Introduction partie 2
p. 79-80
Texte intégral
1Chez les enfants en phase d’apprentissage, les bégaiements ou les erreurs donnent lieu à une rectification des adultes ; chez les psychotiques, les errances langagières entraînent parfois un isolement difficile à entamer ; chez les romanciers, les remous apportés à la langue sont certes plus volontaires, plus maîtrisés également, mais ils ne sont pas nécessairement de moindre ampleur et le champ littéraire peut se trouver marqué d’un projet auctorial singulier. En en faisant le centre d’épisodes diégétiques mais également l’objet d’un travail minutieux, Volodine ne se contente pas d’écrire à propos de la langue, il écrit aussi (avec) une certaine langue, liant ainsi matière et manière. Les analyses précédentes, consacrées à la représentation de la langue et de ses limites adjacentes, valent pour toute langue mais du français (en tant que tel) il ne fut que ponctuellement question dans la première partie. Or se contenter d’effleurer ainsi le « français de Volodine » serait passer outre sa spécificité car, dilatant la langue, c’est-à-dire l’ouvrant à des (dé)liaisons qui enrichissent le français et le montrent sous un jour quelque peu inhabituel, l’écrivain fait preuve d’une hospitalité linguistique d’autant plus remarquable qu’elle est indéfectible. Choisissant avec minutie les mots ou les noms pour leurs implications littéraires et politiques, il donne à la langue française une facture nouvelle, déliée de ses chaînes traditionnelles ou strictement métropolitaines. Cependant, si cette ouverture linguistique est l’un des traits les plus singuliers du projet littéraire post-exotique, il n’est pas toujours le plus visible.
2Le deuxième temps de cet essai fera rapidement la part belle aux éclats étrangers et mêlera de nouveau analyses de détails et perspectives d’ensemble. Seront d’abord interrogées les listes, dont les apparences, plus que trompeuses, laisseraient facilement croire que la langue y est réduite à un signifiant minimal qui œuvre à répétition. Puis viendra l’étude de l’onomastique ; parangon du brassage des langues chez Volodine, elle révèlera à quel point y est minutieux le travail linguistique et littéraire de l’écrivain, puisqu’il fait des noms des condensés de langues et de sens. Enfin, sera mise en évidence la dimension polyglotte spécifique des ouvrages post-exotiques, qui mêlent, d’une manière inédite, internationalisme et perturbations de la langue usuelle : au cœur de la facture internationale particulière du projet volodinien, cette hybridation linguistique ne peut se penser sans questionnements connexes sur les limites, parfois supposées, du roman.
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