Chapitre 5. Le moyen français des Mémoires : variation régionale et hésitations morphologiques
p. 119-132
Texte intégral
1Philippe de Vigneulles, marchand drapier de la région messine, né en 1471 et mort en 1528, qui se désigne lui-même comme un escripvain, rapporte dans ses Mémoires1 avoir appris à lire et écrire à l’école du village :
Puis, quant je devins grandellet, [il] m’envoiairent a l’escolle a villaige pour seullement [a]prandre ung peu lire et escripre, car il [me] amoie tant qu’il ne me laissoie aller [loin]g d’eux, dont ce me poise, car j’amaisse mieulx qu’il m’eussent fait aprandre2.
2Puis sa formation s’est poursuivie à l’abbaye de Saint-Martin-devant-Metz, avant qu’il ne soit placé, vers ses quinze ans, à Metz, chez un amman, un officier élu, chargé de rédiger et conserver les actes privés. Philippe doit y recevoir la formation d’un clerc, afin de le rendre capable de remplir différentes fonctions sociales subalternes qui ont en commun d’exiger de savoir lire et écrire, voire de maîtriser le stille3. Après un violent différend avec son patron, il interrompt son apprentissage et décide de quitter sa terre natale, sans l’accord de son père, pour un long périple de quatre années qui le conduira jusqu’à Naples. Sa formation ne lui sera d’ailleurs pas inutile pour trouver à s’employer4. Mais de retour au pays, il n’en fera pas son métier, il sera écrivain pour lui-même et par goût.
« Je, Philippe, escripvain de cest istoire »
3Que signifie savoir lire et écrire en cette fin du XVe siècle ? Comment comprendre cette désignation d’écrivain qu’il s’applique à lui-même ? Philippe est ici à la fois l’auteur du récit qui le concerne et son propre scribe, unissant ainsi les deux sens principaux du terme. Ce récit nous est livré non pas dans une mise au net parfaitement calligraphiée, mais dans un exemplaire de travail, annoté et corrigé. Le manuscrit autographe de ces Mémoires nous offre un passionnant spécimen de la langue française écrite au début du XVIe siècle par un personnage représentatif d’une classe moyenne aisée, qui a reçu dans le dernier quart du XVe siècle une éducation « élémentaire » dans différents lieux (école du village, école monastique, apprentissage chez différents maîtres, notaire, marchand, prêtre, amman). Les recherches menées sur les formes verbales dans le corpus de la Grande Grammaire historique du français ont déjà montré le caractère singulier d’une autre œuvre attribuée à Philippe de Vigneulles, plus connue, les Cent Nouvelles Nouvelles (1515)5, qui faisait de lui un témoin tardif de la langue du siècle passé et certainement pas un précurseur6. Mais les Mémoires, restées inachevées7, transmises par un seul manuscrit à la différence des autres ouvrages de Philippe, nous permettent d’approcher encore mieux sa langue et sa manière d’écrire, ses habitudes graphiques et ses choix morphologiques, plus personnels que ceux d’un scribe professionnel. De fait, ses Mémoires se situent à mi-chemin entre les textes littéraires codifiés et ce que l’on appelle les écrits personnels. L’ouvrage, modestement désigné comme un petit traité rassemblant ses propres aventures et l’histoire contemporaine de Metz et de sa région, nous est transmis dans un texte autographe relu et complété qui n’est pas une copie définitive. La langue est un français marqué régionalement, comme l’est encore le français au XVIe siècle8.
Variations graphiques et phoniques
4Ce qui est complexe dans l’analyse linguistique diachronique des états anciens de la langue, c’est de démêler la part des différents types de variation. Il y a d’abord une variation graphique, inhérente à la langue écrite non normée. Philippe écrit bien avant que la codification n’ait fait son œuvre, avant même les débats célèbres entre les tenants d’une graphie simplifiée, proche de l’oral et les tenants d’une graphie plus savante, qui affirme sa filiation avec la langue-mère, le latin9. La langue dont il dispose est soumise à variation et l’ensemble des variantes possibles a évolué au fil du temps : on n’écrit certes pas le mot temps de façon unique en ancien et en moyen français, mais on n’écrit pas forcément non plus selon le même « système » d’équivalence graphique : de ce point de vue, Philippe utilise, comme la plupart de ses contemporains, une plus grande diversité de formes que l’ancien français : ce sont par exemple par ordre croissant de fréquence les formes tempts (9 attestations), tamps (42 attestations), temps (107 attestations), tampts (285 attestations)10, qui semblent combiner à la fois la référence étymologique avec la lettre p de tempus et l’hésitation sur la graphie de la nasale [ã], voire sous l’influence du groupe pts, l’apparition étonnante d’un t muet11. Des tendances se dessinent, mais elles paraissent davantage opérer par addition que par sélection.
5Si certains phénomènes sont purement graphiques, d’autres peuvent toucher à la fois la graphie et la prononciation. Ils sont mis en relation avec l’enracinement géographique du genre textuel ou de l’auteur. Ce sont tous ces traits qu’on qualifiera de « lorrains » ou de formes « de l’Est ». Il n’est pas sûr que toutes les formes considérées comme lorraines soient bien uniquement circonscrites à cette région-là et qu’on ne les trouve pas ailleurs. Les variantes diatopiques apparaissent quand des formes non usuelles correspondent à une prononciation marquée différente. C’est le cas des formes en ai- ou -e- à la place des formes en -a attendues12. Le trait n’est pas spécifique à notre auteur, mais il est particulièrement récurrent dans les Mémoires, où l’on peut relever les exemples suivants (en dehors de désinences verbales que nous verrons plus loin) :
Échantillon des formes en -ai (rarement -e) pour -a13
aidés (32, 43, 46, etc.) pour adés, achaip- [échapper] (206, 222, 274, etc.), aillaine (354) « haleine », ail- au lieu de al- [aller]14, ailleez « allées » (256, 257, 258), ailliance (303, 321), ambais (245, 254, 284, 286), ambaissade (8, 220, 431), ainsaigne (260), ainsainte (276), apairance (202, 210, 445, 487), aipre (200, 300, 314, etc.) pour un seul aspre (344), airbre (192, 259, 384, etc.)15, airbellaitre (99), airche (200, 203, 560), airchevaicque (218, 316), airchier (122, 149), airgent (20, 27, 28, 43, etc. 45 attestations) concurrence argent (44 attest.), airme (32, 33, 53, 56, etc.)16, airmure (414), airt (50, 53, 62, 288, etc.) pour art, airxe pour arse [ardre] (58, 207, 363, 373) à côté de ars(e) / arx(e), aissés (50) mais assés / -ez (30 attestations), aitaichiez (310), aitaindit [atteindre], aitendoit [attendre] isolés17, etc. – bais/baix(e) (24, 69, 83, etc.) à côté de bas, bairbier (88), baitaille (14, 16, 118 etc. 22 attestations) seule graphie, baitairt (38, 180, 333) « bâtard », baiton / baitton (81, 182, 184, etc.), brais (82, 165, 214, 386) pour bras, etc. – cainal, cainaulle (311), chaipe (269), chaipel (404), chaipelle (34, 47, 70, etc.), chaipelet (368), chaipellains (398), chaipiaulx (325, 365, 400, 485), chaipi(s)tre (100, 102, 175, etc.), chaipon (204), chaisson (427) « chaton18 » – daigue (216, 363) pour dague – daimoisiaulx (44) – eschaip- [échapper] (38 attest.) face à eschap- (15 attestations), esbaitre (41) – fraip- [frapper] (165, 275, 403, etc.) – glaisse (265, 420), glaisson (359) – hairnais (409) – jaidi / -s / -t (270, 316, 335, etc.) « jadis », jaimais (57, 183, 185, 195, etc.) face à un seul jamais (109) – laidre (195, 231, 378, etc.) « ladre », laidresse (545) – maillaide / mallaide (2, 119, 123, etc.), malaidie (197, 233, 247), mallaiderie (331), mairaine (198, 210, 221, 529), mairaistre (22, 51, 233) – pairler (8, 18), paireillement (22), pairain(s) (175, 186, 191, etc., seule graphie), paipe (321) isolé à côté de pape (33 attest.), paissaigne (260, 321, 438), paitte (302), plaisse (6, 24, 30, etc., 17 attest.) – quairante (358), quaitre (6, 10, 13, 16, etc. 86 attest. face à un seul quatre), quairt (17) – Sairaisins (324) – taique (70)19, taillons (215) pour talons, traippe (402) pour trappe – vaiche / waiche (171, 240, 250, etc.), vairlet (246, 286, 538).
6Le phénomène est massif, il concerne toutes les catégories linguistiques, noms propres et noms communs, adjectifs, adverbes, verbes. Il est particulièrement fréquent devant [r], ce qui n’est pas propre à Vigneulles20, mais également devant les autres consonnes, souvent à l’initiale mais pas exclusivement. L’importance de la graphie ai est telle qu’elle remplace souvent chez Vigneulles la graphie e habituelle pour une prononciation fermée en [ẹ], ainsi aicus (390) pour escu, aiglize (265) à côté d’esglize (260), airbe/airbez (180, 527) pour herbe, airmite (487) pour ermite, aitoie/aitoit (100, 189, 388) au lieu des formes habituelles en est-21, aitain (200) « étang », aitandus (224) « étendus », baistial (511) « bestial », dairniair (421, 496), richaisse (307). On trouve même ai pour e caduc, ampaireur (2, 10, 12, 218, etc. 83 attestations) au lieu de ampereur (340, 387) ou encore chaiminee (39) pour cheminee (18, 363). Le phénomène est trop général pour être une simple variante graphique. Cependant, le poids respectif des variantes en -ai- et en -a- est très variable : dans certains cas, Philippe écrit toujours d’une seule façon ; parfois, la graphie en -ai- est très majoritaire ; parfois, plus rarement, c’est l’inverse. Il faudrait approfondir l’enquête pour comprendre pourquoi le scripteur choisit de façon préférentielle telle ou telle de ces graphies quand les mots reviennent fréquemment sous sa plume, et pourquoi, à l’inverse, les hésitations paraissent plus marquées lorsque les mots sont de faible fréquence. Dès que l’on commence à envisager de façon sérieuse les systèmes d’écriture anciens avant la normalisation et le développement de l’orthographe, les usages jugés plus ou moins fantaisistes dépendent en réalité de facteurs multiples qu’il est parfois difficile de démêler. Les choix graphiques d’un scripteur sont liés à son origine géographique, à ses lieux d’apprentissage, à son âge, au statut du texte, ainsi qu’à celui de son écrit22. Dans le cas de Philippe de Vigneulles, il s’agit d’un récit personnel23, genre textuel plus libre que d’autres. D’autre part, le manuscrit présente un texte soigné, mais avec des ratures et des ajouts interlinéaires ou marginaux ; ce n’est pas une graphie d’apparat, officielle. Avec ce manuscrit autographe, on se rapproche de l’écriture privée, moins formelle et moins surveillée. Sans aller jusqu’à l’assimiler aux lettres autographes qui « montrent les traces évidentes d’une moindre familiarité avec le code écrit, surtout pour ce qui est de la graphie morphologique24 », il nous semble que le manuscrit de Philippe se situe entre les deux. Plus libre, plus proche de l’oralité25 qu’une graphie de copiste professionnel, mais non dénué de « régularités personnelles ». L’examen de phénomènes d’ordre morphologique nous permettra d’étayer cette position.
Le système verbal : particularismes et hésitations
7Le texte regorge de formes verbales particulières, souvent archaïques, mais aussi personnelles. Nous nous arrêterons surtout aux formes atypiques de passés simples pour les verbes en -er. Ces formes en -ais, -ais, -ait ont parfois été confondues avec des formes d’imparfait. Il est vrai qu’on pourrait s’y laisser prendre, parce que la prononciation simplifiée [ę] de la désinence -oi ([wę]) a été parfois rendue par des graphies en -ai ou -e en ancien français26 et parce que la graphie -ai sera finalement adoptée au XIXe siècle, car plus conforme à la prononciation simplifiée qui s’est imposée. Se contenter de relevés de formes peut donc conduire à des impasses ou des erreurs : c’est le cas pour les formes présentes dans les Mémoires. Voici une série d’exemples qui montrent l’importance du contexte linguistique :
Touteffois, ung jour que je luy en demendoie, il me comptai[t] et delivrait .IX. petit blan. Et alors que je vis ce, je lui dis ainssy : « Perre, vraiement vous me faictes un grand compte de peu de chose ! » Et cen plus dire prins congiet de luy et deliberais que neansmoins je m’en yroie et abandonneroie le païs pour une espaisse de tampz. Et parlais alors à mon compaignon, lequelles me mist et assignais27 journee pour partir ; parquoy je mis touttes mes chose en ordonnance, et fis et escript une lestre essés bien faictes et bien dictee, tout par rime et par vers, en laquelle je rescripvoie tout mon despairt. […] et estoit celle lestre piteusement faicte et dictee, parquoy ledit mon perre en plourait essés28.
8Dans cet extrait qui relate les circonstances du départ de Philippe, sont utilisés des imparfaits pour les actions d’arrière-plan ou pour les éléments descriptifs et des passés simples pour les actions de premier plan. Les imparfaits offrent des formes en -oi tout à fait conformes à la conjugaison du temps : demendoie, rescripvoie (P1) ou estoit (P3). Pour les passés simples, les formes trouvées sont habituelles vis, dis, mis, fis, escript, prins, voire mist, ou plus étonnantes, parlais, deliberais, assignais (P1) et comptait, delivrait, plourait (P3). En effet, ces formes en -ait pourraient passer pour des imparfaits, mais elles sont sur le même plan que des passés simples. Il s’agit toujours de verbes en -er et, par ailleurs, il y a de très nombreuses attestations d’imparfait selon le modèle commun pour ces verbes. Ces formes spécifiques en -ais et -ait sont donc des passés simples. Dans un autre passage, on retrouve cette distribution marquée des formes d’imparfaits en -oi et des passés simples en -ai pour les verbes en -er :
Toutesfois, un chainoigne de Sainct Salvour, voiant le tort que l’on me faisoit, me priait à soupés et cy me voulloit couchier, mais je avoie le cuer tant gros du tort que l’on me faisoit que je m’en aillais par la ville et de honte ne me oisoie monstrer a ma suer, qui estoit mariee et demouroit en Visegneus, et avoit a marit Jennat, sergent des Trese et dez Compte. Et tellement que celle nuit je couchait (sic) en plusieurs lieu enmey la rue, et cy me faisoit sairchier la dite ma maitresse de toutte part pour moy rapaiser29.
En réalité, l’élément le plus perturbant pour un lecteur moderne est peut-être l’absence de fixation des marques de personne. En effet, la première personne hésite entre les terminaisons -ai, -ais, -a et -ait30 et pour P3 entre -a, -ai, -ait, -ay, -ayt31. Voici les quelques formes inhabituelles de P1 et de P3 :
P1 : et comme vous savés, messeigneur, je fus une partie prins pour l’ergent que je presta à la cité à la guere passees, et fut la chose que plus me grevait. (MPV2, p. 127).
Item, quant je achetait ma maixon (Ibid., p. 335) – moy meisme, qui en celle sepmaigne gairdoie à la porte, le interrogay et puis le menait chiez seigneur Jehan le Gournaix (Ibid., p. 462).
P3 : Et aussy Dediet Baillat, le maistre Phelippe, s’en voult aller en merchandise en Flandre et à Francquefort, et demanday à Phelippe c’il y voulloit ailler, lequelle luy acourdayt par le consentement de son perre. (MPV2, p. 62-63).
9Que l’hésitation porte davantage sur la distribution des marques graphiques de personne que sur les marques de tiroir apparaît de façon nette avec les formes du verbe aller. En P1, aillais (19, 253, etc.) comme allay / aillay (137, 147, 153, 155) sont des passés simples qui se démarquent des imparfaits alloie / ailloie. Les formes en -ait, aillait ou allait (120 attestations)32 sont très majoritairement des passés simples ou des subjonctifs imparfaits33. L’alternance vocalique entre [ę] (P1, P6) et [a] pour les autres personnes a pu provoquer l’alignement des passés simples sur le timbre [ę]. La différence graphique entre P1 et P6 renvoie à l’origine phonétique différente : -ai rappelle l’ancienne diphtongue de coalescence en P1 et -e le résultat de la diphtongaison de /a/ tonique libre en P6. En moyen français, -ai a pu se réduire à -e, noté -é dans les éditions savantes ; dans les Mémoires, l’alignement sur la graphie -ai domine en P6 : deux tiers des formes en -airent contre un tiers en -erent. Ainsi les formes de passé simple de Vigneulles en -ai peuvent-elles s’expliquer par un alignement vocalique sur le timbre de P1 et de P6 et la prépondérance du digramme ai renvoie peut-être au e très ouvert, caractéristique du lorrain34. Cette tendance diatopique à la fermeture de la voyelle [a] caractérise d’autres formes verbales. Pour la 3e personne de l’indicatif présent du verbe avoir, les Mémoires présentent 210 attestations de la forme ait contre seulement 14 attestations de la forme française a. Cette concurrence entre les formes attendues en -a et les formes en -ai se signale également au futur simple pour tous les verbes (-rait au lieu de -ra)35 et au subjonctif imparfait pour les verbes en -er. Les hésitations morphologiques sur les finales ou sur les radicaux ne sont pas l’apanage de Philippe, on les trouve également dans les textes littéraires contemporains, mais elles sont chez lui plus abondantes et plus répétées. Nous avons surtout évoqué ici le cas des passés simples en -ait, mais d’autres alignements sont également attestés :
- Verbes en -er qui font leur passé simple en -i : P3 absentit (p. 384), aillit (p. 94), ancorpit/encorpit (p. 162, 163), comendit (p. 110, comptit (p. 112), confessit (p. 99, 161, 165, 178), couppit (p. 247), demendit (p. 100), donnit (p. 162, 253), gellit (p. 196), jurit (p. 152), laichit (p. 83, 284), laissit (p. 184), mandit (p. 107), montit (p.165) à côté de montait (13 attestations), renfusit (p. 168), retournit (p. 142, 145, 146), semblit (p. 93), voullit (p. 518) – subjonctif imparfait en -it : allit (p. 141).
- Verbes autres qu’en -er à passé simple analogique en -i : passé simple courit (p. 286), craindit (p. 60), metit (p. 108, 133) à côté de mit (p. 111, 112, 146, 199) – subjonctif imparfait faisit/faxit/fexit/fessit (p. 67, 101, 153, 490, 493).
- Autres verbes alignés sur passé simple en -a/-ai : estaindait (p. 173), enfu(i)ait (187, 293), à côté de enfuit (p. 6, 206, 209), ou encore rompait (p. 287), face à rompit (8 attestations).
10Cependant Philippe ne confond pas la conjugaison des verbes proches ouvrer et ouvrir : owrait (203, 204) et owrit (p. 68, 307, 495), pas plus que celle de recouvrer et recouvrir : recowvrait (280) et recowvrit (419). L’hésitation entre deux verbes refroider et refroidir est bien attestée en moyen français : ref(f)roidait (357, 417, 447, 448), de même que le passé simple vecquit/vesquit (173, 210, 228, 386, 389, 529) est la forme habituelle en ancien et moyen français, en attendant que la forme refaite sur le participe passé vescu ne l’emporte définitivement au XVIIe siècle. La forme analogique venit (108, 131, 153, 163), en revanche, demeure marginale par rapport à la forme vint, très largement dominante dans le texte (250 attestations, sans compter les dérivés). Pour le verbe vouloir, les formes de passé simple et de subjonctif imparfait vousist / voussit / vouxit / woussit (95, 108, 128, 234, 228, etc.) sont conformes aux hésitations médiévales36.
Changements en cours dans le système nominal
11La morphologie verbale des Mémoires est-elle plus fautive ou archaïsante que celle des auteurs contemporains ? Ses hésitations plus nombreuses et plus variées sont moins la marque, selon nous, d’une absence de maîtrise que du statut même de cet écrit autographe, moins surveillé et formel qu’une mise au net définitive. Les formes jugées aberrantes sont parfois de simples formes transitoires, essayées, puis abandonnées. À cet égard, l’hésitation sur la forme du pronom personnel sujet masculin P3 et P6 nous paraît également caractéristique d’une langue de transition. En effet, on pourrait penser que, comme pour les verbes, où « Philippe a conservé un assez grand nombre de vieilles formes37 », le maintien de la forme de l’ancien français il, au pluriel, est un trait d’archaïsme38. Dans les Mémoires, on ne dénombre que deux attestations de la forme ils (p. 39, 94) et sur les 22 de ilz, il n’y a que 13 pluriels. Ce sont des formes très minoritaires par rapport à la forme il (3 329 attestations), qui neutralise l’opposition entre singulier et pluriel39. La présence de ilz pour le singulier peut d’ailleurs être interprétée comme la trace d’une tentative réelle, bien que sans lendemain, d’étendre la marque -s de cas sujet au pronom personnel masculin comme au démonstratif, avec la forme cilz40. Les Cent Nouvelles Nouvelles confirment ces hésitations, même si les attestations de ilz au singulier (5 % des formes) et surtout celles de il pluriel (0,02 %) paraissent en nette diminution. Une situation transitoire entre deux états de langue bien marqués se dessine ainsi, avec la concurrence pour le singulier de trois formes il / y / ilz et, pour le pluriel, des formes il / ilz, la forme ils restant encore exceptionnelle. Deux aspects s’entremêlent : celui de la disparition des consonnes finales, notamment [l] et [s], et celui des marques morphologiques. La prononciation dans tous les cas est [i], comme l’attestent les confusions entre il et y et, à l’inverse, des graphies quil pour qui41. Tous ces phénomènes montrent que, pour Philippe, -s ne fonctionne pas encore comme une marque de pluriel univoque, non pas par ignorance, mais parce que -s n’est pas encore ce qu’on appellera un morphogramme grammatical42. N’oublions pas que le régime complexe de la liaison, qui permet dans certains cas d’entendre sous forme sonorisée la consonne finale « flottante » d’un mot suivi d’une voyelle, ne se stabilise qu’à l’époque classique43.
12Ce qui peut nous conduire à la question plus générale de la marque de nombre dans le système nominal. Un texte comme celui des Mémoires offre un riche aperçu sur un système nominal de transition, avant la codification grammaticale : à l’abandon de la déclinaison nominale s’ajoute une restructuration morphosyntaxique du groupe nominal44 autour du nom de plus en plus souvent précédé d’un déterminant qui porte les marques grammaticales de genre et de nombre à l’écrit et à l’oral. Si, selon Charles Bruneau, « l’s du pluriel, l’e du féminin, les désinences de personne dans les verbes se trouvent donc notées de la façon la plus irrégulière45 » pour nous, ces marques de l’orthographe grammaticale, « l’s du pluriel, l’e du féminin », n’existent pas encore à l’époque de Vigneulles, ou du moins elles n’ont pas force de loi. Certes, leur présence en ancien français, comme marque de féminin pour les adjectifs biformes et comme marque du pluriel pour tous les féminins et les cas régimes pluriels masculins, a favorisé leur extension. Mais, dans le même temps, avec la disparition des consonnes finales à partir du XIIIe siècle, ces marques devenues muettes sont fragilisées. L’usage des déterminants qui offrent de façon univoque les informations nécessaires sur le genre et le nombre se développe en tête de groupe nominal. Il n’est donc pas étonnant, au début du XVIe siècle, que l’s finale n’apparaisse plus à la fin des noms appartenant à un groupe nominal déterminé.
Exemples relevés dans les premières pages des Mémoires
touttes chose ; touttes les adventure, bonne et malvaise (p. 1) ; l’amour dez personnaige (p. 2) ; les nopce ; ces jour ; ces aise ; l’une des belle jonne femme (p. 3) ; des advenue (p. 5) ; les devent dit Lourain ; les deux pourtiet ; les pourte Champenoise ; les pourtiet ; les groz pault ; les gros pal (p. 6) ; aulcuns homme d’arme ; les bouchier de Viez Boucherie ; les pal aincy cheuz (p. 7) ; ces serviteur ; les noble de Loraine ; les triewe ; les chainoine (p. 8) ; tous les bien ; nous46 seigneur de Mets ; yceulx seigneur ; cent cawe de vin (p. 9) ; les clef ; tous les chainoigne, abbé, curé et aultre religieulx ; tous les archevesque et evesque et a tous lez aultre prince ; les ambaissaude (p. 11), etc.
13Dans tous ces exemples, le déterminant est seul à porter morphologiquement les marques du nombre. Parfois, il suffit même qu’il véhicule une idée de pluralité, comme l’indéfini plusieur47 ou les adjectifs numéraux, pour que le nombre demeure implicite :
plusieur devise et escuse en lestre d’or (p. 7) ; plusieur jour (p. 11) – XVIC chevaulcheur et VI mil pieton (p. 5) ; deux chair ; XXV mil combaitant et de IIIIC chair d’artillerie (p. 9) ; XXX buef, XXX cawe de vin ; VIIIC quairte d’awaine ; LX florin ; XII heure (p. 10).
Le nombre est indiqué par la tête du groupe nominal et les autres éléments du groupe sont sans marque ou avec des marques isolées : -s n’est donc pas encore compris comme une marque obligatoire de nombre. Le phénomène d’accord qui relève de l’orthographe grammaticale sera imposé « d’en haut48 » d’abord dans l’écrit formel, puis dans l’écrit personnel après le XVIIIe siècle.
14Ces quelques analyses, sur les graphies en -ai et la présence de formes de passés simples particulières, montrent l’inscription diatopique des Mémoires. Les remarques qui ont suivi sur le pronom personnel il / ilz ou sur les marques du pluriel au sein du groupe nominal illustrent une variation moins sociale ou culturelle que liée au statut même de l’écrit. Il restera bien d’autres facettes à mettre en lumière au cours de l’édition du texte. Notre étude de langue, plutôt que de fournir un échantillon ou une collection de formes plus ou moins atypiques, voudrait avoir l’ambition de décrire la langue de Philippe, escripvain et marchand messin. Nous espérons pouvoir un peu éclairer ce qui fait la singularité de sa manière d’écrire à l’aube du XVIe siècle et son caractère exemplaire pour l’histoire du français à une période charnière.
Notes de bas de page
1 Le terme, appliqué à Philippe, apparaît à huit reprises sous cinq formes différentes : « Et moy, l’acripvains, me sowient veritaublement de celle chose » (MPV2 p. 12), « je, Philippe, escripvain de cest istoire » (MPV2 p. 14) ; également p. 210, 388, 394, 488, 491 et 500. Les références correspondent aux pages du manuscrit BnF NAF 6720, seul manuscrit à transmettre ces Mémoires. Toutes les citations de l’œuvre sont données à partir de l’édition semi-diplomatique de F. Faltot (MPV2), que nous avons systématiquement confrontée au manuscrit pour la préparation d’une nouvelle édition (S. Bazin-Tacchella, Mémoires de Philippe de Vigneulles, Champion, CFMA, en préparation). L’édition ancienne de Michelant (MPV), qui a eu le mérite de faire connaître ce texte en offre une version corrigée qui ne respecte pas la langue du manuscrit.
2 MPV2 p. 4.
3 MPV2 p. 18. Le stille désigne ici la « manière de rédiger (en particulier un acte officiel) » (DMF), plutôt que « la manière d’écrire, ou de s’exprimer ».
4 « Et moy, je estoie tout jonne, bien acoustrés, sçavent lire et escripre telle lestre que voyés », à la différence de son compagnon qui « ne sçavoit ny A ne B » (MPV2 p. 27).
5 CNN.
6 Plus d’une cinquantaine de références à ce texte daté de 1515, notamment mais pas exclusivement dans le chapitre 31 consacré à la morphologie du verbe dans C. Marchello-Nizia et al., Grande Grammaire historique du français, De Gruyter-Mouton, 2020, vol. 1, p. 745-855 (désormais GGHF).
7 La deuxième mention de l’année 1520 est une phrase interrompue : Item, le jour Paicque florie,. xiiie. d’apvril, l’an .VC. et .xxii., fut acouchee la dite Maiguin d’une fille nommee Katherine, qu’elle olt… (p. 373).
8 À l’inverse, le copiste du manuscrit des Cent Nouvelles Nouvelles offre un texte soigneusement calligraphié aux élégantes initiales ornées (CNN, op. cit., nombreuses reproductions). Si l’on retrouve certains traits linguistiques de la langue de Philippe, leur importance est atténuée au profit de formes moins marquées. La copie professionnelle offre un écrit plus formalisé tant du point de vue de la mise en page que de la langue.
9 On ne saurait faire remonter avant les années 1570 les débuts de la standardisation de l’écrit. Philippe meurt d’ailleurs juste avant la période qui multiplie les expérimentations en matière de codification de l’orthographe ou orthographie (1530-1570) et les débats passionnés qui s’en suivirent. Voir la mise au point éclairante de G. Siouffi dans la GGHF, chapitre 10, p. 142 et suiv.
10 L’AF présentait habituellement la graphie tens, parfois tans.
11 On trouve également dans les Mémoires : champts, copts, drapts, Laidonchampts, marchampts/maichampts, à côté de souscripts, habituel.
12 « Pour a il y a ai ou æ très fréquemment. L’on dit mætin, matin ; mærchà, marédchal ; bais, bas ; gaigne, gagne ». Ce même « e, qui se prononce fort gras et en traînant. On pourroit l’appeler e plus qu’ouvert » (J. Oberlin, Essai sur le patois lorrain des environs du comté du Ban de la roche, Strasbourg, J. F. Stein, 1775, p. 88, 86).
13 Les références qui suivent les formes renvoient aux pages du manuscrit des Mémoires. Je ne prends pas en compte les cas où l’hésitation graphique est répandue partout, notamment les graphies -ign et -gn : mariaige (50), accompaign- (41), etc. ou -ig et -g, ainsi aige et tous les mots de la même famille. La graphie e pour ai- est moins utilisée : erchevaique (38), berbier (88), glesse (70) pour archevesque, barbier et glace. L’inverse, -a au lieu de -ai / -e, est extrêmement rare : airchevacque (61), chaminee (248).
14 Par exemple aillais (19, 253, etc.), ailait / aillait (95, 167), aillaimes / aillaimez (15 attestations), aillairent / ailairent (22, 162), aillaissent (62, 202, etc.), etc. alternent avec des formes en al- et ne doivent pas être confondues avec les formes à radical palatalisé en aill- [al̮] du présent du subjonctif. Les formes « régionales » en ai- représentent 36,7 % du total des formes.
15 10 airbre contre 5 arbre.
16 L’hésitation entre les formes est à l’avantage de la forme en air- : 75 airme(s) / 12 arme(s).
17 Les formes en a- sont beaucoup plus fréquentes pour ces verbes : 11 attestations pour [attacher], 6 pour [atteindre], et 72 pour [attendre].
18 FEW 2, 515b cattus.
19 À rattacher à l’étymon stakka (FEW 17, 196-197) « souche » pour désigner les « sarments restés en terre », voir estaque, taque.
20 En réalité, le phénomène qui est très bien décrit en moyen français, l’ouverture de [ę] suivi de [r] à [a], est le phénomène inverse de celui présenté ici. Voir GGHF, I, chapitre 16, p. 286. Gouhenheim (Grammaire de la langue française du seizième siècle, Paris, Picard, 1974, p. 18) évoque les variantes de prononciation d’une région à l’autre : « Déjà au XVe siècle, e avait tendance à s’ouvrir à Paris en a devant r. Cette tendance se prolonge au XVIe siècle dans les milieux populaires. […] Par réaction, certains milieux tendaient à fermer l’a en é devant r. […] Il en résulta un état de confusion, d’où l’on ne se tira qu’en rétablissant a et e, le plus souvent d’après l’étymologie latine ». Cependant il subsiste des traces de cette confusion dans certains mots qui se sont maintenus jusqu’en français moderne avec [ę] : garba > jarbe / gerbe, sarpa > sarpe / serpe. Dans les deux cas, qu’il s’agisse de l’ouverture de [ę] en [a] ou de la fermeture de [a] en [ę], il en résulte une hésitation entre les graphies avec a / ai et e.
21 Ce sont des formes très marginales, à côté des formes ultra dominantes estoie et estoit, respectivement 82 et 1 275 attestations dans le texte. Elles montrent cependant la « pression » de la graphie en ai-.
22 Y. Cazal, G. Parussa et E. Llamas-Pombo, GGHF, chapitre 26, « Graphies : des usages à la norme », p. 501-520.
23 Philippe hésite tout au long de ses Mémoires entre la première et la troisième personne.
24 Y. Cazal, G. Parussa et E. Llamas-Pombo, op. cit., p. 518.
25 Sans aller jusqu’à en faire « un précieux document “oral” pour le parler messin » (CNN, p. 13-14, 16).
26 Par exemple craissaient, s’entrevoiaient, poait, veait (Jean de Meun, Roman de la Rose, v. 8755-8758, 20 858).
27 Contrairement à l’édition de H. Michelant (MPV p. 13) qui corrige en assignait pour harmoniser avec mist, le contexte nous invite à les lire comme des formes à la première personne « le compagnon avec lequel je me mis et décidai du moment de partir ».
28 MPV2, p. 20.
29 MPV2, p. 19.
30 Les formes en -a (1 attestation) et en -ait (2 attestations) sont très marginales en P1.
31 Sur plus de 1 373 formes, seulement 25 formes de P3 en -a, soit moins de 0,02 %. Et -ait représente plus de 99 % des attestations.
32 On ne relève que trois exemples de P1 allait (p. 19, 22, 199).
33 13 attestations sur 120. Par exemple : Et voulloit encor qu’il aillait demourer avec ung sien compaignon (32), et dit à Phelippe, […], qu’il c’en aillait ou il ne luy donroit mye quant il vouldroit (37), et voulloit qu’il aillait tousjour avec lez aultre (45), etc. Adont luy envoiait le capitenne de son vin, et luy mandait que c’il voulloit oÿr novelle du prisonniet, qu’il allait à Mouson parler à ung nommé Baxort, et qu’il l’en saroit bien à dire quelque chose. (MPV2, p. 131). Contrairement à F. Faltot qui complète fais[ait], nous pensons que la forme verbale rognée à la marge est un imparfait en -oit : Le capitenne, pansant à l’offre que le frere lui fais… [imparfait], mandait [passé simple] incontinent ung secret messaige à Mouson à Bassort.
34 V. infra.
35 « Mais, dis je, j’ay obliés une clef d’une huge de laquelle mon perre arait grant besoing » (MPV2 p. 12).
36 Le verbe vouloir présentait trois types de conjugaison en ancien français, en -i faible, en -i fort et en -s. C’est un quatrième type, en -u, formé sur la base du participe passé volu au XIVe siècle, qui se développe au XVe siècle et l’emportera en français.
37 CPV t. I, p. xxviii.
38 Le pronom personnel sujet P6 masculin il, issu du démonstratif *īllī (LC ĭllī), reste dominant chez des auteurs archaïsants jusqu’au XVe siècle. La forme avec -z final est fréquente dès le début du XIVe siècle et domine à partir de 1350, tandis que la forme ils, qui apparaît dans quelques textes dès le début du XVe siècle, ne progresse fortement qu’au XVIe siècle et finit par remplacer ilz. (C. Marchello-Nizia, GGHF, p. 682).
39 Contrairement à R. Martin et M. Wilmet qui affirment, en s’appuyant sur une période réduite (1455-1465), « L’ancien pluriel il s’est définitivement effacé devant ils ou ilz » (Syntaxe du moyen français, Bordeaux, Sobodi, 1980, p. 148), Philippe de Vigneulles utilise encore très majoritairement il pour le P6 : 21 exemples dans les 30 premières pages des Mémoires, alors qu’il n’y a au total pour toute l’œuvre que 13 ilz.
40 C. Marchello-Nizia, op. cit., 1995, p. 161-162.
41 R. Martin et M. Wilmet, op. cit., p. 262.
42 Selon la terminologie de N. Catach (L’orthographe française, [Nathan, 1995] A. Colin, 2012, p. 17, 205).
43 B. Laks montre que la liaison avec sa tripartition (obligatoire, interdite, facultative ou variable) est un processus particulièrement complexe, propre au français, qui résulte de dynamiques contradictoires : syllabique, prosodique, morphologique et graphique (« Diachronie de la liaison », chapitre 24, GGHF, p. 482-489).
44 A. Carlier et B. Combette, « Typologie et catégorisation morphosyntaxique : du latin au français moderne », Langue française, 2015/3, no 187, p. 15-58.
45 Bruneau, CPV t. I, p. xiii, no 1, présente avec condescendance les Mémoires, qu’il appelle Journal, comme un texte dont « le style est visiblement négligé », que son éditeur H. Michelant reproduit exactement, mais dont il « corrige discrètement l’orthographe afin de la rendre plus régulière ». Ces corrections, pour discrètes qu’elles soient, n’en modifient pas moins considérablement le texte transmis.
46 Déterminant possessif nos.
47 La forme plusieurs se répand cependant : plusieurs aultre diverse fortune et advenue (1) ; plusieurs adventure et advenue ; plusieurs lieu (5).
48 Voir L. Schøsler, GGHF, p. 658.
Auteur
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Sylvie Bazin-Tacchella
Professeur à l’Université de Lorraine et responsable de l’équipe Linguistique historique française et romane à l’Atelier de Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF), elle y dirige notamment le Dictionnaire du Moyen Français (DMF).
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