Localiser pour célébrer ? Quelques observations sur les lieux de combat de 1810 au Portugal
p. 185-202
Texte intégral
1La campagne de 1810 et 1811 au Portugal, marquée par de longs mois sans combats, par la pénurie et les violences envers les populations civiles, est en France peu remémorée et peu étudiée. Les toponymes associés à ses lieux de combat ne sont pas connus. Le nom d’Almeida est inscrit sur l’Arc de Triomphe, mais la prise de cette forteresse au début de la campagne évoque davantage une explosion effroyable qu’une victoire glorieuse. Du côté britannique, la mémoire et le traitement historiographique de ces événements sont totalement différents : le personnage de Wellington y étant étroitement lié, la campagne et la stratégie déployée ont été l’objet d’un nombre très important d’ouvrages, dès le xixe siècle. Au Portugal, les célébrations des événements de 1810 se sont heurtées aux vicissitudes politiques du pays ; la patrimonialisation des champs de bataille a été partielle, l’étude historiographique rare, alors que des traces consistantes d’une mémoire populaire des faits persistent, de façon tout à fait étonnante. En parcourant les lieux de la campagne et en étudiant leur progressive association avec les faits de guerre, les pages qui suivent ont l’objectif d’exposer ces contradictions et les réflexions qu’elles suscitent.
Identifier et représenter les lieux de combat : cartographie, mémoires, guides touristiques
2C’est en juillet 1810, peu après avoir pris la ville de Ciudad Rodrigo, du côté espagnol de la frontière, que l’Armée du Portugal, conduite par Masséna, entre dans le territoire portugais. Auparavant, en 1807, l’armée conduite par Junot était arrivée à Lisbonne et avait contrôlé le pays jusqu’à l’été 1808. Une autre armée française aux ordres de Soult avait été repoussée en 1809. Il s’agit des « trois invasions françaises », selon la dénomination qui leur est donnée au Portugal. Quand en 1810 la troisième de ces invasions commence, l’armée britannique est sur les lieux, a intégré les régiments de l’armée régulière portugaise et ceux de la milice, les a soumis au commandement d’officiers anglais et se prépare, sinon à défendre le pays, du moins à y mettre en place une stratégie qui neutralisera les Français pendant de longs mois et mènera à la victoire sur l’ensemble de la péninsule ibérique1. La forteresse d’Almeida tombe à la fin du mois d’août et l’armée française poursuit son chemin sur les traces des Anglo-Portugais jusqu’aux hauteurs de Bussaco, où la seule vraie bataille de la campagne se déroule. Après avoir gagné cet affrontement, Wellington mène son armée dans une retraite surprenante en direction de Lisbonne. C’est devant les lignes défensives de Torres Vedras, dressées dans le plus grand secret pour défendre la capitale, que la stratégie britannique devient évidente : l’ennemi a été attiré jusqu’à une position en plein cœur du pays qui ne lui est pas favorable. Masséna renoncera à attaquer et restera en attente des renforts jusqu’au mois de mars 1811, quand l’armée du Portugal débutera sa retraite.
3Seuls trois toponymes peuvent être associés de façon significative à cette campagne et à ses combats : Almeida, Bussaco, Torres Vedras. Chacun indique néanmoins un lieu et des événements très différents : Almeida, une forteresse assiégée, Bussaco, un vrai champ de bataille, Torres Vedras, un système de lignes défensives très étendu qui a pris le nom de la ville principale sur laquelle elle s’appuie, et à proximité de laquelle il n’y a jamais eu de vrai combat. Des combats ont eu lieu ailleurs, au moment d’« affaires » diverses, impliquant quelques centaines d’hommes de chaque côté, qui ont laissé une trace ténue dans la mémoire comme dans l’historiographie : le long du Côa, près de Almeida, à Sobral de Monte Agraço, sur les lignes fortifiées, ou encore à Foz de Arouce et à Sabugal, pendant la retraite, en mars 1811.
4Comment ces lieux sont-ils identifiés, cartographiés, remémorés, patrimonialisés, célébrés, dès les moments qui ont immédiatement suivi les faits de guerre et jusqu’à aujourd’hui ? Au sein de l’armée française en campagne, l’enregistrement des événements sur des supports cartographiques et textuels était une fonction depuis longtemps établie, confiée aux topographes, aux ingénieurs géographes, ou parfois aux officiers d’état-major. Cette création de sources, menée parallèlement ou en amont de la rédaction des rapports, permettait la compréhension immédiate des faits et rendait possible leur étude future. Mais dans l’Armée du Portugal, rien ne semble fonctionner du point de vue cartographique. Le matériel à disposition est très déficitaire2 et la production, si on doit en juger par ce qui se trouve actuellement dans les collections du Service Historique de la Défense, presque inexistante : à l’exception d’une ou deux reconnaissances [fig. 1]3, les documents cartographiques conservés ont été produits en 1801 par des ingénieurs français émigrés entrés au service du Portugal. Cette première cristallisation des lieux et des faits, issue d’une procédure technique établie, est donc manquante. Les mêmes procédures n’étaient pas aussi institutionnalisées dans l’armée britannique, mais en 1810-1811 les cartographes du département du Quarter Master General4, en charge des travaux cartographiques de la British Army, semblent avoir été plus actifs que leurs homologues français. Parmi eux, il y avait également les ingénieurs et cartographes portugais, mais la position subalterne qu’ils occupaient dans l’armée alliée a rendu leur travail pratiquement invisible dans les sources5.
Fig. 1 : détail de SHD, L 12 C 3 54.

Ce document inachevé porte les signes du travail en train d’être fait. Le nom de « Bussaco » a été vraisemblablement ajouté au crayon après la bataille, quand ce toponyme auparavant totalement secondaire est devenu significatif.
5Après la fin de la guerre, l’activité cartographique autour des champs de bataille au Portugal continue : le jeune lieutenant Thomas Livingstone Mitchell est chargé en 1818 et 1819 de continuer le lever des cartes et plans qu’il aurait commencé à tracer pendant la campagne, quand il n’avait que 16 ans. Avant même la fin du conflit et pendant tout le xixe siècle, en parallèle des très nombreux ouvrages mémorialistes, sont publiés au Royaume-Uni des recueils de dessins et peintures6, d’estampes, et finalement aussi de plans des batailles de la Peninsular War. L’atlas de Wyld7, publié en 1840, en est l’exemple le plus achevé. Il est accompagné par un mémoire relatant les faits de guerre rédigé par George Murray, qui avait dirigé dans la Péninsule Ibérique le département du Quarter Master General et avait fortement voulu cette publication. La fonction de l’atlas est clairement monumentale : y sont présentés les lieux qui méritent d’être remémorés et célébrés. L’ouvrage, dédié à l’armée britannique, à ses services méritoires et à son courage, ne se concentre pas sur les victoires mais célèbre l’ensemble de l’effort de guerre, non seulement les grands affrontements victorieux, donc, mais les mouvements, les batailles, les sièges, comme indiqué dès le titre. De ce fait, des affaires d’un intérêt militaire moindre, qui ont vu un engagement de troupes très limité, sont identifiées et représentées ; des plans leur sont spécifiquement consacrés et les rangent ainsi au même titre que les batailles. Leur représentation cartographique les glorifie et, en les associant à un toponyme et à une date, les produit en tant que lieu d’un événement guerrier. Les lignes de Torres Vedras sont elles aussi largement représentées dans l’atlas de Wyld, d’une façon conforme à leur importance stratégique plus qu’à l’engagement direct de l’armée britannique dans les lieux. On y trouve plusieurs vues frontales [fig. 2] et un plan général selon le relevé fait par le lieutenant Mitchell en 18188 : on donne à Torres Vedras le statut d’un lieu de guerre fondamental, indépendamment du déroulement effectif des combats. Dans le système chronologique de l’atlas, en outre, ces représentations des lignes gardent une fonction narrative, en justifiant en quelque sorte par leur présence les longs mois d’inactivité des armées anglo-portugaise et française.
Fig. 2 : dans l’atlas de Wyld, des vues paisibles des lignes de Torres Vedras, où les fortifications sont plutôt difficiles à identifier.

6La cartographie de la bataille est l’un des premiers éléments du processus de localisation et de création de l’événement dans l’espace : le lieu et le toponyme qui le définit y sont durablement associés aux faits de guerre. Mais la force de cette association dépend de sa capacité à dépasser le cadre éminemment technique de la cartographie militaire, qui a comme première fonction la compréhension des faits, et non pas, ou pas encore, sa célébration. La publication des plans dans un atlas in folio 30 ans après les faits est certainement une opération évidente de célébration : en publiant un atlas tel que celui de Wyld on bâtit un monument d’une grande richesse en mémoire des actions de la British Army en Espagne et au Portugal. Toutefois, le public ayant l’occasion de contempler ce genre de monument reste limité.
7Les récits mémorialistes, dont les publications ont été si nombreuses tout au long du xixe siècle, ont certainement contribué davantage à rendre célèbres les noms de Almeida, Bussaco, Torres Vedras pour leurs lecteurs. La nature de ces récits et, on l’imagine, des pratiques de lectures les concernant, est pourtant très différente selon les pays. De très nombreux Britanniques, officiers mais également simples soldats9, ont publié leurs mémoires des campagnes avec la British Army, de leur recrutement jusqu’à leur retour définitif au pays ; le Portugal occupe une place centrale dans l’expérience de la plupart d’entre eux, mais la hiérarchie des événements relatés est souvent inattendue, en particulier dans les écrits des soldats et sous-officiers. Ainsi William Lawrence, défini dans le titre de l’édition posthume (1886) de ses mémoires comme « un héros de la guerre de la Péninsule », parle certes rapidement de la bataille de Bussaco, dont il mesure l’importance, mais il raconte surtout que c’est à Bussaco qu’il a trouvé un coq qu’il a nommé Tom et gardé comme mascotte pendant le reste de la campagne10. De façon significative, les récits des soldats ne nomment que très rarement « Torres Vedras » : ils font parfois référence à des fortifications qu’ils n’associent pas à un toponyme spécifique, aux combats de Sobral de Monte Agraço, à proximité des lignes fortifiées, et surtout aux lieux où ils ont passé les longs mois d’inactivité. C’est dans les récits des officiers et particulièrement des officiers supérieurs11, britanniques comme français, que le toponyme « Torres Vedras » apparaît régulièrement pour faire référence aux fortifications. Le lieu n’est pas associé dans ces textes à une expérience personnelle de la guerre mais représente un enjeu stratégique, et en tant que tel, il trouve sa place, de façon certainement retravaillée et à nouveau réfléchie, dans les mémoires des officiers aux ordres de Masséna. Il convient de remarquer que parmi les nombreux mémorialistes français qui ont écrit sur leur expérience au Portugal il n’y a aucun soldat : tous sont officiers et plusieurs d’entre eux ont tenu des rôles centraux dans les événements de 1810 et 1811. La comparaison avec les écrits portugais est malheureusement impossible, car qu’il n’existe aucun témoignage portugais de l’armée luso-britannique12.
8Tout au long du xixe siècle, de nombreux témoignages ont été écrits, publiés, lus par des publics variés, contribuant ainsi à sceller l’association de certains toponymes avec des événements guerriers. La diffusion de cette association s’opère néanmoins de façon très inégale ; dans le pays théâtre de la guerre, où l’élaboration de la mémoire de la campagne suit des parcours peu linéaires, la reconnaissance des lieux de bataille de 1810-1811 et leur patrimonialisation ne semblent débuter que très tardivement. Les guides touristiques du Portugal du xixe siècle et du début du xxe montrent un intérêt très limité pour les lieux associés à la campagne de 1810. Dans les guides français13 les références sont rares et jamais l’on ne peut interpréter l’association d’une ville ou d’un village aux faits de guerre de 1810 et 1811 comme un attrait supplémentaire. De façon significative, dans le guide de Richard et Quetin de 1853, les termes de la description de Almeida, « une des plus fortes places du Portugal », coïncident à quelques mots près avec ceux utilisés dans un autre guide, écrit avant la campagne de 1810 et l’explosion de la forteresse14. Seule une très brève référence est ajoutée : « les Français la prirent en 181015 ». Les mêmes auteurs ignorent complètement Bussaco mais, en parlant de la ville de Torres Vedras, ils font remarquer que « c’est sur son territoire que Lord Wellington fit établir les fameuses lignes de Torres Vedras, qui arrêtèrent l’armée française, commandée par le maréchal Masséna16 ». Les lignes étaient-elles si « fameuses » que cela ? Probablement, mais cela n’empêche pas le guide de Roswag de les ignorer totalement, alors que nous trouvons dans ce même texte une rapide référence à la bataille de Bussaco17. À l’opposé, le guide de O’Shea, publié à Londres, en général riche de récits d’intérêt militaire, invite les « military tourists » à visiter Torres Vedras, mais oublie complètement Bussaco18.
9Non seulement donc au xixe siècle, dans les guides du Portugal, la référence à Almeida, Bussaco, Torres Vedras est seulement occasionnelle, mais il arrive également que ces toponymes soient nommés et que les lieux soient décrits sans que les événements de 1810 soient évoqués, ce qui est encore plus significatif du manque d’association durable entre le lieu et son passé militaire. Il est vrai que rien sur place ne rappelle encore au visiteur du xixe siècle les événements : Almeida montre certes encore les signes de l’explosion de 1810, mais Bussaco est visité plutôt pour son couvent et sa forêt. Le guide de O’Shea, en invitant le touriste militaire à se rendre à Torres Vedras, ne peut pas lui conseiller une visite de ces fortifications si étendues, dont il ne parle qu’au passé. Il faut attendre les célébrations du centenaire de 1910 pour que les lieux de combat commencent à être investis et patrimonialisés en tant que tels, et que les publications les concernant deviennent plus riches. Dans un petit volume consacré à Bussaco, écrit par Daniel Gelanio Dalgado en 191619, la mémoire de la bataille passée est un des éléments qui, parmi d’autres, rendent le lieu si riche et intéressant : « The entire domain is a grand and glorious retreat, in which Religion, War, Nature and Art combine to excite feelings and sensations of various kinds20 ». Bien que ce petit livre ne soit pas à proprement parler un guide touristique, l’un des objectifs de l’auteur est la présentation de cette localité et de ses attraits, de son monastère, de ses forêts, mais aussi de l’histoire de sa bataille, comme énoncé dès le titre. Une sorte de promotion touristique n'apparaît au Portugal que dans les premières années du xxe siècle. La « Sociedade de Propaganda de Portugal » est l’acteur principal de cette opération naissante, fondée sur la description et l’inventaire21. Le livre de Dalgado semble parfaitement en syntonie avec ses objectifs : inventorier les monuments, les richesses artistiques, les curiosités pittoresques du pays et les présenter à un public en grande partie étranger. Dans cette optique, Bussaco, seul lieu où le centenaire de 1910 avait été réellement célébré, utilise désormais la bataille comme élément de son identité.
Mémoires et célébrations
10Les années des « invasions françaises » ouvrent une des périodes les plus difficiles de l’histoire du Portugal. L’armée conduite par Masséna traverse la frontière définitivement en avril 1811. Après cette date, en l’absence de la famille royale, qui reste à Rio de Janeiro, des représentants de l’armée britannique gardent de fait le contrôle du pays. Dans les années 1820, le retour des membres de la famille royale coïncide avec un conflit de succession qui fait sombrer le Portugal dans la guerre civile. Aucune célébration, aucune mémoire officielle des faits de 1810 et 1811 n’est donc possible pendant longtemps. Par la suite, dans la mémoire populaire, les difficiles années des guerres napoléoniennes se superposeront parfois aux autres, très dures, de la guerre civile, dans un continuum où les calamités se succèdent et les responsabilités se confondent.
11C’est sous le régime de la monarchie constitutionnelle, à l’occasion du centenaire des invasions françaises, que les célébrations officielles débutent, dès 1908. Une commission est instituée, dont l’objectif est de « célébrer dignement » le centième anniversaire de la guerre dans la Péninsule Ibérique. Deux axes sont choisis : le versant civil, avec la rébellion du peuple contre l’envahisseur français en 180822, et le militaire, avec les actions conjointes des armées portugaise et britannique. Mais la priorité étant mise sur l’effort national, il convient de présenter et louer avant tout l’action du peuple, l’axe de la révolte civile, « le plus important, parce qu’il n’appartient qu’à nous, et qu’il porte en lui l’origine de toute lutte et de toute gloire23 ». La célébration des événements militaires est en revanche porteuse d’une ambiguïté très évidente, car ce que les textes de la commission prennent la précaution d’appeler « coopération » entre armées avait été en réalité une soumission de ce qui restait de l’armée portugaise24 au commandement de l’armée britannique, et cela sur le sol du Portugal. La présence d’une autre armée étrangère, en même temps alliée et occupante, est l’écueil contre lequel se heurtent toutes les commémorations des guerres des « invasions françaises », ainsi que toutes les tentatives d’utilisation de ces événements sous forme nationaliste.
12En 1908, la situation politique portugaise est particulièrement difficile : au mois de février, le roi et le prince héritier ont été assassinés à Lisbonne. C’est un jeune homme de 18 ans, dom Manuel, devenu roi à cause d’un double régicide, qui préside les cérémonies du centenaire. La très forte opposition à la monarchie constitutionnelle, qui aboutira à la proclamation de la république le 5 octobre 1910, a une puissante connotation antibritannique : les républicains accusent la monarchie de se plier aux injonctions de la Grande-Bretagne, notamment en matière de politique coloniale. Le moment est sans aucun doute bien difficile pour célébrer des événements de guerre dans lesquels un allié si encombrant a eu un rôle si décisif. Néanmoins, les célébrations se font et l’accent est finalement mis sur les batailles de Vimeiro et Bussaco, plus que sur les révoltes populaires, plus difficiles à identifier, à localiser, et donc à commémorer. La bataille rangée offre une occasion, une date et un lieu précis, qui permettent, à défaut d’un consensus politique, une organisation aux repères faciles et une hiérarchisation relativement commode des événements.
13Pour retrouver l’élément populaire en premier plan, il faudra regarder du côté des grands monuments dédiés à la guerre péninsulaire dont la construction débute à l’occasion du centenaire, en particulier celui de Entrecampos, à Lisbonne [fig. 3]. Ce sont des personnages du peuple qui y sont en effet représentés et placés en évidence : une mère qui tient les cadavres de ses enfants, un prêtre, un jeune homme aux pieds nus au regard résolu trônant au-dessus de l’inscription : « au peuple et aux héros de la Guerre de la Péninsule 1808-1814 ». Le monument de Lisbonne ne sera terminé que dans les années 1930, désormais sous le régime de la dictature salazariste. La République instaurée en 1910, si elle n’interrompt pas les célébrations et les érections de monuments, ne s’empare pas des événements des guerres napoléoniennes. L’Estado Novo de Salazar, régime qui met en place une utilisation lourde du passé pour la propagande nationaliste, ignore pratiquement la période 1808-1814. Les événements de cette période, en particulier ceux de la campagne de 1810, semblent résister à toute simplification qui faciliterait la commémoration. Le rôle de l’armée britannique, de Wellington et de Beresford25, ne peut pas être positivement salué, à cause du poids du régime mis en place après 1814 par ces mêmes acteurs, mais aussi en raison de l’ambiguïté de la stratégie de défense choisie en 1810, qui a causé, directement ou pas, l’annihilation économique d’une partie importante du pays. Mais une lecture antibritannique de ces mêmes événements, si elle trouve place dans les écrits républicains de la fin du xixe siècle, ne peut pas être officiellement affichée, étant donné que l’armée commandée par lord Wellington est celle qui, alliée aux Portugais, a mené à la victoire sur les Français envahisseurs, auteurs des terribles violences qui ont laissé de si fortes traces dans la mémoire populaire. Celle-ci est beaucoup plus vive que la mémoire officielle des guerres napoléoniennes, qui reste au Portugal occasionnelle et secondaire. Dans la riche liste dressée par Tereza Caillaux de Almeida26 des éléments de ces mémoires figurent également des entretiens oraux, révélateurs des récits de ces temps qui survivent encore dans les familles portugaises. Les voix enregistrées par Caillaux de Almeida ne sont pas exceptionnelles : les références à des lieux utilisés comme cachettes, pour la nourriture, pour les bêtes ou les personnes, ou à des histoires de familles plus douloureuses, sont très fréquentes. La question n’est certainement pas la fiabilité de ces récits, qui ont été modifiés et réélaborés pendant des générations à chaque fois qu’ils ont été racontés, qui sont dans certains cas invraisemblables et révèlent une superposition claire avec des épisodes de la guerre civile de 1828 à 1834 : c’est leur permanence qui est surprenante, ainsi que le contraste très net avec d’autres zones de l’Europe où les guerres napoléoniennes ont fait rage, comme par exemple le nord de l’Italie, et où il n’existe aujourd’hui strictement aucune mémoire populaire des événements. Doit-on imputer ces permanences à une violence plus répandue et plus cruelle envers les populations civiles au Portugal, et, de façon complémentaire, aux longues décennies de relative paix dans ces mêmes zones qui ont permis une cristallisation des éléments de mémoire ? La question reste ouverte, mais la localisation des récits est un indice pertinent : ils sont particulièrement fréquents dans le centre du pays et dans les zones à proximité des lignes fortifiées, où les armées ont stationné pendant de longs mois en 1810 et 1811. La nature de la violence qu’ils évoquent est celle de la violence subie, qui n’est pas celle des alentours du champ de bataille où la tempête fait rage pendant un ou deux jours, mais celle de lieux occupés où les activités normales ont été interrompues, et où une armée de 70 000 hommes a cherché, pendant de longs mois d’hiver, à se sustenter.
Fig. 3 : Le monument aux « héros de la guerre péninsulaire », à Lisbonne.


Almeida, Bussaco, Torres Vedras : les lieux de la campagne, de 1810 à aujourd’hui
14Bussaco est identifié comme le lieu officiel des commémorations de la campagne de 1810, et cela dès le premier centenaire. La relative simplicité de l’événement à célébrer, le rôle central tenu par les combattants portugais, bien que soumis au commandement d’officiers supérieurs étrangers, rend plus aisée la célébration officielle. Le programme des festivités de 1910 a été conservé27 et constitue un document des plus intéressants. L’anniversaire de la bataille devait être célébré en respectant les trois dimensions : religieuse, militaire et populaire. Après la bénédiction du drapeau, le programme prévoyait l’inauguration du musée. La visite du champ de bataille, optionnelle, devait suivre le banquet militaire. Pour faciliter les déplacements, des chevaux étaient mis à disposition. La soirée était consacrée à la fête populaire, à la musique, aux feux d’artifice et aux danses.
15Aucune mention n’est faite dans le programme de la possible présence du roi Manuel II (mais la monarchie est extrêmement fragilisée après le double régicide de 1908) ou de celle des représentants britanniques. Plus précisément, les mots « anglais » ou « britannique » n’apparaissent pas dans le document en question, qui mentionne seulement des « représentants des armées étrangères qui ont été nos alliées pendant la guerre dans la Péninsule28 », et qui peuvent être conviés par le gouvernement et la commission à participer aux célébrations. Le pluriel mis aux termes d’« armées étrangères alliées », alors que seules l’armée anglaise et la portugaise ont réellement affronté les Français à Bussaco, est un signe évident de la volonté de diminuer le rôle des Britanniques et de donner à la célébration de la bataille une dimension essentiellement nationale. Nous savons pourtant que Manuel II, qui fait sa dernière apparition publique en tant que roi à la cérémonie de la bénédiction du drapeau à Bussaco, y était bien accompagné par des représentants de l’armée britannique et par le comte de Wellington, descendant du général.
16Les commémorations de la bataille ont conservé tout au long du xxe siècle cette double connotation, d’une part militaire et officielle, de l’autre populaire et festive. Dans les années 1960, l’armée défilait encore au Bussaco dans la journée du 27 septembre, anniversaire de la bataille, pour laisser après la place à la fête et aux danses du soir. Dans des temps plus récents, aucun réinvestissement touristique centré sur la mémoire de la bataille n’a eu lieu : Bussaco semble finalement ne pas avoir besoin de cette mémoire, sinon en complément de sa forêt protégée et de son monastère, qui constituent les éléments de son identité touristique composite.
17C’est la petite commune d’Almeida qui a, assez récemment, voulu remémorer les faits de 1810 et en même temps les utiliser pour en faire un événement central des animations estivales. Depuis 1994 la commémoration du siège est la raison de la présence dans le village de stands gastronomiques, d’un marché « xixe siècle », et de l’immanquable reconstitution historique. Et pourtant, l’épisode central de l’histoire d’Almeida est l’histoire d’un désastre, d’une facile victoire ennemie et d’une explosion causant un nombre très important de victimes, toutes portugaises. Le château, devenu dépôt de munitions, explose dans la première nuit de bombardement français, le 27 août 1810. Plus de 1 500 personnes, militaires portugais mais aussi habitants du village, trouvent la mort dans cette explosion, une mort simultanée, effroyable, qui constitue un événement unique et impressionnant pour les témoins29. La difficulté de célébrer cette date, et avec elle l’armée portugaise et la défense du territoire, avait dû paraître évidente à la Commission en charge des célébrations du centenaire, qui avait décidé de réunir le souvenir d’Almeida et de ses morts à la commémoration du Bussaco. La distance chronologique aide, il faut le croire, à se libérer du poids des mémoires douloureuses. L’anniversaire du siège est devenu aujourd’hui, à tous égards, une agréable fête estivale, mais certaines incongruités, ou peut-être des difficultés très pratiques de reconstitution, continuent d’apparaître dans le programme des festivités. Il n’y a pas eu de combat à Almeida en 1810. Une affaire a bien eu lieu à proximité de la rivière Côa, aux alentours de la place forte, un mois avant l’explosion. C’est cette affaire qui était reconstituée sur les lieux par des figurants en costume d’époque lors d’éditions précédentes de la « fête du siège ». En août 2019 les organisateurs ont préféré, tout en maintenant le spectacle pyrotechnique censé, on l’imagine, remémorer l’explosion nocturne, organiser la reconstitution d’un assaut à la forteresse par les troupes françaises, assaut qui n’a bien sûr jamais eu lieu. Ce qu’il est intéressant de constater n’est pourtant pas l’imprécision, certainement consciente, de la reconstitution, mais le type de déformation qui est imposée aux faits historiques pour qu’ils soient « efficaces », pour recréer une unité et une proximité qui permettent leur utilisation à des fins de valorisation. Almeida est un joli petit village enfermé dans les murs d’une place forte, visible de loin dans la campagne alentour. Ce sont ces murs qui font sa spécificité et son seul intérêt touristique : c’est à côté de ces murs que doit donc être reconstruit, quand la fête bat son plein, l’épisode le plus marquant de son histoire, même s’il s’agit d’une explosion ayant tué en un instant plus d’un millier de personnes.
18Torres Vedras, le dernier des lieux de la campagne de 1810 que nous avons évoqués, n’était pas inséré dans le programme de célébrations du centenaire. La date choisie pour les célébrations aurait pu être celle anniversaire de l’arrivée de l’avant-garde française sous les lignes fortifiées, le 10 octobre, qui seule permettait d’inscrire dans un temps précis la célébration de ces ouvrages jamais attaqués. Mais le choix de la Commission gouvernementale s’était porté sur les batailles, événements plus clairement identifiables, de Bussaco et de Vimeiro30. En 2010 l’initiative de célébrer le bicentenaire des lignes fortifiées a été prise au niveau de l’administration communale de Torres Vedras, qui a mobilisé les associations sur le territoire pour créer une très riche et variée programmation d’expositions, concerts, résidences d’artistes, étalée sur 14 mois, de novembre 2009 à décembre 2010. Ainsi a été choisie pour l’ouverture des célébrations une date proche non pas de l’arrivée des Français devant les lignes et de la naissance de leur importance stratégique, mais du vraisemblable début des travaux de construction. En parallèle avec la revitalisation socioculturelle de tout un territoire, l’objectif de ces célébrations était sans aucun doute la « création » des lignes en tant que produit touristique, création difficile parce que les vestiges des fortifications actuellement visibles sont essentiellement les bâtiments préexistants, les forts du xviiie siècle que les ingénieurs de l’armée anglo-portugaise avaient restaurés et insérés dans le tracé complexe. Les fortifications de campagne, par définition temporaires, ont depuis longtemps disparu. Si l’on croit les témoignages des ingénieurs31, leur maintien en l’état était déjà très difficile dans les premiers mois de 1811, quand l’armée du Portugal campait encore à peu de distance des lignes. Les administrations locales de Torres Vedras et des villes proches ont néanmoins voulu mettre en valeur le patrimoine existant, à travers la restauration32 des bâtiments et la création d’itinéraires, des chemins balisés pour la randonnée aux parcours thématiques. Mais pour que les lignes de Torres Vedras puissent devenir un objet touristique, leur dimension symbolique et leur importance pour l’histoire nationale portugaise ont dû être investies, mobilisées, et parfois déformées. Le discours du président de la République de l’époque, Cavaco Silva, prononcé lors de l’ouverture des célébrations en novembre 2009, était centré sur la valeur des lignes pour le maintien de l’indépendance du Portugal, pour la protection de son identité et de son mode de vie33, sur l’héroïsme des Portugais qui avaient travaillé pour construire les fortifications et abandonné leurs terres et leurs maisons, menés seulement par leur désir de maintenir la liberté. Si les mots des commissaires et des administrateurs étaient plus modérés34, l’accent restait néanmoins placé sur la notion d’effort collectif, sur la mobilisation, qu’on semble croire volontaire, des Portugais de 1810 qui ont tout sacrifié pour repousser l’ennemi : les lignes de Torres Vedras ont défendu le pays, ont protégé son indépendance et son identité et pour cette raison il convient de les célébrer.
19C’est effectivement le peuple portugais qui a construit les lignes de Torres Vedras : les hommes, les femmes et les enfants qui ont dû quitter le travail agricole pour élever des murs de terre, pour abattre des dizaines de milliers d’oliviers qui constituaient leur richesse et leur possibilité de subsistance, pour un travail qui, pour être payé, n’en était pas moins obligatoire. Et si les lignes ont empêché la marche de l’armée conduite par Masséna vers Lisbonne, elles ont également causé l’abandon et la destruction d’une vaste zone du centre du pays, sur laquelle les conséquences économiques négatives de la guerre semblent avoir été bien plus graves que dans toutes les terres en Europe touchées par les guerres napoléoniennes. L’héroïsme ou la peur, si tant est qu’on puisse les distinguer, ont porté une partie de la population à quitter leurs maisons et leurs possessions pour se réfugier à l’intérieur des fortifications : la peur des Français, certainement, mais aussi la peur des punitions promises par Wellington à ceux qui ne respecteraient pas son plan de défense.
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20La localisation des événements de guerre apparaît comme une condition de la possibilité de leur célébration. Habituellement les batailles napoléoniennes se prêtent à ce jeu, réunissant dans un lieu connu et dans une temporalité identifiable et limitée les éléments essentiels pour remémorer, représenter, et même reconstituer les faits guerriers passés. Le poids du deuil, encore si lourd pour les conflits du xxe siècle, n’opprime plus la mémoire de ces affrontements, au point qu’il est presque possible d’oublier, ou au moins de sous-estimer, l’atroce niveau de violence et de destruction qui était celui d’une journée de bataille à l’époque napoléonienne. Ce mécanisme semble ne pas fonctionner pour les « invasions françaises » du Portugal. L’ambiguïté politique et la complexité caractérisent, il est vrai, ces événements guerriers, mais ne peut-on pas dire la même chose pour pratiquement tous les conflits que nous étudions ? Les entraves à la célébration ne viennent peut-être pas de la complexité des événements, qui est constante, mais de la difficulté ou de l’impossibilité du processus de simplification, qui finit toujours par accompagner la constitution d’une mémoire officielle des faits de guerre. La rhétorique nationaliste a été au Portugal dirigée ailleurs, et bien qu’on ait tardivement tenté, comme dans le discours prononcé par Cavaco Silva en 2008, d’en appliquer aux faits de 1808-1811 une version présentable, centrée sur l’image d’une défense héroïque, les célébrations sont restées confidentielles, importantes seulement pour les communautés locales. Les toponymes de Almeida, Bussaco, Torres Vedras sont certes associés aux événements guerriers de 1810, mais au niveau national ils ne sont ni importants ni particulièrement significatifs. L’élément auquel la campagne de 1810 semble être plus durablement associée est en fait la mémoire de la violence subie, profondément enracinée et précisément localisée : la mémoire d’une campagne avec peu de combats et très peu de gloire dont les lieux ne sont pas les champs de bataille où les armées se sont affrontées, mais les cachettes où la population a tenté de se protéger.
Notes de bas de page
1 J’ai présenté cette stratégie et ses implications dans V. Pansini, « Un système de défense peut-il être transgressif ? Les lignes de Torres Vedras (Portugal, 1810) », dans L. Douzou, S. Édouard, S. Gal (dir.), Guerre et transgressions. Expériences transgressives en temps de guerre de l’Antiquité au génocide rwandais, Presses universitaires de Grenoble, 2017, p. 69-83.
2 C’est l’aide de camp du maréchal Masséna, Pelet, qui l’affirme dans ses mémoires : Pelet-Clozeau, général, Mémoires sur ma campagne du Portugal (1810-1811), Paris, Teissèdre, 2003.
3 SHD Vincennes, L 12 C 3 116, L 12 C 3 54.
4 Voir Richard H. P. Smith, « Peninsular War Cartography: A New Look at the Military Mapping of General Sir George Murray and the Quartermaster General’s Department », Imago Mundi, 2013, vol. 65, Part 2, p. 234-252, et Mark S. Thompson, Wellington’s Engineers. Military Engineering in the Peninsular War 1808-1814, Barnsley, Pen & Sword, 2015.
5 Voir Thompson, Wellington’s Engineers, op. cit., p. 54.
6 William Bradford, Esquisse du pays, du caractère et du costume en Portugal et en Espagne, prises pendant la campagne et durant la marche de l’armée anglaise en 1808 et 1809, gravés et coloriés d’après les dessins du Rév. Guillaume Bradford, Londres, Printed for John Booth, Duke Street, 1812. Première édition en 1809.
7 James Wyld, Maps & plans showing the principal movements, battles & sieges, in which the British Army was engaged during the war from 1808 to 1814 in the Spanish Peninsula and the South of France, Londres, J. Wyld, 1840.
8 L’atlas de Wyld indique dans la majorité des cas la source du plan publié. Pour la position de Santarém, c’est un plan dressé en 1801 par les ingénieurs français émigrés qui a été utilisé. Le plan de Torres Vedras est fait selon le relevé fait par Mitchell et la date est explicitée, l’année 1818. Pour le plan de Bussaco, également de Mitchell, aucune date autre que 1810 n’est indiquée.
9 Quelques exemples de ces récits : James Hale, Journal of James Hale, late Sergeant in the ninth regiment of foot, Londres, Longman & Co., 1826 ; William Lawrence, The autobiography of Sergent William Lawrence, a hero of the Peninsular and Waterloo Campaigns, edited by George Nugent Bankes, Londres, Sampson Low, Marston, Searle & Rivington, 1886 ; « James “Thomas” Todd (as told to Thomas Howell) », Bayonets, Bugles & Bonnets, s.l., Leonaur, 2005.
10 Lawrence, The Autobiography, op. cit., p. 65.
11 Bechet De Leocour, Souvenirs, Paris, Teissèdre, 1999 ; Benjamin d’Urban, The Peninsular journal of major general Sir Benjamin D’Urban, […] Major-General in the Portuguese Service, Colonel in the Spanish Army, Later Governor of Antigua […], 1808-1817, Londres, Green and Co, 1930 ; Pelet-Clozeau, Mémoires sur ma campagne du Portugal (1810-1811), Paris, Teissièdre, 2003.
12 C’est ce qu’affirme aussi Charles Esdaile, Peninsular eyewitnesses. The experience of war in Spain and Portugal 1808-1813, Londres, Pen & Sword, 2008.
13 Adrien Arnaud, L’Espagne et le Portugal à vol d’oiseau. Guide du voyageur dans ces deux pays & nouvelle andalouse, Aix, Achille Makaire imprimeur-libraire, 1869 ; Richard et Quetin, Guide du voyageur en Espagne et en Portugal, Paris, Librairie de L. Maison, éditeur des itinéraires Richard, 1853.
14 Itinéraire du Portugal, ou Guide des voyageurs et tableau des grandes routes, chemins de travers et de communication, traduit du portugais par P*** B*** [Pierre Beaume], Bordeaux, impr. de P. Beaume, 1810.
15 Richard et Quetin, Guide du voyageur en Espagne et au Portugal, op. cit., p. 645.
16 Ibid., p. 639.
17 Alphonse Roswag, Nouveau guide du touriste en Espagne et en Portugal, Itinéraire artistique, Madrid, J. Laurent, 1879.
18 Nous avons pu consulter la 9e édition : Henry O’Shea, O’Shea’s Guide to Spain and Portugal, edited by John Lomas, Londres et Edinbourgurgh, Black Paris Galignani, 1892.
19 D. G. Dalgado, Bussaco: its monastery, battle, and woods, and its uses as a health resort, Lisbonne, Livraria Ferin, 1916.
20 « Tout le domaine est un refuge grandiose, dans lequel la religion, la guerre, la nature et l’art se combinent pour nous donner toutes sortes de sentiments et sensations », ibid., p. 3.
21 L’exemplaire du livre de Dalgado que nous avons pu consulter, conservé à la bibliothèque François Lebrun à l’université Rennes 2, porte l’ex-libris du bureau parisien de la société « Propaganda de Portugal ». Selon la Grande Enciclopédia Portuguesa e Brasileira, Lisbonne-Rio de Janeiro, Editorial Enciclopedia, s.d., vol. XXIX, p. 467-468, la société avait été fondée en 1906 par un groupe d’illustres portugais voulant « mettre le pays dans la carte du tourisme mondial » [ma traduction].
22 En 1808, des révoltes populaires éclatent au Portugal, dans les zones que l’armée française ne peut pas contrôler directement. Ces révoltes sont beaucoup moins univoques que ce que la simplification de la célébration laisse apparaître. Le sentiment antifrançais semble avoir été, au moins dans certaines zones, une cause secondaire des soulèvements. Pour cette question complexe, voir Vasco Pulido Valente, Ir prò Maneta. A revolta contra os Franceses (1808), Aletheia Editores, Lisbonne, 2007.
23 Ma traduction de « para nós o mais importante, porque é só nosso, e porque nele está a origem de todas as lutas e de todas as glórias », de Relatório circunstanciado de todos os trabalhos da Comissão Oficial Executiva do Centenário da Guerra Peninsular, Lisboa, Papelaria Fernandes, 1933, p. 7, cité par Teresa Caillaux de Almeida, Memoria das invasões francesas em Portugal 1807-1811, Lisbonne, Esquilo, 2010.
24 Au début de l’année 1808, Junot, qui administre de fait le Portugal, prend des mesures pour démobiliser l’armée portugaise. Les officiers plus expérimentés sont intégrés dans l’armée française, les autres sont congédiés.
25 Le général britannique William Carr Beresford est le commandant en chef de l’armée portugaise pendant les guerres dans la Péninsule Ibérique. En 1815, il revient au Portugal pour reprendre ses fonctions mais il obtient de la monarchie portugaise des pouvoirs bien plus larges, qu’il exerce dans des termes comparables à ceux d’une dictature militaire. C’est la première révolution libérale de 1820 qui le chasse du pays.
26 Teresa Caillaux de Almeida, Memoria das invasões francesas…, op. cit.
27 Programma geral da commemoração centenária da Batalha do Bussaco, ferida e ganha pelo Exercito Anglo-Luso, a 27 de setembro de 1810, Lisbonne, Imprensa Nacional, 1910.
28 « Os representantes dos exercitos estrangeiros, que foram nossos alliados durante a guerra peninsular », ibid., p. 12.
29 J’ai présenté cet événement et ses implications militaires et politiques dans V. Pansini, « Le siège d’Almeida dans la campagne de 1810 au Portugal : de l’événement guerrier à l’argument politique », dans M. Biard, A. Crépin, B. Gainot, M. Kaci, Villes assiégées dans l’Europe révolutionnaire et impériale, SER, Paris, 2019, p. 195-210.
30 La bataille a eu lieu en 1808 à Vimeiro, à une quinzaine de kilomètres de la ville de Torres Vedras.
31 Voir Mark S. Thomson, Wellington’s Engineers…, op. cit.
32 Un financement EEA Grants a été attribué à ce projet de valorisation.
33 « Aqui se defendeu, com unhas e dentes, a nossa identidade e o nosso modo de ser » : « ici ont été défendus, bec et ongle, notre identité et notre mode de vie » (ma traduction).
34 Un livret rétrospectif des célébrations peut être trouvé sur Internet, [En ligne : https://fr.calameo.com/books/000552822f808a376e332, consulté le 23 mai 2022].
Auteur
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Valeria Pansini
Tempora, Université de Rennes 2
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