registre des actes des bourgmestres se fit l’écho, le 17 juin, de l’absence du pasteur Johannes van Eyken lors de l’office de la veille, consacré à un Buysse Biddag. Particulièrement outrés par cette défection, alors même que c’était à son tour de prêcher ce jour-là et qu’un grand nombre de fidèles s’étaient pressés dans la Zuiderkerk, les bourgmestres dénoncèrent cette attitude en des termes très durs120. Avant même d’en savoir davantage sur cette affaire, et d’avoir pu entendre le coupable, il fut promptement décidé de lui interdire toute activité ecclésiastique jusqu’à nouvel ordre. Les jours qui suivirent furent l’occasion de préciser la durée de cette sanction, fixée à six semaines en attendant que le coupable fit amende honorable. Ce qui fut fait dans un texte remis aux bourgmestres seulement le 10 novembre 1745. Son contenu semble avoir satisfait les magistrats, puisqu’ils ordonnèrent le rétablissement dans sa fonction et son traitement du pasteur121. Mais la sanction avait été appliquée avec une grande rigueur durant dix-sept mois. Le pasteur fut en effet privé de rémunération entre août 1744 et novembre 1745122.
46Les magistrats ont donc considéré qu’il s’était rendu coupable d’une faute extrêmement grave, justifiant un châtiment exemplaire. Le contenu de la déclaration du 19 juin 1744 nous éclaire un peu plus sur les sentiments des bourgmestres. Ces derniers mettaient en avant des arguments d’ordre économique, religieux et historique pour justifier leur profonde réprobation123. Au crime d’indifférence aux intérêts de la ville, était associé à mots couverts celui de manquement à ses obligations de pasteur. Les termes employés traduisent bien l’importance accordée par le gouvernement de la ville à ces cérémonies, dont il semblait inconcevable de se priver à Enkhuizen au XVIIIe siècle. La population d’Enkhuizen adhérait-elle pour autant à ces idées ?
47Il faut tout d’abord tenir pour acquis que les magistrats mirent tout en œuvre pour favoriser la fréquentation des temples ces jours-là. La rapidité et la sévérité des mesures prises en 1744 l’attestent. Les édiles prirent d’autres mesures allant dans ce sens. Le règlement de la nouvelle École Française d’Enkhuizen, rédigé en 1768, comportait ainsi un article consacré aux congés accordés aux élèves. Outre les seize jours de vacances, on prévoyait quatre journées supplémentaires dispersées pendant l’année, durant lesquels la classe serait suspendue. Les élèves devaient être ainsi libérés de toute obligation scolaire lors du Buysse Biddag et du Buysse Danckdag124. Ne s’agissait-il pas de leur permettre d’assister nombreux aux offices de ces journées si particulières ? On peut cependant avancer sans trop de risque que de fortes pressions n’étaient pas nécessaires. Il est en effet possible de repérer dans les livres de comptes du consistoire d’Enkhuizen le montant des collectes d’argent effectuées dans les temples de la ville à l’occasion des deux cérémonies125.
48Il apparaît très clairement que ces journées représentent les moments où les fidèles se montrèrent les plus généreux. Seuls quelques très rares événements, à l’instar de la célébration de la paix en 1713 ou de la commémoration du soulèvement contre les Espagnols en 1772, réunirent des collectes plus élevées126. Une année faste comme 1754, au cours de laquelle on enregistra une moyenne mensuelle de 9 840 stuivers, se solda par de fortes variations. Ceux de décembre, de mars et de juin se détachaient nettement, avec respectivement 15 944, 13 737 et 12 257 stuivers127. Ce sont naturellement les deux cérémonies liées au hareng qui expliquent la position privilégiée de juin et de décembre. La collecte du Buysse Danckdag de cette année fut particulièrement élevée, puisqu’on récolta cette semaine-là davantage d’argent que chacun des neuf autres mois. L’analyse des versements effectués à l’occasion de ces cérémonies, entre 1709 et 1781, traduit pourtant une grande irrégularité. Ce phénomène concernait-il indifféremment les deux journées ? Les livres de comptes de la Communauté Réformée d’Enkhuizen permettent de comparer les montants collectés lors des deux fêtes. Afin d’atténuer les écarts trop importants d’une année sur l’autre, c’est une base décennale qui a été retenue.
Graphique 25 – Les montants collectés chaque année à l’occasion des deux cérémonies encadrant la harengaison, entre 1709 et 1781, en florins

Source : WFA, HGAE, volumes 298 à 302.
49Les courbes présentent une allure particulièrement irrégulière, mais à l’exception d’un léger repli pour la décennie 1760-69, il n’y eut aucun effondrement des collectes effectuées à l’occasion des deux fêtes en l’honneur du hareng. Il apparaît même que pour le Buysse Danckdag, le montant des versements crût de 1720 à 1760. En ce qui concerne la collecte de juin, sur les quatre décennies ayant rapporté 5 000 stuivers ou plus, trois d’entre elles se placent après le mitan du siècle. Les irrégularités étaient néanmoins plus sensibles encore lors de la fête de clôture de la harengaison. Un tel constat appelle deux réflexions. Le dépassement quasi systématique du montant collecté en juin par celui de la fin de l’année semble confirmer tout d’abord le caractère complexe du déclin de la pêche du hareng à Enkhuizen. L’allure heurtée des résultats devrait être considérée comme le reflet normal des aléas de la conjoncture, l’évolution plus lisse des collectes de juin signifiant par ailleurs le maintien de l’espoir des fidèles en une campagne de pêche réussie. On peut observer que des collectes faibles lors d’un Buysse Danckdag se traduisirent en règle générale par des versements moindres au mois de juin suivant128. Mais ces sommes ne s’effondrèrent jamais pour autant, et on peut les considérer comme le résultat d’un affaiblissement passager de la capacité financière d’un certain nombre de participants aux cérémonies. Rien en tout cas n’indique que les habitants d’Enkhuizen se soient détournés des deux cérémonies célébrées chaque année autour de la pêche du hareng.
50On peut émettre l’hypothèse selon laquelle leur assiduité était dictée par les bons résultats des campagnes de pêche. Sans revenir sur des points déjà développés dans le premier chapitre, une rapide comparaison avec la réalité des prises harenguières à Enkhuizen à partir de la Guerre de Succession d’Espagne révèle au contraire un décrochage de plus en plus manifeste entre les deux variables. La bonne tenue du rendement des deux fêtes, malgré les nombreuses oscillations, contrastait en effet avec le tassement à un niveau assez faible des captures de harengs. Le rendement des quêtes paraît ainsi largement indépendant du produit de la harengaison, surtout pour la fin de la période étudiée. Le maintien à un bon niveau des montants collectés soulignerait, dans cette optique, l’attachement de la communauté à cette fête moins dépendante de l’activité primitive. Les difficultés de la pêche du hareng ne pouvant pas être niées, il faut en effet chercher sans doute de ce côté-là l’explication du décrochage avec la ferveur des fidèles.
51La bonne fortune du livre d’Henricus Schainck semble déconnectée des soubresauts de la conjoncture. Les dimensions de l’ouvrage indiquaient qu’il était destiné à un public de gens de mer. Néanmoins, il se trouvait en la possession d’un certain nombre d’habitants distingués, dont les bibliothèques ont pu être reconstituées grâce aux inventaires après décès. Sa présence chez le pasteur Smit n’est pas si étonnante, car il pouvait s’agir d’un support à la rédaction d’autres prêches129. Il est plus étonnant que cet anonyme, dont les livres furent dispersés lors d’une vente aux enchères en 1735, en ait possédé trois exemplaires, dont un « dans une reliure de cuir rouge doré » présenté comme très beau, et un autre « dans une reliure française »130. Décédé en 1753, Andries Haak, l’un des hommes les plus riches de la ville, possédait également un ouvrage de Schainck131.
52Ainsi, ce livre destiné primitivement aux gens de mer isolés sur l’océan suscita en définitive l’intérêt des couches sociales les plus élevées de la ville. Sa présence dans quelques bibliothèques privées ne signifie pas qu’il fut effectivement lu. À tout le moins il semblait important à un certain nombre d’habitants sans lien avéré avec la pêche de disposer de ce recueil, détourné de sa fonction religieuse originelle au profit d’une dimension identitaire marquée. Sans doute les possesseurs de cet ouvrage aimaient-ils relire les prêches entendus lors des cérémonies consacrées aux flottilles harenguières. Et ils devaient être nombreux dans ce cas, puisque le montant élevé des collectes pratiquées dans les temples de la ville à ces occasions-là nous a permis de conclure à une assiduité massive. Simultanément, la consultation de cet ouvrage ne répondait chez eux à aucune nécessité vitale ou même économique. Au-delà de l’objectif poursuivi par son auteur, ce recueil était devenu pour beaucoup l’un des référents d’une culture urbaine reconstruite et partagée.
53Comment ne pas imaginer qu’un tel détournement ait participé de l’attachement à un pan essentiel de l’histoire de la communauté ? La pugnacité jamais démentie des magistrats face aux autres ports harenguiers, ainsi que le discours dominant sur le poisson ou l’absence de lien entre le montant des collectes lors des cérémonies encadrant la harengaison et le niveau de l’activité de la ville semblent aller dans ce sens. Le XVIIIe siècle provoquerait à Enkhuizen une distorsion de plus en plus prononcée entre la place accordée au hareng par les habitants dans leur univers mental ou littéraire, et le poids économique réel du poisson. Ce clivage se traduirait par une récupération de fêtes autrefois solidement chevillées au rythme de la saison de pêche, mais attachées désormais à des flottilles de quelques dizaines d’unités. Fragilisée par le déclin démographique et économique, la communauté urbaine aurait cherché ainsi à sauvegarder une part de son identité. À l’instar de certaines fêtes du nord de la France analysées par Alain Cabantous, les pêcheurs des rives du Zuiderzee auraient donc vu l’hommage rendu au poisson, en particulier au travers des Buysse Biddagen et des Buysse Danckdagen, leur être confisqué par les autres membres de la communauté132. Le hareng, devenu un marqueur identitaire incontournable d’Enkhuizen au XVIIIe siècle, aurait donc bénéficié d’un intérêt renouvelé de la part des élites et des habitants éclairés de la ville, conscients de défendre à cette occasion la cohésion de la communauté tout entière. Même si ces efforts purent freiner la restructuration de l’économie urbaine, l’essentiel concerne cependant la perception de la place du hareng dans la cité. C’est peu de dire que cette place était importante. On remarquera toutefois que le hareng dominait déjà les préoccupations des magistrats et des historiens de la ville dans la seconde moitié du XVIIe siècle. C’est donc moins l’apparition que la perpétuation d’un attachement très fort au poisson nourricier qui doit être soulignée. Certains événements historiques étaient inversement beaucoup plus exposés au danger des manipulations imposées par une conscience identitaire aux abois.
Notes de bas de page
1 Alida Gesina et Pieter Anthonie Zwart, « Het wapen van Enkhuizen », Steevast, 9, 1987, p. 16-26.
2 WFA, OAE 333 et 334 pour le dernier quart du XVIIe siècle, par exemple.
3 J. de Vries et A van der Woude, op. cit., 1995, p. 297.
4 WFA, OAE 262, 16 avril 1709 ; OAE 263, 26 avril 1712. Ces doutes quant à l’envoi de harengs étrangers sous la marque hollandaise ne furent pas totalement levés avec la fin des hostilités (OAE 263, 13 avril 1717 ; OAE 264, 15 avril 1719).
5 WFA, OAE 265, 4 octobre 1730.
6 « wy bemerken dat op de Maze groote fraudes in het pakken van den haring moet werden bedreven » (WFA, OAE 266, 14 avril 1741). Les marchands du sud auraient continué, malgré le placard de 1715, à expédier des harengs de mauvaise qualité vers la région de l’Elbe.
7 Le point n° 13 de la résolution de 1770 insistait pour que les caisses de hareng hollandais soient marquées de la lettre I (WFA, OAE 272, 13 avril 1770). Un an plus tôt, le conseil urbain de Brême avait demandé des explications aux bourgmestres d’Enkhuizen à propos de certains paquets de harengs prétendument venus du Zuiderzee (OAE 304, 14 juillet 1769).
8 Les magistrats déplorèrent dans un texte de 1755 que beaucoup d’étrangers ne puissent plus faire de différence entre le hareng hollandais et les autres (OAE 270, 11 juin 1755).
9 WFA, OAE 262, 16 juillet 1709.
10 L’obligation d’un conditionnement séparé des harengs en fonction de leur taille et de leur qualité fut souvent rappelée lors des réunions du conseil urbain (WFA, OAE 263, 1er avril 1715 ; OAE 271, 27 juillet 1765 ; OAE 338, lettre du 14 juin 1779 aux magistrats d’Erfurt).
11 WFA, OAE 266, 26 janvier 1737.
12 WFA, OAE 265, 8 juin 1731 et OAE 268, 22 octobre 1751.
13 WFA, OAE 266, 12 avril 1737 et 14 avril 1738.
14 Rotterdam semble avoir voulu obtenir l’appui des autres cités pour limiter le droit de commercer des marchands de Vlaardingen (WFA, OAE 265, 14 février 1730).
15 Annette de Wit, « Reders en regels. Visserij, overheid en ondernemerschap in het zeventiende-eeuwse Maasmondgebied », dans Clé Lesger et Leo Noordegraaf (éd.), Entrepreneurs and Entrepreneurship in early modern times, La Haye, HHR 24, 1995, p. 648.
16 À Alkmaar, le conseil défendait le rayonnement régional de la ville (Diederik Aten, « Stedelijke handelspolitiek. Alkmaar en de Beemster in de 17e en 18e eeuw », dans Holland, 24, 1992, p. 146).
17 Il était question de deux cents passeports en tout (WFA, OAE 262, 19 mars 1708).
18 On évoquait, en 1753, deux à trois navires de 90 à 100 tonnes de hareng à envoyer directement vers Hambourg (WFA, OAE 269, 15 mai 1753). L’année suivante, Enkhuizen obtint des magistrats du Zuiderkwartier l’envoi de deux navires vers Hambourg et Brême, contre trois unités pour eux (WFA, OAE 269, 17 mai 1754). Une telle négociation se reproduisit les deux années suivantes.
19 WFA, OAE 337, lettre du 15 mai 1766 destinée au consul des Provinces-Unies à Hambourg ; OAE 271, 15 avril 1767.
20 WFA, OAE 271, 16 avril 1768.
21 Une fin de saison fixée au 28 septembre fut proposée en 1731 (WFA, OAE 265, 8 juin 1731), avant que le problème ne surgisse à nouveau près de trente ans plus tard (WFA, OAE 272, 22 avril 1769).
22 Jan Teunis Bremer, Drie eeuwen zoutharingvisserij te Enkhuizen 1550-1750, Enkhuizen, Paludanus Reeks n° 3, Stolphoeve Pers, 1981, p. 19-20.
23 Les magistrats d’Enkhuizen avertirent les responsables du Zuiderkwartier que six pirates algérois étaient arrivés dans la Manche, munis de passeports français (WFA, OAE 260, 5 juin 1687). La diffusion de cette information précipita le projet de mise à l’eau de trois frégates par quartier, approuvée par le Collège de la Grande Pêche un mois plus tard (idem, 1er et 6 juillet 1687).
24 WFA, OAE 260, 21 février 1686 ; OAE 334, lettre du 15 août 1691 ; OAE 262, 21 juin 1710. On ne signale ici que certaines lettres, la dénonciation de la faiblesse des moyens militaires mis à la disposition du Collège de la Grande Pêche étant récurrente.
25 Enkhuizen s’estimait lésé dans l’utilisation et la répartition des moyens, au vu de son engagement financier (WFA, OAE 262, 16 juillet 1709). La réponse des bourgmestres de Delft ne semble pas avoir satisfait les édiles du Zuiderzee (WFA, OAE 262, 19 août 1709).
26 WFA, OAE 262, 5 avril 1710.
27 Ces unités militaires étaient affectées à l’un des deux quartiers, le Zuiderkwartier en recevant parfois un ou deux de plus (WFA, OAE 260, 18 juin 1689 ou OAE 261, 24 avril 1703 par exemple).
28 Le Noorderkwartier bénéficia de deux navires d’escorte en mai 1688 (WFA, OAE 260, 8 mai 1688). La guerre déclenchée contre la France au mois de novembre provoqua, en outre, une augmentation de la puissance de feu des unités réservées à Enkhuizen.
29 WFA, OAE 263, 12 juin 1712.
30 Ce navire de 116 pieds de long embarquait 34 canons (WFA, OAE 261, 5 juin 1702).
31 Pour 1702, il s’agissait d’une location de trois mois à 900 florins chaque mois (WFA, OAE 261, 5 juin 1702). Deux navires furent loués au printemps 1703, pour une durée de quatre mois chacun, pour un coût mensuel de 1 375 et 1 200 florins (WFA, OAE 261, 1 et 7 mai 1703).
32 Le mauvais état du convoyeur d’Enkhuizen fut souvent rappelé dans les années 1720 (WFA, OAE 264, 20 janvier et 3 février 1722, 10 septembre 1725). Ce problème n’était toujours pas réglé en 1739, quand 1 100 florins furent consacrés aux réparations du navire (WFA, OAE 266, 2 décembre 1739).
33 Le capitaine du convoi signala en effet à nouveau en 1765 le mauvais état du navire d’escorte (WFA, OAE 271, 9 octobre 1765). Quand les problèmes d’entretien refirent surface dix ans plus tard, la location saisonnière s’imposa (WFA, OAE 272, 1er décembre 1775 ; OAE 273, 23 février 1776).
34 La commission formée par le gouvernement d’Enkhuizen à la fin du mois de mai 1747 évoqua la nécessité de maintenir un niveau élevé de protection dans un contexte périlleux (WFA, OAE 267, 27 mai 1747). Un an plus tard, les mêmes magistrats ne firent cependant aucune difficulté à la réduction du dispositif suite aux préliminaires de paix avec la France (OAE 267, 29 mai 1748).
35 Alida Gesina Zwart-Kramer, Van Pest tot Pokken. Vijf eeuwen gezondheidszorg in Enkhuizen, Enkhuizen, Vereniging Oud-Enkhuizen, 1993, p. 121-122.
36 En 1706, le conseil décida d’exempter les marchands des droits à payer en cas d’effondrement du prix du hareng (WFA, OAE 262, 16 avril 1706). Plus tard, les magistrats s’inspirèrent directement d’une requête des marchands d’Enkhuizen pour présenter au Collège de la Grande Pêche une proposition dirigée contre les concurrents écossais (WFA, OAE 264, 6 avril 1724).
37 Une lettre des bourgmestres de Delft en 1710 provoqua la consultation empressée de l’avis des négociants de hareng par le conseil d’Enkhuizen (WFA, OAE 262, 11 et 15 janvier 1710).
38 Les magistrats d’Enkhuizen demandèrent en 1692 au Collège de la Grande Pêche de repousser la date de la clôture de la harengaison, à la demande de quelques armateurs désireux de sauver une saison jusque là décevante (WFA, OAE 334, lettre du 23 octobre 1692).
39 Maarten Prak, « Individu, corporatie en samenleving. De retoriek van de Amsterdamse gilden in de 18de eeuw », dans Catharina Lis et Hugo Soly (éd.), Werelden van verschil. Ambachtsgilden in de Lage Landen, Bruxelles, VUB, 1997, p. 293-295.
40 Comme ce fut le cas en juin 1735 pour une plainte des marchands de harengs à propos de la concurrence étrangère (WFA, OAE 265, 27 juin 1735).
41 WFA, OAE 337, lettre du 27 juin 1764 de C.I. Vaillant aux bourgmestres de Delft.
42 WFA, OAE 1603, lettre de janvier 1734.
43 K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 240.
44 Selon l’inventaire de ses biens, Jan Minne possédait des parts dans la société des frères Haak, pour une valeur de 813 florins et 10 stuivers (WFA, OAE fam, volume n° 1681, pochette 1).
45 Parmi les noms qui apparaissent dans la raison sociale des compagnies d’armement de la période 1775-1780 : les frères Haak avec 4 navires, Jan Botsman et compagnie qui arme 6 navires, Fredrik Hagha et compagnie, Jan et Lucas Pan, Andries Kluppel et Anthony Blok, Fredrik Verbruggen, Gerrit van Romond, Cornelis Haak et compagnie (WFA, OAE 1151).
46 K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 240.
47 Outre la société gérée par « les frères Haak », Cornelis était associé à Hendrik Stout dans une autre entreprise d’armement, acquéreur d’une buisse basée à Marken en 1776 (WFA, OAE 1151).
48 WFA, OAE fam, volume n° 1696-1699, pochette 133, lettre du 28 octobre 1771.
49 WFA, OAE fam, volume n° 1359d, pochette 28. Notre homme possédait également des parts dans les sociétés Kluppel et Blok, Stout, Knol, à chaque fois pour la somme modique de cinquante florins. Il semble donc avoir privilégié le cercle familial dans ses investissements financiers.
50 WFA, OAE 260, 1er mai 1694. Sebastien Centen évoque cette décision dans sa suite de l’histoire de la ville par G. Brandt (Vervolg der Historie van de vermaerde zee- en koopstadt Enkhuizen, Hoorn, Jacob Duyn, 1747, p. 58).
51 WFA, OAE fam, volume n° 1695, pochette 20, lettre du 5 juin 1754 depuis La Haye.
52 WFA, OAE 337, lettre du 7 octobre 1763 écrite par les magistrats d’Enkhuizen et adressée aux bourgmestres de Stettin.
53 WFA, OAE 333, lettre du 1er octobre 1685 adressée aux députés de la ville à La Haye.
54 « […] het intrest en welzijn van dese stadt en ingeseten van dien te willen in’t oog houden » (WFA, OAE 269, 28 janvier 1752).
55 WFA, OAE 270, 12 février 1759.
56 WFA, OAE 273, 6 mai 1780, article 3.
57 WFA, OAE 260, 12 juin et 12 juillet 1687.
58 « zoo na het wagt huis als om ook de buissen, welkers getal niet zeer groot is » (WFA, OAE 265, 17 juin 1734).
59 « een seer Delicaat Present van Nieuwe haring » (WFA, OAE fam, volume 1696-1699, pochette 369). La première lettre est datée du 11 juillet 1753.
60 WFA, OAE fam, volume n° 1740, pochette 3.
61 Ce montant s’élevait à 11 568 florins et 1 stuiver (un sou).
62 RANH, fonds Semeijns/De Vries/Van Doesburg, pochettes n° 694 (succession d’Andries Kluppel et de Weintje van Loosen) et n° 677 (succession de Maria Cornelis Kluppel).
63 L’auteur évoque, pour l’année 1550 : « veel andere Kleyne schepen die om haringh voeren ». Les chiffres étaient plus précis pour 1555, à hauteur de 140 bateaux de pêche.
64 Avec des développements identiques sur les années 1555 et 1635 (Historie der vermaarde zee- en koopstadt Enkhuizen, 1719, p. 55 et p. 83). L’auteur anonyme se présentait comme un historien amateur et passionné de la ville.
65 Geeraerd Brandt, Historie der vermaerde zee- en koopstadt Enkhuisen vervaetende haer herkomste, en voortgangh, imprimé par Egbert van den Hoof, Enkhuizen, 1666.
66 Geeraerd Brandt, « Beschrijving en Lof der stadt Enkhuizen », dans Historie…, op. cit., p. 6.
67 « haeren streken haringhandel » (ibid., p. 78).
68 Brandt évoque « veele Haring-buisen » pour l’année 1551, avant d’annoncer que la ville disposait d’une flotte de 140 unités quatre ans plus tard (ibid., p. 95 et p. 103).
69 La mention de bâtiments de protection se retrouve pour 1536, 1547, 1551, 1555, 1557 et 1558.
70 Brandt indique que six navires de guerre furent mobilisés pour la protection des flottilles de pêche cette année-là, donnant des renseignements détaillés sur deux unités (ibid., p. 105).
71 « Dit strekte wel tot besondre schade van veele Enkhuizers, en andre die sich met den haring geneerden » (ibid., p. 108).
72 S. Centen, op. cit., p. 59-60 et p. 63.
73 « De Enkhuizer haringvisscherij leed jaar op jaar verliezen door overvallen van Fransche kapers, terwijl van de stad belangrijke geldelijke offers gevraagd werden voor de uitrusting van convoy-schepen ter bescherming van de haringvloot » (ibid., p. 43).
74 Pour une biographie d’Anna van der Horst : P.C. Molhuysen et alii, op. cit., tome X, 1937, p. 388.
75 Het Oud-Enkhuizen in zeven zangen, Groningen, 1766, p. 12-14.
76 « Haring! Waardig om te kronen! /Op een zeekoleurig veld /In der stedeschild gesteld, /Moet ge uw aanzien steeds vertonen » (ibid., p. 15).
77 Le poème, lu lors du dîner donné par les magistrats le 21 mai 1772, s’intitulait « Het tweede eeuwfeest van Enkhuizens vrijheid ».
78 D’un bout à l’autre du siècle, Wigbold Muilman en 1709 ou Anthony Bartelink en 1767, employèrent cette même image de la « haring maagd » (RANH, fonds Semeijns/De Vries/Van Doesburg, n° 932 et 959).
79 « West-Frieslands groote Haring-Stad » ; le poème avait pour titre Ter gedagtenis van het Eeuw-Feest in Enkhuizen geviert, den 21 may 1772.
80 Il en fut ainsi de deux poèmes rédigés à l’occasion du remplacement d’un pasteur calviniste en 1710 (RANH, fonds Semeijns/De Vries/ Van Doesburg n° 932).
81 On peut penser à l’« Overijsselsche Bid- en Dankdag », célébré à l’occasion de la récolte des céréales (Nicolaas Christiaan Kist, Neêrland’s Bededagen en biddagsbrieven, Leyde, Luchtmans, 1848, volume n° 1, p. 311).
82 Herman Roodenburg, « “Splendeur et magnificence”. Processions et autres célébrations à Amsterdam au 16e siècle », Revue du Nord, 69, 274, juillet-septembre 1987, p. 521.
83 Alain Cabantous, « La mer, la ville et la fête aux 18e et 19e siècles dans la France du nord : histoire d’une dépossession », Revue du Nord, 69, 274, juillet-septembre 1987, p. 608. Il existait, à Dunkerque, une adéquation entre les dates des campagnes de pêche et le calendrier de fêtes (p. 607).
84 Jean Delumeau, « Le protestantisme et la peur de la mer », dans Foi chrétienne et milieux maritimes (XVe-XXe siècles), Paris, Publisud, 1989, p. 122-128.
85 Willem Frijhoff, « Problèmes spécifiques d’une approche de la “religion populaire” dans un pays de confession mixte : le cas des Provinces-Unies », dans La religion populaire, Paris, éditions du CNRS, 1979, p. 37-38 et p. 42.
86 Willem Frijhoff, « La fonction du miracle dans une minorité catholique : les Provinces-Unies au dix-huitième siècle », Revue d’histoire de la spiritualité, 48, n° 2, 1972, p. 156.
87 J.Th. de Visser, op. cit., tome II, 1926, p. 472.
88 Willem Frijhoff, « Barquettes votives ou maquettes profanes ? Éléments pour une solution du problème des navires figurés dans les églises protestantes des Pays-Bas », dans A. Cabantous et F. Hildesheimer (éd.), Foi chrétienne et milieux maritimes, Paris, Publisud, 1987, p. 189-196.
89 Ibid., p. 201.
90 Deux auteurs ont tenté un inventaire de ces maquettes : Herman Besselaar, « Kerkscheepjes in kerkschepen », Spiegel Historiael, 8, 1973, p. 504 ; Johan Marijn Godaert van der Poel, Scheepsmodellen in Nederlandse kerken, Enkhuizen, Vereniging Oud-Enkhuizen, 1987, tableau n° 1, p. 223.
91 Les historiens ont éprouvé des difficultés à déterminer leur date précise de naissance (N.C. Kist, op. cit., p. 311). Il est cependant avéré que les deux cérémonies étaient encore organisées dans la première partie du XIXe siècle, comme en témoigne une liste des textes lus par les pasteurs à cette occasion (WFA, HGAE, volume n° 132).
92 WFA, OAE 246, folio 8, 22 juin 1658.
93 Je tiens à remercier M. Piet Boon, qui m’a signalé cette pièce et m’en a fait parvenir une copie. On peut consulter le document dans le recueil suivant : Cornelis Jacob Gonnet (éd.), Bijdragen voor de geschiedenis van het Bisdom van Haarlem, Utrecht, Van Rossum, tome 41, 1923, p. 233-235.
94 Menologium van de Societeit van Jezus voor de Nederlandsche Provincie, Leyde, G.F. Théonville, ca. 1912, partie II, p. 19-20. Ces informations sont confirmées par Paul Begheyn (Gids voor de geschiedenis van de Jezuïten in Nederland 1540-1850, Amsterdam, Volkhof Pers, 2006, p. 132).
95 C.J. Gonnet (éd.), op. cit., p. 234.
96 Ibid., p. 235.
97 WFA, OAE 256, 8 juillet, 10 septembre et 12 novembre 1661 ; 25 février et 1er juillet 1662.
98 Menologium van de Societeit van Jezus, op. cit., partie I, p. 238. Theodorus de Jonghe était né à Enkhuizen en 1601, et il entra dans les ordres en 1622. Il mourut à l’âge de 35 ans de la peste à Nimègue (Johan Cornelissen, Romeinse bronnen voor den kerkelijke toestand der Nederlanden onder de Apostolische vicarissen 1592-1727, La Haye, M. Nijhoff, Rijks-Geschiedkundige Publicatiën 77, volume n° 1, 1932, p. 490-491).
99 Menologium van de Societeit van Jezus, op. cit., partie I, p. 42.
100 Henricus Schainck, Buysmans rustpoosen op de Neering. Zynde eenige Predikatien, gedaen op Buysse Dank- en Bededagen voor de Gemeente van Enchuysen, 2e édition par Jan van Giessen, Enkhuizen, 1733. Nous disposons de cinq textes, mis en œuvre lors des offices des 3 juillet 1711, 13 juin et 19 septembre 1714, 11 juin 1717 et 19 décembre 1731.
101 Annette de Wit a eu la gentillesse de me communiquer quelques titres parmi les plus répandus : le Christelijke Zeevaert d’Adam Westerman (1611, très souvent réimprimé par la suite), le De godvreezende Zeeman de Nicolaes Simons van Leeuwarden (1709) ou encore trois ouvrages de Godefridus Udemans. Les hommes embarqués à bord des buisses furent l’objet d’une attention particulière, avec entre autres les De Zeeuwsche buyse ofte verre-kijcker bestaande in een t’ samen-spraack tussen een zeeman en buysman (1673) et De vermakelijcke buys-man, ofte koddige boots-geselletje ; singende veel vermaeckelijke visschers (…) liedjes, (1703).
102 Arie van Deursen, « De dominee », dans H.M. Beliën, A. van Deursen et G.J. van Setten (éd.), op. cit., 1995, p. 143-145.
103 H. Schainck, op. cit., p. 5-7 et p. 14-16 (pour Tyr) ; p. 16 et p. 62 (pour Issachar et Zabulon). Les textes bibliques sollicités par le pasteur étaient les suivants : Ezéchiel 26, 27 et 28 ; Deutéronome 33, versets 18 et 19 et Genèse 49 versets 13, 14 et 15.
104 Ibid., p. 16-17, p. 30-31, p. 54, p. 65-67, p. 342-348.
105 « Hoe jammerlick zijn onse Scheepen als in de fuyk van Hitland verbrand, hoe elendig hebben wy de overage de overage niet moeten zien renteloos in onse havenen vergaen, wegens den schrick voor den viand. Dog twee jaren herwaerts heft Godt sijn staende hand beginnen te wenden, en in dit derde jaer schijnt de uytrustinge grooter te zijn dan in de voorige » (ibid, p. 16).
106 Ibid, p. 218-219.
107 Ibid, p. 14-15.
108 Ibid, p. 40.
109 Ibid p. 14, p. 38, p. 62, p. 63, p. 220, p. 221.
110 Notamment pour le Buysse Biddag de 1760 (WFA, OAE 303, 30 mai 1760). Les trois années suivantes les mennonites furent également associés à cette annonce.
111 Peter van Rooden, « Dissenters en bededagen. Civil religion ten tijde van de Republiek », Bijdragen en Mededelingen betreffende de Geschiedenis der Nederlanden, 107, 1992, p. 705-712. Plus récemment, l’historien a mis en avant la notion de « communauté morale » à l’occasion de ces fêtes (Religieuze regimes. Over godsdienst en maatschappij in Nederland, 1570-1990, Amsterdam, Bert Bakker, 1996, p. 84-102).
112 Alain Cabantous, Les citoyens du large. Les identités maritimes en France (XVIIe-XIXe siècle), Paris, Aubier, 1995, p. 95-113.
113 W. Frijhoff, op. cit., 1979, p. 253.
114 On ne retrouve cependant aucune trace de ces deux services exceptionnels pour les années 1710 et 1711. Le Buysse Danckdag semble aussi ne pas avoir eu lieu en 1719, 1721, 1723 et 1728 (WFA, HGAE, volumes n° 298 et 299).
115 Il s’agissait néanmoins d’un jour de la fin du mois de novembre, comme en 1769 (WFA, OAE 304) ou en 1777 (WFA, OAE 306).
116 Entre 1760 et 1780, les bourgmestres fixèrent le Buysse Biddag à neuf reprises un dimanche, alors que cela n’arriva que deux fois pour le Buysse Danckdag (WFA, OAE 303 à 306).
117 N.C. Kist, op. cit., p. 139.
118 Les Callenbach constituaient une puissante famille d’imprimeurs d’Enkhuizen. Reinier Callenbach Klenk fut, quant à lui, en activité de 1758 à 1794 (Jan Albert Gruys et Clemens de Wolf, Thesaurus 1473-1800. Nederlandse Boekdrukkers en Boekverkopers, De Graaf, Nieuwkoop, 1989, p. 237).
119 WFA, HGAE, volume n° 136. Le document a pour titre « Tijdwijzer voor de Enkhuizer preekbeurten ».
120 WFA, OAE 301, 17 juin 1744.
121 WFA, OAE 301, 10 novembre 1745.
122 Johannes van Eyken émarge dans les comptes du kerkmeester en mai 1744, à la hauteur de 250 florins. Puis il n’apparaît plus dans le registre, les traitements étant versés sur une base trimestrielle (WFA, HGAE, volume n° 1168). Une mention de la fin de l’année 1745 laisse croire qu’il aurait été rétabli dans ses droits après le 9 novembre ; son écart l’aurait donc privé de 1 529 florins.
123 WFA, OAE 301, 19 juin 1744.
124 WFA, OAE 271, 3 octobre 1768, article 14.
125 WFA, HGAE, volumes n° 298 à 302. Les sommes non arrondies étant exprimées en florins, stuivers et penningen. Il fallait vingt stuivers pour faire un florin. Il a semblé souhaitable d’exprimer les résultats en florins, en arrondissant quand nécessaire.
126 WFA, HGAE, volumes n° 298 (pour 1713) et n° 302 (pour 1772).
127 Idem, volume n° 301.
128 Le cas de figure se produisit en 1718-1719 (WFA, HGAE, volume n° 298), 1727-1728 (idem, volume n° 299), 1739-1740 (idem, volume n° 300), 1760-1761 ou 1777-1778 (idem, volume n° 302).
129 KB, catalogue de ventes aux enchères n° 2156, microfiche n° 3459, inventaire réalisé le 3 mai 1728.
130 « […] in een vergulde rood links leeren bantje, zeer mooy » (idem, n° 2269, microfiche n° 4189, inventaire des livres d’un anonyme, réalisé le 13 juillet 1735).
131 L’inventaire après décès contient en effet la mention d’un ouvrage in-12°, intitulé « Buysmaens rustposen op de neering » (WFA, OAE, fam n° 1679, pochette n° 2).
132 A. Cabantous, op. cit., 1987, p. 612-615.
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