Le transhumanisme dans les écrits de Julian Huxley : « une religion sans révélation »1
p. 63-82
Texte intégral
1Julian Huxley, fondateur et premier Directeur général de l’UNESCO2, est au cœur des débats contemporains sur la nature et les objectifs du concept de transhumanisme, dont il a employé, pour la première fois, le terme au début des années 1950. De ce fait, l’analyse de l’idée qu’il se faisait du transhumanisme – un outil pour améliorer la qualité de la vie et la condition de l’homme – doit conduire à nous interroger sur son héritage au regard de la philosophie qui inspire l’action de l’UNESCO3 au moment où celle-ci vise à construire une approche globale de l’intelligence artificielle qui prenne notamment en compte des valeurs et principes d’éthique universelle et un objectif qui vise à tirer le meilleur parti de l’utilisation de cette nouvelle technologie4.
I - Julian Huxley et le transhumanisme au XXe siècle
2Retraçant l’histoire du transhumanisme, les auteurs font généralement remonter son origine aux années 1980 aux États-Unis. Le mouvement transhumaniste serait ainsi imprégné par une philosophie libérale et individualiste, ce qui expliquerait sa difficulté à s’acclimater en France5. Or, une recherche des origines du mot transhumaniste6 révèle une histoire quelque peu différente dans laquelle Julian Huxley a joué un rôle non négligeable.
A - Julian Huxley et les origines du mot transhumaniste
3C’est en effet à ce savant qu’est attribuée l’invention du mot transhumaniste. Le philosophe transhumaniste Nick Bostrom écrit ainsi : « Le mot “transhumanisme” semble avoir été utilisé pour la première fois par le frère d’Aldous Huxley, Julian Huxley, un biologiste distingué (qui a également été le premier directeur général de l’UNESCO et l’un des fondateurs du Fonds mondial pour la nature)7 ».
4En fait, ni l’attribution ni la date ne sont exactes. Le mot serait dû à Jean Coutrot (1895-1941), polytechnicien et chantre de l’organisation rationnelle du travail8 ; il apparaît, en effet, en mai 1939 lors des Entretiens de Pontigny organisés par Coutrot9.
5Quant à l’année où Julian Huxley, dont le frère, Aldous, avait des liens d’amitié avec Coutrot, l’a employé, c’est lors d’une conférence prononcée en 1951 mais publiée seulement en 1957 sous le titre « le transhumanisme » et dans laquelle il soulignait que « si elle le souhaite, l’espèce humaine peut se transcender – non pas par accès d’une manière chez un individu et d’une autre chez un autre, mais dans sa totalité, en tant qu’humanité. Nous avons besoin d’un nouveau nom pour cette nouvelle conviction. Peut-être le mot “transhumanisme” pourra-t-il convenir : l’homme demeurera l’homme mais se transcendant en réalisant les possibilités de sa nature humaine et à leur avantage10 ».
6C’est sans doute ce qui fait dire à Gilbert Hottois que « ce qui caractérise le transhumanisme est la référence à l’éthique… Sa visée prioritaire est l’amélioration de l’humain, non sa transformation… voire sa liquidation. La morale transhumaniste n’est pas en soi originale : elle vient des courants utilitaristes et hérite des Lumières… Le transhumanisme tente d’articuler morale, technoscience et évolution11 ».
7Le transhumanisme prôné par J. Huxley reste, en tout état de cause, un projet collectif pour l’humanité.
B - Julian Huxley et le transhumanisme comme projet social
8Julian Huxley12, s’il est évolutionniste – son grand-père était un biologiste partisan de Charles Darwin – voire eugéniste13, croit cependant, en tant que socialiste, que le progrès scientifique doit conduire à améliorer la condition humaine. Cet attachement à l’idée que le progrès scientifique doit faire naître un homme nouveau est aussi celui de son époque et n’est pas dépourvu d’une certaine ambiguïté. En ce sens, le transhumanisme est une utopie fondée sur le dépassement de la condition humaine.
9Les années 1930 sont en Europe celles de la quête d’un homme nouveau. Il s’agit alors de « régénérer » l’homme et cet objectif fait autant appel à la dimension politique que social et économique, artistique et culturel mais aussi scientifique14.
10C’est dans ce contexte que se développe et mûrit la réflexion de Julian Huxley, qui se réclame, contrairement à Teilhard de Chardin15, d’un transhumanisme qui est « une religion (de l’homme) sans révélation16 ».
1) L’homme nouveau ou comment appliquer la science afin d’améliorer la qualité de la vie et de la condition humaine
11C’est dans son livre « Religion without revelation » que Julian Huxley exprime le but de sa démarche : démontrer que « le conflit entre science et religion est purement fortuit et temporaire car la science est fondamentalement un outil pour questionner et expérimenter la nature » (tandis que) « la religion consiste essentiellement en une disposition d’esprit ». Dès lors, « la science sera toujours la science même si ses vues matérialistes (dans le sens étroit du terme) ou mécanistes sont abandonnées et la religion pourra toujours être la religion même si elle ne retient plus rien d’aucune croyance chrétienne17 » Il continue : « le moment semble, en effet, approcher où l’homme pourra et devra construire une nouvelle vision commune, une nouvelle demeure pour son esprit, nouveau depuis les fondations et sur la base d’un humanisme scientifique18 ». Dans cette perspective, il destine son livre à deux groupes : les hommes chez qui « le tempérament ou les circonstances font de leur tête le siège le plus puissant d’un esprit complètement en dehors des églises et ceux qui sont en quête du « souffle de l’esprit de vérité, qui, dans les mains de la science, transforme le Monde19 ». Il les exhorte à une alliance entre la science et la religion, qui sera la « seule étape dont nous ayons besoin et qui appartient à ceux qui combinent le respect pour la science et la vérité intellectuelle avec l’amour pour ce qu’il y a de mieux dans l’esprit de la religion ».
12Appelant à mettre à l’écart la théologie, il nous incite aussi « à libérer l’idée de Dieu des chaînes de la personnalité » car la « religion comme toutes les activités humainse est toujours une œuvre inachevée20 ».
2) Une alliance ambiguë mais pragmatique
13L’idée de transhumanisme de J. Huxley s’inscrit dans le voisinage d’autres courants de pensée car, comme le relèvent les historiens Olivier Dard et Alexandre Moatti, « la frontière entre un transhumanisme à finalité chrétienne (celui de Teilhard) et le transhumanisme d’une « religion (de l’homme) sans révélation » (celui de Huxley)… n’est pas si facilement traçable21 ». En effet, « Même s’il ne participe pas aux Entretiens de Pontigny organisés par Coutrot, (l’)ombre (de Teilhard) y plane » et il y est constamment « évoqué et invoqué22 ». En outre, Coutrot se déclarait « profondément marqué par l’incroyable coïncidence des parallélismes de ce texte et des nôtres » quand, « par ailleurs, Julian Huxley (a) préfacé la traduction anglaise (publiée en 1959) de l’ouvrage de référence de Teilhard, Le Phénomène humain (1955)23 ».
14Cette convergence se nourrit aussi du flou, voire de l’ambiguïté, qui entoure la définition de la notion de transhumanisme. Ainsi, Julian Huxley fera-t-il toujours le lien entre le projet qu’il porte et une certaine forme d’eugénisme. Dès 1939, il participe à la rédaction du Manifeste des généticiens24, qui prône un eugénisme « de gauche », l’amélioration des conditions sociales étant présentée comme la condition de la réussite d’une politique eugéniste. Et, alors même qu’il accédera à un rôle important dans la fondation de l’UNESCO, il réaffirmera son attachement à une politique eugéniste :
L’inégalité biologique est évidemment le fondement de l’affirmation de tout l’eugénisme. […] L’inégalité de simple différence est désirable, et la préservation de la variété humaine devrait être l’un des deux buts principaux de l’eugénisme. Mais l’inégalité de niveau ou de degré est indésirable, et le deuxième but essentiel de l’eugénisme devrait être l’élévation du niveau moyen de toutes les qualités désirables25.
15C’est sans doute conscient du caractère très négatif du concept d’eugénisme après la Seconde Guerre mondiale qu’il utilise désormais le mot de transhumanisme pour décrire le point de vue selon lequel l’homme pourrait s’améliorer grâce à la science et la technologie, y inclus l’essor de la génétique. Mais, il a aussi compris que ce « progressisme scientifique » ne doit pas devenir un dogme, spécialement lorsqu’il s’agit de fonder une nouvelle organisation internationale dans le souci que l’action conjuguée de l’éducation, de la science et de la culture ouvre la voie à une coopération internationale en faveur de la paix et de la justice. Il écrit ainsi : « L’UNESCO ne saurait s’appuyer non plus exclusivement sur une philosophie essentiellement sectaire ou sur une conception philosophique trop restreinte – qu’il s’agisse de l’existentialisme, de la doctrine de l’élan vital, du rationalisme ou du spiritualisme, d’un déterminisme économique ou d’une théorie cyclique de l’histoire humaine26 ».
16Ce qui caractérise le mieux la volonté de Julian Huxley, que d’autres ont eu avant lui (cf. l’exemple d’Auguste Comte27), de remplacer les religions traditionnelles par des systèmes de croyances traditionnelles et sans Dieu est la quête d’unité du système de croyance qu’il appelle de ses vœux28.
17Est-ce pour cela que sa pensée a pu contribuer à la philosophie d’une organisation telle que l’UNESCO dédié à la science mais aussi à la culture et à l’éducation ?
II - Julian Huxley : des fondements de la philosophie de l’UNESCO aux fondements de son action
18Dès avant la Seconde Guerre mondiale, J. Huxley s’était investi dans la divulgation scientifique et soutenait l’idée qu’une alliance entre la science et l’homme permettrait à ce dernier de continuer à être le promoteur du progrès.
19Son livre, « la science de la vie », publié entre 1929 et 193129 et dont il est le co-auteur avec H. G. Wells et le fils de celui-ci, est considéré comme « le premier manuel moderne de biologie30 » et « la meilleure introduction populaire aux sciences biologiques31 ».
20Comme nombre de ses collègues scientifiques et de ses amis, il pensait le monde comme un monde global, où la culture et la science seraient au service de la paix et de la justice car, comme l’exprime le préambule de l’Acte constitutif de l’UNESCO, « les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix32 ».
21Bien plus que cette implication antérieure, qui l’a mis dans un état d’esprit de « citoyen du monde » en conformité avec le projet de l’UNESCO, sa fonction de secrétaire du comité chargé de rédiger la Constitution de l’UNESCO, puis celle de premier Directeur général de la nouvelle organisation lui ont permis de directement influencer la philosophie et l’action de celle-ci comme le montrent les réflexions qui suivent :
A - La rédaction du texte « l’UNESCO : ses buts et sa philosophie »
22La nomination de J. Huxley au poste de secrétaire du comité chargé de la rédaction de l’Acte constitutif de l’UNESCO est la conséquence de deux de ses qualités essentielles : sa capacité de donner des simplifications faisant autorité à des problèmes difficiles à tous niveaux mais surtout son étonnante rapidité à produire des écrits à l’appui de ses propos et analyses33.
23C’est grâce à cette facilité que l’entreprise de Huxley de mettre au clair ses idées sur ce que devait être la nouvelle organisation le conduisit à écrire le livret intitulé « l’UNESCO : ses buts et sa philosophie », qui fut présenté à la commission comme un document officiel de travail34.
1) Un humanisme mondial et scientifique
24L’humanisme qui doit inspirer l’action de l’UNESCO se fonde sur quatre caractères ; il est :
mondial
25Ne pouvant ni reposer sur « les religions qui rivalisent dans le monde » ni sur « une conception philosophique trop restreinte » ni sur la croyance en « la vérité35 », « Sa conception philosophique devra donc être, semble-t-il, une sorte d’humanisme. Mais cet humanisme devrait de plus être un humanisme mondial, c’est-à-dire qu’il devrait s’efforcer d’unir tous les peuples du monde, et de traiter tous les peuples et tous les individus d’un même peuple comme égaux, en ce qui concerne la dignité humaine, le respect réciproque et la possibilité de recevoir une instruction36 ».
scientifique
« Ce doit être également un humanisme scientifique, étant donné que les applications de la science fournissent à la culture humaine la plupart de ses fondements matériels et aussi qu’il faut lier étroitement la pratique et la connaissance de la science à celles des autres activités humaines37 ».
moniste
« Cet humanisme ne peut cependant être matérialiste, mais doit embrasser les aspects spirituels et intellectuels aussi bien que matériels de l’existence ; il doit s’efforcer d’y parvenir en se fondant sur une base philosophique vraiment moniste, cherchant l’unité de tous ces aspects38 ».
évolutionniste
« Enfin ce doit être un humanisme évolutionniste… [car la] théorie [de l’évolution] nous montre non seulement la place de l’homme dans la nature et ses rapports avec le reste de l’univers phénoménal… mais elle nous permet aussi de démontrer l’existence du progrès dans le cosmos. Elle nous montre enfin qu’il n’appartient qu’à l’homme de faire de nouveaux progrès dans l’évolution, et elle nous offre des enseignements précieux sur les voies qu’il doit éviter et celles qu’il doit suivre s’il veut réaliser ce progrès ».
26Et d’ajouter : « le point de vue évolutionniste fournit le lien entre les sciences naturelles et l’histoire humaine… il nous montre les racines biologiques des valeurs humaines mais encore… il permet de trouver à ces valeurs certains fondements et certains critères extérieurs39 ».
« Il semble donc que la philosophie générale de l’UNESCO doive être un humanisme scientifique universel, unifiant les différents aspects de la vie humaine et s’inspirant de l’Évolution.40 »
2) L’action de J. Huxley comme premier Directeur général de l’UNESCO (1946-1948)
a) La vision prospective
« Pour mener à bien sa tâche, il ne suffit pas à une organisation telle que I’UNESCO d’avoir des buts et des objectifs bien définis. Son action présuppose une philosophie, une hypothèse de travail qui tende à expliquer les buts et les fins de l’existence humaine41 ».
27À cet égard, « le point de vue évolutionniste est indispensable, en ce qu’il nous met à même de choisir, dans le chaos des tendances opposées d’aujourd’hui, les principes, les activités et les méthodes que l’UNESCO doit mettre en lumière et appuyer42 ».
b) Le lien entre sciences exactes et sciences sociales
28Pour Huxley, « l’humanisme évolutionniste » doit mettre fin au fossé qui sépare les sciences exactes et naturelles des sciences sociales et humaines. À cette fin, il insiste sur l’importance qu’il y a à comprendre les faits scientifiques et les idées au regard de l’histoire43. Dans cette perspective, il a déployé, au sein même du milieu scientifique, ses efforts pour relier des travaux menés dans une diversité de disciplines, y inclus la génétique, et raviver la théorie de l’évolution, dont il établit une mise à jour44. Il a ainsi contribué à unifier la biologie mais aussi la science en général45.
29On peut ainsi dire que pour J. Huxley « les progrès de la biologie ne sont importants que dans la mesure où ils valident sa foi dans le progrès de l’humanité46 ». De fait, sa vision sociale et politique est de croire que la science pure n’est pas en capacité de construire seule le monde en évolution mais que la dimension morale et éthique qui lui est nécessaire ne peut être apportée que par l’homme, qui est « le seul arbitre de sa destinée ».
30Pour autant, Huxley n’est pas un partisan du « laissez-faire » individualiste mais prône un état-providence fondé sur « l’humanisme scientifique47 ».
31Quel est aujourd’hui l’apport de cette philosophie à l’action que mène l’UNESCO dans un monde, qui intègre pleinement la technoscience et s’apprête à faire de l’intelligence artificielle (IA) un moteur essentiel de son devenir ? Il nous semble que son rôle est, en premier lieu, de nous préparer à conserver à cette révolution technologique une dimension éthique et sociétale48.
B - L’UNESCO et la dimension éthique et sociétale de la technoscience
32L’action de l’UNESCO apporte, dans le domaine de l’IA, une dimension éthique et plurisectorielle engageant les États dans un processus normatif universel49.
1) La dimension éthique et plurisectorielle
33L’objectif est de faire de l’IA l’outil de la réalisation des Objectifs de Développement Durable50 et pour cela l’IA doit se développer d’une manière profitable à l’humanité en respectant les normes et standards mondiaux et en étant ancrée dans la paix et le développement51.
34La première étape de ce projet vise à « rassembler des parties prenantes des secteurs public et privé, de la communauté technique, des médias, du monde académique, de la société civile et des organisations internationales » afin d’instaurer un dialogue et de le « centrer… sur le rôle de l’IA dans la lutte contre les inégalités d’accès au savoir, la recherche et la diversité des expressions culturelles, et de s’assurer que l’IA ne creuse pas la fracture technologique entre et dans les pays52 ».
35S’appuyant sur sa vocation transdisciplinaire et une expérience de 25 années de travaux dans les domaines de la bioéthique et de l’éthique des sciences53, l’UNESCO s’est engagée dès la fin 2018 dans une série d’actions visant à mobiliser les acteurs de l’IA dans les différentes disciplinaires et aires géographiques concernées : l’impact sur la société54, l’IA et l’Afrique55, l’éducation56 la « blockchain57 ».
36Prenant acte de ce qu’« aucun cadre éthique international, s’appliquant à l’ensemble des développements et des applications de l’IA, n’existe à l’heure actuelle », la Directrice générale de l’UNESCO estime qu’« il est de notre responsabilité de mener un débat universel et éclairé – pas un débat technique, mais bien éthique – afin d’entrer dans cette nouvelle ère les yeux grands ouverts, sans sacrifier les valeurs qui sont les nôtres et permettre… d’aboutir à un socle commun de principes éthiques58 ».
2) Engager les acteurs dans une approche normative de portée universelle
37Pour élaborer ce projet de Recommandation sur des principes universels dans le domaine de l’IA, l’UNESCO s’appuie sur la réflexion de deux groupes d’experts indépendants et sur une volonté politique de définir un calendrier permettant d’aboutir à cet objectif.
a) Les travaux préparatoires
38Ce sont ceux du Comité international de bioéthique (CIB) et de la Commission mondiale de l’éthique des connaissances scientifiques et technologiques (COMEST).
1° Le CIB
39Dans son rapport 2017 sur les métadonnées et la santé59, le CIB estime qu’« il est de plus en plus difficile d’imaginer que la protection des données puisse uniquement être régulée par l’adhésion au consentement ou à l’anonymisation, sans autre garantie ». D’où, la conclusion qu’« il est impératif de créer et de mettre en œuvre une structure de gouvernance exhaustive à plusieurs niveaux qui permette une utilisation responsable des données60 ». Le CIB suggère notamment « d’élaborer une convention sur la protection de la vie privée, notamment un cadre régissant les nouvelles approches de propriété et de conservation des données personnelles qui concerne, entre autres, les données de santé.61 »
2° La COMEST, dans son rapport 2017 sur l’éthique de la robotique62
propose d’élaborer des recommandations prenant en compte la distinction (entre machines déterministes et robots cognitifs). À un premier niveau, celui des machines déterministes dont on peut assigner la responsabilité du comportement, les recommandations de la Commission porteront essentiellement sur les outils juridiques nécessaires pour réglementer leur utilisation. À un second niveau, celui des machines cognitives dont le comportement n’est pas prévisible à 100 % et est donc pour une part importante stochastique, les recommandations envisageront, outre l’adoption d’outils juridiques, l’élaboration de codes de pratique et de directives éthiques à l’intention des producteurs et des utilisateurs. Enfin, s’agissant des machines stochastiques utilisées dans un contexte où le risque de dommages existe (voiture ou arme autonome, par exemple), il conviendra d’examiner le degré d’autonomie qui peut raisonnablement être accordé à ces machines et les modalités de maintien d’un niveau significatif de contrôle humain63.
40Par ailleurs, la COMEST poursuit ses travaux dans le domaine de l’IA par une étude sur la question de l’internet des objets.
3) Le processus d’élaboration d’un texte normatif de principes universels
41Ferme dans ses intentions, la démarche est néanmoins prudente parce que politiquement sensible.
a) Le processus normatif
421° Au cours de sa 40e session en novembre 2019, la Conférence générale de l’UNESCO a décidé d’élaborer un instrument normatif international sur l’éthique de l’intelligence artificielle, sous la forme d’une recommandation. Depuis, l’UNESCO a mené un effort multidisciplinaire, multiculturel et pluraliste afin de produire un avant-projet partagé avec les États membres en septembre 2020 pour recevoir leurs commentaires. Ces commentaires écrits ont été pris en considération par la Directrice générale lors de la préparation de son rapport final sur la Recommandation, contenant le projet de Recommandation sur l’éthique de l’IA.
432° L’année 2021 a été consacrée à la négociation intergouvernementale afin que la 41e session de la Conférence générale prévue en novembre 2021 puisse, le cas échéant, adopter un projet définitif. Afin de remplir sa mission dans ce bref délai, l’UNESCO devait s’inscrire dans une démarche éludant autant que possible les divergences d’approches et d’intérêts entre les différents acteurs de l’IA.
b) Une démarche en recherche de consensus
44Toute la difficulté pour mener à bien le projet réside, en effet, dans la nécessité de maintenir le cap car « la préférence actuelle pour les accords internationaux non contraignants, qui marque un effacement de la coopération au profit de la concurrence, rend les traités non contraignants beaucoup plus attractifs. Mais on ne peut pas compter sur la bonne conduite de tous. Si nous laissons la main invisible du marché opérer librement, nous obtiendrons des applications utiles, mais notre vie privée sera exposée et les inégalités s’accentueront, ce qui contribuera à la polarisation de nos sociétés64 ».
Conclusion
45Peut-être, pour consolider le crédit accordé à l’action de l’UNESCO, pourra-t-on alors rapprocher de la philosophie de Julian Huxley la ligne de conduite définie par la Directrice générale à l’égard de l’intelligence artificielle ? :
L’intelligence artificielle peut être une chance formidable pour accélérer la réalisation des objectifs de développement durable. Mais toute révolution technologique entraîne de nouveaux déséquilibres qu’il faut essayer d’anticiper65.
Au moment où certains souhaitent interdire des usages des technologies de l’intelligence artificielle alors que d’autres visent seulement à les réglementer, voire les encourager, l’approche de l’UNESCO constitue aussi une manière de laisser aux acteurs une marge de manœuvre dans l’adoption de politiques publiques.
Bibliographie
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Format
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Annexe
Annexe I
J. Huxley, Le transhumanisme
Conséquence de mille millions d’années d’évolution, l’univers prend conscience de lui-même et peut en partie comprendre son histoire passée et ses possibilités d’avenir. Cette prise de conscience cosmique se réalise dans un seul minuscule fragment de l’univers – dans une minorité des êtres humains. Peut-être s’est-elle aussi réalisée ailleurs, grâce à l’évolution d’êtres vivants conscients sur les planètes d’autres étoiles. Mais sur cette planète, cela ne s’est jamais produit auparavant.
Sur cette planète, l’évolution est une histoire de la réalisation de possibilités toujours nouvelles par la substance dont est faite la terre (et le reste de l’univers) – la vie, la force, la vitesse et la connaissance du vol des oiseaux et des institutions sociales des abeilles et des fourmis ; l’émergence de l’esprit bien longtemps avant que l’existence de l’homme ne soit envisageable, avec l’apparition de la couleur, de la beauté, de la communication, du soin maternel, et des prémices de l’intelligence et de l’intuition. Et enfin, pendant les quelques dernières pulsations de l’horloge cosmique, est advenu quelque chose d’entièrement nouveau et de révolutionnaire, des êtres humains dotés d’aptitudes à la pensée conceptuelle et au langage, capables de prendre conscience d’eux-mêmes et de leurs fins, d’accumuler et de partager leur expérience consciente. Car n’oublions pas que l’espèce humaine est aussi radicalement différente de tous les animaux microscopiques monocellulaires qui vivaient il y a mille millions d’années que ces derniers l’étaient d’un fragment de pierre ou de métal.
Cette nouvelle compréhension de l’univers nous vient des connaissances nouvelles que nous avons amassées au cours des cent dernières années – grâce aux psychologues, aux biologistes et à d’autres scientifiques, grâce aux archéologues, aux anthropologues et aux historiens. Elle définit la responsabilité et la destinée de l’homme, à savoir que pour le reste du monde, il est l’agent qui a pour tâche de réaliser son potentiel inhérent aussi pleinement que possible.
C’est comme si l’homme venait d’être subitement nommé directeur général de la plus grande entreprise de toutes, celle de l’évolution – nommé sans lui demander son avis et sans délai de réflexion et de préparation. Qui plus est, il ne peut pas refuser cette tâche. Qu’il le veuille ou non, qu’il sache ou non ce qu’il fait, c’est en fait lui qui détermine l’orientation future de l’évolution sur cette terre. C’est son destin inéluctable, et plus tôt il s’en rendra compte et commencera à y croire, mieux ce sera pour tout le monde.
Voici à quoi se résume réellement cette tâche : la réalisation la plus aboutie des possibilités de l’homme, qu’elle ait lieu grâce à l’individu, à la communauté ou à l’espèce au cours de sa procession aventureuse dans les allées du temps. Nous commençons, tous autant que nous sommes, par n’être qu’une simple particule de potentialité, un ovule sphérique et microscopique. Au cours des neuf mois qui précèdent la naissance, cet ovule dévoile automatiquement un éventail véritablement miraculeux de possibilités d’organisation : après la naissance, tout en poursuivant automatiquement sa croissance et son développement, l’individu commence à réaliser ses possibilités mentales – en construisant sa personnalité, en cultivant des talents particuliers, en acquérant des connaissances et des compétences variées, en jouant son rôle dans le fonctionnement de la société. Ce processus post-natal n’est ni automatique ni prédéterminé. Il peut se dérouler de manières très différentes selon les circonstances et les propres efforts de l’individu. Le degré de réalisation des capacités peut être plus ou moins élevé. Le résultat final peut être satisfaisant comme il peut ne pas l’être du tout : en particulier, la personnalité peut connaître de graves échecs dans sa tentative de parvenir à une quelconque intégrité. Ce qui est certain est que la personnalité bien développée et bien intégrée est la conséquence la plus sublime de l’évolution, la réalisation la plus aboutie que nous connaissions dans l’univers.
La première chose que doit faire l’espèce humaine afin de se préparer au rôle cosmique qui lui est dévolu est d’explorer la nature humaine, de découvrir les possibilités qui lui sont offertes (y compris, bien entendu, ses limitations, qu’elles lui soient inhérentes ou imposées par les réalités de la nature extérieure). Nous avons pratiquement terminé l’exploration géographique de la terre ; nous avons poussé l’exploration de la nature, inanimée ou vivante, à un point tel que son plan d’ensemble est devenu compréhensible ; mais l’exploration de la nature humaine et de ses possibilités commence à peine. Un vaste Nouveau Monde de possibilités inexplorées attend son Christophe Colomb.
Les grands hommes du passé nous ont donné un aperçu de nos possibilités dans le domaine de la personnalité, de l’entendement, de la plénitude spirituelle, de la création artistique. Mais ce n’est qu’une vue panoramique[1]. Nous devons explorer et cartographier intégralement le royaume des possibilités humaines, comme nous avons exploré et cartographié le royaume terrestre. Comment créer de nouveaux possibles dans la vie courante ? Que pouvons-nous faire pour révéler les aptitudes latentes des hommes et des femmes ordinaires à l’entendement et à la jouissance ; pour leur enseigner les techniques permettant d’accéder à l’expérience spirituelle (après tout, on peut apprendre à danser et à jouer au tennis, pourquoi ne pourrait-on pas apprendre une technique d’extase mystique ou de paix spirituelle ?[2]) ; pour cultiver le talent inné et l’intelligence chez l’enfant pendant sa croissance, au lieu de les frustrer et de les déformer ? Nous savons déjà que la peinture et la méditation, la musique et les mathématiques, le théâtre et la science, peuvent avoir une signification bien réelle pour des garçons et des filles parfaitement ordinaires – à la condition d’adopter des méthodes adéquates leur permettant d’extérioriser leurs capacités. Nous commençons à comprendre que même les personnes les plus douées vivent très en deçà de leurs moyens, et que la plupart des êtres humains ne développent qu’une petite parcelle de leur potentiel mental et spirituel. De fait, la race humaine est enfermée dans une vaste sphère de possibilités irréalisées qui sont un défi pour sa propension à l’exploration.
Dans le monde entier, les explorations scientifiques et techniques ont donné à l’homme du commun une idée de ses possibilités matérielles. Grâce à la science, les défavorisés ont fini par croire que personne ne doit être sous-alimenté, ni souffrir de maladies chroniques, ni être privé des avantages de ses applications techniques et pratiques.
Les troubles mondiaux sont en grande partie dus à cette conviction nouvelle. Les gens sont décidés à ne plus tolérer des conditions de vie et un état de santé subnormaux depuis que la science leur a révélé qu’il est possible de les améliorer. Avant de se dissiper, ces troubles auront quelques effets déplaisants, mais ils sont par nature bénéfiques car il s’agit d’une force dynamique qui ne sera stabilisée que lorsqu’elle aura jeté les fondements physiologiques de la destinée humaine.
Sitôt que nous aurons exploré les possibilités offertes à la conscience et à la personnalité, et que le savoir ainsi acquis appartiendra à tous, un nouveau ferment de troubles apparaîtra qui comprendra et croira qu’en prenant des mesures adéquates, personne ne doit être privé de satisfaction véritable ni condamné à la médiocrité. Ce processus aura d’abord, lui aussi, des effets déplaisants, et finira par être bienfaisant. Il débutera par la destruction des idées et des institutions qui nous empêchent de réaliser nos potentialités (ou qui nient même qu’elles existent pour être réalisées), et il se poursuivra de manière à au moins initier l’élaboration d’une authentique destinée humaine.
Jusqu’à présent, telle que Hobbes l’a décrite, la vie humaine est généralement « solitaire, misérable, dangereuse, animale et brève » ; la grande majorité des êtres humains (ceux qui ne sont pas morts jeunes) sont affligés par le malheur sous une forme ou une autre – pauvreté, maladie, mauvaise santé, surmenage, cruauté, oppression. Ils tentent d’alléger leur misère par le biais de leurs espérances et de leurs idéaux. Mais hélas ces espérances sont en général injustifiées et ces idéaux ne correspondent pas à la réalité.
L’exploration enthousiaste mais scientifique des possibilités et des techniques permettant de réaliser nos espérances les rendront rationnelles et insérera nos idéaux dans le cadre de la réalité, en mettant en évidence ceux qui sont effectivement réalisables. Nous pouvons déjà, à juste titre, affirmer notre conviction que ces domaines de possibilité existent, et que nous pourrions surmonter dans une large mesure les limitations actuelles et les frustrations néfastes de notre existence. Nous sommes déjà convaincus, à juste titre, que la vie humaine telle que la décrit l’histoire est un pis-aller misérable, issu de notre ignorance ; et qu’elle pourrait être transcendée par un état d’existence fondé sur les lumières de la connaissance et de l’entendement, tout comme notre maîtrise de la nature physique basée sur la science transcende les tentatives maladroites et hésitantes de nos ancêtres, issues de la superstition et de l’ésotérisme.
À cette fin, nous devons étudier les possibilités de créer un environnement social plus favorable, comme nous l’avons déjà fait dans une large mesure pour notre environnement physique. Nous partirons de postulats nouveaux. Nous postulerons, par exemple, que la beauté (quelque chose dont on peut jouir et être fier) est indispensable, et par conséquent l’immoralité des villes laides ou déprimantes ; nous postulerons que nous devons rechercher la qualité des personnes et non leur nombre, et par conséquent la nécessité d’une stratégie concertée pour empêcher l’explosion démographique actuelle de ruiner tous nos espoirs pour un monde meilleur ; nous postulerons que l’entendement et la jouissance authentiques sont des fins en soi, tout autant que des outils de travail ou des moyens de se détendre, et par conséquent, la nécessité d’explorer des techniques d’éducation et d’auto-éducation et de les mettre à la disposition de tous ; nous postulerons que la satisfaction la plus sublime provient de la profondeur et de l’intégrité de la vie intérieure, et par conséquent la nécessité explorer les techniques de développement spirituel et de permettre à tous d’en disposer ; et par-dessus tout, nous postulerons que notre devoir envers le cosmos revêt deux aspects complémentaires – le premier envers nous-mêmes qui s’accomplira par la réalisation et la jouissance de nos capacités, et le second envers autrui, qui s’accomplira au service de la communauté, en favorisant le bien-être des générations à venir et le progrès de toute l’espèce.
Si elle le souhaite, l’espèce humaine peut se transcender – non pas par accès, d’une manière chez un individu et d’une autre chez un autre, mais dans sa totalité, en tant qu’humanité. Nous avons besoin d’un nouveau nom pour cette nouvelle conviction. Peut-être le mot « transhumanisme » pourra-t-il convenir : l’homme demeurera l’homme, mais se transcendant en réalisant les possibilités de sa nature humaine et à leur avantage.
« Je crois en le transhumanisme » : sitôt que cette conviction sera suffisamment partagée, l’espèce humaine se tiendra au seuil d’une nouvelle existence, aussi dissemblable de la nôtre que la nôtre l’est de celle de l’homme de Pékin. Elle accomplira enfin consciemment son véritable destin.
Julian Huxley
Source : Julian Huxley, In New Bottles for New Wine, Londres, éd. Chatto & Windus, 1957.
Traduction française par Annie Gouilleux, décembre 2014.
[1] L’expression qu’utilise Julian Huxley est « Pisgahglimpses » : il se réfère à un passage de l’Ancien Testament dans lequel il est dit qu’avant de mourir, Moïse est monté sur l’un des sommets du Mont Nebo, en Jordanie, d’où il a pu embrasser la Terre Promise du regard. Cette référence apparaît assez fréquemment dans la littérature classique anglaise, du moins jusqu’au XXe siècle, mais ne signifierait rien pour des lecteurs peu familiarisés avec la Bible, c’est pourquoi j’ai choisi de l’occulter. [NdT]
[2] On pourrait dire que c’est chose faite, sans amélioration sensible de la marche du monde, à voir l’engouement du monde occidental pour les techniques spirituelles orientales comme le yoga, par exemple, qui font surtout office de soupape de sécurité. On peut aussi penser aux techniques psychologiques de développement personnel qui jouent le même rôle, sans donner à l’individu le moindre pouvoir sur sa vie communautaire. [NdT]
Notes de bas de page
1 Cette contribution reprend une publication antérieure, initialement parue dans le dossier « Penser le transhumanisme : vers de nouvelles pratiques médicales ? » de la Revue Générale de Droit Médical, n° 75, 2020, p. 137-158. Voir : Christian Byk, « Le transhumanisme : de Julian Huxley à l’UNESCO. Quel objectif pour l’action internationale ? », RGDM, n° 75, 2020, p. 137-158, en ligne : https://www.bnds.fr/edition-numerique/revue/rgdm/rgdm-75/le-transhumanisme-de-julian-huxley-a-l-unesco-quel-objectif-pour-l-action-internationale-9923.html.
2 C. Kenneth Waters, Albert van Helden (dir.), Julian Huxley, Biologist and Stateman of Science, Proceedings of a Conference Held at Rice University 25-27 September 1987, Rice University Press, Houston, TX, 1993.
3 Chloé Maurel, L’Unesco de 1945 à 1974, thèse de doctorat d’histoire, université Paris 1, 2005, en ligne : https://www.theses.fr/2006PA010668. Sur J. Huxley, voir p. 47-65.
4 UNESCO, Négociations intergouvernementales sur le projet de Recommandation sur l’éthique de l’intelligence artificielle, https://fr.unesco.org/news/negociations-intergouvernementales-projet-recommandation-lethique-lintelligence-artificielle.
5 Manon Deboise, Le transhumanisme en France, mémoire, Université Aix-Marseille Paul Cézanne, Institut d’Études Politiques, Aix-en-Provence, année 2011-2012, https://iatranshumanisme.com/2016/04/03/le-transhumanisme-en-france/.
6 Olivier Dard, Alexandre Moatti, « Aux origines du mot transhumanisme », Futuribles, n° 413, juillet-août 2016, https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01618448/document.
7 Nick Bostrom, « A history of transhumanist thought », Journal of Evolution and Technology, vol. 14, Issue 1, April 2005 : en original en anglais « The word “transhumanism” appears to have been first used by Aldous Huxley’sbrother, Julian Huxley, a distinguished biologist (who was also the first director-general of UNESCO and a founder of the World Wildlife Fund) ».
8 Olivier Dard, Jean Coutrot, de l’Ingénieur au Prophète, Besançon, Presses universitaires franc-comtoises, 1999, http://chsp.sciences-po.fr/en/fond-archive/coutrot-jean.
9 Idem, p. 6.
10 Julian Huxley, Le transhumanisme in New Bottles for New Wines, Londres, Chatto and Windus, 1957, trad. en fr. par Annie Gouilleux, 2014, https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/la-declaration-transhumaniste/le-transhumanisme-1957/.
11 Gilbert Hottois, Philosophie et idéologies trans/posthumanistes, Paris, Vrin, 2017, p. 291. On lira également de cet auteur : Le transhumanisme est-il un humanisme ? Académie royale de Belgique, livre numérique, Liège, 2014. Pour une critique de la position de G. Hottois, lire notamment : Anna Falcone, « Le transhumanisme est-il un humanisme ? » Réponse à G. Hottois, https://xxiemesiecle.wordpress.com/tribunes-et-recensions/le-transhumanisme-est-il-un-humanisme-reponse-a-gilbert-hottois/.
12 C. K. Waters & A. Van Helden (dir.), Julian Huxley: biologist and statesman of science, Rice, Rice University Press, Houston TX, 1992.
13 Julian Huxley pensait que l’eugénisme pouvait être un moyen d’amélioration humaine. Il fut ainsi président de la British Eugenics Society de 1959 à 1962.
14 Jean Clair, La Fabrique de l’homme nouveau, Paris, Gallimard, 2008.
15 Jean-Louis Schlegel, « Le transhumanisme et Teilhard de Chardin, même combat ? », Esprit, mars-avril 2017, p. 68-75.
16 Julian Huxley, Religion without Revelation, Haper and brothers Publishers, 1927, https://archive.org/details/in.ernet.dli.2015.90330/page/n345.
17 Idem, p. 8.
18 Ibidem, p. 9.
19 Ibidem, p. 9.
20 Ibidem, p. 10.
21 Olivier Dard, Alexandre Moatti, « Aux origines du mot transhumanisme », op. cit., p. 8.
22 Olivier Dard, Jean Coutrot, de l’Ingénieur au Prophète, Besançon, Presses universitaires franc-comtoises, op. cit., p. 371-376.
23 Pierre Teilhard de Chardin, The Phenomenon of Man, New York, Evanston, Londres, Harper and Row, 1959 ; introduction de Sir Julian Huxley.
24 Le Manifeste des généticiens (https://sniadecki.wordpress.com/2015/01/19/manifeste-des-geneticiens-1939/) a été élaboré lors du septième Congrès International de Génétique qui s’est clôturé à Edinburgh trois jours avant la déclaration de la Seconde Guerre mondiale. Les personnalités à l’origine de ce texte, notamment J. Huxley, J. B. S. Haldane et H. Müller, sont toutes progressistes. Le point 6 précise notamment que « la sélection consciente nécessite, de plus, que la ou les directions que doit prendre cette sélection soient approuvées, et ces directions ne peuvent pas être sociales, c’est-à-dire convenant au bien de l’humanité dans son ensemble, sans que les motivations sociales prédominent dans la société. Ceci en retour implique son organisation socialisée. Les objectifs génétiques les plus importants, du point de vue social, sont l’amélioration des caractéristiques génétiques produisant (a) la bonne santé, (b) le complexe qu’on nomme intelligence, et (c) les qualités de tempérament qui favorisent l’empathie et la sociabilité plutôt que celles (aujourd’hui plus estimées par beaucoup) qui produisent le “succès” personnel, au sens où succès est usuellement compris de nos jours ».
25 Julian Huxley, L’UNESCO, ses buts et sa philosophie, Commission préparatoire de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, 1946, https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000068197_fre.
Paul Weindling, « Julian Huxley and the Continuity of Eugenics in Twentieth-century Britain », J Mod Eur Hist., 2012 Nov 1, 10(4), p. 480-499.
26 Julian Huxley, L’UNESCO, ses buts et sa philosophie, op. cit., p. 7.
27 Auguste Comte, Cours de philosophie positive, 6 vol., J.-B. Baillère, Paris, 1869 et Mary Pickering, « Le positivisme philosophique : Auguste Comte », Revue interdisciplinaire d’études juridiques, 2011/2, vol. 67, p. 49-67, https://www.cairn.info/revue-interdisciplinaire-d-etudes-juridiques-2011-2-page-49.htm.
28 Paul T. Phillips, « One World, One Faith: The Quest for Unity in Julian Huxley’s Religion of Evolutionary Humanism », Journal of the History of Ideas, University of Pennsylvania Press, vol. 68, n° 4, oct. 2007, p. 613-633.
29 H. G. Wells, J. Huxley, G. P. Wells, The Science of Life, The Waverley Publishing Company Ltd. Le livre a été publié à l’origine en 31 parties bimensuelles, livrées en 3 volumes de 1929 à 1930 et en un seul volume en 1931.
On a dit du livre quatre (« Le comment et le pourquoi du développement et de l’évolution ») qu’il « offr(ait) peut-être le compte rendu populaire le plus clair, le plus lisible, le plus succinct et le plus informatif jamais rédigé. C’est ici que [Huxley] a exposé pour la première fois sa version de ce qui est ensuite devenu “la synthèse évolutive” ».
30 David C. Smith, H.G. Wells: Desperately Mortal, New Haven et Londres, Yale University Press, 1986, p. 263. En original : « the first modern textbook of biology ».
31 Norman & Jean Mackenzie, H.G. Wells: A Biography, New York, Simon and Schuster, 1973, p. 357. En original : « the best popular introduction to the biological sciences ».
32 UNESCO, Acte constitutif, 16 novembre 1945 (entrée en vigueur le 4 novembre 1946), http://www.unesco.org/education/pdf/UNESCO_F.PDF.
33 W. H. G. Armytage, « The First Director-General of UNESCO », in Milo Keynes, G. Ainsworth Harrison, Evolutionary Studies, A centenary celebration of the life of J. Huxley, Londres, Palgrave Macmillan, 1989, p. 186-193.
34 Julian Huxley, L’UNESCO, ses buts et sa philosophie, op. cit.
35 Idem, p. 7.
36 Ibidem, p. 8.
37 Ibidem, p. 8.
38 Ibidem, p. 8.
39 Ibidem, p. 8 et 9.
40 Ibidem, p. 8 et 9.
41 Ibidem, p. 9.
42 Ibidem, p. 9.
43 Julian Huxley, Evolution in action, New York, New American Library, 1961, p. 119.
44 Julian Huxley, The evolution: the Modern Synthesis, New York et Londres, Harper and Brothers Publisher, 1942.
45 Roger Smith, « Biology and Values in interwar Britain: C.S Sherrington, J. Huxley and the vision of Progress », Past and Present, vol. 178, issue 1, 2003, 178, p. 213.
46 John C.Greene, « The Interaction of Science and World View in Sir Julian Huxley’s Evolutionnary Biology », Journal of the History of Biology, 1990, 23, p. 51.
47 Julian Huxley, « If I were a dictator », Harper’s Magazine, Oct. 1934 issue.
48 Cédric Villani, Donner un sens à l’intelligence artificielle : pour une stratégie nationale, Rapport public au Premier ministre, 2017.
49 Cf. https://www.actuia.com/news/recommendation-oc-intelligence-intelligence/et Nicolas Le Dévédec, « L’homme augmenté, la biomédecine et la nécessité de (re)penser la vie », SociologieS, Dossiers, Sociétés en mouvement, sociologie en changement, http://journals.openedition.org/sociologies/5259, Penser une sociopolitique de la vie, para. 18-23.
50 Audrey Azoulay, Tirer le meilleur parti de l’IA, Courrier de l’UNESCO, Grand angle, Intelligence artificielle : promesses et menaces, 2018/3. https://fr.unesco.org/courier/2018-3/audrey-azoulay-tirer-meilleur-parti-ia. Voir également : Principes pour l’IA : vers une approche humaniste ? Une conférence mondiale, 4 mars 2019, note conceptuelle.
51 17 objectifs pour sauver le monde : https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/.
Audrey Azoulay, L’intelligence artificielle peut être une chance formidable pour accélérer la réalisation des objectifs de développement durable. Mais toute révolution technologique entraîne de nouveaux déséquilibres qu’il faut essayer d’anticiper, https://fr.unesco.org/artificial-intelligence.
52 Ibidem.
53 « En réponse à ces transformations majeures de nos sociétés induites par l’IA, l’UNESCO – en tant que laboratoire d’idées à l’échelle mondiale, moteur dans l’élaboration des normes, fournisseur de conseils politiques, et en tant qu’organisme de développement des capacités – jouera un rôle clef dans la promotion de la coopération internationale et le façonnement de l’avenir de l’IA.
Le mandat de l’UNESCO implique une approche de l’IA centrée sur l’humain ; de centrer le dialogue sur le rôle de l’IA dans la lutte contre les inégalités d’accès au savoir, la recherche et la diversité des expressions culturelles, et de s’assurer que l’IA ne creuse pas la fracture technologique entre et dans les pays. La promesse d’une IA pour tous doit permettre à chacun de tirer profit de la révolution technologique en cours et d’accéder à ses fruits, notamment en matière d’innovation et de savoir ». https://fr.unesco.org/artificial-intelligence/principles-ai-towards-humanistic-approach.
54 Audrey Azoulay, Tirer le meilleur parti de l’IA, op. cit.
55 Table ronde sur « l’Intelligence artificielle : réflexion sur sa complexité et sur son impact dans la société », UNESCO Paris, France, 11 septembre 2018. https://fr.unesco.org/events/table-ronde-intelligence-artificielle-reflexion-sa-complexite-son-impact-societe.
56 Note conceptuelle, Forum sur l’intelligence artificielle en Afrique, Université Mohammed VI Polytechnique, Benguérir, Maroc 12-13 décembre 2018, https://fr.unesco.org/sites/default/files/forum_ai_afrique_noteconceptuelle_fr_0.pdf.
57 Blockchain : usages et perspectives, Paris, 17 mai 2019, https://fr.unesco.org/blockchain-practices-and-perspectives.
58 Audrey Azoulay, Tirer le meilleur parti de l’IA, Courrier de l’UNESCO, Grand angle, Intelligence artificielle : promesses et menaces, 2018/3, op. cit.
59 https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000248724_fre
60 Para. 106.
61 Para. 116 b).
62 https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000253952_fre
63 Para. 216.
64 Cf. Appel à une gouvernance fondée sur les droits de l’être humain, http://up-magazine.info/index.php/actualites/actus-bref/8474-ia-appel-a-une-gouvernance-fondee-sur-les-droits-de-l-etre-humain.
65 Audrey Azoulay, L’intelligence artificielle peut être une chance formidable pour accélérer la réalisation des objectifs de développement durable. Mais toute révolution technologique entraîne de nouveaux déséquilibres qu’il faut essayer d’anticiper, op. cit.
Auteur
-
Christian Byk
Commission française de l’UNESCO
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