L’exil anglais du comte de Paris sous la IIIe République (1886-1894)
p. 77-92
Texte intégral
1À l’époque de la IIIe République, trois prétendants orléanistes se sont succédé : le comte de Paris (1838-1894), « Philippe VII », son fils Philippe, duc d’Orléans (1869-1926), « Philippe VIII », et son neveu Jean, duc de Guise (1874-1940), « Jean III ». Les deux premiers ont surtout résidé au Royaume-Uni1. Notre étude est fondée pour l’essentiel sur des mémoires d’aristocrates orléanistes, plus particulièrement les journaux secrets écrits par le marquis et la marquise de Breteuil, récemment publiés2. Ce couple très uni est intime de la famille du comte de Paris. Poussée par une phtisie galopante et par la curiosité politique, Constance de Castelbajac tient pendant quelques mois un journal « à chaud », que son mari, éploré après son décès précoce, poursuit pendant trois ans, en un devoir de mémoire. Les deux diaristes font preuve l’un et l’autre de dons d’observation aigus et de talents d’écriture remarquables. Les années 1885-1889 sont les années clés pour analyser l’exil anglais du comte de Paris.
2Tout au long du xixe siècle, l’Angleterre a été le refuge des souverains en exil, monarques renversés et prétendants en expectative de trône. Elle a accueilli successivement Louis XVIII à Londres à la veille de la Restauration, Charles X après les Trois Glorieuses au château royal de Hollyrood à Edimbourg, Napoléon III et Eugénie à Farnborough, enfin les Orléans durant toute la seconde moitié du xixe siècle. De toutes les familles royales en exil, la branche cadette des Bourbons est bien celle qui a le plus longuement bénéficié de l’hospitalité britannique. Plusieurs raisons à cela : la proximité géographique de l’Angleterre, une certaine parenté idéologique fondée sur le parlementarisme qui rapproche l’orléanisme du régime politique anglais, les souvenirs de l’Entente cordiale sous la Monarchie de Juillet, enfin une tradition familiale remontant à l’époque napoléonienne, puisque Louis-Philippe et ses frères Montpensier et Beaujolais avaient résidé à Highshot House, près de Londres. Lors de la Révolution de 1848, Louis-Philippe Ier et sa nombreuse famille trouvent naturellement refuge en Angleterre. Frappés par la loi d’exil et par les saisies de 1852 qualifiées de « premier vol de l’aigle », ils ne peuvent remettre le pied sur le sol français durant tout le Second Empire.
1. Louis-Philippe-Albert d’Orléans prétendant à la Couronne
3Le prétendant orléaniste, qui est-il ? Né au palais des Tuileries le 24 août 1838, Louis-Philippe-Albert est le fils du duc d’Orléans et d’Hélène de Mecklembourg-Schwerin. Le 24 février 1848, après l’abdication forcée de Louis-Philippe Ier, la duchesse d’Orléans avait vainement tenté au Palais Bourbon de faire proclamer le « prince royal de France ». Élevé par sa mère d’abord en Allemagne, ensuite en Angleterre, le jeune prince se passionne pour la cause anti-esclavagiste, et, durant la Guerre de Sécession, il combat avec son frère, le duc de Chartres, aux côtés des Nordistes : c’est ainsi qu’il prend part à la bataille de Graines’ Mill, le 27 juin 1862. Il y a été l’aide de camp du général George Mac Clellan et a tenu un carnet de notes, récemment édité3 ; puis, en mémoire de cet engagement libéral, il compose une monumentale Histoire de la guerre civile en Amérique, publiée en sept volumes4. À son retour d’Amérique, vu l’isolement des Orléans, il ne peut guère prétendre s’allier à une famille régnante ; aussi épouse-t-il sa cousine germaine, l’infante franco-espagnole Marie-Isabelle d’Orléans, fille du duc de Montpensier et de l’infante Luisa Fernanda, sœur de la reine Isabelle II. Le mariage est célébré à Kingston, près de Londres, en présence de la vieille reine Marie-Amélie, qui est la grand-mère des deux époux. L’abolition des lois d’exil le 8 juin 1871, suivie en décembre de celle des décrets de confiscation, permet aux Orléans de rentrer en France. Le comte et la comtesse de Paris s’installent avec leurs cinq enfants en leur château d’Eu en Normandie. Tous les Orléans rentrent au bercail, mais le duc de Nemours a la sage précaution de laisser ses meubles en Angleterre…
4Les événements entre 1871 et 1886 sont bien connus et ne méritent qu’un simple rappel : dans l’été 1873, la fameuse « fusion » de deux branches dynastiques marquée par la visite d’allégeance du comte de Paris à Frohsdorf et l’échec de la restauration dynastique dû à l’intransigeance du comte de Chambord, la consolidation de la République, l’attente tranquille du décès du prétendant légitimiste qui n’a lieu qu’en 1883. La plupart des légitimistes se rallient alors au comte de Paris et ce, d’autant plus facilement, que ce dernier amorce une évolution certaine : il s’éloigne des principes libéraux de l’orléanisme pour se poser en héritier de la tradition monarchique. Le choix de sa titulature est à cet égard révélateur : il n’est plus « Louis-Philippe II », il est « Philippe VII ».
5Cependant, en 1886, les espoirs des monarchistes sont durement frappés par la fameuse loi d’exil. Le 15 mai, en l’hôtel Galliera, actuel hôtel Matignon, obligeamment mis à sa la disposition par la duchesse de Galliera, le comte de Paris donne, à l’occasion des fiançailles de sa fille aînée Amélie avec le prince héritier de la couronne de Portugal, une somptueuse réception, orchestrée par les journaux monarchistes comme Le Figaro, Le Soleil ou Le Gaulois. 3 500 personnes défilent devant la princesse. Constance de Castelbajac la met en valeur : « Elle était superbe, tout en blanc et sans bijoux. Elle a tourné les têtes. »5 Dans les jours qui suivent, le comte multiplie maladroitement les « actes de prétendant », par exemple en se montrant avec sa fille et son futur gendre sur la Côte d’Azur, où il possède à Cannes la villa Saint-Jean, « volant de fête en fête ». Certes, il fait preuve de plus de prudence en refusant d’être accompagné à la gare, lorsqu’il part pour le mariage à Lisbonne. Mais il est trop tard, et, le 17 juin, Charles-Louis de Freycinet fait voter la loi dite d’exil, en un réflexe de défense républicaine. Et C. de Castelbajac d’ironiser sur « la grande conspiration du 15 mai où le comte de Paris a donné, aux yeux de toute la France, un verre de sirop aux personnes qui venaient dire adieu à sa fille ; tout cela méritait un prompt châtiment »6.
2. Le comte de Paris exilé outre-Manche
6Aussitôt, le comte de Paris obéit aux lois de la République : dès le 24 juin, il quitte son château d’Eu pour s’embarquer au Tréport, remarquablement noble et maître de lui. Nous disposons de plusieurs récits et surtout des articles de la presse conservatrice, L’Univers, Le Figaro et Le Gaulois. Le 25, ces deux derniers organes de presse publient à la une, en gros caractères, l’énergique Protestation du comte de Paris : « Contraint de quitter le sol de mon pays, je proteste, au nom du droit contre la violence qui m’est faite […]. La République a peur : en me frappant, elle me désigne. »
7Les journalistes décrivent la journée du départ en exil, avec un luxe de détails. Dès la veille, les trains dédoublés, surtout en provenance de Paris, ont déversé des foules au Tréport et à Eu. Le 25, de grand matin, le comte et la comtesse reçoivent affectueusement leurs serviteurs réunis, soit environ deux cents employés. À 11 heures, la foule, semblable à une marée montante, est admise dans le jardin, en une queue impressionnante. Le comte, la comtesse, leur fils aîné, la princesse Hélène se placent sur le perron et c’est le « shake hands d’adieu » pour 6 000 personnes – près de 10 000, surenchérit Le Figaro, qui relate : « Dans la foule, je pourrais dire qu’il y a tout d’Hozier »7 ; et d’énumérer les grands noms de la noblesse française. À 14 heures a lieu le départ en voitures vers le Tréport où 25 000 à 30 000 personnes sont massées sur les quais. Une grandiose ovation, qui dure un quart d’heure, salue le prétendant qui s’embarque sur un steamer anglais, le Victoria, loué pour la circonstance.
8Accueilli à Douvres par 2 000 personnes, le comte de Paris tient à répondre en anglais au discours de bienvenue du lord-maire. D’une voix un peu basse, il évoque l’émotion qui l’étreint, en mettant le pied sur un pays qu’il aime depuis longtemps. Dès son arrivée, le prince a eu la courtoisie de télégraphier à la reine la nouvelle de son arrivée. Le 28, il rejoint dans le Kent la petite ville d’eau de Tunbridge Wells, le « Vichy anglais », dans le wagon royal que le prince de Galles a eu la délicatesse de lui faire envoyer. Pendant plusieurs jours, Le Gaulois suit le prince à la trace, faisant état de tous ses faits et gestes, décrivant même dans le détail le mobilier des hôtels dans lesquels il descend. La rubrique, intitulée « Le courrier de l’exil » signale par exemple les retrouvailles des Orléans à Tunbridge au début de juillet, puis le séjour écossais à Glen Spean Bridge durant la deuxième quinzaine d’août8.
9L’exil anglais du prince est d’ailleurs l’occasion de s’intéresser à l’Angleterre ; par exemple Le Supplément littéraire du Figaro donne à la une la description de Tunbridge que l’abbé Antoine-François Prévost avait faite en son temps9. Toute cette presse conservatrice entretient donc le souvenir monarchique avec ferveur, constance et espoir ; les Orléans n’ont-ils pas laissé le château d’Eu en l’état, « comme s’ils devaient y revenir le lendemain » ? L’installation de la famille d’Orléans en Angleterre est l’occasion d’en brosser un portrait, surtout à partir des journaux privés des aristocrates de leur entourage, les Breteuil ou Alfred de Gramont, des journaux d’autant plus « fiables » qu’ils n’étaient pas destinés à publication. Les deux recueils de photos de famille conservés à la Bibliothèque nationale de France complètent l’information10.
3. Une famille aux personnalités variées
10Lorsqu’il est contraint au second exil, le comte de Paris, alors âgé de 48 ans, ne manque pas d’allure car il est grand, svelte, avec des traits réguliers et les yeux bleus des Orléans. Désormais, il porte la barbe, apparemment en signe de deuil. Cela dit, son aspect général est plutôt négligé et C. de Castelbajac le dépeint « mal mis, la cravate de travers et orné d’un chapeau qui semble devoir appartenir à son jardinier ». Mais il est capable de sursauts, comme on peut le constater en octobre 1885 au mariage de sa nièce Marie avec le prince Waldemar, fils de Christian IX de Danemark ; au banquet donné dans la grande galerie des Guise du château d’Eu, « les princes se sont retrouvés réellement princes, plein de dignité, de simplicité, d’aisance et de naturel »11.
11D’aspect peut-être plus germanique que français, c’est un homme réservé, pudique, voire austère, qui a le goût de l’étude et du travail de cabinet. D’esprit très juriste, il s’intéresse aux questions législatives et administratives. Il est instruit, voire cultivé, très curieux, doté d’une grande puissance de travail. Aimant l’écriture, il a publié deux ouvrages qui s’inscrivent dans la tradition sociale monarchique : en 1869 Les associations ouvrières en Angleterre (trade unions), et en 1878 De la situation des ouvriers en Angleterre. Il est intelligent, et Adolphe Thiers se trompe totalement lorsqu’il dit méchamment : « À dix mètres, il a l’air d’un Allemand ; à trois, d’un imbécile ! » Le problème, c’est que le comte n’est pas une personnalité impressionnante, comme le dit Castelbajac dans un portrait un peu sévère : « Il n’a pas d’air, pas de physionomie, rien qui accroche, on le sent honnête et loyal ; c’est là assurément une très grande chose, mais il me semble que l’honnêteté est plus à sa place chez un particulier que chez un prince… Son esprit est cultivé, mais ses idées sont tirées au cordeau, si raisonnables et tellement le contraire de l’inattendu que la promenade que l’on fait ressemble à une excursion que l’on se proposerait de faire dans un chemin vicinal. »12 Or c’est une orléaniste convaincue qui s’exprime, une aristocrate de grande lignée dont le mari, le marquis Henry Le Tonnelier de Breteuil, est un intime au service du prince, appartenant à son service d’honneur13 !
12Très différente est la comtesse de Paris, mère d’une nombreuse progéniture, forte personnalité souvent à la limite de l’extravagance ; ne fume-telle pas le cigare ? Ne chasse-t-elle pas comme un homme ? Le marquis de Breteuil, qui connaît bien le couple princier puisque, en compagnie de son épouse Constance, il a passé trois hivers consécutifs en Andalousie, en brosse un portrait tout à la fois fort et nuancé : « Quand on juge Madame la comtesse de Paris sur les apparences, quand on la voit presque habillée en homme, fumant sans discontinuer, buvant des verres d’eau-de-vie comme un officier de hussards, se servant d’expressions déplacées dans la bouche d’une femme, partant pour la chasse chaussée de bottes de marais avec son fusil en bandoulière, l’opinion qu’on s’en fait n’est guère favorable. Quand, après cela, on l’entend bousculer ses enfants, quand surtout on l’entendait maltraiter son adorable fille Madame Amélie, quand elle tranche et découpe avec des paroles d’autorité désagréable, quand elle s’exprime à la légère sur telle personne de sa famille comme le duc d’Aumale qu’elle devrait admirer, on n’est guère disposé à l’indulgence ! Mais, sous sa brusquerie, sous cet extérieur désavantageux, sous des airs d’indépendance inutile, il y a un grand cœur et les sentiments les plus nobles. Cette femme, qui parle quelquefois à tort et à travers, et qui n’est pas pour rien une princesse espagnole, est l’épouse la plus tendre, la meilleure : soumise d’avance à tous les désirs du comte de Paris, l’admirant, l’aimant, le respectant, l’encourageant toujours à ses devoirs de prince et de roi. Cette femme, enfin, à qui l’on peut reprocher en riant ses cigares, ses bottes et ses façons du matin, il faut l’avoir vue en grande toilette du soir, la tête couronnée de diamants, accueillant les rois, les reines, les princesses, avec sa grandeur et sa simplicité naturelle. » Une vingtaine d’années plus tard, Alfred de Gramont confirme ce portrait dans son journal intime : « La comtesse de Paris, qui a été une très bonne épouse, est bien coupable […]. Elle s’est contentée d’accoucher et de ne plus s’occuper de rien. En un mot, elle a été une épouse fidèle et modèle, et une mère très inférieure. »14
13Parmi les six enfants du couple princier, deux filles aux profils antithétiques, qui feront de beaux mariages, retiennent particulièrement l’attention. L’aînée, Amélie (1865-1951), n’a certes pas accompagné sa famille lors du retour en Angleterre, mais elle est toujours présente dans le souvenir des siens, et surtout des orléanistes qui approchent l’intimité de la famille princière. De taille impressionnante (1,82 m.), elle est assez jolie, intelligente, fine et particulièrement bonne. « La grande », comme on l’appelait en famille, aurait eu une enfance malheureuse, brutalisée qu’elle était par sa mère. Elle était toujours affublée de toilettes ridiculement simples et démodées : « On contrariait à plaisir ses goûts, et la pauvre enfant comptait les jours qu’elle avait encore à vivre sous le toit paternel en se demandant qui viendrait l’en tirer. »15 C’est finalement l’héritier de la couronne de Portugal, le futur Louis Ier qui la prend pour épouse ; il n’est pas à franchement parler le prince charmant, mais le mariage de 1886, qui la fait échapper au second exil anglais, lui ouvre les portes d’un pays qu’elle aime ensuite passionnément. Avec son immense bonté, Amélie de Portugal, la Cendrillon des Orléans, conserve toute sa vie un tourment : avoir été la cause immédiate de l’exil de sa famille.
14La cinquième enfant du couple princier, la princesse Hélène (1871-1951), née à Twickenham à la fin du premier exil, qui épouse le deuxième duc d’Aoste, ne suscite pas le même élan de sympathie que sa sœur aînée, quoique « très belle et ambitieuse »16. « Elle est jolie de figure, côté Orléans, blonde, blanche et les traits fins. Malheureusement je la crois moins bien douée au moral. Elle est très maligne et intelligente ; mais elle est méchante, moqueuse et, je m’en suis aperçue bien des fois à Villamanrique qu’elle avait des instincts de cruauté, d’égoïsme et de violence qui m’ont véritablement effrayée. »17 Chez la séduisante et originale princesse Hélène, la diariste semble avoir perçu cette part d’ombre qui l’amène plus tard à défendre le fascisme italien avec tant d’énergie que la famille d’Orléans finit par rompre avec elle.
15À l’époque du second exil anglais, pour importantes que soient les princesses à marier comme pions sur l’échiquier européen, tous les regards convergent vers le jeune duc Philippe d’Orléans, le seul des Orléans avec son père à être frappé par la loi d’exil. Au sortir de l’école militaire de Sandhurst en bon rang, le jeune homme demande à être muté dans les King Royal Rifles, les chasseurs à pied dans l’Himalaya. « Ce pays me tentait – écrit-il –, c’était l’Orient, c’était l’inconnu ! Mes débuts furent intéressants. J’eus l’occasion de faire une pointe dans le Sikkim sur la route de Lhassa. Ma compagnie était à Chakrata. J’y passai deux ans, consacrant les heures que mon service laissait libres à explorer les montagnes de la frontière tibétaine. Ensuite, je fus désigné pour rejoindre un autre bataillon en Angleterre. »18 Rentré à Londres en avril 1889, il ne tarde pas à quitter le service, malgré des goûts militaires qu’il conservera toute sa vie. Philippe avait été un enfant empâté et mal tourné. Celui que l’on appelait « Petit », désespérait tout le monde par son embonpoint et sa petite taille. Breteuil, qui le rencontre le 3 mai, est stupéfait de la transformation. Il est devenu un jeune homme mince, élégant, terriblement séduisant : « Il a en effet ce don que la nature a refusé à la plupart des siens, la séduction. »19 Breteuil devient alors en quelque sorte le mentor du prince qui collectionne les conquêtes féminines : « Soyez élégant. C’est bête, mais c’est la condition principale pour plaire à ces snobs d’Anglais. Le prince de Galles n’a pas pour le comte de Paris la considération qu’il lui doit, parce qu’il trouve ses habits mal faits et ses chapeaux râpés. »20
16De fait, l’exil anglais a changé avantageusement l’héritier, qui passe opportunément de La Belle Jardinière, le grand magasin parisien du prêt-à-porter, aux meilleurs tailleurs de Saville Row. Grand, beau, séduisant, avenant, le duc d’Orléans « a tout pour réussir, tout ce qui manque à son père : c’est un Bourbon de la race d’Henri IV et un délicieux Français de 1889 »21. En mai 1889, Breteuil amène le jeune duc aux courses de Kempton, élégamment habillé, avec un gardénia à la boutonnière22. Tous ceux qui l’approcheront de près sont conquis : par exemple, le docteur Joseph Récamier qui, durant trente-cinq ans à son service, ne tarit pas d’éloges sur la bonté naturelle, le charme, l’ouverture d’esprit de cette « âme si française ».
17Philippe d’Orléans est bien le « joker » des Orléans, l’espoir, le sang neuf de la famille du comte de Paris, une famille bourgeoise, trop platement bourgeoise, noyau du clan Orléans qui en fait n’est uni qu’en apparence. Castelbajac se moque gentiment des « habitudes les plus rurales » de ces bons princes qui, à Eu, « se lèvent avec le coq et se couchent en même temps que les poules ». En bref, ce sont des princes qui ne semblent faits que pour la vie bourgeoise qu’ils mènent23.
18Ces Orléans au sens large constituent une famille unie, mais peut-être unie seulement en apparence. Breteuil en veut pour preuve l’aversion que la comtesse de Paris porte au duc d’Aumale, et aussi l’incompréhension croissante entre le comte de Paris et son fils aîné. Récamier le confirme en écrivant plus tard : « Je n’ai jamais rencontré d’intérieur où la vie fût plus calme et plus heureuse en apparence. »24 Il faut reconnaître que, tout en aimant son neveu, tout en se montrant généreux à son égard, le très brillant Aumale joue un jeu personnel. Très critique à son égard, Castelbajac ne voit « dans le prince le plus remarquable de son temps » qu’un Janus à deux visages, un parfait égoïste « dont le malheur a racorni les sentiments au lieu de les élever, accroché à son palais, son argent, son indépendance »25.
19Prudemment, Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822-1897), n’a pas assisté à la grande réception de l’hôtel Galliera. La vague ne l’en rattrape pas moins lorsque, le 13 juillet, le glorieux militaire est rayé des contrôles de l’armée. Il achète alors à Londres pour 45 000 livres, près de Hyde Park, un très bel hôtel particulier, Moncorvo House, dans lequel il installe une partie de ses trésors de Chantilly26. C’est dans ce cadre raffiné que, le 18 juin 1887, il donne un dîner à une vingtaine de convives « plus ou moins couronnés », à l’occasion du jubilé de la reine. Il est donc parfaitement intégré, fréquente les plus hautes personnalités, accepte les invitations dans les châteaux27. Finalement, il est autorisé à rentrer en France en 1889.
4. La vie des Orléans en Angleterre
20En 1886, comment s’est passée la réinstallation de la famille du comte de Paris en Angleterre ? Les Orléans y retrouvent des habitudes anciennes et aussi des demeures de famille. Leur pratique de la langue anglaise facilite leur réinsertion, tant du point de vue matériel que du point de vue mondain ; depuis Louis-Philippe, les Orléans ont une solide connaissance de la langue de Shakespeare. Une fois monté sur le trône, Louis-Philippe qui, dans ses années de tribulations à l’époque révolutionnaire et sous l’Empire, avait vécu aux États-Unis et en Angleterre, dédaignait la lecture des périodiques français, même du Journal des débats, et ne lisait que le Times28. Il avait imposé à ses fils l’apprentissage précoce des langues étrangères, surtout l’anglais. Initié dès l’âge de six ans, Aumale cachait dans son pupitre de collège des romans de Walter Scott. Plus tard, c’est en anglais qu’il tient souvent son journal, par pudeur. Quant au petit-fils aîné, le comte de Paris, il a acquis assez tôt de l’anglais une connaissance à la fois scolaire et pratique : au décès de sa mère en 1858, il a vécu aux côtés de sa grand-mère, la reine Marie-Amélie, jusqu’au décès de cette dernière en 1866. Enfin, son fils aîné, le duc d’Orléans, est pratiquement polyglotte : il a une bonne connaissance de l’allemand, de l’espagnol, de l’italien, langues fort utiles dans ses pérégrinations européennes, et parle couramment l’anglais.
21Le malheureux retour en Angleterre, après quinze ans passés en France, est facilité par les demeures que les Orléans y possèdent ou louent. Ils y ont même une demeure d’éternité, leur Saint-Denis, ou plus exactement leur Dreux, en la chapelle Saint-Charles Borromée, à Weybridge, dans le Surrey. Située à 4 km de Claremont House où Louis-Philippe et Marie-Amélie ont résidé jusqu’à leur mort, cette chapelle est devenu la nécropole des Orléans en exil. Louis-Philippe et Marie-Amélie y reposent alors et, en 1894, le comte de Paris y est inhumé.
22Pendant la Révolution, Richmond avait été un lieu de regroupement très apprécié des émigrés. Dans le borough of Richmond upon Thames, la liste des demeures occupées durant trois quarts de siècle par les Orléans est impressionnante : Bushey House, Camborne House, Highshot House, Morgan House, Mount Lebanon House, Orleans House, Sheen House, York House. Certaines ont été rasées, comme Orleans House en 1926 ; d’autres subsistent et sont l’objet d’un renouveau d’intérêt. Du point de vue historique, les plus importantes sont Orleans House et York House. Orleans House, à Twickenham, a été louée par Louis-Philippe de 1815 à 1817 et il lui a laissé son nom. En 1852, la reine Marie-Amélie l’a achetée, et son fils le duc d’Aumale la possède de 1855 à 1877, date à laquelle il la vend, après l’avoir occupée jusqu’en 1871. Mais, en 1864, le duc d’Aumale a acheté une maison voisine, également située à Twickenham, nommée York House, pour son neveu, le comte de Paris. Toutes ces maisons sont des demeures bourgeoises et non princières, valorisées par l’environnement des parcs et la proximité de la Tamise. Gramont dépeint Orleans House en 1895 comme « une grande maison anglaise, pas jolie, délabrée »29. En 1886, c’est à Sheen House que le comte de Paris s’installe en location. Il reste jusqu’en 1892 dans cette mansion qui, antérieurement, avait été occupée par son oncle Nemours, et ses enfants Eu et Alençon. L’installation est au demeurant simplement bourgeoise, comme le constate Breteuil en juin 1887 : la maison n’est pas grande, mais confortable, un rez-de-chaussée suffisant et un joli parc qui donne presque sur celui de Richmond.
23Quelles sont les occupations du comte de Paris en exil ? Il travaille et il reçoit beaucoup, surtout des royalistes venus tout exprès de France. Mais son activité favorite est bien la chasse, qui l’inscrit dans la grande tradition des Bourbons. On le voit en mars 1888 participer à une chasse à courre chez le prince de Galles à Sandringham. Cependant c’est la chasse à la grouse qui a sa préférence : chaque année, il chasse la grouse en Écosse pendant parfois plusieurs semaines, et il loue un moor. Par exemple, en août 1888, il séjourne aux bords du loch Kennard, dans le Perthshire. Située dans un endroit très pittoresque, entourée de sapins, Loch Kennard Lodge est agrandie par le prince : au shooting-box trop exigu, il fait ajouter des éléments préfabriqués, des pièces complémentaires en tôle. Certes, les chambres sont petites, mais très confortables ; le grand salon et le fumoir lambrissés de pin vernis offrent des espaces de sociabilité.
24La compagnie comprend une quinzaine de personnes, dont la princesse Hélène, Robert d’Orléans, duc de Chartres, frère du comte de Paris, accompagné de son fils Jean, le duc Louis de La Trémoille, Bernard d’Harcourt, le prince de Léon, le marquis de Breteuil. De sa voix tonitruante, Madame régente les domestiques avec efficacité. Dès 7 heures du matin, tout le monde est sur pied de guerre ; à 8 heures, on déjeune dans la salle à manger d’une soupe à l’oignon ; dès 9 heures, on part en voiture, puis on chasse à pied toute la journée avec seulement une interruption d’une heure pour le lunch. On rentre à 18 heures, on se lave et on s’habille, mais discrètement, car l’habit est proscrit. On dîne à 19 heures, puis on joue au bésigue, au piquet aux échecs, jusqu’à 21 h30, heure du coucher général. « Dans cette vie de campagne, le comte et la comtesse de Paris, qui l’aiment par-dessus tout et qui savent si bien l’organiser, apparaissent sous leur vrai jour : tous aimables, simples à l’excès. »30
25Le prétendant ne quitte l’Angleterre que pour séjourner longuement en Andalousie dans la magnifique propriété de sa femme, à Villamanrique de la Condesa, où il s’adonne aux plaisirs de la chasse dans la Marisma, le delta sauvage du Guadalquivir. Près du Guadalquivir, la maison blanche datant du xviiie siècle est construite autour d’un patio mauresque ; elle est entourée d’un très beau jardin, au cœur d’un domaine de 12 000 hectares de forêts. Exceptionnellement, en une démarche politique, il fait un voyage à Ems, en Allemagne, pour rencontrer quasi clandestinement la duchesse d’Uzès, dans une auberge de Coblence31. Jusque-là, son audace s’était limitée aux Iles anglo-normandes, avec un voyage à Jersey pour rencontrer ses fidèles bretons, le 26 juin 1887.
26Une fois réinstallé en Angleterre, le comte de Paris confirme le virage conservateur qu’il a amorcé en France comme le montrent les longues Instructions de Mgr le comte de Paris aux représentants du parti monarchiste en France, véritable programme de gouvernement, voire future charte. C’est une synthèse complexe, proche de la constitution de 1852, qui certes conserve le suffrage universel, mais refuse le parlementarisme pur32. Plus tard, dans son Enquête sur la monarchie, Charles Maurras ne manque pas de saluer avec effusion ce changement de cap33.
27Avec constance, le prétendant maintient les contacts avec les comités par son très fidèle frère, par plusieurs membres de son service d’honneur qui font régulièrement le va-et-vient, par sa correspondance personnelle, par la diffusion de factums, par l’envoi de photos signées voire dédicacées, réalisées par Stanislas Walery, le photographe de la reine34. En France, la loi d’exil hâte la structuration partisane. À l’occasion, le comte de Paris ose s’exprimer dans la presse britannique, par exemple avec cette lettre ouverte publiée dans le Times le 15 mai 1886. Durant l’été 1886, depuis sa résidence de Sheen House, il forme un comité d’union royaliste, dit « conseil des Sept », composé à la fois de collaborateurs personnels, comme Émile Bocher, Ferdinand Duval et Lambert de Sainte-Croix, de personnalités proches de l’ancien orléanisme, comme les ducs Gaston d’Audiffret-Pasquier et Albert de Broglie, et de légitimistes ralliés, comme Pierre Cazenove de Pradines, ancien collaborateur du comte de Chambord, ou le duc François-Marie de La Rochefoucauld-Bisaccia. Son rôle est d’aider le comte à préparer un programme politique35.
28Le comte de Paris ébauche même une véritable politique européenne, marquée par une timide reprise de contact avec l’Allemagne et une tentative d’ouverture vers la Russie. L’envoi du très russophile marquis Henri de Breteuil à Saint-Pétersbourg anticipe sur la future alliance franco-russe. Outre-Rhin, le prince de Galles introduit le prétendant auprès de son beau-frère, le prince impérial Frédéric, désireux de rompre avec la ligne dure bismarckienne.
29Face à la couronne anglaise, le positionnement du prétendant est favorisé par les alliances dynastiques périphériques du xixe siècle entre Orléans et Saxe-Cobourg. Le prince de Galles a une réelle estime pour le comte de Paris, en dépit de son côté trop bourgeois. Le marquis de Breteuil note qu’il « est traité mieux qu’aucun prince exilé n’a jamais été. Il n’y a pas de fête sans lui »36. Ainsi, en 1887, lors du grand dîner de gala que le prince de Galles donne pour le jubilé de la reine Victoria, le prétendant français est présent avec les soixante princes étrangers, rois et princes héritiers. Le futur Édouard VII n’en conserve pas moins son sens critique : il déplore en particulier les Instructions qui risquent de provoquer des difficultés avec la République française.
30On est d’ailleurs en pleine ambiguïté. Breteuil est, dans les années 1888-1889, l’agent politique du comte de Paris en Angleterre. Parlant couramment anglais, il fraye avec la haute aristocratie, rencontre souvent lord Robert Cecil of Salisbury, lord Randolph Churchill, le comte de Fife ou le comte d’Ilchester. C’est même en compagnie de ses amis, lord et lady Churchill, les parents du futur premier ministre, qu’il part en Russie. Cela ne l’empêche pas d’être passablement anglophobe : « Grande nation, j’en conviens, mais dont je déteste l’esprit mercantile et sournois, et où il ne faut chercher aucun sentiment chevaleresque. Quand donc aurons-nous cette occasion que j’appelle de tous mes vœux de régler avec elle nos comptes arriérés, de récapituler nos griefs et de la lâcher une bonne fois » ! Contempteur de l’égoïsme britannique, Breteuil en vient à penser que, dans l’hypothèse d’une restauration, le gouvernement britannique a un projet sur le comte de Paris, celui « de l’absorber, l’angliciser »37.
31Castelbajac stigmatise quant à elle la mollesse du comte de Paris, la « grande andouille » chez qui tout est « tiède ». En revanche, Madame, lassée des hésitations de son mari, entouré de théoriciens et de « burgraves », souffre de l’inaction politique. « On meurt en exil » se lamente-t-elle, bien décidée à tenter quelque chose avec le général Georges Boulanger. Londres apparaît alors comme l’arrière-scène de la tragi-comédie du « brav’ général ». En France, la division des orléanistes et des anciens légitimistes à propos de Boulanger n’aide pas le pusillanime et trop réfléchi comte de Paris que la duchesse d’Uzès vient même relancer en Angleterre. Il n’est pas jusqu’à Boulanger lui-même qui ne vienne se montrer à Londres, où il suscite une grande curiosité. Aux courses de Kempton, le 11 mai 1889, le prince de Galles le rencontre, mais prudemment, derrière les tribunes38. Lassée des tergiversations du prétendant, la duchesse d’Uzès finit par s’écrier : « Je vais faire la monarchie sans le comte de Paris ! » Avançant à reculons, le prétendant finit par accepter l’engagement financier très lourd de l’enthousiaste duchesse et d’un banquier israélite, le baron de Hirsch, mais il s’oppose à une marche sur l’Élysée.
32Au sortir de la crise boulangiste, le comte de Paris se trouve dans un désarroi d’autant plus grand qu’en 1892 l’encyclique Au milieu des sollicitudes amorce le ralliement des catholiques à la République. Son fringant héritier tente alors d’occuper le vide en se lançant dans une aventure risquée. Sans que son père soit au courant, il entre illégalement en France et, le 2 février 1890, il se présente à Paris pour se faire incorporer. Le soir même, il est arrêté chez son ami, le duc de Luynes, et il est incarcéré à la Conciergerie, où, les jours suivants, Luynes lui fait livrer des repas somptueux que la presse républicaine se plaît à détailler. Le prince déclare alors qu’il ne demande que la gamelle du soldat. L’expression connaît un immense succès et vaut au duc d’Orléans le surnom populaire de « prince gamelle » qu’il gardera toute sa vie. Transféré à Clairvaux, il est assez rapidement élargi par une grâce du président Sadi Carnot et expulsé du territoire national. En fait, cet épisode non dépourvu de panache ne nuit en rien à la réputation du prince, qui est nouveau en politique et qui bénéficie d’un préjugé favorable. Byrne, le photographe des Orléans à Richmond, tire un cliché qui est tout un programme : Philippe, en costume de ville (et non de prisonnier), est assis sur une chaise, le coude appuyé sur un table, la main soutenant le menton, le visage rêveur. La photo qui daterait de 1891, est légendée : Clairvaux, 1890, un rêve de l’avenir39.
33Cet avenir s’entrouvre pour celui que Léon Daudet appelle « le prince des princes »40, avec le décès du comte de Paris, le 8 septembre 1894, à Stowe dans le Buckinghamshire, imposante résidence quasi royale, passablement délabrée, entourée d’un magnifique parc paysagé, qu’il loue. « Château immense et triste comme la mort », se lamente Gramont41. Dans une note intime, Aumale écrit à propos de la mort de son neveu : « Sa fin est grande, stoïque et chrétienne. C’est une belle âme, un homme de bien, de grand mérite et de grand courage qui va disparaître. On ne l’a pas connu. »42 En l’absence d’un général Monck43, l’espoir d’une restauration s’estompait. Il faut dire que, dès 1888, le prince de Galles ne croyait plus guère à l’avènement de « Philippe VII », tout en l’appelant de ses vœux.
Conclusion
34Estampillés au sceau de l’éphémère Entente cordiale de 1843, les Orléans constituent l’une des dynasties européennes les plus anglicisées au xixe siècle et le Royaume-Uni accorde une hospitalité généreuse aux princes exilés de la branche cadette des Bourbons. Mais l’anglicisation des Orléans n’est qu’une façade et ils se veulent princes français. Ils parlent en anglais, mais ils pensent en français44. L’exil anglais des Orléans sur la longue durée séculaire (du début du xixe siècle aux années 1920) est un phénomène complexe et évolutif. Le très estimable et peu charismatique comte de Paris qui réside en Angleterre sous le Second Empire, puis de 1886 jusqu’à sa mort en 1894, est un jalon essentiel de cette évolution. L’héritier de l’orléanisme libéral, qui s’était passionné pour la cause des esclaves, revêt paradoxalement l’habit légitimiste lorsqu’une monarchie parlementaire l’accueille en un exil forcé.
35Entre l’Angleterre et le prétendant, les rapports ne peuvent être qu’ambigus. D’un côté, le gouvernement anglais ne joue-t-il pas un jeu trouble, avec projet de manipulation ultérieure ? De l’autre, le prétendant et son entourage ne sont-ils pas guidés par la célèbre ingratitude des Bourbons ? Il est difficile de répondre. Déjà en 1861, dans un pamphlet intitulé Les d’Orléans à Londres, un bonapartiste, stigmatisant les « flagorneries » du duc d’Aumale à l’égard de l’Angleterre, s’écriait : « Prince d’Orléans, vous êtes toujours les mêmes. Vous étiez anglais à Paris, vous êtes anglais à Londres… »45.
36De toute évidence, le discret comte de Paris a pâti de la situation inconfortable des monarques en exil. Et le marquis de Breteuil de conclure que « les exilés ont tort et les égards dont ils sont l’objet leur font peut-être mieux sentir la fausseté de leur situation »46. À cette position d’entre-deux, s’est ajouté le caractère destructeur de l’exil, que Gramont juge source d’affaiblissement, tout particulièrement en « un pays gris et brumeux »47.
Philippe d’Orléans, comte de Paris

La princesse Marie-Isabelle d'Orléans, le jour de ses noces avec le comte de Paris en 1864

Philippe, duc d'Orléans, et Hélène d'Orléans, duchesse d'Aoste

Byrne photograph, Richmond
Marie-Isabelle d'Orléans, comtesse de Paris

Byrne photograph, Richmond
Le prince Philippe, « duc d'Orléans », en 1910

Le duc d’Aumale, photographie en 1870 par Appert

Orleans House, Twickenham

Notes de bas de page
1 Voir Hervé Robert, Les princes d’Orléans : une famille en politique au xixe siècle, Paris, Économica, 2007. Georges Poisson, Les Orléans, une famille en quête d’un trône, Paris, Perrin, 1999.
2 Constance de Castelbajac, Journal de Constance de Castelbajac, marquise de Breteuil, 1885-1886, présenté par Eric Mension-Rigau, Paris, Perrin, 2003. Marquis Henri de Breteuil, Journal secret, 1886-1889, présenté par Dominique Paoli, Paris, Mercure de France, 2012.
3 Voyage en Amérique, 1861-1862 : un prince français dans la Guerre de Sécession, Philippe d’Orléans, comte de Paris, Paris, Perrin, 2011 (655 pp.).
4 Louis-Philippe-Albert d’Orléans, comte de Paris, Histoire de la Guerre civile en Amérique. 1°. L’armée américaine. La Sécession. La première lutte ; 2°. Le premier automne. Le premier hiver ; 3°. Richmond. La guerre navale. Le Maryland ; 4°. Le Kentucky. Le Tennessee. La Virginie. La politique ; 5°. La guerre sur le Rapidan. Le Mississipi ; 6°. La Pennsylvanie. Le troisième hiver ; 7°. Le Haut Tennessee. Le siège de Chattanooga. Le troisième hiver (incomplet), Paris, Lévy frères, 1874-1896 (disponibles sur Gallica).
5 C. de Castelbajac, Journal, op. cit., p. 216.
6 Ibidem, p. 230.
7 Le « D’Hozier » est l’Armorial général de France : recueil officiel dressé en vertu de l’édit royal du 20 novembre 1696, par Charles d’Hozier, publié d’après les manuscrits conservés au Cabinet des titres... par provinces et généralités, sous la dir. de M. de La Roche-Lambert-Moins, Paris, Librairie des Archives de la noblesse, 1903.
8 Le Figaro, 13 août 1886.
9 Le Figaro, supplément littéraire, 3 juillet 1886. Les pages de l’abbé Prévost sont extraites de ses Mémoires et aventures d’un homme de qualité (1728-1731). Entre l’homme de lettre et le prétendant, il y a une parenté : l’exil. L’abbé Prévost, frappé par une lettre de cachet, ne se désigne-t-il pas lui-même Prévost d’Exiles ?
10 BnF, site Gallica, recueils photos des Orléans, 1860-1890, 1870-1890.
11 C. de Castelbajac, Journal… op. cit., p. 89.
12 Ibidem, p. 214
13 Sur le Service d’honneur des prétendants orléanistes, voir Philippe Loupès, « Le Service d’honneur du duc d’Orléans, “Philippe VIII” ou la dernière mort de la cour de Bourbons de France », in José Martinez Millan (dir.), La Corte de los Borbones : Crisis del modelo cortesano, actes du colloque de Madrid de décembre 2011, Madrid, Polifemo, 2013, pp. 18-35. Breteuil est député monarchiste des Hautes-Pyrénées de 1877 à 1892 ; sa première épouse, Constance de Castelbajac, décède en 1886.
14 L’ami du prince. Journal inédit d’Alfred de Gramont, 1892-1915, présenté par Éric Mension-Rigau, Paris, Fayard, 2011, p. 491.
15 H. de Breteuil, Journal, op. cit., p. 89.
16 Alfred de Gramont, L’ami du prince, op. cit., p. 49.
17 C. de Castelbajac, Journal…, op. cit., p.180.
18 Cité par Docteur Récamier, L’âme de l’exilé. Souvenirs des voyages de Monseigneur le Duc d’Orléans, Paris, Plon, 1927, p. 43.
19 H. de Breteuil, Journal, op. cit., p. 314.
20 Ibidem, p. 34.
21 Ibidem, p. 323.
22 Le prince est photographié ainsi par Walery. BnF, Gallica, recueil Orléans, 1870-1890, fo.16.
23 C. de Castelbajac, Journal, op. cit., p. 72.
24 Récamier, L’âme de l’exilé, op. cit., p. 7.
25 C. de Castelbajac, Journal, op. cit., p. 147.
26 Moncorvo House a été construite en 1878 par l’architecte écossais John Macvicar Anderson pour Albert Sandeman, de la grande famille liée au porto et au sherry. Elle est de style Renaissance, en briques avec des chaînages de pierre. Les pièces de réception sont de style néo-géorgien. Aumale y installe l’éclairage électrique, fourni par un générateur privé d’Edison et Swan. Après son retour en France, il vend la demeure en 1890. Moncorvo House a été démolie en 1964.
27 Ernest Daudet, Le duc d’Aumale, 1822-1897, Paris, Plon, 1898, p. 119.
28 Anne Martin-Fugier, Louis-Philippe et sa famille, Paris, Perrin, 2012, p. 112.
29 A. de Gramont, L’ami du prince, op. cit., p. 59.
30 H. de Breteuil, Journal, op. cit., p. 266.
31 Ibidem, p. 248.
32 Henri Robert, L’Orléanisme, Paris, PUF, collection « Que sais-je ? », 1992.
33 « Né au milieu des erreurs révolutionnaires et parlementaires, ce prince retrouva l’esprit de la tradition monarchique, telle que le comte de Chambord l’avait formulée. Héritier d’Henri IV, Philippe VII nous sa laissé à défaut d’un règne effectif, de si profondes théories de la monarchie nationale, qu’elles sont admirées et méditées par tous les esprits compétents. »
34 Stanislas Walery (1863-1935) est installé à Londres, sur Regent Street. Entre 1888 et 1896, le studio réalise une remarquable série de Celebrity Portraits. Une photo de Walery représente le comte, tenant négligemment un livre entrouvert, assis sur un fauteuil Renaissance de forme curule.
35 Daniel de Montplaisir, Louis XX, petit-fils du Roi Soleil, Paris, Jacob-Duvernet, 2011, p. 302.
36 H. de Breteuil, Journal, op. cit., p. 127.
37 Ibidem, pp. 103 et 128.
38 La rencontre est brève, mais très cordiale. « Le prince avait sa figure la plus aimable ». En partant, Boulanger était rayonnant. Et Breteuil de conclure « Le voilà sacré ! Mais il faudra qu’il revoie ses vêtements, car il était bien mal habillé : un chapeau râpé, une cravate flottante, un jonc acheté au décroche-moi-ça, l’air d’un vrai cabotin. Nous le payons assez cher pour qu’il soigne les détails » (ibidem, p. 329.)
39 BnF, Gallica, recueil de portraits de la famille d’Orléans, 1870-1890, f.18.
40 Léon Daudet, Au temps de Judas, Paris, 1920.
41 A. de Gramont, L’ami du prince, op. cit., p. 31.
42 Cité par Raymond Cazelles, Le duc d’Aumale, prince aux dix visages, Paris, Taillandier, 1984, p. 460.
43 Le général George Monck (1608-1670), commandant en chef des troupes en Écosse, négocia avec Charles II le rétablissement de la monarchie en 1660.
44 Formule utilisée par Alfred Cuvillier-Fleury, dans son discours de réponse au duc d’Aumale, lors de la réception de ce dernier à l’Académie française, le 4 avril 1873.
45 Comte Sylvestre de Buisson d’Aussonne, Les d’Orléans à Londres. À Mr le duc d’Aumale, Paris, E. Dentu, 1861, p. 15. Il ne manque pas de rappeler les héritages « tachés de sang » récoltés par les Orléans. Il reproche au duc de n’avoir pas su garder « la dignité de l’exil », de courir les bureaux des journaux les plus hostiles à la France, de mettre sa personne en scène. Il condamne enfin «l’éternelle admiration de l’Angleterre ; de là à être à ses genoux, il n’y a qu’un pas ».
46 Breteuil, Journal, op. cit., p. 131.
47 Gramont, L’ami du prince, op. cit. p. 49.
Auteur
-
Philippe Loupès
Professeur émérite d’histoire moderne à l’Université de Bordeaux-Montaigne
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