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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Les marqueurs à la mémoire de combattants italiens Les marqueurs à la mémoire des prisonniers italiens en Alsace et Lorraine occupée et annexée Les marqueurs à la mémoire d’immigrés italiens Notes de bas de page Auteur

    Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Les marqueurs mémoriels italiens de la Grande Guerre dans l’Est de la France

    Pierre-Louis Buzzi

    p. 103-120

    Texte intégral Les marqueurs à la mémoire de combattants italiens Les marqueurs mémoriels de soldats italiens Des marqueurs au cœur d’un tourisme de mémoire Des marqueurs à temps partiel et des marqueurs vivifiés Les marqueurs à la mémoire des prisonniers italiens en Alsace et Lorraine occupée et annexée Des marqueurs variés Des marqueurs identitaires ? Des marqueurs abandonnés et des marqueurs restaurés Les marqueurs à la mémoire d’immigrés italiens Les marqueurs mémoriels des immigrés Une mémoire fragile Des marqueurs oubliés Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Ce matin en parcourant l’ancien front, nous avons vu, mes camarades et moi, qu’une floraison printanière recouvrait le sol constellé de trous d’obus. Permettez-moi de vous dire, Messieurs, que l’amitié franco-italienne est comme cette floraison qui masque les meurtrissures de vos champs de bataille.
    Le commandeur Baglia-Bombergi lors d’une visite d’Italiens près du monument des Garibaldiens à Lachalade en mai 19351

    1En ces quelques lignes résonne l’écho des innombrables traces héritées de la Première Guerre mondiale : un sol constellé de trous d’obus et un monument à la mémoire de combattants. Il ne s’agit pas ici d’énumérer l’ensemble des séquelles ou des monuments de la Grande Guerre, le propos devant se centrer ici sur des marqueurs mémoriels, c’est-à-dire des éléments, qui pouvant être au demeurant des traces ou des monuments, « témoignent d’un passé d’un groupe, d’une communauté, et qui permettent d’organiser le souvenir collectif d’une société2 ». Les historiens, les sociologues et les géographes soulignent l’importance de l’inscription de la mémoire dans le paysage dans le processus de construction d’une identité nationale3. Mais cette inscription ne suffit pas en elle-même. La mémoire étant portée par des individus, des groupes, des collectivités, un marqueur mémoriel ne peut être étudié qu’à la lumière des évènements qui s’y déroulent, celles-ci endossant le rôle « de fabrique identitaire »4. En d’autres termes, un marqueur mémoriel n’existe qu’en présence de ceux qui l’utilisent comme tel, pour commémorer, faute de quoi sa fonction n’est plus celle d’organiser le souvenir d’une collectivité et devient autre.

    2Guerre mondiale par l’étendue de ses théâtres d’opération, la Grande Guerre l’est également par la diversité des populations et des troupes concernées, parfois sur un même territoire. Ainsi, si la plupart des marqueurs érigés au lendemain du conflit célèbrent la nation, certains peuvent être élevés à la mémoire d’un groupe particulier de la société française et par ce groupe. L’Est de la France est ainsi une terre de vie, de travail et de combats au cours de la guerre pour des milliers d’Italiens, qu’il s’agisse d’immigrés, de travailleurs ou de militaires. Forte en 1931 de 100 000 membres, dont l’intégration à la société d’accueil est plus ou moins achevée, la colonie italienne de Lorraine ne tarde pas à honorer la participation des Italiens, civils ou militaires, à la guerre par la construction de marqueurs mémoriels largement encouragés par le nouveau gouvernement fasciste5. Il est donc question dans cette présente contribution d’étudier les marqueurs élevés à la mémoire des Italiens présents en France pendant le conflit. Quels sont-ils dans l’Est de la France ? Et quels sont leur cycle de vie ?

    3La diversité des marqueurs mémoriels répond à celle des expériences vécues par les Italiens dans cette partie septentrionale de la France. Certains combattent en France, d’autres y sont conduits comme prisonniers par les Allemands, d’autres enfin, restés en Lorraine pendant la guerre, connaissent l’occupation.

    Les marqueurs à la mémoire de combattants italiens

    Les marqueurs mémoriels de soldats italiens

    4De 1914 à 1918, « environ 117 000 travailleurs civils et militaires italiens, et plus de 40 000 soldats, soit au total près de 160 000 Italiens […] travaillèrent ou combattirent en France. Leur contribution à l’effort de guerre en France fut ainsi bien plus importante que celle des autres étrangers »6. Si la contribution des Italiens à l’effort de guerre en France est importante, elle est aussi coûteuse en vies humaines. C’est à cet effet qu’au lendemain du conflit, Rome décide la création de deux nécropoles militaires en France : l’une à Bligny, près de Reims ; l’autre à Soupir, près du Chemin des Dames, sur les lieux des combats du 2e corps d’armée italien. Leur aménagement, commencé respectivement en septembre 1919 et février 1920, inaugure une nouvelle page de la mémoire de la Grande Guerra. Plusieurs campagnes d’exhumations et de ré-inhumations sont menées au cours des années d’après-guerre car bien des sépultures italiennes sont éparpillées sur l’ensemble du territoire ; 97 sont recensées par exemple dans la Meuse7. Ces tombes isolées, marqueurs improvisés pendant la guerre, disparaissent alors pour rejoindre un espace mémoriel beaucoup plus large au sein duquel les sépultures bénéficient d’une véritable mise en scène. Le vocabulaire y est épuré : on parle de caduti (tombés) – non de morts – et l’espace est embelli par plusieurs opérations dont l’installation d’un Parc du Souvenir verdoyant en face de la nécropole de Bligny8. Dans cette même nécropole, les sépultures importées ne sont pas uniquement celles de combattants, ces derniers ne représentent que 32 % de l’ensemble, y sont également présentes 325 tombes de travailleurs auxiliaires (soit 12 %), 389 de « divers », 159 d’« unité non précisée » et 1 185 tombes de prisonniers de guerre (38 %). Bligny n’est donc pas le cimetière des seuls combattants italiens, mais bien la nécropole de presque tous les Italiens morts en France9. Presque, car des tombes d’Italiens restent encore isolées en France, parfois parce qu’elles disposent déjà d’un marqueur mémoriel spécifique grâce aux colonies d’immigrés italiens. En mars 1933, la répartition des sépultures italiennes en France est la suivante : 3 050 tombes et 400 corps dans un ossuaire à Bligny, 587 tombes à Soupir, 346 tombes dans les cimetières communaux sous la juridiction des consulats, 28 corps laissés sur place à la demande des familles, 331 dépouilles non identifiées et 108 tombes non trouvées, soit un total de 4 850 militaires italiens reposant en France10.

    5D’autres Italiens combattent dans l’Est au cours du conflit : en décembre 1914 et janvier 1915, le 4e régiment de marche du 1er étranger constitué par 2 354 Italiens, connu sous le nom de « Légion garibaldienne » mène trois assauts violents en Argonne. Le 21 avril 1932, un monument en leur honneur est inauguré à Lachalade, à quelques mètres de leur ancien cimetière. Le monument est orné d’une aile d’aigle, d’un glaive et des deux portraits de Constante et Bruno Garibaldi morts au combat. Le monument est d’autant plus de style fasciste que la date indiquée sur le côté du monument, « X (Natale di Roma) », fait référence au dixième anniversaire de la Marche sur Rome, date de « naissance » de la Rome fasciste.

    Figure 1 : Le cimetière italien de Bligny.

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    Photo de l’auteur, 2013.

    Figure 2 : Le Parc du Souvenir en face de la nécropole de Bligny.

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    Photo de l’auteur, 2013.

    Figure 3 : Le cimetière italien de Soupir.

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    Photo de l’auteur, 2013.

    Figure 4 : Le monument des Garibaldiens à Lachalade.

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    Photo de l’auteur, 2013.

    Des marqueurs au cœur d’un tourisme de mémoire

    6Ces marqueurs sont régulièrement visités au cours des années 1920-1930 par des pèlerins-touristes italiens y compris des immigrés car certains d’entre eux sont d’anciens combattants. En novembre 1929 par exemple, deux cents anciens combattants italiens de Lorraine font un pèlerinage à la nécropole de Bligny sous la conduite des autorités consulaires, ils déposent des gerbes de fleurs au mausolée italien et au monument aux morts de Bligny11, associant la mémoire des Italiens à celle des Français, marquant sans doute ainsi leur désir d’intégration ou au contraire l’affirmation d’une identité italienne. Le tourisme de mémoire est d’autant plus encouragé par le gouvernement fasciste qu’il célèbre la guerre comme le moment qui marque la renaissance de la nation italienne12. Le Touring-Club italien de Milan édite à cet effet un guide en 1931 et en 1940 : Sui campi di battaglia. I soldati italiani in Francia. Ces voyages prennent de plus en plus une teinte fasciste. En mai 1931 à Bligny « les étendards des groupes fascistes de Reims, Nancy, Réhon, Troyes, le drapeau d’un groupe italien d’anciens combattants […] ainsi que ceux des sections fascistes “Bonservizi” »13 sont aussi remarqués. Le 1er novembre 1931, la colonie italienne de Reims se rend aussi à Bligny « à l’occasion de l’anniversaire de la Victoire et de la marche sur Rome »14. Par cette assimilation des deux évènements, la mémoire de la guerre est clairement fascisée. Cette présence fasciste s’accroit considérablement au cours des années suivantes ; ainsi, en septembre 1933, a lieu en France « le premier pèlerinage italien […] sous le signe du faisceau »15 : quatre-vingts anciens combattants de Gênes viennent parcourir l’ancien front et se recueillir à Bligny16. Ces pèlerins sont très bien reçus et les officiels français ne tarissent pas d’éloges à propos de la « grande sœur italienne »17. 1934 et 1935, vingtièmes anniversaires du début de la Grande Guerre et de l’entrée en guerre de l’Italie, sont des années fastes, si bien qu’il est possible de parler d’un « tourisme fasciste » dans la France de l’entre-deux-guerres18. Ainsi, par exemple, en mai 1934, environ 250 anciens Garibaldiens se rendent « en pèlerinage sur l’ancien front d’Argonne »19. En février 1935, ce sont des militaires italiens qui visitent Verdun et Lachalade20. Mais la dégradation des relations diplomatiques entre la France et l’Italie conduit à un tarissement des flux touristiques à destination de ces marqueurs. Désormais, les cérémonies qui ont lieu à Lachalade font partie d’un programme intégrant plusieurs monuments de l’Argonne. La reprise des relations entre Rome et Paris et la reprise des cérémonies qui en découle ne permettent pas à ces marqueurs de connaître de nouveau des flux importants. Le tourisme de mémoire italien en France a périclité et ce avant même le second conflit mondial et ses conséquences sur la mémoire des Italiens en France.

    Des marqueurs à temps partiel et des marqueurs vivifiés

    7Ni le symbolisme, ni l’esthétique, ni la monumentalité ne suffisent à assurer une vie au marqueur mémoriel : « De nombreux monuments restent en effet déserts tout au long de l’année et leur fonction commémorative n’est “réactivée” que le temps [de rituels annuels] »21. Les nécropoles de Bligny et de Soupir bénéficient toujours d’une certaine vitalité puisque des visites sont proposées par des musées, des offices de tourisme, ou diverses associations22. Pourtant, il semble que ces cimetières, en dépit de leur originalité – il n’y a que deux cimetières italiens en France –, ne sont des lieux de mémoire qu’à l’occasion de cérémonies et risquent de devenir le reste de l’année des lieux « ordinaires »23. Le monument de Lachalade semble lui, au contraire, être un marqueur vivant puisque, outre un public habituel, celui des commémorations annuelles, et du public touristique, ce monument bénéficie d’une certaine aura auprès du public scolaire. Il est ainsi par exemple visité en mars 2016 par les élèves des classes d’italien du lycée Margueritte et le collège Buvignier de Verdun qui réalisent une étude approfondie sur l’Italie dans la guerre24.

    8Toutefois, les discours qui sont prononcés près de ces marqueurs sont parfois l’occasion d’un truchement mémoriel. Ainsi, alors que les archives officielles élèvent les pertes des Garibaldiens à 585 (tués, blessés et disparus), des hommes politiques, des journalistes ou des institutions publiques n’hésitent pas à transformer les « pertes » en « morts » à l’image du site du conseil général de la Meuse qui transforme ces 585 tués, blessés et disparus en « 590 volontaires italiens morts en Argonne »25, ou du journal champenois L’Union qui évoque les « 590 volontaires italiens tués »26. À l’occasion de la commémoration de juin 2015 à Lachalade, en présence de Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des Anciens Combattants, le site internet de L’Est Républicain évoque quant à lui les « 500 garibaldiens morts pour la France »27.

    Les marqueurs à la mémoire des prisonniers italiens en Alsace et Lorraine occupée et annexée

    Des marqueurs variés

    9À la suite de la défaite de Caporetto, des soldats italiens faits prisonniers sont transportés par les Allemands du front italo-autrichien jusqu’en Alsace et en Lorraine afin d’y travailler pour eux. Au début de l’année 1918, des prisonniers italiens arrivent dans les vallées de la Fensch et de l’Orne, en Lorraine annexée, « ils ne manquent pas de bonne volonté, mais l’hiver leur est fatal. Beaucoup succombent. Les épidémies sévissent : grippe espagnole, diphtérie, typhus »28. 343 soldats italiens morts dans ces conditions sont enterrés dans des cimetières lorrains29.

    10La forme de ces marqueurs varie d’un lieu à un autre. Il s’agit parfois d’un simple monument funéraire en forme d’obélisque comme dans le carré militaire français de Longwy-Haut où un monument est élevé à leur mémoire le 25 mai 1923, anniversaire de l’entrée en guerre de l’Italie en 191530. La même année, des Italiens influents de Moyeuvre-Grande manifestent leur désir d’ériger un monument à la mémoire des Italiens morts loin de leur patrie. Deux ans plus tard, en 1925 un obélisque de 5,5 mètres de haut est inauguré dans le cimetière. Ailleurs, ce sont des stèles qui indiquent la présence de fosses communes comme à Montmédy-Villécloye31 ou d’un ossuaire, comme au cimetière de Basse-Yutz, qui rassemble des prisonniers de diverses nationalités dont 74 Italiens32. Enfin, ce peut être aussi des croix nominatives et personnelles comme au cimetière de Metz-Chambière33. Si ces marqueurs diffèrent par leur forme, ils ont pour point commun principal d’être isolés dans des lieux de mémoire non exclusivement italiens : à Longwy, Basse-Yutz, Labry, Metz-Chambière et Montmédy-Villécloye, ces marqueurs italiens se trouvent au milieu d’autres marqueurs élevés à la mémoire d’autres combattants d’autres nationalités (anglais, russes, serbes, allemands, français, etc.).

    11Indépendamment de la volonté de Rome, les immigrés italiens inscrivent dans la pierre la mémoire de leurs compatriotes morts en Lorraine. Bien souvent une inscription en italien témoigne de l’affirmation d’une identité italienne. À Longwy, l’obélisque est ainsi signé : « Omaggio della colonia italiana di Longwy ed intorni – 25 Maggio 1923 – Ignoto Militi » (Hommage de la colonie italienne de Longwy et alentours – 25 mai 1923 – soldats inconnus). À Chambière, c’est la « collettività italiana della Lorena » (collectivité italienne de Lorraine) qui est à l’origine de la stèle inaugurée en 1922 au milieu des croix.

    Des marqueurs identitaires ?

    12Les discours qui accompagnent l’élévation et l’inauguration de ces lieux de mémoire témoignent ici aussi d’une certaine lecture de l’histoire : ceux qui sont morts comme prisonniers sont présentés comme « morti per la Patria » (morts pour la Patrie), ainsi que l’indique la stèle du carré de Metz-Chambière. À Moyeuvre-Grande, les Italiens appellent leurs compatriotes à la générosité de la manière suivante :

    Le monument que nous voulons ériger à la mémoire de nos frères sera pour nous un vivant symbole de leur sacrifice ; c’est une gratitude que nous leur devons. Tout Italien, dans le cœur duquel brille encore une étincelle d’amour envers le sol natal, son village lointain, devra faire une offrance généreuse, selon ses possibilités, pour que ce monument soit un digne hommage de cette colonie. Mais aussi les Alsaciens et les Lorrains […] et les autres étrangers, en général, devront apporter leur obole à ce monument, expression constante d’union et de fraternité entre peuples de nationalités différentes34.

    13Les inaugurations de ces marqueurs s’inscrivent pleinement dans l’affirmation d’une identité italienne au sein des colonies, ce qui est loin de déplaire à Rome puisque Benito Mussolini désire que les ressortissants italiens à l’étranger se maintiennent dans un bain d’italianité. L’inauguration du monument de Moyeuvre-Grande en 1925 donne lieu à des manifestations italophiles : ventes de fleurs, de cartes et d’insignes au profit du monument et exécution de morceaux italiens tels que la Marche Royale, une ouverture de Rossini, ou l’Aïda de Verdi. Les immigrés italiens issus de la classe sociale émergente constituent des associations d’anciens combattants dont les responsables sont également à l’origine de clubs sportifs et identitaires italiens à l’image du club de rugby de Jœuf dont le président, Ettore Casali, est aussi celui des anciens combattants d’Homécourt-Jœuf35. Ces marqueurs mémoriels contribuent bien à l’affirmation d’une identité italienne au sein des migrants et favorisent l’émergence d’un autre regard sur l’Italie ; celui d’une Italie victorieuse. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle inscription est ajoutée au monument de Moyeuvre-Grande : « Alla memoria dei patrioti assassinati da Nazi fascisti 1940-1945 » (À la mémoire des patriotes assassinés par les nazis fascistes 1940-1945)36. L’inscription a de quoi étonner quand on sait que le monument a servi de cadre à des commémorations à la gloire de l’Italie de Mussolini dans les années de l’entre-deux-guerres. Ce monument est un marqueur mémoriel vivant, lieu chaque année de cérémonies commémoratives. Il semble alors clair que tous ces marqueurs, élevés sur une initiative d’Italiens de France donnent l’occasion à ces derniers de s’affirmer et de rappeler leur contribution à la Victoire de 1918. Ainsi, « les lieux de mémoire permettent à une collectivité de se donner une image d’elle-même qu’elle utilise autant pour se reconnaître dans sa propre spécificité que pour se signifier aux autres »37.

    Des marqueurs abandonnés et des marqueurs restaurés

    14Toutefois, tous les marqueurs ne bénéficient pas du même cycle de vie, certains finissent même par sombrer dans l’oubli, ce qui est le cas pour nombre des marqueurs élevés en mémoire des prisonniers italiens. Leur situation spatiale évoquée précédemment explique sans doute pourquoi nombre d’entre eux sont aujourd’hui des marqueurs oubliés et méconnus, y compris par des Italiens en Lorraine. Ainsi, le monument élevé à la mémoire de soldats inconnus italiens à Longwy en 1923 se trouve aujourd’hui dans un état de délabrement préoccupant et n’est indiqué d’aucune manière au contraire des deux tombes du Commonwealth annoncées par une plaque à l’entrée du cimetière. Pis encore, dans le cimetière de Labry, où 123 Italiens reposent d’après les sources officielles38, rien n’indique leur présence ou la nationalité des « 825 victimes françaises et alliées de la guerre 1914-1918 » qui reposent dans une seule et même fosse commune. Le cimetière de Montmédy-Villécloye est bien entretenu mais qui vient honorer les Italiens (non signalés eux aussi) ?

    15Au contraire, le monument de Moyeuvre-Grande39 et le carré italien de Metz-Chambière sont dans des états tout à fait corrects. Le premier, restauré en avril 2016 à l’initiative de l’association italienne Efie, bénéficie d’une assistance nombreuse lors de sa nouvelle inauguration40. Également situé dans un cimetière qui n’est pas italien, ce monument reste un marqueur mémoriel grâce à la proximité d’une communauté italienne et à l’investissement de ses membres via des associations, avec l’appui des autorités consulaires. Enfin, à Steinbrunn-le-Haut, la stèle érigée dès 1918 en souvenir des prisonniers italiens œuvrant sur un chantier de liaison ferroviaire avec l’Allemagne, disparaît pendant des années avant de ressurgir au hasard d’une promenade d’enfants du village en 1960. Elle est alors transférée de la forêt, où se trouvait le camp de prisonniers, aux abords du village puis au cimetière en 2007. Quatre plaques entourent la stèle et témoignent de régulières restaurations (1967, 1991, 1999, 2007). Une cérémonie y a lieu chaque année au mois d’octobre41. Toutefois, il est à noter que si les sépultures des prisonniers roumains sont indiquées, quid de celles des Italiens ?

    16Néanmoins, ici aussi, les discours témoignent parfois d’une réécriture de l’histoire. Le 3 novembre 2006, les ressortissants italiens sont invités par le consulat d’Italie à participer à la cérémonie du souvenir au carré militaire italien de Metz-Chambière, entretenu par le consulat pour le compte du Ministère italien de la Défense, dans lequel reposent d’après un journal « 89 corps de soldats et officiers italiens faisant partie du 2e corps d’armée italien »42. Un autre article du Républicain Lorrain parle d’« Italiens morts pour la liberté »43. C’est là une erreur historique. En effet, les Italiens qui se trouvent à la nécropole de Metz-Chambière ne sont pas des soldats italiens morts en combattant en France mais des soldats italiens faits prisonniers en Italie à l’automne 1917 et que les Allemands ont conduits jusqu’en Lorraine. Les documents concernant le 2e corps d’armée ne font en effet pas mention de Metz-Chambière. Par ailleurs, la présence de prisonniers russes dans ce même cimetière appuie la thèse qu’il s’agit bel et bien de prisonniers. En outre, s’il s’agissait de soldats du 2e corps, arrivé en juillet 1918 en France, comment se fait-il que certains de ces Italiens soient indiqués comme morts en janvier, février, mars, avril, etc. 1918, soit avant l’arrivée du 2e corps ? Visiblement, nous avons bien à faire à un truchement mémoriel : des combattants morts au front « pour la liberté » comme le titre un journal sont beaucoup plus glorieux pour la mémoire et l’image de l’Italie que des soldats faits prisonniers lors d’un des plus grands désastres de la Grande Guerre.


    Figure 5 : Le monument de Longwy dont la partie supérieure s’effrite au milieu de tombes françaises. Tout à droite, les tombes du Commonwealth.

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    Photo de l’auteur, 2017.

    Figure 6 : La fosse commune des Français et Alliés au pied d’un monument à la mémoire des soldats allemands dans le cimetière de Labry.

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    Photo de l’auteur, 2017.

    Figure 7 : Fosse commune de soldats italiens dans le cimetière militaire allemand de Montmédy-Villécloye.

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    Photo de l’auteur, 2016.

    Figure 8 : Le carré militaire italien dans la nécropole de Metz-Chambière.

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    Wikimedia Commons, 2015.

    Figure 9 : Le monument de Moyeuvre-Grande.

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    Photo de l’auteur, 2017.

    Les marqueurs à la mémoire d’immigrés italiens

    Les marqueurs mémoriels des immigrés

    17Le 28 août 1921, le monument aux morts de Jarny est inauguré. Les autorités consulaires italiennes se font un devoir d’être présentes puisque figure sur la face arrière du monument une plaque en mémoire des victimes civiles dont « de nombreux ouvriers italiens ». En effet, au cours du mois d’août 1914, la population lorraine est confrontée à l’invasion puis à l’occupation allemande, notamment l’arrondissement de Briey où se concentre alors la plus grande partie des migrants italiens de la région. Or, considérés comme des traîtres par les Allemands à cause de la déclaration de neutralité de Rome le 2 août 1914, les ressortissants italiens subissent, notamment à Jarny, plusieurs « atrocités »44. Un « massacre des Italiens » est recensé dans la ville en août 1914 et n’est pas oublié avec le retour à la paix. Au cours de la cérémonie du 28 août 1921, les autorités, françaises et italiennes, évoquent toutes à un moment le sort des migrants italiens de Jarny pendant la guerre. M. Leicknann, directeur de la mine de Droitaumont et président du comité chargé de l’érection du monument aux morts, entend ainsi rendre hommage aux « nombreux ouvriers italiens qui, après avoir joint leur travail au nôtre dans la paix, ont courageusement mêlé ici leur sang à celui des nôtres, en holocauste pour le même idéal ». Par ailleurs, le consul d’Italie, M. Pompei, célèbre quant à lui l’« Amitié latine »45.

    18Des décennies plus tard, un second monument est inauguré à Jarny, le 3 septembre 1972. Il s’agit d’une stèle dédiée aux civils morts à Jarny en août 1914 sur laquelle figurent les noms d’Italiens tués par des Allemands. Quoique significatif, ce monument est d’autant plus marginal qu’aucune des sources consultées ne permet d’expliquer pourquoi ce monument est inauguré à ce moment-là et qui en fut l’instigateur. Par ailleurs, les noms qui y sont inscrits ne sont pas tous italiens : il y a aussi des civils français, ce n’est donc pas à proprement parler un marqueur italien.

    Une mémoire fragile

    19Plusieurs facteurs ont pu contribuer au déclassement progressif des marqueurs mémoriels italiens dans l’Est de la France. Leur association avec le régime fasciste joue sans doute un rôle non négligeable en particulier après la Seconde Guerre mondiale. Le silence des anciens combattants italiens freine aussi considérablement la transmission d’une mémoire. Notre grand-père, Louis Buzzi, fils d’un immigré italien arrivé en France dans l’entre-deux-guerres, raconte que son père ne parlait jamais de « sa » guerre. Les expériences combattantes de ces soldats tombent alors peu à peu dans l’oubli. Est alors observée la progressive mais certaine déliquescence de la mémoire italienne : l’individu se murant dans le silence freine la constitution d’une mémoire familiale qui ne peut ainsi pas se joindre à d’autres mémoires familiales et constituer une mémoire de groupe (voire une mémoire nationale) qui se trouverait célébrée au pied de marqueurs. De ce point de vue, les immigrés italiens deviennent dans une certaine mesure des « hommes sans passé »46.

    20Enfin, la dernière vague d’immigration italienne en Lorraine qui a lieu au cours du second xxe siècle peut aussi expliquer en partie cette perte partielle mais non totale de transmission de la mémoire de la Grande Guerra chez les immigrés. En effet, les dernières vagues d’immigrés proviennent non des régions du nord de la Péninsule, provinces traditionnelles d’émigration vers la Lorraine, mais des régions du sud de l’Italie. Ce changement est sans doute beaucoup plus important voire brutal qu’on le pense, loin de tous se sentir des Italiens membres d’une même communauté et d’une même nation, les migrants – et même tous les Italiens – ont un sentiment d’appartenance à leur province d’origine beaucoup plus développé que l’attachement qu’ils ont à la nation italienne. Les rivalités entre les Italiens « du Nord » et ceux « du Sud » sont une réalité de l’expérience migratoire italienne. Piero-D. Galloro et Ahmed Boubeker rappellent par exemple qu’il existe tout un ensemble clivages au sein des migrants au sujet de la mémoire47. Il ne fait aucun doute que ces rapports parfois tendus entre ces Italiens des « deux Italies » freinent les démarches de transmission de la mémoire au sein même des colonies.

    Des marqueurs oubliés

    21L’oubli de ces marqueurs n’est pas uniforme. Ainsi, la plaque apposée sur la façade de la mairie de Sainte-Marie-aux-Mines en juillet 1925 en mémoire des civils fusillés par les Allemands en 1914 – parmi lesquels figure un Italien naturalisé (Giovanni Bertone) – est détruite par les nazis lorsque ces derniers occupent la ville en 1940. Pour la stèle de Jarny, l’oubli est plus ordinaire : c’est un monument méconnu, y compris à Jarny même comme nous avons pu le constater lorsque nous cherchions à savoir où il se trouvait. Une gerbe y est certes toujours déposée mais le reste de l’année qui s’en préoccupe ? Quant au monument aux morts sur lequel figure l’inscription faisant hommage aux ouvriers italiens, il est régulièrement décoré comme tous les monuments aux morts ordinaires. Ces marqueurs semblent oubliés ou négligés pour ce qu’ils sont, mais ils existent alors que d’autres Italiens venus dans l’Est au cours du conflit n’ont pas de marqueurs tels les aviateurs du 18e groupe de bombardement italien qui séjournent près de Dijon puis près de Toul en 1918 ou les travailleurs auxiliaires italiens présents dans l’Est de la France à la fin du conflit.

    Figures 10 et 11 : Plaque au dos du monument aux morts de Jarny et monument aux civils morts les 25 et 26 août 1914 sur lequel figurent les noms de victimes italiennes.

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    Photos de l’auteur, 2013 et 2017.

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    22Le 11 novembre 2016, au cimetière de Préjoces à Dijon, Dominique Avella rend un hommage particulier aux quatorze soldats italiens qui y sont enterrés : « En tant que fils d’Italiens émigrés, j’ai forcément été sensible au sort de ces hommes […]. Je me suis rendu compte que la plupart des Dijonnais, d’origine italienne ou non, ne savaient pas que ce mémorial existait. Alors j’ai sollicité la mairie qui m’a autorisé à installer un drapeau italien au cimetière »48. Ce carré italien est symptomatique d’un grand nombre de marqueurs italiens en France : des commémorations y ont toujours lieu, comme en 2014 lorsqu’une plaque en l’honneur des Italiens morts au cours de la guerre y est inaugurée49, mais l’assistance reste faible (une quinzaine de personnes chaque année). Lors de la cérémonie du 4 novembre 2012, Leo Molinaro, président du comité italien de Bourgogne et Franche-Comté, y confie son inquiétude de voir l’assistance diminuer progressivement50. Un an plus tard, il fait le même constat et trouve « “regrettable” que la communauté italienne ne se mobilise pas “un peu plus” autour de ce devoir de mémoire »51.

    23Reprenant la grille de lecture qu’utilise Jean-Luc Piveteau à propos d’un territoire52, un marqueur mémoriel italien peut être défini comme un marqueur différent des autres et dont l’identité demeure. Particulièrement vivants au cours de l’entre-deux-guerres, les marqueurs mémoriels italiens dans l’Est forment aujourd’hui un tissu hétéroclite avec des marqueurs aux cycles de vie variés. Alors que certains deviennent des « marqueurs oubliés », d’autres des « marqueurs à temps-partiel », quelques-uns traversent les décennies comme des « marqueurs vivants et vivifiés ». Il n’y a pas de déterminisme. La présence d’une communauté italienne n’assure pas toujours une fréquentation de ces marqueurs ; au contraire, la situation d’un marqueur italien au cœur d’un cimetière qui ne l’est pas n’empêche absolument pas une certaine ferveur commémorative italienne.

    24Comment dès lors mesurer la vitalité d’un marqueur mémoriel ? Il faudrait étudier à la fois sa fréquentation (élément quantitatif) et la diversité de celle-ci (élément qualitatif). S’agit-il d’initiés (passionnés, anciens combattants), d’officiels (dont la présence est attendue à chaque cérémonie), de touristes (et dans quel cas, viennent-ils exprès pour ledit marqueur ou le découvrent-ils par hasard ?), ou de scolaires ? Il conviendrait aussi étudier sa visibilité sur le net car la mémoire, étant portée par des sociétés, est également susceptible de s’exprimer de manière différente53, comme en témoignent les nouvelles technologies qui permettent aujourd’hui de visiter virtuellement des sites et marqueurs mémoriels, tels le camp d’Auschwitz-Birkenau, le cimetière du Père-Lachaise, la citadelle de Lille, le Mont Rushmore, ouvrant bien des possibilités, notamment pédagogiques. Mais il est bien évident que rien ne remplace le contact réel et sensible avec le lieu même, témoin de l’histoire, de notre histoire.

    Figure 12 : Le carré italien du cimetière de Péjoces.

    Image

    Photo de D. Avella, 2016.

    Notes de bas de page

    1 À nos parents.

    2 http://calenda.org/347945.

    3 Voir par exemple : Anne Sgard, « Mémoires, lieux et territoires », Rodolphe Dodier, Alice Rouyer, Raymonde Sechet (dir.), Territoires en action et dans l’action, Rennes, PUR, 2007, p. 105-117.

    4 Patrick Garcia, « Exercices de mémoire ? Les pratiques commémoratives dans la France contemporaine », Cahiers français, no 303, Juillet-Août 2001, p. 33-39, p. 33.

    5 Hors de l’Est de la France, il existe des sépultures de militaires italiens dans le cimetière national français à Champs (1 tombe), dans le cimetière communal de Cannes (8), dans le cimetière des Préjoces à Dijon (14), dans le carré militaire du cimetière communal de Briis-sous-Forges (1), dans l’ancien cimetière de Rueil-Malmaison (1), dans le cimetière national français à Lyon-la-Doua (66), dans le cimetière communal de Lyon-la-Guillotière (68), dans les cimetières parisiens de Pantin (1) et d’Ivry (36) et dans le cimetière communal de Joigny (10) (état des lieux établi d’après, Rapport [au Sénat] fait au nom de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées sur le projet de loi adopté par l’Assemblée Nationale autorisant l’approbation de la Convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République italienne relative aux sépultures de guerre, 2 décembre 1970, p. 8). D’autres marqueurs italiens existent en France sous d’autres formes, tels le monument aux Garibaldiens dans le cimetière du Père-Lachaise ou les plaques de marbre commémorant des paroissiens italiens morts pendant la guerre dans les paroisses niçoises de Saint-Isidore et Saint-Roman de Bellet.

    6 Hubert Heyriès, Les travailleurs militaires italiens en France pendant la Grande Guerre. « Héros de la pelle et de la truelle au service de la victoire », Montpellier, PUM, 2014, p. 13.

    7 AD Meuse 2 R 87.

    8 Il s’agit d’un espace aménagé en 1922-23 où des arbres plantés et entretenus par les jeunes générations assurent une mémoire vivante aux caduti. Mario Isnenghi, L’Italie par elle-même. Lieux de mémoire italiens de 1848 à nos jours, Paris, ENS, 2013, p. 326.

    9 H. Heyriès, op. cit., p. 221.

    10 Béatrix Pau-Heyriès, Le transfert des corps des militaires de la Grande Guerre. Étude comparée France-Italie, 1914-1939, thèse de doctorat, Montpellier III, 2004, p. 199.

    11 L’Est Républicain, 6 novembre 1929.

    12 Elisa Tizzoni « Turismo di guerra, turismo di pace: sguardi incrociati su Italia e Francia », Diacronie, no 15, 2013, en ligne.

    13 AD Marne, 33 M 12. Le commissaire spécial de Reims au Préfet, 24 mai 1931.

    14 Ibid. Le Préfet au Président du Conseil, 3 novembre 1931.

    15 L’Éclair de l’Est, 30 septembre 1933.

    16 L’Est Républicain, 30 septembre 1933.

    17 L’Éclair de l’Est, 30 septembre 1933.

    18 Pierre-Louis Buzzi, « Un tourisme fasciste ? Des touristes italiens sur les champs de bataille français de la Première Guerre mondiale », Yves-Marie Evanno, Johan Vincent (dir.), Tourisme et Grande Guerre. Voyage(s) sur un front historique méconnu (1914-2019), Ploeumeur, Éditions Codex, 2019, p. 325-337.

    19 L’Éclair de l’Est, 29 mai 1934.

    20 Archives municipales de Verdun, D 5,9 Réception du détachement italien, Mairie de Verdun, 26 février 1935.

    21 Bénédicte Tratnjek, « Questionnements géographiques sur les monuments aux morts : symboliques et territoires de la commémoration », Les Cafés géographiques, 21 novembre 2009, en ligne (https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00440898/document).

    22 L’Aisne Nouvelle, 19 novembre 2013.

    23 B. Tratnjek, op. cit.

    24 L’Est Républicain, 26 mars 2016.

    25 « Monument du Mois – janvier 2011 – Monument des Garibaldiens à Lachalade » et « Monument du Mois – décembre 2012/janvier 2013 – Monument des Garibaldiens du cimetière de Bligny » sur verdun-meuse.fr.

    26 L’Union, 22 décembre 2014.

    27 L’Est Républicain, 28 juin 2015.

    28 R. Sedillot cité par Serge Bonnet, L’Homme du fer : mineurs de fer et ouvriers sidérurgistes lorrains, tome 1 1889-1930, Metz, Serpenoise, 1986, p. 190.

    29 Ministère de la Défense, « Les Italiens en France 1914-1918 », Les Chemins de la Mémoire, s.d., p. 9.

    30 Relevé no 132761 sur le site www.memorialgenweb.org.

    31 D’après le rapport du Sénat de 1970 précité, ces fosses contiennent les corps de 49 Italiens.

    32 Relevé no 993507 sur le site www.memorialgenweb.org. Ce même rapport de 1970 fait état de 83 tombes.

    33 Relevé no 991018 sur le site www.memorialgenweb.org.

    34 Armand Soliani, « Le monument aux morts italiens du cimetière de Curel », Moyeuvre. Entre Orne & Conroy. Publication du cercle d’histoire de Moyeuvre, no 14, novembre 2009, p. 22-23.

    35 Jean-Pierre Favero, « Les enjeux du sport fasciste en Lorraine dans les années 1930 : revendication nationaliste ou intégration ? Le cas de la classe émergente italienne dans le bassin de Briey », Staps, no 77, 2007|3, p. 107-119, p. 114.

    36 Relevé no 991501 sur le site www.memorialgenweb.org.

    37 Vincent Berdoulay, « Lieux de mémoire et aménagement », Michel Bock, Joseph-Yvon Theriault (dir.), Entre lieux et mémoire. L’inscription de la francophonie canadienne dans la durée, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2009, p. 159.

    38 Sénat, op. cit., p. 8.

    39 Le Républicain Lorrain, 11 novembre 2012.

    40 Ibid., 29 avril 2016.

    41 Dernières Nouvelles d’Alsace, 27 octobre 2008 ; 19 octobre 2020.

    42 Le Républicain Lorrain, 1er novembre 2006.

    43 Ibid., 15 novembre 2006.

    44 Pierre-Louis Buzzi, « Être Italien dans la Lorrain occupée (1914-1918) », in Jean El-Gammal, Laurent Jalabert (dir.), Les civils dans la guerre. Université d’hiver 2016 de Saint-Mihiel, Nancy, Annales de l’Est, 2017, p. 93-110.

    45 L’Est Républicain, 29 août 1921.

    46 Maurice Halbwachs, Les Cadres sociaux de la mémoire, Paris, Presses universitaires de France, 1952, p. 237.

    47 Piero-D. Galloro, Ahmed Boubeker, Histoires et mémoires des immigrations en Lorraine, Nancy, PUN-Presses Universitaires de Lorraine, 2013, p. 238 et suiv.

    48 Le Bien Public, 12 novembre 2016.

    49 Ibid., 18 octobre 2014.

    50 Ibid., 6 novembre 2012.

    51 Ibid., 14 novembre 2013.

    52 Jean-Luc Piveteau, « Le territoire est-il un lieu de mémoire ? », Espace géographique, no 24, 1995|2, p. 113-123.

    53 Si la dynamique de remémoration peut sembler perdre de son intensité, la dynamique de mémorisation se trouve en revanche renforcée, en particulier grâce à l’outil informatique. Céline Bryon-Portet, « Les bouleversements de l’espace-temps », Communication, no 30, 2012, en ligne (http://journals.openedition.org/communication/2999).

    Auteur

    • Pierre-Louis Buzzi

      Professeur certifié d’histoire-géographie et titulaire d’un master 2, Université de Strasbourg

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    1 À nos parents.

    2 http://calenda.org/347945.

    3 Voir par exemple : Anne Sgard, « Mémoires, lieux et territoires », Rodolphe Dodier, Alice Rouyer, Raymonde Sechet (dir.), Territoires en action et dans l’action, Rennes, PUR, 2007, p. 105-117.

    4 Patrick Garcia, « Exercices de mémoire ? Les pratiques commémoratives dans la France contemporaine », Cahiers français, no 303, Juillet-Août 2001, p. 33-39, p. 33.

    5 Hors de l’Est de la France, il existe des sépultures de militaires italiens dans le cimetière national français à Champs (1 tombe), dans le cimetière communal de Cannes (8), dans le cimetière des Préjoces à Dijon (14), dans le carré militaire du cimetière communal de Briis-sous-Forges (1), dans l’ancien cimetière de Rueil-Malmaison (1), dans le cimetière national français à Lyon-la-Doua (66), dans le cimetière communal de Lyon-la-Guillotière (68), dans les cimetières parisiens de Pantin (1) et d’Ivry (36) et dans le cimetière communal de Joigny (10) (état des lieux établi d’après, Rapport [au Sénat] fait au nom de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées sur le projet de loi adopté par l’Assemblée Nationale autorisant l’approbation de la Convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République italienne relative aux sépultures de guerre, 2 décembre 1970, p. 8). D’autres marqueurs italiens existent en France sous d’autres formes, tels le monument aux Garibaldiens dans le cimetière du Père-Lachaise ou les plaques de marbre commémorant des paroissiens italiens morts pendant la guerre dans les paroisses niçoises de Saint-Isidore et Saint-Roman de Bellet.

    6 Hubert Heyriès, Les travailleurs militaires italiens en France pendant la Grande Guerre. « Héros de la pelle et de la truelle au service de la victoire », Montpellier, PUM, 2014, p. 13.

    7 AD Meuse 2 R 87.

    8 Il s’agit d’un espace aménagé en 1922-23 où des arbres plantés et entretenus par les jeunes générations assurent une mémoire vivante aux caduti. Mario Isnenghi, L’Italie par elle-même. Lieux de mémoire italiens de 1848 à nos jours, Paris, ENS, 2013, p. 326.

    9 H. Heyriès, op. cit., p. 221.

    10 Béatrix Pau-Heyriès, Le transfert des corps des militaires de la Grande Guerre. Étude comparée France-Italie, 1914-1939, thèse de doctorat, Montpellier III, 2004, p. 199.

    11 L’Est Républicain, 6 novembre 1929.

    12 Elisa Tizzoni « Turismo di guerra, turismo di pace: sguardi incrociati su Italia e Francia », Diacronie, no 15, 2013, en ligne.

    13 AD Marne, 33 M 12. Le commissaire spécial de Reims au Préfet, 24 mai 1931.

    14 Ibid. Le Préfet au Président du Conseil, 3 novembre 1931.

    15 L’Éclair de l’Est, 30 septembre 1933.

    16 L’Est Républicain, 30 septembre 1933.

    17 L’Éclair de l’Est, 30 septembre 1933.

    18 Pierre-Louis Buzzi, « Un tourisme fasciste ? Des touristes italiens sur les champs de bataille français de la Première Guerre mondiale », Yves-Marie Evanno, Johan Vincent (dir.), Tourisme et Grande Guerre. Voyage(s) sur un front historique méconnu (1914-2019), Ploeumeur, Éditions Codex, 2019, p. 325-337.

    19 L’Éclair de l’Est, 29 mai 1934.

    20 Archives municipales de Verdun, D 5,9 Réception du détachement italien, Mairie de Verdun, 26 février 1935.

    21 Bénédicte Tratnjek, « Questionnements géographiques sur les monuments aux morts : symboliques et territoires de la commémoration », Les Cafés géographiques, 21 novembre 2009, en ligne (https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00440898/document).

    22 L’Aisne Nouvelle, 19 novembre 2013.

    23 B. Tratnjek, op. cit.

    24 L’Est Républicain, 26 mars 2016.

    25 « Monument du Mois – janvier 2011 – Monument des Garibaldiens à Lachalade » et « Monument du Mois – décembre 2012/janvier 2013 – Monument des Garibaldiens du cimetière de Bligny » sur verdun-meuse.fr.

    26 L’Union, 22 décembre 2014.

    27 L’Est Républicain, 28 juin 2015.

    28 R. Sedillot cité par Serge Bonnet, L’Homme du fer : mineurs de fer et ouvriers sidérurgistes lorrains, tome 1 1889-1930, Metz, Serpenoise, 1986, p. 190.

    29 Ministère de la Défense, « Les Italiens en France 1914-1918 », Les Chemins de la Mémoire, s.d., p. 9.

    30 Relevé no 132761 sur le site www.memorialgenweb.org.

    31 D’après le rapport du Sénat de 1970 précité, ces fosses contiennent les corps de 49 Italiens.

    32 Relevé no 993507 sur le site www.memorialgenweb.org. Ce même rapport de 1970 fait état de 83 tombes.

    33 Relevé no 991018 sur le site www.memorialgenweb.org.

    34 Armand Soliani, « Le monument aux morts italiens du cimetière de Curel », Moyeuvre. Entre Orne & Conroy. Publication du cercle d’histoire de Moyeuvre, no 14, novembre 2009, p. 22-23.

    35 Jean-Pierre Favero, « Les enjeux du sport fasciste en Lorraine dans les années 1930 : revendication nationaliste ou intégration ? Le cas de la classe émergente italienne dans le bassin de Briey », Staps, no 77, 2007|3, p. 107-119, p. 114.

    36 Relevé no 991501 sur le site www.memorialgenweb.org.

    37 Vincent Berdoulay, « Lieux de mémoire et aménagement », Michel Bock, Joseph-Yvon Theriault (dir.), Entre lieux et mémoire. L’inscription de la francophonie canadienne dans la durée, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2009, p. 159.

    38 Sénat, op. cit., p. 8.

    39 Le Républicain Lorrain, 11 novembre 2012.

    40 Ibid., 29 avril 2016.

    41 Dernières Nouvelles d’Alsace, 27 octobre 2008 ; 19 octobre 2020.

    42 Le Républicain Lorrain, 1er novembre 2006.

    43 Ibid., 15 novembre 2006.

    44 Pierre-Louis Buzzi, « Être Italien dans la Lorrain occupée (1914-1918) », in Jean El-Gammal, Laurent Jalabert (dir.), Les civils dans la guerre. Université d’hiver 2016 de Saint-Mihiel, Nancy, Annales de l’Est, 2017, p. 93-110.

    45 L’Est Républicain, 29 août 1921.

    46 Maurice Halbwachs, Les Cadres sociaux de la mémoire, Paris, Presses universitaires de France, 1952, p. 237.

    47 Piero-D. Galloro, Ahmed Boubeker, Histoires et mémoires des immigrations en Lorraine, Nancy, PUN-Presses Universitaires de Lorraine, 2013, p. 238 et suiv.

    48 Le Bien Public, 12 novembre 2016.

    49 Ibid., 18 octobre 2014.

    50 Ibid., 6 novembre 2012.

    51 Ibid., 14 novembre 2013.

    52 Jean-Luc Piveteau, « Le territoire est-il un lieu de mémoire ? », Espace géographique, no 24, 1995|2, p. 113-123.

    53 Si la dynamique de remémoration peut sembler perdre de son intensité, la dynamique de mémorisation se trouve en revanche renforcée, en particulier grâce à l’outil informatique. Céline Bryon-Portet, « Les bouleversements de l’espace-temps », Communication, no 30, 2012, en ligne (http://journals.openedition.org/communication/2999).

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    Buzzi, P.-L. (2019). Les marqueurs mémoriels italiens de la Grande Guerre dans l’Est de la France. In L. Jalabert & J.-N. Grandhomme (éds.), Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.140259
    Buzzi, Pierre-Louis. « Les marqueurs mémoriels italiens de la Grande Guerre dans l’Est de la France ». In Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée, édité par Laurent Jalabert et Jean-Noël Grandhomme. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.140259.
    Buzzi, Pierre-Louis. « Les marqueurs mémoriels italiens de la Grande Guerre dans l’Est de la France ». Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée, édité par Laurent Jalabert et Jean-Noël Grandhomme, Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.140259.

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    Jalabert, L., & Grandhomme, J.-N. (éds.). (2019). Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.140159
    Jalabert, Laurent, et Jean-Noël Grandhomme, éd. Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.140159.
    Jalabert, Laurent, et Jean-Noël Grandhomme, éditeurs. Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée. Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.140159.
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