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Un duel aristocratique fratricide
p. 177-210
Texte intégral
1L’expression « La impresa del reame di Napoli » apparaît pour la première fois dans un document secret de Ludovic Le More adressé le 23 décembre 1491 à son ambassadeur en France Erasme Brasca qu’il charge de convaincre « le roi très chrétien » de s’entendre avec lui1. Cette entreprise audacieuse qui va bouleverser le jeu politique est le fruit des rêves de gloire des rois de France, soutenu ardemment par le clan italien très actif à la cour et au sein duquel les Montpensier vont jouer un rôle privilégié.
2Dès qu’il monte sur le trône en 1483, Charles VIII ne cache pas ses intentions de s’emparer du royaume de Naples, ancienne possession de ses ancêtres angevins. Malgré les fortes réticences de sa sœur Anne de France qui assure la régence avec son époux Pierre de Bourbon et celles de Philippe de Commynes, secrétaire et fidèle conseiller de son père Louis XI, le roi, encouragé par des membres importants de la cour qui rêvent de faire fortune en Italie, comme Étienne de Vesc ministre très influent ou Guillaume Briçonnet surintendant des finances, se montre inébranlable dans son projet de conquête.
3Le jeune monarque imprégné de la lecture des romans de chevalerie refuse d’écouter la voix de la raison, emporté par une utopie qui lui tient à cœur. Il veut acquérir une renommée éclatante mais surtout il se sent investi d’une mission divine : chasser les Turcs et, à l’instar de son illustre ancêtre saint Louis, rendre aux chrétiens Jérusalem et la terre sainte. Charles qui a reçu du pape la Rose d’or le 9 mars 1494 comme une invitation à la croisade, justifie l’emprunt émis le 11 avril suivant en déclarant que l’entreprise est « faite à l’exhortation et poursuite de Notre Saint-Père le pape et de plusieurs rois et princes chrétiens »2. Aucune personne de bon sens, pas même sa sœur Anne dont il respecte habituellement le jugement éclairé ne réussit à retenir Charles VIII. Le jeune roi « partait avec une sorte d’enivrement ; volontaire, arrogant, ne voyant difficulté à rien [et] il prétendait conserver le gouvernement de la France malgré toutes ses chevauchées. »3. La fascination de nombreux seigneurs pour les terres d’outremonts, sensibles aux discours des émigrés italiens d’une part, les ambitions politiques du pape et du duc de Milan Ludovic Sforza d’autre part, l’aideront considérablement dans cette tâche4.
4Lorsque en 1485 Gilbert de Montpensier accompagne à Rome le cardinal Balue, il s’agit officiellement de présenter l’Obédience du roi au Saint-Père, mais officieusement le prélat féru d’intrigues est chargé d’obtenir le soutien du pape dans une prochaine conquête du royaume napolitain. Le 9 février le cardinal et le comte de Montpensier entrent presque triomphalement à Rome avant d’être reçus en audience par Innocent VIII qui soutient « toute velléité d’intervention française en Italie »5. Au moment où les barons napolitains se révoltent contre leur roi, Jean Balue s’immisce dans la politique pontificale. « Sans doute, il avait reçu de France des instructions à cet égard, car il appuyait de son crédit le prétendant auprès du Saint-Père et grâce au concours du tout puissant La Rovère, Innocent VIII avait décidé, à l’insu des cardinaux, d’offrir à René le trône qu’il réclamait. »6. En montrant au duc d’Orléans le Milanais comme une proie facile, il entre dans les plans du Saint-Siège qui cherche à se concilier l’alliance de la France, le danger turc pesant comme une menace redoutable.
5Avant même la conquête existe un réseau de liens étroits avec l’Italie. Outre les marchands et les banquiers italiens installés en France, les émigrés d’outremonts, notamment les barons napolitains arrivés en 1489, soutiennent d’autant plus volontiers le roi dans son entreprise que celui-ci a promis de les récompenser par des terres. Le comte de Montpensier, époux d’une princesse mantouane, ainsi qu’Antonello de Sanseverino, entretiennent des relations suivies avec Monsieur et Madame de Bourbon et font partie des éléments actifs qui excitent le roi contre l’Italie. Le prince de Salerne a même fourni « des renseignements détaillés sur la manière de faire la guerre au royaume de Naples dont il a tracé une carte »7.
6Le royaume de France maintient des relations cordiales avec quelques puissances italiennes, en particulier avec le duché de Ferrare traditionnellement francophile. Hercule d’Este qui entretient des rapports de bon voisinage avec Milan, considère son gendre Ludovic Sforza comme un ami et il lui est très reconnaissant d’être intervenu auprès de Charles VIII pour obtenir que le souverain invite son fils à la cour de France. Lorsque François de Gonzague demande au prince de Salerne de recommander le jeune Ferrant auprès du roi, celui-ci lui fait remarquer que ce n’est pas nécessaire parce que « sa majesté très chrétienne l’a reçu très chaleureusement et a décidé de le traiter et de le considérer non comme un serviteur mais comme s’il était de son propre sang », et au marquis qui souhaite obtenir des nouvelles de France, en particulier celles qui concernent l’Italie « promettant de les garder secrètes », il répond que l’ambassadeur Sigismondo Cantelmo lui fera part de ce qu’il sait de vive voix8.
7Alors que la plupart des petits états de la Péninsule acceptent de coopérer avec le roi de France, François de Gonzague qui craint pour son marquisat, se tourne vers la République de Venise. Les rapports entre la cour de France et celle de Mantoue deviennent politiques et les Montpensier se retrouvent dans une situation délicate : Gilbert, chef militaire sous les ordres du roi de France, devient l’ennemi déclaré du frère de Claire, condottière au service de la Sérénissime. Si officiellement l’entreprise de Naples oppose le comte de Bourbon-Montpensier et le marquis de Mantoue son beau-frère, paradoxalement elle resserre les liens d’amitié entre Gilbert et François mais aussi entre leurs épouses, Claire de Gonzague et Isabelle d’Este. Les deux princesses, dont les fiançailles avaient eu lieu le 22 juin 1480 lors d’une fête splendide au château de Mantoue, entretiennent depuis le mariage d’Isabelle et de François en 1490, une correspondance suivie et amicale, qui fait état de leurs préoccupations religieuses, politiques ou mondaines.
Les Montpensier instruments politiques au service de leurs princes
8La stratégie diplomatique de Claire, en liaison permanente avec son frère François de Gonzague pour des échanges d’informations à caractère politique, va s’intensifier considérablement pendant l’entreprise de Naples, la comtesse poursuivant activement son but de rapprocher son frère et le roi pour en faire des alliés. On peut estimer que, poussée par les circonstances, elle va assumer ce rôle à partir de 1493. Livrée à une vie mondaine comme toutes les princesses de son rang, elle se retrouve par le fait du hasard placée précisément au confluent des diverses pistes de l’imbroglio politique qui se croisent et s’entremêlent sous ses yeux. Ses proches, son époux Gilbert, le roi Charles VIII et son frère le marquis de Gonzague comprennent vite sa situation privilégiée qu’ils vont chercher à mettre au service de leurs intérêts personnels.
9En juillet 1493 François lui demande de réserver un bon accueil au messager du Grand Turc Michele Christojebali, la priant de ne le laisser manquer de rien, exprimant le souhait que celui-ci reçoive des honneurs et soit l’objet de toutes ses attentions, agissant comme elle le ferait pour lui-même. En octobre il lui annonce l’imminence d’un conflit dont il a détecté les signes avant-coureurs, lui déclarant : « je sais que c’est l’année où surviendra la guerre dans une partie de l’Italie »9. Dès le mois de janvier 1494 François reçoit à nouveau un messager envoyé par Claire qui l’informe qu’« en France se font de grands préparatifs et par terre et par mer pour venir jusqu’à ce royaume de Naples », aussi est-il en mesure d’affirmer à son ambassadeur à Venise : « par le moyen de notre sœur, nous entendrons particulièrement tous les progrès de sa majesté que nous communiquerons tous très fidèlement à notre illustrissime Signoria ainsi que toute chose qui nous intéresse »10. Sigismondo Cantelmo rapportera tous les mouvements du roi, le marquis l’attend d’un jour à l’autre afin de l’interroger habilement pour en aviser ensuite la Sérénissime.
10Un mois plus tard, Claire, soucieuse d’une bonne entente entre Mantoue et le royaume de France, félicite François qui a exprimé le souhait d’offrir un présent au roi. Elle l’encourage dans cette démarche, lui suggérant de beaux chevaux de race, des oiseaux de proie ou, précise-t-elle, « toute autre chose qui paraîtra à sa seigneurie digne d’un si grand roi »11. Elle le prie de lui envoyer Alessandro le plus vite possible, précisant mystérieusement que celui-ci pourra lui transmettre des faits qu’il sera très heureux d’apprendre et dont il lui sera reconnaissant. Grâce à l’habileté diplomatique des messagers et des ambassadeurs dévoués à la famille Gonzague, les rapports du marquis avec le roi restent cordiaux même quand la conjoncture politique s’envenime. Alessandro da Baese, serviteur zélé, rend compte de ses audiences avec Charles VIII et son rôle ne se limite pas à la diplomatie, le souverain le traite en ami, lui offrant de l’argent et des cadeaux, en particulier une chaîne d’or d’une valeur de trois cents ducats.
11Début mars la cour s’est installée à Lyon, base rapprochée pour les préparatifs en vue d’un départ vers l’Italie et tandis que le 6 le roi fait une entrée solennelle dans la ville, les rumeurs de guerre persistent. Pendant cette période marquée par la mise en place du rêve italien de Charles VIII, la cour s’amuse avec frénésie : fêtes, tournois et joutes se succèdent dans une atmosphère de liesse. Le roi mène grand train et la nouvelle capitale royale s’adonne aux divertissements les plus variés si bien qu’ « il se fit durant ce temps à Lion plus frequemment des joûtes, tournois, combats à la barrière et autres entreprises d’armes à plaisance qu’il ne s’estoit fait long-temps auparavant. »12. Néanmoins lorsqu’on évoque devant lui le projet du voyage de Naples, le roi prend plaisir à l’entendre13. Au milieu des réjouissances, on prépare la guerre en tenant conseil tous les jours.
12Dès son arrivée à la cour, la comtesse intrigue pour que son frère soit bien vu du roi. Elle a reçu avec plaisir la visite du diplomate Ferrante Cantelmo qu’elle a rencontré plusieurs fois. Puis en juin elle confirme à François que l’ambassadeur de Ferrare Niccolo da Correggio – accompagné de celui de Milan, Galeazzo Visconti – au cours d’un entretien avec le roi, a évoqué le marquis avec beaucoup de considération, ce dont elle lui est très obligée et elle ajoute une remarque de nature à rassurer François : « je suis certaine qu’on a donné foi à ses paroles si bien que sa majesté vous tient en grande estime, aussi je supplie votre seigneurie de bien vouloir tenir compte d’une telle relation. »14. Le marquis remercie le comte de son soutien et se réjouit du bon accueil réservé à Galeazzo par le roi de France qui lui a fait l’honneur de le compter parmi ceux qui ont reçu l’Ordre de sa majesté15.
13Charles VIII, qui souhaite entreprendre le voyage de Naples dans les meilleures conditions possibles, tente de se concilier les états italiens avant son départ. C’est dans cet esprit qu’il envoie au marquis une délégation prestigieuse conduite par Stuart d’Aubigny chargé de le convaincre de se mettre au service de la cause royale. L’ambassadeur lui promet la restitution des terres usurpées par les Vénitiens sur ses ancêtres, mille hommes d’armes, l’Ordre royal, la charge de Grand Chambellan et le commandement en chef de l’expédition avec le titre de capitaine général, lui demandant en échange de laisser le passage aux troupes françaises. La délégation, logée dans les chambres blanches superbement décorées du château Saint-Georges, a obtenu sur sa demande l’insigne honneur d’être reçue en audience dans la célèbre Camera dipinta avant de rejoindre le palais de Revere puis de séjourner les jours suivants à Ferrare où Stuart d’Aubigny et sa suite sont accueillis en grande pompe au palais Schifanoia.
14Malgré l’insistance de Claire et de Gilbert qui lui écrivent tous deux pour appuyer la proposition royale, le marquis refuse poliment mais fermement le titre de capitaine, se disant engagé vis-à-vis de la Sérénissime qu’il ne peut trahir, et pour la même raison il ne pourra permettre le passage de l’armée française.
15Les Montpensier avaient pourtant déployé une solide argumentation, mettant en exergue la puissance exceptionnelle du roi de France : « l’avis et le conseil de sa seigneurie et de moi-même serait que votre seigneurie reçoive l’appui de la majesté sacrée du roi et certes celle-ci peut bien savoir qu’elle ne pourrait trouver parmi les chrétiens un appui plus fort ni plus sûr. ». Aussi Claire supplie-t-elle son frère de réfléchir et de tenir compte du fait que les autres grands seigneurs d’Italie se sont ralliés spontanément au roi de France. Gilbert écrit le lendemain, reprenant les mêmes arguments et en ajoutant d’autres qui font appel aux intérêts et à l’ambition du marquis : « en tout le monde ne sachiez trouver meilleur parti que cestuy ne maistre qui eust plus de puissance de vous faire beaucoup de biens et n’est pas sa soulde pareille des autres, car soit en paix ou en guerre jamaiz ne diminue ». Il le prie de bien penser à cette proposition car conclut-il « il me semble qu’elle touche vostre bien et exaltacion d’onneur. »16.
16En réalité les arguments avancés par Claire et Gilbert avaient peu de chance de le convaincre car dès le 18 avril, le marquis avait déjà pris une décision ferme, détaillant ses préparatifs guerriers à l’ambassadeur vénitien et s’engageant dans un discours enflammé à servir la Sérénissime le mieux possible, selon la formule rituelle : offrant son propre sang et promettant solennellement de se comporter avec honneur. Toutefois il a accepté de recevoir l’ambassadeur français à Mantoue, par égard pour sa sœur et par respect des règles diplomatiques. Quelques mois plus tard en janvier 1495, le contrat de François de Gonzague avec la Sérénissime arrivant à son terme, Gilbert au nom de Charles VIII tentera une nouvelle fois, mais en vain, de rallier le marquis à la cause royale, lui offrant le titre de capitaine que celui-ci décline à nouveau, ne voulant pas « souiller sa foi immaculée »17.
17Après le refus courtois de François de Gonzague, Niccolò da Correggio prie Hercule d’Este d’user de son influence auprès de Ludovic Sforza qui commande l’entreprise aux côtés du roi de France, pour que le comte de Montpensier soit choisi comme capitaine, ce qui ne devrait pas poser problème car cette nomination a déjà été envisagée par le duc de Milan qui juge pour sa part que « monseigneur de Montpensier convient parfaitement » étant donné que « la personne est d’une telle expérience et d’une telle condition qu’elle est digne de cette réputation ». D’ailleurs il semble que Claire ait intrigué de son côté pour faire obtenir ce titre prestigieux à son mari puisque l’ambassadeur signale que ce choix est hautement souhaité par tous et « surtout » par sa femme. Le comte insiste auprès d’Hercule d’Este pour qu’il s’engage à soutenir cette entreprise, ce dont Claire et son époux lui seront infiniment reconnaissants et dont il retirera honneur et bénéfice. Le post-scriptum révèle que la comtesse de Montpensier a tenu à rédiger un mot de sa main, exhortant le duc à prendre part avec le plus grand enthousiasme à cette campagne18.
18Claire confie à sa belle-sœur Isabelle d’Este que Gilbert est à Paris pour les affaires du roi et elle est fière d’annoncer à François que son époux n’est pas à la cour pour le moment parce qu’il est chargé par son souverain d’une mission d’importance, ce qui peut se comprendre comme une allusion à la nomination de Gilbert. Le 25 juin 1494, la comtesse de nouveau souffrante, c’est Alessandro da Baese qui apprend au marquis que Gilbert a été nommé par le roi capitaine général. La nouvelle est toute fraîche car l’ambassadeur trouve bon de préciser : « ma dame veut que je reste quatre ou cinq jours pour attendre son retour et ainsi en avoir la certitude »19.
19À partir de cette date, la comtesse est amenée à jouer un véritable rôle d’intermédiaire entre Charles VIII et François de Gonzague. Le roi absent de la cour lui a écrit de sa main une lettre « bien douce » qui témoigne des excellents rapports qu’elle entretient avec le souverain, aussi peut-elle assurer à François que dès son retour elle parlera de lui : « je ferai pour votre seigneurie comme […] la meilleure sœur du monde doit le faire pour le meilleur frère du monde parce que je considère et je sais que je suis dans ma vie la plus obligée du monde à votre seigneurie », s’engageant à lui rendre service avant de signer affectueusement : « écrite à Lyon le 7 juillet de la propre main de cette sœur qui aime sa seigneurie plus qu’elle-même »20.
20Le 12 août 1494, la comtesse est en mesure d’annoncer le prochain départ de l’armée française pour l’Italie : « il est certain que la majesté sacrée du roi doit venir en Italie pour cette guerre de Naples et que mon seigneur sera son lieutenant général »21. Toutefois comme elle a constaté que les choses traînent en longueur, elle ne peut encore apporter des certitudes quant à la date exacte du départ de Gilbert. Pour l’instant elle ne peut lui en dire plus mais dès que possible, son frère peut avoir l’assurance qu’elle enverra dans ce seul but un messager rapide. D’autre part, sa santé s’aggravant, elle a décidé de venir à Mantoue pour respirer l’air de sa patrie. Elle a hâte de revoir toute sa famille qui lui manque beaucoup et elle avoue que sinon elle ne pourrait vivre longtemps tourmentée par cette insatisfaction.
21Le 3 septembre Gilbert de Montpensier lieutenant-général de l’armée de Charles VIII, quitte Lyon et Claire déclare à son frère : « vendredi dernier, bien tard, mon seigneur s’est mis en route pour venir en Italie et il accompagne sa majesté royale au-delà des monts »22. Mais à nouveau souffrante elle ne peut l’accompagner comme prévu. Elle partira le mois suivant et atteindra Mantoue complètement épuisée le 9 décembre 149423. L’entrée triomphale à Rome des troupes françaises le 31 la consolera de ses peines, lui apportant une joie immense. Quelques mois plus tard après l’entrée solennelle du roi et de Gilbert à Naples le 12 mai 1495, le roi récompensera les Montpensier de leurs bons et loyaux services, offrant à Claire le titre d’archiduchesse de Sessa, la terre de Somme ainsi qu’une grange et une métairie près de Naples24. Dès le 18 mai la comtesse modifie sa signature habituelle, mentionnant fièrement son nouveau titre : « votre sœur Claire de Gonzague archiduchesse de Sessa » dans presque toutes ses lettres.
22Malgré une situation ambiguë la comtesse n’a jamais interrompu sa mission de négociatrice entre le royaume de France et le marquisat de Mantoue intégré dans la ligue de Venise dirigée par François de Gonzague. Fière des succès de Gilbert dont le roi est très satisfait, elle n’éprouve aucun scrupule à vanter ses mérites auprès de son frère et elle ne cache pas sa vénération pour le roi de France qui lui écrit des missives si charmantes et si modestes à la fois, lui faisant savoir combien il apprécie les qualités militaires de son époux. Elle en ressent un immense orgueil.
23La conjoncture extrêmement délicate ne l’empêche pas de maintenir des contacts très amicaux avec son frère, mêlant les informations d’ordre privé aux nouvelles politiques, sollicitant même des services, en dépit de son statut équivoque d’ennemi déclaré, depuis que la situation s’est brutalement retournée au lendemain de la bataille de Fornoue le 6 juillet 149525, et qu’elle fait mine d’ignorer. François lui annonce avec éclat l’entrée triomphale du roi Ferrant d’Aragon à Naples qui entraîne feux de joie et carillons notamment à Milan et à Venise. Lorsqu’il ajoute avec tact, pour tempérer la nouvelle, qu’il a écrit pour recommander Gilbert, elle le remercie mais ajoute avec orgueil que ce n’était pas vraiment nécessaire car pour elle la cause du royaume n’est pas aussi perdue, comme on a l’air de le croire26.
24À Mantoue, Claire et Isabelle accueillent Mathieu de Bourbon, cousin du roi et son chambellan, qui a été capturé pendant la bataille de Fornoue alors qu’il tentait de prendre la défense de son souverain. Lorsque celui-ci proposa au marquis dix mille écus – dont quatre mille tout de suite qu’il avait cachés sous sa selle - François de Gonzague refusa et l’envoya sous bonne garde à Mantoue. À son arrivée au palais, le Grand Bâtard est traité avec égard par la marquise qui lui réserve la chambre qu’occupait Jean Marie de Gonzague décédé dans le combat et elle veille personnellement à ce qu’il ne manque de rien. Claire, prenant ouvertement fait et cause pour le roi de France, sollicite aussitôt sa libération. Mettant en œuvre une stratégie habile, elle fait valoir à François que le parent du roi est bien décidé à complaire au marquis et comme il n’a ni état ni grands biens, il sera bien forcé d’en passer par sa volonté. Elle ne doute pas qu’à son retour en France il ne sache se conduire en bon serviteur et trouver l’occasion de témoigner sa reconnaissance. Isabelle d’Este, fidèle à la tradition francophile de sa famille, aide volontiers sa belle-soeur dans cette initiative pour le moins insolite eu égard à la situation politique.
25Le marquis se laisse convaincre mais impose une rançon de vint-cinq mille ducats et à défaut, précise-t-il, « nous nous saisirons de sa personne ». Il en ménage pas sa sœur lui faisant remarquer que les Français sont cruels et ne méritent pas la pitié et il enchaîne avec une menace : si d’aventure le roi de France s’avise à l’avenir de l’affronter, il se repentira d’avoir passé les monts27. Après réflexion, François de Gonzague se résout néanmoins à transiger, proposant d’échanger le Grand Bâtard contre le comte Fregosino da Campofregoso. Claire sollicite également la libération de Monsieur de Miolans prisonnier à Gênes, un homme de bonne condition et très apprécié de sa majesté. Elle affirme que celui-ci sera certainement très reconnaissant et elle insiste à nouveau sur la situation tragique de son cousin le Grand Bâtard. Si on ne lui accorde pas la liberté de ses mouvements et en particulier celle de se rendre à la messe « certainement il en mourra ou deviendra très aigri » et avec son accord, elle mettra l’un de ses serviteurs à son service28.
26Lorsqu’il apprend sa libération, Mathieu de Bourbon exprime sa profonde gratitude envers François de Gonzague. La marquise a prévu tous les détails, faisant préparer une bonne escorte sous la responsabilité de leur ami Angelo Ghivizano, auquel elle a fait parvenir une dizaine de chevaux et de l’argent pour les dépenses du voyage. Isabelle précise à son époux que Le Grand Bâtard se déclare son obligé et qu’il a exprimé le souhait de faire la révérence au marquis pour le remercier d’abord de l’avoir si bien traité puis de lui avoir accordé sa liberté. Le 6 octobre, François, fier de raconter à Claire que le roi l’a reçu à Verceil avec tous les honneurs, conclut sa missive en lui annonçant la libération de Monsieur de Miolans et celle du Bâtard de Bourbon qui a été reconduit auprès de son roi.
27Comprenant que la situation politique se détériore à Naples, c’est maintenant pour son mari que Claire très soucieuse va solliciter son frère, souhaitant qu’il lui transmette des nouvelles avérées concernant le sort de Gilbert. Une vive inquiétude la saisit à l’écoute des rumeurs qui lui parviennent de toutes parts. Son anxiété grandit au point qu’elle n’hésite pas à recourir au capitaine de l’armée ennemie en personne – en l’occurence son frère – en qui elle ne voit qu’un parent aimé dont elle attend du secours : « je vous supplie, par l’amour profond et cordial que vous me portez, de bien vouloir me faire savoir des nouvelles sûres et certaines de mon illustre seigneur car je suis dans une trop grande angoisse »29. Elle lui demande de lui accorder la grâce d’envoyer l’un de ses fidèles serviteurs qui pourrait communiquer avec Gilbert et à son retour lui donner de ses nouvelles.
28La comtesse insiste auprès de son frère pour savoir ce qui se passe exactement à Naples car elle ne reçoit de nouvelles que par l’intermédiaire de la cour de Milan. Elle ajoute qu’elle a éprouvé « une joie et une allégresse incommensurables »30 lorsqu’elle a entendu le roi dire tant de bien de lui. Pendant tout le mois d’août elle enchaîne les missives, le harcelant presque tant son angoisse grandit, implorant des nouvelles et réclamant à plusieurs reprises des sauf-conduits pour ses messagers ou encore briguant des faveurs. Elle remercie chaleureusement François auquel elle se déclare « liée par une éternelle obligation » quand celui-ci conscient de la situation très critique de Gilbert, envoie spécialement l’un de ses hommes à Naples avec la mission de recommander son beau-frère au roi Ferrant. Elle sollicite à nouveau des laissez-passer et spécialement pour Panatero qui doit s’entretenir avec le roi de sa part pour transmettre son vif désir de rester sous la protection du souverain « car sans lui elle ne pourrait vivre contente puisque en lui réside le bien et l’honneur de Gilbert, d’elle-même et de ses enfants »31.
29Devant la gravité des événements, Claire envisage de quitter Mantoue – où elle n’est plus qu’une invitée à titre privé de l’épouse du vainqueur – pour rentrer en France, car ne pouvant espérer de secours de la part de son mari, elle compte sur le roi pour l’aider financièrement à préparer son retour avec ses serviteurs. C’est pourquoi il est si urgent qu’elle obtienne un sauf-conduit pour l’un d’eux. Le précieux document se faisant attendre, elle se décide à envoyer Panatero escorté par un cavalier du marquis, espérant que François voudra bien assurer l’aller et le retour de celui-ci. La princesse qui manque cruellement d’argent pour payer son voyage mais aussi pour acheter des vêtements chauds, laisse échapper cette plainte : « certes je suis si pauvre que je n’ai pas même une fourrure » et faisant allusion à la gravité de sa maladie, elle ajoute : « et Dieu sait si j’ai besoin de prendre froid ». Son état de déréliction est tel qu’elle cherche à attendrir son frère, signant sa missive avec humilité : « Votre sœur qui a une si grande confiance dans sa seigneurie, Claire de Gonzague. »32.
30La comtesse se résout à se mettre en chemin parce qu’elle est certaine d’agir pour le bien de Gilbert et d’elle-même et comme le roi lui a demandé un entretien, elle ira lui faire la révérence pour lui montrer sa bonne volonté mais elle espère aussi par la même occasion rencontrer son frère, auquel elle propose un rendez-vous à l’endroit de son choix. Cependant son état de santé s’étant subitement aggravé en route, elle est contrainte de regagner rapidement Mantoue d’où elle envoie Panatero auprès de Charles VIII, muni d’un message d’excuses.
31Fidèle à son rôle d’intermédiaire, Claire s’emploie constamment à rapprocher le marquis et le roi, écrivant des éloges réciproques à chacun, ainsi à François elle déclare : « s’il vous plaisait de commander la moindre chose à sa majesté royale, je suis absolument certaine qu’elle satisferait votre désir et ferait pour votre seigneurie ce qu’il lui aurait demandé très fidèlement car elle vous est très dévouée et très attachée ». Elle pousse le marquis à faire des présents au roi, par exemple un faucon et un bel équipement de cavalier qu’elle offrira de sa part à Noël, ajoutant habilement : « le don sera d’autant plus apprécié de tous que l’on saura qu’il vient de vous, la louange et la gloire y resteront toujours attachées et ce sera pour moi l’occasion d’obtenir un beau présent que je tiendrai de votre seigneurie. »33.
32Son retour est encore évoqué le 20 mars avant que les circonstances tragiques qui vont survenir ne la contraignent à reporter ce projet sine die. Le roi a chargé son maître d’hôtel Rigault d’Oreilles, muni de cadeaux pour le marquis, d’accompagner la comtesse de retour dans sa patrie. Celle-ci reste fidèle à sa promesse de renseigner son frère « en échange des ennuis qu’elle lui cause »34. Lorsqu’elle reçoit une lettera direttiva du roi, elle en confie aussitôt la teneur à son frère : le souverain lui déclare entre autres qu’en vertu de la fidélité et des grands mérites de Gilbert, non seulement il est fermement décidé à envoyer des secours importants par terre et par mer, mais encore qu’il veut venir en personne et qu’il arrivera plus tôt qu’on ne pense. Sa majesté qui se soucie de sa situation difficile assure qu’elle lui déléguera très vite un messager spécial. Désespérée par le sort de plus en plus incertain de son époux dont elle reçoit de rares nouvelles, Claire implore à nouveau le marquis que, pour l’amour d’elle, il daigne l’aviser de quoi que ce soit concernant Gilbert.
33Quelques mois plus tard, après le décès du comte survenu le 9 novembre 1496, la comtesse de Montpensier se rapproche définitivement de la cour et du roi qui, reconnaissant des services rendus par Gilbert, l’a prise sous sa protection avec ses enfants.
Les hauts faits d’armes de deux valeureux chevaliers
34L’entreprise de Naples35 consiste dans une suite de combats qui, aussi violents soient-ils, sont menés dans un esprit chevaleresque, en fonction du respect de la parole donnée à un seigneur indépendamment de la fidélité à un état. Lorsque François de Gonzague offre ses services, il s’engage à respecter les termes d’un contrat qui venu à échéance, lui permet de servir un autre prince et il se réserve à tout moment, en dépit de ses déclarations solennelles sur la foi jurée, l’opportunité de rompre s’il n’y trouve plus son intérêt. Il est le prototype de ces princes qui « ont fait de grandes choses, [parce qu’] ils n‘ont pas tenu grand compte de leur parole, qu’ils ont su par ruse circonvenir l’esprit des hommes et qu’à la fin ils ont surpassé ceux qui se sont fondés sur la loyauté. »36. D’ailleurs c’est bien ainsi que se comportera son neveu le connétable Charles de Bourbon quelques décennies plus tard.
35On assiste à la fin d’une époque qui reflète une conception obsolète de la guerre basée sur des liens aristocratiques entre seigneurs. Ceux-ci se livrent une bataille qui, pour beaucoup d’entre eux, s’inspire directement des tournois et jeux de lances auxquels ils s’adonnent régulièrement à la cour. L’historien Philippe de Commynes rapporte une anecdote à propos de Fornoue, qui illustre assez bien cet état d’esprit chevaleresque : « le marquis de Manto me commença fort à parler de la bataille et me demanda si le Roy l’eust faict tuer s’il eust esté pris : je luy diz que non, mais faict bonne chere [visage] et que le Roy avoit cause de l’aymer car il luy faisoit acquerir grant honneur en l’assaillant. »37.
36Tels deux chevaliers des romans arthuriens échappés de la fresque de Pisanello, Gilbert de Montpensier, lieutenant-général de l’armée royale et François de Gonzague, capitaine de la Ligue de Venise, s’opposent à Naples selon le rite aristocratique du duel. Les liens de parenté et d’amitié basés sur un respect mutuel et le partage de valeurs nobiliaires communes ne laisseront pas de place à la haine même quand l’affrontement deviendra direct. Tout au long de cette guerre, les deux princes qui s’estiment, s’efforcent de combattre loyalement et continuent de se rendre des services mutuels le cas échéant, Claire établissant un lien indéfectible entre eux. Il suffit de lire la lettre de Gilbert annonçant au marquis sa nomination à la tête de l’armée française, officiellement opposée à la Sérénissime qui emploie François de Gonzague, pour saisir la subtilité et l’étrange ambiguïté de leurs rapports :
« Monseigneur mon frère, je me recommande à vous tant de si bon cueur que faire puis. Il a pleu au roy me faire son lieutenant général au voyage de Napples et me donner la charge de conduire son armée de terre et espère partir bien brief pour aller au lieu où est la dite armée et ne scay si je passeray près de vous. Toutes voyes, près ou loing, je vous prye voulentiers veoir si je pouys car s’est une des choses, pour ceste heure, que je désire plus, tant pour la grant amour que je vous porte que pour l’amitié et fraternité qui doit estre entre nous deux, laquelle, de ma part, je veux toute ma vie entretenir et vous prometz, Monseigneur mon frère, que vous estes dans mon cueur plus que prince qui soit, vous pryant que, de vostre costé, je y soye, ainsi que j’ay en vous ma parfaicte fiance.
Je vous envoye Bousquin, mon escuier d’escurye, pourteur de cestes, pour savoir de voz nouvelles, auquel j’ay donné charge vous dire aucunes choses. Je vous prie que le vueillez croyre et par luy me mander s’il est aucune chose que je puisse pour vous, je le feray de tout mon cueur, à l’aide de Nostre Seigneur, auquel je prie que vous donne, Monseigneur mon frère, ce que plus desirez. Escript à Ast, ce XXe jour de septembre. Vostre bon frère Gilbert »38.
37La correspondance révèle que François et Gilbert partagent une même culture aristocratique pour la chasse, les chevaux, les lévriers et les faucons, se passionnant pour les tournois et plaçant très haut le sens de l’honneur pour eux-mêmes et leur Maison, soucieux de rester fidèles à la lignée dynastique dont ils sont issus. Paradoxalement l’entreprise de Naples les rapproche plus qu’elle ne les oppose39.
Fig. 25. Scène de tournoi, Maison des consuls d’Aigueperse.

38Malgré leur statut d’ennemis déclarés, le comte et le marquis gardent des relations courtoises. Ayant appris la présence de Gilbert à Carpi puis à Parme, François de Gonzague confie à son ambassadeur qu’il aimerait le rencontrer. Il propose de venir passer une soirée avec lui, accompagné d’une petite escorte de trois ou quatre chevaux mais, précise-t-il : « nous ne voudrions pas que sa seigneurie imagine que nous nous déplaçons jusqu’à lui pour parler avec la majesté du roi. »40. Si l’amitié est réelle, il est clair cependant que le marquis a bien l’intention de contrôler le parcours de Gilbert puisqu’il charge le fidèle Ghivizano de le renseigner sur les allées et venues de son beau-frère et de lui rapporter tout ce qu’il pourra entendre. Ensuite il informe l’ambassadeur vénitien Giorgio Brognolo que le capitaine-général des troupes françaises poursuit sa route vers la Toscane et il fait mystérieusement allusion à une mission dont la Sérénissime l’a chargé au nom du roi de Naples, mission qui ne pourra s’accomplir qu’après l’arrivée de Claire dont il avisera l’ambassadeur. Tandis que le roi est arrivé à Pise, décidé à prendre la route de Bologne, espérant entrer à Florence s’il obtient l’accord de la cité, puis à Ferrare pour s’entretenir avec le duc, Ghivizano a accompagné Gilbert jusqu’à Pontremoli où il l’a laissé avec son escorte et une armée de huit cents hommes. Le comte, qui avait l’intention de se diriger vers Pise, change d’avis et s’oriente vers Valdinievole, Pistoia et Prato. Il sait qu’il peut compter sur les huit mille hommes qui, à La Spezia et Porto Venere, attendent son appel.
39Claire qui a eu connaissance des accords de la trêve signée par Gilbert, s’étonne de n’avoir pas été avertie, ni par son frère ni par son mari, toutefois elle se montre satisfaite d’apprendre qu’entr’eux il y ait cette sincère affection qui doit exister entre des beaux-frères. Elle garde confiance et se réjouit de leur bonne entente. Lorsqu’elle apprend par des lettres de son époux que François est intervenu à plusieurs reprises pour rendre service à Gilbert et assurer sa protection, elle témoigne à nouveau sa gratitude à ce frère bien aimé. Le comte de son côté accepte d’intervenir auprès du roi pour que Rodolphe, oncle de François de Gonzague, entre à son service et il continue d’intriguer activement pour obtenir la promotion au cardinalat de Sigismond. De nombreuses missives datées de janvier 1495 témoignent de la volonté de Gilbert de faire plaisir aux Gonzague. Lorsque le comte est prisonnier à Atella en août 1496, François de Gonzague ne manque pas à son devoir familial, mettant à sa disposition son médecin personnel et lui offrant des fruits délicats et autres douceurs, tolérant même que Alessandro da Baese, l’un de ses plus fidèles ambassadeurs, lui rende de fréquentes visites41.
40Le marquis se montre obligeant envers M. de Ligone, conseiller et homme de confiance des Montpensier qui accompagne Claire à Mantoue, chargeant un de ses lieutenants de retrouver une épée qu’il a égarée dans la chambre où il avait logé. Et lorsque celui-ci doit se rendre à Venise pour faire des achats destinés à sa maîtresse, il le recommande auprès de son ambassadeur Antonio Salimbeno. Gilbert demande au marquis de lui laisser pendant quatre ou cinq mois Jacomino son trompette qu’il a trouvé « saige et bien expert et congnoissant touchant aucunes affaires de ce royaume »42. Il le prévient qu’il veut envoyer M. de Ligone auprès de Claire « pour la veoir et visiter » et aussi, précise-t-il, « pour l’amener et conduire s’il est possible jusques icy devers moy, vous mercyant du bon traictement et de la grant demostracion et intégrité d’amour que luy avez tousiours fait. »43.
41Comme sur la scène d’un tournoi gigantesque, François de Gonzague et Gilbert de Montpensier s’affrontent dans le respect des règles, alternant tour à tour victoires et défaites tout en préservant leur amitié. L’ascension rapide de Gilbert, lieutenant-général de l’armée royale puis vice-roi de Naples en mai 1495, est relayée par celle de François, capitaine de la Ligue de Venise à partir du 1er avril 1495 avant de devenir le héros de la « victoire » de Fornoue le 6 juillet44. Les succès fulgurants des armées royales qui vont se succéder dans un délai très bref sont célébrés par les entrées triomphales du roi dans lesquelles Gilbert occupe toujours une place privilégiée et en premier lieu dans la cité papale.
42Si Charles VIII a émis le souhait de pénétrer dans la ville sans pompe aucune le 31 décembre 1494, néanmoins des cérémonies sont organisées par le pape un peu plus tard. Le 20 janvier 1495 est célébrée une messe pontificale à Saint-Pierre avec ostension des reliques. Jean Burchard, maître des cérémonies à la cour papale, nous rapporte que le roi y est précédé des princes de Foix, de Montpensier et de Bresse et que le pape « fut servi durant la dicte messe de monsieur de Montpensier, parfoys de monsieur de Bresse et puis du roy… »45.
43Le 9 février la place-forte de Monte San Giovanni est investie par Gilbert et prise d’assaut par La Trémoille son beau-frère. Une lettre de Charles VIII consigne les faits, soulignant la vaillance du comte : « Devant moy est au jourd’huy arrivé à la dicte place mon cousin de Montpensier avec mon artyllerie pour les approches et apres avoir tiré ma dicte artillerie par l’espace d’environ quatre heures […] j’ay fait donné l’assault par les hommes d’armes »46. Le lendemain le roi retourne au camp de Montpensier, installé à Veroli à un mille de là. Le souverain traite Gilbert en ami intime, se rendant à plusieurs reprises auprès de lui pour partager un repas ou évoquer la stratégie militaire : « je partis hyer matin d’icy et m’en allay disner au logis de mon dit cousin. Et l’apres disner je descendys devant le dit Monte Fortino, lequel estoit desjà par mon ordonnance assiegé par ung nombre de mes gens d’armes […]. Au surplus j’espère partir demain pour retourner au logis de mon dit cousin de Montpensier auquel se trouveront tous les capitaines de sa bande et ceulx que j’ay avec moy pour, avec eulx et par conseil prendre conclusion de ce que j’auray à faire pour aller passer ce pas de Saint-Germain, lequel on dit estre fortifié par le duc de Calabre qui y est en personne avec ung grand nombre de gens »47.
44Le comte de Montpensier fait partie des premiers seigneurs qui pénètrent dans la ville de Capoue. Le 19 février, le roi vêtu de blanc, entouré de douze de ses compagnons également vêtus de blanc, entre dans la cité, précédé « d’un héraut accompagné d’un exilé, Matteo Coppola. Vient ensuite un groupe de cinquante cavaliers menés par le maréchal de France, le sire de Gié, entouré de Ganay, Montpensier, Clérieu, Étienne de Vesc. »48. Puis a lieu la première entrée dans la ville de Naples au cours de laquelle le peuple acclame Charles VIII comme s’il était le messie. Le 10 mars, dans une même lettre adressée à son beau-frère, Gilbert annonce avec panache la victoire des Français : « le roy a mis en son obeyssance tout ce royaume et ne reste plus que le castel de l’Ove et le castel de Gayete, lesquelz j’espère à l’ayde de Dieu que bien tost ilz seront mis en son obeyssance »49.
45Les liens entre Gilbert de Montpensier et François de Gonzague qui appartiennent à des armées ennemies restent très courtois, voire cordiaux sinon amicaux. Le marquis envoie M. de Ligone faire la révérence au roi en son nom, exprimant « sa dévotion et sa servitude » envers le souverain et il avertit Gilbert de la visite de son conseiller et homme de confiance qui l’informera de « certains faits » qu’il ne précise pas50. Gilbert a renvoyé Ghivizano auprès du marquis avec une lettre de créance contenant une offre du roi de France qui renouvelle sa proposition d’un poste de capitaine, le contrat du marquis avec Venise prenant fin à Noël. François de Gonzague détaille les conditions de cette offre séduisante à son interlocuteur vénitien Antonio Salimbeno et charge l’ambassadeur de signaler ses intentions à la Sérénissime : il acceptera de renouveler son contrat avec Venise pourvu que l’on tienne compte de son honneur.
46Malgré l’estime et l’affection qui le lient aux Montpensier, le marquis s’engage résolument dans une contre-offensive, acceptant l’offre de la Sérénissime de prendre le commandement de la Ligue de Venise signée le 1er avril 1495. À partir de cette date les deux beaux-frères vont s’affronter de manière officielle, ce qui n’empêche pas Gilbert d’annoncer avec joie à François le projet de mariage de sa fille Anne avec le fils du prince de Salerne, Antonello di San Severino « pour la bonne amour et fraternité qui sont entre nous deux et que estes son plus prouchain parent »51, lui précise-t-il, démontrant ainsi que leur combat ne peut en aucun cas altérer leurs relations familiales.
47La somptueuse entrée de Charles VIII dans la ville de Naples le 12 mai 149552, marque l’apogée de la conquête française en Italie avant la chute de la capitulation d’octobre. Gilbert, qui a reçu le titre prestigieux de vice-roi, précède Charles VIII dans le magnifique cortège qui relie la porte capouane à la cathédrale. « Le mardi douzième iour de May le Roy ouyt la Messe à Naples derechef à l’Annonciade ; après le disner il s’en alla à Pougereal, là où s’assemblerent les Princes et Seigneurs, tant de France et de Naples, que du reste de l’Italie, pour accompagner le Roy qui alloit faire son Entrée dedans Naples, comme Roy de France, de Sicile et de Jerusalem ; ce qu’il fit en grand triomphe et excellence, revétu d’un habillement Impérial, surnommé Auguste ; il tenoit la Pomme d’or ronde en sa main dextre et de l’autre main son sceptre, habillé et couvert d’un grand manteau de fine écarlate, fourrée et mouchetée d’hermines, à grand collet renversé aussi fourré d’hermines ; la belle Couronne sur la teste […] devant luy estoit Monsieur de Montpensier comme Viceroy et Lieutenant general. »53.
48Cette entrée est aussi le triomphe personnel de Gilbert qui a reçu l’office de Grand Justicier et à qui le 20 mai le souverain délègue solennellement ses pouvoirs avant de regagner la France : « le roy prit aussi debonnairement et humainement congé d’eux et de tous ceux du pays qui là estoient en leur presentant monseigneur de Montpensier pour leur Viceroy, Maistre, Seigneur et Gouverneur en son absence : et dès cette heure lesdits Seigneurs et autres du Royaume de Naples le receûrent et acceptèrent pour Viceroy, Regent et Gouverneur dudit Royaume. »54.
49L’historien François Guichardin observe que le comte était « plus estimé pour son rang et parce qu’il était de sang royal que pour sa propre valeur » et, faisant allusion à la tragique indécision de Gilbert le 7 juillet 1495, il note qu’il était « non moins prêt à agir avec audace quand la timidité était nécessaire qu’il n’avait été prêt à agir avec timidité quand le jour précédent l’audace s’imposait ». Puis il détaille les faits et analyse les causes de son erreur stratégique : « Montpensier sortit de la ville avec presque tous ses soldats pour empêcher Ferrant de débarquer. De ce fait ayant une occasion qu’ils auraient à peine osé espérer, les Napolitains prirent aussitôt les armes […] le roi Ferrant entra dans Naples sous les ovations. »55. Ce jugement dépréciatif est partagé par Philippe de Commynes : « Pour chief, il y demoura monseigneur de Montpensier de la maison de Bourbon, bon chevalier et hardy mais poy saige ; il ne se levoit qu’il ne fust mydi »56 tandis que Guillaume de Marillac, secrétaire dévoué des Montpensier, se montre très élogieux à l’égard de son maître qu’il considère comme « un des meilleurs chevaliers, plus hardis et meilleurs conducteurs de ce royaume »57.
50Alors que le marquis triomphe à Fornoue le 6 juillet 1495, la situation de Gilbert à Naples se dégrade fortement. Le 4 octobre, ignorant l’arrivée de sept vaisseaux envoyés par le roi au secours de Naples, Montpensier, à bout de patience et de vivres, signe le projet de capitulation prévu qui implique une trêve de deux mois à partir du 5 octobre ainsi que la reddition du Château-Neuf et de la tour Saint Vincent, si d’ici là aucun secours ne s’est présenté par terre ou par mer. Or l’armée de mer de Montpensier ne peut lever l’ancre sans l’autorisation de Ferrant II d’Aragon58.
Fig. 26. Texte des accords de la capitulation des châteaux de Naples signé le 4 octobre 1495, dans Recueil de traités de 1285 à 1632, concernant Naples et la Sicile, Ms. 813.

© Bibliothèque et archives du château de Chantilly.
51Le comte, à bout de ressources profite de la trêve pour embarquer vers Salerne avec sa garnison le 27 octobre laissant le Château-Neuf à la garde de trois cents Gascons. Mais le 4 décembre la trêve ayant expiré, Montpensier doit obéir à l’ordre de reddition transmis par l’otage Yves d’Allègre, frère de François, seigneur de Précy. Quatre jours plus tard le Château-Neuf rouvre ses portes contre la promesse pour les assiégés d’être reconduits en Provence.
52Au début de l’année suivante, la situation de Gilbert devient très critique. Le marquis de Mantoue, généralissime des troupes de la République, quitte Venise pour se rendre à Naples avec la mission d’écraser les derniers bastions français, au mépris du fait qu’il va affronter personnellement son beau-frère. François de Gonzague s’embarque sur le Pô au milieu du mois de février avec mille cinq cents cavaliers, débarque à Ravenne, gagne Rome le 26 mars et de là par San Germano, atteint Capoue le 2 avril. Le 12 il est à Bénévent où il rejoint Frédéric d’Aragon, oncle du roi Ferrant.
53Charles VIII qui suit de près le sort de son armée de Naples, adresse une missive aux habitants de Rouen dans laquelle il évoque les difficultés affrontées par son « très cher et très amé cousin le conte de Montpensier »59. Le roi évoque la bravoure de Gilbert, qui a poursuivi Ferrant jusqu’à Foggia, le contraignant à s’enfermer dans la ville où il l’a assiégé, le mettant à sa merci. Mais au mois de juin la situation s’aggrave brutalement quand Gilbert se retrouve prisonnier de son beau-frère à Atella. Acculé, il doit céder faute de farine. Il a même dû vendre des pièces d’argenterie pour entretenir son armée avant d’entamer des pourparlers de reddition qui seront violemment critiqués par Commynes : « nos gens firent ung villain et infame appoinctement avecques ledit don Ferrant qui bien jura de le tenir, car ledit marquis de Manto voulut bien asseurer la personne de son beau-frère monseigneur de Monpencier […]. Par le dit accord, ils se rendirent tous en la main de leurs ennemys et leur baillerent toute l’artillerie du roy et luy promyrent faire rendre toutes les places que le roy tenoit audit royaulme »60. Menaud de Guerres chargé du gouvernement de l’Abruzze, évoque lui aussi le « triste accord qu’a fait Montpensier avec Don Ferrant »61. Selon les termes du contrat, le roi d’Aragon s’était engagé à fournir des vivres à Gilbert et à son armée jusqu’à ce qu’il puisse embarquer. Il avait aussi promis des chevaux et des bateaux, suffisamment pour emmener le comte avec tous ses gens en sûreté au royaume de France mais il ne tint pas sa parole.
54Cette capitulation est due au manque d’argent mais selon plusieurs chroniqueurs et historiens, c’est aussi la conséquence de la discorde qui règne entre les chefs Précy et Monpensier. « Précy le premier [propose] de conclure un « déshonnête appointement »62. Commynes souligne le fait que Montpensier et Orsini souhaitent le combat alors que « monseigneur de Percy, ung jeune chevalier d’Auvergne […] tres vaillant » mais « peu obeissant à son chief » s’y refuse. Guichardin constate que les difficultés s’amoncellent pour les Français en raison de cette rivalité incessante qui « nuisait beaucoup à toute décision »63. Les Aragonais disaient que « M. de Montpensier trouvait là son châtiment pour avoir rompu les trêves faites dans le Castel-Novo en sortant par mer, laissant ses pauvres otages […] à la merci du couteau de la justice. »64.
55Le 31 juillet, deux cents hommes d’armes et quatre mille deux cents fantassins, sortent d’Atella. Tandis que Ferrant suivait à six milles de là, sous la conduite du marquis de Mantoue et accompagnés de stradiots et de chevau-légers, ils empruntent la route de Montefoscoli pour gagner en dix jours Castellammare di Stabia où des navires ont été préparés pour les reconduire en Provence. François de Gonzague, grand seigneur, leur avait procuré des victuailles et s’assurait de leur protection, les défendant de toute agression. Mais ils durent vendre leurs chevaux. Le chroniqueur de la Sérénissime relève qu’« ils marchaient avec humilité, [et que] leur orgueil était au plus bas » et il précise que le roi de Naples avait prêté « 10000 ducats, c’est-à-dire 5000 comptants et 5000 en victuailles que Montpensier ne prit pas parce que les Florentins venaient de lui en envoyer 12000. »65. À l’arrivée, ils étaient cinq ou six mille personnes ou plus, selon Commynes, « une partie logea à Castellammare et une autre se rendit à Pizolo, Cumes et Baïes, où en raison de l’insalubrité de l’air, ils succombèrent en particulier le bailli de Vitry et le comte de Montpensier. »66.
56Lorsqu’il comprend que la vie de Gilbert, prisonnier des Espagnols, est en jeu, le marquis oublie qu’il s’agit de son ennemi et poussé par un sentiment de solidarité familiale, se précipite immédiatement à son secours. François de Gonzague considère qu’il ne peut refuser ses services à Gilbert en qui il voit non seulement un parent et ami, mais aussi un ennemi digne de respect, désespéré par le sort de son armée. Le comte, seigneur intègre et généreux, ne sollicite rien pour lui-même, privilégiant sa femme, ses amis et ses soldats. Inquiet du sort de son épouse, il explique à son beau-frère que cela lui ferait grand plaisir qu’un trompette accompagne jusqu’à Mantoue l’un de ses serviteurs chargé de se rendre secrètement auprès de Claire pour la réconforter. Gilbert précise qu’il aimerait obtenir un sauf-conduit pour ce messager qui pourrait regagner la France et lui rapporter de l’argent dont il a besoin pour survivre.
57Puis il négocie un délai de dix jours pour que Bernardin de Vérone, l’un de ses hommes d’armes, puisse payer sa rançon aux stradiots qui l’ont capturé. Il sollicite également des faveurs ou des sauf-conduits pour des amis qu’il veut sauver et qui pourraient ainsi embarquer avec lui, en l’occurrence les fils et les parents du comte de Montoreau, le roi Ferrant s’y étant engagé dans les termes du contrat de capitulation. Et toujours conformément aux accords, il adresse une requête en vue d’obtenir la libération de l’évêque Dariano. Le comte de Montpensier fait appel à François de Gonzague, capitaine de l’armée ennemie, principalement dans le but de sauver ses hommes, il s’efforce jusqu’au bout de régler les problèmes, en particulier l’arrivée des navires qui doivent les emmener en France et leur éviter une mort certaine sur cette côte malsaine où ils ont été confinés. Le prince d’Altamura réclame dix mille ducats pour la location des navires, obligation que Gilbert est prêt à remplir mais « il déplore beaucoup qu’une telle excuse diffère l’expédition »67.
58Le marquis informe Claire de l’état de Gilbert, lui certifiant qu’il l’a mené sain et sauf jusqu’à l’endroit prévu, ne le laissant manquer de rien. Il a agi ainsi en hommage à ses mérites, admiratif devant le courage dont fait preuve le comte. Malgré le risque de déplaire à la Sérénissime François de Gonzague s’engage fermement à secourir son beau-frère après s’être engagé auprès de Claire à accompagner son époux et ses soldats jusqu’à Castellammare où ils pourront embarquer. François cherche à rassurer sa sœur, précisant qu’il a parlé à Gilbert qui se porte bien. Il insiste sur la valeur de sa promesse : il ne faillira pas à son engagement de sauver le comte et ses hommes. Puis il rend hommage aux qualités de Gilbert, brossant de lui un portrait très élogieux. Il met en exergue sa fidélité au roi de France et déclare qu’aucun autre grand capitaine ne pourrait l’égaler, estimant qu’il peut être loué de ne pas avoir manqué à sa charge ni à son devoir et d’avoir fait plus qu’aucun autre de ses pairs.
59Le 25 août François affirme à Claire que Gilbert est sur le point de partir mais le lendemain il reçoit une missive de son beau-frère qui le supplie d’intervenir rapidement, signalant que seul un petit nombre d’entre eux pourra embarquer car la maladie fait des ravages. En réponse aux appels au secours du comte, le marquis répond dans un premier temps par des promesses. Il agit néanmoins, écrivant à sa sœur qu’il a eu un entretien décisif avec le prince d’Altamura qui a certifié que les bateaux partiraient le soir même. Le message adressé à Claire un mois plus tard témoigne des efforts qu’il a déployés, mû à la fois par l’estime et l’admiration qu’il éprouve pour Gilbert et par la sincère affection qu’il lui voue : s’il a fait quoi que ce soit pour sauver son mari, qu’elle soit assurée qu’il l’a fait de bon cœur, autant pour ses qualités et ses mérites que pour l’amour qu’il lui porte.
60François de Gonzague a même songé à faire évader son beau-frère, n’hésitant pas à mettre en péril sa propre réputation et son engagement envers la Sérénissime. Le 22 novembre, ignorant encore son décès, il écrit à son secrétaire : « Si au reçu de cette lettre notre beau-frère est toujours vivant, nous voulons que vous fassiez tout ce qui est possible pour l’envoyer là-bas par terre ou par mer comme cela lui sera plus facile. »68. L’ambassadeur lui avait annoncé officiellement la mort de Gilbert le 16 novembre mais il est probable que le marquis n’avait pas encore reçu cette missive69. La sincère affection de François pour Gilbert ainsi que son sens de l’honneur et de la solidarité familiale l’ont conduit à prendre des risques très graves pour lui-même et son état. Quelques mois plus tard, la Sérénissime décide de se passer de ses services jugeant qu’il a trahi la Ligue en soutenant le roi de France, d’abord en permettant la mise en liberté du Bâtard de Bourbon puis en accordant des services et des faveurs à son beau-frère, Gilbert de Montpensier. Le 23 juin 1497, une délibération du conseil des Dix le casse aux gages et le marquis est destitué de sa charge de capitaine.
61Leur statut d’ennemis n’a jamais altéré les rapports des deux beaux-frères, au contraire : comme de vrais amis qui savent qu’ils peuvent compter l’un sur l’autre, ils se témoignent une grande estime et cherchent constamment à se rendre service. Lorsqu’il apprend que le marquis venu lui rendre visite au camp de Baïes, est tombé malade, Gilbert se montre compatissant à son égard et il se soucie de lui fournir une bonne mule – se désolant de ne pas en avoir trouvé de meilleure – qui lui permettra de quitter rapidement cette côte malsaine. Il exprime néanmoins le souhait que François reste jusqu’à son embarquement, le remerciant de bien vouloir emmener avec lui M. d’Aubigny. Il compte sur lui pour donner une escorte sûre à son chancelier et à son secrétaire qui doivent se rendre auprès de Claire pour la rassurer. Dans sa dernière missive Gilbert, fiévreux et très affaibli, explique qu’il lui envoie un messager porteur des ultimes nouvelles. Après avoir exprimé sa gratitude pour la sollicitude manifestée à son égard, le comte lui recommande Claire « madame notre épouse et votre sœur »70.
62Gilbert a-t-il été victime du désintérêt du roi pour son armée laissée à Naples ? En réalité Charles VIII a affirmé à plusieurs reprises qu’il n’oubliait rien pour secourir son vice-roi et ses troupes. Dès octobre, il alerte Pierre de Bourbon : « il est besoing promptement secourir mon cousin de Montpensier […] Advisez le moyen pour recouvrer en toute extresme diligence la somme de soixante et dix mil francs necessaire pour le dict service et armée de mer qu’il y fault envoyer dedans le VIe jour de décembre [1495], autrement mondict cousin de Montpensier et ceulx qui sont avecques luy seront contrains habandonner tout […] Mon frère il fault fere telle diligence de faire partir ladicte armée de mer… »71. Cependant Guichardin dénonce vigoureusement l’incurie de Charles VIII à l’égard de son vice-roi et cousin Gilbert de Montpensier : « Malgré les nécessités et les dangers dans lesquels ils se trouvaient aucun renfort ne leur venait de France car le roi qui s’était arrêté à Lyon s’adonnait aux joutes aux tournois et aux plaisirs et avait laissé là toute pensée de guerre : il affirmait vouloir s’occuper des affaires d’Italie mais dans les faits ne semblait en avoir nul souvenir […] Et aloit le Roy de Lyon à Moulins et de Moulins à Tours et partout faisoit des tournois et des joustes et ne pensoit à aultres choses »72.
63Pourtant le souverain a été averti de la situation tragique de son armée laissée à Naples par le sénéchal de Beaucaire, Étienne de Vesc, retourné en France à la fin du mois de mars [1496], celui-ci lui ayant déclaré « qu’il y avait espoir de victoire si on envoyait des secours mais qu’il y avait urgence et [que] les grands seigneurs poussaient le roi à agir, déplorant l’ignominie pour la Couronne de France et plus encore la perte possible de tant de nobles français ». Charles VIII se décide à élaborer un plan d’action, prévoyant d’envoyer trente navires et trente galères légères ainsi que des troupes, des vivres, des munitions et de l’argent. Mais en réalité seulement six navires chargés de vivres rejoignirent Gaète, « en laissant espérer que le gros de la flotte suivrait » et il était prévu « de faire payer mais avec retard par des marchands florentins 40000 ducats à Montpensier pour payer les Suisses et les Allemands qui menaçaient de passer à l’ennemi »73. Cette somme a fait l’objet de plusieurs commentaires de la part des contemporains qui rapportent qu’une vive querelle a éclaté en présence du roi entre le cardinal de Saint Malo et le sénéchal de Beaucaire, à propos de ces quarante mille ducats qui étaient destinés à Montpensier et à tous ceux qui étaient encore prisonniers à Naples.
L’attitude ambiguë de leurs épouses
64Malgré son statut d’épouse du capitaine de l’armée royale, Claire joue tout naturellement et sans le moindre scrupule le rôle d’agent de renseignement au service de Mantoue. Dès mars 1494, le duc de Milan Ludovic Sforza, qui a des soupçons, fait ouvrir toutes les lettres de Claire, se doutant qu’elle délivre des informations. Le comportement ambigu de la comtesse s’inscrit dans une logique affective, nourrie par une ambition mise au service de la Maison Gonzague.
65En octobre alors qu’elle est en chemin pour rejoindre sa patrie, Claire informe le marquis de la situation en France où ont lieu des mouvements de troupes tellement importants que « c’est une stupeur et [un fait] en quelque sorte [proprement] incroyable »74, nouvelles confirmées par le sénéchal Alessandro da Baese qui accompagne la comtesse. Celle-ci fait part à François de son vif souhait de le voir entrer au service de Ludovic Sforza qu’elle a rencontré lors de son étape à Milan, mais le marquis reste ferme dans sa volonté de fidélité à la Sérénissime et charge son ambassadeur Antonio Salimbeno de le faire entendre très nettement à la Seigneurie pour que celle-ci ne doute pas de sa bonne foi.
66François et Isabelle se réjouissent sincèrement de la prochaine arrivée de Claire et de son époux. Le marquis a même projeté de dépêcher son secrétaire auprès de Gilbert pour lui rendre visite comme le requièrent son devoir et l’affection qu’il éprouve pour lui. Isabelle s’apprête à accueillir chaleureusement sa belle-sœur, épouse du capitaine ennemi et il semble à François qu’il y a « mille années » que Claire les a quittés tant est grand son désir de la voir et de l’embrasser, ne doutant pas qu’elle éprouve les mêmes sentiments à son égard. La marquise n’hésite pas à évoquer de manière explicite l’élévation de Gilbert au grade de lieutenant-général, exprimant son contentement de toute promotion concernant le comte de la même façon que s’il s’agissait de son mari. Elle s’inquiète des aléas du voyage de Claire et souhaite la recevoir avec affection et considération, ignorant délibérément son statut d’ennemie, prévenant même sa sœur Béatrice qu’elle ne peut plus lui écrire de sa main en ce moment car elle est désormais très occupée avec madame de Montpensier qui vient de rejoindre Mantoue dans un état de grande fatigue et d’abattement. Et la marquise ajoute, compatissante, que « le bon air » de la cité75 pourra la remettre rapidement sur pied. Isabelle remercie la duchesse de Milan d’avoir réservé un excellent accueil à Claire et de lui avoir donné de ses nouvelles. Ce jour-là la comtesse doit rejoindre Viadana et se trouver à Borgoforte le lendemain puis le mardi suivant au château Saint-Georges où Isabelle l’attend avec impatience.
67À peine arrivée à Mantoue le 9 décembre, Claire renseigne ses hôtes sur les mouvements de l’armée française puisque le marquis est en mesure d’affirmer qu’il a appris par sa sœur qu’en France et en Bretagne se tiennent prêts vingt mille arbalétriers à pied qui seront en Italie au mois de mars. Elle rapporte l’amertume du duc de Milan, déçu par le roi et les façons de faire du comte son mari avant d’annoncer que le souverain a promis le territoire de Rovigo au duc de Ferrare. Le marquis confie à l’ambassadeur vénitien : « les Français progressent tellement dans leur invasion que Dieu veuille que ce ne soit pas pour notre commun malheur »76. Quelques mois plus tard, l’entrée à Rome des troupes françaises le 31 décembre 1494 n’affecte pas non plus leurs relations et n’entraîne aucune réaction d’animosité envers Claire avec laquelle la marquise poursuit, jusqu’à son retour en mars, une correspondance affectueuse qui n’est pas exempte d’intérêt politique et fait état de services réciproques. Claire se réjouit pour Isabelle, l’informe que sa santé s’améliore et qu’elle ira encore mieux dès son arrivée, concluant sa missive par des nouvelles de sa petite fille Éléonore.
68La comtesse s’engage à informer Isabelle « sans faute et immédiatement »77 sur les progrès des négociations concernant la promotion de Sigismond dès que Gilbert lui donnera des nouvelles à ce sujet, et en échange elle compte sur sa belle-soeur pour la recommander au duc et à la duchesse, ajoutant qu’elle aurait plaisir à entendre que ceux-ci persévèrent dans leur habituelle bienveillance envers le roi de France, ce qui est dans l’intérêt de Gilbert et du sien. Bien qu’elle soit très occupée par les fêtes et divertissements de la brillante cour des Sforza, Isabelle écrit souvent à Claire, pour lui exprimer son affection et lui confier qu’elle n’aurait jamais cru que sa conversation agréable aurait pu tant lui manquer. Et elle ajoute à propos de Gilbert qu’elle tiendra informé le duc de la bonne disposition du comte à son égard.
69Ainsi les liens familiaux et amicaux comme l’appartenance à une maison princière prévalent sur toute autre valeur et modifient le rapport à l’ennemi. Comme le tournoi ou la joute, la guerre n’excède pas les limites de l’arène où s’affrontent les assaillants dans le respect du code de l’honneur nobiliaire. Isabelle se refuse à considérer les Sforza et les Montpensier, qui appartiennent au clan adverse, comme des opposants à son mari. Claire reste la parente et amie qu’elle a toujours connue, les événements extérieurs restent en dehors de la sphère privée et n’ont aucun pouvoir de les altérer.
70Cependant la marquise sort d’une relative sérénité quand elle apprend, horrifiée, l’entrée de Gilbert dans la ville de Naples au nom du roi de France qui vient de pénétrer dans le Château-Neuf. Isabelle exprime sa tristesse et sa stupeur devant la ruine de la ville, tombée en sept jours seulement sans un seul coup d’épée, chute qu’elle qualifie de « maudite et miraculeuse » à la fois. Ainsi en trois mois, remarque-t-elle, Naples a connu quatre rois : le roi Ferrant décédé, le roi Alphonse, le roi Ferrant vivant et Charles roi de France78. Si elle livre la nouvelle à son mari le cœur lourd, ce sujet épineux n’apparaît pas dans la correspondance des deux princesses qui semblent avoir fait le choix tacite de préserver leur amitié envers et contre tout. Isabelle déclare qu’elle quittera Milan le mercredi suivant, annonce que Niccolò da Correggiò a fait représenter une fable s’intitulant Roland amoureux mais ne fait aucune allusion à la situation de Naples. Elles observent toutes deux la même discrétion dans les missives qui suivent. Le 15 mars, Claire exprime son impatience de revoir Isabelle, lui demande une relique et donne des nouvelles de la petite Éléonore, ajoutant qu’elle redoute le mauvais temps pour Isabelle qui est en voyage mais elle ne fait aucune remarque concernant Naples. Le 19 mai, la marquise informe Claire de son retour mais le sujet brûlant est toujours occulté.
71Comme son épouse le marquis fait passer le lien familial avant toute considération politique, se réjouissant d’apprendre que la santé de Claire s’améliore et se félicitant de la lettre empreinte d’une si grande gentillesse que le roi lui a adressée. François lui témoigne une vive affection, n’hésitant pas à évoquer ses succès militaires futurs, qui pourtant interviendront nécessairement aux dépens de Gilbert. Son armée, prospère et compétente, s’enrichit chaque jour de l’arrivée de valeureux soldats si bien qu’il ne peut qu’espérer « l’honneur, la victoire et une issue heureuse ». Il donne à Claire des nouvelles de son camp militaire qu’elle est ravie d’apprendre, ajoutant que ce sujet l’intéresse toujours79. Alors que la situation politique s’aggrave notablement, les rapports familiaux se renforcent, Claire avoue à sa belle-sœur qu’elle supporte de plus en plus difficilement son absence, ce qu’elle n’aurait pu imaginer auparavant.
72La bataille de Fornoue, non seulement ne modifie pas l’attachement de Claire pour François et Isabelle mais elle les rapproche. Dans une missive adressée à Claire peu de temps avant sa « victoire », nous avons constaté que l’en-tête avait été modifié, ce qui est inhabituel, le marquis ayant biffé l’expression affectueuse « notre très chère sœur », lui préférant la formule protocolaire : « Illustrissime dame Claire de Gonzague », ce qui peut laisser supposer quelques réticences liées à leur situation ambiguë80. Pourtant François déclare ne pas douter un instant de l’état d’esprit de sa sœur à son égard, il se montre certain qu’elle prendra un grand plaisir en apprenant ses heureux succès et il lui apparaît de son devoir de la tenir avisée continuellement du déroulement des faits jour après jour. Lui accordant une confiance totale, il l’informe sur l’état de l’armée qu’il a sous ses ordres, vantant ses soldats, des cavaliers et des fantassins infatigables qui sont si nombreux que l’on peut dire que cette armée est très suffisante pour une entreprise de cette envergure ; il se déclare sûr de la victoire grâce aux qualités de ses hommes, soldats intelligents et courageux qui lui sont très dévoués, si bien qu’il ne peut qu’envisager l’honneur et le succès.
73Isabelle se réjouit sans réserve des victoires de son mari, commentant avec un plaisir évident le sort malheureux des ennemis qui, réduits à la défaite, « commencent à demander le passage avec de bonnes paroles ». Elle a été heureuse d’apprendre que la Sérénissime s’est montrée très satisfaite de son époux car de cela « dépend tout l’honneur et toute la renommée qui doivent suivre ». Fait significatif, la marquise conclut sa missive en omettant d’évoquer Gilbert ou Claire qui est son invitée : « Éléonore et moi et toute la maison nous allons bien et désirons la même chose pour vous, notre vie ici se déroule dans la tranquillité. »81. Plusieurs lettres d’Isabelle datées du 6 juillet, jour même de la bataille de Fornoue, ainsi qu’une autre écrite le 15 juillet, adressées à son mari et au duc de Milan son beau-frère, traduisent sans fard ses sentiments : « je ressens le plus grand plaisir et la plus grande joie quand j’entends les bonnes nouvelles qui tournent en votre faveur et au détriment des ennemis […] je suis toujours désireuse d’apprendre la prise et le butin qui sera fait et ainsi la récupération de Novare. »82. La marquise, très satisfaite de l’évolution des évènements, prie Dieu de donner la victoire et la santé à son mari sans évoquer sa belle-sœur.
74Tout au long du conflit, la comtesse tient son frère au courant des mouvements de l’armée française alors que son mari et son frère appartiennent à des camps ennemis. Après la bataille Claire félicite son frère en des termes extrêmement élogieux, déplorant toutefois la mort de leur oncle Rodolphe mais omettant de faire allusion à Gilbert : « Ayant entendu parler de la vaillance de votre illustrissime seigneurie dans le fait d’armes qui vient de se produire, je ne peux rester sans me féliciter de tout mon cœur, car ainsi vous aurez ici et au-delà des monts un nom immortel. »83. Le marquis lui répond qu’il savait avec certitude qu’elle se réjouirait de son succès : « nous ne doutions aucunement que, étant pour nous une sœur affectueuse et cordiale, vous ne preniez un immense plaisir et contentement de notre heureux succès, retirant essentiellement le bénéfice de ce conflit avec nos ennemis »84. Claire continue à se féliciter de toutes les victoires du marquis estimant tout naturel de partager sa gloire, puisqu’elle est sa sœur.
75Le lien familial prévaut sur toute autre considération. La comtesse revendique sans équivoque son appartenance à la Casa Gonzaga dont l’honneur reste la valeur essentielle, négligeant le fait que Gilbert, qui combat au nom du roi de France est nécessairement l’ennemi officiel de François, chef de la Ligue de Venise. Lorsqu’elle reçoit des lettres de son époux qui lui demande de le rejoindre au royaume de Naples, elle paraît prendre conscience des problèmes que pourrait poser l’ambiguïté de la situation, ce qui pourrait expliquer son intention de quitter Mantoue quelques jours plus tard, bien qu’il lui soit extrêmement pénible et douloureux de quitter son frère. Toutefois elle attend toujours le laissez-passer pour son messager Panatero qu’elle a chargé de rencontrer le roi pour évoquer sa triste situation et obtenir des secours. Mal à l’aise dans son statut d’obligée, mais toujours fascinée par François, elle prie « Dieu que par sa miséricorde Il veuille leur accorder bien vite la paix »85. Vraisemblablement Claire a dû abandonner son projet de rejoindre Naples qui ne sera plus évoqué dans la correspondance d’ailleurs, compte-tenu de la difficulté à obtenir des sauf-conduits, cela paraît peu probable qu’elle ait pu le mettre à exécution.
76L’exemple le plus significatif de cette attitude équivoque est le décret d’Isabelle d’Este aux Mantouans, prévoyant de punir publiquement ceux de ses sujets qui manqueront de respect à Claire et à son escorte. Il s’agit d’un édit spécial promulgué pour protéger la comtesse et sa suite des réactions malveillantes de la population mantouane. Certains habitants ayant proféré des injures et lancé des pierres aux Français qui séjournent à Mantoue avec sa propre belle-sœur, la marquise, à qui ces faits ont fortement déplu, « les Français n’étant pas moins chers à [son] cœur que [ses] proches »86, fait promulguer un texte officiel interdisant tout acte d’agression par des paroles, par des actes ou de toute autre façon, sous peine de trois coups de fouets infligés publiquement. Ce qui n’empêche pas la marquise d’écrire à Ludovic Sforza trois jours plus tard pour le féliciter de la prise d’une armée ennemie et lui confier son espoir qu’un jour il obtienne une victoire si glorieuse « que les Français n’auront plus jamais l’envie d’envahir l’Italie »87.
77Le 27 juillet François de Gonzague, nommé capitaine général de toutes les armées de la Sérénissime, ne doute pas un instant que Claire ne se réjouisse de cette bonne nouvelle : « Nous sommes certains que votre seigneurie doit participer à toute notre élévation et en retirer cette satisfaction que nous-mêmes en devons prendre. »88. Il a voulu le lui annoncer afin qu’elle puisse partager son immense joie, ce qu’elle fait aussitôt avec enthousiasme : « certes je ne peux que me réjouir et me féliciter avec vous, puisque vos grandes vertus et votre cœur généreux ont plus que mérité une telle dignité »89.
78Dès septembre 1495, lorsque la situation de l’armée française laissée à Naples sous les ordres de Gilbert se dégrade, bien qu’elle ait toute confiance en François qui tente de négocier avec Ferrant d’Aragon, Claire pense qu’elle pourra plus facilement venir au secours de son époux depuis la France. Oubliant sa fierté et très inquiète pour Gilbert, elle supplie son frère de l’aider, refusant de reconnaître en François le capitaine de la Ligue de Venise, chargé avec l’aide du souverain napolitain de réduire l’armée française et son chef dans les plus brefs délais. Les paroles enthousiastes que le marquis adresse à Claire peuvent apparaître presque cyniques, sachant que son époux est alors enfermé dans le Château-Neuf, prisonnier du roi Ferrant : « Nous sommes persuadés que votre seigneurie, tout détail mis à part, doit avoir plaisir à entendre tous ces événements qui interviennent pour le bénéfice et le salut non seulement du royaume mais de toute l’Italie. »90. Puis il enchaîne en lui apprenant que le roi de Naples a repris le Château-Neuf à l’exception des personnes et que lui-même, incessamment, sera chargé de venir en aide au souverain. François lui laisse même entendre sa prochaine nomination à la tête des armées de la Ligue.
79En dépit d’une conjoncture difficile, leurs rapports fraternels restent néanmoins empreints de courtoisie et même d’une réelle affection. Il est très probable que Claire assiste aux fêtes fastueuses qui ont eu lieu à Mantoue le 1er novembre, au cours desquelles le vainqueur de Fornoue a fait une entrée triomphale dans la cité. Puis Claire en compagnie d’Isabelle et de sa sœur Élisabeth, accueille son frère au palais pour un Noël familial. Partagée entre l’amour pour Gilbert et la vénération qu’elle témoigne à François, la comtesse exprime avec franchise son mal-être depuis que le marquis affronte son mari, car « dans ce cas, avoue-t-elle, je ne sais ce que je dois désirer sinon que Notre Seigneur Dieu préserve la santé et l’honneur de l’un et de l’autre. »91.
80Tandis que la situation de Gilbert continue à se détériorer, François de Gonzague lui donne de « bonnes » nouvelles de Naples, sûr qu’elle pourra les apprécier : les circonstances sont très favorables au roi Ferrant « si bien que tout cela étant au bénéfice du salut commun de toute l’Italie et de l’importance de notre honneur, nous ne doutons pas que votre seigneurie en vertu de sa sagesse et mettant de côté toute douleur, ne reçoive plaisir et joie avec nous. », précisant quelques jours plus tard : « les affaires du Royaume selon nos informations, se déroulent de mieux en mieux en notre faveur, ce qui est un indice de notre future victoire »92.
81Cette harmonie dans leurs rapports affectifs est altérée par un incident imprévu qui contraint Claire à prendre plus nettement position. François de Gonzague se félicite ouvertement de la venue du roi des Romains à Milan qui doit affronter le roi de France leur ennemi commun et il estime que Claire, qui a dû l’apprendre, doit se réjouir elle aussi, indépendamment de ses sentiments, de tout ce qui contribue au salut de l’Italie. Il lui pose nettement ses conditions : elle peut oublier son duché de Sessa sauf si son époux, par son intermédiaire, accepte de traiter avec le roi Ferrant. Gilbert ne pourra espérer aucune aide en restant dans ce pays mais s’il est déterminé à repartir en France au détriment du roi ennemi, il bénéficiera de son secours : le marquis le mettra à l’abri en lieu sûr quand il lui conviendra d’accepter sa volonté. François rappelle à Claire ses propos sur son époux, affirmant qu’il ne tournait jamais le dos à ses ennemis, or, lui fait-il remarquer avec cynisme : « maintenant il se retrouve face à un Gonzague qui l’a fait céder »93. Le marquis reste persuadé que Claire se réjouit sincèrement de ses succès et lui annonce que bientôt elle apprendra des nouvelles très importantes le concernant, très probablement une allusion à sa prochaine nomination comme capitaine des armées de la Ligue.
82Malgré la profonde affection et l’admiration sans bornes qu’elle lui voue, Claire n’a pas apprécié le jugement péjoratif de François à l’égard de son mari, aussi sa réponse prend-elle une allure de plaidoyer et se transforme en hommage vibrant à Gilbert : « Il ne me déplaît pas que mon illustrissime seigneur doive affronter une plus grande résistance car sa seigneurie, très avide d’honneur et de gloire, ne pourra qu’en retirer de grandes louanges auprès de ses amis comme de ses ennemis, ce qui est précisément le but qu’elle s’est fixé, et si par hasard, il lui arrive de tourner le dos, ce qui n’est pas son habitude, il faut penser que sa seigneurie le fait pour des raisons secrètes, étant donné qu’elle est connue déjà depuis longtemps comme quelqu’un qui préfère l’honneur à sa situation, à ses amitiés et à sa propre vie. »94.
83Le marquis qui est dans une position de force et le fait sentir, lui rend compte froidement de la situation de Gilbert : le comte est en bonne santé mais il semble abattu car il est enfermé avec son armée dans un endroit peu agréable. Claire évitera d’assister à la commémoration de la « victoire » de Fornoue le 6 juillet 1496. Retirée aux Bains de Revere pour une cure, elle ne verra pas la procession qui conduit triomphalement le tableau de Notre Dame peint par Andrea Mantegna à la chapelle de l’église Santa Maria della Vittoria, célébrant avec faste celui qui a réussi à vaincre les Français. Isabelle a organisé la procession du souvenir mais, prête à accoucher, elle ne peut suivre la cérémonie et prévoit d’y assister depuis le balcon de la maison de son beau-frère Jean à Porta Pradella95.
84Puis leurs relations vont reprendre sur le mode habituel. La comtesse ne lui cache pas qu’elle est heureuse, puisqu’elle est sa sœur, de partager avec lui tout « accroissement d’honneur et de gloire »96 et les relations d’amitié restent constantes avec Isabelle qui se réjouit ouvertement des succès du marquis. En définitive, les liens familiaux restent indestructibles quand les rapports politiques des états sont soumis aux aléas de la conjoncture. Claire exprime sa profonde gratitude à son frère concernant son intervention pour tenter de sauver Gilbert car elle a appris de plusieurs sources, en particulier par le trésorier de Mantoue et dernièrement par des missives de son époux, toutes les démarches que François avait accomplies pour assurer sa protection et veiller à son bien-être.
85Claire sait de source sûre qu’il s’emploie activement à épargner la vie de son beau-frère et elle est bien informée par une lettre de son mari rédigée le 20 août de Castellammare et qu’elle a reçue le 27. Aussi lui exprime-t-elle sa profonde gratitude dans des termes démesurés non dénués de flatterie, mettant en exergue son immense magnanimité, sa fidélité sacrée aux valeurs des Gonzague et bien d’autres vertus très hautes qui viennent orner son règne. Elle le complimente sur « son épouse bien aimée, si belle et devenue encore plus belle »97. Cependant l’anxiété grandissant quant au sort de Gilbert, elle se plaint auprès de son frère Sigismond de ne pas avoir de réponse à ses lettres, le suppliant de mettre en œuvre tout moyen d’obtenir la certitude, par le marquis ou par ses cavaliers, que Gilbert est bien retenu en lieu sûr et de l’en aviser aussitôt car tant qu’elle n’aura pas de réponse ferme, elle restera dans l’inquiétude.
86Si elle est heureuse d’apprendre que François, guéri du mal qu’il avait contracté à Pouzzoles, a quitté le royaume de Naples et se rend en pèlerinage à Sainte Marie de Lorette où il va rejoindre sa femme, elle s’étonne de ne pas avoir reçu de nouvelles de Gilbert, voulant savoir si son mari « est parti, oui ou non » et elle supplie Isabelle de l’avertir si elle apprend quoi que ce soit, car bien qu’elle ait entendu parler de son départ par la Seigneurie de Venise, elle aimerait obtenir confirmation par la marquise98. Claire finit par apprendre la terrible nouvelle de la suspension du voyage de son époux, qui lui a causé une peine très cruelle, toutefois dans la même missive, elle se déclare heureuse de la guérison de François et de son arrivée à Mantoue, lui qui est, déclare-t-elle avec flamme, dans une formule alambiquée qui unit son frère et son mari dans une même affection : « l’auteur de la vie de celui par la vie duquel je vis » tout en lui renouvelant son témoignage de gratitude, se déclarant « son éternelle débitrice »99.
87Lorsque le 14 octobre 1496 elle apprend de manière indubitable que Gilbert est prisonnier à Naples, Claire s’en remet sans réserve à François, lui témoignant une confiance aveugle, ne négligeant pas le recours à la flatterie en lui déclarant que dans tout ce qu’il a entrepris, il est toujours sorti victorieux. Cependant habitée par un mauvais pressentiment, elle craint qu’il ne soit trop tard, elle doit l’admettre, le marquis n’est plus aux côtés de Gilbert pour le protéger mais s’il le veut vraiment, il le laissera repartir en France par bateau ainsi que tous ceux qui sont venus de ces contrées le lui ont affirmé.
88La comtesse bénéficie toujours du soutien affectueux de sa belle-sœur Isabelle qui, dans cette période difficile, s’emploie avec tact à lui faire plaisir et à adoucir sa peine par des attentions et des cadeaux. Après le décès du comte, la marquise partage sa douleur, ne voyant plus en Gilbert qu’un parent très proche qu’elle estimait, oubliant le redoutable capitaine qui affrontait son époux dans une guerre sans merci, bouleversée par le désespoir de sa belle-sœur qu’elle évoque dans une lettre adressée à Élisabeth de Gonzague, son amie intime : « ce que furent ses cris et ses gémissements, je vous le laisse imaginer, nous n’avons pas cessé de la réconforter »100.
89L’entreprise de Naples a placé Claire dans une situation extrêmement inconfortable, voire intolérable, mettant sa sincérité à rude épreuve et la contraignant à vivre une duplicité qui s’épanouit dans une sorte de double jeu continuel dans lequel elle cherche en permanence à concilier l’inconciliable. La comtesse a choisi d’emblée d’ignorer la brutalité et la sauvagerie des combats qui opposent ceux qu’elle aime le plus au monde, son frère et son mari, et tout au long du conflit elle ne s’est jamais départie de cette attitude, assistant à l’entreprise napolitaine comme à un gigantesque tournoi régi par les lois de la chevalerie et qu’elle considère comme le plus magnifique des spectacles dans la mesure où il met en scène des héros qui lui sont chers et qui témoignent d’une bravoure et d’une vaillance exceptionnelles. L’issue mortelle fait partie du jeu d’armes, son désespoir ne fera jamais entrave aux sentiments qu’elle éprouve pour son frère qui n’iront qu’en s’exacerbant après son veuvage car il est devenu son unique soutien. Comment pourrait-elle ne pas être subjuguée par le marquis qui à Fornoue a vaincu le plus grand roi d’Europe, apportant à la Maison Gonzague un lustre inégalé ?
La disparition de Gilbert de Montpensier célébrée par tous les belligérants
90Battu par les armées de la Ligue de Venise, le comte de Montpensier décède en captivité avec la plupart de ses hommes : sur cinq mille « à peine cinq cents d’entre eux furent ramenés sains et saufs en France. »101. De Castellammare di Stabia les soldats devaient être embarqués pour la Provence mais Ferrant d’Aragon n’a pas tenu sa parole et après sa mort le 7 octobre, son oncle Frédéric qui lui succède ne s’est pas montré plus conciliant « ayant aussitôt déclaré qu’il garderait M. de Montpensier tant qu’on ne lui aurait pas rendu sa fille Charlotte d’Aragon que Charles VIII faisait élever en France. »102. Le roi de Naples a fait semblant d’accepter de les laisser partir, puis sous le prétexte que les bateaux n’étaient pas prêts, il les a retenus éparpillés entre Baïes et Pouzzoles. Gilbert et les deux tiers de son armée meurent de famine et de maladie, en raison de la peste et de la malaria qui sévissaient sur cette côte malsaine103.
91Début novembre Marino Sanuto avait délivré un bulletin très pessimiste : « monseigneur de Monpensier est in extremis à Baïes et il a fait son testament. Tous pensaient que de cette maladie il n’en réchapperait pas. ». L’historien de la Sérénissime ne peut s’empêcher d’ajouter un jugement moral, concluant que la mort du comte était survenue « par jugement divin », des mots qui sonnent comme une malédiction pour le royaume de France. Toutefois c’est avec dignité et compassion qu’il annonce peu de temps après le décès de Gilbert : « aujourd’hui, au coucher du soleil, à Baïes monseigneur de Montpensier est mort aprés avoir mis en ordre ses affaires et dans une grande misère. ». Ordinairement peu amène dans ses commentaires sur l’armée française, il reconnaît toutefois que Gilbert de Montpensier était un « homme de grande autorité et le premier capitaine que le roi emmena avec lui en Italie »104.
92Les rapports détaillés de Jacopo d’Atri, homme de confiance du marquis mandaté auprès de Gilbert, nous renseignent très minutieusement sur les derniers moments du comte. Arrivé à Pouzzoles, il ne peut que constater l’état très critique de Gilbert : après avoir été violemment secoué dans le bateau, le comte, fiévreux, a dû être déposé à terre. Une hémorragie est survenue si bien que les médecins le jugent perdu. Le comte s’exprime avec difficulté puis ayant reconnu l’ambassadeur, il l’assure qu’il ne manque pas de courage. Les médecins ont déjà commandé le plomb pour faire faire le cercueil et donné l’ordre de porter « ce très noble corps en France selon la volonté de sa seigneurie »105.
93Dans une missive datée du 16 novembre, Jacopo d’Atri annonce à François de Gonzague le décès de Gilbert en ces termes : « il a plu à Notre Seigneur Dieu de reprendre auprès de Lui l’illustrissime monseigneur de Montpensier qui mourut jeudi dernier dans la soirée à Pouzzoles. »106. Gilbert est décédé le 9 novembre, au milieu de ses soldats, qu’il avait refusé de quitter et l’ambassadeur témoigne que ses dernières paroles ont été un cri d’amour pour Claire : « le comte ne pense qu’à sa femme, il l’appelle continuellement et avec tant d’amour que cela dépasse toute mesure »107. Jacopo d’Atri exprime la profonde douleur qu’il a éprouvée en voyant le comte qui se mourait et il rend hommage aux qualités exceptionnelles d’un tel seigneur, un chef d’une telle bonté et d’un tel courage si bien que l’on peut dire qu’il fut l’un des plus valeureux de France. Le roi Charles VIII témoigne sa profonde reconnaissance « pour les grans et vertueux services »108 qu’il lui a rendus, ayant espéré qu’il lui en rendrait d’autres à l’avenir. En réponse à une missive du marquis lui annonçant le décès de son vice-roi à Naples, le roi s’engage à prendre Claire et ses enfants sous sa protection.
94Pourtant Jacopo d’Atri dénonce l’indifférence du souverain envers Gilbert de Montpensier. En dépit de sa promesse d’aller rendre visite au comte, il n’a pas tenu parole, se disant très occupé par l’entreprise de Naples et se contentant d’écrire à la reine de ne le laisser manquer de rien. Mais, constate avec amertume l’ambassadeur, « ni la reine ni personne d’autre ne vint lui rendre visite »109. Le 2 décembre, François de Gonzague écrit au roi de France évoquant la mort de Gilbert, qu’il qualifie d’« homme unique et excellent dans toutes sortes de vertus », avant de déclarer ensuite : « je rends un très grand témoignage pour avoir vu de mes yeux dans le Royaume de Naples les signes très évidents et les vrais effets de tant de persévérance, de foi et de constance [et] un gouvernement d’une très grande prudence dans les affaires de votre majesté très chrétienne ». Il sollicite la protection du roi pour sa sœur Claire et ses enfants, suppliant sa majesté de les accueillir « avec la tendresse qu’a méritée la fidélité de son mari et celle de leur père », enfin il lui demande d’autoriser son retour en France, ce que le marquis accepte volontiers, parce qu’il a toujours connu sa sœur comme « servante très affectionnée et très dévouée de sa majesté très chrétienne »110. François de Gonzague exhorte son neveu Louis à persévérer dans sa décision louable de se reposer sur sa mère car personne ne l’aime plus qu’elle, qui désormais lui servira de père et de mère à la fois avant de lui promettre sa faveur et sa protection.
95Gilbert est inhumé solennellement dans la cathédrale Saint-François de Pouzzoles. Et un mois plus tard ont lieu à Lyon les obsèques officielles auxquelles le roi tenait à assister et la cour « en parlait d’autant plus que Montpensier avait été l’objet de vénération »111. Le 15 décembre sont célébrées en grande pompe, dans l’église Saint-Jean entièrement drapée de noir, les funérailles du comte de Montpensier. Le cercueil représente le corps resté en Italie en attendant que la dépouille puisse être rapatriée. La cérémonie donne lieu à une mise en scène qui s’inscrit dans le cadre d’un spectacle à caractère baroque : « La chapelle ardente, formée autour du grand autel sous la direction du peintre Jean de Paris, brillait de deux cent vingt-cinq cierges et de cent torches portées par des pauvres ; sept princes conduisaient le deuil ; on disait la messe à dix-huit autels : trois cent trente sept écussons, grands ou petits, à l’écu de Montpensier ornaient l’église […] Saint-Malo donna l’absoute : Georges d’Amboise et l’évêque de Périgueux chantèrent deux grand’messes solennelles ». Le commentaire de l’historien justifie cette magnificence : « On devait bien donner à ce deuil une grande solennité : c’était le deuil de l’expédition. »112. Le marquis de Mantoue de son côté fait célébrer une messe pour la mémoire de son oncle Jean-François de Gonzague et pour celle de Gilbert son beau-frère. Le seigneur de La Trémoille et Gabrielle de Bourbon son épouse, sœur de Gilbert, organisent également une superbe cérémonie dans leur collégiale ainsi que dans toutes les églises de Thouars le 24 décembre 1496113. Trois ans plus tard, le 29 mai 1499, Claire de Gonzague fonde une messe à la mémoire de Gilbert114.
Notes de bas de page
1 Minute originale d’une lettre de Ludovic Sforza à Érasme Brasca, son ambassadeur en France datée du 23 décembre 1491 et destinée à être codée. [Reproduite dans Y. Labande-Mailfert, Charles VIII, op. cit., t. I, p. 212-213 et note 265].
2 Y. Labande-Mailfert, Charles VIII, ibid., p. 204.
3 René de Maulde-La-Clavière, Les origines de la Révolution française au commencement du XVIe siècle. La veille de la Réforme, E. Leroux, Paris, 1889, p. 224.
4 T. Godefroy, Histoire de Charles VIII, op. cit., p. 98.
5 J. Burchard, Diarium sive Rerum, op. cit., p. 138-140.
6 H. Forgeot, Jean Balue, cardinal d’Angers (1421?-1491), Bibliothèque de l’École des Hautes Études, fasc. 106, Bouillon, Paris, 1895, p. 129-132. Il s’agit du petit-fils du roi René.
7 Antonello de Sanseverino est prince de Salerne. Voir Paul Pélicier, Essai sur le gouvernement de la dame de Beaujeu (1493-1491), E. Garnier, Chartres, 1882, p. 168 et n. 3.
8 Antonello de Sanseverino à François de Gonzague, Amboise le 14 décembre 1493, ASMn, AG, b. 629, 148.
9 François de Gonzague à Claire de Gonzague, Mantoue le 20 octobre 1493, ASMn, AG, b. 2905, lib. 58r-v.
10 François de Gonzague à Gian Carlo et Antimaco Salimbeno, Goito le 13 janvier 1494, AsMn, AG, b. 2961 lib. 2, 70r. Toutefois le rôle d’espion joué par la comtesse de Montpensier est détecté dès mars 1494 par le duc de Milan Ludovic Sforza qui fait ouvrir sa correspondance.
11 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Moulins le 20 février 1494, AsMn, AG, b. 2109, 133.
12 T. Godefroy, Histoire de Charles VIII, op. cit., p. 98.
13 R. de Maulde-La-Clavière, Louise de Savoie et François Ier, trente ans de jeunesse (1485-1515), Perrin, Paris, 1895, p. 94-95 : « Les romans de chevalerie tournaient les têtes […]. La Légende dorée imprimée à cette époque par Vérard nous montre sur son frontispice Charles VIII dans les cieux parmi la cour céleste présenté à Dieu par Charlemagne […]. C’est cette idée de Charlemagne ou de mégalomanie qui mène Charles VIII en Italie pour conquérir le monde. ».
14 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Lyon le 10 juin 1494, AsMn, AG, b. 2109, 140.
15 Il s’agit du prestigieux Ordre de Saint Michel.
16 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Lyon le 25 avril 1494, AsMn, AG, b. 2109, 136. Gilbert de Montpensier à François de Gonzague, Lyon le 26 avril 1494, AsMn, AG, b. 626, 237. [Lettre transcrite par A. Baschet, « Quelques lettres » dans Notices et documents, op. cit., p. 288].
17 Mario Equicola, Dell’Istoria di Mantova, libri cinque, scritta in Commentari da Mio Equicola d’Alveto, Francesco Osanna stampator Ducale, Mantova, 1607, p. 229.
18 Niccolò da Correggio à Hercule d’Este, Lyon le 4 mai 1494, ASMo, Cancelleria ducale Estero, Ambasciatori, Agenti, Corrispondenti Estensi, b. I.
19 Alessandro da Baese à François de Gonzague, Lyon le 25 juin 1494, AsMn, AG, b. 629, 154.
20 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Lyon le 7 juillet 1494, AsMn, AG, b. 2109, 142.
21 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Lyon le 12 août 1494, AsMn, AG, b. 2109, 143.
22 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Lyon le 3 septembre 1494, AsMn, AG, b. 2109, 145.
23 Concernant ce voyage éprouvant voir Alessandro da Baese à François de Gonzague, Chambéry le 28 octobre 1494, ASMn, AG, b. 2190, 704. La comtesse a pris du retard dans son voyage car elle ne va pas très bien et elle est envahie par la mélancolie . Elle arrivera à Casale où elle prendra le bateau jusqu’à Borgoforte. Elle gardera 25 personnes auprès d’elle à Mantoue tandis que le reste de l’escorte repartira en France.
24 Huillard-Bréholles, op. cit., n° 7283, AN P 13761 cote 2616 : « Le XXIIIe jour de décembre l’an mil CCCC quatre-vings-quinze, le Roy estant à Lyon donna et octroya à madame l’archiduchesse de Cesse, comtesse de Montpensier, le lieu, terre et seigneurie de Somme, ensemble une granche et mestaierie estant ou royaume de Sicille près la ville de Napples ; lequieulx lieux estoient à la Royne et commanda les lettres neccesaires dudit don en estre faictes pour l’en faire joyr. Robertet ». Cédule originale sur parchemin.
25 Alessandro Luzio et Rodolfo Renier, « Francesco Gonzaga alla battaglia di Fornovo (1495) secondo i documenti mantovani », ASI, ser. V, t. 6, Vieusseux, Firenze, 1890, p. 205-246.
26 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue le 15 juillet 1495, ASMn, AG, b. 2110, 235. Le 6 juillet 1495, jour même de la bataille de Fornoue, le roi Ferrant d’Aragon rappelé par ses partisans, arrive devant Naples et le lendemain il pénètre dans la ville où il fait une entrée triomphale.
27 François de Gonzague à Claire de Gonzague, Casalegiano le 25 juillet 1495, ASMn, AG, b. 2961, lib. 4, 44v.
28 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue le 30 septembre 1495, ASMn, AG, b. 2110, 248.
29 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue le 24 juillet 1495, ASMn, AG, b. 2110, 238.
30 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue le 27 juillet 1495, ASMn, AG, b. 2110, 239.
31 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue le 23 août 1495, ASMn, AG, b. 2110, 243.
32 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue le 17 septembre 1495, ASMn, AG, b. 2110, 245. Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue, septembre 1495, ASMn, AG, b. 2110, 247.
33 Claire veille à maintenir constamment de bons rapports entre son frère et le roi : Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue le 22 octobre 1495, ASMn, AG, b. 2110, 252.
34 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue le 5 avril 1496, AsMn, AG, b. 2111, 410.
35 Marillac, op. cit., p. 144.
36 Son attitude répond au programme défini par Nicolas Machiavel dans Le prince. Voir l’édition de Gallimard, Paris, 1980, traduction de Gohory, prieur de Marcilly, qui parut en 1571, p. 107, chapitre XVIII « comment les princes doivent tenir leur parole ».
37 Commynes, Mémoires de Philippe de Commynes, Bernard Édouard de Mandrot, Picard, Paris, 1901-1903, 2 vol., p. 289. François Guichardin, Histoire d’Italie, trad. Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini, Robert Laffont, Paris, 1996, 2 vol., p. 76 : l’historien italien met en lumière au contraire une guerre nouvelle nourrie par la violence des assaillants français : « … ils prirent Fivizanno par la force, le mirent à sac tuant tous les soldats étrangers au lieu, qui se trouvaient à l’intérieur et de nombreux habitants : chose nouvelle, cause de grande épouvante pour l’Italie habituée depuis déjà longtemps à voir des guerres embellies de pompe et d’apparat et quasi semblables à des spectacles plutôt que des combats dangereux et sanglants. ».
38 Gilbert de Montpensier à François de Gonzague, Asti le 20 septembre 1494, AsMn, AG, b. 626, E. XV. n° 2. Lettre transcrite par A. Baschet « Notices et documents », op. cit., p. 289. Voir aussi François de Gonzague à Gilbert de Bourbon, Mantoue le 9 juin 1494, AsMn, AG, b. 2906, lib. 149, 70r.
39 J. Corrocher, Un plafond peint, op. cit.
40 François de Gonzague à Jacopo d’Atri, Gonzaga le 17 octobre 1494, AsMn, AG, b. 2906, lib. 153, 24v.
41 M. Equicola, op. cit., p. 228-229.
42 Gilbert de Montpensier à François de Gonzague, Naples le 29 mars « 1491 », [en réalité il s’agit plutôt de 1495 car la lettre est écrite de Naples], AsMn, AG, b. 626, 226].
43 Gilbert de Montpensier à François de Gonzague, Naples le 16 avril 1495, ASMn, AG, b. 629, 164.
44 L’issue du combat étant incertaine, chaque camp a revendiqué la victoire.
45 Jules de La Pilorgerie, Campagnes et bulletins de la grande armée d’Italie commandée par Charles VIII (1494-1495), Librairie Didier, Paris, 1866, p. 156-157.
46 Ibid., p. 176.
47 Ibid., p. 176-178.
48 Y. Labande-Mailfert, Charles VIII, le vouloir, op. cit., p. 294.
49 Gilbert de Montpensier à François de Gonzague, Naples le 10 mars 1495, ASMn, AG, b. 629, 163. Voir l’illustration dans Ferraiuolo, Una cronaca napoletana figurata del Quattrocento, éd. Ricardo Filangieri, Napoli, 1956, p. 40. Première entrée de Charles VIII à Naples en février 1495, New-York, Pierpont Morgan Library.
50 François de Gonzague à Charles VIII, Mantoue le 30 janvier 1495, ASMn, AG, b. 2961, lib. 3, 64v. Le marquis envoie M. de Ligone faire révérence au roi en son nom. François de Gonzague à Gilbert de Montpensier, Mantoue le 30 janvier 1495, ASMn, AG, b. 2961, lib. 3, 64v. Le marquis avertit Gilbert de la mission donnée à M. de Ligone.
51 Gilbert de Montpensier à François de Gonzague, Naples le 24 avril 1495, ASMn, AG, b. 626, 243. Anne est âgée de sept ans et le « fiancé » a dix ans. Ce projet n’aura pas de suite.
52 Ferraiuolo, Una cronaca, op. cit., p. 44. Seconde entrée de Charles VIII à Naples le 12 mai 1495. New-York, Pierpont Morgan Library.
53 T. Godefroy, Histoire de Charles VIII, op. cit., p. 147.
54 Ibid., p. 149.
55 F. Guichardin, Histoire d’Italie, op. cit., p. 131 et 160.
56 Commynes, Mémoires, op. cit., p. 233.
57 Marillac, Vie, op. cit., p. 128.
58 Ferrant II - fils d’Alphonse duc de Calabre et appelé Ferrandino - succède à son père en février 1495 mais il doit fuir devant les troupes françaises, le 22 juillet il débarque en Calabre et assiège les Français enfermés dans les châteaux de Naples puis reprend le pouvoir jusqu’au 7 octobre 1496.
59 Charles VIII, Lettres, op. cit., t. V, p. 32.
60 Commynes, ibid., t. II, p. 349. M. Sanuto, Diarii, op. cit., p. 265.
61 Menaud de Guerres au sénéchal Biochar, Ostie le 6 septembre 1496.
62 Boislille, « Notice biographique et historique sur Étienne de Vesc, sénéchal de Beaucaire pour servir à l’histoire des expéditions d’Italie » dans Annuaire-Bulletin de la Société d’Histoire de France, Paris, 1878 (t. 15), p. 265-285, 1879 (t. 16), p. 293-334, 1880 (t. 17), p. 225-274 et p. 274-309, op. cit., t. 19, p. 225-226 et note 3.
63 Commynes, ibid., p. 348.
64 Boislille, Notice, op. cit., p. 225-226 et note 3.
65 M. Sanuto, Diarii, op. cit., p. 265.
66 Jacopo d’Atri, Croniche del marchese di Mantova, ASL, t. VI, Gaetano Brigola, Milano, 1879, p. 511.
67 Gilbert de Montpensier à François de Gonzague, Castro Maris le 22 août 1496, AsMn, AG, b. 626, 253.
68 François de Gonzague à Jacopo d’Atri, Venise le 22 novembre 1496, AsMn, AG, b. 2111, 199, 200.
69 Boislille, Notice, op. cit., p. 227 : « quoique le haut rang de M. de Montpensier et son titre de beau-frère du marquis de Mantoue pussent lui faciliter une transaction ou une évasion, il voulut partager le sort de ses soldats et mourut au milieu d’eux, le 9 novembre. ».
70 Gilbert de Montpensier à François de Gonzague, Baïes le 24 octobre 1496, AsMn, AG, b. 626, 259. [La dernière lettre de Gilbert à notre connaissance].
71 Charles VIII, op. cit., t. IV, p. 313 : Lettre du roi au duc de Bourbon sans lieu ni date (octobre 1495).
72 F. Guichardin, Histoire, op. cit., p. 195.
73 Ibid., p. 215-218.
74 François de Gonzague à Jacopo d’Atri, Marmirolo le 21 octobre 1494, AsMn, AG, b. 2906, lib. 153, 65v.
75 Le « bon air » de la cité est à comprendre au sens affectif, la région de Mantoue étant au contraire connue pour son insalubrité en raison des nombreux marécages. Voir Giulio Supino, « L’ingegneria idraulica durante il Rinascimento Gonzaghesco » dans « Mantoue e i Gonzaga nelle civiltà del Rinascimento », op. cit., p. 429-430. En 1770 Mario Lorgna écrit un rapport concernant ce problème, attribuant l’insalubrité à la présence d’insectes nuisibles et de poissons morts accumulés au fond des lacs et à la putréfaction des roseaux.
76 François de Gonzague à Antonio Salimbeno, Mantoue le 10 décembre 1494, AsMn, AG, b. 2961, lib. 3, 51r-v.
77 Claire de Gonzague à Isabelle d’Este, Mantoue le 31 janvier 1495, ASMn, AG, b. 2110, 220.
78 Isabelle d’Este à François de Gonzague, Milan le 1er mars 1495, ASMn, AG, b. 2992, lib. 5, 19v, n° 78. Trois d’entre eux appartiennent à la famille maternelle de la marquise, respectivement son grand-père Ferrant I, son oncle, Alfonso II et son cousin, Ferrant II (Ferrandino).
79 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue le 19 juin 1495, ASMn, AG, b. 2110, 228.
80 La bataille de Fornoue a eu lieu le 6 juillet 1495. La victoire a été revendiquée par les deux parties. François de Gonzague à Claire de Gonzague, Fontanelli Agri Parmensis le 24 juin 1495, ASMn, AG, b. 2961, lib. 4, 12v-13r.
81 Isabelle d’Este à François de Gonzague, Mantoue le 5 juillet 1495, ASMn, AG, b. 2992, lib. 5, 51v-52r, n° 209.
82 Isabelle d’Este à Ludovic Sforza, Mantoue le 6 juillet 1495, ASMn, AG, b. 2992, lib. 5, 54, n° 220.
83 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue le 9 juillet 1495, ASMn, AG, b. 2110, 232.
84 François de Gonzague à Claire de Gonzague, Pavie le 12 juillet 1495, ASMn, AG, b. 2961, lib. 4, 30r.
85 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue le 12 juillet 1495, ASMn, AG, b. 2110, 234.
86 Décret d’Isabelle d’Este aux Mantouans, Mantoue le 16 juillet 1495, ASMn, AG, b. 2038, fasc. 8, 20.
87 Isabelle d’Este à Ludovic Sforza, Mantoue le 18 juillet 1495, ASMn, AG, b. 2992, lib. 5, 55v, n°227.
88 François de Gonzague à Claire de Gonzague, Casalogiano le 27 juillet 1495, ASMn, AG, b. 2961, lib.4, 40r.
89 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue le 1er août 1495, ASMn, AG, b. 2110, 240.
90 François de Gonzague à Claire de Gonzague, Goito le 18 décembre 1495, ASMn, AG, b. 2961, lib.4, 140v.
91 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue le 24 février 1496, AsMn, AG, b. 2111, 408.
92 François de Gonzague à Claire de Gonzague, Mantoue le 8 mars 1496, AsMn, AG, b. 2907, lib. 155, 32v. François de Gonzague à Claire de Gonzague, Fari le 12 mars 1496, AsMn, AG, b. 2907, lib. 155, 38r.
93 François de Gonzague à Claire de Gonzague, Castris apud Andretta, le 19 juin 1496, AsMn, AG, b. 2907, lib. 155, 88r.
94 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Revere le 12 juillet 1496, AsMn, AG, b. 2111, 421. Réponse de Claire aux propos de François sur Gilbert dans la lettre du 19 juin.
95 Concernant la Madonna della Vittoria, voir la lettre d’Isabelle d’Este, datée du 10 juillet 1495, citée dans A. Portioli, La chiesa, op. cit., p. 150-151.
96 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Mantoue le 12 mars 1496, AsMn, AG, b. 2111, 409.
97 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Revere le 1er septembre 1496, AsMn, AG, b. 2111, 424.
98 Claire de Gonzague à Isabelle d’Este, Revere le 24 septembre 1496, AsMn, AG, b. 2111, 435.
99 Claire de Gonzague à François de Gonzague, Revere le 30 septembre 1496, AsMn, AG, b. 2111, 437.
100 Isabelle d’Este à Élisabeth de Gonzague, Mantoue le 3 décembre 1496, AsMn, AG, b. 2992, lib. 8, 37r-v, n° 116.
101 F. Guichardin, Histoire, op. cit., p. 221. Commynes, Mémoires, op. cit., p. 350-351 : « Et ne croy point que de tout ce nombre revint jamais quinze cens personnes ». M. Sanuto attribue à la justice de Dieu le fait que de tous les Français qui restèrent à Naples, moins de la moitié retourna en France, ils étaient trois mille environ à embarquer.
102 Boislille, Notice, op. cit., p. 227.
103 Ibid. G. de Villeneuve, Mémoires, op. cit., p. 401 : aux termes du contrat le roi Ferrant « devait faire bailler navires à suffisance pour l’emmener lui et tous ses gens, chevaulx, bagues et harnoys en bonne seureté au réaume de France » et il « estoit tenu de faire bailler vivres audit seigneur de Monpensier et à tout son ost durant le temps qu’il estoit dit par l’appointement. » Mais il « feist mourir monseigneur de Monpensier par le mauvais traittement et longueur de temps qu’il le détint sur la mer et plusieurs autres gens de bien. ». Le poison avait été évoqué par Commynes Mémoires, op. cit., p. 350 et par Giovanni Antonio Summonte, Dell’Historia della città e regno di Napoli Antonio Bulifon, Napoli, 1675, p. 528. On rapporta que les Napolitains avaient empoisonné le vin des Français.
104 M. Sanuto, ibid., p. 388. La mort de Gilbert de Montpensier a été relatée par plusieurs historiens. Voir F. Guichardin, Histoire, op. cit., p. 221 ; B. Zambotti, Diario, op. cit., p. 263 ; A. Grumello, Cronaca dal 1467 ad 1529, éd. E. Colombo, Milano, 1856, p. 15-16 ; P. Giovio, Histoires de Paolo Giovio... sur les choses faictes et avenues de son temps en toutes les parties du monde, Denis Sauvage, Olivier de Harsy, Paris, 1570, livre IV, t. 1, p. 132.
105 Jacopo d’Atri à François de Gonzague, Naples le 7 novembre 1496, AsMn, AG, b. 807, 266-267.
106 Jacopo d’Atri à François de Gonzague, Sessa le 16 novembre 1496, AsMn, AG, b. 807, n° 273.
107 Jacopo d’Atri à François de Gonzague, Naples le 7 novembre 1496, AsMn, AG, b. 807, 266-267.
108 Charles VIII à François de Gonzague, Notre-Dame de la Balme le 11 décembre 1496, AsMn, AG, b. 626, 261. Transcrite dans Charles VIII, Lettres, op. cit., t. V, p. 109 et dans A. Baschet, Notices et documents, op. cit., p. 291.
109 Jacopo d’Atri à François de Gonzague, Naples le 7 novembre 1496, ibid.
110 François de Gonzague à Charles VIII, Mantoue le 2 décembre 1496, AsMn, AG, b. 2907, lib. 156, 44v-45r. L. G. Pélissier, « Lettre de condoléances de François de Gonzague, marquis de Mantoue pour la mort de Gilbert de Montpensier » dans Notes italiennes de France, Revue des langues romanes, Montpellier, 1893-1894, quatrième série, t. 7, XXXVII, p. 216-221.
111 Carlo di Biancheti à Ludovic Sforza, Turin le ? décembre 1496, ASMi, Potenze Estere Francia, cart. 558.
112 R. de Maulde-La Clavière, Louis XII, op. cit., t. III, p. 375. BnF, Comptes pour Gilbert (36r°-44r°).
113 Journal de Gabrielle et de Louis II de La Trémoille (décembre 1496), dans L. Vissière, Louis II, op. cit., p. 134.
114 AN Q1928 (copie).
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Claire de Gonzague Comtesse de Bourbon-Montpensier (1464-1503)
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