Les palinodies révolutionnaires de Pierre-Joseph Proudhon (1847-1849)
p. 301-318
Texte intégral
1Publiées en octobre 1849, et rédigées en prison dans les quelques mois qui précèdent, entre la suppression de son journal, Le Peuple, et le lancement d’un nouveau périodique, La Voix du Peuple, les Confessions d’un révolutionnaire de Pierre-Joseph Proudhon retracent les événements majeurs qui ont eu lieu en France de la révolution de février 1848 jusqu’à la manifestation du 13 juin et les élections du 8 juillet 1849, puis sa participation à ces événements, lorsque participation il y eut. Concluant dans les derniers paragraphes des Confessions à propos de son expérience politique d’iconoclaste, Proudhon – qui écrit de Sainte-Pélagie – fait un éloge de l’ironie, dans lequel il insiste sur le fait que c’est bien ce sentiment qui « n’existe et ne se manifeste que par le dédain incessant de ses propres œuvres », qui l’a délivré « de l’ambition du pouvoir, de la servitude des partis, du respect de la routine, du pédantisme de la science, de l’admiration des grands personnages, des mystifications de la politique, du fanatisme des réformateurs, de la superstition de ce grand univers, et de l’adoration de moi-même1 ». Grâce au « regard d’une raison indépendante et moqueuse2 », venant beaucoup plus de Voltaire que de Robespierre, Proudhon a pu maintenir une certaine autonomie pendant les tumultes des mêlées révolutionnaires, gardant une indépendance d’esprit et de doctrine qui le distingue de ses contemporains.
2Grâce à une étude philologique assez exhaustive des manuscrits de Proudhon, on peut dire qu’il existe d’autres ironies dans les actions de Proudhon entre 1848 et 1849 en tant qu’écrivain, dont il ne fait pas mention dans les Confessions3. Bornons-nous ici à quelques cas textuels des publications de Proudhon pendant cette même période. Car, en réalité, beaucoup des écrits révolutionnaires de Proudhon en 1848-1849 avaient été rédigés avant la révolution de février, dans le contexte politique et social radicalement différent d’une monarchie constitutionnelle. Ainsi, par exemple, le contenu de la deuxième livraison de Solution du problème social, datée du 22 mars 18484, a été repris d’un important manuscrit rédigé entre le printemps 1847 et le début 1848, que Proudhon considérait comme son « manifeste5 ». De même, son « Toast à la Révolution », prononcé le 17 octobre 1848 au « Banquet de la République » à la barrière du faubourg Poissonnière, est pour l’essentiel repris du même manuscrit6. Enfin, le cinquième chapitre de ses Confessions, portant sur la « corruption gouvernementale » de Louis-Philippe, est adapté du même manuscrit-manifeste prérévolutionnaire7.
Premier cas : la critique de la « démocratie »
3Dans le premier des trois cas, celui de la deuxième livraison de Solution, il s’agit de l’adaptation d’une critique de la démocratie et du suffrage universel dirigée, au départ, lorsqu’elle a été écrite fin 1847-début 1848, contre la campagne des banquets et l’ensemble des partisans de la réforme électorale. Cette critique a été rédigée par Proudhon lorsqu’il avait l’intention étonnante de se rallier au ministère Guizot. Mais lorsqu’elle sera reprise en mars 1848, les traits pro-monarchiques (et par extension, antirépublicains) disparaissent derrière une critique républicaine du gouvernement provisoire. Si l’avènement du régime républicain, malgré ses critiques du gouvernement provisoire, est traité comme un fait accompli dans le sillage des événements de février, la deuxième livraison de sa Solution du problème social, datée du 26 mars et intitulée « La Démocratie », reprendra en gros, parfois mot-à-mot, les arguments du début de la première version de la Solution, très antirépublicaine dans son inspiration, écrite probablement dans les dernières semaines de 1847. On retrouve ainsi « la démocratie » définie successivement comme « une aristocratie déguisée », « exclusive et doctrinaire », comme « l’ostracisme », « une forme de l’absolutisme », « matérialiste et athée », « rétrograde et contradictoire », « impuissante à résoudre la question sociale » et « plus chère que la monarchie ». Mais ces charges anti-démocratiques (on retrouve encore, comme dans son manuscrit-manifeste, l’expression « la tyrannie des majorités »8), avant la révolution, dirigées contre les partisans de la réforme électorale responsables de la campagne des banquets, n’étaient point indicatives, comme en 1847, d’une préférence, pour la monarchie orléaniste, à tout changement de régime. Dans la deuxième livraison de la Solution, la « démocratie » est traitée désormais comme son corollaire, face à sa nouvelle antithèse, la « République », conçue comme « anarchie positive9 » à laquelle il fallait se rallier.
4À part quelques remarques, en conclusion de cette deuxième livraison, sur le coût des dépenses associées aux régimes démocratiques (jugés plus chers que les monarchies), on ne trouve ni conseils, ni propositions de solutions pour résoudre la situation critique de la France post-orléaniste. Les membres du gouvernement – et Proudhon cible visiblement Louis Blanc et ses alliés – ont une mauvaise conception du rôle que l’État doit jouer dans la sphère économique du pays à cause des préjugés démocratiques dont ils souffrent :
« [L]a démocratie est l’idée de l’État étendue à l’infini ; c’est la réunion de toutes les exploitations agricoles en une seule exploitation agricole ; de toutes les entreprises industrielles en une seule entreprise industrielle ; de toutes les maisons de commerce en une seule maison de commerce ; de toutes les commandites en une seule commandite. C’est par conséquent, non la décroissance à l’infini des frais généraux, comme cela doit être sous la République ; mais l’augmentation à l’infini des frais généraux10… »
5Au contraire de cette vision de l’ingérence gouvernementale, Proudhon cherche à redéfinir l’État comme le lien qui réunit les différentes fonctions publiques et par ce lien, exprime en tant que faisceau la souveraineté nationale. Ses différents ministères (Justice, Marine, Instruction publique, Travaux publics, etc.) doivent remplir des fonctions corporatives spécialisées, agissant sous la surveillance de l’État, mais point identiques à l’État11. Mais Proudhon ne va pas plus loin, ne retraçant pas sa vision d’une constitution corporatiste pour la France, qu’il avait esquissée à plusieurs reprises dans ses différents manuscrits écrits de 1847 à la révolution de février 1848, ni les diverses solutions concrètes ébauchées début mars.
Deuxième cas : les progrès historiques de la Justice en marche
6Dans le deuxième cas, Proudhon reprend une philosophie de l’histoire de la longue marche de la notion d’égalité qu’il a tracée pour la première fois au printemps 1847 dans un manuscrit vantant les bienfaits, pour la conscience humaine, de l’avènement de la nouvelle science de l’économie politique, qui clôt les différentes étapes du progrès de l’humanité. Il a repris ce schéma transhistorique dans une deuxième version du manuscrit, rédigée à la fin de la même année, mais cette fois autant pour dénoncer la campagne des banquets et le mouvement pour la réforme électorale que pour saluer la panacée rationnelle de l’économie politique. Mais alors que Proudhon a joué quasi non-existant dans la révolution de février et dans les journées de juin, il est devenu célèbre après le discours qu’il a prononcé à l’Assemblée nationale le 31 juillet et la campagne de diabolisation qui l’a suivi. Lorsque Proudhon reprend sa théorie des étapes successives de l’égalité pour un toast prononcé à un banquet socialiste-républicain le 17 octobre, son discours s’inscrit dans un contexte politique très différent : celui d’une tentative de fédérer politiquement toutes les forces de la gauche socialiste, qui battaient en retraite depuis la réaction massive qui a suivi les journées de juin. La mission providentielle de la science économique, décrite dans un manuscrit dirigé contre les partisans de la réforme électorale, adversaires de la monarchie, s’efface alors derrière un panégyrique du triomphe inéluctable des idées socialistes dans un banquet politique résolument républicain. Dans son toast pour ce banquet organisé pour déterminer quelle position l’extrême gauche socialiste devait adopter et quel candidat il fallait soutenir à l’élection présidentielle du 12 décembre, Proudhon s’efforce d’une manière un peu lyrique de montrer comment les « démocrates socialistes » (le substantif, un anathème pour lui jusqu’à la veille de la révolution de février, montre jusqu’à quel point il a évolué), à la différence des simples partisans de la « République démocratique », sont du côté de la « vraie pratique révolutionnaire12 ».
7Si, comme dans les manuscrits antérieurs à la Deuxième République, les révolutions sont décrites comme les « manifestations successives de la JUSTICE dans l’humanité13 », on découvre un ton volontairement rassurant, digne du grand critique raté de la campagne des banquets et de l’expansion du suffrage. Car « toute révolution a son point de départ dans une révolution antérieure », car « [q]ui dit donc révolution dit nécessairement progrès, dit par là même conservation », de même que les « hommes de progrès » sont aussi des « hommes de conservation14 ». Proudhon insiste à cet égard sur la continuité dans le changement : les révolutions étant en permanence dans l’histoire, au lieu de parler de plusieurs révolutions, on peut parler d’une « seule et même et perpétuelle révolution15 ». Cependant, cette unique révolution peut être décomposée par sa manifestation historique en quatre étapes différentes, déjà énumérées dans les manuscrits antérieurs à février 1848 : une première, toute religieuse, passant par le principe de l’égalité de tous les hommes devant Dieu et le dogme de l’unité de Dieu (donc le triomphe de l’Évangile sur les forces du polythéisme et de l’esclavage) ; une deuxième, toute philosophique, passant par le principe de l’égalité de tous devant la raison et le dogme de la liberté de la raison (signalant la fin de la soumission de la raison à la foi) ; une troisième, toute politique, passant par le principe de l’égalité devant la loi et le dogme de la souveraineté du peuple (enterrant la féodalité oppressive qui soumettait toutes les classes de la société à un ordre hiérarchique) ; et une quatrième, toute économique, qui reste toujours à faire, qui passera par le principe de l’égalité devant la fortune et dont le ralliement se fera autour du droit au travail et de l’association. Mais, et c’est une nouveauté par rapport aux pronostications antérieures, on découvre que cette dernière étape se passera sous un régime républicain. Suite aux journées de juin, Proudhon affirme que la révolution de 1848 est devenue « plus féconde par le sang de ses martyrs », et que l’on peut proclamer : « Sang de républicains, semence de républicains ». « Séparer la République du socialisme, poursuit-il, c’est vouloir accorder la liberté de l’esprit avec l’esclavage des sens, l’exercice des droits politiques avec la privation des droits civils : c’est contradictoire, c’est absurde16. »
8Cependant, si le socialisme est classé par Proudhon comme étant indubitablement républicain, et par ailleurs démocratique, il subsiste une certaine ambiguïté lorsque Proudhon insiste sur la manière dont son auditoire doit tenter d’accomplir la dernière révolution à faire pour clore l’histoire de l’humanité. Selon lui, pour la réaliser, il faut savoir faire de « la PRATIQUE révolutionnaire », qui ne procède ni par décrets gouvernementaux ni par transitions imprescriptibles, mais « par simplifications et enjambements », donc par la force tendancielle des choses17. Bref, c’est la même idée contenue dans la philosophie du progrès de l’être collectif, « le Peuple », que Proudhon essayait de développer dans ses divers manuscrits rédigés juste avant la déclaration de la Deuxième République. Pourtant, on a du mal à voir en quoi consistait l’importance de l’avènement du régime républicain pour le déferlement de la logique téléologique de cette « pratique ». D’ailleurs, Proudhon admet lui-même dans sa péroraison qu’une telle « pratique » n’est pas trop politique, constat qui sans doute a dû surprendre en partie son auditoire – même si les invités ont compris que l’orateur essayait de faire passer ses idées sur la création d’une Banque du Peuple comme étant plus importantes que les divers candidats qui se déclareront pour la Présidence :
« Le gouvernement suffira, je l’espère, avec l’Assemblée nationale, à maintenir la forme républicaine : telle est du moins ma conviction. De ce côté, vous n’avez rien à redouter, rien à craindre. Mais le pouvoir révolutionnaire, le pouvoir de conservation et de progrès, n’est plus aujourd’hui dans le gouvernement ; il n’est pas dans l’Assemblée nationale : il est en nous. Le pouvoir seul, opérant sur lui-même sans intermédiaire, peut achever la Révolution économique fondée en février. Le peuple seul peut sauver la civilisation et faire avancer l’humanité18 ! »
9Néanmoins, malgré ces raisonnements d’apparence post-politique, si l’on se base sur les écrits journalistiques et les lettres de Proudhon, sans étudier ses manuscrits, on ne peut comprendre à quel point une bonne partie de ces idées ont été formulées à un moment où Proudhon, avant d’être député, s’apprêtait à se rallier – à sa manière – au ministère Guizot dans l’année précédant l’écroulement de la monarchie orléaniste ; durant cette période, il alla jusqu’à souhaiter, pour freiner l’extension du suffrage, l’absorption du pouvoir législatif par le pouvoir exécutif. Suite à la Révolution de février cette fois, son évaluation du suffrage universel, comme celle du caractère du peuple français, changent dans ses écrits parce que leur auteur cherche à adapter sa philosophie téléologique de l’histoire de l’humanité à l’avenir tendanciel de l’actualité française. Désormais, on voit paraître à travers son histoire une nation qui, loin d’être encline à l’absolutisme monarchique (comme Proudhon le croyait à la veille de la révolution de février), aspire désespérément par ses instincts spontanés à se passer d’un roi. Si la France se retrouve toujours ramenée par les déceptions de l’expérience pratique de son histoire politique à l’autorité despotique d’un seul, c’est un fait qui rend encore plus dramatique et difficile l’option du gouvernement à choisir, « tous les termes mitoyens » se révélant désormais « impossibles ». C’est une conclusion bien différente du manuscrit de la fin 1847-début 1848, dans lequel il n’y avait que des gouvernements mitoyens possibles (l’avenir constitutionnel de toutes les formes politiques), cette tendance vers le « juste-milieu » montrant le dépassement inéluctable du politique. Depuis la chute de Louis-Philippe, le choix à faire par les Français est devenu plus net pour Proudhon, car « entre le bon plaisir monarchique et l’anarchie universelle, deux extrêmes également inadmissibles, il n’y a pas de position tenable : ceux qui l’ont cru ont été frappés du sobriquet de doctrinaires ; ils ont perdu une fois déjà la République, et trois ou quatre fois la Monarchie19 ».
Troisième cas : l’éloge de la corruption orléaniste
10Dans le troisième cas, il s’agit d’un éloge ironique de la corruption du régime de Louis-Philippe réfutant les partisans de la réforme de la monarchie, écrit, comme le texte précédent, au printemps 1847, et repris un an et demi plus tard, à l’automne 1849, pour expliquer dans ses Confessions pourquoi la monarchie s’est écroulée. Le choix entre monarchie rétrograde et république progressiste étant désormais posé par la réussite de la Révolution de février, les partisans du juste-milieu sont condamnés providentiellement par l’histoire (on est loin des manuscrits antérieurs à la république, où la mixité des modes constitutionnels est annonciatrice de l’avenir post-politique de la société), de même que sont voués à l’échec tous les gouvernements, chaque fois qu’ils essaient d’extérioriser leur pouvoir en dehors de la société – ce qui a été le cas pour Louis-Philippe, le gouvernement provisoire, le général Cavaignac, et ce qui sera aussi le cas, s’il n’y prend garde, du prince président Louis Napoléon Bonaparte. C’est bien cela la thèse des Confessions d’un révolutionnaire de Proudhon, achevée en octobre 1849, présente aussi dans de nombreux articles de l’époque20. Alors que Proudhon admet que « le système social » ne se révélera dans toute sa vérité qu’à « la fin du temps21 », il affirme que la marche providentielle de l’histoire, montrée par les événements en France entre 1789 et juillet 1849, indique que les partis politiques, comme l’autorité incarnée dans toutes ses formes institutionnelles, sont voués à s’effacer devant la liberté de plus en plus absolue de l’homme et du citoyen. Et il n’hésite pas à remanier sa conception des fins de la « révolution », pour qu’elle soit encore plus antipolitique qu’économique. La « révolution sociale », avant le but de la « pratique révolutionnaire », est désormais le moyen, et la « révolution politique », comprise comme « l’abolition de l’autorité parmi les hommes », est le but22. Si les gouvernements sont « les fléaux de Dieu », incapables par eux-mêmes de créer la liberté et de mener à terme des révolutions, « le meilleur des gouvernements est celui qui parvient le mieux à se rendre inutile23 ». C’est un jugement qui coïncide avec une appréciation relativement positive de la « démocratie », pourtant traitée antérieurement (dans la deuxième livraison de Solution du problème social), comme étant aux antipodes de la « république », car, selon les Confessions, « [l]a démocratie est l’abolition de tous les pouvoirs, spirituel et temporel ; législatif, exécutif, judiciaire, propriétaire24 ».
11De même, si Proudhon reprend en grande partie son portrait du régime orléaniste dans le cinquième chapitre de ses Confessions, « 1830-1848 : Corruption gouvernementale », il le fait en accordant une signification nouvelle à sa déchéance, qui ne se trouve pas dans son manuscrit de 1847. Dans ce retour a posteriori sur la « révolution du mépris » (pour reprendre la célèbre formule de Lamartine), Louis-Philippe est toujours doté par Proudhon de sa mission hégélienne « de démontrer que le système constitutionnel est la négation des négations25 ». Ainsi, dépassant ses intentions apparentes, le roi – toujours, comme dans son manuscrit écrit avant la révolution de février, « l’Attila des fausses consciences, le dernier fléau de la justice révolutionnaire » – a réussi à tuer « le principe monarchique par une ridicule exhibition » en attaquant « le principe parlementaire par les influences ». Au-delà de ses machinations stratégiques de représentant du pouvoir royal, dans le secret de ses aspirations plus profondes, Louis-Philippe essayait pendant son règne « de faire prédominer l’idée bourgeoise » et « de propager la morale de l’intérêt, d’inoculer à toutes les classes l’indifférence politique et religieuse, et, par la ruine des partis, par la dépravation des consciences, de creuser les fondements d’une société nouvelle, de forcer, pour ainsi dire, une révolution arrêtée dans les conseils de la destinée, mais que la société contemporaine n’acceptait pas26 ». Pour cette raison, Proudhon proclame : « J’adhère pleinement et sans réserve à l’inexorable gouvernement de Louis-Philippe27 ». Pourtant, si cette phrase provocatrice, émise dans le contexte d’un livre constitué de souvenirs très critiques du comportement des différents courants de la gauche républicaine et socialiste entre 1848 et 1849 (et reprise presque mot à mot du manuscrit de 1847, La Propriété vaincue)28, a réussi à consterner les socialistes contemporains29, elle s’inscrit dans un portrait décidément postrévolutionnaire du régime orléaniste, dans lequel la fin de cette monarchie, revue au miroir de la nouvelle république légitimée par le droit à l’insurrection du peuple, a deux sens téléologiques nouveaux – un politique et un autre économique – qui n’ont pas été accordés au régime dans le manuscrit de 1847.
12Premièrement, on ne retrouve plus exactement le même désir de voir l’absorption du pouvoir législatif par l’exécutif (pour ainsi freiner l’extension du suffrage), souhait absent également du portrait du règne de Louis-Philippe. Depuis la Révolution française, en termes constitutionnels, la Charte, dans les Confessions, apparaît comme une sorte de moyen terme impossible entre la séparation dualiste des pouvoirs du gouvernement et la centralisation des fonctions administratives dans une autorité unique. Si la séparation des pouvoirs a été considérée pendant longtemps comme nécessaire par des publicistes et des juristes postrévolutionnaires pour que la France ne tombe pas sous le despotisme d’une assemblée (puis, dans le chaos parlementaire, suivi d’une dictature), la distinction de deux natures de pouvoirs – législatif, exécutif – a été selon Proudhon « la première condition de l’oppression du peuple30 », car elle met le gouvernement en lutte contre lui-même par une division inintelligente de ses fonctions. En même temps, la « centralisation », dans un grand pays comme la France, a été longtemps considérée comme nécessaire pour que la nation souveraine reste unie et ne tombe pas dans le « fédéralisme » (le mot est utilisé d’une manière péjorative – Proudhon n’est pas encore fédéraliste), alors qu’elle risque de mettre en lutte le gouvernement avec la société, en renforçant l’autorité de l’État31. La Charte n’a pas réussi à établir un équilibre entre la liberté et la centralisation, car elle n’a pas assez séparé les pouvoirs et n’a pas suffisamment centralisé l’administration. Pour cette raison « [c]e système, mis à l’épreuve, a donné pour résultat la corruption : il a péri comme jamais gouvernement n’avait péri, non pas sur le champ de bataille, mais dans un égout32 ».
13Vu sous l’angle socio-économique cette fois, la fin de la monarchie orléaniste représente pour Proudhon la fin du capitalisme propriétaire en France :
« Le capital s’était installé en 1830 comme le seul principe qui, après le droit divin et le droit de la force, eût chance de durée ; il se trouva, en 1848, que le gouvernement du capital était la peste de la société, abominatio desolationis ! Une querelle de parlement jeta dans la boue la grande prostituée. Les mêmes bourgeois qui avaient acclamé d’enthousiasme l’avènement de Louis-Philippe au trône l’en précipitèrent dans un accès de dégoût ; la conscience publique s’était soulevée de nouveau contre le ministre des volontés suprêmes. […] Que mes contemporains le nient, s’ils l’osent, ou qu’ils en reviennent, s’ils peuvent ! Mais moi, je ne suis ni un vendu de la veille ni un renégat du lendemain ; et je jure que la bourgeoisie française, en renversant la dynastie qu’elle avait faite, a détruit en elle le principe de propriété33. »
14Si l’on retrouve certains échos des idées constitutionnelles de Proudhon, antérieures à la Révolution de février, dans le premier de ces deux sens téléologiques nouveaux expliquant l’effondrement de la monarchie, il faut dire que toute son analyse de la monarchie de Juillet est suivie par une critique sévère de la Constitution de 1848, qui ne fait, selon lui, que répéter les erreurs de Louis-Philippe et de ses prédécesseurs princiers, en mettant le gouvernement au-dessus de la société. Dans les nombreux articles publiés dans les différents journaux que Proudhon animait sous la Deuxième République, la monarchie est toujours dénigrée au profit de la nouvelle république et, si Proudhon critique la constitution du nouveau régime, c’est parce qu’elle est justement excessivement monarchiste, accordant trop de pouvoir exécutif à la présidence. Dans ses Confessions, tout en admettant qu’il préfère à titre personnel une royauté constitutionnelle à un gouvernement à présidence unique (de même qu’il préfère « le gouvernement séparé et responsable d’une présidence » à un « gouvernement absolu et irresponsable d’une convention »34), Proudhon reprend, en la juxtaposant à la nouvelle constitution républicaine, sa vision d’un État idéal : un État circonscrit dans sa « constitution politique » par la vraie « constitution sociale » du pays ; un État réduit à des fonctions essentiellement policières, épuré de toute forme de pouvoir personnel, et entièrement soumis à la vie économique de la société française. Bref, Proudhon développe une vision proche de celle déjà esquissée trois fois, comme on l’a vu, dans ses différents manuscrits de 1847-début 1848. Sauf que dans cette reprise postrévolutionnaire, la réduction de l’État à ses fonctions sociales les plus organiques (différente de sa réduction à la séparation artificielle des pouvoirs exécutif et législatif), ne s’envisage plus dans le cadre d’une monarchie. Au contraire, ce régime idéal pourrait, après février 1848, très bien cohabiter avec le régime du suffrage universel. Par ailleurs, sa « constitution anti-gouvernementale35 » serait dans l’idéal présidée par une assemblée nationale, pour laquelle Proudhon n’insiste plus sur les critères d’élection corporatistes et socioprofessionnels. En attendant sa réalisation, il faut travailler à épurer autant que possible les éléments monarchiques de la constitution républicaine, ce qui veut dire que sur le plan tactique, la gauche démocrate-socialiste doit rester exclusivement sur le terrain de la constitutionnalité républicaine36.
Une pensée en palimpseste
15Que dire de ces reprises successives ? Est-ce qu’une telle adaptation fluide de ses idées prérévolutionnaires au nouveau contexte républicain relève d’autre chose que de l’opportunisme pragmatique ? Ces reprises sont certes problématiques, si l’on veut établir une véritable rupture entre le Proudhon de 1847, adversaire anti-démocratique de la campagne des banquets, et le Proudhon de l’après-juin 1848, l’homme-terreur socialiste que Thiers a cherché à confronter et à humilier devant les représentants bourgeois à l’Assemblée. Car s’il est connu que Proudhon a jugé la révolution de février – presque dès le lendemain – comme venue sans idée et trop tôt, le degré de son hostilité au mouvement réformiste, qui a culminé dans le déboulonnement de la monarchie, est moins connu.
16Comment Proudhon a-t-il envisagé l’année 1848, durant laquelle il comptait publier un manuscrit révélant la solution du problème social, avant que la révolution n’ait lieu ? Et comment son attente de la réforme radicale de la société française s’est-elle transformée suite aux événements qui ont eu lieu sous la Deuxième République ? Cette question du « futur passé » de 1848 est essentielle si l’on veut comprendre le principal écueil de tout penseur se croyant révolutionnaire : l’éternel écart entre ce qui devrait être fait et ce qui est37. Pour répondre à ces questions, on doit chercher à comprendre le premier (le « doit être ») avant que le deuxième (le contexte réel) ne soit en pleine agitation, puis s’interroger sur ce que ce premier devient lorsque le deuxième entre en bouillonnement social et politique. Pour comprendre les reprises d’idées de l’après-1848, certes, il faut examiner la pensée de Proudhon « avant le déluge » de 1848, pour voir ensuite comment certaines de ses idées ont pris bien d’autres couleurs dans la période de la Deuxième République38.
17Car que dire de « la Révolution » dans la pensée de Proudhon avant que la Révolution de février ait eu lieu ? À travers un examen des continuités et discontinuités dans ses écrits antérieurs et postérieurs à février 1848, on voit que le célèbre publiciste de la Deuxième République avait énormément développé ses idées politiques dans un contexte où il s’apprêtait à défendre la monarchie orléaniste contre l’opposition libérale et républicaine, ce qui complique un peu notre vision du révolutionnaire de 1848, particulièrement si on l’observe au miroir du révolutionnaire moins connu de 1847.
18Proudhon a tenté d’écrire un troisième chapitre à sa Solution du problème social fin avril 1848, intitulé « Le Peuple », qui reprend sa définition du « Peuple » en termes d’unité nationale de l’être collectif français et d’identification à la raison de ce même être exprimée par des jugements téléologiques39. Mais Proudhon ne publiera pas cette suite, vite emporté par ses interventions journalistiques, son travail de député et ses efforts pour lancer sa Banque du Peuple. S’il a repris la théorie des étapes de la justice dans son « Toast à la Révolution », il ne reviendra point sur les autres thèmes de son manuscrit de 1847-début 1848 avant l’été 1850, lorsqu’il est en prison, et interdit de poursuivre sérieusement son activité de journaliste. Dès ce moment, jusqu’à sa décision d’écrire Idée générale de la Révolution au XIXe siècle, voire jusqu’au lendemain du coup d’État, Proudhon travaillait sur un manuscrit philosophique important, intitulé parfois De la pratique révolutionnaire, parfois De la pratique des révolutions, reprenant l’ensemble des thèses ontologiques sur l’être collectif de son manuscrit prérévolutionnaire40. Ce manuscrit revient sur la question : comment interroger « le Peuple » ? Mais Proudhon abandonne le souhait qu’il avait, avant février 1848 (notamment au printemps 1847), d’incorporer cette interrogation dans des réflexions plus importantes sur l’économie politique et la capacité discursive de cette nouvelle science de mieux circonscrire les idées dans les confins plus rationnels du réel. Il abandonne aussi toute réflexion à la fois sur la manière d’envisager, à partir de cet apport heuristique, la réorganisation mutuelliste de la société française, et sur la façon (surtout fin 1847-début 1848) dont cette interrogation pourrait être utilisée à des fins anti-démocratiques, pour atténuer l’agitation autour de la réforme électorale et rediriger la société française vers des principes mutuellistes.
19Proudhon gardait ses intuitions philosophiques sur l’ontologie de l’être collectif, qu’il avait d’abord rédigées en reformulant une théorie de la souveraineté du peuple aux antipodes des principes guidant la campagne des banquets. Cependant, il comptait les développer dans le cadre d’une réflexion plus importante sur la nature des révolutions, à partir de laquelle il imaginait faire dériver un certain nombre d’axiomes et d’aphorismes illustrant sa philosophie de l’histoire humaniste41. En reprenant l’idée que toute forme de vérité sociale est essentiellement historique, il continue à vouloir deviner, voire anticiper, le progrès du genre humain dans ses tendances quasi providentielles, afin d’accomplir la dernière révolution à faire, en saisissant l’ensemble de la série des révolutions que l’humanité a entreprise et subie. On sent dans ces écrits inédits la crainte de voir le peuple français vite dépassé par les événements d’après février 1848, et le désir de Proudhon de tenter de maîtriser le sens de cette dernière révolution, dans la longue série entamée depuis 1789, en l’inscrivant dans une philosophie de l’histoire hors du cadre des institutions politiques et dans laquelle le progrès, qui se mesure par l’évolution des consciences, est inéluctable. Bref, décrire « la Révolution » philosophiquement – surtout après que l’horizon d’attente de son avenir a été bouleversé par la déclaration de la République et après ce que cet événement a généré dans son sillage – c’était une manière de régir son avenir incertain en prédisant son cours nécessaire. Si, dans son Idée générale, Proudhon maintient que les efforts de « la réaction » au pouvoir ne font que « pousser la révolution comme en serre chaude », accélérant le processus inéluctable par lequel le gouvernement, de sa nature « contre-révolutionnaire42 », se dissoudra dans l’organisation industrielle, sa nouvelle insistance sur un thème bien ancien, au cœur même de ses écrits, rédigés à la veille des journées de février 1848, cache une véritable incertitude minant l’ensemble de ses réflexions de l’époque sur les rapports entre l’actualité politique, l’histoire française et la « pratique révolutionnaire ». On est loin de l’optimisme de la marche incontournable de la justice égalitaire présupposée dans les manuscrits de 1847-début 1848, et repris dans son « Toast à la Révolution » d’octobre 1848.
20Ces tentatives pour maîtriser la narration des événements, en prédisant leur devenir révolutionnaire inéluctable, se révéleront de plus en plus infructueuses face au conflit entre l’Assemblée et le Président, autour de la question du retour du suffrage universel, conflit se terminant par le coup d’État du 2 décembre 1851, suivi par deux référendums, dont le premier confirmait ce coup de force et le second ratifiait la proclamation d’un Deuxième Empire sous l’égide d’un Prince-Président devenu empereur. Si parfois, entre 1850 et 1851, cherchant à comprendre « pourquoi le peuple français est toujours esclave et misérable43 », Proudhon sous-entendait dans ses écrits que le cœur de la nation est bon, aspirant spontanément et instinctivement à l’égalité et à la démocratie, même si son esprit a parfois été corrompu, le conduisant au despotisme ; il n’insistait plus sur le penchant monarchique intarissable du peuple, comme il le faisait à la veille de la Révolution de février 1848. Mais l’énorme contradiction entre l’idéal et la pratique révolutionnaire en France lui paraissait de plus en plus flagrante. Car Proudhon maintient que si la force des révolutions légitimes est toujours en rapport direct avec son dévouement à une idée (et non pas n’importe quelle idée, mais la bonne, celle qui fait marcher l’histoire dans le sens téléologique du progrès humaniste), aspect qui caractérise les révolutions véritables et populaires, à la différence des agitations vides, que dire lorsque la révolution qui inspire cette théorie, paraît déviée par de mauvaises idées et actions ? Ou, pour le dire autrement, que dire lorsqu’on ne peut plus saisir le fil téléologique de l’histoire44 ? Il lui sera difficile de répondre à ces questions à partir de 1852.
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21Le destin ultime de la pensée de Proudhon semble finalement démontrer que le penseur, dépassé par la réalisation de tendances politiques qu’il critiquait à la veille de 1848, n’hésitait pas à revenir à la charge, en menant des combats d’arrière-garde modérés au nom de sa conception radicale du progrès et de la « révolution sociale ». De cette manière, les ironies paraissent s’accumuler entre 1848 et 1852 – qu’il s’agisse, pour Proudhon, de se rallier à un peuple qu’il n’a jamais voulu voir séparé de la bourgeoisie après les journées de juin, ou de défendre la constitution d’une république qu’il ne désirait pas avant le renversement du régime orléaniste, constitution pour laquelle il ne voterait même pas en tant que député. Cela explique aussi le comportement de Proudhon (publiciste tant diabolisé et caricaturé en 1848 pour sa célèbre identification de la propriété avec le vol) lorsqu’il tendait la main à Thiers, aux autres députés hostiles, railleurs et moqueurs, et à toute la bourgeoisie peureuse dans le sillage des journées de juin, en leur offrant de leur laisser leur précieux droit de propriété en échange de sa conception du droit au travail. Enfin, cela pourrait aider à expliquer pourquoi le même publiciste, malgré sa réputation de socialiste radical, passa une bonne partie de son temps, sous la Deuxième République, à critiquer violemment la gauche démocrate-socialiste, de même qu’avant la déclaration officielle de l’Empire fin 1852, à justifier, non sans ironie, le coup d’État du président républicain au nom de la « révolution sociale45 ».
22Car, derrière l’ironie, à force de vouloir être le plus révolutionnaire de tous les socialistes (il fallait mettre « la Révolution au-dessus de la République » selon lui), Proudhon a été aussi, à maints égards, le plus conservateur. C’est une conclusion qu’il ne désavouerait certes point. Après tout, c’est Proudhon lui-même qui écrit dans ses carnets, début novembre 1847, que « le vrai conservateur, c’est moi », et qui, quelques semaines plus tard, à la fin du même mois, exprimait son désir de vouloir, par la mise en pratique du « principe de mutualité », « révolutionner de fond en comble, changer le corps et l’âme de la société sans y toucher, sans y mettre la main », concluant que « [r]ien de plus révolutionnaire, rien de plus conservateur que mon principe46 ». Comment expliquer autrement, pour reprendre l’expression de Pierre Haubtmann à l’égard du positionnement de Proudhon, « l’avocat des causes perdues », le lendemain des journées de juin 1848, l’« [é]trange et noble destinée de cet homme qui, hier, lorsque les hommes de Février étaient sur le pavois, leur criait casse-cou, et maintenant qu’ils étaient terrassés, exaltait l’idéal qu’ils avaient poursuivi47 » ?
Notes de bas de page
1 Confessions d’un révolutionnaire pour servir à l’histoire de la révolution de février, Paris, La Voix du Peuple, 1849, p. 106. On cite ici exclusivement la première édition à cause de certaines modifications importantes que Proudhon a faites à son texte original dans les éditions suivantes.
2 Confessions…, op. cit., p. 106.
3 Cette étude va paraître en introduction de notre édition, La Propriété vaincue et d’autres manuscrits inédits, 1839-1848.
4 « La Démocratie », Solution du problème social, Paris, Éditions Tops-Hervé Trinquier, 2003 [1848], p. 53-89.
5 Ce manuscrit s’intitule La Propriété vaincue, théorie de l’association universelle. Il est conservé à la bibliothèque municipale de Besançon, éparpillé dans les Ms 2848, 2817, 2818, 2865 et 2866.
6 « Toast à la Révolution », reproduit dans la réédition des Idées révolutionnaires [1848], Antony, Tops-Trinquier, 1996, p. 222-229 ; reproduit également (et plus anciennement) dans Mélanges, articles de journaux, 1848-1852, Paris, Lacroix, 1871, I, p. 142-151.
7 Chapitre 5, « 1830-1848 : Corruption gouvernementale », dans Confessions…, op. cit.
8 Ibid., p. 67. La citation exacte mérite d’être reproduite dans son intégralité pour que le lecteur puisse faire une comparaison entre ce texte de mars 1848 et le manuscrit de fin 1847-début 1848. Proudhon écrit dans Solution : « La démocratie n’est autre chose que la tyrannie des majorités, tyrannie la plus exécrable de toutes ; car elle ne s’appuie ni sur l’autorité d’une religion, ni sur une noblesse de race, ni sur les prérogatives du talent et de la fortune : elle a pour base le nombre, et pour masque le nom du Peuple ». Comparez cela au passage du manuscrit prérévolutionnaire, déjà cité ci-dessus : « Ce que l’on qualifie de régime démocratique n’est que la tyrannie des majorités, tyrannie la plus brutale, la plus exécrable de toutes, car elle ne s’appuie ni sur l’autorité d’un dogme révélé, ni sur la noblesse d’origine, ni sur la prépondérance de caste, ni sur les prérogatives de la fortune ou de la capacité, mais sur le nombre ; et elle a pour masque, le nom de Peuple ». BM Besançon, Ms 2866, fo 266 ro.
9 Solution…, op. cit., p. 88.
10 Ibid., p. 87-88.
11 Ibid., p. 81. Pour un résumé de l’évolution de sa conception de l’État à travers l’ensemble de ses écrits, voir Castleton, « Proudhon, l’État et le Politique : de la Redéfinition de la Souveraineté du Peuple à la Critique de l’État-nation », Revue d’Études proudhoniennes, 7-8, 2021-2022, p. 355-86.
12 Mélanges…, op. cit., t. 1, p. 142-143 (ou Idées révolutionnaires, op. cit., p. 222).
13 Ibid., t. 1, p. 143 (ou ibid., p. 222).
14 Ibidem (ou ibidem).
15 Ibidem (ou ibidem).
16 Ibid., p. 147 (ou ibid., p. 226).
17 Ibidem (ou ibidem).
18 Ibid., p. 151 (ou ibid., p. 229).
19 « La Présidence », Le Peuple, sans date [novembre 1848], repris en partie en respectant la censure dans Mélanges…, op. cit., t. 1 (p. 159-179), p. 167 ; publié également dans une forme non censurée dans le recueil de 1849, Idées révolutionnaires, op. cit. (p. 159-182), p. 171.
20 Par exemple, dans son article « Résistance à la Révolution : Louis Blanc et Pierre Leroux », La Voix du Peuple, 3 décembre 1849, passim, repris dans Mélanges…, op. cit., t. III, p. 5-30.
21 Confessions…, op. cit., p. 3.
22 Ibid., p. 7.
23 Ibid., p. 8.
24 Ibid., p. 8.
25 Ibid., p. 17.
26 Ibid., p. 17 (BM Besançon, Ms 2848, fo 18 vo pour la référence à Attila) ; p. 17 ; p. 14 et 15.
27 Ibid., p. 15.
28 On retrouve quasiment la même expression dans La Propriété vaincue : « J’adhère pleinement, et sans restriction, à cette œuvre de L.-P. » BM Besançon, Ms 2848, fo 14 ro.
29 Par exemple, Louis Blanc dans son journal, Le Nouveau Monde, 5, 15 novembre 1849, p. 204.
30 Confessions…, op. cit., p. 61.
31 Ibid. Proudhon enlèvera cette référence négative au fédéralisme des éditions suivantes.
32 Ibid.
33 Ibid., p. 18.
34 Ibid.
35 Ibid., p. 68.
36 Conseil tactique non seulement présent dans les Confessions, mais aussi dans sa défense des accusés du 13 juin dans leur procès. Voir ses deux articles non signés, « Affaire du 13 juin », La Voix du Peuple, 25 septembre 1849, et « Procès de Versailles », La Voix du Peuple, 14 novembre 1849. Pour un examen de l’appréciation changeante de la monarchie chez Proudhon, voir mon étude sur ce sujet à paraître prochainement dans le journal, History of European Ideas.
37 Sur l’expression « futur passé », voir le recueil d’articles de Reinhart Koselleck, Le futur passé : contribution à la sémantique des temps historiques, Paris, Éditions de l’EHESS, 1990, passim.
38 Ici, on s’inspire directement de l’approche originale de l’étude remarquable de Michael Sonenscher (inspirée en partie de l’approche futuriste de Koselleck), Before the Deluge: Public Debt, Inequality, and the Intellectual Origins of the French Revolution, Princeton, Princeton University Press, 2007. Pour un résumé de l’évolution des prises de position de Proudhon avant, pendant et après la Deuxième République, voir mon chapitre, « The Many Revolutions of Pierre-Joseph Proudhon », paru dans Doug Moggach et Gareth Stedman Jones (dir.), The 1848 Revolutions and European Political Thought, Cambridge, Cambridge University Press, 2018, p. 39-69.
39 BM Besançon, Ms 2857, fo 28-37 ro. Voir sur ce sujet, mon article, « Aux origines de l’ontologie sociale proudhonienne : l’apport des manuscrits inédits », dans Jean-Christophe Angaut, Daniel Colson et Mimmo Pucciarelli (dir.), Philosophie de l’anarchie : théories libertaires, pratiques quotidiennes et ontologie, Lyon, Atelier de Création libertaire, 2012, p. 103-130 (p. 105-108).
40 Il existe deux versions de la première partie de ce manuscrit, dont une première ébauche, BM Besançon, Ms 2857, fo 8-18 ro-vo, et une deuxième version retravaillée et beaucoup plus achevée, Ms 2866, fo 144-187 ro et Ms 2817, fo 121-122 ro. Pour une analyse approfondie du contenu de ces thèmes, voir mon article, « Aux origines de l’ontologie sociale proudhonienne », art. cit., p. 108-127.
41 Ainsi, Proudhon a écrit, probablement pendant l’été 1849, une série d’aphorismes intitulée « Principes du droit révolutionnaire » (BM Besançon, Ms 2866, fo 1, fo 63, suivi par Ms 2821, fo 52 ro-72 vo), qui complémente les thèses majeures du manuscrit, De la Pratique. De même, la deuxième partie inachevée du manuscrit, De la Pratique (à la différence de la première moitié philosophique relativement complète) portait exclusivement sur l’histoire de la Révolution française comme illustration de sa théorie d’« ontologie sociale » (BM Besançon, Ms 2857, fo 45-53, suivi par des fragments et notes sur le même sujet, fo 54-97).
42 Idée générale de la Révolution au XIXe siècle, Paris, Paris, Éditions Tops-Hervé Trinquier, 2000 [1851], p. 51.
43 C’est le titre de l’un de ses manuscrits fragmentaires de cette époque, BM Besançon, Ms 2857, fo 65-68.
44 Voir mes réflexions sur ce sujet dans « Aux origines de l’ontologie sociale proudhonienne », art. cit., p. 127-129, mais aussi mon introduction à Proudhon, Carnets inédits : Journal du Second Empire, Dijon, Presses du Réel, à paraître.
45 Dans son livre mi-ironique, mi-sérieux, La Révolution sociale démontrée par le coup d’État du deux décembre (1852).
46 Carnets [1843-1851], Dijon, Presses du Réel, 2004, p. 686 et p. 721.
47 Pierre Haubtmann, Pierre-Joseph Proudhon. Sa vie et sa pensée (1809-1849), Paris, Beauchesne, 1982, p. 914.
Auteur
-
Edward Castleton
MSHE – université de Franche-Comté
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