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    Plan détaillé Texte intégral Les ressources : stock ou processus situé ? Une approche relationnelle et territoriale des ressources Un processus situé, évolutif dans le temps et dans l’espace Un processus à trois dimensions Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Développement durable et territoire

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 9. Ressources environnementales et territoires

    Leïla Kebir

    p. 123-132

    Remerciements

    Je remercie Véronique Peyrache-Gadeau, Université de Chambéry, pour sa relecture du présent chapitre et pour ses commentaires qui ont été très utiles à la réflexion.

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La relation entre ressource environnementale et territoire, bien que sous-étudiée en tant que telle, n’est pas une préoccupation nouvelle et se trouve actuellement au centre de plusieurs débats. Aussi avant de relater ces derniers, précisons que nous entendrons ici par ressources environnementales, l’ensemble des éléments naturels de l’environnement mobilisés ou sollicités dans le cadre d’activités économiques publiques ou privées, soit ce que l’on appelle communément les ressources naturelles (minérales, halieutiques, édaphiques, etc.) et les éléments tels que le paysage, l’air, l’eau, etc.

    2Le premier débat que nous soulèverons ici est celui du rôle controversé des ressources (ressources naturelles en particulier) en tant que facteur de développement pour les populations locales (Gunton, 2003). Le second prolonge en quelque sorte le premier et renvoie à la problématique du dépassement du paradigme de l’allocation optimale des ressources pour celui, suggéré par Hirschman (1959), de l’activation des ressources latentes, soit de la création et de la valorisation, par les territoires de ressources différenciantes et spécifiques (Colletis, Pecqueur, 1994). Si les ressources immatérielles ont retenu dans ces travaux beaucoup d’attention, les ressources environnementales (paysages, forêts, etc.) y ont également trouvé leur place (Camagni et al., 2004 ; Montagnes méditerranéennes, 2004).

    3Enfin, on ne peut parler de ressources environnementales sans penser à la destruction de celles-ci. Épuisement, rareté, accès, distribution, dégradation de l’environnement en général (naturel, construit, culturel, etc.) remettent en question la pérennité des modes de production, des modes de vie, ainsi que les grands équilibres naturels, avec tout ce que cela implique en termes de problèmes d’équité et de disparités de développement. Ces phénomènes, jusqu’ici peu saisis dans leur dimension spatiale et territoriale – à quand une économie de l’environnement incorporant la dimension spatiale de ces phénomènes ? – ont cependant trouvé résonance : dans la problématique des formes de gouvernance appropriées des ressources, dans celle du développement durable (Zuindeau, 1994 ; Benhayoun, et al., 1999 ; Torre, Zuindeau, 2008) et aussi dans la question des conflits d’usage (Torre et al.., 2006 ; Kirat, Torre, 2008), pour ne citer que ces travaux. Plus récemment la question de la durabilité et de la vulnérabilité des territoires a également émergé, remettant ainsi au centre des préoccupations, des ressources environnementales que savoirs, savoir-faire et connaissances avaient quelque peu mises au second plan dans les débats relatifs au développement de nos territoires industrialisés (Peyrache-Gadeau, 2007a ; 2007b).

    4Le chapitre proposé ici invite à revenir sur la notion de ressource environnementale et d’en explorer le lien au territoire, ceci au-delà des figures de gouvernance ou de coordination d’acteurs dont les formes territoriales font l’objet de nombreux travaux (voir références précédentes). La ressource porte en soi une dimension territoriale au sens où elle renvoie de fait à un espace-temps, à des acteurs et à des formes techniques : en témoignent les qualificatifs d’épuisable, renouvelable, spécifique, générique, etc. Le premier point propose de revenir sur la notion de ressource et ses deux approches rencontrées en économie et en géographie (approche stock et approche relationnelle située). Les points suivants présentent un cadre conceptuel (2) selon lequel la ressource est une relation entre un objet1 (minerai, espèce végétale, savoir, etc.) et un système de production (industriel, touristique, etc.). L’objectif de ce cadre est de penser les ressources dans leur dimension située (3), technique, socio-institutionnelle et territoriale (4).

    Les ressources : stock ou processus situé ?

    5On trouve dans la littérature, différentes approches des ressources. Schématiquement, on peut les classer en deux groupes : les approches selon lesquelles les ressources sont données et les approches selon lesquelles elles sont construites (Kebir, Crevoisier, 2004). La première est typique des approches économiques néoclassiques, la seconde se retrouve notamment chez les économistes institutionnalistes (Ayres, 1943 ; Zimmermann, 1951 ; Hunker, 1964 ; De Gregori, 1987) et chez certains géographes (Raffestin, 1980 ; Bathelt, Glückler, 2005).

    6La première approche considère les ressources comme données, constituant un stock fini et statique. Elles sont assimilées aux facteurs de production et le plus souvent au capital pour ce qui est des ressources naturelles (voir sur ce point la critique de Faucheux, Noël, 1999). En tant que facteurs, les ressources sont homogènes et, par conséquent, mobiles et redéployables dans d’autres processus de production en fonction de l’évolution des prix relatifs (si le coût du pétrole devient relativement trop élevé, on peut le remplacer par de l’énergie nucléaire). Dans cette conception, les ressources sont réifiées en ce sens qu’elles existent en elles-mêmes, indépendamment des acteurs et des processus de production. Leur dotation est exogène et constitue de ce fait une limite. À l’instant t, les technologies sont également exogènes et données, le choix de l’entrepreneur étant encore une fois limité. La problématique centrale à laquelle on cherche à répondre est celle de l’allocation optimale des ressources existantes. La rareté est présupposée et constitue la pierre angulaire de la réflexion.

    7La seconde approche considère les ressources comme construites, résultant de processus de relation entre les acteurs (humains) et le monde qui les entoure. Dans cette conception, les ressources ne sont, par exemple, jamais « naturelles » et ne constituent pas un stock. En effet, « Resources are not fixed and finite because they are not natural. They are a product of human ingenuity resulting from the creation of technology and science » (De Gregori, 1987, p. 1247). Pour Raffestin (1980), c’est « l’homme qui, par son travail (énergie informée), ‘invente’ les propriétés de la matière. Les propriétés de la matière ne sont pas données mais ‘inventées’ car elles résultent d’un processus analytique, longtemps empirique, déclenché par l’homme qui soumet la matière à des opérations diverses » (p. 203). Ainsi, la ressource environnementale n’existe pas à l’état naturel ; par contre la matière naturelle, elle, existe bel et bien (Becht, 1975 ; Raffestin, 1980). En effet pour les auteurs adoptant cette approche, la ressource quelle qu’elle soit (ressource environnementale, artéfact, connaissance, savoir, etc.) constitue un construit humain. Ce n’est pas une chose, elle n’existe pas en elle-même, mais uniquement dans la représentation que s’en fait l’humain en relation avec l’environnement qui l’entoure. Raffestin (1980) précise que cette relation est située dans le temps et dans l’espace. C’est la « pratique » (médiatisée par le travail) qui fait de la matière une ressource. « Sans pratique, la matière demeure un pur ‘donné’ inerte et ses propriétés sont latentes. Sans pratique la matière n’est pas dévoilée en tant que champs de possibles : sans pratique aucune relation, aucun rapport avec la matière et partant aucune production » (p. 204). La pratique, ici évolutive dans le temps et dans l’espace, s’appuie sur des connaissances accumulées dans le territoire. La ressource apparaît donc comme un processus relationnel entre un acteur, une pratique (située) et une matière. Dans cette approche constructiviste, l’innovation participe du processus de ressource qui constitue une opportunité, une ouverture du champ des possibles. Ainsi, ce qui fait ou fera ressource dépendra de la dotation initiale et future et aussi des intentions et des perceptions des acteurs et notamment des entrepreneurs.

    8Si ces deux approches s’opposent fondamentalement dans leurs présupposés épistémologiques (positivistes pour la première et constructivistes pour la seconde), les questions qu’elles soulèvent apparaissent néanmoins complémentaires au sens où ici et maintenant, les processus économiques sont liés à la fois à l’héritage (et aux irréversibilités) du passé et aux capacités présentes des acteurs à se projeter dans le futur. L’approche institutionnelle et territoriale des ressources proposée ci-dessous vise notamment à intégrer ces deux aspects de manière à pouvoir penser la ressource dans ses différentes temporalités et problématiques.

    Une approche relationnelle et territoriale des ressources

    9L’approche des ressources proposée ici part de l’idée que les ressources en général et environnementales en particulier constituent une relation entre un objet (matières premières, forêts, plantes, artéfact, connaissances, etc.) et un système de production (Ayres, 1943 ; Zimmermann, 1951 ; Hunker, 1964 ; De Gregori, 1987 ; Ollagnon, 1984 ; De Montgolfier, Natali, 1987 ; Raffestin, 1980). Cette relation s’établit lorsque qu’une intention de production est projetée sur un objet.

    10Dans ce contexte, la ressource environnementale peut se définir comme l’ensemble des objets environnementaux pouvant potentiellement être utiles ou valorisés dans un processus de production de biens ou de services. En effet, la ressource existe une fois identifiée comme telle. Cela ne signifie pas forcément qu’elle soit utilisée, valorisée ou mise en œuvre (réserves non exploitées de pétrole, mines non exploitées). Elle se schématise comme suit (figure 9.1.) :

    Figure 9.1. : La ressource environnementale : un processus relationnel

    Image 10000000000002E0000001243D86DD88.jpg

    d’après Crevoisier, Kebir, 2009

    L’objet

    11Le cercle de gauche rassemble, dans le cas des ressources environnementales2 l’ensemble des objets présents dans l’espace et dont la création est autonome par rapport à l’humain (par opposition aux connaissances, savoirs et artéfacts).

    12Ils deviennent ressources lorsqu’ils sont identifiés en tant qu’intrants mobilisables dans un processus de production de bien ou de service (à noter que les éléments relevant de la coordination tels que les règles, les formes d’organisation ne sont pas considérés comme objets, ils intègrent l’analyse en tant que mode de coordination de la ressource). Les objets sont considérés ici comme ayant une vie propre, éco-systémique, autonome par rapport à leur participation à un éventuel processus de valorisation économique. Ils deviennent ressources lorsqu’ils sont qualifiés de la sorte par des acteurs. Un arbre est un arbre avant d’être ressource, c’est-à-dire un intrant mobilisable dans le cadre, par exemple, du système de production de meubles. Ceci même s’il est planté à cet effet. Dans cette perspective, De Gregori (1987) précise au sujet des êtres qu’ils ont des droits (rights), au-delà des services qu’ils nous rendent. Lorsque l’on fait référence à ces droits, on ne devrait plus alors, par souci de cohérence, parler des êtres en question en termes de ressources. De Gregori invite ici à bien différencier l’objet de sa qualité de ressource et surtout à ne pas l’y réduire. On se rapproche de De Montgolfier et Natali (1987) selon lesquels « c’est dans une approche purement économiste que tout espace est considéré, où qu’il soit, comme une ressource potentielle » (p. 171). Si l’espace constitue un milieu de vie avant tout, « c’est l’activité économique et sociale qui transforme ce milieu de vie en ressource, à un moment et pour un temps donné, en l’affectant à un ou plusieurs usages particuliers » (p. 171).

    13Les objets ont un cycle de vie propre marqué par les processus de création (grands cycles naturels, processus biologiques, etc.) et de destruction (érosion, mort). La logique, ici, est celle de leur maintien et de leur reproduction.

    Le système de production

    14Le cercle de droite correspond au système de production soit, dans le cas des ressources environnementales, l’ensemble des acteurs impliqués dans l’identification, la valorisation et la mise en œuvre de la ressource environnementale en vue de leur valorisation dans la production d’un bien ou d’un service (entreprises, institutions publiques, associations, etc.). Il désigne également l’ensemble des relations que ces acteurs entretiennent à l’intérieur et à l’extérieur du système.

    15Le système de production est le siège de l’identification. C’est en effet dans ce système qu’émergent les intentions de production et de valorisation des acteurs. Ces intentions, comme le suggère Raffestin (1980), évoluent en fonction des expériences, des pratiques acquises, des perceptions et des représentations que les acteurs ont de leur environnement et du système de production (on se distancie ici de l’hypothèse de rationalité parfaite). Le système de production est également le lieu de la valorisation et de la production, de l’utilisation ou de l’exploitation des ressources. Aussi, pour que l’analyse soit complète ici, il faut entendre le processus de production dans sa globalité, de l’extraction des matières premières au traitement des déchets. Feront ressources alors l’ensemble des objets mobilisés tout au long de la production (eau de refroidissement, air dans lequel on rejette les fumées, paysage, etc.).

    16L’enjeu prévalant dans le cas du système de production est celui de la rentabilité et de l’opportunité économique. On pense bien entendu ici au maintien de la compétitivité, mais on mentionnera également les processus d’accumulation du capital (spéculation par exemple) et, moins vénal, d’autoconsommation – au sens de Braudel 1979 – (Crevoisier, Kebir, 2009).

    Le jeu des interrelations objet-système de production

    17Comme le suggèrent les flèches indiquées sur le schéma, objets et systèmes de production agissent les uns sur les autres ; leurs processus s’interrelient. Ils interagissent ou co-évoluent (Norgaard, 1994). En ce sens, la relation objet-système de production n’est pas neutre ni sans conséquences. Le cas des problèmes de surexploitation, d’épuisement des ressources environnementales, etc., témoigne des interrelations entre les processus de mise en œuvre et de destruction. On pense également à des relations plus vertueuses où des objets sont à même d’être créés au travers du processus de mise en œuvre (l’exploitation d’une forêt peut, selon les méthodes, permettre son entretien et la reconquête d’une biodiversité perdue). L’identification d’un nouveau besoin (besoin d’une eau propre, d’un environnement plus sain ou d’une agriculture autrement productive) peut entraîner la création d’objets (centres de formation et de recherche orientées sur les industries propres, création d’espèces, etc.). La destruction ou la création d’objets modifie le champ des possibilités, ce qui affecte le processus d’identification et ainsi de suite.

    18Plus fondamentalement, la nature même de l’objet ou du système de production peut induire des contraintes et des opportunités en termes économiques. S’appuyant sur les travaux de Georgescu-Roegen (1966 ; 1971) et, en particulier, sur la distinction qu’il opère entre les ressources naturelles énergétiques (stock duquel on prélève des flux d’énergie matière) et les ressources naturelles de type « fonds écologiques » (forêts, lacs, etc., dont on bénéficie des services écologiques et économiques dans la mesure du respect de leurs rythmes de renouvellement), Steppacher et Van Griethuysen (2008) montrent par exemple les inégalités d’opportunité économique portées par ces ressources : opportunités de type « croissance exponentielle » dans le cas des premières (le taux de prélèvement n’étant limité que par l’épuisement des stocks) et de type « utilisation soutenable » pour les secondes (le taux de prélèvement étant limité par le rythme de renouvellement des ressources).

    19La nature du système de production peut également contraindre l’objet – la pêche de type industriel entraîne une pression sur les espèces. À noter qu’un système de production mobilise une combinaison de ressources naturelles et immatérielles (savoirs, technologie, procédés), ces dernières cherchant souvent à accroître la productivité des premières voire à s’y substituer (agriculture intensive, génie génétique, matériaux de synthèse, etc.).

    20La ressource évolue non seulement en fonction de sa dynamique interne mais également en fonction du contexte qui est le sien. Objets et systèmes de production sont pour la plupart en interrelation avec d’autres systèmes : soit un écosystème dont ils dépendent (forêt, lac), une communauté dans laquelle ils jouent un rôle spécifique (lieu de loisir, lieu sacré, patrimoine identitaire), un autre système de production (sylviculture, pêche, tourisme). Une intensification ou un changement intervenant dans une relation (insertion d’un grand prédateur, développement de certaines activités sportives, désir de protection des populations locales ou étrangères…) peuvent avoir des effets sur la ressource touristique par exemple. On retrouve ici la problématique dite de la multifonctionnalité des ressources environnementales et des conflits d’usages3 qui y sont liés. En effet, rares sont les objets dont on ne fait qu’un seul usage de même que rares sont les systèmes de production ne mobilisant qu’une seule ressource. D’où l’importance des jeux d’acteurs et des modes de coordination qui régissent les ressources et leurs processus.

    Un processus situé, évolutif dans le temps et dans l’espace

    21La ressource n’est pas établie une fois pour toutes, c’est un système évolutif d’ajustement et de réarticulation permanente aux changements survenant au sein de ses composants et au sein du contexte dans lequel elle se déploie. Objet et système de production ont des rythmes, des spatialités et des logiques différents, parfois complémentaires (objets et système de production se renforcent mutuellement), parfois antagonistes (ils se contraignent). Ainsi, selon Kebir et Crevoisier (2004), l’évolution des ressources suit des phases de couplages (création du lien et de la ressource, par exemple : identification, mise en place et exploitation d’une mine), de découplages (suppression du lien existant, abandon de la mine avec migration ou sédimentation des objets désormais non utilisés – savoir-faire, force de travail, galeries de mine désaffectées, histoire locale, machines, etc.) et de recouplages (constitution d’un nouveau lien à partir d’un même objet ou d’un même système de production avec valorisation d’objets sédimentés dans le territoire à de nouveaux usages marchands – écomusées, tourisme, développement d’autres activités industrielles, etc.).

    22La ressource telle que définie ici est située dans le temps et dans l’espace : ce qui fait ressource aujourd’hui ne le faisait pas forcément hier et ne le fera peut-être plus demain (mines abandonnées, terres en friches, métiers oubliés). De la même façon, ce qui fait ressource ici ne le fait peut-être pas ailleurs (neige, espèces végétales, etc.). Aussi, les différents processus de création, de destruction, d’identification et de mise en œuvre ne se déroulent pas forcément en un même lieu ni au même moment. La ressource met en jeu des échelles temporelles et spatiales multiples rendant parfois difficile leur coordination par les acteurs (on pense ici aux problèmes environnementaux globaux).

    23Le caractère situé renvoie de ce fait à la notion de territoire4. Les ressources étant relationnelles et construites, elles occupent et composent un espace-temps particulier. Ce dernier résulte de l’interaction entre la ressource et son contexte. « Pour dire les choses de manière séquentielle, les processus qui définissent une ressource se déroulent à partir d’un territoire qui constitue, au départ, la matrice de ces relations (par exemple la présence d'une montagne et l'intention des habitants d'en tirer un revenu touristique). Ensuite, ces mêmes processus produisent une empreinte sur le territoire (construction d'installations de remonte-pentes). Cette empreinte devient à son tour la matrice des développements subséquents (par exemple la création d'une école de ski) et ainsi de suite » (Kebir, Crevoisier, 2004, p. 266). Cet enchaînement vertueux porte également les stigmates du passé et des irréversibilités commises (pollution des eaux, déboisement, érosion des sols) avec lesquels les acteurs doivent composer. Aussi, la manière dont on pense la ressource et sa temporalité (présentisme ou équité intergénérationnelle) joue un rôle fondamental dans les choix des acteurs (pour plus de développements sur ce point voir Faucheux et Noël, 1999).

    24Le territoire joue donc tout à la fois le rôle d’empreinte (présence d’un potentiel de ressource) et de matrice (présence d’un potentiel d’identification et de révélation des ressources porté par des dynamiques d’acteurs locaux) (Camagni et al., 2004 ; Kebir, 2006).

    Un processus à trois dimensions

    25La ressource en tant que processus met en jeu trois dimensions : technique, socio-institutionnelle et territoriale.

    26La dimension technique a trait notamment à la manière dont concrètement se crée, se détruit, s’identifie et se met en œuvre la ressource. Elle renvoie également à la manière dont s’effectue le couplage (investissements de mise en ressource : défrichement de la terre, creusement de la mine, aménagement des forêts, achat d’un bateau de pêche, etc.) ainsi qu’aux contraintes (terre inclinée, mine profonde, forêt très dense, etc.) et aux opportunités (terre riche, minerai rare, existence d’un ancien réseau de chemins à réhabiliter, connaissance locale du terrain, etc.) que ce couplage présente.

    27La dimension socio-institutionnelle concerne le collectif d’acteurs impliqués dans la manifestation des différents processus-ressources ainsi que leurs organisations, leurs dynamiques et leurs modes de coordinations (marché, réseau, hiérarchie). Elle recouvre également les dispositifs de gestion des ressources qu’ils déterminent.

    28La dimension territoriale (dimension spatio-temporelle de la ressource) se réfère à la manière dont la ressource s’inscrit dans le temps et dans l’espace. Elle a aussi à voir avec les notions d’ancrage et de mobilité, soit la manière dont les processus de ressources se déploient dans le(s) territoire(s), et par là, leur participation à la spécification de celui-ci (Colletis, Pecqueur, 1994).

    Conclusion

    29La conception des ressources présentée ici se distancie des approches fonctionnelles ou instrumentales, typiques des approches économiques standards selon lesquelles la ressource est un facteur de production, une marchandise à allouer. Elle invite à prendre en compte l’objet dans ce qu’il est au-delà de sa stricte utilité économique.

    30Aussi, l’approche institutionnelle et territoriale des ressources qui en résulte et que l’on propose dans ce chapitre, cherche à comprendre les dynamiques et les articulations entre objet (nature) et économie (système de production). La prise en compte de leur logique, de leurs interrelations internes et externes ainsi que de leurs dimensions techniques, socio-institutionnelle et territoriales vise à saisir les liens entre ressources environnementales et territoires et ainsi de mettre en lumière les contraintes et opportunités qu’ils suscitent et auxquels nous sommes confrontés.

    Bibliographie

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    Format

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    Notes de bas de page

    1 Le terme d’objet ne désigne pas ici une « chose ». Il désigne ici une entité (ou système). Il présuppose une existence propre indépendante de toute utilité marchande.

    2 Pour un développement sur les ressources au sens large et les ressources culturelles, voir Crevoisier et Kebir (2009).

    3 Voir chapitre 8 d’André Torre.

    4 La notion de territoire est entendue ici comme la représentation (collective ou individuelle) d’un espace géographique (Raffestin, 1980, p. 133) : « L’espace représenté n’est donc plus l’espace, il est l’image de l’espace ou mieux du territoire vu et/ou vécu. L’espace devenant territoire dès qu’il est pris dans un rapport social de communication. » Ceci sachant que cet espace n’existe qu’en fonction des intentions que les acteurs lui portent et que le territoire, plus qu’un simple lien entre des individus et un espace, renvoie aux relations que ces individus ont avec d’autres individus (voir aussi le chapitre 3 de Pecqueur et Zuindeau).

    Auteur

    • Leïla Kebir

      Chercheur, Docteur en économie, UMR SADAPT INRA/Agroparistech, boursière du FNS, Enseignante-chercheur à l'Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris, Leila.Kebir@unine.ch

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    1 Le terme d’objet ne désigne pas ici une « chose ». Il désigne ici une entité (ou système). Il présuppose une existence propre indépendante de toute utilité marchande.

    2 Pour un développement sur les ressources au sens large et les ressources culturelles, voir Crevoisier et Kebir (2009).

    3 Voir chapitre 8 d’André Torre.

    4 La notion de territoire est entendue ici comme la représentation (collective ou individuelle) d’un espace géographique (Raffestin, 1980, p. 133) : « L’espace représenté n’est donc plus l’espace, il est l’image de l’espace ou mieux du territoire vu et/ou vécu. L’espace devenant territoire dès qu’il est pris dans un rapport social de communication. » Ceci sachant que cet espace n’existe qu’en fonction des intentions que les acteurs lui portent et que le territoire, plus qu’un simple lien entre des individus et un espace, renvoie aux relations que ces individus ont avec d’autres individus (voir aussi le chapitre 3 de Pecqueur et Zuindeau).

    Développement durable et territoire

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    Développement durable et territoire

    Ce livre est cité par

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    • Messedi, Aziza Ghram. Fraj, Tarek Ben. Ouezdou, Hédi Ben. Clivaz, Mélanie. Comisso, Camille. Lambiel, Christophe. Reynard, Emmanuel. (2021) De la carte géomorphologique à la carte géotouristique : Proposition et application d’une méthode de représentation cartographique par SIG. Géomorphologie : relief, processus, environnement, 27. DOI: 10.4000/geomorphologie.15394

    Développement durable et territoire

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    Kebir, L. (2010). Chapitre 9. Ressources environnementales et territoires. In B. Zuindeau (éd.), Développement durable et territoire. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.15397
    Kebir, Leïla. « Chapitre 9. Ressources environnementales et territoires ». In Développement durable et territoire, édité par Bertrand Zuindeau. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2010. doi:10.4000/books.septentrion.15397.
    Kebir, Leïla. « Chapitre 9. Ressources environnementales et territoires ». Développement durable et territoire, édité par Bertrand Zuindeau, Presses universitaires du Septentrion, 2010, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.15397.

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    Zuindeau, B. (éd.). (2010). Développement durable et territoire. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.15373
    Zuindeau, Bertrand, éd. Développement durable et territoire. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2010. doi:10.4000/books.septentrion.15373.
    Zuindeau, Bertrand, éditeur. Développement durable et territoire. Presses universitaires du Septentrion, 2010, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.15373.
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