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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Introduction 1. Pour un élargissement de la notion de territoire apprenant 2. Du territoire apprenant à la ville expérientielle 3. De la ville expérientielle au territoire apprenant : quelle implication pour la conception urbaine ? Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Lille, métropole créative ?

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    Table des matières

    Chapitre 2. Du territoire apprenant à la ville expérientielle : Penser et produire la ville au XXIe siècle pour de nouveaux liens, de nouveaux lieux et de nouveaux territoires1

    Didier Paris, Christine Liefooghe, Isabelle Estienne, Catherine Grout, Pauline Bosredon, Marie-Thérèse Grégoris, Bruno Lusso et Divya Leducq

    p. 49-66

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    « Dites-moi et j’oublierai. Montrez-moi et je me souviendrai peut-être. Impliquez-moi et je comprendrai. »
    Raimo van der Klein2

    Introduction

    1Les sciences régionales et la géographie économique font du territoire une ressource essentielle au développement économique, comme nous l’avons développé dans le chapitre précédent. Dans ce chapitre-ci, nous souhaitons dépasser la dimension « connaissance » pour prendre en compte la culture, l’expérience des individus et la créativité au-delà de sa stricte utilité économique. Pour ce faire, nous partirons de l’approche en termes de territoire apprenant telle qu’elle est décrite dans le chapitre précédent. Nous proposons ensuite d’élargir la notion de territoire apprenant aux sphères sociales, citoyennes voire au développement et à l’épanouissement des individus, au sens où l’entend Amartya Sen (1993, 1999) dans sa théorie des capacités. Car si la notion de territoire apprenant insiste sur l’apprentissage comme processus collectif propice à l’innovation et la compétitivité, elle peut aussi valoriser, dans le champ de l’aménagement et de l’urbanisme, le caractère participatif et expérientiel du processus d’apprentissage qui dépasse alors la simple mémorisation ou le traitement rationnel des informations pour participer à la construction de savoirs et de sens. À partir d’exemples pris dans le champ culturel, nous montrons comment de nombreuses initiatives peuvent sensibiliser les citoyens à l’environnement ou au patrimoine, par exemple, et peuvent aussi favoriser l’interaction sensorielle entre les habitants et leur territoire.

    1. Pour un élargissement de la notion de territoire apprenant

    1.1 La notion de territoire : une approche polysémique

    2Le territoire présente de nombreuses acceptions selon les différents courants de la géographie. L’objectif ici n’est pas de proposer une analyse exhaustive de ce concept mais de dégager les principaux apports nécessaires pour introduire la notion de territoire apprenant. De par l’appropriation qu’il suppose, le territoire se distingue du lieu, qui implique une reconnaissance et une identification. Si le territoire entretient des liens étroits avec le lieu dans la mesure où il peut se définir comme un ensemble de « lieux liés » (Gravari-Barbas et Viollier, 2003), il est aussi en rapport direct avec l’espace, défini comme une étendue discontinue, aux limites floues, incorporant héritages et mémoire, mais aussi constitué d’acteurs qui mettent en place des systèmes de lois et de règles d’organisation différentes selon les sociétés (Brunet, Ferras et Théry, 1992). Le territoire tient alors à la projection sur un espace donné de structures spécifiques à un groupe humain.

    3La géographie culturelle s’est attachée à définir le concept de territoire en relation avec l’appropriation et l’identité (Jolivet, 2000 ; Debarbieux, 2003). Chaque individu entretient une relation intime avec ses lieux de vie, qu’il s’approprie de diverses manières, façonnant ainsi son identité individuelle ou collective. Néanmoins, cette approche risque de beaucoup trop privilégier les formes d’homogénéité socio-spatiale – l’espace de l’individu ou l’espace de la communauté – comme ferment de la territorialité, au risque de l’enfermement. En effet, « un territoire est une réalité complexe formée d’éléments très variés » comme l’individu, la famille, le village, la classe sociale ou la nation (Barrel, 1986). Il faut, dès lors, se tourner vers l’anthropologie, où la dimension identitaire du rapport à l’espace est restée une thématique de recherche centrale. Ainsi, « lorsqu’on juxtapose les notions d’identité et de territoire, on évoque en général un espace communautaire, à la fois fonctionnel et symbolique, où des pratiques et une mémoire collective construite dans la durée ont permis de définir un sentiment d’appartenance » (Jolivet et Lena, 2000). Pour éviter de considérer des espaces homogènes sur le plan culturel et social, l’identitaire peut aussi être conjugué aux pratiques et à la mobilité. Ainsi, émerge la notion d’espace vécu (Frémont, 1976), centrée sur la pratique et les représentations que se fait l’individu de l’espace. Dans cette perspective, l’espace vécu fait référence à un ensemble de lieux fréquentés par une personne ou un groupe, supposant des interrelations sociales, des valeurs psychologiques attachées aux lieux (Frémont, 1980). Une telle approche laisse donc présager que tout espace est aussi perçu par un individu ou un groupe social selon un ressenti et des valeurs propres. « Les habitants d’une région ne perçoivent pas tous celle-ci selon la même ampleur ni selon les mêmes valeurs. Le territoire des uns et des autres s’élargit ou se rétrécit à la mesure des âges, des sexes, des classes sociales, des possibilités de déplacement, de la nature même de l’espace » (Frémont, 1976). De ce fait, l’espace perçu et représenté porte la marque des codes culturels et des idéologies de son observateur.

    4Comprendre un territoire signifie alors mettre en évidence les interactions entre un groupe social et son territoire. Maryvonne Le Berre (1992) définit, en effet, le territoire comme « la portion de la surface terrestre appropriée par un groupe social pour assurer sa reproduction et la satisfaction de ses besoins vitaux ». Le territoire peut donc être analysé comme la projection « d’un système d’intentions humaines sur une portion de la surface terrestre, et comme le résultat de l’articulation entre des projets, des intentions et des réalisations » (Raffestin, 1986). L’irruption du projet et de la mobilisation à des fins de développement alimente les travaux sur les jeux, les systèmes et les coalitions d’acteurs au cœur des processus de production territoriale contemporaine par le projet (Gumuchian, 2004 ; Moine, 2006) et d’apprentissage collectif. Ainsi le projet (économique, urbain…) s’inscrit-il dans le territoire comme un mode privilégié de mobilisation des acteurs.

    1.2. La dimension socio-économique et expérientielle du territoire apprenant

    5Ces différentes dimensions du territoire sont d’autant plus valorisées aujourd’hui que les institutionnels cherchent de nouveaux cadres d’action pour insérer leurs territoires dans l’économie mondialisée : innovation et compétitivité sont devenues des priorités. Apparu dans les années 1990 sous l’égide de l’OCDE (1996) et de la Banque mondiale (World bank, 1998), le concept de Learning Region ou de territoire apprenant valorise la connaissance comme ressource fondamentale pour le développement économique des territoires. Au plan théorique, le concept de Learning Region est introduit au milieu des années 1990 en géographie économique pour mettre en valeur le rôle du processus collectif d’apprentissage au service de l’innovation et de la compétitivité au sein des clusters régionaux (Asheim, 2010). Une autre approche, liée aux travaux de l’économie institutionnaliste, analyse l’innovation comme le résultat d’un processus d’apprentissage interactif socialement et territorialement encastré (Lundvall et Johnson, 1994). Le modèle américain des Learning Region insiste sur la qualité des universités et des laboratoires de recherche, tandis que le modèle européen valorise le rôle du capital social, de la proximité et des processus interactifs d’apprentissage dans la création de réseaux inter-firmes pour l’innovation (Maillat et Kebir, 1999 ; Crevoisier et Jeannerat, 2009). En quinze ans, les études glissent de l’économie à la société, de la connaissance à l’apprentissage. Ce glissement nous permet d’envisager une autre approche du territoire apprenant qui, d’une part, prend en compte l’ouverture à la dimension sociétale du territoire et, d’autre part, insiste sur l’apprentissage comme processus dépendant du contexte culturel et institutionnel.

    6Une approche du territoire apprenant moins directement centrée sur l’économie est d’ailleurs proposée par l’UNESCO et la Commission européenne, qui parlent de Learning Society. Si ces institutions soutiennent l’intégration des technologies numériques dans tous les domaines de la vie des citoyens, d’autres initiatives plaident pour des « villes éducatrices » où une dynamique communautaire participe de la construction permanente de nouveaux savoirs (Bier, 2010). L’apprentissage ne repose alors pas seulement sur la mémorisation et le traitement rationnel de l’information avec l’aide de professionnels de l’éducation mais s’appuie sur la créativité et la transformation de l’expérience de chacun en savoirs socialisés et communicables. Expérimenté dans les domaines de l’enseignement et de la santé, l’apprentissage expérientiel ou Experiential Learning peut être appliqué au développement des territoires. Il ne faut cependant pas le réduire à l’approche du marketing expérientiel, qui utilise les émotions du consommateur pour le pousser à l’acte d’achat et l’attacher à une marque. Appliquée au développement des territoires, l’économie de l’expérience vise à offrir aux habitants et aux touristes une « expérience à vivre », à travers les dimensions sensorielles et émotionnelles que peuvent susciter un espace, un paysage, la société qui y vit. L’apprentissage participatif, collaboratif et l’apprentissage expérientiel permettent autant la construction de savoir que la construction de sens.

    1.3. Dimension phénoménologique et kinésiologique du territoire apprenant

    7L’approche en phénoménologie permet de comprendre que le sujet vivant est plongé dans le monde dont il fait partie et que la distanciation (se penser en retrait du monde et des autres) correspond à une histoire culturelle qui a mis l’accent sur la stabilisation plutôt que sur le mouvement et la transformation (Jullien, 2009). Cela eut pour effet de séparer conceptuellement le temps de l’espace (Simondon, 2006). Il nous semble donc fondamental d’articuler l’approche de la corporéité et du « sujet sentant » à une approche en géographie et en urbanisme pour aborder la complexité des enjeux. Les expressions « territoire apprenant » et « territoire expérientiel » doivent donc être étudiées et discutées non seulement à partir de faits et d’objets, ou de statistiques et d’enquêtes, mais aussi à partir d’une attention à des manières d’être, à l’organisation gravitaire et corporelle. On peut ainsi prendre en compte l’interrelation entre un contexte spatial quotidien et la constitution d’un sujet, voire d’un groupe concerné (Godard, 2006). Hubert Godard3, en référence notamment à Maurice Merleau-Ponty, introduit plusieurs distinctions. La première concerne l’espace géographique et mesurable qui diffère de l’espace vécu, qui est une construction imaginaire. Une deuxième considération concerne la projection ou l’expectation : nous nous projetons mentalement dans l’espace avec notre histoire personnelle ; ces projections apportent une dynamique, des vecteurs donnant forme à l’espace avant même que nous le parcourions. Une troisième considération concerne le contexte social, culturel et géographique. Nous n’avons pas les mêmes manières d’être dans l’espace selon que nous sommes nés au Japon, au Chili ou en France, si nous avons grandi dans un territoire entouré de montagnes ou au milieu d’une plaine à perte de vue. Tous ces éléments sont à prendre en compte pour comprendre la manière de percevoir l’espace comme milieu mais aussi pour l’organiser, le concevoir et l’administrer. Afin d’enrichir la notion d’espace vécu, nous devons donc nous intéresser au sujet vivant qui s’éprouve avec autrui dans l’espace urbain et public. D’un côté, nous ne devons pas séparer le sujet du milieu (ils font partie de la même expérience : Weizsäcker, 1958 ; Varela et al., 1993) et de l’autre, le sujet se trouve avec autrui qu’il rencontre, côtoie ou évite. Or, il n’y a pas de sujet abstrait, mais des personnes sexuées, dotées de caractéristiques physiques, culturelles ou historiques qui les différencient les unes des autres. Tout comme il n’y a pas de territoire sans projet, il n’y a pas d’expérience sans temporalité. Avec la notion de territoire, nous devons prendre en compte l’expérience spatiale du « sujet sentant » situé avec d’autres « sujets sentants » et donc les différents espaces à partir du geste, de la kinesphère et de l’organisation gravitaire (Berthoz et Recht, 2005). Le territoire, dès lors, est compris et vécu comme milieu où se produisent des relations, des écarts et des distances. Sous cet angle, l’étude d’un territoire implique également le chercheur. Il est partie prenante de l’expérience.

    8On perçoit ainsi toute la richesse de la notion de territoire apprenant, enrichie d’une dimension expérientielle au spectre large. Le terme « expérience » renvoie à l’individu dans son rapport au territoire et à la question du « vivre ensemble », à la perception des ambiances par l’expérience corporelle, sensible directe ou par la médiation pédagogique. Dans la section suivante, nous analyserons des exemples de territoires différemment inscrits dans une démarche apprenante et évaluerons la façon dont la dimension expérientielle participe de ce processus.

    2. Du territoire apprenant à la ville expérientielle

    9La dimension cognitive intrinsèque à la nature même du territoire, en particulier urbain, enrichit la notion de territoire apprenant des économistes à travers celle d’expérience, qui renvoie à l’idée que l’individu, dans son territoire, est intellectuellement sollicité de façon explicite (par une action politique ciblée) ou implicite : soit par les signes qui font de la ville un système de valeurs, soit du fait que le sujet est un organisme couplé avec son milieu (Varela et al., 1993). Faire l’expérience du territoire participe de l’apprentissage mais sous un autre mode que celui de la connaissance rationnelle. Parler de « ville expérientielle » renvoie alors à l’idée que l’individu est sollicité soit par les signes qui font de la ville un système de valeurs, soit parce qu’il vit la ville comme expérience vivante. De fait, de nombreuses initiatives favorisent l’interaction sensorielle entre les habitants, dans leur diversité socioculturelle, et leur territoire, notamment à travers le patrimoine, l’art, l’éducation à l’environnement ou les technologies numériques participantes. Émanant d’organisations politiques, de collectifs d’habitants ou même d’individus, cette dynamique touche différents types de territoires dans nombre de pays. L’objet de cette section est d’en présenter quelques aspects à travers des exemples diversifiés.

    2.1. Valeur patrimoniale et territoire apprenant

    10La prise de conscience de la valeur patrimoniale d’une région peut être interprétée comme un processus relevant de la dimension apprenante du territoire. Dans la Ruhr, cette prise de conscience doit beaucoup à l’intermédiation des photographes Bernd et Hilla Becher. Leur inventaire scientifique du patrimoine industriel, entamé dès les années 1970, a contribué à renverser le regard des habitants, des décideurs et aménageurs sur la valeur des paysages industriels à forte dimension historique et technique, qui revêtent désormais un caractère hautement identitaire (Soyez, 1999). Disposant d’importantes prérogatives en matière d’aménagement du territoire, les municipalités mettent en place toute une série de mesures visant à protéger et à reconvertir ces sites industriels désaffectés. L’organisation par le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, entre 1989 et 1999, d’une IBA (Exposition internationale d’architecture) dans la vallée de l’Emscher, secteur le plus sinistré du bassin de la Ruhr, a permis d’intensifier les mesures de protection du patrimoine industriel. La réhabilitation de friches industrielles avec l’aide de paysagistes ou d’artistes avait pour objectif d’inventer un nouvel usage pour ces bâtiments mais aussi de reconstituer un paysage et un cadre de vie agréable (Ganser, 1996). Le parc paysager de l’Emscher ainsi constitué, d’une surface totale de 320 km², accueille désormais de nouveaux ensembles de logements et des parcs d’entreprises dont certains sont dédiés aux nouvelles technologies et à la préservation de l’environnement (Liefooghe, 2006). Ce travail de remise en valeur d’un territoire industriel en crise a aussi permis l’ouverture en 1999 d’une Route de la Culture Industrielle, présentant aux publics une centaine de sites miniers et sidérurgiques. Certains d’entre eux, à l’instar du complexe minier de Zollverein à Essen, sont aujourd’hui inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

    11Pendant ce temps, dans le bassin minier du Nord – Pas de Calais, les démolitions allaient bon train sans que quiconque interroge le bien-fondé de la politique de tabula rasa : les municipalités ont préféré détruire un maximum d’infrastructures industrielles pour tourner définitivement la page de l’histoire minière. Le seul exemple de protection du patrimoine minier dans les années 1970 est la fosse Delloye à Lewarde, transformée en 1984 en musée de la mine par les houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais (HBNPC). La prise de conscience de la valeur patrimoniale des friches industrielles n’émerge qu’à la fin des années 1980, notamment à partir d’initiatives associatives et des relations assidues nouées par le conseil régional avec la Ruhr, en particulier dans le cadre du Réseau Européen des régions de Tradition Industrielle (RETI). Une conscience patrimoniale émerge alors parmi les acteurs du Nord – Pas de Calais, tandis que la population est sensibilisée par des associations d’anciens mineurs visant à protéger des sites miniers. Si certaines tentatives de sauvegarde ont échoué, d’autres ont permis de préserver des chevalements miniers voire des carreaux de fosse complets : le 9/9bis d’Oignies et le 11/19 de Loos-en-Gohelle, par exemple, qui servent aujourd’hui de bases institutionnelles pour un nouveau développement du territoire. Parallèlement, est créée en 1989 l’association La Chaîne des Terrils, qui alerte la population et les autorités sur la valeur écologique des terrils (identification d’espèces d’orchidées), sur leur valeur symbolique en tant que paysage industriel et sur leur dimension affective et mémorielle pour les habitants et les anciens mineurs. Une autre façon d’empêcher la destruction des terrils qui n’ont pas de valeur écologique particulière et font l’objet d’une exploitation intensive pour les matériaux qui les constituent est de prôner leur dimension récréative. Ces nombreuses initiatives institutionnelles et associatives se sont cristallisées dans la candidature de l’ancien bassin minier du Nord – Pas de Calais au Patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO, au titre des paysages culturels évolutifs. La dimension apprenante relève ici de l’éducation des politiques et institutionnels à la nécessité de préserver le patrimoine, comme de la volonté de rendre aux habitants la fierté vis-à-vis de leur histoire individuelle et collective, nécessaire pour relancer une dynamique de développement territorial.

    2.2. Territoire apprenant et développement social de territoires défavorisés

    12Dans les territoires industriels en crise, l’implantation d’équipements culturels est parfois conçue comme un outil de transformation sociale et économique. De nombreux sociologues ont notamment évoqué la mission éducative des musées (Balle, 2003 ; Bayart et Benghozi, 1993), pour un accès du plus grand nombre à la culture, ou plutôt aux œuvres de culture savante (Passeron, 2005). Cette offre crée cependant un décalage territorial entre ce type d’équipement culturel et la localisation de leur public dit naturel, les classes moyennes supérieures des grandes villes. Du coup, dans ces secteurs où les populations sont plutôt préoccupées par leur survie sont mises en œuvre des politiques spécifiques contribuant à consolider la dimension apprenante du territoire. À Mons, en Belgique, le MAC’s, musée d’art contemporain, est implanté à proximité du site minier préservé du Grand Hornu, dans un bassin où le taux de chômage avoisine les 30 %. Un des objectifs est de sensibiliser un public réputé peu réceptif à l’art contemporain et de faciliter par ce biais un renversement des pratiques culturelles et récréatives. Le MAC’s a développé dès 2002 des activités destinées aux jeunes publics, enfants et adolescents, sous la forme de stages d’initiation à l’art contemporain et de « visites actives » qui consistent en un parcours parmi les œuvres et en un « atelier du regard ». Une « animation nomade » complète l’offre à travers le réseau des bibliothèques et des associations. Parallèlement et chaque année, la province du Hainaut, les centres culturels locaux de la région de Mons-Borinage, le centre culturel transfrontalier Le Manège de Mons, le pôle Grand-Hornu Images et le MAC’s invitent des écoles secondaires à concevoir et réaliser leur journal culturel régional. Pour ce faire, sont organisées des rencontres avec des artistes, des ateliers d’écriture, des participations à des répétitions… Deux cents élèves participent chaque année à cette opération et 20 000 exemplaires de leur journal sont encartés dans le quotidien La Province, à destination des populations locales.

    13En mettant en place des programmes sociaux spécifiques, les musées peuvent également participer à la réinsertion sociale des personnes en difficulté. À Manschester, depuis 2002, des populations des quartiers défavorisés sans qualification travaillent bénévolement pendant un an pour l’Imperial War Museum North en échange d’une remise à niveau de leur formation de base et d’une sensibilisation aux métiers de la culture. Cette formation permet d’obtenir des qualifications reconnues par l’État. Le programme, appelé Learning Through Volunteering (apprendre par le volontariat), a permis de réinsérer 250 personnes dans le monde du travail. De fait, les politiques spécifiques mises en œuvre dans les territoires défavorisés contribuent à la dimension apprenante du territoire, mais par la diffusion d’une culture savante dans le cadre d’une approche pédagogique plutôt classique.

    2.3. Dimension artistique du territoire apprenant : vers de nouvelles pratiques

    14L’expérience que des populations peuvent entretenir avec l’art contemporain ne passe pas uniquement par un objectif pédagogique clair et assumé mais peut prendre aussi une tournure festive. C’est, par exemple, le cas des « Parcours d’eau » proposés par l’association Promenades urbaines et la Ville de Paris. Le parcours « L’eau et la ville, nouveaux usages, nouveaux paysages » chemine ainsi le long de la Seine, du port de la gare à Ivry Port dans des espaces en profonde mutation depuis près de quinze ans. En franchissant le périphérique par le fleuve, les promeneurs perçoivent la radicalité d’une rupture fortement inscrite dans le paysage urbain et le trait d’union que pourrait y incarner la Seine. Sur un mode plus classique, la ville de Laval, au Canada, met l’accent sur l’eau comme ressource et comme patrimoine et y consacre un centre d’interprétation, implanté sur un site de production d’eau potable. Ce centre interactif a pour mission de sensibiliser et d’éduquer les citoyens à la gestion de l’eau, dans ses dimensions techniques et historiques, en leur offrant des clés de lecture de l’environnement urbain et de la place accordée à l’eau. Un autre champ d’expériences de l’eau en ville est de proposer des actions de nature artistique. À Lille, l’association Transport culturel fluvial (TCF) a ainsi pour objet la création d’œuvres artistiques contemporaines mettant en scène l’eau dans la ville et leur diffusion par le réseau des voies navigables intérieures. Implantée dans les anciens hangars d’Arcelor Mittal de la gare d’eau, l’association travaille à l’émergence du premier « lieu de création partagé des arts fluviaux » de la métropole lilloise. TCF utilise l’eau à la fois comme un matériau, support de création, et comme un outil de diffusion des spectacles. En 2010, le spectacle nocturne Aquarius et Zoroastre, mariant l’eau et le feu et réalisé à partir de bases flottantes, a entraîné les spectateurs réunis sur les berges dans l’histoire du port Hivernus, où une flotte de bateaux s’enflammait sur les eaux du fleuve. Les spectacles de TCF sont conçus pour être transportés d’un lieu à un autre sur des « établissements flottants itinérants » qui naviguent sur les cours d’eau à la rencontre du public partout en Europe. À Montréal, le projet né en 2011 du rapprochement de l’artiste plasticien et vidéaste Jimmy Lakatos et de l’association One Drop4, a pour ambition de mêler l’eau et l’urbain pour « une écologie artistique au cœur de la ville » à travers l’art urbain. Le message porte sur l’importance vitale de l’eau pour les citadins et sur le rapport entre le fleuve Saint-Laurent (source d’approvisionnement), le système d’égouts (source de pollution), les murs de la ville (source d’inspiration) et les Montréalais (moteurs de changement).

    15D’autres initiatives interrogent la présence d’œuvres d’art dans l’espace public et la qualité des expériences que la population peut entretenir avec elles dans un espace vécu au quotidien. Ainsi La demoiselle de Fives est une œuvre qui, de la commande aux manifestations qu’elle suscite, implique les habitants-citoyens et occasionne l’échange de connaissances5. Dans le cadre du dispositif des Nouveaux commanditaires, divers acteurs du quartier lillois qui a donné son nom à l’œuvre ont émis les thèmes de la commande. Depuis son installation, la sculpture est l’objet d’exercices pédagogiques de la part d’élèves du primaire ou d’étudiants de l’école d’architecture et du paysage. Elle est aussi le lieu de rendez-vous d’une manifestation Les espaces qui parlent. Public et voisins sont invités à « babeler », visiter, visionner un film, découvrir des installations, écouter des contes, manger des légumes des jardins communautaires, écrire… ainsi qu’habiller la demoiselle selon les critères de la mode. Cette expérience explicitement créée pour discuter dans et à propos de l’espace public repose sur l’énergie des artistes et des acteurs du monde associatif. Elle occasionne le partage et la diffusion d’émotions, de connaissances et de savoirs entre les habitants-citoyens.

    2.4. La ville de demain : la ville virtuelle et augmentée

    16L’expérience matérielle sensible, directement issue de la stimulation par l’environnement physique réel, laisse une place croissante à l’expérience virtuelle sensible, définie comme une expérience stimulée par un dispositif technique qui transforme, enrichit ou détourne le réel. La réalité augmentée (RA) permet ainsi la superposition instantanée d’un modèle virtuel à la perception que nous avons naturellement de la réalité, par l’ajout de sources multi-sensorielles (images, vidéo, bandes sonores). La rencontre des technologies de la RA et de la ville se traduit par le mot-valise « ville augmentée » et (re)donne naissance à l’utopie de la « ville intelligente » (smart city) ou de la « ville pervasive »6, qui renouvelle le rapport du citoyen à son territoire vécu et perçu. Extension de la notion d’espace augmenté (Manovich, 2004), la ville augmentée se trouve à la confluence de la miniaturisation de la société des consommables (smartphones, tablettes tactiles…), de la diffusion des réseaux cybernétiques sans contact (comme le WiFi) et du marketing expérientiel (puces RFID, code-barres à 2D…). Couplée aux réseaux sociaux et à la multiplicité croissante des canaux d’informations, la réalité augmentée peut renseigner chacun sur son environnement grâce aux bulles informatives, nourries de la géolocalisation des internautes (Google Street View, par exemple).

    17Un autre enjeu de la ville augmentée est l’accroissement des mobilités liées au désir d’en connaître davantage sur l’espace alentour (Licoppe et Inada, 2005). Le logiciel Layer, exploité dans les villes des Pays-Bas, compatible avec tous les smartphones, permet ainsi de reconnaître des objets visibles dans la rue et d’y ajouter une dimension informative, interactive et immersive. Son concepteur, Raimo van der Klein, rappelle en effet que la réalité augmentée est un médium d’expérience immersive, qu’il explique par un mantra : « Dites-moi et j’oublierai. Montrez-moi et je me souviendrai peut-être. Impliquez-moi et je comprendrai. » On assisterait alors à une inversion significative des modes de penser et de faire la ville, si le motif des déplacements passait de la nécessité à l’envie. Les classements internationaux des villes où il fait le mieux vivre ont déjà intégré, dans leur liste de critères les plus importants, la connexion aux réseaux de communication virtuelle (The Economist’s World’s Most Livable Cities). On peut aisément imaginer que, dans la ville de demain, l’intensité et la richesse de la réalité augmentée deviendra un facteur clé de la compétition internationale entre les métropoles. À l’inverse, on imagine aussi toutes les dérives possibles en termes de ségrégation socio-spatiale intra-urbaine à partir du moment où sont publiées des données, dont la source et la fiabilité sont critiquables, sur la criminalité ou l’accès à l’offre de santé, par exemple (London Profiler à Londres).

    18Faire l’expérience du territoire par les arts, les technologies numériques ou le patrimoine permet ainsi aux habitants de vivre la ville, de se l’approprier ou d’acquérir de nouveaux comportements citoyens. Dans le chapitre suivant, nous allons faire un pas de plus vers la conception urbaine, prise au sens de « faire la ville ». La question est de savoir comment l’expérience, dans ses dimensions émotionnelles, peut être transmutée en apprentissage au profit de l’aménagement en tant que science de l’action.

    3. De la ville expérientielle au territoire apprenant : quelle implication pour la conception urbaine ?

    19L’approche de l’action développée ici introduit la notion de territoire apprenant dans ses dimensions socio-culturelles et sensorielles, et la notion de ville expérientielle comme nouveau mode de production de la ville. Cette troisième section analysera en quoi ces deux notions renouvellent nos façons de penser et de produire la ville en collaboration active avec ses usagers. D’un point de vue théorique, cette approche du territoire apprenant peut aussi s’articuler à la théorie des capacités développée par Amartya Sen, qui analyse la notion de développement à travers la posture des individus et leur capacité à l’épanouissement, au développement personnel. Cet intérêt n’exclut pas la discussion critique autour des questions de justice spatiale, par exemple, et donc de l’action publique dans la ville.

    3.1. Faire l’expérience de la ville : de la « ville en marchant » à la « ville augmentée »

    20En Europe, face à la complexité des territoires en marge de la ville dense, des collectifs (associant artistes, architectes, urbanistes, sociologues, etc.) prônent depuis les années 1990 une expérimentation des lieux réels (approche in situ par la marche à pied). Pour les premières initiatives, politiques, le parcours est un outil d’exploration de ces territoires peu investis par les projets institutionnels. Le groupe Stalker (Rome, 1990) développe des alternatives aux modes de production en vigueur en s’aventurant plusieurs jours au sein de ces espaces à la découverte de qualités inattendues. Directement influencée par les situationnistes (tels Deleuze), l’expérience s’inscrit dans la mouvance du nomadisme artistique ou pensée nomade. Pour d’autres collectifs, des itinéraires à travers les tissus urbains offrent le moyen d’accéder à la parole des usagers et de confronter les perceptions de différents groupes d’acteurs (Le bruit du frigo, Bordeaux, 1997 ; BazarUrbain, Grenoble, 2001 ; laboratoire CRESSON sur la notion d’ambiance urbaine). Les perceptions et les ressentis exprimés au fil du parcours sont enregistrés afin d’élaborer un projet partagé.

    21Une autre façon de faire l’expérience de la ville est proposée par un autre type de créatifs, les informaticiens et concepteurs graphiques, à travers des expériences de « ville augmentée » : l’appel aux connaissances des citoyens alimente ici des plateformes virtuelles en contenus. Selon ces nouveaux imaginaires urbains, chaque citoyen deviendrait un érudit du territoire et l’agrégation des expériences de chacun permettrait de donner une nouvelle dimension à la géographie sociale des territoires. Des expériences de ville augmentée sont nées dans des territoires très divers. On peut citer par exemple les expériences de redécouverte du patrimoine urbain par l’Augmented City Lab d’Amsterdam, par la Casemate à Grenoble ou encore par le Grand Versailles Numérique. Le passage de la ville matérielle à l’expérience virtuelle de la ville augmentée est source d’un nouvel urbanisme participatif et collaboratif, et cette urbanité de demain inspire d’ores et déjà différents types de porteurs de projets. On identifie au moins trois types d’institutions qui organisent formellement la ville et se sont approprié la réalité augmentée : les autorités régulatrices de transport, les enseignes commerciales et les collectivités publiques territoriales. Les opérateurs de transports mettent en œuvre des plateformes d’informations communes, accessibles à tous, afin de faciliter les déplacements dans la ville par la connaissance en temps réel de l’offre de transport. Les enseignes commerciales s’emparent des données de géolocalisation mais aussi des données personnelles du piéton qui passe devant une borne de radio-identification, pour lui envoyer des messages susceptibles de l’intéresser ou d’éveiller sa curiosité, et donc aussi son envie de consommer. Les collectivités territoriales initient, souvent en partenariat avec des start-up locales, des plateformes de réalité augmentée pour la mise en tourisme et la valorisation des sites.

    22Le passage de l’expérience matérielle à l’expérience virtuelle dessine aussi des pistes de réponse pour la soutenabilité des villes du XXIe siècle, et ce dans les trois sphères du développement durable :

    • économique, via les nouvelles modalités de la division du travail (La Cantine à Paris, les néo-Bédouins de San Francisco) ;
    • sociale, via le besoin de lien social et la création de nouveaux lieux de rencontres dans la ville (Wikimapia initié par des Russes et alimenté par des individus du monde entier, HiTech Pune en Inde, Les Peupladiens à Paris, Tout Rennes blogue) ;
    • environnementale, via la réorganisation des modes transport (KAMO à Helsinki, Real Time Roma, Vélo’Vite à Lyon).

    23Mais en attendant la réalisation de la ville augmentée, les acteurs de la conception de la ville utilisent d’ores et déjà les technologies numériques pour redonner sens à des espaces urbains délaissés, de l’entre-deux mondes sociaux.

    3.2. Conception urbaine et ville expérientielle

    24Travailler de manière originale sur un territoire en marge est justement l’objectif de la biennale Panoramas de la métropole bordelaise, lancée pour la première fois en 2010. Les acteurs publics du Grand projet de ville (GPV) portant sur quatre communes de la rive droite de la Garonne ont proposé à des artistes et à des spécialistes des technologies numériques de revisiter le Parc des Coteaux, un lacis d’espaces verts sans cohérence et peu fréquentés, 400 hectares étalés sur 25 kilomètres et sis entre autoroute et espaces urbains en réhabilitation. La biennale est une expérience grandeur nature d’un territoire apprenant, celui du dialogue entre acteurs publics, artistes, chercheurs et habitants, au moins pour un temps, celui des 48 heures que dure la biennale, dans l’objectif de transformer un espace en marge de la ville-centre en territoire vécu par les populations, quelles que soient leurs appartenances sociales. Le défi est multidimensionnel pour cette opération qui se veut aussi une opération d’urbanisme d’un genre nouveau. Comment rendre attractive cette zone floue méconnue des Bordelais, et surtout des habitants de la rive gauche, les plus aisés de l’agglomération ? Comment mobiliser les habitants de la rive droite, cet espace que les autorités publiques tentent de restructurer grâce à une opération GPV ? Comment rendre aux habitants leur fierté, celle d’être ce qu’ils sont, celle d’habiter la rive droite, en dépit des conditions sociales et économiques difficiles dans lesquelles ils vivent ? Comment faire se croiser, voire se rencontrer, les habitants de la rive gauche, bourgeoise, et ceux de la rive droite, en difficultés socio-économiques, et leur faire partager des expériences communes ?

    25L’originalité de la biennale d’arts numériques et de loisirs alternatifs du Parc des coteaux tient autant dans l’approche multidimensionnelle choisie (environnement, arts, technologies numériques) que dans la dimension expérientielle et apprenante qu’offrait cet événementiel. Initier les populations les plus défavorisées au regard artistique sur un espace vert peu fréquenté était un défi à relever et l’usage des TIC et du téléphone portable visait à impliquer les habitants dans l’action, par le partage d’expériences vécues, pour vivre le territoire plutôt que d’en être un spectateur passif. Cependant, pour tenir compte du matériel réellement utilisé par les populations locales, des chercheurs de l’université de Bordeaux ont dû revisiter leurs conceptions des technologies numériques, en collaboration avec les artistes et les autorités publiques. Ainsi, cette opération d’urbanisme expérientiel a aussi obligé les concepteurs de l’opération, en amont, à modifier leurs pratiques et à tisser de nouveaux types de liens avec les professionnels qui ont permis à l’opération de se monter. Il s’est agi de faire travailler ensemble des concepteurs de projet des collectivités locales et du GPV avec des chercheurs, des artistes, des spécialistes du numérique et des habitants. Construire un langage commun fut ainsi l’étape la plus complexe, pour permettre le dialogue entre sphères professionnelles différentes et pour construire concrètement les projets dans le cadre des contraintes budgétaires du projet.

    3.3. Quelles conséquences sur la façon de faire la ville dès aujourd’hui ?

    26Ainsi, la dimension cognitive, intrinsèque à la nature même du territoire, enrichit la notion de territoire apprenant des économistes à travers la notion de ville expérientielle. Le sociologue Georg Simmel le soulignait déjà à propos de la grande ville : « Le fondement psychologique sur lequel s’élève le type de l’individualité des grandes villes est l’intensification de la stimulation nerveuse [Steigerung des Nervenlebens] » (Simmel, 1984 [1903], p. 62). Pour Simmel, c’est par son environnement que s’explique la formation du psychisme du citadin par rapport – nous sommes en 1903 – à l’habitant de la campagne. Il pointe ainsi la dimension expérientielle de la grande ville.

    27Pour le neurobiologiste Henri Laborit, les trois entités qui composent le cerveau renvoient à trois catégories de comportement social : la recherche du pouvoir (pulsion du cerveau reptilien), la reproduction de l’espèce (à travers le cerveau limbique) et la projection dans l’avenir, l’imagination, l’invention (grâce au néocortex). C’est dans ce néocortex, en interrelation avec le système limbique, que s’ancre la capacité humaine à la production scientifique et artistique, au sein d’une société de la connaissance en mouvement. Mais les conditions de développement de l’imagination « dépendent essentiellement de la niche environnementale dans laquelle l’individu va évoluer de sa naissance à sa mort, et plus spécialement de sa naissance à l’adolescence car généralement à cette époque les jeux sont faits. C’est en effet la niche environnementale qui sera intériorisée dans le système nerveux » (Laborit, 1977, p. 52). La notion de niche environnementale s’entend ici dans son acception la plus large, incluant le milieu social de l’individu. En tant qu’espèce animale, l’homme doit assurer sa pérennité. Utilisant son cerveau reptilien et son système limbique au service de sa domination, il maintient des rapports de pouvoir, notamment par la maîtrise de l’information et de l’éducation. Dans ce processus de reproduction des rapports de pouvoir, H. Laborit donne un rôle majeur à la ville en tant que construit social et lieu de concentration concrète du capital (économique, social) et du pouvoir. En croisant Simmel et Laborit, on pourrait dire que, sur le plan cognitif, la sollicitation conjointe du néocortex et du système limbique par les stimuli de l’environnement urbain constituerait le cadre fonctionnel de la notion de ville expérientielle. C’est donc dans cette sollicitation auprès du plus grand nombre que se situerait un enjeu du développement d’une véritable société de la connaissance.

    28La dimension expérientielle de la ville apparaît ainsi très centrée sur l’individu, son expérience personnelle face aux stimuli environnementaux, ce qui renvoie à l’idée que l’individu dans son territoire est intellectuellement sollicité de façon explicite ou implicite par l’ensemble des signes qui font de la ville un système sémantique et symbolique à travers les lieux qui la constituent (Guiheux, 2004). Pour replacer l’individu dans le processus de développement des territoires, cette approche du territoire apprenant par la dimension expérientielle de l’individu peut s’articuler à la théorie des capacités (capabilities) d’Amartya Sen. Réfutant les modèles établis, l’économiste remet en cause les indicateurs classiques de production de la richesse en argumentant qu’à l’échelle individuelle, ce n’est pas la possession de richesses qui fait le développement mais la capacité des individus à les mobiliser pour se réaliser dans leur projet personnel, leur capacité à l’épanouissement et au développement personnel. En distinction des théories productivistes, le développement se mesure ici à l’augmentation des libertés individuelles et donc des capacités développées par les individus, autrement dit l’ensemble des opportunités auxquelles ils ont accès (Loubet, 2011 ; Loubet et al., 2011). Par la notion de développement personnel, cette posture replace l’individu au centre de la problématique du développement. Elle fait ainsi écho à la question de la ville expérientielle et de la dimension cognitive du territoire apprenant dans lequel s’inscrit l’individu. En effet, il s’agit bien de la capacité de l’individu à se saisir des opportunités d’apprentissage présentes dans le territoire à travers des équipements (culturels, de formation…) et des stimuli divers qui contribuent à son épanouissement personnel et à sa mise en capacité de réalisation.

    29D’autres approches mettent l’accent sur la dimension collective des capacités (Ibrahim, 2006), notamment à travers la question du vivre ensemble (Deneulin, 2008). Le territoire est ainsi analysé comme une « structure du vivre ensemble » faisant apparaître la notion de « capacités territoriales » (Loubet et al., 2011). Ces approches s’articulent sans difficulté à notre réflexion. L’individu sensible y est certes placé au cœur du sujet mais sans oublier, d’une part, qu’il est aussi un être social, l’homme social de Laborit, et que, d’autre part, la construction d’une réflexion sur le territoire apprenant et la ville expérientielle ne prend sens que par rapport à la compréhension de l’émergence d’une société de la connaissance qui, par définition, met en interaction des individus, qu’ils soient habitants, citoyens ou acteurs du développement.

    30Ces deux premiers chapitres nous ont permis de poser les bases de notre réflexion, le cadrage théorique qui constitue une, voire des grilles d’analyse des faits collectés sur le terrain. Les chapitres qui suivent vont s’intéresser à l’une ou l’autre des entrées proposées, d’abord dans la ligne des milieux innovateurs, puis pour se poser plus précisément la question du rôle des universités, des nouveaux lieux de la connaissance et de la créativité liés à l’Internet, de l’approche culturelle, et de la façon dont ces éléments se combinent à l’échelle des quartiers de l’innovation et de la créativité.

    Bibliographie

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    Notes de bas de page

    1 Ce chapitre a fait l’objet d’une communication aux journées APERAU de Lausanne en 2012. Une version compacte Penser et produire la ville au 21e siècle : du territoire apprenant à la ville expérientielle a été publiée par la revue Urbia, de l’Université de Lausanne, en février 2015. La version longue est ici publiée avec l’accord d’Urbia.

    2 Concepteur du logiciel Layer. Voir : [http://www.internetactu.net/2009/09/29/augmenter-la-ville-pour-quoi-faire/], consulté le 6 avril 2012.

    3 Chercheur en analyse du mouvement, sur les techniques de la danse et celles dites somatiques ainsi qu’en réhabilitation fonctionnelle, bio-mécanique et système nerveux de la conduite motrice.

    4 « Organisme de bienfaisance qui conçoit des projets intégrés et innovants, à portée internationale, au cœur desquels l’eau joue un rôle de force créatrice servant à générer des impacts positifs durables sur les populations ». Source : [http://www.onedrop.org/fr/DiscoverOneDrop_Canada/WhoWeAre.aspx].

    5 Voir l’analyse qui en est faite dans le chapitre 11.

    6 Notion inventée en 2004 par Rafi Haladjan, créateur d’Ozone Wifi à Paris (Nova, 2010).

    Auteurs

    • Didier Paris

      professeur en aménagement et urbanisme, Université de Lille 1, laboratoire TVES (EA 4477)

    • Christine Liefooghe

      maître de conférences en géographie, Université de Lille 1, laboratoire TVES (EA 4477)

    • Isabelle Estienne

      architecte DPLG, maître-assistante, École nationale d’architecture et de paysage de Lille, laboratoire LACTH

    • Catherine Grout

      professeur, École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille, laboratoire LACTH

    • Pauline Bosredon

      maître de conférences en aménagement et urbanisme, Université de Lille 1, laboratoire TVES (EA 4477)

    • Marie-Thérèse Grégoris

      maître de conférences en géographie, Université de Lille 1, laboratoire TVES (EA 4477)

    • Bruno Lusso

      docteur en géographie et aménagement, chercheur associé au laboratoire TVES (EA 4477), professeur d’histoire, de géographie et d’enseignement moral et civique au Collège Anne Frank de Dourges)

    • Divya Leducq

      maître de conférences en aménagement et urbanisme, Université de La Réunion, laboratoire PIMENT, chercheure associée au laboratoire TVES (EA 4477)

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    2017

    Lille, métropole créative ?

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    Nouveaux liens, nouveaux lieux, nouveaux territoires

    Christine Liefooghe, Dominique Mons et Didier Paris (dir.)

    2016

    Biocarburants, les temps changent !

    Biocarburants, les temps changent !

    Effet d'annonce ou réelle avancée ?

    Helga-Jane Scarwell (dir.)

    2007

    Forêts et société au Canada

    Forêts et société au Canada

    Ressources durables ou horreur boréale ?

    Éric Glon

    2008

    Le changement climatique

    Le changement climatique

    Quand le climat nous pousse à changer d'ère

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    2010

    Développement durable et territoire

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    Nouvelle édition originale

    Bertrand Zuindeau (dir.)

    2010

    Éco-fiscalité et transport durable : entre prime et taxe ?

    Éco-fiscalité et transport durable : entre prime et taxe ?

    Séverine Frère et Helga-Jane Scarwell (dir.)

    2011

    Écologie industrielle et territoriale

    Écologie industrielle et territoriale

    Stratégies locales pour un développement durable

    Nicolas Buclet

    2011

    Universités et enjeux territoriaux

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    Une comparaison internationale de l'économie de la connaissance

    Patrizia Ingallina (dir.)

    2012

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    La ville et ses risques

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    Habiter Dunkerque

    Séverine Frère et Hervé Flanquart (dir.)

    2017

    Dire la ville c’est faire la ville

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    La performativité des discours sur l’espace urbain

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    2017

    Lille, métropole créative ?

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    Christine Liefooghe, Dominique Mons et Didier Paris (dir.)

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    Biocarburants, les temps changent !

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    Effet d'annonce ou réelle avancée ?

    Helga-Jane Scarwell (dir.)

    2007

    Forêts et société au Canada

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    Écologie industrielle et territoriale

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    Avant-propos

    Didier Paris, Christine Liefooghe et Dominique Mons

    Chapitre 1. Connaissance, culture, créativité : vers un nouveau modèle de développement métropolitain ?

    Christine Liefooghe, Divya Leducq et Bruno Lusso

    Chapitre 3. Lille Métropole : de la reconversion industrielle aux défis de l’économie de la connaissance et de la créativité

    Christine Liefooghe

    Chapitre 7. Tiers-lieux, coworking spaces et FabLabs : nouveaux lieux, nouveaux liens et construction de communautés de connaissance créatives

    Christine Liefooghe

    Chapitre 11. Approche historique et kinesthésique au sujet de la présence de l’œuvre de Kenny Hunter sur la place Degeyter à Fives (Lille)

    Catherine Grout, Chloé Mariey, Mathilde Christmann et al.

    La difficile association entreprises, structures d’enseignement supérieur et laboratoires de recherche dans des villes moyennes françaises : l’exemple de l’industrie du multimédia dans les aires métropolitaines de Lille, Lyon et Marseille

    Bruno Lusso

    Chapitre 8. Les quartiers de la création et de l’innovation de la métropole lilloise : projets urbains, animation économique et retombées territoriales

    Bruno Lusso, Christine Liefooghe et Didier Paris

    Chapitre 4. Le secteur de l’image en mouvement dans l’aire métropolitaine de Lille : construction de ressources, projets urbains et réseaux

    Bruno Lusso

    Introduction

    Divya Leducq

    Chapitre 18. Concilier patrimoine et durabilité pour favoriser la transition énergétique dans l’habitat. Enseignements du territoire intertropical de La Réunion

    Divya Leducq et Helga-Jane Scarwell

    Prise en charge, appuis et partenaires

    Catherine Grout

    Conclusion

    Divya Leducq

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    Avant-propos

    Didier Paris, Christine Liefooghe et Dominique Mons

    Chapitre 1. Connaissance, culture, créativité : vers un nouveau modèle de développement métropolitain ?

    Christine Liefooghe, Divya Leducq et Bruno Lusso

    Chapitre 3. Lille Métropole : de la reconversion industrielle aux défis de l’économie de la connaissance et de la créativité

    Christine Liefooghe

    Chapitre 7. Tiers-lieux, coworking spaces et FabLabs : nouveaux lieux, nouveaux liens et construction de communautés de connaissance créatives

    Christine Liefooghe

    Chapitre 11. Approche historique et kinesthésique au sujet de la présence de l’œuvre de Kenny Hunter sur la place Degeyter à Fives (Lille)

    Catherine Grout, Chloé Mariey, Mathilde Christmann et al.

    La difficile association entreprises, structures d’enseignement supérieur et laboratoires de recherche dans des villes moyennes françaises : l’exemple de l’industrie du multimédia dans les aires métropolitaines de Lille, Lyon et Marseille

    Bruno Lusso

    Chapitre 8. Les quartiers de la création et de l’innovation de la métropole lilloise : projets urbains, animation économique et retombées territoriales

    Bruno Lusso, Christine Liefooghe et Didier Paris

    Chapitre 4. Le secteur de l’image en mouvement dans l’aire métropolitaine de Lille : construction de ressources, projets urbains et réseaux

    Bruno Lusso

    Introduction

    Divya Leducq

    Chapitre 18. Concilier patrimoine et durabilité pour favoriser la transition énergétique dans l’habitat. Enseignements du territoire intertropical de La Réunion

    Divya Leducq et Helga-Jane Scarwell

    Prise en charge, appuis et partenaires

    Catherine Grout

    Conclusion

    Divya Leducq

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    1 Ce chapitre a fait l’objet d’une communication aux journées APERAU de Lausanne en 2012. Une version compacte Penser et produire la ville au 21e siècle : du territoire apprenant à la ville expérientielle a été publiée par la revue Urbia, de l’Université de Lausanne, en février 2015. La version longue est ici publiée avec l’accord d’Urbia.

    2 Concepteur du logiciel Layer. Voir : [http://www.internetactu.net/2009/09/29/augmenter-la-ville-pour-quoi-faire/], consulté le 6 avril 2012.

    3 Chercheur en analyse du mouvement, sur les techniques de la danse et celles dites somatiques ainsi qu’en réhabilitation fonctionnelle, bio-mécanique et système nerveux de la conduite motrice.

    4 « Organisme de bienfaisance qui conçoit des projets intégrés et innovants, à portée internationale, au cœur desquels l’eau joue un rôle de force créatrice servant à générer des impacts positifs durables sur les populations ». Source : [http://www.onedrop.org/fr/DiscoverOneDrop_Canada/WhoWeAre.aspx].

    5 Voir l’analyse qui en est faite dans le chapitre 11.

    6 Notion inventée en 2004 par Rafi Haladjan, créateur d’Ozone Wifi à Paris (Nova, 2010).

    Lille, métropole créative ?

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    Lille, métropole créative ?

    Ce livre est cité par

    • Tremblay, Diane-Gabrielle. Scaillerez, Arnaud. (2021) Advances in Logistics, Operations, and Management Science Encyclopedia of Organizational Knowledge, Administration, and Technology. DOI: 10.4018/978-1-7998-3473-1.ch183
    • Dadour, Stéphanie. Perrier, Lucie. (2020) Les architectes en coworking. Ou le renouvellement d’une figure de l’architecte. Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère, 9|10. DOI: 10.4000/craup.5896
    • Perrin, Julie. Aguiléra, Anne. (2017) Stratégies et enjeux de la localisation d’espaces de travail temporaires dans six grandes gares françaises. Territoire en mouvement, 34. DOI: 10.4000/tem.3876
    • Cary, Paul. Delfini, Antonio. (2021) La gentrification, stop ou encore ?. L'Homme & la Société, n° 211. DOI: 10.3917/lhs.211.0155
    • Baudelle, Guy. Tremblay, Diane-Gabrielle. Krauss, Gerhard. Le Gall, Sébastien. Marinos, Clément. Ross, Eve. (2023) Espaces de coworking et territoires non métropolitains : des relations paradoxales. Revue d’Économie Régionale & Urbaine, Décembre. DOI: 10.3917/reru.235.0765
    • Cary, Paul. Senez, Caroline. (2018) L’économie solidaire dans la métropole lilloise : nouveaux consensus, nouvelles fractures. RECMA, N° 349. DOI: 10.3917/recma.349.0101

    Ce chapitre est cité par

    • (2020) Richesses en partage au Brésil et en France. DOI: 10.4000/books.septentrion.103702

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    Paris, D., Liefooghe, C., Estienne, I., Grout, C., Bosredon, P., Grégoris, M.-T., … Leducq, D. (2016). Chapitre 2. Du territoire apprenant à la ville expérientielle : Penser et produire la ville au XXIe siècle pour de nouveaux liens, de nouveaux lieux et de nouveaux territoires. In C. Liefooghe, D. Mons, & D. Paris (éds.), Lille, métropole créative ?. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.13434
    Paris, Didier, Christine Liefooghe, Isabelle Estienne, Catherine Grout, Pauline Bosredon, Marie-Thérèse Grégoris, Bruno Lusso, et Divya Leducq. « Chapitre 2. Du territoire apprenant à la ville expérientielle : Penser et produire la ville au XXIe siècle pour de nouveaux liens, de nouveaux lieux et de nouveaux territoires ». In Lille, métropole créative ?, édité par Christine Liefooghe, Dominique Mons, et Didier Paris. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2016. doi:10.4000/books.septentrion.13434.
    Paris, Didier, et al. « Chapitre 2. Du territoire apprenant à la ville expérientielle : Penser et produire la ville au XXIe siècle pour de nouveaux liens, de nouveaux lieux et de nouveaux territoires ». Lille, métropole créative ?, édité par Christine Liefooghe et al., Presses universitaires du Septentrion, 2016, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.13434.

    Référence numérique du livre

    Format

    Liefooghe, C., Mons, D., & Paris, D. (éds.). (2016). Lille, métropole créative ?. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.13400
    Liefooghe, Christine, Dominique Mons, et Didier Paris, éd. Lille, métropole créative ?. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2016. doi:10.4000/books.septentrion.13400.
    Liefooghe, Christine, et al., éditeurs. Lille, métropole créative ?. Presses universitaires du Septentrion, 2016, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.13400.
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