Le Journal des travaux de Notre-Dame de Paris (1844-1865) ou l’intimité d’un chantier
p. 109-144
Remerciements
Nous remercions Fabienne Chevallier (musée d’Orsay) pour sa relecture et ses conseils, de même que la map pour son soutien dans le cadre de cette étude.
Texte intégral
Chantier qui tremble chantier qui bat de lumière première
L’énigme est de ne pas savoir si l’on abat si l’on bâtit
André Breton
1Le Journal des travaux de Notre-Dame de Paris1 (fig. 1) a été maintes fois sollicité. Récemment numérisé, il est aujourd’hui accessible sur le site de la médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine2 (map), pour deux raisons : parce qu’il concerne un chantier emblématique et parce qu’il est une masse documentaire historique hors norme et quasi unique. Cependant, si ce document est souvent appelé pour fournir noms, dates ou matériaux, il reste inédit en tant qu’objet d’étude. Dans le cadre de notre projet d’édition commentée3, il s’agit pour nous, évidemment, d’offrir une transcription de la totalité de ce texte aussi long que protéiforme, mais il s’agit surtout d’en extraire ce qui fait de lui un lieu de mémoire un peu singulier.
Fig. 1. Journal des travaux de Notre-Dame de Paris, f° 1, signé par Jean-Baptiste Lassus et Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc.

© S. D. Daussy (Charenton-le-Pont, map, 0080/14/10).
2Sa particularité repose sur la double opportunité qu’il offre : celle de permettre un approfondissement historique sur le thème de la construction, de la restauration et de la conservation ; et celle d’une attention toute nouvelle, ethnologique « qui ne peut rien laisser hors de prise parmi les choses et les usages4. » Car c’est bien là un miroir à traverser : on le comprend à la lecture de l’un des textes fondateurs de la socio-ethnologie, Gens de la terre, de Maurice Leenhardt (1937), qui décrit la société canaque dans ses fondements matériels, son économie et son organisation sociale, mais qui informe également sur les techniques et matériaux de construction liés, entre autres, aux réalités culturelles et sociales. Évidemment, autres lieux, autres formes, mais le manuscrit conservé à la map, rédigé par quatre hommes sur un laps de temps de 21 ans, n’est-il pas finalement un terrain d’enquête de type ethnographique ? Exemple qui nécessite d’être confronté à d’autres du même genre5, il ouvre en tout cas la porte d’un chantier dans son contexte historique, politique, organisationnel, social, professionnel, technique et montre une autre réalité que celle évoquée jusqu’ici dans le cadre strict de l’histoire de l’art : celle des hommes.
3Quel est donc le contexte de ce Journal des travaux de Notre-Dame de Paris ?
4La cathédrale avait été sévèrement altérée dans son intégrité, tant lors de la Révolution que lors des années qui suivirent mais ce n’est que sous la Restauration que l’on envisage sa remise en état. Celle-ci est entamée par l’architecte Hippolyte Godde (1781-1869)6, bien en peine de convaincre alors de la qualité de son projet, mais ce n’est qu’à partir de 1844 que la commission d’experts nommée par le Conseil des bâtiments civils l’évince et offre à Jean-Baptiste Lassus et Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc la possibilité d’entreprendre les grands travaux qui allaient permettre de redonner tout son faste à celle que l’on nomme alors « la Métropole7 ». Il s’agit de restaurer le bâtiment, mais aussi de substituer une nouvelle sacristie à l’ancienne : restauration et construction donc.
5Forts de leurs expériences respectives sur les chantiers de rénovation de la Sainte-Chapelle8 et de La Madeleine de Vézelay9, le couple avait su convaincre du sérieux de sa démarche tout au long d’un rapport aussi précis dans la démonstration historique que dans l’analyse archéologique10. La richesse documentaire de cet exposé a été mise en exergue en 1980 dans le catalogue de l’exposition faisant écho au centenaire du décès de Viollet-le-Duc11. Mais ce n’est là qu’un prélude scripturaire au Journal qui fut rédigé de 1844 à 1865. Ce document, qui concerne autant les travaux menés à la cathédrale qu’à la sacristie, ne fonctionne d’ailleurs pas seul : il accompagne les Mémoires des entrepreneurs et les attachements, conservés eux-aussi à la map12. Et c’est justement en introduction du volume des attachements figurés de la sacristie que nous trouvons la justification de la tenue d’un journal : 3 pages imprimées, signées des deux architectes, datées du 1er octobre 1845, approuvées par le ministre de la Justice et des Cultes Nicolas Martin du Nord (1790-1847), qui consigne en 3 paragraphes la méthode d’encadrement des travaux du bâtiment. Le premier chapitre, intitulé Journal des travaux, est bref :
« Le premier inspecteur rédigera jour par jour le journal des travaux. Seront consignés sur ce journal les autorisations de l’administration, les ordres donnés par les architectes, les procès-verbaux concernant les fouilles, l’état d’avancement des différents ouvrages, l’envoi des états de situation et mémoires. Le journal sera visé toutes les semaines par l’un des architectes13. »
6Viennent ensuite un paragraphe concernant la correspondance, devant être copiée dans un registre spécial, avec un classement par ordre et date de toutes les lettres reçues ; puis un long paragraphe en 21 articles, concernant les attachements figurés.
7En réalité, l’homologation de ce document entérine a posteriori ce qui existe déjà de fait depuis 18 mois car un journal est dressé dès le printemps 1844. Mais le principe même de l’officialisation administrative d’une telle procédure reflète la volonté d’encadrer les chantiers de restauration, encore jeunes. Législation et doctrine naissent ensemble et s’épaulent, l’une structurant l’autre14. Cette démarche est assez nouvelle et entre dans le cadre de la réflexion en cours sur les écrits administratifs, ceux des bâtiments civils comme ceux des édifices diocésains, qui requièrent « un lien continu d’écritures ». L’objectif est – pour reprendre les termes officiels – d’enregistrer l’enchaînement instantané des faits et de leurs preuves immédiates afin que l’autorité responsable soit à même d’évaluer l’exécution graduelle des constructions entreprises avant de mandater les dépenses. Plusieurs circulaires concernant la comptabilité des édifices diocésains, par exemple, dictent à partir du 25 juillet 1848 les consignes strictes sur la tenue des attachements écrits et figurés, la rédaction des mémoires, un rapport raisonné sur l’état d’avancement des travaux exécutés et ceux qui doivent compléter le montant des devis, les états trimestriels, le règlement des comptes des travaux, les métrés et la comptabilité de l’agence15. Il s’agit là de documents administratifs et comptables on l’aura compris, très éloignés du volume qui nous occupe, mais celui-ci est le témoin de cette volonté de méthode et de transparence qui appelle ces nouvelles écritures normalisées tout en s’en faisant d’ailleurs l’écho. Le souci de rigueur de Lassus et Viollet-le-Duc16 est donc précoce mais dans l’air du temps : révolution industrielle et mutation administrative vont de pair et s’accompagnent d’une communication écrite florissante. Celle-ci fournit tout à la fois « l’ossature des nouvelles formes hiérarchiques et l’appareil circulatoire d’une communication interne démultipliée et entièrement repensée17. » Les archives de l’agence de Notre-Dame illustrent parfaitement le phénomène. Reste que le type de journal qui y est retenu n’a pas d’équivalent que nous connaissions si ce n’est, sous une autre forme et dans une moindre mesure, celui de Jean-François-Julien Mesnager18 (1783-1864) tenu à la basilique Saint-Denis, peut-être à la demande de François Debret (1777-1850)19. Une relative fortune existe cependant, sous la forme par exemple des journaux de chantiers archéologiques : ceux-ci sont consciencieusement rédigés sur les fouilles pompéiennes d’abord sous forme de rapports qui sont davantage des inventaires destinés à informer les souverains des découvertes entrant dans leurs collections, puis, peu après la nomination de Giuseppe Fiorelli (1823-1896) en 1861, sous forme de registres20. Les écrits, dès le 30 septembre 186221, sont reliés, rédigés – comme à la cathédrale de Paris – quotidiennement par l’architecte ou superintendant du chantier, et leur contenu se rapproche de celui qui nous occupe22. Viollet-le-Duc d’ailleurs vantera les mérites méthodologiques de Fiorelli dans l’Histoire d’un dessinateur23. Quoi qu’il en soit, la formule du journal de chantier est suffisamment nouvelle pour devoir encore être préconisée en 1901 dans les Instructions pour la conduite des fouilles archéologiques de Stéphane Gsell, gouverneur général de l’Algérie24.
Les rédacteurs
8Le journal parisien est rédigé du 30 avril 1844 au 19 juillet 1865, et commence peut-être par une mention rétrospective, précédant de deux mois la suivante, évoquant l’arrêté par lequel Lassus et Viollet-le-Duc sont nommés architectes de la Métropole, chargés de rédiger le projet définitif de la restauration de l’édifice et de la construction d’une nouvelle sacristie25.
9La suite, aussi dense que synthétique, se poursuit sur 387 feuillets reliés, écrits à plusieurs mains. Le texte n’est, en effet, pas formulé par les deux seuls architectes à qui nous l’attribuons le plus souvent. Il est en réalité copié par quatre personnes : Lassus et Viollet-le-Duc, l’un ou l’autre signant seul ou conjointement en bas de chaque feuillet jusqu’en 1856 ; Pierre Charles Patoueille (1826-1877), signant en fin de section l’année 1857 et poursuivant jusqu’au 19 avril 1858 ; et enfin Maurice Ouradou (1822-1884), beau-fils de Viollet-le-Duc, entré en fonction le 1er avril 185826 et dont la nomination comme Inspecteur des travaux, aux côtés de Jacob, intervient le 22 avril27. Le jeune-homme rédigera la suite du journal jusqu’à sa fin, signant en abrégé sur chaque feuillet (AMO), et de son nom complet en fin d’année.
10Notons au passage que nous connaissons les liens professionnels, amicaux et familiaux entre Lassus, Viollet-le-Duc et Ouradou28, mais que Patoueille surprend d’autant plus qu’il semble n’avoir laissé que très peu de souvenirs29. Ancien élève de l’atelier libre d’Henri Labrouste, de 1846 à 185030, il exerce comme architecte à Paris, chez son père, au 22 rue Beautreillis31 jusqu’en 187332. Il loge ensuite au 80 rue de Passy33, mais décède peu après chez sa belle-mère à Longué (Maine-et-Loire). Nous sommes alors en 1877 et l’architecte, aisé, est encore jeune – 51 ans34. Les informations que nous avons sur sa carrière sont rares mais laissent entrevoir le réseau dans lequel l’homme gravite : il exécute plusieurs relevés pour le Dictionnaire raisonné d’architecture35, loge en 1855 auprès de Maximilien Mimey (1826-1888)36 – lequel a aussi suivi les cours de Labrouste entre 1844 et 184937 –, expose quelques dessins au Salon de 186338, signe aux côtés de nombreux confrères une lettre de reconnaissance adressée à l’empereur suite à la promulgation du décret du 13 novembre 1863 concernant l’organisation de la nouvelle école des Beaux-Arts39 et, finalement, fait partie des souscripteurs du tombeau de Duban en 187040. Il fréquente donc le réseau labroustien – ce qui le place en contacts étroits avec les architectes de Notre-Dame41. Il est quoi qu’il en soit suffisamment en vue pour que son nom ait quelque valeur en tant que signataire et apparaît assez compétent pour que Viollet-le-Duc lui accorde à plusieurs reprises sa confiance.
11Le volume rédigé par quatre hommes, montre des différences entre chacun d’eux. Reste qu’il faut lire entre les lignes et entrer dans l’atelier d’écriture de chacun pour tenter de les distinguer – tâche ardue pour qui n’est ni linguiste ni anthropologue de l’écrit.
12Ainsi, le manuscrit est normalisé sur le fond mais sa forme peut varier. Certains écrivent tous les jours ou presque, quitte à multiplier les idem et les « continuation des mêmes travaux » ou les lignes blanches, et signent en bas de page – Lassus et Viollet-le-Duc –, quand d’autres ne consignent que les travaux nouveaux au fur et à mesure, évitant les répétitions, laissant de temps à autre plusieurs jours sans mention et signant en fin d’année – Patoueille et Ouradou. Pour autant, Lassus et Viollet-le-Duc optent parfois pour la réunion d’ensembles d’interventions par période de plusieurs jours, évitant de ce fait les redites42. Il leur arrive aussi d’être moins diserts, quand l’Histoire contracte l’écriture, comme cette année de crise 1848 où le Journal se limite à 33 folios alors que l’année précédente en comptait 64 et la suivante 4543. Ouradou lui, change brutalement son mode de rédaction, chaque feuillet étant limité à un mois, de janvier 1862 à mars 186444 : la mise en espace de la page influe sur la mise en mots du chantier et sa synthèse. Les abréviations sont pléthores mais celles d’Ouradou sont parfois radicales. Quant aux ratures, elles sont nombreuses, de même que les oublis compensés par des ajouts en marges ou en interlignes, au crayon ou à la plume, chez tous, mais sans doute plus encore chez Ouradou, qui termine le journal en écrivant un brouillon au crayon, repris a posteriori à la plume dès le 8 octobre 186145. L’emploi du dessin varie également de l’un à l’autre : deux plans – dont un dans le texte – sur 13 ans de rédaction pour Lassus et son ami, 14 dessins et plans exécutés à la plume, insérés en marge, sur 16 mois, pour Patoueille qui nous offre les exemples les plus détaillés (fig. 2) et 33 dessins et plans dans la marge, parfois schématiques, parfois au crayon, mais pouvant se compter par trois ou quatre par feuillets sur les sept années de gestion d’Ouradou (fig. 3). Le soulignement est assez rare : 15 fois sur l’ensemble du cahier, en excluant les mois. Chacun en fait usage au moins une fois pour insister sur un décès important : Lassus souligne ainsi la mort puis l’enterrement de M. Leblond, vérificateur de Notre-Dame46, Patoueille insiste de la même façon sur le décès de Lassus47 et Ouradou sur celui de Durand, entrepreneur de plomberie48. Mais chez Lassus et Viollet-le-Duc, l’insistance semble parfois relever de la réaction : Il est signifié à MM. Milon & Sauvage que le crochet cassé sera refait à leurs frais49, L’ouvrier Félix Leberle se casse une jambe en tombant d’un échafaud50.
Fig. 2. Journal des travaux, f° 304, dessin de Charles Patoueille en marge du 16 mars 1858.

Groupe sculpté placé dans l’axe du chœur et déplacement de celui-ci sur un petit échafaud placé 3 mètres en avant.
© S. D. Daussy.
Fig. 3. Journal des travaux, f° 324, dessins de Maurice Ouradou en marge des 16, 18, 20 et 23 juillet 1859.

Face et profil d’une des fourchettes en fer destinées au maintien des crochets sur les arêtiers de la flèche – profil du bandeau du triforium du chœur – localisation des noues en plomb des petits pignons du 2e niveau de la flèche – disposition des tables en plomb d’une face de pyramide de la flèche.
© S. D. Daussy.
13À bien y regarder, entre les ajouts d’oublis et de fin de phrases en marge, pour ne pas déborder sur le feuillet suivant, les dates laissées en blanc (en janvier, février et avril 185251) et l’écriture au brouillon sous l’encre (en 1862-186452), il semble que ce manuscrit ne soit pas rédigé quotidiennement mais périodiquement, sans doute au rythme hebdomadaire et parfois même avec un tel retard que la date exacte est oubliée53. Certaines ratures témoignent de la spontanéité d’un écrit qui peine à suivre une pensée rapide, une obligation de rigueur dont on se débarrasse.
Le contenu
14Le journal constitue une masse documentaire qui fait de lui une pleine source historique. Son contenu et son dessein lui donnent une dimension d’archive administrative, de preuve de travail, mais aussi d’enquête de terrain spontanée où les réalités culturelles et sociales pénètrent les réalités organisationnelles, professionnelles, matérielles et techniques.
15Toutes ne seront pas approfondies dans le cadre restreint de cet article, mais en synthèse nous pouvons lister tout ce que le volume nous donne à voir. Une partie constitue la trame obligée, celle évoquée sur la circulaire que nous citions en préambule, insérée en introduction du cahier d’attachements de la sacristie. Ainsi, comme il se doit, les scripteurs listent chronologiquement les autorisations de l’administration, les ordres donnés par les architectes, les procès-verbaux54. Ils donnent aussi l’état d’avancement des différents ouvrages et signalent l’envoi des mémoires et des situations. Mais ils vont bien plus loin. Les échanges avec l’extérieur sont évoqués sans distinction : les arrêtés, les lettres reçues et envoyées à l’administration ou aux entrepreneurs, les rendez-vous donnés, les envois de devis, les projets, les cahiers des charges, les rapports, les séries de prix et rabais, les états de propositions de paiements et d’acomptes, les états de dépenses, les cautionnements, les soumissions et adjudications des travaux, les crédits demandés et alloués, les nominations de personnel (agents, gardiens, entrepreneurs), les vérifications et signatures d’attachements, les détails d’exécution fournis aux entrepreneurs, les frais de timbres et même la communication avec le Préfet de police pour la sécurité et l’emprise du chantier55 – humain et matériel – dans la ville ou encore celle avec le curé pour l’avertir que la paie se fera le dimanche sur le chantier56. Tout ceci compose un premier cercle, communicationnel, qui en inscrit un autre, celui des ouvrages en cours, plus variés que ce que l’elliptique circulaire de 1845 ne laisse entrevoir ; ceux-ci sont de cinq types :
- La rénovation de la cathédrale et l’édification de la sacristie57 menées conjointement, auxquelles s’ajoutent les travaux d’établissement des calorifères respectifs58 et l’érection de la flèche59 ;
- Les constructions éphémères, qui offrent le décor de cérémonies exceptionnelles60 ;
- Les lieux de vie et annexes : hangars61, bureaux (de l’agence et des architectes)62, commodités – a priori plusieurs selon les fonctions63 –, baraques de chantier64 ou plus précisément baraques des sculpteurs65 ou du sonneur66, chambre du sculpteur67, corps de garde des pompiers68, atelier de bétonnage69, bassin à chaux70, bassin à silicatisation71, vestiaires72, magasins ou espaces temporaires d’entrepôt des matériaux ou des œuvres déposées (triforium, bureau des architectes, terrains de l’archevêché)73, logement du sacristain74, logement du gardien75, aire de traits76, appentis77, chœur et sacristie provisoires78 et même cloisons diverses qui permettent l’isolement de telle ou telle partie de l’édifice79 ;
- Les échafaudages80 (fig. 4) ;
- Les enclos de chantiers81.
Fig. 4. Notre-Dame de Paris, façade occidentale, échafaudage du portail nord de la Vierge en 1863.

Il manque encore les statues extrêmes de la galerie des rois citées en dernier lieu dans le Journal le 9 octobre 1863.
© Vergue.com. Tirage moderne d’après photographie sur papier albuminé d’Henri Plaut, Vues de Paris et de ses environs, 1865-1870.
16Outre ces ouvrages en cours, il y a tout ce qui les accompagne :
- Les temporalités82 et le numéraire humain sur site83 ;
- Les méthodes de travail : relevés d’architecture84, détails et dessins85, cotation de plans86, épures87, moulages88, mises au point89, tailles préparatoires90, visites en carrières91, choix matériels et remplois92, avis qualitatifs93, études diverses94, sondage du sol95, fouilles (sacristie, chœur, façade96), décisions prises en cours de route97 ;
- Les avaries98, les voies de circulation du personnel et des matériaux dans l’édifice99, la protection d’échafaudage100, les bâchages temporaires101, etc.
17À ces deux cercles imbriqués, celui du dire et du faire, s’ajoute celui de l’être, qui n’est pas le moindre. Car sur toute la durée du chantier nous avons recensé dans le texte près de 212 personnes, de l’anonyme à l’empereur ; tous, à leur manière, impliqués dans l’événement. Leurs engagements sont divers : certains sont acteurs du chantier (entendu au sens large depuis son administration jusqu’à son déroulement), d’autres sont témoins de passage, quelques-uns s’inscrivent malgré eux dans l’histoire compte-tenu de leur importance et de ce qui, les concernant, méritait aux yeux des scripteurs d’être appelés dans l’écriture. Nombre d’entre eux composent les mailles d’un réseau encore jamais démêlé, que nous éclairons progressivement en dressant un répertoire prosopographique. Sur ces hommes, le Journal nous renseigne à sa façon, elliptique, formelle, parfois plus allusive qu’il n’y paraît.
18Des événements extérieurs surgissent en effet dans le manuscrit, laconiquement mais lourds de sens car rares : sont ainsi notés des faits politiques, historiques ou humains qui donnent au document la saveur d’un récit. Croisés avec ce que nous connaissons de l’histoire personnelle et professionnelle des rédacteurs, ces indices s’épaississent et disent beaucoup. Ainsi en l’année 1857 nous savons que Viollet-le-Duc perd son père le 12 juillet, suivi 3 jours plus tard de son ami et confrère Lassus ; il marie aussi sa fille Sophie-Marie, le 31 août, à celui qui deviendra son confrère : Maurice Ouradou. On comprend qu’il ne rédige pas cette année-là le Journal et que son beau-fils depuis peu soit nommé Inspecteur des travaux de la cathédrale, en charge par conséquent de la rédaction du manuscrit. On le comprend d’autant mieux que dès le surlendemain de l’inhumation de Lassus, le 22 juillet, Viollet-le-Duc est nommé, seul, architecte des édifices diocésains de Paris. L’année suivante, il entreprend en outre les grands travaux du château de Pierrefonds, qui l’occuperont jusqu’à son décès et l’éloignent sans doute, avec ses nombreux autres chantiers, du bureau de Notre-Dame102.
19Mais nous évoquions un récit : une lecture attentive des pages rédigées par Viollet-le-Duc et son compère nous le dévoile en effet, brûlant d’actualité. Nous ne citerons pas tous les événements historiques mentionnés depuis la Révolution de 1848 jusqu’à l’annexion de Nice et de la Savoie en 1860103 : le plus souvent, ils sont secondaires, dans le sens où ce qui est notable n’est pas tant l’épisode que la cérémonie donnée à son occasion à la cathédrale. De fait, le chantier se ferme alors, ce qui en justifie l’évocation dans le Journal. Il en va de même des nombreuses visites politiques : 39 depuis le député maire du 9e arrondissement104 jusqu’aux ambassadeurs annamites105, qui sont autant d’intrusions dans le lieu et donc d’interruptions des travaux. Notons toutefois 10 dates pour lesquelles les faits cités sont intégralement extérieurs à la marche de la construction. Il s’agit là de véritables fenêtres sur ce qui n’est plus l’unique « liturgie des travaux ». En outre, ces seules mentions sont faites par Lassus et Viollet-le-Duc et se concentrent sur une période de crise politique (1848-1849 et 1851)106. Si nous nous interrogeons sur le choix de ces circonstances, nous entrevoyons sans doute les hommes qui les ont notées.
20Le premier événement se lit dans un silence : rien d’inscrit entre le 29 janvier et le 21 février 1848, où les architectes adressent aux entrepreneurs de maçonnerie une lettre les enjoignant de reprendre les travaux à partir du 1er mars suivant107. Clair, mais net, le 24 février : juste le mot Révolution. Entre 1 mois de mutisme et 3 lignes, l’on entend les mots prophétiques de Tocqueville qui, dans son discours du 27 janvier, pressentait l’issue de la colère populaire grondante108. La Seconde République est proclamée et c’est une nouvelle ère dans laquelle se poursuit le chantier de Notre-Dame, une nouvelle ère à laquelle Lassus et Viollet-le-Duc semblent prendre une part active, et ce bien que le profil de l’un ne soit pas tout à fait réductible à celui de l’autre. Le 2 avril 1848, rien concernant les travaux, nous sommes un dimanche. Mais les deux hommes souhaitent inscrire « Les architectes fraternisent avec les ouvriers du champ de Mars109 » : mélange de classes qui éclaire d’autant plus sur les convictions des confrères qu’il est introduit dans un écrit qui lui est, en apparence, exogène. Encore faut-il pressentir au plus juste l’intention des deux hommes. Mais nulle autre fois les rédacteurs du Journal n’évoqueront leurs agissements en dehors des palissades de Notre-Dame. Pouvons-nous ne rien y lire de substantiel ? Dans les faits, le 27 février, le gouvernement provisoire, soucieux de contenir le dangereux mécontentement populaire, fonde les Ateliers nationaux dont le ministre des Travaux publics, Alexandre Marie (1795-1870), confie la direction à l’ingénieur Émile Thomas (1822-1880)110. Il s’agit de fournir du travail aux ouvriers au chômage autant que de maintenir les travailleurs dans le calme111. Dans ce contexte, le Champ de Mars est le cadre d’importants travaux d’aménagement. Lieu d’effervescence politique, la radicalisation potentielle des travailleurs y est habilement contenue par l’entremise de Thomas, qui confie aux officiers des Écoles la tâche de modérateurs. Ceux-ci, par des contacts répétés – lors de fraternisations justement –, canalisent les ardeurs des membres des Ateliers, auxquels ils ont donné quotidiennement l’impression d’un esprit de corps. Le souhait de Lassus et Viollet-le-Duc est-il aussi, à leur manière, de garantir les conditions d’une République modérée quand Louis Blanc, de son côté, à la Commission du Luxembourg, soutient une position plus radicale dans la défense des ouvriers ? Quoi qu’il en soit, la Fête des Écoles et des Travailleurs, qui réunit ce 2 avril près de 100 000 personnes compte Lassus et Viollet-le-Duc112. S’ils le notent, ils taisent au contraire le grand rassemblement ouvrier suivant, le 16 avril, date à laquelle un cortège de travailleurs, pour la plupart extérieurs aux Ateliers, est prêt à entrer en contact direct avec le gouvernement mais est cette fois mis à mal par les gardes nationaux. Le choix de retenir dans le Journal l’événement le plus pondéré113 éclaire la position d’hommes qui ne souhaitent pas prendre fait et cause pour un mouvement de foule aux accents socialistes qu’ils condamnent, sans doute, et jugent dangereux pour cette jeune Seconde République. Lassus, en catholique engagé, craint les désordres sociaux, relents révolutionnaires qui « crient contre la religion » et le gouvernement114. S’il redoute la République née du berceau de la Révolution, il sait qu’il faut assurer l’essentiel, le travail. Et c’est là, paradoxalement pour lui, la doctrine première des économistes libéraux115. Viollet-le-Duc, lui, on le sait, est loin d’avoir le même profil néo-catholique116, mais en fraternisant il témoigne de sa sympathie pour les classes laborieuses et d’un opportunisme qui se traduit inévitablement par un soutien à la branche bourgeoise et économiquement libérale du gouvernement provisoire. À cette heure, les deux hommes sont dans l’incertitude du destin, faut-il le rappeler ? Dès lors, le 10 avril, les deux architectes font rentrer les idéaux de la République sur le chantier et dans leur écrit, en notant : « Les architectes, inspecteurs, vérificateurs, entrepreneurs de maçonnerie et de sculpture, les ouvriers maçons, tailleurs de pierre, bardeurs, poseurs, pinceurs et sculpteurs vont offrir à la commission des offrandes à la république une somme de 1 059 f. 65 centimes117 » pourquoi un ? (fig. 5) Les deux hommes évoquent ensuite laconiquement les élections, le 24 avril118, puis l’ouverture de l’Assemblée nationale le 4 mai119 – Assemblée qui exclut notamment le socialiste Louis Blanc très présent dans les événements de février ; on est tenté d’interpréter. Ainsi, lorsqu’ils notent ce qu’ils auraient pu taire s’ils avaient été peut-être moins personnellement impliqués, comme la revue et distribution des drapeaux de la République aux régiments de l’armée et aux légions de la Garde nationale, le 20 avril, ou « l’échauffourée » de Barbès, le 15 mai120. Ils auraient pu relever la dissolution de l’Assemblée mais c’est bien la tentative de constitution d’un gouvernement insurrectionnel qui les interpelle, au travers du mot révélateur d’« échauffourée ». Là encore, le choix oriente vers des hommes qui paraissent craindre les assauts extrêmes des meneurs socialistes. Appartenant davantage à cette classe bourgeoise au pouvoir, Lassus et Viollet-le-Duc semblent ne pas valider les doctrines des Blanqui, Barbès et Blanc, on le comprend d’autant mieux qu’ils bénéficient en première ligne des nouvelles réformes de 1848, notamment celle du 16 décembre à partir de laquelle les architectes diocésains sont nommés directement par le ministre sans consultation de l’évêque ou du préfet121. Mais la question sociale les touche de près, sur les chantiers122. Dès lors, ils notent encore dans le Journal les émeutes de juin et le service funèbre123 des victimes qu’ils auraient pourtant pu taire dans l’indifférence124.
Fig. 5. Reçu des offrandes patriotiques faites à Notre-Dame de Paris, 11 avril 1848.

© S. D. Daussy (Charenton-le-Pont, map, 1998/035/0015).
21Ainsi donc, le document semble lever discrètement le voile sur deux hommes qui tentent, tant bien que mal, de concilier l’inconciliable : défendre l’état social sans avoir l’air d’occulter les misères car enfin « nous voilà en république, sans enthousiasme, mais déterminés à nous y cramponner, car c’est la seule chance de salut qui nous reste. Maintenant, une seule ressource reste, c’est de tâcher de conserver l’ordre en conservant ce qui existe125. » Viollet-le-Duc le redira plus tard, dans ses Entretiens : « C’est à faire cesser ce chaos que doivent tendre les gens de bonne foi et qui n’ont pas de parti pris126. » Ainsi, s’afficher solidaires consiste à prévenir le chaos insurrectionnel, quand le chantier de restauration – celui de la cathédrale comme d’autres édifices – est une assurance de paix. C’est pourquoi au pire des émeutes, les dangers du socialisme sont écartés de ce pré carré où l’on assure du travail127. Sur ce point, les deux confrères se retrouvent. L’acceptation tacite de l’Empire s’expliquera par la même volonté de voir l’ordre social maintenu128.
22Mais les événements ne sont pas qu’historiques, ils sont également matériels et humains.
23Des vices de construction nécessitent parfois un travail ininterrompu, comme ce jour de la fête des rois 1847 où le chantier est fermé, à l’exception de la reprise de l’angle de la tourelle d’escalier de la tour sud, dont le mauvais état nécessite un travail d’urgence continu129. Mais quand les crédits sont épuisés, l’activité est évidemment interrompue, tel qu’en 1851-1852130.
24La météo s’invite aussi sur le chantier, ralenti ou arrêté selon les conditions : la première mention en est faite en 1846131 où le mauvais temps bloque le montage des cintres des arcs-boutants, puis les fouilles et le bétonnage des fondations de la sacristie132. Mais le plus souvent, à moins qu’il ne s’agisse d’impondérables, les conditions climatiques difficiles sont anticipées, tels ces 31 jours de gel qui stoppent les travaux l’hiver 1846-1847. Ainsi, peu avant l’arrivée du givre, les vitraux sont réparés pour garantir l’église – et donc le chantier – du froid133, les chéneaux et gargouilles sont nettoyés, les voûtes neuves sont provisoirement couvertes de paille, pour prévenir les engorgements lors du dégel, et tous les trous encore ouverts sont colmatés134. Le ministre de l’Instruction publique et des Cultes, Hippolyte Fortoul (1811-1856), constate d’ailleurs durant l’hiver 1854 que les architectes ont pris toutes les dispositions pour garantir l’église du froid et de l’air135 ; précautions qui sont renouvelées, en récurant les chéneaux, gargouilles et terrasses durant l’hiver 1856136.
25La géologie hydraulique est aussi un souci : en avril 1846, le sol s’éboule le long du quai de la Seine et les fouilles de la sacristie sont inondées par des sources qui s’y déversent137. En dépit des efforts de tous, l’eau monte irrémédiablement et on finit par bétonner les fondations, sans interruption, y compris le dimanche, pour ne pas avoir à arrêter le pompage138. Ce qui dès le début des travaux est un souci le reste bien après : une nouvelle inondation en janvier 1861 interdit l’accès au calorifère de la sacristie quand, à l’extérieur, le mur du quai s’effondre139.
26Les calamités, quand elles ne sont pas extérieures, viennent de l’intérieur. Les uns et les autres se gênent souvent et les aléas sont nombreux. Les charpentiers posent de nombreux soucis : bien sûr, ils se joignent à la grande grève de leur profession en 1845 – on les remplace alors par des soldats140 – mais ils tardent aussi à moiser la grande rose141, ce qui est sans compter sur l’entrepreneur Migeon qui non content d’être rappelé à l’ordre pour ses retards142, laisse traîner indéfiniment ses matériaux et risque de voir ceux-ci déposés sur la voie publique143. Les maçons ne font pas mieux : ne travaillant pas assez vite, ils sont menacés d’avertissement auprès de l’administration, quand par ailleurs ils sont appelés à débarrasser eux aussi le chantier de leur matériel144. Leurs commis se chauffent même avec le bois des chaises de la fabrique ou des sapines appartenant à l’administration145. La lenteur d’exécution est fréquente, elle ne touche pas que les postes de la pierre et du bois : le serrurier, en particulier, envoie ses boulons si tardivement au charpentier que celui-ci quitte le chantier146. La paresse, l’inconduite, le manque d’assiduité sont tels chez les plombiers147 et les sculpteurs148 qu’ils sont, selon les cas, renvoyés ou arrêtés. Il faut gérer des hommes qui parfois agissent bêtement ou imprudemment : les ouvriers fument et déposent des ordures dans les tours et dans tous les chantiers149, d’autres sont appréhendés pour avoir renversé le paratonnerre150. Le comble vient d’ailleurs des agents qui sont menacés de renvoi pour absentéisme151. Ce dernier cas suscite d’ailleurs un certain énervement de la part de Viollet-le-Duc : alors que la page du Journal est rédigée et signée par Lassus, il prend la plume et paraphe spécialement en face de la mention où il signale qu’il en référera à l’administration sans autre avertissement dès que le fait se reproduira152.
27À ces fautes comportementales s’ajoutent naturellement les erreurs matérielles : celle du tapissier qui se trompe de couleur pour les tentures de protection des tableaux du chœur153, celle des employés de Bellu qui ont supprimé (sans autorisation) des contrefiches154 ou celles des casses inévitables en cours d’exécution155. Enfin, le chantier de Notre-Dame n’est pas tout à fait reclus. La ville entoure l’église où le culte se poursuit. Dès lors, des éléments du contexte distal le perturbent autant qu’ils le mettent en danger : ainsi faut-il avertir le facteur d’orgues de ne pas circuler avec une chandelle dans la tribune156, enjoindre les employés des pompes funèbres de ne pas altérer la façade157, gérer les religieux qui dérangent ou interrompent le travail des ouvriers158, de même que s’adapter aux travaux de voirie159.
28Toute microsociété fonctionne avec ses drames plus ou moins grands, proches ou lointains. Parfois, ils offrent de petites aventures, comme celle du 27 novembre 1846, où le gardien menace de faire feu sur des malfaiteurs qui chevauchent la palissade160. Mais plus graves sont les accidents et les décès : en tout, 58 cas répertoriés. La plupart des mentions concernent le petit monde de la cathédrale trépassé à la marge des palissades : le jeune sculpteur de 26 ans Jacques Mirande et le vérificateur Leblond, morts à Paris, en 1849, l’architecte Lassus à Vichy en 1857, l’entrepreneur de plomberie Jacques-Louis Durand, à Neuilly en 1860, l’entrepreneur de charpenterie Auguste Bellu, décédé à Paris en 1862, trois ouvriers victimes du choléra en avril-mai 1849161. S’ajoutent trois personnalités : le garde des Sceaux et ministre de la Justice et des Cultes, Nicolas Martin du Nord décédé en 1847162, et deux personnes non impliquées directement dans le chantier mais appelées dans l’écriture : l’abbé Sibour, assassiné à Saint-Étienne-du-Mont en 1857163 et le Cardinal Morlot mort en 1862164, qui tous deux, bénéficient d’une cérémonie funèbre à Notre-Dame. Onze personnes, en revanche, sont mortes in situ : deux suicidés, qui se jettent du haut des tours165, mais surtout des employés heurtés ou tombés d’échafaudage ou des constructions en cours ; on prend pourtant des précautions dès 1845166 avant de demander des filets pour réduire les risques167 et de sommer l’entrepreneur de maçonnerie de prévenir la chute de matériaux168. Quand le pire arrive, les veuves reçoivent des aides, épaulées par les architectes qui semblent bien soucieux du fait social169. Impossible toutefois de savoir si les 31 blessés répertoriés sur le chantier ont tous reçu un soutien financier170. Bien sûr, il faudra un long temps de gestation avant qu’une législation vienne protéger le corps ouvrier171 ; une pétition envoyée au ministre en 1847 par un tailleur de pierre accidenté témoigne d’ailleurs de l’indigence de la condition ouvrière172. Mais des initiatives sont prises pour compenser autant que possible cette situation : les architectes réclament un engagement du ministre quant à l’indemnisation des accidentés173 et organisent un paiement partiel des journées chômées174. Le même système est appliqué ailleurs : sur les chantiers de Viollet-le-Duc175 comme sur ceux, par exemple, qui dépendent du ministère de la Maison de l’Empereur (palais impériaux de Fontainebleau, Marly, Meudon, Biarritz, Versailles, palais de l’Élysée, Palais Royal, Palais des Tuileries, bains et lavoirs publics, manufacture des Gobelins, etc.176). Reste que ce type d’indemnisation cache une misère : la prévalence de la notion de bienfaisance qui sous-tend plus qu’il n’y paraît un rapport de subordination entre classes sociales ; ainsi en témoigne la lettre adressée par Lassus et Viollet-le-Duc à la duchesse de Bassano et dont l’objet est d’obtenir une recommandation à l’impératrice de la pétition de la veuve du charpentier Blain177. En agissant autant que possible dans et hors du chantier, les deux hommes semblent préoccupés de la dignité et de la santé de ceux qui garantissent la bonne marche des restaurations mais surtout, ils s’assurent l’adhésion de ceux qu’ils contrôlent tout en les sécurisant – le calme et l’assiduité des travailleurs durant les troubles de 1848 en attestent. Dans ce contexte, il paraît surprenant de ne pas trouver à Notre-Dame un service des ouvriers blessés, sur le modèle de ce qui se fit sur le chantier de la Réunion des Tuileries au Louvre178, mais la proximité de l’hôtel-Dieu justifie cette absence. Nous y suivons en effet, grâce au Journal, de nombreuses victimes179. D’autres en revanche disparaissent dans un silence fatal qui nous conduit à chercher leurs dépouilles à la morgue180.
29Le tout forme un monde caché en perpétuelle mutation : un univers non hermétique à l’extérieur, nous l’avons vu, avec les quelques intrusions historiques et humaines autorisées ou obligées, mais clos pour qui n’en est pas. Les barrières sont donc dès le début une priorité et sont réclamées au préfet de police pour mettre le chantier à l’abri de toute intrusion, physique et visuelle. Elles longent le quai qui s’éboule, sous forme de grille puis de palissade181, préservent les murs de la tour nord182, protègent la Porte Rouge183, de là s’étendent jusqu’au camp militaire de la rue du Cloître184, garantissent le grand chantier devant la façade185, s’élargissent rapidement sur le quai au sud186, puis progressivement à l’ouest et au nord187. À l’est, les travaux de la sacristie sont limités dès 1845 par une protection qui longe la grille du jardin public188. Plus tard, en 1853, la destruction du camp (fig. 6) qui s’étend jusqu’au parapet oriental laissera place au chantier189. Du côté opposé, l’espace est fermé par une baraque, vite remplacée par des planches après sa démolition190. Ces clôtures confinent l’espace d’un petit monde seul autorisé, gardé la nuit par une vigie en faction à qui l’on ouvre une issue de service réservée, dès le 16 décembre 1846191.
Fig. 6. Chantier de restauration de Notre-Dame de Paris, flanc sud, Édouard Baldus, 1852-1853.

Les baraques du camp visibles sur la droite seront détruites le 1er juin 1853, date à laquelle le chantier aura autorisation de s’agrandir jusqu’à la pointe du quai.
© The New York Public Library (The Miriam and Ira D. Wallach Division of Art).
30L’anthropologue de l’écriture Béatrice Fraenkel note qu’entreprendre une enquête sur les pratiques d’écriture et de lecture confronte à un double problème : celui de n’avoir reçu aucune formation spécifique à ce type d’enquête et celui de devoir construire son propre arsenal de techniques en bricolant plus encore que d’habitude192. La difficulté est sans doute plus grande encore pour l’historien qui tente de montrer et de comprendre la réalité de et dans l’écrit. En effet, il ne peut s’agir pour nous de lister seulement l’organisation du travail énoncé dans le Journal des travaux de Notre-Dame, car ce document, comme tout écrit professionnel, n’en est pas une simple énonciation ; il en est partie intégrante. L’étude de ce manuscrit ne peut donc pas faire l’économie d’un début de réflexion sur ce qu’il est autant que sur ce qu’il montre. Il est un autre témoin des mutations organisationnelles de la seconde moitié du XIXe siècle, où le statut des échanges est redéfini et où le rôle de l’écrit est repensé. Il est, dans ce cadre, un choix rédactionnel singulier, très éloigné dans la forme comme dans le fond des cahiers du chantier de Pierrefonds, plus personnels et plus longs (4 cahiers de 1858 à 1885)193, et très différent aussi du cahier de chantier de Saint-Jean-au-Bois, uniquement comptable194. Sans doute ce Journal se rapproche-t-il davantage de celui tenu par Mesnager à la basilique Saint-Denis, mais ce dernier est bien court en comparaison – 3 ans – et Viollet-le-Duc y apparaît comme l’acteur principal, non comme le rédacteur. Dans tous les cas, l’écriture nous permet d’approcher un travail d’entreprise secret195 et en cours de réalisation ; elle en fait archive, pour ne pas dire mémoire, et ouvre la porte d’un enclos palissé que seuls les employés franchissent et qui se rêve pour ceux qui restent interdits. Néanmoins, c’est bien inopinément qu’elle lève le voile sur cette intimité car tel n’est pas plus son objectif que pour tout autre écrit de travail. En ce sens, le manuscrit est très éloigné du récit de voyage et se rapproche sans doute mieux des journaux de campagnes militaires196, car l’enjeu de son étude est de comprendre l’environnement social, technique, décisionnel, organisationnel, juridique et règlementaire même que le texte sous-tend.
Notes de bas de page
1 map : 0080/14/10 - Journal des travaux, 1844-1865.
2 http://www.mediatheque-patrimoine.culture.gouv.fr/pages/recherche/ressources/journal_travaux_notre_dame.html.
3 Ayant transcrit la totalité du journal, celui-ci sera édité et commenté ultérieurement.
4 J.-P. Babelon et A. Chastel, La notion de patrimoine, Paris, Liana Levi, 1995, p. 93-94.
5 Par exemple les cahiers, récemment étudiés, du chantier du château de Pierrefonds, rédigés par l’inspecteur Lucjan Wyganowski (1857-1885) : A. Timbert, Viollet-le-Duc et Pierrefonds. Histoire d’un chantier, hdr, Université de Lyon, vol. 2, 2016 (garant N. Reveyron) ; le journal du chantier de la basilique Saint-Denis tenu par l’architecte adjoint Jean-François-Julien Mesnager (voir infra) en 1846 et 1847-1849 : map, 0080/14/79 ; ou encore le journal de Jules Thierry, inspecteur principal des travaux de la réunion des Tuileries au Louvre (1852-1855) : an : 64AJ/58. Outre nos frontières, citons l’exemple des journaux de travaux de Wilhelm Bergstrøm tenus lors des travaux de la cathédrale de Nidaros à Trondheim (en grande partie sous la direction de l’architecte Eilert C. B. Christie, 1872-1906) : Trondheim, arw (Archive of the Restoration Workshop of the Nidaros Cathedral, ndr) : Journal 1 (1865-1890), Journal 2 (1891-1892) et Journal 3 (1892-1904). Je remercie Angel Menargues Rajadell pour les informations concernant ces journaux norvégiens.
6 Voir sa fiche biographique dans le Répertoire des architectes diocésains au XIXe siècle, dir. J.-M. Leniaud, [En ligne]. http://elec.enc.sorbonne.fr/architectes/237 ; dossiers personnels : an : F/21/1819 et F/21/2020.
7 Sur le contexte précis de l’éviction de Godde et du concours (1843) ayant mené Lassus et Viollet-le-Duc aux commandes de la restauration : J.-M. Leniaud, Jean-Baptiste Lassus, 1807-1857, ou, le temps retrouvé des cathédrales, Genève, Droz, 1980, p. 61-64.
8 J.-M. Leniaud, dir., Histoire archéologique, descriptive et graphique de la Sainte-Chapelle du Palais par MM. Decloux et Doury, suivi de la Sainte-Chapelle après les restaurations, planches, M. Duban, M. Lassus, texte M. Guilhermy, Asnières, éd. Molière, 2007 (coll. Les introuvables du patrimoine) ; J.-M. Leniaud et Fr. Perrot, La Sainte-Chapelle, Paris, cmn, 2007. Voir également J.-M. Leniaud, op. cit., 1980.
9 A. Timbert, Restaurer et bâtir. Viollet-le-Duc en Bourgogne, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2013 (coll. Architecture et urbanisme).
10 J.-B. Lassus et E. E. Viollet-le-Duc, Projet de restauration de Notre-Dame de Paris, par M. Lassus et Viollet-le-Duc. Rapport adressé à M. le Ministre de la Justice et des Cultes, annexé au projet de restauration, remis le 31 janvier 1843, Paris, impr. de Mme de Lacombe, 1843 ; Fr. Bercé, « Notre-Dame de Paris, le projet de 1843 », Viollet-le-Duc, Paris, cmn, 2013, p. 51-64. La série F/19/7803 des archives nationales conserve l’ensemble de la documentation afférente à ce concours, quand la série F/21/1451 conserve les notes sur les objections du garde des Sceaux au sujet de l’attribution des travaux de restauration de Notre-Dame au ministre des Travaux publics (1843) et le rapport au Conseil général des bâtiments civils sur la construction d’une sacristie et la restauration de la cathédrale (1er juin 1843).
11 A. Erlande-Brandenburg, « Paris : la restauration de Notre-Dame », Viollet-le-Duc, Catalogue d’exposition, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 19 février-5 mai 1980, dir. B. Foucart, Paris, rmn, 1980, p. 72-81, ici p. 74.
12 Ces documents appartiennent au fonds de l’agence de Notre-Dame (map, 1998/035). La liste de ces mémoires et attachements est trop longue pour être détaillée ici ; elle sera mise en regard de l’édition commentée. S’ajoutent dans ce même fonds : les devis, cahiers des charges, soumissions, séries de prix, ventes aux domaines, procès-verbaux de réception, nominations, honoraires, adjudications, pièces de comptabilité, propositions et accords de crédits, correspondance de l’agence, rapports des architectes, signatures pour les remises de mémoires d’entrepreneurs, etc. Dans le fonds des travaux du XIXe s. sur les grands édifices classés, nous trouvons aussi le Registre des attachements figurés de Notre-Dame pour l’année 1853 (map : 0080/14/92), d’autres attachements figurés (tour sud et galerie des Rois) sont conservés dans le fonds des héritiers Texier (map : 1998/049/2001), qui comptent également des attachements écrits pour la restauration de la galerie des Rois (entre autres) pour l’année 1848 (map : 1998/048/0001), des registres comptables pour la période 1853-1864 (map : 1998/048/0004) et des registres d’enregistrement des mémoires des entrepreneurs pour les périodes 1845-1854 et 1854-1864 (map : 1998/048/0005 et 1998/048/0006). L’ensemble est à compléter aux archives nationales : C/866 (crédit extraordinaire, 1845), F/19/7799 (travaux exécutés, 1816-1861), F/19/7800 (travaux exécutés, 1862-1898), F/19/7802 (orgue, 1831-1894), F/19/7804 à F/19/7806 (travaux exécutés de 1840 à 1871), F/19/7807 (cahiers des charges, séries des prix, soumissions), F/19/7808 à F/19/7812 (mémoires de 1845 à 1850) et par F/19/4647 (liquidations des dépenses).
13 map : 0080/14/91.
14 A. Auduc, Quand les monuments construisaient la nation. Le service des monuments historiques de 1830 à 1940, Paris, Comité d’histoire du ministère de la Culture, 2008 (coll. Travaux et documents, 25).
15 Pour le détail de ces écritures, donné dans la circulaire du 25 juillet 1848, les instructions du 26 février 1849, la circulaire du 21 juin 1853, le Règlement sur la comptabilité des travaux des édifices diocésains du 1er avril et les instructions pour son exécution le 4 avril 1854 : J.-M. Leniaud, Les cathédrales au XIXe siècle, Paris, Economica, 1993, p. 201-204. Du côté des bâtiments civils, voir « Nouveau règlement sur la comptabilité des bâtiments civils au ministère des travaux publics », Revue de l’architecture et des travaux publics, 1851, col. 357-361, 401-407, 448-451.
16 Dès 1840, Viollet-le-Duc est déjà soucieux d’une tenue scrupuleuse de documents administratifs. Voir la lettre qu’il adresse à François-Nicolas Comynet, inspecteur des travaux de La Madeleine de Vézelay : A. Timbert, Viollet-le-Duc : le chantier de restauration de La Madeleine de Vézelay. Correspondance (1840-1841), Auxerre, sfay, 2004, lettre III, 28 mai 1840, p. 22-23.
17 J. Denis, Le travail invisible des données : Éléments pour une sociologie des infrastructures scripturales, Paris, Presses des Mines, 2018, p. 70-71, [En ligne]. http://books.openedition.org/pressesmines/3934. L’auteur évoque en particulier le cas de la « révolution managériale » américaine, mais en France l’industrialisation a également impacté l’administration, tant d’un point de vue technique qu’organisationnel : B. Delmas, « Révolution industrielle et mutation administrative : l’innovation dans l’administration française au XIXe siècle », Histoire, économie et société, 1985, 4e année, n° 2, p. 205-232.
18 D’abord architecte adjoint de François Debret (1835), il est maintenu dans sa fonction après la démission de celui-ci sous Ferdinand de Guilhermy et Viollet-le-Duc : J.-M. Leniaud, De Napoléon à la République. La basilique royale de Saint-Denis, 2012, p. 150, 155-157, 160 et sa fiche sur http://agorha.inha.fr/inhaprod/ark:/54721/00278514 qui ne mentionne cependant pas son rôle à Saint-Denis.
19 Le premier journal de Mesnager conservé (map, 80/14/79) débute par une mention (f° 1) – la chute de gravas depuis la tour nord sur le parvis de l’église Saint-Denis, dans la nuit du 29 décembre 1845 – qui semble poursuivre un propos tenu dans un cahier précédent. Auquel cas, nous pouvons nous demander si Debret n’a pas, avant même Viollet-le-Duc et Lassus, fait tenir de journal à Saint-Denis qui les aurait par la suite inspirés à Notre-Dame de Paris (en dépit du sentiment bien connu de Viollet-le-Duc à son égard) ? Sur la cabale menée contre Debret : J.-M. Leniaud, « Une simple querelle de clocher ? Viollet-le-Duc à Saint-Denis (1846) », Revue de l’art, n° 101, 1993, p. 17-28.
20 Notons qu’un premier essai avait précédé dès 1822 à Pompéi, sous l’impulsion du directeur du musée de Naples P. Arditi, mais qu’il n’eut pas de postérité immédiate : S. Zanella, « Archives de fouilles de Pompéi : mode(s) d’emploi. Un parcours dans les archives », Les archives de fouilles, modes d’emploi, dir. S. Zanella, J.-P. Brun et alii, Paris, Collège de France, 2017, p. 124-137, ici p. 126-127.
21 En vertu de l’article 43 du Reglemento pe gli Scavi di Antichità.
22 Archives de la Surintendance de Pompéi, Giornali degli Scavi, A VI 1, p. 1.
23 E. E. Viollet-le-Duc, Histoire d’un dessinateur. Comment on apprend à dessiner, Paris, J. Hetzel, 1879, p. 226.
24 S. Gsell, Instructions pour la conduite des fouilles archéologiques en Algérie, Alger, A. Jourdan, 1901, cité dans N. Oulesbir, Les usages du patrimoine : Monuments, musées et politique coloniale en Algérie (1830-1930), Paris, Maison des sciences de l’homme, 2004, p. 201.
25 Journal du chantier, f° 1 [dorénavant Jdc].
26 Jdc, f° 305.
27 Jdc, f° 306.
28 Concernant l’amitié entre Lassus et Viollet-le-Duc : J.-M. Leniaud, op. cit., 1980, p. 61, n. 50 et E. E. Viollet-le-Duc, « Nécrologie. M. Lassus », Encyclopédie d’architecture, Paris, B. Bance, t. 7, 1857, col. 113-116.
29 Il ne figure pas dans la liste des collaborateurs (architectes et inspecteurs des travaux) dressée en fin de volume par Janie Mayer dans Viollet-le-Duc, Catalogue d’exposition, op. cit., p. 405-406.
30 Dossier personnel, voir an : AJ/52/377.
31 Voir son acte de mariage du 14 juin 1853 avec Clémentine Rosalie Patoueille : ad Maine-et-Loire : M1853, n° 11 ; Annuaire almanach du commerce, de l’industrie et de la magistrature, pour les années concernées jusqu’en 1873.
32 Date du décès de ce dernier : avp : 4VE 2845, n° 1827.
33 Voir l’acte afférent : ad Maine-et-Loire : D1877, n° 68.
34 Il n’est donc pas décédé en 1866 comme l’indique la base agorha de l’inha : https://agorha.inha.fr/inhaprod/ark:/54721/00281620. Il meurt à Longué, dont sa famille est originaire, chez sa belle-mère Hortense Octavie Noury qui disparaît sept jours après lui : ad Maine-et-Loire : D1877, n° 70. À son décès sa situation financière est assez bonne. À titre de comparaison, le montant de la succession de son confrère Jean-Baptiste Lassus s’élève à sa mort à 116 280 fr. (avp : dq8/1548) quand la sienne monte à 294 302 fr. biens mobiliers et immobiliers compris, à savoir deux terrains aux 57 rue Traversière/Saint-Antoine et 59 rue Traversière (avp : DQ8, 1699 et dq8, 1720, n° 6766).
35 Voir art. « Cheminée », dans E. E. Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture du XIe au XVIe siècle, Paris, B. Bance, t. 3, 1854, p. 217 ; dans le même volume art. « clocher », p. 290 et « Colombier », p. 487 ; art. « Cuisine », dans t. 4, p. 477 pour lesquels Patoueille a donné des relevés.
36 Celui-ci est en effet logé chez un certain Patoueille (qui doit être le père de Pierre Charles : Charles Benjamin), au 22 rue Beautreillis ; les deux architectes sont donc voisins : Explication des ouvrages de peinture, sculpture, gravure, architecture des artistes vivants exposés au palais des beaux-arts, Paris, Ch. de Mourges frères, 1855, p. 58. Voir sa fiche biographique https://agorha.inha.fr/inhaprod/ark:/54721/00281579 et http://elec.enc.sorbonne.fr/architectes/374.
37 Mimey sera en charge de la restauration de l’abbatiale de Saint-Jean-au-Bois en 1878 avant d’être remplacé par Maurice Ouradou en 1880 : A. Timbert, op. cit., 2017, p. 51. Mimey travaille donc avec L. Wyganowsky, lorsqu’il est nommé Inspecteur des travaux (ad Oise : 4 Tp 7 : lettres du 10 juillet 1878 et 12 août 1878).
38 Ce sont des dessins de la cathédrale de Sens (plan, coupes, détails, charpente, escalier du trésor) : Explication des ouvrages de peinture, sculpture, gravure, architecture des artistes vivants exposés au palais des beaux-arts, Paris, Ch. de Mourges frères, 1863, p. 386. Ce travail est considéré dans la Revue générale de l’architecture et des travaux publics, vol. 21, 1863, col. 189-190 comme une « promesse de la part de cet artiste d’un travail complet sur ce monument, auquel se rattachent de si nombreux souvenirs historiques. »
39 La chronique des arts et de la curiosité. Supplément à la Gazette des beaux-arts, t. 1, 1863, p. 354-355. Parmi les signataires, plusieurs travaillent sur le chantier de Notre-Dame ou y sont liés : Louis Steinheil (peintre verrier), François Michel Pascal (statuaire), Léon Gaucherel (graveur), Alfred Gérente (peintre verrier), Geoffroy Dechaume (statuaire), Pierre Martrou (statuaire), A. Marchant (sculpteur), Pierre Émile Queyron (inspecteur des travaux de Notre-Dame), Paul Le Chêne (sculpteur), Corneille Frédéric Marie Anne Vila (inspecteur des édifices diocésains de Paris à partir de 1858) ; Queyron et Vila font même partie de l’agence. Sur ce décret et l’échec de la réforme, derrière laquelle se trouvait Viollet-le-Duc, voir entre autres : A. Bonnet, L’enseignement des arts au XIXe siècle. La réforme de l’École des beaux-arts et la fin du modèle académique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006 et sur l’approche de cet enseignement par Viollet-le-Duc : E. Thibault, La géométrie des émotions. Les esthétiques scientifiques de l’architecture en France, 1850-1950, Wavre, Mardaga, 2010, p. 61-66.
40 Revue générale de l’architecture et des travaux publics, vol. 28, 1870, col. 260. Parmi les signataires, essentiellement architectes, Alexandre Dominique Denuelle (1818-1879) (peintre décorateur) avait travaillé sur le chantier de Notre-Dame : il est cité dans le Journal en 1851 et 1853. En tant que peintre architecte décorateur de l’atelier de la Commission des Monuments historiques, il réalise de nombreux relevés et suit Viollet-le-Duc dans ses voyages. Il a réalisé, entre autres, le décor provisoire à Notre-Dame pour le baptême du Prince impérial : Ch. Lameire, « Notice sur Alexandre Denuelle lue à la séance de la Commission des Monuments historique le 12 avril 1880 », Paris, A. Chaix et Cie, 1880 ; J. Mairey, Recherche sur Alexandre Denuelle, peintre décorateur (1818-1879), mémoire de dea, Paris, ephe, 2001 (prom. J.-M. Leniaud).
41 Lassus fait partie des instigateurs de l’atelier libre de Labrouste et en sera parmi les premiers élèves ; Labrouste et Viollet-le-Duc étaient suffisamment proches de Lassus pour tenir les cordons du poêle lors de ses obsèques à Notre-Dame le 20 juillet 1857 : Encyclopédie d’architecture, op. cit., 1857, col. 97.
42 De février à octobre 1850, par exemple : Jdc, f° 198, 200, 201, 204, 206, 207, 209.
43 Sans compter l’année 1851 résumée en 5 folios, qui s’achève à partir du 25 décembre par les travaux de préparation du Te Deum qui doit être chanté le 1er janvier 1852 à l’occasion de la réélection du Président de la République : Jdc, f° 213-217. Le chantier de restauration était alors interrompu depuis le 9 août 1851, en raison de l’épuisement des crédits. L’archevêque, Monseigneur Sibour, écrit finalement au ministre des Finances afin que la somme nécessaire à la reprise des travaux soit inscrite au budget. Il obtient gain de cause en échange de son soutien au régime : aap-hp : 2D-3D (carton Notre-Dame), lettre du 10 mars 1852 ; J.-M. Leniaud, « La visibilité de l’église dans l’espace parisien au XIXe siècle. “Tours de babel” catholiques pour la moderne Babylone », dans Capitales culturelles, capitales symboliques : Paris et les expériences européennes, XVIIIe-XIXe siècles, dir. Ch. Charles et D. Roche, Paris, Presses universitaires de la Sorbonne, 2002, p. 207-230, ici p. 224. Le Journal précise en effet (date laissée en blanc car mention sans doute rétrospective) : « Un crédit de cinq cent mille francs (500 000 francs) applicable à la continuation des travaux de restauration de la cathédrale et au complet achèvement de la sacristie est porté au budget du ministère de l’Instruction publique et des Cultes pour l’année 1853. » : Jdc, f° 218.
44 Jdc, f° 352-377.
45 Jdc, f° 349.
46 31 mai et 1er juin 1849 : Jdc, f° 163, 164.
47 Son décès intervenu le 15 juillet 1857 est évoqué le 20, date de sa cérémonie funèbre : Jdc, f° 290.
48 20 février 1860 : Jdc, f° 331.
49 7 juin 1848 : Jdc, f° 129.
50 12 avril 1849 : Jdc, f° 157.
51 Jdc, f° 218, 220, 221.
52 Jdc, f° 356-375.
53 Les états hebdomadaires du nombre d’hommes employés sur les chantiers des entrepreneurs de maçonnerie Milon et Sauvage (voir infra), en 1848, confirment bien que le Journal devait être rempli chaque semaine.
54 Ceux des fouilles par exemple, mais d’autres procès-verbaux comme celui de la réception des figures d’apôtres du portail central de la façade, le 24 janvier 1849, qui stipule à Geoffroy Dechaume la nécessité de reprendre un grand nombre d’entre-elles. La statue de saint Jacques le Majeur est alors considérée comme la plus réussie et devant servir de modèle au sculpteur pour les autres sculptures : Jdc, f° 152-153.
55 Jdc, f° 1, 2, 14, 27, 30, 34, 44, 47, 53, 54, 83, 95, 146, 155, 222, 224, 241, 341.
56 4 décembre 1847 : Jdc, f° 114.
57 Les travaux de la sacristie ont lieu de 1845 à 1850, tous les devis relatifs à son achèvement étant rendus au ministère le 19 décembre 1850 (Jdc, f° 211). Cependant quelques travaux ont encore cours jusqu’en mars 1851, notamment ceux des menuiseries, des commodités et de la pose des vitraux (1854 pour son ameublement). Voir an : F/19/7804 (début des travaux), F/19/7805 (programme définitif, juillet 1844), F/19/7809 (achèvement du gros-œuvre, 23 mai 1848) et F/19/7812 (achèvement des travaux complémentaires). Les projets pour le mobilier sont acceptés par l’archevêque et le vicaire général le 22 avril 1853 (Jdc, f° 221).
58 La première mention, le 25 mai 1847, concerne la construction des conduits du calorifère de la sacristie : Jdc, f° 79. Plusieurs autres sont construits à la cathédrale : au sud et au nord de la nef, de même que derrière l’abside (le conduit s’adosse à la chapelle Saint-Crépin). L’échafaudage ayant permis la construction de la cheminée de ce dernier, appuyé sur les terrasses du chœur, est démonté le 7 novembre 1864 : Jdc, f° 383.
59 La première mention, le 15 décembre 1857, concerne la cloison établie entre le transept et la nef, celle-ci étant réservée au culte pendant les réparations préalables à la pose de la flèche : Jdc, f° 297. La dernière mention, le 9 septembre 1861, concerne la pose de la dernière statue de Geoffroy Dechaume sur les gradins qui décorent ses contrefiches, dans la noue sud-ouest : Jdc, f° 348.
60 De nombreuses cérémonies ont lieu durant les travaux. Parmi les plus exceptionnelles, celles en l’honneur de la réélection du Président (1er janvier 1852), de son mariage (30 janvier 1853) et du baptême du Prince impérial (14 juin 1856) ont donné lieu à des travaux spécifiques et conséquents, fonctionnant sur le même principe que lors d’un chantier classique. Une agence est alors nommée pour leur surveillance (Boeswillwald, Vila et Janvier pour la cérémonie du 1er janvier 1852 ; Vila, Janvier, Galland, Tingry-le-Huby, Millet et Vérel pour celle du 30 janvier 1853). La comptabilité est également gérée par des équipes dédiées (Hazard, Leblond, Androu et Gautier notamment). Les entrepreneurs et artistes nommés pour l’occasion sont globalement les mêmes que pour les travaux de restauration/construction. Les travaux durent environ une semaine et la cathédrale décorée est ouverte au public, parfois plusieurs jours, avant que tout ne soit débarrassé et démoli : Jdc, f° 216-217, 219-220, 277, 278-279. Les documents afférents à ces travaux éphémères sont également versés à l’administration, et par conséquent conservés dans les archives de l’agence : map, 1998/035/0001. De nombreuses archives sur ces travaux sont aussi conservées aux archives nationales : an : F/21/1464. Sur ces événements : J.-M. Leniaud, « Archéologie pratique et décors de cérémonies religieuses, le mariage de Napoléon iii à Notre-Dame », 100e congrès national des sociétés savantes, Paris, 1975, p. 309-321 et L. Chabanne, « La décoration de Notre-Dame de Paris pour le baptême du Prince impérial », Viollet-le-Duc, les visions d’un architecte, dir. L. de Finance et J.-M. Leniaud, Paris, Cité de l’architecture & du patrimoine/Éditions Norma, 2014, p. 110-117.
61 Jdc, f° 33, 35, 330, 331, 369.
62 Jdc, f° 1, 7, 218, 275, 364. Concernant l’établissement de l’agence dans la tour sud, en 1845, voir également map : 1998/048/0001.
63 Jdc, f° 11, 13-15, 21, 105. Les latrines de la tour nord sont remplacées par une tinette mobile : f° 105.
64 Elles sont projetées dès le 27 novembre 1845. Des fouilles précèdent leur construction, qui se poursuit jusqu’au 18 février 1846 : Jdc, f° 17-32. Il semble que les baraques en question aient inclus le logement du gardien du chantier (avec alcôve) et le bureau de l’entrepreneur.
65 Baraques ou ateliers : Jdc, f° 133, 134, 135, 143, 192, 210, 218 (jardin, côté sud, près du pont aux Doubles ; une travée réservée pour le bureau de l’Agence déménagé), 241 (ateliers des statuaires numérotés 2 et 3), 273 (atelier entre les contreforts de la tour sud), 274 (baraque spécifique pour la sculpture des figures sous le Christ du portail central), 275 (une travée aménagée en bureaux pour les architectes), 283, 291 (ajout de trois travées), 292, 372 (démolition partielle le 23 septembre 1863).
66 Située au nord de la tour septentrionale : f° 186-187, 209.
67 Il s’agit d’une chambre mise à disposition du sculpteur Victor Thiébault dans la galerie du chœur, pour laquelle une clé est faite par le serrurier Duffner (19 septembre 1849) : Jdc, f° 178.
68 Jdc, f° 117, 217, 219, 329, 330, 380.
69 Jdc, f° 33.
70 Jdc, f° 35.
71 Jdc, f° 227.
72 Jdc, f° 16, 17, 239, 240.
73 Jdc, f° 21, 22, 25, 48, 60, 91, 102, 137, 222, 282, 361. Les magasins notamment sont cités comme étant dans les baraques du chantier, en bas de l’escalier du bureau et au-dessus des terrasses du second bas-côté de la nef, au sud.
74 Jdc, f° 4, 7, 104.
75 Un gardien des travaux est installé dès le 5 septembre 1845, son logement est construit dans la foulée : Jdc, f° 8, 21, 22, 25, 26, 27, 28, 29. Le gardien des tours a lui aussi un logement ; cité dès le 6 décembre 1845, il semble qu’il soit refait car un projet est envoyé à l’administration le 9 mars 1947 : Jdc, f° 19, 57, 61, 66, 83, 102.
76 Jdc, f° 152, 333.
77 Jdc, f° 105, 183, 201, 339.
78 Jdc, f° 7-16, 96, 240, 296, 297, 322.
79 Jdc, f° 241, 278, 289, 352.
80 Trop nombreux pour être ici détaillés (grands et petits échafaudages, échafaudages volants, mobiles ou à bascule, plats-bords, équipes, planchers, sapines), ils sont confiés pour l’essentiel aux charpentiers Auguste Bellu et Victor Daunay, mais les maçons posent eux aussi leurs échafaudages. Sur Bellu et son association avec Daunay : E. Pillet, « Auguste Bellu (1796-1862), charpentier et entrepreneur de travaux publics », Documents d’histoire parisienne, n° 11, 2010, p. 48-70. Le charpentier Migeon reçoit plusieurs commandes jusqu’en 1848 mais pose souvent problème (absentéisme ouvrier, hausse de prix, encombrement des chantiers). Les architectes le menacent de faire continuer les travaux par un autre entrepreneur (7 janvier 1846) : Jdc, f° 25. Il avait notamment échafaudé et enclose la façade en octobre et novembre 1845 : Jdc, f° 10, 17. Daunay se retire en cours de chantier, ne reste alors que Bellu (marché approuvé le 22 novembre 1855 : an : F/19/7806), auquel se sont ajoutés les charpentiers Burnot (marché approuvé le 12 décembre 1862) et Georges : map : 1998/035/0004. Travaux de charpente par Bellu et Daunay, puis Bellu, Burnot, Georges. Attachements ; carnets d’attachements ; mémoires de travaux, 1853-1867.
81 Jdc, f° 1-4, 12, 16-22, 24, 27, 29-31, 34-35, 55, 69, 72, 83, 88, 95, 122, 155, 222, 224, 264, 265, 268, 328, 341, 355, 365, 383.
82 Le plus souvent, le début et la fin d’un ouvrage sont indiqués, ce qui permet de calculer le temps d’exécution. Mais parfois, notamment pour les diverses parties sculptées de la galerie des rois, les scribes précisent (par homme) : 40 jours pour un chapiteau, 17 pour un autre, cinq jours pour un tailloir de chapiteau, quatre, cinq ou treize pour le feuillage de corniche, quatre autres pour une colonne de niche, le tout étant réalisé entre décembre 1845 et février 1846 : Jdc, f° 20, 28, 29, 30.
83 Au début, un état hebdomadaire précis est indiqué notamment en ce qui concerne le travail de la pierre (pour l’entreprise Sauvage et Milon) : entre 248 et 311 hommes sont comptés, avec trois chevaux : Jdc, f° 82, 84, 94 (de juin à août 1847). Par la suite, en 1858 et 1859, le nombre d’ouvriers est précisé (toutes professions comprises) grâce au détail de la répartition des dons qui leur sont faits par le cardinal archevêque de Paris (le plus souvent 100 fr. répartis entre eux). Leur nombre varie entre 66 et 161 : Jdc, f° 309, 312, 313, 315, 322, 325. Le nombre d’hommes nécessaire pour la taille des divers éléments est par ailleurs souvent précisé : par exemple trois hommes pour un morceau d’arcature : Jdc, f° 108.
84 Jdc, f° 80, 95, 213.
85 Dessins tant pour les travaux de restauration ou création de la cathédrale que pour les travaux de décoration à mettre en place pour les diverses cérémonies qui s’y tiennent : Jdc, f° 23, 89, 104, 129, 134, 137, 138, 143, 144, 145, 176, 198, 202, 203, 208, 221, 222, 224, 225, 226, 227, 228, 229, 235, 276, 320, 329, 341, 342, 352, 373.
86 Jdc, f° 76.
87 Jdc, f° 43, 47, 48, 61, 76, 92, 101, 105, 143, 156, 160, 331.
88 Jdc, f° 9, 45, 81, 84, 109.
89 Notamment la mise au point des statues du portail principal, commencée du 14 au 20 février 1849, poursuivie avec celle des Vierges sages et des Vierges folles dans les mois qui suivirent : Jdc, f°. 153, 154, 155, 159, 161. Dans le même temps, la Résurrection est mise en grand par François Christophe Armand Toussaint (1806-1862) : 26 avril 1849, f° 159. Plus tard, à partir du 27 octobre 1848, on procède à la mise au point du pèsement des âmes du Jugement dernier qui figure au-dessus de la porte principale : Jdc, f° 188, 193, 194.
90 Jdc, f° 18, 19, 20, 24, 25, 40, 41, 42, 45, 46, 51, 58, 77, 96, 97, 100, 127, 130, 131, 140.
91 Jdc, f° 48.
92 Remplois de vieux matériaux : Jdc, f° 18, 41, 241, 315-316 ; choix d’un matériau plutôt qu’un autre, par exemple banc royal des Forgets au lieu de la pierre de Mery dans les murs en élévation de la sacristie : Jdc, f° 78.
93 Jdc, f° 3, 40, 41, 46, 47, 152-153, 180, 226. Pour exemple, le 20 mai 1845, les architectes relèvent qu’il est « indispensable » de remplacer les colonnes de la galerie des rois, celles-ci étant « pour la plupart en liais d’assez mauvaise qualité », ayant « déjà été remplacées en coupant d’une manière assez barbare toute la moulure supérieure des bases. » (f° 3) : jugement sévère d’une restauration antérieure, dont la date est indéterminée. Voir B. Fonquernie, « Notre-Dame de Paris. Observations faites sur la galerie des rois au cours de la campagne de travaux de 1998-1999 », Bull. mon., vol. 157/4, 1999, p. 347-354, qui note p. 347 qu’entre autres cette partie des colonnes neuves comportant la moulure supérieure des bases témoigne du souci de Viollet-le-Duc et Lassus de conserver de l’authenticité de ces éléments ; J. Mayer, « Les premiers travaux de Lassus et Viollet-le-Duc à Notre-Dame de Paris : la galerie des Rois et les niches des contreforts de la façade ouest, 1844-1846 », Bull. mon., op. cit., 1999, p. 355-365, ici p. 357. Les avis concernent aussi les restaurations en cours, voir supra les commentaires faits en 1849 à Geoffroy Dechaume, ou encore le 27 septembre 1849, l’ordre donné au sculpteur Louis Guillaume Grootaers (orthographié « Greters ») de changer la tête de sa statue : Jdc, f° 180.
94 Telle celle des joints d’appareil (Jdc, f° 92) ou celle de la charpente du comble du deuxième bas-côté du chœur (Jdc, f° 95).
95 En particulier au portail sud « pour reconnaître la nature des terres et trouver le bon sol » : Jdc, f° 34.
96 Par exemple au-devant du portail de la Vierge : Jdc, f° 116, 13 décembre 1847 (Lettre à Albert Lenoir pour combler les fouilles en question) ; Jdc, f° 116, 15 décembre 1847 (Lettre au commissaire de police et au préfet de la Seine pour faire cesser les fouilles devant le portail).
97 Par exemple, la décision de ne pas déposer l’ange qui surmonte le pignon de la nef, sur la cour du réservoir, durant les travaux : Jdc, f° 78.
98 Par exemple des incendies – celui de l’échafaud de la flèche en construction (le 26 novembre 1859, Jdc, f° 328) ou celui du lustre de la nef du transept sud (12 octobre 1854, Jdc, f° 254) –, des éboulements dus à la montée des eaux de la Seine en 1846 (Jdc, f° 33, 34, 35, 36, 38) et des casses (Jdc, f° 83, 91, 128, 129, 227).
99 Jdc, f° 49, 61, 63, 79, 187, 229, 260, 262, 314, 348. Par exemple, un plancher de service sur l’aire de la cour des réservoirs de manière à ne pas charger la voûte qui surplombe l’orgue dans la nef (f° 61) ou un couloir de planches traversant le bras nord du transept et permettant de relier les bas-côtés de la nef à ceux du chœur (Jdc, f° 348).
100 Le serrurier Jean Daniel Hyppolite Seyffert est chargé de protéger contre la pluie le dessus des pieds des échafauds des tours en les couvrant de chapeaux de zinc, le 22 novembre 1847 : Jdc, f° 112.
101 Toiles d’isolation : Jdc, f° 22, 60, 65, 83, 92, 108, 145, 188, 221, 230 ; toiles ou bâches goudronnées de couverture provisoire : Jdc, f° 96, 228, 263 ; ou toiles de protections (essentiellement de mobilier) : Jdc, f° 18, 19, 21, 24, 50, 79, 105, 279, 355.
102 A. Timbert, op. cit., 2017, p. 71-73. Pour l’année 1857, le nombre de jours de présence de l’architecte sur le chantier de Pierrefonds n’est pas connu, celui-ci n’en étant encore qu’à ses tout débuts ; nous savons toutefois qu’en 1858 il y fait 22 voyages.
103 Un Te Deum est chanté à Notre-Dame pour célébrer cette annexion, le 14 juin 1860 : Jdc, f° 335. Le Journal précise que les grands dignitaires, les corps de l’État, les députations, etc. assistent à la cérémonie qui est célébrée par le Cardinal archevêque de Paris.
104 Le 20 mai 1845, Auguste René Locquet (1790-1852), député à l’Assemblée nationale, visite la cathédrale aux côtés de Lassus. Il « reconnaît l’état de péril dans lequel se trouvent plusieurs parties importantes du monument. » Le même jour, les architectes notent que la chambre des députés nomme la commission chargée d’examiner les projets et devis de la restauration de Notre-Dame : Jdc, f° 3. Ladite commission visite d’ailleurs la cathédrale le lendemain, convenant de l’urgence des réparations et de la nécessité de construire la sacristie sur le flanc sud de l’édifice.
105 Le 29 septembre 1863, les ambassadeurs annamites visitent Notre-Dame : Jdc, f° 372. Ils sont envoyés par Tu Duc et conduits par le grand censeur Phan Thanh Gian. En France, ils sont reçus en audience solennelle par Napoléon III le 7 novembre 1863, leur but étant d’obtenir la rétrocession des trois provinces de Cochinchine contre une forte indemnité de guerre : Ch. Fourniau et T. van Thao, Le contact franco-vietnamien : le premier demi-siècle (1858-1911), Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2013 [1999], p. 56.
106 Et pour cause, le premier événement noté extérieur au chantier est celui de la Révolution de 1848, quand le dernier, évoqué le 23 décembre 1851, est celui de la réélection du Président de la République. Ce jour-là les architectes reçoivent du ministre de l’Intérieur l’ordre de prendre les dispositions nécessaires pour le Te Deum qui sera chanté le 1er janvier pour cette occasion : Jdc, f° 216.
107 Jdc, f° 120.
108 A. de Tocqueville, Souvenirs, Paris, 1893, p. 18 (discours du 29 janvier 1848 à la Chambre des députés).
109 Jdc, f° 122.
110 La démarche n’est pas nouvelle, elle rappelle les ateliers de charité organisés depuis Henri IV en période de crises ou les ateliers de secours établis après la Révolution de 1830 : D. Pinkney, « Les ateliers de secours à Paris (1830-1831), précurseurs des Ateliers nationaux de 1848 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. 12, n° 1, janvier-mars 1965, p. 65-70.
111 E. Thomas, Histoire des Ateliers nationaux, Paris, Michel Lévy frères, 1848 ; M. Traugott, « Les ateliers nationaux en 1848 », 1848, Actes du colloque cent-cinquantenaire tenu à l’Assemblée nationale, 22-25 février 1998, dir. J.-L. Mayaud, Paris, creaphis, 2002, p. 185-202, en particulier p. 186, 188.
112 Ce jour-là en effet il ne signe pas le journal des travaux de Saint-Denis, mais Mesnager y note la cérémonie donnée en l’honneur des victimes de la Révolution de février, de même que la bénédiction par le curé de l’arbre de la République et l’illumination de tous les monuments de la ville : map, 80/14/79, f° 138.
113 S. Hayat, Quand la République était révolutionnaire. Citoyenneté et représentation, Paris, 2014, p. 217 sq.
114 Les termes du courrier envoyé par l’évêque de Bayonne au directeur des cultes sont éclairants en ce qui concerne le lien ténu entre religion, gouvernement, travail et paix sociale : « les hommes de désordre […] crient contre la religion, contre l’évêque, contre le gouvernement, ils montent la tête aux ouvriers […] Il est plus ou moins certain que les anarchistes exploitent déjà et veulent exploiter encore davantage cette suspension de travaux par leurs projets haineux et subversifs […] À un mal imminent, il est urgent d’apporter un remède prompt et efficace. » : an : F/19/7231 cité dans J.-M. Leniaud, op. cit., 1980, p. 128.
115 L. Le Van-Lemesle, Le juste ou le riche. L’enseignement de l’économie politique, 1815-1950, Vincennes, Institut de la gestion publique et du développement économique, 2004, p. 99.
116 J.-M. Leniaud, Viollet-le-Duc ou les délires du système, Paris Éditions Mengès, 1994, p. 51 sq.
117 Jdc, f° 123. Par décret du 30 mars, une cagnotte est ouverte et destinée à recevoir les dons gratuits qui seront offerts à la République. Le bureau de réception des offrandes patriotiques est ouvert à l’Élysée-National, le 5 avril. Le journal de Notre-Dame en dit peu sur le sujet mais celui de Saint-Denis est plus prolixe : Mesnager reçoit une circulaire datée du 4 avril, signée du vice-président du Conseil des bâtiments civils Auguste Caristie, qui nous éclaire sur la position qui semble devoir être tenue sur les chantiers : les Conseils des Ponts-et-chaussées et des Mines du ministère des Travaux publics se sont joints aux ingénieurs des deux corps pour offrir un don patriotique à la République et le Conseil des bâtiments civils a participé à l’« œuvre nationale ». Mesnager est donc invité à avertir les agents placés sous ses ordres pour, s’il le juge convenable, que leur offrande soit jointe. Viollet-le-Duc a visiblement reçu les mêmes directives par lettre et en informe Mesnager le 6 avril. La date limite de versement des dons est fixée au 10 avril, ceux-ci devant être faits au secrétariat du Conseil général des bâtiments civils (map : 80/14/79, f° 139). En cette date, Viollet-le-Duc écrit au Président des bâtiments civils pour l’avertir qu’il a déposé l’offrande des travailleurs de Saint-Denis aux mains du secrétaire du Conseil (map : 80/14/79, f° 141). Le reçu des offrandes patriotiques faites à Notre-Dame est conservé (map : 1998/035/0015) : la somme récoltée est importante en comparaison de celle recueillie à Saint-Denis qui est de 225 fr., mais il est significatif que l’événement soit évoqué par Viollet-le-Duc lui-même dans le Journal de Ménager, où il note le détail du don et signe le paragraphe.
118 Jdc, f° 124.
119 Jdc, f° 125. Le 4 mai 1848 se tient la première séance de l’Assemblée nationale. La commission exécutive est nommée et exclut les socialistes Louis Blanc et Alexandre Martin, dit l’ouvrier Albert, qui siégeaient dans le gouvernement provisoire.
120 Jdc, f° 126. Mesnager n’en parle pas et Viollet-le-Duc, qui prend souvent la plume dans son journal, ne le note pas non plus.
121 J.-M. Leniaud, op. cit., 1993, p. 172-173.
122 Ce faisant, Viollet-le-Duc tient à protéger la situation de ceux qu’il emploie sur ses chantiers. Ainsi à Saint-Denis, il défend le plein-emploi des anciens travailleurs alors que le commissaire du gouvernement a imposé à Mesnager de n’employer ceux-ci que trois jours par semaine pour laisser place à cinq nouveaux ouvriers étant venus lui réclamer du travail (25 avril 1848). Une fois informé de la situation (27 avril 1848), l’architecte s’y oppose, la situation ne pouvant que déplaire à ses ouvriers. Il informe le commissaire qu’il demandera plutôt au ministre des Travaux publics une allocation spéciale pour les ouvriers au chômage : map : 80/14/79, f° 141.
123 Cependant, les émeutes sont aussi citées parce qu’elles impliquent l’interruption du chantier entre le 23 et le 28 juin 1848 : Jdc, f° 130. Quant au service funèbre le 6 juillet, les architectes ne précisent pas s’il a lieu à la cathédrale : Jdc, f° 132.
124 En comparaison, Mesnager n’évoque les émeutes de juin qu’au travers de l’absence des entrepreneurs et ouvriers. Ceux-ci faisant partie de la garde nationale de Saint-Denis, ils se sont en effet rendus à Paris en raison des « évènements graves » qui s’y déroulent. Ainsi, faute de main-d’œuvre, les chantiers sont fermés le 25 et 26 avril 1848 : map : 80/14/79, f° 145. Ils sont rouverts le 27 avril, une fois les chefs d’ateliers et ouvriers ayant accompli leur devoir et étant de retour. En leur absence, un feu a menacé l’intégrité du chantier, maîtrisé par de bonnes volontés : Jdc, f° 146.
125 Lettre de Mérimée à Madame de Montijo le 3 mars 1848 : P. Mérimée, Correspondance générale, t. 5, 1847-1849, éd. M. Parturier, Paris, le Divan, 1946, p. 252.
126 E. E. Viollet-le-Duc, Entretiens sur l’architecture, Paris, Veuve A. Morel et Cie, t. 2, 1872, p. 1 (11e entretien).
127 Durant sa visite sur le chantier, le 3 août 1848, le ministre de l’Instruction publique et des Cultes, Achille Tenaille de Vaulabelle (1799-1879), transmet aux architectes, agents et entrepreneurs sa satisfaction de voir non seulement la « bonne confection des ouvrages », mais encore de constater « l’ordre […] l’activité qui n’avaient cessé de régner sur le chantier, même au milieu des circonstances difficiles [qu’ils avaient] traversées depuis février. » : L’ami de la religion, t. 138, 1848, p. 388. Mérimée dès le mois de mai 1848, s’adressant à Charles Blanc, avait souligné le rôle que pouvaient jouer les Monuments historiques en offrant une garantie de travail pour un grand nombre d’ouvriers : Correspondance générale, op. cit., p. 316.
128 Tel est le cas chez Mérimée : R. Baschet, Du Romantisme au Second Empire : Mérimée (1803-1870), Paris, Nouvelles éditions latines, 1958, p. 151.
129 1er mai 1847 : Jdc, f° 75.
130 Voir supra.
131 18 janvier 1846 : Jdc, f° 27.
132 24 juin 1846 : Jdc, f° 41.
133 18 novembre 1846 : Jdc, f° 51.
134 3 et 8 décembre 1846. On couvre aussi de paille les maçonneries entre les arcs des caves de la sacristie : Jdc, f° 52, 53, 59.
135 20 février 1854 : Jdc, f° 234.
136 18 janvier 1855, 3 décembre 1855 : Jdc, f° 259, 274.
137 L’éboulement se produit dans la nuit du 12 au 13 mars 1846 malgré les étais qui avaient été disposés. Une pompe est mise en place par les pompiers le 16, n’empêchant cependant pas l’inondation des fouilles de la sacristie le 25. Les eaux ont beau baisser un peu le lendemain, on doit installer une nouvelle pompe le 30. Après épuisement complet, l’eau remonte jusqu’à ce que de nouveaux éboulements aient lieu, le 6 avril. Il faut alors interrompre les travaux, d’autant que de nouvelles sources sont apparues et que la crue se poursuit. Le 24 avril, on installe un nouveau procédé de pompage par chapelet, mais, inefficace, il est arrêté le 4 mai : Jdc, f° 35, 36.
138 30 mai 1846 : Jdc, f° 39. Le bétonnage dure plusieurs semaines encore, au moins jusqu’au 27 août : Jdc, f° 45.
139 Le mur du quai de la Seine inquiète, il se fissure quand les eaux montent. Pour prévenir toute avarie ou accident, on prévient Bellu, le 3 janvier 1861, de déplacer ses bois rangés le long de l’ancien quai de l’archevêché ; ses hommes déplacent les fournitures juste à temps, car le quai cède le 9 janvier. Entre-temps, le 7, il a fallu pratiquer un accès au calorifère placé dans les caves de la sacristie qui sont envahies par les eaux : Jdc, f° 341.
140 6 juillet 1845 : Jdc, f° 6. Cette grève des charpentiers pour réclamer une augmentation des salaires en 1845 fut particulièrement dure et longue. Le gouvernement dut mettre à disposition des employeurs des charpentiers de l’armée, espérant ainsi pallier le manque de main-d’œuvre. Sur ce mouvement : L. Bastard, « 1845 : la grande grève des charpentiers », Fragments d’histoire du compagnonnage. 4, cycle de conférences 2001, Tours, Musée du compagnonnage, 2002, p. 4-31 ; F. le Play et A. Focillon, « Chapitre 2. Charpentiers de Paris (Seine-France) : De la corporation des Compagnons du devoir (Journalier dans le système des engagements momentanés). D’après les renseignements recueillis sur les lieux en avril et mai 1856 », Naissance de l’ingénieur social : Les ingénieurs des mines et la science sociale au XIXe siècle, Paris, Presses des Mines, 2008, [En ligne]. http://books.openedition.org/pressesmines/1426, notamment le chapitre : « Sur la grève des charpentiers de Paris en 1845 ».
141 Malgré l’ordre donné à Bellu le 22 mai 1847, Viollet-le-Duc le relance par courrier le 26 : Jdc, f° 79, 80.
142 Ses retards concernent autant l’exécution des barrières que le chantier de restauration. Il est pressé à trois reprises, les 24 novembre 1845, 11 décembre 1845, 6 janvier 1846 : Jdc, f° 17, 20, 25.
143 Il est sommé trois fois de débarrasser les bois qui lui appartiennent, les 1er septembre 1846, 8 mars 1847 et 22 mai 1847 : Jdc, f° 46, 60, 79.
144 8 octobre 1846, 7 juillet 1847 : Jdc, f° 49, 89.
145 19 mars 1850 : Jdc, f° 200.
146 16 février 1846 : Jdc, f° 32.
147 1er octobre 1846, 3 mai 1855 : Jdc, f° 49, 263.
148 Il s’agit des ouvriers de M. Caudron, 22 novembre 1847 : Jdc, f° 112.
149 L’ordre de cesser ces agissements est renouvelé et affiché à la porte d’entrée de la cathédrale, dans la cour des réservoirs et dans le chantier de la sacristie, le 1er juin 1847 : Jdc, f° 82.
150 22 février 1847 : Jdc, f° 57.
151 23 février 1847 : Jdc, f° 57.
152 31 mars 1847 : Jdc, f° 68. Signature en marge en abrégé. Viollet-le-Duc relatera par la suite largement l’agacement que les agents provoquent chez les architectes et les raisons de cet état de fait : E. E. Viollet-le-Duc, op. cit., 1872.
153 Le tapissier a posé des toiles blanches au lieu de toiles vertes ; on lui ordonne de les remplacer le 5 décembre 1845 : Jdc, f° 19.
154 31 juillet et 2 août 1853. Bellu est averti que si cela devait se reproduire son gâcheur serait renvoyé : Jdc, f° 227.
155 11 juin 1847 (bec d’une gargouille d’une des chapelles vers le transept sud), 20 juillet 1847 (crochets dont un de la grande rose), 6 décembre 1847 (gargouille d’une chapelle du chœur, côté sud) : Jdc, f° 83, 91, 115.
156 15 et 17 mai 1847 : Jdc, f° 77, 78.
157 Les employés en question accrochent des tentures et posent des clous sur la façade de la cathédrale, notamment sur les sculptures du portail de la Vierge : Jdc, f° 2243, lettre du 27 mai 1853 au ministre de l’Instruction publique et des Cultes. Voir à ce sujet an : F/19/7699 – Dégradations commises à la façade de Notre-Dame par les pompes funèbres, 1848-1853.
158 L’archiprêtre refuse l’introduction de la charpente du beffroi sous la tour nord et fait expulser les ouvriers par la force publique, le 3 mai 1858. Les membres du clergé dérangent quant à eux le travail des peintres dans le chœur, en avril 1862 : Jdc, f° 306, 355. À chaque fois les architectes sont obligés d’en avertir l’archevêque de Paris.
159 Par exemple les travaux de pavage de la rue du Cloître, qui imposent à l’entrepreneur de se déplacer dans le chantier de la sacristie pour faire faire son bardage : Jdc, f° 109.
160 27-28 novembre 1846 : Jdc, f° 52.
161 Le premier, bardeur, est décédé le 19 avril 1849 ; les deux autres ouvriers sont transportés à l’hôtel-Dieu le 7 mai sans qu’on en sache davantage des suites de leur maladie, probablement fatale : Jdc, f° 158, 161. La même épidémie avait été funeste à Henri Gérente (1814-1849), frère d’Alfred (1821-1868), verriers. Alfred est cité pour ses travaux à Notre-Dame jusqu’à la fin du journal.
162 Décédé le 12 mars et inhumé le 18 mars 1847 : Jdc, f° 62, 64.
163 Assassiné le 3 janvier 1857 à Saint-Étienne-du-Mont, sa cérémonie funèbre se déroule à Notre-Dame le 9 janvier : Jdc, f° 281.
164 Décédé le 29 décembre 1862, sa cérémonie funèbre à lieu à Notre-Dame le 8 janvier 1863 après trois jours consacrés à la décoration de l’église : Jdc, f° 364.
165 Du moins en déduit-on qu’il s’agit de suicides : le 30 août 1845, « M. de Meynard se jette du haut de la balustrade de la galerie de la Vierge et se tue en tombant sur le chantier. » : Jdc, f° 7 ; le 23 janvier 1863, « aujourd’hui à 2 h un homme s’est jetté [sic] du haut de la tour sud. Dans sa chute son corps a été coupé en deux et la partie inférieure est tombée dans le chantier auprès du bureau de l’entrepreneur. » : Jdc, f° 364.
166 Le 5 mai 1845, Lassus et Viollet-le-Duc reçoivent une lettre de M. le directeur de l’administration des Cultes les invitant « à se rendre immédiatement auprès de Mr le Ministre, qui leur donne ordre verbal de prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter les accidents. Mr le Directeur se transporte à la Métropole accompagné des architectes et reconnaît lui-même l’urgence des mesures à prendre. » : Jdc, f° 1.
167 Demande de filets à placer derrière les baies des tours, faite au charpentier Bellu le 22 septembre 1847 : Jdc, f° 102. Selon Ch. Robert, Les améliorations sociales du second Empire, Paris, Hachette, t. 2, 1868, p. 8, les registres de l’assistance publique permettent de constater que les accidents les plus fréquents et les plus graves sont les chutes de toits ou d’échafaudage. Un rapport du garde des Sceaux du 17 mars 1867 permet d’évaluer à 6 524 personnes le nombre de personnes qui se sont tuées en tombant d’une hauteur entre 1861 et 1865. Les innovations intervenues dans le domaine des échafaudages n’ont pour l’heure pas eu d’effets notables : E. Pillet, « Protéger les ouvriers ? Deux inventions relatives aux échafaudages dans la première moitié du XIXe siècle », Documents d’histoire parisienne, n° 17, 2015, p. 87-100.
168 Le 14 août 1853, les architectes demandent à l’entrepreneur Sauvage de « prévenir la chute de matériaux ou de gravas dans l’intérieur de l’église par suite de la démolition de la 2e croisée de la nef côté sud et de prendre toutes les précautions nécessaires pour prévenir les accidents. » : Jdc, f° 228.
169 Les sommes allouées et leurs origines sont variables : 120 fr. octroyés par le ministre du Commerce à la veuve d’un certain Louivet (18 août 1849 : Jdc, f° 173) ; 600 fr. à la veuve du charpentier Blain, décédé le 11 juillet 1853 (Jdc, f° 324 et an : F/19/7806) ; sur autorisation du ministre, 500 fr. offerts par l’entrepreneur de charpente – qui doivent lui être remboursés sur le montant des travaux autorisés – à la veuve du charpentier Ferry, décédé le 9 février 1853 (Jdc, f° 226) ; 500 fr. accordés par le ministre à la veuve de maçon Lefort décédé le 22 septembre 1853 (Jdc, f° 274) ; et 500 fr. alloués à la veuve du maçon Chrétien, décédé le 27 décembre 1863 et dont l’administration des Cultes est avertie (Jdc, f° 364).
170 Jdc, f° 24, 40, 44, 65, 94, 151 (le mouleur Pouzadoux, blessé à la main en posant la statue de saint Mathieu), 157, 158, 164, 182 (deux ouvriers cités ensemble pour certificats), 183, 186, 209, 225, 226, 228, 231 (trois ouvriers blessés en deux jours), 232, 239, 246 (deux ouvriers le même jour), 268, 273, 275, 277, 279, 282, 285.
171 La première loi d’indemnisation des victimes d’accidents du travail date du 9 avril 1898, [En ligne]. https://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/Loi_du_9_avril_1898.pdf.
172 Le 22 mars 1847, le sieur Deberle, qui s’était blessé à la cuisse l’année précédente sur le chantier, envoie une pétition au ministre. Cela indique un temps de chômage assez long : Jdc, f° 65.
173 Les deux hommes notent qu’ils adressent, le 18 juin 1853, une lettre au ministre l’enjoignant de prendre une décision relative aux indemnités à accorder aux ouvriers blessés sur le chantier par accidents « indépendants du fait des entrepreneurs » : Jdc, f° 225. F. Chevallier, « Fait ouvrier et accidents du travail. Bienfaisance, angélisme et temps long de la conquête sociale », Restaurer au XIXe siècle, dir. Br. Phalip et J.-Fr. Luneau, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, à paraître, signale que la rente d’invalidité n’existe alors pas. À partir seulement de 1866, et à titre exceptionnel, une indemnité ponctuelle peut être allouée au-delà de trois mois : lettre du 15 mai 1866 du secrétaire général du ministère de la Maison de l’Empereur au secrétaire général du ministère de l’Intérieur, en date du 15 mai 1866 : an : F/21/2011.
174 Lassus mentionne, le 7 juin 1849, la délivrance d’un certificat à l’ouvrier Dacé [orthographe du nom incertaine], blessé le 31 mars 1849, afin que lui soit payée la moitié de ses journées d’interruption de travail : Jdc, f° 164.
175 Au château de Pierrefonds, Viollet-le-Duc applique la même règle d’indemnisation qu’à Notre-Dame : ad l’Oise : 4 Tp 10, f° 1r° cité dans A. Timbert, op. cit., 2017, p. 143. Voir également les États d’indemnités réclamées par les ouvriers blessés sur le chantier de Saint-Denis : an : F/21/2011.
176 Nous trouvons de nombreux exemples d’ouvriers blessés dont les demi-journées ou les journées entières de chômage sont payées après attestations médicales dans la série O/5 des Archives nationales. Par exemple, le cas d’Ernest Beauvais, ouvrier serrurier ajusteur, blessé lors d’une chute de 8 mètres de haut sur le chantier du Palais de L’Élysée (dirigé par l’architecte Joseph Eugène Lacroix) qui perçoit, le 28 mai 1855, 126 jours d’indemnités de chômage : an : O/5/1470 ou le cas de Louis Mercier, qui touche une indemnité de 37 jours de chômage, équivalents à 108 fr., après avoir été blessé par la chute d’une chaîne d’équipe sur le chantier du Palais Royal (dirigé par l’architecte Prosper Chabrol), en mai 1862 : an : O/5/1643. Voir aussi les secours et indemnités au personnel ouvrier sous le Second Empire : F/21/2027, et pour les travaux de la Réunion du Louvre et des Tuileries, les dossiers individuels de secours aux ouvriers et à leurs ayants droit (1851-1865) : an : F/21/1704-1705.
177 Lettre adressée le 19 juillet 1859, la même requête étant adressée au ministre des Cultes : Jdc, f° 324. L’Impératrice n’a aucun pouvoir politique mais c’est elle qui, en 1857, patronnera symboliquement l’asile impérial de Vincennes : F. Chevallier, op. cit., à paraître, souligne combien l’ouverture de cette institution conforte l’image sociale du régime sans acter de lois protégeant la dignité ouvrière. Quant au mutualisme porté par le patronat et dont témoigne la multiplication des sociétés de secours, il résulte moins d’une réelle générosité que d’un souci de paix sociale et de domination. Il assure la stabilité et le recrutement de la main-d’œuvre tout en limitant les revendications : S. Dominique, « Les assurances sociales et les mutualistes (1920-1932) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. 34, n° 4, oct.-déc. 1987, p. 587-615, [En ligne]. http://www.persee/fr/doc/rhmc_0048_8003_1987_num_34_4_1427. L’Empire se présente bien comme un soutien des sociétés de secours mutuels mais en réalité les encadre totalement en plaçant à leur tête des notables (sociétés approuvées) : M. Dreyfus, Liberté, égalité, mutualité : mutualisme et syndicalisme, 1852-1967, Paris, Les Éditions de l’Atelier/Éditions ouvrières, 2001, p. 39 sq. Notons en outre que l’adhésion aux sociétés de secours mutuels est réservée aux plus aisés : les ouvriers sont le plus souvent obligés de s’en remettre à la bienfaisance. Ainsi l’exemple des charpentiers est évoqué dans F. le Play et A. Focillon, op. cit., 2008, [En ligne]. http://books.openedition.org/pressesmines/1426, en particulier le chapitre « Mœurs et institutions assurant le bien-être physique et moral de la famille ».
178 L’agence des travaux de la Réunion du Louvre et des Tuileries a conservé de nombreux documents concernant le service des ouvriers blessés, incluant le service de l’ambulance (1852-1856). Un état journalier et annuel des ouvriers blessés est conservé (1860-1862), de même que les dossiers nominatifs individuels d’ouvriers blessés (1841-1858) : an : F/21/1704. Voir aussi les états des ouvriers blessés : an : 64AJ/72 (1852-1854) et 64AJ/73 (1854-1868). D’autres secteurs d’activité étaient déjà pourvus de services médicaux : les mineurs (par décret en 1813) et les cheminots de la Compagnie du Nord : S. Frioux, P. Fournier et S. Chauveau, Hygiène et santé en Europe : de la fin du XVIIIe siècle aux lendemains de la Première Guerre mondiale, Paris, Éditions Sedes, 2011, p. 205-206.
179 Le Bureau central d’admission de l’hôtel-Dieu est situé sur le parvis de Notre-Dame. Cet hôpital accueille la majorité des morts ou blessés du chantier de la cathédrale : Jdc, f° 24, 40, 161, 184, 225, 250, 271, 282, 362. Cependant, l’hôpital Necker accueille le menuisier François Joseph Guiot, qui y reste 6 jours en juillet 1847 et reprend le travail 4 jours après sa sortie (l’hôpital fournit une attestation) : Jdc, f° 247.
180 Nous avons retrouvé dans le Registre de l’Institut médico-légal Nicolas Félix Quinsy (aide charpentier accidenté sur le chantier en 1859, décédé le 17 mai) et Jean-François Benoît (garçon maçon accidenté en 1860, décédé le 8 février).
181 La question du remplacement de la grille par une barrière est évoquée les 11 et 18 mars 1846. Les architectes communiquent à ce sujet avec le préfet qui les autorise à agir de la sorte : Jdc, f° 34, 35. Une autre portion du quai s’éboule en 1861, garantie par une barrière construite le 12 janvier : Jdc, f° 341.
182 Le 6 juin 1847, les architectes demandent au préfet l’autorisation d’établir une palissade à 4 mètres des contreforts de la tour nord, vers la rue du Cloître : Jdc, f° 83. Le 27 mai 1853, ils proposent à nouveau de protéger cette partie pour éviter que ne s’y déposent ordures et urines ; ceci en attente de la construction d’un trottoir et d’une grille d’enceinte : Jdc, f° 224. Les petites maisons construites entre les contreforts sont ensuite démolies, le 5 novembre 1859, et une barrière de planche sert alors de clôture : Jdc, f° 328.
183 En janvier-février 1846 : Jdc, f° 27-31.
184 Lettre adressée au préfet dans la semaine du 14 au 22 mars 1849 : Jdc, f° 155. De ce côté, le long du chœur, la clôture est déposée en 1855 : Jdc, f° 264. On construit ensuite, à partir du 26 mai 1855, une autre palissade destinée à garantir le grand échafaud de service du chœur : Jdc, f° 265, puis un grand échafaudage est de nouveau protégé de ce même côté, le 25 avril 1862 : Jdc, f° 355. Une barrière qui longe la nef sur cette rue est reculée le 9 décembre 1864 : Jdc, f° 383.
185 Le 9 juin 1844, les architectes demandent l’autorisation au préfet de la Seine de « placer une barrière au-devant des deux grandes portes de la façade occidentale et qui servent d’urinoirs publics » : Jdc, f° 1. Il s’agit de la première mention du Journal qui fait suite à l’évocation de la nomination des architectes. Une injonction de clôturer devant le portail central et celui de la Vierge date du 7 mai 1845 : Jdc, f° 2. La porte de la Vierge est provisoirement clôturée le 20 février 1863, avant que n’interviennent les reprises intérieures d’ébrasements et les raccords des sculptures des voussures et du tympan : Jdc, f° 365.
186 Une demande d’augmentation du chantier sur le quai est faite dès le 10 septembre 1846 : Jdc, f° 47.
187 Requête d’agrandissement du petit chantier nord-ouest de la façade, le 10 décembre 1846 : Jdc, f° 53. Le 28 janvier 1847, le préfet autorise un large agrandissement en façade : de « 0,75 m sur la face en retour à droite, de 1,50 m à l’angle du pan coupé gauche et de 2 m du même côté sur la rue du Cloître, en prolongeant cette barrière de 2,50 m le long du monument » : Jdc, f° 55. Les entrepreneurs Sauvage et Milon (maçonnerie) sont finalement autorisés, le 28 mars 1848, à reculer la barrière de la façade à 20 mètres du mur des contreforts : Jdc, f° 122.
188 Deux entrées sont faites, au chantier de la sacristie et au jardin public, le 28 novembre 1845, en même temps que l’on commence à clôture la façade et qu’on envisage les baraquements : Jdc, f° 17.
189 Jdc, f° 224.
190 12 mai 1853 : Jdc, f° 222.
191 Jdc, f° 53.
192 B. Fraenkel, « Enquêter sur les écrits dans l’organisation », Langage et Travail. Communication, cognition, action, dir. A. Boreix, B. Fraenkel, Paris, cnrs, 2005, p. 231-261, ici p. 231.
193 ad Oise : 4 Tp 1 à 4 Tp 4. Pour une transcription annotée : A. Timbert, Viollet-le-Duc et Pierrefonds. Histoire d’un chantier, Annexe I, Cahiers du chantier (1858-1885), mémoire d’hdr, 2016, 600 p.
194 ad Oise : 4 Tp 102.
195 S. Pène, « Les écrits et les acteurs. Circulation et empreinte des objets », Études de communication, 16, 1995, [En ligne]. http://edc.revues.org/2497.
196 Par exemple celui tenu justement par E. E. Viollet-le-Duc : map : 2012/024/105, Journal d’entrée en campagne de la Légion du génie au 2e corps d’armée, 1871.
Auteur
-
Stéphanie Diane Daussy
Docteure en Histoire de l’art, membre associé du Laboratoire TrAme UR 4284
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Reconstruire le Nord – Pas-de-Calais après la Seconde Guerre mondiale (1944-1958)
Michel-Pierre Chélini et Philippe Roger (dir.)
2017
Architectures et espaces de la conservation (1959-2015)
Archives, bibliothèques, musées
Nathalie Simonnot et Rosine Lheureux (dir.)
2018
Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie
Pierre Gillon et Christian Sapin (dir.)
2019
Vers une histoire matérielle du chantier de restauration (1830-1914)
Claudine Houbart, Mathieu Piavaux et Arnaud Timbert (dir.)
2022
Les intérieurs aujourd’hui
Analyses, projets, usages
Imma Forino, Anne Lefebvre, Alexis Markovics et al. (dir.)
2024
