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    Plan détaillé Texte intégral La bataille de Nancy (1477) et ses monuments Les monuments d’une mémoire de la guerre individuelle ou familiale (xvie siècle) Une mémoire de la guerre de Trente Ans au travers de deux fondations religieuses Notes de bas de page Auteur

    Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    L’art religieux au service de la mémoire militaire : le cas de la Lorraine ducale (xvie – xviie siècles)

    Raphaël Tassin

    p. 27-44

    Texte intégral La bataille de Nancy (1477) et ses monuments Les monuments d’une mémoire de la guerre individuelle ou familiale (xvie siècle) Une mémoire de la guerre de Trente Ans au travers de deux fondations religieuses Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Le fait d’associer à une étude sur les marqueurs mémoriels de la guerre des monuments de nature religieuse de l’époque moderne pourrait de prime abord sembler un peu incongru. Certes le concept de guerre n’est aucunement absent du fait religieux – en témoignent les guerres de religion qui ébranlèrent le xvie siècle –, ni même du discours religieux, que l’on pense aux réflexions sur la « guerre juste » de saint Augustin à Martin Luther en passant par Thomas d’Aquin1. Mais de là à voir un lien a priori entre mémoire de la guerre et monuments religieux, la chose n’est pas si évidente. S’ajoute à cela une autre difficulté d’ordre conceptuel et épistémologique, puisque le thème choisi interroge à la fois l’idée de « marqueur mémoriel », celle de « lieu de mémoire » et celle plus restreinte de « monument de mémoire ». Le marqueur mémoriel, en tant qu’élément témoignant du passé d’un groupe et contribuant au souvenir collectif, peut très bien se concrétiser dans un artefact construit ou rester de l’ordre du symbolique, de la culture orale ou de l’immatériel comme la toponymie. Cette notion, ô combien ambivalente, à partir du moment où elle se trouve institutionnalisée et donc pérennisée, rejoint l’idée de « lieu de mémoire », popularisée par les travaux de Pierre Nora2 – le « lieu de mémoire » pouvant être un lieu littéralement a-topique et accessible seulement au moyen de l’ars memoriae, dans le but de restituer le récit d’une mémoire collective. Quant au « monument de mémoire », cette notion s’inscrit dans une dimension non seulement symbolique mais éminemment matérielle, pour ne pas dire fonctionnelle : le monument se veut avant tout identifiable car il est le fruit du processus intellectuel d’identification d’un objet concret au souvenir d’un événement passé, qu’il s’agisse d’une ruine préservée, d’un vestige réemployé – ce que la Renaissance désigna d’ailleurs sous le terme de monumenta – ou d’une construction ex novo. Le dernier obstacle auquel nous avons été confronté est celui de pouvoir identifier ce qui est susceptible d’être considéré comme un monument à caractère mémoriel durant l’époque moderne. En effet, si l’on en croit Philippe Martin, « l’Ancien Régime n’érigeait pas de monuments de mémoire »3. Il est indéniable que le « monument aux morts » tel que nous l’envisageons de nos jours est une invention récente, cependant il faut bien faire la distinction entre monuments aux morts d’une part et monuments mémoriels de la guerre d’autre part, ces derniers n’ayant pas attendu les conflits modernes pour faire leur apparition. Mais là encore, comment saisir le sens que revêtait tel ou tel monument dans la mémoire collective aux xvie et xviie siècles, puisque, comme l’a très bien exprimé Reinhart Koselleck, « toutes les identifications politiques et sociales [d’un monument] disparaissent avec le temps. Ainsi se modifie le message dont [il] avait été investi »4. C’est donc en ayant à l’esprit tous ces paramètres que nous nous interrogerons sur le rôle mémoriel que purent revêtir certains édifices religieux au cours des xvie et xviie siècles. Pour mener ces investigations, nous nous limiterons ici au cas de la Lorraine ducale, qui constitue un terrain particulièrement propice et stimulant pour ces questions. Notre propos s’organisera en trois points, abordant en premier lieu le cas de la bataille de Nancy de 1477 et des monuments de mémoire qu’elle produisit. Dans un second temps seront abordés d’autres témoignages de nature mémorielle du xvie siècle ayant trait à la guerre mais faisant état d’une mémoire essentiellement individuelle ou familiale. Pour conclure, nous traiterons le cas de deux fondations religieuses directement issues de la guerre de Trente Ans en tentant de définir quel fut leur rôle d’un point de vue mémoriel.

    La bataille de Nancy (1477) et ses monuments

    2Au chapitre 5 de son ouvrage intitulé Miracles et grâces de Notre-Dame de Bon-secours, initialement publié en 1630 et illustré d’une eau-forte restée célèbre de Jacques Callot, le père Julet, citant Richard de Vasbourg rapporte, concernant la bataille de Nancy et la défaite de Charles le Téméraire le 5 janvier 1477 :

    Le duc René, en mémoire de ceux qui moururent en cette journée, afin de prier pour le repos de leurs âmes, a fait édifier & fonder une chapelle très-belle sur le champ de bataille, auprès de laquelle il fit ouvrir une grande fosse pour inhumer tous les corps des soldats morts5.

    3Cette affirmation, pour légèrement erronée qu’elle soit, montre à quel point la mémoire – en l’occurrence on devrait presque dire la légende – de la bataille de Nancy gardait encore tout son sens au moment où la guerre de Trente Ans devait commencer à embraser la Lorraine. Pour autant, l’affirmation est légèrement inexacte car la chapelle en question, qui devait devenir célèbre sous l’appellation de « chapelle des Bourguignons », ne fut fondée que plusieurs années après la bataille et l’ensevelissement des victimes, en 1484 (Fig. 1). Mais dans le cas présent, la chronologie importe tout compte fait assez peu. C’est bel et bien l’usage qui fut fait de l’endroit, de la chapelle et de l’événement lui-même qui intéresse notre réflexion. La chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours était en effet appelée à devenir un des hauts lieux du nationalisme lorrain avant de se voir confisquer partiellement son rôle mémoriel au cours du xviiie siècle de par sa promotion au rang d’église funéraire.

    Fig. 1 : Pierre de Blarru, Liber Nanceidos, Saint-Nicolas-de-Port, Pierre Jacobi, 1518, planche 35 : « Jussu Renati occisorum corpora colliguntur & sepeliuntur » (Sur l’ordre de René [II], les corps des morts sont regroupés et inhumés).

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    Cliché BM Besançon.

    4La seule dédicace de l’édifice à la Vierge est elle-même intrinsèquement polysémique. Marie figurait déjà sur l’enseigne de René II sous la forme d’une Annonciation, qui était l’objet d’un culte particulier de sa part et était devenue en quelque sorte la « patronne » des duchés. Mais rappelons que la chapelle avait initialement été baptisée du titre très évocateur de « Notre-Dame-de-la-Victoire et des Saints-Rois »6, pour rappeler – et en quelque sorte « mémorialiser » – les racines militaires mais aussi la date de l’événement, veille de l’Épiphanie. C’est généralement à un événement militaire que l’on doit d’ailleurs ce titre de « Notre-Dame-de-la-Victoire », qui avait notamment déjà été adopté à Metz pour la chapelle commémorant la victoire de la République messine en 1473 sur les troupes du duc Nicolas Ier qui avaient tenté de s’emparer de la cité :

    On élèverait une chapelle monumentale pour perpétuer le souvenir de la puissante protection de Marie ; […] on l’appellerait chapelle de la Victoire, ou de la Miséricorde, ou des Lorrains, et […] on y célébrerait la messe avec plus aultres biaux services7.

    5Cette titulature devint par la suite la métaphore de la victoire du Catholicisme sur la Réforme protestante, comme l’illustrent entre autres Santa Maria della Vittoria à Rome, que les Carmes édifièrent en mémoire de la bataille de la Montagne Blanche de 1620, ou Notre-Dame-des-Victoires à Paris, ex voto pour la victoire de Louis XIII au siège de La Rochelle.

    6La réalisation en 1505 par le sculpteur ducal Mansuy Gauvain d’une Vierge au manteau, destinée à en orner l’intérieur, vient compléter le panorama des différentes fonctions mariales liées à cette chapelle commémorative (Fig. 2). Thème introduit par l’ordre cistercien au cours du Moyen Âge, mais qui trouve probablement ses origines dans l’aire germanique8, l’iconographie de la Vierge protégeant son peuple de son manteau prend ici tout son sens. Après le troisième siège de Nancy fin 1476, durant lequel la ville avait été reprise par le Téméraire, on imagine la tournure quasiment miraculeuse que prirent les événements pour ceux qui y assistèrent lorsque la victoire lorraine – inattendue – se profila. D’après Paul Perdrizet, la statue de Gauvain doit être considérée un « ex-voto, commémoratif de la victoire de René II »9 : la notion de mémoire est ici indéniablement liée à la piété particulière qu’entretenait le petit-fils de René d’Anjou pour Marie. La Vierge de Mansuy Gauvain faisait d’ailleurs pendant au groupe de l’Annonciation sculpté par Jean Crocq10, et placé – si l’on en croit Lionnois11 – la même année 1505 sur la façade extérieure de la porte de la Craffe rénovée, accompagné de deux inscriptions rappelant le rôle protecteur de la Vierge à l’occasion de la bataille de Nancy. D’une part décrite comme « Marie espoir seul de Nancy », elle est remerciée d’autre part de cette manière :

    Vierge, de qui Dieu fut en terre né
    Tu donnas nom triomphant à René
    Duc de Lorraine armé soub ton enseigne
    Mil IIII C septante et six l’enseigne

    Fig. 2 : Jaques Callot, Miracles et graces de N. Dame de bon secours léz Nancy, Nancy, Philippe, 1630 : frontispice.

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    Cliché Bibliothèques de Nancy.

    7Dans le cas présent, nous sommes déjà au-delà du simple marqueur mémoriel d’une bataille, mais bel et bien dans ce qui relève du monument de mémoire, par le truchement d’une iconographie et d’une épigraphie religieuse12.

    8Si la fonction mémorielle de la chapelle fondée par René II est indéniable, un autre enjeu consistait à pérenniser cette mémoire de la victoire. Ainsi, sur le modèle de la croix édifiée sur les berges de l’étang Saint-Jean, à l’endroit où périt le duc de Bourgogne, une croix fut élevée en 1523 dans le cimetière attenant à Bonsecours, portant une inscription censée faire perdurer le souvenir de l’événement13. Sur la Croix de Bourgogne, aujourd’hui conservée au Musée lorrain dans le cloître de l’ancien couvent des Cordeliers, on pouvait lire cette phrase éloquente :

    En l’an de l’incarnation
    Mil quatre cens septante six
    Veille de l’Apparition
    Fut le duc de Bourgogne occis
    Et en bataille icy transis
    Où croix suis mise pour mémoire14

    9En 1523, Renée de Bourbon, épouse du duc Antoine et belle-fille de Renée II, fit aménager un véritable cimetière autour de la chapelle des Bourguignons. L’inscription dédicatoire de la croix qui y fut élevée rappelle, sous forme de décasyllabes, la raison d’être de cette fondation :

    Mil quatre cens soixante & seize advint
    Que Charles duc de Bourgogne ici vint […]
    Veille des Rois qu’on départ le gâteau
    Il fut occis en passant un ruisseau […]
    […] en mémoire
    De ce conflict Renée de Bourbon
    Noble princesse ayant vouloir très-bon […]
    A fait bâtir ce cimetière & croix
    L’an mil cinq cens avec vingt & trois

    10Symbole de résistance face à un envahisseur, on comprend aisément que la chapelle de Bonsecours devînt un lieu de ralliement nationaliste durant la guerre de Trente Ans. Dès avant la conflagration, la chapelle était devenue trop petite et avait dû être agrandie dès 1629 (Fig. 3). Charles IV ayant largement contribué à faire passer l’idée que la Lorraine faisait de nouveau face à « une guerre subie », c’est tout naturellement que ses sujets se tournèrent vers le manteau protecteur de la statue de Gauvain.

    Fig. 3 : Israël Silvestre, Veüe et perspective de la chapelle des Bourguignons (…), eau-forte, s.d.

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    Cliché Bibliothèques de Nancy.

    11Ce rôle à la fois de transmission historique et d’outil politique institutionnalisé consacre donc la chapelle comme un véritable monument de mémoire dans lequel cependant, pour reprendre une phrase de Koselleck, « la mort individuelle […] n’est pas […] évoquée »15. Cela explique l’appellation générique et globalisante de « chapelle des Bourguignons » qui fut donnée, sans que l’on se souciât plus avant du nom des soldats morts.

    12Bien que son rôle soit un peu tombé en désuétude durant le premier tiers du xviiie siècle, de toute évidence, ce n’est pas un hasard si Stanislas a choisi cette chapelle patriotique pour y établir sa dernière demeure (Fig. 4). Le roi de Pologne exilé avait en effet mis en place toute une stratégie de réappropriation symbolique de lieux liés à la famille de Lorraine : la chapelle de Bonsecours, où il fit d’ailleurs réemployer les colonnes du pavillon central du palais de la Malgrange édifié par Germain Boffrand pour le duc Léopold16 ; ou encore par exemple la porte Saint-Nicolas, porte de l’entrée officielle des ducs depuis Henri II, où il fit installer en 1761 un buste à son effigie17. Le cas de Bonsecours s’avère ainsi assez exceptionnel, puisque son double rôle mémoriel et votif s’est perpétué depuis lors jusqu’à nos jours, comme en témoigne l’ex-voto du général de Castelnau apposé à la suite de la bataille du Grand Couronné (1914)18. Mais d’autres édifices et monuments du xvie siècle viennent nuancer et compléter la réflexion.

    Fig. 4 : Anonyme d’après Emmanuel Héré, Façade de l’église Notre-Dame-de-Bonsecours de Nancy, encre et aquarelle, 604 x 351 mm, v. 1740 ?

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    Cliché Bibliothèques de Nancy.

    Les monuments d’une mémoire de la guerre individuelle ou familiale (xvie siècle)

    13En effet, tous les monuments à caractère mémoriel édifiés au début de l’époque moderne n’ont pas tous une portée aussi universelle que la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours. Certains témoignent plutôt d’une volonté de transmission de mémoire plus personnelle, plus individuelle, éventuellement de caractère familial.

    14Nous n’aborderons pas directement ici le cas de la Porterie du palais ducal de Nancy, qui pourtant est indéniablement liée à une mémoire militaire. Elle fut en effet commandée par le duc Antoine après la bataille d’Agnadel (1509) et témoigne, à la fois par sa statue équestre et par les trophées militaires des piliers, d’un programme iconographique complexe à visée politique et mémorielle, mais elle ne revêt à proprement parler aucune dimension religieuse.

    15A contrario, la chapelle funéraire de la famille Savigny, située dans l’église Saint-Nicolas de Charmes, réunit toutes les conditions pour entrer dans le corpus de cette étude (Fig. 5). Cette chapelle de style flamboyant vraisemblablement construite dans la troisième décennie du xvie siècle prend place sur le flanc nord de l’édifice. Elle se caractérise par deux travées sur voûtes d’ogives à clef pendante, contrebutées à l’extérieur par des piliers, et creusées d’enfeux destinés à accueillir la sépulture des commanditaires19. Sans entrer dans le détail de l’analyse stylistique de ce bâtiment, il est nécessaire d’évoquer les pilastres qui scandent l’élévation intérieure. Ces pilastres possèdent un fût orné de bas-reliefs figurant des trophées militaires (Fig. 6). Il n’est pas du tout étonnant à cette époque de trouver des symboles guerriers dans une construction religieuse, surtout dans une chapelle funéraire. C’est une pratique qui existait en Italie – comme sur le tombeau de Gian Galeazzo Visconti à la chartreuse de Pavie (1492) – et qui commençait progressivement à migrer vers le nord des Alpes, comme le prouvent le tombeau de Thomas James à Dol-de-Bretagne ou celui d’Artus Gouffier dans la collégiale d’Oiron20. On sait que trois membres de la famille Savigny (Antoine, Georges et Gérard de Savigny21) comptaient parmi les quarante gentilshommes qui, selon la tradition, accompagnèrent le duc Antoine en Italie du Nord et combattirent avec lui à Agnadel. Or, si l’on compare les trophées de la chapelle Savigny avec ceux de la porterie du palais ducal de Nancy, on s’aperçoit qu’ils sont en partie identiques dans la succession, dans la forme des armes et des symboles utilisés : se succèdent de haut en bas, un arc et son carquois, un tambour, un bouclier rond placé devant deux épées en sautoir, une armure à l’antique et même les deux figures de putti ou d’angelots (Fig. 7). Il est donc possible de lire dans la décoration de la chapelle Savigny de Charmes le souvenir de cette campagne d’Italie, par une référence à l’iconographie triomphale elle-même promue par le souverain, ce que vient par ailleurs confirmer l’attribution stylistique qui a pu être faite de ces sculptures à Mansuy Gauvain, qui avait précédemment œuvré au palais ducal22.

    Fig. 5 : Église Saint-Nicolas de Charmes, chapelle Savigny, v. 1523-1534, vue générale extérieure.

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    Cliché auteur.

    Fig. 6 : Église Saint-Nicolas de Charmes, chapelle Savigny, v. 1523-1534, vue latérale intérieure.

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    Cliché auteur.

    Fig. 7 : Palais ducal de Nancy, porterie, v. 1512, vue du premier registre.

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    Cliché auteur.

    16Pour rester dans l’entourage du duc Antoine, incluons également dans cette réflexion la croix élevée autour de 1530 par Didier Fossier dans le quartier de Boudonville (Fig. 8). Ce monument, aujourd’hui connu comme « La Croix Gagnée » tire son nom de son mécène, puisque Fossier, qui était l’un des armuriers les plus appréciés des ducs René II et Antoine, était surnommé Le Gaimnié/Gainier, c’est-à-dire celui qui fabrique les gaines ou fourreaux d’épée. Sans que l’on ait la raison officielle de la fondation de cette croix23, par ailleurs dotée d’une indulgence par le cardinal Jean de Lorraine, on considère habituellement qu’elle est le fruit d’un vœu, une sorte d’ex-voto consécutif à la guerre des Rustauds à laquelle Fossier participa aux côtés du duc Antoine en 1525. On peut donc considérer cette croix comme un marqueur mémoriel du conflit évoqué – marqueur essentiellement d’ordre personnel puisque son emplacement n’est pas celui d’une bataille, seulement dû à la proximité du moulin où Fossier avait établi son atelier dans le hameau de Boudonville24.

    Fig. 8 : La Croix Gagnée, Nancy, après 1525.

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    Cliché auteur.

    17La trace de cette marque de piété liée à un événement militaire s’est conservée à travers les âges, avec une évolution sémantique inéluctable mais loin d’être inintéressante puisque le nom actuel de Croix Gagnée sonne comme la référence à une victoire militaire, alors que rien dans l’inscription dédicatoire ne le laissait entendre25. Nous sommes ici confrontés à un cas où la mémoire extrapole – et pour une fois avec justesse – le sens d’un monument qui était originellement resté in pectore.

    18Ainsi le xvie siècle offre-t-il un certain nombre d’occurrences qui témoignent d’une mémoire de la guerre à des niveaux très différents non exclusifs l’un de l’autre : national, dynastique ou familial, personnel… Cette question peut être transposée dans le cas du siècle suivant, qui fut marqué par l’un des conflits les plus marquants de l’époque moderne : la guerre de Trente Ans.

    Une mémoire de la guerre de Trente Ans au travers de deux fondations religieuses

    19Deux fondations religieuses, de natures très différentes, peuvent être convoquées pour évoquer la guerre de Trente Ans : d’une part la chartreuse de Bosserville, fondée en 1666 et, sous l’impulsion de son fondateur le duc Charles IV, dédiée à la Vierge de l’Immaculée Conception ; d’autre part l’église Notre-Dame d’Outremécourt.

    20L’intérêt mémoriel de la chartreuse de Bosserville n’est pas chose évidente a priori, et reste quelque peu ambigu. Nous ne l’aborderons pas ici en tant que monument mémoriel – rappelons que c’est l’endroit où fut inhumé Charles IV en 1717 et qui devint l’un des lieux où se manifesta le plus précocement le renouveau lotharingiste, dès les années 1830, notamment grâce au baron Prosper Guerrier de Dumast26 (Fig. 9). Nous focaliserons au contraire notre attention sur les matériaux qui servirent à construire cet énorme complexe religieux. Une grande partie d’entre eux proviennent en effet, soit des fortifications de Nancy qui avaient commencé à être démantelées, soit de différents édifices ruinés pendant la guerre. Dès 1666, le duc accorda 650 chariots de pierre de taille provenant des fortifications de Nancy, puis en 1668 la taille issue des demi-lunes des portes Notre-Dame, Saint-Georges et Saint-Nicolas, « les deux corps de garde avancés de la porte Saint-Georges » et même la « porte entière de Saint-Louis »27. Parallèlement, on autorisa les Chartreux à utiliser les « ruines du château et bassecourt de Condé » (Custines) et à acheter celles du château de Pont-Saint-Vincent, avec notamment les huit colonnes et trophées de la cour28. Le réemploi de toutes ces pierres avait évidemment un côté très pratique : évacuer les décombres des abords de la ville et économiser le coût d’exploitation de carrières.

    Fig. 9 : Anonyme, d’après Nicole, Vue de la chartreuse de Bosserville, huile sur toile, 80 x 97 cm, après 1752.

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    Coll. part.

    21Mais rassembler dans une seule et même construction les vestiges de toutes les destructions qui avaient touché Nancy et ses environs n’est pas un acte totalement dépourvu de sens, les destructions engendrant littéralement une construction dans une dialectique quasi hégélienne. Certes, de nos jours, peu nombreux sont ceux qui savent – entre autres exemples – que le portail qui les accueille à la chartreuse a été composé avec les colonnes d’un château détruit sur les ordres du cardinal de Richelieu (Fig. 10). La mémoire ne s’est pas perpétuée après la disparition des ouvriers qui en furent les maîtres d’œuvre et des moines qui en furent les commanditaires, si ce n’est au travers des livres de comptes. Il n’y a pas eu volonté de monumentalisation – au sens mémoriel du terme – mais il est indéniable que l’on peut aussi considérer la Chartreuse dans son rôle de « marqueur mémoriel », c’est-à-dire de trace presque oubliée de la guerre de Trente Ans, en ceci qu’elle incarne d’une certaine manière ce que furent les destructions de la guerre.

    Fig. 10 : Portail d’entrée de la chartreuse de Bosserville avec les colonnes du château de Condé en remploi.

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    Cliché auteur.

    22C’est un même but d’incarnation, plus affirmé, qui a animé le curé Nicolas de Landrian, ancien chanoine de La Mothe, lorsqu’il fit édifier à la toute fin du xviie siècle l’église d’Outremécourt, localité aujourd’hui située en Haute-Marne. Outremécourt se trouve au pied du site de La Mothe, place forte lorraine qui avait longtemps défendu la frontière avec le royaume de France et qui avait été détruite après son dernier siège en 1645. La destruction de La Mothe constituait en elle-même une sorte d’« exercice mémoriel » puisque si l’on en croit Du Bois de Riocour dans sa Relation des sièges et blocus de La Mothe, Richelieu voulait, par cet acte fort « faire un exemple à la postérité »29, ou pour le dire plus explicitement, faire passer l’envie aux Lorrains de prendre à nouveau les armes contre la France, en leur exhibant crûment le symbole de leur défaite.

    23L’église Notre-Dame d’Outremécourt a été construite entre 1698 et 1699 avec des pierres provenant des destructions de La Mothe, et notamment de la collégiale (Fig. 11). Des pierres tombales en forment le pavage tandis que plusieurs pièces de sculpture ont été préservées. Le portail quant à lui remploie probablement des éléments des portes de la ville, ce qui explique son aspect hétéroclite : colonnes sans chapiteau faites de bric et de broc alternant tambours de colonnes et fragments sculptés divers, entablement réduit à son expression la plus symbolique. Son plan, vaguement hexagonal30, d’ailleurs repris dans la forme du cimetière, ne semble pas être la réplique de celui de la collégiale de La Mothe, contrairement à ce qu’on peut lire çà et là31, mais évoque peut-être tout bonnement la forme hexagonale, certes bien plus irrégulière, de la place dans son intégralité. On aurait donc ici affaire à une véritable métaphore monumentale de la cité, avec ses murs, sa porte et ses habitants symbolisés par leurs pierres tombales. Il y a clairement une volonté de faire vivre dans ce bâtiment le souvenir de la cité de La Mothe, comme l’indique d’ailleurs une inscription latine placée dans l’église même :

    « Motha meos tulerat lapides, sed et illa sepulcro motha remota suo, nunc ibi tota jacet » (La Mothe a porté mes pierres, mais au fond de son tombeau, elle gît maintenant toute entière ici).

    24Cette maxime, et au-delà l’église elle-même, répond de manière explicite à un proverbe ancien, datant d’avant la destruction, notamment cité par Arthur Daguin dans son Blason populaire de la Haute-Marne :

    « Motha immota manet, dum terra immota manebit »32 (La Mothe subsistera tant que le monde subsistera).

    Fig. 11 : Église Notre-Dame d’Outremécourt, v. 168-1699, vue de la façade.

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    Cliché auteur.

    25Le programme du curé Landrian est clair ; la forteresse n’étant plus concrètement qu’un vaste champ de ruines, la fonction de cette église est de rappeler aux générations à venir le souvenir de La Mothe, cité éternelle malgré les avatars. À ce titre, on peut donc bien considérer cet édifice cultuel comme un véritable monument de mémoire, car elle s’identifie clairement à un lieu et un épisode précis : la résistance de la citadelle à l’envahisseur français et le sacrifice de ses défenseurs.

    ⁂

    26Au-delà d’être des simples marqueurs mémoriels des conflits évoqués, comme peuvent l’être encore certains toponymes ou odonymes actuels (place de la Croix de Bourgogne, quai de la Bataille, rue du Téméraire à Nancy…), au-delà même du statut de lieu de mémoire, on peut affirmer sans hésitation que certains bâtiments ou ouvrages de nature religieuse, qu’il s’agisse de chapelles, d’églises, de simples croix ou bien même de groupes sculptés, ont joué durant l’époque moderne, le rôle de véritables monuments de mémoire. D’une part, le souvenir commun y gardait – et de manière tout à fait consciente – trace d’événements militaires, évidemment victorieux. D’autre part, cette mémoire pouvait en outre faire l’objet d’une véritable stratégie de pérennisation et d’instrumentalisation de la part du pouvoir ou du commanditaire, tout en étant généralement liée à des manifestations de piété particulière et individuelle. En effet, la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours est tout à la fois un ex-voto personnel du duc René II et un monument de fierté nationale, tout de même que l’église d’Outremécourt répond à une volonté personnelle de son curé et ainsi qu’à une dimension politique et mémorielle plus vaste. C’est cette ambiguïté, cette interaction complexe mais inextricable entre une mémoire personnelle et une mémoire collective qui est probablement l’enjeu majeur en ce qui concerne l’étude du phénomène mémoriel à l’époque moderne. C’est ce qui fait son originalité par rapport à la période contemporaine et la difficulté de son appréhension, mais c’est aussi ce qui fait la richesse et l’incroyable diversité de ce champ d’études.

    Notes de bas de page

    1 Parmi la bibliographie abondante sur le sujet, voir notamment Jacques Ridé, « Guerre juste et guerre injuste selon Martin Luther », Christiane Lauvergnat-Ganère, Bernard Yon (dir.), Le juste et l’injuste à la Renaissance et à l’âge classique, Saint-Étienne, Presses universitaires de Saint-Étienne, 1986, p. 49-56 ; Denis Crouzet, Les guerriers de Dieu. La violence au temps des troubles de religion (vers 1525 – vers 1610), Seyssel, Champ Vallon, 1990 ; Georges Minois, L’Église et la guerre. De la Bible à l’ère atomique, Paris, Fayard, 1994 ; Jean-Paul Cahn, François Knopper, Anne-Marie Saint-Gille (dir.), De la guerre juste à la paix juste. Aspects confessionnels de la construction de la paix dans l’espace franco-allemand (xvie-xxe siècle), Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2008.

    2 Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoires, Paris, Gallimard, 3 tomes, 1984-1992.

    3 Philippe Martin, Une guerre de Trente Ans en Lorraine. 1631-1661, Metz, Serpenoise, 2002, p. 348.

    4 Reinhart Koselleck, L’expérience de l’histoire, Paris, Gallimard/Seuil, coll. Hautes Études, 1997, p. 138.

    5 R. P. Julet, Miracles et grâces de Notre-Dame de Bon-Secours proche Nancy, avec des instructions & une pratique générale pour faire des neuvaines […], Nancy, Antoine Leseure, 1734, p. 46-47.

    6 Ibid., p. 51.

    7 Émile Auguste Bégin, Histoire & description pittoresque de la cathédrale de Metz, des églises adjacentes et collégiales, Metz, Verronnais, 1840, p. 388. Voir aussi Henri Tribout de Morembert, « Une pieuse fondation de la municipalité de Metz. La chapelle de la Victoire, dite des Lorrains (1476-1754) », Bulletin philologique et historique (jusqu’à 1610) du comité des travaux historiques et scientifiques, 1961, p. 235-247.

    8 Paul Perdrizet, La Vierge de miséricorde. Étude d’un thème iconographique (Bibliothèque des Écoles Françaises d’Athènes et de Rome, fasc. no 101), Paris, Albert Fontemoing éditeur, 1908, p. 18 sqq.

    9 Ibid., p. 1.

    10 Sur Jean Crocq, voir Léon Maxe-Werly, « Jean Crocq de Bar-le-Duc, sculpteur-imagier, et sa famille », Mémoires de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Bar-le-Duc, 1897, p. 3-70, ainsi que les travaux de Helga Hofmann et Juliette Bouchot, « Jean Crocq, imagier lorrain. Nouvelles perspectives », Le Pays lorrain, vol. 92, 2011, p. 329-336.

    11 Jean-Jacques Lionnois, Histoire des villes vieille et neuve de Nancy […], Nancy, Haener fils et Delahaye, 1805, p. 20-22.

    12 Ajoutons, pour mettre ce phénomène en perspective, que c’est sans doute dans un état d’esprit similaire que Charles IV, en 1669, confia le sort d’une Lorraine exsangue à la protection de la Vierge, un peu sur le modèle du vœu de Louis XIII en 1638, ou celui du roi de Pologne Jean II Casimir Vasa en 1656. Voir aussi Eugène Martin, La dévotion à la Sainte Vierge dans le diocèse de Toul, Nancy, Ancienne imprimerie Vagner, 1922, p. 181-195.

    13 Nous renvoyons sur ce point particulier à la contribution de Jean-Christophe Blanchard dans le présent ouvrage.

    14 L’inscription ici transcrite est celle qui est reproduite sur le monument aujourd’hui conservé dans l’ancien couvent des Cordeliers (Musée Lorrain), qui n’est pas l’original.

    15 R. Koselleck, op. cit., p. 139.

    16 Christian Pfister, Histoire de Nancy, tome 1, Nancy, Berger-Levrault, 1902, p. 582.

    17 Ch. Pfister, op. cit., tome 2, Nancy, Berger-Levrault, 1909, p. 441.

    18 Le texte de cet ex-voto est le suivant : « À Notre-Dame de Bon-Secours – Éternelle gratitude – Nisi Dominus custodierit civitatem frustra vigilat qui custodit eam – Général de Castelnau – 12 septembre 1914 ».

    19 Pour plus de détail nous renvoyons à Pierre Sesmat, « La pitié des chapelles Renaissance en Lorraine », Le Pays lorrain, 110e année, vol. 94, no 1, 2013, p. 75-84.

    20 Sabine Frommel et Raphaël Tassin, « Les décors militaires en Italie et en France du xve siècle au Primo Cinquecento : un ornement polysémique », Pierre Caye et Francesco Solinas (dir.), Les Cahiers de l’Ornement, vol. 2, Rome, De Luca editori d’arte, 2016, p. 45-66. Sur le cas français, voir Raphaël Tassin, « La Guerre et la Pierre. Usage et migration du trophée d’armes dans l’architecture du début de la Renaissance », Florence Bistagne et Jérémie Ferrer-Bartormeu (dir.), Minorités, migrations, mondialisation en Méditerrannée, xive-xvie siècle, Paris, Classiques Garnier, à paraître.

    21 Dom Augustin Calmet, Histoire ecclésiastique et civile de la Lorraine, qui comprend ce qui s’est passé de plus mémorable dans l’Archevêché de Trèves, & dans les Evêchez de Metz, Toul & Verdun, depuis l’entrée de Jules César dans Gaules, jusqu’à la mort de Charles V […], tome II, Nancy, Jean-Baptiste Cusson, 1728, col. 1134.

    22 Isabelle Chave et Florence Daniel-Wieser, Renaissance dans les Vosges, Villers-lès-Nancy, Association CHATEL, 2012, p. 66.

    23 Étrangement, l’inscription dédicatoire est muette à ce sujet.

    24 Archives de Nancy, ou documents inédits relatifs à l’histoire de cette ville, éd. Henri Lepage, Nancy, Wiener, 1865, tome 1, p. 186-187. Voir aussi Henri Lepage, « Sur l’origine et le véritable nom de la Croix-Gagnée », Journal de la Société d’Archéologie lorraine, 1re année, 1852-1853, p. 121-123.

    25 « Passans voyez ce sainct signe admirable
    Où Crist souffrit passion merveillable
    Cruelle mort cloué par piedz et mains
    Pour rachapter et saulver les humains
    Et pour donner à dévocion lustre
    En ce dict lieu très-puissant très-illustre
    Très-révérend père en Dieu cardinal
    De honufrien nommé en général
    Très-vertueux cardinal de Lorraine
    A relaxé cent jours de endurer peine
    En purgatoire à ceulx qui passeront
    Par cy devant et humblement diront
    La Pate-nostre et l’ave Maria
    Se sont cent jours de pardon qu’il y a.
    Didié le Gamnié. »

    26 Fabienne Henryot, « La chartreuse de Bosserville et son environnement : un paysage cartusien ? », Serge Brunet, Philippe Martin (dir.), Paysages et religion, actes du 135e congrès du CTHS (Neuchâtel, 6-10 avril 2010), Paris, éditions du CTHS, 2015, p. 171-187.

    27 Arch. dép. Meurthe-et-Moselle, H 680.

    28 Ibid.

    29 Nicolas Du Boys de Riocour, Relation des sièges et du blocus de La Mothe (1634, 1642, 1645), éd. Jules Simonnet, Chaumont, Cavaniol, 1861, p. 203.

    30 Voir le plan original de l’architecte Mouginot daté de 1699 (Arch. dép. Haute-Marne, 1 J 669, « Plan geometral de l’eglise D’Ovtremecovrt »).

    31 Laurent Jalabert, « La forteresse de La Mothe en Bassigny », Projet Empreinte militaire en Lorraine. Consulté en ligne le 1er octobre 2016. URL : http://ticri.inpl-nancy.fr/wicri-lor.fr/index.php?title=Empreinte_militaire_en_Lorraine_(06-2014)_Laurent_Jalabert.

    32 Arthur Daguin, Blason populaire de la Haute-Marne ou recueil raisonné des proverbes, sobriquets et dictons relatifs à ce département, à ses communes et à ses habitants, Paris, Dorbon, [1904], p. 40.

    Auteur

    • Raphaël Tassin

      Docteur en histoire de l’art

      Membre associé au CRULH – Université de Lorraine

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    1 Parmi la bibliographie abondante sur le sujet, voir notamment Jacques Ridé, « Guerre juste et guerre injuste selon Martin Luther », Christiane Lauvergnat-Ganère, Bernard Yon (dir.), Le juste et l’injuste à la Renaissance et à l’âge classique, Saint-Étienne, Presses universitaires de Saint-Étienne, 1986, p. 49-56 ; Denis Crouzet, Les guerriers de Dieu. La violence au temps des troubles de religion (vers 1525 – vers 1610), Seyssel, Champ Vallon, 1990 ; Georges Minois, L’Église et la guerre. De la Bible à l’ère atomique, Paris, Fayard, 1994 ; Jean-Paul Cahn, François Knopper, Anne-Marie Saint-Gille (dir.), De la guerre juste à la paix juste. Aspects confessionnels de la construction de la paix dans l’espace franco-allemand (xvie-xxe siècle), Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2008.

    2 Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoires, Paris, Gallimard, 3 tomes, 1984-1992.

    3 Philippe Martin, Une guerre de Trente Ans en Lorraine. 1631-1661, Metz, Serpenoise, 2002, p. 348.

    4 Reinhart Koselleck, L’expérience de l’histoire, Paris, Gallimard/Seuil, coll. Hautes Études, 1997, p. 138.

    5 R. P. Julet, Miracles et grâces de Notre-Dame de Bon-Secours proche Nancy, avec des instructions & une pratique générale pour faire des neuvaines […], Nancy, Antoine Leseure, 1734, p. 46-47.

    6 Ibid., p. 51.

    7 Émile Auguste Bégin, Histoire & description pittoresque de la cathédrale de Metz, des églises adjacentes et collégiales, Metz, Verronnais, 1840, p. 388. Voir aussi Henri Tribout de Morembert, « Une pieuse fondation de la municipalité de Metz. La chapelle de la Victoire, dite des Lorrains (1476-1754) », Bulletin philologique et historique (jusqu’à 1610) du comité des travaux historiques et scientifiques, 1961, p. 235-247.

    8 Paul Perdrizet, La Vierge de miséricorde. Étude d’un thème iconographique (Bibliothèque des Écoles Françaises d’Athènes et de Rome, fasc. no 101), Paris, Albert Fontemoing éditeur, 1908, p. 18 sqq.

    9 Ibid., p. 1.

    10 Sur Jean Crocq, voir Léon Maxe-Werly, « Jean Crocq de Bar-le-Duc, sculpteur-imagier, et sa famille », Mémoires de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Bar-le-Duc, 1897, p. 3-70, ainsi que les travaux de Helga Hofmann et Juliette Bouchot, « Jean Crocq, imagier lorrain. Nouvelles perspectives », Le Pays lorrain, vol. 92, 2011, p. 329-336.

    11 Jean-Jacques Lionnois, Histoire des villes vieille et neuve de Nancy […], Nancy, Haener fils et Delahaye, 1805, p. 20-22.

    12 Ajoutons, pour mettre ce phénomène en perspective, que c’est sans doute dans un état d’esprit similaire que Charles IV, en 1669, confia le sort d’une Lorraine exsangue à la protection de la Vierge, un peu sur le modèle du vœu de Louis XIII en 1638, ou celui du roi de Pologne Jean II Casimir Vasa en 1656. Voir aussi Eugène Martin, La dévotion à la Sainte Vierge dans le diocèse de Toul, Nancy, Ancienne imprimerie Vagner, 1922, p. 181-195.

    13 Nous renvoyons sur ce point particulier à la contribution de Jean-Christophe Blanchard dans le présent ouvrage.

    14 L’inscription ici transcrite est celle qui est reproduite sur le monument aujourd’hui conservé dans l’ancien couvent des Cordeliers (Musée Lorrain), qui n’est pas l’original.

    15 R. Koselleck, op. cit., p. 139.

    16 Christian Pfister, Histoire de Nancy, tome 1, Nancy, Berger-Levrault, 1902, p. 582.

    17 Ch. Pfister, op. cit., tome 2, Nancy, Berger-Levrault, 1909, p. 441.

    18 Le texte de cet ex-voto est le suivant : « À Notre-Dame de Bon-Secours – Éternelle gratitude – Nisi Dominus custodierit civitatem frustra vigilat qui custodit eam – Général de Castelnau – 12 septembre 1914 ».

    19 Pour plus de détail nous renvoyons à Pierre Sesmat, « La pitié des chapelles Renaissance en Lorraine », Le Pays lorrain, 110e année, vol. 94, no 1, 2013, p. 75-84.

    20 Sabine Frommel et Raphaël Tassin, « Les décors militaires en Italie et en France du xve siècle au Primo Cinquecento : un ornement polysémique », Pierre Caye et Francesco Solinas (dir.), Les Cahiers de l’Ornement, vol. 2, Rome, De Luca editori d’arte, 2016, p. 45-66. Sur le cas français, voir Raphaël Tassin, « La Guerre et la Pierre. Usage et migration du trophée d’armes dans l’architecture du début de la Renaissance », Florence Bistagne et Jérémie Ferrer-Bartormeu (dir.), Minorités, migrations, mondialisation en Méditerrannée, xive-xvie siècle, Paris, Classiques Garnier, à paraître.

    21 Dom Augustin Calmet, Histoire ecclésiastique et civile de la Lorraine, qui comprend ce qui s’est passé de plus mémorable dans l’Archevêché de Trèves, & dans les Evêchez de Metz, Toul & Verdun, depuis l’entrée de Jules César dans Gaules, jusqu’à la mort de Charles V […], tome II, Nancy, Jean-Baptiste Cusson, 1728, col. 1134.

    22 Isabelle Chave et Florence Daniel-Wieser, Renaissance dans les Vosges, Villers-lès-Nancy, Association CHATEL, 2012, p. 66.

    23 Étrangement, l’inscription dédicatoire est muette à ce sujet.

    24 Archives de Nancy, ou documents inédits relatifs à l’histoire de cette ville, éd. Henri Lepage, Nancy, Wiener, 1865, tome 1, p. 186-187. Voir aussi Henri Lepage, « Sur l’origine et le véritable nom de la Croix-Gagnée », Journal de la Société d’Archéologie lorraine, 1re année, 1852-1853, p. 121-123.

    25 « Passans voyez ce sainct signe admirable
    Où Crist souffrit passion merveillable
    Cruelle mort cloué par piedz et mains
    Pour rachapter et saulver les humains
    Et pour donner à dévocion lustre
    En ce dict lieu très-puissant très-illustre
    Très-révérend père en Dieu cardinal
    De honufrien nommé en général
    Très-vertueux cardinal de Lorraine
    A relaxé cent jours de endurer peine
    En purgatoire à ceulx qui passeront
    Par cy devant et humblement diront
    La Pate-nostre et l’ave Maria
    Se sont cent jours de pardon qu’il y a.
    Didié le Gamnié. »

    26 Fabienne Henryot, « La chartreuse de Bosserville et son environnement : un paysage cartusien ? », Serge Brunet, Philippe Martin (dir.), Paysages et religion, actes du 135e congrès du CTHS (Neuchâtel, 6-10 avril 2010), Paris, éditions du CTHS, 2015, p. 171-187.

    27 Arch. dép. Meurthe-et-Moselle, H 680.

    28 Ibid.

    29 Nicolas Du Boys de Riocour, Relation des sièges et du blocus de La Mothe (1634, 1642, 1645), éd. Jules Simonnet, Chaumont, Cavaniol, 1861, p. 203.

    30 Voir le plan original de l’architecte Mouginot daté de 1699 (Arch. dép. Haute-Marne, 1 J 669, « Plan geometral de l’eglise D’Ovtremecovrt »).

    31 Laurent Jalabert, « La forteresse de La Mothe en Bassigny », Projet Empreinte militaire en Lorraine. Consulté en ligne le 1er octobre 2016. URL : http://ticri.inpl-nancy.fr/wicri-lor.fr/index.php?title=Empreinte_militaire_en_Lorraine_(06-2014)_Laurent_Jalabert.

    32 Arthur Daguin, Blason populaire de la Haute-Marne ou recueil raisonné des proverbes, sobriquets et dictons relatifs à ce département, à ses communes et à ses habitants, Paris, Dorbon, [1904], p. 40.

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    Tassin, R. (2019). L’art religieux au service de la mémoire militaire : le cas de la Lorraine ducale (xvie – xviie siècles). In L. Jalabert & J.-N. Grandhomme (éds.), Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.140214
    Tassin, Raphaël. « L’art religieux au service de la mémoire militaire : le cas de la Lorraine ducale (xvie – xviie siècles) ». In Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée, édité par Laurent Jalabert et Jean-Noël Grandhomme. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.140214.
    Tassin, Raphaël. « L’art religieux au service de la mémoire militaire : le cas de la Lorraine ducale (xvie – xviie siècles) ». Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée, édité par Laurent Jalabert et Jean-Noël Grandhomme, Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.140214.

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    Jalabert, L., & Grandhomme, J.-N. (éds.). (2019). Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.140159
    Jalabert, Laurent, et Jean-Noël Grandhomme, éd. Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.140159.
    Jalabert, Laurent, et Jean-Noël Grandhomme, éditeurs. Les marqueurs mémoriels de la guerre et de l’armée. Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.140159.
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