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    Plan détaillé Texte intégral Mobilisations et enjeux de travail Mobilisations et vies quotidiennes Mobilisations et engagements politiques Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Les mondes ouvriers : figures de (dé)mobilisations

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Introduction

    Pascal Depoorter, Nathalie Frigul, Thomas Venet et Sébastien Vignon

    p. 21-40

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Mesurées à l’aune des jours de grève, les mobilisations ouvrières ont connu un véritable déclin à partir de la fin des années 1970, marquant ainsi la lente agonie d’une classe ouvrière contestataire1. Au fil des années, comme le rappelle Nicolas Hatzfeld dans la préface de cet ouvrage, le groupe ouvrier s’est étiolé. Il a perdu le rôle central d’un jeu politique dont il serait aujourd’hui l’otage2. Le « divorce » entre les catégories populaires salariées et la gauche, plus particulièrement le parti socialiste, a été interprété comme un des enseignements saillants de l’élection présidentielle de 20023. Le projet d’émancipation sociale porté par les élites ouvrières aurait progressivement laissé le champ libre aux propagandistes du repli identitaire, justifiant leur dessein dans le malheur du peuple4.

    2La sortie de siècle5 est, en effet, marquée par une dégradation des conditions d’emploi et de vie des ouvriers qui ont subi, plus que les autres groupes sociaux, une montée de l’insécurité sociale6 dont un des corollaires a certainement été le brouillage des frontières de délimitation du groupe établies par la statistique publique7.

    3Faisant un pas de côté, l’ouvrage propose de s’affranchir des nomenclatures administratives qui enferment les groupes sociaux dans des catégories statistiques et politiques qui ne sont jamais neutres et renvoient à des luttes de classements8. Nombre d’enquêtes ont ainsi montré une proximité des mondes ouvriers et employés et la pertinence de les analyser ensemble, tant du point de vue de leurs conditions d’emploi (chômage de masse, précarisation des emplois), de leurs espaces de sociabilité ou encore de leurs ressources socioéconomiques. Les transformations des conditions d’existence, qui ont affecté ces deux groupes, n’ont pas abouti pour autant à une réduction des distances qui les séparent des autres catégories sociales9, bien au contraire. Dans ce contexte et avec le retour en force, en sciences sociales, d’une analyse classiste du monde social qui avait fait souvent défaut dans les deux dernières décennies du XXe siècle10, le terme générique de « classes populaires11 » s’est imposé pour appréhender ce vaste ensemble, décrire à la fois des propriétés sociales communes et les inégalités qui structurent leurs rapports aux classes moyennes et supérieures. Cependant, cette notion extensive n’est pas sans soulever de nouvelles discussions et controverses quant à ses usages dans l’univers académique12, en raison de l’hétérogénéité sociale et des styles de vie distincts13 qu’elle recouvre, des clivages internes qui la traversent, liés aux conditions d’emploi, de genre14 et renforcés par des processus qui tendent à discriminer les populations « racisées »15.

    4Si le recours à la notion de classe populaire est pertinent pour la compréhension des processus sociaux dont nous venons d’esquisser les contours ; ne conduit-elle pas, cependant, à diluer les ouvriers dans un ensemble plus vaste qui tend non seulement à renforcer l’idée de leur effacement progressif mais aussi à invisibiliser des caractéristiques sociales singulières ? Les transformations du travail ne signifient pas pour autant la disparition de la condition ouvrière16. Le groupe ouvrier est toujours là17, même s’il n’est plus majoritairement dans les usines. Ils représentent encore 20 % des actifs salariés en France et cet ensemble reste très massivement masculin. Huit ouvriers sur 10, selon l’Insee, sont des hommes18. La majorité des ouvriers travaillent dans le secteur industriel (36 %) ou le secteur artisanal (38 %), alors que les chauffeurs et les ouvriers de la manutention représentent 20 % des effectifs19. Ils occupent de plus en plus des emplois du secteur tertiaire, notamment en logistique20 ou dans le nettoyage et ils sont souvent dispersés dans des petites unités de production sous-traitantes. Les études statistiques montrent que la diminution du nombre d’ouvriers a été largement compensée par l’augmentation du nombre d’employés sur des segments d’activité commerciale qui ont progressé et où la main-d’œuvre est majoritairement féminine21 : distribution, restauration alimentaire, hôtellerie ou services directs aux particuliers22. Les travaux récents insistent sur les transformations morphologiques du groupe ouvrier, établissent ses points de rupture et de continuité avec le groupe employé, étudient également son éclatement et ses scissions, certaines de ses fractions salariées stables se rapprochant par leurs modes de vie des classes moyennes, d’autres des catégories de population les plus précaires23.

    5De la fragilisation de la classe ouvrière et de l’affaiblissement de ses organisations, n’en conclut-on pas trop rapidement parfois la « fin des ouvriers », dont l’image est associée à une désindustrialisation qui a déstructuré durablement les bassins d’emploi et appauvri la population des territoires24 ? Qu’en est-il alors des formes de résistance qu’elle soit individuelle et collective ? Les répertoires d’action semblent se renouveler à travers les pétitions, les débrayages et les arrêts de travail plus courts que par le passé25. Mais ce sont surtout les conflits sociaux (Cellatex, Metaleurop ou Moulinex notamment), qui, surgissant sur le devant de la scène médiatique à l’aube des années 2000, ont braqué les projecteurs sur un monde que l’on disait disparu. Comment alors analyser les formes de mobilisations qui se déploient dans des contextes marqués notamment par un désinvestissement électoral de grande ampleur26, un affaiblissement du sentiment d’appartenance à la classe ouvrière27 et un déclin de la syndicalisation28 ? Quels acteurs se (dé)mobilisent ? Quelles alliances sont opérées ? Quels sont leurs modes d’action ? Quelles ressources sont nécessaires pour que les mobilisations soient possibles ? La conflictualité sociale est-elle encore un marqueur de la lutte des classes, révélatrice de rapports sociaux antagonistes, émancipatrice de situations d’exploitation29 ?

    6En se saisissant de ces questions, l’ouvrage entend appréhender quelques figures de (dé)mobilisations, individuelles et collectives, et étudier des phénomènes visibles et invisibles d’engagement, autant dans le rapport à la politique institutionnelle que dans les espaces ordinaires de la vie sociale30. Il s’agit de restituer, ici, des processus complexes qui s’observent au travail, dans l’espace privé et domestique, dans l’espace public et au sein de territoires contrastés (territoires ruraux désindustrialisés, Zones urbaines sensibles, etc.). Ainsi, dans cet ouvrage, les discussions prennent deux orientations, qui replacent les questions sociales et politiques au centre des (dé)mobilisations. D’une part, les contributions portent sur l’actualité de luttes sociales menées par des ouvriers d’industrie. Certes, le groupe ouvrier structurant fortement l’espace social qu’observaient Michel Verret31 ou encore Olivier Schwartz32 dans les années 1980-1990 s’est estompé. Néanmoins, les contestations sociales manifestent toujours du conflit d’intérêts entre classes antagonistes, se cristallisent sur les lieux de travail : mots d’ordre, répertoire d’actions, grèves, manifestations se rangent sous des principes moraux et des idéaux sociaux autant que sur les revendications matérielles. Ces résistances collectives participent de la repolitisation du travail, objectivant les conditions de l’exploitation capitaliste, sachant démasquer les jeux d’accumulation des profits (internationalisation et externalisation de la production, financiarisation, etc.). D’autre part, les contributions parlent de ces enfants d’ouvriers de deuxième et de troisième générations, « mal dans leur position33 » et empêchés dans leurs aspirations sociales. Avec leurs pères et mères, ouvriers tertiarisés, employés « ouvriérisés34 » et « prolétarisés35 », ils partagent de mêmes expériences de violence au travail, laquelle les empêche souvent d’identifier la dimension collective des privations et humiliations sociales vécues (modes d’intégration professionnelle et statuts instables, chômage récurrent, positions subalternes dans la hiérarchie professionnelle, faibles salaires, contrats précaires, surexposition et suraccidentabilité professionnelles dans les tâches d’exécution36 et paupérisation dans les quartiers populaires ou les zones rurales désertifiées). Les perspectives et moyens de mobilisation sociale et politique sont ancrés dans les expériences quotidiennes de la déréliction sociale et concernent d’abord les stratégies individuelles et familiales élaborées pour s’en sortir et selon des sens pratiques qui sont jugés dignes.

    7Des intérêts concurrents et des signes de distinction sociale (concernant l’obtention d’un emploi, d’un logement, d’un revenu, d’une allocation, l’accès à des biens matériels…) attisent parfois la rivalité et renforcent les tensions sociales. Certaines fractions des catégories modestes en sont venues, selon le mot de d’Olivier Schwartz, à avoir une conscience « triangulaire » du monde social37 : elles se sentent lésées, estimant que leurs problèmes ne viennent pas seulement « du haut » et des politiques menées par les puissants, mais viennent aussi « du bas » et « du plus bas qu’eux ». Elles expriment ainsi de l’hostilité envers ces plus pauvres qui, selon elles, profiteraient d’aides et d’allocations sans travailler38.

    8La crise de reproduction que les mondes ouvriers traversent est également marquée par des conflits générationnels39. Les transformations productives, les restructurations industrielles et les délocalisations ont eu des effets sur les modes de vie ouvriers. Elles ont éclaté et fragmenté le groupe et les résistances syndicales. Les enfants d’ouvriers, pour une bonne part immigrés40, ont nourri des espoirs d’échapper à leur condition sociale en accédant par l’école à une mobilité et une ascension sociales. Celles-ci, en fin de compte, touchent très peu d’entre eux. Des attitudes de défiance ou de rejet des institutions, de repli sur la famille, le quartier, la bande expriment pour certains un désenchantement et un sentiment de trahison sociale, non seulement parce qu’ils refusent la condition ouvrière mais aussi parce que maintenus dans les lisières du monde du travail, ils sont empêchés d’accéder à des qualifications promises. Ils ont aussi une perception plus aiguisée qu’on ne le pense des inégalités sociales dont ils sont les principales victimes, de la relégation, du déclassement social et du racisme. Ils contiennent une révolte plus profonde qu’on ne le suppose, de devoir ajuster leurs espérances subjectives aux chances objectives41 de sortir de leur condition. Ces phénomènes peuvent expliquer entre autres les sentiments ténus ou ambigus d’appartenance à la classe ouvrière mais aussi les croyances économiques, politiques, militantes ou religieuses qui nourrissent les mouvements de contestation de l’ordre et des pouvoirs établis42.

    9Privilégiant le dialogue entre plusieurs disciplines des sciences sociales (sociologie, histoire, science politique), l’ouvrage rassemble des enquêtes menées au plus près des réalités des mondes ouvriers, vécues par celles et ceux qui en sont issus et qui parfois connaissent des formes de mobilités ascendante/descendante, comme certains militants ouvriers ou encore des agents de la RATP ou des pompiers43, figures du reclassement ouvrier dans les emplois du tertiaire. Certaines contributions mettent à jour des situations quotidiennes de frustrations et d’indignités sociales, qui constituent, selon les contextes professionnels et sociaux, un ferment de mobilisation politique et militante ou à l’inverse de démobilisation, de marginalisation politique et de désolidarisation. L’ouvrage revient également sur la controverse académique d’une droitisation de la classe ouvrière44 qui tendrait à occulter différentes formes et figures de mobilisation et de politisation. L’actualité sociale n’invalide pas le propos du livre, bien au contraire. Elle montre l’intérêt d’une analyse multi-située, rendant compte des figures contemporaines des mobilisations aspirant à une société plus solidaire et égalitaire45.

    Mobilisations et enjeux de travail

    10La première partie de l’ouvrage s’intéresse aux formes et ressorts des mobilisations ouvrières qui se développent dans des contextes de désindustrialisation46 et de restructurations économiques47. Les modalités de luttes expriment l’état des rapports de classes et de pouvoir et les marges de manœuvre48 – très limitées ces trente dernières années – dont disposent les fractions ouvrières, dans leurs diverses propriétés sociales, pour faire exister et aboutir des revendications professionnelles (emploi, conditions de travail, salaire, santé…). Les articles montrent comment les luttes réelles ou symboliques, mais aussi des alliances objectives s’organisent et se poursuivent après la liquidation d’un site industriel ou lors d’expositions professionnelles, comment elles se déploient dans des actions inédites ou moins médiatisées, qui mobilisent des collectifs (militants, experts, juristes, famille) autour d’une quête d’estime et de reconnaissance49.

    11L’auteur de la première contribution, Matéo Sorin, revient sur un aspect peu connu des luttes des salariés confrontés à la menace de la fermeture de leur entreprise. Invitant à repenser l’usage de la catégorie « d’action collective », il montre que la mobilisation ne se traduit pas nécessairement par la grève, mais peut se former autour de la poursuite de l’activité. Il ne s’agit plus, ici, d’un combat contre un employeur qui licencie, mais de la mise en œuvre d’une stratégie qui consiste à démontrer la viabilité du site industriel. La « cause de l’activité » défendue par les salariés se caractérise alors, selon l’auteur, par une forme d’action collective « sans adversaire ». Les deux études de cas présentées analysent ainsi les conditions d’émergence de cette résistance et les logiques d’acteurs qui s’y engagent. La première est conduite par un syndicaliste, secrétaire du comité d’établissement, qui va mobiliser collègues, élus et experts pour éviter la liquidation d’une entreprise placée en redressement judiciaire. Il s’emploie alors à convaincre les salariés de continuer à produire, à contraindre le client principal à maintenir ses commandes et à persuader les « acteurs extérieurs de la viabilité économique » du site industriel. La seconde étude de cas montre comment un cadre dirigeant d’une usine de fabrication de bicyclettes mobilise ses collègues pour développer un projet commercial à l’insu des actionnaires dont la stratégie est de se désengager du site et le conduire à la liquidation. Le bureau d’études va alors concevoir en toute clandestinité un modèle de vélo à forte valeur ajoutée qui sera présenté à un grand salon français de VTT.

    12La seconde contribution s’intéresse au « monde d’après », celui des batailles perdues par les salariés qui tentent de sauver leur honneur devant les tribunaux. L’actualité récente rappelle, en effet, que les luttes ouvrières se transportent de plus en plus souvent dans les prétoires de l’institution judiciaire, à la suite de plans de licenciement et de liquidation d’entreprise. Les collectifs et associations d’anciens salariés sont de nouveaux outils de lutte, relayant ou se substituant à l’action syndicale. Pascal Depoorter et Nathalie Frigul en font l’analyse à partir de la fermeture de la Manufacture dans la Somme, une usine de fabrication de canapés qui a appartenu à un des plus gros groupes français d’ameublement. Dix-huit mois après la cession du site à un consortium de « cadres maison » et deux plans de sauvegarde de l’emploi, le site est placé en liquidation judiciaire. Si l’espoir de maintenir une activité sur le site avait jusqu’alors empêché les salariés de se mobiliser, la grève, menée par le délégué de la CFDT, divise les salariés. Une minorité occupe l’usine, alors que la majorité, soutenue par les élus locaux, craint que le conflit social nuise à leur réputation et dissuade d’éventuels repreneurs. Mais ce conflit est surtout révélateur de profondes dissensions internes qui, au fil du temps, ont fracturé le groupe. Réunis en association, les grévistes attendent de la justice une réparation du préjudice subi, mais surtout des explications sur les conditions de fermeture du site qu’ils estiment très opaques. Cette contribution qui étudie donc ce second temps de la lutte tente d’appréhender ce qui se joue pour les salariés devant les tribunaux. Elle essaie de comprendre comment ils ont pu trouver les ressources pour poursuivre leur lutte alors que la plupart n’avaient jamais fait grève durant leur carrière professionnelle.

    13Pour nombre de ces mobilisations qui se prolongent bien après le démantèlement du site de production, s’adjoignent d’autres revendications liées aux empreintes du travail disparu. Les mobilisations agissent aussi sur le terrain de la santé au travail. Ce sujet a suscité un regain d’intérêt scientifique interdisciplinaire et sociopolitique50 questionnant à la fois les transformations du travail (précarisation, sous-traitance, chômage…), les formes d’invisibilisation des dommages productifs, leur traduction en termes d’accroissement des inégalités sociales et économiques et, dans ce contexte, les cloisonnements de la santé au travail, de la santé environnementale, de la santé publique, cloisonnements que les luttes sociales tentent de plus en plus de briser51.

    14Les mobilisations pour faire reconnaître des atteintes à la santé d’origine professionnelle, tout comme l’exercice de droits de protection de la santé au travail, sont souvent le fruit de ressources, de forces sociales et d’expertise diverses et conjuguées52. Comme le montrent les articles retenus dans l’ouvrage, les collectifs réunis en association, dont le but est d’accompagner les salariés dans des procédures judiciaires (civiles et pénales) menées à l’encontre de l’employeur représentent un de ces moyens de luttes. Pascal Marichalar montre comment la lutte pour l’emploi et contre la fermeture de la verrerie de Givors en 2003 s’est transformée quelques années plus tard en une lutte pour la santé. L’auteur rappelle ainsi l’histoire de ce combat lancé par un ancien syndicaliste et sa famille et auquel se sont progressivement agrégés des militants et anciens verriers. À l’initiative de l’épouse du délégué CGT, malade dès 2005, un questionnaire portant sur leur état de santé est adressé aux anciens collègues de son mari. Le résultat montre un taux excessivement élevé de cancers qui permet d’identifier le lien entre la maladie et les conditions de travail auxquelles les ouvriers ont été exposés. Mais le combat pour la reconnaissance de la maladie professionnelle qui va dès lors s’engager ne va pas de soi. L’auteur montre la tension existant entre le rapport au métier, la fierté du travailleur du verre et le combat pour dénoncer les conditions d’exercice pathogènes du travail. La prise en compte de ce qu’il nomme « les contradictions de la condition ouvrière » lui permet de dépasser « certaines fausses oppositions », en intégrant dans l’analyse des mouvements de lutte contre les fermetures les effets du caractère aliénant du travail.

    15Ces luttes qui agissent sur le terrain de la santé en lien avec le travail et l’environnement, sont peu médiatisées et restent souvent invisibles. Annie Thébaud-Mony en analyse les processus, montrant que les lanceurs d’alerte en matière de risques graves sont les collectifs ouvriers. Face au déni des employeurs, les contre-pouvoirs que les travailleurs peuvent exercer rendent nécessaire la complémentarité des savoirs. Les trois mobilisations étudiées dans cette contribution reviennent sur les conditions d’alliance entre quatre types d’acteurs : les militants associatifs et syndicaux, les chercheurs et professionnels de santé indépendants de l’industrie, les juristes et les journalistes d’investigation. Ensemble, ils tentent de briser l’omerta sur les risques réels des expositions professionnelles subies par les salariés, face à la puissance des industriels qui s’assurent de la complicité de l’expertise scientifique pour les invisibiliser. Les « sentinelles » qui signalent et préviennent du danger au sein d’un site industriel n’agissent pas uniquement pour les droits des salariés, mais plus généralement pour la santé des riverains, comme c’est le cas avec la mise à jour du risque nucléaire et radioactif. Mais les luttes qu’ils mènent sont souvent longues et difficiles, s’inscrivant parfois, souligne l’auteure, en contre-pouvoir d’une part de pratiques syndicales orientées vers la défense et l’emploi et d’autre part « d’une vision élitiste de la production de connaissance » qui ignore les expériences et savoirs en matière de santé des travailleurs et des riverains résidant à proximité des sites industriels.

    16Christophe Coutanceau donne une autre illustration de l’alliance d’acteurs agissant sur le terrain de la reconnaissance des maladies professionnelles. Il réalise une ethnographie de la mobilisation lancée sur le site de Saint-Nazaire par les dockers syndiqués à la Confédération Générale du Travail Portuaire. Cette contribution permet de comprendre comment la collaboration de chercheurs, d’experts et de salariés a pu mettre en évidence l’exposition à des cancérogènes dans les métiers de la manutention portuaire. L’initiative de la mobilisation autour de la santé revient à l’association des travailleurs qui, relevant le nombre inquiétant de cancers chez les dockers, s’était constituée dans le but de mener une « expertise sociale » des métiers portuaires. Elle a débouché sur une recherche-action qui, s’appuyant sur l’expertise méthodologique du GISCOP93, a approfondi les résultats en objectivant le lien entre les maladies et les conditions de travail. Christophe Coutanceau livre moult détails sur les façons dont va être reconstituée, avec minutie, l’activité de travail des salariés au cours de leurs parcours professionnels au sein de l’entreprise, établissant ainsi une trace de l’exposition aux cancérogènes. Il montre également comment le travail de mobilisation s’élabore dans le partage des savoirs et des expériences, dans la coopération entre acteurs chercheurs, travailleurs portuaires et experts institutionnels, autour de l’étude de dossiers de salariés. Les luttes ouvrières se construisent et se gagnent par l’objectivation des facteurs et des causes du dommage industriel et par l’administration lente de preuves scientifiques, dont les registres d’action s’inscrivent sur un temps long et sont davantage guidés par la solidité des alliances (salariés, savants, experts, journalistes… acquis à la cause) et l’opiniâtreté du travail d’enquête.

    Mobilisations et vies quotidiennes

    17La deuxième partie de l’ouvrage se focalise sur les dynamiques internes du monde ouvrier et la façon dont il se reproduit et se transforme au contact des autres mondes sociaux. Elle tend à rappeler que le groupe ouvrier n’est pas homogène et qu’il est en lien étroit et constant avec les autres fractions de groupes sociaux, comme avec le groupe employé. C’est ce continuum de positions qui nous invitent à penser les contributions proposées. Elles interrogent les frontières du groupe et la pluralité des inscriptions sociales qui permettent de nuancer et de renouveler les identités ouvrières. Sur ce point, certaines conditions objectives nécessaires à une mobilisation ou (dé)mobilisation doivent être réunies, permettant d’être bien ou mal dans sa position d’ouvrier. Dans le dernier cas, sous l’effet d’un individualisme de plus en plus affirmé, il s’agit souvent de se sauver soi-même et de tenter l’aventure du transfuge de classe53.

    18Le temps de la jeunesse tient une place importante dans ces contributions, car il constitue un point de charnière pour percevoir les transformations des groupes sociaux. D’une part, l’expérience du chômage de masse et de la précarité à l’entrée dans la vie active constitue un point clé de la socialisation professionnelle des nouvelles générations populaires, pouvant aboutir à des rapports particuliers au travail et à l’identité ouvrière. D’autre part, en tant que période durant laquelle les individus prennent leur autonomie (résidentielle, familiale, professionnelle) et s’installent dans le monde social pour y occuper des rôles appris par la socialisation familiale et scolaire54, la jeunesse représente un moment clé dans la vie des individus, mais aussi de la reproduction des groupes sociaux. Il n’est ainsi pas anodin que pour les jeunes la condition ouvrière soit une figure repoussoir55 et que ces derniers cherchent des ressources pour ne pas se penser uniquement comme ouvrier56 en développant des activités « à côté57 » de leurs activités professionnelles, ou de leurs formations.

    19En analysant les représentations et la trajectoire d’un jeune ouvrier de la RAPT, Martin Thibault montre la « difficulté à se vivre comme ouvrier » lorsque les mondes sociaux s’entrecroisent. La condition ouvrière devient alors une condition repoussoir qui va de pair avec une attirance pour les modes de vie et les pratiques culturelles en grande partie fantasmées des « classes moyennes ». Ce refus de l’appropriation de la condition et de l’identité ouvrière donne lieu à des stratégies d’évasion de la classe ouvrière ou à une volonté de ne pas être uniquement ouvrier qui permet de maintenir une distance avec le monde de l’atelier. La souffrance sociale de n’être « qu’un ouvrier » se manifeste tant par la reprise d’étude (pour accéder à une « ascension intellectuelle » et à des métiers « plus propres »), par des stratégies matrimoniales hétérogames ou encore par la pratique d’activités culturelles issues d’autres milieux sociaux. Ces efforts exposent toutefois à différentes formes de rappel à l’ordre social émanant de la sphère professionnelle, familiale ou affective qui génèrent un ensemble de vexation marquant la condition ouvrière, ses frontières et ses dynamismes, mais enclenchent également une « lutte pour retrouver une certaine estime », pour reconstruire une fierté, qui ne tient pas au statut d’ouvrier. Cette analyse permet de comprendre comment le fait de développer des activités « à côté » et des identités parallèles (par le biais des cours du soir ou d’activités sportives ou culturelles permettant de côtoyer d’autres univers sociaux) rend plus supportable le fait d’être ouvrier, puisque ce statut paraît alors moins immuable, voire transitoire et permet aux jeunes de se penser en dehors du monde ouvrier.

    20Parallèlement, Thomas Venet propose de saisir des transformations qui affectent les classes populaires par le biais du passage à l’âge adulte. La question de l’installation dans la vie, de l’insertion professionnelle et de la prise d’autonomie des jeunes vivant en territoires désindustrialisés permet alors de montrer qu’avec les transformations économiques, les modes d’accès à l’emploi évoluent. En l’occurrence, les logiques d’ancrages locaux liées au capital d’autochtonie, laissent place à une injonction à « l’entrepreneuriat » et à la mobilité devenus des composantes essentielles de « l’employabilité » promue par les institutions d’insertion professionnelle. Ces nouveaux modes d’accès à l’emploi opèrent comme des cadres de socialisation particuliers façonnant de nouvelles images des travailleurs et travailleuses au sein des classes populaires qui doivent être mobiles, sans cesse appelés à s’adapter aux besoins des employeurs, sous peine de devoir quitter le salariat. La prise d’autonomie résidentielle et familiale est compliquée pour ces jeunes dans la mesure où ils sont confrontés à des situations de blocages ou de flexibilisation extrêmes entraînant un manque de ressource économique et de visibilité sur l’avenir.

    21Le temps de la famille tient une autre place importante dans l’étude du rapport ordinaire qu’entretiennent les mondes ouvriers au monde social. L’analyse de l’économie domestique dit beaucoup, selon Ana Perrin-Heredia, de la façon dont les individus démunis économiquement font pour « s’en sortir » au quotidien. En se basant sur un travail ethnographique mené dans un quartier populaire, Ana Perrin-Heredia questionne spécifiquement les conduites et pratiques économiques des ménages populaires, telles qu’elles incarnent des règles et principes moraux, encodant ce qui est perçu comme autorisé à faire ou pas pour survivre. Ces modes d’agir qui organisent l’existence familiale sont aussi le produit d’une socialisation sexuée. Celle-ci, sans constituer un moteur d’analyse, reste un levier pour comprendre l’administration domestique du budget. L’auteure en vient, ici et là, à questionner le rôle social et les positions qui sont assignées à la femme – mère, épouse, fille… En adoptant la focale de la sociologie économique, Ana Perrin-Heredia propose une analyse originale de la façon dont se composent et se recomposent les rapports familiaux au politique au sein des classes populaires et la façon dont sont vécues les situations de pauvreté. L’analyse des comportements économiques permet de comprendre les représentations que les individus se font de l’ordre économique et social, la façon dont ils s’y situent et se représentent leurs situations. Les rapports à la contrainte budgétaire peuvent alors être vus comme des modes de mobilisations et de positionnements quotidiens vis-à-vis du / de la politique au sens où ils permettent de comprendre comment les individus se réapproprient leurs situations, leur donnent un sens qui les rend plus ou moins supportables, voire valorisantes, ou au contraire, leur permettent de mettre en place différents modes de résistance. Que ce soit par le biais d’affiliations politiques, ou par celui de principes moraux ou religieux, les membres des classes populaires mobilisent tout un registre explicatif de leurs pratiques économiques, de la façon dont est géré le manque de ressources.

    Mobilisations et engagements politiques

    22La troisième partie de l’ouvrage poursuit cette réflexion des rapports à la politique. Elle appréhende les formes de (dé)mobilisations des mondes ouvriers. Il s’agit plus précisément d’analyser les relations à la politique (socialisation, orientation des choix électoraux) et à l’engagement (mandats électifs locaux, syndicalisme) en les rapportant aux recompositions des espaces observés (professionnel, syndical, institutions publiques).

    23À partir d’une enquête ethnographique chez les sapeurs-pompiers de la grande banlieue parisienne, Romain Pudal invite à repenser les cadres d’analyse des processus de politisation par le « bas », au plus près des réalités sociales et économiques vécues par les agents. Il propose de discuter plusieurs thèses classiques relatives à la dépolitisation, l’incompétence, l’indifférence à la politique. Il montre comment les rapports à la politique de ces sapeurs-pompiers – groupe composé presque exclusivement d’hommes blancs, jeunes, issus des classes populaires ou des petites classes moyennes – doivent être reliés à un habitus socioprofessionnel spécifique. En effet, leur méfiance à l’encontre des généralités (le « blabla » des politiciens) et leur volonté d’éviter les sujets susceptibles de nuire à la cohésion du groupe ne les incitent pas à parler fréquemment de politique partisane. Ils n’en développent pas moins une morale politique pratique – façonnée à partir de leur position dans la hiérarchie sociale et de leurs expériences pratiques – reposant sur le sens de l’« effort » et sur le « travail ». Mais cette morale politique pratique est également le produit de socialisations antérieures à l’école et dans la famille. Elle porte la marque de désillusions et d’échecs scolaires, d’espoirs professionnels déçus (orientation subie, dégradations des relations avec les enseignants). Ces phénomènes ont engendré de l’amertume, du rejet, un sentiment d’abandon et d’injustice. Sur leurs lieux de résidence, la confrontation quotidienne avec les problèmes sociaux et l’immigration peut amener les sapeurs-pompiers de l’enquête à retourner le stigmate et à se positionner contre des populations qui font figure de repoussoirs à leurs yeux (les « étrangers », les « assistés », les « cas soc »). Par contre, leur attachement au service public (à ses missions d’aide et d’assistance) et leur méfiance à l’égard des dirigeants qui « les prennent de haut » (grands patrons, politiciens, intellectuels) peuvent les inciter, à d’autres moments, à s’identifier aux groupes sociaux les plus fragilisés.

    24L’enquête de Julian Mischi au sein d’un syndicat de la Confédération Générale du Travail (CGT) dont les membres sont engagés à gauche et investis dans la vie locale, permet de dépasser les regards misérabilistes qui dépeignent les ouvriers des territoires ruraux. Les entretiens réalisés avec des cheminots militants cégétistes et l’observation de leurs actions permettent de pénétrer dans l’« ordinaire » de vies d’ouvriers pour comprendre les ressorts de leur engagement syndical. À partir d’une enquête de terrain menée dans un bourg du Centre-Est (3 000 habitants), l’auteur saisit effectivement les pratiques militantes « par en bas » des fractions hautes des classes populaires qui, pour la plupart, travaillent dans un atelier de maintenance de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF). Il parvient à les ré-encastrer dans les rapports sociaux qui se nouent sur de multiples scènes de sociabilités : dans l’entreprise bien sûr, au sein de la sphère domestique, mais plus largement dans l’espace local. L’engagement syndical est ainsi rapporté aux configurations familiales, professionnelles, résidentielles et politiques dans lesquelles sont pris les militants. Julian Mischi rend compte d’une transformation du profil des militants ouvriers puisque les logiques de constitution d’un capital culturel à base militante se modifient et ses chaînes de prolongements dans l’espace politique sont fragilisées. Le tarissement militant, tout autant que les recompositions des filières d’entrée aux métiers d’exécution dans les services publics, font émerger de nouvelles figures militantes avec notamment l’engagement de salariés sans socialisation au monde syndical. Les transformations de l'appareil communiste ont modifié singulièrement le profil des cadres du PCF. Contrairement aux membres du parti, les représentants du syndicat ne sont pas nécessairement inscrits dans une tradition familiale militante. Par contre, ils peuvent se prévaloir d'une insertion dans les réseaux locaux d'autant plus qu'ils partagent les caractéristiques sociales des habitants du territoire où l'entreprise est implantée.

    25La possibilité d’exister et de peser sur le débat politique tend à se complexifier pour les ouvriers et plus généralement pour les agents sociaux les moins dotés en ressources scolaires (« petits » agriculteurs ou artisans notamment) qui s’engagent dans l’espace politique local en milieu rural. La contribution de Sébastien Vignon permet d’objectiver le processus de marginalisation politique des catégories populaires au sein des communautés de communes de Picardie. En renforçant la technicisation des fonctions électives (compétences gestionnaires, savoir-faire managériaux, etc.), la généralisation de ces instances stratégiques a renforcé le processus de sélection sociale du personnel politique. La socialisation au « métier » d’élu local implique de nouvelles façons de faire, de parler et de se comporter dans l’enceinte intercommunale particulièrement bien ajustée aux catégories les mieux pourvues en titres scolaires. Dépossédés de compétences distinctives (stratégies de négociation, appréhension technique des dossiers, qualités oratoires, etc.), les maires issus des catégories populaires ont le sentiment d’une incapacité à agir sur la scène politique intercommunale et de ne pouvoir saisir les opportunités de retirer d’éventuels bénéfices pour leurs communes. Le « capital d’autochtonie58 » et la mobilisation dans l’espace villageois ne suffisent plus pour entrer en politique.

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    10.3917/dec.theba.2015.01.0381 :

    Weber Florence. Le travail d’à côté, étude d’ethnographie ouvrière, Paris, Éditions de l’EHESS, 1989.

    Notes de bas de page

    1 Michel Verret, « Où va la classe ouvrière française ? », in Ouvriers, ouvrières : un continent morcelé et silencieux, revue Autrement, no 126, 1995. Xavier Vigna, Histoire des ouvriers en France au XXe siècle, Paris, Perrin, 2012.

    2 Julian Mischi, Le Communisme désarmé, Marseille, Agone, 2014.

    3 Voir notamment le dossier du Monde, « La France des oubliés », publié le 1er juin 2002 à la suite de l’élection présidentielle qui avait vu l’élimination du candidat du parti socialiste, Lionel Jospin, dès le premier tour.

    4 La fragmentation du monde ouvrier invite à questionner avec prudence la prétendue uniformité de son vote. Voir Patrick Lehingue, « Les classes populaires et la démocratie représentative en France : exit, voice ou loyalty », Savoir/Agir, 2015/1 (no 31), p. 25-34 ; Dominique Dominique Goux, Éric Maurin, « L’anatomie sociale d’un vote », Le Monde, 14 avril 2004. Pour ces deux auteurs « il n’y a pas des “votes populaires” qui seraient l’expression d’une seule “France populaire”, mais des expériences socioprofessionnelles différentes qui se traduisent par des votes différents, et même, à certains égards antagonistes ». Une analyse quantitative fine et localisée au sein d’une ville de banlieue parisienne et d’un ancien bassin minier a récemment mis en évidence la pluralité des comportements électoraux des classes populaires ; Collectif Focale, Votes populaires ! Les bases sociales de la polarisation électorale dans la présidentielle de 2017, Vulaines-sur-Seine, Éditions du Croquant, 2022.

    5 Jean-Pierre Durand, François-Xavier Merrien (dir.), Sortie de siècle, Paris, Vigot, 1991.

    6 Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, Paris, Fayard, 1995 ; L’insécurité sociale, qu’est-ce qu’être protégé ?, Paris, Seuil, 2003.

    7 Ce qui, somme toute, illustre les interrogations récurrentes de la sociologie sur la pertinence de la nomenclature socio-professionnelle de l’INSEE, de ses refontes et rénovations comme outil de mesure classant, pour étudier la stratification sociale, appréhender les groupes sociaux et leurs mutations. Alain Desrosières, Laurent Thévenot, Les catégories socio-professionnelles, Paris, La Découverte, 1988. Pierru Emmanuel, Spire Alexis, « Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles », Revue française de science politique, 2008/3, vol. 58, p. 457-481. Thomas Amossé, « La nomenclature socio-professionnelle : une histoire revisitée », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 68, no 4, 2013, p. 1039-1075.

    8 Pierre Bourdieu, « Espace social et genèse des “classes” », Actes de la recherche en sciences sociales, no 52-53, 1984, p. 3-14.

    9 Schwartz Olivier, « La notion de “classes populaires” », mémoire d’HDR, Guyancourt, université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, 1998.

    10 On entend par là le déclin du modèle d’analyse sociologique des classes sociales, tel que peuvent l’expliquer Luc Boltanski et Ève Chiapello, in Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999. Par exemple, les notions d’exclusion et de lien social, de moyennisation et d’individualisation du corps social sont préférées à celles de rapport social et d’antagonismes de classes, dans une période qui voit le retour virulent de thématiques néolibérales et un creusement des inégalités, Roland Pfefferkorn, Inégalités et rapports sociaux. Rapports de classes, rapports de sexes, Paris, La Dispute, 2007.

    11 Olivier Schwartz, « Peut-on parler des classes populaires ? Dossier : classes sociales et inégalités, portrait d’une France éclatée », La vie des idées, 13 septembre 2011. Gérard Mauger « Les transformations des classes populaires en France depuis trente ans », in Jean Lojkine, Pierre Cours-Salies, Michel Vakaloulis, Les Nouvelles Luttes de classes en France, Paris, PUF, 2006, p. 29-42 ; Philippe Alonzo, Cédric Hugrée, Sociologie des classes populaires. Domaines et approches ?, Paris, Armand Colin, coll. « 128 », 2010.

    12 Parmi les nombreux ouvrages consacrés à l’analyse de cette notion : Yasmine Siblot, Marie Cartier, Isabelle Coutant, Olivier Masclet, Nicolas Renahy, Sociologie des classes populaires contemporaines, Paris, Armand Colin, Coll. « U Sociologie », 2015, 363 p. Thomas Amossé, « Portrait statistique des classes populaires contemporaines », Savoir/Agir, vol. 34, no 4, 2015, p. 13-20. Sophie Béroud, Paul Bouffartigue, Henri Eckert, Denis Merklen, Enquête des classes populaires. Un essai politique, Paris, La Dispute, 2016. Voir également le numéro de revue « “Eux/nous/ils” ? Sociabilités et contacts sociaux en milieu populaire », coordonné par Marie-Hélène Lechien, Yasmine Siblot, Sociologie, no 1, vol. 10, 2019.

    13 C’est l’un des objectifs annoncés dans ce numéro thématique « Classes populaires d’aujourd’hui. Questions de morphologie et de styles de vie », Sociétés contemporaines, no 2, 2019.

    14 Margaret Maruani, Monique Meron, Un siècle de travail des femmes en France, Paris, La Découverte, 2012.

    15 Julien Talpin, Hélène Balazard, Marion Carrel, Samir Hadj Belgacem, Sümbül Kaya, Anaïl Purenne, Guillaume Roux, L’épreuve de la discrimination : Enquête dans les quartiers populaires, Paris, PUF, 2021.

    16 Tranchant Lucas, « Les nouveaux emplois des ouvrières et des ouvriers : des O. S. du tertiaire ? », Centre d’études de l’emploi et du travail, octobre 2020.

    17 Julian Mischi, Olivier Pasquiers, Caroline Pottier, Nicolas Renahy, « Le groupe ouvrier : transformé mais toujours là », Métropolitiques, novembre 2013.

    18 Virginie Forment, Joëlle Vidalenc, « Les ouvriers : des professions toujours largement masculines », Insee Focus, no 199, juillet 2020.

    19 Virginie Forment, Joëlle Vidalenc, ibidem.

    20 Voir Clément Barbier, Cécile Cuny, David Gaborieau, « Les régimes d’emploi précaire dans le secteur logistique », Travail et Emploi, no 162, 2020/3, p. 23-45 ou la thèse de Lucas Tranchant, Les ouvriers du déplacement : travail en entrepôt et recompositions du salariat populaire en France (1980-2018), soutenue à Paris Sciences et Lettres (ComUE) le 26 juin 2019.

    21 Thomas Amossé, Oliver Chardon, « Les travailleurs non qualifiés : une nouvelle classe sociale ? », Économie et Statistique, no 293-394, 2006.

    22 Les études statistiques mettent en évidence la division sexuée du travail et de l’emploi ouvrier entre secteur industriel et secteur des services où les trois-quarts des emplois sont occupés par des femmes, nombreuses dans les métiers de la relation à la personne (aides à domicile, employées de maison), nombreuses également dans la distribution. Sur l’organisation de ses deux segments du marché du travail, voir Virginie Forment, Joëlle Vidalenc, « Les employés : des professions largement féminisées », Insee Focus, no 190, mai 2020. Voir également Philippe Alonzo, « Les rapports au travail et à l’emploi des caissières de la grande distribution, des petites stratégies pour une grande vertu », Travail et Emploi, no 76, 1998, p. 37-51.

    23 C’est notamment l’objectif tracé dans l’ouvrage coordonné par Nicolas Duvoux, Cédric Lomba, Où va la France populaire ?, Paris, PUF/Vie des idées, 2019.

    24 Jean-Luc Deshayes, La conversion territoriale de Longwy (1978-2010), Nancy, Presses universitaires de Nancy, 2010.

    25 Sophie Béroud, Jean-Marie Denis, Baptiste Giraud, Jérôme Pélisse, « Une nouvelle donne ? Regain et transformation des conflits du travail », in Thomas Amossé, Catherine Bloch-London, Loup Wolff, Les relations sociales en entreprise, Paris, La Découverte, 2008.

    26 Camille Peugny, « Pour une prise en compte des clivages au sein des classes populaires. La participation politique des ouvriers et des employés », Revue française de science politique, 2015/5-6 (vol. 65), p. 735 à 759 ; Braconnier Céline, Dormagen Jean-Yves, La démocratie de l’abstention : Aux origines de la démobilisation électorale en milieu populaire, Paris, Gallimard, 2007. Voir également Céline Braconnier, Baptiste Coulmont, Jean-Yves Dormagen, « Toujours pas de chrysanthèmes pour les variables lourdes de la participation électorale. Chute de la participation et augmentation des inégalités électorales au printemps 2017 », Revue française de science politique, 2017/6 (vol. 67), p. 1023-1040.

    27 Michel Simon, Guy Michelat, Les ouvriers et la politique, Paris, Presses de Sciences Po, 2004.

    28 Des recherches récentes ont montré que la démobilisation syndicale était toute relative, que le syndicat était, même dans des formes limitées, un lieu de politisation pratique des classes populaires. Sur ce point, voir par exemple Thomas Amossé, « Mythes et réalités de la syndicalisation en France », Premières informations et premières synthèses, no 44-2, 2004. Sophie Béroud, Paul Bouffartigue, Henri Eckert, Denis Merklen, 2016, op. cit.

    29 C’est notamment la question posée aux classes populaires, héritières de la classe ouvrière dans l’ouvrage de Sophie Béroud et al., 2016, ibidem, ou encore dans l’ouvrage de Roland Pfefferkorn, op. cit.

    30 François Buton, Patrick Lehingue, Nicolas Mariot, Sabine Rozier (dir.), L’ordinaire du politique : enquêtes sur les rapports profanes au politique, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Paradoxa », 2016.

    31 Michel Verret, Le travail ouvrier, Paris, Armand Colin, Coll. U, 1982.

    32 Olivier Schwartz, Le monde privé des ouvriers, Paris, PUF, 1990.

    33 Pierre Bourdieu, « Introduction à la socioanalyse », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 90, 1991, p. 3-5.

    34 Thomas Amossé, Olivier Chardon, op. cit.

    35 Selon l’expression de Danièle Kergoat caractérisant d’abord le travail féminin et sa place dans le système productif et reproductif, Se battre disent-elles…, Paris, La Dispute, 2012. Voir sur cet aspect du rôle social assigné aux femmes des familles populaires, la contribution d’Ana Perrin-Heredia.

    36 Emmanuelle Cambois, Caroline Laborde, Jean-Marie Robine, « La “double peine” des ouvriers », Ined, Population et sociétés, no 441, janvier 2008. « Les accidents du travail et les accidents de trajet toujours plus fréquents chez les ouvriers, malgré une tendance globale à la baisse », Dares Résultats, juillet, no 039, 2016 ; « L’exposition des salariés aux maladies professionnelle. L’importance prépondérante des troubles musculo-squelettiques », Dares Résultats, décembre, no 081, 2016.

    37 Olivier Schwartz, « Vivons-nous encore dans une société de classes ? », Laviedesidées.fr, 22 septembre 2009.

    38 Emmanuel Pierru, Guerre aux chômeurs ou guerre au chômage, Vulaines-sur-Seine, Éditions du Croquant, 2005.

    39 Gérard Mauger, « Classes populaires », in Lire les sciences sociales, vol. 5/2004-2008, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2008 ; Stéphane Beaud, Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière, Paris, Fayard, 1999.

    40 Gérard Noiriel, Le creuset Français, Paris, Seuil, 1988.

    41 Pierre Bourdieu, Anthropologie économique. Cours au Collège de France, 1992-1993, Paris, Seuil et Raisons d’Agir, 2017.

    42 Stéphane Beaud, Michel Pialoux, Violences urbaines, violences sociales. Genèse des nouvelles classes dangereuses, Paris, Fayard, 2003.

    43 Voir notamment les contributions de Martin Thibault et Romain Pudal à cet ouvrage.

    44 Jean-Michel De Waele, Mathieu Vieira (dir.), Une droitisation de la classe ouvrière en Europe ?, Paris, Economica, 2011.

    45 La crise sanitaire et le confinement n’ont pas fait taire la contestation, mais l’ont plutôt aiguisée. Nous pouvons citer nombre d’exemples de mobilisation : celle des personnels hospitaliers bien entendu, mais aussi celle des personnels des Ephad, des éboueurs ou des égoutiers à Bordeaux ou à Paris, des caissières d’Auchan ou des employés de Leroy Merlin. Ces contestations ne sont pas éloignées, ni par leurs objets, ni par les catégories de travailleurs concernés, des dernières luttes sociales menées avant la pandémie, dont le révélateur a été le mouvement des « Gilets jaunes ». Parmi les manifestants, beaucoup de smicards ou salariés déclassés, à temps partiels, au chômage, subissant une ouvriérisation du travail employé, beaucoup de retraités précarisés clamaient leurs difficultés à joindre les deux bouts et revendiquaient de pouvoir vivre dignement. Voir les entretiens menés avec des militants et syndicalistes en grève, juste avant le confinement qui a mis un coup d’arrêt aux mouvements sociaux de l’hiver 2020, numéro de la revue Les Mondes du Travail, « Mobilisations et grèves », hors série 2020. Voir également l’ouvrage récent de Bernard Blavier, Gilets jaunes, la révolte des budgets contraints, Paris, PUF, 2021.

    46 Stéphane Sirot, Le syndicalisme, la politique et la grève, Nancy, Arbre bleu, 2011.

    47 Claude Didry, Annette Jobert (dir.), L’entreprise en restructuration, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010.

    48 Cédric Lomba, La restructuration permanente de la condition ouvrière, Vulaines-sur-Seine, Éditions du Croquant, 2018.

    49 Axel Honneth, La lutte pour la reconnaissance, trad. de l’allemand par Pierre Rusch, Paris, les éditions du Cerf, 2002.

    50 Annie Thébaud-Mony, Philippe Davezies, Laurent Vogel, Serge Volkoff, Les risques du travail. Pour ne pas perdre sa vie à la gagner, Paris, La Découverte, « Hors collection Sciences Humaines », 2015. Jérôme Pelisse, « Nécessités et limites de l’interdisciplinaire pour étudier le travail et la santé », Perspectives interdisciplinaires sur le travail et la santé, PISTES, 2018.

    51 Annie Thébaud-Mony, « Les travailleurs sont-ils les “invisibles” de la santé environnementale ou… les “damnés de la terre” ? », Écologie & politique, 2019/1 (no 58), p. 69-82. Renaud Bécot, Marie Ghis Malfilatre, Anne, Marchand, « Introduction. Pour un décloisonnement scientifique de la santé au travail et de la santé environnementale », Sociétés contemporaines, 2021/1 (no 121), p. 5-27.

    52 Voir deux articles, Laurent Vogel, « Une dynamique sociale qui conjugue transformations immédiates et projets à long terme », et Nicolas Hatzfeld, « L’histoire des mobilisations, ressources pour le présent », in Annie Thébaud-Mony et al., 2015, op. cit.

    53 Jean-Pierre Terrail, « L’issue scolaire : de quelques histoires de transfuges », chap. 7, in Destins ouvriers. La fin d’une classe ?, Paris, PUF, 1990. Pierre Bourdieu, Esquisse pour une auto-analyse, Paris, Raisons d’agir, 2004.

    54 Gérard Mauger, Âges et générations, Paris, La Découverte, 2015.

    55 Stéphane Beaud, 80 % au bac… et après ? Les enfants de la démocratisation scolaire, Paris, La Découverte, 2003.

    56 Bernard Lahire, La culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi, Paris, La Découverte, 2004.

    57 Florence Weber, Le travail d’à côté, étude d’ethnographie ouvrière, Paris, Éditions de l’EHESS, 1989.

    58 Jean-Noël Retière, « Autour de l’autochtonie. Réflexions sur la notion de capital social populaire », Politix, no 63, 2003, p. 121-143 ; Nicolas Renahy, « Classes populaires et capital d’autochtonie. Genèse et usages d’une notion », Regards Sociologiques, 2010, p. 9-26.

    Auteurs

    • Pascal Depoorter

      MCF en sociologie, UPJV, CURAPP – ESS

    • Nathalie Frigul

      MCF en sociologie, UPJV, CURAPP – ESS

    • Thomas Venet

      Sociologue, INJEP – CURAPP – ESS

    • Sébastien Vignon

      MCF en science politique UPJV, CURAPP – ESS

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    1 Michel Verret, « Où va la classe ouvrière française ? », in Ouvriers, ouvrières : un continent morcelé et silencieux, revue Autrement, no 126, 1995. Xavier Vigna, Histoire des ouvriers en France au XXe siècle, Paris, Perrin, 2012.

    2 Julian Mischi, Le Communisme désarmé, Marseille, Agone, 2014.

    3 Voir notamment le dossier du Monde, « La France des oubliés », publié le 1er juin 2002 à la suite de l’élection présidentielle qui avait vu l’élimination du candidat du parti socialiste, Lionel Jospin, dès le premier tour.

    4 La fragmentation du monde ouvrier invite à questionner avec prudence la prétendue uniformité de son vote. Voir Patrick Lehingue, « Les classes populaires et la démocratie représentative en France : exit, voice ou loyalty », Savoir/Agir, 2015/1 (no 31), p. 25-34 ; Dominique Dominique Goux, Éric Maurin, « L’anatomie sociale d’un vote », Le Monde, 14 avril 2004. Pour ces deux auteurs « il n’y a pas des “votes populaires” qui seraient l’expression d’une seule “France populaire”, mais des expériences socioprofessionnelles différentes qui se traduisent par des votes différents, et même, à certains égards antagonistes ». Une analyse quantitative fine et localisée au sein d’une ville de banlieue parisienne et d’un ancien bassin minier a récemment mis en évidence la pluralité des comportements électoraux des classes populaires ; Collectif Focale, Votes populaires ! Les bases sociales de la polarisation électorale dans la présidentielle de 2017, Vulaines-sur-Seine, Éditions du Croquant, 2022.

    5 Jean-Pierre Durand, François-Xavier Merrien (dir.), Sortie de siècle, Paris, Vigot, 1991.

    6 Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, Paris, Fayard, 1995 ; L’insécurité sociale, qu’est-ce qu’être protégé ?, Paris, Seuil, 2003.

    7 Ce qui, somme toute, illustre les interrogations récurrentes de la sociologie sur la pertinence de la nomenclature socio-professionnelle de l’INSEE, de ses refontes et rénovations comme outil de mesure classant, pour étudier la stratification sociale, appréhender les groupes sociaux et leurs mutations. Alain Desrosières, Laurent Thévenot, Les catégories socio-professionnelles, Paris, La Découverte, 1988. Pierru Emmanuel, Spire Alexis, « Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles », Revue française de science politique, 2008/3, vol. 58, p. 457-481. Thomas Amossé, « La nomenclature socio-professionnelle : une histoire revisitée », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 68, no 4, 2013, p. 1039-1075.

    8 Pierre Bourdieu, « Espace social et genèse des “classes” », Actes de la recherche en sciences sociales, no 52-53, 1984, p. 3-14.

    9 Schwartz Olivier, « La notion de “classes populaires” », mémoire d’HDR, Guyancourt, université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, 1998.

    10 On entend par là le déclin du modèle d’analyse sociologique des classes sociales, tel que peuvent l’expliquer Luc Boltanski et Ève Chiapello, in Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999. Par exemple, les notions d’exclusion et de lien social, de moyennisation et d’individualisation du corps social sont préférées à celles de rapport social et d’antagonismes de classes, dans une période qui voit le retour virulent de thématiques néolibérales et un creusement des inégalités, Roland Pfefferkorn, Inégalités et rapports sociaux. Rapports de classes, rapports de sexes, Paris, La Dispute, 2007.

    11 Olivier Schwartz, « Peut-on parler des classes populaires ? Dossier : classes sociales et inégalités, portrait d’une France éclatée », La vie des idées, 13 septembre 2011. Gérard Mauger « Les transformations des classes populaires en France depuis trente ans », in Jean Lojkine, Pierre Cours-Salies, Michel Vakaloulis, Les Nouvelles Luttes de classes en France, Paris, PUF, 2006, p. 29-42 ; Philippe Alonzo, Cédric Hugrée, Sociologie des classes populaires. Domaines et approches ?, Paris, Armand Colin, coll. « 128 », 2010.

    12 Parmi les nombreux ouvrages consacrés à l’analyse de cette notion : Yasmine Siblot, Marie Cartier, Isabelle Coutant, Olivier Masclet, Nicolas Renahy, Sociologie des classes populaires contemporaines, Paris, Armand Colin, Coll. « U Sociologie », 2015, 363 p. Thomas Amossé, « Portrait statistique des classes populaires contemporaines », Savoir/Agir, vol. 34, no 4, 2015, p. 13-20. Sophie Béroud, Paul Bouffartigue, Henri Eckert, Denis Merklen, Enquête des classes populaires. Un essai politique, Paris, La Dispute, 2016. Voir également le numéro de revue « “Eux/nous/ils” ? Sociabilités et contacts sociaux en milieu populaire », coordonné par Marie-Hélène Lechien, Yasmine Siblot, Sociologie, no 1, vol. 10, 2019.

    13 C’est l’un des objectifs annoncés dans ce numéro thématique « Classes populaires d’aujourd’hui. Questions de morphologie et de styles de vie », Sociétés contemporaines, no 2, 2019.

    14 Margaret Maruani, Monique Meron, Un siècle de travail des femmes en France, Paris, La Découverte, 2012.

    15 Julien Talpin, Hélène Balazard, Marion Carrel, Samir Hadj Belgacem, Sümbül Kaya, Anaïl Purenne, Guillaume Roux, L’épreuve de la discrimination : Enquête dans les quartiers populaires, Paris, PUF, 2021.

    16 Tranchant Lucas, « Les nouveaux emplois des ouvrières et des ouvriers : des O. S. du tertiaire ? », Centre d’études de l’emploi et du travail, octobre 2020.

    17 Julian Mischi, Olivier Pasquiers, Caroline Pottier, Nicolas Renahy, « Le groupe ouvrier : transformé mais toujours là », Métropolitiques, novembre 2013.

    18 Virginie Forment, Joëlle Vidalenc, « Les ouvriers : des professions toujours largement masculines », Insee Focus, no 199, juillet 2020.

    19 Virginie Forment, Joëlle Vidalenc, ibidem.

    20 Voir Clément Barbier, Cécile Cuny, David Gaborieau, « Les régimes d’emploi précaire dans le secteur logistique », Travail et Emploi, no 162, 2020/3, p. 23-45 ou la thèse de Lucas Tranchant, Les ouvriers du déplacement : travail en entrepôt et recompositions du salariat populaire en France (1980-2018), soutenue à Paris Sciences et Lettres (ComUE) le 26 juin 2019.

    21 Thomas Amossé, Oliver Chardon, « Les travailleurs non qualifiés : une nouvelle classe sociale ? », Économie et Statistique, no 293-394, 2006.

    22 Les études statistiques mettent en évidence la division sexuée du travail et de l’emploi ouvrier entre secteur industriel et secteur des services où les trois-quarts des emplois sont occupés par des femmes, nombreuses dans les métiers de la relation à la personne (aides à domicile, employées de maison), nombreuses également dans la distribution. Sur l’organisation de ses deux segments du marché du travail, voir Virginie Forment, Joëlle Vidalenc, « Les employés : des professions largement féminisées », Insee Focus, no 190, mai 2020. Voir également Philippe Alonzo, « Les rapports au travail et à l’emploi des caissières de la grande distribution, des petites stratégies pour une grande vertu », Travail et Emploi, no 76, 1998, p. 37-51.

    23 C’est notamment l’objectif tracé dans l’ouvrage coordonné par Nicolas Duvoux, Cédric Lomba, Où va la France populaire ?, Paris, PUF/Vie des idées, 2019.

    24 Jean-Luc Deshayes, La conversion territoriale de Longwy (1978-2010), Nancy, Presses universitaires de Nancy, 2010.

    25 Sophie Béroud, Jean-Marie Denis, Baptiste Giraud, Jérôme Pélisse, « Une nouvelle donne ? Regain et transformation des conflits du travail », in Thomas Amossé, Catherine Bloch-London, Loup Wolff, Les relations sociales en entreprise, Paris, La Découverte, 2008.

    26 Camille Peugny, « Pour une prise en compte des clivages au sein des classes populaires. La participation politique des ouvriers et des employés », Revue française de science politique, 2015/5-6 (vol. 65), p. 735 à 759 ; Braconnier Céline, Dormagen Jean-Yves, La démocratie de l’abstention : Aux origines de la démobilisation électorale en milieu populaire, Paris, Gallimard, 2007. Voir également Céline Braconnier, Baptiste Coulmont, Jean-Yves Dormagen, « Toujours pas de chrysanthèmes pour les variables lourdes de la participation électorale. Chute de la participation et augmentation des inégalités électorales au printemps 2017 », Revue française de science politique, 2017/6 (vol. 67), p. 1023-1040.

    27 Michel Simon, Guy Michelat, Les ouvriers et la politique, Paris, Presses de Sciences Po, 2004.

    28 Des recherches récentes ont montré que la démobilisation syndicale était toute relative, que le syndicat était, même dans des formes limitées, un lieu de politisation pratique des classes populaires. Sur ce point, voir par exemple Thomas Amossé, « Mythes et réalités de la syndicalisation en France », Premières informations et premières synthèses, no 44-2, 2004. Sophie Béroud, Paul Bouffartigue, Henri Eckert, Denis Merklen, 2016, op. cit.

    29 C’est notamment la question posée aux classes populaires, héritières de la classe ouvrière dans l’ouvrage de Sophie Béroud et al., 2016, ibidem, ou encore dans l’ouvrage de Roland Pfefferkorn, op. cit.

    30 François Buton, Patrick Lehingue, Nicolas Mariot, Sabine Rozier (dir.), L’ordinaire du politique : enquêtes sur les rapports profanes au politique, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Paradoxa », 2016.

    31 Michel Verret, Le travail ouvrier, Paris, Armand Colin, Coll. U, 1982.

    32 Olivier Schwartz, Le monde privé des ouvriers, Paris, PUF, 1990.

    33 Pierre Bourdieu, « Introduction à la socioanalyse », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 90, 1991, p. 3-5.

    34 Thomas Amossé, Olivier Chardon, op. cit.

    35 Selon l’expression de Danièle Kergoat caractérisant d’abord le travail féminin et sa place dans le système productif et reproductif, Se battre disent-elles…, Paris, La Dispute, 2012. Voir sur cet aspect du rôle social assigné aux femmes des familles populaires, la contribution d’Ana Perrin-Heredia.

    36 Emmanuelle Cambois, Caroline Laborde, Jean-Marie Robine, « La “double peine” des ouvriers », Ined, Population et sociétés, no 441, janvier 2008. « Les accidents du travail et les accidents de trajet toujours plus fréquents chez les ouvriers, malgré une tendance globale à la baisse », Dares Résultats, juillet, no 039, 2016 ; « L’exposition des salariés aux maladies professionnelle. L’importance prépondérante des troubles musculo-squelettiques », Dares Résultats, décembre, no 081, 2016.

    37 Olivier Schwartz, « Vivons-nous encore dans une société de classes ? », Laviedesidées.fr, 22 septembre 2009.

    38 Emmanuel Pierru, Guerre aux chômeurs ou guerre au chômage, Vulaines-sur-Seine, Éditions du Croquant, 2005.

    39 Gérard Mauger, « Classes populaires », in Lire les sciences sociales, vol. 5/2004-2008, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2008 ; Stéphane Beaud, Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière, Paris, Fayard, 1999.

    40 Gérard Noiriel, Le creuset Français, Paris, Seuil, 1988.

    41 Pierre Bourdieu, Anthropologie économique. Cours au Collège de France, 1992-1993, Paris, Seuil et Raisons d’Agir, 2017.

    42 Stéphane Beaud, Michel Pialoux, Violences urbaines, violences sociales. Genèse des nouvelles classes dangereuses, Paris, Fayard, 2003.

    43 Voir notamment les contributions de Martin Thibault et Romain Pudal à cet ouvrage.

    44 Jean-Michel De Waele, Mathieu Vieira (dir.), Une droitisation de la classe ouvrière en Europe ?, Paris, Economica, 2011.

    45 La crise sanitaire et le confinement n’ont pas fait taire la contestation, mais l’ont plutôt aiguisée. Nous pouvons citer nombre d’exemples de mobilisation : celle des personnels hospitaliers bien entendu, mais aussi celle des personnels des Ephad, des éboueurs ou des égoutiers à Bordeaux ou à Paris, des caissières d’Auchan ou des employés de Leroy Merlin. Ces contestations ne sont pas éloignées, ni par leurs objets, ni par les catégories de travailleurs concernés, des dernières luttes sociales menées avant la pandémie, dont le révélateur a été le mouvement des « Gilets jaunes ». Parmi les manifestants, beaucoup de smicards ou salariés déclassés, à temps partiels, au chômage, subissant une ouvriérisation du travail employé, beaucoup de retraités précarisés clamaient leurs difficultés à joindre les deux bouts et revendiquaient de pouvoir vivre dignement. Voir les entretiens menés avec des militants et syndicalistes en grève, juste avant le confinement qui a mis un coup d’arrêt aux mouvements sociaux de l’hiver 2020, numéro de la revue Les Mondes du Travail, « Mobilisations et grèves », hors série 2020. Voir également l’ouvrage récent de Bernard Blavier, Gilets jaunes, la révolte des budgets contraints, Paris, PUF, 2021.

    46 Stéphane Sirot, Le syndicalisme, la politique et la grève, Nancy, Arbre bleu, 2011.

    47 Claude Didry, Annette Jobert (dir.), L’entreprise en restructuration, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010.

    48 Cédric Lomba, La restructuration permanente de la condition ouvrière, Vulaines-sur-Seine, Éditions du Croquant, 2018.

    49 Axel Honneth, La lutte pour la reconnaissance, trad. de l’allemand par Pierre Rusch, Paris, les éditions du Cerf, 2002.

    50 Annie Thébaud-Mony, Philippe Davezies, Laurent Vogel, Serge Volkoff, Les risques du travail. Pour ne pas perdre sa vie à la gagner, Paris, La Découverte, « Hors collection Sciences Humaines », 2015. Jérôme Pelisse, « Nécessités et limites de l’interdisciplinaire pour étudier le travail et la santé », Perspectives interdisciplinaires sur le travail et la santé, PISTES, 2018.

    51 Annie Thébaud-Mony, « Les travailleurs sont-ils les “invisibles” de la santé environnementale ou… les “damnés de la terre” ? », Écologie & politique, 2019/1 (no 58), p. 69-82. Renaud Bécot, Marie Ghis Malfilatre, Anne, Marchand, « Introduction. Pour un décloisonnement scientifique de la santé au travail et de la santé environnementale », Sociétés contemporaines, 2021/1 (no 121), p. 5-27.

    52 Voir deux articles, Laurent Vogel, « Une dynamique sociale qui conjugue transformations immédiates et projets à long terme », et Nicolas Hatzfeld, « L’histoire des mobilisations, ressources pour le présent », in Annie Thébaud-Mony et al., 2015, op. cit.

    53 Jean-Pierre Terrail, « L’issue scolaire : de quelques histoires de transfuges », chap. 7, in Destins ouvriers. La fin d’une classe ?, Paris, PUF, 1990. Pierre Bourdieu, Esquisse pour une auto-analyse, Paris, Raisons d’agir, 2004.

    54 Gérard Mauger, Âges et générations, Paris, La Découverte, 2015.

    55 Stéphane Beaud, 80 % au bac… et après ? Les enfants de la démocratisation scolaire, Paris, La Découverte, 2003.

    56 Bernard Lahire, La culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi, Paris, La Découverte, 2004.

    57 Florence Weber, Le travail d’à côté, étude d’ethnographie ouvrière, Paris, Éditions de l’EHESS, 1989.

    58 Jean-Noël Retière, « Autour de l’autochtonie. Réflexions sur la notion de capital social populaire », Politix, no 63, 2003, p. 121-143 ; Nicolas Renahy, « Classes populaires et capital d’autochtonie. Genèse et usages d’une notion », Regards Sociologiques, 2010, p. 9-26.

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    Depoorter, P., Frigul, N., Venet, T., & Vignon, S. (2022). Introduction. In P. Depoorter, N. Frigul, T. Venet, & S. Vignon (éds.), Les mondes ouvriers : figures de (dé)mobilisations. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.137288
    Depoorter, Pascal, Nathalie Frigul, Thomas Venet, et Sébastien Vignon. « Introduction ». In Les mondes ouvriers : figures de (dé)mobilisations, édité par Pascal Depoorter, Nathalie Frigul, Thomas Venet, et Sébastien Vignon. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2022. doi:10.4000/books.septentrion.137288.
    Depoorter, Pascal, et al. « Introduction ». Les mondes ouvriers : figures de (dé)mobilisations, édité par Pascal Depoorter et al., Presses universitaires du Septentrion, 2022, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.137288.

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    Depoorter, Pascal, Nathalie Frigul, Thomas Venet, et Sébastien Vignon, éd. Les mondes ouvriers : figures de (dé)mobilisations. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2022. doi:10.4000/books.septentrion.137238.
    Depoorter, Pascal, et al., éditeurs. Les mondes ouvriers : figures de (dé)mobilisations. Presses universitaires du Septentrion, 2022, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.137238.
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