Ulysse dans le troisième volume de la trilogie de V. M. Manfredi : Mon nom est personne
p. 217-230
Texte intégral
1Si un mythe n’est pas fait pour expliquer ou pour clarifier, mais plutôt pour stimuler l’imagination et un travail toujours renouvelé d’interprétation et de formulation, celui d’Ulysse est parmi les plus féconds1 : les « ombres » d’Ulysse s’allongent sur la culture occidentale et toutes ses manifestations, comme l’a résumé cette image-titre de Piero Boitani, prenant des formes différentes suivant les temps2. Parmi les métamorphoses d’Ulysse3 que la littérature italienne a produit à foison, on peut compter la trilogie de Valerio Massimo Manfredi Il mio nome è nessuno (Mon nom est personne) : Il Giuramento (2012), Il Ritorno (2013), L’Oracolo (2014)4. Si dans les deux premiers romans on retrouve la matière homérique de l’Iliade et l’Odyssée enrichie de nombre de mythes grecs, dans le troisième – qui en réalité a été écrit en premier (en 1990 et réadapté en 2014) – le destin final du héros et le mystère de sa mort deviennent le ressort narratif d’un roman complexe, de type policier, entre archéologie et politique. Dans l’Oracolo (non encore traduit en français au contraire des deux autres5), Ulysse est un personnage presque fantastique, un super-héros mais terriblement humain, aux prises avec la violence meurtrière de la Grèce sous la dictature des colonels (1967-1974) où revit la Grèce homérique.
2Dans ces trois livres, comme dans tous les nombreux autres qui ont connu un succès mondial (la trilogie sur Alexandre le Grand, les œuvres sur Rome)6, Valerio Massimo Manfredi (né en 1943), historien, archéologue et savant reconnu, a conservé sa rigueur universitaire et la solidité de ses connaissances théoriques, élaborées d’après son expérience du terrain. Les poèmes d’Homère gardent pour lui leur caractère d’objets de savoir mais, parallèlement, nourrissent une écriture fictionnelle subjective ; et tout en lisant les textes antiques de façon philologique et donc, en acceptant avec lucidité l’écart temporel et intellectuel, il les emploie et les transforme sciemment en matière imaginaire, en un espace à vivre où le lecteur contemporain peut se retrouver plongé, comme dans un roman de formation. C’est le cas des deux premiers volumes où il présente un Ulysse qui se construit et se raconte en parlant à la première personne de ses racines familiales, à commencer par l’évocation des bras maternels de sa nourrice Euriclée et à partir des récits épiques du grand-père loup Autolykos ou encore à propos du rôle de son père Laërte. Ce narrateur parle de ses dialogues avec Héraklès et Ajax, de ses rencontres avec une mystérieuse Athéna aux yeux verts, de la découverte bouleversante de la beauté d’Hélène, de l’amour de Pénélope et, surtout, de l’horreur de la guerre de Troie. Autour de ce personnage en devenir qu’il façonne au gré de la progression narrative, Manfredi a réuni l’immense moisson de l’epos grec ainsi que les deux poèmes d’Homère : Alceste, Hercule, les Sept contre Thèbes, Jason et les Argonautes… mais toujours à travers la voix récitante d’Ulysse qui accomplit son parcours d’homme jalonné de crises profondes et qui, sous le sceau de l’intelligence et du courage, apprend, pas à pas, à devenir un héros avant même que son nostos ne commence.
3Pour Manfredi, l’Odyssée est le poème du retour mais aussi le poème de la mémoire de soi, ce qui confère à son protagoniste la faculté de se perdre – il devient « personne » – et de se retrouver jusqu’à la reconquête de son rôle social et familial à Ithaque et dans le monde : la peur de s’égarer loin d’Ithaque coïncide d’ailleurs avec l’angoisse de ne plus posséder son identité profonde. À la fin de son extraordinaire voyage de retour, Personne redevient Odysseus/Ulysse c’est à dire à la fois un modèle d’homme atemporel et un sujet actif dans le monde réel : ce qui rend possible une projection pour le lecteur d’aujourd’hui. La réponse à Polyphème (Chant IX, vv. 366-367) : « Mon nom est personne » – qui donne son titre à cette trilogie – en fournit une clef d’interprétation : le protagoniste de l’Oracolo est caractérisé par le fait de se dévoiler sans vraiment dire sa vérité (p. 253), de refuser une forme d’objectivation de soi dans un nom propre qui puisse l’identifier ; il s’agit d’un geste conscient de mise à distance comme s’il se mettait d’abord à la disposition de l’écrivain et de son histoire et ensuite à celle de l’imagination du lecteur. D’ailleurs dans ce troisième roman l’Oracolo, la voix narrante revient à l’écrivain.
Une seconde Odyssée
4Après avoir fictionnalisé la formation du héros et ses étapes mais toujours en respectant les données acquises par les sciences de l’antiquité et la philologie homérique, Valerio Massimo Manfredi, avec ce troisième livre de sa trilogie homérique, emprunte un chemin plus audacieux tout en s’appuyant sur ses recherches et sur son expérience d’universitaire. Il échafaude une hypothèse plus que romanesque, surnaturelle même pour le dernier voyage d’Ulysse, celui sur lequel se sont interrogés les plus grands écrivains et poètes, à partir de Dante (Enfer, XXVI)7, et auquel le divin Tirésias fait allusion au chant XI de l’Odyssée (vv. 119-137)8 de façon énigmatique. C’est la prédiction d’un retour provisoire à Ithaque car, après le carnage des prétendants, le héros devra partir à nouveau en « emportant sa bonne rame » à l’épaule vers un lieu où les habitants la prendront pour une « pelle à vanner » puisqu’ils ne connaissent ni le sel, ni les navires, ni même les rames. Alors seulement, pourra-t-il apaiser la colère de Poséidon, après lui avoir sacrifié un verrat, un taureau et un bélier, et rentrer enfin chez lui pour mourir en paix. Si des critiques savants ont vu dans cette annonce l’amorce d’une suite de l’Odyssée, à l’origine de recherches plus approfondies, Manfredi l’utilise plutôt comme un noyau générateur de son écriture que l’on pourrait résumer par la question archéo-philologique étayée dans la postface : cette deuxième Odyssée a-t-elle vraiment existé ? Ce qui entraîne une autre double interrogation qui s’offre comme ressort narratif : est-il vraiment mort le roi d’Ithaque, ce héros vagabond dont on a jamais indiqué ni honoré le tombeau ? Et donc, son voyage millénaire est-il encore en cours et son ombre s’allonge-t-elle jusqu’à nos jours ?
5Acceptant cette conjecture d’une temporalité ouverte, Manfredi fait converger des mondes éloignés entre eux comme celui du mythe et celui de l’histoire et, dans cette perspective de télescopage chronologique, il fait aussi se rencontrer deux formes de littérature, la savante (la philologie homérique) et la paralittérature (le roman policier) – définitions sommaires mais utiles pour saisir le sens de la démarche de Manfredi. L’auteur s’insère, pour ainsi dire, dans le vide ou le flou de ce qu’il appelle un véritable mystère de la littérature universelle en parlant de « seconde Odyssée, non pas de mer mais de terre, de boue et de poussière9 ». Il conçoit un récit politico-policier, dont l’élaboration stylistique et la mise en œuvre fictionnelle prouvent encore une fois que cette mouvance, dite paralittéraire, peut se nourrir d’un univers sérieux car si des figures de détectives, d’aventuriers et de super héros y évoluent, elles sont abordées à l’aune des savoirs universitaires10.
6Il construit donc son roman sur les postulats de l’existence d’une seconde Odyssée et de l’absence avérée de la mort d’Ulysse, et il les matérialise dans un objet archéologiquement vraisemblable, un cratère d’or d’une beauté inquiétante, dont la décoration, dépeignant la prophétie du devin Tiresias, fournit une preuve irréfutable de cette deuxième Odyssée terrestre : le dernier voyage d’Ulysse. Il en fait la clé de voûte de la narration qui s’ouvre sur la découverte de l’objet, laquelle est datée et localisée grâce à des coordonnées chrono-spatiales précises : « Efira, Grèce nord occidentale, 16 novembre 1973, 20 heures11 » et semble venir couronner le rêve d’une vie d’études, celle du personnage d’un archéologue célèbre qui s’appelle Périklis Harvatis. Ce dernier est l’auteur d’un « petit livre » (« libretto ») Hypothèse sur le rite nécromantique : Odyssée XI12 qui va circuler dans le roman et tomber, à un moment ou à un autre, dans les mains de tous les autres personnages, pour venir chaque fois réactiver le récit. De par sa fonction narrative cet essai académique qui constitue le pendant du vase précieux, représente plus qu’une caution scientifique, il en devient le messager par son contenu car, sous la forme matérielle du livre, il est mobile et visible alors que le vase va être égaré et demeurer caché. En effet, l’objet perdu puis retrouvé viendra confirmer l’intuition de l’érudit et révéler au grand jour cette vérité déjà contenue dans son livre. Voilà pourquoi l’archéologue, se retrouve « englouti dans le néant » et comme vidé de l’intérieur par une sorte d’énergie négative qui émane de l’endroit particulier de ses fouilles : il a creusé dans l’adyton, la chambre secrète et sacrée d’un temple spécial, le Nécromantéion de l’Achéron13, la porte de l’enfer que la tradition situait sur les rivières censées délimiter le royaume d’Hadès. Cette découverte majeure reste donc secrète et le savant, peu de temps après, meurt sans raison apparente terrassé par un affaiblissement étrange, un mélange de « terreur et angoisse14 » ; avant de mourir, il ordonne à son assistant, Aristotelis Malidis, dit Ari, de cacher le cratère d’or et de remettre une lettre – dans laquelle il affirme avoir accompli une mission « atemporelle » – à l’adresse d’une imprimerie d’Athènes qui se trouvera être fermée.
7Cet endroit revient régulièrement dans le récit des événements et il est décrit tellement minutieusement, surtout la nuit – la vieille maison dans le silence d’une petite rue avec ses murs à l’enduit décrépi, ses volets verts, le rideau en fer de la porte et jusqu’au détail du cadenas fermé et du fil de lumière qui parfois laisse échapper – que cet hyperréalisme d’une précision obsessionnelle le rend presque irréel, comme un rêve éveillé ou une sorte de non-lieu où vont se croiser les autres personnages du récit en quête d’une explication à ce qui leur arrive et d’une réponse à leurs interrogations existentielles.
8Apparemment inhabitée, la maison recèle en fait la solution de l’intrigue qui va se dérouler puisqu’elle est le refuge caché (p. 158) d’Ulysse qui parcourt les couloirs du temps à la recherche de la fin de son voyage et de son but : accomplir le sacrifice requis par Tirésias et enfin mourir en paix. Il est « personne », puisqu’il refuse de révéler son vrai nom, mais il s’incarne en prenant des noms et des rôles différents suivant ses interventions dans les événements dont il est une sorte de deus ex machina qui règle les péripéties et conduit à la catastrophe au sens premier du terme : le dénouement après le bouleversement15.
Un jeu de superpositions temporelles
9La construction du récit invite le lecteur à des superpositions temporelles et spatiales qui le confrontent à de possibles rapprochements entre la mémoire historique et mythique des temps anciens et des références à des événements contemporains. Ainsi Ulysse entre-t-il en action justement le jour où le cratère est retrouvé, ou plutôt dans la nuit du 17 novembre 1973, lorsque se produit l’attaque de l’armée grecque qui étouffe dans le sang la contestation des étudiants de l’École Polytechnique contre la dictature des colonels et dans laquelle se trouvent impliqués quatre jeunes gens : Claudio Setti, un étudiant italien en archéologie à Athènes, sa petite amie, Heleni Kaloudis qui participe activement à la révolte et qui, une fois blessée, est cachée par Claudio et par deux autres amis étudiants ; Michel Charrier, un français et Norman Shields, fils d’un haut fonctionnaire de l’Ambassade anglaise, impliqué dans la répression. Tous se réfugient au sous-sol du Musée national dont les salles acquièrent sous la plume de Manfredi un charme onirique, tout en gardant leur réalité de contenants d’œuvres historiques qu’il présente avec exactitude, comme le gigantesque vase du Dipylon16. C’est dans ce lieu de mémoire et de conservation, de rencontre entre passé et présent de la Grèce, que, répondant aux dernières volontés du professeur Harvatis, Ari son assistant dans les fouilles vient cacher également le vase d’or, celui-là même que les jeunes gens découvriront par hasard quelques heures plus tard : sa vision sera vouée à rester gravée dans l’esprit de chacun d’eux et les hantera pour toujours17. Cet objet, qui acquiert progressivement une forte dimension symbolique, sera le lien de l’histoire noué à plusieurs niveaux, son pivot structurel qui traversera les strates temporelles et mettra en relation le destin de tous les personnages entre passé, présent et futur, selon une scansion décennale tripartite : 1973 (du chapitre Ier au chap. VIe) ; 1983 (du chap. VIIe au chap. XXIIIe) ; 1993 (chap. XXIVe et épilogue). Au début de chaque chapitre des didascalies spatio-temporelles détaillées renseignent sur les lieux et les heures précises de ce qui va se passer de façon à concerner directement le lecteur.
1973
10L’épisode de 1973 est d’une rare violence et férocité : Michel est arrêté par la police et, soumis à la torture, il est contraint de dénoncer ses amis au capitaine Pavlos Karamanlis, représentant convaincu de l’ordre constitué, un fin limier cynique, au passé politique trouble de réactionnaire. Heleni est violée et tuée par un policier brutal et libidineux Vlassos, dit O Chiros18 (Le Porc) sous les yeux impuissants de Claudio, qui à son tour est tabassé jusqu’à être laissé pour mort. À ce moment apparaît un personnage énigmatique, qui se présente comme l’amiral Anastasios Bògdanos ; il se joue de Karamanlis de façon rusée et audacieuse et sauve le garçon en orchestrant son décès « officiel » suite à un supposé attentat terroriste.
11Le personnage du sauveur est étroitement lié au vase et à l’histoire qu’il narre ; c’est à lui, Ulysse sous le nom de Stavros Kouràs qu’était destinée la lettre de l’archéologue annonçant la découverte du cratère en or : il a d’abord été une silhouette en contre-jour et une voix profonde et rauque, celle d’un homme d’une cinquantaine d’année, une apparition aux allures fantomatiques ensuite, en pardessus et chapeau sombres avec un visage où domine – en contraste avec une barbe poivre et sel et une peau mate – son regard d’un bleu indéfinissable provenant de deux yeux dévorés par l’ombre, un bleu froid et coupant « comme la glace des matins les plus glacials d’hiver19 ». C’est ce regard « foudroyant » « qui glace le sang », difficile à soutenir pour quiconque le croise, qui caractérise cet inconnu ; les quelques rares traits physiques supplémentaires (« un sourire de loup ») ne font que souligner l’aura que dégage sa présence et les effets déstabilisants qu’il provoque autour de lui20. Lorsqu’il entre en scène avec le nom et l’uniforme d’un amiral d’escadre multi-décoré, il en a l’autorité et la prestance : même si ce qui frappe c’est toujours l’intensité du regard et son aspect de marin chevronné qui vient d’un ailleurs mystérieux, d’une « longue vie dans la mer, le vent et le feu21 ».
1983
12Dix ans plus tard, en 1983, on retrouve les mêmes protagonistes de la nuit de l’assaut du Polytechnique aux prises avec une série de délits féroces sans une explication pour ceux qui n’ont pas vécu les jours de la révolte contre les colonels : Claudio, l’italien sauvé par le mystérieux amiral, est devenu guide archéologique sous une fausse identité à Tarquinia22. Le choix de la localité ne relève pas du hasard car, dans une tombe étrusque, se trouve une fresque de la Nekyia, ce voyage chez les morts qui conditionne l’errance d’Ulysse à travers les âges. On apprend alors que c’est Bògdanos qui l’a aidé à se reconstruire et à avoir une nouvelle vie en Italie : entre eux semble s’être instauré un rapport particulier de filiation/paternité ; c’est ce que laisse entrevoir le terme παῖ, « mon enfant », employé par celui qui se fait appeler « commandant ». Cette forme linguistique de vocatif en grec ancien est l’un des premiers indicateurs identitaires forts qui vont émailler la narration : c’est Ulysse qui va l’aider à se venger de la mort de sa fiancée en essayant, en même temps, d’accomplir son destin.
13Michel le jeune français, quant à lui, est devenu un universitaire helléniste à Grenoble et Norman l’étudiant anglais un journaliste expert en archéologie chez Sotheby’s à Londres ; aucun d’eux n’a réussi à oublier ce qui s’est passé dix ans auparavant, un épisode qui s’est condensé dans l’image troublante de ce mystérieux « vase de Tiresias ». L’assassinat de son père, un diplomate au courant des agissements de Karamanlis, et la réapparition du vase dans un endroit perdu en Grèce, incitent Norman à se rendre auprès de Michel avec la proposition de retourner à Athènes pour enfin découvrir la vérité sur la mort de ses amis et faire la lumière sur le meurtre de son père mystérieusement transpercé par une flèche en acier. Entre temps, à la recherche d’un sujet de recherche nouveau et original pour une publication et un concours, Michel tombe sur le petit fascicule du feu Périklis Harvatis Hypothèse sur le rite nécromantique : Odyssée XI reçu par courrier. Le titre l’intrigue, et sa curiosité de savant est éveillée par le nom évocateur de l’éditeur inconnu : « Périèghesis » (périégèse signifiant « guide de voyage ») renvoyant pour lui au texte de Pausanias le Périégète et à la description de la fresque de la Nékuya par Polygnote de Thasos qu’il y expose (Périégèse, X, 28-31)23.
14Toutefois, et c’est un des aspects caractéristiques de l’écriture de Manfredi, le détail érudit et concret n’est que sous-entendu grâce à un habile escamotage narratif en cohérence avec les moments de l’action et la psychologie des personnages. Ici, le renvoi à un fragment d’un géographe mineur du IIe siècle ap. J.-C. déclenche le retour du refoulé chez le jeune universitaire de carrière : une vague déferlante de souvenirs le submerge et les images du vase l’envahissent au point qu’il rentre dans une espèce de transe. Quand il en sort, épuisé, il a dessiné parfaitement l’objet qui a réveillé en lui un fort sentiment de culpabilité : ce qui va le pousser à agir. Pendant ce temps, en Grèce, d’autres meurtres ont lieu : les policiers, qui avaient joué un rôle dans la mort d’Heleni et la disparition de son corps, sont tués un à un avec un arc spécial et le meurtrier laisse en guise de signature des messages mystérieux, petites phrases tirées de diverses œuvres de l’antiquité, sortes de sentences d’oracle, qui renvoient à ce qui s’est passé la nuit de l’assaut au Polytechnique. Norman et Michel se rendent compte que le seul qui aurait eu des raisons de commettre ces crimes est Claudio, résolu à se venger. La même intuition vient à l’esprit du capitaine Karamanlis – bien conscient d’être la prochaine victime désignée – qui se lance donc à sa recherche. Commence alors la chasse à l’homme dont le véritable protagoniste va se révéler être Bògdanos que le policier croise à plusieurs reprises sur des pistes qui s’ouvrent et se referment de façon étrange, oscillant entre passé et présent. Face à cette présence mystérieuse, qui l’entraîne dans un jeu de cache-cache tragique, mais dont les contours lui échappent, Karamanlis, sorte de deutéragoniste de plus en plus dérouté, est contraint d’avouer son passé de collaborateur du régime d’occupation italo-allemande : l’ancien meneur de milices au nom d’O’Tavros (le taureau) est stupéfié de reconnaître en Bògdanos un de ses opposants armés à Kastritza, un chef de guerre, héros de la résistance pendant la guerre civile, une autre incarnation d’Ulysse en recherche pour accomplir le sacrifice imposé par Tiresias (un taureau, un bélier et un verrat) qui le délivrerait de son errance temporelle.
15Tous les ressorts du roman noir aventureux sont ici déployés : l’enquête se déroule entre guet-apens, fuites nocturnes, poursuites haletantes, changements continus de cachettes, fausses alertes et interventions de personnages secondaires qui – entre apparitions mythiques et réalités économiques (bergers montagnards aux étranges pouvoirs) – prennent souvent le relais d’une action complexe scandée par des informations spatio-temporelles extrêmement précises surtout à l’ouverture de chaque chapitre et à chaque tournant de l’intrigue. Elle se déroule à travers villes, campagnes, villages, montagnes, forêts et fleuves, toujours des paysages réels où se croisent les trajectoires des personnages principaux : ce sont les vallées escarpées de la montagne de l’Épire, les côtes du cap Sounion jusqu’aux eaux du Bosphore et aux hauts plateaux de l’Anatolie orientale en passant par les rues et les places d’Athènes nocturne qui dessinent une topographie urbaine minutieuse et inquiétante au service du récit. Ces vastes espaces accueillent et façonnent une trame que l’on pourrait aussi suivre grâce aux itinéraires factuels, dessinés suivant le tracé des routes existantes sur les cartes contemporaines Freytag & Berndt. Les personnages les compulsent, passant par des régions où ils se trouvent confrontés aux retombées lointaines de la guerre civile et aux conséquences récentes de la dictature militaire ainsi qu’aux tensions géopolitiques du moment, entre Turcs et Grecs, entre Turcs et Kurdes : l’histoire du roman est investie par les événements de l’histoire tout court en cette année 1983. Le lecteur est happé par les rebondissements qui construisent un mécanisme bien huilé dont les pièces sont manœuvrées par ce personnage anonyme de plus en plus insaisissable, qui semble maîtriser les évènements et qui apparaît et disparaît soudainement comme « s’il pleuvait du ciel24 ».
16C’est le cœur du roman : cette présence humaine inquiétante, ayant le don de l’ubiquité, caractérisée par l’intelligence rusée et la force magnétique du regard, mène la danse en poursuivant un but personnel à travers la vengeance implacable du jeune Claudio qu’il protège et manipule ; mais il est toujours sans nom et à Karamanlis excédé lui demandant « Qui tu es ? », il se limite à donner une réponse qui renvoie à celle donnée par Ulysse à Polyphème : « Personne, tout le monde… et personne25 ». Celui qui s’est fait passer par l’amiral Bògdanos mort et enseveli depuis dix ans, le Stavros Kouràs auquel le professeur Harvatis a adressé la lettre sur la découverte du vase en or, continue en réalité à assumer des noms et des identités différentes : capitaine d’un navire marchand, berger, résistant kurde, officier de marine au nom de Dimitrios Ritzos et aussi un kallikàntharos, un ermite montagnard aux pouvoirs de voyant.
17C’est Ulysse qui a traversé les siècles mû par une mission incontournable le poussant à se réincarner tous les dix ans afin de clore un itinéraire qui le fait encore souffrir. Pour Manfredi, et pour son lecteur, le personnage homérique est plus qu’un aventurier intrépide, il est une sorte de super héros, nomade, un revenant errant qui cherche à accomplir un destin douloureux : c’est un esprit torturé qui doit expier les conséquences de ses actes et accomplir un sacrifice auquel il ne peut pas se soustraire. C’est le sens des courts échanges qu’il a autour d’un bivouac avec des peshmerga kurdes curieux de savoir quel genre de pelle à vanner transporte cet étranger aux éclairs de feu dans un regard glaçant, et auxquels il assène : « je suis là pour disperser des âmes au vent, non du blé26 ».
18S’il semble s’inspirer de certains traits du motif littéraire bien connu du Hollandais volant, (les réapparitions cycliques), Manfredi arrive à projeter son histoire à la lisière du paranormal sans jamais renoncer à son ancrage classique et à ses sources homériques : son écriture crée un suspense bien agencé, grâce à cette espèce de fantasme archaïque où s’insinuent les aspects menaçants de l’actualité et les peurs ancestrales : ce « commandant » ésotérique semble personnifier « le passage par où l’on traverse la frontière entre la vie et la mort27 ».
19L’histoire est efficace et musclée, le mécanisme implacable et, on le verra, la conclusion impitoyable. Mais, au-delà du suspense et de l’action qu’elle contient, c’est la construction de son épais contexte qui lui donne tout ce relief auquel contribue l’introduction d’un personnage féminin, riche en facettes, qui en font un gracieux avatar des femmes détectives de la littérature policière. La petite amie de Michel, Mireille de Saint-Cyr, à la beauté racée et à l’élégance naturelle, est historienne de l’art et universitaire aguerrie, capable de cacher derrière des manières de grande bourgeoise un caractère bien trempé et une volonté sans faille. Elle décide de se rendre à son tour en Grèce pour enquêter et, grâce à la finesse de ses intuitions, au courage de surmonter nombre de péripéties et à l’habilité de tenir tête aux hommes, elle parvient à pénétrer dans la maison fermée, repaire du personnage « personne », et lieu, entre autres, où a été imprimé le texte Hypothèse sur le rite nécromantique : Odyssée XI qu’elle y découvre accompagné des notes du professeur Harvatis. Autre indice troublant, elle trouve la lettre par laquelle cet archéologue mourant annonçait la découverte du vase et donc la vérité de l’hypothèse d’un Ulysse traversant les temps. En la mettant en rapport avec les conjectures de l’étude sur la Nekyia, Mireille comprend que la prophétie, représentée dans les gravures du vase d’or, fait référence au rite annoncé par Tirésias à Ulysse pour mettre un terme à son exil éternel : un verrat, un bélier et un taureau devront être sacrifiés dans un endroit situé au sommet d’un triangle dont la base est le segment qui unit Dodona à Siwa, les oracles les plus importants du monde ancien. Ce sommet coïncide avec le Nemrut Dağı : cette montagne de la Turquie à l’histoire millénaire fait alors irruption dans la narration, réunissant les fonctions du lieu de son dénouement et aussi de paysage métaphysique et mental.
20Cet endroit, que Manfredi connaît directement en tant que scientifique s’étant rendu sur le terrain, est un site archéologique particulier, qui possède les caractères propres d’un de ces « lieux du sacré » défini par Mircea Eliade28 : le Nemrut Dağı concentre en lui le symbole, le mythe et le rite ; quelque chose de « séparé » destiné à permettre le rapport entre l’humain et le divin dans un décor naturel majestueux et terrifiant. Le choix de l’emplacement où la prophétie de Tirésias devrait s’accomplir, n’est pas anodin : soudainement un objet incongru, une rame, celle que Ulysse a été contraint à transporter dans son errance sur la terre, apparaît plantée sur la cime de cette montagne sacrée au centre de l’Hiérothesion d’Antiochos premier, le tumulus funéraire et la maison des dieux entourés sur trois cotés par des terrasses où s’élèvent des statues monumentales. Après un périple harassant tous les personnages du roman se retrouvent face aux colossales statues de dieux grecs et iraniens auxquels le monarque de Commagène avait confié le soin de veiller sur son repos et de protéger sa dernière demeure. Ils arrivent ici chacun à la recherche des autres et tous poussés par leurs passions (amour, amitié, haine) et leur vécu (remords, peine, désespoir, violence) : c’est ici que va se dérouler le sacrifice des trois animaux symboliques incarnés par Karamanlis (le taureau), Vlassos le policier violeur (le sanglier) et Michel le traitre malgré lui (le bélier)29. Le rite nécromantique, annoncé par Tirésias et validé par le professeur Harvatis et son vase d’or, ne sera pas totalement consommé et l’exigence de la prophétie du Chant XI restera inaccomplie : malgré sa volonté de vengeance ou de justice, Claudio tue le taureau et le sanglier mais il épargne son ami Michel, sorte de victime sacrificielle consentante et repentante. Il laisse tomber son arc d’ascendance homérique et refuse aussi de tuer le mystérieux « Personne » qui hante les lieux et qui, surgissant de derrière les têtes gigantesques, l’invite, le supplie même de le faire.
21Si le cri désespéré de ce dernier dévoile son rôle de grand manipulateur, il laisse aussi paraître la fatigue d’un errant éternel arrivé encore une fois à la lisière du monde des morts et invoquant une mort pour lui libératrice. D’ailleurs il a récupéré le vase d’or, a ordonné à un fidèle artisan de le fondre et, avec le métal obtenu, il s’est fait mouler un masque à son image, identique aux masques funéraires de l’époque mycénienne. Et tout de suite il disparaît à nouveau car le sacrifice expiatoire n’a pas été complet ; cependant son identité est découverte par Michel, Norman et Mireille. En recoupant tous les indices et en déchiffrant la combinaison du coffre-fort où était placée la lettre de l’archéologue défunt, le trio d’amis obtient le mot outis : « personne », le nom assumé par le héros homérique sujet de la prophétie gravée dans le vase de Tirésias, c’est-à-dire le dernier voyage d’Ulysse, par la terre, dont l’histoire ne nous est jamais parvenue ; l’absence de culte d’Ulysse à Ithaque, sa patrie, confirmerait le fait que les circonstances de sa mort n’ont jamais été connues. Donc c’était Ulysse le légendaire « Personne » qui avait toujours guidé leurs pas et qui, apparemment n’avait rien à voir avec eux mais agissait au-dessus de tout le monde, aussi inévitable que le destin.
1993
22Dix ans se sont encore écoulés lorsqu’une rencontre/révélation va venir clore le livre et l’histoire. C’est une entrevue nocturne, sur une plage de l’ile d’Ithaque, la baie de Stavros, entre Claudio, qui continue de mener une vie sous une fausse identité et le commandant, l’amiral Anastasios Bògdanos ou « qui qu’il soit » (« chiunque egli fosse ») : ce dernier avoue son envie d’être un simple mortel, de désirer trouver la paix, las de son angoisse d’éternel exilé condamné à cette indéfinissable existence exceptionnelle qui est la sienne. L’échange sous-entend l’idée que même l’excellence du mythe a son côté obscur : si l’on s’intéresse à l’individu Odysseus/Ulysse, celui-ci doit bien mourir à un moment donné et en quelque part dans le monde car le temps d’une vie d’homme prend son sens par rapport à sa mort : c’est pour cette raison existentielle qu’il avait renoncé à l’immortalité que Calypso lui avait offerte (au Chant V). Entre la confession et le rêve éveillé, la page finale offre au lecteur le dernier rebondissement : avant de remonter sur l’Athina, son voilier, du nom de sa déesse protectrice, cet Ulysse, ou son mythe incarné, propose à Claudio – lui aussi mort sous son vrai nom pour ses contemporains – d’embarquer avec lui la prochaine fois qu’il reprendra forme humaine. Cet Ulysse n’est plus un héros au sens de la poésie épique et homérique, restant vivant dans le souvenir mais n’étant pas de notre temps : il en est le contraire puisque, n’appartenant pas vraiment à un temps révolu, il hante encore un présent fuyant, dans un balancement incessant entre visible et invisible, apparition et disparition.
23Pour résumer, Manfredi s’est emparé de façon magistrale du thème homérique de la Nekyia : il a structuré son roman L’Oracolo autour d’un Ulysse qui, à l’issue de son voyage auprès des morts et de la réponse de Tirésias, cherche sa propre mort, et en entraînant avec lui la recherche personnelle de personnages d’aujourd’hui, crée un télescopage entre passé et présent. En effet, tous les autres personnages du roman n’appartiennent pas au domaine du mythe, ils sont nos contemporains en proie aux traumatismes issus d’évènements réels et à leurs séquelles qui conditionnent leurs vies et les rebondissements du récit. Le mélange de littérature savante et de paralittérature donne ainsi corps en premier lieu à un jeu narratif, fait de scénarii et de significations inédites et, même si le lecteur peut s’en tenir à ce niveau de lecture, satisfait par la mécanique policière que cet assemblage habile semble élire comme moteur de premier plan, d’autres lectures sont envisageables, d’ordre historique, psychanalytique ou encore anthropologique. En effet pour Manfredi la paralittérature a été et continue à être un espace de reconnaissance et de valorisation non seulement de la littérature mais aussi et plus exactement d’une haute littérature défendue par l’université. L’histoire racontée par Manfredi part d’une dimension mytho-poïétique pour arriver à dire les possibilités que cette fonction mytho-poïétique a encore dans notre présent : elle lui permet de raconter ce qui est arrivé dans leur passé à Claudio, Norman, Michel et les autres et de montrer qu’il est possible ainsi de dépasser les fractures de la psyché personnelle et collective : la Nekyia d’Ulysse fournirait le pont symbolique enjambant l’abîme du temps.
24Tout en répondant aux exigences du rythme haletant et des schémas du thriller, l’écriture possède une épaisseur conceptuelle qui vient de la culture classique de Manfredi et de ses lectures. Cela lui permet d’introduire Homère et l’antiquité dans l’imaginaire contemporain avec une vivacité qui n’implique pas l’ignorance de la distance, mais engage toujours métamorphose, hybridité autant que réflexivité. On pourrait même soupçonner un filigrane jungien, en sachant que chez C. G. Jung, le motif de la Nekyia exprime le processus d’une « introversion consciente dans les couches profondes de la psyché inconsciente30 » qui aurait comme objectif « la restauration de l’homme31 ». D’ailleurs Manfredi n’hésite pas à déclarer que la « particularité d’Ulysse réside dans le fait d’être un héros borderline, l’hypostase du genre humain32 ». Ulysse/Odysseus est partout et son véritable voyage est sans fin, comme ici dans ce roman qui nous en fait suivre quelques traces à des époques et dans des mondes différents33.
Notes de bas de page
1 Paraphrase de Pierre Judet de La Combe, Homère, Paris, Gallimard, 2017, p. 47.
2 Sur Ulysse dans la littérature italienne et occidentale les livres de Piero Boitani demeurent fondamentaux à partir de L’ombra di Ulisse, Bologne, Il Mulino, 1992, 2007 (Trad. anglaise The Shadow of Ulysses, Oxford, Oxford University Press, 1994) jusqu’à Il grande racconto di Ulisse, Bologne, Il Mulino, 2016. Voir aussi Brigitte Urbani, L’odissea di Ulisse nella cultura italiana. Un insolito pellegrinaggio in sette tappe, Florence, Franco Cesati Editore, 2020.
3 Nous reprenons le titre d’un dossier monographique du Magazine littéraire no 427, janvier 2004.
4 Encore plus récemment voir Ulisse – L’ultimo degli eroi (Torino, Einaudi, 2018), un roman écrit par un autre universitaire hellénisant Giulio Guidorizzi qui a participé au volume dirigé par Hélène Monsacré, Tout Homère, Paris, Les Belles Lettres, 2019.
5 Titres français : Odysseus Tome 1 Les rêves d’Ulysse, Paris Lattès 2014, Odysseus Tome 1 Le serment d’Ulysse, Paris, Pocket, 2016, Odysseus Tome 2 Le retour d’Ulysse, Paris, Lattès Grand Format 2015, Odysseus Tome 2, Le retour d’Ulysse, Paris, Pocket 2016.
6 Pour une toute première approche voir https://valeriomassimomanfredi.blogspot.com/.
7 Voir par exemple Jean-Louis Poirier, Ne plus ultra. Dante et le dernier voyage d’Ulysse, Paris, Les Belles Lettres 2016 ; et Seconde Odyssée, Ulysse de Tennyson à Borges, textes réunis, commentés et en partie traduits par Évanghélia Stead, Grenoble, Jérôme Millon, coll. « Nomina », 2009.
8 Les citations sont tirées de L’Odyssée, traduction, notes et postface de Philippe Jaccottet, Paris, La Découverte, 2004 (1982).
9 Cf. l’interview de Manfredi par Giulia Bassi : « Omero, sempre nel canto XI, immagina una seconda Odissea, non più di mare ma di terra, fango e polvere », dans « Massimo Manfredi e il suo ritorno di Ulisse », Gazzetta di Reggio, 11 novembre 2014, https://gazzettadireggio.gelocal.it/tempo-libero/2014/11/11/news/massimo-manfredi-e-il-suo-ritorno-di-ulisse-1.10294789.
10 Ibid. Dans le sillage d’Umberto Eco, Manfredi montre encore une fois qu’en définitive « lire facile » ne signifie pas pour autant « lire idiot ».
11 Toutes les traductions de L’Oracolo sont réalisées par nos soins.
12 L’Oracolo, p. 9-17 passim.
13 Ici Manfredi fait un ressort romanesque de la redécouverte réelle du Necromanteion et de sa référence scientifique : cf. Sotirios Dakaris, The Antiquity of Epirus: The Acheron Necromanteion: Ephyra-Pandosia-Coassope (Athens, 1973) ; Idem, Ephyr. article in The Princeton Encyclopedia of Classical Sites (1976), p. 310f.
14 Pour l’atmosphère « oppressante » des funérailles du professeur Harvatis, voir L’Oracolo, p. 90.
15 Ibid., p. 23, p. 280-287.
16 Musée National Archéologique d’Athènes, Inv. 804. De sa description nocturne (p. 77-78), ressort en premier plan le panneau décoratif de la partie centrale de l’amphore qui montre la prothésis, à savoir la phase des funérailles où le défunt est présenté à la famille et aux personnes présentes ; cette image rituelle qui surgit soudainement de l’ombre et du passé joue le rôle de rappel du présent : le professeur Harvatis qui a découvert un autre vase est mort, lui aussi.
17 L’Oracolo, p. 36-37. En le touchant Michel se rend compte que la surface porte un résidu du sang sacrificiel millénaire (« antico di secoli, di millenni ») des victimes du rite nécromantique (ibid., p. 110-111 ; p. 259).
18 Du premier portrait glaçant (L’Oracolo p. 61) à ses exploits et ébats sexuels entre grotesque et monstrueux avec une femme gigantesque et laide, Manfredi campe un personnage cohérent dans sa démesure tératologique.
19 L’Oracolo, p. 29.
20 Aux descriptions de Manfredi ne sont pas étrangères les influences de l’iconographie ancienne de la Nekyia ; par exemple l’image d’Ulysse dans le calice lucanien à figures rouges attribué au Peintre de Dolon (ca 400-380 av. J.-C.), conservé au Département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque Nationale de France (Inv. 422). Visible en ligne : https://medaillesetantiques.bnf.fr/ws/catalogue/app/collection/record/835?vc=ePkH4LF7w1I94aqfsJQGpkZopb6-HeEUCs0ZAamZwJItVSElVcElPyc_D6wXFkAAJRYzSQ$$.
21 L’Oracolo, p. 64.
22 C’est ici que se trouve une fresque d’Agamemnon, Tiresias et Ajax dans l’au-delà (Dans la Tombe d’Orcus II).
23 À la fin du XIXe siècle, Carl Robert a proposé une reconstitution de ce tableau et de celui de l’Ilioupersis (la nuit de la prise de Troie) toujours de Polygnote et toujours dans Périégèse, (X, 25-27), dans Die Nekyia des Polygnotos (1892) et Die Iliupersis des Polygnotos (1893).
24 V. M. Manfredi, L’Oracolo, p. 278-279.
25 L’Oracolo, p. 252.
26 L’Oracolo, p. 334.
27 Ibid., p. 27 et p. 289.
28 Voir Mircea Eliade (dir.), Dizionario dei luoghi del sacro, Milan, Jaca Book, 2019, ad vocem.
29 Michel est né sous le signe du Bélier en Afrique, dans l’oasis de Siwa.
30 Carl Gustav Jung, Analytical Psychology, Londres, Routledge and Kegan Paul, 1976, p. 41.
31 Cf. Vittorio Lingiardi, « La speranza si può ancora immaginare. La fantascienza si è presa il presente ma adesso, per guardare avanti dobbiamo guardare indietro. Al mito », dans Robinson, sabato 25 luglio 2020, La Repubblica, p. 2.
32 Cf. M. Valerio Manfredi, « È mai morto? Non si sa, o almeno nessuno ha mai scritto o raccontato nulla di quello che gli succede dopo essere ripartito », « Massimo Manfredi e il suo ritorno di Ulisse », Gazzetta di Reggio, 11 novembre 2014, art. cit.
33 On paraphrase la quatrième de couverture de Piero Boitani : Il grande racconto di Ulisse, op. cit. Voir aussi le site de l’exposition : « Ulisse L’arte e il mito », Forlì, Musei San Domenico 19 mai-31 octobre 2020, https://www.mostraulisse.it/.
Auteur
-
Silvia Fabrizio-Costa
Université de Caen Normandie, LASLAR, UR 4256
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