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Chapitre IV. L’émergence d’une société de l’entre soi
Texte intégral
1Les analyses menées dans les chapitres qui précèdent nous ont permis de préciser un certain nombre d’enseignements au sujet des transformations économiques, démographiques et spatiales ayant affecté Enkhuizen. La thématique du déclin y a gagné, au passage, un peu plus de consistance. Mais la saisie du destin de la ville uniquement sous l’angle de ses performances au regard du reste des Provinces-Unies ou de l’évolution sociale de la cité ne saurait suffire.
2Si l’histoire urbaine regorge d’exemples de communautés profondément bouleversées, ce processus a pu en effet produire des résultats différents. Les villes portuaires françaises qui firent fortune dans le commerce transatlantique au XVIIIe siècle offrent un exemple intéressant. Quand ici des élites marchandes se renouvelaient en profondeur par des apports étrangers, ailleurs la société urbaine pouvait se scinder brutalement en deux, seul un nombre réduit d’habitants se trouvant associé aux transformations économiques1. La conjoncture économique aurait donc un impact sur la cohésion de la communauté urbaine. Au-delà de conflits peut-être décuplés en force, il faut également s’interroger sur la possibilité d’un repli d’une partie de la communauté urbaine sur elle-même. Les lignes de fracture pouvaient être économiques et sociales, mais on aurait tort de négliger les affrontements religieux. Ces derniers sont demeurés longtemps sous contrôle, grâce à une neutralisation de l’espace public2. La force des identités religieuses n’a-t-elle pas conduit cependant à un cloisonnement accentué de chaque communauté ? Simon Groenvelt a d’ailleurs posé la question de l’existence précoce de ce phénomène sous la République. Chaque confession se serait mise précocement à offrir un certain nombre de services à ses fidèles, tournant ainsi le dos au reste de la société3. L’évolution pouvait être différente dans un autre contexte, comme ce fut le cas dans certaines villes allemandes, où les fractures entre catholiques et protestants auraient été limitées4.
3Ces réflexions suscitent de nouvelles interrogations pour notre sujet. Tous les habitants de la ville souffrirent-ils de la même façon ou avec la même intensité du déclin économique ? Quel fut le sort réservé aux victimes de cet éventuel et sélectif regain de paupérisation ? Ont-elles été chassées d’une communauté qui ne pouvait plus leur offrir travail ou secours ? Les élites bourgeoises se replièrent-elles, a contrario, sur des positions qui les mettaient à l’abri, rejetant les autres composantes de la communauté urbaine ? L’hypothèse principale est donc l’avènement, à Enkhuizen au XVIIIe siècle, d’une société urbaine réduite et davantage compartimentée en lieu et place d’une communauté autrefois élargie et diversifiée grâce au dynamisme économique.
Enkhuizen et l’aristocratisation de ses régents
4Avec leurs familles, le groupe des régents jouissait de fortunes parfois considérables et occupait des fonctions édilitaires dans la ville. Néanmoins, les élites économiques et politiques des villes néerlandaises ne se confondaient pas toujours, puisque des mennonites ou des catholiques enrichis étaient exclus des responsabilités édilitaires. Par ailleurs, le destin de la noblesse et surtout sa capacité à se maintenir aux commandes des villes a suscité de nombreuses recherches dont certaines sont devenues des références classiques5. Selon une hypothèse ancienne, le patriciat aurait modifié son style de vie à partir du XVIIe siècle, jusqu’à s’apparenter à la noblesse6. La notion d’« aristocratisation » a été, en elle-même, abondamment discutée par les historiens. De M. Prak à J.L. Price en passant par H. van Dijk et D.J. Roorda, tous ont souligné que le phénomène était très complexe, tant par son contenu réel que dans ses implications7. Il semble bien qu’il faille davantage parler d’« elitisering », à savoir la formation d’une élite cherchant à enraciner son prestige social en adoptant un genre de vie noble8. D’ailleurs L. Kooijmans a bien rappelé que le patriciat néerlandais avait longtemps gardé une allure bourgeoise et refusé d’adopter toutes les valeurs de la noblesse9. C’est pourtant la volonté de se démarquer de la simple bourgeoisie qui nous intéresse ici principalement, dans la mesure où elle nous apprendrait beaucoup sur la perception par les patriciens de leur propre image.
5Il convient tout d’abord de souligner la position économique dominante occupée par les régents d’Enkhuizen au XVIIIe siècle. La surface financière moyenne des membres du conseil urbain comme des échevins figurait en effet parmi les plus importantes de Hollande du nord. Les membres du conseil urbain auraient ainsi possédé en moyenne 101 000 florins, et les échevins 28 000 florins. Dans le Noorderkwartier, seuls les magistrats de Hoorn pouvaient prétendre posséder autant d’argent10. Ces fortunes favorisaient la constitution de douaires particulièrement élevés, très souvent bien au-delà de la moyenne provinciale. L’écart était spectaculaire à propos des filles d’échevins d’Enkhuizen, dotée de 4 000 florins soit quatre fois plus qu’à Medemblik ou à Purmerend11.
Graphique 15 – La répartition des 280 habitants les plus riches d’Enkhuizen dans les classes fiscales du kohier van de familiegelden en 1742, en fonction de leur revenu annuel

Source : W.F. Oldewelt, « De beroepsstructuur van de bevolking der Hollandse stemhebbende steden volgens de kohieren van de familiegelden… », Economisch-Historisch Jaarboek, 25, 1952, p. 181-185.
6Les fortunes ainsi amassées n’étaient cependant pas très nombreuses à Enkhuizen, puisque la ville n’enregistrait que 14 % d’imposés en 1744 au titre de la Personele Quotisatie. Les habitants assujettis à cet impôt se concentraient dans les premières classes, disposant pour leur écrasante majorité de revenus annuels compris entre 600 et 3 000 florins12. Il existait donc, apparemment, une coupure nette entre un petit groupe d’individus très riches et les autres habitants.
7La détention de ces fortunes recouvrait-elle l’exercice de fonctions politiques dirigeantes ? Katia Bossaers nous apprend qu’une très large majorité de ceux qui, à Enkhuizen, étaient enregistrés dans les plus hautes classes de la Personele Quotisatie étaient régents. Ces derniers se distinguaient d’ailleurs, par rapport à leurs homologues de Hollande du nord, par une grande homogénéité puisque les membres du conseil urbain appartenaient en général aux classes 9 et 1013. À l’instar de la ville voisine de Hoorn, les magistrats d’Enkhuizen disposaient sans conteste des revenus les plus élevés de la communauté, les échevins eux-mêmes ne pouvant plus être considérés comme de simples bourgeois14. Les sept bewindhebbers de la chambre locale de la VOC, autrement dit les actionnaires les plus puissants, venaient tous de familles régentes. Certaines trajectoires se partagent entre les fonctions édilitaires et la direction locale du consortium commercial15.
8Dans ces conditions, la question de la fermeture de cette élite économique et politique se posait naturellement pour Enkhuizen, d’autant plus que la ville avait accueilli dans le passé des familles puissantes venues d’ailleurs. On pense à la famille van Vossen, venue de Hoorn à la fin du XVIe siècle ou aux Duyvensz, originaires de Gorkum. Le cursus d’un nouveau magistrat obéissait à un certain nombre d’étapes obligées, en fonction de son âge et de la puissance de sa famille : après le modeste office de départ, venait la place de régent d’une maison charitable ou bien le poste d’échevin. Le jeune magistrat devenait ensuite éligible au conseil urbain, sans d’ailleurs que cette élection eût un quelconque caractère automatique. Une fois élu, le régent pouvait aspirer à devenir un jour l’un des quatre bourgmestres d’Enkhuizen. La ville ne nous offre que de très rares exemples d’ascension sociale remarquable, en plein cœur du XVIIIe siècle16. La consultation de la liste des membres du conseil urbain fait d’ailleurs apparaître le retour régulier de certains noms, et le nombre réduit de magistrats nés hors d’Enkhuizen : douze sur 121 entre 1675 et 179517. Le patriciat de la ville se trouvait donc dans une situation différente de celle de Zierikzee, où des risques importants d’extinction biologique commandèrent une très large ouverture sur l’extérieur18.
9Les mariages d’enfants de la ville avec un membre d’un autre patriciat n’étaient cependant pas inconnus. À partir du second quart du XVIIIe siècle, la part des non-natifs dans les mariages des régents d’Enkhuizen ne cessa d’ailleurs de progresser19. L’examen des registres de mariage confirme que les familles importantes de la cité n’étaient pas si fermées que cela, au moins pour certaines d’entre elles comme les de Jong van Persijn ou les Codde van den Burgh et que des villes comme Amsterdam, Hoorn ou même La Haye constituaient des viviers privilégiés d’époux de rang comparable. Des liens familiaux privilégiés se sont donc développés avec la ville voisine de Hoorn, et ceci de façon d’autant plus remarquable qu’aucun conjoint d’origine étrangère ne vint d’Alkmaar ou de Medemblik. Une fois le mariage conclu, rien n’interdisait à l’époux allogène d’exercer des fonctions politiques importantes à Enkhuizen, ou au nom d’Enkhuizen, comme en témoigne la carrière d’Adriaan van Bleiswijk. Bien qu’issu d’une famille de Delft, il était né à La Haye et épousa en août 1737 Petronella Sybregte Codde van den Burgh. Après avoir été échevin, il fut élu au conseil urbain en 1739, puis député de la ville à La Haye un an plus tard20. Cet homme s’intégra si bien à Enkhuizen que le conseil lui rendit un hommage très appuyé quand il quitta ses fonctions édilitaires en 1771, allant jusqu’à lui permettre de conserver sa place privilégiée au temple21. Ce destin brillant ne doit pas cependant masquer le fait que l’élite dirigeante d’Enkhuizen était l’une des plus fermées de Hollande du nord, comme le prouve du reste l’allongement très important de la durée d’exercice au conseil urbain22. Les quelques gestes d’ouverture devaient donc beaucoup au pragmatisme des magistrats déjà en poste. Au cours d’une réunion du conseil, en 1729, le bourgmestre Buyskes proposa en effet d’autoriser la succession d’un conseiller par son gendre au même titre que son fils. Il invoquait sans pudeur les risques de disparition de certaines lignées23. Il est vrai que cette élite était particulièrement réduite, à hauteur de quelques dizaines de familles.
10Il est possible que la tentation du repli ait été précipitée par une nouvelle orientation des fortunes régentes à Enkhuizen. Ces dernières furent, dans leur immense majorité, bâties au XVIIe siècle. Les historiens ayant travaillé sur le patriciat d’autres villes néerlandaises ont tous noté une prise de distance vis-à-vis des activités productives au cours du siècle suivant24. Le régent du « siècle des perruques » doit être considéré avant tout comme un rentier, ce qui constituait une différence de taille avec les élites d’Anvers notamment25. Ce mouvement ne pouvait évidemment pas épargner Enkhuizen. Mais a-t-il été vécu avec la même intensité ? K. Bossaers a pu détailler la composition des fortunes des membres du conseil de la ville. On relève ainsi que les régents n’accordaient que peu d’intérêts aux placements immobiliers, préférant investir plus de la moitié de leur argent dans des compagnies commerciales ou bien des placements financiers sous la forme d’obligations26. Cette élite s’était donc, elle aussi, détournée de la gestion directe d’entreprises. Cependant elle continuait à réaliser des investissements dans certaines activités locales, comme auprès de la chambre de la Compagnie des Indes orientales, par exemple. Elle ne s’était donc pas tout à fait désengagée, et nous aurons l’occasion d’évoquer à nouveau sa participation à la pêche du hareng.
11En revanche, cette élite éprouvait sans doute le besoin de se différencier des groupes sociaux de la ville qui lui étaient les plus proches, comme la bourgeoisie d’affaires. Un fond culturel commun de la société néerlandaise était en effet encore très présent au XVIIIe siècle, ce qui poussa certains à vouloir s’en distinguer. Ces élites d’origine bourgeoise, mais désirant ne plus être confondues avec la bourgeoisie de commerce et d’entreprise, s’attachèrent donc à défendre des « symboles de statut »27. Avoir suivi un cursus académique représenta bientôt un supplément de prestige pour ceux qui siégeaient aux conseils des villes. La proportion des gradués dans les gouvernements urbains augmenta fortement au cours du XVIIIe siècle28. Enkhuizen ne put échapper à cette évolution majeure, qui contribuait à fermer un peu plus l’accès au gouvernement urbain, même si le grade universitaire ne fut jamais obligatoire pour l’admission dans les cercles du pouvoir municipal. La plupart des garçons du patriciat de la ville étaient inscrits à l’École latine, puis suivaient un cursus juridique à l’université de Leyde29. Les quelques archives familiales disponibles contiennent encore des copies des travaux universitaires soutenus par des jeunes gens de la bonne société de la ville. C’est en particulier le cas pour les rejetons de la famille Buyskes, entre 1726 et 175930.
12Les régents désiraient en outre faire étalage de leur richesse en possédant des maisons de grand prix. Les demeures patriciennes de Hoorn ou de Leyde, parfois reconstruites au goût du jour, se distinguaient ainsi par leur riche décoration et leur mobilier luxueux31. Il existait des bâtisses semblables à Enkhuizen, comme celle de Petronella van Gent. La veuve d’Augustinus Duyvensz vivait en effet dans une maison de quatorze pièces, dont l’une était consacrée aux tableaux de maîtres et une autre était décorée avec du marbre. Le calcul de la valeur locative moyenne des logis des régents, des patriciens et des bourgeois des villes de Hollande du nord à partir des registres de 1744 vient néanmoins battre en brèche l’image d’un riche patrimoine immobilier. Les logements occupés par les régents d’Enkhuizen s’établissaient en effet à un prix très inférieur à ceux d’Alkmaar32. Si leurs conditions d’habitation étaient donc largement supérieures à celles du reste de la société, la propriété de Petronella van Gent faisait figure d’exception33. En outre, seulement la moitié du patriciat d’Enkhuizen possédait une maison de plaisance, souvent d’une grande modestie.
13Un même trait se retrouvait dans le nombre de domestiques employés chez les régents. Si la quasi-totalité de ceux-ci en employaient au moins un en 1744, aucun en effet n’avait choisi d’en engager pléthore34. Treize d’entre eux en employaient chacun trois, et vingt-deux familles deux seulement. Quelques patriciens comme Everhard Pan semblent également avoir dépensé beaucoup en objets précieux ou en bijoux, mais rien ne permet d’affirmer que cette pratique était largement partagée35. En revanche, le goût pour les chevaux et les voitures se développa fort à Enkhuizen au XVIIIe siècle. Les dépenses qu’il occasionnait étant très importantes, il s’agissait donc d’un outil majeur de différenciation pour nos régents. On peut estimer l’achat d’un carrosse à environ 400 florins, tandis qu’un cheval coûtait de 100 à 200 florins. Par la suite, l’entretien de la monture exigeait de son propriétaire entre 100 et 150 florins par an. L’installation d’écuries sur les propriétés de certains habitants transparaît à travers le rôle fiscal établi en 1744 : la possession d’attelages s’était bel et bien imposée auprès des élites dirigeantes de la ville36. Ceux qui ne possédaient pas en propre un équipage pouvaient toujours en louer un, et la demande a dû monter en flèche à l’aube du dernier tiers du XVIIIe siècle, si l’on en juge par la multiplication des autorisations de location accordées par les bourgmestres37.
14Les dépenses culturelles constituaient un autre moyen de se différencier. Les collections de particuliers, connurent ainsi un formidable essor dans les Provinces-Unies du XVIIIe siècle. De taille très variable, elles pouvaient rassembler des objets comme des tableaux, des monnaies et médailles, des minéraux et des fossiles, des objets exotiques. Certains amateurs, disposant de temps libre et de revenus rentiers, développèrent à ce sujet une véritable passion, ouvrant même les portes de leurs collections à quelques visiteurs éclairés. Il n’est pas déraisonnable d’imaginer pareille situation à Enkhuizen. Au XVIIe siècle, le médecin Bernardus van den Broecke, plus connu sous le nom de Bernardus Paludanus, y avait amassé des monnaies, des médailles mais surtout des objets d’histoire naturelle en nombre considérable. Les voyages menés par ce natif de Steenwijk à travers l’Europe et le Levant lui permirent d’enrichir sans cesse sa collection38. Installé à Enkhuizen à partir de 1585, il sut tirer parti des opportunités offertes par l’existence de liens maritimes entre cette ville et les rivages asiatiques ou africains. Son jardin exotique était également célèbre, attirant des visiteurs très divers venus de toute l’Europe39. Ce précurseur semble néanmoins ne pas avoir fait d’émule à Enkhuizen, tout du moins à en croire Katia Bossaers qui a travaillé sur les élites dirigeantes de la ville au XVIIIe siècle. À l’instar du reste du Noorderkwartier, on ne trouve sur les bords du Zuiderzee aucun cabinet d’art ou de raretés véritablement constitué. Cela ne signifie pas que les régents d’Enkhuizen ne possédaient pas quelques objets. On ne peut cependant pas parler de véritable collection pour cette époque, à la différence de Leyde40. Le patriciat du port du Zuiderzee disposait pourtant de moyens financiers importants. A-t-il choisi de concentrer ses achats de biens culturels sur la peinture ?
15On a cru identifier un certain penchant des régents de la ville pour le genre, tout du moins dans la première partie du XVIIIe siècle41. Les goûts personnels semblent avoir été plus déterminants que les capacités financières de l’amateur. Cornelis Haak, l’un des hommes les plus riches de la ville, ne possédait ainsi pas plus de quinze tableaux en 1764, lors de l’établissement de sa succession42. La diversité de situations se retrouvait dans la taille des collections. K. Bossaers évoque un éventail très large, de trois pièces pour Dirk Haak à plus d’une centaine pour Cornelia Taanman43. R.E.O. Ekkart en a trouvé beaucoup plus à travers la vente aux enchères d’une collection constituée sans doute en grande partie au XVIIIe siècle44. La belle collection de Margaretha Maria Snouck van Loosen, dispersée en 1886, rassemblait elle aussi des pièces issues d’héritages de parents sans enfants45. La valeur moyenne des tableaux détenus à Enkhuizen semble néanmoins avoir été modeste, en dépit de quelques pièces de prix comme chez Cornelia Taanman ou Jan Pan46. La valeur totale de certaines collections n’est parfois pas plus élevée que la valeur d’un seul de ces tableaux. Il n’est pas rare de relever, dans les sondages effectués, des estimations plafonnant à trente florins47. Cette modestie tenait très souvent à l’identité des auteurs de ces tableaux. Alors que les régents de Hoorn pouvaient posséder les œuvres des principaux maîtres flamands et néerlandais, on ne retrouve que peu de noms majeurs dans les collections d’Enkhuizen, si ce n’est chez H. A. van Bleiswijk48.
16Les goûts des possesseurs de tableaux dans cette ville semblent également avoir été très homogènes. Les scènes de paysage, de groupes comme un marché ou une kermesse, ou encore les natures mortes ou les marines semblent avoir eu la préférence des régents d’Enkhuizen de la première moitié du XVIIIe siècle. Les portraits de membres de la famille étaient naturellement présents, ainsi que les scènes historiques surtout sous la forme de batailles. Les tableaux représentant les activités maritimes ou un simple paysage marin demeurèrent très populaires à Enkhuizen, conformément à la vocation originelle de la ville49. Cet inventaire est probablement resté valable pour le reste du siècle, puisque parmi les 126 tableaux de la collection d’H.A. van Bleiswijk les paysages et scènes animalières concernaient une cinquantaine de toiles alors que les peintures de genre formaient le sujet d’une quarantaine d’autres50. L’attirance des habitants d’Enkhuizen à l’égard des tableaux n’était donc pas évidente. La modestie du nombre, de la valeur et des auteurs des toiles retrouvées, ainsi que le classicisme affiché des sujets préférés, plaident pour un certain désintérêt. Quand les inventaires après-décès, dressant les listes de tableaux, mentionnent également les pièces où se trouvaient les toiles, il apparaît que ces dernières étaient accrochées dans toute la maison, sans qu’un espace spécifique ne leur soit réservé51.
17Cette tendance est renforcée par l’absence de contexte favorable à la constitution de collections importantes. Enkhuizen n’hébergeait aucun peintre d’envergure au XVIIIe siècle, les natifs de la ville préférant eux-mêmes s’expatrier52. On pense ici à l’auteur de marines Jan Verbrugge (1712-1781), qui exerça son art à La Haye ou à Londres. Cette carence a d’ailleurs sans doute favorisé le recours à des peintres itinérants. Ces derniers, souvent d’origine allemande, allaient louer leurs services de ville en ville, séjournant quelques jours dans chacune d’entre elles. On sait que l’un d’eux, Johannes Anspach, peignit quelques portraits de régents de l’orphelinat53. De son côté, la famille Duyvensz fit preuve d’une remarquable constance dans son recours au talent de ce type d’artistes. On dispose en effet d’un portrait de Cornelis François, vraisemblablement réalisé par Jan Maurits Quinkhard à Amsterdam dans les années 1740. Le régent d’Enkhuizen y résidait alors pour ses affaires. Plus de trente ans après, ce fut au tour de sa seconde épouse ainsi que de ses enfants de bénéficier du talent d’Adriaen Thym originaire de Brême mais installé depuis longtemps en Hollande (1720-1783). Ces portraits ovales quelque peu stéréotypés mais non dénués de valeur, sont encore visibles sur les murs de l’Hôtel de ville54. Le recours ponctuel à des peintres itinérants peut être la confirmation de la faiblesse de la demande courante d’œuvres d’art de ce type. Au printemps 1765, Everhard Pan eut d’ailleurs recours au service de Jacob Appel, d’Amsterdam, afin de restaurer deux tableaux55. Il n’existait sans doute aucun artisan capable d’un tel travail à Enkhuizen.
18Les régents de la ville furent concernés, dans une certaine mesure, par un processus d’« aristocratisation ». Si ce patriciat rentier n’était pas totalement détaché des réalités économiques locales, il n’est pas certain que l’intégration des catégories les plus défavorisées ait constitué sa priorité. En tout cas, les intérêts économiques immédiats des régents et des travailleurs de la mer n’étaient plus si concordants. Mais dans cet espace où une forte tradition de secours aux pauvres s’est enracinée fermement, il faut se garder de conclusions hâtives sur le destin des « pauvres ».
Le sort des plus fragiles
19L’examen de ce dossier est rendu périlleux par l’hétérogénéité de cette catégorie d’habitants. Si la difficulté répétée à se procurer des moyens de subsistance semble constituer un marqueur fort, ce critère ne pouvait suffire à rendre compte de toutes les situations. Les historiens néerlandais ont souligné l’extrême diversité qui régnait entre les travailleurs appauvris par une conjoncture déprimée, les vagabonds de passage, les veuves avec charge de famille, les vieillards ou bien les étrangers sans qualification et sans emploi stable56. Des distinctions devenues classiques dans l’Europe du XVIIIe siècle entre bons et mauvais pauvres s’enracinent également à cette époque aux Provinces-Unies. Deux difficultés en découlent : le repérage de ces individus, mais également la nature exacte du lien existant entre leur situation et l’état de l’économie de la ville.
20La présence d’un certain nombre d’habitants pauvres à Enkhuizen au XVIIIe siècle est incontestable. Quatre institutions s’occupaient de leur fournir des secours : la Leprozenhuis ou Gulden Hoofd, la Oude Mannen en Vrouwen Huis, et les deux orphelinats dont nous avons déjà parlé. Le plus récent d’entre eux avait été associé en 1603 à l’Aalmoezeniershuis, chargé de nourrir les nécessiteux. Ces institutions charitables possédaient donc des origines et des objectifs différents, mais toutes se trouvaient liées au consistoire de l’Église réformée de la ville. Comment connaître le nombre exact des indigents à Enkhuizen ? L’état bien souvent lacunaire des archives de ces institutions nous interdisait une reconstitution de grande ampleur. L’état des dépenses de la Oude Armen Weeshuis et les plaintes de la Aalmoezeniers- en Nieuwe Armen Weeshuis auprès du conseil urbain étaient néanmoins accessibles. Le livre de caisse du plus vieil orphelinat de la ville, fondé en 1551, permettait ainsi de calculer la moyenne annuelle des sommes dépensées lustre après lustre, avec des montants arrondis.
Graphique 16 – Les dépenses en nombre de florins du Oude Armen Weeshuis à Enkhuizen, en moyenne annuelle par lustre, selon le livre de caisse des régents de l’hospice, entre 1700 et 1784

Source : WFA, Archives de l’Église Réformée, volumes 11 et 12.
21La tendance à la hausse est nette à partir des années 1720, mais les dépenses de l’institution suivirent une évolution irrégulière. À une baisse sensible jusqu’au premier tiers du siècle succéda en effet une remontée des sommes engagées, sans que pour autant les résultats de 1700-04 soient largement dépassés. D’ailleurs une décrue des dépenses fut de nouveau observable à partir du début des années 1760. Telle quelle cette courbe n’est pas loin de refléter les difficultés économiques de la ville, voire du pays tout entier, et en particulier la profonde crise qui s’installa au milieu des années 1740. Les dépenses les plus élevées consenties par la vieille Garde orpheline de la ville prirent d’ailleurs place au début de la décennie suivante, dépassant de loin la moyenne séculaire et même le résultat du lustre57. L’envolée du prix des denrées alimentaires au cours du XVIIIe siècle, phénomène bien connu pour les Provinces-Unies, doit sans doute nous conduire à envisager des effectifs en baisse. La paupérisation d’une partie de la population d’Enkhuizen prit donc un visage différent de celui qui affecta de nombreuses villes manufacturières hollandaises58. Les réaménagements observés pendant cette période dans la prise en charge des orphelins doivent cependant nous inciter à la prudence. Puisque ces dépenses pouvaient être limitées par des rentrées d’argent moindres, il faut s’intéresser aux requêtes adressées par la principale institution charitable de la ville aux magistrats.
22Les mentions d’une situation financière dégradée furent récurrentes tout au long du XVIIIe siècle, en particulier en ce qui concernait l’Aalmoezeniers- en Nieuwe Armen Weeshuis59. La nouvelle équipe de régents mise en place à l’occasion de la grave crise interne de l’institution en 1752, ainsi qu’un contrôle renforcé du conseil urbain ne produisirent aucun effet tangible. La gêne financière devint si aiguë qu’en novembre 1780, les régents se déclarèrent incapables de servir les intérêts des emprunts contractés60. À l’occasion de conflits âpres et prolongés, il arriva même que la capacité de l’institution à se procurer les produits alimentaires de base soit mise en cause61. Cet état de fait ne se limitait pas à une seule maison charitable, puisque l’hospice pour les indigents fut lui aussi plus d’une fois menacé de faillite62. Ailleurs, comme à Leyde, la situation déplorable de la principale institution de secours pour les nécessiteux, la Huiszittenhuis, la contraignit à solliciter l’aide édilitaire63. Nous savons qu’au contraire, pour des villes comme Dordrecht, Delft ou Bois-le-Duc, les sources de financement pouvaient être plus solides car extrêmement diverses, permettant ainsi à certaines institutions de ne pas connaître les problèmes financiers qui pouvaient tourmenter leurs consœurs d’Enkhuizen64. En l’absence de rentes foncières, les versements ponctuels d’argent opérés par l’Église réformée ou bien le conseil urbain représentèrent une source importante de financement des institutions charitables du port du Zuiderzee65. Une autre solution, bien souvent proposée aux régents des maisons de secours, consistait à émettre des obligations. L’analyse de l’évolution des montants offerts à la souscription par les régents de l’Aalmoezeniers- en Nieuwe Armen Weeshuis fait très clairement ressortir les temps difficiles de la fin du XVIIe siècle et de la Guerre de Succession d’Espagne. Entre 1697 et 1706, les bourgmestres d’Enkhuizen autorisèrent en effet des appels de fonds à onze reprises, pour un montant total de 47 800 florins, dont 16 000 florins rien que pour l’année 169966. Ces émissions correspondaient de toute évidence à une augmentation spectaculaire du nombre d’indigents à secourir, comme certains textes s’en font du reste l’écho67. D’autres souscriptions eurent lieu tout au long du siècle et d’un montant parfois non négligeable, mais elles n’atteignirent jamais les montants dégagés pour l’institution dont il est question plus haut. Des loteries étaient parfois organisées, comme celle de 1711, qui permit de recueillir 300 000 florins68.
23Qu’est-il donc advenu des pauvres qui résidaient dans la ville ? Il semble bien que leur présence se soit faite moins forte au cours du XVIIIe siècle, alors même qu’Enkhuizen ne parvenait pas à surmonter ses difficultés économiques. Une étude plus poussée des registres d’admission des institutions charitables permettrait sans doute de constater que l’identité des pauvres secourus se modifia de façon importante. La rapide consultation des délibérations du conseil urbain suffit cependant à nous mettre sur la voie. S’il était encore question, en 1687, de neutraliser les vagabonds, les catégories stigmatisées avaient changé soixante ans plus tard. On recommanda alors fermement aux régents concernés de ne pas alimenter ceux qui n’étaient pas bourgeois, ainsi que certaines femmes69. Dans d’autres textes on les mit en garde contre celles qui demandaient des secours alors que leurs hommes étaient embarqués pour la campagne de pêche ou bien sur un navire de la VOC70. Cette sélection plus sévère des pauvres à secourir participait largement d’une évolution générale, qui avait commencé par le rejet des indigents non natifs de la ville concernée71. Enkhuizen se conforma à cette conjoncture partagée, même si un certain nombre de travailleurs pauvres ou sans emploi avaient déjà disparu. À l’instar de Leyde ou de Zierikzee, la crise des activités économiques traditionnelles se traduisit apparemment par l’émigration des plus fragiles, même si les preuves de ce mouvement nous font défaut. Il n’est pas certain en effet que ce soit toujours les plus pauvres qui désertent un espace en difficulté économique. Mais ils furent nombreux à disparaître progressivement du paysage urbain, sans être remplacés par des migrants à la recherche d’emplois peu qualifiés. D’une façon ou d’une autre, la ville semble bien, à l’occasion de son déclin économique, s’être délestée d’une partie de ses habitants paupérisés. Tous les pauvres n’ayant pas disparu d’Enkhuizen, la maîtrise des dépenses des institutions charitables devint un leitmotiv au cours du XVIIIe siècle.
24Un autre moyen imaginé pour mieux gérer les finances des institutions charitables fut la mise au travail des indigents secourus, au sein d’une Werkhuis. Le projet en avait été esquissé par les magistrats assez tôt dans le siècle, mais il ne vit le jour qu’en 1779. Au-delà de l’événement, la rhétorique à l’œuvre dans l’élaboration de ce projet doit retenir l’attention car elle peut permettre de cerner un peu mieux la perception des pauvres par les élites de la ville. La nécessité de mettre au travail les individus que l’on secourait s’imposa de plus en plus régulièrement dans les délibérations des magistrats d’Enkhuizen à partir du milieu du XVIIIe siècle72. Amsterdam connaissait de telles institutions depuis longtemps, avec en particulier la Rasphuis fondée en 1599 et réservée aux hommes. Dans le contexte du Siècle des Lumières, il s’agissait d’un mouvement national visant à s’attaquer à la supposée paresse des indigents73. La fondation d’une « Oeconomische Tak der Hollandsche Maatschappij » à Haarlem en 1777 participait de ce mouvement. La réflexion d’un certain nombre de penseurs était alimentée depuis de nombreuses années par le fort développement de la pauvreté en Hollande, mais aussi par un souci aiguisé de l’intérêt général, menacé par un paupérisme volontiers associé à la criminalité74. L’embauche des pauvres a souvent été concomitante à un renforcement de leur surveillance, comme l’atteste un projet avorté à Dordrecht en 175975.
25L’initiative d’une werkhuis ne revint pas aux régents des maisons charitables d’Enkhuizen, mais plutôt à une société locale indépendante, nommée « Oeconomia Enchusana ». Le projet fut cependant soutenu par les institutions de bienfaisance. Le plan pour l’érection de cette institution fut prêt en quelques mois. Le contenu du préambule ainsi que de quelques-uns des vingt-sept articles de ce texte est très instructif. Le souci de lutter contre la paresse des indigents, mais également leur agressivité transparaît nettement, ainsi que la volonté d’y employer le plus possible d’enfants scolarisés à l’École des pauvres fondée en 175276. Les activités projetées concernaient surtout l’industrie textile, mais il était également question de fabriquer des filets de pêche. Autant de signes d’une méfiance croissante des élites de la ville à l’égard des pauvres, conformément à ce que l’on a observé ailleurs en Europe au XVIIIe siècle. Les magistrats souhaitaient en outre mettre la nouvelle institution à l’abri des difficultés financières en faisant appel aux détenteurs de capitaux de la ville. Car, patronnée par les édiles, cette werkhuis n’en était pas moins une entreprise agissant avec des fonds privés. Au moins sept articles du règlement furent d’ailleurs consacrés aux parts qu’un large public pouvait acquérir, contre la promesse du versement d’un intérêt à hauteur de 3 % par an. La perspective de dividendes appréciables était conçue afin d’attirer les investisseurs, et l’on sait que cette entreprise fut couronnée de succès77. Le contenu de certains inventaires après décès, établis au début du XIXe siècle, atteste d’ailleurs d’un attachement renouvelé des régents d’Enkhuizen à cette institution78. On ne doit pourtant pas considérer ce succès comme allant de soi. Dans des villes comme Zwolle, la tentative pour ériger une werkhuis se solda par un échec, les investisseurs boudant un placement peu rentable au vu de la quantité et de la qualité du travail fourni79.
26Ce n’était pas, du reste, le seul moyen pour l’élite économique et politique de la ville de s’investir auprès des plus pauvres. L’éducation de ces derniers allait souvent de pair avec le projet de débarrasser la société du paupérisme. Nous savons qu’il existait depuis assez longtemps, à la périphérie occidentale d’Enkhuizen, un enseignement élémentaire distinct de celui qui pouvait être donné à l’École Latine. Un maître d’école était en poste dans le Westeinde en 175080. L’enseignement à destination des plus pauvres prit cependant un tour décisif quand les magistrats décidèrent d’ouvrir, deux ans plus tard, une armkinder school. Il s’agissait d’enseigner les bases de la lecture, de l’écriture et de l’arithmétique aux enfants de cinq à douze ans venus de la garde orpheline des bourgeois de la ville81. La rhétorique à l’œuvre est instructive et classique : au-delà du souci de préserver l’ordre public ainsi que la propagation de la foi réformée, il s’agissait également de garantir la prospérité de la communauté tout entière82. Sans doute ces idées répondaient-elles à une grave carence, puisque dans d’autres villes, on le sait, de telles écoles existaient déjà depuis longtemps83. Le dispositif, complété dès l’année de fondation par une école du soir, connut d’ailleurs un certain engorgement dès 176184.
27Les pauvres ne disparurent donc pas du paysage urbain de la ville. En proportion moindre et de profil différent, leur prise en charge préoccupa les magistrats tout au long du XVIIIe siècle. Aucune solution durable sur le long terme ne fut cependant trouvée aux problèmes de financement des institutions charitables. Dans ces conditions, l’intégration des communautés allochtones, parfois en situation de détresse sociale, ne s’annonçait-elle pas problématique ?
28La question d’une intégration plus ou moins réussie des étrangers à la communauté urbaine d’accueil a été abordée par tous les historiens ayant étudié les flux migratoires affectant une ville. Elle représente cependant un intérêt renouvelé dans le cas d’Enkhuizen. En effet, cette dernière a subi selon toute vraisemblance une profonde transformation de son identité au XVIIIe siècle, qui aurait freiné l’insertion des migrants. Deux facteurs principaux pourraient en rendre compte : le niveau de revenu et la fréquence du mariage ou non avec un natif de la ville.
29Déterminer la richesse des nouveaux venus à Enkhuizen n’est pas chose aisée. Au pays de l’imposition indirecte, les rôles fiscaux n’étaient remis à jour que de loin en loin. Ils n’indiquaient pas systématiquement, de toute façon, l’origine des habitants imposés. On s’est donc tourné vers une autre source, les registres de l’impôt sur le mariage85. Nous disposons de la série complète de ces registres à partir de 1708 seulement, mais ils sont tenus avec soin. Tels quels, ces registres ne nous indiquent pas si les mariés étaient nés ailleurs ou non. Il était donc nécessaire d’opérer un recoupement avec les publications de bans, dont nous nous sommes déjà abondamment servis. Il a aussi été possible, de cette façon, de mettre en perspective les résultats des couples comptant au moins un étranger à partir de 1710. À l’instar des analyses statistiques précédentes, les ondertrouwregisters n’ont été sollicités qu’à compter du milieu du siècle, sachant qu’ils nous permettaient d’élargir le stock d’individus étudiés. Les registres fiscaux utilisés sont donc restés les mêmes, l’un venant compléter l’autre sur une base décennale.
30L’augmentation régulière du nombre de couples payant la taxe sur les mariages semble confirmer l’idée d’une proportion plus faible d’étrangers pauvres à la fin de la période. Cependant, il faut noter une différence de rythme : la part de couples comptant au moins un étranger et payant la taxe s’accrut beaucoup plus vite que celle du total des couples mariés. À partir des années 1720, le premier pourcentage devint systématiquement supérieur au second. Les migrants installés à Enkhuizen ne se démarquaient donc pas de l’évolution du reste de la population de la ville, et ils sembleraient même bien plus riches que dans les périodes précédentes. Cela est remarquable dans la mesure où plusieurs auteurs ont souligné les difficultés auxquelles ces migrants devaient faire face à l’occasion de leur installation aux Provinces-Unies86. Enkhuizen n’étant sans doute pas plus accueillante, les migrants du XVIIIe siècle devaient donc être mieux armés que leurs prédécesseurs. Un phénomène identique a pu être observé dans d’autres villes néerlandaises, elles aussi en déclin économique. Ainsi D.J. Noordam a-t-il relevé que les migrants installés à Leyde au XVIIIe siècle semblaient, bien au contraire, surreprésentés chez les détenteurs de plus de 5 000 florins de revenus annuels87. La clé de leur succès se trouvait peut-être dans une spécialisation tenant compte des besoins de la ville qui les accueillait88. Rien ne permet d’affirmer que cela fut le cas pour Enkhuizen.
31La recherche demandait à être encore approfondie, puisqu’une proportion plus élevée d’étrangers payant la taxe ne suffisait pas pour déterminer le niveau de richesse du groupe. Il s’agissait donc d’affiner l’analyse en prenant en compte la distribution des migrants entre les différentes classes fiscales. Conscient des limites de l’échantillon identifié grâce aux huwelijksafkondigingen, nous nous sommes appuyés cette fois-ci uniquement sur la source qui démarre en 1750. La ventilation des contributions des futurs mariés d’origine étrangère a été analysée pour deux années.
Graphique 17 – La participation à l’impôt sur les mariages chez les couples comptant au moins un non-natif d’Enkhuizen en 1750

Source : WFA, DTB Enkhuizen, microfiche 57.
Graphique 18 – La participation à l’impôt sur les mariages chez les couples comptant au moins un non-natif d’Enkhuizen en 1779

Source : WFA, DTB Enkhuizen, microfiche 59.
32L’évolution de la part prise par chaque niveau d’imposition est remarquable à plus d’un titre. Le phénomène le plus frappant est bien entendu le fort recul du nombre de couples exemptés de taxe. Pour autant toutes les autres catégories n’en profitèrent pas à part égale. Le nombre de ceux qui acquittaient le droit à hauteur de trois florins progressa en 1778, mais il ne s’agissait pas de l’évolution la plus spectaculaire, à la différence de la catégorie des six florins. À l’autre bout de l’échelle, ceux qui payaient trente ou soixante florins firent une remarquable percée89. Pour la période qui court de 1760 à 1764, les dix couples qui payèrent trente florins pesaient en effet pour près d’un quart du total. Il est donc possible de faire nôtre pour Enkhuizen, la remarque de C.R. Friedrichs sur Nördlingen : l’augmentation de la richesse des migrants semble être allée de pair avec l’effondrement de leurs effectifs, permettant également de réduire les écarts avec les habitants natifs de la ville90. En observant dans le détail l’origine géographique des migrants apparemment les plus riches, on relève la nette prépondérance des villes de la province de Hollande. La Haye ou Hoorn étaient toujours présentes, mais c’est Amsterdam qui s’imposa régulièrement comme centre principal d’émission. Nous aurons l’occasion de parler à nouveau de cette réalité.
33Cette plus grande proximité de destin avec les natifs de la ville se retrouvait-elle au moment des unions matrimoniales ? Une proportion plus ou moins élevée de mariages conclus entre immigrant(e)s et natif(ve)s d’Enkhuizen pourrait en effet signifier une intégration plus aisée, comme cela a déjà été observé pour de nombreuses autres villes. Les ondertrouwregisters ont une fois de plus été utiles. On s’est en effet intéressé, dans un premier temps, à la proportion de mariages conclus entre deux étrangers. Elle resta importante dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, de 1750 à 177991. Il faut noter, par ailleurs, la prédominance des unions entre deux personnes originaires d’une même ville, quand deux étrangers se mariaient à Enkhuizen. Cette prédominance s’affirma avec davantage de force au fur et à mesure de l’avancée du siècle. Alors que pour l’année 1750, sur les sept couples concernés, aucun n’associait deux conjoints originaires de la même ville, ils étaient deux en 1775 et quatre en 1779. Sans oublier naturellement tous ceux qui venaient de la même région, comme les époux frisons ou allemands. Si l’on remonte un peu dans le siècle, on se rend compte que le nombre de ces couples d’étrangers de même origine géographique a eu tendance à rester plus faible lors des périodes de conflits de la première moitié du XVIIIe siècle92. Ces temps troublés s’accompagnaient alors d’un brassage supplémentaire d’hommes de provenances diverses.
34On a cependant souhaité approfondir ces constats, au moyen d’une recherche spécifique sur les hommes venant de l’Europe du nord-ouest et du nord-est, et contractant mariage à Enkhuizen. L’objectif étant de savoir si ces hommes se mariaient ou non de façon privilégiée avec des femmes nées hors de la ville elles aussi. La période étudiée court de 1681 à 1781, alors qu’un certain nombre d’années n’indiquent aucun mariage concernant des hommes de cette origine. La nature même de la source utilisée, les fameux registres de publications des bans, explique ces lacunes. La série complète en a cependant été exploitée93. On a relevé au total 126 mariages impliquant un homme originaire de l’Europe du nord-ouest ou du nord-est, pour cette période séculaire. Or, 107 unions furent conclues avec une femme née à Enkhuizen et seulement 19 avec une femme née dans une autre ville. La très grande majorité des hommes venus de ces régions trouvèrent donc à se marier avec une native. Naturellement, nous ne savons pas si les parents de ces jeunes filles étaient installés dans la ville depuis longtemps. Mais ce premier constat est important. Il nous reste donc 19 autres cas, sous la forme d’unions entre un de ces Européens du nord et une femme née hors d’Enkhuizen, concentrées dans la première moitié du XVIIIe siècle. La ventilation des origines des conjoints de ces 19 couples est instructive. On ne relève que quatre couples (deux de Norvège, un de Hambourg et un autre de Monkemen) dont les deux conjoints avaient la même origine. Pour deux autres cas, les deux mariés étaient à chaque fois originaires de l’extérieur des Provinces-Unies. Ainsi sur les 19 couples dont aucun des conjoints ne venait d’Enkhuizen, 13 présentaient au moins un conjoint natif du pays, en l’occurrence d’Amsterdam à cinq reprises.
35Les étrangers qui résidaient dans le port du Zuiderzee ne semblent donc pas concernés par des pratiques endogamiques au XVIIIe siècle. Loin de chercher leur futur conjoint dans leur cercle d’origine, ils multiplièrent au contraire les unions avec les natifs de la ville. La réduction des flux migratoires s’est sans doute soldée par des opportunités moindres de mariage au sein de son propre groupe, mais il faut également considérer l’évolution des rapports entre les composantes de la société urbaine.
Les conflits au sein de la communauté d’habitants
36Les développements qui précèdent accentuent l’idée d’une modification profonde de la composition sociale et religieuse de la ville. Cette dernière peut apparaître, somme toute de façon classique dans l’histoire européenne, comme un espace d’instabilité ou un lieu de brassage soumis à de continuelles recompositions. Toutefois, ces bouleversements en profondeur d’une communauté d’habitants soumise à de sévères difficultés économiques pouvaient déboucher sur des rapports détériorés entre groupes devenus antagonistes.
37La civilisation urbaine néerlandaise ne présente en effet qu’un calme apparent, menacée par des tensions fortes et presque permanentes entre groupes sociaux parfois animés de ressentiments. L’un des rôles des autorités municipales était d’ailleurs de gérer des intérêts parfois très opposés94. Les habitants les plus pauvres ne jouissaient pas des mêmes droits que les bourgeois de la ville, qui eux-mêmes, à moins d’appartenir au cercle des régents, n’eurent plus leur mot à dire dans la gestion des affaires publiques au XVIIIe siècle95. Il n’est donc pas étonnant que les villes néerlandaises de l’Age moderne aient été le théâtre d’émeutes, de révoltes ou d’agitations qualifiées par les historiens néerlandais d’oproer96. Les origines de ces troubles furent variables : frumentaires, fiscales, politiques ou religieuses. Conscients du danger, les magistrats déployaient tous leurs efforts pour éviter de tels événements et cette approche fut parfois couronnée de succès. Mais, pour Enkhuizen, les bouleversements économiques et sociaux ainsi que la fermeture de l’élite dirigeante n’étaient-ils pas de nature à favoriser la multiplication des troubles de l’ordre public ?
38L’histoire de la ville au XVIIIe siècle se signale bien au contraire par l’absence de réelles turbulences. Enkhuizen n’apparaît pas sur la liste des villes touchées par les émeutes de la faim entre 1693 et 1741, et par ailleurs elle ne connut pas non plus de révolte antifiscale. Constat étonnant en apparence, car dans les décennies précédentes elle s’était distinguée par un climat agité, nourri de soulèvements et de rébellions mémorables. Des habitants de la ville avaient ainsi saccagé des symboles de l’Amirauté en juin 1653, avant que la crise ne tourne à la lutte entre factions politiques, faisant du port du Zuiderzee le lieu le plus perturbé de cette année-là97. Le lien avec des difficultés économiques provoquées par un conflit militaire était alors évident, comme ce fut encore le cas en 1672-1673. La ville baigna pendant plusieurs mois dans une grande nervosité, des soulèvements de matelots ajoutant à son instabilité98. La situation semble avoir été toute autre au XVIIIe siècle.
39Quelques signes de tensions apparurent cependant dans la deuxième partie des années 1740, puisque le conseil urbain prit des mesures afin de garantir l’ordre public. Il fut question de renforcer les patrouilles de la milice dans les rues, et d’arrêter tout suspect afin de l’interroger99. La crise avait un caractère national, puisque le pays tout entier était en proie à un bouillonnement insurrectionnel. Les événements de juillet 1782 furent plus graves. La ville connut deux jours de très fortes tensions, à l’initiative des charpentiers de marine qui se plaignaient du tarissement des commandes. Ils prirent pour cible le jeune Hendrik van Straalen, qui représentait les intérêts de l’amirauté de Frise occidentale100. L’agitation resta cependant circonscrite dans l’espace et dans le temps, et l’intervention du conseil urbain suffit à calmer les protestataires101. Pourquoi cet effacement des troubles au XVIIIe siècle ? Les efforts menés par les magistrats d’Enkhuizen pour limiter les problèmes de ravitaillement ont certainement porté leurs fruits102. Mais il faut également faire intervenir les bouleversements de la structure sociale de la population d’Enkhuizen. Le substrat formé par les gens de mer et les travailleurs manuels et précaires avait en effet fondu, privant par la même occasion une éventuelle révolte de troupes nombreuses.
40La question de la coexistence religieuse, qui occupe une place centrale dans l’histoire des espaces urbains des Provinces-Unies, est autrement plus complexe. Dépourvue de religion d’État, la République garantissait à tous la liberté de conscience. Religion officielle mais pas unique, le calvinisme jouissait d’une position dominante. Le soutien et la protection des conseils urbains au culte réformé ne furent cependant jamais inconditionnels. Les édiles recherchaient davantage la paix religieuse et la tranquillité publique103. En janvier 1579, le texte de l’Union d’Utrecht avait clairement posé comme principe le rejet des persécutions pour des motifs religieux dans les provinces septentrionales des Pays-Bas. Puisqu’il fallait résister entre autres à l’intolérance religieuse des Espagnols, les signataires jugèrent inconcevable de s’adonner à un nouvel exclusivisme confessionnel. L’interdiction, en 1581, de se livrer publiquement à l’exercice des autres religions n’a donc jamais signifié la négation de la liberté de conscience aux Provinces-Unies104. La cohabitation entre plusieurs confessions s’est imposée, dictée d’ailleurs par la nécessité voire par le pragmatisme bien plus que par un véritable projet de tolérance.
41L’absence de violences religieuses dans ce pays, en dépit du complexe écheveau confessionnel qui y régnait, a étonné les contemporains. Les historiens nous incitent cependant à la prudence à propos du contenu exact de la cohabitation religieuse aux Provinces-Unies. Willem Frijhoff a appelé à prendre une distance vis-à-vis du terme même de « tolérance », les tensions n’ayant jamais vraiment disparu de la société néerlandaise105. Un certain nombre de fidèles de différentes confessions n’ont en réalité jamais pu se départir d’un sentiment de crainte ou de haine vis-à-vis des autres, intériorisant leur violence. Cette réalité se nourrissait largement des implications du statut officiel de l’Église réformée106. Les frustrations provoquées par ce dernier étaient en mesure de briser l’unité des communautés quand les catholiques y étaient nombreux. Tous ceux qui n’étaient pas calvinistes se trouvaient privés, dans les faits, de droits civiques essentiels. Ils ne pouvaient pas non plus prétendre à l’exercice de charges officielles. De nombreux habitants, se rattachant à une foi non reconnue officiellement, étaient donc victimes de discrimination. Ce pays multiconfessionnel n’échappait en aucune manière aux tensions et aux frustrations provoquées par un sentiment d’injustice, d’autant plus que les États Généraux eurent souvent à cœur de rappeler la position dominante du calvinisme aux Provinces-Unies. Peu de temps après la fin de la guerre de Quatre-Vingts ans contre les Espagnols, en 1651, ils confirmèrent ainsi le caractère exclusif du culte réformé. Des situations très variables se développèrent malgré tout, entre tolérance assumée et soutien énergique aux calvinistes les plus agressifs. Les magistrats d’un certain nombre de villes ont ainsi rendu très difficile l’acquisition du droit de bourgeoisie aux catholiques, sans que cette attitude soit généralisée107. Il est vrai que les menaces militaires de la monarchie française, puissance catholique, à l’endroit du territoire néerlandais en 1672 et 1747, ont pu également peser d’un poids tout particulier. L’existence ou non de conflits religieux dans une ville des Provinces-Unies paraît donc résulter d’un processus complexe, où la posture des représentants de l’Église réformée était au moins aussi importante que les décisions prises par les magistrats ou le contexte108.
42L’histoire confessionnelle d’Enkhuizen s’est construite en relation étroite avec cette trame nationale, mais également avec le destin de la cité. Sans consistoire, la cité n’avait connu pendant longtemps que le passage de pasteurs itinérants. En 1572, dans la foulée de son ralliement à la révolte anti espagnole, la ville bascula du côté calviniste109. La tenue publique d’offices réformés ainsi que l’enlèvement des images des églises catholiques favorisa le départ de nombreux catholiques d’Enkhuizen vers Amsterdam110. Terriblement affaibli par les départs de ses fidèles, l’héritage catholique se maintint néanmoins sur les berges du Zuiderzee. Le développement de la pêche du hareng et du commerce vers les Indes favorisa de son côté l’émigration de nombreux marins et soldats luthériens venus de Scandinavie ou d’Allemagne du nord. Des anabaptistes scindés en plusieurs groupes ainsi qu’une petite communauté juive complétaient le tableau d’une cité multiconfessionnelle, bien que très majoritairement calviniste à partir du début du XVIIe siècle. Les vicissitudes ayant affecté le catholicisme néerlandais s’observent également à Enkhuizen. Les catholiques, brimés mais non pourchassés, connaissaient en effet une situation particulière. Depuis 1584, Rome considérait les Provinces-Unies comme une terre de mission, alors même que le pays comptait encore une majorité de ses fidèles. Ces derniers étaient toujours encadrés par des prêtres séculiers voire des réguliers, luttant pied à pied pour leur survie. Bon nombre de ces prêtres ou de ces croyants envisagèrent d’un mauvais œil la négation ou à tout le moins la dépréciation de leurs efforts, car le terme de « mission » renvoyait à un pays païen. Cette situation produisit dans les décennies suivantes des conflits importants au sein du catholicisme néerlandais, relancés vigoureusement par la querelle janséniste et conclus par le schisme d’Utrecht en 1724111. À partir de cette date, les catholiques aux Provinces-Unies se divisèrent en catholiques romains et membres de la oud-Bisschoppelijke clerezie. La ligne de partage était constituée par l’attitude vis-à-vis de la tutelle romaine.
43Ces rapports de force ont nourri dès le XVIIe siècle un lourd climat de tension. Les catholiques ont ainsi dû surmonter, très tôt, nombre de difficultés, tandis que les Jésuites furent régulièrement pourchassés112. Cette situation était de nature à radicaliser les discours des uns et des autres. On doit tenir pour acquis que le gouvernement urbain, au XVIIe siècle, soutint sans états d’âme les positions de l’Église réformée. Un bourgmestre proposa en 1661 une application plus rigoureuse des placards anti-catholiques dans la ville113. Ce sont les députés d’Enkhuizen qui mirent à la discussion, lors d’une réunion des États de Hollande et de Frise occidentale en 1709, l’interdiction des Jésuites dans la province114. Ces initiatives du Magistrat s’accompagnaient d’une rhétorique particulièrement stigmatisante à l’égard des catholiques. Il ne pouvait pas en être autrement, dans la mesure où elles correspondaient à une attitude belliciste du consistoire calviniste115. Quelques épisodes indiquent néanmoins que les ponts n’étaient pas totalement rompus entre les communautés. Les catholiques pouvaient en effet se montrer généreux à l’occasion d’une collecte organisée par les autorités de la ville en faveur de réfugiés français, pourtant huguenots116. Le XVIIIe siècle nous offre-t-il une situation apaisée, à la faveur du remodelage de la communauté d’habitants ?
44Le premier tiers du siècle fut marqué par les prises de position très dures des calvinistes d’Enkhuizen à l’égard des catholiques, tout à fait dans la continuité de la période précédente. Dans sa délibération du 23 juin 1729, le consistoire se promettait ainsi de « faire preuve de vigilance face à la hardiesse papiste »117. Ces mots se retrouvent fréquemment, à peu de chose près, dans les archives du gouvernement urbain à la césure du premier et du deuxième tiers du XVIIIe siècle. Les magistrats reprenaient intégralement la rhétorique anticatholique élaborée au sein de l’Église réformée, jusque dans la sémantique mobilisée. Qualifiés tantôt de « papistes » ou de « partisans du pape », les catholiques étaient considérés de façon très péjorative. Désignés comme des éléments dangereux, ils devaient faire l’objet d’une surveillance particulière. C’est la raison pour laquelle le hoofd-officier reçut régulièrement la consigne expresse de ne rien leur céder et de les avoir à l’œil118. Les délibérations du conseil urbain au début des années 1730 nous fournissent l’une des clés de cette position très dure. Il est en effet possible d’y déceler la peur d’un accroissement numérique des catholiques119. Ces craintes n’étaient pas tout à fait infondées, au vu de l’évolution de la part des catholiques dans la population de la ville.
Graphique 19 – La part des catholiques dans le total des mariages célébrés à Enkhuizen entre 1680 et 1774

Source : WFA, DTB Enkhuizen, microfiches 50 à 53, 57 et 26.
45Le nombre d’unions entre deux catholiques ne connut pas de progression numérique notable entre la fin du XVIIe siècle et le deuxième tiers du XVIIIe siècle. Il s’agissait en réalité d’une progression du poids relatif de ces unions. Les réformés, qui représentaient l’écrasante majorité des autres mariages conclus à Enkhuizen pouvaient légitimement concevoir quelque inquiétude face à cette montée en puissance des catholiques romains.
46C’est ainsi que les délibérations du consistoire calviniste laissent apparaître, de façon assez constante, des réactions très agressives vis-à-vis des risques d’apostasie. Les diacres et les anciens de la communauté réformée d’Enkhuizen se montrèrent extrêmement vigilants vis-à-vis de ceux qui pouvaient abandonner la vraie foi, particulièrement à l’occasion d’événements familiaux, et ce jusque tard dans le siècle120. Certains cas étaient jugés encore plus graves, à l’instar de ces deux femmes signalées le même jour au consistoire par les frères du quartier où elles habitaient. Geertruyd Dyl fut accusée de fréquenter les réunions anabaptistes, tandis qu’Anna Krygsman aurait été coupable de se rapprocher des luthériens121. Le consistoire ne ménageait pas alors ses efforts pour ramener les brebis perdues au bercail, surtout si l’apostat se livrait à des insultes publiques à l’encontre de la foi réformée122. Mais le succès de la démarche était loin d’être assuré, comme le montre le cas de Maria Catharina Heeren en 1775. Suite à sa conversion au luthéranisme, les frères du quartier furent dépêchés immédiatement, mais ils ne parvinrent pas à la rencontrer. Ils durent rendre compte, deux mois plus tard, du caractère définitif de cette apostasie123. La crainte de la diffusion du message catholique ne diminua pas au cours du siècle. En 1752, lors de la rédaction d’un règlement pour l’école des enfants pauvres de la ville, il était ainsi spécifié que le maître d’école devait être vigilant afin d’empêcher les enfants catholiques d’amener des livres de leur religion124.
47Cette posture à la fois agressive et vigilante correspondait à la politique suivie par les magistrats. Le premier tiers du XVIIIe siècle paraît marqué en effet par la volonté, chez les édiles, d’entraver l’exercice du catholicisme dans la ville. Ses lieux de culte furent fermés en 1717 puis entre 1719 et 1720. Une telle attitude de la part du Magistrat n’était pas propre à Enkhuizen dans ces années-là, puisque de nombreuses décisions anticatholiques furent prises par les États Généraux ou les États de Hollande. On aurait tort pourtant de surinterpréter ces mesures, car la ville ne fut pas concernée par la panique anticatholique de juin 1734125. Les sentiments anticatholiques n’étaient donc sans doute pas si répandus que cela dans la population. Raisons pour lesquelles le gouvernement urbain n’a suivi les options dures du consistoire réformé de la ville que dans une certaine mesure. Les relations entretenues par les calvinistes avec les autres confessions présentes à Enkhuizen doivent cependant être analysées dans une perspective séculaire.
48On observe ainsi, au mitan du XVIIIe siècle, l’amorce d’un basculement de la position du conseil de la ville ainsi que de l’Église réformée locale. Les invectives habituelles firent peu à peu place à l’acceptation d’une cohabitation inévitable. Cette évolution s’observe surtout à l’égard des catholiques romains. Les termes employés afin de les désigner se firent moins méprisants. Le consistoire réformé lui-même parlait avec beaucoup moins d’agressivité, en 1768, des « églises romaines » de la ville126. Il semble que les catholiques aient de leur côté modéré leur langage à propos des réformés. C’est vraisemblablement la conquête d’une position plus avantageuse et en particulier davantage de liberté pour leur organisation qui tempéra leur virulence127. L’évolution des relations entre confessions à Enkhuizen est donc marquée par une diminution de l’intolérance religieuse dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. À travers tout le pays, on a également observé l’absence de nouveaux textes anticatholiques128. Il ne faudrait pas pour autant en conclure à un rapprochement des différentes confessions. L’incompréhension ou l’indifférence dominaient toujours les discours de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les dispositions pratiques qui régissaient la vie cultuelle ont-elles du moins suivi une évolution parallèle à l’assouplissement des discours ?
49Un effacement des brimades à caractère religieux semble se dessiner à Enkhuizen au cours du XVIIIe siècle. Le lent adoucissement de la rhétorique confessionnelle sur les rives du Zuiderzee aurait donc trouvé un écho du côté de l’encadrement des pratiques cultuelles. L’année 1734, théâtre d’une poussée de fièvre aux relents de troubles de religion, vit des plaintes s’élever contre les allées et venues des fidèles de Rome autour de leurs lieux de culte129. Bien qu’épargné par la panique anticatholique, le consistoire réformé n’en demeurait pas moins vigilant. Il demanda aux magistrats, le 20 avril 1747, d’interdire aux catholiques de se livrer à leur culte en même temps que les réformés130. La question fut de nouveau évoquée en 1750, à trois reprises. Le 25 juin il fut demandé aux autorités de la ville de faire en sorte que les fidèles des deux communautés n’aient pas l’occasion de se croiser. Sept jours plus tard, le consistoire évoquait à nouveau le problème, en proposant à l’issue de sa réunion un « arrangement » quant aux horaires de circulation. Un accord fut finalement officialisé le 27 août 1750, prévoyant que les catholiques pourraient circuler le dimanche entre 5 h 30 et 7 heures, entre 10 heures et 11 h 30 et entre 14 h 30 et 16 heures. Les calvinistes ne renonçaient donc pas à jouir du statut officiel de leur Église. Fermement convaincus de leur supériorité, ils faisaient preuve d’une grande pugnacité dans la défense de leurs privilèges. La seconde partie du XVIIIe siècle les vit d’ailleurs demander des limitations de l’exercice du culte catholique à certaines occasions. Les pasteurs obtinrent des bourgmestres la fermeture des églises catholiques de la ville le temps de la tenue d’un synode réformé, en 1768 puis 1774131. Ces événements ne sauraient masquer l’essentiel. Les autorités réformées d’Enkhuizen, en obtenant ainsi des mesures symboliques et ponctuelles, avaient en fait totalement renoncé à extirper le catholicisme de la ville.
50La nouvelle attitude des magistrats, qui ne tardèrent pas à jouer la carte de la cohabitation confessionnelle, les a peut-être encouragés dans cette voie. Il s’agissait en tout cas d’un adoucissement ressenti à l’échelle de tout le pays132. Le consistoire réformé parvint, en outre, à se rendre parfois insupportable aux yeux des magistrats. Certaines de ses récriminations ne furent pas bien accueillies une fois passé le mitan du siècle133. Les luthériens profitèrent de cet assouplissement des positions édilitaires bien avant ces chamailleries. Ils furent en effet autorisés à se marier dans leur temple dès 1721134. Quelques années plus tard, le pasteur de leur communauté bénéficia d’une exemption de la taille réelle, ou verponding, perçue sur sa maison135. Les magistrats prirent ensuite l’habitude d’intervenir afin d’apaiser les tensions au sein de cette communauté, recherchant ouvertement le retour du calme. L’inflexion en faveur des catholiques romains paraît plus tardive, mais les nécessités de la lutte encore longtemps poursuivie contre les Jésuites peuvent expliquer ce retard. C’est ce qu’indiquent en effet les instructions fournies au Hoofdofficier de la ville, nouvellement nommé en 1765136. Plusieurs décisions témoignent d’un adoucissement ultérieur à l’égard des fidèles de Rome, autorisés à célébrer le jubilé général en 1770, puis à édifier six ans plus tard une église neuve137. Les concessions à l’égard de la communauté juive, demeurée squelettique, se firent au contraire au compte-goutte.
51Le consistoire réformé n’avait cependant pas tout à fait désarmé sur le champ de bataille théologique. Les mennonites, pourtant scindés en de multiples groupes, firent ainsi l’objet d’une continuelle surveillance au XVIIIe siècle. Nous savons que les réformés redoutaient autant la concurrence exercée par ces croyants, que leurs critiques à propos de l’institutionnalisation du calvinisme138. L’affaire de la nomination du pasteur Hendrik van Gelder, en 1765, révèle le souci des magistrats de conserver la mainmise sur le processus d’unification des mennonites. Il témoigne des inquiétudes réelles suscitées par les rumeurs de socinianisme139. Au-delà du nécessaire combat contre ceux qui rejetaient le dogme de La Trinité, le gouvernement urbain s’affirmait comme le garant d’une coexistence religieuse apaisée à Enkhuizen.
52L’impact des remodelages économiques et démographiques fut sans doute décisif sur le recul des querelles confessionnelles dans la ville au XVIIIe siècle, surtout après 1750. Il faut rappeler ainsi que l’assèchement des flux migratoires à destination d’Enkhuizen s’était accompagné d’un profond déclin numérique des communautés luthérienne et anabaptiste. Bien qu’il s’inscrive dans un contexte global, l’apaisement des tensions doit en effet être vu comme le résultat d’une importante perte de vitalité de la communauté urbaine. Si le pouvoir édilitaire ne renonça pas au soutien et à la protection de l’Église réformée, il avait désormais en tête des préoccupations comme la paix religieuse et la tranquillité publique140.
53Les calvinistes, encore très largement majoritaires dans la ville, ont vraisemblablement assoupli leurs positions sous la double pression d’une conjoncture fortement dégradée et du recul de l’intolérance religieuse à l’échelle nationale. Nous sommes donc face à une réévaluation des stratégies de coexistence religieuse dans un cadre urbain, sous la pression du déclin économique et démographique. Il existe un réel progrès du processus de cloisonnement confessionnel à Enkhuizen au cours de la période étudiée, se traduisant par l’avènement de barrières de plus en plus étanches entre les différentes communautés141. Calvinistes comme catholiques intensifièrent leurs efforts pour accroître le nombre de leurs fidèles, dès le milieu du XVIIe siècle selon certains historiens142. L’épanouissement de ce phénomène au siècle suivant peut être interprété comme un repli sur soi. Mais il est également possible d’y déceler le signe de la vitalité de certaines minorités comme semble le montrer la position des catholiques à Enkhuizen en 1809.
Graphique 20 – La composition confessionnelle de la population d’Enkhuizen en 1809

Source : H. Knippenberg, De religieuze kaart van Nederland, Assen, van Gorkum, 1992, p. 61.
54Ce recensement national sur une base confessionnelle ne fut mené qu’en 1809. Les données, bien que tardives, devaient être valables pour la fin du XVIIIe siècle. La ventilation des habitants d’Enkhuizen, alors au nombre de 5 733, entre les différentes communautés, indique sans ambages la très nette supériorité numérique des calvinistes. Devenu un bastion de la Réforme au cours du XVIIe siècle, Enkhuizen a également subi les conséquences du cloisonnement confessionnel. Et c’est dans ce contexte que les catholiques romains se sont nettement imposés comme la minorité religieuse la plus dynamique de la ville.
La cohabitation confessionnelle au quotidien
55Willem Frijhoff a introduit le concept d’omgangsoecumeniciteit, avançant l’idée d’une cohabitation de tous les jours, davantage subie que véritablement choisie143. La famille, la maison de façon plus globale ou encore l’atelier ont souvent été présentés comme les lieux privilégiés de la coexistence dans la diversité religieuse au sein des villes néerlandaises.
56L’étude du phénomène des « gemengde huwelijken » ou mariages mixtes entre conjoints de confession différente permet par exemple de mesurer davantage les bouleversements ayant affecté les stratégies de coexistence religieuse. Encore très libres au XVIe siècle, ces unions furent rendues plus compliquées par une série de décisions des États Généraux deux siècles plus tard144. Les autorités ecclésiastiques de tout bord rejetaient en effet ce type de mariages, des catholiques aux anabaptistes. Le consistoire de l’Église réformée d’Enkhuizen s’y opposait également, et le fit savoir avec virulence à l’orée du dernier tiers du XVIIIe siècle. Les termes employés pour qualifier de telles unions pouvaient être très durs, comme en juin 1762. Le consistoire qualifia ainsi le mariage de Cornelisje Bok avec un catholique de « clandestin » tout en demandant sa dissolution145. Cependant, la situation n’était pas figée au plan national. Les sanctions prononcées à l’encontre des contrevenants eurent en effet tendance à s’adoucir au cours du XVIIIe siècle, passant du bannissement à la privation de communion, avec la perspective d’une levée de cette sanction en cas de conversion de l’élément étranger146. Les catholiques néerlandais se montraient, de leur côté, beaucoup plus laxistes, affectant d’oublier que le dogme tridentin avait fait du mariage un sacrement. Qu’en était-il du port du Zuiderzee ?
57Les unions mixtes semblent y avoir été célébrées en nombre assez important au « siècle des perruques ». Ce sont les documents baptismaux où étaient enregistrés les enfants nés de ces mariages qui nous livrent les informations les plus précieuses. On a ainsi relevé, au XVIIIe siècle, la mention de vingt-trois enfants baptisés au sein de l’Église catholique romaine alors que l’un des parents n’en faisait pas partie147. Du côté des réformés, le consistoire était à l’affût des mères faisant baptiser leurs enfants par un prêtre catholique. La machine de contrôle de l’Église réformée ne tardait jamais à se mettre en branle148. Un certain nombre de foyers comportaient, par ailleurs, des enfants n’ayant pas tous été baptisés dans la même foi. Plusieurs cas de figure se présentaient. La plupart des baptêmes catholiques concernaient des filles, surtout quand le père était dit « acatholique ». Quand le baptême avait lieu au temple réformé, il concernait souvent les garçons de la famille. De telles pratiques n’étaient pas nouvelles aux Provinces-Unies. Les anabaptistes, par exemple, abandonnaient fréquemment toute attitude rigide à ce sujet, préférant suivre une conduite pragmatique. Les parents de confession différente se répartissaient alors les enfants en fonction du nom porté ou bien de leur sexe149. L’hypothèse selon laquelle, à Enkhuizen, les Églises se partageaient les enfants issus des couples mixtes en fonction de leur sexe est donc tout à fait recevable. Mais la situation pouvait également être infiniment plus complexe. C’était le cas de cette famille de six enfants logée dans une maison sur le Zuyder Boerevaart. Le père étant catholique et la mère calviniste, on crut savoir tout d’abord que trois enfants avaient été baptisés par le pasteur et les trois autres par le prêtre. Mais après une enquête plus approfondie, il s’avéra que les enfants baptisés dans l’Église catholique étaient en réalité au nombre de cinq. La dépendance de cette famille pauvre à l’égard des secours distribués par les Églises explique très certainement cette situation un peu floue150.
58Deux remarques s’imposent. Tout d’abord, un certain nombre de couples mixtes firent baptiser leurs enfants successifs sans aucun souci alors que la situation du non-réformé était largement connue151. L’existence de ces couples mixtes a donc pu s’inscrire dans la durée, au vu et au su de chacun. En outre, le nombre de ces baptêmes s’effondra chez les catholiques une fois passée la première décennie du XVIIIe siècle. Cela correspondait-il à une rigueur plus affirmée de la part des prêtres de la ville ? Il est permis d’en douter, dans la mesure où accorder le baptême à un enfant issu de parents d’une autre confession était de nature à favoriser la conversion éventuelle du reste de la famille. Un autre élément semble plus paradoxal. Du côté des calvinistes, les onze baptêmes d’enfants dont l’un des deux parents n’était pas réformé se concentrent sur une période assez courte152. Il s’agissait souvent du géniteur, qualifié d’anabaptiste ou de catholique. Les temples calvinistes étaient pourtant les seuls à être considérés comme des bâtiments publics, et à pouvoir bénéficier de subsides édilitaires. Cette position particulière les obligeait plus ou moins à accepter de baptiser quiconque leur était présenté. Il est donc peu probable que les pasteurs réformés se soient montrés soudainement plus stricts en refusant de baptiser de tels enfants. Du reste, tous les baptêmes d’enfants issus de parents non-réformés ne furent pas interrompus au XVIIIe siècle. On s’en rend aisément compte avec les orphelins de parents anabaptistes et que les régents des institutions charitables de la ville continuèrent d’envoyer au pasteur afin qu’ils reçoivent un baptême réformé153. Il peut donc s’agir d’un défaut d’enregistrement, conscient ou non. Mais on suppose également que l’affaiblissement numérique des communautés luthérienne et anabaptiste a été répercuté sur le nombre d’enfants concernés. Les catholiques, de leur côté, disposaient de suffisamment de ressources et de réseaux pour pouvoir prendre eux-mêmes en charge les orphelins de leur communauté. D’autres sources permettent quoi qu’il en soit de se rendre compte que la présence, au sein d’un même foyer, d’enfants qui n’avaient pas tous été baptisés dans la même Église était largement répandue154.
59Au-delà de la confirmation de l’impact conjugué du déclin économique et du cloisonnement confessionnel, c’est la permanence d’unions mixtes et de fratries aux baptêmes incertains qui pose problème. Elle signifie sans doute pour les Églises, même avec des effectifs réduits, une certaine difficulté à contrôler strictement leurs ouailles respectives. Les stratégies officielles de coexistence religieuse ne sont jamais vraiment venues à bout de comportements pragmatiques s’inscrivant dans ce que Willem Frijhoff a qualifié d’« œcuménicité quotidienne, fondement de la paix sociale, confusément comprise comme une valeur »155. Il est possible que le déclin économique et démographique de la ville se soit accompagné d’un certain délitement de l’autorité ecclésiastique. Sans aller jusqu’à évoquer une quelconque résistance consciente des populations, la persistance d’un décalage entre pratiques quotidiennes de coexistence religieuse et discours des autorités officielles, dans la première moitié du XVIIIe siècle, est frappante.
60Les fidèles déjà enregistrés auprès d’une Église constituaient un enjeu important des rapports confessionnels. Les moyens de persuasion mis à la disposition des prosélytes étaient variés, à commencer par les visites à domicile ou bien les secours distribués. Enkhuizen fut traversée, à cette période, par une vague de conversions, en particulier du côté des adultes anabaptistes. Ces derniers se dirigèrent majoritairement vers les deux confessions les plus importantes de la ville, à savoir le calvinisme et le catholicisme romain. Les rapports adressés par le provincial des Jésuites à Rome attestent en effet d’un réel dynamisme de la communauté catholique d’Enkhuizen dans le premier tiers du XVIIIe siècle, ce que confirment des sources locales156. Il n’est donc pas surprenant de voir revenir régulièrement des délibérations très agressives du consistoire calviniste à ce sujet. La crainte de la diffusion du message catholique ne diminua pas au cours du siècle. Le règlement pour l’école des enfants pauvres de la ville, rédigé en 1752, spécifiait que le maître d’école devait être vigilant au sujet des enfants catholiques qui apportaient des livres de leur religion dans la classe157. L’absence d’une quelconque ségrégation confessionnelle dans l’occupation de la ville ne facilitait pas la tâche des autorités réformées locales.
61Enkhuizen est donc marquée, de façon incontestable, par l’émergence d’une société de l’entre-soi à partir du dernier quart du XVIIe siècle. Ce mouvement complexe s’effectue à plusieurs niveaux, fruit des réaménagements économiques et sociaux subis par la ville. Des phénomènes aussi puissants que l’aristocratisation des régents, la mise sous tutelle des pauvres ou encore un cloisonnement confessionnel rampant, soulignent un cloisonnement croissant de la société urbaine en groupes plus ou moins antagonistes. Il n’y pas là matière à renouveler en profondeur les acquis de l’historiographie néerlandaise, puisque ces processus ont déjà été amplement décrits pour d’autres villes des Provinces-Unies. Enkhuizen se distingue néanmoins par quelques caractères originaux, permettant de se garder de toute simplification ou généralisation hâtive. Le patriciat de la ville demeura ainsi l’un des plus sobres dans sa pratique somptuaire, et les différentes confessions semblent avoir mis progressivement en place un modus vivendi débouchant sur des rapports pacifiés. Ce dernier point est loin d’être évident, s’agissant d’une ville dominée de façon écrasante par l’élément calviniste. Abordant le thème de la cohésion de la communauté urbaine, l’enquête souffre néanmoins d’un déficit de matérialité. La ville n’est pas seulement un groupe d’individus liés par un statut juridique. Elle constitue également une enveloppe matérielle, en général soumise à de profondes transformations au XVIIIe siècle. Des thèmes déjà abordés comme le redéploiement difficile de l’économie locale ou l’émergence d’une société de l’entre-soi méritent donc d’être maintenant interrogés du point de vue du territoire urbain. On peut imaginer que tout ce qui a été mis en lumière précédemment se soit traduit par des modifications dans l’appropriation de l’espace citadin. C’est donc la question du territoire urbain, siège de dynamiques sociales et économiques entrelacées, qui doit maintenant être posée.
Notes de bas de page
1 Guy Saupin, Nantes au XVIIe siècle. Vie et société urbaine, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1996, p. 49 ; J. Meyer, op. cit., p. 94.
2 Willem Frijhoff bat en brêche l’idée d’une coexistence religieuse naturelle dans l’espace public néerlandais (« Le seuil de tolérance en Hollande au 17e siècle », dans Homo religiosus, autour de Jean Delumeau, Paris, Fayard, 1997, p. 656).
3 Simon Groenveld, Huisgenoten des geloofs. Was de samenleving in de Republiek der Verenigde Nederlanden verzuild?, Hilversum, Verloren, 1995.
4 Étienne François, Protestants et catholiques en Allemagne. Identités et pluralisme. Augsbourg 1648-1806, Paris, Albin Michel, 1993. L’auteur admet l’existence de deux sociétés, mais pour lui l’imbrication et les nuances l’emportaient respectivement sur la séparation et les contrastes (ibid., p. 143).
5 Henk van Nierop, Van ridders tot regenten. De Hollandse adel in de zestiende en de eerste helft van de zeventiende eeuw, Amsterdam, De Bataafsche Leeuw, 1984.
6 Sans repousser l’idée d’un effort de singularisation vis-à-vis du reste de la société, Joop de Jong a contesté sa chronologie ainsi que son cantonnement à la classe unique des régents (« Revolution, Patriotism and the concept of changes in the culture and lifestyle of Dutch urban elites », History of European Ideas, 11, 1989, p. 639-642).
7 Il ne s’agissait pas d’un désir d’intégrer la noblesse, qui ne dominait plus la société néerlandaise (Maarten Prak, « Aristocratisering », Spiegel Historiael, 23, n° 4, avril 1988, p. 227). En outre, il n’est pas certain que ce mouvement ait été si nouveau (John Leslie Price, « De regent », dans H. Beliën, A. van Deursen, G.J. van Setten (éd.), Gestalten van de Gouden Eeuw. Een Hollands groepsportret, Amsterdam, Bert Bakker, 1995, p. 37). L’un des aspects les plus discutés concerne les relations entre la mobilité sociale et l’« aristocratisation ». Le mouvement semble avoir été discontinu à Amsterdam et Zierikzee (Henk van Dijk et Daniel Jeen Roorda, « Sociale mobiliteit onder regenten van de Republiek », Tijdschrift voor Geschiedenis, 84, 1971, p. 309 et p. 328).
8 M. Prak, op. cit., 1988, p. 232.
9 Luuc Kooijmans, « Patriciaat en aristocratisering in Holland tijdens de zeventiende en achttiende eeuw », dans J. Aalbers et M. Prak (éd.), De bloem der natie. Adel en patriciaat in de Noordelijke Nederlanden, Amsterdam, Boom, 1987, p. 103.
10 K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 173.
11 Ibid., p. 164.
12 Ibid., p. 57. Les registres de 1744 indiquent, pour Enkhuizen, 34 noms pour les contribuables de la classe 9 et au-delà, c’est-à-dire disposant de revenus annuels supérieurs à 3 000 florins.
13 Pour la ville de Medemblik, les différences étaient nettement plus marquées puisque les membres du conseil urbain appartenaient aux classes 11 ou 12 alors que l’on retrouvait les échevins en général à la classe 2 (ibid., p. 57).
14 L. Kooijmans, op. cit., 1985, p. 99.
15 C’est le cas de Dirk Pietersz Haak, dirigeant de la VOC à partir de 1720 à 35 ans après avoir été élu 13 fois bourgmestre d’Enkhuizen dans les années précédentes (H. de Vos, op. cit., p. 12).
16 Roelof Blok, né en 1712 dans une famille de capitaines et de commerçants, n’avait jamais participé aux affaires publiques. Il fit une remarquable carrière au service de la VOC, occupant le poste de gouverneur des Célèbes à Macassar entre 1754 et 1760. Rentré à Enkhuizen, il fut choisi pour siéger au conseil urbain (K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 152).
17 Ibid., p. 226-228. L’accession de ces individus au conseil s’observe à partir du deuxième tiers du XVIIIe siècle avec Jan Minne de Monnickendam en 1732, Adriaan van Bleiswijk de La Haye en 1739, Christiaan Joannes Vaillant de Leyde en 1756, Aarnoud Simon Verschuer de Hoorn en 1762 ou encore Jacob van de Ramhorst de Steenwijk en 1764.
18 H. van Dijk et D.J. Roorda, op. cit., 1971, p. 319-321. À la fin du XVIIIe siècle, la moitié des membres du conseil urbain de Zierikzee venait de l’extérieur.
19 K. Bossaers, op. cit., 1996, graphique 5-1, p. 158.
20 WFA, OAE 266, 31 décembre 1739 et 23 avril 1740. Il fut également bourgmestre d’Enkhuizen et à la fin de sa carrière, en 1769, Gecommitterde Raden de sa ville d’adoption à Hoorn (WFA, OAE 272, 29 novembre 1769). Son fils Hugo Adriaan mena lui aussi une brillante carrière, puisqu’ancien échevin, il fut élu au conseil urbain en 1772, avant de devenir bourgmestre cinq ans plus tard (WFA, OAE 272, 29 février 1772 et OAE 273, 1er décembre 1777).
21 WFA, OAE 272, 17 décembre 1771.
22 Les magistrats siégèrent en moyenne 24,2 années au conseil urbain en 1750-1775, contre 15,4 années en 1675-1700 (K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 93).
23 WFA, OAE 265, 10 septembre 1729.
24 Joop de Jong, Een deftig bestaan. Het dagelijks leven van Regenten in de 17een 18e eeuw, Utrecht/Anvers, Kosmos, 1987, p. 68-69. Seuls quatre conseillers de Zierikzee possédaient encore des intérêts dans la pêche ou d’autres activités de production en 1747 (H. van Dijk et D.J. Roorda, op. cit., 1981, p. 64). À Hoorn, en plein cœur du XVIIIe siècle, certains régents continuaient néanmoins d’investir dans la pêche de la baleine (L. Kooijmans, op. cit., 1985, p. 99).
25 Karel Degryse, « The Aristocratization of the Antwerp Mercantile Elite (17th-18th century) » dans Clé Lesger et Leo Noordegraaf (éd.), Entrepreneurs and Entrepreneurship in Early Modern Times, La Haye, Hollandse Historische Reeks 24, 1995, p. 40.
26 K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 175.
27 Maarten Prak, Gezeten burgers: de elite in een Hollandse stad : Leiden 1700-1800, Amsterdam, De Bataafsche Leeuw, 1985, p. 207-208. J’ai traduit ainsi le terme « statussymbolen » employé par l’auteur.
28 Willem Frijhoff évalue leur part à deux tiers. Des résultats convergents ont en effet été mis à jour pour Amsterdam, Rotterdam, Zierikzee, Zutphen et Gouda (op. cit., 1971, p. 187-191).
29 On peut consulter les biographies d’Abraham van Straalen (P.C. Molhuysen et alii, op. cit., tome IV, p. 1277), d’Hugo Adriaan van Bleiswijk (ibid., tome III, p. 120) ou encore de Jan van Romond auteur en 1767 d’un mémoire intitulé « De Jure Thesauri » (ibid., tome III, p. 1093).
30 RANH, fonds Semeijns/De Vries/Van Doesburg, pochettes n° 94, 98 et 101. La charte attribuant à Pieter Buyskes le grade de docteur en droit figure d’ailleurs dans ce fonds (idem, pochette n° 102).
31 M. Prak, op. cit., 1985, p. 228, et L. Kooijmans, op. cit., 1985, p. 205-206.
32 K. Bossaers, op. cit., 1996, p. 60, tableau 5.
33 La valeur locative moyenne des maisons de régents à Enkhuizen montait à 121 florins, contre 400 florins par an pour la demeure de Petronella van Gent (Katia Bossaers, « Macht, Rijkdom en Aanzien. De regenten in het Noorderkwartier in het midden van de 18de eeuw », Holland, 21, n° 1, 1989, p. 55-56).
34 Ibid., p. 56. Constat identique pour Zierikzee, mais différent à Gouda, où un personnel nombreux était la norme chez les régents (H. van Dijk et D.J. Roorda, op. cit., 1971, p. 80-81).
35 De nombreuses lettres échangées entre Everhard Pan et des artisans d’Amsterdam ont été conservées. En novembre 1766, Guillaume Saint s’apprêtait ainsi à livrer 354 diamants pour une valeur totale de 1 680 florins (WFA, OAE, familiepapieren n° 1696-99, pochette 325).
36 Selon la Personele Quotisatie de 1744, 48 habitants d’Enkhuizen possédaient une voiture ou un carrosse et deux seulement disposaient de quatre chevaux (K. Bossaers, op. cit., 1989, p. 56 et op. cit., 1996, p. 61). Trois autorisations pour aménager des écuries furent accordées à des régents dans les années qui précédèrent l’introduction de cette taxe (WFA, OAE 301, 19 janvier 1739, 1er septembre 1741 et 6 octobre 1745).
37 Les autorisations de louer des équipages se multiplient entre 1768 et 1779 (WFA, OAE 304, 27 janvier et 11 avril 1768, 8 mai 1769, 9 juillet 1770 ; OAE 305, 8 mars, 12 avril et 14 juin 1771, 30 juin 1775, 1er mai 1778, 3 et 20 septembre 1779).
38 Klaas van Berkel, « Het Nederlandse naturaliën-kabinet in de 17de eeuw », Spiegel Historiael, 27, n° 7-8, 1992, p. 272-273 ; Marie-Christine Engels, « Een combinatie van kunst en wetenschap: de verzameling van Bernardus Paludanus (1550-1633) », Steevast, 19, 1997, p. 32-36.
39 Ellinoor Bergvelt et Renée Kistemaker, De wereld binnen hand bereik. Nederlandse Kunst- en rariteitenverzamelingen. 1585-1735, Zwolle, Waanders, 1992, p. 263-264.
40 Les grandes collections abondaient à Leyde, à l’instar de celle de Nicolaas de Bije constituée de bêtes étranges et de plantes (M. Prak, op. cit., 1985, p. 219-220).
41 K. Bossaers, op. cit., 1989, p. 50.
42 WFA, OAE Fam., n° 1680, pochette 1.
43 K. Bossaers, op. cit., 1989, p. 51.
44 Par exemple les 126 tableaux de la collection d’Hugo Adriaan van Bleiswijk (Rudolf Erik Otto Ekkart, « Hugo Adriaan van Bleiswijk en zijn schilderijenverzameling », Steevast, 22, 2000, p. 21-28).
45 R. E. O. Ekkart, « De schilderijenverzameling Snouck van Loosen », Steevast, 20, 1998, p. 8-9.
46 Cornelia Taanman possédait une scène de kermesse paysanne de Jan Miensen Molenaar, évaluée à 115 florins, et Jan Pan des œuvres d’Hondecoeter et de Wouwermans, estimées respectivement à 220 et 100 florins (K. Bossaers, op. cit., 1989, p. 51).
47 L’ensemble des tableaux de la succession de Simon Haak fut évalué à 220 florins en 1705 (WFA, OAE Fam., n° 1669). Quant à Petronella Vesterman, décédée en 1740, les tableaux issus de l’héritage de son père valaient 258 florins (WFA, OAE Fam., n° 1740, pochette 3).
48 Un des régents les plus importants de Hoorn, Jacob van Foreest, possédait des pièces de Jacob Jordaan, Frans Hals, Adriaan van Ostade. La mise aux enchères de la collection d’un autre habitant de la ville, Lucas Merens, rapporta la somme de 26 000 florins, que l’on doit tout de même considérer comme exceptionnelle (L. Kooijmans, op. cit., 1985, p. 202).
49 En 1737 on procéda au partage de la succession de Jacoba van Romond, où se trouvaient neuf marines (RANH, fonds Semeins/De Vries/van Doesburg, pochette n° 1).
50 R.E.O. Ekkart, op. cit., 2000, p. 24. L’absence de portraits s’explique aisément par le caractère du document. Dans cette vente aux enchères, les héritiers ont très certainement voulu conserver les tableaux représentant des membres de la famille.
51 Consulter en particulier l’héritage de Mme van Keppelfox, en 1708 (WFA, OAE fam., n° 1728, pochette n° 6) et celui d’Andries Haak en 1753 (idem, n° 1679, pochette n° 2).
52 Le XVIIe siècle vit plusieurs artistes de renom travailler à Enkhuizen : les peintres Pieter et Paulus Potter, Gerrit Willemsz, Herman Gerritsz, le graveur Cornelis Boissens.
53 Rudolf Erik Otto Ekkart, « Portretten van Johanna Margaretha de Vries, haar ouders en haar grootouders in het weeshuis », Steevast, 12, 1990, p. 8-9.
54 Rudolf Erik Otto Ekkart, « De portretten van de familie Duyvensz », Steevast, 13, 1991, p. 5-15.
55 WFA, OAE, fam. n° 1696-1699, pochette n° 11.
56 C’est la conclusion à laquelle sont parvenus Pieter Dirk ‘t Hart (De stad Utrecht en haar inwoners. Een onderzoek naar samenlangen tussen sociaal-economische ontwikkelingen en de demografische geschiedenis van de stad Utrecht, 1771-1825, Thèse soutenue en 1983, Enschede, p. 74) ou M. Prak (op. cit., 1999, p. 129-131). Ingrid van der Vlis a rappelé combien cette diversité de situation pouvait nourrir des perceptions mentales différenciées chez les autres habitants de la ville (Leven in armoede. Delftse bedeelden in de zeventiende eeuw, Amsterdam, Prometheus/Bert Bakker, 2001, p. 275-276).
57 La moyenne annuelle pour la période 1700-1784 s’établit à un peu plus de 1 976 florins alors que pour les années 1750, 1751 et 1753 on dépensa respectivement 2 457, 2 905 et 3 041 florins.
58 À Leyde, 15,3 % des habitants étaient qualifiés de mendiants en 1680 (I. van der Vlis, op. cit., graphique n° 2 p. 59 et p. 64). En 1795, Amsterdam comptait 11 000 familles répertoriées comme pauvres (Pieter Christiaan Jansen, « Armoede in Amsterdam aan het einde van de achttiende eeuw », Tijdschrift voor Geschiedenis, 88, 1975, p. 620).
59 Des « déboires », sans davantage de précision, furent signalés en 1680 (WFA, OAE 259, 9 juillet 1680). Les expressions de « mauvaise constitution » et « état déplorable » fleurirent en 1708 (WFA, OAE 262, 23 février 1708), ou en 1759 (WFA, OAE 270, 12 février 1759).
60 WFA, OAE 273, 9 novembre 1780.
61 Les régents alertèrent le conseil dès la fin du XVIIe siècle (WFA, OAE 297, 13 décembre 1697 et 2 juin 1698).
62 En 1741 le premier bourgmestre mit en lumière le mauvais état des finances de la Oude Mannen en Vrouwen Huis, demandant que des solutions soient trouvées (WFA, OAE 266, 11 août 1741). En vain, puisque le déficit se montait à plus de 6 000 florins en 1768 (WFA, OAE 272, 28 janvier 1769).
63 Gerard Pieter Pot, « Tussen medelijden en spaarzaamheid. De regenten van het Leidse Huiszittenhuis 1700-1795 », Holland, 20, 1988, p. 68-69.
64 E. Palmen, op. cit., p. 235-236 ; I. van der Vlis, op. cit., p. 320-335 ; M. Prak, op. cit., 1999, p. 115 et p. 121-124).
65 Près de 100 000 florins en un quart de siècle (WFA, OAE 262, 3 mai 1708). Plus tard, les magistrats de la ville consentirent de plus en plus souvent à des remises d’argent comme les 600 florins de 1765 pour réparer le bâtiment de la Leprozenhuis (WFA, OAE 271, 6 mars et 14 mai 1765).
66 WFA, OAE 297 : 13 décembre 1697, 2 juin 1698, 11 août et 14 décembre 1699, 9 août 1700 ; WFA, OAE 298 : 16 août 1702, 25 avril 1703, 28 octobre et 30 novembre 1705, 28 mai et 15 octobre 1706.
67 WFA, OAE 262, 23 février 1708. Près d’un demi-siècle plus tard, il était encore question du grand nombre d’enfants à accueillir dans les maisons charitables (WFA, OAE 270, 12 février 1759).
68 Richtje de Vries, « Crisis en sociale politiek in Enkhuizen, 1650-1850 », dans Barre tijden. Crisis en sociale politiek rondom de Zuiderzee, 1650-1850, Zutphen, Walburg Pers, 1989, p. 48.
69 WFA, OAE 260, 6 juillet 1687 ; WFA, OAE 266, 15 novembre 1743. À cette dernière date on demanda aux régents des différentes maisons de ne pas secourir les femmes âgées de moins de cinquante ans, pendant les mois d’été.
70 Les avances sur salaires des employés de la VOC ne permettaient pas aux épouses de vivre correctement. Certaines d’entre elles étaient donc réduites à la mendicité ou à la prostitution (D. van den Heuvel, op. cit., 2005, p. 49-72).
71 Des mesures très strictes furent instaurées à Utrecht pour limiter l’aide alimentaire (P.D. ‘t Hart, op. cit., p. 75-76). De nombreux indigents furent rayés des listes de secours à Dordrecht, en premier lieu ceux qui n’habitaient pas dans la ville depuis au moins dix ans (E. Palmen, op. cit., p. 242-244).
72 WFA, OAE 269, 16 décembre 1752 ; OAE 270, 12 février 1759 ; OAE 272, 26 juin 1769.
73 Joost Kloek et Wijnand Mijnhardt, 1800. Blauwdrukken voor een samenleving, La Haye, SUN, 2001, p. 293-297.
74 Hendrik Ferdinand van den Eerenbeemt, « Armoede in de “gedrukte” optiek van de sociale bovenlaag in Nederland, 1750-1850 », Tijdschrift voor Geschiedenis, 88, 1975, p. 470-475.
75 E. Palmen, op. cit., p. 246-248. La werkhuis, censée n’accueillir que des volontaires, était associée à une tuchthuis, ou maison de correction.
76 WFA, OAE 273, 6 mai 1780.
77 Ces parts, d’un montant de 50 florins, furent rapidement placées et le capital souscrit s’éleva bientôt à 16 000 florins (Hendrik Ferdinand van den Eerenbeemt, Armoede en arbeidsdwang. Werk inrichtingen voor « onnutte » Nederlanders in de Republiek 1760-1795. Een mentaliteitsgeschiedenis, La Haye, M. Nijhoff, 1977, p. 140-144).
78 Ainsi pour l’ancien bourgmestre Jan van Romond, décédé en 1809, qui possédait deux parts du capital de l’Oeconomisch Werkhuis d’Enkhuizen (WFA, OAE, familiepapieren, volume n° 1730, pochette n° 3). Everhard Pan, autre régent d’Enkhuizen, possédait dix parts (WFA, OAE, familiepapieren, volume n° 1350d, pochette n° 28).
79 Hilde van Wijngaarden, « Het Zwolse werkhuis: liefdadige instelling of zakelijke onderneming? », dans Clé Lesger et Leo Noordegraaf (éd.), Ondernemers en bestuurders. Economie en politiek in de Noordelijke Nederlanden in de Late middelleeuwen en vroegmoderne tijd, Amsterdam, NEHA, 1999, p. 610-614).
80 Meyndert Meyn demanda une augmentation de traitement (WFA, OAE 268, 18 juillet 1750).
81 Selon les articles 1, 2, 6 et 11 des examens avaient lieu tous les trimestres, les meilleurs élèves recevant des récompenses sous la forme de livres religieux ou de quelques stuivers.
82 WFA, OAE 269, 10 octobre et 16 décembre 1752.
83 À Delft, la Kamer van Charitate gérait une école pour les enfants pauvres, avec des résultats visiblement peu probants (I. van der Vlis, op. cit., p. 130-131). Précocité et médiocrité intellectuelle allaient de pair dans les Pays-Bas du Sud (Mark D’hoker, « Arm onderwijs voor arme kinderen. Bijdrage tot de studie van het lager beroepsonderwijs in de zuidelijke Nederlanden tijdens de achttiende eeuw », dans Onderwijs en opvoeding in de achttiende eeuw, symposium Doesburg 1982, Amsterdam/Maarssen, APA, Holland Unipress, 1983, p. 103-106).
84 En 1761, les directeurs de l’école des pauvres se plaignirent du grand nombre d’enfants fréquentant l’établissement. Le problème restant entier en 1765, on décida d’autoriser le fils du maître d’école, Cornelis Modderman, à exercer la fonction d’« ondermeester », contre une rémunération annuelle de 50 florins (WFA, OAE 271, 30 septembre 1761 et 27 novembre 1765).
85 WFA, DTB Enkhuizen, n° 98, 99, 100 et 103. Chaque nouveau couple devait payer une contribution selon son niveau de fortune, de 60 à 3 florins. Les plus pauvres en étaient exemptés, la mention « Pro Deo » étant alors inscrite. Dans les cas où l’un des deux futurs époux résidait en dehors de la ville, le couple ne devait acquitter que la moitié de la somme prévue au départ.
86 Oscar Gelderblom, « Hollands welvaren. Immigratie in de Republiek (1585-1685) », Spiegel Historiael, 37, n° 7-8, 2002, p. 296 et Roelof van Gelder, Het Oost-Indisch avontuur. Duitsers in dienst van de VOC, Nimègue, SUN, 1997, p. 143.
87 Dirk Jaap Noordam, dans J. Moes et C. Smit (éd.), In de nieuwe stad. Nieuwkomers in Leiden, 1200-2000, Leyde, Van Eck, 1996, p. 66.
88 Ad Knotter, « Vreemdelingen in Amsterdam in de 17e eeuw: groepsvorming, arbeid en ondermerschap », Holland, 27, n° 4/5, 1995, p. 220.
89 Simon Hart s’est largement servi de cette source pour une étude sur la structure sociale de la population d’Amsterdam au XVIIIe siècle, et il indique que ceux qui étaient versés dans la première classe devaient toucher un revenu annuel supérieur à 800 florins (op. cit., 1976, p. 183-191).
90 Christopher Friedrichs, « Immigration and urban society: seventeenth-century Nördlingen », dans Étienne François (éd.), Immigration et Société urbaine en Europe occidentale, XVIe-XXe siècles, Paris, Recherches sur les civilisations, 1985, p. 70-71.
91 WFA, DTB Enkhuizen, n° 57 à 59.
92 WFA, DTB Enkhuizen, n° 51 à 53.
93 WFA, DTB Enkhuizen, n° 50 à 55.
94 W. Frijhoff et M. Spies, op. cit., 1999, p. 178-179.
95 Maarten Prak, « Civil Disturbances and Urban Middle Class in the Dutch Republic », Tijdschrift voor Sociale Geschiedenis, 15, n° 2, 1989, p. 169.
96 Rudolf Dekker a défini cet événement comme une perturbation de l’ordre public par un groupe d’au moins vingt personnes, sur une durée maximale de deux semaines (« Oproeren in Holland, 1600-1795. Enkele aspecten », dans Herman Diederiks (éd.), Van oproeren en stakingen. Sociale en politieke mobilisering in Europa, 1500-1850, La Haye, M. Nijhoff, 1981, p. 82). Gerrit Valk évoque des groupes précis exprimant leur mécontentement sur un sujet précis (« Oproeren, onlusten en rellen in Alkmaar gedurende de Republiek », Holland, 13, n° 5, 1981, p. 230).
97 Rudolf Dekker, Holland in beroering. Oproeren in de 17de en 18de eeuw, Baarn, Amboboeken, 1982, p. 42-43.
98 Rudolf Dekker, « Oproeren in de provincie Holland 1600-1750. Frequentie en karakter, relatie met de conjonctuur en repressie », Tijdschrift voor Sociale Geschiedenis, 9, n° 4, 1977, art.cit., p. 314-315 et Daniel Jeen Roorda, Partij en factie. De oproeren van 1672 in de steden van Holland en zeeland, een krachtmeting tussen partijen en facties, Groningue, Wolters, 1961, p. 117.
99 WFA, OAE 267, 8 février 1746.
100 Hendrik van Straalen, membre du groupe des régents, nous a laissé un témoignage de cette période tendue (NA, Archives de la famille van Stralen, pochette n° 18).
101 Les événements des 9 et 10 juillet 1782 sont relatés dans un petit livret daté du 11 juillet 1782 et signé par Klaas Janse Byll.
102 Par exemple, les magistrats d’Enkhuizen s’adressèrent à Amsterdam en 1698, dans le but d’obtenir la livraison de 100 lasts de seigle (WFA, OAE 334, lettres des 12, 14 et 17 novembre 1698).
103 Herman Arend van Gelder, Getemperde vrijheid. Een verhandeling over de verhouding van Kerk en Staat in de Republiek der Verenigde Nederlanden en de vrijheid van meningsuiting in zake godsdienst, drukpers en onderwijs gedurende de 17e eeuw, Groningue, Wolters-Noordhoff, 1972, p. 14-16).
104 Les catholiques étaient particulièrement visés à travers l’interdiction des rassemblements religieux, du port de vêtements liturgiques ou de récitation de chants et de prières dans les rues. Les mises au point de Johan Theodoor de Visser (Kerk en staat, tome II, Leyde, Sijthoff’s, 1926, p. 443) et de Lodewijk Jacob Rogier (Geschiedenis van het katholicisme in Noord-Nederland in de zestiende en zeventiende eeuwen, Tome I, Amsterdam, Urbi et orbi, 1947, p. 457-458) demeurent précieuses.
105 Willem Frijhoff, « Dimensions de la coexistence confessionnelle », dans C. Berkvens-Stevelinck, J.I. Israel et G.H. Posthumus (éd.), The Emergence of Tolerance in the Dutch Republic, Leyde/New York, Brill, 1997, p. 217. L’auteur enregistre cependant la réduction des tensions au fil du temps.
106 Joke Spaans, « Violent dreams, peaceful coexistence. On the absence of religious violence in the Dutch Republic », De Zeventiende eeuw, 18, n° 2, 2002, p. 152-157.
107 À Zutphen, le gouvernement urbain a précocement multiplié les restrictions à l’égard des catholiques romains encore assez nombreux (Willem Frijhoff (éd), Geschiedenis van Zutphen, Zutphen, De Walburg Pers, 1988, p. 130-131). L’exemple d’Haarlem est à l’opposé, puisque les édiles ont plutôt cherché, dans un contexte religieux très tendu, à réduire les sources de conflits afin de préserver la sérénité des rapports sociaux quotidiens (Joke Spaans, Haarlem na de Reformatie. Stedelijke cultuur en kerkelijk leven, 1577-1620, La Haye, Hollandse Historische Reeks 11, 1989, p. 230).
108 L’ouvrage récent consacré par Bertrand Forclaz à l’équilibre précaire des relations confessionnelles au sein de la ville d’Utrecht au XVIIe siècle illustre à merveille cette idée (Catholiques au défi de la Réforme. La coexistence confessionnelle à Utrecht au XVIIe siècle, Paris, Honoré Champion, 2014).
109 Pour une vision d’ensemble, se reporter à l’ouvrage d’Henk van Nierop (Het verraad van het Noorderkwartier. Oorlog, terreur en recht in de Nederlandse Opstand, Amsterdam, Bakker, 1999).
110 Willem de Boer, Sint Gommer en Sint Pancras. Klooster, kerk en klerus in Enkhuizen, Enkhuizen, Vereniging Oud Enkhuizen, 1998, p. 22-23. Cinq franciscains auraient également été massacrés en juin 1572, alors que les réformés étaient encore minoritaires au sein de la population.
111 Mathieu Gerard Spiertz, « Godsdienstig leven van de katholieken in de 17de eeuw », dans Algemene Geschiedenis der Nederlanden, volume n° 8, Haarlem, Fibula/Van Dishoeck, 1979, p. 344-377.
112 Le père Porret dut ainsi quitter précipitamment la ville pour Nimègue en 1652 (Menologium van de Sociëteit van Jezus, op. cit., p. 126).
113 WFA, OAE 256, 17 janvier 1661.
114 NA, Résolution des États de Hollande et Frise occidentale, volume n° 629, au 15 novembre 1709.
115 L’année 1697 fut dominée par la crainte de Jésuites infiltrés dans la ville (WFA, HGAE, délibérations du consistoire, volume n° 5, au 28 février 1697 et WFA, OAE 261, 15 novembre 1697).
116 Cette collecte fut réalisée à la fin du mois de janvier 1686, elle rapporta au total 7 716 florins. La contribution des catholiques s’éleva à 1 244 florins (Douwe Brouwer, Enkhuizen. Aanteekeningen uit het verleden, partie II, N.V. Enkhuizen Courant, 1948, p. 47).
117 WFA, HGAE, délibérations du consistoire, volume n° 7, au 23 juin 1729 : « […] de waakzaamheit bedenkt is noopens de Paapsche stoutigheden beloosen ».
118 On peut consulter les instructions du 28 juillet 1727 (WFA, OAE 264). La discussion qui eut lieu le 5 décembre 1750 portait sur un texte identique (WFA, OAE 268).
119 WFA, OAE 265, 26 mai 1734.
120 Il pouvait s’agir d’adultes temporairement éloignés de l’Église réformée et que l’on ne désespérait pas de récupérer. Le consistoire était à l’affût des mères faisant baptiser leurs enfants par un prêtre catholique (WFA, HGAE, volume n° 9 au 23 octobre 1765 et volume n° 10 au 26 juin 1776).
121 Idem, volume n° 7, au 30 octobre 1766.
122 Ainsi pour Susanna Bleeckers (idem, volume n° 5).
123 WFA, HGAE, délibérations du consistoire, volume n° 10 : 20 et 26 avril, 16 juin 1775.
124 WFA, OAE 269, 16 décembre 1752.
125 L’article de référence sur cette spectaculaire panique est le suivant : Willem Frijhoff, « De paniek van juni 1734 », Archief voor de Geschiedenis van de katholieke kerk in Nederland, 19, 1977, p. 170-233.
126 WFA, HGAE, délibérations du consistoire, volume n° 24, 1er juillet 1768.
127 Theo Clemens, « Ijkpunt 1750. Op zoek naar nieuwe grenzen in het politiek-religieuze landschap van de Republiek », dans C. Augustijn et E. Honnée (éd.), Vervreemding en verzoening. De relatie tussen katholieken en protestanten in Nederland 1550-2000, Nimègue, Valkhof Pers, 1998, p. 72-73 et p. 82-83.
128 Maarten Prak, « The Politics of Intolerance: Citizenship and Religion in the Dutch Republic », dans R. Po-Chia Hsia et H. van Nierop (éd.), Calvinism and Religious Toleration in the Dutch Golden Age, Cambridge, Cambridge University Press, 2002, p. 169.
129 WFA, HGAE, délibérations du consistoire, volume n° 7, au 17 juin 1734.
130 WFA, HGAE, délibérations du consistoire, volume n° 8.
131 WFA, OAE 304, 1er juillet 1768 ; OAE 305, 6 juin 1774.
132 S. Groenveld, op. cit., 1995, p. 61.
133 WFA, OAE 302, 2 décembre 1750.
134 Ibid., volume 264, 14 mai 1721
135 Ibid., volume 346, mi-mai 1725.
136 Ibid., volume 271, 17 juin 1765, article 1.
137 Ibid., volume 304, 25 mai 1770 ; volume 305, 1 et 18 mars 1776.
138 Wiebren Kuipers, « In de wereld, maar niet van de wereld », dans Simon Groenveld (éd.), Wederdopers, menisten, doopsgezinden in Nederland 1530-1980, Zutphen, Walburg, 1993, p. 224.
139 WFA, OAE 304, 11 décembre 1765.
140 Les conditions selon lesquelles la Réforme s’introduisit et obtint le statut d’Église publique interdisaient probablement dès l’origine toute ambition d’exclusivisme (Wiebe Bergsma, « Church, State and People », dans K. Davids et J. Lucassen (éd.), A miracle mirrored: The Dutch Republic in European perspective, Cambridge, Cambridge University Press, 1995, p. 196-228).
141 Thierry Allain, « Revoir les stratégies de coexistence religieuse sous la pression du déclin économique : le cas de la ville hollandaise d’Enkhuizen au XVIIIe siècle », dans D. Do Paço, M. Monge et L. Tatarenko (éd.), Des religions dans la ville. Ressorts et stratégies de coexistence dans l’Europe des XVIe-XVIIIe siècles, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010, p. 124-128.
142 Johan Anthonie de Kok, Nederland op de breuklijn Rome-Reformatie, Assen, van Gorcum, 1964, p. 49 et p. 214 ; Willem Frijhoff, « La coexistence confessionnelle : complicités, méfiances et ruptures aux Provinces-Unies », dans J. Delumeau (éd.), Histoire vécue du peuple chrétien, Toulouse, Privat, 1979, tome II, p. 235-236 ; R. Po-Chia Hsia et H. van Nierop (éd.), op. cit., p. 5.
143 Willem Frijhoff, « Katholieke toekomstverwachting ten tijde van de Republiek: structuur, en grondlijnen tot een interpretatie », Bijdragen Mededelingen van de Geschiedenis der Nederlanden, 98, n° 3, 1983, p. 435.
144 S. Groenveld, op. cit., 1995, p. 32-33.
145 WFA, HGAE, délibérations du consistoire, volume n° 9. Le 19 janvier 1764, le même consistoire parlait de « relation inconcevable et dangereuse » (les termes néerlandais sont onbetamelijk et gevaarlijke) à propos du rapprochement entre réformés et catholiques.
146 S. Groenveld, op. cit., 1995, p. 35-36.
147 WFA, DTB Enkhuizen, microfiche n° 29.
148 WFA, HGAE, délibérations du consistoire, volume n° 9 au 23 octobre 1765 et volume n° 10 au 26 juin 1776.
149 W. Kuipers, op. cit., p. 233.
150 WFA, HGAE, délibérations du consistoire, volume n° 10, au 21 décembre 1769.
151 Voici Jacomyntje, Anna Maria et Aefje, baptisées respectivement en 1704, 1705 et 1709 et dont le père, Andries Cornel, fut qualifié à chaque fois d’« acatholique » (WFA, DTB Enkhuizen, microfiche n° 29).
152 En l’occurrence, la période 1732-1767, si l’on se base sur le dépouillement des registres des baptêmes célébrés par l’Église réformée de 1697 à 1792 (WFA, DTB Enkhuizen, microfiches 9 et 10).
153 Parmi les onze enfants en question, on trouve en effet un orphelin de dix ans (WFA, DTB Enkhuizen, n° 10, au 1er novembre 1743) ainsi que les trois enfants de Andries Plom et Dieuwertje Thomas (ibid., au 18 septembre 1767). Tous ces enfants avaient des parents mennonites.
154 WFA, HGAE, délibérations du consistoire, volume n° 7, au 17 octobre 1743 ; volume n° 9 au 28 décembre 1752 ; volume n° 10, au 21 décembre 1769.
155 W. Frijhoff, op. cit., 1979, p. 254.
156 Révérend Père Polman, Romeinse bronnen voor den kerkelijken toestand der Nederlanden onder de Apostolische vicarissen 1592-1727, La Haye, M. Nijhoff, RGP 97, 1955, volume n° 4, p. 237 et p. 699.
157 WFA, OAE 269, 16 décembre 1752.
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Enkhuizen au xviiie siècle
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