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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Contribuer au renouvellement de la sociologie du vote : entre dispositions et contextes De la théorie aux méthodes : le dispositif empirique de l’enquête ALCoV Notes de bas de page Auteurs

    Ordre social, désordre électoral

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 1. Contextualiser les dispositions électorales : enjeux théoriques et questions méthodologiques

    Catherine Achin, Éric Agrikoliansky, Philippe Aldrin, Lorenzo Barrault-Stella et Kevin Geay

    Édition scientifique par Baptiste Coulmont, Patrick Lehingue et Diane Delacourt

    p. 23-66

    Note de l’éditeur

    Avec la collaboration de : Baptiste Coulmont [contributeur], Patrick Lehingue [contributeur], Diane Delacourt [contributeur], .

    Texte intégral Contribuer au renouvellement de la sociologie du vote : entre dispositions et contextes Une mise « en crise » de la sociologie du vote ? Les racines sociales du vote : entre dispositions et contextes Des appartenances sociales qui comptent toujours Des dispositions politiques « en contextes » De la théorie aux méthodes : le dispositif empirique de l’enquête ALCoV Implications méthodologiques : une approche compréhensive, processuelle et localisée du vote Sites, protocoles et matériaux de l’enquête collective Sélection et caractéristiques des sites de l’enquête Observer les comportements électoraux : questions de méthode Un QSU pensé comme un sondage sur les sites de l’enquête Des entretiens approfondis, répétés et localisés Le corpus d’enquêté.es Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Les approches économiques et psychologiques du vote et des élections se sont fortement développées ces dernières décennies1 et, comme l’observait Céline Braconnier dès 2010, la science du vote est de moins en moins une sociologie2. Le courant français d’études électorales qui s’est constitué dans les années 1970 au CEVIPOF avait pourtant formulé un modèle sociologique fort pour comprendre le vote, inspiré des travaux américains qui dominaient dans les années 1960, comme les enquêtes menées au Survey Research Center de l’université du Michigan3. Ces recherches étaient fondées sur un outil d’enquête robuste (l’enquête par questionnaires administrés à des échantillons représentatifs de la population électorale) et sur un échafaudage conceptuel cohérent : les votes sont socialement ancrés, les identifications partisanes forgées dans la famille dès la prime socialisation en assurent la stabilité. Elles ont produit une série de résultats concordants, montrant en France le poids déterminant des « variables lourdes » et, ce faisant, des ancrages sociaux et des appartenances de classe, sur les choix électoraux4.

    2Parallèlement, la sociologie critique du politique, inspirée des travaux de Pierre Bourdieu5, a proposé des outils théoriques pour penser la distance relative des citoyen.nes à la politique, à travers notamment la notion de « compétence6 », objective et subjective. Pour comprendre la politisation, il faut en effet y intégrer le sentiment d’être légitime à formuler des jugements ou à s’intéresser à la politique selon la position sociale, les ressources culturelles (ou de substitution) et le sexe. Ces différences se traduisent dans des sentiments de proximité ou de distance à la politique institutionnelle et de légitimité à s’intéresser et produire des jugements à propos de la politique. Si les échanges étaient parfois vifs entre ces différentes « écoles », elles avaient néanmoins en commun de considérer que c’est dans le social que se logent les ressorts des comportements politiques, rompant ainsi avec le sens commun démocratique qui considère le vote comme l’expression d’une délibération intérieure menée individuellement par des citoyen.nes également informés et intéressés à la politique7.

    3Ce modèle d’intelligibilité des comportements électoraux est entré en crise. L’attraction croissante des enquêtes d’opinion reposant sur la mesure (de plus en plus souvent en ligne) des choix individuels a d’abord conduit une partie de la recherche à délaisser la lourdeur des grandes enquêtes empiriques au profit d’analyses plus directement valorisables du point de vue du commentaire politique. La régression vers un homo politicus, universalisé, réflexif et versatile, faisant son choix au dernier moment, un choix dicté par des considérations personnelles et, tour à tour, des rationalités instrumentales (quel.le candidat.e, une fois élu.e, favorisera ses intérêts ?) ou des émotions impulsives (angoisse, désespoir, colère, etc.), suit un penchant psychologiste et contribue ainsi à aligner la science du vote sur la demande de commentaires médiatiques et d’expertise politique. Mais, au-delà de cette tendance, plusieurs autres évolutions affectant l’objet « vote » et les instruments supposés le mesurer, expliquent aussi cette crise d’intelligibilité des comportements électoraux.

    4Ce livre discute avec et contre les critiques qui mettent en crise les « modèles sociologiques » standards des comportements électoraux, non seulement pour ne pas invisibiliser les ressorts sociaux du vote, mais aussi pour souligner l’effort d’intelligibilité qu’il reste à fournir dans ce champ de recherche que l’on pourrait croire relativement saturé. Dans un premier temps, nous exposons un programme de recherche sur le vote tout à la fois dispositionnaliste et contextualiste, résolument ancré dans les sciences sociales. Nous présentons en second lieu l’enquête menée autour de la séquence 2017, sous l’angle de ses partis pris méthodologiques et de ses objectifs théoriques qui articulent une approche compréhensive et processuelle s’appuyant sur des observations localisées et un raisonnement par cas. Nous décrirons à cette occasion les outils empiriques collectivement mis en œuvre dans le cadre de l’enquête ALCoV : QSU, entretiens panélisés, etc.

    Contribuer au renouvellement de la sociologie du vote : entre dispositions et contextes

    5La mise en question de la sociologie classique du vote s’est appuyée sur une série de critiques adressées outre-Atlantique au modèle sociologique d’intelligibilité du vote qui avait été forgé par les travaux pionniers de l’équipe de P. Lazarsfeld8, puis par les chercheurs du Survey Research Center de l’université du Michigan. Ces critiques se fondent sur le constat d’un « déclin » du vote de classe et de la volatilité croissante des électeurs. Elles passent aussi par une critique de la méthode (surtout celle des survey researches) et du poids insuffisant accordé aux contextes et interactions entre électeurs – qui façonnent aussi les préférences politiques (échanges avec les proches, discussions préélectorales, etc.). À raison, ces critiques mettent en lumière la nécessité de tenir compte d’évolutions sociales majeures et de ne pas se satisfaire de modèles behavioristes très frustes pour penser les choix électoraux comme le reflet mécanique des positions sociales. Ces mises en question doivent néanmoins être elles-mêmes passées au crible de la critique, dans la mesure où elles reposent sur des postulats tacites, issus de l’économie ou de la psychologie cognitive, qui oublient que les électeurs ne raisonnent pas seuls et méritent donc discussion. Nous proposons ainsi des pistes pour développer une sociologie du vote qui appréhende les dispositions qui y sont à l’œuvre, mais aussi les contextes socialisateurs passés qui les ont produites et les entourages actuels qui les actualisent et qui contribuent à donner du sens aux enjeux politiques.

    Une mise « en crise » de la sociologie du vote ?

    6L’analyse sociologique du vote a été mise en question par trois séries de critiques. La première est historique et se fonde sur les évolutions qui affectent l’ancrage social des préférences politiques ; les deux suivantes sont d’ordre épistémologique.

    7La première manifeste, d’abord, la perception d’un désalignement croissant entre appartenances sociales et préférences politiques. La « fin du vote de classe » a ainsi été annoncée depuis le début des années 1970 par les travaux anglo-saxons qui décrivaient dans une perspective comparée le déclin de la polarisation entre les choix électoraux respectifs des cols bleus et des cols blancs (alors mesuré par l’indice d’Alford9). Ce constat, même s’il reste très discuté10, a trouvé en France un terrain propice lorsque le vote ouvrier, qui se portait très majoritairement sur les partis de gauche, s’est progressivement redistribué, prioritairement vers l’abstention et secondairement vers le Front national11. L’éclatement de la « classe ouvrière », telle qu’elle s’était cristallisée autour du mouvement communiste français, a en effet contribué à modifier les liens entre les classes populaires et les partis de gauche12, tout comme l’émergence de « nouvelles classes moyennes » à capital culturel et exerçant dans le social, progressivement venues grossir les soutiens du Parti socialiste et contribuer à une reformulation de ses axes programmatiques13. Les clivages sur lesquels s’appuyait le modèle des variables lourdes (ouvriers de l’industrie vs indépendants, patrons, agriculteurs ; athées vs catholiques) semblent s’être érodés et avoir perdu de leur centralité dans la société française contemporaine, rendant de moins en moins compte des préférences politiques.

    8La « crise » de la sociologie classique du vote se manifeste ensuite par une critique plus générale du schéma supposé expliquer les attitudes des électeurs. Ces derniers ne paraissent en effet plus simplement se définir par l’identification à un parti et à une force politique, elle-même dérivant de l’appartenance à un groupe de référence14 guidant les votes à chaque scrutin. Dans l’« entonnoir de causalité » (funnel of causality) que proposaient les chercheurs de l’université de Michigan15 – qui a longtemps constitué le paradigme dominant sur lequel, y compris en France, se fondait l’intelligibilité du vote –, l’attachement à un parti est la notion centrale qui articule les déterminants de temps long (appartenances et ancrages sociaux) et de temps court (offre politique, enjeux, image des candidats). C’est principalement au prisme d’attachements stables et pérennes (au Parti républicain ou au Parti démocrate aux États-Unis, à la droite ou à la gauche en France) que le choix électoral se (re)produisait. Or, parallèlement au recul du vote de classe, l’identification partisane a peu à peu décliné sous l’effet notamment des transformations de l’offre politique comme de ses relais. Ce déclin se traduirait en particulier par une plus grande volatilité électorale, avec des électeurs désormais susceptibles de changer de vote d’une élection à l’autre16, a fortiori dans un contexte de forte labilité de l’offre politique comme en 2017. En outre, le moment de la décision électorale, mesuré par les réponses aux sondages d’intention de vote, interviendrait de plus en plus tardivement17. La croissance de l’abstentionnisme intermittent en France depuis trente ans signalerait également cet affaiblissement des loyautés partisanes et des pratiques civiques18. Ces constats ont plus largement conduit à une critique théorique du behaviorisme sur lequel était fondé le modèle de Michigan19, qui semble aujourd’hui à la fois trop mécaniste et qui tend à considérer les électeurs comme des « idiots20 » passifs. De nombreux auteurs ont ainsi suggéré qu’il faudrait substituer au modèle d’un électeur prisonnier d’habitudes immuables, se renforçant élection après élection, la figure d’un (nouvel) électeur raisonnant et raisonnable21. Plus éduqué, mieux informé, s’en remettant moins aveuglément aux consignes d’organisations électorales par ailleurs moins puissantes, ce nouvel électeur serait susceptible de construire à moindre coût un avis sur les programmes et les candidats et ainsi de s’orienter plus librement dans l’offre politique. R. J. Dalton propose ainsi de parler de « mobilisation cognitive » pour décrire le passage du modèle « minimaliste22 » proposé par les chercheurs de Michigan à celui d’un citoyen davantage susceptible de faire des choix à partir des informations dont il dispose. Le recours à des « shorcuts » et des « heuristics » (indices et repères permettant de traiter de l’information politique disponible), concepts issus de la psychologie cognitive23, constituerait alors le mode de production de décisions électorales portant de plus en plus sur les enjeux et l’image des candidat.es et reflétant de moins en moins des clivages sociaux structurels incorporés (position de classe, pratique religieuse, etc.24).

    9En dernier lieu, la sociologie classique du vote a été critiquée pour son incapacité (méthodologique) à replacer les électeurs dans les contextes où ils évoluent. Si elles sont apparues et sont aujourd’hui encore vues comme un progrès de l’analyse électorale, les enquêtes par sondage sur échantillons qui se sont développées à partir des années 1950 ont en effet engendré une individualisation des données et donc des schémas explicatifs des comportements électoraux. Aussi, dès les années 1970, plusieurs courants de la recherche ont tenté d’enrayer cette tendance à l’atomisation en se donnant les moyens méthodologiques et empiriques de réinvestir la question des contextes spatiaux et sociaux, notamment à la suite de P. Lazarsfeld25. Les travaux initiés par le politiste américain Robert Huckfeldt ont marqué un « retour du contexte » dans l’analyse électorale26. Sans renier son attachement à l’individualisme méthodologique, R. Huckfeldt fait le constat que l’avènement de l’enquête par sondage a conduit la science politique à adopter un paradigme individualiste et psychologique centré sur les individus (leurs préférences, motivations et attitudes), au détriment des agrégats sociaux, mais aussi du rôle exercé par les institutions, les structures et les forces politiques, introduisant un fort risque de « fallaces individualistes » (individualistic fallacies27). À travers différentes études « contextuelles28 », R. Huckfeldt s’est attaché à montrer l’influence des réseaux de discussion, et plus largement du capital social et des interdépendances entre les individus dans la formation de leurs opinions et choix de vote29. En proposant de reconsidérer le cadre social d’existence des électeurs, cette approche contextuelle a largement contribué à renouveler l’étude du vote outre-Atlantique. Contre une vision purement internaliste30 des préférences électorales (supposées incorporées et produisant mécaniquement les mêmes votes), cette manière d’appréhender l’acte électoral a équipé une approche alternative du vote en remettant utilement à l’agenda scientifique la question de l’appartenance à des groupes primaires (famille, collectifs de travail, voisins, coreligionnaires) et l’étude des échanges discursifs (conversations et micropressions des réseaux de relations) qui peuvent activer des préférences anciennes et mobiliser des identifications significatives pour le vote.

    Les racines sociales du vote : entre dispositions et contextes

    10Rompre avec une conception mécaniste du vote, reflet d’appartenances collectives réduites à une variable catégorielle et quelques clivages qui agiraient au-delà des consciences individuelles, est évidemment nécessaire pour mieux comprendre comment pensent les électrices et les électeurs. Examiner les contextes d’interactions dans lesquels les citoyen.nes font leur choix ouvre également des perspectives fructueuses. Si le modèle sociologique d’explication des comportements électoraux est ainsi justiciable de critiques et appelle à ce titre une actualisation, pourquoi cependant y renoncer alors que toutes les enquêtes, qui se donnent, comme la nôtre, les moyens empiriques d’observer les ancrages sociaux des électeurs, constatent leur importance dans la constitution des préférences ? Il convient donc de repenser à nouveau frais les cadres conceptuels de la sociologie électorale pour saisir comment se recomposent les liens entre appartenances, (dé)politisation et pratiques électorales. Pour comprendre le vote, et les rationalités qui y sont à l’œuvre, il faut en effet saisir dans un même mouvement les ancrages sociaux qui pèsent sur les identifications politiques et le poids des contextes d’interdépendances dans lesquels sont immergés les électrices et les électeurs, qui constituent les situations d’intermédiation entre le social et le politique.

    Des appartenances sociales qui comptent toujours

    11Aujourd’hui, mais peut-être déjà hier, l’hypothèse d’une identification irréversible à un parti produisant un soutien mécanique ne permet pas de saisir la complexité des liens entre les identifications sociales et politiques – en particulier dans une conjoncture de recomposition du système partisan comme en 2017. De nombreux travaux français ont souligné la nécessité de dépasser l’outil imparfait de l’enquête par sondages pré ou postélectoraux afin de voir le vote complémentairement sous un autre angle : celui d’enquêtes qualitatives, recourant à des observations in situ ou à des entretiens approfondis31, plus attentives aux raisonnements que mettent en œuvre les électrices et les électeurs. Si l’examen des rationalités électorales et des compétences que déploient les électeurs pour décrypter l’offre politique est essentiel, il n’est pourtant pas sûr que le modèle de l’électeur raisonnant qui s’orienterait à partir de mécanismes exclusivement cognitifs soit le plus heuristique.

    12Dans sa formulation initiale, le modèle de « l’électeur raisonnant » pioche en effet dans l’économie et la psychologie cognitive des concepts alternatifs susceptibles de mieux rendre compte des mécanismes de la décision électorale. Ce choix, revendiqué par exemple par Samuel Popkin32, a des conséquences préjudiciables sur la compréhension de la production des pratiques électorales. En faisant de l’identification partisane ou de l’identification à un groupe social un mécanisme exclusivement « cognitif », un « shortcut », sorte de repère abstrait permettant aux électeurs de juger à l’économie et le plus « efficacement » possible de l’offre politique, ces travaux construisent une vision a-sociologique et universaliste des citoyens, de leurs aptitudes et comportements politiques. Les approches cognitives admettent certes que l’information dont disposent les citoyens est parcellaire (comprendre comment ceux-ci se décident avec si peu d’informations est même l’un de leurs objectifs), mais supposent que tous les individus s’intéressent un tant soit peu aux campagnes électorales, soient susceptibles de voter et maîtrisent des compétences minimales à peu près équivalentes à comparer programmes et candidats sur les différents enjeux. Les entretiens analysés dans ce livre montrent que cette hypothèse ne résiste pas à l’observation de la réalité : les rapports au politique demeurent en effet profondément différenciés en fonction des appartenances sociales dans la France contemporaine. Cela ne signifie pas que les plus distants de la politique votent à l’aveugle, mais que les rationalités et les outils de décryptage utilisés par les électeurs varient en fonction des positions sociales et des distances relatives à la politique qui sont toujours socialement situées33. Les enquêtes Participations menées par l’INSEE depuis trois décennies confirment que la propension à voter est loin d’être équitablement partagée et que ce sont les moins dotés en capital, les plus dominés et les moins insérés socialement qui s’abstiennent le plus34.

    13Les promoteurs de l’électeur raisonnant se privent ensuite de la capacité à observer comment les grilles de lecture, qu’ils identifient comme des mécanismes mentaux, s’articulent aux ancrages sociaux, aux valeurs et croyances que les électrices et les électeurs ont incorporées. Passer d’une analyse centrée sur les clivages sociaux (comme le proposaient les travaux sur le vote de classe) à une explication centrée sur les enjeux discutés au cours des campagnes électorales conduit en particulier à se focaliser sur « l’intérêt » que les électrices et électeurs chercheraient à maximiser en votant. Dans ce modèle, c’est l’évaluation des performances du gouvernement sortant (croissance économique, chômage, etc.) qui primerait – surtout lorsqu’elles touchent directement les « intérêts » des votants. Aux mécanismes sociologiques de l’identification et de la loyauté, on substitue l’aptitude – purement théorique – des électeurs à opérer seuls un calcul rationnel fondé sur l’évaluation comparative de la performance passée ou à venir des programmes en compétition. Or, une telle aptitude n’est en rien universelle, ni même généralisée en période de campagne électorale. Surtout, cette vision ignore les forces collectives qui orientent la perception et les jugements des électeurs à propos des enjeux au cœur du débat public35 et laisse finalement dans l’ombre les conditions sociales de production des (dé)goûts politiques.

    14L’observation du désalignement entre groupes sociaux et préférences politiques (pour l’essentiel la diversification du vote ouvrier dans le cas de la France) aboutit en ce sens trop souvent à postuler un effacement plus général des ancrages sociaux comme facteurs déterminants du vote. On passe ainsi d’un constat historique avéré (le groupe ouvrier comme son vote et l’offre politique évoluent) qu’il faut historiciser et expliquer, à un tournant théorique tacite, moins fondé sur une observation empirique que sur un parti pris théorique : débarrasser l’analyse électorale de la gangue des déterminismes sociaux. S’il est évident que les sociétés ont changé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et que les clivages qui les organisaient se sont déplacés et recomposés (mais qui prétend le contraire ?), il paraît en revanche non seulement préjudiciable, mais surtout empiriquement faux d’en conclure que les appartenances sociales n’ont plus d’effet sur l’appréhension du politique ou sur les préférences politiques, ou qu’elles seraient réductibles à des « calculs égoïstes » individuels éclairés par une simple rationalité instrumentale. Les travaux les plus robustes empiriquement sur la distribution des préférences électorales dans la France contemporaine (on pense aux travaux de géographie électorale qui s’appuient sur l’exploitation des résultats par bureau de vote croisés avec les données du recensement de l’INSEE, ou encore à des enquêtes combinant approche ethnographique et étude statistique de la population enquêtée) indiquent qu’il existe toujours de fortes corrélations entre les caractéristiques socioprofessionnelles des électeurs et l’orientation de leur vote36. C’est également ce que confirment les résultats du QSU que nous avons administré dans le cadre de l’enquête ALCoV. Les votes au premier et au second tour de la présidentielle de 2017 ne se distribuent pas au hasard (cf. les tableaux en annexe 1 de cet ouvrage) : la profession et plus largement le statut socioprofessionnel, le capital culturel et économique segmentent encore et toujours les préférences exprimées dans les urnes37. Ce constat ne clôt cependant pas le débat, mais suscite de nouvelles interrogations. L’énigme devient alors de savoir comment, dans une société de moins en moins structurée par la référence aux classes sociales, les appartenances sociales dans leur diversité peuvent prendre sens et toujours façonner aussi fortement les préférences politiques ?

    15L’alignement, d’ailleurs imparfait, des années 1970 en France que met en évidence le modèle des « variables lourdes », relevait d’une conjoncture historique particulière (structuration du travail autour de bassins industriels, d’un côté, et du monde rural agricole de l’autre ; puissants relais d’encadrement de ces populations – syndicats et Église, etc.). Cette configuration historique, on l’a dit, a largement disparu, mais cela ne signifie pas que les électrices et électeurs n’héritent pas de représentations et croyances qui constituent autant de grilles de lecture du social et du politique, même si elles sont moins homogènes et articulées (notamment par des organisations politiques) qu’auparavant. À travers les matériaux de notre enquête, on peut saisir ce que nous nous proposons d’appeler des « habitus électoraux », ceux-ci constituant autant de matrices qui définissent des rapports au politique, des préférences et des identifications qui circonscrivent un espace des pratiques électorales possibles. La notion d’habitus désigne un système de dispositions génératrices de pratiques dans des univers variables et changeants38, dont celui de la politique et du vote. Ce sont ces systèmes de dispositions que nous avons pu observer à travers les entretiens approfondis. Ils commandent d’abord le degré d’intérêt pour la politique et la propension à voter. Même en contexte de haute intensité électorale, comme lors d’une élection présidentielle, l’abstention différentielle reflète encore des écarts marqués en termes de niveau de diplôme, de place dans la hiérarchie socioprofessionnelle ou d’âge des électeurs39. Dans les entretiens que nous avons menés on observe, qu’au-delà du vote, c’est l’ensemble des rapports ordinaires au politique (intérêt ou distance, sentiment de compétence ou au contraire de faible légitimité, adhésion ou rejet) qui est articulé aux positions, aux expériences professionnelles et aux trajectoires. Ensuite, les dispositions incorporées tout au long des socialisations façonnent des grilles de lecture du monde social et un système de goûts et de dégoûts qui servent à se repérer dans l’offre politique et électorale, dans les programmes comme dans ce que mettent en scène les candidat.es (leur hexis, leur façon de parler, ce qu’ils disent sans le dire explicitement).

    16Tout au long de notre enquête, nous avons pu observer que les appartenances sociales comptent encore, même si elles agissent aujourd’hui autrement. Sous l’effet de plusieurs dynamiques – « moyennisation » tendancielle, tertiarisation des emplois, homogénéisation des modes de vie, allongement des scolarisations – s’opère en effet un « effacement des différenciations sociales40 » qui amène un nombre historiquement croissant d’individus à se désidentifier des « classes » et ne pas (ou ne plus) adopter une grille de lecture classiste de la société. Si les conditions objectives d’existence demeurent similaires, la conscience d’appartenir à un groupe (la classe pour soi dirait Marx) s’érode. Cependant, cela ne signifie pas la disparition des appartenances sociales (et de classes ou de fractions de classes) et de leurs effets. Ceux-ci perdurent et se manifestent à travers des conditions et des styles d’existence qui se comparent, se catégorisent, se classent et se jugent réciproquement41. Si elle n’est plus fidèlement articulée à un parti politique, la position dans l’espace social demeure un mécanisme puissant de « positionnalité hiérarchique » (hierarchical positionality), c’est-à-dire un sentiment de sa propre condition produit par la comparaison continue avec les conditions et les styles de vie des autres42. Se voir avec les yeux des autres peut générer une douleur sociale43, une honte culturelle ou au contraire le sentiment de réussite et de sécurité. C’est là une des principales manières « de voir les différences et de ressentir l’inégalité44 ». Selon une « conscience sociale triangulaire » repérée par Olivier Schwartz45, des fractions des classes populaires peuvent par exemple porter des jugements très sévères sur des groupes sociaux plus précaires, vivant des aides sociales (à l’instar d’ouvriers critiquant des « cassos »). De même que les membres des fractions des classes moyennes se vivent en concurrence avec des « petits-moyens » comme le montrent des travaux portant sur le rapport à l’éducation des enfants46. Par comparaison avec la lutte des classes économiques, cette conceptualisation ordinaire des classes et des sentiments de classe semble donc désormais plus concurrentielle que conflictuelle. Mais elle témoigne toujours d’un sens social pratique, fixé dans un système de dispositions, plus ou moins sophistiqué, permettant de repérer et classer les positions d’un espace social hiérarchisé47 et de décrypter comment cette structuration peut s’exprimer dans l’offre politique. L’homologie entre positions et offres politiques n’est cependant pas une magie sans magiciens48 : elle dépend de mécanismes d’intermédiation qui lient perceptions du monde social et choix politiques, à travers la force de rappel de diverses appartenances. Reste alors à explorer en contextes comment positions, dispositions, représentations et offres politiques s’articulent pour générer des pratiques électorales.

    Des dispositions politiques « en contextes »

    17Une historicisation de l’espace social, de l’offre politique et une actualisation des outils d’observation sont nécessaires pour saisir les correspondances nouvelles entre différences de conditions sociales, visions du monde et comportements politiques. Redéfinir, après la disparition du « monde ouvrier » et les faux-semblants de la « moyennisation », les contours multidimensionnels des appartenances sociales d’une part ; considérer la recomposition et la pluralité des médiations entre mondes sociaux et forces politiques d’autre part, sont aujourd’hui deux mouvements nécessaires pour restituer les ressorts et la consistance des pratiques de vote. Ce retour au social pluriel suppose de remettre sur le métier l’identification des « contextes » susceptibles de façonner, adapter, consolider, refréner ou aviver les dispositions des électeurs.

    18Les systèmes de dispositions constitutifs des habitus électoraux que nous visons à appréhender renvoient en effet à des arrangements de savoirs et de savoir-faire, de représentations, de valeurs et de pratiques qui sont forgés par et dans divers contextes sociaux, qu’il s’agisse des contextes socialisateurs successifs (familial, scolaire, professionnel, conjugal, etc.), des contextes relationnels actuels (sociabilités) ou de contextes plus contingents (exposition à des événements, informations, offre politique et campagne électorale, etc.). Abondamment mobilisée dans les études électorales49, la notion de contexte admet cependant diverses acceptions théoriques et donne lieu à des cadrages analytiques et empiriques très différents, voire contradictoires50. D’une certaine façon, toutes les sciences historiques et sociales sont des « disciplines du contexte51 », aussi convient-il de dépasser la fausse évidence de sa signification et tenter de préciser son statut théorique et ses implications méthodologiques.

    19Dans le champ des études électorales, le label « approche contextuelle » est aujourd’hui largement préempté par les travaux interrogeant les possibles effets des entourages sur le vote. Prolongeant différentes traditions analytiques, cette orientation repose sur le postulat d’une « résonance sociale52 » entre des individus partageant les mêmes propriétés catégorielles et amenés spatialement à se côtoyer et qui produirait un mécanisme de « contagion comportementale » (behavioral contagion53). Le degré d’homogénéité sociale de l’espace considéré favoriserait un « consensus politique54 » par contacts entre les individus, sous l’effet des attitudes politiques du groupe social dominant, et de façon plus diffuse, du climat politique majoritaire55. Ces analyses se fondent sur le repérage des correspondances statistiques remarquables entre, d’une part, les propriétés sociodémographiques (en termes de distribution des catégories socioprofessionnelles, de durée de scolarisation, etc.) et les comportements électoraux de l’espace observé (quartier, bureau de vote, circonscription), et de l’autre, ces mêmes propriétés et attitudes chez des électeurs résidant dans cet espace. Elles recherchent alors la manifestation de cette contagiosité à travers des « effets de voisinage56 ». Basé sur des données de sondage, ce modèle explicatif des effets du contexte social sur les votes individuels a été enrichi lorsqu’ont été intégrés aux questionnaires des items portant sur les échanges d’information politique des répondants avec leur entourage. Robert Huckfeldt et John Sprague ont ainsi exploré les effets que produisent sur les électeurs les échanges d’information politique avec les membres de leur « réseau de communication sociale ». Si « les citoyens ne sont ni des automates ni le produit inéluctable de leurs entourages57 », ils sont bien selon eux fondamentalement « interdépendants » et donc « influençables ».

    20Cette approche du contexte présente néanmoins certaines limites. D’abord, son postulat béhavioriste repose sur la supposition que les échanges d’informations politiques déclarés auprès du sondeur prennent la forme d’un « réseau de communication politique », une sorte de mini-espace public démocratique où les opinions s’échangeraient et, le plus souvent, se consolideraient mutuellement grâce à la contagiosité des attitudes politiques58. Une vision pourtant démentie par les premières observations in situ des conversations politiques de quartier59. Ensuite, elle réduit l’environnement social politiquement pertinent aux contextes à portée, presque toujours une unité spatiale autour de la résidence actuelle. En l’absence de données sur les trajectoires sociales, professionnelles et résidentielles des électeurs, elle ignore la force de contextes sociaux à distance, éloignés dans le temps (la socialisation familiale, le premier emploi, etc.) et dans l’espace (les réseaux de sociabilité conservés même en cas de mobilité résidentielle), mais dont l’influence demeure. Enfin, et surtout, si la zone de résidence actuelle s’avère très pratique pour élaborer des modélisations statistiques, elle ne correspond pas nécessairement au contexte social réel des électeurs et ne circonscrit pas mécaniquement leurs relations sociales. L’espace de résidence peut n’occasionner aucune interaction et/ou n’avoir aucun lien causal avec le comportement politique60.

    21Au fond, pour être féconde sociologiquement, la notion de « contexte » doit être en mesure d’embrasser les multiples cadres de socialisations et de relations effectives, les lieux et mondes où les électeurs grandissent, étudient, tissent des amitiés, là où plus tard ils exercent leur activité professionnelle, entretiennent divers liens de sociabilités. Cela ne se réduit donc pas à la scène résidentielle et il faut saisir relationnellement les divers mondes où s’organise l’existence afin de restituer le processus d’« apprentissage social » évoqué par Huckfeldt et Sprague61. Encore faut-il pouvoir procéder à un relevé d’indices attestant d’interactions effectives et politiquement signifiantes62 dans la mesure où « les individus se révèlent inégalement sensibles à l’influence du milieu auquel ils appartiennent63 ». En ce sens, nous proposons ici deux amendements principaux à l’analyse contextuelle que nous entendons pratiquer.

    22D’abord, nous privilégions une approche non statique, mais processuelle du contexte. La socialisation (politique) étant un processus continu et cumulatif, les données qui informent sur la trajectoire sociale, professionnelle et résidentielle des enquêté.es permettent d’identifier les grands et petits changements des conditions matérielles64, des cercles de sociabilités65, donc des ancrages sociaux successifs qui ont marqué le fil de leur existence, ordonnent leurs représentations et leurs pratiques politiques. Cette approche des dispositions politiques à l’échelle des destins sociaux doit se doubler d’une attention à la temporalité plus courte du moment électoral. Dans le sillage de l’étude inaugurale de l’École de Columbia66, les (rares) enquêtes par suivi de panel d’électeurs permettent ainsi d’observer les façons de percevoir et de suivre la campagne, les éventuelles discussions avec les entourages, le cheminement vers le vote (certitudes, doutes, tiraillements67). Ces dispositifs d’analyse processuelle révèlent que les contextes sociaux politiquement signifiants pour les électeurs peuvent être à portée comme à distance (temporelle, spatiale).

    23Ensuite, la perspective que nous proposons entend dépasser une conception du contexte strictement spatiale, dont les effets seraient externes et descendants (de l’environnement vers l’individu), pour rendre compte de la multiplicité des logiques sociales qui y sont à l’œuvre. On peut donc définir le contexte comme une structure à la fois compositionnelle (imbrication de multiples environnements passés et présents, médiats et immédiats, formels et informels), relationnelle (arrangement entre plusieurs univers de liens et d’interactions) et plastique (durable, mais soumise aux changements tout au long de l’existence). Le contexte n’est pas un simple « arrière-plan » ou un « environnement » établi à partir de données statistiques agrégées dont on supposerait des effets uniformes. Au contraire, il doit être saisi empiriquement par un mode de questionnement approfondi et répété qui invite chaque enquêté.e à raconter sa trajectoire sociale, et sa socialisation, à décrire l’environnement dans lequel il a le sentiment d’être inséré et les interactions réelles dans lequel il est engagé notamment à propos de la politique. Notre objectif est bien d’étudier chaque enquêté.e dans sa dimension d’« individu interdépendant » tel que l’a proposé Norbert Elias. Réfutant l’idée qu’il existerait « des individus en dehors de la société et une société en dehors des individus68 », Elias propose de concevoir l’individu comme un « système ouvert » aux configurations (lieux, milieux, situations) dont il est « partie prenante69 ». Dans cette perspective, les dynamiques entre les citoyen.nes et leur écologie sociale apparaissent comme un processus tout à la fois continu, multisitué, interpénétré et non linéaire. Principal univers d’action et d’interaction, et aussi premier site d’observation du monde social et de comparaison des conditions, le contexte d’existence n’est pas une donnée exogène à l’individu : contexte et individu apparaissent dès lors consubstantiels.

    24Si des « liens d’interdépendance politique70 » se tissent au sein de ces réseaux de relations, ils sont cependant de densité variable tant l’intérêt pour la politique, le sentiment de légitimité à en parler comme la valeur accordée à l’expression de jugements politiques diffèrent selon les milieux sociaux. L’exploitation d’entretiens approfondis et répétés ainsi que l’observation de discussions de groupes apportent sur ce point des informations précieuses sur la place et le rôle de toujours éventuelles discussions politiques avec les entourages71. Par ailleurs, les partenaires de ces interactions peuvent délibérément éviter d’évoquer les sujets politiques72, jugés intimidants, futiles ou clivants. Le contexte de chaque enquêté.e est donc d’abord une configuration qui combine une condition socialement et spatialement située, un style de vie se signalant par des formes particulières de sociabilité et dessinant une « sous-culture73 » articulée à des représentations et des pratiques politiques spécifiques. La perspective proposée dans cet ouvrage repose ainsi sur un modèle d’intelligibilité du vote susceptible de rendre compte des ancrages sociaux des électrices et des électeurs, de leurs interactions situées, des appropriations toujours éventuelles et rarement contrôlées des offres politiques, mais aussi des rationalités et dispositions qu’ils déploient en situation74. Nous défendons ainsi une approche à la fois dispositionnaliste et contextualiste75 des rapports « ordinaires » au politique et aux élections. Construit, on l’aura compris, par le croisement de travaux internationaux autour du vote et d’approches de sociologie générale éprouvées dans d’autres domaines d’analyse, pareil positionnement théorique implique un dispositif empirique spécifique.

    De la théorie aux méthodes : le dispositif empirique de l’enquête ALCoV

    25Le programme « Analyse localisée et comparative du vote » s’appuie sur un dispositif d’enquête original, à la fois quantitatif et qualitatif, privilégiant une approche processuelle, compréhensive et par « cas » des trajectoires sociales, attentif aux contextes pluriels dans lesquels les électrices et électeurs sont pris. Nous avons ainsi déployé une méthodologie fondée à la fois sur des questionnaires « sortie des urnes » localisés et sur une série d’entretiens approfondis et répétés menés avec plus de 200 citoyen.nes. Avant de présenter ce protocole empirique, il faut préciser les partis pris méthodologiques qui nous ont guidés dans la conception du dispositif d’enquête.

    Implications méthodologiques : une approche compréhensive, processuelle et localisée du vote

    26Les perspectives théoriques qu’ouvre la discussion des limites des modèles sociologiques d’intelligibilité du vote impliquent de renouveler les méthodes de recherche. Si les enquêtes par questionnaires permettent de saisir les régularités qui structurent les comportements électoraux, et sont à ce titre indispensables, elles demeurent néanmoins insuffisantes. Elles doivent s’articuler à un dispositif qui inclut une dimension qualitative prépondérante pour observer au plus près les ancrages et les contextes du vote. Avant de présenter les techniques d’enquêtes, il faut définir ces grands axes méthodologiques qui ont guidé notre travail.

    27La première ligne directrice renvoie à la dimension compréhensive de la recherche ALCoV. Nous proposons une sociologie du vote qui s’inscrit dans une perspective classiquement empruntée à la sociologie d’inspiration wébérienne76, pour laquelle « expliquer ne va pas sans comprendre77 ». Le dispositif d’enquête accorde donc une large place aux entretiens approfondis et répétés avec des électrices et des électeurs rencontrés à plusieurs reprises (jusqu’à 7 fois de 2016 à 2020 pour certain.es). Ces entretiens visent à appréhender les significations accordées par les électeurs et les électrices à leur bulletin (lorsqu’ils et elles votent), le sens de leurs rapports à la et au politique, la distance relative aux institutions et aux élections. Il s’agit, ce faisant, de prendre au sérieux ce qu’ils et elles disent du vote comme plus largement de leurs identifications politiques, de saisir les compétences, les « grilles de lecture » et les rationalités qui leur permettent d’éventuellement juger l’offre politique et d’exprimer des préférences dans une conjoncture d’incertitude comme celle des élections de 2017. D’abord, nous voulons saisir comment les choix expriment des dispositions qui s’inscrivent dans des systèmes symboliques de perception et de classement du monde social. C’est en explorant ceux-ci et en comprenant comment ils fondent des jugements politiques (pas toujours exclusivement politiques d’ailleurs) que l’on peut dépasser le caractère mécaniste des déterminismes identifiés par des approches quantitatives78. Ensuite, parce que nous souhaitons appréhender les rationalités et les compétences qui sont mises en œuvre par les électeurs à l’occasion des scrutins, même par ceux qui sont les moins dotés en connaissances techniques sur la politique. Pour comprendre les rapports au politique et au vote, il faut en effet appréhender les jugements ordinaires portés par les électrices et les électeurs. Non pour les réduire au jeu des psychologies individuelles, mais pour comprendre comment ils s’ordonnent autour de distances variables à la politique, de conceptions différenciées du vote (voter pour quoi : exprimer son identité, rester loyal à un parti, pour faire gagner un candidat ?) et comment ils expriment des façons de se situer dans l’espace social. Ce point est d’autant plus crucial pour comprendre le vote des classes populaires, trop souvent décrit sur le seul registre de la remise de soi à des représentants. Les développements consacrés ici à cette catégorie d’électeurs, par exemple à propos du vote FN, suggèrent à l’inverse qu’ils développent des raisonnements complexes reflétant tant leur expérience du social qu’une perception particulièrement fine et réflexive du politique – et de celles et ceux qui prétendent parler en leur nom…

    28Notre dispositif d’enquête repose en deuxième lieu sur un programme d’analyse processuelle des comportements politiques. La politisation, tout comme la formation des jugements politiques, s’inscrivent en effet dans le temps. Dans le temps long d’abord des trajectoires. Les entretiens qui ont été réalisés pour le compte de l’enquête ALCoV comportent donc une forte composante biographique. Les enquêté.es étaient invités à raconter leur trajectoire sociale et l’évolution de leur rapport au politique sous l’effet de la transformation de leur position et des contextes d’interdépendances dans lesquels ils sont successivement socialisés. La dimension processuelle concerne ensuite le temps court des séquences électorales. Le dispositif d’enquête a été expressément conçu (dans son protocole méthodologique, la durée et la répétition des entretiens, la nature des données collectées) pour enregistrer et étudier les jugements politiques en train de se faire, avant, pendant et après le scrutin. Cette approche vise à se donner les moyens de saisir les facteurs de temps court identifiés par les chercheurs de l’université du Michigan dans l’« entonnoir de causalité » qu’ils proposent pour comprendre le vote79. Nous cherchons à comprendre comment les propriétés de temps long s’articulent concrètement aux dynamiques de la campagne, de l’offre politique et des relations sociales qui constituent la séquence (pré‑)électorale réellement vécue par les citoyen.nes.

    29En troisième lieu, nous avons cherché à localiser le recueil et le traitement des matériaux quantitatifs et qualitatifs. Le terme localiser revêt ici un double sens. Prendre au sérieux la dimension contextuelle des comportements électoraux implique, d’abord, de les saisir dans les sites géographiques, culturels et sociaux dans lesquels ils sont inscrits. C’est pourquoi nous avons choisi d’enquêter sur des sites bien identifiés, que nous pouvions comparer et qui étaient sélectionnés pour leurs spécificités sociales et politiques (cf. infra). Si, on l’a dit, l’inscription géographique ne constitue ni l’unique, ni le principal, contexte du vote, il nous a néanmoins semblé nécessaire d’appréhender des espaces sociaux localisés80 à partir desquels il est possible d’observer et de comparer les interdépendances qui font la trame des rapports sociaux et politiques. En multipliant les sites d’observation, en nous centrant sur des espaces typiques de ségrégation (des classes populaires comme des classes supérieures) ou de confrontation (à l’instar de quartiers en cours de gentrification), nous nous sommes donné les moyens d’observer une grande variété de structures sociales, de modalités d’insertion dans celles-ci et de restituer une palette des différences ou des concurrences susceptibles de produire des identifications sociales et politiques. Le second sens de localiser consiste à privilégier une approche et un raisonnement par cas81. Nous localisons dans la mesure où nous ne traitons pas par une analyse multivariée les variables qui caractérisent nos cas collectifs (les circonscriptions électorales enquêtées) et individuels (les électrices et enquêteurs rencontrés). Nous tentons au contraire de saisir la concaténation particulière des variables sur un cas. Mais le raisonnement par cas ne porte pas exclusivement, ni même principalement ici, sur des unités géographiques dont nous cherchons à appréhender les singularités sociales et politiques. Il est aussi développé à partir de l’étude au cas par cas des comportements électoraux individuels au sein de ces espaces. Plutôt que de nous centrer sur l’analyse de « variables » détachées des individus qui les portent, nous essayons en effet de comprendre comment les caractéristiques sociales (être un homme ou une femme, jeune ou vieux, ouvrier ou cadre, riche ou pauvre, croyant ou athée, immigré ou pas) se cristallisent dans des identités à la fois singulières et portant la marque des appartenances collectives. Nous nous efforçons tout au long de l’ouvrage de replacer les cas étudiés dans les trajectoires biographiques qui donnent à voir comment se construisent des grilles de lecture du politique et des dispositions à opiner (ou non). Cette approche vise en outre à appréhender concrètement ce qui fait contexte pour les électrices et les électeurs.

    Sites, protocoles et matériaux de l’enquête collective

    30Sous ce rapport, le renouvellement de la sociologie du vote proposé dans cet ouvrage est aussi un renouvellement par les méthodes. Les choix méthodologiques adoptés au commencement du projet collectif comme les ajustements et arbitrages intervenus au fil de l’enquête s’inscrivent tous dans le parti pris théorique dispositionnaliste et contextualiste déjà exposé. Le défi méthodologique était double : d’une part, parvenir à tenir ensemble trajectoires et contextes sociaux, d’autre part se donner les moyens de saisir à l’échelle des cas les éventuelles dynamiques propres au moment électoral, donc articuler les facteurs de temps long et de temps court.

    31L’équipe scientifique a donc choisi un protocole combinant plusieurs techniques d’enquête : suivi du travail de mobilisation électorale et de la couverture médiatique des élections (de l’automne 2016 à l’été 2017), administration d’un questionnaire « sortie des urnes » et campagne d’entretiens auprès d’un panel d’électeurs et électrices. En associant données quantitatives et qualitatives et en débordant la temporalité de la seule campagne officielle, ce protocole offre la possibilité d’observer comment les dispositions et préférences politiques, certes ancrées dans le temps long des socialisations, des identités et des appartenances, peuvent être tiraillées voire refaçonnées sous l’effet d’une séquence politique. Ce même dispositif a été répliqué sur les différents sites d’enquête avec l’intention d’identifier et d’analyser de façon comparative les logiques de contextes socialement contrastés, mais aussi l’exposition différentielle à l’information médiatique et le travail de mobilisation électorale.

    Sélection et caractéristiques des sites de l’enquête

    32Dans l’impossibilité de constituer un corpus véritablement « représentatif », au sens statistique du terme, puisque le nombre de cas est nécessairement limité, nous avons privilégié l’étude de situations contrastées : quartiers populaires et/ou d’immigration subissant les effets de la crise économique ; zones périurbaines ou rurales dans lesquelles accèdent à la propriété individuelle certaines fractions des classes populaires ou des petites classes moyennes ; zones urbaines en gentrification ; « beaux quartiers » des grandes villes traditionnellement privilégiés, etc. Grâce à la diversité d’implantation géographique des laboratoires impliqués dans le programme, le corpus est composé de terrains d’enquête situés dans quatre régions et neuf départements français au sein desquels différentes circonscriptions ont été choisies. Si, pour garantir l’anonymat des enquêté.es, les villes (sauf Paris) ont dû être anonymisées (et pour deux d’entre elles renommées : Torsy et Belgirons), nous avons conservé leurs caractéristiques sociodémographiques et politiques, données indispensables au regard de l’approche contextuelle revendiquée.

    Tableau 1. Présentation des différents sites d’enquête et modes d’investigation

    RégionDépartements/CirconscriptionsBureaux de vote Questionnaire « sortie des urnes »Nombre d’enquêté.es par entretiens panélisés
    Provence-Alpes-Côte d’AzurBouches-du-Rhône
    Var
    Vaucluse
    1
    2
    5
    14
    22
    12
    Hauts-de-FranceSomme 1
    Somme 2
    Oise
    117
    6
    7
    Bourgogne Franche-ComtéYonne221
    Île-de-FranceParis Ouest
    Paris Nord
    1
    2
    68
    52
    Autres sites9
    Total14228

    33Au sein des différents sites de l’enquête, ont été sélectionnés entre un et cinq bureaux de vote pour la passation du questionnaire « sortie des urnes » lors du second tour de l’élection présidentielle de 2017, dans des quartiers aux caractéristiques sociales et politiques contrastées. Concernant l’enquête qualitative par entretiens panélisés, débutée à l’automne l’année 2016, les modes d’accès aux enquêté.es ont varié selon les secteurs et les liens des chercheur.es à la circonscription : lieu d’enquêtes antérieures, lieu de résidence et/ou d’exercice professionnel. La connaissance du contexte local a permis de recruter des enquêté.es par le biais de recommandations de connaissances (amis, voisins, collègues), d’institutions intermédiaires (association de parents d’élèves, club sportif, association de quartier), ou plus directement (personnes rencontrées dans les bureaux de vote au cours de la campagne des primaires, ou encore dans leur commerce ou leur lieu de travail).

    Encadré 1. Circonscriptions et communes enquêtées

    Neuf circonscriptions législatives ont constitué les principaux terrains de l’enquête ALCoV : trois sont situées en PACA, trois dans les Hauts-de-France, une en Bourgogne-Franche Comté et deux en Île-de-France à Paris. Nous nous sommes parfois autorisés à intégrer des données (en particulier d’entretiens) provenant d’autres circonscriptions – lorsque nous avions l’opportunité de le faire et d’enrichir ainsi le tableau d’ensemble. Mais ce sont ces neuf sites qui condensent la très grande majorité des investigations menées dans le cadre de notre enquête.
    Concernant les trois circonscriptions étudiées en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, la première est située dans les Bouches-du-Rhône et couvre plusieurs quartiers d’une grande ville. Elle possède des caractéristiques sociodémographiques assez hétérogènes puisqu’elle regroupe des quartiers très urbanisés, de nombreux grands ensembles d’habitat collectif jouxtant des noyaux villageois (petits îlots pavillonnaires et résidentiels abritant des professions intermédiaires) et des quartiers plus populaires. Le bureau de vote étudié pour le QSU est situé dans la partie la plus populaire de la circonscription, caractérisée par l’omniprésence de grands ensembles construits depuis les années 1970. Marqué par un taux de chômage beaucoup plus élevé que la moyenne de la ville (24,9 % contre 11,5 %), le quartier en question est par ailleurs fortement désinvesti (fermeture des commerces, des services publics, étiolement de la vie associative). La circonscription du Var retenue pour notre étude s’étire autour du gros bourg de Belgirons et des communes périurbaines qui l’entourent. Bastion de la droite, mais ambition du FN, qui y fait des scores très élevés depuis le début des années 2000, la circonscription compte peu d’ouvriers, à l’inverse des artisans, commerçants, chefs d’entreprise et des retraités. Les deux bureaux de vote retenus pour le QSU sont situés à Belgirons, ville centre de la circonscription, où l’élection présidentielle de 2017 confirme les hauts scores enregistrés par l’extrême droite lors des précédents scrutins. Au premier tour de 2017, M. Le Pen obtient 35,6 % des suffrages exprimés (N. Dupont-Aignan 4,8 %). La gauche ne rassemble qu’un cinquième des voix (J.-L. Mélenchon 17,9 %, B. Hamon 3,8 %) quand E. Macron (28,9 %) et F. Fillon (18,5 %) s’en partagent la moitié. Au second tour, les Belgironais.es placent d’ailleurs M. Le Pen (53 %) devant E. Macron (47 %). Le premier des deux bureaux de vote sélectionnés pour le QSU est un « centre de vote » regroupant 3 bureaux et couvrant à la fois le vieux centre historique de Belgirons et les grands ensembles d’habitat collectif des années 1960-1970 qui l’environnent directement. Le second bureau de vote investigué lors du QSU est implanté au cœur d’une des zones pavillonnaires plus périphériques qui se sont développées au cours de la dernière décennie à proximité de la RN7 et de l’échangeur d’autoroute. Enfin, la troisième circonscription se situe dans une ville du Vaucluse marquée par d’importantes inégalités sociales, avec un taux de pauvreté de 31 % et un taux de chômage de 16,8 %, et qui, du point de vue politique, résiste à la domination du FN dans le département, puisque la gauche y est régulièrement majoritaire. En 2017, à l’échelle de la ville, c’est ainsi J.-L. Mélenchon qui arrive en tête du premier tour de la présidentielle avec 28,3 %, devant M. Le Pen (21,1 %), E. Macron (20,7 %) et F. Fillon (16,4 %). Les cinq bureaux de vote pour le questionnaire « sortie des urnes » se trouvent dans des quartiers contrastés (centre-ville historique/nouveau quartier en périphérie…).
    Les circonscriptions de la région Hauts-de-France se situent dans la Somme (pour deux d’entre elles) et dans l’Oise (pour la troisième). Elles présentent d’assez forts contrastes.
    La 1re circonscription, s’étendant sur plus de 50 km le long de la Somme, est rurale (-2 000 h) à près de 50 %. Elle se caractérise par une surreprésentation des classes populaires (les 2/3 des actifs sont employés ou ouvriers, moins de 50 % dans la seconde), et une sous-représentation des cadres supérieurs (9 % contre 19 % dans la seconde circonscription). Politiquement, en 2012, elle était la circonscription picarde la plus orientée à gauche, la députée socialiste l’emportant au second tour avec 59 %. Des entretiens ont été menés auprès d’électrices et d’électeurs d’un village de 122 habitant.es en déclin démographique, désormais sans commerce, sans école et sans office. Deux exploitations agricoles subsistent sur la commune, et 10 actifs travaillent au village. Le bureau de vote sélectionné pour le questionnaire « sortie des urnes », se situe dans un quartier populaire d’une ville de la circonscription, déjà analysé lors de précédentes enquêtes, caractérisé par la stabilité du bâti et la diversité sociale de l’habitat (petites maisons mitoyennes, pavillons, résidences et parc HLM). 76 % des habitant.es de ce quartier sont ouvriers ou employés et les résultats électoraux antérieurs témoignent de la surreprésentation des comportements abstentionnistes et une orientation politique favorable à la gauche critique et au Front national. En 2017, c’est un candidat FI qui est élu au second tour.
    La deuxième circonscription est beaucoup plus urbaine (les trois quarts de la population habitent une grande ville, 13 % seulement dans des communes rurales périurbaines). Ancien fief de la droite, elle a vu la victoire de justesse (50,8 %) en 2012 d’une députée EELV soutenue par le PS sur le député sortant Nouveau Centre. En 2017 la députée est réélue sous l’étiquette LREM. La comparaison de ces deux circonscriptions de la Somme permet d’identifier les facteurs sociaux locaux des différences de participation (plus forte dans la deuxième que dans la première), et des différences d’ancrage du FN (moins important dans la deuxième au profit de la droite classique).
    La troisième circonscription des Hauts-de-France se situe dans l’Oise et regroupe les quartiers d’habitat populaire d’une ville d’environ 30 000 habitant.es marquée par la crise de l’industrie métallurgique depuis plusieurs décennies, et toujours ancrée à gauche. En 2017 pour la présidentielle, à l’échelle de l’ensemble de la commune, c’est ainsi J.-L. Mélenchon qui arrive en tête avec 34 % des suffrages exprimés, devant E. Macron (20,7 %), M. Le Pen (19,6 %) et B. Hamon (9,5 %). Aux législatives, le candidat LREM l’emporte au second tour face à un candidat du FN, après l’élimination du député sortant socialiste au premier tour. Dans cette circonscription, des entretiens ont été menés auprès d’habitant.es disposant d’un accès à des parcelles de jardins potagers familiaux sur le terrain communal, par l’intermédiaire de l’association dont ils sont membres.
    Pour la région Bourgogne-Franche-Comté, l’enquête a porté sur une circonscription de l’Yonne avec une focale centrée sur une commune urbaine de 10 000 habitants : Torsy. La ville a connu depuis la fin des années 1990 d’importants bouleversements : fort redimensionnement ou disparitions d’organismes publics qui assuraient une partie importante de l’emploi et des revenus ; réduction de l’activité industrielle et commerciale provoquant une nette croissance du taux de chômage (23 % pour l’ensemble de la population active en 2012) en particulier chez les employés et les ouvriers (30 % de chômeurs dans cette dernière catégorie) et augmentation de la pauvreté. Dans le même temps, le paysage politique local a été modifié en profondeur : renouvellement du personnel politique avec l’accession à la mairie, en 2008, d’une nouvelle équipe issue des milieux associatifs et des partis de gauche (après plus de 30 ans de nette domination de la droite gaulliste) ; montée de l’extrême droite (le FN réalisant plus de 30 % des voix aux élections départementales et régionales de 2015). Cette circonscription est un site privilégié d’observation des effets politiques et électoraux à la fois de transformations des conditions de vie (montée du chômage et de la précarité) et du redéploiement de l’État et de l’action publique locale dans la France contemporaine. Il permet d’analyser la croissance des votes FN, mais aussi l’incapacité des candidats de ce parti à cristalliser une majorité. En 2017, M. Le Pen arrive, en effet, en tête à Torsy au premier tour de la présidentielle avec 25,3 % des suffrages exprimés (devant F. Fillon – 20,6 % –, E. Macron – 19,6 % – et J.-L. Mélenchon – 19,55 %), mais au second tour E. Macron s’impose, avec un score inférieur à la moyenne nationale (60,4 %). Aux législatives, c’est une candidate issue du Modem et investie par En marche ! qui est finalement élue face au candidat du FN local – alors que les résultats des élections locales depuis 2012 laissaient espérer au FN la possibilité de conquérir ce siège. Deux bureaux de vote ont été étudiés sur cette commune : un en grande partie pavillonnaire, où le vote FN est le plus élevé de la ville ; un autre, composé en majorité d’habitat social, où le FN est au contraire très bas.
    Les deux études de cas menées en Île-de-France concernent deux circonscriptions urbaines très denses, mais inégalement (plus de 10 000 hab/km2 dans l’Ouest, plus de 33 000 hab/km2 au Nord) aux caractéristiques sociales et politiques contrastées : une circonscription populaire du nord de Paris et une circonscription bourgeoise de l’Ouest parisien. Dans la première, où a été élu un député socialiste de 2002 à 2017, l’abstention est régulièrement plus élevée que la moyenne nationale. On assiste depuis 2012 à une montée du Front national et, dans une moindre mesure, du Front de gauche dans différents quartiers. La part particulièrement élevée d’ouvriers et d’employés, comme de populations d’origines étrangères dans cette circonscription en fait un cas particulièrement intéressant à mettre en relation avec l’autre circonscription étudiée à Paris, plus bourgeoise. Deux bureaux de vote (environ 1 500 inscrit.es dans chacun) de la circonscription ont été choisis, proches mais contrastés socialement comme politiquement pour constituer le noyau central de l’étude. Le premier bureau se situe dans un quartier populaire ségrégué (composé à 98 % de logements sociaux), où l’abstention est régulièrement élevée, tandis que le second est désormais largement gentrifié. Ce premier territoire d’Île-de-France est ancré à gauche (PS) à l’échelle municipale depuis 1995 et jusqu’en 2020. En 2017 au premier tour, E. Macron, obtient 33,8 %, J.-L. Mélenchon 28,3 %, F. Fillon 14,5 % et M. Le Pen 5,5 % (abstention de 18,6 %). Au second, E. Macron l’emporte avec 90,5 % des suffrages exprimés, contre seulement 9,5 % pour M. Le Pen, confirmant la sous-représentation locale du Front national. Aux élections législatives, dans deux circonscriptions de l’arrondissement, le PS a échoué à maintenir son candidat au second tour et les député.es élu.es appartiennent à LR, LREM et LFI, marquant la relative hétérogénéité des quartiers concernés.
    Le second cas étudié en Île-de-France recoupe l’essentiel d’un arrondissement situé au cœur des beaux quartiers parisiens et présente des caractéristiques sociopolitiques opposées : surreprésentation des classes supérieures à fort capital économique (en 2017, 32 % sont cadres, commerçants ou chef d’entreprise ou retraités – 22,5 %) dont le vote est (de longue date) très majoritairement acquis à la droite : en 2014, le maire LR de l’arrondissement y a été (ré)élu député au premier tour avec plus de 58 % de voix. Pour mener le QSU, un bureau de vote a été sélectionné au cœur de l’arrondissement : il incarne une sorte d’idéal-type de l’électorat des beaux quartiers (c’est là où le candidat LR obtient ses meilleurs scores – 68 % aux législatives de 2012). Cette circonscription constitue le principal site d’observation des rapports au politique des classes supérieures de notre corpus et de ses évolutions. En 2017, à la présidentielle, F. Fillon obtient dans l’arrondissement certes un score hors norme (58,5 %), mais le report des voix au second sur E. Macron peut surprendre (ce dernier s’impose face à M. Le Pen avec 87,4 % des suffrages), tout comme la faiblesse de l’abstention, inférieure à la moyenne nationale alors que le candidat LR n’est pas qualifié. Aux législatives, dans la circonscription, le député sortant LR est mis en ballottage défavorable au premier tour par la candidate investie par En Marche !, qui arrive en tête du scrutin avec 44,2 % des voix. Si elle s’incline au second tour face à son adversaire, finalement réélu, cet épisode manifeste cependant l’attractivité de la nouvelle offre politique incarnée par E. Macron auprès des classes supérieures à capital économique, électeurs pourtant fidèles de la droite depuis plusieurs décennies, dont il faudra ici comprendre les ressorts.

    Observer les comportements électoraux : questions de méthode

    Un QSU pensé comme un sondage sur les sites de l’enquête

    34Afin de collecter des données sur les ancrages sociospatiaux du vote et les évolutions des choix entre le premier et le second tour de la présidentielle, nous avons élaboré un questionnaire « sortie des urnes ». Passé auprès d’électrices et d’électeurs quittant le bureau de vote et interrogés « à chaud », cette technique a été mobilisée d’abord pour recueillir des profils sociologiques de chaque site d’enquête et dégager les grandes tendances relatives aux choix électoraux. Ces données nous ont été particulièrement utiles pour sélectionner les cas les plus significatifs de notre corpus d’entretien et pour poser des questions suscitées par les résultats de 2017. Le questionnaire intégrait en outre des items relatifs à l’influence des proches, des discussions et des interactions lors des campagnes, d’autres sur la mobilité sociale qu’elle soit professionnelle (promotion ou déclassement, chômage, etc.), familiale (divorce, mariage, enfants), résidentielle (déménagement, changement de cadre de vie, etc.) ; la perception du territoire (sentiment d’appartenance au quartier, à la commune, à la région ; distance perçue aux centres urbains, etc.)82.

    35Le QSU a été administré en face-à-face par des membres de l’équipe de recherche et des étudiant.es83 de différentes universités associées devant quatorze bureaux de vote situés dans les circonscriptions retenues pour l’enquête84, le 7 mai 2017 (second tour de l’élection présidentielle). Au total, le dispositif a permis de construire un corpus de 3 013 électeurs et électrices. La technique comporte les biais d’échantillonnage intrinsèquement liés à la méthode85 (notamment les biais de sélection, d’auto-sélection et de déclarations), conduisant en particulier à laisser dans l’ombre les abstentionnistes, mais elle permet de récolter des informations localisées sur les trajectoires et propriétés sociales, les orientations politiques et les itinéraires de vote des électeurs résidant sur le site de l’enquête. Baptiste Coulmont, Diane Delacourt et Patrick Lehingue reviennent dans l’Encadré 3, à la fin de ce chapitre, sur les biais et artefacts qui affectent tout à la fois la composition sociale de notre échantillon et sa représentativité politique. L’analyse des réticences à répondre aux enquêtes quantitatives nous paraît indispensable car elle aide à faire preuve de davantage de prudence dans l’analyse des réponses obtenues et donc à mieux en comprendre les significations.

    Des entretiens approfondis, répétés et localisés

    36En complément du questionnaire « sortie des urnes », le recours à la technique des entretiens panélisés servait, on l’a dit, un triple objectif : reconstituer les rapports ordinaires au politique et au vote ; saisir finement les dimensions subjectives des appartenances sociales, professionnelles, les rapports au territoire et le degré d’ancrage ; et suivre l’évolution des attitudes au cours de la séquence et des scrutins présidentiels et législatifs. Nous avons défini cinq « vagues » d’entretiens entre décembre 2016 et décembre 2017 (prolongées dans certains cas par une sixième voire une septième vague jusqu’à fin 2020), et adopté chaque fois un guide d’entretien commun, afin de permettre la comparabilité de nos données entre les différents sites de l’enquête.

    Encadré 2. Contenu de chacune des vagues d’entretiens (Patrick Lehingue et Diane Delacourt)

    Déjà expérimenté lors d’une précédente enquête86, l’ensemble des vagues renvoie à la logique de l’entonnoir (de causalité) déjà évoquée et chère à l’École de Michigan87 : au départ centré sur des récits de vie, à mesure que l’on s’approche de la date des scrutins et que la campagne s’intensifie, le questionnaire est de plus en plus consacré aux questions électorales. Une autre vague tente d’évaluer, ex post, la perception de l’élection, du vote, et une première évaluation de « l’état de grâce ». Des entretiens ont pu être poursuivis jusqu’en 2020 avec certain.es enquêté.es.
    Vague I (décembre 2016-février 2017) : explicitation de l’enquête, reconstitution la plus exhaustive possible des récits de vie (profession, famille, études, sociabilité résidentielle, pratiques culturelles), et première incursion sur les rapports à la politique et les préférences partisanes (votes passés, réactions aux primaires de la droite et de la gauche, premières intentions de vote).
    Vague II (fin mars 2017-avril 2017) : retour sur récits de vie à partir de points insuffisamment détaillés (exemple : groupes primaires d’appartenance) ; « jeu » à partir de photos de presse (représentant une file d’attente devant un guichet, des soldats de Vigipirate, un cortège de la Manif pour tous, etc.) pour enregistrer leurs réactions et interprétations spontanées et à partir de portraits évaluer la compétence politique (les enquêtés sont invités à réagir à cinq photos de responsables politiques, en mentionnant leur parti et responsabilités et le jugement porté sur elles) ; discussion sur les thèmes émergents de la campagne et propositions saillantes (exemple : revenu universel) ; évaluation (like/dislike) des différents candidats (leur liste a été publiée quinze jours auparavant) ; perception des débats télévisés.
    Vague III (juin 2017) : retour sur élection présidentielle : vote, hésitations, regrets, commentaire électoral (résultat national, communal) ; premiers pas de la nouvelle équipe ; retour sur le débat Le Pen/Macron ; discussion sur législatives (connaissance des candidats, intentions de vote) ; évaluation des premières mesures de la nouvelle équipe.
    Vague IV (première semaine juillet 2017) : questionnaire passé par téléphone (QT) centré sur les élections législatives intervenues quinze jours auparavant ; votes, commentaires sur résultats dans la circonscription ; vote de la famille ; discussion sur les premières mesures gouvernementales.
    Vague V (novembre-décembre 2017) : discussion autour des six premiers mois de la nouvelle équipe ; retour sur biographie des enquêtés.

    37La plupart des enquêté.es ont été rencontré.es à leur domicile, parfois en présence d’autres membres de la famille, mais aussi dans quelques cas sur leur lieu de travail ou dans des lieux publics (cafés, MJC, centre social, etc.). Souvent long, le premier entretien « récit de vie » collectait des informations permettant d’instruire les articulations entre la dynamique des trajectoires sociales (promotion, déclassement, stabilité), les contextes d’existence et d’interactions du quotidien et les identifications sociales, spatiales et politiques. Il permettait également de saisir les ambivalences de certaines attitudes politiques de retrait ou de défiance, notamment dans les milieux populaires. Nous avons ensuite exploré l’insertion des enquêté.es dans des groupes primaires, le rôle des proches et des éventuelles discussions politiques, dans le degré d’intérêt, à éclipse ou continu, pour les campagnes et leurs effets sur l’acte de (non) vote.

    38Étirés sur une longue période (allant de la précampagne à la période post-élections), les entretiens suivants s’attachaient à suivre les enquêté.es à plusieurs échelles simultanées. La campagne électorale, d’abord, comme un contexte général qui fait l’objet d’une véritable « orchestration nationale88 » politique et médiatique, certes plus ou moins prégnante selon les milieux sociaux, mais auquel il est difficile de totalement se soustraire. À moins d’éteindre pendant plusieurs semaines tous les écrans, de couper la radio et le fil d’information du smartphone, de renoncer à toute conversation au travail, avec les ami.es ou en famille, il est rare d’échapper pleinement à une campagne présidentielle qui peut amener de la politique dans les différentes scènes de la vie sociale « ordinaire ». La campagne de 2017 s’est présentée comme un contexte traversant assez largement les frontières sociales, très prégnant médiatiquement et susceptible de « contaminer » voire de « perturber » politiquement les contextes locaux ou rapprochés des électeurs et électrices : par des injonctions ou des micropressions à suivre l’actualité, faire part de ses impressions et jugements, participer à des discussions. Les sociabilités dans les groupes d’appartenance, ensuite, à propos desquelles les enquêté.es ont été invité.es à parler de diverses manières. Le questionnement du protocole d’enquête les invitait en effet à revenir sur leur trajectoire sociale, professionnelle et résidentielle, à décrire le style de leurs sociabilités, à évoquer aussi les conversations qui sont l’occasion d’échanger avec leur entourage des points de vue politiques ou sur la politique (et qui peuvent s’accroître dans certains milieux avec l’intensification de la campagne). Le territoire, enfin, où se déploient les principales activités et interactions de leur existence quotidienne, et qui constitue tout à la fois un contexte matériel et symbolique, mais aussi un site d’observation et d’expérience de la société.

    39Grâce à la méthode des entretiens semi-directifs et répétés, l’enquête ne présuppose pas – et n’impose donc pas – dans le questionnement ce que seraient les contextes a priori signifiants ou pertinents des enquêté.es. Le protocole d’entretien laisse le soin aux enquêté.es de faire venir dans la discussion, et donc de sélectionner eux-mêmes – « par association89 » – les contextes qui font sens à leurs yeux en matière de formation et d’expression des jugements politiques. Il présente l’intérêt de laisser aux enquêté.es leurs propres mots pour dire leurs (auto)perceptions sociales et éventuellement politiques. Dans le même temps et pour ne pas céder à l’illusion d’un monde (re)constitué uniquement par les perceptions, la dimension territorialisée de l’enquête nous a permis de restituer des éléments objectifs des configurations dans lesquelles sont pris les électeurs et électrices en période électorale, et donc au-delà des fausses oppositions entre objectivisme et subjectivisme, d’articuler les inscriptions contextuelles mobilisées par les enquêté.es en entretien avec les propriétés des situations auxquelles elles et ils sont confronté.es.

    Le corpus d’enquêté.es

    40Le corpus constitué compte 229 individus, 111 femmes et 118 hommes, rencontrés de 1 à 7 reprises durant les « vagues d’entretiens » de l’enquête ALCoV. Au total, l’enquête ALCoV s’appuie sur un corpus de 531 entretiens semi-directifs conduits auprès de 229 individus dans 11 sites et d’une durée moyenne de 2 heures. Dans certains cas, il n’a pas été possible de répéter les entretiens et nous avons dû nous contenter d’une seule rencontre90. Dans d’autres au contraire, les enquêté.es se sont pris au jeu et nous avons pu réaliser 4, 5, voire 6 entretiens. En définitive, parmi les 229 hommes et femmes de notre corpus, 150 ont été interviewés au moins deux fois, 103 au moins trois fois et 49 au moins quatre fois.

    41Une enquête par entretiens panélisés entraîne d’évidents biais de composition du corpus. Accepter de se rendre disponible et de parler à un.e sociologue, qui plus est à plusieurs reprises, de sa vie, de sa perception d’une campagne électorale et de ses enjeux, suppose soit un certain intérêt pour la politique, soit une bonne volonté citoyenne (rendre service), soit un certain plaisir à être écouté, ou enfin une appétence pour les sciences sociales (pratiquées au lycée ou lors des études) – ou les quatre à la fois !

    42Ce corpus ne visait donc pas à construire un échantillon strictement représentatif de l’électorat français en 2017, sous le rapport des principales caractéristiques sociologiques (âge, niveau de diplôme, PCS) et politiques (niveau de participation, orientation du vote). Notre corpus « sur-représente » les individus les plus disposés à répondre à une enquête comme la nôtre, c’est-à-dire : les plus diplômés, les classes moyennes et supérieures et les plus intéressés par la politique91. Et même si nous avons pris soin de diversifier nos interviewé.es en fonction de la distance relative au politique qui les caractérise, une telle enquête sous-représente nécessairement celles et ceux qui sont les plus éloignés de la politique institutionnelle et les moins intéressés par la campagne électorale.

    43Le premier enjeu du corpus était plutôt de donner à voir une gamme de positions sociales diversifiées sous le rapport des principales caractéristiques sociodémographiques. Ainsi de l’âge des enquêté.es, qui varie de 15 à 90 ans et se disperse assez régulièrement pour pouvoir traiter de toutes les classes d’âge92, y compris ceux qui, comme les 15-18 ans, ne disposent pas du droit de vote et se trouvent au moment où se cristallisent les habitus électoraux. Ainsi, également, de la profession des enquêté.es (cf. tableau infra), qui offre de comparer des statuts d’emploi et des PCS diversifiés, à l’exception notable des ouvriers et des agriculteurs exploitants, quasi absents de l’enquête. Enfin du niveau de diplôme, puisque l’enquête est parvenue à joindre pas moins de 60 personnes ayant arrêté leurs études au niveau Bac ou avant (versus 87 ayant au moins un Bac +2).

    Tableau 2. Répartition des enquêté.es par entretiens ALCoV par PCS et statut d’emploi

    PCS et statuts d’emploi des enquêté.es du corpus ALCoV (effectifs connus)
    Agriculteur exploitant2
    Artisan, commerçant, chef d’entreprise13
    Cadre et profession intellectuelle sup.33
    Profession intermédiaire26
    Employé26
    Ouvrier4
    Retraité36
    Autre personne sans activité professionnelle82
    Salarié du public41
    Salarié du privé50
    Indépendant24
    Chômeur7
    Inactif105

    Tableau 3. Répartition des enquêté.es ALCoV par niveau de diplôme

    Niveau de diplômenALCoV* (%)
    Sans diplôme, CEP, brevet des collèges2414,5
    CAP, BEP2012,1
    Bac ou équivalent169,7
    Bac +22817
    Diplôme supérieur à Bac +25935,8
    Non déterminé1810,9

    * Sur 100 répondants ALCoV ayant terminé leurs études.

    44Le second enjeu pour la constitution du corpus des personnes interrogées était de ne manquer aucun des principaux électorats. Cela supposait d’être légitimiste à dessein en contactant prioritairement les votants au détriment des abstentionnistes et les électeurs des « gros » candidats et partis au détriment des petits. Mais aussi de redoubler d’efforts pour rencontrer certains des électeurs les plus inaccessibles : ceux de M. Le Pen (parce qu’ils se défient des sociologues) et ceux de B. Hamon (parce qu’ils se sont raréfiés tout au long de la campagne). Ce faisant et eu égard à notre indifférence à la représentativité, le corpus donne une image finalement étonnamment fidèle des rapports de force partisans en 2017.

    Tableau 4. Répartition des votes au sein du corpus ALCoV, 1er tour des élections présidentielles de 2017

    nALCoV* (%)Résultats officiels (% suffrages exprimés)Écart (pts)
    Macron3325,224,1+ 1,1
    Le Pen2619,821,3- 1,5
    Fillon211620,01- 4,01
    Mélenchon2418,319,58- 1,28
    Hamon1410,76,36+ 4,34
    Dupont-Aignan43,14,7- 1,6
    Arthaud000,49- 0,49
    Poutou000,83- 0,83
    Cheminade000,14- 0,14
    Lassalle10,80,91- 0,11
    Asselineau000,70- 0,7
    Abstention86,122,23- 16,13

    * Lecture : Sur 100 interviewé.es inscrit.es sur les listes électorales au jour du 1er tour de l’élection présidentielle de 2017 et qui déclarent un vote, 25,2 (soit 33 individus) ont voté pour E. Macron.

    45Le programme esquissé dans ce chapitre a pour objectif de renouer avec une approche réaliste et véritablement sociologique du vote, sur les plans à la fois théoriques et méthodologiques. Le retour critique sur les modèles classiques d’intelligibilité des comportements électoraux a conduit à repérer les acquis de différentes traditions et à les ajuster à l’analyse d’un ordre social et d’un ordre politique recomposés dans la France de 2017. Cette approche est réaliste, d’abord, car social matters, encore et toujours, pour comprendre les rapports au vote. Réaliste donc, au sens où les approches cognitivistes ou utilitaristes du vote nous semblent justement pêcher par irréalisme, lorsqu’elles postulent que les rationalités électorales sont guidées par des calculs stéréotypés (chercher son intérêt par des raisonnements réductibles à quelques modélisations universelles). Les votant.es déploient des compétences et des raisonnements qui ne sont pas toujours politiques et qui ne peuvent s’éclairer que si l’on consent à les appréhender au concret, au niveau des expériences sociales et des rapports au politique empiriquement observés chez celles et ceux qui votent. Réaliste, alors, parce que l’approche que nous avons mise en œuvre consiste à comprendre en contextes et en pratiques comment des systèmes de dispositions, que l’on peut nommer des « habitus électoraux », s’articulent concrètement à l’offre politique, telle qu’elle est reçue et perçue à travers diverses intermédiations, pour générer des pratiques électorales. Elle part d’une observation localisée au sein de neuf sites géographiques, sociaux et politiques, mais conduit à replacer les électrices et électeurs au centre des interdépendances qui les façonnent avant, pendant et après les conjonctures électorales au sein mais surtout au-delà de ces ancrages géographiques. Nous proposons ainsi une reformulation notable de la perspective contextuelle en sociologie électorale, qui ne parte pas des unités que livrent a priori les découpages administratifs et résidentiels (les circonscriptions, les bureaux de vote), mais de l’expérience réelle du social par les citoyen.nes appréhendés comme des cas signifiants en eux-mêmes. Nous espérons que ce livre, qui propose une synthèse des cinq années de l’enquête ALCoV, menée par plusieurs dizaines de chercheur.es, qui a produit des observations in situ, des milliers de questionnaires et des centaines d’heures d’entretiens approfondis, convaincra que la compréhension du vote ne peut se réduire au commentaire pressé de quelques sondages d’intention de vote et suggérera l’ampleur du travail, indissociablement empirique et théorique, qu’il faut accomplir pour faire, à nouveau, une sociologie du vote.

    Encadré 3. Note méthodologique sur le Questionnaire sortie des urnes (QSU) et ses biais (Baptiste Coulmont, Diane Delacourt, Patrick Lehingue)

    De manière trop peu usitée en analyse des « données » électorales, on voudrait préalablement à l’analyse, interroger les biais et artefacts qui entachent la constitution des échantillons issus de nos Questionnaires Sortie des Urnes (QSU) et affectent tout à la fois sa composition sociale et sa représentativité politique. On espère ainsi progresser sur la piste des dispositions à répondre aux questionnaires électoraux et des déterminants de la dissimulation des votes, deux problèmes liés mais qui gagnent à être distingués. De la même manière que l’examen des « refus d’entretiens93 » participe de l’analyse des résultats des entretiens obtenus, l’étude des réticences à répondre aux enquêtes quantitatives aide à comprendre – et parfois à relativiser – les réponses obtenues.
    On commencera par examiner les taux différentiels de réponse, pour souligner ensuite deux formes conjointes de sous-représentation : celle des électeurs peu diplômés et celle des électeurs déclarés de M. Le Pen.

    Des taux de répondants inégaux

    Le questionnaire « sortie des urnes » long de deux feuilles recto verso, a été administré dans quatorze bureaux de vote socialement et politiquement très contrastés, à l’occasion du second tour de la présidentielle. Il pouvait être soit rempli seul par les enquêtés ou passé oralement par les enquêteurs. Administrée toute la journée du 7 mai 2017 par les membres du collectif Alcov aidés par des étudiant.es (de L3 et de M1 en science politique), cette enquête a permis de récolter plus de 3 000 questionnaires exploitables.
    Ces 3 013 questionnaires représentent un taux de réponse moyen (total des questionnaires recueillis/total des votants effectifs dans les bureaux) de 30,6 %, taux que l’on peut juger par rapport à d’autres dispositifs de collecte, honorable94 voire très satisfaisant95. Cette proportion moyenne d’un répondant pour trois votants occulte cependant une forte dispersion puisque les taux oscillent entre 22 % et un peu plus de 39 %.

    Figure 1. Taux de réponse par commune96.
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    Trois facteurs peuvent être mobilisés qui, conjugués, expliquent ces écarts.
    En premier lieu, la composition socio démographique des différents bureaux est au principe d’inégales dispositions à répondre à un questionnaire électoral demandant que l’on explicite les raisons d’une pratique dont on devrait pouvoir s’acquitter sans avoir à s’en justifier. Ainsi, dans les bureaux des Bouches-du-Rhône, du Var et du Vaucluse (sauf le BV 2 de centre-ville qui apparaît distinctement dans le graphique), qui n’obtiennent qu’entre 22 et 29 % seulement de répondants, la proportion d’enquêtés signalant un revenu du foyer inférieur à 1 600 euros est comprise entre 52 et 31 %. Cette proportion est trois à six fois inférieure au bureau de l’Ouest parisien et au bureau le plus gentrifié du nord de Paris – BV2 Paris Nord – (8,5 et 17 %), là où l’enquête réunit proportionnellement le plus de participants (respectivement 39 et 38 % des votants).
    Les orientations électorales contrastées de ces unités (et notamment, comme on va le voir, la proportion de votes exprimés en faveur de M. Le Pen) ont également pu jouer, les bureaux les plus « frontistes » étant souvent ceux où la répugnance à se prêter à une expérience menée par des enseignants et étudiants de science politique est la plus forte97.
    Enfin, a dû jouer le dispositif matériel d’enquête qui confirme qu’en matière de recueil des données, le moindre détail importe. Ainsi de la météorologie (très pluvieuse par exemple dans la Somme), de la possibilité (non satisfaite dans tous les sites) de disposer d’un local dédié et abrité pour faire remplir plus ou moins confortablement le questionnaire, du nombre et des qualités de persuasion des enquêteurs chargés de contacter les votants, enfin de la réitération d’expériences qui a visiblement indisposé certains électeurs lassés de devoir remplir des questionnaires presque identiques à quinze jours d’intervalle (cas des bureaux du Vaucluse enquêtés au premier et second tour). Cette lassitude s’inscrit dans un climat général de scepticisme et de défiance vis-à-vis du rite électoral ou de ses servants comme l’attestent par exemple ces refus de répondre justifiés par cette remarque entendue une douzaine de fois à la sortie d’un bureau : « Ah non, alors ! Déjà qu’on vote ! ».

    Un échantillon sur-politisé

    À la différence des sondages d’opinion classiques dont les dispositifs de prise de contact (dans la rue, au domicile, par téléphone ou via internet) engendrent des biais de sélection spécifiques (tout le monde ne fréquente pas telle artère, reste disponible toute la journée chez lui, répond au téléphone à toute heure ou est connecté à internet), un questionnaire « sortie des urnes », pour peu qu’il soit administré durant toute la journée, appréhende l’ensemble de la population concernée, soit ici tous les votants98 des bureaux sélectionnés. Les biais dont il est alors question sont alors souvent des biais d’auto-sélection (résultant des dispositions inégales des individus à participer à l’enquête), qui ne sont pas aléatoirement répartis dans l’espace social : on enregistre donc de forts écarts dans la propension à accepter ou à refuser d’entrer dans le jeu d’une enquête d’opinion.

    Figure 2. Comparaison avec les listes d’émargement et les résultats électoraux.
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    Si l’échantillon des répondants à l’enquête « Sortie des urnes » est, sur certaines variables (sexe, lieu de naissance et dans une moindre mesure, âge) assez proche de la population qui s’est déplacée pour voter99, il n’en va pas de même pour ce qui concerne le niveau de diplôme qui, non mentionné sur les listes d’émargement, peut être appréhendé indirectement par les « fichiers détail » du recensement qui permettent de constituer une base de 15 000 individus résidant autour des bureaux étudiés. Alors que près d’un tiers des résidant.es de nos bureaux (les Français et Françaises de plus de 18 ans… qui ont les caractéristiques d’âge, de sexe et de lieu de naissance des votants) ont pour diplôme le plus élevé un BEPC (brevet des collèges), ils ne constituent que 12 % de l’échantillon du QSU. Inversement, un peu plus de la moitié de l’échantillon de notre QSU détient un diplôme du supérieur contre un tiers seulement de la population des Français majeurs qui résident dans ces quartiers100.
    Or on sait que le diplôme demeure l’une des principales variables affectant l’intérêt pour la politique et la participation électorale. Tout laisse donc à penser que notre échantillon est « sur-politisé », le simple fait d’accepter de répondre à ce type de questionnaire témoignant d’une forme d’attention minimale à la compétition politique. En témoigne la part inhabituellement élevée des enquêtés se déclarant « très intéressés par la politique » (24,3 %, dix points au-dessus des scores enregistrés ordinairement dans les sondages nationaux) ou à l’inverse la faible proportion (moitié moindre que dans les autres enquêtes) des enquêtés répondant ne pas l’être « du tout » (7,8 %)101.
    Cette surpolitisation relative des enquêtés hypothèque les enseignements généraux que l’on pourrait tirer de certains tris à plat (relatifs par exemple à l’intensité des discussions à l’occasion de l’élection présidentielle), en surévaluant la proportion de citoyens attentifs et intéressés qui correspondraient aux modèles et devoir-être implicitement requis par la théorie démocratique du vote.

    Mais où sont passés les électrices et électeurs de M. Le Pen ?

    La comparaison entre les reconstitutions de leurs votes par nos enquêté.es et les résultats du premier tour dans les bureaux couverts, fait apparaître une légère sur-représentation des votes (en fait, des déclarations de vote) en faveur d’E. Macron (25,7 % des répondant.es ayant rappelé leur vote du premier tour, contre 22,1 % d’exprimés dans les urnes), de J.-L. Mélenchon (27,5 % contre 24,6 %) et de B. Hamon (8,8 % contre 6,6 %). À l’inverse semblent sous représentés (ou au moins sous-déclarés) les votes pour F. Fillon (13,9 % contre 19 %), et dans une plus grande proportion encore les votes pour M. Le Pen du premier tour (8,6 % contre 20,4 %).
    Alors que 28,2 % des votants ont sélectionné au second tour le bulletin « Le Pen » dans les 14 bureaux couverts, seuls 12,6 % des répondants ayant accepté de répondre à la question sur le vote nous ont déclaré avoir voté pour la candidate du Front national. Alors que M. Le Pen avait obtenu dans les 14 bureaux analysés, 2 776 suffrages au second tour, seuls 379 répondants nous ont indiqué un tel vote : l’enquête ne parviendrait donc à « capter » que 13,6 % des électeur.rices de M. Le Pen (contre 32,5 % des électeur.rices d’E. Macron).

    Figure 3. Comparaison avec les résultats du premier tour.
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    La faible dicibilité des votes frontistes dans les enquêtes électorales persiste donc, contrairement à ce qui avait été trop hâtivement proclamé par les sondeurs et les tenants de la thèse de la « dédiabolisation ».
    À partir de 2016, les entreprises de sondage affirment être débarrassées de la nécessité d’avoir à évaluer la proportion de votes cachés. Cette disparition de l’impératif de redressement a trouvé à l’époque une explication omnibus dans la stratégie de dédiabolisation menée par M. Le Pen et Florian Philippot : les électrices et électeurs de M. Le Pen n’auraient plus aucune réticence à déclarer un vote somme toute normalisé sinon « normal ». En fait, cette soudaine fiabilité des déclarations brutes coïncide chronologiquement avec la généralisation d’un nouveau mode d’administration des enquêtes préélectorales – l’enquête en ligne (via internet) sur la base d’échantillons « spontanés » recrutés sur une base de volontariat. Malheureusement, l’opacité qui caractérise le nouveau monde des access panel ne permet pas de connaître exactement les motivations de panélistes à qui sont parfois promis des bons de réduction, ni les procédures par lesquels les échantillons sont, in fine, sélectionnés, procédures sur lesquels les responsables des instituts demeurent muets. Il est donc tout à fait concevable que la soudaine levée des censures conduisant à afficher une intention de vote autrefois honteuse soit moins généralisée qu’on ne le proclame et de manière artéfactuelle, qu’elle doive plus aux nouvelles techniques de collecte des opinions qu’au supposé processus de dédiabolisation des entreprises frontistes.

     

    S’agissant des réponses aux QSU, on peut localiser les sources de cette sous-évaluation pérenne du vote FN :

    • en amont, dans un refus plus prononcé des électeur.rices du FN de participer à l’enquête (biais d’auto-sélection) ;
    • en aval, dans la dissimulation, par celles et ceux qui ont accepté de participer à l’enquête, de leurs votes FN, la possibilité leur étant offerte de ne pas répondre à la question du vote un vote blanc ou nul (biais déclaratif).

    A priori, la seconde hypothèse l’emporterait puisque le total des votes Le Pen déclarés (12,6 %) et des « Non réponses » à la question sur le vote (10,5 %) est proche du pourcentage réel obtenu par la candidate du FN au second tour parmi les votants (28,2 %).
    La relation n’est pourtant pas si probante. Dans trois bureaux de vote (deux de l’Yonne et l’un de la Somme), il a été possible de reconstituer les réponses en fonction du type de passation du questionnaire : auto administré (ce qui garantissait un plus grand anonymat et permettait de dissimuler des votes supposés honteux), ou rempli par l’enquêteur, les deux options étant laissées au choix des répondants. Or, on n’observe aucune différence significative sur le vote Le Pen en fonction des deux modes d’interrogation. Il est donc plus probable, qu’une bonne partie des électeurs et électrices de M. Le Pen a tout simplement refusé de participer.
    Une hypothèse contextualiste séduisante consisterait à supposer que le taux (donc le degré de franchise ou d’assurance des répondant.es) varie en fonction directe de l’importance relative du vote Le Pen dans les sites. Un taux élevé de votes Le Pen, constaté de longue date, rendrait cette pratique électorale moins marginale donc plus dicible et réciproquement. Mais on n’observe en fait aucune relation probante : ce n’est pas dans les sites où l’implantation du vote frontiste est la plus assurée (dans le bureau du Var par exemple, où M. Le Pen obtient la majorité absolue des votants au 2d tour), que le taux de déclaration de ce type de vote est le plus élevé (13,3 %, soit légèrement moins que le taux de moyen de 13,6 %) ; inversement, le QSU réalisé dans l’ouest de Paris parvient à capter deux fois plus d’électeur.rices frontistes alors même que la candidate du FN ne rassemble que 11,3 % des votants, son second score le plus faible dans notre enquête.
    En fait, comme on l’a vu, c’est sous l’angle du capital scolaire accumulé que les taux de répondants au QSU différaient le plus des résidents des quartiers où étaient situés les bureaux de vote. Si les non ou peu diplômés (diplôme en deçà du Bac) avaient répondu et participé à l’enquête dans la même proportion que les plus diplômés, nous aurions dû en recenser 1 480 dans notre échantillon, contre 365 effectivement recueillis !
    Or c’est parmi ces électeurs peu ou pas diplômés, que le vote FN culmine, la relation entre le vote FN et le niveau de diplôme étant quasi linéaire et solidement vérifiée depuis plusieurs décennies. Le biais de dissimulation (que les sondeurs mettent volontiers en avant pour « excuser » leurs erreurs de prédiction électorale) est donc d’une ampleur beaucoup plus faible que le biais d’auto-sélection, lequel érode sérieusement la représentativité de toutes les enquêtes pré ou post-électorales.

    Notes de bas de page

    1 Pour une illustration, voir le bilan dressé par F. Gonthier, « Bilan raisonné de la sociologie électorale… », op. cit.

    2 C. Braconnier, Une autre sociologie du vote, op. cit.

    3 Angus Campbell, Philip Converse, Warren E. Miller et Donald E. Stocke, The American Voter, Chicago, University of Chicago Press/New York, Wiley, 1960.

    4 Pour la formulation de ce paradigme : Guy Michelat, Michel Simon, Classe, religion et comportement politique, Paris, Presses de Sciences Po, 1977 ; et pour un exemple séminal des enquêtes électorales et des publications sur les différents scrutins : Jacques Capdevielle et al., France de gauche. Vote à droite ?, Paris, Presses de Sciences Po, 1981.

    5 Pierre Bourdieu, La distinction, Paris, Minuit, 1979 ; Pierre Bourdieu, « Culture et politique », dans Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1984.

    6 Daniel Gaxie, Le cens caché. Inégalités culturelles et ségrégation politique, Paris, Seuil, 1978.

    7 Pour un état des travaux français de sociologie électorale à la fin des années 1980, voir Daniel Gaxie (dir.), Explication du vote. Un bilan des études électorales en France, Paris, Presses de Sciences Po, 1989.

    8 Paul Lazarsfeld et al., The People’s Choice…, op. cit.

    9 Cf. la synthèse (et l’évolution retracée au cours des six éditions de l’ouvrage) que propose Russell J. Dalton, Citizen Politics. Public Opinion and Political Parties in Advanced Industrial Democracies, Los Angeles, CQ Press-Sage, 2014 (6e édition), p. 157 et s. Cf. aussi : Terry Clark, Seymour M. Lipset, The Breakdown of Class Politics, Chicago, University of Chicago Press, 2001 ; Evans Geoffrey (dir.), The End of Class Voting? Class Voting in a Comparative Context, New York, Oxford University Press, 1999 ; Oddborn Knutsen, Class Voting in Western Europe. A Comparative Longitudinal Study, Lanham, Lexington Books, 2006.

    10 Nonna Mayer, « Que reste-t-il du vote de classe ? », dans P. Perrineau (dir.), La politique en France et en Europe, Paris, Presses de Sciences Po, 2007 ; Bruno Cautrès, Nonna Mayer, « Les métamorphoses du vote de classe », dans B. Cautrès, N. Mayer (dir.), Le Nouveau Désordre électoral. Les leçons du 21 avril 2002, Paris, Presses de Sciences Po, 2004 ; Florent Gougou, « Du vote de classe au vote des classes. Les usages du concept de vote de classe », dans O. Fillieule et al. (dir.), Sociologie plurielle des comportements politiques, op. cit.

    11 Le Front national a été renommé Rassemblement national (RN) en 2018. Comme cette enquête porte sur la période de 2017, on conservera dans l’ouvrage l’ancien nom du parti (FN).

    12 Bernard Pudal, Un monde défait, Bellecombe-en-Bauges, Le Croquant, 2009.

    13 Rémi Lefebvre, Frédéric Sawicki, La société des socialistes, Bellecombe-en-Bauges, Le Croquant, 2006.

    14 David Butler, Daniel Stokes, Electoral Change in Britain: The Evolution of Electoral Choice, New York, Saint Martin’s Press, 1969.

    15 A. Campbell et al., The American Voter, op. cit.

    16 Russell J. Dalton, The Apartisan American. Dealignment and the Transformation of Electoral Politics, Los Angeles, CQ Press-Sage, 2012 ; Russell J. Dalton, Martin Wattenberg (dir.), Parties without partisan, Oxford, Oxford university press, 2020 ; Ivor Crewe, David Denver (dir.), Electoral Change in Western Democracies, Londres, Croom Helm, 1985.

    17 Bruno Cautrès, Anne Muxel, Comment les électeurs font-ils leur choix ? Le Panel électoral français 2007, Paris, Presses de Sciences Po, 2009.

    18 François Héran, « Voter toujours, parfois… ou jamais », dans B. Cautrès, N. Mayer (dir.), Le nouveau désordre électoral, op. cit.

    19 Nonna Mayer, « Behaviorisme », dans P. Perrineau, D. Reynié (dir.), Dictionnaire du vote, Paris, Presses universitaires de France, 2001.

    20 Vladimir O. Key, The Responsible Electorate, Cambridge, Belknap Press, 1966.

    21 Samuel Popkin, The Reasoning Voter, Chicago, University of Chicago Press, 1991. Pour une discussion critique du modèle d’un « électeur raisonnant », cf. Vincent Tiberj, « Compétence et repérage politiques en France et aux États-Unis : une contribution au modèle de “l’électeur raisonnant” », Revue française de science politique, vol. 54, no 2, 2004.

    22 Paul Sniderman, « Les nouvelles perspectives de la recherche sur l’opinion publique », Politix, no 41, 1998.

    23 Paul M. Sniderman, Richard A. Brody, Philip E. Tetlock, Reasoning and Choice: Explorations in Political Psychology, New York, Cambridge university Press, 1991 ; Arthur Lupia, Mathew McCubbins, The democratic Dilemma: Can Citizens Learn What they Need to Know?, Cambridge, Cambridge university Press, 1998. Pour une critique sociologique de ces approches : Daniel Gaxie, « Cognitions, auto-habilitation et pouvoirs des “citoyens” », Revue française de science politique, vol. 57, no 6, 2007.

    24 Mark Franklin, Tom Mackie, Henry Valen (dir.), Electoral Change. Response to Evolving Social and Attitudinal Structures in Western Countries, Cambridge, Cambridge University Press, 1992.

    25 P. Lazarsfeld et al., The People’s Choice, op. cit.

    26 Robert Huckfeldt, « Political Participation and the Neighborhood Social Context », American Journal of Political Science, vol. 23, no 3, 1979.

    27 Au sens où « une dépendance excessive à l’égard des données individuelles a pour effet de substituer des erreurs individualistes aux erreurs écologiques » : Robert Huckfeldt, « Citizenship in Democratic Politics: Density Dependance and the Micro-Macro Divide », dans M. I. Lichbach, A. S. Zuckerman (dir.), Comparative Politics. Rationality, Culture, and Structure, Cambridge, Cambridge University Press, 2009, p. 298.

    28 Cf. notamment Robert Huckfeldt, John Sprague, Citizens, Politics, and Social Communication, Cambridge, Cambridge University Press, 1995.

    29 Robert Huckfeldt, « Interdependence, Density Dependence, and Networks in Politics », American Politics Research, vol. 37, no 5, 2009.

    30 Pour une critique en ce sens, voir Alan S. Zuckerman (dir.), The Social Logics of Politics. Personal Networks as Contexts for Political Behavior, Philadelphia, Temple University Press, 2005.

    31 Par exemple, Daniel Gaxie, « Appréhensions du politique et mobilisations des expériences sociales », Revue française de science politique, vol. 52, no 2-3, 2002 ; Céline Braconnier, « À plusieurs voix. Ce que les entretiens collectifs in situ peuvent apporter à la sociologie des votes », Revue française de sociologie, no 53, 2012.

    32 Ce dernier écrit : « In this book I use some basic principles of economics and psychology to reexamine most of our conventional wisdom about campaigns, and most of our academic ideas about them as well », S. Popkin, The Reasoning Voter, op. cit., p. 6.

    33 D. Gaxie, « Cognitions, auto-habilitations et pouvoirs des citoyens », op. cit.

    34 François Héran, Daniel Rouault, « La présidentielle à contre-jour : abstentionnistes et non-inscrits », INSEE Première, juil. 1995 ; Céline Braconnier, Baptiste Coulmont, Jean-Yves Dormagen, « Toujours pas de chrysanthèmes pour les variables lourdes de la participation électorale. Chute de la participation et augmentation des inégalités électorales au printemps 2017 », Revue française de science politique, vol. 67, no 6, 2017.

    35 Si la sociologie électorale américaine a de longue date établi que les électeurs ne s’intéressaient pas à l’ensemble des programmes, il demeure nécessaire de saisir comment et pourquoi certains enjeux sont plus saillants que d’autres pour les électeurs. Philip Converse (« The nature of Belief System in Mass Public », dans D. Apter [dir.], Ideology and Discontent, New York, Free Press, 1964) proposait ainsi dans les années 1960 de distinguer les enjeux qui pouvaient personnellement concerner les électeurs (parce qu’ils touchent à leur activité professionnelle, leurs intérêts économiques), mais aussi de prendre en compte comment l’identification à un groupe social abstrait guide la lecture de l’offre politique ou comment des systèmes de valeurs constituent aussi de puissants prismes au principe de la saillance différentielle des propositions de campagne. Cf. John. A. Krosnick, « Government Policy And Citizen Passion: A Study Of Issue Publics In Contemporary America », Political Behavior, vol. 12, no 1, 1990.

    36 Par exemple récemment Jean Rivière, L’illusion du vote bobo. Configurations électorales et structures sociales dans les grandes villes, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022 ; Collectif Focale, Votes populaires ! Les bases sociales de la polarisation électorale dans la présidentielle de 2017, Vulaines-sur-Seine, Le Croquant, 2022. Cette dernière enquête a pu affiner, dans deux communes populaires, le rôle des expériences du travail, de la précarité et des discriminations sur l’orientation électorale.

    37 Pour une analyse de cette segmentation, cf. la conclusion générale de l’ouvrage.

    38 Cf. Pierre Bourdieu, Esquisse d’une théorie de la pratique, Paris, Seuil, 2015 (1972), p. 261-262.

    39 C. Braconnier, B. Coulmont, J.-Y. Dormagen, « Toujours pas de chrysanthèmes pour les variables lourdes… », op. cit.

    40 Catherine Bidou-Zachariasen, « Les classes moyennes : définitions, travaux et controverses », Éducation et sociétés, vol. 14, no 2, 2004.

    41 Fiona Devine, Mike Savage, « Conclusion: Renewing Class Analysis », dans R. Crompton, F. Devine, M. Savage, J. Scott (dir.), Renewing Class Analysis, Oxford, Blackwell, 2000.

    42 Wendy Bottero, « Class Identities and the Identity of Class », Sociology, vol. 38, 2004.

    43 Martin Thibault, « Se voir “avec les yeux des autres”. Ou comment de jeunes ouvriers se sont laissés imposer des représentations dominantes d’eux-mêmes », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 216-217, no 1-2, 2017.

    44 Beverley Skeggs, Formations of Class and Gender, Londres, Sage, 1997, p. 165.

    45 Olivier Schwartz, Annie Collovald, « Hauts, bas, fragiles. Sociologies du populaire », Vacarmes, no 37, 2006.

    46 Wilfried Lignier, Julie Pagis, L’enfance de l’ordre. Comment les enfants perçoivent le monde social, Paris, Seuil, 2017.

    47 Luc Boltanski, Laurent Thévenot, « Comment s’orienter dans le monde social », Sociologie, vol. 6, no 1, 2015.

    48 Olivier Roueff, « Les homologies structurales : une magie sociale sans magiciens ? La place des intermédiaires dans la fabrique des valeurs », dans P. Coulangeon, J. Duval (dir.), Trente ans après La Distinction, de Pierre Bourdieu, Paris, La Découverte, 2013.

    49 Julien Audemard, « De quoi le contexte est-il le nom ? Critique de l’usage de la notion de contexte en sociologie électorale », Revue française de science politique, vol. 67, no 2, 2017.

    50 Voir par exemple Herman van der Wusten, Virginie Mamadouh, « “It is the Context, Stupid!” Or is It? British-American Contributions to Electoral Geography since the 1960s », L’espace Politique, vol. 23, no 2, 2014.

    51 Jean-Claude Passeron, Le raisonnement sociologique. Un espace non-poppérien de l’argumentation, Paris, Albin Michel, 2006, p. 20.

    52 Selon John Sprague, la « résonance sociale » résulte du « renforcement d’une propriété possédée par un individu lorsqu’il rencontre à plusieurs reprises la même propriété dans son environnement ». John Sprague, « Is There a Micro-Theory Consistent with Contextual Analysis? », dans E. Ostrom (dir.), The Nature of Political Inquiry, Beverley Hills, Sage, 1982, p. 101.

    53 R. Huckfeldt, J. Sprague, Citizens, Politics…, op. cit., p. 77-78.

    54 Voir William Miller, « Social Class and Party Choice in England: A New Analysis », British Journal of Political Science, vol. 8, 1978.

    55 Iain McAllister, Ron J. Johnston, Charles J. Pattie, Helena Tunstall, Danny F. Dorling, David Rossiter, « Class Dealignment and the Neighbourhood Effect: Miller Revisited », British Journal of Political Science, vol. 31, no 1, 2001.

    56 David R. Reynolds, « A “Friends-and-Neighbors” Voting Model as a Spatial Interactional Model for Electoral Geography », dans K. R. Cox, R. G. Golledge (dir.), Behavioral Problems in Geography, Evanston, Northwestern University, 1969.

    57 R. Huckfeldt, J. Sprague, Citizens, Politics…, op. cit., p. 291.

    58 « Le flux d’informations politiques entrantes, qui dépend de l’environnement, est une composante de l’expérience sociale de chaque citoyen », ibid., p. 20.

    59 Voir par exemple l’étude de M. Fitton sur trois rues de Manchester qui révèlent des degrés très variés de « convivialité ». Martin Fitton, « Neighbourhood and Voting. A Sociometric Examination », British Journal of Political Science, vol. 3, no 4, 1973.

    60 Brady Baybeck, Scott McClurg, « What Do They Know and How Do They Know It? An Examination of Citizen Awareness of Context », American Politics Research, vol. 33, no 4, 2005.

    61 R. Huckfeldt, J. Sprague, Citizens, Politics…, op. cit., 1995, p. 18 et s.

    62 Jason A. McDaniel, « The Politics that Places Make: Contextual Effects and the Future of Political Behavior Research », International Journal of Humanities and Social Science, vol. 4, no 5, 2014.

    63 Pascal Bressoux, Paul Coustère, Christine Leroy-Audouin, « Les modèles multiniveaux dans l’analyse écologique : le cas de la recherche en éducation », Revue française de sociologie, vol. 38, no 1, 1997.

    64 Camille Peugny, « La mobilité sociale descendante et ses conséquences politiques : recomposition de l’univers de valeurs et préférence partisane », Revue française de sociologie, vol. 47, no 3, 2006.

    65 Cf. Rebecca G. Adams, Graham Allan, « Contextualising Friendship », dans R. Adams, G. Allan (dir.), Placing Friendship in Context, Cambridge, Cambridge University Press, 1999.

    66 P. F. Lazarsfeld et al., The People’s Choice, op. cit.

    67 Cf. Thomas E. Patterson, The Mass Media Election: How Americans Choose Their President, New York, Praeger, 1980 et Marion R. Just et al., Crosstalk: Citizens, Candidates, and the Media in a Presidential Campaign, Chicago, University of Chicago Press, 1996 ; Éric Agrikoliansky, Julien Fretel, Brigitte Le Grignou, Sabine Rozier, Anne-France Taiclet, « “Je me sens devenir de droite”. Trajectoires sociales et itinéraires électoraux », dans SPEL (collectif), Les sens du vote, op. cit.

    68 Norbert Elias, Au-delà de Freud. Sociologie, psychologie, psychanalyse, Paris, La Découverte, 2010, p. 59.

    69 Ibid., p. 56-57.

    70 R. Huckfeldt, « Interdependence, Density Dependence… », op. cit.

    71 É. Agrikoliansky et al., « Les discussions font-elles les votes ? », op. cit.

    72 Nina Eliasoph, L’évitement du politique. Comment les Américains produisent l’apathie dans la vie quotidienne, Paris, Economica, 2010.

    73 Guy Michelat, Michel Simon, Les ouvriers et la politique. Permanences, ruptures et réalignements, Paris, Presses de Sciences Po, 2004.

    74 Voir l’observation multi-située des comportements de différents groupes sociaux face au débat électoral de 2017 : L. Barrault-Stella et al., « L’alignement des réceptions… », op. cit.

    75 On reconnaît les grands traits du programme sociologique que propose B. Lahire. Cf. L’Homme pluriel, op. cit.

    76 Cf. Max Weber, Économie et société. Tome 1 : Les catégories de la sociologie, Paris, Pocket, 2007 [1922] et Max Weber, Concepts fondamentaux de sociologie, Paris, Gallimard, 2016.

    77 Michel Lallement, « Max Weber (1864-1920). Une méthode compréhensive », dans N. Journet (dir.), Les grands penseurs des Sciences Humaines, Paris, Éditions Sciences Humaines, 2016.

    78 Ce projet était très présent dans le modèle des variables lourdes proposé par les chercheurs du CEVIPOF à la fin des années 1970, mais a été progressivement perdu de vue au profit d’une investigation centrée sur la mesure exclusivement quantitative du poids de ces variables lourdes. Cf. Guy Michelat, Michel Simon, « Religion, classe sociale, patrimoine et comportement électoral : l’importance de la dimension symbolique », dans D. Gaxie (dir.), L’Explication du vote, op. cit.

    79 A. Campbell et al., The American Voter, op. cit.

    80 Au sens de Gilles Laferté, « Des études rurales à l’analyse des espaces sociaux localisés », Sociologie, vol. 5, no 4, 2014.

    81 Jean-Claude Passeron, Jacques Revel, « Penser par cas. Raisonner à partir de singularités », dans J.-C. Passeron, J. Revel, Penser par cas, Paris, Éditions de l’EHESS, 2005. Le cas consiste à « traiter l’individu singulier ou le cas (ou le trait) unique comme un terrain sur lequel on s’attache à multiplier observations et mesures » (p. 31).

    82 On trouvera en annexe 2 à la fin de l’ouvrage le questionnaire tel qu’il a été administré.

    83 Que nous remercions vivement.

    84 Sur l’échelle des bureaux de vote et les modalités de passation de ce type de questionnaires, voir Julien Audemard, David Gouard (dir.), « Le bureau de vote en question(s) », Pôle Sud, no 44, 2016.

    85 Daniel Gaxie, « Au-delà des apparences… Sur quelques problèmes de mesures des opinions », Actes de la recherche en sciences sociales, no 81-82, 1990.

    86 SPEL (collectif), Les sens du vote, op. cit.

    87 A. Campbell et al., The American Voter, op. cit.

    88 Michel Offerlé, « Le vote comme évidence et comme énigme », Genèses, no 12, 1993.

    89 Même si nous ne nous inscrivons pas dans « l’approche non-directive », promue par G. Michelat et M. Simon, on peut néanmoins lire avec profit ce qu’ils écrivent de ses mérites exploratoires : G. Michelat, M. Simon, « L’entretien non directif : pourquoi ? comment ? », dans Les ouvriers et la politique, op. cit.

    90 Parmi les 79 qui n’ont été interrogés qu’une seule fois figurent 24 des 51 lycéens rencontrés par 3 enquêteurs dans le cadre d’une enquête dans des lycées et qui n’ont pas été recontactés faute de temps.

    91 49,3 % des interviewés (n = 113) se déclarent « très intéressés » par la politique.

    92 25 % des enquêtés ont moins de 22 ans, 50 % ont moins de 42 ans et 75 % moins de 61 ans.

    93 Muriel Darmon, « Le psychiatre, la sociologue et la boulangère : analyse d’un refus de terrain », Genèses, no 58, 2005 ; Gérard Mauger, « Enquêter en milieu populaire », Genèses, no 6, 1991.

    94 Établissant le bilan de soixante-trois campagnes de questionnaires passés sur trois sites différents de 2007 à 2015, C. Braconnier, J.-Y. Dormagen parviennent à un taux moyen de répondants de 35,7 % lors de la présidentielle de 2012 : Céline Braconnier, Jean Yves Dormagen, « Un cens caché dans la constitution des échantillons de répondants », dans L. Barrault Stella, B. Gaïti, P. Lehingue (dir.), La politique désenchantée ? Perspectives sociologiques autour des travaux de Daniel Gaxie, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019.

    95 Le taux de réussite des appels téléphoniques passés pour réaliser des sondages politiques n’est guère supérieur à 5 %, avec d’emblée près de 50 % d’appels infructueux (pas de réponse, ligne occupée, faux numéros…). Le taux d’acceptation de l’enquête pour les électeurs ayant décroché était dans l’enquête Cevipof de 2006 analysée par Jean Chiche autour de 13 % (Jean Chiche, « La qualité des enquêtes politiques. Bilan d’appel du Baromètre Politique français », Les Cahiers du CEVIPOF, no 47, 2011). Sur la question du « répondant fantôme », Patrick Lehingue, Subunda : Coups de sonde dans l’océan des sondages, Bellecombe-en-Bauges, Le Croquant, 2007, p. 91-114.

    96 Cette figure présente les taux de réponse des BV par commune (indiquée ici par le nom de leur département pour conserver l’anonymat de la ville). Nous avons regroupé les bureaux de chaque commune, sauf lorsque l’un présentait des singularités concernant le taux de réponse (un BV du Vaucluse ; un de Paris Nord).

    97 Dans l’un des bureaux urbains de la Somme (34 % de votants pour M. Le Pen au second tour), on a aussi pu relever que le taux de répondants était inférieur à la moyenne de la journée quand les étudiants participant à l’enquête étaient majoritairement d’origine maghrébine.

    98 Mais – restriction importante entachant la plus-value des QSU – les seuls votants à l’exclusion des abstentionnistes, des non-inscrits et plus marginalement de ceux qui ont donné une procuration.

    99 On compare ici la structure de notre échantillon avec les renseignements (malheureusement trop rares) que fournit le dépouillement des listes d’émargement dans les 15 bureaux considérés. Les différences entre échantillon et population de référence sont plus grandes pour ce qui concerne l’âge : si les 30-59 ans sont bien estimés, l’échantillon surreprésente de 5 points les jeunes électeurs (qui nous ont davantage répondu) et sous-représente de 7 points les électeurs de plus de 60 ans (26 % seulement des répondants ont 60 ans et plus contre 33 % des votants).

    100 Ce biais est toutefois ici surévalué. On sait en effet que les citoyens non ou peu diplômés sont surreprésentés parmi les non-inscrits et les non-votants.

    101 Autre indice d’un rapport plus investi à la politique ou à tout le moins au vote, on compte près de trois fois plus de votants (15 % contre 5 %) déclarant avoir une procuration dans la population des répondant.es au questionnaire que dans la population des votant.es du second tour telle qu’elle a pu être repérée par le dépouillement des listes d’émargement. Sur ce point lire, Baptiste Coulmont, Christophe Le Digol, Paul Lehner, Jean-Baptiste Paranthoën, Victor Violier, « La procuration, un vote de classe », Métropolitiques, no 16, mai 2019. URL : https://www.metropolitiques.eu/La-procuration-un-vote-de-classe.html.

    Auteurs

    • Catherine Achin

      Catherine Achin est professeure de science politique à l’Université Paris Dauphine-PSL, chercheuse à IRISSO (Institut de Recherche Interdisciplinaire en Sciences Sociales). Elle est spécialisée sur les questions de genre en politique. Ses domaines de recherche concernent notamment la sociologie des carrières politiques et l’histoire sociale des féminismes.

    • Éric Agrikoliansky

      Éric Agrikoliansky est professeur de science politique à l’Université Paris Dauphine-PSL et rattaché à l’IRISSO (UMR CNR-INRA 7170-1427). Ses recherches portent sur la sociologie de l’engagement, des mouvements sociaux et des comportements électoraux. Il a notamment codirigé Voter par temps de crise. Portraits d’électrices et d’électeurs, Presses universitaires de France, 2021 (avec P. Aldrin et S. Lévêque). Il a coordonné le projet ANR ALCoV dont est issu ce livre.

    • Philippe Aldrin

      Philippe Aldrin est professeur de science politique à Sciences Po Aix, chercheur au MESOPOLHIS (CNRS UMR 7064). Il s’intéresse aux transformations du lien démocratique (rapports au politique, moments électoraux, politiques de légitimation, démocratie participative). Il a récemment codirigé Voter par temps de crise. Portraits d’électrices et d’électeurs, Presses universitaires de France, 2021 (avec É. Agrikoliansky et S. Lévêque).

    • Lorenzo Barrault-Stella

      Lorenzo Barrault-Stella est chargé de recherche en sciences sociales du politique au CNRS (CRESPPA-CSU-Université Paris 8). Articulant sociologie de l’État et des comportements politiques, ses travaux portent sur la condition de gouverné et la sustentation de l’ordre politique dans les systèmes sociaux différenciés. Il a récemment publié avec C. Berjaud, A.-F. Taiclet (dir.), Les ancrages urbains du vote, Le Croquant, 2022 ; avec T. Douniès (dir.), « Citizenship as a tool of government in Europe », Politics & Policy, 49 (4), 2021 ; avec P. Lehingue (dir.) « Affinités électorales », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, no 232-233, 2020.

    • Kevin Geay

      Kevin Geay est maître de conférences en science politique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne/CESSP. Ses recherches portent sur l’analyse contextuelle des comportements politiques (ANR AlcoV) et des licenciements (ANR Jobsustain). Il a publié Enquête sur les bourgeois. Aux marges des beaux quartiers (Fayard, 2019).

    • Baptiste Coulmont (éd.)

      Baptiste Coulmont est sociologue, professeur à l’École normale supérieure Paris-Saclay et membre de l’Institut des sciences sociales du politique. Il est notamment l’auteur de « In absentia. Le vote par procuration, une participation électorale à distance ? », Revue française de science politique, 2020, vol. 70, no 3-4, p. 469-488, et de Sociologie des prénoms (La Découverte, 2022).

    • Patrick Lehingue (éd.)

      Patrick Lehingue est professeur émérite de science politique à l’Université de Picardie Jules Verne et chercheur au CURAPP-ESS. Il a récemment coordonné avec L. Barrault-Stella le no 232-233 de la revue Actes de la Recherche en sciences sociales consacré aux « Affinités électorales » (2020) ; rédigé avec S. Vignon un article sur « Les rapports problématiques aux indemnités des “petits” élus dans les mondes ruraux » (Revue française de science politique, 2021/1) ; et publié dans l’ouvrage collectif Apprendre la politique dirigé par C. Desrumaux et G. Mainsant (Presses universitaires du Septentrion, 2022) les contributions « Les logiques sociales des (non) positionnements politiques » et « La transmission intergénérationnelle des préférences politiques ».

    • Diane Delacourt (éd.)

      Diane Delacourt est ingénieure d’études en production, traitement et analyse de données et enquêtes au CURAPP-ESS.

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    Lorenzo Barrault-Stella et Clémentine Berjaud

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    9. Solliciter un arrangement auprès du politique. Ce que des demandes individuelles de passe-droit face à la carte scolaire révèlent des rapports au politique.

    Lorenzo Barrault-Stella

    Conclusion

    Le vote en contexte(s). Conditions, limites et apports d’une sociologie des contextes du vote

    Éric Agrikoliansky

    Chapitre 6. Trois bureaucraties pour une politique. Porte-parolat et mise en représentation de « l’Europe » dans ses années de fondation (1952-1967)

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    Chapitre 3. Des loyautés électorales à l’épreuve

    Les électeurs de droite entre identification, défection et… conversion

    Éric Agrikoliansky, Catherine Achin et Christèle Lagier

    Introduction

    Une sociologie du vote à hauteur d’électrices et d’électeurs

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    1. Logiques de l’oblique. Les rapports ordinaires au politique des « bourgeois » des beaux quartiers parisiens

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    1 Pour une illustration, voir le bilan dressé par F. Gonthier, « Bilan raisonné de la sociologie électorale… », op. cit.

    2 C. Braconnier, Une autre sociologie du vote, op. cit.

    3 Angus Campbell, Philip Converse, Warren E. Miller et Donald E. Stocke, The American Voter, Chicago, University of Chicago Press/New York, Wiley, 1960.

    4 Pour la formulation de ce paradigme : Guy Michelat, Michel Simon, Classe, religion et comportement politique, Paris, Presses de Sciences Po, 1977 ; et pour un exemple séminal des enquêtes électorales et des publications sur les différents scrutins : Jacques Capdevielle et al., France de gauche. Vote à droite ?, Paris, Presses de Sciences Po, 1981.

    5 Pierre Bourdieu, La distinction, Paris, Minuit, 1979 ; Pierre Bourdieu, « Culture et politique », dans Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1984.

    6 Daniel Gaxie, Le cens caché. Inégalités culturelles et ségrégation politique, Paris, Seuil, 1978.

    7 Pour un état des travaux français de sociologie électorale à la fin des années 1980, voir Daniel Gaxie (dir.), Explication du vote. Un bilan des études électorales en France, Paris, Presses de Sciences Po, 1989.

    8 Paul Lazarsfeld et al., The People’s Choice…, op. cit.

    9 Cf. la synthèse (et l’évolution retracée au cours des six éditions de l’ouvrage) que propose Russell J. Dalton, Citizen Politics. Public Opinion and Political Parties in Advanced Industrial Democracies, Los Angeles, CQ Press-Sage, 2014 (6e édition), p. 157 et s. Cf. aussi : Terry Clark, Seymour M. Lipset, The Breakdown of Class Politics, Chicago, University of Chicago Press, 2001 ; Evans Geoffrey (dir.), The End of Class Voting? Class Voting in a Comparative Context, New York, Oxford University Press, 1999 ; Oddborn Knutsen, Class Voting in Western Europe. A Comparative Longitudinal Study, Lanham, Lexington Books, 2006.

    10 Nonna Mayer, « Que reste-t-il du vote de classe ? », dans P. Perrineau (dir.), La politique en France et en Europe, Paris, Presses de Sciences Po, 2007 ; Bruno Cautrès, Nonna Mayer, « Les métamorphoses du vote de classe », dans B. Cautrès, N. Mayer (dir.), Le Nouveau Désordre électoral. Les leçons du 21 avril 2002, Paris, Presses de Sciences Po, 2004 ; Florent Gougou, « Du vote de classe au vote des classes. Les usages du concept de vote de classe », dans O. Fillieule et al. (dir.), Sociologie plurielle des comportements politiques, op. cit.

    11 Le Front national a été renommé Rassemblement national (RN) en 2018. Comme cette enquête porte sur la période de 2017, on conservera dans l’ouvrage l’ancien nom du parti (FN).

    12 Bernard Pudal, Un monde défait, Bellecombe-en-Bauges, Le Croquant, 2009.

    13 Rémi Lefebvre, Frédéric Sawicki, La société des socialistes, Bellecombe-en-Bauges, Le Croquant, 2006.

    14 David Butler, Daniel Stokes, Electoral Change in Britain: The Evolution of Electoral Choice, New York, Saint Martin’s Press, 1969.

    15 A. Campbell et al., The American Voter, op. cit.

    16 Russell J. Dalton, The Apartisan American. Dealignment and the Transformation of Electoral Politics, Los Angeles, CQ Press-Sage, 2012 ; Russell J. Dalton, Martin Wattenberg (dir.), Parties without partisan, Oxford, Oxford university press, 2020 ; Ivor Crewe, David Denver (dir.), Electoral Change in Western Democracies, Londres, Croom Helm, 1985.

    17 Bruno Cautrès, Anne Muxel, Comment les électeurs font-ils leur choix ? Le Panel électoral français 2007, Paris, Presses de Sciences Po, 2009.

    18 François Héran, « Voter toujours, parfois… ou jamais », dans B. Cautrès, N. Mayer (dir.), Le nouveau désordre électoral, op. cit.

    19 Nonna Mayer, « Behaviorisme », dans P. Perrineau, D. Reynié (dir.), Dictionnaire du vote, Paris, Presses universitaires de France, 2001.

    20 Vladimir O. Key, The Responsible Electorate, Cambridge, Belknap Press, 1966.

    21 Samuel Popkin, The Reasoning Voter, Chicago, University of Chicago Press, 1991. Pour une discussion critique du modèle d’un « électeur raisonnant », cf. Vincent Tiberj, « Compétence et repérage politiques en France et aux États-Unis : une contribution au modèle de “l’électeur raisonnant” », Revue française de science politique, vol. 54, no 2, 2004.

    22 Paul Sniderman, « Les nouvelles perspectives de la recherche sur l’opinion publique », Politix, no 41, 1998.

    23 Paul M. Sniderman, Richard A. Brody, Philip E. Tetlock, Reasoning and Choice: Explorations in Political Psychology, New York, Cambridge university Press, 1991 ; Arthur Lupia, Mathew McCubbins, The democratic Dilemma: Can Citizens Learn What they Need to Know?, Cambridge, Cambridge university Press, 1998. Pour une critique sociologique de ces approches : Daniel Gaxie, « Cognitions, auto-habilitation et pouvoirs des “citoyens” », Revue française de science politique, vol. 57, no 6, 2007.

    24 Mark Franklin, Tom Mackie, Henry Valen (dir.), Electoral Change. Response to Evolving Social and Attitudinal Structures in Western Countries, Cambridge, Cambridge University Press, 1992.

    25 P. Lazarsfeld et al., The People’s Choice, op. cit.

    26 Robert Huckfeldt, « Political Participation and the Neighborhood Social Context », American Journal of Political Science, vol. 23, no 3, 1979.

    27 Au sens où « une dépendance excessive à l’égard des données individuelles a pour effet de substituer des erreurs individualistes aux erreurs écologiques » : Robert Huckfeldt, « Citizenship in Democratic Politics: Density Dependance and the Micro-Macro Divide », dans M. I. Lichbach, A. S. Zuckerman (dir.), Comparative Politics. Rationality, Culture, and Structure, Cambridge, Cambridge University Press, 2009, p. 298.

    28 Cf. notamment Robert Huckfeldt, John Sprague, Citizens, Politics, and Social Communication, Cambridge, Cambridge University Press, 1995.

    29 Robert Huckfeldt, « Interdependence, Density Dependence, and Networks in Politics », American Politics Research, vol. 37, no 5, 2009.

    30 Pour une critique en ce sens, voir Alan S. Zuckerman (dir.), The Social Logics of Politics. Personal Networks as Contexts for Political Behavior, Philadelphia, Temple University Press, 2005.

    31 Par exemple, Daniel Gaxie, « Appréhensions du politique et mobilisations des expériences sociales », Revue française de science politique, vol. 52, no 2-3, 2002 ; Céline Braconnier, « À plusieurs voix. Ce que les entretiens collectifs in situ peuvent apporter à la sociologie des votes », Revue française de sociologie, no 53, 2012.

    32 Ce dernier écrit : « In this book I use some basic principles of economics and psychology to reexamine most of our conventional wisdom about campaigns, and most of our academic ideas about them as well », S. Popkin, The Reasoning Voter, op. cit., p. 6.

    33 D. Gaxie, « Cognitions, auto-habilitations et pouvoirs des citoyens », op. cit.

    34 François Héran, Daniel Rouault, « La présidentielle à contre-jour : abstentionnistes et non-inscrits », INSEE Première, juil. 1995 ; Céline Braconnier, Baptiste Coulmont, Jean-Yves Dormagen, « Toujours pas de chrysanthèmes pour les variables lourdes de la participation électorale. Chute de la participation et augmentation des inégalités électorales au printemps 2017 », Revue française de science politique, vol. 67, no 6, 2017.

    35 Si la sociologie électorale américaine a de longue date établi que les électeurs ne s’intéressaient pas à l’ensemble des programmes, il demeure nécessaire de saisir comment et pourquoi certains enjeux sont plus saillants que d’autres pour les électeurs. Philip Converse (« The nature of Belief System in Mass Public », dans D. Apter [dir.], Ideology and Discontent, New York, Free Press, 1964) proposait ainsi dans les années 1960 de distinguer les enjeux qui pouvaient personnellement concerner les électeurs (parce qu’ils touchent à leur activité professionnelle, leurs intérêts économiques), mais aussi de prendre en compte comment l’identification à un groupe social abstrait guide la lecture de l’offre politique ou comment des systèmes de valeurs constituent aussi de puissants prismes au principe de la saillance différentielle des propositions de campagne. Cf. John. A. Krosnick, « Government Policy And Citizen Passion: A Study Of Issue Publics In Contemporary America », Political Behavior, vol. 12, no 1, 1990.

    36 Par exemple récemment Jean Rivière, L’illusion du vote bobo. Configurations électorales et structures sociales dans les grandes villes, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022 ; Collectif Focale, Votes populaires ! Les bases sociales de la polarisation électorale dans la présidentielle de 2017, Vulaines-sur-Seine, Le Croquant, 2022. Cette dernière enquête a pu affiner, dans deux communes populaires, le rôle des expériences du travail, de la précarité et des discriminations sur l’orientation électorale.

    37 Pour une analyse de cette segmentation, cf. la conclusion générale de l’ouvrage.

    38 Cf. Pierre Bourdieu, Esquisse d’une théorie de la pratique, Paris, Seuil, 2015 (1972), p. 261-262.

    39 C. Braconnier, B. Coulmont, J.-Y. Dormagen, « Toujours pas de chrysanthèmes pour les variables lourdes… », op. cit.

    40 Catherine Bidou-Zachariasen, « Les classes moyennes : définitions, travaux et controverses », Éducation et sociétés, vol. 14, no 2, 2004.

    41 Fiona Devine, Mike Savage, « Conclusion: Renewing Class Analysis », dans R. Crompton, F. Devine, M. Savage, J. Scott (dir.), Renewing Class Analysis, Oxford, Blackwell, 2000.

    42 Wendy Bottero, « Class Identities and the Identity of Class », Sociology, vol. 38, 2004.

    43 Martin Thibault, « Se voir “avec les yeux des autres”. Ou comment de jeunes ouvriers se sont laissés imposer des représentations dominantes d’eux-mêmes », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 216-217, no 1-2, 2017.

    44 Beverley Skeggs, Formations of Class and Gender, Londres, Sage, 1997, p. 165.

    45 Olivier Schwartz, Annie Collovald, « Hauts, bas, fragiles. Sociologies du populaire », Vacarmes, no 37, 2006.

    46 Wilfried Lignier, Julie Pagis, L’enfance de l’ordre. Comment les enfants perçoivent le monde social, Paris, Seuil, 2017.

    47 Luc Boltanski, Laurent Thévenot, « Comment s’orienter dans le monde social », Sociologie, vol. 6, no 1, 2015.

    48 Olivier Roueff, « Les homologies structurales : une magie sociale sans magiciens ? La place des intermédiaires dans la fabrique des valeurs », dans P. Coulangeon, J. Duval (dir.), Trente ans après La Distinction, de Pierre Bourdieu, Paris, La Découverte, 2013.

    49 Julien Audemard, « De quoi le contexte est-il le nom ? Critique de l’usage de la notion de contexte en sociologie électorale », Revue française de science politique, vol. 67, no 2, 2017.

    50 Voir par exemple Herman van der Wusten, Virginie Mamadouh, « “It is the Context, Stupid!” Or is It? British-American Contributions to Electoral Geography since the 1960s », L’espace Politique, vol. 23, no 2, 2014.

    51 Jean-Claude Passeron, Le raisonnement sociologique. Un espace non-poppérien de l’argumentation, Paris, Albin Michel, 2006, p. 20.

    52 Selon John Sprague, la « résonance sociale » résulte du « renforcement d’une propriété possédée par un individu lorsqu’il rencontre à plusieurs reprises la même propriété dans son environnement ». John Sprague, « Is There a Micro-Theory Consistent with Contextual Analysis? », dans E. Ostrom (dir.), The Nature of Political Inquiry, Beverley Hills, Sage, 1982, p. 101.

    53 R. Huckfeldt, J. Sprague, Citizens, Politics…, op. cit., p. 77-78.

    54 Voir William Miller, « Social Class and Party Choice in England: A New Analysis », British Journal of Political Science, vol. 8, 1978.

    55 Iain McAllister, Ron J. Johnston, Charles J. Pattie, Helena Tunstall, Danny F. Dorling, David Rossiter, « Class Dealignment and the Neighbourhood Effect: Miller Revisited », British Journal of Political Science, vol. 31, no 1, 2001.

    56 David R. Reynolds, « A “Friends-and-Neighbors” Voting Model as a Spatial Interactional Model for Electoral Geography », dans K. R. Cox, R. G. Golledge (dir.), Behavioral Problems in Geography, Evanston, Northwestern University, 1969.

    57 R. Huckfeldt, J. Sprague, Citizens, Politics…, op. cit., p. 291.

    58 « Le flux d’informations politiques entrantes, qui dépend de l’environnement, est une composante de l’expérience sociale de chaque citoyen », ibid., p. 20.

    59 Voir par exemple l’étude de M. Fitton sur trois rues de Manchester qui révèlent des degrés très variés de « convivialité ». Martin Fitton, « Neighbourhood and Voting. A Sociometric Examination », British Journal of Political Science, vol. 3, no 4, 1973.

    60 Brady Baybeck, Scott McClurg, « What Do They Know and How Do They Know It? An Examination of Citizen Awareness of Context », American Politics Research, vol. 33, no 4, 2005.

    61 R. Huckfeldt, J. Sprague, Citizens, Politics…, op. cit., 1995, p. 18 et s.

    62 Jason A. McDaniel, « The Politics that Places Make: Contextual Effects and the Future of Political Behavior Research », International Journal of Humanities and Social Science, vol. 4, no 5, 2014.

    63 Pascal Bressoux, Paul Coustère, Christine Leroy-Audouin, « Les modèles multiniveaux dans l’analyse écologique : le cas de la recherche en éducation », Revue française de sociologie, vol. 38, no 1, 1997.

    64 Camille Peugny, « La mobilité sociale descendante et ses conséquences politiques : recomposition de l’univers de valeurs et préférence partisane », Revue française de sociologie, vol. 47, no 3, 2006.

    65 Cf. Rebecca G. Adams, Graham Allan, « Contextualising Friendship », dans R. Adams, G. Allan (dir.), Placing Friendship in Context, Cambridge, Cambridge University Press, 1999.

    66 P. F. Lazarsfeld et al., The People’s Choice, op. cit.

    67 Cf. Thomas E. Patterson, The Mass Media Election: How Americans Choose Their President, New York, Praeger, 1980 et Marion R. Just et al., Crosstalk: Citizens, Candidates, and the Media in a Presidential Campaign, Chicago, University of Chicago Press, 1996 ; Éric Agrikoliansky, Julien Fretel, Brigitte Le Grignou, Sabine Rozier, Anne-France Taiclet, « “Je me sens devenir de droite”. Trajectoires sociales et itinéraires électoraux », dans SPEL (collectif), Les sens du vote, op. cit.

    68 Norbert Elias, Au-delà de Freud. Sociologie, psychologie, psychanalyse, Paris, La Découverte, 2010, p. 59.

    69 Ibid., p. 56-57.

    70 R. Huckfeldt, « Interdependence, Density Dependence… », op. cit.

    71 É. Agrikoliansky et al., « Les discussions font-elles les votes ? », op. cit.

    72 Nina Eliasoph, L’évitement du politique. Comment les Américains produisent l’apathie dans la vie quotidienne, Paris, Economica, 2010.

    73 Guy Michelat, Michel Simon, Les ouvriers et la politique. Permanences, ruptures et réalignements, Paris, Presses de Sciences Po, 2004.

    74 Voir l’observation multi-située des comportements de différents groupes sociaux face au débat électoral de 2017 : L. Barrault-Stella et al., « L’alignement des réceptions… », op. cit.

    75 On reconnaît les grands traits du programme sociologique que propose B. Lahire. Cf. L’Homme pluriel, op. cit.

    76 Cf. Max Weber, Économie et société. Tome 1 : Les catégories de la sociologie, Paris, Pocket, 2007 [1922] et Max Weber, Concepts fondamentaux de sociologie, Paris, Gallimard, 2016.

    77 Michel Lallement, « Max Weber (1864-1920). Une méthode compréhensive », dans N. Journet (dir.), Les grands penseurs des Sciences Humaines, Paris, Éditions Sciences Humaines, 2016.

    78 Ce projet était très présent dans le modèle des variables lourdes proposé par les chercheurs du CEVIPOF à la fin des années 1970, mais a été progressivement perdu de vue au profit d’une investigation centrée sur la mesure exclusivement quantitative du poids de ces variables lourdes. Cf. Guy Michelat, Michel Simon, « Religion, classe sociale, patrimoine et comportement électoral : l’importance de la dimension symbolique », dans D. Gaxie (dir.), L’Explication du vote, op. cit.

    79 A. Campbell et al., The American Voter, op. cit.

    80 Au sens de Gilles Laferté, « Des études rurales à l’analyse des espaces sociaux localisés », Sociologie, vol. 5, no 4, 2014.

    81 Jean-Claude Passeron, Jacques Revel, « Penser par cas. Raisonner à partir de singularités », dans J.-C. Passeron, J. Revel, Penser par cas, Paris, Éditions de l’EHESS, 2005. Le cas consiste à « traiter l’individu singulier ou le cas (ou le trait) unique comme un terrain sur lequel on s’attache à multiplier observations et mesures » (p. 31).

    82 On trouvera en annexe 2 à la fin de l’ouvrage le questionnaire tel qu’il a été administré.

    83 Que nous remercions vivement.

    84 Sur l’échelle des bureaux de vote et les modalités de passation de ce type de questionnaires, voir Julien Audemard, David Gouard (dir.), « Le bureau de vote en question(s) », Pôle Sud, no 44, 2016.

    85 Daniel Gaxie, « Au-delà des apparences… Sur quelques problèmes de mesures des opinions », Actes de la recherche en sciences sociales, no 81-82, 1990.

    86 SPEL (collectif), Les sens du vote, op. cit.

    87 A. Campbell et al., The American Voter, op. cit.

    88 Michel Offerlé, « Le vote comme évidence et comme énigme », Genèses, no 12, 1993.

    89 Même si nous ne nous inscrivons pas dans « l’approche non-directive », promue par G. Michelat et M. Simon, on peut néanmoins lire avec profit ce qu’ils écrivent de ses mérites exploratoires : G. Michelat, M. Simon, « L’entretien non directif : pourquoi ? comment ? », dans Les ouvriers et la politique, op. cit.

    90 Parmi les 79 qui n’ont été interrogés qu’une seule fois figurent 24 des 51 lycéens rencontrés par 3 enquêteurs dans le cadre d’une enquête dans des lycées et qui n’ont pas été recontactés faute de temps.

    91 49,3 % des interviewés (n = 113) se déclarent « très intéressés » par la politique.

    92 25 % des enquêtés ont moins de 22 ans, 50 % ont moins de 42 ans et 75 % moins de 61 ans.

    93 Muriel Darmon, « Le psychiatre, la sociologue et la boulangère : analyse d’un refus de terrain », Genèses, no 58, 2005 ; Gérard Mauger, « Enquêter en milieu populaire », Genèses, no 6, 1991.

    94 Établissant le bilan de soixante-trois campagnes de questionnaires passés sur trois sites différents de 2007 à 2015, C. Braconnier, J.-Y. Dormagen parviennent à un taux moyen de répondants de 35,7 % lors de la présidentielle de 2012 : Céline Braconnier, Jean Yves Dormagen, « Un cens caché dans la constitution des échantillons de répondants », dans L. Barrault Stella, B. Gaïti, P. Lehingue (dir.), La politique désenchantée ? Perspectives sociologiques autour des travaux de Daniel Gaxie, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019.

    95 Le taux de réussite des appels téléphoniques passés pour réaliser des sondages politiques n’est guère supérieur à 5 %, avec d’emblée près de 50 % d’appels infructueux (pas de réponse, ligne occupée, faux numéros…). Le taux d’acceptation de l’enquête pour les électeurs ayant décroché était dans l’enquête Cevipof de 2006 analysée par Jean Chiche autour de 13 % (Jean Chiche, « La qualité des enquêtes politiques. Bilan d’appel du Baromètre Politique français », Les Cahiers du CEVIPOF, no 47, 2011). Sur la question du « répondant fantôme », Patrick Lehingue, Subunda : Coups de sonde dans l’océan des sondages, Bellecombe-en-Bauges, Le Croquant, 2007, p. 91-114.

    96 Cette figure présente les taux de réponse des BV par commune (indiquée ici par le nom de leur département pour conserver l’anonymat de la ville). Nous avons regroupé les bureaux de chaque commune, sauf lorsque l’un présentait des singularités concernant le taux de réponse (un BV du Vaucluse ; un de Paris Nord).

    97 Dans l’un des bureaux urbains de la Somme (34 % de votants pour M. Le Pen au second tour), on a aussi pu relever que le taux de répondants était inférieur à la moyenne de la journée quand les étudiants participant à l’enquête étaient majoritairement d’origine maghrébine.

    98 Mais – restriction importante entachant la plus-value des QSU – les seuls votants à l’exclusion des abstentionnistes, des non-inscrits et plus marginalement de ceux qui ont donné une procuration.

    99 On compare ici la structure de notre échantillon avec les renseignements (malheureusement trop rares) que fournit le dépouillement des listes d’émargement dans les 15 bureaux considérés. Les différences entre échantillon et population de référence sont plus grandes pour ce qui concerne l’âge : si les 30-59 ans sont bien estimés, l’échantillon surreprésente de 5 points les jeunes électeurs (qui nous ont davantage répondu) et sous-représente de 7 points les électeurs de plus de 60 ans (26 % seulement des répondants ont 60 ans et plus contre 33 % des votants).

    100 Ce biais est toutefois ici surévalué. On sait en effet que les citoyens non ou peu diplômés sont surreprésentés parmi les non-inscrits et les non-votants.

    101 Autre indice d’un rapport plus investi à la politique ou à tout le moins au vote, on compte près de trois fois plus de votants (15 % contre 5 %) déclarant avoir une procuration dans la population des répondant.es au questionnaire que dans la population des votant.es du second tour telle qu’elle a pu être repérée par le dépouillement des listes d’émargement. Sur ce point lire, Baptiste Coulmont, Christophe Le Digol, Paul Lehner, Jean-Baptiste Paranthoën, Victor Violier, « La procuration, un vote de classe », Métropolitiques, no 16, mai 2019. URL : https://www.metropolitiques.eu/La-procuration-un-vote-de-classe.html.

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    Achin, C., Agrikoliansky, Éric, Aldrin, P., Barrault-Stella, L., & Geay, K. (2023). Chapitre 1. Contextualiser les dispositions électorales : enjeux théoriques et questions méthodologiques. In B. Coulmont, P. Lehingue, D. Delacourt, Éric Agrikoliansky, C. Achin, P. Aldrin, … K. Geay (éds.), Ordre social, désordre électoral. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.148597
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    Agrikoliansky, Éric, Catherine Achin, Philippe Aldrin, Lorenzo Barrault-Stella, et Kevin Geay, éd. Ordre social, désordre électoral. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2023. doi:10.4000/books.septentrion.148552.
    Agrikoliansky, Éric, et al., éditeurs. Ordre social, désordre électoral. Presses universitaires du Septentrion, 2023, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.148552.
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