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    Plan détaillé Texte intégral Saint-Maurice, une ancienne église de garnison allemande devenue une paroisse catholique de Strasbourg L’église de garnison Les riches heures de la paroisse civile dans l’entre-deux-guerres L’épreuve de la Seconde Guerre mondiale L’après-guerre : un nouvel âge d’or Le Père Fichter, un « curé de choc » dans la tourmente de l’Église et de la société Un clergé « ouvert », voire « inclusif » Une statue instrumentalisée Illustrations Notes de bas de page Auteur

    Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée

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    Table des matières

    Saint-Maurice, une ancienne église de garnison allemande devenue une paroisse catholique de Strasbourg

    Jean-Noël Grandhomme

    p. 203-224

    Texte intégral Saint-Maurice, une ancienne église de garnison allemande devenue une paroisse catholique de Strasbourg L’église de garnison Les riches heures de la paroisse civile dans l’entre-deux-guerres L’épreuve de la Seconde Guerre mondiale L’après-guerre : un nouvel âge d’or Le Père Fichter, un « curé de choc » dans la tourmente de l’Église et de la société Un clergé « ouvert », voire « inclusif » Une statue instrumentalisée Illustrations Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Saint-Maurice, une ancienne église de garnison allemande devenue une paroisse catholique de Strasbourg

    1Le 9 juillet 2017 l’ensemble de la Neustadt de Strasbourg est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO1. Cet événement clôt un long processus de réappropriation de leur passé par les édiles et les habitants de la ville. Longtemps décrié, le « quartier allemand », construit au temps de l’Annexion (1871-1918), est désormais en quelque sorte placé – curieuse évolution historique – sur un pied d’égalité avec le vieux Strasbourg, classé quant à lui par l’UNESCO dès 1988, à l’occasion du bimillénaire de la cité. Composée de bâtiments civils et militaires de prestige – comme le Kaiserpalast (Palais du Rhin), la Kaiser-Wilhelms-Universität (Palais universitaire) ou encore la Kaiserliche Universitäts- und Landesbibliothek (Bibliothèque nationale et universitaire) –, ainsi que de nombreux immeubles privés et de villas, la Neustadt comprend également plusieurs églises2.

    2Parmi elles, « Saint-Maurice, ancienne église de garnison catholique, s’élève en bordure de l’avenue de la Forêt-Noire. Son haut clocher constitue l’un des principaux repères visuels dans cette partie de la Neustadt. L’église Saint-Maurice fut construite par l’architecte Ludwig Becker3, de Mayence, dans le style gothique rhénan du xive siècle. Le programme prévoyait qu’elle abrite 1 400 places assises et 600 places debout. […] La particularité la plus remarquable est l’aspect du transept, avec ses bras à terminaison polygonale, comme le chœur. Le plan de l’église du côté oriental est une version gothique des “chevets tréflés” que font voir plusieurs églises romanes de Cologne. La nef compte trois travées ; ses bas-côtés sont traités à la manière de chapelles communiquant entre elles. Au fond de la nef, la tribune d’orgue repose sur un vestibule voûté. Au nord se situe la chapelle baptismale. Le clocher s’appuie à la nef, du côté méridional, ce qui confère un aspect dissymétrique et inattendu à la façade. La sacristie contribue au caractère pittoresque des volumes extérieurs. La façade comprend quelques détails sculptés, tout comme l’intérieur. Parmi les vitraux, celui au-dessus de l’entrée représente le Jugement dernier »4.

    3Ce n’est pas l’aspect architectural et artistique de cette église5 qui nous préoccupe ici – même si nous y faisons forcément allusion, notamment lorsqu’il a des implications politiques –, mais bien son histoire, d’abord en tant qu’église militaire, puis en tant que paroisse urbaine. Celle-ci connaît deux périodes fastes de part et d’autre de la Seconde Guerre mondiale, avant d’être confrontée à la recomposition du paysage religieux alsacien, entre déclin et renouveau. En guise de fil conducteur, nous nous demanderons si la vocation militaire de l’église a encore une résonance après 19186.

    L’église de garnison

    4Dans les premières années de l’Annexion les soldats catholiques de l’importante garnison de Strasbourg entendent la messe à la Cathédrale ou dans la chapelle du collège épiscopal Saint-Étienne qui, bien que comptant 800 places, ne peut suffire ; en conséquence, chaque dimanche et fêtes y sont célébrés deux offices. Les soldats viennent de toutes les régions catholiques de l’Empire : Bavière, Palatinat, Rhénanie, Pologne prussienne, Alsace-Lorraine, Bade, surtout. Au bout d’une vingtaine d’années cette situation « provisoire » devient indigne de la capitale du Reichsland. À la suite d’un accord verbal entre l’intendance du XVe corps et la Ville en octobre 1890, suivi d’études quant à la constructibilité du terrain pressenti, celui-ci, d’une surface de 3, 40 ares, est vendu à l’armée pour 96 000 marks.

    5Après la présentation, le 25 mars 1894, du projet de Ludwig Becker (1855-1940 – diplômé de l’université technique d’Aix-la-Chapelle), préféré à celui de deux autres architectes (Carl Schäfer de Karlsruhe et August Rinklake de Berlin), le ministère de la Guerre et l’Académie d’architecture de Berlin formulent, en décembre, une série de contre-propositions, que Becker inclut dans son projet définitif du 23 juillet 1895 (la hauteur du clocher est augmentée de trois mètres pour en atteindre soixante-cinq et la solidité des piliers est renforcée par l’augmentation de leur diamètre)7. Construite sur la place Arnold, l’église s’inscrit dans la longue perspective formée par les avenues des Vosges, d’Alsace et de la Forêt-Noire, qui relient la place de Haguenau au pont Vauban, lequel conduit au port du Rhin et à la ville badoise de Kehl. L’architecte assume la direction des travaux, mais il partage la responsabilité de l’exécution avec l’inspecteur des bâtiments de la garnison, Buschenhagen ; et avec les architectes du gouvernement (Regierungsbaumeistern) Hahn et Michael. La première pierre est posée le dimanche 10 mai 18968. Le coût des travaux s’élève pour finir à 770 000 marks9. Le 29 mai 1899 la consécration est présidée par Mgr Johannes Baptist Assmann, aumônier général de l’armée prussienne (Feldpropst), suivie d’une grand’messe solennelle en présence des autorités militaires, de la municipalité et du clergé diocésain. Un moment annoncé, le Kaiser se fait finalement représenter par le général von Meerscheidt-Hüllessem, commandant du XVe corps10.

    6Toutefois, lors de son séjour à Strasbourg, du 3 au 6 mai 1899, l’empereur visite l’église en compagnie du Statthalter (gouverneur), le prince von Hohenlohe Langenburg, de Becker, de Hahn et du général von Falkenstein (alors encore pour quelques jours commandant du XVe corps). Très impressionné, notamment, par le maître-autel, il remet des décorations à l’architecte et aux principaux artistes qui sont intervenus dans les aménagements intérieurs. Pendant la période allemande l’église est placée sous la responsabilité de l’aumônier militaire (Militäroberpfarrer), Mgr Wilhelm11, le bâtisseur12 ; et de son adjoint l’abbé Brunissen13. Sept portes permettent une entrée et une sortie rapide des troupes, chaque unité ayant son emplacement désigné dans l’église.

    7Saint-Maurice se trouve forcément en concurrence avec Saint-Paul (Paulskirche), l’imposante église de garnison protestante, construite à partir de 1892 à environ un kilomètre de là par l’architecte Louis Müller, qui s’est inspiré de l’église Sainte-Élisabeth de Marbourg (xiiie siècle). D’une surface comparable, Saint-Paul peut cependant accueillir plus de soldats que Saint-Maurice (3 000) et y a été installé une loge impériale. Inaugurée le 9 mai 1897, l’église présente, avec ses flèches jumelles de soixante-seize mètres de haut, l’aspect d’une « cathédrale idéale » et compte seize portes, autant que le nombre d’unités présentes à l’époque à Strasbourg14. « Les deux églises de garnison, affirment Hervé Doucet et Jean-Pierre Meyer, sont de véritables œuvres d’art total. Le décor intérieur (les lustres, les vitraux, le décor peint, les meubles) et le mobilier liturgique contribuent à [leur] donner leur unité stylistique. »15

    8Sankt Mauritius est placée sous le vocable de l’un des saints militaires les plus populaires. Ce n’est point saint Martin de Tours, dont le culte est pourtant très répandu dans le monde germanique – a-t-il été jugé trop « Français » ? Aucun document ne permet de l’affirmer –, mais un décurion de l’armée romaine qui a refusé de sacrifier aux dieux et a été martyrisé à Auganuum (Agaune), en Suisse, sous Dioclétien et Maximien (entre 303 et 305), avec, selon la légende, l’ensemble de la Légion thébéenne ou thébaine, recrutée en Égypte – en réalité avec quelques compagnons seulement16. Offertes en septembre 1927 par Mgr Joseph Marietan, abbé de Saint-Maurice en Valais (anciennement Agaune), des reliques de saint Maurice ont longtemps trôné dans une châsse sur le maître-autel, avant d’en être retirées dans les années 2000, puis être de nouveau présentées lors de la fête paroissiale à partir de 2021. C’est donc paradoxalement un officier qui a désobéi à ses supérieurs qui est exalté ici par l’armée allemande.

    9Ce maître-autel en grès et en chêne sculpté doré offre aux militaires des exemples de soldats ayant atteint la sainteté, et leur donne à voir des apôtres de l’Europe. L’un des panneaux représente en effet saint Boniface, martyrisé par les Frisons en 754 ; l’autre saint Martin (316-397), officier de l’armée romaine, en train de partager son manteau avec un pauvre. La partie centrale est consacrée à la légende/histoire de saint Maurice, en deux panneaux : à gauche il confesse sa foi devant ses supérieurs, face à l’autel du culte païen ; et à droite le bourreau s’apprête à lui couper la tête. Sur l’arrière (panneaux visibles deux mois par an jusque dans les années 1990, quand le retable était fermé pendant le carême et l’avent – tradition ensuite tombée en désuétude, avant d’être réanimée en 2019), sont représentés sainte Élisabeth de Hongrie (1207-1231), épouse du landgrave Louis IV de Thuringe ; le protomartyr saint Étienne ; le soldat saint Victor de Milan (un contemporain de Maurice, martyrisé en 303) ; un autre saint Victor, prêtre mis à mort à Carthage en 259 ; et enfin sainte Cécile, martyre romaine du iie ou du iiie siècle, patronne des musiciens.

    10Les plus hauts personnages témoignent leur sollicitude au nouvel édifice. Les verrières placées de chaque côté du maître-autel sont en effet offertes par le roi de Prusse, empereur allemand, Guillaume II ; et par le grand-duc de Bade, Frédéric Ier – tous les deux luthériens. Elles représentent, outre saint Maurice : sainte Barbe et sainte Catherine, patronnes de l’artillerie ; le roi Arthur, Godefroy de Bouillon, roi de Jérusalem ; et la Vierge Marie, patronne de la Bavière. Elles portent les écus de la Bavière, de l’Alsace et de la Ville de Strasbourg. Le nom de la dynastie régnante, Hohenzollern, y est inscrit ; ainsi que la formule (en latin) : Léopold, comte de Bavière de l’Est. Année 1900. Prince régnant (régent du royaume de Bavière). Le vitrail du milieu, don du roi et de la reine de Wurtemberg, Guillaume II et Charlotte de Schaumbourg-Lippe, est consacré à la légende de saint Georges, patron de la cavalerie. Dans le médaillon de la partie supérieure l’archange saint Michel terrasse le diable. En bas à droite on peut voir les armoiries de l’Empire allemand, avec la mention : Guillaume II empereur, roi de Prusse 1898 et l’aigle prussienne. Le vitrail du baptistère, don du Statthalter von Hohenlohe Langenburg, représente le pape saint Sylvestre donnant le baptême à l’empereur Constantin. Guillaume II veut apparaître lui aussi comme le modèle du prince chrétien. Son Empire est en quelque sorte le successeur du Saint Empire romain germanique – ne s’intitule-t-il pas « Second Reich » –, qui s’inscrit lui-même dans la continuité de l’Empire de Charlemagne et de l’Empire romain. Le peuple allemand est ainsi le nouveau peuple élu.

    11Comme la plupart des églises d’Alsace – et sans égard pour son statut d’église de garnison –, Saint-Maurice est victime de l’ordonnance de réquisition du 1er mars 191717. Dépouillée de ses trois cloches en bronze (sorties de la fonderie Klinker de Sinn, en Hesse-Nassau), fondues à Francfort au profit de l’effort de guerre, l’église reconstitue toutefois, et améliore même, sa grande sonnerie en 1931. Son carillon comprend désormais six cloches, cette fois fondues en France (par les établissements Jules Robert de Nancy), bénies le 3 janvier 1932, en présence du curé Charles Rhein (1921-1936), par Mgr Ruch (1919-1945), évêque de Strasbourg, ancien aumônier du 20e corps de l’armée française18. Autre rappel de l’initiale vocation militaire de l’église, l’un des parrains des cloches est le général d’Armau de Pouydraguin, ancien gouverneur militaire de Strasbourg, puis commandant du 20e corps, originaire de Sélestat19.

    Les riches heures de la paroisse civile dans l’entre-deux-guerres

    12Entre-temps, l’armée allemande a évacué Strasbourg, après une courte période révolutionnaire en novembre 1918, qui n’a pas entraîné de dégradations à Saint-Maurice. La paroisse est alors provisoirement administrée par l’abbé Alfred Stroesser à partir du 1er décembre. La francisation de cet édifice à l’histoire particulière passe par des manifestations telles que, le 12 janvier 1919, ce concert de musique religieuse donné au profit de l’Œuvre « Aux provinces martyres de France »20. Le 28 juin l’article 56 du traité de Versailles précise que la France entre en possession, sans être redevable d’aucun dédommagement, de tous les biens de l’Empire ou des États allemands situés en Alsace-Lorraine. L’armée ne s’intéresse toutefois pas aux églises de garnison et la Ville n’en veut pas non plus, comme elle le fait savoir le 20 novembre 1920. « En fait, écrit Gérard Ulrich, le problème du financement mobilise toute l’attention du conseil [municipal]. Ces deux anciennes églises de garnison contribuent certes à l’embellissement de la ville et à sa vie sociale, mais création de paroisses entraîne affectation d’édifice cultuel, donc dépenses de fonctionnement et d’entretien. […] En conséquence, le conseil municipal refuse toute implication dans cette question et renvoie la propriété des églises à l’État. À lire la transcription des débats il semble que des arrière-pensées anticléricales ont orienté le vote d’une partie des conseillers. »21 Finalement, Gabriel Alapetite, commissaire général de la République en Alsace-Lorraine concordataire, prend, le 2 juillet 1921, un arrêté érigeant une paroisse catholique dans l’église Saint-Maurice.

    13Le 13 novembre Mgr Ruch érige à son tour canoniquement la nouvelle paroisse :

    Nous avons accueilli avec bienveillance la pétition adressée par des fidèles de notre ville épiscopale nous exposant qu’ils ne pouvaient se rendre que difficilement dans leurs églises, tandis que l’église Saint-Maurice, construite autrefois à l’usage de la garnison, était maintenant abandonnée par le gouvernement à l’usage des fidèles. Aussi avons-nous décidé de procéder, selon leur demande, à la division des anciennes paroisses et à l’érection d’une nouvelle. C’est pourquoi, après enquête faite à ce sujet, ayant entendu l’avis des recteurs de Saint-Pierre-le-Jeune, de Sainte-Madeleine, de Saint-Louis à La Robertsau, nous séparons des paroisses indiquées plus haut, la partie de la ville comprise entre : rue de l’Université, boulevard de la Victoire (en partie), rue Vauban, avenue de la Forêt-Noire (en partie), canal de Communication, canal de l’Ill au Rhin et l’Ill, et érigeons l’église de Saint-Maurice en église paroissiale, donnant aux habitants de ce quartier pleine liberté d’y faire des funérailles, d’y avoir les fonts de baptême, des cloches et, en général, tout ce qui habituellement désigne l’église paroissiale22

    14Saint-Maurice compte alors de 3 à 4 000 fidèles, en général assidus, dont le nombre augmente au fur et à mesure que le quartier continue d’être construit. La paroisse fait preuve d’un grand dynamisme et bientôt il faut augmenter le nombre des vicaires. Non seulement les messes sont très fréquentées, mais aussi les vêpres, les triduums, les retraites, les saluts, les dévotions (premiers vendredis, mois de Marie, Rosaire, culte du Sacré-Cœur), le catéchisme pour les enfants et les adolescents. En avril 1923 est créé un bulletin paroissial (Messager de Saint-Maurice à partir de 1927), qui rend compte de la diversité et du nombre des mouvements représentés sur la paroisse, comme la Croisade eucharistique des Enfants, les Enfants de Marie, la Ligue des Femmes françaises, les Dames de Charité, les Mères chrétiennes (autant d’activités coordonnées, à partir d’octobre 1925, par les Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul, installées tout près dans le Foyer Louise de Marillac, sous la direction de Sœur Daria Couffin)23 ; le Comité de la Bonne Presse (qui ouvre, en mai 1925, un stand dans la partie inférieure du clocher) ; le Cercle des hommes, la chorale d’hommes Cæcilia, l’Apostolat eucharistique des hommes ; le Cercle des Jeunes gens (la Thébéenne avec des activités de gymnastique, de tir24, de natation) ; les scouts et guides, un patronage et des petits chantres (qui deviennent une maîtrise en 1927). À partir de 1922 la plupart des activités ont lieu au Foyer Saint-Maurice, l’ancien Verein Straßburger Soldatenheim (Foyer du Soldat) allemand, construit en 1906 rue Vauban25. De 1930 à 1991 la paroisse dispose également d’une bibliothèque de prêt26.

    15Selon le droit local, puisque les autorités françaises ont décidé de maintenir « provisoirement » la législation d’avant-191827, la paroisse est administrée par un conseil de fabrique, chargé de veiller à l’entretien des édifices cultuels, d’administrer les biens et les revenus affectés à l’exercice et aux besoins du culte ; cinq conseillers sont nommés par l’évêque et quatre par le préfet, partiellement renouvelables tous les trois ans. Le curé en est membre de droit, ainsi que le maire ou son représentant, qui ont voix délibérative. Le conseil élit son président et son secrétaire. Sont soumis aux délibérations : les comptes et le budget (ensuite présentés à l’évêque pour approbation), les dépenses extraordinaires, les dons, legs, acquisitions, aliénations, emprunts et subventions28. Le premier et éphémère président du conseil de fabrique est une personnalité prestigieuse de « l’Alsace française », Anselme Laugel (1851-1928), ancien député au Landesausschuss (Parlement régional), cofondateur de la francophile Revue alsacienne illustrée et membre du cercle d’artistes de Saint-Léonard, réfugié en France à la veille de la déclaration de guerre et déclaré Landesverräter (traître à la patrie) par les Allemands29.

    16En juillet 1924 la paroisse s’affilie à la Ligue des catholiques d’Alsace formée pour lutter (avec succès) contre le projet du gouvernement du Cartel des gauches, dirigé par Édouard Herriot, d’extension des lois laïques à l’Alsace-Moselle. En mars 1928 est prêchée par les Pères rédemptoristes la première mission en français. Le 23 novembre 1930 est célébré solennellement, en présence de Mgr Ruch, le centenaire de l’apparition de Notre-Dame de la Médaille miraculeuse à Catherine Labouré. En 1933 ouvre sur le territoire de la paroisse l’institution Sainte-Clotilde, tenue par les Sœurs de la Divine Providence de Ribeauvillé, une congrégation connue pour sa francophilie pendant l’Annexion. En juillet 1935 la grandiose procession du Saint-Sacrement organisée à l’occasion du Xe Congrès eucharistique national passe tout près de l’église, à l’Esplanade (alors terrain militaire), sous quatorze arcs de triomphe représentant les arrondissements d’Alsace. Le 27 septembre 1936 l’abbé Charles Dietrich est nommé curé d’une paroisse qui compte maintenant 13 000 catholiques. En octobre les Dames de Charité et les hommes de la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul organisent au Foyer une « soupe populaire » en cette période de crise économique. En mars 1939 la Ligue féminine d’action crée également un « service d’entraide ».

    L’épreuve de la Seconde Guerre mondiale

    17Le 2 septembre la ville de Strasbourg est évacuée. Sauf ceux touchés par l’ordre de mobilisation générale, la plupart des paroissiens sont réinstallés en Dordogne, en particulier à Thénon, d’où le curé Dietrich rayonne sur Génis et Bergerac30. « Cette épreuve montra bien que la “paroisse” ne fut pas un vain mot, dit la chronique ; elle a résisté à cette dispersion et continua d’être active, sur un sol et dans des sanctuaires étrangers qu’ils [les paroissiens] rencontraient souvent dans un triste état de pauvreté sinon d’abandon. Mais grâce à l’esprit paroissial on se sentait moins délaissé. »

    18Même si l’armistice du 22 juin 1940 n’en fait aucune mention, l’Alsace-Moselle est annexée de fait par l’Allemagne nazie, qui demande aux habitants de Strasbourg de regagner leurs foyers. Tous ne s’exécutent pas, mais la plupart le font, comme il est bien naturel, pour retrouver leurs biens et leur cadre de vie. La vie paroissiale, quant à elle, est désormais strictement encadrée, tous les mouvements d’Action catholique sont interdits. Les Foyers Saint-Maurice et Louise de Marillac sont réquisitionnés et pillés, occupés par le RAD (Reichsarbeitsdienst – Service du travail du Reich). Quelques messes militaires sont de nouveau célébrées dans l’église (avec installation des premiers haut-parleurs dans la nef) et la place Arnold sert de cadre aux rassemblements de la Jeunesse hitlérienne. À partir d’août 1942 de nombreux paroissiens sont incorporés de force dans l’armée allemande et bientôt arrivent les premiers avis de décès. Quelques habitants sont également tués au cours de bombardements aériens. De son côté, le curé Dietrich fait partie d’un réseau de passeurs de prisonniers de guerre évadés, qui sont cachés dans les combles de la sacristie.

    19Le 23 novembre 1944 les chars de la 2e DB passent devant Saint-Maurice. Le 26, pour la première fois depuis cinq ans, des cantiques français sont de nouveau entonnés dans l’église, au cours d’un office d’action de grâce, sans cloches, ni orgue, ni électricité. Le drapeau tricolore frappé de l’image du Sacré-Cœur, caché pendant l’annexion de fait, est redéployé à l’entrée du chœur. Les ex-voto en français sont réinstallés dans la chapelle de la Médaille miraculeuse. À Noël le courant électrique est rétabli dans le quartier quelques heures à peine avant la messe de minuit (fixée à 17 h en raison du couvre-feu). Comme l’ensemble des Strasbourgeois, le clergé et les fidèles vivent des heures d’angoisse en janvier 1945 pendant l’offensive Nordwind, par laquelle les Allemands tentent en vain de reprendre la ville. Jusqu’en avril la zone est encore bombardée par l’artillerie allemande repliée de l’autre côté du Rhin.

    L’après-guerre : un nouvel âge d’or

    20Avec les derniers réfugiés de Dordogne rentrent les Sœurs. Dans une atmosphère d’optimisme généralisé, en dépit des deuils et des difficultés matérielles persistantes, les associations et mouvements renaissent et les activités reprennent progressivement au Foyer, en se modernisant, comme le patronage qui est transformé en groupes de Cœurs vaillants et d’Âmes vaillantes. En 1946 un « groupement familial » voit le jour pour traiter les problèmes moraux, religieux, pédagogiques, sociaux, familiaux et matériels que peuvent rencontrer les paroissiens. Le vingt-cinquième anniversaire de la paroisse est marqué par une grand’messe solennelle et une fête à la salle de l’Orangerie. Le 24 décembre 1947 l’évêque, Mgr Weber (1945-1966)31, ordonne plusieurs diacres et prêtres dans l’église, la cathédrale n’étant pas encore utilisable après avoir été désaffectée au culte par les nazis. En juillet 1948 la Légion de Marie s’implante dans la paroisse. En décembre 1953 est créé pour les jeunes le « Ciné-Club », au cours duquel le film projeté au Foyer est suivi d’un débat.

    21Parti en octobre 1948, le curé Dietrich est remplacé le 16 janvier 1949 par l’abbé Alfred Pfeffer, ancien aumônier militaire de l’armée française32, qui prend la tête d’une paroisse florissante, à tel point que dans les grandes occasions l’église est trop petite pour accueillir tous les fidèles. En 1950 le Foyer est donc transformé en chapelle, avec vicaire résident ; d’autres messes ont lieu dans la chapelle des Sœurs de Notre-Dame de Sion et dans celle des Sœurs du Bon-Pasteur. Dans les années 1950 la communion solennelle (profession de foi) doit être célébrée sur deux dimanches, en raison du grand nombre de communiants. Au terme de plusieurs années de quêtes et de souscriptions, une nouvelle paroisse, Saint-Bernard est érigée en 1960 pour le quartier de l’Orangerie ; et une autre, la Très Sainte-Trinité, près de la Citadelle, en 1963. Cependant, même si les exercices de dévotions attirent toujours beaucoup de monde, les temps changent. En février 1964 est ouvert au Foyer un « Disco-Club » pour les jeunes. Après le Concile Vatican II (1962-1965) est créée une équipe liturgique, qui « réunit les animateurs, lecteurs, organistes des célébrations dominicales avec les célébrants »33. En janvier 1966 l’autel est tourné « face au peuple ». À partir de mai la messe est progressivement dite en français et les concélébrations deviennent monnaie courante.

    Le Père Fichter, un « curé de choc » dans la tourmente de l’Église et de la société

    22En mai 1967 le chanoine Pfeffer décide de fermer l’église à l’heure du déjeuner en raison des dégradations et des vols qui y ont été constatés. Lente baisse du sentiment religieux, montée des idéologies gauchistes et anarchistes (alors que la faculté de pharmacie se trouve à l’arrière de l’église, le grand campus de l’Esplanade et le Palais universitaire – un moment bastion des « situationnistes »34 – à quelques centaines de mètres à peine), tous ces facteurs marquent la fin d’une époque bénie pour le clergé, à Saint-Maurice comme ailleurs. Le désarroi de la communauté est accentué par la mort subite de son dynamique pasteur, dans la nuit du 6 août 1967 ; puis par l’incendie criminel, en janvier 1968, de l’autel en bois de Saint-Joseph, à gauche du chœur (qui présentait également des statues de saint Louis, roi de France ; et de saint Henri, empereur germanique), ainsi que de la crèche qui y était installée. Le premier vicaire, l’abbé Jean-Pierre Breysach, assure l’intérim35. Après l’attentat, l’église est entièrement rénovée, de 1969 à 1971 ; les peintures murales, passées de mode, sont recouvertes d’un badigeon blanc36.

    23C’est au nouveau curé, l’abbé Théophile Fichter, installé en février 1968, de gérer ce qui est en fait une crise de civilisation, dont les effets se font sentir y compris dans la très catholique Alsace. Signe d’espoir pour les fidèles, une nouvelle « Maison des Jeunes » est inaugurée en octobre dans la cour du presbytère, le Foyer ne répondant plus aux normes de sécurité. Dans une Église en pleine évolution, la procession de la Fête-Dieu est supprimée. Le 14 novembre 1971 est en revanche célébré en grande pompe le cinquantième anniversaire de la paroisse, en présence de Mgr Léon-Arthur Elchinger (1967-1984), évêque de Strasbourg ; d’André Bord, secrétaire d’État à l’Intérieur, président du conseil général du Bas-Rhin ; et de Pierre Pfimlin, ancien président du Conseil, maire. À cette occasion les origines militaires et allemandes de l’église sont largement évoquées. En 1974 le territoire de la paroisse est scindé une dernière fois avec l’inauguration de l’église du Christ ressuscité à l’Esplanade (qui fonctionnait dans une baraque depuis 1959).

    24Dans les années qui suivent, le Père Fichter est de tous les combats, en particulier contre l’avortement en 1974-1975, puis en 1981-1982 contre son remboursement par la Sécurité sociale, où il demande aux fidèles de soustraire symboliquement une petite somme de leur feuille d’impôts. Le curé n’hésite pas à donner presque explicitement des consignes de vote en chaire pour les élections législatives de 1978 ou les élections présidentielle et législatives de 1981. Après la sortie en France du film de Martin Scorsese, La Dernière Tentation du Christ, le 28 septembre 1988, il apostrophe en pleine messe le maire, Marcel Rudloff, à qui il reproche de ne pas avoir interdit le film dans les salles à Strasbourg, alors que les maires de Metz et de Nancy (ce dernier, André Rossinot, notoirement franc-maçon), l’ont fait par respect pour le pape Jean-Paul II, qui visite l’Alsace et la Lorraine du 8 au 11 octobre.

    25En novembre 1985 l’évêque, Mgr Brand (1984-1997), préside une messe à Saint-Maurice à l’occasion de la béatification d’une grande figure du catholicisme social rhénan, Peter Friedhofen (1818-1860), fondateur des Frères de la Charité, qui dirigent la maison de retraite Saint-Joseph, sur le ban de la paroisse. Celle-ci continue donc d’entretenir une relation privilégiée avec l’aire germanique ; des chants en allemand sont d’ailleurs toujours en usage du fait de la persistance d’un important noyau de fidèles dialectophones.

    26L’anticommunisme est aussi très présent dans les homélies, les écrits et les actions du Père Fichter. Dans la paroisse Saint-Maurice comme en beaucoup d’endroits, on recueille de la nourriture, des vêtements et des produits de première nécessité qui sont ensuite acheminés par camion en Pologne. On y est aussi très sensible à la tragédie des Boat People vietnamiens à la fin des années 1970 et à la lutte pour la démocratie des Chinois dix ans plus tard. « La Chine, hélas ! lit-on dans le journal paroissial à l’été de 1989. Les larmes et le sang après l’espoir. Le peuple chinois avait espéré un peu de liberté, et certains dirigeants étaient favorables à cette évolution. La ligne dure l’a emporté […] : les chars sont venus et le sang a coulé. Qu’il est difficile de sortir de l’oppression communiste ! Mais les chars ne peuvent éternellement écraser l’espoir. »37 Tous les deuxièmes lundis du mois est organisée à l’église une demi-heure de prière pour l’Aide à l’Église en Détresse, une association qui porte secours aux chrétiens persécutés, notamment à l’Est.

    27À l’occasion du bicentenaire de la Révolution française, en juillet 1989, Saint-Maurice Actualités reproduit des extraits de la déclaration, mitigée quant à la célébration fastueuse par l’État de cet anniversaire, des évêques de France, assortie de ce commentaire : « Une devise veut résumer l’apport de cette période, c’est la devise de la République : liberté, égalité, fraternité. Trois mots, trois valeurs essentielles que l’Évangile avait répandues bien avant 1789. Mais on ne peut résumer la Révolution à une débauche de générosité et à la recherche d’idéaux communs. Il y eut des ombres, des massacres, une politique antireligieuse féroce, des divisions dans le clergé. Et des sensibilités s’expriment, craignant qu’on ne retienne que les belles couleurs du tableau et qu’on oublie les ombres. »38 Au moment de l’effondrement du mur de Berlin, le curé Fichter vient de quitter la paroisse, contraint et forcé par l’archevêché, qui entend visiblement donner une nouvelle orientation à la pastorale. Les membres du conseil de fabrique adressent alors à leur pasteur des remerciements publics : « Il a été parmi eux, rappellent-ils, un prêtre annonçant l’Évangile, rappelant la vérité à temps et à contretemps, ainsi que les exigences de la vie chrétienne dans le monde difficile actuel. »39

    28En octobre 1990 est célébré le dix-septième centenaire du martyre de saint Maurice et de ses compagnons, dont est rappelé l’engagement militaire pour la défense de leurs contemporains. À cette occasion, écrit le nouveau curé Breysach (1989-2000 – l’ancien vicaire des années 1960), « notre attention est attirée sur ces hommes sans le témoignage desquels nous ne serions pas ce que nous sommes : hommes habités par l’Esprit, ayant le sens du service ». Est bientôt mis en place un conseil pastoral : « Lieu de partage, de connaissance et de reconnaissance réciproque ; il permet une saine confrontation des points de vue. »40 Le 9 octobre 200541 est créée la communauté Saint-Maurice – Saint-Bernard, « regroupement pastoral formé de plusieurs paroisses qui, tout en gardant leur identité propre, sont appelées à élaborer et mettre en œuvre une pastorale commune »42. Cette réorganisation est la conséquence de la diminution du nombre des prêtres et des pratiquants.

    Un clergé « ouvert », voire « inclusif »

    29Après la transition en douceur de l’ère Breysach, le curé Vincent Steyert (2000-2012) se distingue par son « progressisme ». En mars 2012 il offre son église comme tribune, en pleine messe dominicale, à des militants du PKK (parti des travailleurs du Kurdistan), grévistes de la faim, qui appellent les institutions européennes « à sortir de leur silence complice face à la répression antikurde » et demandent aux autorités turques de mettre fin à l’isolement de leur chef, Abdullah Öcalan, incarcéré à la prison d’İmralı, près d’Istanbul, depuis 1999, ce qui fait dire au site d’extrême gauche Mediapart que « l’Église soutient les grévistes kurdes »43. « Fallait-il les chasser hors de vue, hors de l’église ? se justifie le curé. Il fallait aussi chasser l’Évangile hors de notre esprit ? Nous leur avons proposé deux salles au foyer Saint-Maurice où leur action peut se poursuivre dans des conditions d’hygiène minimum. Nous accueillons leur engagement pour la dignité de vie des hommes. »

    30Alors que le prêtre sert ainsi de caution à l’action d’un groupe marxiste-léniniste inscrit sur la liste des organisations terroristes, certains fidèles désertent l’église. La crise prend fin le 21 avril 2012 quand les dix hommes et les cinq femmes qui ne s’alimentaient plus depuis cinquante-deux jours annoncent qu’ils mettent un terme à leur mouvement. « Tous étaient présents aujourd’hui, sur la place Arnold, rapportent Les Dernières Nouvelles d’Alsace, pour tenir une conférence de presse à laquelle assistaient plusieurs centaines de militants. Les grévistes estiment que leur mouvement en direction des institutions européennes, et notamment du Conseil de l’Europe, “a atteint ses objectifs” […]. » Les militants tiennent à remercier les responsables de l’église Saint-Maurice, dont Vincent Steyert, qui, dans sa réponse, invoque un « devoir d’hospitalité » et leur dit en retour : « Merci pour cet échange d’accueil, de dons et de présence »44.

    31À peine arrivé, son successeur, Philippe Aviron-Violet, est confronté, en février 2013, à ce que l’archevêque de Strasbourg, Mgr Grallet, qualifie d’« acte stupide, méchant et bête ». Plusieurs statues en bois et en pierre de l’église ont été dégradées et reversées, parfois brisées. Une inscription en arabe a été découverte : « Allah ou akbar » (Dieu est le plus grand), ainsi qu’un Coran et un tapis de prière dérobés à la grande mosquée. L’auteur des faits, un Marocain de vingt-quatre ans, rapidement interpellé, est aussitôt qualifié de malade mental45. L’information n’est pas relayée dans la presse locale ; c’est Le Figaro qui la révèle sur son site46. Les faits sont immédiatement minimisés. « C’est l’acte d’un détraqué. En conséquence, cela ne ternira pas nos relations avec la communauté musulmane », précise le curé. « La qualité des relations entre les différents cultes et la force du dialogue interreligieux en Alsace permettront aux uns et aux autres de ne pas mésinterpréter les agissements d’un jeune déséquilibré », explique de son côté Philippe Richert, le président (UMP) de la région47. Après les attentats de janvier 2015 contre le journal Charlie Hebdo et le magasin juif Hypercacher, suivis, en avril, par un attentat déjoué à temps contre deux églises de Villejuif ; puis de l’assassinat, le 26 juillet 2016 à Saint-Étienne-du-Rouvray du Père Jacques Hamel par deux djihadistes, des militaires de l’opération Sentinelle patrouillent, pendant un temps, devant l’église au moment de la messe dominicale. Depuis longtemps déjà les militaires en uniforme et en armes font partie du quotidien des Français. On ne les revoit que très occasionnellement par la suite, après l’attentat du Marché de Noël de Strasbourg, le 11 décembre 2018 ; ou celui de la basilique Notre-Dame de Nice, le 29 octobre 2020.

    32Le Père Aviron-Violet, proche du groupe Jonas « chrétiens au xxie siècle » – qui veut « être, au sein des institutions chrétiennes, un lieu de liberté, pour une réflexion, une prise de parole et d’action » –, ne souhaite pas s’associer au grand mouvement de manifestations et de pétitions contre le projet de loi Taubira dit du « mariage pour tous ». La paroisse n’affrète ainsi aucun car pour les grands rassemblements nationaux à Paris en 2012-2013, au contraire de la plupart des autres sur Strasbourg. Toutefois, la nouvelle équipe rétablit une liturgie conciliaire classique après les innovations diversement appréciées du précédent curé et elle instaure la « messe communautaire » du dimanche, alternativement dans l’une ou l’autre église ; tout en renforçant la vocation européenne de la communauté. Du 1er au 15 mai 2016 environ mille personnes visitent l’exposition Franz Stock (1904-1948), aumônier militaire de la prison de Fresnes pendant la Seconde Guerre mondiale, précurseur de la réconciliation franco-allemande, installée dans l’église Saint-Maurice sous le haut patronage du Parlement européen48. L’équipe « Foi et culture » organise des voyages « sur les traces des bâtisseurs de la paix » : Scy-Chazelles (Robert Schuman) en 2014, Bad Honnef (Conrad Adenauer) en 2015, Spire (Edith Stein) en 2016, Chartres et Paris (Franz Stock) en 201849.

    33Des prêtres étudiant à la faculté de théologie, ainsi que des prêtres assomptionnistes – dont plusieurs roumains – secondent le curé et le vicaire. La présence de cette congrégation, qui possède le groupe de presse Bayard et donc le journal La Croix, renforce le côté « progressiste » de Saint-Maurice et sa vocation européenne. La feuille de semaine relaie la tenue des « cercles de silence » destinés à protester contre la « traque » des sans-papiers. À partir de l’été de 2015, prenant au mot le pape François, qui demande à chaque paroisse catholique d’accueillir une famille de migrants, des militants s’organisent sous l’égide du clergé pour recevoir des réfugiés syriens.

    Une statue instrumentalisée

    34L’ancienne vocation militaire (mais francisée) de l’église est encore soulignée aujourd’hui par la présence, en extérieur, sur le côté droit, d’une imposante statue équestre de Jeanne d’Arc par Paul Dubois, sur un modèle original présenté en 1889 au salon des artistes français, dont d’autres exemplaires en bronze sont visibles devant la cathédrale de Reims, devant l’église Saint-Augustin à Paris et au Meridian Hill Park, à Washington. D’abord installée dans le parc du Palais du Rhin, en 1922, démontée par les Allemands en 1940, mais cachée au port du Rhin, elle est restaurée et inaugurée place Arnold vingt-cinq ans plus tard.

    35Pendant plus de trente ans cette statue se trouvait face à la façade, devant l’entrée principale de l’église. Au printemps de 1997 elle est subitement démontée pour rénovation. La décision est éminemment politique. Le maire, Catherine Trautmann, a en effet pris la tête d’un large mouvement d’opposition à la tenue à Strasbourg d’un congrès du Front national, qui se traduit par une manifestation réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes le 29 mars. Chacun comprend que la municipalité ne voulait pas d’une photographie du président du parti, Jean-Marie Le Pen, devant la statue de Jeanne d’Arc à Strasbourg. Dans le cadre des travaux de rénovation ultérieurs de la place Arnold, piétonnisée en 2010-2011, la statue est installée à son nouvel emplacement, plus discrète désormais.

    36Dans les années 1960-1980 la municipalité célèbre tous les ans la fête de l’héroïne nationale proclamée sainte par l’Église catholique en 1920, avec dépôt de gerbe. Aujourd’hui elle n’est plus honorée que par quelques dizaines de personnes, sans lien avec la paroisse, un groupe de catholiques traditionnels, sous le regard curieux ou étonné, voire ironique ou même hostile, des passants. Dans ce contexte, un certain nombre de militaires en retraite, comme un colonel animateur d’un cercle royaliste dans les années 1990, retrouvent ponctuellement le chemin de Saint-Maurice.

    37L’épée de cette statue est régulièrement volée. Le 1er mai 2017 elle l’est une fois de plus, cette fois remplacée par le drapeau arc-en-ciel de la cause homosexuelle, ensuite décroché par deux hommes qui le foulent aux pieds avant d’y mettre le feu. Les deux images font le tour des réseaux sociaux, suscitant des réactions diverses50.

     

    38Une rapide enquête menée auprès des paroissiens montre que la plupart d’entre eux connaissent la vocation militaire originelle de l’église. Celle-ci, ouverte sans restriction en journée, est l’objet de visites guidées lors des journées du patrimoine. Un fascicule très complet, qui rappelle l’histoire des lieux et la signification de sa décoration, est disponible dans un présentoir à l’entrée51. De ses origines elle a aussi conservé des liens forts avec sa « jumelle » protestante, l’église Saint-Paul, passée au culte réformé après 1918. Lors du dimanche de janvier consacré à l’unité des chrétiens, une rencontre œcuménique a alternativement lieu dans l’une ou l’autre des églises52.

    39L’église militaire s’est muée en une paroisse vivante, mais peu fréquentée par les militaires, qui lui préfèrent l’actuelle église de garnison située dans l’enceinte du mess des officiers ou d’autres églises de la ville, plus proches de leur domicile ou de leur sensibilité. L’évolution de Saint-Maurice, du conservatisme vers un catholicisme plus à gauche, attire en revanche, dans un contexte où les pratiquants ne se sentent plus forcément attachés à la paroisse de leur quartier, mais à celle qui correspond le mieux à leurs propres convictions, des personnes d’horizon divers qui s’y sentent bien. Au moment de prendre sa retraite, le Père Aviron-Violet exprime sa volonté « que soient gardés l’esprit et le cap de cette pastorale d’accueil et d’ouverture qui caractérisent notre communauté »53. Le Père Michel Steinmetz, jeune quarantenaire à la coupe de cheveux toute militaire qui lui succède en septembre 2018, donne cependant une orientation plus classique à la liturgie et aux homélies. Outre un noyau d’anciens habitants du quartier – séduits par la personnalité du curé et de son équipe, même sans toujours partager leurs options, quelles qu’elles soient – et de familles françaises installées pour un temps plus ou moins long à Strasbourg – dont certaines venues des DOM-TOM –, la paroisse compte parmi ses fidèles des Espagnols, des Hongrois, des Autrichiens, des Italiens, des Polonais et des Allemands – dont un officier de l’Eurocorps, lointain héritier de la Kaiserliche Heer54 –, ainsi que des personnes d’origine mauricienne, africaine, latino-américaine et asiatique. Elle est donc à l’image de l’Église du xxie siècle : universelle et universaliste, assez éloignée de la religion patriotico-chrétienne allemande, puis française qui y était prêchée à la fin du xixe siècle et au début du xxe par des prêtres produits de leur temps.

    40Toutefois, le centenaire est l’occasion d’une redécouverte de la destination première de l’église. Le curé Steinmetz y accueille en effet du 19 mars au 7 avril 2019 une exposition consacrée aux aumôniers catholiques et protestants de la guerre 1914-1918, inaugurée par le chanoine Xibault, chancelier de l’archevêché, représentant de l’archevêque Mgr Ravel, polytechnicien, ancien évêque aux armées. Y sont notamment évoquées, pour le côté allemand, les figures de Mgr Wilhelm et de Mgr Brunissen (qui fut plus tard recteur du Mont Sainte-Odile) ; et pour le côté français, celle de Mgr Ruch. En 2021-2022, le centenaire de l’érection de la paroisse civile est marqué par un cycle de conférences et de manifestations religieuses et culturelles. Ainsi, les paroissiens et les autorités ecclésiastiques se souviennent-ils de la vocation originelle de ce lieu de culte, bien ancré dans le paysage urbain, et des mutations qu’il a subies, à l’image de la ville de Strasbourg et de l’Alsace en général.

    Illustrations

    Figure 1 : L’église catholique Saint-Maurice.

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    Collection Francis Grandhomme.

    Figure 2 : Le plan de l’église Saint-Maurice.

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    Archives paroissiales.

    Figure 3 : première page du livret de l’inauguration de l’église Saint-Maurice.

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    Archives paroissiales.

    Figure 4 : l’église Saint-Paul, temple de la garnison protestante.

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    Collection Fr. Grandhomme.

    Figure 5 : église Saint-Maurice, retable du maître-autel.

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    Cliché J.-N. Grandhomme.

    Figure 6 : église Saint-Maurice, chapelle de la Médaille miraculeuse avec les ex-voto.

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    Cliché J.-N. Grandhomme.

    Figure 7 : statue équestre de Jeanne d’Arc, par Dubois.

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    Cliché J.-N. Grandhomme.

    Notes de bas de page

    1 www.leparisien.fr/10 juillet 2017.

    2 Voir Rieger Théodore, « L’Architecture religieuse à Strasbourg à l’époque allemande », Strasbourg 1900, naissance d’une capitale, Paris, Somogy éditions d’art, 2000, p. 206-213.

    3 Notice par Roger Lehni dans le Nouveau Dictionnaire de biographie alsacienne, Strasbourg, FSHAA, 1983-2007, p. 5058.

    4 http://patrimoine.alsace (site de l’Inventaire du patrimoine en Alsace).

    5 Voir Suzanne Braun, « L’Église Saint-Maurice », Jacques Hampé, Victor Beyer, Églises de Strasbourg, Strasbourg, Oberlin, 2002, p. 188-193 ; San Loïc Miguel et Novella Zerr, Église Saint-Maurice, Devoir semestriel de licence, Université de Strasbourg, 2009.

    6 Cette contribution a pour sources principales les archives de la paroisse (AP), que nous avons pu consulter avec l’aimable autorisation de M. le curé Philippe Aviron-Violet et avec l’aide de Mme Monique Schuler (qui contiennent notamment un historique de la paroisse jusqu’en 1968 écrit par Antoine Veste) ; ainsi que le rapport de Jean-Philippe Meyer pour le service de l’Inventaire et du Patrimoine, Église Saint-Maurice, ancienne église catholique de garnison, 2013, lequel s’appuie sur les Archives départementales du Bas-Rhin, Strasbourg : cartons 27 AL 582 (Églises de garnison), 1049 W 34 (Église de garnison et transformation en paroisse), 2 G 482 J/23-29 (Archives de la paroisse) ; les Archives de la Ville et de la communauté urbaine de Strasbourg : cartons 892 W 297 (Église Saint-Maurice) et 643 W 51 (Dossier de sécurité de l’église et du Foyer) ; et une brochure conservée à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg : Sylvester Wilhelm, Anrede, gehalten bei der Einweihung der katholischen Garnisonkirche zu Straßburg i. E., Strasbourg, Straßburger Druckerei, 1899.

    7 AP, Rapport de l’inspecteur des travaux de la garnison Buschenhagen, 1er mai 1899.

    8 « Die Grundsteinlegung der katholischen Garnisonkirche », Straßburger Post, 11 mai 1896.

    9 AP, Rapport…, op. cit.

    10 « Die Einweihung der katholischen Garnisonkirche », Straßburger Neueste Nachrichten, 29 mai 1899.

    11 Voir Marc Feix et Jean-Noël Grandhomme, Les Évêques alsaciens-lorrains pendant la Grande Guerre (1914-1918), Strasbourg, Ercal Publications, 2019, p. 519-527.

    12 AP, Visite canonique de 1925, réponse du curé Rhein.

    13 Voir M. Feix et J.-N. Grandhomme, op. cit., p. 548-549.

    14 Suzanne Braun, « L’Église réformée Saint-Paul », Églises de Strasbourg…, op. cit., p. 180-187 ; Antoine Pfeiffer (dir.), Protestants d’Alsace et de Moselle : lieux de mémoire et de vie, Ingersheim, SAEP – Strasbourg, Oberlin, 2006, p. 144-146.

    15 Hervé Doucet et Jean-Pierre Meyer, « Les Lieux de culte », Marie Pottecher, Hervé Doucet et Olivier Haegel, La Neustadt de Strasbourg, un laboratoire urbain, 1871-1930, Lyon, Lieux Dits, 2017, p. 126.

    16 Voir Esther Dehoux, Saints guerriers : Georges, Guillaume, Maurice et Michel dans la France médiévale (xie-xiiie siècles), Presses universitaires de Rennes, 2014 ; Louis Dupraz, Les Passions de Saint Maurice d’Agaune : essai sur l’historicité de la tradition et contribution à l’étude de l’armée pré-dioclétienne (260-286) et des canonisations tardives de la fin du IVe siècle, Fribourg, Éditions universitaires, 1961 ; Josef Herzberg Adalbert, Der heilige Mauritius. Ein Beitrag zur Geschichte der deutschen Mauritiusverehrung, Düsseldorf, Schwann, 1936 ; Gude Suckale-Redlefsen, Mauritius. Der heilige Mohr. The Black Saint Maurice, Munich, Schnell, 1987.

    17 DNA, 1er mars 2017.

    18 Voir Xavier Boniface, « L’Aumônerie militaire catholique : les inspecteurs ecclésiastiques », Revue historique des armées, 3/1998, p. 19-26 ; Jean-Noël Grandhomme, « Mgr Ruch, un évêque au service de l’Église et de l’Alsace française », M. Feix et J.-N. Grandhomme, op. cit., p. 45-73 ; Luc Perrin, « Mgr Ruch à Strasbourg. Sa délicate nomination », M. Feix et J.-N. Grandhomme, op. cit., p. 75-98 ; René Epp, « L’Alsace redevenue française (1918-1940) », Francis Rapp (dir.), Histoire du diocèse de Strasbourg, Paris, 1982, p. 270-288 et 300-303 ; Pierre Lorson, Charles Ruch évêque de Strasbourg, Strasbourg-Paris, 1948.

    19 AP, Programme, 3 janvier 1932. Sur ce personnage, voir Grandhomme Jean-Noël, « Le Général d’Armau de Pouydraguin, “héros” de la bataille des Hautes-Vosges », François Cochet, Jean-Noël Grandhomme, Jean-Luc Eichenlaub, François Petrazoller et Yann Prouillet, 1914-1918. Guerre des Vosges, guerres de montagne, Paris, Bernard Giovanangeli, 2016, p. 63-80.

    20 AP, Affiche du concert.

    21 Gérard Ulrich (Lieutenant-colonel), Les Casernes strasbourgeoises, trois siècles d’histoire, 1681-2000, Strasbourg, G. Ulrich, 2013, p. 227.

    22 AP.

    23 Plaquette du cinquantenaire, Strasbourg, s.e., 1971.

    24 AP, Visite canonique de Mgr Ruch, 29 janvier 1934.

    25 Saint-Maurice Actualités, janvier-février 1996.

    26 AP, Historique écrit par Marie-Thérèse Veste, responsable de la bibliothèque de 1940 à 1991.

    27 Voir Joseph Schmauch, Réintégrer les départements annexés. Le gouvernement et les services d’Alsace-Lorraine (1914-1919), Metz, Paraiges, 2019 (Thèse, Université de Lorraine, Nancy, 2016).

    28 Saint Maurice hier et aujourd’hui. Dix-septième centenaire du martyre de St Maurice, La Wantzenau, Finkmatt Impression, 1990, s.p.

    29 Plaquette du cinquantenaire, 1971.

    30 Ibid.

    31 Voir Jean Julien Weber. Sur les pentes du Golgotha. Un prêtre dans les tranchées, présenté par Jean-Noël Grandhomme (préface de Mgr Joseph Doré), Strasbourg, La Nuée bleue, 2001 ; Jean-Noël Grandhomme, « Mgr Weber. Une double vocation : prêtre et officier », Feix et Grandhomme, op. cit., p. 111-134.

    32 AP, Image mortuaire.

    33 Saint Maurice hier…, op. cit., s.p.

    34 En novembre 1966 est paru à Strasbourg un manifeste marxiste libertaire intitulé De la Misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier – ensuite considéré comme l’un des principaux signes avant-coureurs des événements de mai 1968.

    35 Plaquette du cinquantenaire, op. cit.

    36 Charles Wittmer, « 50 ans après sa fondation, la paroisse Saint-Maurice inaugure son église rénovée », Le Nouvel Alsacien, 13 novembre 1971.

    37 Saint-Maurice Actualités, juillet-août 1989, p. 8.

    38 No 7, juillet-août 1989, p. 1.

    39 DNA, 17 septembre 1989.

    40 Saint Maurice hier…, op. cit., 1990, sp.

    41 AP, Décret de Mgr Joseph Doré, évêque de Strasbourg, 9 octobre 2005.

    42 Diocèse d’Alsace, Les Communautés de paroisses. Les statuts, les cartes, Strasbourg, Alsace Média, 2003.

    43 Mediapart, 5 mars 2012.

    44 DNA, 22 avril 2012.

    45 StrasTV, 22 février 2013.

    46 www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/02/22.

    47 « Strasbourg : l’église catholique Saint-Maurice vandalisée jeudi » (par Danièle Léonard, site de France 3 Alsace, publié les 22 et 23 février 2013).

    48 https://franz-stock.org/index.php/fr/actualites-m/906-votre-agenda-expo-frantz-stock-a-strasbourg (site des Amis de Franz Stock).

    49 Tract « Voyage paroissial », février 2018.

    50 DNA, 2 mai 2017.

    51 Saint-Maurice de Strasbourg. De l’église de garnison allemande à l’église paroissiale sur la route de l’Europe, Eckbolsheim, éd. du Signe, 2010.

    52 M.-A. J., « Célébration œcuménique à l’église Saint-Paul », Bulletin de la communauté Saint-Maurice/Saint-Bernard (BCSM/SB), mars-avril 2016, p. 7.

    53 « L’Année 2018 », BCSM/SB, janvier-février 2018, p. 1.

    54 Entretien avec le major S. de la Bundeswehr, 18 février 2018.

    Auteur

    • Jean-Noël Grandhomme

      Professeur d’histoire contemporaine, CRULH – Université de Lorraine à Nancy

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    1 www.leparisien.fr/10 juillet 2017.

    2 Voir Rieger Théodore, « L’Architecture religieuse à Strasbourg à l’époque allemande », Strasbourg 1900, naissance d’une capitale, Paris, Somogy éditions d’art, 2000, p. 206-213.

    3 Notice par Roger Lehni dans le Nouveau Dictionnaire de biographie alsacienne, Strasbourg, FSHAA, 1983-2007, p. 5058.

    4 http://patrimoine.alsace (site de l’Inventaire du patrimoine en Alsace).

    5 Voir Suzanne Braun, « L’Église Saint-Maurice », Jacques Hampé, Victor Beyer, Églises de Strasbourg, Strasbourg, Oberlin, 2002, p. 188-193 ; San Loïc Miguel et Novella Zerr, Église Saint-Maurice, Devoir semestriel de licence, Université de Strasbourg, 2009.

    6 Cette contribution a pour sources principales les archives de la paroisse (AP), que nous avons pu consulter avec l’aimable autorisation de M. le curé Philippe Aviron-Violet et avec l’aide de Mme Monique Schuler (qui contiennent notamment un historique de la paroisse jusqu’en 1968 écrit par Antoine Veste) ; ainsi que le rapport de Jean-Philippe Meyer pour le service de l’Inventaire et du Patrimoine, Église Saint-Maurice, ancienne église catholique de garnison, 2013, lequel s’appuie sur les Archives départementales du Bas-Rhin, Strasbourg : cartons 27 AL 582 (Églises de garnison), 1049 W 34 (Église de garnison et transformation en paroisse), 2 G 482 J/23-29 (Archives de la paroisse) ; les Archives de la Ville et de la communauté urbaine de Strasbourg : cartons 892 W 297 (Église Saint-Maurice) et 643 W 51 (Dossier de sécurité de l’église et du Foyer) ; et une brochure conservée à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg : Sylvester Wilhelm, Anrede, gehalten bei der Einweihung der katholischen Garnisonkirche zu Straßburg i. E., Strasbourg, Straßburger Druckerei, 1899.

    7 AP, Rapport de l’inspecteur des travaux de la garnison Buschenhagen, 1er mai 1899.

    8 « Die Grundsteinlegung der katholischen Garnisonkirche », Straßburger Post, 11 mai 1896.

    9 AP, Rapport…, op. cit.

    10 « Die Einweihung der katholischen Garnisonkirche », Straßburger Neueste Nachrichten, 29 mai 1899.

    11 Voir Marc Feix et Jean-Noël Grandhomme, Les Évêques alsaciens-lorrains pendant la Grande Guerre (1914-1918), Strasbourg, Ercal Publications, 2019, p. 519-527.

    12 AP, Visite canonique de 1925, réponse du curé Rhein.

    13 Voir M. Feix et J.-N. Grandhomme, op. cit., p. 548-549.

    14 Suzanne Braun, « L’Église réformée Saint-Paul », Églises de Strasbourg…, op. cit., p. 180-187 ; Antoine Pfeiffer (dir.), Protestants d’Alsace et de Moselle : lieux de mémoire et de vie, Ingersheim, SAEP – Strasbourg, Oberlin, 2006, p. 144-146.

    15 Hervé Doucet et Jean-Pierre Meyer, « Les Lieux de culte », Marie Pottecher, Hervé Doucet et Olivier Haegel, La Neustadt de Strasbourg, un laboratoire urbain, 1871-1930, Lyon, Lieux Dits, 2017, p. 126.

    16 Voir Esther Dehoux, Saints guerriers : Georges, Guillaume, Maurice et Michel dans la France médiévale (xie-xiiie siècles), Presses universitaires de Rennes, 2014 ; Louis Dupraz, Les Passions de Saint Maurice d’Agaune : essai sur l’historicité de la tradition et contribution à l’étude de l’armée pré-dioclétienne (260-286) et des canonisations tardives de la fin du IVe siècle, Fribourg, Éditions universitaires, 1961 ; Josef Herzberg Adalbert, Der heilige Mauritius. Ein Beitrag zur Geschichte der deutschen Mauritiusverehrung, Düsseldorf, Schwann, 1936 ; Gude Suckale-Redlefsen, Mauritius. Der heilige Mohr. The Black Saint Maurice, Munich, Schnell, 1987.

    17 DNA, 1er mars 2017.

    18 Voir Xavier Boniface, « L’Aumônerie militaire catholique : les inspecteurs ecclésiastiques », Revue historique des armées, 3/1998, p. 19-26 ; Jean-Noël Grandhomme, « Mgr Ruch, un évêque au service de l’Église et de l’Alsace française », M. Feix et J.-N. Grandhomme, op. cit., p. 45-73 ; Luc Perrin, « Mgr Ruch à Strasbourg. Sa délicate nomination », M. Feix et J.-N. Grandhomme, op. cit., p. 75-98 ; René Epp, « L’Alsace redevenue française (1918-1940) », Francis Rapp (dir.), Histoire du diocèse de Strasbourg, Paris, 1982, p. 270-288 et 300-303 ; Pierre Lorson, Charles Ruch évêque de Strasbourg, Strasbourg-Paris, 1948.

    19 AP, Programme, 3 janvier 1932. Sur ce personnage, voir Grandhomme Jean-Noël, « Le Général d’Armau de Pouydraguin, “héros” de la bataille des Hautes-Vosges », François Cochet, Jean-Noël Grandhomme, Jean-Luc Eichenlaub, François Petrazoller et Yann Prouillet, 1914-1918. Guerre des Vosges, guerres de montagne, Paris, Bernard Giovanangeli, 2016, p. 63-80.

    20 AP, Affiche du concert.

    21 Gérard Ulrich (Lieutenant-colonel), Les Casernes strasbourgeoises, trois siècles d’histoire, 1681-2000, Strasbourg, G. Ulrich, 2013, p. 227.

    22 AP.

    23 Plaquette du cinquantenaire, Strasbourg, s.e., 1971.

    24 AP, Visite canonique de Mgr Ruch, 29 janvier 1934.

    25 Saint-Maurice Actualités, janvier-février 1996.

    26 AP, Historique écrit par Marie-Thérèse Veste, responsable de la bibliothèque de 1940 à 1991.

    27 Voir Joseph Schmauch, Réintégrer les départements annexés. Le gouvernement et les services d’Alsace-Lorraine (1914-1919), Metz, Paraiges, 2019 (Thèse, Université de Lorraine, Nancy, 2016).

    28 Saint Maurice hier et aujourd’hui. Dix-septième centenaire du martyre de St Maurice, La Wantzenau, Finkmatt Impression, 1990, s.p.

    29 Plaquette du cinquantenaire, 1971.

    30 Ibid.

    31 Voir Jean Julien Weber. Sur les pentes du Golgotha. Un prêtre dans les tranchées, présenté par Jean-Noël Grandhomme (préface de Mgr Joseph Doré), Strasbourg, La Nuée bleue, 2001 ; Jean-Noël Grandhomme, « Mgr Weber. Une double vocation : prêtre et officier », Feix et Grandhomme, op. cit., p. 111-134.

    32 AP, Image mortuaire.

    33 Saint Maurice hier…, op. cit., s.p.

    34 En novembre 1966 est paru à Strasbourg un manifeste marxiste libertaire intitulé De la Misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier – ensuite considéré comme l’un des principaux signes avant-coureurs des événements de mai 1968.

    35 Plaquette du cinquantenaire, op. cit.

    36 Charles Wittmer, « 50 ans après sa fondation, la paroisse Saint-Maurice inaugure son église rénovée », Le Nouvel Alsacien, 13 novembre 1971.

    37 Saint-Maurice Actualités, juillet-août 1989, p. 8.

    38 No 7, juillet-août 1989, p. 1.

    39 DNA, 17 septembre 1989.

    40 Saint Maurice hier…, op. cit., 1990, sp.

    41 AP, Décret de Mgr Joseph Doré, évêque de Strasbourg, 9 octobre 2005.

    42 Diocèse d’Alsace, Les Communautés de paroisses. Les statuts, les cartes, Strasbourg, Alsace Média, 2003.

    43 Mediapart, 5 mars 2012.

    44 DNA, 22 avril 2012.

    45 StrasTV, 22 février 2013.

    46 www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/02/22.

    47 « Strasbourg : l’église catholique Saint-Maurice vandalisée jeudi » (par Danièle Léonard, site de France 3 Alsace, publié les 22 et 23 février 2013).

    48 https://franz-stock.org/index.php/fr/actualites-m/906-votre-agenda-expo-frantz-stock-a-strasbourg (site des Amis de Franz Stock).

    49 Tract « Voyage paroissial », février 2018.

    50 DNA, 2 mai 2017.

    51 Saint-Maurice de Strasbourg. De l’église de garnison allemande à l’église paroissiale sur la route de l’Europe, Eckbolsheim, éd. du Signe, 2010.

    52 M.-A. J., « Célébration œcuménique à l’église Saint-Paul », Bulletin de la communauté Saint-Maurice/Saint-Bernard (BCSM/SB), mars-avril 2016, p. 7.

    53 « L’Année 2018 », BCSM/SB, janvier-février 2018, p. 1.

    54 Entretien avec le major S. de la Bundeswehr, 18 février 2018.

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    Jalabert, L., & Grandhomme, J.-N. (éds.). (2019). Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.140159
    Jalabert, Laurent, et Jean-Noël Grandhomme, éd. Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.140159.
    Jalabert, Laurent, et Jean-Noël Grandhomme, éditeurs. Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée. Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.140159.
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