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    Plan détaillé Texte intégral Venger les attaques commises par l’indigène et imposer l’ordre Soumettre pour apprivoiser et civiliser Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Quand l’histoire sert à faire la guerre

    Ce livre est recensé par

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    L’ordre et la civilisation au service de la guerre de pacification contre les populations bayas et panas de la Haute-Sangha et de l’Ouham-Pendé (1928-1930)

    Patrick Dramé

    p. 67-82

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1En 1928, une insurrection éclate parmi les populations bayas de la circonscription de la Haute-Sangha au Moyen-Congo. Le discours messianique porté par Karinou, sorcier-guérisseur baya, a eu pour effet la diffusion rapide d’une résistance armée qui ne manque pas de susciter l’inquiétude des autorités coloniales françaises. Ce qui est alors appelé la « guerre du Kongo-Wara » est sans doute l’une des plus importantes résistances africaines à la domination coloniale en Afrique équatoriale française (AEF) dans la période de l’entre-deux-guerres. Elle dure trois années, implique plusieurs populations baghiris, yanghérés, karrés et surtout bayas et panas.

    2Cette insurrection s’étale sur trois territoires coloniaux français : l’Oubangui-Chari, le Moyen-Congo et le Cameroun. Le but de guerre avancé par les insurgés est alors la fin du colonialisme avec son cortège de contraintes et le retour à l’ordre ancestral. Par voie de conséquence, l’entrée en guerre des « indigènes » est marquée par des actes d’insu-bordination et de défiance tels que le sabotage d’infrastructures, des pillages, des incendies de postes militaires et de factoreries appartenant à des compagnies concessionnaires, ainsi que par le refus des prestations de travail et autres réquisitions inhérentes à la présence coloniale.

    3Or, devant la remise en cause de leur autorité, le gouverneur général de l’AEF, Raphaël Antonetti, en collabo­ration avec son commandant supérieur des troupes, le général Thiry, entreprend de mener une guerre de « pacification » visant à rétablir l’ordre colonial et la « paix générale » dans le territoire insurgé, illustré par la carte générale ci-dessous.

    Carte générale de la région concernée par une guerre de pacification

    Image

    Carte réalisée par Patrick Dramé d’après les archives du Centre d’histoire et d’études des troupes d’outre-mer (sous-série 15 H 55).

    4Les populations bayas et panas, considérées comme les plus irréductibles, deviennent alors des cibles privilégiées de l’entreprise de maintien de l’ordre. Pour ce faire, une vingtaine de détachements de tirailleurs « indigènes », issus de la 9e Compagnie du régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad, appuyés par des centaines de gardes régionaux et de miliciens sont mobilisés contre les insurgés.

    5Ce n’est qu’au prix de plusieurs confrontations armées et meurtrières que les foyers insurrectionnels sont peu à peu « pacifiés ». La mise en dépendance et l’exploitation économique de l’Afrique sont justifiées par le principe de la « mission civilisatrice » qui fait de la colonisation un acte salvateur vis-à-vis des colonisés. Elle procède également du déni de l’historicité de l’indigène représenté comme vivant dans des sociétés figées, incapables d’évolution et de progrès, donc sans histoire. De même, outre le déni de leur historicité, les stéréotypes servant de justification à la mise en colonisation font de l’indigène un individu attardé, primitif et donc inférieur. De surcroît, son organisation sociale et politique est marquée par le désordre, voire le chaos. Le « fardeau de l’homme blanc », d’après une expression consacrée par Kipling dans un poème fameux de 1899, consiste à apporter la civilisation au colonisé tout en procédant à la « mise en valeur » des ressources économiques innombrables qu’il s’avère cependant incapable d’exploiter. Le recours à la violence sert, par voie de conséquence, à contraindre l’indigène à l’obéissance et à la diffusion du progrès et de la civilisation européenne.

    6La pacification procède de prime abord de l’usage de la violence armée contre un mouvement insurrectionnel puis, en parallèle ou à la suite de l’usage de la force, de la mise en œuvre d’un processus visant à la conciliation et à l’apaisement avec l’ennemi vaincu1. Aussi, durant la préparation de la guerre de pacification comme durant sa phase active, les autorités militaires et politiques des territoires coloniaux de l’Oubangui-Chari et du Moyen-Congo se sont attelées à la production de récits et de discours visant à justifier, voire à légitimer, l’usage de la force contre les populations bayas et panas insurgées. Il convient de voir comment les autorités militaires et politiques chargées de rétablir l’ordre ont usé de récits historiques et du postulat du caractère prétendument primitif, anarchique et belliqueux des populations bayas et panas afin de justifier l’usage de la guerre et de la violence dans cette entreprise de « pacification ». Il s’agit aussi de voir, dans la même veine, si cet engagement militaire était vraiment porteur d’ordre, de paix et de civilisation.

    Venger les attaques commises par l’indigène et imposer l’ordre

    7L’insurrection des Bayas et des Panas est inhérente à l’effort de « mise en valeur » économique combinée au poids du commandement colonial dans la période de l’entre-deux-guerres. La construction du chemin de fer de Brazzaville à Pointe-Noire (1921-1934) repose alors sur le recrutement brutal et excessif d’une main-d’œuvre, fortement ressenti par les populations indigènes. De surcroît, le contexte sociopolitique de l’AEF des décennies 1920 et 1930 est marqué par un alourdissement sans précédent des requêtes administratives de l’État colonial : paiement de l’impôt de capitation, prestations de travail, « pervertissement » de l’autorité traditionnelle locale, recrutement militaire.

    8L’émergence de l’esprit insurrectionnel chez les populations bayas de la circonscription de la Haute-Sangha est donc inhérente aux contraintes de cette « situation coloniale ». Dans cette perspective, il faut donc lire les retombées du discours messianique porté d’abord par Karinou, sorcier-guérisseur baya, puis par Ardo-Maybela, l’un de ses disciples et chef pana. Karinou comme Ardo se sont ainsi positionnés comme des « émissaires divins », porteurs d’une espérance promettant le retour à un ordre ancien (précolonial) perdu et le renversement du colonialisme2. Usant de surcroît d’un « médicament », le congouara, censé assurer l’invincibilité devant les fusils des troupes coloniales, ces deux sorciers-guérisseurs réussissent à mobiliser et à galvaniser en quelques semaines plusieurs milliers d’individus déterminés à secouer le joug colonial. L’espace rebelle et résistant ainsi créé dépasse largement le cadre sociologique strictement baya et pana pour concerner les Yanghérés, les Bandas, les Baghiris, comme l’indique ci-après la carte des populations touchées par la « pacification ».

    Les populations touchées par la guerre de pacification en Haute-Sangha et en Ouham-Pendé

    Image

    Carte réalisée par Patrick Dramé d’après les archives du Centre d’histoire et d’études des troupes d’outre-mer (sous-série 15 H 55) et l’étude de Marc Michel, « Les débuts du soulèvement de la Haute-Sangha en 1928 », Annales du Centre d’enseignement supérieur de Brazzaville, volume 2, 1966, p. 33 à 48.

    9Il est intéressant de relever que le sens et la signification de l’insurrection sont cependant autrement appréciés par les autorités politiques et militaires de l’AEF. Leur argumentaire est d’ailleurs paradoxal en ce sens qu’il minimise, tout en la mettant de l’avant, l’agentivité des insurgés dans le déclenchement de la dissidence. Autrement dit, l’apparition du mouvement insurrectionnel et la résistance sous-jacente sont appréhendées à travers un soi-disant manque de personnel administratif et donc de « contacts » suffisants et prolongés avec les « indigènes » à travers des tournées et des palabres. En somme, depuis l’établissement de la domination coloniale à la fin du xixe siècle, le déficit, voire la faiblesse du commandement colonial, n’a pas permis l’« apprivoisement » des Bayas et des Panas par leurs effets « civilisateurs ».

    10De surcroît, la fermeture de plusieurs postes admi­nistratifs au sein du territoire colonial serait aussi symptomatique de la régression de l’occupation. En définitive, selon plusieurs rapports de situation politique rédigés par les autorités locales, l’insuffisance de la conquête et de l’occupation effectives du pays aurait généré l’esprit d’« indépendance » chez les Bayas et les Panas. Cet argumentaire est d’ailleurs exprimé dès 1919 par Auguste Lamblin3, lieutenant-gouverneur de l’Oubangui-Chari, et est repris par Georges Prouteaux, occupant les mêmes fonctions, dans le rapport politique de 1929 :

    Bouar est peuplé par des groupements qui ne nous avaient jamais été entièrement acquis. Leurs rapports avec l’autorité locale ont marqué des tendances diverses suivant que l’occupation du pays a été effective ou seulement passagère. Ce régime d’occupation intermittente a favorisé chez l’indigène des penchants à l’indépendance et à l’insoumission et si nous tenons compte de ce que Bouar était abandonné depuis près d’un an, nous pouvons en déduire l’influence qu’a pu prendre l’agitateur Karinou sur un terrain aussi bien préparé […]4.

    11L’argumentaire sur l’insuffisance de l’occupation et de l’administration est toutefois très vite battu en brèche par la production d’un récit à caractère « historique » et à charge contre les colonisés. Il est d’abord intéressant de relever, à travers cette citation, le déni qui est fait quant au mode de vie antérieur à la phase coloniale des groupements humains peuplant Bouar. En fait, le lieutenant-gouverneur Prouteaux ne semble considérer le point de départ de la vie des communautés indigènes qu’à l’aune de l’avènement du colonialisme. Dans cet ordre colonial naissant, l’indigène est ainsi associé à l’anarchie et au désordre. Aux yeux des autorités coloniales, le caractère belliqueux, violent, voire cruel, des Bayas et des Panas ainsi que leur insubordination chronique requièrent inévitablement l’usage de la force militaire. Cette dernière a pour but de punir pour de bon les actes d’intimidation, les attaques armées et les massacres naguère commis à l’encontre d’Européens, de représentants de l’autorité coloniale, de commerçants ou de populations locales soumises à l’État colonial. L’usage de la violence participe ainsi de la lutte contre l’anarchie jugée inhérente à l’organisation des sociétés indigènes qu’il importe de mettre en ordre et donc de « civiliser ».

    12Plusieurs actes de violence sont ainsi rapportés afin de renforcer l’idée d’une guerre de rétorsion, punitive et indispensable au rétablissement de l’ordre.

    Opérations militaires dans l'espace rebelle

    Image

    Carte réalisée par Patrick Dramé et Julie Larocque d’après les archives du Centre d’histoire et d’études des troupes d’outre-mer (sous-série 15 H 55).

    13De prime abord, la responsabilité du massacre d’une partie de la mission d’exploration de la région de la Haute-Sangha confiée à l’administrateur Alfred Fourneau, perpétré aux alentours de Bania en 1891, est attribuée alors aux seuls Bayas5. Or, si le récit des événements proposé par Fourneau confirme le massacre, ses perpétrateurs ne sont pas cités avec exactitude, et les Bayas ne sont pas nommément incriminés6. L’attribution sans discernement de ce massacre aux Bayas procède d’une logique cherchant à les rendre coupables, à légitimer une action militaire visant à venger ce méfait et à mettre au pas les agresseurs.

    14Les populations panas n’échappent pas non plus à la litanie d’actes de violence que les autorités se plaisent à rappeler à la veille du lancement des détachements militaires à l’assaut de leur site-refuge des montagnes en 1929. En effet, le rapport de situation politique de l’Oubangui-Chari (1931) ainsi que deux rapports d’opérations militaires font état, non sans incertitude et imprécision, d’un massacre perpétré par les Panas contre un détachement allemand traversant la région en 1914. Dans le rapport politique annuel de 1931, Adolphe Deitté, lieutenant-gouverneur de l’Oubangui-Chari, relève de manière ambiguë et peu fiable que,

    [d]éjà quelques années avant notre occupation, une mission allemande – médicale, croit-on – fut anéantie sans que l’on puisse avoir aucun renseignement sur les circonstances de l’attaque ni sur le nombre d’Européens et d’indigènes la composant. On a su, après les opérations, qu’une Européenne s’y trouvait également, sans pouvoir obtenir d’autres renseignements précis, les indigènes gardant le mutisme le plus absolu sur ces faits7.

    15Pour sa part, le lieutenant-colonel Boutin, principal artisan des opérations militaires et de la répression menées contre les Panas, tente de proposer un récit plus précis en termes de dates, de lieux et de faits. Il rapporte en effet que,

    [v]ers 1913, fort d’une compagnie environ, avec plusieurs Européens, dont un docteur, et dont l’armement comprenait en outre une mitrailleuse, un détachement allemand aurait été anéanti entre Koumpana et le mont Pondo, cette troupe aurait été encerclée au campement dans un village au pied de la montagne. L’attaque aurait eu lieu de nuit, à la lueur de l’incendie des cases embrasées par les assaillants, et aurait duré jusqu’au petit jour. Elle se serait terminée par le massacre du détachement […]8.

    16Il faut relever ici l’usage du conditionnel dans ce récit « historique » invoqué afin de souligner le caractère belliqueux des Panas, et qui laisse songeur quant à la véracité de ce massacre. Cette trame élaborée par Boutin à partir de « témoignages indirects » s’inscrit dans une logique de mise en accusation des Panas. Ces derniers, au même titre d’ailleurs que leurs « voisins » bayas, sont décrits comme viscéralement hostiles aux étrangers et au contrôle colonial que les Allemands sont les premiers à tenter de leur imposer. Les limites, voire l’échec, de l’imposition d’un ordre colonial français dans les années 1920 précédant la guerre de « pacification » sont également invoquées dans le récit justificateur de la guerre produit par les autorités. Adolphe Deitté mentionne que le mouvement insurrectionnel a concerné

    [l]es régions peuplées par les races bayas et baghiris encore très primitives et belliqueuses. [Il a] pu naître et se développer à la faveur d’une occupation insuffisante du pays […]. Déjà, alors qu’une compagnie stationnait à Bouar, des mouvements d’indépendance avaient pu être réprimés en 1920-1921. La suppression prématurée de cette compagnie en 1923 laissa cette région à cheval sur trois colonies (Oubangui-Chari, Moyen-Congo et Cameroun) non pacifiées et sans que nous ayons pu la pénétrer effectivement […]9.

    17Dans la continuité de leur récit évoquant une série d’actes de résistance à la pénétration allemande puis française, les autorités coloniales répertorient également, dans leurs discours, d’autres types d’exactions commises selon elles par les Bayas et les Panas. Ces actes de guerre, qui consistent en des blocages de routes et des pillages de factoreries des compagnies concessionnaires, sont également avancés afin de justifier l’intervention militaire. Celle-ci est jugée salvatrice et indispensable au maintien de l’ordre. Ainsi, les assauts et la destruction de différents postes militaires coloniaux d’importance tels que ceux de Bouar et de Bayanga-Didi (1928) et puis de Bocaranga (novembre 1930) sont symptomatiques de la volonté de s’affranchir de la présence coloniale. Il apparaît d’ailleurs clairement que l’attaque du poste de Bocaranga et le massacre des familles des gardes régionaux sont le fait des Panas avec l’aval du sorcier-guérisseur Ardo-Maybela10.

    18Cette intervention armée des Panas était une réponse aux abus et exactions du sergent Olinga, chef du poste de Bocaranga11. L’évocation de la destruction de ces postes coloniaux sert bien évidemment de casus belli aux autorités coloniales. Les opérations militaires menées contre les Bayas puis contre les Panas se donnent alors comme objectifs de rétablir l’ordre par la réoccupation des espaces rebelles et l’arrestation des promoteurs de la dissidence. La guerre de pacification se devait donc de punir les insurgés en retour des attaques précédemment commises et considérées comme des actes de guerre récurrents.

    19Le lieutenant-colonel Boutin exprime assez bien ces buts de guerre, dans un compte rendu consacré à la répression militaire qu’il a menée en territoire baya :

    Pour ramener le calme dans la région et rétablir la sécurité des communications, pour châtier les attentats des indigènes contre les commerçants et les fonctionnaires européens, les pillages et les incendies des postes de Bouar et de Bayanga-Didi, il a fallu recourir à des opérations militaires12.

    Soumettre pour apprivoiser et civiliser

    20La « mission civilisatrice », plus spécifiquement la prétention des puissances impériales à apporter la civilisation à des populations jugées primitives et arriérées, est au cœur du projet colonial. L’usage de la violence armée afin d’assurer la domination coloniale est un préalable à l’« apprivoisement » et à la civilisation de l’indigène. La guerre se justifie ainsi par la nécessité de lutter contre celui dont les croyances, les us et coutumes sont pensés comme des facteurs de désordre et donc comme incompatibles avec l’idée d’une « paix générale » dont la colonisation se veut garante. Elle repose ainsi sur l’agencement d’une triple logique de violence : la première dite « fondatrice » découlant du droit de conquête, la seconde de « légitimation » produisant des outils discursifs justifiant l’entreprise impériale et sa « mission universalisante », et la troisième étant la violence de « ratification et de réitération », autrement dit une violence qui se répète et se cristallise au quotidien13. Par voie de conséquence, parce qu’ils s’opposent au commandement colonial et le rejettent, les actes de résistance et d’insurrection sont « hors la loi » et hors du temps colonial. Ils suscitent donc de facto la « pacification » ou, du moins, la mise en ordre du territoire rebelle.

    21L’engagement militaire contre les Bayas et les Panas est ainsi pensé comme une action primordiale dans le combat contre les désordres et le chaos dont ces deux populations seraient porteuses. Cette logique de violence répressive et punitive par la guerre est d’autant plus importante à souligner qu’elle se fonde sur une vision essentialiste et négative des valeurs socioculturelles des populations concernées. La révolte des Bayas est en particulier considérée comme symptomatique du désarroi d’indigènes relativement au progrès introduit par la colonisation mais auquel ils seraient foncièrement réfractaires. L’insurrection s’expliquerait donc par

    les prédications d’une sorte de thaumaturge noir livrant comme d’un coup de baguette tout un pays aux sorciers et aux juges, à toutes les pratiques de la magie noire avec son cortège de scènes affreuses, de sorcellerie et d’anthropophagie, tableau net de ce que deviendrait ce pays, laissé à lui-même, libéré de notre emprise […]14.

    22La révolte serait donc une réaction violente de l’« âme noire » réfractaire à la volonté de l’homme blanc de lui imposer son éthique et ses méthodes d’organisation politique15. Le désordre et le chaos observés chez les Bayas et les Panas est ainsi inscrit dans un temps long, anhistorique, que l’entreprise coloniale est amenée à détruire par la guerre et l’imposition du modèle civilisationnel européen. Le temps colonial s’établit et s’impose inévitablement par le truchement de la destruction du « moment » indigène caractérisé par sa dimension « hors temps », car inorganisé, voire chaotique. La « mission civilisatrice » devient ainsi porteuse d’historicité au sein des sociétés colonisées. L’usage de la force par la guerre à mener contre les Bayas devient ainsi le temps de l’implantation de la « civilisation » chez eux par le truchement de la destruction de pratiques telles que la sorcellerie et l’anthropophagie, jugées maléfiques et directement responsables de l’insurrection. Les officiers militaires et le personnel administratif colonial produisent, au début de la guerre de pacification et dans sa foulée, un discours visant à fustiger les actes d’insoumission et de résistance des indigènes à l’action civilisatrice et à la mise en ordre coloniale. Le rapport politique annuel de l’Oubangui-Chari constate que, dès septembre 1928,

    [u]ne agitation se manifeste dans toute la région frontière du Cameroun, du Moyen-Congo et de l’Oubangui-Chari. Des caravanes furent dépouillées, des Européens subirent de mauvais traitements de la part d’indigènes, des fonctionnaires attaqués à main armée dans l’exercice de leurs fonctions, plusieurs gardes régionaux blessés au cours de ces manifestations hostiles […]16.

    23Ce même argumentaire est d’ailleurs repris, deux ans plus tard, par le lieutenant-colonel de l’Oubangui-Chari. Il donne cependant à son constat politique une plus grande portée historique en estimant que l’insubordination et les actes de résistance sont antérieurs au déclenchement de l’insurrection et ne sont pas seulement accomplis contre les seuls Européens. Il note en effet que

    [d]epuis longtemps, les populations karrés, panas, boum, bandas et même bayas se trouvant comprises entre la rivière Pendé à l’est et la rivière M’Béré à l’ouest s’opposaient à notre pénétration. Aucun contact ne pouvait être établi, ces populations encore primitives nous causaient de nombreuses difficultés. Les caravanes d’indigènes (notamment des Foulbés et Bororos) qui s’aventuraient dans cette région voyaient tuer, massacrer et piller tous les porteurs au-delà la limite des deux territoires (Cameroun et AEF)17.

    24À l’instar de ce constat de Deitté, d’autres autorités de l’Oubangui-Chari et de l’AEF déplorent le poids du messianisme porté par Karinou (Bayas) puis par Ardo (Panas) non seulement dans le contenu de l’insurrection, mais aussi dans ses manifestations. L’influence de l’idéologie messianique, qui acte le rejet des requêtes coloniales et la fin prochaine de la domination étrangère, est jugée pernicieuse. Les actes de résistance s’apparentent ainsi à des actes de sabotage et de pillage, à la désertion de villages, à l’anthropophagie et aux attaques supposées contre les fonctionnaires ou les représentants de l’autorité coloniale et ses alliés.

    Ces événements imprévus décidèrent l’autorité supérieure à prendre des décisions importantes pour ne pas laisser impunis les actes de cruauté et d’insubordination des derniers mois. Une opération d’ordre judiciaire pour arrêter les coupables et les divers auteurs de tous ces actes fut décidée18.

    25L’évocation des attaques et exactions supposées commises par les Bayas et les Panas contre les représentants ou alliés de l’autorité coloniale jalonne les récits établis pour justifier le lancement d’une guerre punitive. Dans cette histoire revisitée, les Bayas et Panas sont ainsi présentés comme des populations agressives, hostiles aux étrangers et violentes. Dans cette perspective, on assiste dès la fin du xixe siècle à la fabrique d’un récit historique sur les rapports entre les Foulbés et les Bororos, d’une part, et les Bayas et Panas, d’autre part19. Ce récit repris dans les rapports politiques et militaires du temps de guerre suggère une histoire de cette interaction Foulbés / Bororos contre Bayas / Panas aux antipodes de la réalité historique qui s’avère bien plus complexe. Cette narration s’attache, en effet, à discréditer les Bayas et les Panas présentés comme xénophobes et violents20.

    26Notons en guise d’exemple que dans un rapport confidentiel, adressé au gouverneur général de l’AEF le 2 juin 1928, l’administrateur Leroux dépeint le sous-groupe des Bayas-Karras, habitant l’axe Bouar (épicentre de l’insurrection) / Carnot / Berberati, comme des « sauvages », « voleurs de bétail », et comme des « assassins de pasteurs ». De surcroît, on déplore que ceux-ci se soient montrés particulièrement réticents aux exigences (paiement de l’impôt de capitation et prestations) édictées par l’administration coloniale21. En revanche, le parti pris des autorités en faveur des Foulbés et Bororos l’amène à donner une représentation bienveillante et donc positive de ces derniers. Foulbés et Bororos sont alors considérés comme de « paisibles pasteurs », « besogneux » et au cheptel bovin riche. Ils sont, enfin, présentés comme des victimes des agressions constantes et meurtrières de leurs turbulents voisins22.

    27L’engagement militaire apparaît comme l’occasion d’assurer la protection des pasteurs peuls contre l’attitude constamment belliqueuse des Bayas et des Panas. Aussi les autorités coloniales manipulent-elles l’Histoire pour légitimer et justifier la guerre ou, du moins, les « opérations de police » contre les populations jugées récalcitrantes.

    28Elles produisent ainsi un récit aux antipodes de la réalité historique. En effet, il importe de souligner que l’hégémonie exercée par les pasteurs peuls dans la région constitue la principale source de tension. Les pasteurs bororos, foulbés et les « musulmans », dont l’installation date seulement de la première moitié du xixe siècle, ont lancé des razzias vers le sud afin de se procurer des esclaves, parmi lesquels des Bayas et des Panas23. Refoulés par ces derniers de la Sangha et de l’Ouham-Pendé en 1894, les Peuls bororos ont profité, à partir de 1920, de nouvelles dispositions plutôt positives de l’administration française à leur égard24. Ils s’installent ainsi dans de vastes territoires transformés en pâturages au détriment des agriculteurs bayas, créant alors les tensions récurrentes25.

    ***

    29En définitive, l’entreprise de « pacification » des populations bayas et panas a fait l’objet de la fabrique d’un imposant corpus discursif visant à justifier, voire à légitimer, l’usage de la force. Les récits historiques mis de l’avant par les autorités militaires et coloniales sont donc à la mesure des buts de guerre avancés : le rétablissement de l’ordre colonial troublé et la « civilisation » de l’indigène. Ce corpus discursif de légitimation de la guerre s’attache à démonter les lacunes de l’établissement de l’ordre colonial en face de Bayas et de Panas faisant preuve d’insubordination et de résistance chroniques. Il souligne, par la même occasion, que l’usage de la violence est ainsi consubstantiel à l’imposition de la « civilisation » et du progrès. On comprendra alors que les récits historiques mis de l’avant afin de justifier l’engagement militaire se veulent persuasifs et pédagogiques, quitte à user de manipulation, d’exagération ou encore à manipuler des faits historiques à l’aune de perceptions et de représentations fondamentalement négatives des civilisations des populations en voie d’être « pacifiées ».

    Bibliographie

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    Format

    Burnham, P., & Christensen, T. (1983). Karnu’s Message and the ‘War of the Hoe Handle’: Interpreting a Central African resistance movement. Cambridge University Press (CUP). https://doi.org/10.2307/1159708
    Burnham, Philip, and Thomas Christensen. “Karnu’s Message and the ‘War of the Hoe Handle’: Interpreting a Central African Resistance Movement”. Africa. Cambridge University Press (CUP), October 1983. doi:10.2307/1159708.
    Burnham, Philip, and Thomas Christensen. “Karnu’s Message and the ‘War of the Hoe Handle’: Interpreting a Central African Resistance Movement”. Africa, vols. 53, nos. 4, Cambridge University Press (CUP), Oct. 1983, pp. 3-22. Crossref, https://doi.org/10.2307/1159708.

    Cette bibliographie a été enrichie de toutes les références bibliographiques automatiquement générées par Bilbo en utilisant Crossref.

    Philip Burnham et Thomas Christensen, « Karnu’s Message and the “War of the Hoe Handle”. Interpreting a Central ­African Resistance Movement », Africa. Journal of the International­African Institute, volume 53, numéro 4, 1983, p. 3-22.

    10.2307/1159708 :

    Françoise Nozati, Les Panas de Centrafrique. Une chefferie sacrée, Paris, L’Harmattan, 2003.

    Raphaël Nzabakomada-Yakoma, L’Afrique centrale insurgée. La guerre du Kongo-Wara (1928-1931), Paris, L’Harmattan, collection « Racines du présent », 1986.

    Notes de bas de page

    1 Voir Samia El Mechat (dir.), Coloniser, pacifier, administrer (xixe-xxie siècles), Paris, CNRS Éditions, 2014.

    2 Voir Abel Kouvouama, « Les énoncés du croire dans les messianismes en Afrique », Rue Descartes, numéro 36, 2002, p. 153 à 166.

    3 Voir Auguste Lamblin, « (4) Rapport politique de l’Oubangui-Chari du deuxième trimestre 1919 », Archives nationales d’outre-mer (ANOM) / Gouverneur général de l’Afrique équatoriale française (GGAEF), dossier 4 (3), 1919, p. 9-20.

    4 Georges Prouteaux, « (1) Rapport politique de la colonie de l’Oubangui-Chari en 1929 », ANOM / GGAEF, dossier 4 (39-41), 1930, p. 39.

    5 Voir Marc Michel, « Les débuts du soulèvement de la Haute-Sangha en 1928 », Annales du Centre d’enseignement supérieur de Brazzaville, volume 2, 1966, p. 33-48.

    6 Voir Alfred Fourneau, Au vieux Congo. Notes de route (1884-1891), Paris, Éditions du Comité de l’Afrique française, 1932, p. 251-303.

    7 Adolphe Deitté, « Rapport annuel de l’Oubangui-Chari en 1931 », ANOM / GGAEF, dossier 4 (3), 1931, p. 20.

    8 Lieutenant-colonel Boutin, chef de la circonscription de Bouar-Baboua, « (5) Rapport sur la tournée effectuée de Bouar à Ouantounou (Oubangui-Chari) », Centre d’histoire et d’études des troupes d’outre-mer (CHETOM), dossier 12 (1), 1931, p. 1-3.

    9 Général de brigade Thiry, « (1) Rapport du général commandant supérieur sur les opérations de police effectuées par les détachements de la 9e Compagnie du régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad d’octobre 1928 à février 1929 dans la région de la Haute-Sangha », CHETOM, dossier 2 (bis), 1929, p. 15.

    10 Voir lieutenant-colonel Boutin, chef de la circonscription de Bouar-Baboua, « (4) Rapport au gouverneur de l’Oubangui-Chari au sujet de l’affaire de Bocaranga », CHETOM, dossier 12 (1), 1930, p. 1 et 2.

    11 À la tête d’un peloton de gardes régionaux, le sergent indigène Olinga commandait le poste de Bocaranga. Il s’avère toutefois que c’est presque exclusivement sur les populations locales que reposait l’entretien des gardes du poste et de leurs familles. L’exaspération des populations atteint son paroxysme lorsqu’Olinga procéda à une véritable chasse à l’homme afin de réquisitionner des indigènes en vue de travaux agricoles.

    12 Lieutenant-colonel Boutin, chef de la circonscription de Bouar-Baboua, « (7) Aperçu des opérations militaires en pays baya (1928-1929) », CHETOM, dossier 2, 1929, p. 63-76.

    13 Voir Achille Mbembe, De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine, Paris, Karthala, 2000 (particulièrement les pages 75 à 80).

    14 L’administrateur en chef des colonies Marchessou, « La politique indigène en Afrique Équatoriale », Le Monde colonial illustré, numéro 93, mai 1931, p. 119.

    15 Voir Julien Maigret, « La révolte des vieux dieux de la Sangha », Le Monde colonial illustré, numéro 80, avril 1930, p. 84-86.

    16 Georges Prouteaux, op. cit.

    17 Adolphe Deitté, op. cit.

    18 Idem.

    19 Il importe de souligner que la perception de l’autorité coloniale des populations colonisées est souvent fonction de sa « politique indigène » qui consiste à favoriser une ou des communautés au détriment des autres. Cela passe notamment par des représentations positives d’une communauté donnée au détriment d’une autre, au gré des intérêts supérieurs du colonisateur.

    20 Voir Marc Michel, op. cit.

    21 Ibid.

    22 Ibid.

    23 Voir Ambroise Zawa, Les mouvements de l’opposition, de résistance à la pénétration et à la colonisation française dans l’ouest de Centrafrique (1890-1940), Aix-Marseille, Université de Provence, 1986 (particulièrement les pages 443 à 445).

    24 Selon Ambroise Zawa, les autorités coloniales vont faciliter l’établissements des pasteurs bororos dans la région en appui à leur politique visant au développement de l’élevage bovin dans l’Ouham-Pendé (voir Ambroise Zawa, op. cit., p. 445).

    25 Voir Ambroise Zawa, op. cit.

    Auteur

    • Patrick Dramé

      Université de Sherbrooke
      Groupe de Recherche en Histoire de la Guerre

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    1 Voir Samia El Mechat (dir.), Coloniser, pacifier, administrer (xixe-xxie siècles), Paris, CNRS Éditions, 2014.

    2 Voir Abel Kouvouama, « Les énoncés du croire dans les messianismes en Afrique », Rue Descartes, numéro 36, 2002, p. 153 à 166.

    3 Voir Auguste Lamblin, « (4) Rapport politique de l’Oubangui-Chari du deuxième trimestre 1919 », Archives nationales d’outre-mer (ANOM) / Gouverneur général de l’Afrique équatoriale française (GGAEF), dossier 4 (3), 1919, p. 9-20.

    4 Georges Prouteaux, « (1) Rapport politique de la colonie de l’Oubangui-Chari en 1929 », ANOM / GGAEF, dossier 4 (39-41), 1930, p. 39.

    5 Voir Marc Michel, « Les débuts du soulèvement de la Haute-Sangha en 1928 », Annales du Centre d’enseignement supérieur de Brazzaville, volume 2, 1966, p. 33-48.

    6 Voir Alfred Fourneau, Au vieux Congo. Notes de route (1884-1891), Paris, Éditions du Comité de l’Afrique française, 1932, p. 251-303.

    7 Adolphe Deitté, « Rapport annuel de l’Oubangui-Chari en 1931 », ANOM / GGAEF, dossier 4 (3), 1931, p. 20.

    8 Lieutenant-colonel Boutin, chef de la circonscription de Bouar-Baboua, « (5) Rapport sur la tournée effectuée de Bouar à Ouantounou (Oubangui-Chari) », Centre d’histoire et d’études des troupes d’outre-mer (CHETOM), dossier 12 (1), 1931, p. 1-3.

    9 Général de brigade Thiry, « (1) Rapport du général commandant supérieur sur les opérations de police effectuées par les détachements de la 9e Compagnie du régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad d’octobre 1928 à février 1929 dans la région de la Haute-Sangha », CHETOM, dossier 2 (bis), 1929, p. 15.

    10 Voir lieutenant-colonel Boutin, chef de la circonscription de Bouar-Baboua, « (4) Rapport au gouverneur de l’Oubangui-Chari au sujet de l’affaire de Bocaranga », CHETOM, dossier 12 (1), 1930, p. 1 et 2.

    11 À la tête d’un peloton de gardes régionaux, le sergent indigène Olinga commandait le poste de Bocaranga. Il s’avère toutefois que c’est presque exclusivement sur les populations locales que reposait l’entretien des gardes du poste et de leurs familles. L’exaspération des populations atteint son paroxysme lorsqu’Olinga procéda à une véritable chasse à l’homme afin de réquisitionner des indigènes en vue de travaux agricoles.

    12 Lieutenant-colonel Boutin, chef de la circonscription de Bouar-Baboua, « (7) Aperçu des opérations militaires en pays baya (1928-1929) », CHETOM, dossier 2, 1929, p. 63-76.

    13 Voir Achille Mbembe, De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine, Paris, Karthala, 2000 (particulièrement les pages 75 à 80).

    14 L’administrateur en chef des colonies Marchessou, « La politique indigène en Afrique Équatoriale », Le Monde colonial illustré, numéro 93, mai 1931, p. 119.

    15 Voir Julien Maigret, « La révolte des vieux dieux de la Sangha », Le Monde colonial illustré, numéro 80, avril 1930, p. 84-86.

    16 Georges Prouteaux, op. cit.

    17 Adolphe Deitté, op. cit.

    18 Idem.

    19 Il importe de souligner que la perception de l’autorité coloniale des populations colonisées est souvent fonction de sa « politique indigène » qui consiste à favoriser une ou des communautés au détriment des autres. Cela passe notamment par des représentations positives d’une communauté donnée au détriment d’une autre, au gré des intérêts supérieurs du colonisateur.

    20 Voir Marc Michel, op. cit.

    21 Ibid.

    22 Ibid.

    23 Voir Ambroise Zawa, Les mouvements de l’opposition, de résistance à la pénétration et à la colonisation française dans l’ouest de Centrafrique (1890-1940), Aix-Marseille, Université de Provence, 1986 (particulièrement les pages 443 à 445).

    24 Selon Ambroise Zawa, les autorités coloniales vont faciliter l’établissements des pasteurs bororos dans la région en appui à leur politique visant au développement de l’élevage bovin dans l’Ouham-Pendé (voir Ambroise Zawa, op. cit., p. 445).

    25 Voir Ambroise Zawa, op. cit.

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    Dramé, P. (2023). L’ordre et la civilisation au service de la guerre de pacification contre les populations bayas et panas de la Haute-Sangha et de l’Ouham-Pendé (1928-1930). In B. Deruelle (éd.), Quand l’histoire sert à faire la guerre. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.152738
    Dramé, Patrick. « L’ordre et la civilisation au service de la guerre de pacification contre les populations bayas et panas de la Haute-Sangha et de l’Ouham-Pendé (1928-1930) ». In Quand l’histoire sert à faire la guerre, édité par Benjamin Deruelle. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2023. doi:10.4000/books.septentrion.152738.
    Dramé, Patrick. « L’ordre et la civilisation au service de la guerre de pacification contre les populations bayas et panas de la Haute-Sangha et de l’Ouham-Pendé (1928-1930) ». Quand l’histoire sert à faire la guerre, édité par Benjamin Deruelle, Presses universitaires du Septentrion, 2023, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.152738.

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    Deruelle, B. (éd.). (2023). Quand l’histoire sert à faire la guerre. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.152686
    Deruelle, Benjamin, éd. Quand l’histoire sert à faire la guerre. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2023. doi:10.4000/books.septentrion.152686.
    Deruelle, Benjamin, éditeur. Quand l’histoire sert à faire la guerre. Presses universitaires du Septentrion, 2023, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.152686.
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